• Conquérir le droit à la #ville pour penser la #propriété autrement
    https://lvsl.fr/conquerir-le-droit-a-la-ville-pour-penser-la-propriete-autrement

    Comme l’écrivait Henri Lefebvre dans son ouvrage Le Droit à la Ville en 1967, la société urbaine, qu’il différencie de la ville, est la finalité de l’industrialisation – « l’urbanisation et l’urbain contiennent le sens de l’urbanisation » –, et la ville est le lieu d’expression de la lutte des classes. Cinquante ans plus tard, on voit comment la classe dominante – la bourgeoisie propriétaire associée à l’aristocratie stato-financière[1] – a façonné une ville comme Paris : privatisation du patrimoine immobilier et des lieux de culture (déchus en lieux de consommation), gentrification et ségrégation socio-spatiale, évacuation de la classe ouvrière (que l’on entendra au sens marxiste comme réunissant aujourd’hui les prolétaires, ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre pour subsister), concurrence des usages et standardisation des commerces et de l’architecture, diktat des rythmes urbains – la proximité de la ville du « quart d’heure[2] » relevant bien souvent d’un « luxe », qui se paye à prix fort sur le marché de l’immobilier.

    Les classes populaires, ainsi évacuées du centre de la métropole, se retrouvent exclues trois fois : par la distance-temps (éloignement domicile-travail), par la distance-coût (l’enjeu de la gratuité des transports se pose, la hausse des tarifs de stationnement – sans parler de péage urbain – étant un facteur de ségrégation puissant), et par le coût de « consommation » de la ville (activités de loisir, culture, divertissement, restaurants). En effet, la ville capitaliste, à la fois lieu de consommation et consommation du lieu, comme la définissait Henri Lefebvre, promeut la valeur d’échange – consommation des espaces et produits de la ville – contre la valeur d’usage – la fête, le droit à l’œuvre, le « théâtre spontané » – au point de la contester partout, voire de la résorber dans l’échange. Or, cette valeur d’usage résiste, irréductible, constitutive de l’urbain, enjeu du droit à la ville. Ainsi, comme l’écrit Henri Lefebvre :
    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Henri_Lefebvre_1971.jpg
    Le philosophe, géographe et sociologue Henri Lefebvre © Bert Verhoeff

    « Le droit à la ville se manifeste comme forme supérieure des droits : droit à la liberté, droit à l’individualisation dans la socialisation, à l’habitat et à l’habiter. Le droit à l’œuvre (activité participante) et le droit à l’appropriation (bien distinct du droit à la propriété) s’impliquent dans le droit à la ville. »

    #logement #transport

  • Law Enforcement Descended On Standing Rock A Year Ago And Changed the DAPL Fight Forever
    https://theintercept.com/2017/10/27/law-enforcement-descended-on-standing-rock-a-year-ago-and-changed-the-

    “Unceded land is land that was never given over or conceded; it’s essentially stolen land,” Nick Estes, a Lakota historian, told The Intercept. Cannonball Ranch, specifically, was “illegally settled,” Estes said, and acquired as private property through squatters’ rights.

    Only an act of Congress can abridge a treaty, opening unceded territory for non-native settlement, Estes said — but that never happened with this particular land, the status of which remains disputed. Disputes over unceded land have arisen before — most notably over the Black Hills, which resulted in a 1980 Supreme Court decision that offered a monetary settlement as reparation for the settled land — but no actual land restitution. Indigenous people have refused to take that money.

    #propriété_privée #standing_rock #no_dapl #souveraineté

  • « La propriété privée n’a absolument rien de naturel »
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-propriete-privee-na-absolument-rien-de-naturel

    C’est l’une des institutions les plus puissantes et les plus opaques de la modernité. Elle s’impose à tous et même en partie aux États, qui l’organisent mais ne peuvent y déroger que dans des circonstances limitées et codifiées. La propriété privée peut d’ailleurs être vue comme une forme de protection contre les dérives tyranniques ou autoritaires – c’est notamment une idée très implantée aux États-Unis. Mais cette même propriété privée est souvent présentée comme une évidence, comme quelque chose de naturel.

    Et pourtant… elle n’a absolument rien de naturel ! C’est une forme d’#appropriation qui a une histoire, qui n’est pas de toute éternité et qui est dépendante de nos codes sociaux, de nos valeurs et de nos usages. C’est vrai, plus généralement, des différentes formes de propriété : propriété publique, propriété commune, droits #collectifs... le monde de la propriété est vaste et complexe. Alors comment en sonder les mécanismes, les logiques profondes, les dimensions matérielles et écologiques ? Notamment avec cette idée du crash-test qui consiste à analyser ce qui se passe quand la propriété « percute » la survenue d’une #catastrophe, idée que nous avons cherché à développer dans un volume collectif codirigé avec mon collègue Marc Elie, Crash Testing Property2..

  • La spoliation financière : les paysans,
    « associés » du Train maya

    Violeta R. Núñez Rodríguez

    https://lavoiedujaguar.net/La-spoliation-financiere-les-paysans-associes-du-Train-maya

    Le projet baptisé « Projet de développement Train maya », principal projet d’infrastructures de l’actuel gouvernement fédéral mexicain (présidence de la République, 2019), annonce que, pour la première fois, les terres des paysans ne seront pas expropriées pour mener à bien un projet de « développement », contrairement à ce qui s’est produit à d’autres moments de l’histoire ; que ne seront pas élaborés de projets (barrages, centrales hydroélectriques, exploitations minières, routes, ponts, aéroports, entre autres) sans respecter la propriété sociale. À ce sujet, l’un des premiers documents qui présentait le Train maya de façon très générale indique que, « dans le cas des constructions des gares, les propriétaires individuels ou communautaires pourront céder leurs terrains et devenir des associés du développement local » (Fonatur, 2019). Mais pourquoi cette affirmation est-elle importante ?

    Selon le Registre agraire national, dans les États où il est prévu de mettre en place le Projet de développement du Train maya, 52 pour cent de la propriété de la terre correspond en moyenne à la propriété sociale ; même si dans quelques États, comme le Quintana Roo, cette propriété atteint plus de 60 pour cent. Ce qui signifie que plus de la moitié de la superficie ne correspond ni à la propriété privée ni à la propriété publique mais à un type de propriété qui date de l’époque préhispanique et que le Mexique a institutionnalisée après la Révolution mexicaine : les ejidos et communautés agraires (noyaux agraires). Ce régime de propriété, constitué de 5 375 ejidos est fondamentalement géré par des paysans indiens. (...)

    #Mexique #mégaprojets #Train_maya #propriété #peuples_originaires

  • Infirmière poussée à quitter son logement : les propriétaires relaxés
    https://www.lagazettedemontpellier.fr/live/5efa05dc840dd500419baeaf/infirmiere-poussee-a-quitter-son-logement-les-proprietaires-r

    Ils étaient renvoyé devant le tribunal correctionnel pour harcèlement et manœuvres dans le but de quitter une personne à quitter son logement. Ce lundi 29, les deux propriétaires soupçonnés d’avoir poussé une infirmière anesthésiste en réanimation au CHU de Montpellier à quitter son logement en pleine crise sanitaire ont été relaxés par le tribunal correctionnel.

  • Le site #Internet_Archive mis en danger par des poids lourds de l’édition

    Sous la pression d’une #plainte déposée devant un tribunal new-yorkais par quatre poids lourds de l’édition aux États-Unis, le site Internet Archive a décidé d’avancer de 15 jours la fermeture de sa #bibliothèque_d’urgence, créée en réponse à l’#épidémie de #coronavirus.

    Une infraction « massive et délibérée » au #droit_de_reproduction. C’est ce que quatre éditeurs, dont la filiale américaine du groupe #Hachette, reprochent au site Internet Archive, connu notamment pour son archivage du web mondial, la #Wayback_Machine, dans laquelle on peut retrouver des pages web disparues.

