• Petites considérations sociologiques sur le #confinement

    Cette période de confinement liée à l’épidémie du #Covid-19 constitue une #épreuve_sociale inédite, qu’on peut comparer à une expérience de laboratoire in vivo. Le grand historien médiéviste, Marc Bloch, qui avait fait la « grande guerre » et en avait été très marqué, a écrit peu après, en 1921 dans la Revue de synthèse historique, un célèbre article, « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre » (publié aux Éditions Allia en 1999). Il y décrivait la guerre de 14-18 « comme une sorte de vaste #expérience naturelle. On a le droit en effet de considérer comme telle la guerre européenne : une immense expérience de #psychologie_sociale, d’une richesse inouïe. Les conditions nouvelles d’existence, d’un caractère si étrange, avec des particularités si accentuées, où tant d’hommes à l’improviste se sont trouvés jetés, — la force singulière des sentiments qui agitèrent les peuples et les armées — tout ce bouleversement de la vie sociale, et, si l’on ose ainsi parler, ce grossissement de ses traits, comme à travers une lentille puissante, doivent, semble-t-il, permettre à l’observateur de saisir sans trop de peine entre les différents phénomènes les liaisons essentielles ».

    Indépendamment de la déclaration du Président Macron (« nous sommes en guerre… »), il peut être intéressant de tirer ce fil entre situation de #guerre_militaire et celle de confinement. Ce dernier impose de très fortes #privations et #contraintes aux individus qui, dans les sociétés occidentales, n’y sont guère habitués. Les premières questions qui viennent à l’esprit à ce sujet sont les suivantes : le confinement est-il respecté en France ? « Un peu, beaucoup, pas du tout » ? Par qui ? Comment ? Plus en campagne qu’en ville ? plus en centre-ville que dans les « quartiers » ? etc. Faute de données statistiques fiables, le premier réflexe qu’on doit avoir en la matière est celui de la prudence interprétative.

    Avant d’aborder la manière dont on peut procéder par la mobilisation d’une série d’indices, à même de nous guider vers des hypothèses de travail, commençons par un étonnement. Que voici. En fidèle téléspectateur du Journal télévisé (JT) de France 2 (défense du service public oblige…), on remarque que la question du #vécu du confinement dans les #quartiers_populaires y a été fort peu abordée, voire pas du tout. La fuite des Parisiens vers leurs #résidences_secondaires a été un sujet traité, mais la manière dont les jeunes et les familles, parfois nombreuses, vivent leur confinement dans leurs appartements #HLM semble avoir été oubliée. Est-ce un oubli volontaire ? Ou la simple trace médiatique de la moindre importance accordée aux conditions sociales d’existence des #classes_populaires dans le milieu des professionnels de l’information ? On ne saurait laisser de côté l’hypothèse du respect de l’« #union_nationale » requise en cette période de confinement. Celle-ci suppose une mobilisation de l’appareil d’information et l’opération d’un tri dans l’amoncellement des « nouvelles du front ». Priorité est donnée dans le #JT de la #télévision_publique au suivi des opérations dans les hôpitaux, à la découverte du travail de tous les soignants et de leur entier dévouement, à l’écoute des avis des grands professeurs de médecine (« infectiologues »). Bref, une #mise_en_scène télévisuelle de l’« #effort_national » — ce qui, en soi, n’est pas critiquable.
    Sur le versant des effets sociaux de cette #pandémie, les reportages sur les #familles face au confinement (#école_à_la_maison, #télétravail des parents, aménagements divers de cette nouvelle vie…) semblent surtout réservés aux familles de milieu favorisé. Sans doute parce qu’elles laissent entrer plus facilement les caméras à leur domicile. Il ne s’agit pas pour autant de crier tout de suite au complot d’Etat et/ou de dénoncer une chaine de télévision « aux ordres du gouvernement ». Sans doute peut-on penser que le #service_public_télévisé contribue à sa manière à l’union nationale en laissant prudemment dans l’ombre ce qui pourrait l’entacher.

    A géométrie variable

    Une fois examiné la manière dont le thème du confinement est traité à la télévision (publique), donnons un petit coup de projecteur sur la manière dont il est opéré en pratique. Procéder à une petite revue de presse dans les quotidiens régionaux (L’Est républicain, Le Parisien, Le Progrès), permet de recueillir des indices suggestifs, sinon probants, sur le confinement à géométrie variable lors de cette première semaine. Sans surprise, le confinement a mis un peu de temps à se mettre en place et semble respecté de manière inégale.

    Selon les témoignages des directeurs de la #sécurité_publique ou des gendarmes, différents profils de « #déviants » à la #norme apparaissent, comme ici dans la région du Grand est particulièrement touchée. Le lieutenant de gendarmerie François qui coordonne le dispositif dans le sud du Territoire de Belfort fait le diagnostic suivant : « Une grande majorité les respecte… Mais une partie n’a pas compris l’#esprit_du_confinement et une autre n’est pas prête à le comprendre. » Le maire (et infirmier) de la ville ouvrière de Valentigney (proche de l’usine de Sochaux-Peugeot et avec une grande ZUS, les Buis), observe « dans le quartier mais également au centre-ville des comportements dangereux, irresponsables ». La journaliste de L’Est s’est donc rendue dans la cité des #Buis pour aller y voir de plus près et, là, elle a rencontré une dizaine de jeunes près d’une place, plutôt amènes.

    Pris en défaut

    Laissons la relater la scène et la manière dont ces jeunes pris en défaut de groupement non autorisé tentent de se justifier : « Chez nous, on ne tient pas en place », note l’un d’entre eux qui, comme ses potes, se sent à l’abri du virus. « On se lave les mains, on garde nos distances, c’est la base », souligne un deuxième. Un troisième Doubien montre son attestation : « On a le droit de sortir fumer une clope. Surtout que certains n’ont pas le droit de fumer chez eux… Et puis, on s’ennuie ici, il n’y a rien à faire ! Rester un mois enfermé, c’est inimaginable. » Jeudi soir, ils ont même organisé un barbecue : « Quand on a vu les policiers, on a couru pour leur échapper. Et vous savez ce qu’ils ont fait, Madame, ils ont gazé notre viande. C’est du gâchis. » (Est républicain, 21/03/2020). Dans un article du même jour, le directeur général de la compagnie des bus du Pays de Montbéliard livre des informations congruentes : « En cette période de grave #crise_sanitaire, certains jouent aux #malins. On a dû raccourcir une ligne, que nous sous-traitons, parce que des #jeunes montaient chaque jour dans le bus, à la même heure, pour le squatter ! » Enfin, à Bourg-en-Bresse, selon le commissaire de police, « Ce sont plutôt les plus jeunes et les plus anciens qui bravent l’interdiction. Malheureusement, on a verbalisé certains jeunes à tour de bras dans certains quartiers. Des jeunes disent qu’ils s’en fichent et que le coronavirus est une invention pour casser l’économie » (Le Progrès, 22/03/2020).

    Ces témoignages ne suffisent pas à baliser tout le terrain d’enquête. Loin de là. Ils ont pour principal intérêt de mieux faire entrevoir les raisons qui peuvent conduire certaines fractions de la population à ne pas vouloir – et surtout ne pas pouvoir – respecter le strict confinement désormais imposé en France. Le groupe des plus #réfractaires au confinement a de fortes chances de se retrouver dans une population plutôt jeune et masculine, soit en situation de #décrochage_scolaire, soit appartenant à la population « flottante » des quartiers. A lire entre les lignes ces articles de presse, on pressent quelques facteurs clés de leur penchant pour la #transgression de la règle du confinement : bien sûr, en tout premier lieu, « l’#ennui » et le besoin quasi vital de se retrouver « entre potes » mais aussi la difficulté de cohabiter harmonieusement avec leurs parents et de devoir respecter des interdits au domicile familial (l’exemple de « fumer »). Les divers types de #résistance qu’on voit surgir dans les quartiers déshérités de la République méritent examen et ne doivent pas être renvoyés trop facilement du côté de la #faute_morale.

    Sentiment de #marginalité

    Même s’il est incontestable que le non-respect des règles de confinement fait courir collectivement des #risques_sanitaires, il dit quand même beaucoup de choses sur le sentiment de marginalité (#outcast) qu’ont d’eux-mêmes ces individus. On pourrait à ce titre, se risquer à faire l’analogie avec le mouvement des gilets jaunes et la signification sociale des formes de violence (inusitée) qu’il a employées pour se faire entendre des « puissants ».

    La pratique de la lecture est distribuée de manière très inégale selon les groupes sociaux

    A partir de ces premières incursions en terre de confinement, faut-il déplorer comme notre historien national (autoproclamé) Stéphane Bern le fait dans Le Figaro (22/3/2020), « la perte du #sens_civique » dans notre vieille France ? Ne convient-il pas plutôt de rappeler que ce confinement constitue une très forte #contrainte qui est – et sera – vécue de manière très différente selon les #conditions_sociales de nos concitoyens. D’abord les conditions matérielles : on sait bien que ceux qui possèdent un grand logement, un jardin, qui peuvent sortir les enfants à la campagne, etc., souffrent moins du confinement. Ensuite, les #conditions_culturelles : le président Macron a dit à ses concitoyens : « Lisez ! » Mais la pratique de la #lecture est distribuée de manière très inégale selon les groupes sociaux.
    Ce long moment de confinement opère déjà comme un très grand amplificateur des #inégalités spatiales et sociales. C’est peu dire que les semaines qui s’annoncent vont constituer une véritable épreuve pour ceux qui appartiennent à la catégorie des « pauvres », définis aussi bien à partir de leur #capital_économique que de leur #capital_culturel.

    https://www.alternatives-economiques.fr/stephane-beaud/petites-considerations-sociologiques-confinement/00092259
    #sociologie #Stéphane_Beaud #classes_sociales

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    citations pour @davduf :

    Jeudi soir, ils ont même organisé un barbecue : « Quand on a vu les policiers, on a couru pour leur échapper. Et vous savez ce qu’ils ont fait, Madame, ils ont gazé notre viande. C’est du gâchis. » (Est républicain, 21/03/2020).

    Enfin, à Bourg-en-Bresse, selon le commissaire de police, « Ce sont plutôt les plus jeunes et les plus anciens qui bravent l’interdiction. Malheureusement, on a verbalisé certains jeunes à tour de bras dans certains quartiers. Des jeunes disent qu’ils s’en fichent et que le coronavirus est une invention pour casser l’économie » (Le Progrès, 22/03/2020).

