provinceorstate:ontario

  • Gaza. Une catastrophe sanitaire délibérément entretenue
    Ahmed Abbes > 7 mars 2019
    https://orientxxi.info/magazine/gaza-une-catastrophe-sanitaire-deliberement-entretenue,2951

    Ahmed Abbes. – Vous vous rendez depuis plus de huit ans à Gaza ; pourriez-vous nous décrire la situation sanitaire dans cette enclave et son évolution sous l’effet du blocus ?

    Tarek Loubani. — La situation sanitaire à Gaza est désastreuse et elle s’aggrave encore. Depuis la Grande Marche du retour (voir encadré), ce qui était un désastre à développement lent est devenu une catastrophe manifeste et actuelle. Le blocus a éliminé la capacité du système de santé à gérer les besoins quotidiens en soins longtemps avant le début de la Marche.

    Les patients souffrant de maladies chroniques comme les affections rénales et le diabète pâtissaient déjà du manque d’équipement approprié — des machines à dialyse par exemple —, et des médicaments nécessaires pour gérer leur pathologie. Les patients atteints d’un cancer étaient et restent complètement soumis au caprice de l’appareil de sécurité israélien qui est accusé d’échanger l’accès des patients cancéreux à un traitement vital contre des renseignements et des interrogatoires de ces patients. Que ce soit intentionnel ou non, le blocus empêche des médicaments essentiels et des équipements médicaux d’entrer dans Gaza. Il empêche le personnel de santé palestinien de voyager librement pour se former ailleurs et le personnel de santé international, comme moi, de voyager librement pour fournir des soins et des formations dans Gaza. Il dégrade aussi, et élimine, l’infrastructure essentielle dont tout système de santé a besoin pour survivre, comme l’électricité ou l’eau potable.

    Il y a eu une brève lueur d’espoir quand l’Égypte a élu son premier gouvernement démocratique en 2012. Les conditions de soins se sont améliorées de manière significative jusqu’à ce qu’une dictature militaire renverse le gouvernement et relance la collaboration de l’Égypte, en position subalterne, au blocus israélien. Cette période nous montre à quel point Gaza est capable de défendre son propre système de santé et de prendre soin de sa population si on ne l’empêche pas activement de le faire. (...)

    #GAZA


  • Court filing links spy exposed by AP to Israel’s #Black_Cube
    https://apnews.com/d1fa2715d86148a1b92aaa52188df052

    Levitt says he was targeted because of his involvement in a long-running legal battle between two Canadian private equity firms, Catalyst Capital and West Face Capital. Previous media reports have hinted at a link between Almog-Assouline and Black Cube, but Levitt’s Feb. 21 claim before Ontario’s Superior Court of Justice is the first attempt to substantiate the connection by requesting receipts and surveillance footage.

    Black Cube has previously acknowledged doing work on the Catalyst case, which centers on allegations of stock market manipulation. In an email, Black Cube’s Canadian lawyer, John Adair, said he had no comment on Levitt’s filing. Almog-Assouline also didn’t immediately return messages Wednesday.

    Levitt made his claim after reading the AP’s account of how Almog-Assouline was caught trying to extract information from an employee of Citizen Lab, a cybersecurity research group, at the Peninsula Hotel in New York on Jan. 24. Levitt declined to comment for this article, but in his 115-page filing he said the photograph published by AP bore a powerful resemblance to a man he knew as Victor Petrov.

    #Israel #mafia


  • China Uses DNA to Track Its People, With the Help of American Expertise - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2019/02/21/business/china-xinjiang-uighur-dna-thermo-fisher.html

    Collecting genetic material is a key part of China’s campaign, according to human rights groups and Uighur activists. They say a comprehensive DNA database could be used to chase down any Uighurs who resist conforming to the campaign.

    Police forces in the United States and elsewhere use genetic material from family members to find suspects and solve crimes. Chinese officials, who are building a broad nationwide database of DNA samples, have cited the crime-fighting benefits of China’s own genetic studies.

    To bolster their DNA capabilities, scientists affiliated with China’s police used equipment made by Thermo Fisher, a Massachusetts company. For comparison with Uighur DNA, they also relied on genetic material from people around the world that was provided by Kenneth Kidd, a prominent Yale University geneticist.

    On Wednesday, Thermo Fisher said it would no longer sell its equipment in Xinjiang, the part of China where the campaign to track Uighurs is mostly taking place. The company said separately in an earlier statement to The New York Times that it was working with American officials to figure out how its technology was being used.

    Dr. Kidd said he had been unaware of how his material and know-how were being used. He said he believed Chinese scientists were acting within scientific norms that require informed consent by DNA donors.

    China’s campaign poses a direct challenge to the scientific community and the way it makes cutting-edge knowledge publicly available. The campaign relies in part on public DNA databases and commercial technology, much of it made or managed in the United States. In turn, Chinese scientists have contributed Uighur DNA samples to a global database, potentially violating scientific norms of consent.

    Cooperation from the global scientific community “legitimizes this type of genetic surveillance,” said Mark Munsterhjelm, an assistant professor at the University of Windsor in Ontario who has closely tracked the use of American technology in Xinjiang.

    #Génomique #DNA_database #Chine #Surveillance #Consentement


  • « Billydéki » : l’horreur des pensionnats autochtones Anne-Frédérique Hébert-Dolbec - 16 Février 2018 - Le devoir
    https://www.ledevoir.com/lire/547904/billydeki-l-horreur-des-pensionnats-autochtones

    En choisissant de plonger l’intrigue de son premier roman dans l’enfer des pensionnats autochtones, la réalisatrice et documentariste Sonia Perron tente ce que peu oseraient accomplir : raconter l’intolérable, avec une sobriété dénuée d’euphémisme.

    « Il est impératif de tuer l’Indien dans l’enfant afin que celui-ci puisse intégrer le monde des Blancs. Un monde où on respecte Dieu, un monde sans luxure, sans péché. Ce garçon est mon meilleur. Il croit en Dieu et est presque complètement assimilé. Le retourner dans son ancien monde serait une grossière erreur. Jean Lacombe demeurera au pensionnat pour l’été. »

    Aujourd’hui considérés comme un outil central du génocide culturel à l’égard des premiers peuples du Canada, les pensionnats autochtones et l’ampleur des monstruosités qui s’y sont déroulées entre la fin du XIXe siècle et 1996 demeurent méconnus des Québécois.

    Au cours de cette période, 150 000 enfants ont été arrachés à leur famille et à leur communauté puis placés dans l’un des 139 établissements en activité au pays, dans l’objectif d’en faire des êtres civilisés, dépossédés de leur nom, de leur langue, de leur culture et de leur identité. Près de 3500 d’entre eux ont perdu la vie, victimes d’indescriptibles sévices, de maladies et de déficience sanitaire.

    Recoller les morceaux
    Fruit d’une rencontre marquante avec une victime de cette tentative d’assimilation, et de plus de quatre années de recherche exhaustive, Billydéki offre un portrait brutal, choquant et évocateur de cette funeste réalité, à travers une intrigue savamment tissée, aux effluves de road book, dont l’appel du dénouement s’avère plus fort que la volonté de fermer les yeux.

    En 1945, dans un pensionnat du nord de l’Ontario, Billydéki et le Petit, deux gamins d’à peine 13 ans, disparaissent sans laisser de trace. Vingt-cinq ans plus tard, Thomas Laurin, un frère défroqué hanté par son passé et son silence, se décide à révéler ce dont il a été témoin. Craignant que l’homme à l’origine des actes abominables qui ont mené à la fugue des enfants ne récidive, il se confie à un jeune enquêteur et à sa collègue qui tenteront, envers et contre tous, de résoudre cette sordide histoire dans un Québec en plein bouleversement, encore attaché et défini par ses valeurs religieuses.

    Dans cette aventure qui les mènera sur l’emblématique route 66 qui traverse les États-Unis, les deux policiers recollent les morceaux tout en marchant sur les traces de Jack Kerouac, au coeur d’une Amérique moderne à la recherche de justice et de vérité.

    La fascination qu’exerce la trame narrative ne parvient cependant pas à absoudre l’aspect unidimensionnel du roman, exacerbé par une plume par moments réductrice qui contribue à dépeindre des personnages peu nuancés, dont les desseins sont d’une improbable et frustrante dichotomie.

    Billydéki n’est pas un roman qui s’attarde à comprendre ou à expliquer l’horreur, ni à offrir une réflexion sur la réconciliation. Il est plutôt résolument axé sur l’espoir ; celui qui émerge lorsqu’on tend la main et l’oreille aux réalités différentes avec ouverture et sensibilité. Et ça, on ne peut guère le lui reprocher.

    #déportation #Inuits #inuites #quebec #canada #enfants #peuples_autochtones #séparation #Autochtones #Inuit #Discriminations #Racisme #Colonialisme #ça_continue... #première_nations #enlèvement #génocide

    • Extrait de « Billydéki »

      « Je suis sorti du train, il y avait quelques personnes qui attendaient. J’ai cherché ma maman. Je suis passé tout près d’elle et je ne l’ai pas reconnue. C’est elle qui m’a pris dans ses bras. C’est elle qui m’embrassait, me caressait les cheveux, le visage. Je ne savais pas quoi dire, quoi faire. Brusquement, j’ai reculé. Un mur m’empêchait de l’approcher. C’était triste. Très triste. Loin de ce que j’avais imaginé. »


  • New report exposes global reach of powerful governments who equip, finance and train other countries to spy on their populations

    Privacy International has today released a report that looks at how powerful governments are financing, training and equipping countries — including authoritarian regimes — with surveillance capabilities. The report warns that rather than increasing security, this is entrenching authoritarianism.

    Countries with powerful security agencies are spending literally billions to equip, finance, and train security and surveillance agencies around the world — including authoritarian regimes. This is resulting in entrenched authoritarianism, further facilitation of abuse against people, and diversion of resources from long-term development programmes.

    The report, titled ‘Teach ’em to Phish: State Sponsors of Surveillance’ is available to download here.

    Examples from the report include:

    In 2001, the US spent $5.7 billion in security aid. In 2017 it spent over $20 billion [1]. In 2015, military and non-military security assistance in the US amounted to an estimated 35% of its entire foreign aid expenditure [2]. The report provides examples of how US Departments of State, Defense, and Justice all facilitate foreign countries’ surveillance capabilities, as well as an overview of how large arms companies have embedded themselves into such programmes, including at surveillance training bases in the US. Examples provided include how these agencies have provided communications intercept and other surveillance technology, how they fund wiretapping programmes, and how they train foreign spy agencies in surveillance techniques around the world.

    The EU and individual European countries are sponsoring surveillance globally. The EU is already spending billions developing border control and surveillance capabilities in foreign countries to deter migration to Europe. For example, the EU is supporting Sudan’s leader with tens of millions of Euros aimed at capacity building for border management. The EU is now looking to massively increase its expenditure aimed at building border control and surveillance capabilities globally under the forthcoming Multiannual Financial Framework, which will determine its budget for 2021–2027. Other EU projects include developing the surveillance capabilities of security agencies in Tunisia, Burkina Faso, Somalia, Iraq and elsewhere. European countries such as France, Germany, and the UK are sponsoring surveillance worldwide, for example, providing training and equipment to “Cyber Police Officers” in Ukraine, as well as to agencies in Saudi Arabia, and across Africa.

    Surveillance capabilities are also being supported by China’s government under the ‘Belt and Road Initiative’ and other efforts to expand into international markets. Chinese companies have reportedly supplied surveillance capabilities to Bolivia, Venezuela, and Ecuador [3]. In Ecuador, China Electronics Corporation supplied a network of cameras — including some fitted with facial recognition capabilities — to the country’s 24 provinces, as well as a system to locate and identify mobile phones.

    Edin Omanovic, Privacy International’s Surveillance Programme Lead, said

    “The global rush to make sure that surveillance is as universal and pervasive as possible is as astonishing as it is disturbing. The breadth of institutions, countries, agencies, and arms companies that are involved shows how there is no real long-term policy or strategic thinking driving any of this. It’s a free-for-all, where capabilities developed by some of the world’s most powerful spy agencies are being thrown at anyone willing to serve their interests, including dictators and killers whose only goal is to cling to power.

    “If these ‘benefactor’ countries truly want to assist other countries to be secure and stable, they should build schools, hospitals, and other infrastructure, and promote democracy and human rights. This is what communities need for safety, security, and prosperity. What we don’t need is powerful and wealthy countries giving money to arms companies to build border control and surveillance infrastructure. This only serves the interests of those powerful, wealthy countries. As our report shows, instead of putting resources into long-term development solutions, such programmes further entrench authoritarianism and spur abuses around the world — the very things which cause insecurity in the first place.”

    https://privacyinternational.org/press-release/2161/press-release-new-report-exposes-global-reach-powerful-governm

    #surveillance #surveillance_de_masse #rapport

    Pour télécharger le rapport “Teach ’em to Phish: State Sponsors of Surveillance”:
    https://privacyinternational.org/sites/default/files/2018-07/Teach-em-to-Phish-report.pdf

    ping @fil

    • China Uses DNA to Track Its People, With the Help of American Expertise

      The Chinese authorities turned to a Massachusetts company and a prominent Yale researcher as they built an enormous system of surveillance and control.

      The authorities called it a free health check. Tahir Imin had his doubts.

      They drew blood from the 38-year-old Muslim, scanned his face, recorded his voice and took his fingerprints. They didn’t bother to check his heart or kidneys, and they rebuffed his request to see the results.

      “They said, ‘You don’t have the right to ask about this,’” Mr. Imin said. “‘If you want to ask more,’ they said, ‘you can go to the police.’”

      Mr. Imin was one of millions of people caught up in a vast Chinese campaign of surveillance and oppression. To give it teeth, the Chinese authorities are collecting DNA — and they got unlikely corporate and academic help from the United States to do it.

      China wants to make the country’s Uighurs, a predominantly Muslim ethnic group, more subservient to the Communist Party. It has detained up to a million people in what China calls “re-education” camps, drawing condemnation from human rights groups and a threat of sanctions from the Trump administration.

      Collecting genetic material is a key part of China’s campaign, according to human rights groups and Uighur activists. They say a comprehensive DNA database could be used to chase down any Uighurs who resist conforming to the campaign.

      Police forces in the United States and elsewhere use genetic material from family members to find suspects and solve crimes. Chinese officials, who are building a broad nationwide database of DNA samples, have cited the crime-fighting benefits of China’s own genetic studies.

      To bolster their DNA capabilities, scientists affiliated with China’s police used equipment made by Thermo Fisher, a Massachusetts company. For comparison with Uighur DNA, they also relied on genetic material from people around the world that was provided by #Kenneth_Kidd, a prominent #Yale_University geneticist.

      On Wednesday, #Thermo_Fisher said it would no longer sell its equipment in Xinjiang, the part of China where the campaign to track Uighurs is mostly taking place. The company said separately in an earlier statement to The New York Times that it was working with American officials to figure out how its technology was being used.

      Dr. Kidd said he had been unaware of how his material and know-how were being used. He said he believed Chinese scientists were acting within scientific norms that require informed consent by DNA donors.

      China’s campaign poses a direct challenge to the scientific community and the way it makes cutting-edge knowledge publicly available. The campaign relies in part on public DNA databases and commercial technology, much of it made or managed in the United States. In turn, Chinese scientists have contributed Uighur DNA samples to a global database, potentially violating scientific norms of consent.

      Cooperation from the global scientific community “legitimizes this type of genetic surveillance,” said Mark Munsterhjelm, an assistant professor at the University of Windsor in Ontario who has closely tracked the use of American technology in Xinjiang.

      Swabbing Millions

      In Xinjiang, in northwestern China, the program was known as “#Physicals_for_All.”

      From 2016 to 2017, nearly 36 million people took part in it, according to Xinhua, China’s official news agency. The authorities collected DNA samples, images of irises and other personal data, according to Uighurs and human rights groups. It is unclear whether some residents participated more than once — Xinjiang has a population of about 24.5 million.

      In a statement, the Xinjiang government denied that it collects DNA samples as part of the free medical checkups. It said the DNA machines that were bought by the Xinjiang authorities were for “internal use.”

      China has for decades maintained an iron grip in Xinjiang. In recent years, it has blamed Uighurs for a series of terrorist attacks in Xinjiang and elsewhere in China, including a 2013 incident in which a driver struck two people in Tiananmen Square in Beijing.

      In late 2016, the Communist Party embarked on a campaign to turn the Uighurs and other largely Muslim minority groups into loyal supporters. The government locked up hundreds of thousands of them in what it called job training camps, touted as a way to escape poverty, backwardness and radical Islam. It also began to take DNA samples.

      In at least some of the cases, people didn’t give up their genetic material voluntarily. To mobilize Uighurs for the free medical checkups, police and local cadres called or sent them text messages, telling them the checkups were required, according to Uighurs interviewed by The Times.

      “There was a pretty strong coercive element to it,” said Darren Byler, an anthropologist at the University of Washington who studies the plight of the Uighurs. “They had no choice.”

      Calling Dr. Kidd

      Kenneth Kidd first visited China in 1981 and remained curious about the country. So when he received an invitation in 2010 for an expenses-paid trip to visit Beijing, he said yes.

      Dr. Kidd is a major figure in the genetics field. The 77-year-old Yale professor has helped to make DNA evidence more acceptable in American courts.

      His Chinese hosts had their own background in law enforcement. They were scientists from the Ministry of Public Security — essentially, China’s police.

      During that trip, Dr. Kidd met Li Caixia, the chief forensic physician of the ministry’s Institute of Forensic Science. The relationship deepened. In December 2014, Dr. Li arrived at Dr. Kidd’s lab for an 11-month stint. She took some DNA samples back to China.

      “I had thought we were sharing samples for collaborative research,” said Dr. Kidd.

      Dr. Kidd is not the only prominent foreign geneticist to have worked with the Chinese authorities. Bruce Budowle, a professor at the University of North Texas, says in his online biography that he “has served or is serving” as a member of an academic committee at the ministry’s Institute of Forensic Science.

      Jeff Carlton, a university spokesman, said in a statement that Professor Budowle’s role with the ministry was “only symbolic in nature” and that he had “done no work on its behalf.”

      “Dr. Budowle and his team abhor the use of DNA technology to persecute ethnic or religious groups,” Mr. Carlton said in the statement. “Their work focuses on criminal investigations and combating human trafficking to serve humanity.”

      Dr. Kidd’s data became part of China’s DNA drive.

      In 2014, ministry researchers published a paper describing a way for scientists to tell one ethnic group from another. It cited, as an example, the ability to distinguish Uighurs from Indians. The authors said they used 40 DNA samples taken from Uighurs in China and samples from other ethnic groups from Dr. Kidd’s Yale lab.

      In patent applications filed in China in 2013 and 2017, ministry researchers described ways to sort people by ethnicity by screening their genetic makeup. They took genetic material from Uighurs and compared it with DNA from other ethnic groups. In the 2017 filing, researchers explained that their system would help in “inferring the geographical origin from the DNA of suspects at crime scenes.”

      For outside comparisons, they used DNA samples provided by Dr. Kidd’s lab, the 2017 filing said. They also used samples from the 1000 Genomes Project, a public catalog of genes from around the world.

      Paul Flicek, member of the steering committee of the 1000 Genomes Project, said that its data was unrestricted and that “there is no obvious problem” if it was being used as a way to determine where a DNA sample came from.

      The data flow also went the other way.

      Chinese government researchers contributed the data of 2,143 Uighurs to the Allele Frequency Database, an online search platform run by Dr. Kidd that was partly funded by the United States Department of Justice until last year. The database, known as Alfred, contains DNA data from more than 700 populations around the world.

      This sharing of data could violate scientific norms of informed consent because it is not clear whether the Uighurs volunteered their DNA samples to the Chinese authorities, said Arthur Caplan, the founding head of the division of medical ethics at New York University’s School of Medicine. He said that “no one should be in a database without express consent.”