    Mais l’Internet Archive, c’est aussi une immense #médiathèque, riche de millions de #livres, #films, #images, jeux vidéo et documents sonores. Côté bibliothèque, son « but ultime » est de « mettre tous les travaux publiés de l’humanité à la disposition de tous dans le monde ». Chacun·e, à condition d’être inscrit·e, peut emprunter jusqu’à dix livres à la fois, pour une durée de quinze jours. Les livres sont prêtés sous la forme de fichiers pdf. Selon Internet Archive, 17 500 livres sont empruntés chaque jour.

    Comme dans une bibliothèque classique, un livre doit être disponible pour pouvoir être emprunté – une règle que le site a « concoctée de toutes pièces », lui reprochent les plaignants. Ce concept du « #prêt_numérique_contrôlé » autorise un prêt à la fois pour un livre numérisé donné. Soutenu par le Conseil des directeurs des bibliothèques d’État des États-Unis, il n’avait encore jamais été mis en cause devant les tribunaux.

    Ce qui a décidé les #maisons_d’édition à risquer un #procès pas gagné d’avance, c’est la #Bibliothèque_nationale_d’urgence mise en place à la fin du mois de mars par Internet Archive, pour répondre à la fermeture des écoles, bibliothèques et universités en raison du coronavirus, et donc à l’impossibilité d’aller y chercher des livres. Installé aux États-Unis, le site avait simplement décidé de « suspendre les listes d’attente […] pendant toute la durée de l’urgence nationale américaine » : c’est-à-dire qu’il n’y avait plus besoin qu’un livre (numérique) revienne pour être emprunté à nouveau. Plusieurs lecteurs pouvaient ainsi en bénéficier en même temps.

    Mercredi 10 juin, son fondateur, #Brewster_Kahle, a publié sur son blog un billet (https://blog.archive.org/2020/06/10/temporary-national-emergency-library-to-close-2-weeks-early-returning-) pour annoncer la fin prochaine du dispositif, avancée au 16 juin, espérant trouver avec les détenteurs de droits « un système qui marche ».

    Son initiative a été soutenue publiquement par des dizaines de bibliothèques et d’universités, ces institutions se revendiquant du principe du « #fair_use », qui autorise des dérogations aux droits de reproduction, particulièrement quand il s’agit d’enseignement, et selon les circonstances. C’est le cas, estime Brewster Kahle, de l’épidémie due au coronavirus.

    Au contraire, cette ouverture des portes numériques est intervenue, selon les éditeurs, au pire moment, celui-là « même où de nombreux auteurs, éditeurs et librairies indépendantes, sans parler des bibliothèques, luttent pour survivre ». Le risque pour Internet Archive est vital, la loi sur le #droit_d’auteur (#Copyright_Act) autorisant des #dommages_et_intérêts pouvant atteindre 150 000 dollars par œuvre en cas de violation délibérée. Si le site propose au prêt 1,3 million de livres, certains sont toutefois dans le #domaine_public.

    « La #gratuité est un concurrent indépassable », estiment les éditeurs dans leur plainte, rappelant l’argument le plus éculé de l’industrie musicale. Internet Archive « ne fait qu’exploiter les investissements que les éditeurs ont faits dans leurs livres », accusent-ils, et « au moyen d’un modèle économique conçu pour profiter librement du travail des autres ». La plainte s’acharne à démontrer que l’Internet Archive serait une entreprise commerciale vivant de la #numérisation des livres, un travail qu’elle effectue contre rémunération pour les bibliothèques. Urgence ou pas, elle demande la destruction de toutes les copies illégales.

    Avec les livres prêtés par l’Internet Archive, on est pourtant loin du mp3 recopié ou downloadé en clic. Brewster Kahle rappelle dans une lettre adressée le 10 avril à Thom Tillis, un sénateur républicain président de la Commission sur la #propriété_intellectuelle, réservé sur la légalité du procédé, que son organisation, sans but lucratif, est régulièrement reconnue comme bibliothèque par la Californie. Cela fait bientôt dix ans, dit-il, que les livres sont prêtés selon la règle « #un_lecteur_à_la_fois ». De plus, se défend le fondateur de la bibliothèque, « nos livres numériques sont protégés par les mêmes protections techniques que celles utilisées par les éditeurs pour garantir que les lecteurs n’ont accès à un livre que pendant les deux semaines de son prêt, et que des copies supplémentaires ne peuvent être faites ».

    Toujours à destination de l’élu républicain, il explique : « Vos électeurs ont payé pour des millions de livres auxquels ils n’ont pas accès actuellement » – 15 millions de livres bloqués derrière les portes fermées de 323 bibliothèques, rien qu’en Caroline du Nord, l’État du sénateur, a compté Brewster Kahle.

    Aux éditeurs, il fait remarquer que la bibliothèque d’urgence ne comporte aucun livre publié il y a moins de cinq ans ; 90 % des livres empruntés ont plus de dix ans, et deux tiers datent du XXe siècle. Quant aux auteurs qui ne voudraient pas que leurs livres soient ainsi prêtés, il leur suffit de le demander par mail, poursuit Kahle. Certains ont au contraire, affirme-t-il, demandé à figurer dans la bibliothèque numérique.

    Dès le 31 mars, la Guilde des auteurs avait mobilisé ses membres contre la bibliothèque d’urgence, parlant de « piratage pur et simple », et proposé un modèle de réclamation. Ce groupement d’auteurs avait déjà fait connaître son désaccord avec le prêt de livres numérisés selon le principe « un livre papier, une copie numérique » en janvier 2019. Le #Syndicat_national_des_auteurs (#National_Writers_Unions) a de son côté préféré entamer des discussions amiables avec Internet Archive et les défenseurs du prêt numérique contrôlé.

    L’Internet Archive est en effet, aux États-Unis, loin d’être la seule bibliothèque à pratiquer de la sorte. La pratique du prêt numérisé contrôlé est théorisée, défendue et pratiquée par de nombreux juristes et des bibliothèques universitaires ou locales, comme celles des villes de Los Angeles, San Francisco et Boston. Un livre imprimé peut être prêté : c’est le principe des bibliothèques. Il doit en être de même pour sa déclinaison à l’identique au format numérique, un exemplaire numérique prêté à une personne à la fois.

    En attendant la décision du tribunal new-yorkais, des internautes se posent à travers le monde la question d’archiver l’Internet Archive et ses téraoctets de documents.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/110620/le-site-internet-archive-mis-en-danger-par-des-poids-lourds-de-l-edition
    #open_access #confinement #édition_scientifique #recherche #justice

  • Exproprions tout ! | jef klak
    https://www.jefklak.org/exproprions-tout

    Les villes du monde entier étouffent sous l’effet d’un afflux massif de capitaux excédentaires lié à une baisse des investissements productifs. Les super-profits de la finance spéculative captés par les 0,000001 % de la population mondiale ne peuvent pas croupir dans des banques avec des taux d’intérêts proche de zéro, sinon ils meurent prématurément. Comme un cancer, le #capital doit circuler, se reproduire et se développer pour continuer à exister.

    Il le fait en trouvant de nouveaux investissements, en particulier en achetant, en négociant et en vendant des marchandises, de la main-d’œuvre et des moyens de production, puis en se muant en cours de route en devises, en actions, en biens, en titres, en salaires, en intérêts, en loyers et en profit. Mais avec l’assèchement mondial des taux de profit dans le secteur industriel, de nouveaux dépotoirs sont nécessaires pour rentabiliser les pétaoctets de capital arrachés sur le dos des travailleur·euses.

