• « En psychiatrie, compartimenter n’est pas soigner »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/08/en-psychiatrie-compartimenter-n-est-pas-soigner_6055293_3232.html

    Chefs de service, responsables en psychiatrie ou psychiatres, plus de 60 signataires s’élèvent, dans une tribune au « Monde », contre la réforme introduisant la tarification par compartiments, selon eux une rationalisation à outrance négligeant « ce qui fait la possibilité même du soin ».

    Tribune. Votée en 2019, la loi de financement de la Sécurité sociale comporte dans son article 34 la réforme du financement de la psychiatrie. Ce financement consiste en un mode de tarification par compartiments que nous appelons T2C du fait de sa proximité avec la T2A (tarification à l’activité, appliqués aux services de médecine, chirurgie et obstétrique) dont les effets délétères ont été dénoncés à de multiples reprises, avec un paroxysme lors de la crise Covid. Les compartiments en question sont notamment :

    – un compartiment géo-populationnel dont le but annoncé est de rééquilibrer les disparités territoriales, ce que l’on pourrait saluer, mais qui encourage en réalité « l’offre » libérale en réduisant ainsi le financement des hôpitaux non universitaires ;

    – un compartiment lié à la « file active » correspondant au nombre de patients vus au moins une fois dans l’année. L’existence de ce compartiment entraîne mathématiquement une incitation à voir le plus grand nombre de patients en un temps le plus réduit. Cela consacre les pratiques de consultations (très) ponctuelles, l’« expertise » et les programmes thérapeutiques courts connus pour être sélectifs et peu adaptés aux personnes les plus en souffrance.

    – des compartiments complémentaires : qualité, codage, transformation, nouvelles activités et recherche.

    Pour une médecine sélective ?

    Plusieurs simulations financières de cette réforme montrent que tous les services y perdent sur le plan budgétaire dans tous les secteurs : public et privé non lucratif en tête, à l’exception des centres hospitalo-universitaires qui sont les seuls avantagés par cette réforme. Ces services, minoritaires en psychiatrie, n’ont pourtant pas vocation à accueillir et soigner les personnes présentant les plus grandes difficultés mais à prioriser la recherche, l’expertise diagnostique et l’évaluation fonctionnelle.

    Du côté des usagers, ce sont ceux qui sont déjà les plus exclus qui seront pénalisés et notamment les personnes diagnostiquées schizophrènes ainsi que les adolescents et les jeunes adultes présentant des formes sévères du spectre autistique. En effet, la psychiatrie s’adressant aux jeunes adultes (15-25 ans) est sous-dotée car, pour les jeunes de plus de 18 ans s’applique le tarif adulte… deux fois moins élevé que le tarif enfant, sans considération de l’intensité des soins qui leur sont prodigués.

    Si l’on suit la logique de la réforme, doit-on privilégier des prises en charge courtes, normées, sélectives, et délaisser une partie de la population ? Doit-on oublier que la prise en charge des jeunes adultes nécessite un nombre de personnels qualifiés important ? Doit-on, en hospitalisation à temps plein, faire sortir les patients dès le moment où ils ne sont plus « rentables » ? Souhaite-t-on une médecine sélective, à destination uniquement du « bon patient », excluant de ce fait ceux qui ont besoin de plus de soins ? Quid de la conciliation entre économie et éthique du soin ?

    Un moratoire contre le T2C

    Compartimenter n’est pas soigner. Pendant que certains se battent contre le Covid et contre l’abandon des patients, d’autres s’entêtent à croire qu’une rationalisation à outrance du financement de la psychiatrie constitue une priorité, négligeant par là ce qui fait la possibilité même du soin. En effet, malgré des réactions d’usagers, de professionnels et de parents, la « task force » chargée de rédiger les décrets d’application de cette loi a poursuivi ses travaux en petit comité y compris pendant toute la durée du confinement.

    Présentée comme une réforme technique de rééquilibrage des disparités territoriales, cette réforme marque en réalité une attaque de la possibilité d’une psychiatrie et d’une pédopsychiatrie sur mesure s’occupant des personnes les plus en souffrance, sur un temps long s’il le faut. En tant que chefs de service et responsables médicaux en psychiatrie et en pédopsychiatrie dans le public et le privé, nous lançons une alerte : cette réforme nuit à la psychiatrie française, un moratoire immédiat contre cette T2C est nécessaire, ainsi qu’une redéfinition des besoins concrets des équipes et des personnes en soin.

    #psychiatrie #logique_comptable #économie

  • Avant d’envisager un second confinement, il faut peser l’impact psychologique du premier | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/195809/impact-psychologique-depression-troubles-anxieux-sante-mentale-confinement-cov

    Lors de la première semaine de confinement, la dépression passe brutalement à 19,9% (contre environ 10% habituellement) avant de diminuer à la fin du confinement. Les troubles anxieux sont passés de 15% habituellement à 26,7%. Les troubles du sommeil se sont maintenus à un niveau plus élevé que d’habitude durant toute la durée du confinement et s’y sont maintenus après le déconfinement.

    Prévalences et évolutions des indicateurs de santé mentale et des problèmes de sommeil (% pondérés), Enquête CoviPrev, France métropolitaine, 2020. | Santé publique France
    L’impact psychologique recoupe les inégalités sociales
    Comme Étienne, les personnes ayant vu leur santé mentale se dégrader le plus sont celles dans une situation financière très difficile ou ayant des antécédents. Les personnes souffrant de l’inactivité induite par le confinement étaient concernées par un état anxieux, tandis que les personnes à risque de développer une forme grave de Covid-19 étaient davantage concernées par un état dépressif.

    La première étude européenne réalisée à l’échelle d’un pays entier vient confirmer les résultats de Santé publique France. Menée par le psychiatre Nicolas Franck et se basant sur les réponses de 20.000 personnes, cette enquête s’est penchée sur le bien-être durant le confinement, qui souvent recoupe les fractures sociales. Être confiné·e dans un petit appartement sans accès à un espace extérieur ou encore avoir un enfant de moins de 10 ans étaient liés à un niveau de bien-être inférieur.

    « Il est plausible d’anticiper une augmentation des troubles anxieux généralisés [...] y compris chez les personnes indemnes jusque-là. »
    Nicolas Franck, psychiatre

    Les contacts sociaux étaient essentiels. Le fait de pouvoir travailler, même télétravailler était bénéfique au bien-être. Se retrouver isolé·e dans une petite surface était pire que d’être à plusieurs dans un logement de grande taille. Maintenir des contacts sociaux grâce au téléphone ou par SMS était salutaire « mais pas via les réseaux sociaux », précise Nicolas Franck dans un livre à paraître le 28 octobre, intitulé Covid-19 et détresse psychologique – 2020, l’odyssée du confinement. « Cette étude confirme le caractère superficiel de ces derniers et une utilité –en dehors bien entendu des modalités de discussion et directe par son, image ou même texte– essentiellement limitée au domaine du simple renforcement narcissique. »
    Les résultats du niveau moyen de bien-être étaient cohérents avec ceux obtenus hors de cette période de pandémie, sauf pour les étudiant·es qui présentaient des scores nettement inférieurs. Le sentiment d’incertitude quant à leur avenir était source de stress et d’altération de leur bien-être mental.

    « Le confinement a joué le rôle d’un facteur de stress. Il a altéré le bien-être de la population française, touchant plus fortement les étudiants, les personnes en invalidité et celles qui vivent dans les conditions les plus modestes, résume Nicolas Franck. L’augmentation du stress est susceptible de révéler les fragilités de chacun, il est plausible d’anticiper une augmentation des troubles anxieux généralisés, des dépressions, après le confinement, modes d’expression les plus fréquents d’une vulnérabilité psychique y compris chez les personnes indemnes jusque-là. Ceux qui présentaient déjà des troubles touchant ces dimensions ou d’autres –psychotique, maniaque, obsessionnel ou autre– courent le risque de voir leur pathologie s’aggraver. »

    Bref, ne pas dépister, tracer, isoler, prévenir, adopter une politique de réduction des risques est, par delà les décès, les syndromes covid, les « pertes de chance » pour des patients non covid, tout simplement destructeur.

    #crise_sanitaire #confinement #psychiatrie #santé_publique

  • Dominique Simonnot, journaliste du « Canard enchaîné », est nommée contrôleuse générale des prisons
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/10/05/une-journaliste-du-canard-enchaine-nommee-controleuse-generale-des-prisons_6

    Elle a rejoint l’hebdomadaire satirique en 2006, dans lequel elle publie chaque semaine une chronique judiciaire. Elle remplace Adeline Hazan partie à la mi-juillet.

    Le poste de contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, chargée de défendre les droits des détenus, était vacant depuis le départ à la mi-juillet d’Adeline Hazan, qui a occupé pendant six ans la direction de cette autorité administrative indépendante. La chroniqueuse judiciaire du Canard enchaîné Dominique Simonnot a été nommée par Emmanuel Macron pour la remplacer, a annoncé l’Elysée lundi 5 octobre.

    • La chroniqueuse judiciaire au Canard enchaîné, qui avait démarré sa carrière comme éducatrice à l’Administration pénitentiaire, a été nommée, lundi, au poste de contrôleuse générale des prisons par Emmanuel Macron.
      https://www.humanite.fr/dominique-simonnot-une-journaliste-au-chevet-des-prisonniers-694522

      Un joli défi pour une journaliste engagée. À 67 ans, Dominique Simonnot, chroniqueuse judiciaire au #Canard_enchaîné, a été nommée, lundi, au poste de contrôleuse générale des prisons par le président Emmanuel Macron. Pour celle qui a démarré sa carrière comme éducatrice à l’Administration pénitentiaire, c’est une sorte de retour aux sources, mais aussi la continuation d’une carrière marquée par l’attention aux exclus de la société. Arrivée en 1991 au quotidien Libération, elle y couvre des grandes affaires judiciaires, mais aussi la lutte des sans-papiers à l’époque de l’église Saint-Bernard. Elle s’intéresse aussi aux mal-logés et aux difficultés de la vie en #prison. Elle publie, en 2018, un très beau livre sur le parcours de combattant d’une enfant rom en France.

