• A l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, les violeurs en thérapie
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/17/a-l-hopital-psychiatrique-de-ville-evrard-les-violeurs-en-therapie_6077098_3

    A Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, une équipe médicale tente de soigner des auteurs de violences sexuelles sous obligation thérapeutique, afin d’éviter la récidive. « Le Monde » a passé plusieurs jours dans ce centre.

    • (...) la chapelle de l’établissement, devenue le bâtiment de l’unité de psychiatrie et de psychologie légales, (...) accueille une grosse centaine d’auteurs de violences de la région condamnés à des soins.

      Depuis 2016, cette ancienne église de pierres grises est le terminus de la chaîne pénale du traitement de la violence intime. Après le jugement au tribunal et, dans un cas sur deux, une peine de prison, l’obligation de soins thérapeutiques est la dernière étape pour ces personnes reconnues coupables de viols, d’agressions sexuelles ou de violences conjugales.

      « Ça ne s’invente pas, ils ont mis les auteurs de violences dans la chapelle », dit en souriant le docteur Daniel Pinède, 40 ans, sans blouse blanche et en baskets, présentant le service qu’il dirige depuis un an. Comme tous les jeudis, le psychiatre passe en revue les nouveaux patients avec son équipe – une infirmière, trois psychologues, deux étudiantes et une secrétaire médicale – afin d’échanger sur leurs évaluations, leur dangerosité, et les techniques de soin à mettre en place.

      « Lui, il a enlevé une petite fille qu’il a touchée », amorce le médecin en évoquant ce retraité de la SNCF. « Il va s’agir de mettre en lien son passé de victime, car il a été violé deux fois dans son enfance, et son parcours d’agresseur. Il commence seulement à intégrer l’idée qu’il est victime, mais qu’il a surtout fait des victimes », prévient-il.

      Tee-shirt à l’effigie d’un groupe de rock et sweat à capuche, Sandrine Thong-Coong, l’infirmière du centre, enchaîne avec ses comptes rendus d’accueil. Elle a trente ans de psychiatrie à Ville-Evrard au compteur et est convaincue que pour qu’il y ait « moins de victimes, il faut moins d’auteurs ». C’est la première personne que les condamnés au soin rencontrent, la première à tenter d’établir « cette alliance thérapeutique sans laquelle aucun progrès n’est possible ». « Je leur annonce qu’on est des soignants, qu’ils ont déjà été jugés, qu’on n’est pas là pour leur faire la morale mais pour les accompagner. Que le secret médical existe, qu’on ne le lèvera que s’ils nous disent qu’ils vont agresser quelqu’un », explique-t-elle.

      « Je vais bientôt passer à l’acte »

      Sandrine Thong-Coong étudie l’intégralité des vécus judiciaires et médicaux des auteurs, leur demande de raconter les faits, mesure leur rapport aux femmes, les tutoiements trop rapides et la minoration de leurs agissements – « j’avais bu » ou « elle l’a bien cherché ». A la fin, elle les interroge sur leurs attentes. « Je ne suis pas malade ni fou, je n’ai rien à faire dans un hôpital psychiatrique , entend-elle souvent. Certains ne comprennent pas cette double peine de la prison et du psy, ils sont là seulement pour l’attestation de suivi qu’il faut verser au service pénitentiaire d’insertion et de probation de Seine-Saint-Denis. Parfois, des lueurs s’allument, et des phrases comme « je ne voudrais pas que ça recommence » ou « il faut que je me soigne pour qu’il n’y ait plus de victimes » résonnent dans son petit bureau.

      Ce jeudi de février, Sandrine Thong-Coong évoque le cas de Gérard (les prénoms des auteurs ont été changés), la cinquantaine, condamné pour « agressions sexuelles sur mineur ». Elle déroule ses addictions, ses traitements et ses peurs. Elle le qualifie d’« inquiétant ». « Je vais bientôt passer à l’acte, j’ai besoin d’aide », a alerté Gérard au cours de son premier entretien. « C’est vrai qu’il clignote de toutes les couleurs lui, ça pue au niveau des risques », examine Nicolas Estano, l’un des psychologues, spécialisé justement dans l’étude de données permettant la prédictibilité de la récidive. « Je vais faire son évaluation », conclut Daniel Pinède, qui s’empare parfois des cas les plus retors.

      Rendez-vous est pris dix jours plus tard avec Gérard. Lunettes, veste noire, chaussures aux lacets jaunes, sac en bandoulière, il a cette apparence sans particularité des anonymes que l’on croise sans jamais les remarquer. Daniel Pinède s’assoit en face de lui et étale sur la table autant de feuilles blanches que de critères qu’il analyse avec son patient.

      « Je suis malade alcoolique depuis vingt ans, commence Gérard timidement. Mais je n’ai pas bu une goutte depuis le 24 décembre.

      C’est bien, vous essayez de tenir, le félicite le médecin.

      Hier, j’ai eu très envie de consommer, parce que j’étais stressé de venir ici. J’avais peur d’aller loin dans mon enfance et dans ce que j’ai fait. »

      Le docteur passe de la prise de toxiques aux traitements médicamenteux. Gérard sort un tas de documents pliés de sa sacoche qu’il n’a pas quittée. Dedans, une ordonnance de Salvacyl, une molécule qui permet une baisse majeure de la testostérone. Dans son sillage, la sexualité et la « fantasmatique pédophile » peuvent disparaître. Il est sous castration chimique depuis dix ans. « Dans ma tête, c’était castration totale et complète, je ne voulais plus avoir de sexe », raconte-t-il.

      « Ça m’a fait du bien de parler »

      L’homme a sollicité une consultation car il est très angoissé : ses fantasmes reviennent. « Dès que je suis dans un bus et qu’il y a un enfant qui monte je suis obligé de descendre. Je ne peux plus regarder la télévision, il y a trop de films avec des enfants qui passent », décrit-il. Gérard essaye de mettre en place des stratégies d’évitement pour ne pas passer à l’acte. Parfois il boit trop et se rend aux urgences de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis pour se faire admettre pour alcoolisme. « Ça monte, ça monte, j’ai peur de refaire des victimes, de gâcher ma vie et celles des familles. » Gérard pense que le Salvacyl ne fonctionne plus. Il n’y a pas longtemps, il s’est surpris à suivre un enfant dans la rue.

      Le stylo de Daniel Pinède court sur les feuilles blanches. « Et vos parents ? » L’hérédité de Gérard est fracassée par l’alcool : sa mère en meurt quand il est enfant. Il est ensuite placé en foyer, rentre parfois chez son oncle, qui le viole régulièrement jusqu’à ses 16 ans. « Ça laisse des traces. Je suis en colère, ça m’a tout gâché. »

      A 12 ans, des images sexualisées d’enfants apparaissent et colonisent son cerveau. A 13 ans, il commence à boire, et passe à l’acte, en agressant sexuellement ses compagnons de foyer. Puis, à 20 ans, il s’en prend à ses neveux. « Ça a commencé en 1986, ça a eu lieu plusieurs fois avec chacun, et ça s’est terminé en 2000, quand Enzo a fait une connerie, il a volé un truc, il s’est retrouvé devant les gendarmes, et il a tout lâché. Tant mieux , se remémore Gérard. Tribunal, deux ans de condamnation, mais une seule année d’incarcération.

      Depuis sa libération en 2001, il fait des tentatives de suicide tous les ans. « Il va falloir construire un vrai grillage autour de vous », préconise le psychiatre d’une voix douce. « On va s’arrêter là, ça fait un petit moment que je vous torture. Mais vous êtes rassuré par cet entretien ? Vous n’allez pas partir en courant pour picoler ? », conclut-il. « Non, non ça m’a fait du bien de parler »_, termine Gérard. La chapelle comme sanctuaire.

      « Il faut déconstruire les monstres »

      Trois études internationales et reconnues d’épidémiologie médicale (Briere et Runtz, 1989 ; Smiljanich et Briere, 1996 ; Becker-Blease, Friend et Freyd, 2006) estiment que le trouble pédophilique – c’est-à-dire le fait d’avoir une fantasmatique sexuelle sur des mineurs prépubères qui dure plus de six mois, à ne pas confondre avec la pédocriminalité qui appartient au langage pénal et décrit la commission de faits sexuels sur des enfants – touche de 5 % à 20 % de la population (5 % correspondant à une attirance stable, 20 % à un fantasme sexuel transitoire). Par comparaison, une autre maladie psychiatrique comme la schizophrénie concernerait, selon les statistiques, autour de 1 % des gens. « La prévalence est énorme, la violence sexuelle casse du mineur à la pelle. C’est le fait criminel le plus minoré, le plus grave et le plus coûteux pour la société », observe Daniel Pinède.

      Lui-même l’admet : ses proches oscillent entre fascination et répulsion pour son travail. Comme si la matière contaminait directement ces soignants. « C’est sûr que nos patients ont une image de monstre, mais il faut déconstruire les monstres. De 5 % à 20 %, c’est tout le monde. Et la réalité fait moins peur quand on la regarde que quand on l’imagine », souligne le psychiatre. L’installation même du centre pour auteurs à l’hôpital de Ville-Evrard ne s’est pas faite sans heurts : le loup entrait dans la bergerie, selon leurs homologues de psychiatrie infantile. « Pourquoi tu es partie là-bas ? Ces gens-là ne devraient pas être soignés, ils coûtent cher à la “Sécu” », ont répété ses collègues des services généraux à Sandrine Thong-Coong, l’infirmière, lorsqu’elle a été transférée dans la chapelle.

      « Soupape psychique »

      Pourquoi Gérard a-t-il agressé autant de garçons ? Pourquoi les hommes violent-ils ? Il n’y a jamais qu’une seule raison, mais il existe une définition, issue de la conférence de consensus de 2001 établie par la Fédération française de psychiatrie et intitulée « Psychopathologie et traitement des auteurs d’infractions à caractère sexuel ». Elle concerne toutes les catégories d’auteurs, souvent classés en fonction de leurs faits. Il y a ceux condamnés pour inceste, « on n’a pas Fourniret chez nous, plutôt des hommes qui ont une vie sexuelle adulte mais se rabattent sur les enfants par opportunisme et qui mettent en place une grosse emprise pour y arriver : c’est le type régressé », développe Nicolas Estano.

      Il y a ensuite ceux qui sont bloqués dans l’enfance, atteints d’un trouble pédophilique comme Gérard : c’est le type « fixé ». Et les auteurs de viols sur femmes adultes, « dont seulement 30 % d’entre eux sont des psychopathes au sens psychiatrique du terme », poursuit le psychologue expert. « Ainsi, l’essentiel des personnes qui violent des femmes adultes ne sont atteintes d’aucune pathologie. »

      Ces trois catégories recouvrent la majeure partie de la file active des auteurs de violences sexuelles de Ville-Evrard. La plupart de ces patients commettent leurs actes selon la même explication, posée par le consensus de 2001 : « Le passage à l’acte sexuel est une tentative de solution défensive par rapport à des angoisses majeures liées à des carences fondamentales, pour prévenir le risque d’un effondrement dépressif. » Autrement dit, selon Gaëlle Saint-Jalmes, ancienne journaliste scientifique reconvertie en psychologue du centre, passionnée depuis toujours par la question ontologique de la violence, le viol est une « soupape psychique ». A la question de pourquoi les hommes plus que les femmes, et de la place de la domination masculine dans le passage à l’acte, « les hommes sont sociétalement plus autorisés à se préserver grâce à la violence », souligne-t-elle.

      « Il va falloir abattre plein de défenses »

      Nicolas Estano est le seul soignant en costume du centre : il réalise aussi des expertises judiciaires pour les tribunaux. Il évalue toute sorte de criminels, terroristes, braqueurs, meurtriers, mais là encore la violence sexuelle l’interroge.

      Sur le poids de l’inégalité de genre dans le viol, il commence par citer la thèse réalisée par l’un de ses confrères en 2016, Massil Benbouriche, aux résultats vertigineux : « Un tiers des hommes pourraient violer une femme s’ils étaient certains qu’elle ne porterait pas plainte », relit-il. « C’est une des règles de base de la criminologie, si on n’est pas attrapé, on continue à passer à l’acte, c’est un rapport coût-avantage, et c’est en ça que la faiblesse de la judiciarisation de la violence sexuelle est problématique », diagnostique-t-il.

      Un autre jeudi, en mars cette fois-ci, Emilie Bouvry, la troisième psychologue de l’équipe, attaque la réunion hebdomadaire de l’unité avec le dossier de Lucien, condamné à cinq ans d’emprisonnement et trois ans d’obligation de soins pour « agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans en extra-familial ». « Il s’est fait attraper par des policiers municipaux qui ont vu un drap noir accroché à la vitre d’une voiture sur un parking. » Lucien agressait sexuellement une enfant, « transpirante et tremblante, recroquevillée à l’arrière », résume-t-elle.

      Emilie Bouvry a passé plusieurs heures avec Lucien et balayé toute son histoire personnelle. Elle s’alarme du fait qu’il reste convaincu qu’il avait une relation sentimentale avec sa voisine de 12 ans avec laquelle il a été découvert. Lucien a 45 ans. « Ça va être costaud, annonce la psychologue. Il ne reconnaît rien, il n’a fait aucune introspection malgré la prison, il ne se remet pas en question. » « Oui, il faut l’attaquer en thérapie individuelle, à deux, pour essayer de le faire mentaliser un peu ce qu’il a fait », poursuit Daniel Pinède. « Il va falloir abattre plein de défenses pour le faire accéder à l’autre et à son existence, il est très égocentré et ne supporte pas la frustration », rebondit Emilie.

      Lucien et les autres auteurs ont tous beaucoup de mal à reconnaître le mal qu’ils font, ils sont dans une impasse morale. « Ils disent parfois que la violence ne permet pas la résolution des conflits, certes, mais jamais que la violence atteint l’autre dans son intégrité. Là est l’enjeu ! S’ils sont convaincus de renoncer, c’est davantage pour des raisons pratiques que pour des raisons morales », justifie Emilie Bouvry.

      En tant qu’agresseur, accepter la souffrance de la victime implique d’avouer la sienne. En ça la sanction, bien que nécessaire, n’est pas suffisante, il faut surtout déconstruire tout son système de valeurs et lui apprendre à « supporter sa propre vulnérabilité, sans se sentir menacé au point d’en venir aux armes et de faire l’impasse sur l’autre, mais aussi sur une partie de soi ».

      Addiction au sexe

      Ensuite, Nicolas Estano présente son évaluation. Le psychologue aux yeux bleus a grandi dans une cité du Havre (Seine-Maritime) – il a déjà croisé en prison des connaissances de son enfance. Aujourd’hui, il aborde le cas de Mehmet, 38 ans, turc d’origine qui dirige un commerce. Son profil hérite lui aussi de l’adjectif « inquiétant ». « Alors, lui, il est issu d’un mariage qui semble forcé en Turquie, puis ses parents sont venus en France. Il passe son enfance dans un quartier populaire, dans un contexte très précaire, car son père boit, joue, court les jupons et humilie sa mère », attaque Nicolas Estano. L’homme a arrêté sa scolarité à 16 ans pour entrer dans un magasin comme manutentionnaire.

      « Il rejoint ensuite les “Loups gris”, un mouvement nationaliste turc. Il n’aime pas les Kurdes, les homosexuels et les Arméniens, trouve qu’Erdogan est quand même un peu mou parce que les homosexuels ont pu faire la Gay Pride. Il aime le cadre du mouvement radical, mais s’en est éloigné après avoir failli se faire couper la main dans une rixe. » Voilà pour la vision du monde de Mehmet. Le soignant enchaîne sur ses comportements amoureux, raconte que son patient tombe « amoureux » de toutes les filles qu’il rencontre, cumule les infidélités et souffre d’une addiction au sexe : il dépenserait 5 000 euros par an pour avoir des rapports avec des prostituées et louer des chambres d’hôtel.

      « Sur les faits… alors on est en récidive. » En 2012, Mehmet viole une jeune femme au fond d’une rame de métro, mais n’a pas conscience de l’avoir violée, car selon lui elle n’aurait dit « non » qu’à la fin. Il s’en serait vanté auprès de ses collègues et n’aurait pas compris la plainte du lendemain, qui lui a valu un passage en détention. Libéré, il reprend son travail à la direction de la boutique et enferme une stagiaire dans son bureau. « Il l’a assise sur ses genoux et l’a forcée à le masturber », lit Nicolas Estano. « Il a clairement une mauvaise compréhension du consentement », décrypte-t-il.

      Champ de recherche scientifique important

      Le psychologue se passionne pour les statistiques. Lorsqu’il fait ses évaluations, il aime à calculer les probabilités de récidive de ses patients. Pour Mehmet, elle est élevée : « Il y a 15 % de chance sur un an qu’il soit à nouveau incarcéré pour des faits de cette nature, s’il ne change pas de mode de vie. »

      Car la violence sexuelle est un champ de recherche scientifique important. Il existe deux échelles principales qui permettent de mesurer la dangerosité d’un auteur. Il y a d’abord l’échelle statique 99-R, élaborée par Karl Hanson, un chercheur canadien. « C’est de la data pure, actuarielle, comme pour les assurances », détaille Nicolas Estano. On y apprend que, plus on est jeune, plus on a de risques de récidiver ; que d’avoir cohabité en couple au moins deux ans fait baisser le risque. A l’inverse, lorsque l’auteur n’a aucun lien avec sa victime et qu’au moins l’une d’entre elles est de sexe masculin, la probabilité d’un nouveau passage à l’acte augmente. « Mais, en moyenne, les auteurs de violence sexuelle récidivent peu, entre 5 % et 15 %, contre au moins 50 % pour les braqueurs et les trafiquants de drogue », note le psychologue.