      “Honestly, there’s been a kind of naïveté on the part of American scientists presuming that other people will follow the same rules and standards wherever they come from,” Dr. Caplan said.

      Dr. Kidd said he was “not particularly happy” that the ministry had cited him in its patents, saying his data shouldn’t be used in ways that could allow people or institutions to potentially profit from it. If the Chinese authorities used data they got from their earlier collaborations with him, he added, there is little he can do to stop them.

      He said he was unaware of the filings until he was contacted by The Times.

      Dr. Kidd also said he considered his collaboration with the ministry to be no different from his work with police and forensics labs elsewhere. He said governments should have access to data about minorities, not just the dominant ethnic group, in order to have an accurate picture of the whole population.

      As for the consent issue, he said the burden of meeting that standard lay with the Chinese researchers, though he said reports about what Uighurs are subjected to in China raised some difficult questions.

      “I would assume they had appropriate informed consent on the samples,” he said, “though I must say what I’ve been hearing in the news recently about the treatment of the Uighurs raises concerns.”
      Machine Learning

      In 2015, Dr. Kidd and Dr. Budowle spoke at a genomics conference in the Chinese city of Xi’an. It was underwritten in part by Thermo Fisher, a company that has come under intense criticism for its equipment sales in China, and Illumina, a San Diego company that makes gene sequencing instruments. Illumina did not respond to requests for comment.

      China is ramping up spending on health care and research. The Chinese market for gene-sequencing equipment and other technologies was worth $1 billion in 2017 and could more than double in five years, according to CCID Consulting, a research firm. But the Chinese market is loosely regulated, and it isn’t always clear where the equipment goes or to what uses it is put.

      Thermo Fisher sells everything from lab instruments to forensic DNA testing kits to DNA mapping machines, which help scientists decipher a person’s ethnicity and identify diseases to which he or she is particularly vulnerable. China accounted for 10 percent of Thermo Fisher’s $20.9 billion in revenue, according to the company’s 2017 annual report, and it employs nearly 5,000 people there.

      “Our greatest success story in emerging markets continues to be China,” it said in the report.

      China used Thermo Fisher’s equipment to map the genes of its people, according to five Ministry of Public Security patent filings.

      The company has also sold equipment directly to the authorities in Xinjiang, where the campaign to control the Uighurs has been most intense. At least some of the equipment was intended for use by the police, according to procurement documents. The authorities there said in the documents that the machines were important for DNA inspections in criminal cases and had “no substitutes in China.”

      In February 2013, six ministry researchers credited Thermo Fisher’s Applied Biosystems brand, as well as other companies, with helping to analyze the DNA samples of Han, Uighur and Tibetan people in China, according to a patent filing. The researchers said understanding how to differentiate between such DNA samples was necessary for fighting terrorism “because these cases were becoming more difficult to crack.”

      The researchers said they had obtained 95 Uighur DNA samples, some of which were given to them by the police. Other samples were provided by Uighurs voluntarily, they said.

      Thermo Fisher was criticized by Senator Marco Rubio, Republican of Florida, and others who asked the Commerce Department to prohibit American companies from selling technology to China that could be used for purposes of surveillance and tracking.

      On Wednesday, Thermo Fisher said it would stop selling its equipment in Xinjiang, a decision it said was “consistent with Thermo Fisher’s values, ethics code and policies.”

      “As the world leader in serving science, we recognize the importance of considering how our products and services are used — or may be used — by our customers,” it said.

      Human rights groups praised Thermo Fisher’s move. Still, they said, equipment and information flows into China should be better monitored, to make sure the authorities elsewhere don’t send them to Xinjiang.

      “It’s an important step, and one hopes that they apply the language in their own statement to commercial activity across China, and that other companies are assessing their sales and operations, especially in Xinjiang,” said Sophie Richardson, the China director of Human Rights Watch.

      American lawmakers and officials are taking a hard look at the situation in Xinjiang. The Trump administration is considering sanctions against Chinese officials and companies over China’s treatment of the Uighurs.

      China’s tracking campaign unnerved people like Tahir Hamut. In May 2017, the police in the city of Urumqi in Xinjiang drew the 49-year-old Uighur’s blood, took his fingerprints, recorded his voice and took a scan of his face. He was called back a month later for what he was told was a free health check at a local clinic.

      Mr. Hamut, a filmmaker who is now living in Virginia, said he saw between 20 to 40 Uighurs in line. He said it was absurd to think that such frightened people had consented to submit their DNA.

      “No one in this situation, not under this much pressure and facing such personal danger, would agree to give their blood samples for research,” Mr. Hamut said. “It’s just inconceivable.”

      https://www.nytimes.com/2019/02/21/business/china-xinjiang-uighur-dna-thermo-fisher.html?action=click&module=MoreInSect
      #USA #Etats-Unis #ADN #DNA #Ouïghours #université #science #génétique #base_de_données


  • Petition calls for U.S. to give Northwest Angle to Canada

    ’Make America great by correcting this critical survey error,’ petition says.

    There is a call for the U.S. government to adjust the border near #Manitoba to give Canada the geographic oddity known as the Northwest Angle.

    Known simply as the Angle to the 120 people who live there, it is a jetty of #Minnesota sandwiched between Manitoba and northwestern #Ontario.

    It is the only place in the United States outside Alaska that is north of the 49th parallel. And it was based on a flawed map from 1755.

    “Make America great by correcting this critical survey error,” states a petition, called “Give Canada back the Northwest Angle located in Manitoba,” and created as part of We the People.

    Launched in September 2011 under then-President Barack Obama, We the People is a section of the White House website for petitioning policy experts. Petitions that meet a certain threshold of signatures are typically reviewed by administration officials who are prepared to issue official responses.

    The threshold for a response is 100,000 signatures, so it could take some more for the Northwest Angle petition to find its way onto the desk of U.S. Congress.

    It was created Sunday, and as of Wednesday, had just 32 signatures.

    The international boundary that takes in the #Northwest_Angle was made shortly after the Treaty of Paris in 1783 between the U.S. and Britain.

    However, Benjamin Franklin and British representatives relied on a 1755 map from American John Mitchell, who was not a professional geographer or map-maker.

    He was a physician and botanist who developed an interest in geography and created his map based on materials he found in official archives and private hands. But he misattributed the source of the Mississippi River as being at the edge of Lake of the Woods, and drew the lake itself in the shape of an oval rather than bent and bowed by the multiple bays it actually contains.

    The Treaty of Paris stated the boundary between U.S. territory and the British possessions to the north would run “...through the Lake of the Woods to the northwestern-most point thereof, and from thence on a due west course to the river Mississippi.”

    The source of the Mississippi River, however, actually lies nearly due south of Lake of the Woods, rather than north and west of it.

    The end result is a thumb of land isolated from the rest of the U.S. In those months when Lake of the Woods is free of ice, Angle residents can reach the mainland U.S. directly by boat.

    However, to make the journey by land, residents must pass through two Canada-U.S. borders — at the east and southern boundaries of Manitoba.

    “Even the most mundane tasks involve a certain amount of shuttle diplomacy. Grocery shopping is once a week, and that’s an hour and 15 minutes, one way,” states a story on the region by CBS News in 2016.

    “First, residents have to notify Canadian authorities that they’re about to cross the border. Then, it’s a 60-mile [96.6-km] or so trek through Canada back to the U.S. boundary line to cross back into Minnesota and the nearest town.”

    https://www.cbc.ca/news/canada/manitoba/northwest-angle-petition-border-1.4962228
    #Canada #USA #Etats-Unis #frontières #disputes_frontalières #disputes_territoriales #différend_frontalier #frontières_mobiles #pétition

    La pétition:
    https://petitions.whitehouse.gov/petition/give-canada-back-northwest-angle-located-manitoba

    ping @reka


  • All about #sql JOINs
    https://hackernoon.com/all-about-sql-joins-ced19ecc4c1d?source=rss----3a8144eabfe3---4

    Joining tables is the first big learning curve after getting your head around SQL basics.More often than not you won’t find everything you need in one table so will need to learn which #join to use when.If you’re familiar with the VLOOKUP function in Excel, you’ll be just fine.T-SQL supports cross, inner and outer JOIN clauses, and UNION operators to combine datasets. While there are plenty of guides to JOINs that use venn diagrams to get the point across, I prefer something more visual.INNER JOINUse an INNER join, or just a JOIN, when you want to find the match between two tables. You need to have a key on both tables that you join ON, and that’s where the match happens. Any results where there is not a match are discarded.select o.order_item, i.inventory_item from orders o inner join (...)

    #sql-joins #sql-server #data-science


  • Une canadienne est accusée par la police de « fausse sorcellerie » | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/171471/canadienne-accusee-fausse-sorcellerie-loi

    Un procès plutôt original va bientôt se tenir à Timmins, une petite ville de l’Ontario, au Canada. La police y accuse Tiffany Butch, 33 ans, de pratiquer illégalement la sorcellerie. Ou plus exactement, de mentir en prétendant pouvoir lever des malédictions.

    Selon la police, la jeune femme aurait en effet proposé à une autre résidente de Timmins de la libérer d’un mauvais sort. « Elle a suggéré qu’un événement tragique allait arriver à la famille [de sa cliente] et qu’elle devait la payer afin qu’elle lui rende un genre de service mystique pour empêcher que ça arrive », affirme Marc Depatie, le porte-parole de la police de Timmins.

    Tiffany Butch, aussi appelée « White Witch of the North » (la sorcière blanche du Nord) réfute le statut du sorcière : « Les gens disent que je suis une sorcière et me donnent un surnom mais je n’en suis pas une, a-t-elle déclarée à la presse, je suis une médium. » Une différence de taille !

    Si Tiffany Butch a peut-être tenté d’arnaquer une personne crédule, le crime de fausse sorcellerie paraît toutefois assez fantaisiste. Justement, c’est parce qu’il l’est. La semaine dernière, le Canada a supprimé plusieurs « lois zombies », des lois inutiles car devenues inconstitutionnelles, redondantes ou simplement obsolètes. Comme l’a fait la France en 2013 en supprimant l’interdiction pour les femmes de porter des pantalons.

    Parmi les lois canadiennes supprimées se trouvait donc la section 365 du code criminel canadien qui condamne « toute personne qui (a) prétend exercer une quelconque sorte de sorcellerie, enchantement ou conjuration, (b) dit la bonne aventure contre une rémunération ou (c) prétend que ses connaissances en l’occulte peuvent lui permettre de retrouver une chose volée ou perdue ».

    Pas de chance pour la sorcière du Nord, la police l’a inculpée exactement deux jours avant la suppression de cette loi. Interrogé par CBC News, Marc Depatie insiste sur le fait que Butch était bien en infraction au moment des faits et donc que la police a eu raison de l’inculper.

    Butch, qui devrait passer en procès le mois prochain, prétend quand à elle qu’elle a été piégée par d’autre médiums.

    Cette loi sexiste est supprimé mais elle va peut être encore servir à punir une femme. J’imagine qu’elle a du servir à des fins racistes aussi, contre les autochtones et les cultes des personnes racisées (vaudou, santeria, condomblé...). Je dit pas que cette femme n’est pas malhonnete mais si on la condamne faudrait pensé à faire pareil avec les prêtres, popes, rabbins, imams, gourous, chamanes et tout ces mecs qui vendent des promesses de vie après la mort, miracles et autres fantaisies en oubliant pas de taxer du fric .
    #sorcières #religion #loi #sexisme


  • La “ville intelligente de la surveillance” de Google fait face à une nouvelle résistance à Toronto. Par Ava Kofman
    Traduction Les Crises - 17 Décembre 2018

    La ville la PLUS ambitieuse du monde, connue sous le nom de #Quayside, à Toronto, fait l’objet de vives critiques de la part du public depuis l’automne dernier, lorsque le projet de construire un quartier « à partir d’Internet » a été révélé pour la première fois. Quayside représente un effort conjoint de l’agence gouvernementale canadienne Waterfront Toronto et Sidewalk Labs, qui appartient à la société mère de #Google, Alphabet Inc. pour développer 12 acres [environ 4.9 ha, NdT] du précieux front de mer juste au sud-est du centre-ville de Toronto.


    Illustration : Soohee Cho/The Intercept, Getty Images
    Fidèle à la rhétorique utopique qui alimente le développement de tant d’infrastructures numériques, Sidewalk Labs a présenté Quayside comme la solution à tout, de l’engorgement des routes et la hausse du prix des maisons à la pollution environnementale. La proposition pour Quayside comprend un système centralisé de gestion de l’identité, grâce auquel « chaque résident accède aux services publics » tels que les cartes de bibliothèque et les soins de santé. Un candidat à un poste chez Sidewalk Labs de Toronto a été choqué lorsqu’on lui a demandé, lors d’une entrevue, d’imaginer comment, dans une ville intelligente, « voter pourrait être différent à l’avenir ».

    D’autres projets relativement pittoresques incluent des voitures sans conducteur, des espaces « mixtes » qui changent en fonction des demandes du marché, des rues chauffées et un « tri des déchets avec capteurs ». L’objectif final de l’investissement estimé à un milliard de dollars de Sidewalk Labs est d’amener ces innovations à grande échelle – d’abord à plus de 800 acres [environ 32.4 ha, NdT] sur le front de mer est de la ville, puis à l’échelle mondiale. « L’idée de Sidewalk Labs est née de l’enthousiasme des fondateurs de Google à l’idée de “tout ce que vous pourriez faire si quelqu’un nous donnait une ville et nous en confiait la responsabilité” », explique Eric Schmidt, ancien président exécutif de Google, lorsque Quayside a été annoncé.

    Dès le début, des militants, des chercheurs en technologie et certains représentants du gouvernement se sont montrés sceptiques à l’idée de confier à Google, ou à l’une de ses sociétés sœurs, la responsabilité d’une ville. Leurs réticences quant à la transformation d’une partie de Toronto en banc d’essai d’entreprise ont été suscités, dans un premier temps, par l’histoire de Google alliant pratiques commerciales non éthiques et collecte subreptice de données. Elles ont depuis été confirmées par le processus de développement secret et antidémocratique de Quayside, qui a pâti d’un manque de participation publique – ce qu’un critique a appelé « une expérience colonisatrice du capitalisme de surveillance visant à démolir d’importantes questions urbaines, civiles et politiques ». Au cours des derniers mois, une série de démissions importantes de membres importants du conseil consultatif, ainsi qu’une résistance organisée des résidents préoccupés, ont contribué à la réaction de plus en plus vive du public contre le projet.

    Il y a quelques semaines, Ann Cavoukian, l’une des plus grandes expertes en protection de la vie privée au Canada et ancienne commissaire à la protection de la vie privée de l’Ontario, a été le dernier intervenant à démissionner du projet. Cavoukian a été nommée par Sidewalk Toronto (comme on désigne la collaboration entre Waterfront Toronto et Google-sibling Sidewalk Labs) à titre de consultante pour aider à mettre en place un cadre proactif pour « privacy by design » [protection de la vie privée dès la conception d’un projet, NdT]. On lui a d’abord dit que toutes les données recueillies auprès des résidents seraient supprimées et rendues non identifiables. Cavoukian a toutefois appris le mois dernier que des tiers seraient en mesure d’accéder aux informations identifiables recueillies à Quayside. « J’ai imaginé la création d’une ville intelligente de la protection de la vie privée, par opposition à une ville intelligente de la surveillance », a écrit Cavoukian dans sa lettre de démission. Ses préoccupations faisaient écho à celles des résidents qui ont depuis longtemps souligné les répercussions sur la vie privée du transfert des rues à l’aspirateur de données le plus rentable du monde.

    En réponse aux questions de The Intercept au sujet de la démission de Cavoukian, un porte-parole de Sidewalk Labs a déclaré : « Sidewalk Labs s’est engagé à mettre en œuvre, en tant qu’entreprise, les principes de confidentialité dès la conception. Bien que cette question soit réglée, la question de savoir si d’autres entreprises impliquées dans le projet Quayside seraient tenues de le faire est peu susceptible d’être réglée bientôt, et pourrait ne pas être du ressort de Sidewalk Labs. »

    Maintenant, dans le but de devancer le développement de Quayside avant qu’il ne soit trop tard, une coalition d’experts et de résidents a lancé un Forum ouvert des villes intelligentes de Toronto. Selon Bianca Wylie, cofondatrice de #Tech_Reset Canada et l’une des principales organisatrices de l’opposition à Sidewalk Toronto, le groupe représente le plus récent et le plus important effort des Torontois pour commencer à tenir ce genre d’échanges publics, de séances de formation et de débats qui auraient dû avoir lieu l’an dernier, lorsque ce projet a été annoncé. « Le processus que Sidewalk Toronto a lancé a été si antidémocratique que la seule façon d’y participer est d’être proactif dans le cadrage de la question », poursuit Wylie.

    Le Toronto Open Smart Cities Forum prend les devants dans la lutte locale contre la marchandisation des données de sa ville. La lutte du groupe est une lutte que les habitants des villes du monde entier ont suivie de près. Même ceux qui n’ont jamais mis les pieds au #Canada pourraient bientôt être assujettis aux produits, normes et techniques produits par Sidewalk Toronto, par le simple fait qu’ils utilisent les services de Google qui couvrent la planète. « Il ne s’agit pas seulement de vendre des données », dit Wylie. « Il s’agit aussi de savoir comment ces données sont utilisées avec d’autres types de données dans d’autres systèmes. Vous pouvez déplacer beaucoup d’informations dans #Alphabet sans avoir à les vendre, et nous devons en parler ». En d’autres termes, la capacité de Toronto de freiner l’affilié de Google a des répercussions non seulement pour les Canadiens, mais aussi pour l’avenir de ceux qui contrôlent notre vie civique.


    Image conceptuelle de Sidewalk Toronto. Image : Sidewalk Toronto

    Une ville de la surveillance
    Les controverses en cours à propos de Sidewalk Toronto pourraient être le dernier signal d’alarme pour les villes qui envisagent de céder des espaces publics à de grandes entreprises de technologie. La décision de Cavoukian de démissionner ne représente que la démission la plus récente d’une série de départs que Wylie a qualifiés de « bulldozer continu des parties intéressées ». En plus de Cavoukian, un membre du conseil de Waterfront Toronto et deux conseillers numériques de Waterfront Toronto ont également démissionné au cours des cinq derniers mois. Trois autres conseillers numériques ont également menacé de démissionner à moins que des changements majeurs ne soient apportés au processus de préparation du projet.

    En prévision d’une presse défavorable, Sidewalk Labs a alloué 11 millions de dollars de son budget initial de 50 millions de dollars à un poste « communications/engagement/et relations publiques ». Il s’agit d’une stratégie visant à renforcer l’influence des personnes influentes « afin d’assurer le soutien du plan directeur pour l’innovation et le développement parmi les principaux intervenants à Toronto ». La semaine dernière, iPolitics a signalé que Sidewalk Labs a commencé à faire du lobbying auprès d’au moins 19 ministères fédéraux, dont le cabinet du premier ministre, Environnement et changements climatiques Canada, l’Agence de santé publique du Canada et le Conseil du Trésor et autres. Les réunions ont toutes eu lieu quelques jours après la démission de Cavoukian, l’ancienne commissaire à la protection de la vie privée de l’Ontario.