  • Ces décisions catastrophiques qui nous menacent - Le Point
    https://www.lepoint.fr/societe/ces-decisions-catastrophiques-qui-nous-menacent-10-04-2012-1450076_23.php

    Comment des randonneurs expérimentés ont-ils pris cette décision absurde de s’engager dans une situation de danger mortel ? Alors qu’ils savaient que ce jour-là le risque d’avalanche était élevé au-dessus de 2 200 mètres, que la combe présentait un angle propice aux avalanches et qu’une corniche au-dessus de celle-ci comportait un dépôt de neige apportée par le vent, autre facteur déclenchant ? « C’est la dynamique du groupe qui les y a conduits. » Christian Morel, docteur en sociologie et ancien cadre dans les ressources humaines, a enquêté pendant dix ans sur les processus qui poussent à commettre d’énormes erreurs et les moyens de les neutraliser (1). « La taille du groupe a inhibé la parole et les silences ont été interprétés comme une approbation du choix dangereux. » Sur les quatre experts, un seul avait opté pour cette descente périlleuse, un deuxième n’avait rien dit, le troisième avait repéré les signes alarmants mais ne s’était pas exprimé clairement. Le chef de course, qui avait également vu le dépôt neigeux, analysa le manque d’opposition de ses compagnons comme l’indication que pour eux il n’y avait pas de danger, quand ceux-ci interprétèrent son silence comme un feu vert, un chef sachant par définition ce qu’il fait. « Une équipe de deux skieurs aurait discuté davantage. » La présence de femmes eut sa part dans la prise de décision : « Reculer ne fait pas viril. »

    Le virilisme tue…

    • Ça me fait penser à l’histoire d’un leader de randonnée dans l’Atlas marocain qui avait emmené au casse-pipe son groupe de bourgeois·es du troisième âge (raconté par le beau-fils d’un des participants) : conditions météo dangereuses, fatigue des randonneurs... Le guide marocain était contre la poursuite de la rando et voulait arrêter le groupe à couvert mais le chef avait continué. Une personne était morte, d’autres avaient eu les doigts gelés (amputation). Le guide avait été condamné mais pas le chef, qui était bien le responsable (solitaire, cette fois) de la décision. C’était un ancien directeur de centrale nucléaire. #culture_du_risque

    • C’est curieux parce que c’est un #phénomène_de_groupe dont la psychologie est très connue, c’est LE générateur de prise de risques inconsidérée et d’accidents.
      Quand des alpinistes partent seul·e ou à deux, ils sont nettement plus sur le qui-vive des signaux de danger, mais au-delà de trois personnes, chaque participant suppose que les autres préviendront si il y existe un risque, ce qui annule toute raison de faire attention et rend le groupe crétin.
      Le ou la #Cassandre qui ose prévenir est considérée alors comme une trouble fête et il lui faudra dépenser une bonne dose d’énergie/foi/autorité pour être entendu. Tu vois ça aussi dans les groupes de gauche révolutionnaires qui font bloc quand une femme dénonce un comportement sexiste, le groupe reste muet voire va défendre l’agresseur pour refuser de voir le danger et conserver sa cohésion. C’est l’origine des scissions qui forment les groupes féministes aux USA à la fin des années 60.
      Vive les #dissidentes !

      #intelligence_collective #démocratie #tour_de_table #collégialité #consensus
      et pour l’aspect scientifique 1+1 pour l’#anarchie dont les termes sont ici masqués par la démonstration de la #hiérarchie_restreinte

      Certaines organisations vont plus loin encore en appliquant ce que Christian Morel appelle la « hiérarchie restreinte impliquée ». « Il s’agit d’un transfert marqué du pouvoir de décision vers des acteurs sans position hiérarchique, mais détenteurs d’un savoir et en prise directe avec les opérations. » Sur des bases aériennes de l’armée, un subalterne peut annuler un vol sans en référer à sa hiérarchie. Dans les sous-marins nucléaires d’attaque, les officiers enlèvent leurs galons à bord, marquant ainsi symboliquement leur effacement. Lors des lancements de fusées Ariane, trois techniciens ont pour mission d’annuler toute la procédure en cas de problème. Afin qu’il n’y ait pas d’interférence avec leurs supérieurs, ils sont placés dans un local isolé et privés de tout moyen de télécommunication. L’application du principe de la hiérarchie restreinte aurait certainement évité le crash de l’avion présidentiel polonais le 10 avril 2010, qui résulte, selon toute vraisemblance, d’une pression psychologique exercée par le président et son directeur de protocole sur l’équipage pour atterrir en dépit d’une visibilité insuffisante.

    • Il y a deux choses dans ton propos, @touti.
      La dilution des responsabilités, selon moi, s’applique déjà à deux ! Combien de fois tu te retrouves à marcher avec un·e ami·e vers une destination qu’il ou elle a choisie... alors qu’en fait elle ou il pensait te suivre ! Morel raconte dans son bouquin comment quatre personnes vont faire une excursion pénible alors qu’ils sont bien sous la terrasse parce que les plus âgé·es pensent que les plus jeunes vont s’emmerder et que les plus jeunes se disent que les plus âgé·es voudront profiter de leur présence pour aller faire un tour en ville. En fait personne ne voulait y aller mais le #silence (parlons-nous ! même si ce n’est pas toujours agréable) fait que chacun·e postule que l’autre veut ça et choisit de lui faire plaisir.
      Et puis cette hiérarchie formelle (le Blanc dans mon histoire, celui qui est l’entrepreneur en randonnée) qui empêche à l’expertise technique (le guide qui connaît l’environnement local et sait à quoi s’attendre) d’être prise en considération puisque c’est elle qui a le pouvoir. La dynamique des groupes restreints montre bien qu’on a le meilleur résultat (les décisions les plus adaptées au milieu) quand on a le moins d’autoritarisme dans un groupe. Le virilisme étant une lutte entre hommes pour le pouvoir sur les femmes et les autres hommes (patriarcat), il annihile par essence l’intelligence (collective et parfois individuelle).

      J’ai lu le premier bouquin de Christian Morel (il a fait un tome 2, son propos est très bien illustré et un peu drôle, c’est limite de la pop sociologie) mais je lui préfère largement ce classique de la psychologie sociale (Morel est d’ailleurs sociologue).
      https://www.cairn.info/dissensions-et-consensus--9782130442714.htm

      Troisième aspect, pardon : silence complice des hommes qui savent d’abord que ça pourrait leur coûter quelque chose, d’ouvrir leur gueule, sans bénéfice, comme toujours dans la vie. Mais en plus laisser une femme se faire casser sert objectivement leurs relations de pouvoir avec toutes les autres femmes, l’air de rien, parce que le spectacle d’une qui se fait casser apprend la laisse aux autres.

  • The Rise of Identity Fusion and Allegiance to Trump - The Atlantic
    https://www.theatlantic.com/health/archive/2019/09/identity-fusion-trump-allegiance/598699

    The idea was never fully formed, and Lecky died at just 48, his work unpublished. But today, the basic concept is seeing a renewed interest from scholars who think Lecky was truly onto something. When the psychologist’s students compiled his writing posthumously, in 1945, the postwar world was grappling with how humans were capable of such catastrophic cruelty. Surely entire armies had not been motivated by their relationships with their mothers. The early science of the mind was beginning to delve into the timeless questions of philosophy and religion: Why do we do destructive things—to others, and to ourselves? Why do we so often act against our own interests? Why would a young boy risk his acceptance to Harvard to pile manure into a school gym?

    These questions meant studying the roots of identity, and how a person could be at peace with being hateful and even dangerous. Now, decades later, an emerging explanation points to something more insidious than the possibility that someone simply identifies with a malicious group or blindly follows a toxic person. Instead, out of a basic need for consistency, we might take on other identities as our own.

    The process of de-fusing, then, might involve offering alternative systems of creating consistency and order. If people who are inclined to fusion have the option to fuse with entities that do not wish to exploit them, and that are generally good or neutral for the world, they might be less likely to fuse with, say, a demagogue. “But, of course,” Dovidio says, “that’s hard.”

    #fusion #psychologie_sociale

  • Comment les géants du Web capturent notre temps de cerveau

    http://www.lemonde.fr/tant-de-temps/article/2017/10/18/comment-les-geants-du-web-capturent-notre-temps-de-cerveau_5202458_4598196.h

    La prochaine fois sera la bonne. Nouveau coup de bec sur la petite assiette en plastique : aucune graine n’apparaît. Le pigeon retente sa chance, il veut sa récompense. Rien. La prochaine fois, peut-être ? Encore raté. Qu’importe, le volatile insiste, picore encore et encore, jusqu’à ce que la nourriture tombe du ciel. Complètement accro à cette loterie.

    En délivrant à des oiseaux de laboratoire leur pitance de façon aléatoire, le psychologue B.F. Skinner a réussi, dans les années 1950, à conditionner leur comportement. Un de ses protégés a ainsi donné des coups de becs 2,5 fois par seconde pendant seize heures d’affilée, alors qu’il ne grappillait que des miettes.

    Pauvres pigeons, si faciles à plumer avec leur cerveau de piaf. L’Homme ne se laisserait jamais berner si aisément. Vraiment ? Les ados américains consultent leur téléphone plus de 150 fois par jour, en moyenne. Selon une enquête menée en 2016 par Raphaël Suire (qui enseigne le management de l’innovation à l’université de Nantes), 75 % des étudiants français interrogés sont pendus à leur smartphone dès le réveil. Plus éloquent encore : plus de la moitié d’entre eux déclarent le faire mécaniquement, bien conscients d’être addicts.

    Nir Eyal l’explique sans vergogne dans Hooked : How to Build Habit-Forming Products (éd. Portfolio, non traduit en français), un condensé de recettes de manipulation devenu la bible des concepteurs d’applications : « Les récompenses variables sont l’un des outils les plus puissants que les entreprises utilisent pour accrocher les utilisateurs. La recherche montre que le corps sécrète d’importantes quantités de dopamine dès lors que le cerveau s’attend à une récompense. Or l’introduction de la variabilité multiplie l’effet, créant un état de chasse frénétique, qui inhibe les zones du cerveau associées au jugement et à la raison tout en activant celles associées au désir et à l’exercice de la volonté. » Le consommateur est ferré.

  • [F12] Critiques II : Peut-on vraiment s’appuyer sur les études d’Adorno pour comprendre le #fascisme d’aujourd’hui ?
    http://www.hacking-social.com/2017/06/05/f12-critiques-ii-peut-on-vraiment-sappuyer-les-etudes-dadorno-pour-c

    Comme beaucoup de mes congénères bas scores, il me semblait par exemple qu’autoriser le mariage homosexuel ne serait qu’une formalité, c’est-à-dire que cela passerait sans encombre, puisque les #mentalités n’étaient plus les mêmes. J’ai été véritablement choquée de la manif pour tous, des propos qu’on y a entendus, des propos que je ne concevais pas encore possibles à notre époque. La non-homophobie que j’avais perçue avant cet événement n’était qu’une surface, une façade, au fond il y avait toujours ce jugement de l’homosexualité, il y avait toujours ces représentations d’ « anormalité » ou de « perversion » dans la population. J’en étais véritablement effarée et dégoûtée , autrement dit je m’étais laissée avoir par cette surface qui paraissait à peu près tolérante, alors qu’au fond, non.

    Si je parle de cette anecdote où l’on pourrait me taxer de naïve, c’est pour montrer que selon le milieu où l’on vit, son environnement, on peut croire que des #conventions ont changées, surtout lorsqu’on n’est pas touché directement par la #discrimination : on ne prend pas conscience que des personnes ont telle ou telle vieille convention, parce qu’elles affichent une façade moderne, et que sa réalité est en fait tout autre. Cette réalité est cachée, elle ne se fait voir que lorsqu’on est la cible d’une discrimination, ou lorsqu’on assiste à un événement particulier. Je pense par exemple à la #maltraitance des enfants : ayant eu la chance de ne jamais être frappée pour quoi que ce soit, j’ai pensé pendant longtemps que les enfants même frappés ne l’étaient qu’exceptionnellement et « doucement », que les #violences fortes étaient rares. Cette croyance s’est dramatiquement effondrée lorsque j’ai vu à l’école des élèves se cacher dans les vestiaires pour que les autres ne voient pas les bleus dont ils étaient recouverts à cause de leurs parents. Puis plus tard, même en public, dans les supermarchés, au restaurant, etc., j’ai été tétanisée de voir la violence que certains parents infligent à leur enfant de façon totalement arbitraire.