      Pour établir le score de Mehmet, Nicolas Estano a combiné une autre échelle, appelée Stable-2007, qui mesure des critères plus évolutifs, comme le soutien de la famille, l’identification émotive aux enfants, l’hostilité envers les femmes, le rejet social, les gestes impulsifs, la capacité à rebondir face aux difficultés, la place de la vie sexuelle et la coopération avec les soignants. « On adapte ainsi notre prise en charge à ces résultats », précise M. Estano.

      Comment alors soigner ces auteurs de violences sexuelles sur femmes adultes, comme Mehmet ? Il s’agit d’abord de comprendre un point important du fonctionnement du viol, qui bat en brèche les clichés sociétaux sur ce crime.

      Une définition là encore scientifique sur laquelle Nicolas Estano insiste : « La colère ou la recherche de pouvoir est la composante principale. Le viol, plutôt qu’être principalement l’expression d’un désir sexuel, est en fait l’utilisation de la sexualité afin d’exprimer ces questions de la puissance ou de la colère. Il est ainsi un acte pseudo-sexuel, un ensemble de comportements sexuels ayant plus à voir avec le statut, l’hostilité, le contrôle, la domination qu’avec la sensualité ou la satisfaction sexuelle. » Cet axiome date de 1979 et a été posé par des chercheurs américains : la prédation sexuelle n’est pas tant liée au plaisir, ou même à des attitudes équivoques de la victime, mais surtout au pouvoir.

      Pour son patient turc, le psychologue s’apprête à faire son métier, à savoir « entrer en relation ». « Et ça n’est pas simple de trouver l’accroche thérapeutique avec des gens qui ne sont pas là de leur plein gré. On n’est pas des béni-oui-oui, on est là pour les aider à mieux se comprendre. » Ainsi, avec sa deuxième condamnation, Mehmet a compris qu’il avait « un problème d’écoute avec les femmes ». Un début de questionnement du patient comme une première prise pour le soignant. « Entendre la parole des auteurs, ce n’est pas les faire gagner sur les victimes. Il ne faut pas les opposer, il faut attaquer la médaille par ses deux côtés », assume Daniel Pinède.

      Profil des patients de Ville-Evrard

      Etat civil
      240 hommes et 1 femme. Age moyen : 33 ans. 67 % sont célibataires ou divorcés, 31 % en couple.

      Pathologies psychiatriques
      Les deux tiers des auteurs de violences sexuelles suivis par l’unité de psychiatrie et de psychologie légales n’ont pas de maladie psychiatrique. 5 % présentent une forme de perversion. 13 % des symptômes de type dépressif.

      Antécédents médicaux
      4,5 % ont été hospitalisés pour des tentatives de suicide.
      30 % présentent des conduites addictives.

      Données criminologiques
      19 % ont des antécédents judiciaires pour des infractions à caractère sexuel. 20 % pour des faits d’autre nature.

      Circonstances des infractions
      64 % des faits se sont déroulées dans un lieu privé (domicile, ­bureau) contre 23 % dans un lieu public ouvert (rue), 10 % dans un lieu public clos (métro, cave). 6 % des viols et agressions sexuelles sont commis à l’aide d’une arme.

      Traitement judiciaire
      La moitié des patients de l’unité ont été incarcérés : 42 % pour des faits de viol, 40 % pour agressions sexuelles.
      Données issues d’une étude des soignants de l’unité de psychiatrie et de psychologie légales de ­Ville-Evrard réalisée après six ans d’expérience au centre de soins pour auteurs de violences sexuelles.

      Données issues d’une étude des soignants de l’unité de psychiatrie et de psychologie légales de ­Ville-Evrard réalisée après six ans d’expérience au centre de soins pour auteurs de violences sexuelles.

      #viol #violeurs #culture_du_viol #psychiatrie

    • Merci pour l’article @colporteur
      J’extrait ceci pour cherché cette thèse.

      Sur le poids de l’inégalité de genre dans le viol, il commence par citer la thèse réalisée par l’un de ses confrères en 2016, Massil Benbouriche, aux résultats vertigineux : « Un tiers des hommes pourraient violer une femme s’ils étaient certains qu’elle ne porterait pas plainte », relit-il. « C’est une des règles de base de la criminologie, si on n’est pas attrapé, on continue à passer à l’acte, c’est un rapport coût-avantage, et c’est en ça que la faiblesse de la judiciarisation de la violence sexuelle est problématique », diagnostique-t-il.

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      Étude expérimentale des effets de l’alcool et de l’excitation sexuelle en matière de coercition sexuelle
      par Massil Benbouriche

      L’objectif général de cette thèse était d’étudier expérimentalement les effets de l’alcool et de l’excitation sexuelle sur la perception du consentement et les intentions comportementales d’utiliser des stratégies coercitives pour avoir une relation sexuelle. Plus exactement, et afin d’étudier les effets de l’alcool sur la perception des intentions comportementales exprimées par une femme, un plan expérimental inter-participants a permis de répartir aléatoirement 150 participants , issus de la population générale, dans une condition Avec ou Sans alcool. Par la suite, les participants étaient à nouveau répartis aléatoirement dans l’une des deux modalités du facteur Excitation sexuelle, soit Avec ou Sans excitation sexuelle. Un plan factoriel inter-participants 2x2 a alors permis d’étudier les effets de l’alcool et de l’excitation sexuelle sur le temps de latence pour indiquer qu’une femme n’est plus intéressée par avoir une relation sexuelle, ainsi que sur les intentions comportementales d’utiliser des stratégies coercitives nonviolentes et de commettre un viol.Alors que les résultats ouvrent la voie à de nouvelles recherches afin de mieux comprendre les mécanismes par lesquels l’alcool peut, chez certains individus, contribuer à expliquer la coercition sexuelle, des implications pratiques peuvent également être proposées. Ainsi, si les résultats soutiennent l’importance de programmes de prévention primaire, voire situationnelle, ils soulignent que des programmes de prévention secondaire apparaissent également comme un élément indispensable d’une politique efficace de prévention de la coercition sexuelle.

      https://www.theses.fr/2016REN20030
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      https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01397177/document

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      Il semblerait que ca soit "« Un tiers des 150 hommes de l’étude qui pourraient violer une femme s’ils étaient certains qu’elle ne porterait pas plainte ». C’est le même ratio qu’on trouvait dans une étude américaine dont je ne me souviens plus la source mais qui était faite sur 130 gars. Ca fait pas beaucoup d’études là dessus et pas beaucoup d’hommes interrogés... Les violences sexuelles faites aux filles et aux femmes, c’est pas un sujet vraiment important....

      Par contre ca correspond plutot bien avec le fait qu’un tiers des femmes ont subit des violences sexuelles aux cours de leur vie, la plus part du temps avant leurs 15 ans, c’est à dire lorsque 1/3 des hommes sont bien certains que leur victime ne portera pas plainte.

  • Covid-19 : la barre des 100 000 morts en France est déjà franchie depuis des semaines
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/14/covid-19-en-france-la-barre-des-100-000-deces-est-deja-franchie-depuis-des-s


    Lors de la messe d’enterrement d’une victime du covid-19 à Malo-les-Bains, le 7 avril 2021.
    AIMÉE THIRION POUR « LE MONDE »

    Les données du centre d’épidémiologie sur les causes de décès de l’Inserm, plus fiables car établies à partir des certificats de décès, confirment que le bilan officiel de Santé publique France est largement sous-estimé.

    Le nombre est hautement symbolique mais sous-estimé : le cap des 100 000 décès liés au Covid-19 en France, issu du décompte quotidien de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SPF), est en réalité franchi depuis déjà des semaines.
    C’est ce qu’il ressort des dernières données du centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc). Encore partielles, celles-ci ont été présentées par le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine (directeur de recherches émérite à l’Inserm), vendredi 9 avril, lors d’un séminaire en ligne sur la mortalité du Covid-19.

    En matière de surveillance de la mortalité et de ses causes en France, les chiffres du CépiDc ne sont pas les plus rapides à être rendus publics, mais ils sont les plus fiables car réalisés à partir de l’ensemble des certificats de décès remplis par les médecins. Ils permettent des études par sexe, tranche d’âge, selon la zone géographique du décès et du lieu de celui-ci (hôpital, domicile…).
    « Pour la période allant du 1er mars au 31 décembre 2020, il y a déjà 75 732 certificats mentionnant le Covid-19 comme cause initiale ou associée de la mort, révèle M. Robine, également conseiller scientifique auprès de la direction de l’Institut national d’études démographiques (INED). Au 31 décembre 2020, le tableau de bord de l’épidémie de SPF faisait, lui, état de 64 632 décès, 44 852 dans les hôpitaux et 19 780 dans les Ehpad [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] et autres établissements médico-sociaux. »

    « Une usine à gaz »
    En clair, pour les dix derniers mois de 2020 – qui correspondent aux deux premières vagues de l’épidémie sur le territoire –, l’écart est déjà de plus de 11 000 décès entre les données de SpF et celles du CépiDc. Il a sans doute continué à se creuser depuis début 2021. De son côté, l’INED avait récemment évalué à 68 000 le nombre de décès par Covid-19 en France en 2020, à partir des données de l’Insee, soit un delta de près de 8 000 avec les chiffres de l’Inserm.

    Au total, le CépiDc a réceptionné 538 972 certificats de décès exploitables (vingt ne l’étaient pas) pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, dont 75 732 avec la mention Covid-19. L’infection à SARS-CoV-2 est donc impliquée dans 14 % des décès. Les hommes ont payé un plus lourd tribut que les femmes (38 324 décès contre 37 408). Les tranches d’âge 75-84 ans et 85-94 sont les plus touchées.

    • Ces chiffres sont encore provisoires : les certificats reçus représentent 97 % de ceux attendus pour les mois de mars à novembre 2020, et 90,6 % pour décembre (les analyses ne sont effectuées que lorsque le CépiDc a obtenu plus de 90 % des certificats attendus pour un mois donné, ce qui n’est pas encore le cas pour janvier, février et mars 2021).
      Pourquoi de telles différences entre les institutions ? Comme l’avait déjà souligné Jean-Marie Robine dans nos colonnes https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/19/le-decompte-de-la-mortalite-liee-au-covid-19-est-une-usine-a-gaz_6066788_324, le comptage des morts du Covid-19 est « une usine à gaz » . La surveillance est assurée par plusieurs organismes, qui travaillent à partir de bases de données différentes.

      « Plusieurs angles morts »

      SPF comptabilise quotidiennement les décès à partir des remontées des hôpitaux, par le biais de Si-Vic (système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles). S’y ajoutent deux fois par semaine les données des Ehpad et autres établissements médico-sociaux.

      « Cette surveillance comporte plusieurs angles morts, explique M. Robine. D’abord, elle ne tient pas compte des #morts_à_domicile. Ensuite, Si-Vic ne comptabilise pas les décès dans les #unités_de_soins_de_longue_durée [USLD], soit 30 000 lits d’hôpitaux en France. Or, les patients des USLD sont particulièrement fragiles et sensibles aux maladies opportunistes. Les décès survenant aux #urgences, dans les services de #psychiatrie et de #soins_de_suite et de réadaptation ne sont pas bien dénombrés, ce qui sous-estime beaucoup de cas nosocomiaux. » Quant aux remontées concernant les décès en Ehpad, le démographe regrette qu’elles n’aient, jusqu’à récemment, pas précisé l’âge et le sexe de la victime.

      Les données : la France a connu en en 2020 la plus importante mortalité de son histoire récente https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/01/15/avec-667-400-deces-enregistres-la-france-a-connu-9-d-excedent-de-mortalite-e

      L’Insee, pour sa part, évalue le nombre de décès de façon réactive à partir des actes d’état civil, en principe transmis dans les vingt-quatre heures. Ces données présentent l’avantage d’être exhaustives, mais l’inconvénient de ne pas permettre une analyse fine de surmortalité faute d’information sur les causes du décès.

      Dans leur analyse publiée en mars https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/17/en-france-68-000-personnes-seraient-mortes-du-covid-19-en-2020_6073436_3244., où ils évaluaient le nombre de décès dus au Covid-19 à 68 000 pour 2020, Gilles Pison et France Meslé de l’INED notaient que ce chiffre était supérieur à l’augmentation du nombre de décès entre 2019 et 2020 : 55 000. « Cela vient du recul d’autres causes de décès comme la grippe et les accidents de la circulation », écrivaient les deux chercheurs.

      « Rendre obligatoire la certification électronique des décès »

      Quant au CépiDc de l’Inserm https://opendata.idf.inserm.fr/cepidc/covid-19, il suit une partie des décès en temps réel, grâce aux certificats électroniques de décès. Mais ceux-ci restent très minoritaires (20 % au début de la pandémie, de 25 % à 30 % actuellement) par rapport aux certificats papiers, envoyés avec des semaines voire des mois de décalage.
      Pour Jean-Marie Robine, qui plaide pour un système réactif de suivi de la mortalité depuis la canicule de 2003 – à la suite de laquelle avaient été mis en place les certificats de décès électroniques –, la situation actuelle est incompréhensible. « Dans cette épidémie, on devrait pouvoir communiquer avec fiabilité sur les décès de la veille. La solution serait simple : rendre obligatoire pour tout médecin la certification électronique des décès dans les quarante-huit heures », martèle le démographe.

      En juillet 2020 https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2020/mortalite-en-france-d-ou-viennent-les-chiffres, Anne Fouillet (SPF) jugeait de son côté « fondamental de déployer dans les meilleurs délais l’utilisation de la certification électronique sur tout le territoire (…) afin d’assurer une surveillance exhaustive et réactive de la mortalité par cause de décès en routine et en particulier en cas de menace sur la santé de la population ».

      100 000 morts du Covid-19 en France : notre sélection d’articles sur le sujet

      Le décryptage : La barre des 100 000 morts en France est déjà franchie depuis des semaines selon l’Inserm

      La synthèse : La mortalité de la pandémie est encore sous-estimée dans le monde

      L’entretien de Marie-Frédérique Bacqué : « Les morts du Covid-19 n’ont été ni identifiés ni pleurés collectivement »

      Le reportage : La troisième vague de Covid-19 vue de l’hôpital Bichat

      #Covid-19 #bilan #mortalité #CépiDc #certificats_de_décès #Covid-19_nocosomial

  • « Sommes-nous vraiment prêts à “trier” les enfants et adolescents suicidaires ? »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/24/sommes-nous-vraiment-prets-a-trier-les-enfants-et-adolescents-suicidaires_60

    Avec la crise sanitaire due au Covid-19, chez les plus jeunes, les actes ou idées suicidaires déferlent depuis l’automne, alerte un collectif emmené par Lisa Ouss, pédopsychiatre à l’hôpital Necker, et les membres du Conseil Scientifique de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des disciplines associées »

    Auteure : Lisa Ouss, Professeure Associée en pédopsychiatrie, Hôpital Necker, Paris, Membre du Conseil Scientifique de la Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, et des disciplines associées.

    Comment répondre à ce dilemme impossible : trier les enfants et adolescents que l’on va hospitaliser après un geste ou une intentionnalité suicidaire forte ? Si les actes ou idées suicidaires des jeunes ont diminué pendant le premier confinement, ils déferlent depuis l’automne, peut être à la faveur d’un discours fataliste sur une jeunesse sacrifiée. La seconde vague psychiatrique nous submerge, et nous les pédopsychiatres, psychiatres, psychologues, acteurs du soin psychique, avec l’aide précieuse des pédiatres, malgré les alertes lancées depuis longtemps, la mer qui se retire en alerte ultime avant le tsunami, écopons la catastrophe annoncée mais désormais quotidienne. Or, un geste ou une intention suicidaire, chez un enfant ou un adolescent, marque une détresse qui doit être immédiatement entendue, accompagnée, dans toute la complexité d’un environnement scolaire, familial, sociétal que le contexte actuel fragilise. Pour ce faire, il faut du temps, une écoute, un espace, et celui de l’hôpital est un nécessaire refuge, à l’abri des turbulences. Or, il devient extrêmement difficile, voire impossible d’hospitaliser rapidement un enfant ou un adolescent qui présente de telles pensées ou est passé à l’acte. Faut-il raconter la quête interminable et infructueuse d’un lit ? Faut-il raconter comment nous renvoyons chez eux ces adolescents et les revoyons tous les jours jusqu’à l’obtention du Graal, un lit en pédiatrie ou en pédopsychiatrie ? Faut-il détailler la réaction de leur environnement à l’annonce de leur retour à domicile ? Faut-il souligner le risque de transformer ce retour à domicile en un premier palier d’une escalade face à un acte qui n’est pas entendu dans toute sa gravité ? Faut- il raconter notre inconfort, notre inquiétude, et notre manquement à les laisser partir ? Faut- il rapporter les discussions pour savoir quelle « pire » situation nous allons choisir d’hospitaliser car nous n’avons qu’un lit et plusieurs patients ? Faut-il raconter que nous déprogrammons chaque semaine nos activités, depuis plusieurs mois, pour répondre à ces besoins urgents ? Faut-il rappeler que nous ne pouvons pas transférer en TGV vers des territoires meilleurs des adolescents qui doivent être, paradoxalement, éloignés de l’environnement qui a précipité leur geste, tout en en restant proches ? Faut-il attendre un inéluctable accident à venir, un autre fait divers, pour dire la souffrance et la détresse pourtant déjà si visibles qui étreignent notre jeunesse ? Nous ne voulons plus rentrer chez nous en nous disant que nous n’avons pas pu faire correctement notre travail.