      De son intérêt pour ceux que la société rejette et de son goût pour les questions judiciaires, elle tire Carnets de justice, une chronique qui livre une observation à la fois savoureuse et tendre de la #justice du quotidien, celle des comparutions immédiates. Elle reprend cette formule au Canard enchaîné, qu’elle rejoint en 2006, après avoir quitté Libération en raison d’un désaccord avec la ligne prise par le quotidien. Avec ce nouveau poste, Dominique Simonnot a du pain sur la planche. Son prédécesseur, Adeline Hazan, qui a quitté son poste mi-juillet, a visité pendant son mandat quelque 900 établissements, dont 164 hôpitaux psychiatriques et 149 prisons. Elle devra surtout batailler avec un État de moins en moins regardant sur les conditions de détention qu’il impose et de plus en plus enclin à manier des rhétoriques populistes.

      Justice en France - une loterie nationale
      https://www.payot.ch/Detail/justice_en_france-dominique_simonnot-9782846750738

      Ce #livre est une adaptation des « Carnets de justice », une des plus célèbres chroniques de Libération, créée en 1998 par Dominique Simonnot. Si, dans le quotidien, chaque « Carnet » déroule une audience complète, l’auteur a choisi ici d’adopter un classement thématique, par type de délit - arnaques, outrages et rébellions, drogue, violences familiales... - ou par profession - avocats, juges et procureurs. Le constat n’en est que plus accablant. Car c’est un mythe bien établi qu’en France, la loi serait la même pour tous et que l’individualisation des peines ne profiterait qu’au justiciable. En s’attachant, loin des grands procès médiatiques, au petit théâtre des comparutions immédiates, les anciens flagrants délits, en donnant à entendre, sans les commenter, mais en les « montant », les paroles des prévenus, des avocats, des magistrats et de leurs auxiliaires, sans oublier les interventions de la salle, Dominique Simonnot fait voler ce mythe en éclats. Et l’on découvre comment, d’une ville à l’autre, d’un magistrat, d’un avocat ou d’un jour à l’autre, ce n’est pas toujours la même loi qui s’applique. C’est une pauvre (à tous les sens du terme) justice ordinaire qui s’exerce en France, justice humaine, bien trop humaine...

      Amadora - une enfance tzigane
      https://www.payot.ch/Detail/amadora-dominique_simonnot-9782021377057?cId=0

      Qui connaît en France la communauté des #Roms ? Qui sait ce qu’ils font, d’où ils viennent, quelles sont leurs attentes ? Qui s’est donné la peine de leur laisser la parole ? En brossant le portrait d’une jeune Tzigane vivant en Seine-Saint-Denis, Amadora Linguar, #Dominique_Simonnot déjoue les a priori qui résument notre vision de tout un peuple. Arrivée en France à 4 ans, Amadora est devenue la traductrice officielle de son campement, la seule à lire, écrire et parler un français impeccable. La petite fille s’occupe de ses frères et soeur, négocie le prix des matelas que son père ramasse dans la rue, discute avec les policiers, accompagne les adultes à l’hôpital ou chez le médecin, parlemente avec l’assistante sociale... A ses côtés, Dominique Simonnot a glané une foule d’histoires comiques ou effrayantes et rencontré des personnages hors du commun. A force de l’écouter, elle a eu envie de capter la voix de cette petite lutine studieuse pour raconter l’histoire d’une famille rom en France. Une famille où chacun porte en soi un mélange de nostalgie du pays, de lamentation mais aussi de malice et d’un humour au vitriol. Bref, voici les Roms comme on ne les a jamais vus.

    • Pourquoi Emmanuel Macron a choisi Dominique Simonnot, du « Canard enchaîné », comme contrôleuse des prisons
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/13/pourquoi-macron-a-choisi-une-journaliste-du-canard-enchaine-comme-controleus

      C’est Eric Dupond-Moretti, le garde des sceaux, qui a soufflé le nom de la journaliste au président de la République, à l’issue d’un casting riche en rebondissements.
      Par Jean-Baptiste Jacquin

      Annoncée le 5 octobre par le président de la République, la proposition de nommer Dominique Simonnot, journaliste au Canard enchaîné, au poste de contrôleuse générale des lieux de privation de liberté a surpris, tant sa personnalité apparaît « disruptive » , selon le terme cher à la Macronie.

      Celle qui tient chaque semaine la chronique « Coups de barre » devait savoir mardi 13 octobre si les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat donnent leur feu vert à sa nomination. Le dépouillement du vote non public des deux commissions doit se tenir de façon simultanée à 19 heures, dans la foulée du grand oral prévu devant chacune d’entre elles. « L’inconnue viendra du vote des députés et sénateurs de droite, les groupes La République en marche et la gauche devant approuver ce choix » , prédit un bon connaisseur du Parlement.

      Agée de 68 ans, Mme Simonnot connaît les contraintes de l’administration pénitentiaire pour y avoir débuté en tant qu’éducatrice, profession élargie depuis et transformée en conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation. Devenue journaliste en 1991, à Libération puis au Canard enchaîné depuis 2006, elle a sillonné les tribunaux du pays, notamment pour tenir sa chronique des comparutions immédiates, qui a alimenté deux livres et une pièce de théâtre. Son humour, grinçant au point de déstabiliser ses interlocuteurs qui ne savent pas toujours à quoi s’en tenir, et ses combats contre l’injustice et les malfaçons de la justice en font « une personnalité attachante mais clivante » , résume un magistrat qui la connaît bien.

      Poste vacant depuis le 17 juillet

      C’est pourtant à un tout autre profil qu’Emmanuel Macron avait pensé pour succéder à Adeline Hazan à la tête de cette autorité administrative indépendante, chargée de visiter avec un regard critique les prisons, hôpitaux psychiatriques où des personnes sont internées sans leur consentement, centres de rétention administrative, lieux de garde à vue et autres centres éducatifs fermés.
      L’Elysée avait prévu, a-t-on appris de bonne source, d’annoncer simultanément fin juin les noms de la journaliste Claire Hédon pour succéder à Jacques Toubon comme Défenseure des droits et du conseiller d’Etat Christian Vigouroux comme contrôleur général des lieux de privation de liberté. Mais le secrétariat général du gouvernement a exhumé in extremis deux jurisprudences du Conseil d’Etat sur la limite d’âge qui fragilisaient la nomination de ce grand commis de l’Etat, qui vient de fêter ses 70 ans.

      Aucun plan B n’avait été prévu. Le poste de contrôleur général est donc vacant depuis le 17 juillet. De quoi alimenter des inquiétudes sur la volonté politique de pourvoir cette fonction. L’ex-garde des sceaux Nicole Belloubet avait alors poussé la candidature de Laurence Vichnievsky, ancienne juge d’instruction aujourd’hui députée MoDem du Puy-de-Dôme. Mais Eric Dupond-Moretti, nommé ministre de la justice le 6 juillet, a fait rapidement connaître, selon nos informations, ses réticences, même si cette nomination relève d’une prérogative du chef de l’Etat.

      Plusieurs candidatures, notamment de magistrats, se sont manifestées ou ont été évoquées, comme celle de Yaël Braun-Pivet, la présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale, écartée en juillet de la course à la présidence du groupe La République en marche au Palais-Bourbon. L’ex-avocate a marqué son intérêt pour le thème de la prison depuis son élection dans les Yvelines avec la vague macroniste de juin 2017. Mais nommer une députée fidèle à Emmanuel Macron à la tête d’une autorité censée être indépendante de l’exécutif présentait un risque politique.

      « Une idée très gonflée »

      Le chef de l’Etat et le garde des sceaux se sont alors accordés sur un nom, celui de Florence Aubenas, a-t-on appris d’une source proche de l’Elysée. Mais, grand reporter au Monde depuis 2012, la journaliste, qui avait présidé l’Observatoire international des prisons entre 2009 et 2012 après être passée par Libération et Le Nouvel Observateur, a décliné la proposition.

      C’est Eric Dupond-Moretti qui a finalement soufflé à Emmanuel Macron le nom de Dominique Simonnot, a-t-on appris de sources concordantes. L’ex-avocat et la journaliste se connaissent depuis longtemps. « Une idée très gonflée » , relève un bon connaisseur du Contrôleur général des lieux de privation de liberté, « mais qui a du sens » . D’ailleurs, l’Elysée a préféré s’assurer, avant de valider ce choix, que la direction de l’administration pénitentiaire n’y voyait pas un casus belli.

      Son indépendance à l’égard du gouvernement ou du parti présidentiel ne peut pas être mise en défaut. C’est elle, par exemple, qui a révélé dans Le Canard enchaîné du 23 octobre 2019 la note adressée à Matignon par un conseiller du cabinet de Nicole Belloubet, demandant d’identifier les villes ciblées par la majorité à l’approche des élections municipales afin d’adapter en conséquence le rythme des annonces en matière de jeu de chaises musicales entre les tribunaux.

      L’un des enjeux de ce mandat de six ans, non renouvelable, sera de s’assurer que les recommandations sur la dignité des conditions de détention formulées par la Cour européenne des droits de l’homme, lors de la condamnation historique de la France le 30 janvier, soient suivies d’effet.

      #prisons #psychiatrie #CRA

  • Les troubles du compartiment du gouvernement: après la T2A, voici la T2C-psy | Mathieu Bellahsen, Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/130920/les-troubles-du-compartiment-du-gouvernement-apres-la-t2a-voici-la-t

    Vous avez aimé la T2A (tarification de l’activité), vous aimerez sa petite soeur la T2C-psy qui est prévue pour janvier 2021. La réforme du financement de la psychiatrie va donner naissance à ce monstre discret et destructeur.

    Ils nous l’avaient juré sur leurs grands dieux, la santé échapperait désormais au principe de la concurrence et de la rentabilité. Des réformes structurelles allaient s’imposer au sortir de la crise COVID... Certains ont cru au Ségur de la Santé. La grande stratégie de communication, toujours la même (grand débat, grenelle, convention citoyenne…), en plus d’accoucher d’une souris a montré le déplorable spectacle de cette démocratie représentative. Où comment certains syndicats professionnels peuvent se coucher pour quelques euros, quelques primes ou quelques avantages catégoriels en criant à la victoire alors que l’argent débloqué est là pour aggraver la situation de catastrophe, tout en divisant les professionnels.