  • Le blues des marketers de l’industrie du tabac
    https://theconversation.com/le-blues-des-marketers-de-lindustrie-du-tabac-75159

    En commercialisant des produits nocifs, les marketers sont au cœur d’un conflit opposant d’une part les normes de la société résolument anti-tabac et celles de leur entreprise dont la mission est de promouvoir le tabac. En d’autres termes, ils sont amenés à transgresser les normes sociétales pour le compte de leur organisation. Les situations gênantes se multiplient et ce conflit de normes peut être particulièrement difficile à vivre pour les marketers.

    Du cabinet de recrutement aux cercles amicaux, ils sont confrontés à la même question : « Mais ça ne vous a pas posé problème de vendre des produits qui peuvent provoquer le cancer ? ».

    « Le marketing n’a pas d’incidence sur le fait de fumer » : pour mieux montrer l’absence de responsabilité des marketers, un autre argument avancé souligne le peu d’influence que le marketing a sur les comportements des consommateurs. L’incitation à fumer ne provient ainsi pas de la publicité faite par les fabricants de cigarettes mais de l’influence d’autres fumeurs, notamment au moment de l’adolescence qu’il s’agisse de proches ou de personnes célèbres auxquelles les jeunes s’identifient.

    Ainsi, « le marketing, fait changer les gens de marque. Il ne fait pas aimer le tabac ». Cette idée n’est pas partagée par le gouvernement qui tente bien au contraire de démonter la puissante machine marketing et les stratégies de branding en résultant. L’avenir devrait nous dire ce qu’il en est du véritable pouvoir de la marque sur l’adoption d’un comportement de consommation. Un bilan sur les effets du paquet neutre sera instructif à cet égard.

    Responsable mais pas coupable : pour faire face à la situation et assumer une activité dont ils sont conscients de la dimension problématique, les marketers se concentrent sur la dimension technique et économique de leur métier. L’objectif est de mettre en œuvre les opérations marketing de la façon la plus efficace possible. Les questions morales sont ainsi exclues. En d’autres termes, cela revient à se déclarer responsable mais pas coupable d’une quelconque faute morale

    #tabac #marketing #psychologie_sociale

  • Êtes-vous à la hauteur de votre prénom ?
    https://theconversation.com/etes-vous-a-la-hauteur-de-votre-prenom-74558

    La nouveauté de notre recherche est de montrer que notre tendance à nous assimiler aux stéréotypes sociaux finit par se traduire dans notre visage, du moins avec l’étiquette sociale que constitue notre prénom. Le processus peut être soit direct (par ex., Chloé porte les cheveux lâchés ; Angélique porte une tresse) ou bien passer par l’effet du prénom sur la personnalité (par ex., un prénom peut être associé à quelqu’un d’ouvert d’esprit, ce qui peut se traduire par la suite par un visage plus avenant).

    Nous mettons donc en évidence une sorte d’effet Dorian Gray, du nom du protagoniste du roman d’Oscar Wilde, dont le portrait de son visage évolue au cours de sa vie et de ses viles actions. Le fait que notre prénom, choisi par d’autres que nous, influence profondément notre apparence à l’âge adulte, suggère un effet de structuration sociale puissant, qui nous marque dans notre évolution depuis la naissance.

    L’effet visage-nom – le fait que nous reconnaissons le prénom d’un(e) inconnu(e) au-delà du facteur chance – connaît des limites qui illustrent d’autant plus sa nature sociale de prophétie auto-réalisatrice. Tout d’abord, nous trouvons que les individus d’une culture donnée reconnaissent le prénom d’autres individus de leur culture, mais sont incapable de reconnaître le prénom d’individus d’une autre culture.

    #psychologie_sociale

  • Ils tentent de refaire à l’identique un classique de la recherche en psychologie, et là… (cris de panique) | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/126539/sourire-rend-heureux-ou-pas

    Au printemps 2013, un psychologue de 63 ans vivant à Wurtzbourg, en Allemagne, allait faire une audacieuse suggestion sur une liste de diffusion universitaire. Depuis des mois, des dizaines de ses collègues s’arrachaient les cheveux pour savoir comment contrôler la véracité des articles scientifiques sur « l’amorçage social », soit l’idée voulant que d’infimes détails –la hauteur d’une chaise, la température d’une tasse de café ou encore la couleur d’un mot imprimé sur une feuille– sont susceptibles d’influencer les comportements ou les jugements d’un individu.
    À cette époque, les sceptiques avaient besoin de volontaires : qui, parmi les experts de l’amorçage, accepterait de les aider dans leur projet de réplication à grande échelle, consistant à tester certains classiques de la littérature psychologique dans différents laboratoires et au même moment ? Y-avait-il seulement quelqu’un pour vouloir soumettre ses recherches à une telle épreuve ?

  • “We have become exhausted slaves in a culture of positivity”
    http://www.3quarksdaily.com/3quarksdaily/2016/01/we-have-become-exhausted-slaves-in-a-culture-of-positivity.html

    Here is the crux of Han’s thesis. “Yes We Can” sounds like an empowering slogan, indicating our freedom and limitless potential. But according to Han, this is an illusory freedom because the message enclosed within “Yes We Can” is “Yes We Should”. Instead of living in a Disziplinargesellschaft(disciplinary society) of the past where our behavior was clearly regulated by societal prohibitions and commandments, we now live in a Leistungsgesellschaft (achievement society) in which we voluntarily succumb to the pressure of achieving. The Leistungsgesellschaft is no less restrictive than the Disziplinargesellschaft. We are no longer subject to exogenous prohibitions but we have internalized the mandates of achievement, always striving to do more

  • Dans la tête des « nouveaux ninjas de l’islam »
    https://lejournal.cnrs.fr/billets/dans-la-tete-des-nouveaux-ninjas-de-lislam

    Quels sont les mécanismes psychologiques de la haine ? La psychologie sociale aide à comprendre comment des idéologies et des comportements individuels et collectifs d’une violence inouïe, à l’image des attentats terroristes à Paris, peuvent se produire. Décryptage avec le chercheur Pascal Huguet, pour qui la radicalisation ou la religion n’ont pas grand rôle dans ces processus.

  • Dans l’ambiance actuelle, l’intelligence collective, l’#auto-organisation et la #solidarité spontanée sont les seuls points d’accroche pour faire tomber les velléités vengeresses guerrières.
    La fenêtre pour faire entendre raison au gouvernement est toute petite, on va avoir besoin d’un grand mouvement pacifiste basé sur ces valeurs.
    (relevé sur twitter, https://twitter.com/feeskellepeut/status/665853548555583488 et suivants)
    #attentats

    on a évité le pire. la souricière du stade contenait 80000 personnes, si ces gens avaient bougé ensemble
    on aurait eu un bilan trois fois plus lourd ne serait ce que par le mouvement de foule, sans mm parler du piège dehors.
    si ça ne s’est pas produit c’est pas parce qu’on a une super armée c’est parce que plein de gens dans ce stade ont pigé et pris sur eux.
    l’orga du stade a géré, les footeux (qui sont kamême pas assez cons pour pas piger qu’une extraction de président ça pue^^) ont continué, le public a pas fait le con (c’est pas les stadiers qui les auraient retenus vu le nombre), bref une sorte de « nous » a été au level.
    le même « nous » collectivement diffus a été au niveau aussi pour mettre des gens à l’abri, éviter un mvt de foule dans les rues. le même « nous » est encore actif aujourd’hui pour les recherches des victimes. c’est ça qui est rassurant et qu’on peut dire à nos enfants.
    moi ce que je dis à mes enfants c’est « personne n’a merdé. ce qui ne pouvait pas être évité a eu lieu mais personne n’a aggravé , c’est important ». au delà de la sécurité en uniforme il y a celle du groupe social qui s’est mise en place toute seule, spontanément. il y en a qui auraient voulu nous faire croire qu’en pareil cas on serait tous des chiens les uns pour les autres.
    un nombre considérable de personnes a démontré juste le contraire. les initiatives populaires ont été nombreuses.
    les jeunes ont organisé leurs réseaux sociaux, les taxis ont éteint les compteurs, les stadiers ont géré comme des oufs, les commerçants ont ouvert leurs portes et abrité au mieux, des blessés en ont évacué d’autres, et tout ça s’est fait sans aucun ordre ni aucune hiérarchie.
    c’est environ le seul point d’accroche pour faire tomber les velléités vengeresses guerrières blabla qui aggraveront juste les choses.

    #psychologie_sociale #entraide #décence #common_decency (en voilà une illustration)

  • Seule notre auto-organisation nous protège de la violence.
    Escalade dans le discours de l’exécutif qui se met à parler de guerre. Refusons-la.
    (relevé sur twitter)
    https://twitter.com/feeskellepeut/status/665608168664363008 et suivants

    nous ne sommes pas protégés. toutes ces lois sécuritaires sont un leurre. cette nuit nous étions seuls. si seuls qu’il a fallu notre #auto-organisation pour mettre des gens à l’abri et qu’il la faut encore aujourd’hui pour compter nos morts. bien des peuples avaient fait ce constat avant nous. nous étions privilégiés.
    ces gens, victimes de leurs dominants, ont tiré sur d’autres, victimes des leurs propres, sans comprendre. comment peuvent ils ne pas comprendre...ils sont comme nous, ils ont tellement besoin d’un coupable...
    et nous revoilà au terme de toute guerre. un prolo soumis à des décisions qui le dépassent contre un autre. nous mourrons, ils s’engueulent.