    Koltes savait ouvrir ces horizons : « Je voudrais aller voir la neige en Afrique. Je voudrais faire du patin à glace sur les lacs gelés », dit la gamine. Une société qui ne laisse pas à ses adolescents le territoire du possible, à défaut de celui du rêve, est une société qui court à sa perte. Et nous, acteurs du soin psychique, qui sommes convoqués sans arrêt, pour soutenir les équipes médicales pendant la tempête déchaînée de la Covid, à chaque événement traumatique, face aux questions sociétales de la jeunesse, sans nous donner les moyens d’y répondre, refusons d’être les spectateurs muets d’une catastrophe que nous pouvons prévenir.

  • L’énigme des Covid longs, ce « brouillard cérébral » qui empêche de vivre normalement
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/03/22/epuisement-difficultes-de-concentration-douleurs-persistantes-l-enigme-des-c

    ENQUÊTE De nombreux patients atteints d’une forme parfois légère de Covid-19 se plaignent, parfois plusieurs mois après, de fatigues incapacitantes. Plusieurs pistes sont explorées pour comprendre l’origine de ce syndrome.

    C’était en mai 2020, la première vague de l’épidémie de Covid-19 commençait à reculer. La professeure Dominique Salmon-Ceron, infectiologue à l’Hôtel-Dieu (AP-HP), à Paris, reçoit alors une patiente qui se plaint d’une fatigue intense et brutale, l’empêchant de prendre sa douche. Passionnée de voile, cette jeune femme travaille dans les ressources humaines. Infectée par le SARS-CoV-2 en mars 2020, elle n’avait alors eu que des maux de tête, une perte d’odorat passagère et un peu de fièvre, puis avait repris son travail, un mois après, bien qu’encore fatiguée. Mais elle avait beaucoup de mal à suivre ses visioconférences car elle n’arrivait pas à se concentrer et mélangeait les syllabes lorsqu’elle parlait. Elle se réveillait parfois en forme puis, brutalement, au cours de la journée, devait s’allonger. Aujourd’hui, elle va mieux.

    « Face à l’afflux de tels patients présentant des symptômes qui durent après une infection, nous décidons rapidement, avec sept ou huit collègues, d’ouvrir une consultation spécifique », raconte Dominique Salmon-Ceron. Ce sera l’une des premières en France. Pendant ce temps, les témoignages de patients affluent sur les réseaux sociaux, #apresj20, sur Twitter, devient bientôt une association de patients. D’autres ont été créées, comme Tous partenaires Covid.

    « Les premières consultations nous laissaient très perplexes. Le soir, nous listions ensemble les symptômes tout à fait inhabituels, pour nous conforter entre nous dans l’idée que nous ne rêvions pas et pour trouver les mots pour bien décrire cette nouvelle maladie, se souvient l’infectiologue. On était contents d’être plusieurs, tellement c’était polymorphe. » Cela ressemblait en partie à des symptômes de fatigue chronique post-viraux que l’on voit après une mononucléose ou une grippe, mais, là, « c’était nettement plus sévère ». Presque un an plus tard, la consultation de l’Hôtel-Dieu, que nous avons suivie une journée début mars, croule sous les demandes.

    Des symptômes déclenchés par l’effort
    « La persistance des symptômes ou le développement de nouveaux symptômes sont un problème de santé publique, un phénomène rapporté partout dans le monde », indique le dernier avis du conseil scientifique du 11 mars. « Certains patients, qui n’ont pas eu de forme très grave, ont toujours des symptômes prolongés au-delà des quatre semaines suivant le début de la phase aiguë de la maladie », précise la Haute Autorité de santé (HAS), qui a établi des recommandations le 12 février.

    #paywall

    • Le Covid long pose encore des questions de définition, de contour et d’origine des symptômes et de diagnostic. Mais, même si le lien de causalité entre l’infection au SARS-CoV-2 et les symptômes n’est pas définitivement établi, il semble bien être une entité nosographique réelle, différente de celle présentant des séquelles observées chez les patients hospitalisés, notamment en réanimation, comme des atteintes pulmonaires et des fibroses – ce qui n’exclut pas pour autant la présence chez eux d’un Covid long. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu ce syndrome en août, sans trancher sur le terme… « Cette question doit être une priorité des autorités sanitaires », exhorte l’OMS. L’infectiologue Anthony Fauci, conseiller de l’administration sur le Covid aux Etats-Unis, parle de long haulers (« long-courriers »).

      Peu importe le nom qui leur est donné, ces symptômes qui persistent plusieurs semaines après l’infection sont très hétérogènes, souvent déclenchés par des efforts physiques ou intellectuels. Ils peuvent durer des mois. Ainsi, plus d’un an après avoir été infectée, Anaïs (le prénom a été changé), venue début mars consulter la professeure Salmon-Ceron, ne va pas bien. Cette architecte de 49 ans a été infectée par le SARS-CoV-2 en février 2020, avec de légers symptômes, une grosse bronchite. Elle n’a alors pas pu faire de test PCR mais le médecin s’est fié aux symptômes pour poser le diagnostic. Elle se remet puis, en avril, ressent des céphalées, des douleurs fulgurantes aux mains et aux pieds. Toutes les pathologies connues sont écartées. Elle doit alors arrêter son travail.

      Suivent de brèves périodes de « mieux », où elle reprend son activité professionnelle, et de longs moments de « moins bien » avec divers symptômes : une grosse rechute en septembre-octobre 2020, avec des troubles cardiothoraciques, de l’herpès labial, des troubles de la mémoire immédiate, une immense fatigue, des dilatations veineuses très douloureuses dans les mains et les pieds, qui remontent dans les jambes… Anaïs ferme les yeux un instant, de lassitude. Actuellement, « les douleurs sont moins fortes, mais les acouphènes et maux de tête se sont aggravés, c’est handicapant et épuisant », soupire-t-elle. « Les difficultés de concentration m’empêchent tout travail intellectuel. Et ça… c’est très compliqué. »

      « Brouillard cérébral »

      Parmi cette vaste palette, la fatigue, majorée au moindre effort, est le symptôme le plus fréquent. S’y ajoutent des troubles de la mémoire, des symptômes cardio-vasculaires (dyspnées, tachycardies…). Mais également des symptômes d’anxiété, de dépression, digestifs, cutanés… « Les patients parlent de “brouillard cérébral”, ils ont du mal à effectuer deux activités intellectuelles en même temps », constate Thomas De Broucker, chef du service de neurologie à l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). L’épidémiologiste Viet-Thi Tran, qui coordonne ComPaRe, une étude menée en ligne auprès d’une cohorte de 1 500 patients de l’AP-HP, a listé une cinquantaine de symptômes.

      « Je suis constamment épuisée », dit aussi Marie, ingénieure chimiste venue elle aussi ce jour-là en consultation à l’Hôtel-Dieu. Le 15 mars 2020, cette femme de 42 ans sent une pique dans les poumons, le cœur, puis plus aucun symptôme dans les cinq jours suivants, hormis une sensation de froid. Puis, à nouveau, quelques jours plus tard, de fortes douleurs aux poumons qui la conduisent aux urgences d’une ville bretonne. Elle va un peu mieux. Puis, deux mois plus tard, c’est « l’enchaînement de l’horreur ». « Je ressens une sorte de grouillement au niveau du front, un signe de neuro-invasion, je perds une partie de l’odorat, partiellement retrouvé depuis, je suis incapable d’éternuer, j’ai des brûlures dans tout le corps… » Elle qui est très active, infatigable, doit arrêter son travail. Depuis, malgré plusieurs rechutes, Marie va un peu mieux mais l’éreintement, invalidant, est toujours là.

      Si l’OMS estime que plus de 80 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 en contractent une forme légère ou modérée, il est difficile de connaître la prévalence réelle du Covid long. Cela affecte de 3 à 40 % des patients, selon les études épidémiologiques – des taux qui varient beaucoup selon les populations de patients, hospitalisés ou non. Les femmes sont plus touchées. Si la grande majorité des jeunes affectés par le virus n’ont pas de séquelles, certains peuvent connaître des formes longues – un phénomène rare mais très peu documenté, indique le conseil scientifique. Une enquête (auprès de 8 200 patients en ambulatoire tirés au sort) de l’Office national des statistiques anglais a montré, fin décembre 2020, que 10 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 avaient encore des symptômes douze semaines après l’infection. « Attention à ce chiffre de 10 % ! L’expérience de terrain ne m’incite pas à croire que 10 % des personnes infectées ont des symptômes persistants. Nous manquons de données solides, notamment sur les patients en ambulatoire », prévient toutefois Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE).

      Avec le temps, l’état s’améliore

      Plus récemment, une étude française (pas encore publiée), Lifen, menée en médecine de ville et portant sur 1 841 patients ambulatoires, a retrouvé que 40 % d’entre eux se plaignaient encore de symptômes cinq mois après leur infection. Une étude publiée dans The Lancet auprès d’une cohorte de 1 700 patients chinois hospitalisés au printemps 2020 avait montré que, six mois après l’infection, 76 % de ces patients déclaraient encore au moins un symptôme.

      Une autre étude publiée dans le JAMA, conduite par une équipe du Kremlin-Bicêtre (AP-HP) auprès de 244 patients hospitalisés, a montré que 51 % d’entre eux déclaraient au moins un symptôme qui n’existait pas avant le Covid quatre mois après l’hospitalisation, la fatigue et des symptômes cognitifs arrivant en tête. Les anomalies du scanner pulmonaire étaient fréquentes.

      Dominique Salmon-Ceron, qui a eu elle-même le Covid dès le début de l’épidémie, rassure ses patients : l’état de la grande majorité d’entre eux s’améliore. Ainsi de Vladimir, 45 ans, superviseur musical. Ce père de trois enfants a eu un Covid fin novembre 2020, de la fièvre et une grosse toux. Une semaine plus tard, des ganglions apparaissent dans le cou. Début janvier, une grande fatigue « [l’]oblige à [se] reposer », avec de la fièvre tous les soirs. Aujourd’hui, les ganglions et la fièvre ont disparu. Subsiste la fatigue, mais il va mieux depuis qu’il a consulté à l’Hôtel-Dieu.

      Pour prendre en charge ces formes longues, la spécialiste a présidé un groupe d’experts de la HAS. Ensemble, ils ont élaboré un protocole pour donner des outils aux généralistes, qui doivent jouer une place centrale. La première consultation est longue, elle dure souvent jusqu’à une heure. Elle doit d’abord écarter une séquelle de la phase aiguë puis tout autre virus ou pathologie. D’autres facteurs peuvent aussi jouer, comme le déconditionnement physique avant la maladie, d’autres comorbidités ou des séquelles psychologiques. « Certains patients décompensent une maladie à la suite du Covid, et il faut faire attention à ne pas passer à côté d’une nouvelle pathologie », explique le professeur Renaud Tamisier, pneumologue au CHU de Grenoble. Ainsi, sur la cohorte de 248 patients qu’il suit, la moitié avaient un syndrome d’apnée du sommeil qu’ils ignoraient. Une évaluation psychologique est souvent nécessaire afin de détecter une anxiété, une dépression… Certains peuvent présenter ce qui s’apparente à un trouble de stress post-traumatique.

      Rééducation par le sport

      Une grande partie de cette prise en charge consiste en des traitements symptomatiques (aspirine, anti-inflammatoires…) et de la rééducation respiratoire ou olfactive. « On apprend aux patients à s’autogérer, à trouver eux-mêmes leurs limites, on propose un programme de réhabilitation progressive, souvent par le sport », résume la professeure Salmon-Ceron. C’est du cas par cas.

      Céline, elle, n’a que partiellement retrouvé l’odorat et a toujours de fausses odeurs (parosmies), nauséabondes, un an après avoir été infectée. Elle s’en souvient. C’était le 21 mars 2020, pendant le premier confinement. Soudain, elle n’a plus rien senti, ni la cigarette – elle a arrêté depuis –, ni le parfum, ni même ses huiles essentielles les plus fortes. Elle ressent alors une fatigue intense. Au bout de trois semaines, elle allait un peu mieux. Mais voilà, aujourd’hui, « des assauts de fatigue [l’]obligent à aller dormir ». « J’ai quelque chose qui est éteint en moi, je me sens toujours embrumée », soupire cette professeure de français de 48 ans, allergique, qui n’a jamais arrêté son travail.

      Environ la moitié des personnes, majoritairement des femmes, souffrant de symptômes persistants présentaient un terrain allergique, et 13 % avaient un antécédent de pathologie auto-immune personnelle ou familiale, selon l’étude conduite par Dominique Salmon-Ceron. Nommé Persicor https://www.journalofinfection.com/article/S0163-4453(20)30762-3/pdf, ce travail s’est penché sur le cas de 113 patients, dont 9 avaient dû être hospitalisés, et a été publié dans la revue spécialisée Journal of Infection en décembre 2020. Le nombre de patients suivis s’élève désormais à 250. « Cette étude nous a permis d’affiner les tableaux cliniques et les diagnostics. Par exemple, l’essoufflement peut correspondre à une hyperréactivité bronchique, un syndrome d’hyperventilation ; les douleurs thoraciques sont parfois en rapport avec une péricardite, une myocardite ou une œsophagite, etc. », détaille la spécialiste.

      « Un peu de virus qui se réactive »

      « Cette proportion de personnes allergiques me fait pencher vers un possible dysfonctionnement de la réponse immunitaire, insuffisante pour éradiquer le virus. Ou alors le système immunitaire s’attaquerait à leur propre organisme », évoque-t-elle. Par ailleurs, de nombreux patients, curieusement, ne développent pas d’anticorps contre le virus malgré ces symptômes très parlants.

      Certains spécialistes indiquent que le vaccin, en générant des anticorps neutralisants, pourrait éliminer les traces persistantes du virus. Ainsi Dominique Salmon-Ceron propose-t-elle à ces patients de les vacciner, après avoir vérifié leur taux d’anticorps.

      « On a parfois l’impression qu’il reste un petit peu de virus qui se réactive », suggère aussi l’infectiologue. Ainsi pour Marie, alors que le test PCR classique est négatif fin juillet, le prélèvement réalisé plus tard près du bulbe olfactif, dans le cadre d’une recherche, révèle une charge virale persistante extrêmement élevée. « Le bulbe olfactif peut avoir été sévèrement lésé par l’inflammation lors de la phase aiguë, comme les neurones sensoriels dont la reconstitution n’est pas garantie – ce que l’on constate dans certains traumatismes crâniens, dont l’anosmie est une séquelle fréquente », explique le docteur De Broucker.

      Le virus peut aussi infecter directement des neurones, comme lors de la phase aiguë. C’est ce que montrent des résultats publiés en janvier dans Journal of Experimental Medicine https://rupress.org/jem/article/218/3/e20202135/211674/Neuroinvasion-of-SARS-CoV-2-in-human-and-mouse par des chercheurs de l’université de Yale (Etats-Unis), de l’Institut du cerveau (Sorbonne Université, Inserm, CNRS) et de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Mais « on n’a pas prouvé que la présence du virus dans les neurones pouvait être à l’origine de problèmes neurologiques à long terme », précise Nicolas Renier, chercheur à l’Institut du cerveau, qui a coordonné l’étude.

      Le virus peut aussi être résiduel dans les selles, des réservoirs cellulaires porteurs des récepteurs ACE2, la protéine nécessaire à l’entrée du virus SARS-CoV-2 dans les cellules de l’hôte.

      Plusieurs pistes

      Une étude d’Eric Guedj et de son équipe d’Aix-Marseille Université, qui a porté sur 35 cas de Covid longs, publiée fin janvier dans la revue spécialisée European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, révèle que ces patients se plaignant de « syndromes subjectifs » entre trois semaines et plusieurs mois après leur infection, présentent un hypométabolisme, c’est-à-dire une baisse d’activité, de certaines zones de leur cerveau.

      Autre piste, « il pourrait s’agir d’un dysfonctionnement passager du système nerveux autonome, ce système qui commande les organes fonctionnant indépendamment de la volonté, comme le cœur, la respiration ou la digestion, dont les modifications sont ressenties désagréablement. A ce jour, les bilans (IRM, électroencéphalogrammes, bilans neuropsychologiques) ne montrent pas de lésions structurelles. Il existe possiblement des anomalies cérébrales fonctionnelles, des zones moins activées lorsque le cerveau est au repos », décrypte le docteur De Broucker. La dimension psychologique peut favoriser la persistance des symptômes. « Ce n’est pas si simple d’identifier la cause de ces symptômes, de les différencier d’un trouble anxieux », admet le neurologue.

      Pour autant, il n’existe pas à ce stade de signature biochimique qui indiquerait que ces troubles sont dus à telle ou telle cause.

      « Nous sommes conscients que les patients vus à l’hôpital constituent le sommet d’un iceberg », insiste la professeure Salmon-Ceron. Des études de cohorte à grande échelle et à long terme sont nécessaires, notamment ambulatoires.

      Or, pour nombre d’associations de patients, le financement de la recherche n’est pas à la hauteur en France, alors que les National Institutes of Health américains vont investir un milliard de dollars sur quatre ans pour enquêter sur le Covid long et que l’Institut national de recherche en santé du Royaume-Uni va investir près de 20 millions de livres.