    Et c’est ici que la valeur des biens immobiliers privés réapparaît dans toute sa splendeur. « L’#immobilier mondial vaut maintenant 217 000 milliards de dollars, écrit le géographe urbain Samuel Stein. Trente-six fois la valeur de tout l’or jamais extrait. Il représente 60 % des actifs mondiaux, et la grande majorité de cette richesse – environ 75 % – se concentre dans le #logement 1. »

    Les retours sur investissement dans l’immobilier sont sûrs, stables et très juteux. Ainsi, lorsque les fonds spéculatifs, les sociétés de capitaux, les banques d’investissement et autres organisations perverses de la bourgeoisie mondiale ont besoin d’un cloaque pour y déféquer leur surplus de #richesse, ils peuvent toujours en dénicher un dans les maisons, les appartements, les bureaux, les immeubles et les terrains – bref, dans tous les espaces de vie et de travail des êtres humains.

    En retour, toutes celles et ceux qui ne peuvent suivre l’escalade des coûts d’achat ou de location de quatre murs sont méprisé·es, expulsé·es, abandonné·es, prié·es de rejoindre une population qui se déplace de plus en plus vers des endroits où le prix de l’immobilier leur permet encore de respirer.

    #exclusion #inégalités

  • Marges de #Marx
    https://laviedesidees.fr/Marges-de-Marx.html

    À propos de : Kolja Lindner et les Éditions de l’Asymétrie, Le dernier Marx, Toulouse, Éditions de l’Asymétrie. Dans ses derniers textes, Marx rompt avec la #Philosophie de l’histoire, et s’intéresse de près à d’autres formes d’exploitation : la domination coloniale, mais aussi l’émancipation des femmes ou la préservation de la nature.

    #colonialisme #environnement
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200610_marx.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200610_marx.docx

    • Au-delà du marxisme

      Le résultat le plus éclatant de ces recherches, c’est la rupture qu’y opère Marx avec la philosophie de l’histoire progressiste et eurocentrée qui se dégage encore d’un texte tel que la « Préface » à la Contribution à la critique de l’économie politique. Ce texte projette en effet sur toutes les sociétés un modèle de développement occidental dans lequel les modes de production (« asiatique, antique, féodal, bourgeois ») s’enchaînent en même temps que s’accroissent les forces productives et se succèdent comme autant d’étapes nécessaires vers le communisme. Par contraste, les notes sur Morgan ou Kovaleski, dans lesquelles Marx souligne la vitalité des « sociétés gentilices » (organisées en clans), témoignent d’une nette reconnaissance de la pluralité historique, c’est-à-dire de l’existence de trajectoires de développement hétérogènes quant à leurs rythmes et à leurs directions. Mais c’est surtout le cas de la commune russe qui pousse Marx sur la voie d’une nouvelle conception de l’histoire, indissociablement multilinéaire et connectée.

      Au principe de cette percée théorique, on trouve le problème politique suivant : la commune rurale peut-elle servir de point d’appui à un développement spécifiquement russe vers le communisme, comme le pensent les populistes, ou est-elle amenée à disparaître face à l’expansion du capitalisme, comme le soutiennent les marxistes ? Dans sa réponse à Zassoulitch, Marx se range du côté des populistes, mais attire leur attention sur le « dualisme inhérent à la ‘‘commune agricole’’ ». D’un côté, elle se caractérise par la permanence de formes d’appropriation collective de la terre. De l’autre elle est travaillée par l’émergence de la propriété privée. Or, l’issue du conflit qui oppose ces deux tendances ne saurait être déduite, ni d’une loi historique générale, ni d’une causalité économique unilinéaire. Elle dépend à la fois de l’énergie politique que parviendra à déployer la paysannerie et du « milieu historique » dans lequel la commune est plongée, c’est-à-dire de sa contemporanéité avec le capitalisme occidental et le mouvement ouvrier. Ainsi, s’il y a bien pour le dernier Marx une tendance dominante dans l’histoire, celle qu’incarne l’expansion mondiale du capital, celui-ci ne s’impose pas de manière uniforme et implacable à l’ensemble de la planète. Les formations sociales qu’il rencontre sur sa route lui résistent et se réinventent à son contact, de sorte que le changement historique répond à ce que Lindner appelle une « contingence structurée ».

      De la prise en compte de ces rencontres entre différentes trajectoires historiques, il résulte une transformation de la critique marxienne. Cette critique ne porte en effet plus seulement sur l’exploitation salariale, mais aussi sur la domination coloniale. Or, dans la mesure où le colonialisme tend à dissoudre les rapports égalitaires qui règnent selon Marx dans les sociétés non-capitalistes, il n’est pas étonnant de le voir souligner la position relativement privilégiée qu’occuperaient les femmes dans ces sociétés, ce qui le mène à s’exprimer en faveur de l’abolition de la famille moderne. Et cet élargissement de la critique à la domination coloniale et masculine entraîne à son tour une transformation de la méthode de la critique. À lire conjointement l’introduction générale de Kolja Lindner et l’essai d’Urs Lindner sur les échos de la Commune de Paris dans la pensée de Marx, il semble en effet que celui-ci se soit réconcilié à la fin de sa vie avec la réflexion normative. Comme si, conscient de l’intersection des formes de domination et de la pluralisation des acteurs.trices historiques qu’elle entraîne (le prolétariat, mais aussi la paysannerie, les femmes et les colonisé.es), il se risquait enfin à dire ce que le communisme doit être : une société décentralisée et profondément égalitaire, non seulement du point de vue de l’accès aux moyens de production et aux produits du travail, mais aussi au niveau des processus collectifs de décision. Sur le plan de la philosophie politique, Marx s’affirmerait donc comme un théoricien de la « démocratie radicale ». Une démocratie qu’il ne se contente cependant pas de défendre sur le plan des principes, mais dont il relève la diffusion dans l’espace et la permanence dans le temps : des villages Iroquois aux faubourgs parisiens, de l’Inde précoloniale aux communautés formées par les paysan.es russes. D’où la conclusion saisissante des brouillons de la « Lettre à Zassoulitch », où le communisme apparaît comme « un retour des sociétés modernes au type archaïque de la propriété commune ».

      #propriété_privée #propriété_commune #commune #communisme

    • Marx et les marges du monde, Alain Greshhttps://blog.mondediplo.net/2011-08-08-Marx-et-les-marges-du-monde

      Certainement, Marx n’était pas un philosophe de la différence au sens post-moderne du terme, car la critique d’une entité supérieure, le capital, était au centre de son entreprise intellectuelle. Mais cette centralité ne signifiait pas l’exclusivité. La théorie sociale du Marx de la maturité tournait autour du concept de “totalité” qui n’offrait pas seulement l’avantage de laisser une grande place aux particularités et aux différences, mais aussi, dans certains cas, faisait de ces particularités – race, ethnie, ou nationalité – des éléments déterminants de la totalité. Kevin B. Anderson.

      #Différence #Totalité

  • L’Église, les droits de propriété et l’environnement - Institut des affaires économiques - Urban Fusions
    https://www.urban-fusions.fr/2020/05/21/leglise-les-droits-de-propriete-et-lenvironnement-institut-des-affaire

    Un artcile intéressant de catholiques qui n’acceptent pas l’approche par les communs de l’encyclique Laudato Si, et défendent la propriété privée comme meilleur moyen de protéger l’environnement, en reprenant les arguments de Thomas D’Aquin. C’est beau la pensée réactionnaire quand elle est hors jeu face à la réalité, mais se plonge dans l’idéologie. Si la propriété privée pouvait défendre l’environnement, nous n’en serions pas là, et tous les beaux arguments s’écroulent devant l’analyse des faits.

    L’évêque Robert Byrne de Hexham et Newcastle a décrit Laudato Si, publié il y a cinq ans la semaine prochaine, comme « un document prophétique qui a donné un cadre théologique et spirituel à la crise environnementale à laquelle notre monde est confronté ». Un article précédent sur le blog Catholic Social Thought a développé un point similaire.