    https://twitter.com/feeskellepeut/status/665611344226324480 et suivants

    il vont nous faire la troisième. voilà ce qui me hante depuis cette nuit. 4h passées à tenter de clarifier, d’aider un peu.
    ce que j’ai vu c’est un président appeler à la #guerre et un autre le soutenir, l’otan va frapper et j’ai peur.
    j’ai vu mes connaissances, lointaines certes, compter leurs morts. et cet horrible enregistrement, et j’ai vu ces présidents dire « guerre ». comme ma grand mère avait vu, en son temps, d’autres le dire. puis le faire.
    ma voix ne vaux rien mais tant pis : NE LE FAITES PAS. ne suivez pas l’appel à la guerre. pitié, ne le faites pas. je connais des victimes comme vous. je vois des gens que j’aime pleurer. ne déclenchez pas une guerre.
    je ssais j’ai vu, comme vous, nous sommes seuls, nos flics ne servent à rien, 8 hommes ont terrassé paris
    mais je vous en supplie ne faites pas ça.
    c’est la troisième je vous en conjure nous savons tous ce que ça implique nous n’avons pas les moyens de survivre à ça.
    ma grand mère m’a raconté je vous en prie je ne veux pas vivre ça à mon tour.
    je vous le demande. comme n’importe quelle mère. NE FAITES PAS CA NE VALIDEZ PAS CA OPPOSEZ VOUS RESISTEZ NE LA FAITES PAS CETTE GUERRE.
    je vous ne prie refusez ce mot. refusez ça. c’es pas que je sois spécialement conne bisounours mais pitié.
    notre pays est ridicule. nous n’avons pas su nous défendre contre HUIT HOMMES. nous ne sommes pas des guerriers. pitié.
    c’est la population, c’est les rézosocios, qui ont protégé, averti, géré cette nuit. je vous en prie nous ne sommes pas de taille.
    nous ne somme pas des warriors. nous ne sommes pas de cette espèce. notre peuple n’a plus de service militaire personne ne sait se battre ici
    la moindre arme à feu nous fait peur nos flics ne savent pas quand intervenir nous ne sommes pas des guerriers !
    nous n’avons pas les moyens de faire les malins. nous ne savons pas nous défendre. rangez vos égos vous allez tuer nos enfants !
    s’il vous plaît. nous ne sommes pas de taille. nous jouons avec des avions et des bateaux, nous n’avons aucune défense.
    tout ce que nous allons gagner là c’est de permettre à nos flics, absolument pas formés, de jouer avec des guns.
    ce pays n’est PAS CAPABLE putain admettez le réel.
    nous ne sommes pas des cons de ricains habitués aux armes et tous passés par l’armée, bordel. pitié réagissez.
    nous avons UNE SEULE FORCE. celle que nous avons développée cette nuit.
    nos flics servaient à rien nos ambulances tardaient NOUS AVONS GERE. nous avons mis à l’abri des milliers de parisiens nous avons géré GRAVE
    nous avons empêché un mouvement de panique général qui aurait pu coûter nombre de vies, nous avons été FORTS
    nous avons recoupé les infos, trié, filtré, décidé d’un périmètre, mobilisé des gens pour en abriter d’autres, nous avons fait ça SEULS
    ceux d’entre nous qui étaient reclus au bataclan ont fait SEULS l’analyse, et ont SEULS donné les consignes d’intervention
    les autres dehors ont SEULS recoupé les témoignages et identifié les zones à risque, mis en place les relais de mise à l’abri
    nous ne savons pas NOUS BATTRE mais nous savons NOUS PROTEGER.
    j’ai vu un mec qui a SEUL recueilli un blessé au prix d’une balle et SEUL mis en place les 1ers soins. NOUS SAVONS FAIRE CA.
    nous n’avons PAS LE TEMPS pour piger nous avons environ 15 jours devant nous nous devons REFUSER LA GUERRE
    nous sommes 6 millions sur twitter probablement 4 millions de parisiens nous avons géré cette nuit nous savons nos possibles.
    partir en guerre n’en est pas un mais nous savons dorénavant nos possibles en terme de #RESISTANCE. on est ptète des couilles molles devant une arme MAIS ON SAIT DE DEMERDER pour se protéger les uns les autres quand y’en a une.
    analysez. on était seuls. y’avait personne. on n’avait aucune info aucun secours. les 15 premières minutes étaient cruciales. WE DID IT.
    on n’a pas besoin d’une guerre. on sait prendre SOIN les uns des autres.
    écoute moi putain. j’étais là pendant les attentats de 1995 j’étais là pour les grèves où des gens se sont marché dessus à se tuer.
    on n’avait pas twitter. on n’avait pas FB. on a été cons à l’époque. CETTE NUIT TU NOUS S PILES JEUNESSE.
    tu as géré bordel, tu as fait des mises à labri tu as géré l’info tu as empêché qu’u mouvement de foule tueur se mette en place. OUI TOI.
    ça aurait été TELLEMENT PIRE sans toi. pourtant tu sais jsuis prems à chier sur le jeune ce con. bin PAS LA.
    ton mouvement porte ouverte a sauvé des vies, jeune,n’en doute jamais. tu as été le principal artisan de cette nuit.
    réalise ce que t’as fait. tu as été un putain de héros, con de jeune hyperconnecté sur lequel nous chions tous.
    continue, bordel. utilise ton pouvoir. refuse la guerre.
    écoute moi con de jeune. tu te rends même pas compte de ce que t’as fait cette nuit moi jpeux t’en rendre compte.
    je sais j’étais parisienne pendant ces années là celles des derniers #attentats avant toi.
    tu sais la gueule qu’’on tire dans un RER quand on t’annonce une bombe et des morts ? moi je sais j’y étais. on fait pas le malin. maintenant entends moi andouille tu sait mm pas ton pouvoir. cette nuit tu sais pas combien de vies t’as sauvées. juste en TWITTANT, oui mon couillon. nous à lépoque on n’avait pas ça et les usagers d IRC étaient tellement pas légions
    on était comme des connards dans nos RER à attendre de savoir combien de morts quand est ce qu’on repartirait, tu peux pas imaginer
    on était de pures merdes. soumises au réseau radio des fucking beebop tattos et autres, réservés A UNE ELITE RICHE
    on se foutait sur la gueule pour sortir des métros , on n’était pas en mode « porte ouverte », nous. RENDS TOI COMPTE.
    et toi cette nuit couillon t’as sauvé des vies et t’as même pas idée combien. PRENDS CONSCIENCE. NOW. you don’t need war, you just proved you can handdle everything on your own. please REALIZE WHAT YOU DID TONIGHT PEOPLE. and dont go to war.
    je sais que tu pleures tes morts jeunesse. crois moi si y’a un truc que je sais c’est ça. mais tu as tellement évité pire.
    je te le redemande, revis cette nuit. revis ces infos ces localisations ces mises à l’abri. revis ce que TU AS GERE.

    #militarisation #violence #réseaux_sociaux #psychologie_sociale

    • ton hashtag ""porte ouverte"" était en tt deux heures avant que les autorités commencent à penser à mettre les gens en sécurité. pourquoi comment ce sera des années d’études pour piger. mais tu l’as fait. je t’ai vu j’’étais là, sur le cul, mais là. juste vraiment prend conscience de ce que t’as fait. t’es FORT gamin, t’es très fort. tu sais c’est ta génération qu’a été touchée last night. nous on est des vieux cons ya longtemps qu’on va plus en concert. tu viens de nous montrer, merdeux, ce que ça veut dire solidarité.
      thanks for that, ptit con de jeune. merci. tout paris devrait te dire merci, t as évité une super merde, on n’a pas eu le moindre pb annexe.
      normalement en cas pareil on aurait vu des gens se marcher dessus pour un taxi ou se battre pour un métro. on avait vu ça pour juste des grèves de transports tu sais. mais toi tu as réagi. et tu as ouvert tes portes et aiguillé les gens. 80% du taf normalement réservé aux forces de lordre tu las pris direct, petiot, et moi j’avais jamais vu ça de ma vie. go on litte tomato. go on. tu as beaucoup de choses que nous on n’a pas. ça fait chier les vieux bin osef. you rule, baby. :)

      à mon époque on allait en concert sans mm se demander si on prenait un risque. on n’était pas une seconde politisés, pour le coup. toi ta génération va plus jamais s’amuser tranquille. pour avoir eu ton âge bébé je sais ce qu’on t’a fait. pardon pour ça. ne laisse pas des vieux comme moi t’imposer une guerre.

      https://twitter.com/feeskellepeut/status/665701933143855104 et suivants

  • David Graeber : « Tous les recoins de nos vies sont envahis par des formulaires » - Rue89 - L’Obs
    http://rue89.nouvelobs.com/2015/10/11/david-graeber-tous-les-recoins-vies-sont-envahis-formulaires-261593

    « C’est le pouvoir qui crée la stupidité. Une étude récente montre que plus vous êtes pauvre, plus vous avez la capacité d’identifier les émotions d’autres personnes. Les riches n’ont aucune idée de ce que les autres peuvent ressentir. Alors que si vous êtes pauvre, vous devez savoir ce que votre patron a en tête !

    Je travaillais dans un restaurant quand j’étais jeune. Quand quelque chose tournait mal, le boss descendait. Nous avions beau lui expliquer ce qui s’était passé, lui ne voulait rien savoir : “Toi, le nouveau, tu as dû merder.” Et ça devenait la ligne officielle.

    Le pouvoir rend aveugle. Cela se voit aussi dans les relations de genres. Dans les comédies des années 50, il y avait souvent des blagues sur le fait que les hommes ne comprenaient pas les femmes. Mais on ne s’est jamais demandé si les femmes avaient des difficultés à comprendre les hommes ! Elles n’avaient pas le choix : dans une structure patriarcale, les femmes doivent consacrer du temps à comprendre ce qui se passe dans la tête du “chef” de famille.

    Le problème n’est pas tant que les procédures bureaucratiques sont intrinsèquement stupides, c’est plutôt qu’elles sont des moyens de gérer des situations qui sont déjà stupides car fondées sur des inégalités sociales qui s’appuient en dernière analyse sur la menace de l’agression physique, sur la violence structurelle. »

  • La #pauvreté, une #discrimination non identifiée - Libération
    http://www.liberation.fr/societe/2015/05/25/la-pauvrete-une-discrimination-non-identifiee_1316321

    On peut choisir de ne pas être pauvre dans notre société. N’est-ce pas là une affirmation dénuée de sens ? Pourtant, elle semble faire consensus dans un imaginaire collectif souvent empreint d’idées fausses (1). Les pauvres sont suspectés d’être frauduleusement pour quelque chose dans leur situation. Elles et ils cumulent et profitent des avantages de leur #précarité en percevant, sans honte, le revenu de solidarité active (RSA) ou l’aide à l’acquisition d’une couverture maladie complémentaire (ACS), et en bénéficiant, si facilement et sans dignité, de la couverture maladie universelle (CMU). L’association de ces deux vocables, pourtant antagonistes, « avantages, précarité » ne semble paradoxalement gêner que très peu l’imagerie sociale ambiante, largement influencée par les #médias. Peut-être parce que l’on croit faussement aussi que ces « populations » ont leur propre culture en dehors des cadres intégrateurs officiels. Culture dont les pauvres seraient, qui plus est et par hérédité, fiers ou à l’autre extrême, rendus « névrosés » à en croire même certaines études sociologiques (2). Et leurs soi-disant valeurs spécifiques s’opposent « trop », socialement et même psychiquement, à celles qui doivent a fortiori faire référence. Surtout, si en plus d’être pauvres, ces enfants, femmes et hommes sont roms et/ou migrants. Etre pauvre, c’est être classé socialement comme étant hiérarchiquement inférieur et donc non prioritaire.

    #hiérarchie

    • Il n’y a jamais eu d’association d’auto-stoppeurs, il n’y en aura jamais. (...) [Le] #covoiturage [est] au voyage ce que Facebook est à l’amitié.

    • #logique_du_don #réciprocité #psychologie_sociale #marchandisation #transports #exclusion #invisibilisation

      Souvent, il n’y a pas de mots. Vous feignez d’être sourd. Pitoyable. Je suis face à vous, je vous parle et vous tournez la tête. Vous accélérez vers la caisse, vous faites comme si vous n’aviez pas entendu. Pour vous, je n’existe pas. Vous voulez continuer votre autoroute seul, sans que rien n’arrive. Mon interférence est intolérable. Votre vie ordonnée. Je ne vous aime pas. Je vous ai vus. Maniaques. Vous êtes moche et vous ne dites rien.

