• New ‘Facilitation’ Directive: migrant people and solidarity under threat
    https://migreurop.org/article3606.html

    On 28 November 2023, the European Commission adopted a proposal for a Directive laying down minimum rules to prevent and counter the facilitation of unauthorised entry, transit and stay in the Union (known as the ’Facilitation’ Directive), without any prior impact assessment. Intended to replace and expand the EU legal framework currently in force on this matter (the 2002 ’Facilitators Package’), it updates the definition of the offence of facilitation and the existing criminal law (…) #Publications

    https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:52023PC0755

  • Nouvelle directive « facilitation » : personnes exilées et solidarité en péril
    https://migreurop.org/article3605.html

    Le 28 novembre 2023, la Commission européenne a adopté une proposition de directive établissant des règles minimales pour prévenir et combattre l’aide à l’entrée, au transit et au séjour non autorisés dans l’Union (dite directive « facilitation »), sans étude d’impact en amont. Destinée à remplacer et à élargir le cadre juridique européen actuellement en vigueur à ce sujet (le « train de mesures anti-passeurs » de 2002), elle met à jour la définition de l’infraction de facilitation et le (…) #Publications

    https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52023PC0755

  • Transiscope, au-delà de la carte
    https://framablog.org/2026/07/31/transiscope-au-dela-de-la-carte

    Résultat d’une écriture collective, Transiscope : Cartographier pour coopérer est un #Livre issu du projet Des Livres en Commun et dont la sortie est prévue le 8 septembre 2026. Il retrace une décennie d’expérimentations techniques et humaines visant à rendre visibles … Lire la suite­­

    #Communs_culturels #Des_Livres_en_Communs #Militantisme #Alternatiba #alternatives #des_livres_en_communs #Publication

  • L’intelligence artificielle va‑t‑elle mettre fin à la recherche en sciences sociales ?

    L’impact de l’intelligence artificielle générative sur les sciences sociales peut être compris à travers la métaphore du roman Things Fall Apart de Chinua Achebe. Ce livre retrace les bouleversements de la société nigériane face à l’intrusion coloniale. Il offre une approche pertinente pour comprendre les tensions actuelles du monde académique.

    Il y a quelques mois maintenant, un collègue m’a envoyé son article pour avoir une seconde lecture. Tout y était : problématique ciselée, revue de littérature exhaustive, méthodologie rigoureuse. Trop, justement. En y regardant de plus près, certaines formulations m’ont alerté : « crucial », « dans le monde dynamique de », « il est impératif de noter que ». Le #vocabulaire typique de #ChatGPT. J’ai demandé des explications. Réponse gênée : « Oui, j’ai utilisé l’IA pour rédiger certaines parties, mais j’ai relu, évidemment. »

    Ce malaise révèle une vérité qui dérange : nous, chercheurs en sciences sociales, sommes en train de perdre le contrôle de notre métier. Et nous faisons semblant de ne pas le voir. Cette réflexion m’a amené à proposer un article à la Revue française de gestion à l’occasion du numéro de son 50ᵉ anniversaire.

    Quelques chiffres illustratifs du changement de paradigme

    Environ 13,5 % des #résumés d’articles biomédicaux publiés en 2024 contiennent des traces d’utilisation d’intelligence artificielle (IA) générative selon une étude parue dans Science Advances (https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adt3813). Plus inquiétant encore : une étude de chercheurs de Stanford révèle que jusqu’à 17 % du texte des évaluations d’articles dans les grandes conférences sur l’IA pourrait avoir été substantiellement modifié par l’IA elle-même (https://arxiv.org/abs/2403.07183). Nous sommes entrés dans une boucle où l’IA évalue l’IA.

    Par ailleurs, des équipes de recherche analysent en quelques semaines des corpus qui auraient nécessité des années de travail. En sociologie numérique, par exemple, une étude publiée dans Science a examiné la diffusion de près de 126 000 informations vraies et fausses partagées par environ trois millions d’utilisateurs sur Twitter (https://www.science.org/doi/10.1126/science.aap9559), soit plus de 4,5 millions de partages, un volume inimaginable sans outils d’analyse automatisés.

    Ruptures dans les sciences sociales

    Mais au-delà de ces gains de #productivité, quelque chose se fissure. L’IA ne bouleverse pas seulement nos méthodes de travail. Elle remet en question ce que signifie « #faire_de_la_recherche ».

    Comment valider des résultats produits par un #algorithme dont les rouages internes restent opaques ? Comment garantir la #rigueur_scientifique quand l’IA peut « #halluciner » et inventer des #références_bibliographiques qui n’existent pas ? Comment protéger notre #pensée_critique dans ce contexte ?