    Mais jusqu’à présent, le projet a perdu des alliés plus rapidement qu’il n’en a gagné. Lorsque Saadia Muzaffar, une éminente technologue et fondatrice de TechGirls Canada, a démissionné du comité consultatif sur la stratégie numérique de Waterfront Toronto en octobre, c’était en partie à cause du « mépris flagrant du partenariat pour les préoccupations des résidents à l’égard des données et des infrastructures numériques ». Dans sa lettre de démission virale, Mme Muzaffar a critiqué le processus de négociation malhonnête de Sidewalk Toronto : « Il n’y a rien d’innovateur dans la construction de la ville qui prive insidieusement ses résidents de leurs droits et qui vole aux budgets publics des revenus précieux ou qui engage des fonds publics limités dans l’entretien continu de la technologie dont les dirigeants municipaux n’ont même pas déclaré avoir besoin. »

    Si les autres projets mondiaux de Google peuvent donner une quelconque indication, l’entreprise de Sidewalk Lab au Canada pourrait s’inspirer du modèle de la Silicon Valley qui consiste à offrir des services gratuits en échange du droit à une collecte de données pratiquement illimitée. Des bornes LinkNYC et InLinkUK associées à Sidewalk Labs ont déjà été installées à New York et à Londres. Les kiosques – qui comprennent trois caméras, 30 capteurs et des balises Bluetooth – regroupent des données anonymisées à des fins publicitaires en échange de services Wi-Fi gratuits fournis aux passants.

    Étant donné qu’il n’y a pas de véritable façon de se retirer de l’espace public, les Torontois se demandent à quoi ressemblerait un accord judicieux. Dans le cas de Quayside, les termes de tout accord ne couvriraient pas seulement le Wi-Fi mais pourraient également s’étendre aux services gouvernementaux de base. Julie Di Lorenzo, une promotrice immobilière qui a quitté le conseil d’administration de Waterfront en juillet, a expliqué à l’AP [Associated Press] que les questions qu’elle avait posées au sujet des résidents qui pourraient ne pas consentir au partage des données étaient restées sans réponse. Elle voulait savoir si ceux qui n’avaient pas opté pour la ville se feraient dire qu’ils ne pouvaient pas y vivre. « C’est une chose d’installer volontairement Alexa chez soi », a écrit le journaliste torontois Brian Barth. « C’en est une autre quand l’infrastructure publique – rues, ponts, parcs et places – est, pour ainsi dire, Alexa. »

    À ces préoccupations s’ajoute le fait que Sidewalk Labs a demandé à des consultants locaux potentiels de lui remettre la totalité de leur propriété intellectuelle, selon une récente enquête du Globe and Mail. Comme Jim Balsillie, l’ancien PDG de Blackberry, l’a récemment souligné dans un éditorial, Waterfront Toronto n’a pas réglé la question de la propriété intellectuelle et des données dans son dernier protocole, ce qui signifie qu’elle reviendrait à Sidewalk Labs par défaut, lui octroyant un avantage commercial brut. En effet, dans une annonce faite l’an dernier, M. Schmidt est même allé jusqu’à remercier les contribuables canadiens d’avoir créé une partie de la technologie clé de l’intelligence artificielle Alphabet, dont l’entreprise possède maintenant la propriété intellectuelle. M. Balsillie a fait remarquer que ce qui se passe à Toronto aura des répercussions profondes et permanentes sur les droits numériques et la prospérité de tous les Canadiens parce que la PI [propriété intellectuelle] et les données – les ressources extractives les plus précieuses de notre siècle – s’étendent de façon continue. C’est pourquoi les intervenants actuels et anciens de Waterfront Toronto ont demandé que le public bénéficie des avantages financiers du projet, soulignant que la plus grande ville du Canada ne devrait pas être simplement considérée comme le laboratoire urbain d’une entreprise américaine.

    Le porte-parole de Sidewalk Labs a déclaré que « la relation de l’entreprise avec ses entrepreneurs n’a aucune incidence sur ses ententes avec Waterfront Toronto, y compris son engagement à l’égard du processus établi dans la PDA [Plan Development Agreement, accord signé par Waterfront Toronto et Sidewalks Labs, NdT], qui indique qu’à l’avenir, Waterfront Toronto pourrait avoir des droits sur certaines PI de Sidewalk Labs. Évidemment, si Sidewalk Labs n’est pas propriétaire de la PI créée par le processus de préparation, elle n’aura pas le pouvoir de partager ou de transmettre cette PI à Waterfront Toronto ou à quiconque. »

    Pourtant, jusqu’à récemment, Sidewalk Labs refusait de dire à qui appartiendraient les données produites par les visiteurs, les travailleurs et les résidents de Quayside dans ce qu’elle appelle « la communauté la plus tangible au monde ». L’entreprise n’avait pas non plus clarifié, malgré les questions pointues posées lors des assemblées publiques, si et comment l’information provenant des capteurs des bancs des parcs, des feux de circulation et des bennes à ordures serait monétisée. (L’écrivain Evgeny Morozov a résumé la stratégie de Google comme suit : « Maintenant, tout est permis – à moins que quelqu’un ne se plaigne »).

    Dans un semblant de réponse à la pression croissante du public contre le projet, Sidewalk Labs a récemment publié sa première proposition pour la gestion numérique des données collectées. Le plus important de ces plans était la suggestion que toutes les données soient placées dans une « fiducie de données civiques ». Sur le blog de l’entreprise, Alyssa Harvey Dawson, responsable de la gestion des données chez Sidewalk Labs, explique qu’avec la création proposée d’une fiducie de données civiques, personne n’aurait « le droit de posséder les informations recueillies dans l’environnement physique de #Quayside – y compris Sidewalk Labs ». Cela représenterait, écrit-elle, « une nouvelle norme d’utilisation responsable des données qui protège la vie privée et l’intérêt public tout en permettant aux entreprises, aux chercheurs, aux innovateurs, aux gouvernements et aux organisations civiques d’améliorer la vie urbaine grâce aux données urbaines ».

    Selon les experts qui ont suivi le projet de près, les détails sur la façon dont cette fiducie pourrait être mise en œuvre sont vagues et parfois contradictoires. D’une part, la proposition stipule que Sidewalk Labs n’aurait aucun accès préférentiel aux données recueillies. D’autre part, comme le souligne Sean McDonald, « la fiducie proposée accorderait des licences pour la collecte et l’utilisation de données – et plus les données sont sensibles, plus elles seraient confidentielles ». Il y a aussi la question de savoir dans quelle mesure certaines données seraient anonymes et si cet #anonymat serait réversible lorsqu’il s’agit de partager des informations avec les services de maintien de l’ordre public. Certains résidents s’opposent à ce que Sidewalk Labs soit impliqué dans cette proposition de gestion des données. « C’est comme si Uber proposait des règlements sur le covoiturage, ou si Airbnb disait au conseil municipal comment gérer les locations à court terme. Par définition, il y a conflit d’intérêts », écrit Nabeel Ahmed, spécialiste des #villes_intelligentes et membre du Toronto Open #Smart_Cities Forum.

    Une partie de la mission du nouveau #Toronto Open Smart Cities Forum est de faire en sorte que le débat public ne porte plus sur les derniers détails des modalités proposées par l’entreprise, mais plutôt sur la question de savoir si le projet devrait aller de l’avant, sous quelle que condition que ce soit. Cette conversation, souligne Wylie, devrait avoir lieu entre les résidents et le gouvernement ; #Sidewalk Labs ne devrait pas être la seule voix qui fixe les conditions et fait avancer le programme. « Nous devons affirmer clairement et sans ambiguïté que cette infrastructure est publique », a dit M. Wylie. « En mars vous pouvez dire : “Ces #données ne sont pas recueillies”, mais en juillet, elles sont mises à jour pour faire autre chose. Cette infrastructure crée une surveillance plausible tant que vous gardez toujours la porte ouverte à ce qui est possible. »

    Source : The Intercept, Ava Kofman, 13-11-2018
    Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.


  • Les migrants irréguliers coûtent plus cher que prévu à Ottawa Marie Vastel - 30 Novembre 2018 - Le Devoir

    https://www.ledevoir.com/politique/canada/542621/immigration-les-migrants-irreguliers-coutent-plus-cher-que-prevu-a-ottawa

    Le gouvernement fédéral a sous-estimé la facture de l’arrivée de #migrants irréguliers au pays, qui pourrait coûter au moins 700 millions au fédéral. Et ces frais risquent de n’aller qu’en augmentant, prévient le directeur parlementaire du budget.

    Plus de 20 000 réfugiés ont traversé la frontière canado-américaine de façon irrégulière en 2017-2018, en évitant un poste frontalier. En moyenne, le fédéral aura à débourser 14 321 $ pour s’occuper de chacun d’eux et traiter leur demande d’asile au fil des prochaines années. Une facture qui atteindra 340 millions au total, prévoit le directeur parlementaire du budget Yves Giroux dans un rapport déposé jeudi.

    Or, l’afflux de migrants irréguliers demeure le même à la frontière (17 120 de janvier à novembre cette année). Et la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) peine à traiter toutes les demandes d’asile, ce qui fait qu’elle accuse un important arriéré (28 300 demandes en date de septembre).

    Le coût d’accueil des prochaines cohortes de migrants irréguliers risque donc d’atteindre 368 millions pour ceux qui arriveront cette année, et pourrait atteindre 396 millions pour les migrants de l’an prochain si la tendance se maintient.

    « C’est un tweet qui a coûté cher, #BienvenueauCanada », a déploré la conservatrice Michelle Rempel en évoquant le gazouillis de Justin Trudeau en janvier 2017.

    Yves Giroux ne sait pas prédire sur quelle période s’échelonneront ces frais que le fédéral aura à assumer pour gérer l’accueil de ces migrants. Tout dépend des délais de traitement des demandes d’asile à la CISR — trois ans actuellement, en comptant les appels — et du nombre de migrants qui interjetteront ensuite appel à la Cour fédérale si leur demande est refusée. Mais le processus entier pourrait prendre cinq ou six ans, pour les migrants qui arriveront l’an prochain.

    Une facture exponentielle
    Le gouvernement de Justin Trudeau avait mis de côté 173 millions sur deux ans dans son dernier budget. Une somme insuffisante, tranche M. Giroux. Pourtant, le fédéral estimait lui-même qu’il lui en coûterait 19 000 $ par migrant.

    Qui plus est, pendant que les demandeurs d’asile attendent de connaître leur sort, c’est le fédéral qui paie leurs soins de santé. « C’est un peu se tirer dans le pied, sous-financer la CISR et les autres agences gouvernementales, parce que faire ce genre d’économies là, ça accroît les coûts fédéraux », explique M. Giroux. Le fédéral devra ainsi dépenser 48,8 millions en couverture de soins de santé pour la cohorte de l’an dernier, mais la facture passera à 76,4 millions pour celle arrivée cette année et 104,5 millions pour la suivante.

    Ni le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, ni celui de la Sécurité frontalière, Bill Blair, n’ont indiqué si le gouvernement bonifierait ses budgets pour accoter les prévisions du directeur parlementaire du budget. « Je crois que notre obligation première, c’est de nous assurer que tout est fait de façon efficace, au moindre coût possible, tout en respectant nos obligations légales », s’est contenté de répondre M. Blair en martelant que les arrivées mensuelles ont quelque peu réduit depuis les mois d’été.

    Yves Giroux note en outre que les frais engagés par les provinces — pour l’aide sociale et le logement, notamment — s’ajouteront à cette facture. « Une pression considérable sur les provinces », note-t-il.

    L’Ontario réclame 200 millions à Ottawa. Québec demandait au fédéral 146 millions pour couvrir ses frais de 2017. Le gouvernement caquiste n’a pas fourni d’estimé mis à jour à M. Giroux, puisqu’il était en pleine élection.

    Le Canada a déjà reçu depuis janvier davantage de migrants irréguliers qu’à pareille date l’an dernier. Ce qui fait dire aux conservateurs que la facture de plus de 300 millions deviendra annuelle, puisque le Canada accueillera au rythme actuel une nouvelle cohorte de plus de 20 000 migrants irréguliers chaque année.

    « Actuellement, il n’y a rien qui est fait pour arrêter. L’afflux continue, a déploré Pierre Paul-Hus. S’il n’y a rien qui est fait, ça va continuer comme ça. »

    Yves Giroux a admis que « si les flux continuent de se maintenir, ça devient des coûts qui sont annuels ».

    Janet Dench, du Conseil canadien pour les réfugiés, rejette cependant ce genre de calcul financier. « On ne peut pas mettre un prix sur la vie humaine », réplique-t-elle, notant que plusieurs de ces migrants travaillent pendant le traitement de leur demande et paient donc des impôts. Ce qui vient modifier le portrait économique dénoncé par le Parti conservateur.

    Le néodémocrate Matthew Dubé estime que la facture est telle parce que le gouvernement a tardé à répondre à cet afflux de migrants. « Ultimement, il y a un coût humain aussi qu’il ne faut pas négliger », a-t-il plaidé.

    La #criminalisation des #migrants ou des #réfugiés coute trés cher #MDR #Canada


  • Why is Canada denying its indigenous peoples clean water? - The Globe and Mail
    https://www.theglobeandmail.com/opinion/why-is-canada-denying-its-indigenous-peoples-clean-water/article31599791

    Amanda Klasing, a senior researcher at Human Rights Watch, specializes in the right to clean water.

    “She likes to take a bath, but [the water] irritates her skin,” Susan said of her active two-year-old daughter. When the little girl was 18 months old, Susan started to notice rashes all over her daughter’s legs. “I thought it was something from the grass,” she said. Instead, a doctor informed her that the baby’s rash was probably from her water. Susan can’t bathe her daughter at home now; she takes her to a daycare centre or relative’s house.

    Susan lives in Grassy Narrows First Nation in Ontario, where I spoke to her and other families in February to learn about living under a “do not consume” water advisory.

    #canada #eau #premières_nations


  • L’humiliation des centres de conversion Christian Saint-Pierre - 3 Novembre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/lire/540433/entrevue-l-humiliation-des-centres-de-conversion

    En 2004, alors que Garrard Conley est âgé de 19 ans, ses parents, baptistes ultraconservateurs du sud des États-Unis, découvrent son #homosexualité. Paru en 2016, Boy Erased raconte le séjour du jeune homme dans un centre de conversion. Alors que l’adaptation filmique de Joel Edgerton prendra l’affiche le 9 novembre, le récit autobiographique est publié en français aux Éditions Flammarion Québec sous le titre Garçon effacé.

    « Avant de comprendre que mon expérience avait plus d’impact sous forme de mémoires, explique l’auteur au téléphone, j’ai travaillé à la transposer dans des romans dystopiques qui ne fonctionnaient jamais, probablement parce qu’on vit en ce moment même dans une véritable #dystopie. Que l’actuel gouvernement américain cherche à effacer les personnes #trans de l’histoire, c’est plus terrifiant que tout ce que j’aurais pu imaginer. »


    Campé dans le centre de #conversion Love in Action, le récit est entrecoupé d’événements s’étant déroulés auparavant, notamment dans la maison familiale et à l’université. « Si j’ai choisi cette structure, explique Conley, c’est pour montrer que l’existence d’un pareil endroit n’est pas déconnectée de mon passé. J’ai en quelque sorte été guidé vers lui. À cause des idées très dangereuses qui m’ont été inculquées dès l’enfance, je n’ai pas été surpris par les principes de Love in Action, pas été immédiatement choqué par leur manière de procéder. »

    L’auteur tient à préciser que les thérapies de conversion ne se déroulent pas seulement dans des établissements spécialisés, qu’elles prennent d’autres formes : « On retrouve de la honte, des stéréotypes et de la répression dans les familles, dans les communautés et dans les politiques gouvernementales. C’est de ce contexte historique plus large que j’ai aussi cherché à rendre compte, celui qui a permis la création et la propagation de ces thérapies. »

    Faire oeuvre utile
    Garrard Conley est certainement parvenu, à partir de la laideur et de la souffrance, à créer quelque chose de beau et d’inspirant. Malgré tout, il fait très attention de ne pas souscrire au dicton « Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort ». « Tout simplement parce que beaucoup de gens qui ont subi une thérapie de conversion se sont suicidés, explique-t-il. Je me considère comme un témoin.

    « Quand je suis entré à Love in Action, on a confisqué mon cahier de notes, tenté de contrôler mes pensées, mais, pendant les séances, je me souviens de m’être dit que tout cela serait peut-être important un jour. Dans la vie d’un écrivain, d’un créateur, il arrive que la meilleure chose à faire soit d’enregistrer le plus exactement possible sa souffrance et celle des individus qui nous entourent. Je ne veux pas dire que c’était mon destin de faire une thérapie de conversion, que ça a fait de moi un meilleur auteur, j’ai simplement tiré le meilleur de la situation. »

    Conley se souvient très bien du jour où, en lisant un blogue à propos des thérapies de conversion, il a reconnu ses propres difficultés à entrer en relation avec les autres, des embûches qu’il pensait tout à fait communes et dont il a compris alors qu’elles avaient été causées par son expérience.

    « J’avais peur de toucher mon partenaire ou même d’en avoir un. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’écrire, pour faire de l’éducation à propos des terribles retombées de ces thérapies, pour entraîner le sujet sur la place publique. »

    L’auteur estime que c’est sa responsabilité, surtout en tant qu’homme blanc #cisgenre, de se rendre dans certains endroits racistes ou #homophobes afin d’informer des gens qui sont prêts à l’entendre, comme son père et sa mère l’ont finalement été. « J’ai résisté à ça longtemps, parce que je voulais fuir un passé très douloureux. Je crois que j’ai cette aptitude à parler à la fois la langue des personnes conservatrices et celle de la gauche, ce qui me permet d’alterner de l’une à l’autre, en somme de traduire. »

    Depuis que le film se prépare, que la bande-annonce circule, les ventes du livre ont monté en flèche, et de plus en plus de médias généralistes s’intéressent aux enjeux qu’il aborde.

    « Je suis toujours un auteur, explique Conley, mais je dois reconnaître que je suis aussi le défenseur d’une cause. Je reçois chaque jour des messages de gens qui me disent que le livre leur a fait du bien. Quand tu vois leur souffrance, lorsque tu constates la différence que tu peux faire dans leur vie, c’est impossible de détourner le regard. Chez Trevor Project, un organisme axé sur la prévention du suicide auprès des jeunes #LGBTQ, on n’a jamais reçu autant d’appels d’aide — et de courriels haineux — que depuis quelques semaines. On me dit que c’est grâce à Boy Erased et je trouve ça merveilleux, parce que ça veut dire que les gens accordent de l’attention à ce sujet crucial. »
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    D’un point de vue législatif
    Selon une étude récente de l’Institut Williams en Californie, ce sont 698 000 membres de la communauté LGBTQ qui ont reçu aux États-Unis, entre 18 et 59 ans, une thérapie de conversion ; 350 000 d’entre eux ont subi un tel traitement pendant l’adolescence. Aux #États-Unis, 36 des 50 États n’ont pas encore interdit ces thérapies. Au #Canada, quelques provinces (Manitoba, Ontario et Nouvelle-Écosse) et la Ville de Vancouver ont accompli des gestes ou mis en application des lois la rendant illégale. Circule en ce moment même une pétition qui demande au gouvernement du Canada de voter une loi bannissant la thérapie de conversion pour les mineurs. « Une longue bataille nous attend, estime Garrard Conley. Le gouvernement Trump fait en sorte que ces traitements soient maintenus et que les parents puissent y avoir recours pour leurs enfants. Nous traversons une époque fasciste, où il est plus important que jamais de prendre la parole. » C’est également dans cet objectif que l’auteur a décidé de produire UnErased, un balado qui reconstitue l’histoire de la thérapie de conversion aux États-Unis.

    #religion #évangélistes


  • The Season of the Witch - Max Dashu On Why We Sexualize, Trivialize, and Fear the Witch - AfterEllen
    https://www.afterellen.com/general-news/565785-the-season-of-the-witch-max-dashu-on-why-we-sexualize-trivialize-

    There is a pornography of devils arising in the torture chambers, and it’s saying the witch has sex with the devil. What the tortured women are forced to do in order to make the torment stop is to repeat the fantasies back to their torturers. This has had a huge impact on European culture and on the way sexuality is framed when you think about the tropes around sexuality, dungeons, torture, chains, gags, binding women. This is all infused with things that were actually practiced on real women’s bodies in the torture chambers.

    (...)

    We can’t say 9 million burned at the stake. The question of how many women were affected? Were accused? Were shunned? Were denounced? That number could easily surpass nine million.