      Ceux qui énoncent à haute voix « je ne prends jamais personne en stop » sont encore plus effrayants. Eux verbalisent leur haine. Les autres la cachent comme une honte. C’est courant de passer devant un mendiant en évitant son regard. C’est plus rare d’avoir l’aplomb de lui dire : « Je ne donne jamais rien à personne. »

      Les voitures de société sont une plaie. Elles sont brandies en boucliers : « Je ne peux pas, c’est une voiture de société, je ne suis pas assuré. » L’argument est faux, mais vous y croyez peut-être. Certains patrons interdisent à leurs employés de prendre des gens en stop. Patrons en question, vous êtes minables. Employés qui appliquez la règle débile, vous n’êtes pas glorieux.

    • Mouai je trouve un peu dommage la réaction envers ceux qui ne prennent pas. Ce n’est pas une obligation de prendre quelqu’un en stop, et ça perdrait de son charme si ça l’était (quoi que j’ai entendu dire que c’était le cas à Cuba et que ça marchait plutôt bien). Et puis peut-être que la personne est fatiguée, ou pressée, ou n’a juste pas envie, mais que la fois suivante, ou celle d’après, elle prendra quelqu’un (ou pas).

      C’est comme si on en voulait aux gens sur bewelcome de ne pas héberger, ça me parait gros.

      Et même s’il n’y a pas d’association, il y a des sites d’aide à l’autostop, avec des échanges d’astuces, comme les bons lieux pour de placer. Et aussi quelques règles évidentes (si y’a plusieurs autostoppeurs au même endroit, le premier arrivé est prioritaire, ou on se place un peu plus loin).

      Je trouve aussi fort dommage la critique du covoiturage : même si c’est moins l’aventure que le stop, et que c’est devenu un commerce (enfin il y a covoiturage-libre aussi), ça reste une pratique intéressante et mieux que de se retrouver à 1 par voiture.

  • Noam Chomsky et la stupidité institutionnelle
    http://www.les-crises.fr/noam-chomsky-et-la-stupidite-institutionnelle

    Emmanuel Kant a dit que notre expérience dépend non seulement de la nature du monde extérieur mais aussi de notre appareil perceptif et de nos catégories mentales. Il y a le monde phénoménal, le monde tel qu’on en a l’expérience, et il y a le monde nouménal, le monde extérieur tel qu’il est en réalité, et que l’on ne peut jamais pleinement connaître.

    Le projet de Chomsky, sous certains rapports fait penser à celui de Kant. Il étudie de quelle façon on obtient notre connaissance du monde #social et du monde #politique. Le monde étant très vaste, il n’est pas possible d’être témoin direct de la plupart des événements qui s’y déroulent, et à la place on doit les découvrir par des intermédiaires, sous une forme condensée. C’est parce qu’ils sont des intermédiaires qu’on les appelle des #médias. Mais avant de diffuser des informations, ils doivent décider de ce qui mérite d’être diffusé, et de quelle façon. Dans les régimes autoritaires ce processus est soumis à une #censure qui est souvent flagrante et parfois brutale.

    • La stupidité se présente sous plusieurs formes. Je voudrais dire quelques mots d’une forme particulière que je crois être la plus inquiétante de toutes. On peut l’appeler la « stupidité institutionnelle ». C’est une sorte de stupidité entièrement rationnelle dans le cadre où elle s’exerce, mais le cadre lui-même s’étend du grotesque au virtuellement dément.

      Au lieu d’essayer de l’expliquer, il est probablement plus utile d’évoquer deux ou trois exemples pour illustrer ce que je veux dire. Il y a trente ans, au début des années 80 – les premières années de Reagan – j’ai écrit un article intitulé « la rationalité du suicide collectif ». C’était au sujet de la stratégie nucléaire, et de comment des gens parfaitement intelligents étaient en train de définir un projet de #suicide collectif d’une façon qui était raisonnable dans leur cadre d’analyse géostratégique.

      J’ignorais à l’époque à quel point la situation était mauvaise. Nous avons depuis beaucoup appris. Par exemple, un numéro récent du Bulletin of Atomic Scientists présente une étude des fausses alarmes lancées par les systèmes de détection automatique que les États-Unis et d’autres utilisaient pour détecter les attaques de missiles et d’autres menaces pouvant être perçues comme une attaque nucléaire. L’étude porte sur les années 1977 à 1983 et on estime que durant cette période il y eut un minimum d’environ 50 fausses alarmes, et au plus d’environ 255. Il s’agit d’alarmes auxquelles une intervention humaine a mis fin, prévenant le désastre à quelques minutes de l’irréparable.

      Il est plausible de supposer que rien de fondamental n’a changé depuis. Mais en réalité, la situation a empiré – ce que je n’avais pas non plus compris à l’époque de la rédaction du livre.

      En 1983, à peu près au moment où je l’écrivais, il y avait une très grande peur de la guerre. C’était dû en partie à ce que l’éminent diplomate George Kennan appelait à l’époque « les caractéristiques indubitables de la marche vers la guerre – et rien d’autre ». Elle a été initiée par des programmes que l’administration Reagan a entrepris dès l’entrée en fonctions de Reagan. Tester les défenses russes les intéressait, ils ont donc simulé des attaques aériennes et navales sur la Russie.

      C’était une période de grande tension. Des missiles Pershing américains avaient été installés en Europe occidentale, ce qui leur donnait un temps de vol jusqu’à Moscou de cinq à dix minutes. Reagan a aussi annoncé son programme de « guerre des étoiles », compris par les stratèges des deux camps comme une arme de première frappe. En 1983, l’Opération Able Archer a inclus un entraînement qui « a amené les forces de L’OTAN à une simulation grandeur nature de lancement d’armes nucléaires ». Le KGB, nous l’avons appris d’archives récemment publiées, a conclu que les forces américaines avaient été placées en état d’alerte, et auraient même commencé le compte à rebours.

      Le monde n’a pas tout à fait atteint le bord de l’abîme nucléaire ; mais en 1983, sans en être conscient, il en a été terriblement près – certainement plus près qu’à tout autre moment depuis la Crise cubaine des Missiles de 1962. Les dirigeants russes ont cru que les États-Unis préparaient une première attaque, et qu’ils auraient bien pu avoir lancé une frappe préventive. Je cite en fait une analyse récente faite à un haut niveau des services secrets américains, qui conclut que la peur bleue de la #guerre a été réelle. L’analyse indique qu’au fond d’eux-mêmes, les russes gardaient l’ineffaçable mémoire de l’Opération Barberousse, le nom de code allemand pour l’attaque de 1941 d’Hitler sur l’Union soviétique, qui a été le pire désastre militaire de l’histoire russe et a été bien près de détruire le pays. L’analyse américaine dit que c’était exactement ce que la situation évoquait pour les russes.

      C’est déjà assez grave, mais il y a encore pire. Il y a un an, nous avons appris que en plein milieu de ces événements menaçant le monde, le système de première alerte de la Russie – semblable à celui de l’Ouest, mais beaucoup plus inefficace – avait détecté l’entrée d’un missile lancé des États-Unis et avait lancé l’alerte de plus haut niveau. Le protocole pour les militaires soviétiques consistait à riposter par une frappe nucléaire. Mais l’ordre doit passer par un être humain. L’officier de service, Stanislav Petrov, décida de désobéir aux ordres et de ne pas transmettre l’avertissement à ses supérieurs. Il a reçu une réprimande officielle. Mais grâce à son manquement au devoir, nous sommes maintenant en vie pour en parler.

      Nous avons connaissance d’un nombre énorme de fausses alertes du côté des États-Unis. Les systèmes soviétiques étaient encore bien pires. Mais maintenant les systèmes nucléaires ont été modernisés.

      Le Bulletin des Scientifiques atomistes possède une célèbre Horloge de la fin du monde et ils l’ont récemment avancée de deux minutes. Ils expliquent que l’horloge « affiche maintenant trois minutes avant minuit parce que les dirigeants internationaux ne remplissent pas le plus important de leurs devoirs, assurer et préserver la santé et la vitalité de la civilisation humaine. »

      Individuellement, ces dirigeants internationaux ne sont certainement pas stupides. Cependant, dans leur fonction institutionnelle, leur stupidité a des implications mortelles. Si l’on regarde rétrospectivement depuis la première – et unique jusqu’ici – attaque atomique, cela semble un miracle que nous en ayons réchappé.

      La destruction #nucléaire est une des deux menaces majeures et très réelles de notre survie. La deuxième, bien sûr, est la catastrophe #environnementale.

      Il existe au sein de PricewaterhouseCoopers une équipe reconnue de services professionnels qui vient tout juste de publier son étude annuelle sur les priorités des PDG. Au sommet de la liste se trouve la sur-réglementation. Le rapport indique que le #changement_climatique n’apparaît pas dans les dix-neuf premières. Encore une fois, sans aucun doute, les chefs d’entreprise ne sont pas des individus stupides. On peut supposer qu’ils gèrent leurs entreprises intelligemment. Mais la #stupidité_institutionnelle est colossale, littéralement c’est une menace pour la survie des espèces.

      On peut remédier à la stupidité individuelle, mais la stupidité institutionnelle est beaucoup plus résistante au changement. A ce stade de la société humaine, elle met réellement en danger notre survie. C’est pourquoi je pense que la stupidité institutionnelle doit être une préoccupation de première importance.

      #climat #psychologie_sociale #pouvoir

    • plus les relations interindividuelles sont rigides, plus le comportement de la totalité apparaîtra, à ses éléments individuels, comme doté d’une dynamique propre, qui échappe à leur contrôle. [...]

      On fait, donc, face à une situation paradoxale. Lorsque les individus sont sous une influence mutuelle, l’avenir du système est prévisible pour les observateurs extérieurs, alors que les individus se sentent impuissants à en infléchir l’orientation. Le comportement d’ensemble ne résulte que de l’intégration des réactions individuelles, mais le tout semble s’autonomiser et son évolution se figer en destin.

      http://seenthis.net/messages/255287

  • Allez raconter que la maladie sociale la plus dangereuse, c’est la #soumission, quand le thème de la #servitude_volontaire est devenu un pont-aux-ânes si fréquenté que des esprits un peu oisifs peuvent s’amuser à en nier la pertinence ! Ringard, coco ! Et pourtant, parfois, quand vous vous rhabillez avant de lui signer son chèque, le généraliste en profite pour vous glisser, en douce, une info qui vous fera réfléchir. Moi, ce serait celle-ci. Les mécanismes de la servitude volontaire étaient surtout perceptibles, il y a une trentaine d’années, dans des institutions comme les #entreprises qui disposaient de moyens de #contrainte et de moyens de séduction parfaitement identifiables. Aujourd’hui, c’est la #société tout entière qui est touchée et ses moyens de séduction et de contrainte, désormais indissociables et confondus, sont, en outre, totalement intégrés à son fonctionnement. « Ce n’est pas nouveau », glisse le généraliste, comme pour s’excuser de la modicité de ses honoraires. Eh bien ! si, Docteur ! C’est nouveau. C’est même cela qu’ils appellent la modernité : ce qui est partout et qu’on n’a plus le droit de voir.
    [...]
    Ce matin, une fois de plus, avec la voix de celui qui découvre l’Amérique, exactement comme on l’a fait hier et exactement comme on le fera demain, un prophète explique qu’il faut parler aux Français des vrais problèmes : le #travail, le niveau de vie, la #santé, le #chômage, l’#éducation. Dans ce laïus, dans cet urinoir d’indifférence, je n’entends pas qu’il faut s’occuper du travail, du chômage, etc. J’entends qu’il ne faut pas s’occuper d’autre chose. J’entends que travail + chômage + niveau de vie + santé + éducation = #réalité = dossier bouclé. J’entends qu’il ne faut pas s’évader de cette prison de mots. Et je sais que cette équation est fausse, absolument fausse, horriblement fausse, salement fausse. Et je sais qu’au fond de soi il n’est personne qui ne le sache. Mais alors, pourquoi ne pas le crier ? ?

    http://resurgences.net/a-quoi-nous-sert-les-horizons
    #air_du_temps #psychologie_sociale #totalitarisme
    lien avec http://seenthis.net/messages/358405

  • Wikipedia and the Oligarchy of Ignorance
    http://www.uncomputing.org/?p=1622

    C’est un problème bien connu. Ça l’est au moins depuis 1970, lorsque Jo Freeman a écrit "The Tyranny of Structurelessness” ; c’est lié à ce que Alexander Galloway a récemment appelé “The Reticular Fallacy.” Ces critiques peuvent se résumer assez simplement : quand vous refusez à une organisation le pouvoir formel de distribuer équitablement le pouvoir- de reconnaître les hiérarchies inévitables dans les groupes sociaux et de traiter explicitement avec elles- vous livrez inévitablement le pouvoir aux personnes les plus disposées à être impitoyables et inflexibles dans la quête de celui-ci.