      « Le Covid long, quelle que soit sa cause, a un énorme impact sur la vie des gens, sur le plan professionnel, ce qui les rend très anxieux pour le futur, et sur le plan familial – certains ne peuvent plus s’occuper de leurs enfants comme avant. C’est ce qui ressort de la cohorte ComPaRe », rappelle Viet-Thi Tran. Inquiets de la prise en charge, de nombreux patients sont en errance thérapeutique, ne savent pas à qui s’adresser. Les délais atteignent plusieurs mois pour les consultations spécialisées. Pour le conseil scientifique, « les associations de patients atteints de Covid long doivent être reconnues et impliquées non seulement dans la caractérisation de ce syndrome mais aussi dans la prise en charge des patients ».

      #Compare (APHP) https://compare.aphp.fr"communauté de patients pour la recherche

    • A Marseille, des pistes thérapeutiques pour les Covid longs, 18 février 2021
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/18/a-marseille-des-pistes-therapeutiques-pour-les-covid-longs_6070353_3244.html

      Une étude de l’AP-HM lie les symptômes persistants des cas de Covid longs à des baisses d’activité du cerveau. Des anomalies fonctionnelles qui ouvrent la porte à des stratégies de traitement comme la rééducation olfactive.

      La madeleine de Proust va-t-elle aider à éclaircir le mystère des effets à long terme de certains cas de Covid-19 ? Ces nombreux patients qui se plaignent, plusieurs mois après une guérison apparente, de perte d’odorat, de fatigue persistante, de troubles du sommeil et de la mémoire, d’essoufflement, de maux de tête, de douleurs articulaires, et même de vertiges et de pertes d’équilibre.

      Chef du service de médecine nucléaire des Hôpitaux universitaires de Marseille (AP-HM), le professeur Eric Guedj formule l’image délicatement : « Le Covid long affecte le même réseau cérébral que la madeleine décrite par Proust : l’odeur d’abord, puis rapidement le goût, le souvenir et la mémoire, les émotions, le cœur qui s’accélère et le souffle qui est coupé. »

      Au-delà de l’analogie poétique, Eric Guedj et son équipe de recherche d’Aix-Marseille Université – ils travaillent en lien avec l’IHU Méditerranée Infection dirigée par le professeur Raoult –, s’appuient sur l’étude qu’ils ont menée du 18 mai au 30 septembre 2020 sur trente-cinq cas de Covid longs. Ces travaux, publiés à la fin janvier dans la revue spécialisée European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging, révèlent que ces patients se plaignant de « syndromes subjectifs » entre trois semaines et plusieurs mois après leur infection, présentent un hypométabolisme, c’est-à-dire une baisse d’activité, de certaines zones de leur cerveau.

      Les patients étudiés, d’une moyenne d’âge de 55 ans, ne présentent pas de lésions à l’IRM ou au scanner pouvant expliquer leurs symptômes. Les cas d’AVC, d’hémorragie cérébrale ou d’encéphalite ont été, au préalable, écartés. De même que les patients présentant des antécédents de troubles psychiatriques ou neurologiques.

      « En mesurant la consommation de glucose du cerveau par des examens de PET-scan et en comparant les images obtenues à un groupe témoin de quarante-quatre sujets sains, nous avons mis au jour une diminution évidente et répétitive du métabolisme dans des régions cérébrales extrêmement spécifiques. Des zones qui n’ont rien à voir avec celles que l’on trouve dans les profils hypométaboliques connus, comme ceux de la dépression ou du stress post-traumatique » , détaille, dans son bureau de l’hôpital de la Timone, le professeur Guedj.

      Une réalité cérébrale

      Chez ces Covid longs, la baisse d’activité touche d’abord les bulbes olfactifs puis, avec des intensités différentes, les nombreuses zones cérébrales auxquelles ces « postes avancés » sont reliés. Les régions limbiques, impliquées dans la mémoire et les émotions, mais aussi le tronc cérébral, situé plus en arrière, qui règle les comportements autonomes comme la respiration, le sommeil ou la fréquence cardiaque. Et enfin le cervelet, lié à l’équilibre et à la motricité. Selon l’étude, les patients jeunes seraient également plus fréquemment atteints, avec un hypométabolisme plus marqué lorsque « les syndromes post-Covid durent ».

      Eric Guedj formule l’hypothèse d’un mode localisé de progression du virus ou de l’inflammation au travers des bulbes olfactifs – une « porte d’entrée vers le cerveau » –, et s’interroge sur la possibilité d’une infection qui persisterait, sans pouvoir être repérée par les tests externes. « On connaît, par la littérature scientifique, le neurotropisme des coronavirus. Des complications cérébrales, dues à des progressions le long des synapses [zone assurant la transmission des informations d’un neurone à l’autre] », rappelle le chercheur marseillais, qui remarque que les trois patients ayant eu initialement recours à des irrigations nasales étaient moins impactés.
      « Mais on ne peut écarter la possibilité que la baisse d’activité des régions connectées au bulbe olfactif puisse être causée par le dysfonctionnement de ce nœud très important du cerveau », relativise-t-il. Comme un accident qui perturberait les accès autoroutiers à des kilomètres à la ronde.

      En donnant une réalité cérébrale aux maux ressentis dans certains cas de Covid longs, l’équipe du professeur Guedj ouvre de nouvelles pistes de traitement. « Faire le constat d’une anomalie métabolique fonctionnelle en l’absence de lésion a un côté positif et rassurant, reconnaît le chercheur marseillais. Cela permet d’élaborer des stratégies thérapeutiques comme des stimulations physiques, sensorielles ou mentales, des rééducations pour réanimer les zones concernées. »

      Des œnologues « perdus »

      L’image de la madeleine de Proust, Emmanuelle Albert l’adopte également. A quelques centaines de mètres de la Timone, c’est dans le service ORL du professeur Justin Michel, à l’hôpital de la Conception, que cette orthophoniste tient, chaque vendredi, ses consultations de rééducation olfactive. Soit la dernière étape du parcours coordonné, proposé depuis décembre 2020 par l’AP-HM aux patients atteints d’un Covid long et frappés d’anosmie, la perte d’odorat. Une expérience thérapeutique menée en dialogue avec le service du professeur Guedj et l’IHU.
      « Pour des personnes qui utilisent leur odorat dans la vie professionnelle, cela peut être très anxiogène » Yoran Marchi, interne à l’hôpital de la Conception

      « Une odeur fait appel à des émotions, des souvenirs. Il faut aider les patients à la réassocier aux éléments engrammés [gravés] quelque part dans leur mémoire », détaille, en explication de sa méthode, Emmanuelle Albert. Face à elle, Jean-Noël, maçon de 33 ans, est assis. En mars 2020, ce solide Marseillais a perdu goût et odeur avant même d’être testé positif au Covid-19. L’épisode de la maladie a été léger – « quelques courbatures, une petite fatigue et une narine bouchée » – mais lui a laissé, « pendant six mois », une anosmie sévère.

      Avant d’arriver dans le petit bureau d’Emmanuelle Albert, il a enchaîné les tests : PET-scan et IRM, olfactométrie, dont le résultat permettra de mesurer ses progrès dans les trois mois à venir, consultation avec un des rhinologistes du service… « Un bilan complet qui permet de déterminer les zones atteintes : fosses nasales, bulbes ou cerveau », détaille le professeur Justin Michel.

      En début de parcours, un bilan psychologique permet aussi d’estimer le retentissement de l’anosmie en termes de qualité de vie. « Pour des personnes qui utilisent leur odorat dans la vie professionnelle, cela peut être très anxiogène », glisse Yoran Marchi, l’interne qui pilote cette phase, en citant le cas de deux œnologues intégrés à la rééducation et « complètement perdus ». Saki, étudiante de 26 ans venue suivre le programme ce vendredi 12 février, confirme que la situation la rend « très irritable ». « Je ne sens plus mon haleine, mon odeur corporelle… Alors, je m’écarte des autres. Et quand je mange, j’ai l’impression d’avoir du carton dans la bouche », souffle-t-elle.

      Flairage et souvenirs

      Jean-Noël, lui, affirme que cela ne le perturbe plus. Seule sa perception des odeurs fortes, comme l’essence, l’inquiète encore. « Et je ne mets plus mon parfum. J’ai l’impression qu’il a changé, concède-t-il. J’ai eu peur que mon odorat ne revienne jamais, mais aujourd’hui je l’ai récupéré à 80 %. »
      Pourtant, quand Emmanuelle Albert lui présente un arôme sur une bandelette de papier, c’est le trou noir. Il hume mais n’identifie pas l’odeur de noix de coco qui embaume la pièce. « Je connais, mais je ne trouve pas le nom. Un biscuit au beurre ? », tente-t-il. Pour la lavande et l’ail, ce seront les mêmes doutes. Seule la banane est reconnue, après quelques secondes d’hésitation. A chaque « flairage », l’orthophoniste tente de faire surgir des souvenirs.

      Elle évoque les petits paquets de lavande dans les placards des grands-mères, l’ail des plats provençaux, la noix de coco des produits cosmétiques… Invite le patient à visualiser un citron et imaginer le goût et l’odeur de son jus, puis, autre exercice, fait travailler la « rétro-olfaction » par l’arrière de la bouche, avec une pastille d’eucalyptus. « Vous devez essayer de faire la même chose à la maison, une ou deux fois par semaine », préconise-t-elle.

      Dans les cas d’anosmie post-grippale ou consécutive à un trauma crânien, les taux de réussite de la rééducation olfactive étaient jusqu’alors estimés à 30 %, entre six mois et un an plus tard. Mais avec l’arrivée importante de patients post-Covid, la technique pourrait trouver matière à progrès. Dans le service du professeur Justin Michel, les premiers bilans seront tirés dans trois mois.

    • Des troubles psychiatriques liés au Covid-19 à ne pas négliger
      https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/03/22/des-troubles-psychiatriques-lies-au-covid-19-a-ne-pas-negliger_6074071_16506

      Plus que l’impact spectaculaire de l’apparition de troubles psychotiques chez quelques personnes ayant contracté le Covid-19, l’anxiété, la dépression, les troubles de stress post-traumatique ou cognitifs, persistant après une infection, sont à ne pas minimiser.

      Une mère de famille se présente chez son médecin. Elle a 42 ans, quatre enfants et est plutôt de type alerte. Elle n’a jamais eu de problèmes psychiatriques. Cependant, cette Américaine a tout à coup entendu une voix intérieure qui lui disait de tuer ses enfants puis de se suicider. Ces symptômes psychotiques sont curieusement apparus à l’été 2020 chez cette femme qui avait contracté le virus du Covid-19 au printemps, sous une forme très modérée et sans hospitalisation aucune.
      C’est le New York Times qui relate ce cas dans ses colonnes fin décembre 2020 https://www.nytimes.com/2020/12/28/health/covid-psychosis-mental.html?campaign_id=9&emc=edit_nn_20201229&instance_id= . D’autres manifestations sont relayées par les réseaux sociaux. « Des “cas uniques” de ce type ont été décrits dans la littérature scientifique. Pour l’heure, aucune publication ne fait état d’un très grand nombre de cas », rassure la professeure Marion Leboyer, directrice médicale du département médico-universitaire de psychiatrie et addictologie de l’université Paris-Est-Créteil. D’autres psychiatres témoignent de l’apparition de cas isolés de psychoses, sans que l’on puisse pour l’instant faire le lien de manière évidente avec le Covid-19.

      « On peut toujours trouver des rapports de cas de déclenchement d’épisodes psychotiques à peu près après n’importe quel événement touchant le cerveau, mais cela n’a pas été démontré dans les bases nationales », confirme le docteur Guillaume Fond, responsable du Centre expert schizophrénie et dépression résistante, aux hôpitaux universitaires de Marseille. « Cliniquement, on a eu quelques suspicions de troubles psychiatriques secondaires au SARS-CoV-2, mais c’est souvent difficile de faire la part entre un effet neurotoxique direct du virus, un effet indésirable de certains traitements utilisés dans le cadre de l’infection ou un effet lié au contexte plutôt qu’au virus – stress lié au confinement par exemple », indique le professeur Sébastien Guillaume, psychiatre au CHU de Montpellier.

      Moins spectaculaire mais plus fréquent

      Si l’apparition de troubles psychotiques attire l’attention du public, Marion Leboyer rappelle qu’une augmentation des affections psychiatriques moins spectaculaires (troubles anxieux, insomnie, dépression, stress post-traumatique, troubles obsessionnels compulsifs) est très souvent observée à moyen terme chez des patients infectés par le Covid-19, même avec des formes bénignes.

      Une étude italienne publiée en octobre 2020 dans Brain, Behavior and Immunity https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0889159120316068 portant sur 402 patients ayant souffer du Covid (hospitalisés ou non) rapporte que 54 % présentaient, un mois après la sortie de l’hôpital ou du service d’urgence, au moins un trouble psychiatrique. « Après trois semaines de traitement, je guérissais du Covid, à la maison. Je n’avais pas de fièvre et juste un peu de toux. Mais parfois, la nuit, mon souffle pouvait disparaître tout d’un coup, me donnant l’impression que j’allais mourir, lit-on dans le rapport de suivi d’un patient italien, mentionné dans l’étude. Je savais ce que c’était parce que j’avais souffert de crises de panique dans le passé. Je restais sur le balcon pendant des heures, essayant de mettre de l’air frais dans mes poumons. C’était terrible. La panique m’a fait plus souffrir que le Covid. »

      La relation entre les maladies virales et les troubles anxieux est connue. Réalisée à partir d’études sur les précédentes épidémies dues à des coronavirus (SARS- CoV-1 en Asie en 2002, ou MERS-CoV au Moyen-Orient après 2012), une méta-analyse publiée dans le Lancet en juillet 2020 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32437679 montre une augmentation considérable de la prévalence des troubles de stress post-traumatique (+ 32,2 %), des troubles anxieux (+ 14,9 %) et dépressifs (+ 14,8 %) chez les survivants des infections à coronavirus. « Face à ces symptômes neurologiques, on recherche généralement une cause somatique, comme un déséquilibre ionique par exemple. Aussi, les processus inflammatoires comme déclencheurs de troubles psychiatriques sont connus, confirme la professeure Delphine Capdevielle, responsable du pôle de psychiatrie adulte au CHU de Montpellier. L’anxiété également peut engendrer des troubles cognitifs. On est à la frontière entre ces spécialités médicales, qui travaillent ensemble pour mieux comprendre ces phénomènes, les anticiper et les traiter. »

      Les femmes plus touchées

      23 % des patients infectés par le SARS-CoV-2 (et notamment des femmes) souffrent de dépression ou d’anxiété six mois après leur sortie de l’hôpital, révèle une étude en Chine, qui a livré ses conclusions le 8 janvier dans le Lancet https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)32656-8/fulltext . Ce travail repose sur le suivi d’une cohorte de 1733 patients hospitalisés. Plus qu’aux troubles psychotiques, finalement très rares, une attention particulière doit être portée aux troubles psychiatriques secondaires du Covid-19, quel que soit le niveau de sévérité de l’infection. Ce que corrobore l’étude italienne, qui alerte notamment sur le fait que, « malgré des niveaux significativement plus faibles de marqueurs inflammatoires de base, les femmes souffrent davantage d’anxiété et de dépression ».

      Enfin, les résultats de cette puissante étude rétrospective américaine publiés dans le Lancet en novembre 2020 https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(20)30462-4/fulltext confortent la nécessaire attention à accorder aux convalescents du Covid-19. Cette étude porte sur la santé mentale de 62 354 cas de patients atteints par le nouveau coronavirus, non hospitalisés et non passés par les urgences. Elle met en évidence une augmentation du risque de développer une maladie psychiatrique avec une incidence de 18,1 % après une période de 14 à 90 jours suivant l’infection, dont 5,8 % chez des personnes n’ayant aucun antécédent. « L’infection par le Covid-19 favoriserait l’émergence ou l’aggravation de troubles psychiatriques (troubles anxieux et dépressifs, syndromes de stress post-traumatique, troubles cognitifs) », rappelle ainsi un avis du conseil scientifique du 11 mars. https://www.datapressepremium.com/rmdiff/2009019/avisconseilscientifique11mars2021.pdf

      Essoufflement, fatigue, perte de goût… les personnes infectées évoquent spontanément des symptômes physiques qui persistent après leur guérison. C’est moins souvent le cas pour leurs symptômes psychologiques. « Ce comportement représente un danger de santé publique car, non traités, ces états peuvent conduire à la dépression, ou à des formes de déprime chroniques, tout aussi invalidantes pour les personnes », réitère Marion Leboyer. C’est justement ce qui inquiète la communauté des psychiatres. Ils ont nommé cela la « quatrième vague » du Covid et rappellent que les troubles anxieux, ceux du sommeil et le stress post-traumatique doivent être déclarés au médecin traitant.

      #covid-19 #psychiatrie

    • Covid-19 : après leur hospitalisation, trois patients sur quatre présenteraient des symptômes durables, selon une étude chinoise, 9 janvier 2021

      https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/09/covid-19-fatigue-faiblesse-musculaire-atteintes-renales-ou-pulmonaires-trois

      « The Lancet » a publié samedi une étude portant sur une cohorte de plus de 1 700 patients chinois hospitalisés au printemps 2020, qui montre que 76 % d’entre eux souffraient encore, six mois plus tard, d’au moins un symptôme.

      Nombreuses sont les personnes infectées par le SARS-CoV-2, hospitalisées ou non, qui souffrent de divers troubles, des semaines, voire des mois après l’infection. Une étude publiée samedi 9 janvier dans The Lancet offre un aperçu de l’ampleur de ce phénomène préoccupant, parfois qualifié de « Covid long ». Les chercheurs chinois qui l’ont conduite se sont penchés sur le devenir de 1 733 patients (52 % d’hommes de 57 ans d’âge médian), avec un Covid-19 confirmé, hospitalisés à l’hôpital Jinyintan à Wuhan (Chine) entre le 7 janvier et le 29 mai 2020.