    Et les réformes de fond se poursuivent. « Le train des réformes » nous dit-on. Ce « snowpiercer » de l’État néolibéral fonce et carbure à la destructivité de ce qui fait le lien social dans la société : éducation, justice, santé…

    En psychiatrie, c’est la mère des réformes qui arrive : celle du financement. Elle doit s’imposer dès janvier 2021. En touchant aux cordons de la bourse ce sont les pratiques, toutes les pratiques dans tous les lieux de soin (public, privé non lucratif) qui vont se transformer pour s’adapter à cette nouvelle donne.

    Encore une fois ce cadre de réforme est présenté comme innovant et plus juste. Et encore une fois, comme pour la réforme des retraites, celle de l’assurance chômage, ou les ordonnances de la loi Travail, la future loi est une contre réforme réactionnaire. Elle a pour but de privatiser toujours plus, de faire plus avec moins et surtout de passer sous silence les grands abandonnés du nouveau financement : les patients les plus gravement malades, les plus précaires, ceux qui ont besoin de soins dans la durée. [...]

    Les vers se nomment « file active » (plus vous voyez de personnes dans l’année mieux c’est, donc mieux vaut voir 1 fois 1000 personnes que 10 fois 100 personnes), « qualité du codage » (vous touchez d’autant plus d’argent que vous remplissez les critères de qualité définis arbitrairement par les tutelles pour contraindre les soins dans un sens court termiste et d’ubérisation, c’est-à-dire d’orientation vers des plateformes plutôt que vers des institutions), « recherche », « activité nouvelle » et j’en passe.

    Qu’est-ce qui donne envie de croquer dans ce fruit me direz-vous ? Et bien, l’enrobage « géo-populationnel », vernis sucré de cette réforme qui est là pour lui faire ressembler à une belle pomme d’amour toute rouge et toute brillante. Si la réforme du financement en psychiatrie était la sorcière dans Blanche Neige, le compartiment géo-populationnel serait sa pomme. Et beaucoup croquent dedans car depuis des décennies, certaines régions, certaines villes, certains secteurs ont plus de moyens que d’autres sans que cela ne puisse s’expliquer raisonnablement. Mais dans ce compartiment géo-populationnel, le financement pour le public diminue d’autant qu’il existe une offre privée lucrative et non lucrative sur le territoire.

    Et plutôt que de tout rééquilibrer à la hausse puisque « la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine », comme on le dit dans les médias, et la pédo-psychiatrie son enfant oublié, eh bien que nenni, tout le monde devra être mis au pas de la nouvelle psychiatrie plateformisée, celle qui se marie si bien avec les réformes néolibérales. Et sans surprise, les grands gagnants sont ceux qui ont un modèle de soin congruent au modèle néolibéral, à savoir les centres hospitalo-universitaires (CHU) qui, en psychiatrie, s’adonnent aux centres experts et à la promotion de telles plateformes privatisées pour la mise en place de soins. Et donc, encore une promotion pour FondaMental et l’institut Montaigne dans ce grand bond en avant qu’est celui de la destruction d’un service public de proximité, accessible, accueillant tout le monde quelque soit son diagnostic, sa sévérité et son niveau de ressources sociales.

    #psychiatrie

  • Psychiatrie en résistance - Le site du journal L’age de faire
    https://lagedefaire-lejournal.fr/psychiatrie-en-resistance

    Selon l’idéologie néolibérale, les dépenses de #psychiatrie sont des dépenses inutiles, pour des gens inutiles – voire dangereux. Protocoles, certifications… On réduit le temps dédié à la relation avec les personnes, on enferme de plus en plus, et on augmente les doses de médicaments. Les soignants en perdent le sens de leur travail.

  • La #psychiatrie, une arme de combat pour dépasser la race. #Frantz_Fanon de Lyon à #Blida en passant par #Saint_Alban.
    https://www.franceculture.fr/emissions/grandes-traversees-frantz-fanon-lindocile/la-psychiatrie-une-arme-de-combat-pour-depasser-la-race-frantz-fanon-d

    Si Fanon est considéré comme un penseur politique de la domination coloniale, il est avant tout psychiatre. C’est avec ses yeux de soignant qu’il aborde la situation des relations interraciales aussi bien aux Antilles, en France qu’en Algérie pendant sa guerre de libération.

  • Hégémonie psychiatrique : une théorie marxiste de la maladie mentale - ★ ZINZIN ZINE ★
    http://www.zinzinzine.net/hegemonie-psychiatrique-theorie-marxiste-de-la-maladie-mentale.html

    Dans Hégémonie psychiatrique : Une théorie marxiste de la maladie mentale*, Bruce Cohen ouvre de nouvelles perspectives. Il explique le pouvoir et l’influence croissante de la #psychiatrie par son utilité pour le système capitaliste – plus elle est utile, plus elle reçoit de pouvoir, et plus son pouvoir est grand, plus elle devient utile. Plus précisément, il effectue une analyse du DSM-1 jusqu’au DSM-5 afin de montrer comment la psychiatrie a contribué à la transition néolibérale du #capitalisme, obtenant davantage de pouvoir et de prestige par la même occasion. Annotations :

    Cohen conteste la théorie selon laquelle la soif de profit de l’industrie pharmaceutique serait le moteur principal de l’autorité ou de l’« hégémonie » croissante de (...)

    #controle_social #sexisme #_.livres #_Bruce_Cohen #jeunes #discipline #travail #oppression

  • Calls to mental health services in Victoria double as strain of Covid-19 lockdown shows | Australia news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/australia-news/2020/jul/09/calls-mental-health-services-victoria-double-covid-19-lockdown-strain-c
    https://i.guim.co.uk/img/media/a1737ff6db4107ca4d6001de394a4fab1d57ceb0/19_770_3626_2176/master/3626.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    “The reintroduction of stage three restrictions in Victoria [is] just really exacerbating this and I think there is a really low mood and a sense of real uncertainty … There’s a lot of concern, stress, worry, anxiety, and that’s really having a toll on people’s mental health and wellbeing.”

    While the government measures were important to maintain public health, Harman said many people felt like they were going backwards.

    “I think it’s feeling for a lot of people like a real kick in the guts,” she said. “Most people had done the hard yards and were following the public health advice, and obviously, there’s a really worrying rate of community transmission … but that’s just really frustrating and a bit overwhelming.”

    While both the federal and state governments had announced significant funding boosts to mental health support services during the pandemic, Guardian Australia contacted both for comment about whether greater support was needed given the latest developments in Victoria.

    #santé_mentale #psychiatrie #reconfinement #Australie

  • Enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie. Pour construire la grève des données. Printemps de la psychiatrie, avril 2020
    https://printempsdelapsychiatrie.files.wordpress.com/2020/04/enquc3aate-militante-sur-les-logiciels-de-recueil-de-donnc3a9es-en-psychiatrie.pdf

    C’est quoi, aujourd’hui, le rond-point de la psychiatrie ? »
    Question posée par une participante aux semaines de la Folie Ordinaire Franciliennes

    « Dix ans de travail acharné de toute une équipe ... simplement pour un sourire ! Je les avais applaudis, ça valait la peine. Un dis- cours pareil, il y a des gens qui ne le comprendront jamais. Et ce ne sont même pas des utilitaristes à la Stuart Mill. C’est bien plus terrible que ça ; parce que Stuart Mill était un peu demeuré. Mais ceux-là pas, ce sont des technocrates bien formés ! »
    Jean Oury, Séminaire de Sainte Anne – Le Collectif

    L’enquête qui suit est le fruit de nombreux échanges au sein de la Commission contre les outils gestionnaires (réunissant des soignants travaillant en psychiatrie et des personnes issues d’autres secteurs) créée pendant le Printemps de la Psychiatrie . Elle se veut être une contribution à la lutte contre la destruction d’une psychiatrie publique à visage humain, basée sur l’accueil, l’écoute et la relation. Cette lutte s’inspire des expériences d’accueil de la souffrance psychique ouvertes entre autres par le désaliénisme (Bonnafé) et la psychothérapie institutionnelle (Tosquelles) ainsi que de toutes les tentatives qui ont poussé à une modification des possibles en psychiatrie. L’idée du secteur tel qu’il a été mis en place dès 1960 doit rester que chacun, quels que soient son lieu d’habitation et sa situation sociale, puisse avoir accès à des soins psychiques de qualité (Delion).

    Nous nous inscrivons dans un champ de pratiques hétérogènes qui respectent la singularité, l’histoire et le vécu des patients. Des pratiques qui tiennent compte de la globalité du sujet et de l’intrication du vécu psychique, propre à son histoire, avec ses conditions d’existence, relevant quant à elles de l’environnement social et politique. Car sans la prise en compte de la double aliénation psycho-sociale du sujet, le psychiatre finit par se prendre pour le psychiatre et le fou n’a plus qu’à se prendre pour le fou (Oury). Autrement dit, « sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît » (Tosquelles). À ce titre, nous nous inscrivons en opposition à la réduction de l’action thérapeutique à un simple abaissement des symptômes pour « stabiliser » les patients par le seul recours aux médicaments (psychotropes, neuroleptiques, antidépresseurs etc.) ou aux actions de type remédiations cognitives et autres approches comportementales qui ont pour but la réinsertion et la normalisation des comportements déviants.

    Nous prenons aussi pour acquis qu’à l’instar de toute institution, si l’institution psychiatrique ne fait pas l’objet d’une analyse critique quotidienne par celles et ceux qui y travaillent, elle devient nocive pour les patients qui y séjournent, par le truchement de mécanismes d’autoconservation et la potentialisation de dérives perverses et maltraitantes. Cet héritage culturel et théorique constitue l’arrière-plan à partir duquel se tissera la réflexion de cet article autour des logiciels de recueil de données en psychiatrie.