    The number of women who taught their daughters keep your head down because this is what can happen to you. There was a huge impact on the way women raised their daughters to keep this from happening to them. I have seen accusations that this number was picked by feminists to surpass the number killed in the Holocaust and that’s false because the number estimated well predates that.

    #sorcières

    • Je n’étais pas conscient d’avoir brûlé une seule sorcière, mais peut-être que je l’ai fait sans m’en rendre compte.

      Ça sonne comme des male tears, @david2, un truc qui nous invite à te rassurer sur le fait que non on n’a pas voulu te faire du mal, c’est plutôt une adresse à ce système de merde. Et à la fin, hop, une demi-heure de temps de féministe t’aura été consacrée (plutôt qu’à autre chose). WTF ?

    • @david2 nooooon, y’a encore des bolos sur seenthis pour sortir ce genre de choses ?

      Sinon, si quelqu’un est preneuse du féminisme + lutte des classes, je suis partant !

      Tu nous fatigues avec toujours la même ritournelle gaucho anti-féministe de type « je serai pas féministe tant qu’on aura pas réglé la lutte des classes », « libérez d’abord les hommes et seulement ensuite les femmes, les enfants, la nature et ses petits icebergs suivront »
      Franchement, je te conseille de lire le livre de Mona, mais surement tu vas refuser qu’une femme te conseille. Tu y apprendrai pourtant tout ce que nous avons perdu hommes et femmes confondues dans notre dialectique au monde d’aujourd’hui et tout ce qu’il nous faut réinventer.

    • @david2 Le tutoiement et l’usage de bolos (une grande première pour moi héhé) m’ont été inspiré par les 3 lignes que tu as effacé. Il eut été préférable que tu uses avant tout du discernement que tu exprimes maintenant. Car le moins qu’on puisse dire est que cela portait à la provocation. Or tu ne sembles même pas l’admettre puisqu’il apparait qu’il aurait suffit de deviner la pensée que tu développes dans tes derniers messages. Faisant ainsi de toi une victime incomprise qui va quitter seenthis par notre outrecuidance à t’avoir bashé. (ce qui revient ici à ce qui disait @aude_v, faire de toi une victime à consoler)

      Or, j’assume parfaitement d’avoir été bête et méchante parce que tout les jours en tant que femme je subis ce genre de remarques que je ne peux plus supporter en silence. Alors certes, c’est tombé sur toi, et je m’exprime comme je peux mais on ne me fera ni taire ni culpabiliser pour autant. Et il serait dommage que tu prennes personnellement ce qui s’adressait également aux hommes qui me liront et par delà aux nombreux militants mâles gauchiste qui ont à plusieurs reprises attaqué le féminisme comme étant une lubbie de bourgeoises. Tu ne serais pas le premier à sortir ce genre de blague déplacée qui consiste à faire comprendre aux féministes ou à celles qui voudraient les rejoindre qu’elles se trompent ou qu’elles ne suivent pas la bonne voie et que seul la lutte des classes importe. Et si elles ne comprennent pas c’est qu’elles ont mal interprétées. Trop fort. Parce que tu n’es pas une femme tu n’as jamais subi ce genre d’intervention systématique qui vise à déconsidérer toute parole ou acte féministe qui ne vise pas la libération ouvrière ou la lutte des classes.


  • Income Inequality’s Most Disturbing Side Effect : #Homicide - Scientific American
    https://www.scientificamerican.com/article/income-inequalitys-most-disturbing-side-effect-homicide

    Income inequality can cause all kinds of problems across the economic spectrum—but perhaps the most frightening is homicide. Inequality—the gap between a society’s richest and poorest—predicts murder rates better than any other variable, according to Martin Daly, a professor emeritus of psychology at McMaster University in Ontario, who has studied this connection for decades. It is more tightly tied to murder than straightforward poverty, for example, or drug abuse. And research conducted for the World Bank finds that both between and within countries, about half the variance in murder rates can be accounted for by looking at the most common measure of inequality, which is known as the Gini coefficient.

    #inégalité


  • Quebec : Non aux exercices de confinement dans les écoles de la CSDM Marco Fortier - 25 Octobre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/societe/education/539790/non-aux-exercices-de-confinement-dans-les-ecoles

    Les exercices de confinement barricadé dans les écoles peuvent entraîner de l’anxiété et de la confusion. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décidé de ne pas imposer ces exercices controversés visant à enseigner aux élèves et au personnel des écoles comment réagir en cas d’attaque armée entre les murs de l’établissement.

    Dans une décision qui risque de faire boule de neige, la plus grande commission scolaire du Québec a entériné mercredi soir le rapport d’un comité d’experts qui exprime des doutes sur la pertinence des exercices de confinement barricadé.


    Photo : Justin Sullivan Getty Images / Agence France-Presse Dans l’île de Montréal, le SPVM a participé à 180 exercices de confinement dans les écoles en 2016, dont la moitié avec la participation des élèves. 
    « Actuellement, il n’existe aucune étude qui démontre l’efficacité des exercices de confinement dans les écoles pour diminuer les pertes humaines en cas de tireur actif », indique le rapport de 26 pages. Le comité était formé de huit membres du personnel de la CSDM, dont des directeurs d’école, appuyés par les chercheurs Lyse Turgeon (Université de Montréal), Camillo Zacchia (Institut Douglas) et Jacques Hébert (UQAM).

    « Il existe cependant des risques importants, tant physiques que psychologiques, qui doivent être soupesés par rapport aux bénéfices présumés des exercices de confinement », poursuit le document.

    La Commission scolaire compte ainsi rappeler aux directions d’école que chaque établissement peut décider d’offrir ou non des exercices de confinement aux élèves et au personnel. Plusieurs écoles croyaient à tort qu’ils étaient obligatoires.

    Par contre, tous les employés des écoles de la CSDM, y compris les enseignants, les concierges et les secrétaires, devront suivre une séance d’information sur les « bonnes pratiques à adopter en cas de tireur actif », élaborée avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Il ne s’agit pas d’un exercice de confinement où les participants doivent se barricader en classe dans le cadre d’une attaque armée simulée.

    Alerte à l’anxiété
    « On prend bonne note du rapport qui nous indique que les exercices de confinement barricadé peuvent créer de l’anxiété chez les élèves et les membres du personnel », a indiqué au Devoir Catherine Harel Bourdon, présidente de la CSDM.

    Dans l’île de Montréal, le SPVM a participé à 180 exercices de confinement dans les écoles en 2016, dont la moitié avec la participation des élèves, précise le rapport. « Parmi les obstacles rencontrés par les établissements ayant effectué des démarches en matière d’exercices de confinement, l’anxiété des élèves et des membres du personnel est celui qui est invoqué le plus souvent, soit près de deux fois plus souvent que l’appréhension et la résistance des parents. »

    Fait à noter, les exercices de confinement barricadé sont obligatoires pour le personnel et les élèves de toutes les écoles des deux commissions scolaires anglophones de l’île (English-Montreal et Lester-B.-Pearson). Le ministère de l’Éducation du Québec a le pouvoir de rendre obligatoire la tenue d’exercices de confinement, mais il laisse cette décision aux décideurs locaux. Ces exercices sont obligatoires en vertu de la loi en Ontario et au Manitoba, et d’une décision ministérielle ou des commissions scolaires dans quatre autres provinces.

    #enfants #Ecole #manipulation #attentas #propagande #Education


  • La grève chez Postes Canada inquiète les PME Terry Pedwell - La Presse canadienne - 23 Octobre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/economie/539678/la-greve-chez-postes-canada-inquiete-les-pme

    Les petites entreprises ont appelé les employés de Postes Canada à mettre fin rapidement aux grèves tournantes lancées lundi dans quatre villes, craignant qu’une grève prolongée ne réduise leurs bénéfices avant la période de magasinage des Fêtes.
    . . . . .
    Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), qui représente 50 000 employés des postes, a lancé lundi des grèves tournantes à Victoria, Edmonton, Windsor, Ontario et Halifax pour faire pression sur Postes Canada afin qu’elle accepte des modifications au contrat de travail.

    Le syndicat a indiqué que près de 9000 travailleurs et travailleuses de la région du Grand Toronto quitteraient leur emploi mardi à 0 h 01 (HE).


    Photo : Jacques Nadeau Archives Le Devoir Partout au Canada, les clients risquent d’être confrontés à des retards dans la livraison des colis et du courrier.

    « Pour que nous puissions conclure des accords, Postes Canada doit parler de la nature changeante du travail postal et des problèmes liés à la croissance du nombre de colis, a déclaré lundi Mike Palecek, le président national du STTP. Nous devons répondre aux préoccupations en matière de santé et de sécurité et au travail précaire, ainsi qu’à l’égalité des sexes. Nous resterons à la table de négociation et sur les lignes de piquetage aussi longtemps qu’il le faudra pour obtenir un accord équitable pour nos membres. »

    Partout au Canada, les clients risquent d’être confrontés à des retards dans la livraison des colis et du courrier, car Toronto est une plaque tournante du traitement, a prévenu Postes Canada dans une déclaration lundi soir.

    Toronto touchée mardi par les grèves de Postes Canada La Presse canadienne - - 23 Octobre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/politique/canada/539603/les-syndiques-de-postes-canada-sont-en-greve-a-victoria-edmonton-windsor-e

    Les grèves tournantes des syndiqués de Postes Canada se déplaceront à Toronto et en périphérie, mardi, lors de la deuxième journée de débrayage, ciblant ainsi la plus grande région métropolitaine du pays, où résident 5,9 millions de personnes.
     
    Dans un communiqué publié en fin de soirée lundi, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) précise que la grève touchera la grande région métropolitaine de Toronto, à l’exception de Scarborough, et la majorité de la région de l’indicatif 905.
    
Neuf mille travailleurs des postes seront alors en grève, selon le syndicat, qui assure que les négociations se poursuivent.
 
    Toronto est «  un centre de tri important pour le courrier et les colis au Canada  », a reconnu Postes Canada peu avant minuit dans un communiqué.
 


    Photo : Annik MH de Carufel Le Devoir Les débrayages de 24 heures ont été lancés dans la nuit de lundi à Victoria, à Edmonton, à Windsor et à Halifax.

    La société de la Couronne a expliqué que la grève tournante aura «  un impact important  » sur ses opérations. Ses clients pourraient donc constater des retards de livraison à l’échelle du pays, a-t-elle prévenu.
 
    Le syndicat, qui représente 50 000 employés, a entamé dans la nuit de lundi des grèves de 24 heures à Victoria, Edmonton, Windsor et Halifax.
 
    Cette forme de débrayage a été lancée après que les négociateurs n’ont pas réussi à conclure un nouvel accord pour renouveler la convention collective avant la date butoir de lundi, fixée par le syndicat.

    #Poste #Canada #Gréve


  • Au #Canada, des milliers d’autochtones n’ont toujours pas l’#eau_potable chez eux

    Pourtant, le Premier ministre Justin Trudeau s’était engagé à résoudre ce problème qui mine les #réserves des Premières Nations depuis des années.

    Pour boire un verre d’eau, ou même pour prendre une douche, certaines communautés des Premières Nations canadiennes ne peuvent pas se contenter d’ouvrir le robinet. Dans de nombreuses réserves du pays, l’eau courante est contaminée par les algues bleues, ou encore par des bactéries ou du mercure, rappelle dans un récent article le Washington Post.

    Gérés par le Gouvernement fédéral, de nombreux systèmes d’épuration font de ce fait l’objet d’avis de non-consommation de l’eau. Certains sont entrés en vigueur récemment, mais d’autres durent depuis des années : « À Neskantaga, une réserve isolée du Nord de l’Ontario, les résidents font bouillir leur eau depuis 23 ans, décrit le Washington Post, après la panne d’une station de traitement construite en 1993. »

    En novembre 2015, 105 avis préventifs « de longue durée » étaient en vigueur. Depuis, 71 ont été levés, mais 35 nouveaux ont dépassé le délai de 12 mois correspondant à cette définition. En résumé, 69 stations canadiennes fournissent de l’eau non potable depuis plus d’un an. « Et il y a toujours un risque qu’une nouvelle station rejoigne cette longue liste, ou qu’un avis de "courte durée" soit prolongé au-delà de 12 mois », prévient le quotidien américain.

    Pourtant, le Gouvernement Trudeau a déjà dépensé 2 milliards d’euros pour mettre fin à ce fléau digne du « tiers-monde », selon les mots du chef d’une des réserves concernées. Une somme qui reste insuffisante, indiquait dans un rapport de 2017 un comité de surveillance.
    Lourdeurs administratives et manque de personnel

    Tout cet argent ne semble en effet pas suffire pour lever toutes les « lourdeurs administratives » qui empêchent de remettre en état de marche les stations défaillantes. Des études de faisabilité, des mesures, des plans, des remises aux normes... les démarches n’en finissent plus pour que les avis restrictifs prennent fin. « Je sais qu’il y a une volonté politique de la part du Premier ministre, remarque Erwin Redsky, chef d’une réserve indigène de quelques 290 personnes, mais si la bureaucratie ne change pas, rien ne changera ».

    Et quand bien même elles viendraient à bout de la paperasse administrative, les réserves peinent ensuite à trouver du personnel qualifié pour travailler dans ces stations de traitement des eaux ; les opérateurs sont mieux formés, et mieux payés dans les grandes villes. Le Gouvernement soutient en ce sens des programmes visant à inciter ces techniciens à rester dans les réserves.

    Justin Trudeau a promis que les avis de « long terme » interdisant la consommation d’eau courante seraient levés d’ici mars 2021. Mais après des années à se méfier de l’eau du robinet, les autochtones vont-ils vraiment oser la boire ? Dawn Martin-Hill, professeur d’anthropologie et résident de la réserve des Six Nations, assure qu’un « problème plus important mettra plus longtemps à être résolu » : la confiance des habitants en l’eau de leur robinet.


    http://www.slate.fr/story/168854/canada-autochtones-pas-eau-potable
    #eau #peuples_autochtones #eau_de_robinet


  • Pourquoi Donna Strickland n’était pas sur Wikipédia avant d’avoir son Nobel de physique

    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/10/03/pourquoi-donna-strickland-n-etait-pas-sur-wikipedia-avant-d-avoir-son-nobel-

    Lorsque #Donna_Strickland a obtenu le prix #Nobel de physique mardi 2 octobre, collectivement avec deux autres scientifiques, pour ses travaux sur les lasers, la chercheuse canadienne n’avait pas de page #Wikipédia, contrairement à ses deux confrères. Pourtant, au mois de mai, un brouillon de page à son nom avait été soumis pour création – avant d’être rejeté par un éditeur de l’encyclopédie en ligne.

    Ce rejet a, depuis mardi, valu de nombreuses critiques à l’encyclopédie, sur laquelle les scientifiques femmes sont nettement moins bien représentées que leurs homologues masculins. Plus de 80 % des notices biographiques du site sont en effet consacrées à des hommes, et la disproportion est encore plus importante pour les scientifiques.

    #Jimmy_Wales, le fondateur de Wikipédia, a réagi à la polémique, soulignant qu’il s’agissait d’un sujet « important ». « C’est l’une des choses qui doit changer sur Wikipédia », a-t-il déclaré dans un message publié sur Twitter.

    [...]

    L’encyclopédie a-t-elle failli ou non dans ce dossier ? « Journalistes, si vous vous apprêtez à reprocher à Wikipédia sa couverture des femmes, commencez par balayer devant votre porte », s’est agacée #Katherine_Muahahar, directrice de la fondation Wikimédia, consacrée à promouvoir l’encyclopédie. « Nous sommes un miroir des discriminations du monde, nous n’en sommes pas la source. Nous ne pouvons pas écrire d’articles sur ce que vous ne couvrez pas. »

    Elle a également égratigné le monde de la recherche : « Quand vous ne reconnaissez pas, n’écrivez pas, ne publiez pas ou ne favorisez pas les femmes, les queers, les personnes de couleur et les autres, vous les effacez, eux et leurs contributions. »

    La faute est-elle du côté de Wikipédia, des médias, de la recherche ? « Nous vivons dans un monde où une femme a remporté un prix Nobel sans même avoir été promue professeure, et vous vous demandez pourquoi les femmes quittent le monde universitaire », déplore ainsi une jeune chercheuse sur Twitter. « Entre son statut et la débâcle de la page Wikipédia, ce qui est sûr, c’est que son travail n’est (ou du moins, n’était) pas considéré comme il aurait dû. Ce qui semble récurrent chez les femmes dans le monde universitaire. »

    #page_à_supprimer


  • Pour celles et ceux que ça intéresse, le Québec élit ses députés lundi prochain, d’où sortira un nouveau gouvernement. Quatre partis s’attendent à récolter de nouveaux députés :

    1) Le Parti Libéral, le même que celui de Justin Trudeau au niveau fédéral, est au pouvoir quasi ininterrompu depuis une quinzaine d’années, mais il est en perte de vitesse et pourrait devoir céder sa place. C’est la droite économique, mais paradoxalement son « laisser faire » et son fédéralisme font moins peur à celles et ceux qui se sentent incapables de rentrer dans un moule québécois trop rigide.

    2) Le Parti Québécois, l’opposition historique. Ce fut un parti de gauche, mais comme ses homologues européens, il ne propose plus d’alternative au capitalisme et s’est recentré sur un séparatisme et sur des « valeurs » québécoises qu’on peut facilement qualifier de racistes.

    3) La Coalition Avenir Québec est le nouveau parti du millionnaire (tiens donc, comme Berlusconi, Trump...) François Legault, fondateur de Air Transat. Très à droite économiquement, bien sûr, il surfe aussi sur la vague identitaire d’extrême droite. Encore plus raciste que le Parti Québécois sans revendiquer l’indépendance, il l’a doublé dans les sondages. Jusqu’à il y a quelques semaines, la Coalition Avenir Québec s’attendait à être majoritaire en députés et donc capable de constituer un gouvernement sans coalition. De récente sondages laissent entendre que le scrutin sera peut-être plus serré et que le vainqueur (CAQ ou Libéral), devra peut-être gouverner en coalition, et dans ce cas... avec qui ?

    4) Québec Solidaire est le seul parti véritablement de gauche, à la fois sur le plan économique que sociétal, et revendique aussi le séparatisme. Qualifié d’extrême gauche, son programme ressemble en fait à celui du PS en France dans les années 1990 ! Crédité en général de moins de 10% des voix, il a quand même 3 députés (de quartiers de Montréal) qui font entendre une parole différente à l’assemblée et dans les médias. Des rumeurs laissent entendre que QS peut créer la surprise, non pas en remportant les élections, mais en rafflant d’autres circonscriptions au Parti Québécois, afin de constituer une opposition de gauche digne de ce nom...

    Réponses lundi soir ou mardi matin...

    #Québec #Canada #élections #gauche #droite

    • Comme prévu par les sondages depuis deux ans, l’extrême droite de la CAQ a gagné au Québec (après avoir gagné en Ontario, aux Etats-Unis, en Italie, Autriche, Finlande, Bulgarie et dans plein d’autres pays...). Ce qui a légèrement surpris c’est l’ampleur de la victoire.

      Comme prévu depuis deux ans, le Parti Québécois a chuté. Ce qui a légèrement surpris c’est l’ampleur de la défaite, l’humiliation, l’annihilation de ce parti (ça rappelle le PS en France ou le PASOK en Grèce).

      La vraie bonne nouvelle dans un système politique dont on n’attendait de toutes façons pas grand chose, est le succès de Québec Solidaires qui passe de 3 à 10 député.e.s et double le Parti Québécois. Dix casse-couilles qui vont empêcher la nomenklatura de gouverner en paix (ils gouverneront quand même, avec leur politique de merde raciste, en faveur des riches et des patrons, mais pas en paix !). C’est déjà ça...