      Six mois après l’apparition des symptômes, 76 % des patients sortis de l’hôpital ont déclaré présenter encore au moins un symptôme, les femmes étant plus touchées. Les plus fréquents étaient la fatigue ou une faiblesse musculaire (63 %) et les troubles du sommeil (26 %). Près d’un sur quatre (23 %) a dit être anxieux ou souffrir de dépression durant cette période. En outre, les patients plus gravement malades présentaient plus souvent une altération de la fonction pulmonaire six mois après l’apparition des symptômes. Des dysfonctionnements rénaux persistants ont également été observés, qui n’avaient parfois pas été détectés lors de l’hospitalisation. Les patients les plus gravement touchés ont aussi obtenu de moins bons résultats lors d’un test de marche de six minutes, environ un quart d’entre eux n’atteignait pas la limite inférieure de la distance normale.

      Ce travail a aussi porté sur 94 patients dont les taux d’anticorps sanguins ont été enregistrés au plus fort de l’infection. Six mois après, ce niveau d’anticorps neutralisants contre le virus avait chuté de plus de la moitié.

      Manifestations tardives

      Ces travaux constituent selon les auteurs la plus grande étude de cohorte de patients hospitalisés. Ils apportent toutefois quelques bémols quant à la portée de ces chiffres : « Il est nécessaire de disposer d’un échantillon plus large pour mieux étudier ces séquelles et pour mesurer le taux d’anticorps pour le SARS-CoV-2 », précisent-ils. Surtout, l’état de santé général des patients avant l’infection n’était pas forcément précisément connu, rappellent-ils, ce qui complique l’interprétation de certains examens physiologiques ou cliniques menés après celle-ci.

      « Cette étude est intéressante », estime cependant la professeure Dominique Salmon, infectiologue à l’Hôtel-Dieu (AP-HP), à Paris, qui a ouvert une consultation consacrée à ces formes longues, même s’il n’est « pas si simple de dire si ce sont des symptômes liés au Covid lui-même ou à une hospitalisation prolongée ou à d’autres facteurs ».

      « Ce pourcentage de 76 % de cette cohorte hospitalière ayant des symptômes est élevé, mais cela correspond cependant à ce que l’on observe en pratique pour les patients hospitalisés qui ont encore des séquelles, ce qui montre que le Covid n’est pas une maladie qui guérit très vite ni facilement », poursuit la professeure Salmon. Elle note en outre qu’une petite partie seulement de la cohorte chinoise (4 %) avait dû passer par un service de réanimation – ce qui implique que, même en dehors de formes les plus graves de la maladie, la proportion de symptômes durables est élevée.

      Des symptômes persistent également chez des personnes souffrant initialement d’une forme légère de la maladie, qui n’ont pas été hospitalisées. Difficile de savoir quelle est la prévalence de ces Covid longs, syndrome reconnu en août par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), défini par l’ensemble des manifestations tardives survenant après une infection par SARS-CoV-2.

      Fatigue prolongée

      Selon la professeure Salmon, s’agissant des patients infectés n’ayant pas été hospitalisés, de 30 % à 40 % présentent des symptômes qui persistent, qui réapparaissent parfois après un délai. Elle-même a coordonné une étude, publiée dans The Journal of Infection début décembre 2020, auprès de 70 patients, dont 78 % étaient des femmes, de 45 ans d’âge médian, et dont la moitié pratiquaient un sport régulièrement.
      Les symptômes les plus fréquents sont la fatigue prolongée, les troubles cognitifs, les signes cardio-thoraciques, puis dans une moindre mesure la perte d’odorat, les signes digestifs et les douleurs, détaille l’étude, dont les limites sont liées au faible échantillon. Viennent ensuite d’autres signes plus rares : modifications du goût, éruptions cutanées, perte de cheveux…

      Une étude réalisée par une équipe de l’université de Genève publiée début décembre 2020 dans le journal Annals of Internal Medicine, qui a suivi 669 personnes, montre que six semaines après le diagnostic 33 % présentaient encore un ou plusieurs symptômes du Covid-19.

      Plusieurs questions sans réponse

      D’autres facteurs sont à prendre en compte, comme le mentionne un article des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains. « Outre la maladie aiguë, d’autres facteurs peuvent compliquer davantage le tableau clinique, notamment le déconditionnement physique au départ ou après une longue période de la maladie, des comorbidités antérieures au Covid-19 et/ou des séquelles psychologiques. »

      Plusieurs questions restent sans réponse : est-ce que le virus persiste dans l’organisme au niveau des sites usuels (le rhino-pharynx, le tube digestif), ou à d’autres endroits ? Ces symptômes persistants sont-ils la résultante d’une réponse immunitaire excessive, peut-être liée à un terrain génétique particulier, déjà décrite dans d’autres syndromes postinfectieux, ou encore un syndrome de fatigue chronique, se demande la professeure Salmon.

      En France, plusieurs études sont en cours, notamment Cocolate (pour Coordination sur le Covid tardif), coordonnée par Olivier Robineau, sur un millier de patients dans une vingtaine d’hôpitaux.

      Lire aussi « J’ai l’impression d’avoir avalé un kilo de cannabis » : journaux intimes de patients Covid-19

      Une autre étude menée par questionnaire auprès de 600 participants à la Communauté de patients pour la recherche de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (ComPaRe) [45 889 inscrits pour l’ensemble des maladies chroniques au 21/3/2021, ndc] a permis d’identifier une cinquantaine de manifestations de ces formes longues. Elle se poursuit. D’autres travaux sont en cours afin de mieux cerner ces séquelles. Des recommandations sont également à l’étude à la Haute Autorité de santé, pour aider les médecins généralistes à mieux prendre en charge ces patients au long cours.

  • Je Suis Asperger. Parfois c’est Génial. Parfois c’est Horrible.

    https://www.youtube.com/watch?v=7wSvOyjiX_0

    Oui, j’aurai préféré poster une vidéo d’une femme asperger, parce que les femmes asperger sont invisibilisées mais je l’ai trouvé très clair au point que ça fait plaisir de la partager.

    Ça m’a rappelé un moment dur de ma vie professionnelle. Entrée depuis quelques semaines dans une grosse boite, personne ne m’avait encore invité à partager un repas commun. Le jour arrive et je me retrouve au centre d’une tablée, tout le monde se parle et se connait et je stresse. Alors, pour me donner une contenance, j’attrape la carafe et je me sers un verre d’eau. Erreur énorme. Il aurait fallut que je demande qui voulait de l’eau. Lorsque le vin arrive, le mec en face de moi me dit que je suis trop égoïste pour qu’il me serve et je reste le verre vide. Le lendemain, le même me croise dans un couloir et s’excuse, au lieu de lui répondre (encore une erreur sur ce qu’il aurait fallut faire) que ça m’a affecté je le rassure et lui dit que ce n’est pas grave. Je n’ai jamais été réinvité et je mangeais seule à tout les repas. L’ambiance dans la boite était pourrie, certes, mais je n’ai eu comme solution que de partir.
    Tout ça pour un verre d’eau.
    (Et je n’ai pas passé les tests vu que ce parcours est bloqué par les instances médicales et l’Etat français.)

    #normalité
    #Asperger

  • La psychiatrie en temps de Covid

    « Enfermer, attacher, injecter, comprimer, détourner, délaisser… »
    Par Sandrine Deloche

    paru dans lundimatin, le 8 mars 2021

    https://lundi.am/La-psychiatrie-en-temps-de-Covid

    Dans cette tribune à la Zola, Sandrine Deloche, médecin pédopsychiatre, exerçant dans le secteur public, nous dresse un tableau chaotique de ce qu’est devenue la psychiatrie en général et celle qui est censée soigner les enfants et les adolescents, en particulier. La covid-19 est un révélateur supplémentaire de l’uberisation de la médecine qui soigne les esprits. Les chèques psy en bois, octroyés par un gouvernement inconséquent sont symptomatiques d’échecs redondants livrant à elle-même toute une génération sacrifiée.
    Face à ce délitement programmé du soin psychique, les praticiens en sont réduits à tenter de préserver des fondamentaux non-négociables.

    Psychiatre pour enfants et adolescents exerçant dans le service public,
    J’accuse le silence des uns et l’inaction des autres.
    J’accuse les pouvoirs publics de regarder, par-dessus l’épaule, la pédopsychiatrie prendre la vague de face, sachant son état défaillant et à l’abandon.
    J’accuse les politiques de garder le petit doigt sur la couture et le regard à l’horizon, ignorant le désastre annoncé par les professionnels en colère, voici des mois voire des années.
    J’accuse de faire vivre aux enfants, aux familles et aux soignants l’impensable, l’intenable.
    Des mois d’attente avant d’être reçu en première consultation pour les uns, des semaines de lutte avant d’obtenir une hospitalisation urgente pour les autres. Des soignants débordés, le cœur chaviré, craquent. Des services saturés de demandes ou désertés par le personnel finissent par se détourner de leurs missions. Tous rognent sur l’éthique du soin, l’hospitalité comme bien commun, comme égalité des chances de notre socle social.
    Enfermer, attacher, injecter, comprimer, détourner, délaisser…Aujourd’hui, une tension extrême règne en psychiatrie. Dans ces lieux de soins, on peut y subir toute forme de violence. Saurions-nous la repérer, la dénoncer ? Devrions-nous assumer de l’endosser ou de la faire subir ? Contenir la violence fait partie du métier, de son quotidien ; cependant les mauvaises conditions actuelles d’exercice fragilisent justement sa contenance, et à contrario favorise son émergence.
    De cette violence partagée, j’accuse d’en être partie prenante malgré moi, sans que rien ne soit fait en face.
    De cette interminable crise politiquement désignée de sanitaire, la 3e vague est bien là. Honteux et bouche cousue, on aurait un peu de mal à la désigner haut et fort de « psy », touchant de plein fouet toute une part de la jeunesse. Une génération au milieu du guet, se débattant avec une conflictualité existentielle et politique inédite. Quels moyens réels, au-delà des effets d’annonce, mettons-nous à sa disposition ? À quelle responsabilité collective, ses maux nous renvoient-ils ? Les chèques « psy » (l’échec psy ?), les plates-formes d’écoute, les-dix-séances-chez-le-psy-remboursées sont des réponses low-cost et insultantes tant pour les patients que pour les praticiens. C’est le déni même de la complexité humaine et ses brisures reléguées à une opération de réparation garagiste fissa et bon marché.

    En psy aussi, la mort rôde et il n’est pas rare de devoir faire face au risque vital et d’être à une heure près pour sauver quelqu’un.
    En psy aussi, on a besoin d’un collectif de soignants pour assurer la réanimation psychique des plus fragiles.
    En psy aussi, on a besoin de temps incompressibles pour guérir, de lieux d’accueil, de lits d’hospitalisation et non de leur fermeture.
    En psy aussi, on a besoin de savoir-faire ultra-complexes, donc coûteux, pour prendre en charge les cas les plus lourds. La technique ne se situe pas dans la machinerie substitutive des corps. Face à la souffrance de l’esprit, ce sont de branchements humains qu’il s’agit de déployer. Un agencement au millimètre afin de fabriquer une fonction de soutien, de rebond, de protection et non de serrage, d’enfermement ou de bâillon.
    En équipe, pour chaque situation rencontrée, il faut inventer du corps clinique, du sens critique, du partage d’expériences, de la contenance plurielle. Cette vitalité constitue une enveloppe malléable permettant d’accueillir avec soin ce qui nous vient. Se tenir à l’écoute, élaborer ensemble une action thérapeutique unique et s’engager sur la durée.
    Le coût de cette réanimation se compte surtout en moyens humains et en temps. Des valeurs sûres, si, articulées à l’engagement, à la formation, à la recherche, aux sciences humaines, elles fondent une position politique du soin.
    Il est peut-être là l’engagement, dans ce qui n’est pas négociable s’agissant de l’exercice du soin psychique, réanimation comprise.
    Premier point non négociable c’est la préservation de la fonction symbolique du langage.
    Le langage est notre instrument, notre mesure. L’objet partagé et partageable afin d’y voir plus clair et se comprendre. C’est la condition d’altérité indispensable à la rencontre thérapeutique.
    Depuis plusieurs années, les « psy » doivent faire face à sa déconstruction. En première ligne, la gente technocratique y contribue largement. Elle cisaille la manière commune de se comprendre et installe méthodiquement une langue machine qui dit, en général, tout le contraire de ce qu’elle exprime. Il s’agit maniement de cette novlangue au-delà des sphères politiques et managériales.
    Depuis 2005, la loi sur le handicap pose l’obligation d’intégrer en milieu scolaire tout enfant relevant d’une situation de handicap. S’est ouvert alors un champ large à cette langue machine, véhiculant en fait la stigmatisation des enfants différents. La souffrance psychique est rabattue du côté du handicap, donc à une fixité d’état. Imperceptiblement en sous-main, il s’agit aussi de changer les pratiques de soin, de faire la peau à la psychanalyse, de fermer des structures d’accueil pour toujours plus d’inclusion. Entendre donc l’envers du propos, plus d’exclusion d’enfants qui ne répondraient pas à la norme.
    Le « virage inclusif », une exemplarité en la matière, n’est pas un tournant qualitatif innovant comme on voudrait nous le faire croire, mais une entreprise d’exclusion des plus fragiles, droite ligne vers une des visions les plus rétrogrades du soin porté aux enfants les plus malades. Car pour parler vrai il s’agit de fermer des instituions sanitaires ou médico-éducatives assurant l’accueil de jour ou de semaine de plusieurs milliers d’enfants qui vont se retrouver dans leur famille avec un « panier de soins », plutôt percé que plein, compte tenu de l’expansion de prises en charge en libéral, exposant les plus démunis à rester au bord de la route.
    Si le doute vous tenaille encore, plongez-vous dans le document officiel du Ségur de la santé, vous y trouverez le maniement de la novlangue et ses gribouillis sur une centaine de pages, témoin du mépris et de la mascarade du moment. Il est emblématique de la pollution langagière exercée sur les institutions publiques telle l’éducation, la justice, la santé. Bien commun républicain faisant là aussi nouage d’un peuple s’il est porté à hauteur de sa valeur symbolique, sans perversion aucune.

    Deuxième point non négociable est la préservation symbolique de la loi et ses interdits fondamentaux, l’inceste, le meurtre et le cannibalisme, fondement des sociétés humaines.
    Là aussi, l’ouvrage craque dans les grandes largeurs. Nous l’entendons chaque jour au travers les maux et les mots que les enfants viennent dire. Le corps d’abord. Il est agité, mais surtout excité, exhibé, médiatisé, convoité, offert plus qu’incarné à la jungle numérique et autres dérives prédatrices. En contrepoint, les conduites alimentaires extrêmes ou anarchiques, les tentatives d’inscription dans la chair tels les scarifications, les brulures, les tatouages, le sexe sale viendraient faire bord et limite sensorielle afin de tenter de circonscrire le désordre de ce corps éparpillé, surexposé, hors de lui.

    La fonction symbolique de la loi est fragilisée également par la perversion exercée sur le langage et le sens des mots. Le numérique, aussi, cédant à toute sorte de commerces, de convoitises, de conditionnement voire d’addiction à l’immédiateté, soustrait l’individu au travail psychique que nécessite l’intériorisation de la loi et ses interdits. En théorie, cette intériorisation, chez l’enfant passe par un stade de renoncement. Celui de ses pulsions premières, de ses désirs œdipiens. Il doit leur trouver un destin ajusté au principe de réalité, interdits compris. Il s’agit là d’un travail psychique hautement structurant car inventif et s’appuyant sur la fonction symbolique du langage, lui permettant plus tard de penser par soi-même, d’exercer sa capacité de jugement au contact du monde adulte, de son état, et de l’usage que les grands font de la parole.

    La pédopsychiatrie, celle qui se réfère à la psychanalyse, préserve un espace de parole où s’exerce la capacité de penser par soi-même. Parler, penser son monde interne soutient le souci de soi, non pas exploitable par le système mais constructif, afin d’acquérir une liberté d’action la moins bancale, la plus harmonieuse. Ceci demande du temps, un temps horloger pas toujours conforme aux diktats neuro-scientistes normatifs très répandus dans les ministères. Pas toujours raccord non plus avec les technostructures qui enserrent le soin, citons les M.D.P.H [1] et leurs lois. Sésames devenus obligatoires, elles gèrent non seulement les orientations de soins pour les enfants en situation de handicap, mais aussi elles imposent leurs décisions aux structures d’accueil. Elles usent et abusent d’une temporalité mécaniciste, réduisant la chose qui nous occupe à de la paperasse en pagaille. Dans l’univers kafkaïen, cadre législatif compris, de ces « maisons », un détail ne gène personne : l’orientations thérapeutique est actée sans jamais rencontrer le patient. Chaque situation se résume à un dossier à trier, à coter, à orienter, à classer. « Au suivant ! », annonçant le règne des plates-formes de tri des enfants à problèmes.