    Cependant, Laudato Si a appelé au dialogue et c’est dans cet esprit que ce billet a été écrit. Il est raisonnable de dire que les aspects économiques du document ne reflètent pas vraiment les développements modernes de la discipline, dont beaucoup sont admirés à travers le spectre politique (le travail d’Elinor Ostrom en est un excellent exemple).

    Laudato Si a une image négative de la propriété privée et de sa relation avec l’environnement. Le pape François dit que la tradition chrétienne n’a jamais reconnu les droits de propriété comme absolus ou inviolables et qu’ils doivent être subordonnés à un but social. Bien sûr, cela a toujours été l’enseignement de l’Église. Plus précisément, le pape François dit :

    « L’environnement naturel est un bien collectif, le patrimoine de toute l’humanité et la responsabilité de chacun. Si nous faisons nôtre quelque chose, ce n’est que pour l’administrer pour le bien de tous »(95).

    #Propriété_privée #Environnement #Laudato_Si #Droite_catholique

  • #Claire_Revol - #Attachements, #Partages, #Communs

    Troisième épisode de notre journée d’études, Occuper le #paysage entre enjeux politiques et esthétiques, proposé par la maîtresse de conférences en philosophie Claire Revol. Cette émission termine notre premier axe d’études qui s’articule autour de la manière dont les habitants s’approprient et s’attachent à un paysage. Occuper un lieu induit de s’y attacher matériellement mais aussi émotionnellement. Le lien sensible qui nous relie à un paysage influence notre façon de l’habiter individuellement ainsi que collectivement. Cet espace partagé devient alors le support d’enjeux politiques et poétiques. Pierre-Yves Racine et Claire Revol questionnent les rapports artistiques et esthétiques qu’entretiennent les habitant.e.s avec le paysage urbain.

    Spécialiste du philosophe Henri Lefebvre, Claire Revol nous propose une réflexion autour de la notion d’appropriation : comment se définit-elle ? Quelle différence pouvons-nous établir entre la propriété et l’appropriation ?
    A partir du film de Marie Voignier, Le Terrain était déjà occupé (le futur) Claire Revol développe, dans cette émission, une réflexion sur l’attachement de l’homme à l’espace, dans sa dimension sensible et poétique. S’appuyant notamment sur les écrits d’Henri Lefebvre, Claire Revol questionne les différentes temporalités de « l’habiter », en interrogeant la notion d’aménagement urbain en tant qu’acte culturel.

    Cette journée d’études est organisée par le pôle programmation culturel et médiation du master Métiers et Arts de l’Exposition de l’université Rennes 2 : Lole Justome, Lizon Fourrage, Justine Forest, Clémence Troussier, Pauline Furon et assistées par Ronan Bonjour, ingénieur du son.

    Cette journée d’études est organisée dans le cadre de l’exposition Il n’est pas question d’explication consacrée au travail de la cinéaste Marie Voignier, pensée par la promotion 2019-2020 du master Métiers et Art de l’Exposition de Rennes 2.

    Les archives utilisées dans le cadre de ce podcast proviennent de l’émission URBANOSE, Chapitre 15, réalisée par Michel Régnier, ©L’Office National du Film du Canada, 1972 : www.youtube.com/watch ?v=0kyLooKv6mU&t=686s

    https://soundcloud.com/user-538961586/episode-3-claire-revol-attachements-partages-communs


    #appropriation #attachement #audio #podcast #conférence #lien_sensible #sensible #habité #habiter #paysage_urbain #villes #urban_matter #propriété #espace #aménagement_urbain

  • La nature et le Capital - Ép. 2/4 - L’histoire en vert
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/lhistoire-en-vert-24-la-nature-et-le-capital-0

    en ce moment

    La #propriété_privée par exemple : elle semble une évidence, et pourtant cela n’a pas été toujours le cas, ni chez nous, ni ailleurs : la propriété privée est un objet historique. En 1840, l’anarchiste Pierre-Joseph Proud’hon faisait mouche avec une formule restée célèbre : « La propriété, c’est du vol ! ». Il précisait alors avoir la certitude de na pas être entendu. D’ailleurs, qu’est-ce que la propriété privée dans un contexte de crise environnementale ? Est possible de posséder la nature ? Vraiment, la question se pose vivement aujourd’hui.

    Dans la première partie de l’émission nous verrons dans quelle mesure l’acte d’#appropriation a-t-il caractérisé la relation des sociétés occidentales à leur environnement, avec Fabien Locher, historien au CNRS et au Centre de recherches historiques de l’EHESS, pour Posséder la #nature. Environnement et propriété dans l’histoire (dir.), éditions Amsterdam, 2018

    • Des questions éclairantes de Fabien Locher, des perspectives historiques en capsules sonores, des visions « exotiques » de Alessandro Pignocchi, ... une émission passionnante à laquelle il faut apporter au moins une précision cependant : le non-marché de la zad NDdL n’existe plus. Il a survécu à la destruction du Dôme du Gourbi par l’armée mais pas à une vision méritoire du don devenue norme suite aux « besoins » de « nettoyer » la « zone » (du dedans ?), les dons étant désormais plutôt orientés vers les travailleureuses en greve ou les « opérations solidaires » du réseau ligérien... Le choix de l’exemplarité sans doute.

  • World Intellectual property Organization DG Addresses COVID-19 ; Statement on Patent Sharing Due this Week | infojustice
    http://infojustice.org/archives/42235

    Le directeur de l’OMPI se pose des questions sur ce qu’il faut faire avec les progrès médicaux pour contrer le COVID-19. Un relâchement des règles de propriété intellectuelle est à l’étude.

    C’est un pas important pour ré-équilibrer la « hiérarchie des normes », en plaçant le droit à la santé et les droits humains devant les brevets de médicaments.

    Il reste à espérer que ce qui va sortir des décisions sera à la hauteur.

    Dans tous les cas, n’oublions pas que les Etats peuvent bloquer un brevet pour des raisons d’urgence nationale... Si un médicament contre le COVID-19 devait être breveté, cela serait un sous-produit de la démission politique des États... inimaginable en temps de cirse, n’est-ce pas ?

    Director Gurry Responds II: Considering Patent Sharing Tools

    The day after his public address, Director Gurry took questions from several members of the press. There he expounded on the issue of IP and health technology at some length, and released that he would be publishing a statement on the topic this week.

    On the press briefing, a reporter asked whether a recent compulsory license by Israel for COVID-19 medicines indicated “any risk of serious conflict growing” and “for the integrity of the patent market.” Gurry explained:

    “This is a hot issue and a very sensitive issue. I would say that starting point should be – we are in a profound crisis that is causing widespread suffering. There is a unanimous approach to reduce the suffering occurring. It is an extraordinary situation. The international framework does envision flexibilities to deal with health emergencies.”

    Gurry stated a desire that countries efforts be “targeted,” “that they deal with real needs and shortages.” He confirmed that this is what he was seeing in country responses thus far. “So far that is what we are seeing – targeted actions to people that need them.”

    Director Gurry appeared dismissive of more fundamental critiques of the IP “system” and expressed concern that some actions could derogate form the rights of artists and musicians. “I hope it is not a general blah blah about the intellectual property system,” he remarked.

    “We have an economy dependent on innovation. We have a society that is dependent more or less on the vitality of cultural products. We have to ensure as a secondary consideration (primacy is health and safety) that the actions we take are not just to derogate, for example in the creative industries — the actors and others who are unemployed.”

    Director Gurry stated his desire to “ensure that measures are time bound, targeted, . . . Whether that translates into a completely different system, I doubt it.”