  • Canada : Les surdoses mortelles d’opioïdes continuent d’augmenter Marie Vastel - 19 Septembre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/societe/537059/les-surdoses-mortelles-aux-opioides-continuent-d-augmenter

    Le nombre de décès causés par des surdoses liées aux opioïdes continue de se multiplier au Québec et au Canada. À tel point que, si la tendance des trois premiers mois de l’année se maintient, le nombre de morts surpassera celui de l’an dernier.
 

    Le Canada a maintenant perdu plus de 8000 vies, depuis janvier 2016, à cause de la crise des surdoses d’opioïdes qui sévit particulièrement à l’ouest du Québec, rapportait mardi l’Agence de la santé publique du Canada.


    Au cours des trois premiers mois de l’année 2018 seulement, ce sont 1036 personnes qui ont perdu la vie apparemment à cause d’une consommation d’opioïdes – une augmentation constante par rapport aux mêmes périodes en 2017 et en 2016. Au Québec, 82 décès liés à une consommation d’opioïdes ont été constatés entre janvier et mars 2018 : 320 en Ontario, 203 en Alberta et 390 en Colombie-Britannique.

    À ce rythme, pas moins de 328 personnes pourraient ainsi perdre la vie au Québec en 2018. En 2016, 235 décès avaient été constatés. En 2017, le gouvernement fédéral n’avait reçu que des chiffres incomplets du Québec, répertoriant seulement les décès survenus pendant la deuxième moitié de l’année, et ceux-ci s’élevaient à 181 décès.

    La tendance à la hausse est la même dans les provinces les plus touchées par ce phénomène. L’an dernier, 3996 personnes sont décédées de surdoses d’opioïdes au Canada (1473 en Colombie-Britannique et 1265 en Ontario), tandis que le chiffre atteignait 3005 personnes en 2016 (1011 en Colombie-Britannique et 867 en Ontario). Si on extrapole les statistiques du comité consultatif fédéral-provincial sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes, dévoilées mardi, plus de 1500 personnes pourraient ainsi décéder en Colombie-Britannique cette année, plus de 800 en Alberta et près de 1300 en Ontario.

    Des décès constatés entre janvier et mars dernier, 94 % ont été classées comme des surdoses accidentelles. Et 73 % de celles-ci impliquaient la drogue #fentanyl (une drogue de synthèse qui peut être 100 fois plus forte que la morphine et qui est intégrée à certaines drogues du marché noir à l’insu des consommateurs).

    La ministre Petitpas-Taylor a déploré l’état de la crise. « Nous avons toujours dit qu’il n’y a pas de solution magique pour la crise des opioïdes. On va continuer de travailler en étroite collaboration avec les provinces et territoires, et aussi les gens qui travaillent dans la rue avec ces gens qui sont souvent affectés par la crise des opioïdes », a-t-elle réagi mardi.

    #Quebec #opioïdes #overdose #big_pharma #pharma #drogues #drogue #opiacés #overdose #santé #santé_publique #marché_noir


    • Le texte ? On peu le demander gentiment, le texte en clair ?

      Les abus du Canada sont incroyables et trop bien cachés. Envers la terre, envers le territoire, envers les habitants déjà. Un pays pareil, tant vanté par le commun, aucun paywall ne peut se justifier face à la denonciation de ses exactions. Si ?!

      J’dis ça, en l’air.

    • Tout à fait..., Simon Roger partage sûrement cet avis.

      Au Canada, troisième réserve pétrolière mondiale, le poison de l’or noir de l’Alberta
      Par Simon Roger

      Publié le 06 Septembre 2018
      Contaminations (5/7). La province canadienne est souillée et défigurée par l’exploitation des sables bitumineux, qui empoisonne les fleuves, les lacs et les populations amérindiennes.

      A la sortie du long virage qui laisse entrevoir les premiers chalets de Fort Chipewyan, un panneau invite tout individu témoin d’un crime à contacter la cellule téléphonique mise à disposition par la police.

      La localité de 900 âmes du nord de l’Alberta, accessible par la route seulement quelques semaines par an, lorsque le froid est si mordant qu’il fige le lit des rivières en une glace suffisamment épaisse pour laisser circuler les véhicules, n’a pourtant pas le profil d’une cité de la peur. Ses habitants sont d’ailleurs bien incapables de se remémorer le moindre acte criminel commis ces dernières années dans le village peuplé de Premières Nations Mikisew Cree et Athabasca Chipewyan, deux groupes amérindiens parmi les cinquante composantes autochtones du Canada.

      La population de « Fort Chip », pourtant, débute la journée avec la boule au ventre, redoutant de tomber malade et inquiète pour l’avenir du lac dont la rive méridionale domine le panorama. Au milieu de l’hiver, seules quelques taches sombres rompent la monotonie de cette ligne d’horizon d’un blanc infini : elles signalent les îlots sur lesquels la végétation émerge du manteau neigeux.

      D’une superficie de près de 8 000 km2, le lac est de loin la plus grande retenue d’eau d’Alberta et de l’Etat voisin du Saskatchewan. Il est aussi la principale source de subsistance pour les populations amérindiennes, habituées depuis toujours à pêcher le grand brochet et le doré jaune dans l’Athabasca, à traquer le caribou, l’élan ou le bison dans les forêts alentour et à récolter des baies dans la nature environnante. Un mode de vie ancestral qui semble de moins en moins compatible avec une autre histoire albertaine, débutée celle-là vers la fin des années 1960, celle de l’extraction du pétrole issu des sables bitumineux.

      « On ne fait que survivre au jour le jour, maugrée Ray Ladouceur, un pêcheur de 76 ans. Depuis plus d’un demi-siècle, je vis du produit de ma pêche. Aujourd’hui, l’eau est polluée et le gouvernement a dû interdire la commercialisation de la pêche. »
      « On ne fait que survivre au jour le jour, maugrée Ray Ladouceur, un pêcheur de 76 ans. Depuis plus d’un demi-siècle, je vis du produit de ma pêche. Aujourd’hui, l’eau est polluée et le gouvernement a dû interdire la commercialisation de la pêche. » .
      « On ne fait que survivre au jour le jour, maugrée Ray Ladouceur, un pêcheur de 76 ans. Depuis plus d’un demi-siècle, je vis du produit de ma pêche. Quand les entreprises minières ont commencé à déverser leurs eaux usées dans la rivière Athabasca, qui se jette dans le lac, elles ont contaminé le poisson. Aujourd’hui, l’eau est polluée et le gouvernement a dû interdire la commercialisation de la pêche. » « Jusqu’où irons-nous, nous, les êtres humains, dans la destruction de toute chose ? », s’interroge le vieil homme avant de confier avoir perdu une quinzaine de membres de sa famille, victimes de cancers. Les rejets industriels qui affectent l’air, l’eau et le sol en seraient la cause.

      Infirmière au centre de santé, Jane Lepine recense de plus en plus de cas de cancers de l’estomac, du poumon ou du foie, de diabètes, de pathologies neurodégénératives, « parmi la population adulte, mais également chez les enfants de Fort Chipewyan ». « Cet endroit est une décharge publique de substances contaminantes, se désole l’infirmière, pour qui la prévalence de ces maladies ne peut être dissociée des émissions des activités pétrolières. Malheureusement, on manque de données sanitaires qui confirmeraient nos craintes. » Ce n’est pourtant pas faute d’avoir alerté l’autorité de santé de la province, Health Alberta, et son équivalent fédéral, Health Canada, qui a compétence pour agir dans les réserves indiennes dont fait partie le territoire de Fort Chipewyan.

      « Se faire soigner coûte très cher ici »
      Mais jusqu’à présent, les questions de la population locale n’ont reçu que des réponses très parcellaires. Cette quête de vérité obsède aussi John O’Connor. Ce médecin irlandais est arrivé au Canada il y a trente ans pour y remplacer un collègue européen ; il a fini par s’installer à demeure à Fort McMurray, la grande agglomération du nord de l’Alberta.

      Depuis 2000, lorsque plusieurs familles lui ont demandé d’y assurer quelques consultations hebdomadaires, le praticien s’intéresse au sort du village. « Je suivais déjà d’autres populations indiennes, mais pas Fort Chip, qui a la particularité d’être une communauté très isolée et condamnée à vivre en autosuffisance, explique John O’Connor. La route hivernale n’est ouverte que deux mois par an. Le reste du temps, il faut prendre l’avion pour aller se faire soigner à Fort McMurray, mais ça coûte très cher. »

      « Avant on se baignait dans le lac. Maintenant on ne peut plus. Mon grand-père chasse mais il ne trouve plus d’animaux. La plupart des jeunes s’en foutent des problèmes de pollution », se désole Chantel Wanderingspirit, 20 ans, au café de la station-service de Fort Chipewyan.
      « Avant on se baignait dans le lac. Maintenant on ne peut plus. Mon grand-père chasse mais il ne trouve plus d’animaux. La plupart des jeunes s’en foutent des problèmes de pollution », se désole Chantel Wanderingspirit, 20 ans, au café de la station-service de Fort Chipewyan. .
      Au gré de ses allers et venues, le médecin accumule les témoignages. « Les discussions tournaient beaucoup autour des changements de l’environnement, comme la raréfaction du nombre d’oiseaux, la mauvaise qualité de la viande issue de la chasse, les difformités constatées sur certains poissons… avec une préoccupation centrale, la qualité de l’eau du lac, décrit le praticien. J’ai observé ensuite des pathologies que je n’aurais jamais pensé identifier parmi une population d’un millier de personnes, par exemple plusieurs cas de cancers des voies biliaires, une maladie qui touche en temps normal un individu sur 100 000. » Il en informe les chefs des Premières Nations, interroge ses collègues médecins à Fort McMurray puis interpelle, en 2005, les autorités de santé. Sans réponse de ces dernières.

      Ce mutisme prendra fin après la diffusion par la télévision nationale canadienne CBC, quelques mois plus tard, d’un sujet relayant les questionnements de John O’Connor. Contraint de réagir à l’écho médiatique du reportage, Health Canada dépêche trois médecins sur place en mars 2006.

      Devant les journalistes qui couvrent la visite au centre de santé de Fort Chipewyan, l’un des représentants de l’agence fédérale boit un verre d’eau du robinet : preuve est faite que l’eau est parfaitement potable ! Aucune mesure sanitaire ne s’impose, concluent les trois experts avant de rejoindre leur avion en esquivant les questions de l’auditoire.

      « Taux de cancers plus élevés de 29 % »
      Les autorités de santé s’intéressent en revanche de près au docteur un peu trop suspicieux. Une procédure de radiation pour « mauvais comportement » dans le dossier de Fort Chip est ouverte contre John O’Connor par le collège des médecins et chirurgiens d’Alberta. La procédure ne s’éteindra qu’en novembre 2009, grâce à l’intervention d’un avocat et des habitants qui lancent une pétition pour soutenir leur médecin.

      Au même moment, fin 2009, sont rendues publiques les conclusions d’un rapport de l’Alberta Cancer Board sur l’incidence des cancers à Fort Chipewyan entre 1995 et 2006. Le document confirme l’augmentation de plusieurs types de pathologies (cancer des voies biliaires, du sang, du système lymphatique) et exige des études complémentaires afin d’en préciser les causes et d’évaluer l’état de santé général de la population. Une demande, là encore, classée sans suite.

      George Poitras est un ancien chef de la communauté indienne Mikisew Cree de Fort Chipewyan. « C’est David contre Goliath. Tout le delta est contaminé. Moins de 1 % des terres exploitées par les compagnies pétrolières ont été restaurées en cinquante ans. » SAMUEL BOLLENDORFF POUR LE MONDE
      « Ces taux de cancers 29 % plus élevés que la moyenne sont-ils de cause héréditaire, liés au mode de vie ou d’origine environnementale ? Nous avons plus que jamais besoin d’une étude impartiale, complète et rigoureuse pour répondre à cette question », insiste John O’Connor. Au centre de santé, on répond poliment que les informations – logiquement publiques – ne sont pas disponibles.

      « En 2017, plus de vingt personnes sont mortes à Fort Chip, presque toutes d’un cancer. C’est devenu une chose normale », relève Warren Simpson. A 48 ans, cet ancien salarié de plusieurs entreprises de sables bitumineux, qui fait face lui-même à son deuxième cancer, admet que peu de ses concitoyens osent pointer du doigt les industries. « C’est compliqué de scier la branche sur laquelle on est assis. »

      Ici comme partout ailleurs en Alberta, le pétrole règne en maître. Sur la route du cimetière de Fort Chipewyan se dresse un lycée. Il a été construit grâce aux subsides de la compagnie Shell Albian, comme le signale un panneau placé bien en évidence. Un peu plus loin sur la même chaussée apparaît un vaste complexe sportif, avec son terrain de hockey et sa piscine. Ces équipements ont été financés par le premier groupe pétrolier canadien, Syncrude, dont le logo orne la façade du bâtiment devant lequel se rangent, en fin d’après-midi, les pick-up qui laissent tourner leur moteur pour résister aux températures glaciales.

      « Notre industrie est le plus gros employeur de personnes autochtones au Canada, avance Terry Abel, vice-président de l’Association des producteurs de pétrole du Canada (CAPP en anglais). Au cours des dernières années, l’industrie bitumineuse a participé pour 4 milliards de dollars canadiens [2,5 milliards d’euros] au chiffre d’affaires des entreprises autochtones. Aucun autre secteur ne réalise un volume d’affaires équivalent avec elles », assène le dirigeant au siège de la CAPP, dans le quartier des affaires de Calgary, la capitale économique de l’Alberta.

      Des sables bitumineux faciles d’accès
      Le Canada possède la troisième réserve pétrolière de la planète, derrière le Venezuela et l’Arabie saoudite. Plus de 95 % de cet or noir imprègne les sables bitumineux, l’hydrocarbure non conventionnel composé de sable, de bitume et d’eau (80 % à 85 % de silice et d’argile pour environ 10 % de bitume).

      Selon les projections du Centre de recherches internationales associant Sciences Po et le CNRS (CERI), l’exploitation des sables bitumineux devrait apporter, au cours des vingt prochaines années, 200 milliards de dollars par an à l’économie canadienne. Seule la Russie pourrait se prévaloir d’une telle manne, mais ses gisements bitumineux, localisés en Sibérie, sont à des latitudes trop extrêmes pour envisager une activité rentable.

      Un site industriel de Syncrude, le premier groupe pétrolier canadien. La neige et le ciel virent au jaune, et les odeurs de soufre et d’ammoniac envahissent l’air de Fort McMurray.
      Un site industriel de Syncrude, le premier groupe pétrolier canadien. La neige et le ciel virent au jaune, et les odeurs de soufre et d’ammoniac envahissent l’air de Fort McMurray. .
      Les sables d’Alberta, en revanche, sont faciles d’accès. Autour de Fort McMurray, le bitume affleure à moins de 70 mètres de profondeur : il est extractible à l’aide de pelles géantes. Dans les deux autres gisements de la province, plus profonds, Peace River et Cold Lake, les compagnies recourent à la technique dite « in situ » : elles forent des puits et y injectent de la vapeur d’eau pour liquéfier le bitume, aspiré ensuite vers la surface. Ensemble, ces trois gisements couvrent une zone exploitable de 142 000 km2, plus vaste que la superficie de l’Angleterre, qui fit du Canada un dominion de la Couronne britannique en 1867.

      A cette époque, Fort Chipewyan était le haut lieu du commerce de fourrure de la région. Fondé en 1788 par la Compagnie du Nord-Ouest, le plus vieux comptoir de l’Alberta vivait au rythme des saisons de trappe et des campagnes de pêche sur le lac. Une existence à laquelle les doyens des communautés indiennes ont pu goûter, avant que l’industrialisation ne vienne rompre cet équilibre.

      « Quand j’étais enfant, on pouvait boire l’eau du lac, parfaitement limpide, et la forêt autour de Fort Chip était d’un vert profond, se remémore Ed Marten, conseiller au centre de santé local. Aujourd’hui, l’eau est couleur chocolat et la végétation est flétrie. »

      A la suite de la mise en route des premières installations minières en 1973, « des trappeurs sont tombés malades après avoir bu l’eau des rivières environnantes. On a vu arriver, venant du Sud, des fumées et des cendres des installations de Syncrude. On se disait que quelque chose ne tournait pas rond », retrace le Mikisew Cree de 65 ans, atteint d’un cancer à l’estomac, comme sa mère, morte en 2017.

      « Rejets durables »
      La génération d’Ed Marten a connu aussi le départ forcé pour le pensionnat catholique, « coupé des miens, de ma langue et de ma culture ». Ce passé douloureux est perceptible dans d’autres communautés indiennes, comme à Fort Smith, à 200 kilomètres plus au nord.

      Un panneau routier y signale le passage de la frontière avec la province voisine des Territoires du Nord-Ouest, mais rien ne distingue la localité de 2 500 habitants de sa cousine albertaine. Même quadrillage urbain, mêmes habitations colorées, même concentration humaine autour des points cardinaux de la vie dans le Grand Nord que représentent les stations-service et les épiceries.

      « Mon peuple vit ici depuis des milliers d’années. Tout ce que nous savons, nous le devons à la terre et à l’eau », confie François Paulette, un chef de la communauté Smith’s Landing.
      « Mon peuple vit ici depuis des milliers d’années. Tout ce que nous savons, nous le devons à la terre et à l’eau », confie François Paulette, un chef de la communauté Smith’s Landing. .
      François Paulette, un des chefs de la communauté Smith’s Landing, a préféré s’installer à la lisière de la forêt bordée par l’Athabasca. Dans cette zone où la rivière est agitée de puissants rapides, l’eau reste libre de glace au plus fort de l’hiver. « Un peu plus loin, on trouve un autre cours d’eau, Dog River, sur le plateau canadien, indique-t-il d’un geste ample. Mon peuple vit ici depuis des milliers d’années. Tout ce que nous savons, nous le devons à la terre et à l’eau. »

      « Mais il fut un temps [au début des années 1960] où le gouvernement décida de nous expulser de nos terres, prétextant que notre manière de vivre était en voie d’extinction, poursuit le chef de la communauté Déné, retiré à ses parents à l’âge de 6 ans pour l’école paroissiale. Quant à l’eau, il faudrait être naïf ou stupide d’espérer ne pas être touché par l’industrialisation. Les usines de pâte à papier, et après elles les compagnies de sables bitumineux, ont consommé beaucoup d’eau et rejeté beaucoup de déchets dans la rivière. »

      Le « traité no 8 », le texte qui régit depuis 1899 les rapports entre les communautés du nord de l’Alberta et la Couronne d’Angleterre, accorde aux populations indiennes un droit inaliénable de chasse et de pêche. Que vaut cet engagement sur des étendues de terres et d’eau souillées par les activités humaines ?, interpelle François Paulette.

      La région de Fort Smith n’a pourtant pas de pétrole, pas plus que celle de Fort Chip. Mais elles sont toutes deux irriguées par le réseau hydrographique de l’Athabasca. C’est par cette veine immense et ses affluents que les infrastructures pétrolières installées à plus de 200 km en amont diffusent leur poison liquide.