    #enquête_militante #psychiatrie

  • « La situation de la psychiatrie en France est passée de grave à catastrophique »,Jean de Kervasdoué (économiste de la santé, il a été directeur des hôpitaux au ministère de la santé de 1981 à 1986. Daniel Zagury (psychiatre, expert auprès de la cour d’appel de Paris).
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/01/la-situation-de-la-psychiatrie-en-france-est-passee-de-grave-a-catastrophiqu

    Parce que l’Etat maintient sur ce secteur une pression financière « à l’exclusion de toute autre vision », il laisse le personnel, médecins et soignants, livré à lui-même et croulant sous le poids des tâches administratives, déplorent l’économiste Jean de Kervasdoué et le psychiatre Daniel Zagury dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. Les partis politiques n’abordent les questions de santé que sous leur aspect économique et financier. Il y a fort à parier que, après le choc de l’épidémie de Covid-19, il ne sera pas dit grand-chose de la santé mentale qui, à notre connaissance, n’est pas à l’agenda du Ségur de la santé (lancé le 25 mai https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/25/segur-de-la-sante-sept-semaines-pour-refonder-le-systeme-de-soins-francais_6). Pourtant, depuis une décennie, la situation est passée de grave à catastrophique. Certes, de tout temps, la folie – terme aujourd’hui refoulé – a dérangé, mais le rejet collectif du différent, de l’anormal dans une société du bien-être n’explique pas à lui seul la persistance du massacre. Certes, la reconnaissance publique par Agnès Buzyn [ ministre de la santé de mai 2017 à février 2020 ] de l’abandon de la psychiatrie a dégagé l’Etat d’une posture perverse de déni, mais, sur le fond, rien n’a changé.

    Pour prendre en charge les 2,1 millions de patients suivis par les « secteurs » psychiatriques, une organisation très particulière et spécifique a été conçue dans les années 1960 : le secteur psychiatrique. Le suivi des patients est géographique ; la prise en charge est globale et, pour y parvenir, le secteur dispose d’une équipe, d’un service d’hospitalisation et de très nombreuses autres formes de prise en charge : hôpital de jour, hôpital de nuit, centre de consultation médico-psychologique (CMP), centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP)… Le financement provient d’une dotation globale annuelle plus contrainte encore, depuis 2011, que celle de l’hospitalisation traditionnelle. Si, en principe, l’égalité règne, la réalité depuis vingt ans est scandaleusement autre, car certains secteurs n’ont plus de psychiatres ! Plus de 1 000 postes ne sont pas pourvus, soit de l’ordre de 20 % des postes du secteur public.

    Présence soignante réduite au minimum

    La politique menée depuis trois décennies consiste à prétendre, sous couvert de déstigmatisation, que la psychiatrie serait une spécialité médicale comme les autres. Ainsi, les hôpitaux psychiatriques ont perdu leur qualificatif et sont devenus des « centres hospitaliers ». Il n’y a plus de concours particulier pour devenir psychiatre ; le choix de cette spécialité, après le concours de l’Internat, dépend donc du rang de classement, comme si l’on choisissait d’être psychiatre parce que l’on n’avait pas pu devenir chirurgien ! Une partie des postes offerts à l’internat n’ont pas de candidats.

    Il n’y a plus non plus de formation spécifique des infirmiers psychiatriques [supprimée en 1992 par un gouvernement socialiste, ndc]. Les dimensions relationnelles et institutionnelles, dans la formation des jeunes psychiatres, ont disparu ; on a réduit au minimum la présence soignante en imposant des tâches bureaucratiques chronophages et débilitantes ; on a dépouillé le chef de service de tout pouvoir sur sa propre équipe ; on a cassé le binôme mythique chef de service-cadre infirmier supérieur, qui depuis Pinel et Pussin [respectivement médecin aliéniste et surveillant à l’asile Bicêtre puis à la Salpêtrière, à Paris, à la fin du XVIIIe siècle], organisait le soin, en faisant basculer les cadres vers l’administratif ; on a transformé chaque garde en enfer : il ne s’agit plus d’examiner et de soigner, mais de débarrasser les urgences de malades transformés en « patate chaude » et de faire du psychiatre de garde un « bed manager » , cherchant désespérément des lits pendant toute la nuit.

    La psychiatrie est une discipline médicale complexe, dont le meilleur a toujours consisté dans un regard en plusieurs registres et dans une écoute en plusieurs dimensions. La psychiatrie est bio-psycho-sociale, ce qui d’ailleurs pose des problèmes très particuliers dans l’enseignement et la recherche de cette discipline. La césure entre les universitaires et les praticiens y est d’ailleurs forte. En effet, les universitaires sont par essence spécialisés et, de surcroît, leur conception de la discipline varie considérablement d’une université à l’autre, voire d’un enseignant à l’autre, alors que la pratique d’un psychiatre de secteur doit être intégrative [faire intervenir diverses disciplines pour répondre aux besoins spécifiques du patient].

    Des procédures très lourdes

    Mais ce n’est pas tout, et l’histoire décernera certainement une mention particulière à Nicolas Sarkozy. Après le meurtre d’un étudiant par un malade mental en 2008 à Grenoble, il a en effet clairement laissé entendre que les malades mentaux faisaient courir un danger à la population https://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/02/sarkozy-promet-70-millions-d-euros-aux-hopitaux-psychiatriques_1126055_3224. et a notamment modifié « l’hospitalisation sans consentement ». Sans entrer dans les détails, sous couvert de donner plus de liberté aux malades, les procédures sont devenues très lourdes et impliquent certes les psychiatres, mais aussi le directeur de l’établissement, le préfet et surtout le juge des libertés et de la détention. La complexité et l’inutilité de certaines de ces obligations ont accru le poids du travail des administrations hospitalières, transformé les secrétariats médicaux en greffes de tribunaux et les dossiers médicaux en pièces judiciaires. On a imposé à la psychiatrie un schéma narratif qui n’est pas le sien.

    Au temps de la mise en place du secteur psychiatrique (1960-1985), « les décideurs de la santé » venaient rencontrer les soignants, discuter avec eux. Nous n’étions pas « les uns contre les autres ». Ils n’étaient pas murés dans leur bureau, devant des tableaux Excel, à produire des recommandations, des protocoles, des procédures, des programmes, des guides de bonnes pratiques… On n’imposait pas d’interminables réunions sur la certification et sur les processus qualité à des médecins constatant chaque jour l’effondrement de la qualité des soins. On ne distribuait pas de livret d’accueil à des patients scandaleusement contentionnés plusieurs jours aux urgences faute de lits ! L’hôpital est devenu fou de cette coupure et de cette hostilité entre ceux qui gèrent et ceux qui soignent, comme de cette logique descendante de schémas abstraits supposés miraculeusement s’adapter au terrain.

    Face au désastre désormais reconnu, il faut contraindre l’Etat à sortir de sa posture perverse. L’Etat « pervers », c’est celui qui maintient la pression financière, à l’exclusion de toute autre vision ; qui clive les « décideurs » et les exécutants ; qui multiplie les missions de service public, sans se préoccuper de leur faisabilité ; qui laisse en bout de course l’aide-soignant, l’infirmier ou le psychiatre assumer les dysfonctionnements, quand il ne les leur impute pas. Certains se sont suicidés de devoir porter sur leurs épaules les conséquences de ce qu’ils n’ont cessé de dénoncer dans l’indifférence. Croire que quelques insultantes médailles en chocolat pour les valeureux guerriers du Covid ou quelques augmentations de salaire vont suffire, c’est tout simplement n’avoir rien compris à ce que nous a montré la pandémie, sur fond de crise ancienne de la psychiatrie.

    L’homme qui a libéré les fous. Marie Didier conte les origines de la psychiatrie à partir du destin extraordinaire de Jean-Baptiste Pussin.
    https://www.lemonde.fr/livres/article/2006/04/06/l-homme-qui-a-libere-les-fous_758683_3260.html

    La psychiatrie « au bord de l’implosion » en France https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/18/la-psychiatrie-publique-au-bord-de-l-implosion_5511845_3224.html

    Sauver la psychiatrie publique
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/19/sauver-la-psychiatrie-publique_5512277_3232.html

    Covid-19 : la crainte d’une « deuxième vague psychiatrique »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/13/covid-19-la-crainte-d-une-deuxieme-vague-psychiatrique_6039495_3224.html

    #folie #psychiatrie (destruction de la) #soin

    • Outre les articles cités par Le Monde (ci-dessus), des repères historique : PSYCHOTHÉRAPIE INSTITUTIONNELLE et FORMATION INFIRMIÈRE - CIRCONSTANCES - NAISSANCE - RÉFÉRENCES -http://psychiatriinfirmiere.free.fr/psychotherapie-institutionnelle/formation-infirmiere.htm
      Voir en particulier les années 80 (la suppression de 40 000 lits en psychiatrie est programmée en 1982)

      Jean de Kervasdoué aurait des remords ?
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Kervasdoué#Parcours_et_réalisation

      Jean de Kervasdoué est directeur des hôpitaux au ministère de la Santé, de 1981 à 19863. Ce poste correspondant aujourd’hui à celui de directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins, l’une des principales directions du ministère de la Santé.

      Il met en œuvre une réforme du mode de financement des hôpitaux publics. Auparavant, le budget des établissements hospitaliers était calculé sur la base d’un prix de journée, et chaque journée passée par un malade dans un hôpital était facturée selon un tarif national à l’Assurance Maladie. Il supprime ce mode de financement et impose le budget global. À partir de 1983, à chaque établissement est attribué un budget annuel, augmenté chaque année selon un indice de revalorisation.

      Parallèlement à cette réforme du financement, il introduit à l’hôpital le Programme de médicalisation des systèmes d’information, ou PMSI. Il s’agit d’un cadre de recueil et d’analyse précis des actes réalisés par les hôpitaux. Ce système, introduit en 1983 n’est généralisé qu’à partir de 1995. C’est à partir de la mise en œuvre du PMSI que la tarification à l’activité est développée.