    Gurry answered favorably to a follow up question on whether he envisioned “that WIPO will advance some special mechanism to share drug patents?” He described the difficulties of reaching negotiated multilateral solutions and stated that “non-legislative practical measures are a great way forward. We are in discussion with various parties to see what could be done in this regard.”

    Director Gurry included in his response that he actively considering a policy statement on the issue. “I will address this [issue of IP and health technology] in a communication toward the end of this week. It is a work in progress. I will say more about it at that stage.”

    #Brevets #Médicaments #OMPI #Big_pharma #Normes _internationales #Propriété_intellectuelle

  • Engineers 3D-print patented valves for free to save coronavirus patients in Italy - National | Globalnews.ca
    https://globalnews.ca/news/6695286/coronavirus-italy-3d-print-valves
    https://shawglobalnews.files.wordpress.com/2020/03/massimo-e1584558638339.jpg?quality=70&strip=all&w=72

    An engineering company in Italy is saving lives and risking a future lawsuit by 3D-printing an expensive — and patented — medical valve needed to treat victims of COVID-19, the disease caused by the novel coronavirus.

    The valves are used to connect COVID-19 patients to breathing machines at a hospital in Brescia, a city in northern Italy where the coronavirus outbreak has been most severe. However, the patented valves cost thousands of dollars and they must be changed out and discarded every eight hours to keep patients alive, according to Business Insider.

    The hospital simply couldn’t keep up with the demand, so a local reporter and a physicist put the hospital in touch with Isinnova, a tech start-up that specializes in 3D-printing.

    Isinnova chief executive Cristian Fracassi says he reverse-engineered and 3D-printed the part because the “ordinary” supply chain couldn’t keep up with the hospital’s extraordinary demand. Each part cost about 1 euro (about CAD$1.60) worth of materials to print, but Fracassi says his firm cranked out about 100 valves for free.

    “There were people in danger of life and we acted,” Fracassi wrote on Facebook. “Period.”

    Via @monolecte.
    #impression_3D #brevet #propriété_intellectuelle #coronavirus

  • #Dette_publique : #austérité avec #intérêts - #DATAGUEULE 96 - DataGueule
    https://peertube.datagueule.tv/videos/watch/a57b0b52-3bda-49b2-ae5c-365f0dc600c1


    /static/previews/a57b0b52-3bda-49b2-ae5c-365f0dc600c1.jpg

    #Transition_écologique, lutte contre la #pauvreté, réforme des #retraites : il est une data qui permet de justifier toutes les inactions et les rigueurs... Mais c’est le chiffre de la dette publique, bien sûr ! Et parce que nous vivons soit disant au dessus de nos moyens, il nous faudrait nous soumettre aux créanciers et au chantage à l’austérité. Bien sûr. Pourtant, à bien y regarder c’est moins les dépenses publiques que les cadeaux fiscaux qui creusent notre dû. Alors, au fait, à qui profite la dette ?

    #traité_de_Maastricht #carmen_reinhart #kenneth_rogoff #isf #impôt #trésor_public #banque_centrale #Grèce #sécurité_sociale #fiscalité #pression_fiscale #propriété_privée #philosophie #expropriation #révolution_française #défaut_sur_la_dette #audit_de_la_dette #lutte_des_classes #flat_tax #dépenses_fiscales #niches_fiscales #inflation #responsabilité_politique

    Invité : Arthur Jatteau, MCF en économie et sociologie à l’université de Lille, membre des #économistes_atterrés

  • Farine de teff : main-basse sur une tradition africaine

    Pendant plus de quinze ans, une société néerlandaise a fait prospérer un brevet qu’elle avait déposé en Europe sur la farine de teff, une céréale servant d’aliment de base en Éthiopie et en Érythrée depuis des siècles, en dépit des protestations de nombre d’ONG qui considèrent cette pratique comme un vol des cultures traditionnelles, notamment africaines. Enquête.

    C’est une crêpe épaisse couleur sable, sur laquelle les cuisinières dispersent les purées, les viandes mijotées, les ragoûts. Des lambeaux déchirés avec la pince des doigts servent à porter le repas à la bouche. Depuis des siècles, c’est ainsi que l’on mange en Éthiopie et en Érythrée : sur une injera, une grande galette spongieuse et acidulée fabriquée à base de teff, une graine minuscule aux propriétés nutritives exceptionnelles, riche en protéines et sans gluten. Depuis trois mille ans, on la récolte en épi dans des brassées de fines et hautes herbes vertes sur les hauts-plateaux abyssins.

    Mais une cargaison de teff expédiée en 2003 aux Pays-Bas a aussi fait la fortune d’une petite société privée néerlandaise. Dirigée par l’homme d’affaires Johannes « Hans » Turkensteen et le chercheur Jans Roosjen, cette structure baptisée à l’époque Soil & Crop Improvements (S&C) a en effet prospéré sur un brevet européen s’appropriant l’utilisation de cette « super céréale », alors que le marché du bio et des aliments sans gluten connaissait une expansion progressive.

    Un voyage d’affaires

    Tout avait commencé quelques mois plus tôt par un voyage de Hans Turkensteen à Addis-Abeba. Se prévalant du soutien de l’Université de sciences appliquées de Larenstein, l’homme d’affaires avait signé, en mars 2003, un mémorandum avec l’Organisation éthiopienne de la recherche agricole, l’EARO, accordant à sa société la livraison de 1 440 kg de graines de teff, prétendument destinées à l’expérimentation scientifique.

    « Turkensteen a fait croire à un accord mutuellement bénéfique pour toutes les parties : un meilleur rendement du teff pour les agriculteurs éthiopiens et un programme de lutte contre la pauvreté pour l’université, raconte le journaliste éthiopien Zecharias Zelalem, qui a mené sur le sujet une grande enquête pour le quotidien éthiopien Addis Standard. Il a même utilisé le prétexte de la grande famine de 1984 pour convaincre les signataires, affirmant que si les paysans éthiopiens avaient eu un meilleur teff à l’époque, le désastre n’aurait pas eu lieu. »

    Or, parallèlement, S&C a déposé auprès de l’agence néerlandaise des brevets une demande de protection des « méthodes de transformation » du teff ; un brevet finalement accordé le 25 janvier 2005, contraignant tous ceux qui souhaiteraient produire de la farine de teff ou des produits issus de la graine éthiopienne à obtenir une licence auprès d’eux, contre le paiement de royalties. Au bas du document figurait cette mention pour le moins étonnante pour une farine utilisée depuis des millénaires : « Inventeur : Jans Roosjen ».

    « Étonnement, les autorités éthiopiennes n’ont pas admis - ou n’ont pas voulu admettre - la supercherie, se désole Zecharias Zelalem. Même après que l’Université de Larenstein a exprimé des doutes et commandé un rapport d’enquête sur l’accord et même après que les Néerlandais ont reçu un "Captain Hook Award" [une récompense infamante baptisée d’après le pirate de dessin animé Capitaine Crochet et décernée chaque année par une coalition d’ONG, la Coalition contre la biopiratie, ndlr] en 2004, pour leur exploit en matière de biopiraterie. »

    Sans autres entraves que les protestations et la mauvaise publicité, les deux associés ont donc continué leur moisson de brevets. Les années suivantes, ils ont d’abord obtenu une licence auprès de l’Office européen des brevets, lui ouvrant le droit de faire des demandes auprès des agences de protection de la propriété intellectuelle d’Allemagne, d’Australie, d’Italie et du Royaume-Uni.

    « Les plus étonnant, explique l’avocat allemand Anton Horn, spécialiste de la propriété intellectuelle, est que le bureau européen des brevets leur aient accordé un brevet exactement tel qu’ils l’avaient demandé. C’est très rare. D’habitude, on fait une demande plutôt large au départ, afin que le périmètre puisse être réduit pendant son examen par le bureau des brevets. Là, non. Il a été accepté tel quel, alors que, pour ma part, il m’a suffi de trente minutes pour comprendre que quelque chose clochait dans ce brevet. » Du reste, ajoute-t-il, celui-ci a été refusé par les agences des États-Unis et du Japon.