    En d’autres termes, dans le but de créer un système "plus distributif", sauf dans de très rares circonstances où tous les participants sont de bonne volonté et relativement équivalents dans leur éthique et leur politique, vous finissez par créer exactement le régime autoritaire que votre travail semblait précisément devoir éviter.

  • Militer c’est chiant | Les Questions Composent
    http://lesquestionscomposent.fr/militer-cest-chiant

    Militer peut aussi être un privilège. La mère célibataire de 3 enfants milite rarement… Militer peut être difficile, voire impossible, pour certaines personnes, qu’elles soient jeunes et dépendantes de leurs parents, vieilles et isolées… Bien sur, grâce à internet, des possibilités se sont ouvertes, qui n’existaient pas avant. Mais ça ne veut pas dire que c’est facile…

    • J’ai participé à des stands super, où il y avait un vrai dialogue, où on essayait de toucher les gens. Et d’autres beaucoup moins efficaces, où on ne faisait que choquer la population et prêcher des convaincus. Un exemple me revient à l’esprit : on avait étalé des photos gore, et une personne s’approche en disant « mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ? ». Une militante répond sèchement : « c’est ce que vous mangez ». La passante est partie énervée, non sans avoir protesté qu’elle était végétarienne. Je ne jette pas la pierre à cette militante, qui est très jeune et a le droit à l’erreur, mais je pense que c’est assez représentatif d’à quoi servaient certaines de nos actions : se défouler, se réunir entre personnes convaincues (un peu convaincues aussi d’être mieux que les autres…) et taper sur les méchants tueurs d’animaux. Dans le même esprit, est-ce qu’insulter les gens assis à la terrasse d’un Macdo lors d’une manif pour le végétarisme peut apporter quoi que ce soit à la cause des animaux, ou est-ce qu’il s’agit simplement d’affirmer sa supériorité morale et de répondre à son besoin d’appartenir à un groupe, une communauté ? Et ça c’est quelque chose qu’on voit dans beaucoup de manifs. Je ne jette pas la pierre encore une fois, j’ai déjà du faire des choses comme ça, et à la limite ce n’est pas très important. Ce qui est important à mon sens, c’est de réaliser que ce n’est pas du militantisme

  • Conformisme militant et paresse intellectuelle
    #psychologie_sociale #militantisme

    Simone Weil http://www.slideshare.net/salim13016/simone-weil-note-sur-la-suppression-generale-des-partis-politiques

    Il était fréquent de voir dans des annonces de réunion : M. X. exposera le point de vue communiste (sur le problème qui est l’objet de la réunion). M. Y. exposera le point de vue socialiste. M. Z. exposera le point de vue radical.-
    Comment ces malheureux s’y prenaient-ils pour connaître le point de vue qu’ils devaient exposer ? Qui pouvaient-ils consulter ? Quel oracle ? Une collectivité n’a pas de langue ni de plume. Les organes d’expression sont tous individuels. La collectivité socialiste ne réside en aucun individu. La collectivité radicale non plus. La collectivité communiste réside en Staline, mais il est loin ; on ne peut pas lui téléphoner avant de parler dans une réunion.
    Non, MM. X., Y. et Z. se consultaient eux-mêmes. Mais comme ils étaient honnêtes, ils se mettaient d’abord dans un état mental spécial, un état semblable à celui où les avait mis si souvent l’atmosphère des milieux communiste, socialiste, radical.
    Si, s’étant mis dans cet état, on se laisse aller à ses réactions, on produit naturellement un langage conforme aux « points de vue » communiste, socialiste, radical.
    A condition, bien entendu, de s’interdire rigoureusement tout effort d’attention en vue de discerner la justice et la vérité. Si on accomplissait un tel effort, on risquerait — comble d’horreur — d’exprimer un « point de vue personnel ».
    Car de nos jours la tension vers la justice et la vérité est regardée comme répondant à un point de vue personnel.

    @martin5 http://seenthis.net/messages/315104#message315262

    Je crains que ce triste esprit de parti qui constitue plus ou moins la trame même du monde militant, sur internet comme dans la rue, ne se manifeste ici comme il le fait presque partout et tout le temps, lequel préfèrera toujours recourir à des formules à l’emporte-pièce (d’autant plus aisément fédératrices que ne les précède aucun argumentaire un tant soi peu rigoureux, exigeant, qui obligerait les rassemblés à préciser chacun leur propre jugement et à le soutenir), pour la seule raison qu’il ne s’agit pas tant pour chacun de produire une critique radicale que de s’empresser de choisir un camp entre deux groupes humains constitués, ou de revendiquer bruyamment son appartenance à l’un plutôt qu’à l’autre.

    @mona http://www.arteradio.com/son/15393/mona_chollet_19

    Est-ce qu’on peut avoir des convictions politiques solides si on ne s’assume pas en tant qu’être humain complet avec ses besoins et ses centres d’intérêts multiples et aussi avec sa part de banalité ? Peut-être que si la critique de l’ordre existant reste le plus souvent confinée dans une sorte de ghetto, c’est parce-que ceux qui la portent fondent leur démarche uniquement sur ce qui les distingue de la majorité des gens, et ils se croient obligés de censurer tout ce qui les en rapproche.

    • @aude_v http://seenthis.net/messages/276845#message277364

      Je vois partout un militantisme identitaire, pas au sens facho mais au sens de complaisance envers des ethos super marqués socialement et qu’il s’agit de flatter ensemble, loin des autres, contre eux souvent.

      http://seenthis.net/messages/321920#message321985

      je sens souvent qu’on milite en se trouvant une identité et en refusant de la soumettre à réflexion, comme si c’était une deuxième peau qui nous permettait d’exister dans des groupes qui fonctionnent à l’homogénéité...

    • J’ai longtemps affirmé (en privé) que notre phase actuelle de militantisme est empêtrée dans une logique de néolibéralisme et son emphase sur l’individu, de façons dont beaucoup d’entre nous ne sont pas conscients. Une grande part du militantisme Internet exalte le particulier au détriment du collectif, récompensant des épisodes individuels de catharsis et en leur attribuant une valeur d’estime considérablement plus haute que le travail de fond, plus âpre et moins théâtral, qui nourrit la communauté.

      http://coleremilitante.tumblr.com/post/121094865413/a-propos-de-la-toxicite-et-des-abus-en-milieu
      voir également
      http://coleremilitante.tumblr.com/post/121519189958/reflexions-supplementaires-sur-les-pratiques-en

    • banalité du mal sur les réseaux sociaux en milieu militant

      Le principe même de Twitter, plus que toute autre réseau social, incite à se comporter en consommateur, comme si chaque compte twitter existait pour procurer une sorte de divertissement. Ce ne sont plus des humains dont on partage ou dont on discute les idées, ce sont des personnages presque fictifs que l’on consomme et que l’on jette quand on a fini de les utiliser. Ce n’est pas gravissime en soi, mais on voit les dérives que cela génère quand les gens se mettent à 40 pour faire quitter twitter à une personne qui a dit une connerie, en l’insultant et en la harcelant jusqu’à ce qu’elle craque.
      Le problème que me pose cette attitude n’est pas qu’elle soit simplement sadique. Je crois que les personnes qui prennent réellement plaisir à faire souffrir quelqu’un sont minoritaires, si elles existent. Le problème est que les gens font ça en toute ignorance, en toute indifférence de la souffrance qu’ils provoquent chez les autres, d’autant plus que la souffrance la plus importante provient généralement de l’acharnement non pas d’une seule personne, mais d’un groupe.

      Les personnes harcelées auront beau parler de leur souffrance, elles seront moquées, tournées en ridicule, d’une façon n’ayant rien à envier au harcèlement ordinaire que l’on peut voir dans les cours d’école, dans toute sa banale cruauté.
      Parmi les personnes les plus sensibles à ces procédés, on trouve des victimes de toutes sortes d’oppressions, fragilisées par leur situation sociale (personnes rejetées en raison de leur orientation ou de leur identité de genre, mères célibataires isolées socialement, personnes précaires, personnes dépressives ou souffrant d’autres troubles mentaux). Peu importe les raisons, la fragilité de ces gens est le résultat de leur histoire personnelle, et n’est en rien risible. Les harceleurs s’amusent avec ces personnes tel le « scientifique » barbare qui ouvre un rat pour voir comment c’est fait à l’intérieur, sans prêter la moindre attention au fait qu’il s’agisse par ailleurs d’un être ressentant la souffrance.
      Finalement, le plus horrible avec les shitstorm, c’est qu’elles arrivent presque toujours le dimanche. C’est à dire que tourmenter quelqu’un jusqu’à ce que qu’il soit en larmes derrière son écran, fasse des crises d’angoisse ou passe des nuits d’insomnie, c’est finalement une manière comme une autre de passer le temps. La distance que les écrans interposés mettent entre les gens permet si facilement d’oublier qu’on a affaire à des êtres humains, et non pas des machines ou des punching-balls, qu’on en arrive là, sans complexes.

      #narcissisme #barbarie #déshumanisation
      http://lesquestionscomposent.fr/social-justice-warriors-notre-violence-nest-pas-virtuelle/#more-2384

    • Ok. De fait, les situations sont très différentes : Elfe parle essentiellement (pour la partie auto-censurée je ne sais pas) de situations de harcèlement contre des personnes dominé⋅e⋅s, et pour avoir lu quelques clashs twitter, il me semble que c’est d’une nature très distincte de ce qui s’est passé hier (et qui fait que décidément, je me passe fort bien de twitter). Mais ça m’interroge quand même sur comment on peut manifester une solidarité évidente et nécessaire, rendre visible des situations d’oppression et de domination banales et dégueulasses, soutenir l’expression de toute la rage contenue depuis trop longtemps, mais en évitant l’effet de meute.