      « Le programme de suivi de la qualité de l’eau mis en place par le gouvernement d’Alberta n’est pas adapté aux risques des activités industrielles, soutient l’hydrogéologue canadien Gilles Wendling. On n’étudie pas, par exemple, les effets cumulatifs de ces rejets durables. » C’est l’une des revendications de l’association Keepers of the Water Athabasca (« Gardiens de l’eau de l’Athabasca »), qui tente de mesurer les impacts hydrographiques de l’exploitation des sables bitumineux, très consommatrice d’eau. L’ONG créée en 2006 recourt à l’expertise de chercheurs indépendants comme Gilles Wendling. « On en avait assez de la propagande des industriels et des agences gouvernementales de régulation, explique Jule Asterisk, l’une des porte-parole de Keeper. Les résistances sont très fortes lorsqu’on se penche sur ce sujet. »

      Dans la région de Fort McMurray, l’extraction des sables bitumineux se fait à partir de mines à ciel ouvert, comme cette unité du groupe pétrolier Suncor.
      Dans la région de Fort McMurray, l’extraction des sables bitumineux se fait à partir de mines à ciel ouvert, comme cette unité du groupe pétrolier Suncor. SAMUEL BOLLENDORFF POUR LE MONDE
      Sujet de tension entre la société civile, les autorités et les industriels, la question de l’eau n’épargne pas la sphère académique d’Edmonton, la capitale administrative de la province. Dans les bâtiments de briques rouges qui donnent à l’université d’Alberta un petit air de campus anglais, une étude alimente particulièrement la controverse, celle du professeur David Schindler. Connu pour avoir identifié, dans les années 1970-1980, les pluies acides comme vecteur de la mortalité des poissons des Grands Lacs, le biologiste a publié en 2010 la première étude d’importance sur la rivière Athabasca et ses affluents. Son équipe a retrouvé dans l’eau treize types de métaux lourds attribués à l’industrie des sables bitumineux, parmi lesquels du mercure, du nickel, du plomb, du thallium, de l’uranium et de l’arsenic.

      « Les concentrations de métaux lourds sont toutes très basses, en amont comme en aval des installations de sables bitumineux, et elles n’ont pas varié depuis des décennies », affirme de son côté William Shotyk, titulaire de la chaire d’agriculture et d’environnement de l’université d’Alberta, à partir de mesures collectées en 2016. Pour ce géologue, fier de faire visiter le laboratoire ultramoderne construit grâce aux fonds d’Alberta Innovates, l’agence de recherche financée par la province et le secteur pétrolier, « on retrouve les mêmes valeurs de contaminants que celles que l’on peut observer au nord de la Norvège, dans la région la mieux préservée d’Europe ! »

      « Risque extrême »
      « Soutenir qu’une industrie qui brûle de fortes quantités de pétrole et utilise des solvants chimiques en grand nombre ne génère pas de pollution n’est tout simplement pas crédible, rétorque le biologiste, aujourd’hui retraité. La question n’est pas de savoir si la pollution est avérée ou non, mais jusqu’à quel point elle affecte la biosphère. »

      Six mois après l’étude de David Schindler, un autre rapport scientifique a corroboré ses résultats, les experts de la Société royale du Canada ont notamment relevé le haut niveau de toxicité « chronique » des eaux rejetées par l’industrie dans ses bassins de décantation. Un an plus tard, la presse albertaine rendait public un document confidentiel du ministère de l’environnement qui qualifiait la contamination de la rivière Athabasca de « sujet de première importance ».

      Robert Grandjambe, guide et trappeur à Fort Chipewyan. « On mange du poisson du lac, du caribou, du canard sauvage. 90 % de notre alimentation provient du lac et des bois... Parfois, je me demande si nous voulons vraiment sauver l’environnement. »
      Robert Grandjambe, guide et trappeur à Fort Chipewyan. « On mange du poisson du lac, du caribou, du canard sauvage. 90 % de notre alimentation provient du lac et des bois... Parfois, je me demande si nous voulons vraiment sauver l’environnement. » .
      Masqués par la neige abondante de l’hiver, ces lacs artificiels vérolent peu à peu le paysage du nord de l’Alberta. Après un demi-siècle d’activité pétrolière, ils contiennent, en volume cumulé, 1 300 milliards de litres d’eau polluée, et pourraient nécessiter 50 milliards de dollars de frais d’assainissement, selon les calculs de Pembina. L’institut canadien spécialisé dans l’énergie a alerté à plusieurs reprises sur les fuites de certains bassins remplis de déchets industriels. « C’est un risque extrême sur le plan environnemental, confirme Simon Dyer, le directeur de Pembina à Edmonton, d’autant que le gouvernement d’Alberta continue d’exempter les entreprises de nettoyer ces bassins, comme la réglementation les y oblige. » En 2008, Syncrude avait été condamné à une amende de 3 millions de dollars à la suite de la mort de 1 600 canards qui s’étaient posés sur l’un des bassins de la compagnie pétrolière.

      La forêt boréale porte elle aussi les stigmates de cette addiction à l’or noir. Depuis la route bosselée et glissante qui relie Fort Chipewyan à Fort McMurray, l’agglomération de 75 000 habitants développée pour et par l’industrie bitumineuse, les futaies d’épinettes, de sapins, de mélèzes et de peupliers font apparaître d’impressionnantes trouées. Certaines sont dues aux feux de forêts qui embrasent régulièrement l’Ouest canadien pendant l’été. Mais les clairières résultent aussi des coupes dictées par les compagnies extractives.

      Cette déforestation n’est pas sans effets sur la biodiversité animale. Le caribou figure au premier rang des espèces les plus menacées. « En coupant les arbres, on crée des corridors qui permettent aux prédateurs comme le loup d’accéder plus facilement aux hordes de caribous », déjà fragilisés par le réchauffement climatique, explique Simon Dyer. Dans certaines régions de l’Alberta, leur population a décliné de 80 % depuis les années 2000, note l’Institut Pembina.

      Regroupé dans le parc national Wood Buffalo, le plus grand troupeau du monde de bisons des bois en liberté pourrait être la prochaine victime collatérale de l’industrie pétrolière. Inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1983, cette aire naturelle n’est qu’à 30 km d’un énorme projet d’exploitation de sables bitumineux porté par le consortium sino-canadien Teck Resources. Cette mine à ciel ouvert, d’une superficie de 290 km2, permettrait d’extraire 260 000 barils de pétrole par jour pendant plus de quarante ans.

      « Sentiment de honte »
      Teck assure que le projet n’affectera pas l’« intégrité » du parc. Les conclusions de l’entreprise, relayées par l’agence canadienne d’évaluation environnementale, ne convainquent pas les communautés riveraines, qui ont alerté l’Unesco. Dans leur rapport de mission, les experts onusiens estiment que le Canada manque à ses devoirs de protection et demandent aux autorités de mettre en œuvre d’ici à la fin 2018 les dix-sept recommandations énumérées dans leur synthèse.

      Près du parc naturel de Wood Buffalo, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
      Près du parc naturel de Wood Buffalo, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. SAMUEL BOLLENDORFF POUR LE MONDE
      « Le gouvernement refuse de choisir entre croissance économique et exigence environnementale, analyse Becky Kostka, et les petites communautés indiennes du Nord ne pèsent pas face aux besoins énergétiques des grandes villes du sud de la province, Edmonton et Calgary. » La responsable des terres et des ressources de la Première Nation de Fort Smith, qui n’est pas d’ascendance indienne, dénonce aussi un problème de mentalité : « La plupart des Canadiens ignorent le sort des Premières Nations ou alors ils éprouvent un sentiment de honte face aux missions catholiques qui les ont colonisées par le passé. »

      Avec l’expansion de l’activité bitumineuse, la colonisation prend un autre visage en Alberta, celui d’hommes blancs célibataires, originaires des quatre coins du Canada et parfois même des Etats-Unis ou d’Europe, tous aimantés par « Fort McMoney » (le surnom de Fort McMurray) et sa ceinture d’usines fumantes et crépitantes. Car en dépit des variations du prix du pétrole, les sables bitumineux restent le meilleur filon pour amasser des dollars.

      Souvent installée dans des baraquements à la sortie de la ville, cette population uniforme écume à la nuit tombée les bars de la ville. Entre deux pintes de bière, Brad et ses collègues natifs d’Ontario ou du Nouveau-Brunswick, à l’autre bout du pays, partagent la même motivation. Opérateurs pour Syncrude, ils gagnent 150 000 dollars par an, « cinq fois plus que ce que l’on pourrait toucher dans nos provinces d’origine », précise Brad. « L’eau n’est pas polluée et le Canada est bien moins émetteur de gaz à effet de serre qu’un pays comme la Chine », ajoute son ami Daven.

      « Il faut stopper cette industrie sale »
      De toute façon, « les sables bitumineux, c’est comme la politique, mieux vaut ne pas aborder le sujet si vous voulez conserver vos amis, ironise Denis Roy, électricien pendant quarante ans à Fort McMurray. Bien sûr que l’industrie pétrolière contamine la région, confie le retraité, mais personne ne veut perdre son boulot. »

      Selon les prévisions de la CAPP, la production de pétrole brut (issu des sables bitumineux de l’Ouest canadien) devrait passer de 2,3 millions de barils par jour en 2015 à 4,8 millions en 2030. « Tant que la demande mondiale de pétrole sera forte, l’industrie canadienne des sables pétrolifères souhaitera y répondre », commente sobrement Terry Abel, le numéro deux des producteurs de pétrole.

      De Calgary à Fort Chipewyan, 900 km plus au nord, personne n’envisage la fin prochaine de l’exploitation des gisements bitumineux. « On a besoin l’un de l’autre, résume Archie Waguam, le chef des Mikisew Cree de Fort Chip, à propos des compagnies pétrolières. Et puis, si c’est nécessaire, on peut sortir un carton rouge et bloquer un projet trop nocif pour l’environnement. » Mais le leader indien préfère sortir son carnet de chèques et faire prospérer les affaires des siens. En décembre 2017, les Mikisew Cree et la Première Nation de Fort McKay ont conclu une participation de 49 % dans un parc de stockage du pétrolier Suncor d’un montant historique de 500 millions de dollars.

      Le tableau blanc sur lequel Archie Waguam a griffonné les priorités de sa communauté pour les cinq ans à venir fait apparaître le développement économique en tête de liste, et la santé en cinquième position. Les permis d’exploitation accordés aux compagnies pétrolières assurent aux Premières Nations des revenus de plusieurs millions de dollars chaque année. « On a plusieurs joint-ventures avec les pétroliers et on développe nos propres affaires. On vient par exemple de lancer la construction d’un hôtel de luxe à Fort McMurray », se vante le responsable.

      Si les montants de ces tractations demeurent confidentiels, l’existence de négociations entre populations locales et secteur privé est connue de tous. « Qu’est-ce qui est préférable, poursuivre une entreprise pour atteinte à l’environnement et prendre le risque de perdre devant la justice, ou négocier directement avec elle des compensations financières ? », argumente Melody Lepine, qui défend les intérêts des Mikisew Cree auprès de l’industrie.

      Au milieu de l’hiver, seules quelques taches sombres rompent la monotonie du lac Athabasca : elles signalent les îlots sur lesquels la végétation émerge du manteau neigeux.
      Au milieu de l’hiver, seules quelques taches sombres rompent la monotonie du lac Athabasca : elles signalent les îlots sur lesquels la végétation émerge du manteau neigeux. SAMUEL BOLLENDORFF POUR LE MONDE
      Parmi les habitants de Fort Chip, tout le monde ne goûte pas le pragmatisme des élus indiens. « L’argent est l’autre fléau qui mine notre communauté », s’inquiète le guide et trappeur Robert Grandjambe, qui dénonce pêle-mêle la corruption de certains chefs et les enveloppes de 350 dollars distribuées par les compagnies pétrolières, selon plusieurs témoins, aux participants à leurs réunions publiques.

      « C’est l’argent qui mène le monde aujourd’hui, constate aussi Alice Rigney, la responsable du centre local pour les jeunes. Mon père a vécu quatre-vingt-dix ans, il n’avait que ce qu’il pêchait dans le lac et ce qu’il trouvait dans la nature, mais il est mort heureux. Il faut stopper cette industrie sale qui contamine l’eau et pollue la planète. » « Personne n’ignore aujourd’hui que les énergies fossiles aggravent l’état de la planète, et pourtant elles continuent de se développer, note l’ancien chef des Mikisew Cree de Fort Chipewyan, George Poitras. C’est comme si quelqu’un vous frappait et que vous lui répondiez : ne t’arrête pas, continue de frapper. »

      Contaminations : sept reportages dans des zones souillées à tout jamais
      Depuis dix mois, Le Monde s’est associé au photographe Samuel Bollendorff pour explorer et rendre compte d’une réalité à peine imaginable. Des zones entières du globe, des villes, des forêts, des lacs, des océans, sont devenues impropres au développement humain, souillées à tout jamais, peut-être le prélude à notre monde de demain. Ces territoires se situent majoritairement dans les pays qui ont vu naître l’industrialisation.

      Sept journalistes se sont succédé d’Anniston aux États-Unis à Dzerjinsk en Russie, de Fort Chipewayn au Canada, à Regencia au Brésil, de Fukushima au Japon à « la terre des feux » à côté de Naples, jusqu’au grand gyre du Pacifique. Ils ont enquêté sur ces millions de kilomètres carrés contaminés aux produits chimiques, aux hydrocarbures, à la radioactivité. Et ont découvert des paysages dévastés ainsi que des populations rongées par un mal invisible, le lent poison qui s’est infiltré dans leur environnement, avec l’assentiment des autorités. Leurs reportages ont été rassemblés dans une série baptisée « Contaminations », que nous publions du 1er au 8 septembre en sept volets.

      Au premier abord, dans les images, tout semble paisible, harmonieux, rassurant : une mer calme, une forêt éclairée par une lumière douce… Mais derrière cette séduction apparente, la réalité est toxique. Car la contamination est bien souvent invisible à l’œil nu. Et c’est tout l’intérêt de cette démarche photographique : elle donne l’illusion de la beauté bucolique à l’endroit même où la nature est empoisonnée. Le travail photographique de Samuel Bollendorff est aussi exposé à Visa pour l’image, le festival international du photojournalisme à Perpignan, du 1er au 16 septembre.


  • Quand les eaux montent – Mise en #patrimoine des #crues et des #inondations

    Cet ouvrage, issu des travaux de la Chaire Capital environnemental et gestion durable des cours d’eau (Géolab/Université de Limoges) présente des études de cas en France, en Europe mais aussi en Inde et au canada et propose une lecture patrimoniale des inondations.

    Si Jamie Linton enseigne la géographie à l’Université de Limoges, Alexis Metzger est associé au centre de formation sur l’environnement et la société de l »ENS-ULM. Tous deux introduisent l’ouvrage qu’il coordonne, organisent les diverses contributions en trois parties : traces et mémoires qui conduisent le lecteur dans le Gers et au Canada, Risques et cultures des rives du Brahmapoutre au Rhin en passant par les bords de Loire, la seine et le Tibre, Transmissions et créations entre Loire et Garonne.

    L’introduction Mind the floods ! Définit le cadre conceptuel : le patrimoine en relation avec la crue considérée comme utile à l’écosystème de la rivière, une « contrainte à intégrer au développement des territoires »1. Les auteurs rappellent le contexte d’élaboration de l’ouvrage : un colloque tenu à limoges en octobre 2015 et invitent à compléter la lecture par l’écoute d’extraits de communications et proposent une bibliographie générale sur ces thèmes 2

    Traces et mémoires

    Franck David (Université Bretagne -Sud), spécialiste des traces mémorielles des héritages douloureux entre valorisation et oubli, aborde les mémoires d’une crue assez récente à Auch3, une crue dévastatrice pour les habitants de la ville basse épargnant la ville historique en rive gauche.Il pose une série de questions : la mémoire, construction sociale, constitue-telle un patrimoine ? Comment sont conservées ou cachées les traces visuels de la crue ? Les mesures de prévention des risques ne pourraient-elles pas entretenir les traces de hauteurs d’eau pour rappeler le risque ? La loi du 30 juillet 2003 prévoit en effet de matérialiser les repères de PHEC4 alors que rien n’est prévu en ce qui concerne l’étendue spatiale de l’inondation. L’auteur montre que d’autres formes existent : monument ou spectacle vivant. Il analyse deux figurations du sculpteur Jaime Plensa installées en 1992 et le parcours d’interprétation de la ville « chemin de traverse » les associant à une représentation chorégraphique évoquant la crue. Le but de ces œuvres est de réconcilier les habitants avec le rivière de même que les aménagements de rectification des rives et aménagements paysagers avec promenade et parcours sportif pour permettre une réappropriation pacifié du Gers.

    Anne Watelet der l’école de l’environnement de l’Université Laurentienne (Ontario-Canada) entraîne le lecteur sur les rives de la rivière des Ouataouais. Il s’agit d’une rivière liée à l’histoire même du Québéc, patrimoine reconnu officiellement en 2017 mais la mémoire des crues est peu connue. L’étude porte sur deux villages à l’ouest de Montréal, l’un est un point de portage incontournable à, l’aval de rapides fréquentés dès le début du XVIIe siècle par les migrants européens. Les vestiges du canotage ont été largement détruit par la construction d’une centrale hydroélectrique (1962). Comment les habitants vivent-ils aujourd’hui le milieu riverain ? L’auteure décrit l’hydrologie de la rivière et ses crues fréquentes, la mémoire des crues utiles à l’exploitation forestière5 ou à la ^pêche à l’esturgeon. La présentation des effets du barrage sur le sentiment des riverains montre une différence selon qu’ils vivent en amont ou en aval du barrage6. L’auteure constate que l’éloignement de la connaissance et de la crainte des crues amène à une extension des zones bâties en zone inondable en aval et une prise de conscience récente de la collectivité locale.

    Quatre universitaires britanniques : Lindsey McEwen, Joanne Garde-Hansen, Iain Robertson, Andrew Holmes explorent la nature changeante des archives d’inondation, leur relation avec la mémoire et les savoir locaux. Ils définissent les archives et les conditions de leur collecte. Ils montrent le poids ses élites dans la définition de ce qui doit être conservé même si des mémoires plus personnelles ou familiales existent. Les auteurs évoquent la conservation d’archives d’inondation : photographies7, témoignages, repères. Ils concluent sur l’existence d’un patrimoine culturel immatériel et pose la question de sa mise à disposition du public.

    Risques et cultures

    Quatre articles abordent la question sous l’angle risques/ressources.

    Émilie Crémin nous entraîne sur les rives du Brahmapoutre. Elle montre comment les populations y ont vécu en utilisant les différents niveaux d’eau, « jouant » avec les crues tandis que les autorités tentent depuis le XIIe siècle de les maîtriser. Elle présente la culture ancienne du fleuve divinisé, associé à Brahma, les politiques de préservation de l’écosystème de la plaine inondable dans le Parc National de Kaziranga et le « savoir vivre avec les crues des habitants de l’île de Majuli. Elle analyse ensuite un autre patrimoine lié à la longue histoire des digues, les évolution des pratiques agricoles, les critiques de ces politiques de protection. Elle conclut sur l’existence dans cette région d’une culture du risque exprimée par des dessins d’enfants.

    Sylvain rode et Sylvie Servain se penchent sur la Loire moyenne autour de la question : « l’approche en terme de patrimoine ne peut-elle pas aider à donner une visibilité au risque inondation 8 » sur un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis l’an 2000 ? Il s’agit ici à la fois des paysages naturels de l’eau et des paysages culturels9 et du risque qui véhicule une image négative aux antipodes de la vallée des châteaux. L’interrogation porte sur l’intérêt d’une patrimonialisation de l’inondation pour définir une identité du lieu, un atout de développement notamment touristique et une culture du risque à construire.

    Ce ne sont pas moins de dix auteurs, historiens et géographes, qui analysent la culture du risque dans le fossé rhénan. Ils constatent une méconnaissance largement répandue du risque dans une zone urbanisée et industrielle. Si l’Alsace a un riche patrimoine historique et bien que très marquée par la présence du Rhin la connaissance et la mémoire des inondations sont faibles sans doute en raison, pour les auteurs, de l’histoire des conflits franco-allemands10. Les auteurs évoquent &également les travaux de correction, endiguement des cours d’eau et la rareté des repères de rue. La prise de conscience du risque est récente, peut-être une chance pour une patrimonialisation des inondations omniprésentes dans l’histoire de l’Alsace11. Les auteurs militent pour une géohistoire des inondations.

    Sofiane Saadia (doctorant à l’Université Paris Diderot) compare sur un siècle (des années 1930 au début du XXIe siècle) les stratégies de Paris et Rome face à la crue. Quelle intégration du risque dans les aménagements urbains ? L’auteur amorce sa réflexion autour des ouvrages de protection, leur patrimonialisation et les conséquences : valorisation des berges et mesures de prévention des risques, des rapports parfois antagonistes12. A partir de l’exemple d’aménagement du parc interdépartemental des sports de Choisy-le-Roi il pose ensuite la question : l’inondation peut-elle être considérée comme un patrimoine naturel ?