    Treize années de bénéfices

    Pourtant, pendant les treize années suivantes, personne n’est venu s’opposer à ce que Zecharias Zelalem considère comme « un pillage des traditions éthiopiennes et un pur et simple vol des paysans éthiopiens ». C’est la curiosité de la presse éthiopienne qui a commencé à perturber des affaires alors florissantes.

    Toutefois, de faillites opportunes en changements de noms, la compagnie néerlandaise, rebaptisée entre-temps ProGrain International, a tout fait pour conserver les droits acquis par son tour de passe-passe juridique. Elle a continué à développer son activité, au point que Turkensteen a pu, par exemple, célébrer en grande pompe, en 2010, la production de sa millième tonne de farine de teff dans ses usines d’Espagne, de Roumanie et des Pays-Bas. À raison de 100 euros le kilo, selon le compte effectué en 2012 par l’hebdomadaire éthiopien Addis Fortune, son bénéfice a été considérable, alors que l’Éthiopie n’a touché, en tout en pour tout, qu’environ 4 000 euros de dividendes, selon l’enquête du journaliste Zecharias Zelalem.

    Mais l’aventure a fini par atteindre ses limites. Un jour de 2017, saisi par un ami éthiopien devenu directeur du Bureau éthiopien de la propriété intellectuelle, l’avocat Anton Horn a d’abord suggéré aux associés néerlandais de ProGrain International, par courrier, d’abandonner, au moins en Allemagne, leurs droits sur la farine de teff. Mais le duo néerlandais n’a pas répondu. Puis une société ayant acheté une licence à la société de Turkensteen et Roosjen a attaqué le brevet néerlandais devant un tribunal de La Haye, refusant dorénavant de lui payer des royalties. Pari gagné : le 7 décembre 2018, la justice lui a donné raison et « annulé » le brevet, estimant qu’il n’était ni « innovant » ni « inventif », tandis que, simultanément, sur ses propres deniers, Anton Horn a contesté le brevet en Allemagne devant les tribunaux et obtenu, là aussi, son annulation. Deux coups portés au cœur de la machine industrielle des Néerlandais, après quinze ans sans anicroche.

    Abandon progressif

    Sollicités par RFI, ni la société détentrice des brevets restants ni Hans Turkensteen n’ont souhaité donné leur version de l’histoire. Mais le duo néerlandais semble avoir abandonné la partie et renoncé à ses droits. Annulé aux Pays-Bas et en Allemagne, le brevet reste cependant valide aujourd’hui dans plusieurs pays européens. « Mais depuis août 2019, le non-paiement des frais de renouvellement du brevet devrait conduire logiquement, durant l’été 2020, à l’annulation de celui-ci dans tous les pays de l’espace européen », espère Anton Horn.

    Cette appropriation commerciale d’une tradition africaine par une société occidentale n’est pas un cas unique. En 1997, la société américaine RiceTec avait obtenu un brevet sur le riz basmati, interdisant de fait la vente aux États-Unis de riz basmati cultivé dans ses pays d’origine, l’Inde et le Pakistan. « En 2007, la société pharmaceutique allemande Schwabe Pharmaceuticals obtenait un brevet sur les vertus thérapeutiques de la fleur dite pélargonium du Cap, originaire d’Afrique du Sud et connue pour ses propriétés antimicrobiennes et expectorantes, ajoute François Meienberg, de l’ONG suisse ProSpecieRara, qui milite pour la protection de la diversité génétique et culturelle. Brevet finalement annulé en 2010 après une bataille judiciaire. Et c’est aujourd’hui le rooibos (un thé rouge, ndlr), lui aussi sud-africain, qui fait l’objet d’une bataille similaire. »

    Des négociations internationales ont bien été engagées pour tenter de définir un cadre normatif qui enrayerait la multiplication des scandales de vol de traditions ancestrales par des prédateurs industriels. Mais elles n’ont pour l’instant débouché sur rien de significatif. Le problème est que, d’une part, « tous les pays ne protègent pas les traditions autochtones de la même manière, explique François Meierberg. Les pays scandinaves ou la Bolivie, par exemple, prennent cette question au sérieux, mais ce sont des exemples rares. » L’autre problème est que nombre d’États industrialisés refusent d’attenter à la sainte loi de la « liberté du commerce ». Au prix, du coup, de la spoliation des plus démunis.

    http://www.rfi.fr/fr/afrique/20200212-farine-teff-main-basse-une-tradition-africaine
    #teff #farine #alimentation #céréale #céréales #agriculture #Afrique #tef #injera #Pays-Bas #brevet #industrie_agro-alimentaire #mondialisation #dynamiques_des_suds #ressources_pédagogiques #prédation #géographie_culturelle #culture #Hans_Turkensteen #Turkensteen #Jans_Roosjen #Soil_&_Crop_Improvements (#S&C) #brevet #propriété_intellectuelle #gluten #bio #EARO #licence #loyalties #Université_de_Larenstein #Captain_Hook_Award #biopiraterie #pillage #vol #ProGrain_International #justice #innovation #appropriation_commerciale #RiceTec #riz #riz_basmati #basmati #Inde #Pakistan #Schwabe_Pharmaceuticals #industrie_pharamceutique #big_pharma #multinationales #mondialisation #globalisation

    L’injera, plat cuisiné dans la #Corne_de_l'Afrique, notamment #Erythrée #Ethiopie :


    https://fr.wikipedia.org/wiki/Injera

    ping @reka @odilon @karine4 @fil @albertocampiphoto

  • L’affaire Jamendo et les Creative Commons : où est (exactement) le problème ? – – S.I.Lex –
    https://scinfolex.com/2020/01/01/laffaire-jamendo-et-les-creative-commons-ou-est-exactement-le-probleme

    Par trois fois – en première instance, appel et cassation -, les tribunaux ont choisi de faire droit aux prétentions de la SACEM et de la SPRE, ce qui signifie que Saint Maclou sera bien contraint de payer ces 120 000 euros, en pouvant se retourner pour cela contre Jamendo qui sera obligé de verser cette somme à son client.

    C’est assurément un coup dur porté aux licences Creative Commons et une limite sévère à la possibilité de construire des alternatives en s’appuyant sur ces instruments. Néanmoins, je voudrais apporter quelques précisions pour essayer de cerner exactement où se situe le problème avec cette décision de la Cour de Cassation.

    En réalité, c’est d’abord l’ambiguïté de Jamendo dans sa manière de présenter son service qui ne facilite pas l’interprétation de la décision de la Cour de Cassation. La société présente en effet son offre de sonorisation comme constituée par « 220 000 titres libres de droits« . Or cette expression est toujours très délicate à manier et même souvent trompeuse. Par « libre de droits », Jamendo entend « libre de rémunération équitable à payer » et c’était ce qui faisait tout l’intérêt du service offert aux magasins. Mais cela ne voulait pas dire pour autant que cette offre était gratuite, par Jamendo pratiquait bien un tarif, sans doute inférieur à celui de la SACEM pour que son offre soit attractive. Il ne s’agissait donc pas de musique « sous licence libre » à proprement parler et encore moins de musique « libre de droits », si l’on entend par là des oeuvres appartenant au domaine public.