      Le PMSI, genèse de la T2a extrait de Enquête militante sur les logiciels de recueil de données en Psychiatrie. Pour construire la grève des données.
      https://printempsdelapsychiatrie.files.wordpress.com/2020/04/enquc3aate-militante-sur-les-logiciels-de-recueil-de-donnc3a9es-en-psychiatrie.pdf

      Ces instruments de gestion sont intégrés au Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information (PMSI), présenté comme un outil de description et de mesure médico-économique de l’activité hospitalière, propulsé par Jean de Kervasdoué dès 1982 alors qu’il est responsable de la Direction des Hôpitaux. En plus d’avoir été directeur des Hôpitaux de Paris, Jean de Kervasdoué a été économiste de la santé, titulaire de la chaire d’économie et de gestion des services de santé du CNAM et membre de l’Académie des Technologies. Ce technocrate zélé est très engagé contre les écologistes, il dénigre le principe de précaution défendu par ces derniers et écrit à son encontre un réquisitoire en 2011 !. Par ailleurs, Jean de Kérvasdoué vante les mérites du tout nucléaire et déclare que « les OGM sont un bienfait pour l’humanité » ou encore que « l’utilisation actuelle des pesticides n’est pas dangereuse pour la santé ». Oui... un type formidable qui gagne à être connu, notamment comme le promoteur du... PMSI !

      Après une période de tests et d’affinement du programme dans des hôpitaux pilotes, la loi du 31 juillet 1991 portant réforme hospitalière stipule : « les établissements de santé publics et privés doivent procéder à l’analyse de leur activité médicale ». Ces établissements doivent transmettre aux services de l’État et à l’Assurance maladie « les informations relatives à leurs moyens de fonctionnement et à leur activité » selon les articles L. 6113-7 et L. 6113-8 du code de la santé publique. À cette fin, ils doivent « mettre en œuvre des systèmes d’information qui tiennent compte notamment des pathologies et des modes de prise en charge ». En l’occurrence, ces Systèmes d’Information ne sont
      rien d’autre que les outils informatiques.

      Le PMSI va alors permettre un recueil de données médicales et économiques : « médicale, car son premier niveau de classification est fondé sur des critères médicaux et économiques, car les séjours classés dans un même groupe ont, par construction, des consommations de ressources voisines ».
      Le « groupe » dont il est ici question est ce que l’on retrouve sous l’appellation de Groupe Homogène
      de Malade (GHM) et nécessite le recours à l’informatique pour gérer des données sinon trop complexes à traiter : « l’application de l’algorithme de groupage est réalisée à l’aide d’un outil logiciel : la fonction de groupage , produite par l’Agence Technique de l’Information sur
      l’Hospitalisation (ATIH) chaque année. » Cette notion de GHM est très importante et son origine est significative. Aux Etats-Unis, à la fin des années 70, les assureurs privés veulent disposer d’une facturation individualisée des séjours hospitaliers. Un économiste de la santé, le Dr Fetter, propose en 1979 le système des Diagnosis Related Groupes (DRG) ou Groupe de Diagnostics Analogues dans lequel le diagnostic principal, celui de la maladie dont le traitement organiserait le séjour, est censé « expliquer » le coût de l’ensemble du séjour.
      C’est Jean de Kervasdoué qui importe ces DRG « qu’il a découvert lors de son passage à l’université de Cornell, aux Etats Unis, [et] qui constitueront l’architecture du système d’information et de financement de l’hôpital pour les décennies suivantes ».

      On voit bien ici comment l’informatisation de la santé est un enjeu de taille pour les néolibéraux et
      les marchés financiers. En effet, ce sont les GHM qui permettent de définir un coût moyen complet
      ainsi que la décomposition de ce coût en composantes (personnel médical, infirmerie, consommables
      etc.) permettant de faire varier les dépenses en fonction d’un nouveau protocole ou d’une nouvelle
      thérapeutique33 afin de dégager du temps pour de nouvelles activités et rentabiliser l’hôpital en le
      maintenant à « flux tendu ». On peut à ce titre parler d’une véritable taylorisation de la santé. En 1989
      sont alors créés les Départements d’Information Médicale (DIM) qui, au sein de chaque
      établissement de santé, œuvrent à la collecte et au bon déroulement du recueil des données médicales
      avant de les transmettre à l’ATIH. Il faut tout de même savoir que des médecins sont responsables de
      ces « unités » à temps plein. Des médecins qui ne voient pas de patient. Ils traitent uniquement des
      données ! Le PMSI permettrait selon ses promoteurs de disposer du coût réel des hospitalisations en France, « données essentielles aux études médico-économiques ». Il serait supposé, de ce fait, être un « outil de réduction des inégalités de ressources entre établissements de santé » ,entre départements et entre régions.
      Et c’est la formation des GHM, dans le cadre du PMSI, qui a permis d’opérer « la transformation des coûts moyens par séjours en tarifs » dont va logiquement découler la création de la Tarification à l’Acte (#T2a) en 2004.

      #économie #santé #taylorisation #informatisation_de_la_santé

  • Schuld ohne Sühne: „Auf Wiedersehen im Himmel“ | DW | 25.06.2020
    https://diasp.eu/p/11264614

    Schuld ohne Sühne: „Auf Wiedersehen im Himmel“ | DW | 25.06.2020

    Ein deutscher Dramaturg will den Tod seines Urgroßvaters rekonstruieren. Die Spur führt zu einer psychiatrischen Anstalt in Polen - und in eine Zeit, als dort ein Deutscher Verwaltungsdirektor war. Schuld ohne Sühne: „Auf Wiedersehen im Himmel“ | DW | 25.06.2020 #Polen #Deutschland #Generalgouvernement #Psychiatrie #Euthanasie #Nazis #Konzentrationslager #Auschwitz

    • En matière d’accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques, l’heure est au changement de paradigme. Au Centre de formation au rétablissement (Cofor), à Marseille, ce sont les primo-concerné·es qui échangent autour de nouvelles pratiques répondant à leurs besoins, chacun·e apprenant des connaissances des autres. Tour d’horizon.

      À l’époque de mes hospitalisations, au début des années 2000, la psychiatrie publique ne débordait pas d’imagination. Les interlocuteurs potentiels étaient facilement identifiables mais jamais disponibles, le médicament se chargeait de vous rendre gérable par l’institution, les ateliers proposés devaient mollement vous occuper la semaine, le circuit de soins à la sortie était bien balisé. De l’atelier animé par le pharmacien du Centre médico-psychologique (CMP) aux séances de visionnage de VHS avec les mamies à l’hôpital de jour, l’ennui prédominait. Ça ne débordait pas d’enjeux.

      Les temps ont bien changé, à commencer par le vocabulaire. Tout d’abord, on ne parle plus de « malade psychiatrique » et plus trop de « personne en situation de handicap psychique », puisque maintenant vous pouvez être « usager en santé mentale ». Même si ce terme ne dit rien du foisonnement et du chaos intérieur, même s’il ne vous fait plus exister qu’au vu de votre relation avec les institutions, il a l’avantage de faire de vous quelqu’un de respectable, qui a des droits – un client, presque...

      On vous dit de moins en moins que « la guérison, c’est pas pour vous » – le rétablissement semble plus accessible, voire plus souhaitable. Occupant une place centrale dans ce processus, la personne concernée va être accompagnée pour retrouver l’estime d’elle-même, pour conforter ses capacités à agir et à prendre des décisions, pour améliorer son bien-être et étoffer ses relations affectives, pour exercer des rôles sociaux gratifiants, défendre sa peau.

      #psychiatrie #soin

  • Dans l’enfer de la psychiatrie covidienne | Cécile Kiefer
    http://cqfd-journal.org/Dans-l-enfer-de-la-psychiatrie

    Tout autant que les autres services médicaux, l’hôpital psychiatrique est à l’agonie depuis des années. Il n’a pas non plus été épargné par le Covid-19. Pourtant, tout au long de la crise sanitaire, il est resté cantonné au silence. Pire, les murs de l’asile n’attendaient que cet épisode pour se redresser, condamnant les patients à encore plus d’enfermement dans l’enfermement. Source : CQFD

  • « Unsere heutige Gesellschaftsform produziert sehr viele Störungen » | Telepolis
    https://www.heise.de/tp/features/Unsere-heutige-Gesellschaftsform-produziert-sehr-viele-Stoerungen-4667052.html

    Der Psychologieprofessor und Bestsellerautor Paul Verhaeghe erklärt, dass Umwelt, psychische und körperliche Gesundheit stärker zusammenhängen, als wir das bisher dachten

    Paul Verhaeghe ist Professor für Psychodiagnostik an der Universität Gent in Belgien. Im ersten Teil des Gespräches ging es darum, wie Psychologie und Psychiatrie auf soziale Anpassung abzielen. Jetzt fahren wir mit dem Nutzen pharmakologischer Behandlungen fort.
    ...
    Gegen Ende würde ich gerne noch darauf hinaus, wie wir Ihrer Meinung nach den bisher besprochenen Herausforderungen der psychischen Gesundheit begegnen sollten. Welche Lösungsansätze schlagen Sie vor?

    Paul Verhaeghe: Wir dürfen sicher nicht die Fehler der Anti-Psychiatrie aus den 1960er Jahren wiederholen. Damals wurden alle Menschen mit Problemen als Opfer einer schlechten Gesellschaft dargestellt. Die Vertreter dieser kritischen Strömungen stellten sich sozusagen zusammen mit den Patienten vor die Klagemauer. So hilft man aber niemandem.

    Ich denke, dass wir zwei Dinge tun müssen: Einerseits dem individuellen Patienten helfen - dann aber bitte anders, als es heute so oft geschieht. Heute wird zu viel auf die Symptome geschaut und zu wenig nach den Ursachen gesucht. Und diese gehen immer über das Individuum hinaus und haben auch mit der Umgebung zu tun. Dann stellt sich die Frage, wie man dem oder der Betroffenen dabei helfen kann, etwas an dieser Umgebung zu verändern. In der Praxis funktioniert das auch. Ich arbeite schon lange nicht mehr nur individuell, sondern kontextuell, aber immer noch aus meiner psychoanalytischen Perspektive heraus.

    https://de.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie
    https://en.wikipedia.org/wiki/Anti-psychiatry

    #psychiatrie #Belgique #iatrocratie #antipsychiatrie #histoire

  • Maintien à l’isolement d’une personne hospitalisée sans son consentement : le Conseil constitutionnel exige l’intervention d’un juge
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/06/19/maintien-a-l-isolement-d-une-personne-hospitalisee-sans-son-consentement-le-

    La haute juridiction laisse au législateur jusqu’au 31 décembre pour modifier le texte en organisant ce contrôle du juge afin d’encadrer le maintien à l’isolement ou en contention « au-delà d’une certaine durée ».