    Transmissions et créations

    Avec Annie Sigwalt, sociologue, on aborde la question des terres agricoles en zone inondable, les zones humides en Pays de Loire, autrefois élément de l’exploitation agricole, aujourd’hui en perte d’actifs agricoles.Elle présente les travaux de la commission marais de la chambre d’agriculture de Loire atlantique et notamment comment les éleveurs perçoivent leur activité professionnelle en zone humide, confirmant une connaissance réelle du milieu et des savoir à transmettre : formes de valorisation, connaissance du risque, réactions aux mesures agro-environnementales.

    L’exemple de patrimonialisation de la moyenne vallée de la Garonne marmandaise est présenté par Philippe Valette, Philippe Marmiesse et Jean-Michel Moreau. Après une description de la Garonne et son régime de crues les auteurs rappellent quelques données historiques et les caractéristiques d’un bâti traditionnel adapté et mis en valeur à Couthures par la Maison « Gens de Garonne ».

    En guise de conclusion La géographe Nancy Meschinet de Richemond développe bla nécessaire dimension positive de l’inondation pour une patrimonialisation allant au-delà de la dimension économique du patrimoine.

    https://clio-cr.clionautes.org/quand-les-eaux-montent-mise-en-patrimoine-des-crues-et-des-inond
    #mémoire #catastrophe #livre #géographie_culturelle #risques #catastrophes #histoire


  • Au Canada, les fabricants d’opiacés seront poursuivis en justice
    https://abonnes.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/30/opiaces-la-colombie-britannique-poursuit-des-entreprises-pharmaceuti

    La Colombie-Britannique, l’une des provinces canadiennes les plus touchées par les surdoses d’opiacés, a annoncé, mercredi 29 août, avoir lancé des poursuites contre plus de quarante entreprises pharmaceutiques fabriquant ou commercialisant ces puissants analgésiques à l’origine de milliers de morts au Canada.

    Par cette action en justice, la première du genre dans le pays, le gouvernement provincial espère récupérer les millions de dollars qu’auraient coûtés les services d’urgence et les hospitalisations, liés à ces médicaments antidouleurs vendus sur ordonnance.

    « Il est temps que les compagnies [qui fournissent] des opiacés assument leur responsabilité face au coût financier et humain que leurs produits ont entraîné pour tant de familles », a fait valoir le ministre de la justice de la Colombie-Britannique, David Eby, dans un communiqué.

    Lire aussi : Le New Hampshire en overdose
    Près de 4 000 morts en 2017

    La quarantaine de sociétés poursuivies sont principalement américaines et canadiennes. Parmi elles figure Purdue Pharma, dont le médicament OxyContin est accusé d’être une des causes de l’épidémie d’opiacés qui frappe toute l’Amérique du Nord.

    Selon le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique, les fabricants et distributeurs de ces médicaments ont eu recours à un « marketing trompeur » cachant les vrais risques des opiacés.

    Purdue Pharma fait déjà l’objet de plusieurs procédures aux Etats-Unis, notamment de la part de la ville de New York qui lui réclame un demi-milliard de dollars pour aider à financer la lutte contre cette épidémie.

    Les victimes canadiennes et leurs familles avaient de leur côté obtenu 20 millions de dollars canadiens (13,2 millions d’euros) de la société américaine, somme jugée insuffisante par un juge qui a bloqué la transaction en mars.

    La crise des opiacés a fait près de 4 000 morts en 2017 au Canada, principalement à la suite de surdoses au fentanyl, un puissant analgésique, selon l’Agence de santé publique du pays. Environ 90 % des 3 987 décès enregistrés l’an dernier ont été recensés dans trois provinces : la Colombie-Britannique, l’Ontario et l’Alberta.

    #Opioides #Santé_publique #Canada


  • Shadowy Black Axe group leaves trail of tattered lives - The Globe and Mail
    https://www.theglobeandmail.com/news/national/shadowy-black-axe-group-leaves-trail-of-tattered-lives/article27244946

    Canadian police say they are fighting a new kind of criminal organization.

    The signs began to appear two years ago: photos on Facebook of men wearing odd, matching outfits.

    Then there were stories, even old police files, attached to the people in the photos: a kidnapping, a man run over by a car, brutal beatings over what seemed to be a small slight.

    Mapping a secret criminal hierarchy for the first time is a rare kind of detective work. So when two Toronto police officers and an RCMP analyst in British Columbia started documenting the existence of something called the “Black Axe, Canada Zone,” they could not have predicted it would take them to funerals, suburban barbecue joints and deep into African history before they understood what they were seeing.

    The Black Axe is feared in Nigeria, where it originated. It is a “death cult,” one expert said. Once an idealistic university fraternity, the group has been linked to decades of murders and rapes, and its members are said to swear a blood oath.

    Most often, the group is likened to the Mob or to biker gangs, especially as it spreads outside Nigeria.

    An investigation by The Globe and Mail that included interviews with about 20 people found that “Axemen,” as they call themselves, are setting up chapters around the world, including in Canada.

    Like any criminal organization, it focuses on profit, police say. But instead of drug or sex trafficking, it specializes in a crime many consider minor and non-violent: scamming.

    What police have also learned is that, when done on an “industrial” level as part of a professional global network, scams ruin lives on a scale they have rarely seen.

    Two weeks ago, at a news conference attended by FBI officers, Toronto police announced they had taken part in an international crackdown on a money-laundering network through which more than $5-billion flowed in just over a year. Two local men charged with defrauding a Toronto widow of her life’s savings will eventually face extradition to the United States on money-laundering charges, they said.

    Online fraud is fluid, global and hard-to-track, but it often requires local operatives. Several Toronto-area residents have been defrauded of at least $1-million each in the past two years, and police allege the money was wired with the help of Canadian residents linked to the Black Axe, and sometimes it was handed to the group’s associates in person. The recipients then sent the money ricocheting through bank accounts around the globe, with trusted members in countries on every continent helping with the transfers before it disappeared.

    The sophistication of the money-laundering scheme reflects the efficiency of the scams, in which several people assume false identities and mix reality – bank accounts, real names and real websites – with fake documents.

    The police added an extra charge for one of the men they arrested, Akohomen Ighedoise, 41: “participating in a criminal organization.”

    Officers said in an interview they seized documents that will prove in court that Mr. Ighedoise separately helped a network of fraudsters launder money, that the fraudsters are members of the Black Axe and that he is their bookkeeper. The charge is the first time a Canadian has been publicly linked to the group.

    Interviews with police, gang experts and Nigerian academics paint a picture of an organization both public and enigmatic, with an ostensible charitable purpose as well as secret codes and a strict hierarchy. Police say it has grown to 200 people across Canada.

    Officers in Canada first heard the name “Black Axe” less than two years ago, said Tim Trotter, a detective constable with the Toronto Police Service. They are working quickly, trying to stop the group from becoming entrenched.

    “I mean, 100 years ago, law enforcement dealt with the same thing, the Sicilian black hand, right? It meant nothing to anybody except the Sicilian community,” Det. Constable Trotter said. “And that’s what we have here – that’s what we believe we have here.”

    **

    Many scam victims lose a few thousand dollars. Soraya Emami, one of Toronto’s most recent victims, lost everything, including many friends.

    In 1988, Ms. Emami fled her native Iran with her four sons. Her husband was jailed by the regime and his passport was held for years. Ms. Emami flew to Canada and became a real estate agent in North York.

    It took 30 years to save for a nice house in quiet Stouffville, Ont. The rest of her earnings went to her boys, who grew up to be a doctor, an engineer, a computer engineer and a bank manager. Last year, the youngest – a fifth son, born in Canada – began university. She and her husband had never reunited, and for the first time in decades, Ms. Emami thought about dating.

    “My kids grow up, and I feel lonely,” said the 63-year-old, who has long, wavy black hair. “I didn’t know how, and because I’m not [used to] any relationship, I feel shy.”

    Ms. Emami saw a TV commercial for Match.com and joined, hesitantly. A few days later, she told a friend she had heard from a tanned, white-haired, very nice geologist. Fredrick Franklin said he lived just 45 minutes away, in Toronto’s wealthy Bridle Path neighbourhood.

    He had spent years in Australia, and when they talked on the phone, she could not always understand his thick accent at first. He called her several times a day from Vancouver, where he was on a business trip, then from Turkey, where he travelled on a short contract. He was to fly home via Delta airlines on May 5. She would pick him up from the airport, and they would finally meet.

    “I am a simple man in nature, very easy going,” he wrote in an e-mail, telling her about his son and granddaughters. “I have done the Heart and Stroke ride in Toronto for the past 2 years, have also done the MS ride from London to Grand Bend.”

    A few days before his return date, Mr. Franklin called Ms. Emami in a panic. His bank had told him someone had tried to gain access to his account, he said. He could not clear it up from rural Turkey, so would she mind calling the bank and reporting back with his balance? He e-mailed the phone number for SunTrust bank, a 10-digit account number and a nine-digit tax ID number.

    She spoke to a bank teller. The balance, she was told, was $18-million.

    A few days later, Mr. Franklin asked for a small favour – could she send him a new phone and laptop – saying he would repay her upon his return. She acquiesced, believing he could pay her back.

    Within a few weeks, she lost half a million dollars, and the scam would cost her the home in Stouffville.

    What perplexes police about some of the Toronto romance frauds is not how the victims could be so naive, but how the fraudsters could be so convincing.

    The SunTrust account appears to be real, The Globe determined after retracing the steps Ms. Emami took to access it. The bank said it could not verify the account’s existence, as that was client-related information.

    In the course of the scam, Ms. Emami spoke to at least five people other than the Aussie geologist, including two in person.

    In June, in what they called Project Unromantic, York Regional Police charged nine local people in several cases, including that of Ms. Emami, that added up to $1.5-million. They considered the criminals to be internationally connected. “We don’t know who’s at the top, but there seems to be a hierarchy,” Detective Courtney Chang said.

    The Toronto police believe the crimes that led to their charges against Mr. Ighedoise are linked to the ones in York Region.

    *

    Canadian police came across the Black Axe by happenstance. In 2013, an RCMP analyst in Vancouver was investigating a West Coast fraud suspect and found a photo of him on Facebook with another man, said Det. Constable Trotter (the analyst would not speak to The Globe). Both were wearing unusual clothes and seemed to be at a meeting in Toronto.

    The analyst discovered the second man was under investigation by Toronto financial crimes detective Mike Kelly, an old partner of Det. Constable Trotter. The analyst e-mailed Det. Constable Kelly to ask if he knew the significance of what the two men in the photo were wearing.

    The uniform of the Black Axe is a black beret, a yellow soccer scarf and high yellow socks. These items often have a patch or insignia showing two manacled hands with an axe separating the chain between them, which sometimes also says “Black Axe” or “NBM,” standing for “Neo-Black Movement,” another name for the group. They often incorporate the numbers seven or 147.

    The group tries to maintain a public image of volunteerism. It has been registered as a corporation in Ontario since 2012 under the name “Neo-Black Movement of Africa North America,” with Mr. Ighedoise among several people listed as administrators. In the United Kingdom, said Det. Constable Trotter, it has been known to make small donations – to a local hospital, for example – and then claim to be in a “partnership” with the legitimate organization.

    In the GTA, the group got itself listed publicly in 2013 as a member of Volunteer MBC, a volunteer centre serving Mississauga, Brampton and Caledon. But after expressing an interest in recruiting volunteers, the group involved never posted an ad, and staff at the centre said when they tried to follow up, they found the three yahoo.com addresses on file were no longer working.

    Police found plenty of photos on social media of men in Axemen uniforms at what were said to be conferences or events.

    Det. Constable Kelly and Det. Constable Trotter compiled a list of people in Canada photographed wearing Axemen outfits. From a car, they watched some of them attend a funeral. One mourner had yellow socks and a yellow cummerbund with NBM on it, Det. Constable Trotter said. The rest were dressed normally. Near the end of the ceremony, “all of a sudden the berets and everything came out, and then they put the coffin into the earth,” he said.

    As they added names to their list, the investigators checked each one for connections to previous cases.

    What they found were 10 to 20 episodes of serious violence over the past few years clearly linked to members of the group, many of them at a Nigerian restaurant in northwest Toronto, Det. Constable Trotter said. One man had been run over by a car; another was allegedly kidnapped and beaten with a liquor bottle for a day in an abandoned building; a man was knocked to the ground for refusing to fetch another man a beer. Witnesses generally refused to talk.

    In one incident, a group of men had insulted another man’s girlfriend, and when he objected, they “beat the living hell” out of him, leaving him with cranial fractures, Det. Constable Trotter said.

    “Without the understanding of the context, it’s just a bar fight,” he said. “But when we understand who those people were, and we realize, oh, they’re all affiliated to the group … that’s why no one called [911]. And that’s why, when the police came, suddenly, oh no, those cameras don’t work. And that’s why, out of a bar full of people, the only witness was his girlfriend.”

    That case and the kidnapping case are before the courts, Det. Constable Trotter said. The Globe tried to search for all court records linked to the bar’s address over the past few years, but was told such a search is impossible.

    Police have six criteria to identify members of the group, Det. Constable Trotter said. If a person meets three of the six, he is considered a likely member.

    Police have documents that show when certain people were “blended” or initiated into the group, including some in Toronto, he said. Members live mostly in Toronto, Calgary and Vancouver.

    “There’s evidence that they’ve been active since 2005, so that’s a decade’s worth of ability to lay under the radar and become ensconced in the criminal community,” he said.

    To set up scams, they work from cafés or home and are “fastidious” about deleting their online history, Det. Constable Kelly said.

    “They have names, titles, they show respect,” Det. Constable Trotter said. “They pay dues to each other. Individuals are detailed by higher-ranking individuals to do things.”

    As they learned of the group’s fearsome reputation in Nigeria, the officers began to equate it more with established Canadian organized crime. At Afrofest in Woodbine Park one summer, a group of Axemen walked through in full uniform – not something anyone from the Nigerian community would do lightly, Det. Constable Trotter said. “I wouldn’t wear a Hells Angels vest if I wasn’t a Hells Angel.”

    He began to worry the group’s brazenness would signify to the community that “Axemen are here. And they’re open about it, and the police are doing nothing.”

    *

    Fraternities such as the Black Axe were born during an optimistic time in Nigeria’s recent history, and at first they reflected it. In the postcolonial 1970s, they were modelled after U.S. fraternities. They attracted top students and were meant to foster pan-African unity and Nigeria’s future leaders.

    When the country descended into widespread corruption after its oil boom, the fraternities split into factions and violently sought power on campuses, trying to control grades and student politics and gain the loyalty of the richest, best-connected students.

    Through the 1990s and 2000s, the groups inspired terror: Students were hacked to death or shot in their sleep, and professors were murdered in their offices in what seemed to be random attacks. Researchers say such crimes were often assigned to new members in their late teens to prove their allegiance after a painful hazing in an isolated cemetery or forest.

    “Sometimes, they are given some tough assignments like raping a very popular female student or a female member of the university staff,” Adewale Rotimi wrote in a 2005 scholarly article.

    Raping the daughters of rich and powerful families, or the girlfriends of enemies, was another tactic of the groups to prove their dominance, Ifeanyi Ezeonu wrote in 2013.

    In addition to innocent victims, one West African organization fighting cult violence says more than 1,700 fraternity members died in inter-group wars in a 10-year span. The groups were outlawed, and much of their ritualistic element – night-time ceremonies, code words – seemed to evolve to avoid detection, said Ogaga Ifowodo, who was a student in Nigeria during the 1980s and later taught at Cornell and Texas State universities.

    “Early on … you could distinguish them by their costume,” he said. “The Black Axe, they tended to wear black berets, black shirt and jeans.”

    The transformation was not a coincidence, Mr. Ifowodo said.

    “At that time, we were under military dictatorships, and they had actually propped up the now-secret cults as a way of weakening the students’ movements,” he said. “It violates something that I think is sacred to an academic community, which is bringing into campus a kind of Mafia ethos.”

    But this does not explain whether, or how, the fraternities could morph into a sophisticated global crime syndicate.

    In Nigeria, the groups are not associated with fraud, said Etannibi Alemika, who teaches at Nigeria’s University of Jos. Mr. Ifowodo agreed. However, he also backed Toronto Police’s conclusion that Black Axe is one and the same as the Neo-Black Movement. In a briefing document posted online, Canada’s Immigration and Refugee Board says the two are closely linked, but speculates that the Black Axe is a “splinter group” of the NBM.

    The NBM is known to carry out fraud, said Jonathan Matusitz, a professor at the University of Central Florida who has studied Nigerian fraternities. He said the group’s members have also been linked, mostly in Nigeria, to drug trafficking, pimping, extortion, and the falsification or copying of passports and credit cards.

    “I think that the NBM movement is more about scamming people, and it has some associations with the Black Axe, which kills people,” he said. “Have they joined forces to have like a super-group? I hope not.”

    Despite police fears, several people interviewed by The Globe, mostly business owners, said they had never heard of the Black Axe before the police news conference last week.

    Kingsley Jesuorobo, a Toronto lawyer who has many Nigerian-Canadian clients, said he has never heard of anyone being intimidated by the group.

    Mr. Jesuorobo said he is familiar with the Black Axe in the Nigerian context, but cannot imagine it posing a real threat in Canada. It is more likely that former members gravitate to each other for social reasons, he said.

    “It would be a case of comparing apples and oranges to look at how these guys operate – the impunity that characterizes their actions – in Nigeria, and then sort of come to the conclusion that they can do the same thing here,” he said.

    For Nigerian-Canadians, a cultural minority working hard to establish themselves, the idea is very troubling, he said.

    “If these things are true, it would be a bad omen for our community,” he said.

    *

    After confirming her love interest’s $18-million bank balance, Ms. Emami did not hear from him for a few days. When they spoke again, she told him she had worried. He responded that it was a sign of how close they had become; she had sensed something had happened.

    The geologist said that during his contract in Turkey, he had been in a mining accident. He was injured and could not get to Istanbul to replace his phone and laptop, which had been destroyed, so would she buy new ones and send them by courier? Ms. Emami went to the Apple Store at Fairview Mall and called him, asking if he could pay with his credit card over the phone. He said the store would not allow it, and the employee agreed. So she bought the $4,000 laptop and phone and shipped them.

    A few days later, he called again: He needed $80,000 to pay the salary of an employee, promising to repay with interest. She told him she would have to borrow from her son, but he reassured her, and she wired the money in several instalments.

    The day of his flight, a man called and said he was Mr. Franklin’s lawyer and was with him at the Istanbul airport. Someone injured in the mining accident had died, he said, and Mr. Franklin owed $130,000 to his family or he would go to jail.

    “He’s calling me, he’s crying to me,” she said. “I didn’t have any choice. I go to friends and everybody I know. Because you know, when you’re trying to be a good person, everybody trusts you. …Whatever I asked, they give me.”

    Even a friend of a friend, a cab driver, lent her thousands. “He told me, you know, dollar by dollar I collected this money,” she recalled.

    Mr. Franklin sent her details of his rebooked flight, and she promised to pick him up and cook a meal. He would love that, he said; he liked chicken.

    “You don’t believe how much food I make for him,” she said.

    She was waiting with the packed-up meal the morning of his flight when the phone rang again. It was another lawyer, this time at the Frankfurt airport, he said. Mr. Franklin owed $250,000 in tax before he could leave the country with a valuable stone.

    “My heart is just – crash,” she said. “I was crying on the phone. I said, ’Please don’t do this to me. … Why are you doing this to me? I told you from the first day, I’m borrowing this money from people.’”