    Mais le plus aberrant va être les conséquences pour les artistes et les producteurs qui étaient en affaire jusqu’à présent avec Jamendo Licensing et qui touchaient 65% des recettes générées. A présent, ils vont devoir se tourner vers la SPRE pour toucher la part de la rémunération équitable versée par les magasins en affaire avec Jamendo et qui devrait logiquement leur revenir. Or ces artistes ne sont pas membres des sociétés de gestion collective classiques et on en est certain, car Jamendo exige que les artistes lui certifie ne pas appartenir à de telles sociétés pour pouvoir entrer dans son programme Jamendo Licensing. La Cour de Cassation estime que ces artistes peuvent néanmoins se tourner à présent vers ces sociétés de gestion collective pour réclamer leur part de rémunération équitable, mais il est hautement improbable que tous le fassent et pas certain non plus que ces sociétés ne leur imposent pas de devenir membres pour pouvoir prétendre toucher leur rémunérations…

    Au final, l’effet le plus probable de l’arrêt de la Cour est que les artistes qui passaient par Jamendo ne verront jamais la couleur de cet argent qui leur est pourtant légitimement dû et ces sommes finiront dans ce que les sociétés de gestion collective appellent leurs « irrépartissables » pour aller gonfler les budgets qu’elles consacrent à leurs actions propres (y compris d’ailleurs le lobbying assidu qu’elles exercent pour inciter constamment le législateur à renforcer le droit d’auteur…).

    #Droit_auteur #Creative_commons #Droits_voisins #Jamendo #Propriété_intellectuelle

  • La jet-set des escrologistes, par Nicolas Casaux
    https://www.facebook.com/nicolas.casaux/posts/10156947033822523

    Dans le monde anglophone (et parfois aussi dans le monde francophone, pour certains, dont le travail est traduit en français) : George Monbiot, Naomi Klein, Bill McKibben. Dans le monde francophone : Nicolas Hulot, Cyril Dion, Aurélien Barrau, Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Delannoy, Maxime De Rostolan. Il y en a d’autres.

    Habitués des #médias de masse, ils tiennent des #discours qui, malgré quelques différences ou nuances, forment une même et unique perspective, correspondant à la définition grand public de l’écologisme.

    Ladite perspective s’appuie sur une évaluation très partielle de la situation. Sur le plan écologique, elle tend à réduire les nombreux aspects de la #catastrophe en cours à un problème de taux de #carbone dans l’atmosphère (réchauffement climatique), et de « ressources naturelles » que la civilisation (industrielle) doit — condition sine qua non de sa perpétuation, leur ambition principale — s’efforcer de mieux gérer. Que les autres êtres vivants, les autres espèces et les communautés biotiques qu’elles forment possèdent une valeur intrinsèque, ne se réduisent pas à de simples « ressources », est rarement évoqué.

    Sur le plan social, lorsqu’ils soulignent des problèmes, nos #escrologistes pointent du doigt les #inégalités économiques ou le chômage. Certains vont jusqu’à dire du mal du capitalisme, mais ne critiquent en réalité que certains excès du système économique dominant. D’autres fois, ils dénoncent, plus honnêtement, quelque « #capitalisme dérégulé » ou « débridé » (Naomi Klein dans "Tout peut changer"). Mais ils ne parlent que très rarement, voire pas du tout, des injustices fondamentales que constituent la #propriété privée, la division hiérarchique du travail, le #travail en tant que concept capitaliste, des rapports de #domination qu’implique une organisation technique de la #société — la bureaucratie, l’État. Ils n’expliquent jamais, ou très rarement et très timidement, sans rien en tirer, qu’à l’instar de l’État en tant que forme d’organisation sociale, les régimes électoraux modernes n’ont rien de démocratique, qu’ils relèvent plutôt de l’#aristocratie élective, et que leur fonctionnement est clairement verrouillé, garanti et gardé par divers mécanismes coercitifs, y compris par la #violence physique.

    Ils se contentent d’en appeler à une sorte de nouvelle révolution verte, au moyen d’un new deal vert (Green New Deal) qu’agenceraient les gouvernants. Car aux yeux de nos escrologistes, il s’agit toujours de compter, pour sauver la situation — pardon, la #civilisation, mais aussi la planète, prétendument, puisqu’il est possible et souhaitable, d’après eux, de tout avoir — sur les dirigeants étatiques ou d’entreprise. New deal vert censé permettre de créer des tas d’emplois verts, au sein d’entreprises vertes, dirigées par des patrons verts — une exploitation verte, une #servitude verte —, de donner forme à une civilisation industrielle verte dotée de commodités technologiques vertes, smartphones verts, voitures vertes, etc., alimentés par des énergies vertes, et ainsi de suite (on parle désormais, de plus en plus, d’énergies "non-carbonées" plutôt que d’énergies "vertes", ce qui permet, à l’aide d’un autre #mensonge, de faire rentrer le #nucléaire dans le lot ; partout, vous pouvez remplacer "vert" par "non-carboné" ou "zéro carbone", ou "carboneutre", l’absurdité est la même).

    Au bout du compte, leur #réformisme à la noix vise uniquement à repeindre en vert le désastre en cours : repeindre en vert les oppressions, les dominations, les injustices. À faire croire qu’il est possible de rendre verte, durable, la civilisation technologique moderne — une rassurance dont on comprend aisément pourquoi elle est la bienvenue dans les médias de masse, pourquoi elle plait à tous ceux dont c’est la principale ambition. Un mensonge grossier : rien de ce qu’ils qualifient de vert ne l’est réellement. Une promesse creuse et, au point où nous en sommes rendus, criminelle. Affirmer, en 2019, comme le fait Aurélien Barrau dans son livre de promotion de l’écologie, pardon, de l’#escrologie, que ce qu’il faut, c’est "que nous nous engagions solennellement à ne plus élire quiconque ne mettrait pas en œuvre des mesures fermes" (pour tout repeindre en vert), "que les citoyens n’envisagent même plus de choisir pour représentant quiconque ne s’engagerait pas" (à tout repeindre en vert), zut alors.

    On peut croire à tout ça. C’est très con, mais on peut y croire. Surtout lorsqu’on fait partie des puissants, de ceux qui tirent leur épingle du désastre actuel — mais pas seulement, puisque, conditionnement aidant (c’est à ça que servent nos escrologistes) c’est même la religion dominante.

    Mais comment font certains pour continuer à dire que nous voulons tous la même chose, que nous devrions cesser de critiquer ces #éco-charlatans parce que nous voulons comme eux au bout du compte, que nous sommes tous pareils, etc. ?!

    #greenwashing

  • Accéder aux rives des lacs périalpins : un droit aux espaces publics au défi de la #privatisation (#Annecy, #Bourget, #Léman, #Côme)

    Ce projet de thèse s’intéresse à plusieurs lacs alpins en #France, en #Suisse et en #Italie au prisme de la notion d’espaces publics. Il ambitionne de questionner leur fonction récréative, en lien avec un désir de nature croissant au sein de la société urbaine, et leur capacité à demeurer ou à (re)devenir des espaces accessibles, face aux restrictions d’accès qui les affectent. Parmi ces restrictions d’accès, la #propriété_privée des terrains riverains des lacs est la principale, mais des enjeux de protection de l’environnement et d’offre commerciale se posent également. Dans ce contexte de restrictions, les revendications pour un #accès élargi aux #rives_lacustres se multiplient, portées en particulier par des associations citoyennes et/ou environnementales. Ces revendications d’un « #droit_au_lac » mènent à une crise sociale dont l’intensité est variable d’un lac à un autre. Ce projet de thèse s’articule autour de trois axes de recherche : (i) déterminer la part de la #propriété_foncière et celle de la #régulation concrète des accès dans les modalités de partage de l’#espace_riverain ; (ii) analyser la crise sociale suscitée par la revendication du « droit au lac » et sa variabilité spatio-temporelle ; (iii) étudier les pratiques et les représentations des habitants de l’espace lacustre, pour saisir leur conception du droit au lac.

    http://www.theses.fr/s161729
    #privatisation #thèse #lacs #accès_à_l'eau #accès_aux_lacs #espace_public #rives #Alpes
    via @mathieup

  • « Capital et idéologie » de Thomas Piketty : la propriété, c’est le mal
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/110919/capital-et-ideologie-de-thomas-piketty-la-propriete-cest-le-mal

    Du haut des 1 200 pages de son dernier ouvrage, Piketty fracasse le débat public et politique, en explorant des voies pour, concrètement, « dépasser le capitalisme ». Mais comment mettre en oeuvre ces propositions radicales visant à redéfinir la notion même de propriété ? Et suffiraient-elles à détruire les piliers de l’hyper-capitalisme contemporain ?