      Est-ce le web qui est en cause, comme Elfe le suggère en insistant sur l’aspect « réseaux sociaux » ? Sans doute en partie. C’est public, mais d’une autre façon que dans une situation physique. Est-ce que ça amplifie l’aspect « foule » auprès de qui on ne peut pas se faire entendre ? Une foule furieuse dans une situation physique n’a pas davantage d’oreilles. Et un bannissement physique n’est pas plus tendre qu’un bannissement en ligne. La foule physique ne prête pas plus attention, sur le moment où il faut régler un conflit, aux identités multiples qui nous constituent que la foule en ligne. Mais la présence des regards silencieux, l’au-delà anonyme du cercle agissant, jouent sans doute un rôle. Et surtout, il y a la question de la temporalité et de la dynamique de l’affrontement : lors d’une situation physique, dans un creux du conflit, on pourra peut-être ré-amorcer une discussion. Sur le web, ça file en droite ligne - il faut attendre la déconnexion des un⋅e⋅s et des autres pour que ça souffle, mais elle ne se fait pas forcément au même moment. On perçoit moins les hésitations, les nuances, les ouvertures possibles - la mesure humaine en quelque sorte.

      Alors comment faire ? Il me semble difficile de décider a priori, en guise de solution, de porter les conflits du web sur un terrain physique. D’abord parce que le web est un lieu de conflit en tant que tel. Ou il est partie constitutive du conflit. Ensuite parce qu’il faut réagir là où ça apparaît. La question c’est donc : comment retrouve-t-on cette mesure humaine en ligne ? Et comment agit-on collectivement en ligne ?

      Désolée, c’est un peu brouillon, mais je tente de formuler ce qui me travaille depuis ce matin, ce qui m’a déjà travaillé dans d’autres occasions.

    • Ce que j’ai relevé pour ma part c’est qu’un élément récurrent de ces shitstorms, de ces mises au pilori publiques sur twitter, est qu’il y a de la part de la foule une espèce d’indifférence vis à vis de l’humanité de la personne montrée du doigt. Ce qui prime sur le moment c’est, en surface, le fait qu’elle ait dit ou fait un truc qui n’est pas conforme à tel ou tel credo militant. Cela rejoint ce conformisme militant narcissique où comme le disait @martin5 il ne s’agit pas tant pour chacun de produire une critique radicale que de revendiquer bruyamment son appartenance à tel ou tel camp considéré comme le bon.
      L’Elfe elle-même avait subi un événement de cette sorte, dans lequel avec une mauvaise foi effarante un paquet de gens l’avaient trainée dans la merde en prétendant qu’elle tenait des propos opressants vis à vis des personnes non « neurotypiques » (par exemples les personnes Asperger), ce qui est assez gros sachant par ailleurs le contenu et le ton de son blog, mais c’était l’occasion pour tous ces gens de lacher leur haine dans un mouvement de foule où ils se sentaient légitimés (banalité du mal). Bien évidemment des propos horribles et sans équivoque sont proférés tout le temps contre les personnes atteintes de troubles autistiques, mais ça ne suscite que peu d’émois ; là c’était une personne militante qui parlait et c’était l’occasion pour beaucoup de se faire mousser en la descendant en flammes http://lesquestionscomposent.tumblr.com/post/101266591177/les-raisons-de-mon-depart-de-twitter
      Plus récemment, toujours sur twitter, l’affaire de la liste CSP http://oi.crowdagger.fr/post/2015/07/17/%C3%80-propos-d-une-histoire-de-liste. Ledit CSP (une sorte d’Alain Soral, l’antisémitisme en moins) aurait apparamment tenu une liste de militants antiracistes, LGBT, féministes etc contenant noms et traits physiques des militants en question. Ladite liste a fuitié, et voulant la dénoncer après en avoir pris connaissance un blog « antifa » n’a rien trouvé de mieux que de la publier telle quelle, mettant immédiatement en danger les personnes listées (la liste a été récupérée très rapidement par un site d’extrême droite). Là aussi, le souci de l’autre est passé bien après le fait de faire mousser son ego militant.
      Autre exemple : des activistes véganes qui vont donner plus d’importance au fait de traiter d’assassins des consommateurs omnivores ou des éleveurs (parce-que ce faisant ils flattent leur égo militant) plutôt qu’à débattre avec eux. exalter le particulier au détriment du collectif, récompensant des épisodes individuels de catharsis et en leur attribuant une valeur d’estime considérablement plus haute que le travail de fond, plus âpre et moins théâtral, qui nourrit la communauté. comme dans le lien noté plus haut.

      C’est cette imprégnation profonde du narcissisme qui est inquiétante. Dans les milieux militants elle donne lieu à ce genre de rapports violents où l’humanité de l’autre passe après le fait qu’elle/il soit classée dans le « bon » camp ; où le désaccord politique en vient à être un argument pour retirer à autrui une part de son humanité. Ce n’est évidemment pas comme ça qu’on peut lutter contre le néolibéralisme et le fascisme et contre les oppressions dont ils se nourrissent et qu’ils entretiennent.

    • Je pense que cette question d’outings d’agressions sexistes mérite un post à part. Un ou plus sûrement plusieurs, vu tous les prolongements que cette question a. Pour la clarté des fils de commentaire et pour donner à chaque sujet l’importance qui lui correspond, sans les « diluer ».
      Je reprécise par ailleurs que ni mon commentaire d’hier sur le présent seen ni le seen initial ne sont en lien avec ce sujet-là.

    • http://oi.crowdagger.fr/post/2015/07/19/Violence-des-%C3%A9changes-en-milieu-militant

      Une autre divergence politique profonde que j’ai avec l’auteur de cet article, c’est sa vision libérale du militantisme :

      J’ai le sentiment d’en avoir retiré tout ce qu’il y avait à en retirer, qu’y rester plus longtemps sera maintenant contre-productif pour mon évolution personnelle et ma production écrite.

      On voit là le symptôme d’une approche finalement limite « carrièriste » du militantisme. Il ne s’agit pas de lutter pour changer le monde, mais d’en retirer tout ce qu’on a à y retirer, de supprimer toute notion de lutte pour parler d’« évolution personnelle ».

      Ce n’est malheureusement pas le seul texte à avoir cette approche, et c’est pour ça qu’à plusieurs reprises j’ai placé le mot « militant » entre guillemets, puisque selon les personnes qui l’emploient, il ne s’agit pas forcément de s’organiser pour lutter, mais d’une forme alternative de développement personnel.

    • on n’est pas si attentif/ve que ça aux questions d’agression en milieu féministe que pour flatter son ethos

      C’est certain. C’est aussi pour ça que je pense que c’est clairement un sujet distinct. Faire mousser son ego militant en descendant en flammes les positions d’un autre groupe (ou en préférant lustrer sa posture dans son microcosme plutôt que de s’adresser aux non-militants), bref l’emprise du néolibéralisme et du narcissisme sur la vie militante, c’est un sujet vraiment différent de la protection face aux agressions et leur dénonciation. En ce sens je trouve gênant d’appliquer un même terme ("shitstorm") à des événements pouvant avoir lieu dans les deux contextes, qui d’après moi n’ont pas grand chose à voir ni dans leur ethos ni dans les motivations des intervenants.

    • @aude_v je veux bien que tu ouvre une discussion sur ce sujet car il est different de celui que j’ai ouvert sur le outing d’agression et different aussi du sujet de @koldobika

      et tout de meme je précise que lors de la soirée seenthis quelqu’un est venu m’aidé et qu’en fait c’était safe pour ca. Après sur le coup je ne savais pas encor tout ce que ca allait provoqué par la suite dans ma tête de traumatisée. Et ca personne ne pouvait savoir vu que je le savait pas moi même.

    • http://sujette-sensible.blogspot.fr/2015/07/quart-dheure-beyonce-et-france-gall.html

      Nous, les issuEs de la prétendue culturelle misère prolétaire, qui avons connu les étoiles filantes de la pensée radicale parce que notre génération compte pas mal d’étudiants aussi, on ne propose rien, culturellement parlant, on essaie juste de pas faire d’impairs. De capter ce qui est subversif ou pas, et de pas l’ouvrir trop vite pour se taper les sourires condescendants ou juste un peu gênés des camarades fils de profs de fac ou de cadres. On se casse la tête à savoir ce qui distingue la remarque brillante sur Debord, de la citation trop ressassée qui nous classerait dans le minable « néo-situ ». On croyait qu’aimer Noir Désir et les avoir vus à l’Elysée Montmartre, c’était le top de l’underground... non, mais franchement, déjà quand ça joue à l’Elysée Montmartre, c’est dead. 

      On s’abreuve d’infos pour imiter encore et toujours. Quels peintres, quelles musiques, quelles sapes, est-ce qu’il faut être pour le revenu ou pour la gratuité, aimer les graffitis, ou pas parce que ce serait démago. Ecouter Satie ou faire mine de rejeter la #culture bourgeoise ? Avouer qu’on adore Monet, ou parler de la momification de la subversion qu’incarne le musée capitaliste ? Les jupes, c’est sexiste ou c’est la preuve qu’on kiffe notre corps et qu’on fucke le regard des mâles ? D’ailleurs faut se déclarer féministe OU anti-sexiste ?

      Alors, on ne risquait pas de proposer France Gall pour la manif, bien qu’on soit super heureuses, que quelqu’un ait dit ce qu’on ressent au fond de nous, nous qui sommes devenues un peu cocos ou un peu anars en prenant très au sérieux , gamins, les envole moi de Jean Jacques Goldman et les provocs de Madonna. 

      Ceux qui proposent, dans notre vague bouillonnante de radicaux, comme dans d’autres sphères intellectuelles et politiques, ce sont ceux qui sont issus des classes supérieures, culturellement parlant. Et souvent des mecs, mais pas toujours. Et très souvent, pas des issus de l’immigration, sauf UN ou UNE, mais pas plus.

      Ils proposent parce que chez eux, c’est « naturel » de donner son avis, de l’imposer. Naturel de penser que son avis est le bon, que sa réflexion est solidement étayée, et son goût bien assuré. Naturel de penser qu’on est apte à créer et innover. Naturel de penser que leurs actes et leurs préférences culturelles ou politiques ont évidemment le sens qu’ils veulent leur donner. Que l’interprétation qu’en feront les contradicteurs éventuels est erronée et montre leur inintelligence ou leur ringardise. 

      Ca s’appelle le #capital_culturel des #classes_supérieures , et ce n’est pas seulement une question de quantité des connaissances, mais de qualité. Eux savent trier, et se sentent « naturellement » aptes à décréter comment on trie, le subversif du snob, l’affecté du sincère, le vulgaire du provocant, le conformiste du génialement populaire. Le génie de la boite de conserves d’Andy et le pathétique du cube exposé à côté, ils savent.

      #petite_bourgeoisie

    • Pendant la plus grande partie de l’histoire occidentale, la tradition dominante en matière de gentillesse a été le christianisme, qui sacralise les instincts généreux de l’homme et en fait le fondement d’une foi universaliste. La charité chrétienne a servi pendant des siècles de ciment unissant les individus en une société. A partir du XVIe siècle, le commandement chrétien "Tu aimeras ton prochain comme toi-même” commence à subir la concurrence de l’individualisme. Le Léviathan de Thomas Hobbes (1651), le texte fondateur du nouvel individualisme, considérait la bonté chrétienne comme une absurdité psychologique. Les hommes étaient, selon Hobbes, des animaux égoïstes qui ne se souciaient que de leur propre bien-être, et l’existence humaine "une guerre de tous contre tous". Ses vues mettront du temps à s’imposer, mais à la fin du XVIIIe elles sont devenues l’orthodoxie – en dépit des tous les efforts de Hume et d’autres. Deux siècles plus tard, il semble que nous soyons tous hobbesiens, convaincus d’être mus par l’intérêt personnel. La gentillesse inspire de la méfiance, et ses démonstrations publiques sont jugées moralistes et sentimentales.
      Ses icônes populaires – la princesse Diana, Nelson Mandela, Mère Teresa – sont soit vénérées comme des saints, soit accusées d’être des hypocrites intéressés. Donner la priorité aux besoins d’autrui est peut-être louable, pensons-nous, mais certainement pas normal.