    Nous sommes actuellement confrontés au même #dilemme que les personnages du roman de l’écrivain nigérian Chinua Achebe, intitulé Tout s’effondre (Things Fall Apart, en anglais). Dans ce récit, une société africaine traditionnelle se retrouve confrontée aux missionnaires européens qui viennent imposer de nouvelles croyances. Certains membres de cette société traditionnelle s’adaptent à cette arrivée, d’autres résistent. Tous comprennent que rien ne sera plus comme avant.

    Technophiles contre traditionalistes

    La communauté scientifique connaît aujourd’hui des divisions. Certains, les « technophiles », accueillent l’IA avec enthousiasme, convaincus qu’elle va accélérer les découvertes et ouvrir la recherche au monde en développement. D’autres, les « traditionalistes », dénoncent une course à la productivité aux dépens de la profondeur de pensée.

    Cette #fracture ne se limite pas aux questions techniques et technologiques, elle touche aussi à notre #identité, collective et individuelle, de chercheurs. Sommes-nous en train de devenir de simples opérateurs validant des productions issues d’algorithmes ? Notre expertise se réduit-elle à savoir poser les bonnes questions à un modèle d’IA ?

    Les jeunes chercheurs sont les premiers exposés. Ils jonglent entre la pression de publier rapidement et l’injonction implicite à ne pas trop utiliser l’IA. Résultat : beaucoup l’utilisent en cachette, créant une #culture_du_secret qui a des conséquences pour la #transparence_scientifique.

    Quelles solutions ?

    Nous avons trop longtemps préféré détourner le regard. L’intelligence artificielle est là, et ignorer sa présence n’est plus tenable. Il nous faut repenser notre manière de faire de la science. Imaginer un nouveau cadre.

    Trois grands principes pourraient nous servir de boussole.

    Le premier, c’est la #transparence. Chaque recours à l’IA devrait être précisé noir sur blanc dans nos publications : quels outils ont été utilisés, pour quels usages, et dans quelles limites. Certaines revues, comme Nature, commencent déjà à l’imposer.

    Ensuite, la #responsabilité. L’IA peut analyser des données, suggérer des pistes, rédiger des brouillons. Mais c’est au chercheur qu’il revient d’interpréter et de valider avec un #esprit_critique. Cette ligne rouge ne doit jamais être franchie. Une étude récente le rappelle cruellement : 52 % des réponses générées par l’IA à des questions de programmation contiennent des erreurs, et la supervision humaine échoue à les corriger dans 39 % des cas (https://dl.acm.org/doi/10.1145/3613904.3642596).

    Enfin, le #pluralisme. Il devient nécessaire d’accepter que certains chercheurs intègrent l’IA dans leur travail tandis que d’autres la refusent. Cette diversité peut devenir une richesse, si les débats ont lieu au grand jour, dans les conférences et les séminaires qui constituent la tradition scientifique.

    Un nouveau #paradigme_scientifique

    L’intelligence artificielle va continuer de gagner en puissance et en omniprésence.

    Nous sommes à l’aube d’un #tournant dans le monde de la recherche où l’intelligence humaine devient une « des » formes d’intelligences. Il semble clair que cette #cohabitation ne portera ses fruits que si elle s’appuie sur des #règles mises en place par les chercheurs eux-mêmes.

    Le vrai risque ne provient pas de l’intelligence artificielle, mais de notre #inertie. Notre envie de profiter de ce qu’elle offre sans trop s’interroger. D’accepter, sans résister, une facilité qui pourrait, à terme, nous échapper. Chinua Achebe raconte comment une société s’effondre lorsqu’elle perd le contrôle de son destin. Nous, chercheurs, avons encore le #choix. Nous pouvons décider comment intégrer l’intelligence artificielle, à quelles conditions, mais aussi avec quelles limites.

    L’enjeu n’est pas de résister au changement. Il est de le guider vers une science plus rigoureuse, plus transparente, plus consciente d’elle-même. Une science qui utilise l’IA sans s’y soumettre. Une science qui reste, avant tout, une aventure humaine.

    https://theconversation.com/lintelligence-artificielle-va-t-elle-mettre-fin-a-la-recherche-en-s
    #IA #AI #intelligence_artificielle #ESR #recherche #SHS #sciences_sociales #édition_scientifique #publications_scientifiques #évaluation #peer_review #hallucination #à_lire

  • #arXiv imposes one-year ban for unchecked LLM output

    arXiv has clarified enforcement for submissions that include unverified large language model (LLM) output. Per a public thread by Thomas G. Dietterich, chair of arXiv’s computer science moderators, a submission that contains “incontrovertible evidence that the authors did not check the results of LLM generation”, examples cited include hallucinated references and leftover LLM meta-comments, can trigger a one-year ban and a requirement that future arXiv submissions first be accepted at a reputable peer-reviewed venue, as reported by The Verge and other outlets. The platform’s Code of Conduct was cited in Dietterich’s thread, noting authors bear responsibility for content irrespective of how it was generated. Community reaction has been mixed, with some researchers supporting the move and others warning about selective enforcement and false-positive risks, according to The Decoder and social reporting aggregated by di.gg.