    A man saying he was Mr. Franklin’s son, who also had an Australian accent, called and told her he had remortgaged his house to save his father and might lose custody of his children because of it. Ms. Emami pulled together $158,000. When her bank would not let her transfer the money, she was instructed to meet a man and a woman in person who deposited it into their accounts.

    Ms. Emami’s son and her manager at work persuaded her to go to police. When officers told her Mr. Franklin was not real and the money was likely gone for good, they called a psychiatrist to help her grasp the news.

    She cannot pay her bills or afford groceries, her credit rating is destroyed and she is hunting for work despite crippling headaches. On Oct. 27, she was served with notice that she will lose her house in Stouffville in 20 days.

    “I can’t sleep,” she said recently, crying.

    She had always considered it her “duty” to help people in need, she said. Now her friends, even her sons, are angry that the scam impoverished them as well.

    “It’s my life, it’s my relationships,” she said. “And after 30 years living here with five kids, you know, I can’t live in the street. I can’t go to the shelter.”

    *

    Other local women describe the lengths fraudsters went to to blend truth and fiction. One received a forged Ontario provincial contract. Two victims in York said the scammers impersonated an Edmonton mining executive. The fraudsters build Facebook and LinkedIn accounts that seem to be populated by friends and family.

    “When we Google them, they do seem real,” one woman said.

    Daniel Williams of the Canadian Anti-Fraud Centre, a federal intelligence-gathering agency on fraud, said the scammers profit from economies of scale. “What they did to you, they were doing to 8,000 people that day,” he said.

    The agency gets more calls from fraud victims a day than it can answer, sometimes exceeding 2,000. Staff look for waves of calls complaining of the same methods.

    Authorities estimate they are only ever aware of about 1 per cent to 5 per cent of fraud committed globally, Mr. Williams said. Many victims do not believe they have been scammed or will not report it out of embarrassment.

    Fraudsters, sometimes using credit checks, also home in on well-off victims for special treatment, Det. Constable Kelly said.

    “It’s just like, oh, we’ve got somebody on $100,000 level, let’s steer this to this person,” he said.

    The amount taken from Toronto victims alone is “absolutely astonishing,” he said.

    “If you were going to distribute cocaine, for example, you have to buy that cocaine from another smuggler somewhere, and you have to put up money for that,” he said.

    “In fraud, what is your put-up? What is your overhead? Your commodity that you’re trading in, that you’re selling, is BS. BS is cheap, it’s abundant, it’s infinite. You know, it can be replicated again and again and again and again. … And that’s why it’s a better business.”

    Fraudsters based in Canada work with people in Kuala Lumpur, in Tokyo, in Lagos, Det. Constable Kelly said.

    At the turn of the 20th century in New York, Italian-owned banks started suffering bombings, and homes were mysteriously burned down. Police heard the incidents happened after warnings from something called the “black hand.” But no officers spoke Italian, and investigations were stymied.

    It was not until the 1950s that widespread police crackdowns began. By that time, the group now known as the Mafia had spread around the world and made new alliances. The FBI estimates the organization has about 25,000 members and a quarter-million affiliates worldwide, including about 3,000 in the United States.

    Police hope the charge against Mr. Ighedoise will send an early message to Canada’s Axemen. York and Toronto officers are working to confirm connections between the fraud ring that impoverished Ms. Emami and the ring that Mr. Ighedoise is alleged to help lead.

    At their recent press conference, they appealed to the Nigerian community to report instances where the Black Axe has “intimidated” others.

    They want to know how ambitious the group really is, Det. Constable Trotter said, and how much it is feared.

    If Axemen rely on selling stories, he said, the most important one is for their own community: “That [they] have all the power and authority and the propensity for violence that [they] have back home, here in Canada.”

    #Canada #scam #Nigeria #Black_Axe


  • Eric Fassin : « L’#appropriation_culturelle, c’est lorsqu’un emprunt entre les cultures s’inscrit dans un contexte de #domination »

    Dans un entretien au « Monde », le sociologue Eric Fassin revient sur ce concept né dans les années 1990, au cœur de nombre de polémiques récentes.

    Des internautes se sont empoignés sur ces deux mots tout l’été : « appropriation culturelle ». Le concept, né bien avant Twitter, connaît un regain de popularité. Dernièrement, il a été utilisé pour décrire aussi bien le look berbère de Madonna lors des MTV Video Music Awards, la dernière recette de riz jamaïcain du très médiatique chef anglais #Jamie_Oliver, ou l’absence de comédien autochtone dans la dernière pièce du dramaturge québécois #Robert_Lepage, #Kanata, portant justement sur « l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones ».

    Qu’ont en commun ces trois exemples ? Retour sur la définition et sur l’histoire de l’« appropriation culturelle » avec Eric Fassin, sociologue au laboratoire d’études de genre et de sexualité de l’université Paris-VIII et coauteur de l’ouvrage De la question sociale à la question raciale ? (La Découverte).
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    D’où vient le concept d’« appropriation culturelle » ?

    Eric Fassin : L’expression apparaît d’abord en anglais, à la fin du XXe siècle, dans le domaine artistique, pour parler de « #colonialisme_culturel ». Au début des années 1990, la critique #bell_hooks, figure importante du #Black_feminism, développe par exemple ce concept, qu’elle résume d’une métaphore : « manger l’Autre. » C’est une approche intersectionnelle, qui articule les dimensions raciale et sexuelle interprétées dans le cadre d’une exploitation capitaliste.

    Un regard « exotisant »

    Cette notion est aussi au cœur de la controverse autour de #Paris_Is_Burning, un film #documentaire de 1990 sur la culture des bals travestis à New York. Une autre critique noire, Coco Fusco, reprochait à la réalisatrice #Jennie_Livingston, une lesbienne blanche, son regard « exotisant » sur ces minorités sexuelles et raciales. Pour elle, il s’agissait d’une forme d’#appropriation_symbolique mais aussi matérielle, puisque les sujets du film se sont sentis floués, dépossédés de leur image.

    Comment définir ce concept ?

    E. F. : Ce qui définit l’appropriation culturelle, comme le montre cet exemple, ce n’est pas seulement la circulation. Après tout, l’emprunt est la règle de l’art, qui ne connaît pas de frontières. Il s’agit de #récupération quand la #circulation s’inscrit dans un contexte de #domination auquel on s’aveugle. L’enjeu n’est certes pas nouveau : l’appropriation culturelle, au sens le plus littéral, remplit nos #musées occidentaux d’objets « empruntés », et souvent pillés, en Grèce, en Afrique et ailleurs. La dimension symbolique est aujourd’hui très importante : on relit le #primitivisme_artistique d’un Picasso à la lumière de ce concept.

    Ce concept a-t-il été intégré dans le corpus intellectuel de certaines sphères militantes ?

    E. F. : Ces références théoriques ne doivent pas le faire oublier : si l’appropriation culturelle est souvent au cœur de polémiques, c’est que l’outil conceptuel est inséparablement une arme militante. Ces batailles peuvent donc se livrer sur les réseaux sociaux : l’enjeu a beau être symbolique, il n’est pas réservé aux figures intellectuelles. Beaucoup se transforment en critiques culturels en reprenant à leur compte l’expression « appropriation culturelle ».

    En quoi les polémiques nées ces derniers jours relèvent-elles de l’appropriation culturelle ?

    E. F. : Ce n’est pas la première fois que Madonna est au cœur d’une telle polémique. En 1990, avec sa chanson Vogue, elle était déjà taxée de récupération : le #voguing, musique et danse, participe en effet d’une subculture noire et hispanique de femmes trans et de gays. Non seulement l’artiste en retirait les bénéfices, mais les paroles prétendaient s’abstraire de tout contexte (« peu importe que tu sois blanc ou noir, fille ou garçon »). Aujourd’hui, son look de « #reine_berbère » est d’autant plus mal passé qu’elle est accusée d’avoir « récupéré » l’hommage à la « reine » noire Aretha Franklin pour parler… de Madonna : il s’agit bien d’appropriation.

    La controverse autour de la pièce Kanata, de Robert Lepage, n’est pas la première non plus — et ces répétitions éclairent l’intensité des réactions : son spectacle sur les chants d’esclaves avait également été accusé d’appropriation culturelle, car il faisait la part belle aux interprètes blancs. Aujourd’hui, c’est le même enjeu : alors qu’il propose une « relecture de l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones », la distribution oublie les « autochtones » — même quand ils se rappellent au bon souvenir du metteur en scène. C’est encore un choix revendiqué : la culture artistique transcenderait les cultures « ethniques ».

    Par comparaison, l’affaire du « #riz_jamaïcain » commercialisé par Jamie Oliver, chef britannique médiatique, peut paraître mineure ; elle rappelle toutefois comment l’ethnicité peut être utilisée pour « épicer » la consommation. Bien sûr, la #nourriture aussi voyage. Reste qu’aujourd’hui cette #mondialisation marchande du symbolique devient un enjeu.

    Pourquoi ce concept fait-il autant polémique ?

    E. F. : En France, on dénonce volontiers le #communautarisme… des « autres » : le terme est curieusement réservé aux minorités, comme si le repli sur soi ne pouvait pas concerner la majorité ! C’est nier l’importance des rapports de domination qui sont à l’origine de ce clivage : on parle de culture, en oubliant qu’il s’agit aussi de pouvoir. Et c’est particulièrement vrai, justement, dans le domaine culturel.

    Songeons aux polémiques sur l’incarnation des minorités au théâtre : faut-il être arabe ou noir pour jouer les Noirs et les Arabes, comme l’exigeait déjà #Bernard-Marie_Koltès, en opposition à #Patrice_Chéreau ? Un artiste blanc peut-il donner en spectacle les corps noirs victimes de racisme, comme dans l’affaire « #Exhibit_B » ? La réponse même est un enjeu de pouvoir.

    En tout cas, l’#esthétique n’est pas extérieure à la #politique. La création artistique doit revendiquer sa liberté ; mais elle ne saurait s’autoriser d’une exception culturelle transcendant les #rapports_de_pouvoir pour s’aveugler à la sous-représentation des #femmes et des #minorités raciales. L’illusion redouble quand l’artiste, fort de ses bonnes intentions, veut parler pour (en faveur de) au risque de parler pour (à la place de).

    Le monde universitaire n’est pas épargné par ces dilemmes : comment parler des questions minoritaires, quand on occupe (comme moi) une position « majoritaire », sans parler à la place des minorités ? Avec Marta Segarra, nous avons essayé d’y faire face dans un numéro de la revue Sociétés & Représentations sur la (non-)représentation des Roms : comment ne pas redoubler l’exclusion qu’on dénonce ? Dans notre dossier, la juriste rom Anina Ciuciu l’affirme avec force : être parlé, représenté par d’autres ne suffit pas ; il est temps, proclame cette militante, de « nous représenter ». Ce n’est d’ailleurs pas si difficile à comprendre : que dirait-on si les seules représentations de la société française nous venaient d’Hollywood ?


    https://mobile.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/08/24/eric-fassin-l-appropriation-culturelle-c-est-lorsqu-un-emprunt-entre-
    #géographie_culturelle #pouvoir #culture #Madonna #exotisme #peuples_autochtones #film #musique #cuisine #intersectionnalité #Eric_Fassin

    • Cité dans l’article, ce numéro spécial d’une #revue :
      #Représentation et #non-représentation des #Roms en #Espagne et en #France

      Les populations roms ou gitanes, en France comme en Espagne, sont l’objet à la fois d’un excès et d’un défaut de représentation. D’une part, elles sont surreprésentées : si la vision romantique des Bohémiens semble passée de mode, les clichés les plus éculés de l’antitsiganisme sont abondamment recyclés par le racisme contemporain. D’autre part, les Roms sont sous-représentés en un double sens. Le sort qui leur est réservé est invisibilisé et leur parole est inaudible : ils sont parlés plus qu’ils ne parlent.

      Ce dossier porte sur la (non-) représentation, autant politique qu’artistique et médiatique, des Roms en France et en Espagne des Gitanxs (ou Gitan·e·s) ; et cela non seulement dans le contenu des articles, mais aussi dans la forme de leur écriture, souvent à la première personne, qu’il s’agisse de sociologie, d’anthropologie ou d’études littéraires, de photographie ou de littérature, ou de discours militants. Ce dossier veut donner à voir ce qui est exhibé ou masqué, affiché ou effacé, et surtout contribuer à faire entendre la voix de celles et ceux dont on parle. L’enjeu, c’est de parler de, pour et parfois avec les Gitan·e·s et les Roms, mais aussi de leur laisser la parole.

      https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2018-1.htm

    • Au #Canada, la notion d’« appropriation culturelle » déchire le monde littéraire

      Tout est parti d’un éditorial dans Write, revue trimestrielle de la Writers’ Union of Canada (l’association nationale des écrivains professionnels) consacrée pour l’occasion aux auteurs autochtones du Canada, sous-représentés dans le panthéon littéraire national. Parmi les textes, l’éditorial d’un rédacteur en chef de la revue, Hal Niedzviecki, qui disait ne pas croire au concept d’« appropriation culturelle » dans les textes littéraires. Cette affirmation a suscité une polémique et une vague de fureur en ligne.

      On parle d’appropriation culturelle lorsqu’un membre d’une communauté « dominante » utilise un élément d’une culture « dominée » pour en tirer un profit, artistique ou commercial. C’est ici le cas pour les autochtones du Canada, appellation sous laquelle on regroupe les Premières Nations, les Inuits et les Métis, peuples ayant subi une conquête coloniale.
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      Des polémiques, plus ou moins importantes, liées à l’appropriation culturelle ont eu lieu ces derniers mois de manière récurrente, par exemple sur l’usage par la marque Urban Outfitters de savoir-faire traditionnels des Indiens Navajos ou la commercialisation par Chanel d’un boomerang de luxe, considéré comme une insulte par certains aborigènes d’Australie.
      Le « prix de l’appropriation »

      La notion est moins usitée pour la création littéraire, où l’on parle plus volontiers « d’orientalisme » pour l’appropriation par un auteur occidental de motifs issus d’une autre culture. Mais c’est bien cette expression qu’a choisie Hal Niedzviecki dans son plaidoyer intitulé « Gagner le prix de l’appropriation ». L’éditorial n’est pas disponible en ligne mais des photos de la page imprimée circulent :

      « A mon avis, n’importe qui, n’importe où, devrait être encouragé à imaginer d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres identités. J’irais même jusqu’à dire qu’il devrait y avoir un prix pour récompenser cela – le prix de l’appropriation, pour le meilleur livre d’un auteur qui écrit au sujet de gens qui n’ont aucun point commun, même lointain, avec lui ».

      Il y voit surtout une chance pour débarrasser la littérature canadienne de sa dominante « blanche et classes moyennes », dénonçant la crainte de « l’appropriation culturelle » comme un frein qui « décourage les écrivains de relever ce défi ».

      Le fait que cette prise de position ait été publiée dans un numéro précisément consacré aux auteurs autochtones a été perçu comme un manque de respect pour les participants. L’un des membres du comité éditorial, Nikki Reimer, s’en est pris sur son blog à un article « au mieux, irréfléchi et idiot, au pire (…) insultant pour tous les auteurs qui ont signé dans les pages de la revue ».

      « Il détruit toutes les tentatives pour donner un espace et célébrer les auteurs présents, et montre que la revue “Write” n’est pas un endroit où l’on doit se sentir accueilli en tant qu’auteur indigène ou racisé. »

      La Writers’ Union a rapidement présenté des excuses dans un communiqué. Hal Niedzviecki a lui aussi fini par s’excuser et a démissionné de son poste, qu’il occupait depuis cinq ans.
      Un débat sur la diversité dans les médias

      Son argumentaire a cependant dépassé les colonnes du magazine lorsque plusieurs journalistes ont offert de l’argent pour doter le fameux « prix ». Ken Whyte, ancien rédacteur en chef de plusieurs publications nationales, a lancé sur Twitter :

      « Je donnerai 500 dollars pour doter le prix de l’appropriation, si quelqu’un veut l’organiser. »

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      D’autres figures de la presse canadienne, comme Anne Marie Owens (rédactrice en chef du National Post), Alison Uncles (rédactrice en chef de Maclean’s Magazine), deux éditorialistes du Maclean’s et du National Post, entre autres, se sont dits prêts à faire de même. Quelques heures plus tard, une poignée d’entre eux se sont excusés, dont Anne-Marie Owens, qui a déclaré qu’elle voulait simplement défendre « la liberté d’expression ».

      Comme le débat a débordé sur les réseaux sociaux, des lecteurs anonymes s’y sont invités pour dénoncer l’attitude de ces pontes du journalisme. « Imaginez, vous êtes une personne de couleur qui étudie le journalisme, et vous voyez les trois quarts de vos potentiels futurs chefs tweeter au sujet d’un prix de l’appropriation culturelle », grince une internaute.

      Pour les journalistes issus des minorités, l’affaire a également rappelé à quel point les médias manquent de diversité. Sur Buzzfeed, Scaachi Koul écrit : « Je n’en reviens pas d’avoir à dire ça, mais personne, dans l’histoire de l’écriture littéraire, n’a jamais laissé entendre que les Blancs n’avaient pas le droit de faire le portrait d’autochtones ou de gens de couleurs, en particulier dans la fiction. Franchement, on l’encourage plutôt. » Elle poursuit :

      « S’abstenir de pratiquer l’appropriation culturelle ne vous empêche pas d’écrire de manière réfléchie sur les non blancs. Mais cela vous empêche, en revanche, de déposséder les gens de couleur, ou de prétendre que vous connaissez leurs histoires intimement. Cela vous empêche de prendre une culture qui n’a jamais été à vous – une culture qui rend la vie plus difficile pour ceux qui sont nés avec dans le Canada d’aujourd’hui à majorité blanche – et d’en tirer profit. »

      sur le même sujet Les coiffes amérindiennes dans les défilés font-elles du tort à une culture menacée ?
      « Faire son numéro »

      Helen Knott, l’une des auteurs d’origine indigène dont le travail était publié dans la revue Write a raconté sur Facebook, quelques jours après, une étrange histoire. Contactée par la radio CBC pour une interview à ce sujet, elle est transférée vers quelqu’un qui doit lui poser quelques questions avant l’antenne. Elle entend alors les journalistes se passer le téléphone en disant, selon elle :

      « Helen Knott, c’est l’une de ceux qui sont super énervés par cette histoire. »

      « Précisément, la veille, dans une autre interview, raconte Helen Knott, j’ai rigolé avec le journaliste en lui disant que, contrairement à une idée largement répandue, les autochtones ne sont pas “super énervés” en permanence. »

      Au cours de cette pré-interview, elle dit avoir eu a le sentiment grandissant qu’on lui demandait de « faire son numéro » pour alimenter un « débat-divertissement-scandale ». « Je suis quelqu’un d’heureux et mon droit à être en colère quand la situation mérite de l’être ne me définit pas en tant qu’individu », explique-t-elle.

      « C’est tout le problème de l’appropriation culturelle. Les gens utilisent notre culture pour leur propre profit mais peuvent se désintéresser ensuite de nos difficultés à faire partie de la communauté autochtone, de la politisation continuelle de nos vies, des événements et des institutions qui viennent tirer sur la corde de notre intégrité et de notre sens moral, et qui exigent que nous répondions. Aujourd’hui, j’ai refusé de faire mon numéro. »

      En 2011, les autochtones du Canada représentaient 4,3 % de la population. Ils concentrent le taux de pauvreté le plus élevé du Canada et sont les premières victimes des violences, addictions et incarcérations. En 2016, une série de suicides dans des communautés autochtones de l’Ontario et du Manitoba avaient forcé le premier ministre, Justin Trudeau, à réagir. Sa volonté affichée d’instaurer une « nouvelle relation » avec la population autochtone est critiquée par certains comme n’ayant pas été suivie d’effet.

      https://mobile.lemonde.fr/big-browser/article/2017/05/16/au-canada-la-notion-d-appropriation-culturelle-suscite-la-polemique-d