    Troisième et dernier point non négociable est la préservation des libertés individuelles pour chacun, patient comme praticien. Ces temps derniers, un air saturé de servitude volontaire d’une part quant aux comptes que nous aurions, nous soignants, à rendre au nom du tout sécuritaire, et d’autre part de la réduction des libertés fondamentales pour certains patients « sensibles » comme pour des soignants trop expansifs, hors des murs hospitaliers, me fait me boucher le nez. Sans parler du très récent fichier national de « personnes ayant des activités susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique et à la sureté de l’État » en y introduisant les « données de santé révélant une dangerosité particulière ». Au prix d’une infantilisation outrancière des « psy » s’agissant de protocoles et de bonnes pratiques, la très Haute Autorité de la Santé et les Agences Régionales de Santé dictent aux soignants ce qu’ils doivent faire ou surtout ne pas faire. Une organisation hors sol qui a largement déraillé à partir du 16 mars 2020, nous donnant l’ordre de ne plus recevoir les enfants malades dans les lieux de soins et démasquant au passage leur incompétence bouffonne. Comment admettre une telle ineptie ! Comme si on pouvait se passer des soins psychiques délivrés pour certains, chaque jour durant, pour pouvoir vivre.
    J’accuse cette injonction passée sous silence qui a privé des enfants de soins des mois durant dans l’indifférence générale du printemps balcons et casseroles 2020.

    Sandrine Deloche, médecin pédopsychiatre. Membre du collectif des 39 et du Printemps de la psychiatrie. 28 février 2021

    [1] MDPH : Maison départementale des personnes en situation de handicap. Issu de la loi de 2005.

    #psychiatrie #pédopsychiatrie #j'accuse

  • « Il faut donner à la psychiatrie les moyens ambulatoires et hospitaliers qui lui ont été soustraits lors de la fermeture de 70 000 lits »- Collectif inter-hôpitaux (CIH)
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/08/il-faut-donner-a-la-psychiatrie-les-moyens-ambulatoires-et-hospitaliers-qui-

    Psychiatres, infirmiers, psychologues, membres du Collectif inter-hôpitaux, nous souhaitons alerter la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, sur les atteintes réitérées portées aux droits et à la dignité des patients relevant de soins psychiatriques. Depuis quelques années, les conditions d’accueil des patients se dégradent fortement et des pratiques réputées disparues reviennent : les contentions mécaniques se banalisent dans de nombreux services d’urgence des hôpitaux français. Et ce, sans aucun contrôle d’aucune instance.

    Dans vos recommandations en urgence du 1er février 2018 sur le CHU de Saint-Etienne, la situation était parfaitement analysée : l’absence de lits d’aval constitue un « dysfonctionnement majeur [qui] conduit les soignants à accepter l’instauration de pratiques contraires au droit comme d’ailleurs à leur volonté première ». Les politiques de santé publique réduisant la place de l’hôpital public dans le dispositif de soins ont des conséquences : concentration des patients les plus sévères dans un même lieu, pression sur les durées moyennes de séjour, impossibilité d’hospitaliser dans un délai raisonnable les patients suivis.

    L’agitation et la peur

    Il règne dans les établissements une tension, une agitation que les personnels insuffisants, insuffisamment formés, peinent à contenir. La peur s’insinue : celle des patients, effrayés par leur problématique psychique, celle des soignants, qui se retrouvent trop souvent seuls.

    Dans un tel contexte de pénurie, nous voyons se développer des « pratiques contraires au droit comme d’ailleurs à notre volonté première » : unités de soins et chambres fermées à clé, recours aux contentions mécaniques faute de chambre d’isolement disponible, sédations chimiques lourdes, mais aussi matelas rajoutés à même le sol pour accueillir quelques patients supplémentaires. Comment en est-on arrivé là, dans une période où les progrès de la médecine ont été, par ailleurs, considérables ?

    Entre 2014 et 2020, la dotation annuelle de fonctionnement de la psychiatrie publique et à but non lucratif (314 établissements) a progressé de 1,2 % en moyenne par an, tandis que l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie hospitalier pour l’activité médecine, chirurgie et obstétrique progressait de 2,3 % et que le financement de la psychiatrie privée à but lucratif (173 établissements) progressait de 3,2 %. Le « virage ambulatoire » a été accompli par la politique de secteur : 70 000 lits fermés entre 1980 et 2020 (soit deux tiers des lits) avec redéploiement insignifiant vers des structures ambulatoires.

    Aujourd’hui, il n’y a toujours pas d’outil de prise en charge à même de répondre aux 80 % à 85 % des patients requérant des soins psychiatriques en ambulatoire sur une année. Le nombre d’usagers de la psychiatrie est passé de 1 million en 1997 à 2,3 millions en 2020, sans que les équipes de soin soient renforcées à la hauteur de cette croissance.

    La tension sur les lits contraint à réserver les hospitalisations aux patients les plus graves, relevant le plus souvent de soins sous contrainte, sans pouvoir répondre aux autres indications. Le recours à l’isolement et à la contention, devenu fréquent alors qu’il était rare il y a trente ans, signe donc à la fois l’aggravation des situations cliniques d’entrée et le dénuement numérique et théorique des équipes de soin.

    Formalisme administratif

    Beaucoup de lois sont nées ces dernières années dans le but de garantir les droits fondamentaux des patients et limiter le recours aux soins sous contrainte : la loi du 5 juillet 2011 introduisant le contrôle du juge des libertés et de la détention pour toute hospitalisation sous contrainte et, très récemment, l’article 84 de la loi de financement de la Sécurité sociale, outil supplémentaire de contrôle des mesures d’isolement et de contention.

    Pourtant, de 2010 à 2015, les hospitalisations sous contrainte sont passées de 72 000 à 92 000, soit une progression de 15 %, quand l’augmentation du nombre des citoyens ayant recours à des soins psychiatriques progressait de 4,7 %. La mise en œuvre de l’article 84 est complexe, coûteuse en temps, elle impose de consacrer du temps soignant à un formalisme administratif que le législateur imagine garant des droits du patient.

    Rendre malaisée la mise en œuvre des mesures de restriction des libertés des patients et en contrôler a posteriori la légalité ne suffit pas à garantir la dignité et les droits du patient. La seule vraie alternative aux mesures de contention et d’isolement est la présence apaisante et bienveillante de soignants expérimentés, confortés par la solidité de l’institution et exerçant dans une équipe suffisamment nombreuse et structurée.

    Cette modalité de soins, pourtant la plus respectueuse des droits et de la dignité des patients, n’a plus cours faute de moyens, car, malheureusement pour notre discipline, le « plateau technique » de la psychiatrie est fait pour l’essentiel de moyens humains.

    Les seules dispositions susceptibles aujourd’hui de préserver l’éthique du soin en psychiatrie, le respect de la dignité et des droits des patients sont des mesures volontaristes de prévention du recours à l’hospitalisation sous contrainte et aux mesures d’isolement et de contention : donner à la psychiatrie les moyens ambulatoires et hospitaliers qui lui ont été soustraits lors de la fermeture de 70 000 lits, et ainsi permettre aux patients atteints de maladies mentales chroniques d’avoir accès aux soins avant que la rechute ne soit complète et conduise fatalement au recours à la contrainte.

    Aussi, nous prions Mme la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté de bien vouloir soutenir notre parole auprès de M. le président de la République et M. le ministre de la santé, afin d’obtenir les moyens humains et matériels nécessaires à une prise en charge digne des patients, respectueuse de leurs droits.

    Aude Daniel, psychiatre, centre hospitalier (CH) Edouard-Toulouse, Marseille ; Karine Dantzer, infirmière, CH Montfavet, Avignon ; Noélie Falguière, psychiatre, EPS Ville-Evrard (Seine-Saint-Denis) ; Laurence Gembara, psychiatre, CHU de Clermont-Ferrand ; Morgane Girard, psychologue, CH Edouard-Toulouse, Marseille ; Dominique Laurent-Crippa, infirmière, AP-HM, Marseille ; Baptiste Libault, infirmier, CH Montfavet, Avignon ; Maud Pontis, psychologue, CHU de Rennes ; Magali Trouvé, psychiatre, CH Montfavet, Avignon ; Etienne Vacher, psychiatre, CH Alpes-Isère, Sainte-Egrève ; Laurent Vassal, psychiatre, EPS Ville-Evrard.

    #psychiatrie #management #hôpital #santé_publique

  • Frontiers | Neuropsychiatric and Cognitive Sequelae of COVID-19 | Psychology
    https://www.frontiersin.org/article/10.3389/fpsyg.2021.577529/full

    #COVID-19 : Des #séquelles cognitives et psychologiques chez 20% des survivants | santé log
    https://www.santelog.com/actualites/covid-19-des-sequelles-cognitives-et-psychologiques-chez-20-des-survivants

    Cette revue de la littérature menée par l’Université d’Oxford Brookes (UK) confirme qu’une grande proportion des survivants de formes sévères du COVID-19 sera affectée par des complications neuropsychiatriques et cognitives. Si les études révèlent au fil du temps l’ampleur considérable des conséquences psychologiques de la crise et des mesures associées, peu de données ont encore été publiées sur les séquelles cognitives de la maladie. Cet examen de psychologues et de psychiatres de l’Oxford Health NHS Foundation Trust confirme la prévalence dans de nombreux cas de troubles cognitifs et de problèmes de santé mentale à long terme.

    #post-covid #covid_long #neurologie #psychiatrie

  • Menacer Zineb (3/3)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1047-Menacer-Zineb-3-3

    Partie précédente disponible ici (.../...) V – La solution finale « Allah donne à ceux qui luttent corps et biens un grade d’excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun Allah a promis la meilleure récompense ; et Allah a mis les combattants au-dessus des non combattants en leur accordant une rétribution immense. » (4-95) Les arguments de Zineb ne sont jamais discutés, ses références jamais examinées, son propos jamais considéré. Les stratégies d’évitement, on l’a vu, sans être infinis, sont (...) #Analyses

    / #Lieux_Communs, #Anthropologie, #Psychiatrie, #Psycho-sociologie, #Sociologie, #Extrêmes-droites, #Islam, #Multiculturalisme, #Religion, #Article, #Bêtise, #Type_anthropologique, (...)

    #Immigration

  • Dans la tête d’un pédophile
    https://www.franceculture.fr/emissions/esprit-de-justice/dans-la-tete-dun-pedophile

    Comment comprendre les phénomènes de pédophilie ? « Esprit de justice » s’interroge ce soir autour de la question de la pédocriminalité et des mécanismes psychiques en jeu, avec la psychiatre Florence Thibaut et Yolande du Fayet de la Tour, psychothérapeute.

    #pédophilie #pédocriminalité #psychiatrie pas encore écouté...

  • En finir avec la stigmatisation de la psychiatrie dans la presse – Comme des fous

    https://commedesfous.com/en-finir-avec-la-stigmatisation-de-la-psychiatrie-dans-la-presse
    article initial / rectifié

    Nous n’attaquerons pas le journaliste sur l’insuffisance de sa connaissance de la souffrance psychique ni son journal. Il s’agit d’une annonce à la presse, faîtes gaffe à ce que vous écrivez, certains contre-médias vous lisent.

    Sans spoiler le contenu, la personne en question n’est pas un malade psychiatrique au sens conventionnel, n’ayant fait sa première crise qu’en novembre 2020. Il a tendance à jeter des trucs et à se jeter par la fenêtre depuis le début du confinement. Sa souffrance doit être grande et son isolement peuvent justifier de tels comportements inadaptés.

    Mais faut-il tout psychiatriser, pourquoi ne pas envoyer les équipes mobiles psy de proximité du Centre Hospitalier de Périgueux à la rescousse plutôt que d’appeler les flics en renfort ? Pourquoi cette escalade dans le sensationnel ?

    Parce que la psychiatrie fait vendre, parce qu’elle explique l’inexplicable. Il était tout de même sous stupéfiants le monsieur qui a jeté son four micro-ondes par la fenêtre. Pourquoi l’assimiler à un malade psychiatrique et stigmatiser par le même coup les 2 à 3 millions de personnes suivies en France en soin psychiatrique ?

    En tant que citoyens à part entière, nous sommes aussi un contre-pouvoir et nous saurons désormais nous défendre face aux attaques des médias poubelle. Oui, nous aimerions vous aider à vous former mais la colère est trop grande pour le moment, nous retirerons l’article original si on nous le demande gentiment. Mais vu qu’il a été amendé, nous supposons que les droits d’auteur ne sont plus d’actualité. Bonne lecture.

    #psychiatrie #folie #stigmatisation #média

  • La #Cour_des_comptes favorable au remboursement des psychologues par la #Sécurité_sociale
    https://www.francetvinfo.fr/sante/la-cour-des-comptes-favorable-au-remboursement-des-psychologues-par-la-

    Le remboursement des #psychologues_libéraux par l’#Assurance_maladie doit être « généralisé dès que possible », estime la Cour des comptes. Dans un rapport publié mardi 16 février, elle préconise, pour les cas les moins graves, « des #psychothérapies assurées par des psychologues libéraux » prises en charge par la Sécu, « sur prescription du médecin traitant », conformément au schéma expérimenté depuis deux ans dans les Bouches-du-Rhône, la Haute-Garonne, les Landes et le Morbihan.

    #psychiatrie

    La note de synthèse du rapport : https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2021-02/20210216-synthese-parcours-organisation-soins-psychiatrie.pdf
    Le rapport : https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2021-02/20210216-rapport-parcours-organisation-soins-psychiatrie.pdf

    • Alerte sur l’organisation de l’offre de soins en psychiatrie, Rachel Rodrigues
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/16/alerte-sur-l-organisation-de-l-offre-de-soins-en-psychiatrie_6070103_3224.ht

      La Cour des comptes publie ce mardi son rapport sur les parcours dans l’organisation des soins en psychiatrie, dressant le bilan d’un système désorganisé et déficient.

      Elle ne s’était pas penchée dessus depuis 2011. Mardi 16 février, la Cour des comptes a publié un rapport dressant un bilan des dysfonctionnements actuels en psychiatrie et dessinant d’éventuelles pistes pour une prise en charge plus adaptée des patients selon les besoins. Le rapport intitulé « Les parcours dans l’organisation des soins en psychiatrie » revient sur les enjeux majeurs propres au système de soins psychiatriques français, avec, au cœur des préoccupations, un manque de « gradation de l’offre » de soins, qui aboutit à une perte cruelle d’efficacité auprès des patients.

      Les besoins en psychiatrie sont multiples. Ils vont des troubles dits « légers » ou « modérés », qui comprennent la plupart des troubles dépressifs et anxieux, aux troubles « sévères », regroupant, entre autres, les troubles psychotiques et bipolaires. Ces derniers demandant évidemment des parcours de soins plus complexes. Dans l’état actuel des choses, ce manque d’organisation par niveaux de spécialisation est délétère pour la qualité des soins prodigués. Ainsi, dans son rapport, la Cour des comptes pointe du doigt l’existence de déficiences multiples concernant la prise en charge des patients aux troubles dits « sévères ».

      Lire aussi l’enquête : La très grande souffrance de la psychiatrie française
      https://seenthis.net/messages/663509

      En premier lieu, des hospitalisations trop longues, et un recours excessif à la re-hospitalisation sous contrainte. Mais également un manque accru de suivi des patients après l’hospitalisation, que déplore Dominique Monchablon, psychiatre à Paris : « Quand les patients sortent de l’hôpital, beaucoup arrêtent leur traitement. Il serait légitime de faire ce mouvement d’aller-vers pour continuer cet accompagnement. »

      Alors qu’elles étaient très fréquentes dans les années 1970, au début de la politique de #sectorisation des systèmes de #soins psychiatriques, les visites à domicile deviennent rares, voire inexistantes, pour assurer un suivi auprès des patients. « Finalement, dès qu’ils rentrent chez eux, s’ils sont en refus de soins, ils sont très vite abandonnés à leur maladie » , ajoute-t-elle. Un constat confirmé par le rapport de la Cour des comptes, qui souligne que seulement « 4,5 % des patients adultes [ont] bénéficié en 2018 d’actes à domicile » .

      Les médecins généralistes en première ligne

      A la sortie de l’hôpital, les patients sont redirigés vers les centres médico-psychologiques (CMP) pour un suivi ambulatoire, quand celui-ci n’est pas entravé par un manque de places [ça alors ! ndc]. « La psychiatrie libérale nous aide beaucoup, mais encore une fois, cela ne s’adresse qu’aux patients qui ont les moyens », ajoute Dominique Monchablon.

      En outre, les systèmes de soins spécialisés et CMP, déjà engorgés, se retrouvent submergés par des patients aux troubles dits « légers », qui pourraient être pris en charge ailleurs. Pour les auteurs du rapport, le diagnostic est clair : « Les moyens spécialisés sont souvent “asphyxiés”, faute d’être centrés sur les publics prioritaires. » Au niveau national, il serait donc impératif de mieux structurer cette prise en charge des patients, en orientant les cas de troubles dits « légers » vers d’autres structures. En d’autres termes, opérer un filtrage d’accès aux CMP grâce à une consultation préalable auprès d’un médecin généraliste ou traitant, dit professionnel de « première ligne ».

      A ce titre, un dispositif « autorisant la prise en charge par la Caisse nationale d’Assurance-maladie de psychothérapies faites par des psychologues libéraux, sur prescription des médecins traitants » est en expérimentation dans quatre territoires de la métropole (Landes, Haute-Garonne, Bouches-du-Rhône et Morbihan) et contribue à faciliter ce filtrage d’accès aux CMP. Ce parcours de soins pris en charge par l’Assurance-maladie, fonctionne de telle manière que le médecin traitant peut, en accord avec le patient, lui prescrire d’une à dix séances de psychothérapies, sous ordonnance. (..., ndc)

      Plusieurs réformes

      Un dispositif concluant, qui, pour l’heure, a remboursé 200 000 séances, et dont la Cour des comptes recommande la généralisation, sur l’ensemble du territoire, en appui à une disposition déjà présente dans le Ségur de la santé (mesure 31) concernant précisément « le développement de consultations par des psychologues, prises en charge par l’Assurance- maladie dans un cadre structuré » . La mesure en question prévoit également le recrutement de 160 psychologues supplémentaires dans les CMP.