    [...] La haute juridiction était saisie d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) contre la loi du 26 janvier 2016 qui établit un cadre pour le recours à l’isolement ou la mise sous contention d’une personne hospitalisée en psychiatrie sans consentement.
    Le requérant, lui-même hospitalisé à plusieurs reprises, reprochait au texte de ne pas respecter l’article 66 de la Constitution qui exige que toute privation de liberté soit placée sous le contrôle de l’autorité judiciaire.
    Lors de l’audience, son avocat, Raphaël Mayet, avait qualifié ces placements à l’isolement et sous contention de « degré ultime de l’atteinte aux libertés » , et déploré que cela se fasse sans la protection d’un juge et sans recours possible. « C’est le seul îlot d’atteintes aux libertés exonéré de contrôle juridictionnel effectif », avait-il ajouté.

    Le Conseil constitutionnel relève que « le placement à l’isolement ou sous contention (…) ne peut être décidé que par un psychiatre pour une durée limitée lorsque de telles mesures constituent l’unique moyen de prévenir un dommage immédiat ou imminent pour la personne ou autrui » . La mise en œuvre de ces mesures doit faire l’objet « d’une surveillance stricte » des professionnels de santé. Un registre doit être tenu pour veiller à la traçabilité des mesures d’isolement et de contention, et l’établissement doit établir un rapport annuel pour en limiter le recours.

    Pour le Conseil constitutionnel, la loi fixe ainsi des garanties pour que ces mesures soient « adaptées, nécessaires et proportionnées à l’état de la personne qui en fait l’objet » .[...]

    « Si le législateur a prévu que le recours à isolement et à la contention ne peut être décidé par un psychiatre que pour une durée limitée, il n’a pas fixé cette limite ni prévu les conditions dans lesquelles au-delà d’une certaine durée, le maintien de ces mesures est soumis au contrôle du juge judiciaire » , écrit le Conseil constitutionnel. La haute juridiction a laissé au législateur jusqu’au 31 décembre pour modifier le texte en organisant ce contrôle du juge.

    #hospitalisation_sans_consentement #psychiatrie #isolement #contention #contrôle_du_juge_judiciaire

  • Hôpitaux psychiatriques : l’indignation d’Adeline Hazan sur les conditions de confinement des patients
    https://www.franceinter.fr/hopitaux-psychiatriques-l-indignation-d-adeline-hazan-sur-les-conditions

    Alertée sur des « violations graves des droits des personnes » dans un établissement public de santé mentale du Val-d’Oise, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté a organisé une visite « surprise » le 18 mai dernier. Elle a permis de constater des traitements indignes, décrits dans un rapport cinglant.

    En venant visiter l’établissement Roger Prévot de Moisselles (dans le Val-d’Oise) avec trois de ses collaborateurs, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté ne s’attendait sans doute pas à un si triste spectacle. Des patients privés de leurs effets personnels, habillés d’un pyjama en tissu déchirable, parfois sans sous-vêtements. Des chambres sans douche, sans télé ni radio, sans horloge, voire sans chaise (sauf pour les repas). Et surtout, des patients parfois « enfermés à clé 24 heures sur 24 », sans aucune décision liée à leur état psychiatrique et « dans des espaces dangereux car non aménagés à cet effet ».

    L’une d’elle a même fini aux urgences après avoir tenté vraisemblablement de s’enfuir par la fenêtre de sa chambre, au deuxième étage.

    Dans son rapport publié ce vendredi, Adeline Hazan dénonce "une confusion entre le régime de l’isolement psychiatrique [...] et le confinement sanitaire". Autrement dit, l’établissement a restreint de manière excessive les libertés de ses patients, sans aucune autre justification que le risque de contamination par le Covid-19 . Une situation en partie corrigée depuis, constate-t-elle, mais qui justifie d’émettre en urgence plusieurs recommandations à suivre et de montrer l’exemple à ne pas suivre à d’autres établissements du même type. Une procédure très rare.

    Officiellement, cette décision d’enfermer à clé les patients a été prise sur la base d’une circulaire détaillant des mesures de confinement lié à l’épidémie de coronavirus, mais la Contrôleure générale note que "le confinement strict en chambre fermée à clé n’est pas mentionné dans cette circulaire". "Les praticiens l’ont décidé en lui donnant un caractère systématique, prétendant que les patients de psychiatrie ne seraient pas à même de comprendre et de respecter les gestes barrière." Une « mauvaise compréhension prétendue », selon le rapport, qui n’est "pas démontrée, et en tout cas, loin d’être générale".

    "Ces privations de liberté injustifiées et illégales ont été mises en œuvre dans des conditions indignes", assène encore le texte.
    Adeline Hazan adresse donc plusieurs recommandations de principe : un patient en soins libres qui refuserait d’être hospitalisé en unité « Covid » doit pouvoir quitter l’hôpital ; l’enfermement dans une chambre ne peut reposer que "sur une décision d’isolement motivée par la mise en danger immédiate ou imminente du patient ou d’autrui" ; enfin "une telle contrainte ne peut être imposée ni à un patient en soins libres ni pour une durée excédant quelques heures" .

    Elle prohibe également "les mesures d’enfermement, de sédation ou de contention" justifiées uniquement par "les moyens dont dispose l’établissement", comme le manque de personnel ou d’infrastructures. _" Aucune mesure de privation de liberté ne peut être prise ni aggravée pour des raisons d’organisation, principe qui ne peut souffrir aucune exception."_

    Ces recommandations ont été adressées au ministre des Solidarités et de la Santé, qui n’y a pour l’instant pas répondu. La direction générale de l’offre de soins (qui dépend du ministère) a de son côté rappelé l’existence d’une fiche relative à la liberté d’aller et venir des patients dans les services de psychiatrie en période de déconfinement.

    (graisses d’origine)

    #psychiatrie #psychiatrisés #psychiatres #hôpital #enfermement #isolement #contention #privation_de_liberté

  • Les électrochocs, ce n’est plus « Vol au-dessus d’un nid de coucou » | Slate.fr
    https://www.slate.fr/story/188634/pathologies-psychiques-psychiatrie-traitements-electrochocs-efficacite-image-n

    La réponse aux antidépresseurs reste limitée à 60-70% des patient·es. Les études ont montré que l’ECT était efficace avec un taux de réponse à 80-90% dans les épisodes dépressifs majeurs. Une méta-analyse incluant 1.114 patient·es a montré que l’électroconvulsivothérapie est plus efficace que les médicaments, notamment lorsqu’il y a des traits psychotiques, comme dans la mélancolie. La conclusion est simple, l’ECT est le meilleur antidépresseur qui existe.

    Lorsqu’une dépression est résistante aux médicaments ou lorsqu’une réponse thérapeutique rapide est nécessaire –lorsque le ou la patiente est en danger à cause du risque suicidaire, de la dénutrition ou la déshydratation– l’ECT est indiquée.

    Le principe de la sismothérapie est de provoquer une crise convulsive contrôlée, réalisée sous la surveillance d’un électroencéphalogramme. Il existe plusieurs hypothèses sur son action. Selon l’une d’elles, l’ECT stimulerait la transmission des neuromédiateurs dans le cerveau, notamment de la sérotonine, de la dopamine et de la noradrénaline, et augmenterait les récepteurs de ces neuromédiateurs qui font défaut dans la dépression. Ce sont les mêmes qu’on essaye de stimuler avec les médicaments antidépresseurs.

    Le principal risque est en fait lié à l’anesthésie générale (allergie, choc anaphylactique…), mais c’est le même que celui que peut encourir un patient lors d’une opération. Et pour l’ECT, l’anesthésie ne dure que quatre minutes.

    #électrochocs #psychiatrie

  • Vie sociale et confinement : La Trame
    https://blogs.mediapart.fr/cemea/blog/200520/vie-sociale-et-confinement-la-trame

    VST, la revue du travail social et de la santé mentale des CEMEA réagit à l’actualité en recueillant des témoignages de professionnels actuellement sur les terrains. Comment les institutions s’organisent-elles pour faire face au coronavirus ? Quelles difficultés, mais aussi quelles inventions de la part des professionnels et des usagers pour maintenir une vie sociale … même en étant confinés ?

    La Trame est un lieu d’accueil, d’orientation et d’échange pour les personnes en souffrance psychique et sociale, leurs proches et les professionnels du Nord-Ouest de la Seine-Saint-Denis.