      Aujourd’hui, il n’y a qu’entre parents et enfants que la gentillesse est attendue, bien vue et de fait obligatoire. La gentillesse – c’est-à-dire la disposition à assumer la vulnérabilité des autres, et donc de soi-même – est devenue un signe de faiblesse (sauf naturellement chez les saints, chez qui elle témoigne de leur nature exceptionnelle). On n’en est pas encore à dire que les parents doivent cesser d’être gentils avec leurs enfants. Mais nous avons développé dans nos sociétés une phobie de la gentillesse, évitant les actes de bonté et trouvant toutes sortes de bonnes raisons pour justifier cette aversion. Toute compassion est de l’apitoiement sur soi, relevait l’écrivain D.H. Lawrence, et cette formule reflète bien ce qu’inspire aujourd’hui la gentillesse, qui est prise soit pour une forme noble d’égoïsme, soit pour la forme de faiblesse la plus vile (les gentils sont gentils uniquement parce qu’ils n’ont pas le cran d’être autre chose).

      La plupart des adultes pensent secrètement que la gentillesse est une vertu de perdants.

      #réciprocité #histoire #psychologie_sociale
      #néolibéralisme #cynisme #individualisme #narcissisme #barbarie #psychopathe #vie_intérieure
      lien avec http://seenthis.net/messages/166218

  • Une étude mathématique nous explique pourquoi les hipsters se ressemblent tous | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/94279/pourquoi-hipsters-se-ressemblent-maths

    C’est tout le paradoxe du terme qu’explique le mathématicien et neuroscientifique Jonathan Touboul, du Collège de France, dans sa dernière étude : utilisant les statistiques, il montre que ce désir permanent de se démarquer pousse finalement les hipsters à être tous les mêmes.

    ...

    Cette formule exprime le fait que dans un groupe de n individus, la tendance observée par l’individu numéro i à l’instant t dépend du poids de l’influence de chacun des autres membres du groupe sur lui (ce sont les Jij), mais également du type de hipsters présents (ils peuvent être plus ou moins modérés, ce qu’expriment les vecteurs sj) et du temps mis par le hipster i avant de réaliser que chacun des hipsters qui l’entoure est en train de commencer à lui ressembler sur tel ou tel point.

    Jonathan Touboul, un candidat pour le prix Ig Nobel ?
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Ig_Nobel

    #science #société #Jonathan_Touboul #hipsters

  • 8 Parisiennes sur 10 pensent que personne ne les aiderait en cas d’agression dans le métro - Libération
    http://next.liberation.fr/sexe/2014/10/29/8-parisiennes-sur-10-pensent-que-personne-ne-les-aiderait-en-cas-d-a

    Un sondage international tente de mesurer le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports publics de 16 métropoles.

    A quel point se sentent à l’aise les femmes dans les #transports_publics ? Un sondage réalisé par l’institut YouGov auprès de 6 300 personnes et publié par la Thomson Reuters Fondation compare de manière intéressante le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports des plus grandes villes du monde.

    C’est ainsi à Bogota, Mexico et Lima qu’elles ont le plus peur. A l’inverse, elles se sentent plutôt en sécurité à New York, Tokyo et Pékin. La capitale parisienne se retrouve sixième meilleure ville. Une position en milieu de tableau à cause surtout d’une réponse à une question : « à quel point pensez-vous que des gens viendront vous aider si vous êtes agressées dans les transports publics » ? 85% déclarent qu’elles ont peu confiance et qu’elles risquent d’être livrées à elles-mêmes, au contraire, par exemple, des New-Yorkaises, si elles sont en danger.

    Des cas médiatiques, peuvent, sans doute, expliquer ces appréhensions, comme le meurtre d’Anne-Lorraine, en 2007, dans le RER D. En avril dernier, le procureur de Lille a ouvert une enquête pour tenter de retrouver les témoins d’une agression sexuelle dans le métro de la ville nordiste. L’agresseur « m’a touchée et personne ne m’a aidée. Je me suis défendue toute seule », a expliqué ensuite la jeune femme, choquée. La non-assistance à personne en danger est passible de cinq ans de prisons et de 75 000 euros d’amende.

    Le court-métrage ci-dessous, Je suis à l’heure, présenté au Nikon Film Festival met en scène de manière brillante cette #passivité parfois affolante des autres passagers.

    http://www.dailymotion.com/video/x28sghz_nikon-film-festival-je-suis-a-l-heure-le-film-contre-l-insecuri


    voir aussi la campagne #TackBackTheMetro
    http://seenthis.net/messages/307490
    #harcèlement_de_rue #agressions_sexuelles

    • Le court-métrage ci-dessous, Je suis à l’heure, présenté au Nikon Film Festival met en scène de manière brillante cette #passivité parfois affolante des autres passagers.

      Elle me saoul cette pub Nikon je ne comprend vraiment pas ce qu’apporte ce film pour les victimes d’agressions.

      – Il apporte du clic a des blogs à pub comme Next ou des blogs à trolls comme BigBrowser.
      – Il permet de répéter le cliché du méchant jeune de banlieue violeur de femmes car même si on ne voie pas l’agresseur ni l’agressée on entend les « zyva » typique d’un djeundebanlieu. Un peu de racisme et de classisme ca ne se refuse pas dans le contexte nauséabond actuel et le jeundebanlieu ne doit pas être la cible commerciale de Nikon.
      – Il parle aux hommes blancs probable cible commerciale de Nikon.
      – Il permet aux hommes blanc non banlieusards et probables acheteurs de Nikon de se projeter en chevalier servant sauveur du sexe faible en detresse. « moi à sa place j’aurais... » sont l’essentiel des commentaires masculins que j’ai lu autour de cette pub.
      – Il apprend aux femmes que le RER en milieu de journée c’est pas la peine sans un chaperon masculin avec soi. Les femmes ne sont clairement pas la cible de Nikon.
      – Il rappel aux victimes d’agression le bon souvenir de ce qu’elles ont vécu pour vendre des trucs Nikon. Voire le « syndrome de reviviscence » symptôme typique des troubles post-traumatiques des violences sexuelles.
      – Il ne dit pas qui sauvera les femmes de leur sauveurs. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/10/17/01016-20121017ARTFIG00618-viols-sur-mineure-l-enquete-visant-des-pompiers-e
      – Il enfonce des stéréotypes sur le viol et les agressions sexuels. Dans un lieu publique par un inconnu à tendance banlieusarde alors que la plus part des viols et agressions sexuelles se passent au domicile de la victime ou de l’agresseur et par une personne connu de la victime, un ami, un conjoint, un parent, un collègue. Mais un film qui montrerait le cadre blanc client de Nikon en agresseur je suis pas certaine que ca aurait buzzer autant.
      – Il déplace le problème là ou il n’est pas, le problème c’est les agressions sexuelles pas le manque de chevaliers servants. Le problème c’est la déshumanisation et la robotisation des transports en commun pas la lâcheté des cadres en imperméable.
      – Il détourne la question des agressions sexuelles à des fins commerciales. C’est pas présenté d’abord comme le film de Isabelle Quintard et Fabien Motte mais c’est toujours d’abord le film « dans le cadre du Nikon Film Festival ».
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Marketing_viral

      #bad_market

  • L’accès à la propriété rend bête et réactionnaire

    En leur vendant les maisons et appartements qu’ils habitaient Thatcher réussit à changer les préoccupations de la classe ouvrière. La solidarité fit place au soucis financiers imposés par le remboursement de prêts immmobiliers. Ce fut le début d’un processus de virement politique vers la droite.

    Im Bann der Eigentümer-Gesellschaft | Telepolis
    http://www.heise.de/tp/artikel/42/42079/1.html

    Der britische Guardian sah in diesem Privatisierungsprogramm gar die wichtigste Erbschaft der Thatcher-Ära:

    Für Millionen aus der bessergestellten Arbeiterklasse… bestand die wichtigste Folge des Thatcherismus in der Erlangung von Wohneigentum. Thatchers Traum von einer Nation von Wohneigentümern war derjenige, den sie an weitesten realisieren konnte.

    Neben dem siegreichen Falklandkrieg von 1982, in dessen Gefolge Thatcher auf einer Woge nationalistischer Begeisterung ihren zweiten Wahlsieg bei den Wahlen 1983 erringen konnte, war es gerade diese massive Privatisierungskampage im sozialen- und kommunalen Wohnungssektor, die erst die 18 Jahre währende Regierungszeit der Tories in Großbritannien ermöglichte - und die erst durch die neoliberale gewendete „New Labour“ Partei Tony Blairs beenden werden sollte.

    Laut dem Guardian bildete diese „kontroverse“ Wohnungspolitik den „Schlüsselfaktor“ bei den drei Wahlsiegen der Konservativen in den 1980ern und 1990ern. Die „bessergestellten“ Lohnabhängigen, die vermittels des „Right to Buy“-Programms erstmals zu Eigentümern wurden, bildeten konservative politische Anschauungen aus, die von der Sorge um die Abzahlung ihrer Hypotheken und den Wert ihrer Immobilien angefacht wurden. Der „immobile“ Besitz, der dieser ehemaligen Stammwählerschaft Labours zukam, kettete sie an das Bestehende. Er reduzierte somit auch die Bereitschaft zu geistiger Mobilität in gesellschaftspolitischen Fragen.

    Margaret Thatcher Took My Milk
    http://thedailybanter.com/2013/04/margaret-thatcher-took-my-milk
    #immobilier #conservatisme

    • Il n’y a peut être pas que l’avarice induite par la contrainte financière qui a joué : le « statut » de propriétaire est aussi un capital symbolique dont chacun a à coeur de défendre la valeur. Si j’ai payé ma maison, je ne peux pas être assimilé à quelqu’un qui est logé en HLM, sinon mon investissement n’a servi à rien.
      J’ai observé aussi cette sorte de « syndrome » de l’engagement durant mon service militaire. Au départ mes copains de chambre rejetaient tous le fonctionnement débile de l’armée, puis au bout de quelques semaines, après en avoir bavé dans les fossés en Ariège, ils étaient fiers de leur médaille, et tenaient les discours les plus réacs envers les « petits » nouveaux des contingents suivants. Comme si avoir été intégrés dans l’institution, après quelques sacrifices imposés, les avait fait basculer du côté des gradés, alors qu’ils n’étaient que des sans-grades améliorés. Il était important pour eux que les nouveaux, les suivants, en bavent autant que eux en avaient bavé pour gagner cette médaille, pour ne pas « dévaloriser » leur statut, pour entretenir la valeur de leur médaille..

      Bref je crois que les travaux de #psychologie_sociale nous révéleront pas mal de choses encore sur la puissance du capitalisme...