      Ce rapport est publié alors que plusieurs réformes doivent faire évoluer le système de soins en psychiatrie. A l’instar des PTSM, ou projets territoriaux en santé mentale, qui ont pour objectif de réorganiser cette dernière à l’échelle d’un territoire pour plus d’égalité d’accès aux soins, et qui mériteraient, selon le rapport, d’être renforcés. Enfin, la réforme tarifaire des soins en psychiatrie, énoncée à l’article 25 du budget 2020 de la Sécurité sociale et initialement prévue pour 2021, a, quant à elle, été reportée au 1er janvier 2022. En 2018, en France, plus de 2 millions de patients ont reçu des soins dits ambulatoires, en #CMP.

      #hospitalisation_sous_contrainte

    • extraits de la note de synthèse du rapport de la CC

      Entre 1981 et 1991, en France, le nombre de patients hospitalisés à temps complet en psychiatrie, chaque année, dans un établissement sanitaire, est passé de 475 000 (soit 8,8 pour 1 000 habitants) à 250 000 (soit un taux de 4,3/1 000), ce qui traduit le résultat d’une politique de « désinstitutionalisation » . Or il était remonté en 2018 à 340 000 patients (pour) des durées d’en moyenne 55 jours. Parmi eux, 82 000 patients ont été hospitalisés sans consentement.

      [...]

      Lorsque l’on prend en considération l’ensemble des coûts, en incluant les prestations en espèces, comme le fait la Cnam dans ses études périodiques par pathologies publiées dans le rapport Charges et produits, les dépenses en soins de santé mentale et de psychiatrie apparaissent comme le premier poste de dépenses, avec 25 Md€ par an environ . Si l’on ajoute en outre le coût des prestations servies dans les situations chronicisées (en particulier l’allocation aux adultes handicapés ou AAH), on mesure l’impact potentiel de mesures destinées à prévenir le risque de chronicisation et à organiser des parcours incluant une réhabilitation . Or, le déploiement de soins plus précoces et gradués présente l’intérêt de réduire les prescriptions d’arrêts de travail (ainsi que de psychotropes) et surtout les séjours hospitaliers évitables .

      [...] le taux d’hospitalisation et les durées moyennes en nombre de jours d’hospitalisation en psychiatrie avaient baissé rapidement de 1960 à 1990, ces paramètres ont augmenté à nouveau, traduisant une sorte de « panne » dans le mouvement de « désinstitutionalisation » et plus généralement un accueil et un suivi peu efficaces . Une politique cohérente de gradation et de coordination des soins constitue ainsi un levier indispensable pour renouer avec la politique de soins inclusifs, dessinée dès 1960 .

      Il faudrait une lecture plus détaillée mais je ne vois dans ce rapport que l’essai de prolonger le renversement d’un « désaliénisme » émancipateur que la sectorisation des soins des années 60 a traduit en norme, rentable et peu soucieuse du soin. La « sortie de l’asile » au profit d’une politique de « responsabilisation » des fous et de modalités de prise en charge sur le territoire s’est faite à bas couts, et ce qui inquiète la cour des comptes c’est que la doctrine des courts séjours et de l’ambulatoire (au nom du bien des patients, évidemment), ne marche pas, et encore le nombre de fous à la rue ou en prison n’est-il pas évoqué dans ce document de la technocratie française.
      On forme plus d’infirmiers psy (spécialité supprimée durant les années 80), très peu de psychiatres, il va falloir filer du taff au psychologues au chômage sous forme de prescriptions de séances (à la quantité contingentée) par des toubibs (mèdecine générale) qui ont tendance à déconner dans leur prise en charge de la souffrance psychique (surprescription de psychotropes, histoire de « répondre » à la demande), eux qui délivrent des consultations tayloriennes de 20 minutes à une patientèle en surnombre, sans plus pouvoir accepter de faire fonction de « médecin référent sécu ».

      Le jeu de massacre continue.

      Mot manquant dans la note de synthèse du rapport CD : #lits (supprimés par dizaines milliers sur 40 ans)

      #psychiatres est présent trois fois, ce qui est une façon comme une autre d’en dire le manque, dont il n’est par ailleurs pas question ( mais après tout c’est devenu un métier féminin, c’est dire à quel point ça vaut pas grand chose).

    • Santé mentale : « Qui soigner quand il n’y a pas la possibilité de le faire pour tout le monde ? » -
      Oriane Bentata-Wiener, Psychiatre, responsable du centre médico-psychologique (CMP) de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine).
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/24/sante-mentale-qui-soigner-quand-il-n-y-a-pas-la-possibilite-de-le-faire-pour

      Dans une tribune au « Monde », la psychiatre Oriane Bentata-Wiener tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de l’absence de moyens financiers et humains accordés à la pédopsychiatrie en France.

      Tribune. Il serait temps de soumettre aux politiques et aux citoyens les choix impossibles et douloureux des médecins. Qui soigner quand il n’y a pas la possibilité de le faire pour tout le monde ? La question est brûlante et rendue visible par la situation sanitaire actuelle, avec des services de réanimation qui pourraient avoir à faire le tri et « choisir » des patients en cas de surcharge des lits.
      Quels patients souffrant du Covid-19, à gravité égale, faudra-t-il choisir, à l’entrée du service de réanimation ? La mère, la jeune grand-mère, la fille ? Le policier, le cadre, l’artiste, le sans-abri ? Celui qui a une vie bien rangée, celui qui a une vie mouvementée… ?

      Mais cette question du « choix des malades » est à mon sens bien plus ancienne, déjà trop ancienne, depuis que les moyens ont été nettement réduits dans le monde du soin, notamment en psychiatrie où l’on ne peut déjà plus… soigner tout le monde.

      En tant que responsable d’un centre médico-psychologique (CMP) pour enfants et adolescents dans le nord des Hauts-de-Seine, il s’agit d’une question quotidienne, tant les listes d’attente pour être reçu par des professionnels de santé mentale se sont allongées ces dernières années (souvent plus de six mois après une première demande). Les plages de consultation sont saturées.

      Où tracer la ligne de partage ?

      D’une part, les financements ne se sont pas accrus voire ont été réduits et, d’autre part, il existe une augmentation des demandes de soins psychiatriques ou psychologiques d’une population qui, de plus, s’accroît. Par ailleurs, nos partenaires (protection de l’enfance, écoles, établissements de soins, etc.) souffrent du même manque de moyens. Le CMP devient alors le réceptacle des enfants et des familles pour lesquels les soins qui seraient nécessaires et adéquats ne sont pas disponibles.

      La mission première d’un CMP est d’accueillir toute personne en état de souffrance psychique. Et la question est alors de déterminer qui soigner en priorité, quand on ne peut pas recevoir tout le monde. Avec mon équipe, nous étudions la liste d’attente… Où tracer la ligne de partage entre ceux qu’il faut soigner d’abord et ceux qui peuvent encore attendre ? Qui choisir ?

      C’est alors le domaine de l’éthique qui s’impose. En effet, les choix à faire sont tous des dilemmes pénibles et relèvent plus de l’éthique que de la connaissance médicale ou psychologique. Ce terme, employé à tort et à travers, apparaît le plus souvent vidé de son sens. Mais, dans notre travail quotidien, il s’agit d’un mot « chaud », dans le sens qu’il implique de résoudre des équations insolubles, car leur cause première est le manque d’argent…

      Il s’agit ici de la délibération insupportable avant de choisir quels patients – en l’occurrence, ici, quels enfants et leurs familles – accueillir en priorité. Nous retournons alors dans tous les sens les choix possibles et tentons d’établir des critères, dont nous prenons tout de suite conscience des aberrations.

      Des choix lourds à assumer

      Faut-il respecter l’ordre chronologique de la liste d’attente et accueillir progressivement les patients, sans prendre en compte le possible degré d’urgence ? Accueillir les plus nécessiteux financièrement, sachant qu’ils ne peuvent accéder au libéral ? Mais comment prétendre être un service « public » si les classes moyennes, voire les plus riches, ne peuvent y accéder, alors qu’elles peuvent être tout aussi malades ?

      Faut-il recevoir les patients ayant les pathologies les plus lourdes, par exemple les personnes ayant des troubles graves du spectre de l’autisme, alors que nous n’avons pas toujours les ressources pour les accueillir décemment ? Ou, à l’opposé, choisir ceux qui souffrent de symptômes aigus, en lien avec un événement de vie difficile (divorce, décès…), pouvant nécessiter une intervention plus ponctuelle ?

      Faut-il accueillir une tranche d’âge en priorité ? La période fragile et mutante de l’adolescence, durant laquelle les jeunes peuvent avoir des troubles du comportement majeurs ou des idées suicidaires ? Ou bien la petite enfance, quand tout semble encore amendable ? Les choix peuvent être multiples mais sont toujours lourds à assumer, car impliquant de laisser certains enfants sans soins alors que d’autres sont pris en charge.

      Conditions sociétales

      On peut se réjouir que le Covid-19, dans la plupart des cas, n’atteigne pas gravement les enfants. En pédopsychiatrie, il n’est certes pas question de risque vital. Néanmoins il est à questionner quelle considération on donne à la vie psychique. Alors qu’en réanimation se pose la question de vie ou de mort, il est aussi important de ne pas négliger ce qu’est la vie psychique d’un enfant et la valeur de cette vie. Qui est en fait l’avenir de toute la nation. D’où l’importance de pouvoir accueillir tout enfant en souffrance psychique.

      On peut assumer un choix quand on peut assumer les conditions dans lesquelles il s’exerce. Or, je ne peux pas répondre de certaines conditions sociétales, notamment le manque de financement qu’on nous impose, alors que nous sommes définis comme des unités d’accueil « mises à la disposition de la population ». Autant que les réanimateurs n’ont pas à endosser le manque de lits, les restrictions budgétaires, la politique délétère de l’hôpital-entreprise ou une certaine négligence citoyenne par rapport à la transmission du Covid…

      C’est trop lourd de faire peser les choix sur les seuls médecins et soignants, alors qu’ils résultent d’années de politiques de restrictions budgétaires et de désengagement envers l’hôpital. Ils devraient être mis dans les mains des citoyens et des politiques. Il serait temps de leur soumettre les choix impossibles des médecins et professionnels du soin. Car ces choix sont tellement douloureux et intenables qu’en prendre connaissance permettrait, sûrement, de faire en sorte qu’on n’y arrive plus jamais.

  • Menacer Zineb (2/3)
    L’imaginaire de l’islamisme ordinaire

    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1046-Menacer-Zineb-2-3

    (.../...)
    II – Dénis et dénigrements

    « Ne discutez avec les ’Gens du Livre’ [juifs et chrétiens] que de belle manière
    sauf s’ils sont injustes. » (29-46)

    Face à une Zineb qui ne cède rien à ces assignations identitaires et persévère dans son apostasie argu­mentée malgré l’évidence de sa "race musulmane", l’islamiste ordinaire doit mobiliser des moyens suscep­tibles de restaurer l’intégrité du dogme.

    Mais, ce faisant, il se trouve en face d’une authentique impasse car rien, dans ses Textes de référence, ne le lui permet de manière univoque. Bien pire : toute lecture sacrée le renvoie à une identité profondé­ment marquée par la soumission, le châtiment et le rejet obsessionnel des Autres. Les Autres : chrétiens, juifs ou polythéistes, bien sûr, mais aussi hérétiques, mécréants, sceptiques, femmes et, évidemment, apostats. Pour Daniel Sibony [1], psychanalyste arabisant d’origine marocaine, la violence spectaculaire du contenu littéral des textes musulmans est une véritable malédiction qui frappe le croyant, un Grand Secret qu’il doit garder pour ne pas avoir à en assumer la charge, sachant qu’il ne peut ni s’extraire de sa généalogie qui l’arrime aux Textes, ni, bien entendu, en modifier le sens [2]. Nul besoin d’érudition pour toucher du doigt ce Grand Secret : il suffit de se remémorer les éléments biographiques officiels de la légende de Mahomet, dont l’adoration définit le troisième monothéisme.

    #Analyses #Lieux_Communs, #Psycho-sociologie, #Anthropologie, #Psychiatrie, #Extrêmes-droites, #Islam, #Multiculturalisme, #Article, #Féminisme, #Guerre, (...)

  • Santé mentale : les inégalités du divan - regards.fr
    http://www.regards.fr/politique/societe/article/sante-mentale-les-inegalites-du-divan

    Humaniste engagé, le psychiatre de 65 ans passe au vitriol une corporation qui ne soigne « que les gens qu’elle reconnaît. » « On n’est jamais sorti de la perception hiérarchisée de la valeur de la vie humaine », dénonce celui qui milite pour l’interdiction du dépassement d’honoraires, et qui souhaite que la médecine soit aussi enseignée par des sociologues, « pour que les médecins ne restent pas étrangers à leur société. »

    • Il y a un biais ignoré par les auteurs  : la dépréciation de la parole des prolos chez des « psy » essentiellement issus de la bourgeoisie et blindés de jugements de classes.
      Quand monsieur s’est retrouvé HS à cause de sa dépression, on a navigué un peu à vue et j’ai cherché des ressources, jusque sur les forums d’Ameli et autour.
      Une constante s’est dégagée  : non seulement les prolos avaient plus de mal à accéder au soin, mais leur manque de capital culturel et surtout de maitrise d’un certain type de langage les disqualifiaient au regard des praticiens.

    • C’est effectivement d’autant plus une pratique de classe que les essais de « psychanalyse pour tous » sont aux oubliettes et qu’il n’y a pas assez de psychiatres (et donc de séances avec sécu).

      Dans En thérapie, il y a deux prolos, la fille de mère célibataire ... future championne olympique et le rebeu de l’anti-gang qui pour tout réparer va manger ses morts en Syrie.
      C’est une série télé reprise d’un moule israélien (sous le signe des attentats), ce qui l’aide à être moins nulle que les trucs céfrans ? Plutôt chouette à regarder quand les soirées de couvre-feu empêchent d’entrevoir des inconnus. Tant pis si une fois encore on nous humanise un policier et si la psychanalyse tend à retourner à son origine, une théorie du trauma, avec des grosses pincées des restes de son aura et de ses turpitudes pour faire bon poids (la science juive, comme disaient les nazis, a décidément dégénéré).

      La série avec psychiatre, psychanalyste, c’est devenue un genre depuis Soprano ou avant ?

      #comédiens

  • Menacer Zineb (1/3)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1045-Menacer-Zineb-1-3

    Sommaire Menaces sur l’apostat Le cas Zineb Précisions méthodologiques Les grandes catégories idéologiques de l’islamisme ordinaire I – L’assignation identitaire ou l’« islamophobie » comme grand malentendu civilisationnel Zineb, un prénom Des origines Des parents De l’ethnie De l’« islamophobie » II – Dénis et dénigrements 1 – Dénis Dédouaner l’islam Mal comprendre l’islam Tout ignorer Tautologies Possession 2 – Dénigrements Folie Dépravation Prostitution III – Complotismes (...) #Analyses

    / #Lieux_Communs, #Psycho-sociologie, #Anthropologie, #Psychiatrie, #Extrêmes-droites, #Islam, #Multiculturalisme, #Article, #Féminisme, #Guerre, (...)

    #Immigration
    https://www.marianne.net/societe/incendie-cathedrale-notre-dame-paris-hauteur-reactions
    https://www.youtube.com/watch?v=KO4ens2OIWI

  • Les Garde-Fous | Mathieu Bellahsen - Je suis pour une psychiatrie de contre-pouvoir | Ausha
    https://podcast.ausha.co/les-garde-fous/mathieu-bellahsen-je-suis-pour-une-psychiatrie-de-contre-pouvoir

    #Mathieu_Bellahsen est psychiatre, auteur de “La santé mentale : Vers un bonheur sous contrôle” et co-auteur de "La Révolte de la #psychiatrie.” Il nous a parlé de sa vision de la folie, de l’institution psychiatrique et des combats menés avec d’autres professionnels pour y introduire des contre-pouvoirs.

    ping @rezo

  • Covid-19 : « Au lieu de clamer que ça va être dur, nous devrions réaffirmer que l’on va s’en sortir » - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2020/12/18/au-lieu-de-clamer-que-ca-va-etre-dur-nous-devrions-reaffirmer-que-l-on-va

    Pour Bruno Falissard, directeur du centre de recherche en épidémiologie et santé des populations, il est normal que les gens n’aillent pas bien à cause de la crise sanitaire. Mais il s’inquiète du ton alarmiste de certains psychiatres.

    Polytechnicien et pédopsychiatre, le professeur Bruno Falissard a un parcours unique. Il dirige un des plus grands centres de recherche en épidémiologie, spécialisé dans les maladies mentales, le Cesp. Il s’inquiète du ton alarmiste de certains de ses collègues sur une supposée troisième vague, cette fois-ci de troubles psychiatriques.

    Les Français seraient déprimés, angoissés, à cause du Covid. Certains évoquent le spectre d’une troisième vague, cette fois psychiatrique. Mais n’est-ce pas sain, en ces temps difficiles, de ne pas être en forme ?
    D’abord, restons modestes et constatons que c’est une situation compliquée à analyser. Ensuite, nous avons peu de données fiables. Certes, le gouvernement a déclaré fin novembre qu’il y avait une multiplication par deux du nombre d’états dépressifs, sur la base de chiffres de Santé publique France. Or, lorsque l’on regarde précisément les données, cela correspond à une éc[…]

    #paywall

  • Le premier #podcast de #Stéphane_Mercurio, qui raconte comment les mots de la discrimination peuvent fracasser...