    #ESSAIS #Propriété,_patrimoine,_Thomas_Piketty,_impôt,_idéologie,_Capitalisme,_Marx,_Capital,_inégalités

  • La propriété privée au secours des forêts ? (ou les paradoxes des nouveaux communs sylvestres) – – S.I.Lex – via @mona
    https://scinfolex.com/2019/08/19/la-propriete-privee-au-secours-des-forets-ou-les-paradoxes-des-nouveaux-c

    A la fin du mois dernier, le philosophe Baptiste Morizot – auteur des ouvrages Les Diplomates et Sur la piste animale – a publié une intéressante tribune sur le site du journal Le Monde, intitulée « Si la propriété privée permet d’exploiter, pourquoi ne permettrait-elle pas de protéger ? ». On la retrouve en libre accès sur le site de l’association ASPAS (ASsociation pour la Protection des Animaux Sauvages), sous le titre « Raviver les flammes du vivant ». Ce texte avait pour but de soutenir le projet « Vercors Vie Sauvage » porté par l’ASPAS qui cherchait à rassembler 650 000 euros en financement participatif afin d’acquérir 500 hectares de forêt – formant auparavant un domaine privé de chasse – pour établir une « Réserve de vie sauvage », en libre évolution.

  • How Slavery Shaped American Capitalism
    https://jacobinmag.com/2019/08/how-slavery-shaped-american-capitalism

    En Allemagne la raison pour la forme dogmatique et extrémiste de la définition du droit à la propriété et du droit d’y appliquer un contrôle total est dû à l’influence des Etats Unis depuis la création de l’état allemand occidental. Les réactions énervés des propriétaures dans l’actuel débat autour de la limitation des loyers à Berlin en est l’expression. L"intérêt commun compte peu quand il est l’expression des besoins immédiats de personnes physiques contrairement aux capitalistes et personnes juridiques dont les droits individuels sont rarement contestés. On comprend l’importance de la lutte contre le racisme.pour chacun de nous. Il ne faut jamais céder à la discrimination raciale ou sexiste.

    Slave-owners were particularly afraid of allowing democratic control over property because they were literally afraid of their property. They were haunted by the threat of slave insurrections, as well as foreign armies turning their slaves into enemy soldiers through offers of freedom (as the British had recently done). Einhorn concludes that “if property rights have enjoyed unusual sanctity in the United States, it may be because this nation was founded in a political situation in which the owners of one very significant form of property thought their holdings were insecure.”

    L’article du Jacobin continue en décrivant les conséquences des normes constitutionnelles.

    The resulting balance of strong property protections and weak regulatory and taxing power ... helped shift American capitalism onto the low road . In addition to the profound effect of slavery on America’s enduring racial inequality, slavery’s legacy for American capitalism may thus be found more in the structural constraints on US politics than in its direct contributions to the nineteenth-century American economy.

    Aujourd’hui ce problème touche de plus en plus de nations à cause de l’influence qu’exerce l’impérialisme étatsunien par sa stratégie déstructrice. Les techniques du state building censés éliminer le chaos laissé par les « guerres des peuples immatures » comprennent bien sûr l’extension des définitions juridiques étatsuniennes de la propriété privé aux pays à pacifier.

    #USA #Allemagne #racisme #constitution #propriété_privée #esclavage #impérialisme

  • La propriété privée au secours des forêts ? (ou les paradoxes des nouveaux communs sylvestres) | Calimaq
    https://scinfolex.com/2019/08/19/la-propriete-privee-au-secours-des-forets-ou-les-paradoxes-des-nouveaux-c

    A la fin du mois dernier, le philosophe Baptiste Morizot – auteur des ouvrages Les Diplomates et Sur la piste animale – a publié une intéressante tribune sur le site du journal Le Monde, intitulée « Si la propriété privée permet d’exploiter, pourquoi ne permettrait-elle pas de protéger ? ». On la retrouve en libre accès sur le site de l’association ASPAS (ASsociation pour la Protection des Animaux Sauvages), sous le titre « Raviver les flammes du vivant ». Ce texte avait pour but de soutenir le projet « Vercors Vie Sauvage » porté par l’ASPAS qui cherchait à rassembler 650 000 euros en financement participatif afin d’acquérir 500 hectares de forêt – formant auparavant un domaine privé de chasse – pour établir une « Réserve de vie sauvage », en libre évolution. Source : – – S.I.Lex (...)

  • Fées et gestes : #femmes_pyrénéennes, un statut social exceptionnel en Europe
    de #Isaure_GRATACOS

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k33455636.texteImage
    #Pyrénées #livre #statut #femmes #montagne

    ping @mad_meg

    Référence trouvée dans le numéro zéro de la revue Nunatak :
    https://seenthis.net/messages/795974

    Dans l’#histoire oubliée, celle des femmes l’est à un degré supplémentaire. Il fallut attendre l’ouvrage de la béarnaise Isaure Gratacos en 1987, "Femmes pyrénéennes, un statut social exceptionnel en Europe", pour révéler le rôle fondamental des femmes dans l’ouest pyrénéen, pays de ‘‘l’aînesse absolue’’ où dans la #propriété, la #transmission se faisait par les femmes ‘‘les #aïreteras’’ si une femme était l’aînée. Ce qui en faisait le chef de la maisonnée, et quand elle se mariait, le mari prenait son #nom à elle. Elle siégeait aux assemblées de vallées, avec le même #droit_de_vote que tous les membres. Ainsi ces femmes pyrénéennes votaient depuis des siècles, alors que la France ne connaîtra que le suffrage universel masculin jusqu’à 1945. Ce statut, comme tous les #droits_coutumiers, dégénéra au fil du temps. Cet air de #liberté était sensible dans tous les aspects de la #vie_féminine, et dès la jeunesse. Il faudra l’action combinée à la fin du XIXè siècle de l’#Église et de l’#État, venus tard ici pour venir à bout de pratiques comme les #veillées_amoureuses, les #rites_sexuels dans des lieux déterminés près des villages, les #mariages à l’essai, etc. Isaure Gratacos raconte qu’elle a recueilli des témoignages sur une ‘‘coutume encore pratiquée en #Ariège dans les années 1920’’ : « C’était une #coutume que les jeunes filles se promènent en groupe de 8 ou 10. Elles espéraient rencontrer un jeune homme seul. Les hommes mariés étaient laissé en paix. Même les jeunes hommes du village étaient épargnés. Mais si un étranger se rencontrait dans un endroit solitaire, les jeunes filles se précipitaient sur lui et se conduisaient comme les filles du Pacifique, sauf qu’on ne le tuait jamais. » Cette pratique, qu’I. Gratacos compare à celles des ‘‘#filles_du_Pacifique’’, plonge dans les profondeurs de la #ritualité_païenne. Et il faudrait parler de cet univers spirituel des montagnards, de leurs chants, leurs contes, leurs danses, leurs rites, intimement liés à leur vie quotidienne elle-même imprégnée des travaux et des jours, mais aussi de la fréquentation des mystères de leur haut pays, tout près des étoiles et des profondeurs de la terre.

    #invisibilisation #in/visibilité