    « Le choix du mot trame prend tout son sens quand il vise à proposer un accueil inconditionnel pour les personnes en difficulté psychique dans le département de Seine-Saint-Denis. Dans le prolongement des GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle), La Trame assume une continuité entre le sanitaire, le médico-social et le social. Pour dépasser les obstacles rencontrés, la créativité s’avère indispensable. Elle permet une continuelle ouverture sur le monde. Ainsi se dessine la mise en œuvre effective d’une psychiatrie citoyenne sans méconnaître la fragilité des personnes. »

    « La Trame a été de prime abord pensée comme une sorte d’espace ressource, de soutien, d’orientation et d’accompagnement pour les gemmeurs qui ont des problèmes plus ou moins ponctuels, plus ou moins sérieux, plus ou moins compliqués à régler. »*

    « Diffusée chaque mois sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM), l’émission de radio « Bruits de couloir » fait circuler la parole avec les membres des GEM et de la Trame. Cette émission est devenue quotidienne pendant la période du confinement : « BruitS de Couloir au pays des confins », 15 minutes par jour du lundi au vendredi. »*

    Cette interview réunit l’équipe de « Bruits de couloir », émission de radio fabriquée par la Trame :

    Christophe M : Commençons par une anecdote, ça situera aussi d’où on vient. Jean Oury en 2006 disait : « C’est pas normal à la Borde, on n’est pas abonné à VST, je viens de découvrir cela. Je reprends dix abonnements et je les distribuerai aux moniteurs ». Pour ma part c’est comme ça que j’ai découvert Vie Sociale et Traitement. Oury parlait beaucoup du mouvement des CEMEA et, par ailleurs, il a beaucoup œuvré pour rassembler les gens de la pédagogie institutionnelle. Cette petite introduction pour dire que la Trame s’inscrit, ou s’inspire du mouvement de la psychothérapie institutionnelle. Je suis psychologue clinicien, animateur de la Trame et, plus largement, de ce projet depuis son début en 2014

    #Psychiatrie #psychothérapie_institutionnelle #Gem

  • Victor Pitron : « Nous sommes confrontés à des manifestations psychiatriques inédites » | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/entretien/2020/05/29/victor-pitron-nous-sommes-confrontes-a-des-manifestations-psychiatriques-ined

    Au moment où le pays sort doucement de la crise sanitaire, certains craignent une « seconde vague psychiatrique ». S’il est évident que cette période a eu un impact sur le psychique de chacun, les personnes souffrant de troubles psychiatriques ont été plus affectées que les autres. Psychiatre et chercheur en sciences cognitives, Victor Pitron observe que jamais le monde n’a changé si radicalement en si peu de temps, notamment pour les personnes plongées en coma artificiel qui se réveillent quelques semaines plus tard. Leurs troubles psychiatriques se sont nourris de ce nouveau contexte d’incertitude, preuve s’il en fallait de l’interconnexion entre l’expression de la maladie psychiatrique et le contexte de vie.

    Enseignement de l’Anti-Oedipe (1973), lorsqu’il délire, le psychique délire le monde.

    #psychiatrie #paywall...

  • A l’hôpital Saint-Antoine, le psy à l’écoute des personnels soignants, Guillaume Loiret
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/05/28/a-l-hopital-saint-antoine-le-psy-a-l-ecoute-des-personnels-soignants_6040974


    Philippe Nuss, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine (ici, le 22 mai), voit cette pandémie comme « une injonction du réel dans la gestion comptable ».

    Surmenage, anxiété, culpabilité et même peur de mourir… Le Covid-19 a éprouvé le personnel soignant. Pour tenter de soulager ses collègues de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, le psychiatre Philippe Nuss a mis en place une cellule de soutien.

    Chaque matin, il fait le trajet à vélo depuis Montmartre. Termine sa journée par une promenade dans le bois de Vincennes. Et ferme ses fenêtres, un brin agacé, quand résonnent à 20 heures les applaudissements.

    On ne peut pourtant pas soupçonner Philippe Nuss de manquer de soutien envers les soignants. Pour apaiser un personnel inquiet, ce psychiatre de 60 ans coordonne depuis trois mois un dispositif mobile d’écoute, proposé à l’ensemble des salariés de l’hôpital Saint-Antoine (3 356 personnes, dont 755 dans le domaine médical), à Paris. Une vingtaine de psychologues se relaient pour visiter les services et assurer, avec des externes, une hotline permanente. « On voulait une vraie voix au bout du fil, pas un répondeur. »

    Avec son équipe, il recueille notamment la souffrance de ses collègues, pour qui cette période a « posé un conflit éthique fort : accepter de se mettre à distance de sa famille, par peur de la contaminer, et en même temps rester sourd aux proches qui disaient : “N’y va pas”. »

    Le masque porté en permanence cache une partie de son visage, mais pas son regard ni sa voix, ses instruments de travail. Depuis début mars, Philippe Nuss a arpenté cet hôpital, où il exerce depuis trente ans, pour observer les soignants. Des inconnus, des collègues, des amis.
    Parler, il l’a beaucoup fait, avec « 200 personnes au moins ». Les entretiens individuels et les groupes de parole ont été nombreux. Philippe Nuss en retient des épisodes de burn out, une hypersensibilité, la fatigue, la peur, « celle de mourir, bien sûr, et aussi de ne pas être à la hauteur, de faire le mauvais choix ».

    La grande anxiété des aides-soignants, terriblement exposés au virus, l’a beaucoup touché. Les détresses moins évidentes également, comme celle des vigiles de l’entrée rue Crozatier : « Ils ont dû empêcher des familles de venir voir leurs proches, ça a été très compliqué pour eux. » Leur poste jouxte son service de psychiatrie de jour, où il a dû réorganiser le travail pour continuer à aider à distance 400 patients.
    Lui qui explique que « soigner, c’est créer » a dû faire preuve d’imagination. « Il fallait de grosses capacités d’adaptation et de plasticité pour gérer tout ça » , juge sa collègue Karine Lacombe, à la tête du service des maladies infectieuses de Saint-Antoine. Pour la psychologue Amina Ayouch-Boda, qui a élaboré le dispositif de crise, « Philippe a été très protecteur, me forçant à partir quand je n’y arrivais pas, que je frisais le burn out. Tout cela nous a rapprochés, c’est certain ».

    Une alternance de phases de doute et de miracles

    Chez lui, Philippe Nuss dit avoir vécu la période « assez normalement » , surtout à partir du moment où il a cessé de passer ses week-ends au téléphone. Cet amateur de danse classique, une source d’inspiration pour exercer la médecine – « Danseur, c’est mon vrai métier ! » –, a simplement dû faire une croix sur ses cours.
    Mais il a souvent repensé au 13 novembre 2015. Le psychiatre était de garde ce soir-là. Il se souvient bien sûr des victimes de l’attentat du Bataclan, qu’il a suivies sur le long terme et auxquelles il a consacré une étude. Mais garde aussi en mémoire le choc du personnel hospitalier qu’il avait fallu écouter et soutenir. « Au début du Covid, on a connu la même sidération. Mais, en 2015, on savait que les terroristes n’entreraient pas dans l’hôpital. Avec le coronavirus, on a vraiment eu peur de mourir. »

    Philippe Nuss use volontiers de métaphores. Son travail, depuis début mars, lui fait penser « à celui d’un archéologue qui aurait trouvé une dent, raconte-t-il. Et puis, à côté, il déterre d’autres objets, qui remettent en cause ce qu’il croyait savoir de cette dent » . Le virus l’a forcé à cheminer dans un réel qui changeait chaque jour, ponctué de phases de doute, de miracles aussi. « Voir des patients sortir de situations de soins palliatifs, ce n’est pas courant ! »

    Une réflexion permanente sur le soin

    Même s’il affirme relativiser, il reste « très choqué » par la prise en charge tardive des malades, les contre-vérités et les incertitudes du pouvoir pendant la #crise_sanitaire.

    Le psychiatre aimerait qu’elle soit l’occasion de rappeler que « l’hôpital n’est pas une entreprise, mais un choix sociétal de bienfaisance ». Qu’elle contribue à replacer la relation soignante au cœur du système.
    Cette réflexion sur le soin – le mot revient sans cesse –, il la poursuit depuis plusieurs années avec son amie la philosophe Cynthia Fleury. « C’est une conversation ininterrompue. De toute façon, Philippe est toujours au travail, à réfléchir à l’empathie, au souci de l’autre » , explique celle qui a fondé la chaire de philosophie à l’hôpital, dont Philippe Nuss est membre depuis sa création, en 2016.

    Le recul lui permet de voir la crise comme « une injonction du réel dans la gestion comptable qui devrait amener tout le monde à changer. C’est l’effet Covid ! » , dit-il en traversant la cour de Saint-Antoine pour aller prendre un café.
    Dehors, à la place des quelques arbres qui résistaient encore, un autre réel reprendra bientôt ses droits : les travaux du nouveau siège de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), symbole de la rationalisation du soin. Le pavillon qui abrite le service de psychiatrie de jour, lui, sera vendu. Philippe Nuss le regrette : « Plus l’expérience vécue ralentit, plus le tableau Excel revient… »

    #psychiatrie #soin #soignants #hôpital

  • Isolement, précarité, perte de repères : comment le confinement a fait basculer psychologiquement certains étudiants
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/05/26/isolement-precarite-perte-de-reperes-comment-le-confinement-a-fait-basculer-

    De jeunes adultes ont été particulièrement fragilisés par la disparition de leur vie d’avant. Les professionnels redoutent une vague de maladies psychiatriques.

    Pour Edmond, 27 ans, le confinement a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». « Sans préavis, on m’a coupé de tous mes liens sociaux. On m’a plongé dans un isolement physique mais aussi émotionnel, faisant remonter toutes mes difficultés passées », raconte cet étudiant gabonais en master d’économie à l’université de Bordeaux. « Abandonné » très tôt par ses parents à Libreville (Gabon), puis par son meilleur ami, décédé en 2013, il a vécu l’annonce du gouvernement comme un « nouvel abandon ». Du jour au lendemain, il a dû faire une croix sur sa paie de commis dans un restaurant asiatique, et s’en remettre aux banques alimentaires déployées dans sa cité universitaire.

    Attaques de panique, altération du sommeil, ruminations anxieuses, idées noires… Après une dizaine de jours d’enfermement dans sa chambre du Crous de 13 m2, Edmond craque et avale un cocktail dangereux de médicaments. « J’étais prêt à dire oui à la mort si elle venait », assume-t-il. Le 30 mars, il est admis dans l’un des services psychiatriques du centre hospitalier Charles-Perrens à Bordeaux, pour entamer ce qu’il nomme aujourd’hui son « retour d’outre-tombe ».
    Si la tentative de suicide constitue l’un des pires scénarios, les professionnels de santé mentale font valoir leur inquiétude quant à l’impact du confinement sur le bien-être de milliers d’autres étudiants. Isolement, précarité financière, perte de repères : cumulée à de multiples facteurs d’anxiété et de stress, la crise liée à l’épidémie due au coronavirus a déstabilisé une population déjà psychiquement vulnérable.

    Les étudiants davantage touchés

    Pendant le confinement, la Nightline – un service nocturne d’écoute géré par des étudiants, pour des étudiants – est arrivée à saturation des demandes de soutien par tchat. « On a retrouvé les thématiques habituelles : exacerbation du sentiment de solitude, angoisse de l’avenir, difficulté à trouver un espace intime rassurant, pensées suicidaires… Mais ces difficultés semblent clairement aggravées par la crise », constate le président de l’association, Florian Tirana.