    « Je me suis fait la guerre » - Ou comment être un « bon arabe » ?
    Aurélie Charon, France Culture, le 3 janvier 2021 à 22h sur France culture, puis en podcast après, quand vous voudrez...
    https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/je-me-suis-fait-la-guerre


    https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11983-03.01.2021-ITEMA_22530170-2021C34065S0003.mp3

    #France #islamophobie #psychiatrie

  • SPK Komplex - rbb Brandenburg | programm.ARD.de
    https://programm.ard.de/TV/Programm/Sender/?sendung=282053103395183

    Ce film raconte une partie de l’histoire du collectif anti-anti-psychiatrique SPK (Sozialistisches Patientenkollektiv) des années autour de 1970. Ses membres se sont heurtés au pouvoir des anciens nazis toujours au pouvoir dans les institutions allemandes, surtout dans le corps médical et ses organisations. Très vite ces médecins meurtriers et leurs alliés dans les rangs de la soi-disant justice ont réuissi à faire enfermer ses membres les mieux connus dans la prison de
    Stammhein et la clinique carcérale Hohenasperg où ils ont été soumis aux mêmes conditions de torture blanche comme les membres de la RAF parce qu’on les considérait comme des complices des terroristes maoistes.

    Bande d’annonce du film
    https://www.youtube.com/watch?v=umBYCMF9QnA

    En même temps une campagne médiatique a été lancée contre le collectif qui ne se voyait pas comme anti-psychiatrique, et fut alors dépourvu du soutien des psychiatres qui pensaient agir pour une libération des patients tels Franco Basaglia et David Cooper.

    Le résultat de cette campagne et de la haine toujours extrême qu’expriment les ennemis du collectif sont la disparition complète de ses idées des discussions publiques et la vie cachée de prèsque tous ces anciens membres. Ce film a le mérite d’avoir porté à la connaissance du public une partie des faits. La réaction des auteurs de l’article Wikipdia (DE) sur le SPK consiste dans un renouvellement des accusations et dénonciations connus des années 1970 - on qualifie le film comme sectaire et essaye de faire comprendre qu’au fond le SPK aurait servi de tereau pouur le terrorisme de la RAF.

    Cette dernière accusation est démentie par le film. Bien au contraire les anciens membres du SPK se sont fait reprocher par leurs camarandes de la RAF de ne pas avoir renoncé aux idées propres au SPK.

    Je pense que ce film ne sera pas projeté une deuxième fois à la télévision publique allemande.

    07.06.2020 23:50 Uhr SPK Komplex Film von Gerd Kroske | rbb Fernsehen

    Anfang 1970, vor 50 Jahren, gründete der Arzt Wolfgang Huber in Heidelberg mit Patienten das „Sozialistische Patientenkollektiv“. Die antipsychiatrisch ausgerichtete Gruppe kritisierte die Behandlung von psychisch Kranken als „Verwahr-Psychiatrie“ - und verknüpfte neue Therapiemethoden mit politischen Forderungen. Bald radikalisierte sich das SPK, Gerüchte über Verbindungen zur RAF wurden laut.

    Hubers Experiment führte zu heftigen Auseinandersetzungen mit der Universität Heidelberg und der baden-württembergischen Landesregierung. Im Zuspitzen des Konflikts radikalisierte sich das SPK. Wolfgang Huber, seine Frau und weitere Mitstreiter wurden schließlich verhaftet und vor Gericht gestellt.

    Die SPK-Prozesse nahmen in der Härte, mit der sie von beiden Seiten geführt wurden - von Versuchen, Rechtsanwälte auszuschließen, bis zur Totalverweigerung der Angeklagten - die späteren Stammheim-Prozesse gegen RAF-Mitglieder vorweg. Am Ende wurde das SPK zur kriminellen Vereinigung erklärt; Huber und seine Frau wurden zu langen Haftstrafen verurteilt und verloren ihre Approbationen.

    Seither haftet dem SPK der fragwürdige Ruf an, die RAF unterstützt zu haben und letztendlich in deren Terror aufgegangen zu sein. Dieser Ruf überlagert, worum es Huber und dem SPK eigentlich ging: um die Rechte von Patienten und um Therapien zur Selbstermächtigung.

    In „SPK KOMPLEX“ erzählt Dokumentarfilmregisseur Gerd Kroske über Interviews mit Hubers Weggefährten, mit Ermittlern, Richtern und Journalisten sowie über eine Fülle von unveröffentlichten Aufnahmen und Archivmaterial aus dem „Deutschen Vorherbst“ die weitgehend unbekannte Geschichte des SPK und ihrer Folgen bis heute. Eine Geschichte vom Irresein und Irrewerden, von öffentlicher Wahrnehmung und den Mechanismen von Gewalt.

    Sonntag, 07.06.20
    23:50 - 01:40 Uhr
    110 Min.
    VPS 23:30
    Geänderte Sendezeit!
    rbb Fernsehen

    Das Sozialistische Patientenkollektiv Heidelberg - Interview mit Buchautor Christian Pross
    https://www.youtube.com/watch?v=m9_qby8kqVE

    #iatrocratie #histoire #Allemagen #nazis #médecine #psychiatrie #capitalisme #résistance

  • La crise sanitaire aggrave les troubles psy des jeunes migrants

    Les « migrants » sont une population composite recouvrant des #statuts_administratifs (demandeurs d’asile, réfugiés, primo-arrivants…) et des situations sociales disparates. Certains appartiennent à des milieux sociaux plutôt aisés et éduqués avec des carrières professionnelles déjà bien entamées, d’autres, issus de milieux sociaux défavorisés ou de minorités persécutées, n’ont pas eu accès à l’éducation dans leur pays d’origine.

    Et pourtant, une caractéristique traverse ce groupe : sa #jeunesse.

    Ainsi, selon les chiffres d’Eurostat, au premier janvier 2019, la moitié des personnes migrantes en Europe avait moins de 29 ans ; l’âge médian de cette population se situant à 29,2 ans, contre 43,7 pour l’ensemble de la population européenne. Cette particularité est essentielle pour comprendre l’état de santé de cette population.

    En effet, on constate que, du fait de sa jeunesse, la population migrante en Europe est globalement en #bonne_santé physique et parfois même en meilleure #santé que la population du pays d’accueil. En revanche, sa santé mentale pose souvent problème.

    Des #troubles graves liés aux #parcours_migratoires

    Beaucoup de jeunes migrants – 38 % de la population totale des migrants selon une recherche récente – souffrent de #troubles_psychiques (#psycho-traumatismes, #dépressions, #idées_suicidaires, #perte_de_mémoire, #syndrome_d’Ulysse désignant le #stress de ceux qui vont vivre ailleurs que là où ils sont nés), alors que la #psychiatrie nous apprend que le fait migratoire ne génère pas de #pathologie spécifique.

    Les troubles dont souffrent les jeunes migrants peuvent résulter des #conditions_de_vie dans les pays d’origine (pauvreté, conflits armés, persécution…) ou des #conditions_du_voyage migratoire (durée, insécurité, absence de suivi médical, en particulier pour les migrants illégaux, parfois torture et violences) ; ils peuvent également être liés aux #conditions_d’accueil dans le pays d’arrivée.

    De multiples facteurs peuvent renforcer une situation de santé mentale déjà précaire ou engendrer de nouveaux troubles : les incertitudes liées au #statut_administratif des personnes, les difficultés d’#accès_aux_droits (#logement, #éducation ou #travail), les #violences_institutionnelles (la #répression_policière ou les #discriminations) sont autant d’éléments qui provoquent un important sentiment d’#insécurité et du #stress chez les jeunes migrants.

    Ceci est d’autant plus vrai pour les #jeunes_hommes qui sont jugés comme peu prioritaires, notamment dans leurs démarches d’accès au logement, contrairement aux #familles avec enfants ou aux #jeunes_femmes.

    Il en résulte des périodes d’#errance, de #dénuement, d’#isolement qui détériorent notablement les conditions de santé psychique.

    De nombreuses difficultés de #prise_en_charge

    Or, ainsi que le soulignent Joséphine Vuillard et ses collègues, malgré l’engagement de nombreux professionnels de santé, les difficultés de prise en charge des troubles psychiques des jeunes migrants sont nombreuses et réelles, qu’il s’agisse du secteur hospitalier ou de la médecine ambulatoire.

    Parmi ces dernières on note l’insuffisance des capacités d’accueil dans les #permanences_d’accès_aux_soins_de_santé (#PASS), l’incompréhension des #procédures_administratives, le besoin d’#interprétariat, des syndromes psychotraumatiques auxquels les professionnels de santé n’ont pas toujours été formés.

    Les jeunes migrants sont par ailleurs habituellement très peu informés des possibilités de prise en charge et ne recourent pas aux soins, tandis que les dispositifs alternatifs pour « aller vers eux » (comme les #maraudes) reposent essentiellement sur le #bénévolat.
    https://www.youtube.com/watch?v=Pn29oSxVMxQ&feature=emb_logo

    Dans ce contexte, le secteur associatif (subventionné ou non) tente de répondre spécifiquement aux problèmes de santé mentale des jeunes migrants, souvent dans le cadre d’un accompagnement global : soutien aux démarches administratives, logement solidaire, apprentissage du français, accès à la culture.

    Organisateurs de solidarités, les acteurs associatifs apportent un peu de #stabilité et luttent contre l’isolement des personnes, sans nécessairement avoir pour mission institutionnelle la prise en charge de leur santé mentale.

    Ces #associations s’organisent parfois en collectifs inter-associatifs pour bénéficier des expertises réciproques. Malgré leur implantation inégale dans les territoires, ces initiatives pallient pour partie les insuffisances de la prise en charge institutionnelle.

    Des situations dramatiques dans les #CRA

    Dans un contexte aussi fragile, la #crise_sanitaire liée à la #Covid-19 a révélé au grand jour les carences du système : si, à la suite de la fermeture de nombreux #squats et #foyers, beaucoup de jeunes migrants ont été logés dans des #hôtels ou des #auberges_de_jeunesse à l’occasion des #confinements, nombreux sont ceux qui ont été livrés à eux-mêmes.

    Leur prise en charge sociale et sanitaire n’a pas été pensée dans ces lieux d’accueil précaires et beaucoup ont vu leur situation de santé mentale se détériorer encore depuis mars 2020.

    Les situations les plus critiques en matière de santé mentale sont sans doute dans les #Centres_de_rétention_administrative (CRA). Selon le rapport 2019 de l’ONG Terre d’Asile, sont enfermés dans ces lieux de confinement, en vue d’une #expulsion du sol national, des dizaines de milliers de migrants (54 000 en 2019, dont 29 000 en outremer), y compris de nombreux jeunes non reconnus comme mineurs, parfois en cours de #scolarisation.

    La difficulté d’accès aux soins, notamment psychiatriques, dans les CRA a été dénoncée avec véhémence dans un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) en février 2019, suivi, à quelques mois d’écart, d’un rapport tout aussi alarmant du Défenseur des droits.

    La #rupture de la #continuité des #soins au cours de leur rétention administrative est particulièrement délétère pour les jeunes migrants souffrant de pathologies mentales graves. Pour les autres, non seulement la prise en charge médicale est quasi-inexistante mais la pratique de l’isolement à des fins répressives aggrave souvent un état déjà à risque.

    La déclaration d’#état_d’urgence n’a pas amélioré le sort des jeunes migrants en rétention. En effet, les CRA ont été maintenus ouverts pendant les périodes de #confinement et sont devenus de facto le lieu de placement d’un grand nombre d’étrangers en situation irrégulière sortant de prison, alors que la fermeture des frontières rendait improbables la reconduite et les expulsions.

    Un tel choix a eu pour conséquence l’augmentation de la pression démographique (+23 % en un an) sur ces lieux qui ne n’ont pas été conçus pour accueillir des personnes psychologiquement aussi vulnérables et pour des périodes aussi prolongées.

    Des espaces anxiogènes

    De par leur nature de lieu de #privation_de_liberté et leur vocation de transition vers la reconduction aux frontières, les CRA sont de toute évidence des #espaces_anxiogènes où il n’est pas simple de distinguer les logiques de #soins de celles de #contrôle et de #répression, et où la consultation psychiatrique revêt bien d’autres enjeux que des enjeux thérapeutiques. Car le médecin qui apporte un soin et prend en charge psychologiquement peut aussi, en rédigeant un #certificat_médical circonstancié, contribuer à engager une levée de rétention, en cas de #péril_imminent.

    Les placements en CRA de personnes atteintes de pathologies psychologiques et/ou psychiatriques sont en constante hausse, tout comme les actes de #détresse (#automutilations et tentatives de #suicide) qui ont conduit, depuis 2017, cinq personnes à la mort en rétention.

    La prise en charge effective de la santé mentale des jeunes migrants se heurte aujourd’hui en France aux contradictions internes au système. Si les dispositifs sanitaires existent et sont en théorie ouverts à tous, sans condition de nationalité ni de régularité administrative, l’état d’incertitude et de #précarité des jeunes migrants, en situation irrégulière ou non, en fait un population spécialement vulnérable et exposée.

    Sans doute une plus forte articulation entre la stratégie nationale de prévention et lutte contre la pauvreté et des actions ciblées visant à favoriser l’intégration et la stabilité via le logement, l’éducation et l’emploi serait-elle à même de créer les conditions pour une véritable prévention des risques psychologiques et une meilleure santé mentale.

    https://theconversation.com/la-crise-sanitaire-aggrave-les-troubles-psy-des-jeunes-migrants-152

    #crise_sanitaire #asile #migrations #réfugiés #jeunes_migrants #santé_mentale #troubles_psychologiques #genre #vulnérabilité #bénévolat #rétention #détention_administrative #sans-papiers

    ping @isskein @karine4

  • La crise sanitaire aggrave les troubles psy des jeunes migrants
    https://theconversation.com/la-crise-sanitaire-aggrave-les-troubles-psy-des-jeunes-migrants-152

    Dans un contexte aussi fragile, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a révélé au grand jour les carences du système : si, à la suite de la fermeture de nombreux squats et foyers, beaucoup de jeunes migrants ont été logés dans des hôtels ou des auberges de jeunesse à l’occasion des confinements, nombreux sont ceux qui ont été livrés à eux-mêmes.
    Leur prise en charge sociale et sanitaire n’a pas été pensée dans ces lieux d’accueil précaires et beaucoup ont vu leur situation de santé mentale se détériorer encore depuis mars 2020. Les situations les plus critiques en matière de santé mentale sont sans doute dans les Centres de rétention administrative (CRA). Selon le rapport 2019 de l’ONG Terre d’Asile, sont enfermés dans ces lieux de confinement, en vue d’une expulsion du sol national, des dizaines de milliers de migrants (54 000 en 2019, dont 29 000 en outremer), y compris de nombreux jeunes non reconnus comme mineurs, parfois en cours de scolarisation.La difficulté d’accès aux soins, notamment psychiatriques, dans les CRA a été dénoncée avec véhémence dans un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) en février 2019, suivi, à quelques mois d’écart, d’un rapport tout aussi alarmant du Défenseur des droits.
    La rupture de la continuité des soins au cours de leur rétention administrative est particulièrement délétère pour les jeunes migrants souffrant de pathologies mentales graves. Pour les autres, non seulement la prise en charge médicale est quasi-inexistante mais la pratique de l’isolement à des fins répressives aggrave souvent un état déjà à risque.
    La déclaration d’état d’urgence n’a pas amélioré le sort des jeunes migrants en rétention. En effet, les CRA ont été maintenus ouverts pendant les périodes de confinement et sont devenus de facto le lieu de placement d’un grand nombre d’étrangers en situation irrégulière sortant de prison, alors que la fermeture des frontières rendait improbables la reconduite et les expulsions.Un tel choix a eu pour conséquence l’augmentation de la pression démographique (+23 % en un an) sur ces lieux qui ne n’ont pas été conçus pour accueillir des personnes psychologiquement aussi vulnérables et pour des périodes aussi prolongées. De par leur nature de lieu de privation de liberté et leur vocation de transition vers la reconduction aux frontières, les CRA sont de toute évidence des espaces anxiogènes où il n’est pas simple de distinguer les logiques de soins de celles de contrôle et de répression, et où la consultation psychiatrique revêt bien d’autres enjeux que des enjeux thérapeutiques. Car le médecin qui apporte un soin et prend en charge psychologiquement peut aussi, en rédigeant un certificat médical circonstancié, contribuer à engager une levée de rétention, en cas de péril imminent.
    Les placements en CRA de personnes atteintes de pathologies psychologiques et/ou psychiatriques sont en constante hausse, tout comme les actes de détresse (automutilations et tentatives de suicide) qui ont conduit, depuis 2017, cinq personnes à la mort en rétention.La prise en charge effective de la santé mentale des jeunes migrants se heurte aujourd’hui en France aux contradictions internes au système. Si les dispositifs sanitaires existent et sont en théorie ouverts à tous, sans condition de nationalité ni de régularité administrative, l’état d’incertitude et de précarité des jeunes migrants, en situation irrégulière ou non, en fait un population spécialement vulnérable et exposée.
    Sans doute une plus forte articulation entre la stratégie nationale de prévention et lutte contre la pauvreté et des actions ciblées visant à favoriser l’intégration et la stabilité via le logement, l’éducation et l’emploi serait-elle à même de créer les conditions pour une véritable prévention des risques psychologiques et une meilleure santé mentale.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#santementale#psychiatrie#systemesante#cra#precarite#vulnerabilite#incertitude