    Plusieurs enquêtes en cours devraient permettre de mesurer l’ampleur du phénomène et d’anticiper une possible vague de maladies psychiatriques, redoutée par les professionnels. « Il va falloir être très vigilant. Selon nos premiers chiffres, la catégorie des 16-29 ans est celle pour qui le score de bien-être a le plus nettement baissé pendant le confinement, avance Nicolas Franck, professeur de psychiatrie à l’université Lyon-I et chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier, coauteur d’une étude en ligne sur l’impact du confinement sur la santé mentale des Français. Leur confiance en eux et leur sentiment d’utilité ont été fragilisés. »

    Plus ancrés dans la durée, les résultats préliminaires de l’enquête « Confins » sont également éloquents. « Sur la santé psychique, les étudiants ont systématiquement des scores plus inquiétants que les non-étudiants », analyse le médecin neurologue Christophe Tzourio, professeur d’épidémiologie à l’université de Bordeaux. Les premiers chiffres varient souvent du simple au double : 27 % des étudiants se déclarent tristes, déprimés ou désespérés « plus de la moitié du temps voire tous les jours », contre 16 % chez les non-étudiants ; 40 % se sentent fatigués ou sans énergie, contre 21 % chez les non-étudiants ; 30 % se voient comme des « perdants », contre 15 % chez les non-étudiants ; 27 % se déclarent « en permanence inquiets, de façon excessive », contre 16 % pour les non-étudiants…

    « Une année universitaire hors-norme »

    Reste à comprendre pourquoi les étudiants présentent une plus grande fragilité que le reste de la population. « Il faut commencer par mettre en perspective cette année universitaire hors-norme. Les grèves de l’hiver avaient déjà perturbé le premier semestre et miné certains jeunes, qui sont finalement très peu allés en cours, rappelle Christophe Ferveur, psychologue de la Fondation santé des étudiants de France et président du Réseau de soins psychiatriques et psychologiques pour les étudiants (Resppet). Mis bout à bout, les différents éléments de la chaîne peuvent faire entrer le jeune adulte dans une clinique du découragement, du laisser-tomber, voire du désespoir. »

    Puisque les trois quarts des premiers épisodes de troubles psychiatriques surgissent avant 24 ans, la période étudiante représente l’âge de tous les dangers, dans un contexte si particulier. « Le confinement aura une fonction traumatique pour l’ensemble de la population, et d’autant plus pour des jeunes encore en construction, alerte Claude Vedeilhie, psychiatre au bureau d’aide psychologique universitaire de Rennes et président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) Bretagne. Pour certains, c’est un coup d’arrêt à un processus d’autonomisation. »

    Pour Tatiana, étudiante de 22 ans, on peut même parler d’un coup de massue. « Pendant le discours du président, le 16 mars, j’entendais les gens partir à toute vitesse de ma résidence. Ils dévalaient les escaliers, se remémore-t-elle. Mes parents m’ont appelée : ma demi-sœur allait venir me chercher. J’ai eu une heure pour tout préparer, je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Pleurer pour mes examens, pour mes amis. Pleurer de dépendre encore une fois de ma mère et de son compagnon : il y a toujours eu des tensions, et le seul souvenir de la maison me faisait peur. » Le choc émotionnel est tel que la jeune femme développe, quelques jours après, un douloureux zona sur l’épaule droite. « Ça faisait trois ans qu’on travaillait sur un projet : notre licence. Il a fallu mettre de côté tous nos sacrifices et tenter de réussir à distance. C’était horriblement stressant et frustrant. »
    Un « effet de régression »

    Si l’isolement reste un facteur aggravant, le retour à la vie de famille a pu réveiller des blessures cachées et réactualiser certains conflits. « Le propre de cette période étudiante, c’est de s’éloigner de sa famille pour construire sa vie. Pour une partie des patients, il a été très difficile de revivre l’emprise parentale dont ils essayaient de se départir », note Claude Vedeilhie, qui a par ailleurs remarqué une augmentation des comportements addictifs. Pour beaucoup de jeunes – en formation à la fois psychique et universitaire –, il y a eu un « effet de régression », selon les termes de Christophe Ferveur : « On leur a coupé les ailes en plein envol. »

    De retour dans sa famille, Memet a d’ailleurs craint « de ne pas pouvoir faire face ». Entré cette année en master à Sciences Po Paris après une licence à l’université de Nanterre, ce garçon de 23 ans a ce qu’il appelle lui-même « le syndrome de l’imposteur ». « Malgré la bienveillance de l’administration, je me suis toujours senti étranger à cette institution. En même temps, j’ai toujours vu l’école comme un lieu d’épanouissement et là, on me l’a enlevé, dit-il. Le décalage entre le 27, rue Saint-Guillaume et la banlieue de mes parents, dans l’Essonne, a été très dur à gérer. » D’origine kurde, ses parents ont fui la Turquie. En raison d’un contexte familial parfois éprouvant, il est contraint de retourner dans ses 20 m2 parisiens : « Je suis parti quelques jours en serrant les dents pour terminer un exposé sur la dette publique… J’ai eu très peur de craquer, de tout arrêter. Je sais aujourd’hui que ça va laisser des traces. »

    Happés par leurs cours, révisions et autres petits boulots, certains étudiants ont tendance à enfouir leurs émotions dans une forme d’hyperactivité. « C’est un suivi très particulier, admet la psychiatre Marion Lenoir-Roy, qui donne des consultations à l’espace santé étudiants de l’université de Bordeaux. Ces jeunes n’ont jamais le temps d’aller mal. Le confinement a pu être un déclencheur de troubles anxieux pour ceux qui transportaient déjà de grosses valises. »

    « Un retard potentiel de l’accès aux soins »

    Plus que jamais, psychiatres et psychologues ont dû assurer la continuité des soins tout en répondant à de nouvelles demandes. Téléconsultations, porte-à-porte dans les résidences Crous, ateliers via Skype de méditation, sophrologie ou rigologie (une sorte de yoga par le rire) : « Il a fallu faire preuve d’inventivité ! », admet Christian Régnier, directeur du service universitaire de médecine préventive de Sorbonne-Université, qui compte 75 000 étudiants.

    En temps normal, seul un quart des jeunes présentant les signes d’un épisode dépressif déclarent avoir consulté un professionnel de santé mentale dans l’année. « Une douleur morale n’est peut-être pas la même douleur qu’une rage de dents, mais plus on décale la prise en charge, plus on prend le risque que cela s’aggrave, martèle le psychologue Yannick Morvan, membre de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE). Avec la crise sanitaire, on est face à une nouvelle inquiétude quant à un retard potentiel de l’accès aux soins et de ses conséquences éventuelles. »

    Raison de plus pour prendre les devants en termes de prévention et pour tenter de dédramatiser le recours à un professionnel. Très souvent, il y a déni, rejet, voire stigmatisation de l’entourage. « Ceux qui osent demander de l’aide forment la partie émergée de l’iceberg », souligne l’épidémiologiste Christophe Tzourio. « C’est le moment de prendre soin de soi et de développer des compétences en termes de bonne santé mentale. C’est un réflexe à prendre, pour que le mal-être ne s’enkyste pas », suggère Fanny Sauvade, psychologue et codirectrice de l’association Apsytude.

    Mais le déconfinement ne désigne pas non plus le bout du tunnel. Au contraire. La crise sanitaire renforce l’incertitude et l’inquiétude quant à l’avenir. A quoi bon ce diplôme ? A quoi bon ce futur travail ? Les contrecoups seront durables. « On dit aux jeunes que le monde va s’effondrer mais aussi que c’est à eux de bâtir le monde d’après ! Le climat actuel est très anxiogène pour cette génération, déplore Christophe Ferveur. Quand les cours et examens à distance s’arrêteront, il ne faudra surtout pas lâcher les étudiants. Comme la lumière des étoiles, l’étendue des dommages nous arrivera avec un temps de retard. » Après la continuité pédagogique du printemps, il s’agira, cet été, d’assurer une continuité psychologique.

    Pas mal de bêtises (...) mais aussi un contrepoint au constat que les psychiatrisés ont (auraient ?) dans l’ensemble mieux tenus le choc que ... les soignants en psychiatrie (et pas seulement sur le plan épidémiologique).
    Guerre, révolution, pandémie, autant de moments d’un commun qui s’impose et qui tendent à mettre la maladie mentale au second plan. Le vital, la singularité sont (pour partie) ailleurs, déplacés, remaniés. Si ce n’est, peut-être (?), pour certains entrants dans la carrière, si ton en croit cet article.
    Une particularité de la pandémie et des mesures qui l’accompagnent au prétexte de la juguler/diminuer : comment « s’en sortir sans sortir » (de chez soi, avec d’autres) quand ce qui relie est la séparation ?
    J’ai pas vu grand chose chez des praticiens, de la souffrance psychique en première personne ou/et du soin (si ce n’est des intervention salubres sur l’état de la psychiatrie confinée, à la façon, trop rare, de #Mathieu_Bellahsen).

    Par ailleurs, là encore, la #psychiatrie est nodale : c’est avec elle il me semble que la notion de santé a du s’assortir de celle de #maladie_chronique qui la contredit, et que l’on a retrouvé ensuite (?) avec de nombreuses pathologies (asthme, diabète, etc.) comme catégorie médicale.

    #étudiants

  • Expériences psychotiques : leur donner du sens pour ne plus les subir | Yann Derobert
    http://cqfd-journal.org/Experiences-psychotiques-leur

    Parce que les expériences dites « psychotiques » (perception de voix, visions, paranoïa...) sont considérées comme des symptômes de maladie, les personnes qui les vivent sont généralement incitées à tenter de les éradiquer. À l’inverse, au sein du REV (Réseau français sur l’entente de voix), chacun·e est invité·e à s’en accommoder et à les explorer pour en découvrir la signification. Voici le décryptage de Yann Derobert, membre fondateur et secrétaire de l’association. Source : CQFD