    https://letsdatascience.com/news/arxiv-imposes-one-year-ban-for-unchecked-llm-output-be07fdf4
    #LLMs #IA #intelligence_artificielle #bannissement #recherche #édition_scientifique #publications #AI #1_an #revues

  • The end of the science as we know it
    https://www.youtube.com/watch?v=PctlBxRh0p4

    Cool Worlds Podcast

    Conversations between Professor David Kipping and guests, spanning astronomy, technology, science and engineering. This is the official podcast of the Cool Worlds Lab at Columbia University and their popular YouTube channel ”Cool Worlds”. Podcast episodes are filmed and can be found online through our YouTube channels.
    Links

    Cool Worlds Website
    https://www.coolworldslab.com

    #intelligence_artificielle #science #IA #astrophysique #publication #communication #coding #refactoring #code_informatique #recherche

  • AI Is Inventing Academic Papers That Don’t Exist — And They’re Being Cited in Real Journals

    The proliferation of references to fake articles threatens to undermine the legitimacy of institutional research across the board.

    As the fall semester came to a close, Andrew Heiss, an assistant professor in the Department of Public Management and Policy at the Andrew Young School of Policy Studies at Georgia State University, was grading coursework from his students when he noticed something alarming.

    As is typical for educators these days, Heiss was following up on citations in papers to make sure that they led to real sources — and weren’t fake references supplied by an AI chatbot. Naturally, he caught some of his pupils using generative artificial intelligence to cheat: not only can the bots help write the text, they can supply alleged supporting evidence if asked to back up claims, attributing findings to previously published articles. But, as with attorneys who have been caught generating briefs with AI because a model offered false legal precedents, students can end up with plausible-sounding footnotes pointing to academic articles and journals that don’t exist.

    That in itself wasn’t unusual, however. What Heiss came to realize in the course of vetting these papers was that AI-generated citations have now infested the world of professional scholarship, too. Each time he attempted to track down a bogus source in Google Scholar, he saw that dozens of other published articles had relied on findings from slight variations of the same made-up studies and journals.

    “There have been lots of AI-generated articles, and those typically get noticed and retracted quickly,” Heiss tells Rolling Stone. He mentions a paper retracted earlier this month, which discussed the potential to improve autism diagnoses with an AI model and included a nonsensical infographic that was itself created with a text-to-image model. “But this hallucinated journal issue is slightly different,” he says.

    That’s because articles which include references to nonexistent research material — the papers that don’t get flagged and retracted for this use of AI, that is — are themselves being cited in other papers, which effectively launders their erroneous citations. This leads to students and academics (and any large language models they may ask for help) identifying those “sources” as reliable without ever confirming their veracity. The more these false citations are unquestioningly repeated from one article to the next, the more the illusion of their authenticity is reinforced. Fake citations have turned into a nightmare for research librarians, who by some estimates are wasting up to 15 percent of their work hours responding to requests for nonexistent records that ChatGPT or Google Gemini alluded to.

    Heiss also noticed that the AI-generated notes could be convincing to a reader because they included the names of living academics and titles that closely resemble existing literature. In some cases, he found, the citation led him to an actual author, yet the heading of the article and the journal were both fabricated — they just sounded similar to work the author has published in the past and a real periodical that covers such topics. “The AI-generated things get propagated into other real things, so students see them cited in real things and assume they’re real, and get confused as to why they lose points for using fake sources when other real sources use them,” he says. “Everything looks real and above-board.”

    Since LLMs have become commonplace tools, academics have warned that they threaten to undermine our grasp on data by flooding the zone with fraudulent content. The psychologist and cognitive scientist Iris van Rooij has argued that the emergence of AI “slop” across scholarly resources portends nothing less than “the destruction of knowledge.” In July, she and others in related fields signed an open letter calling on universities to resist the hype and marketing in order to “safeguard higher education, critical thinking, expertise, academic freedom, and scientific integrity.” The authors claimed that schools have “coerced” faculty into using AI or allowing it in their classes, and they asked for a more rigorous, comprehensive analysis of whether it can have any useful role in education at all.

    Anthony Moser, a software engineer and technologist, was among those who foresaw how chatbots could eventually hollow out educational institutions. “I’m imagining an instructor somewhere making a syllabus with ChatGPT, assigning reading from books that don’t exist,” he wrote in a post on Bluesky in 2023, less than a year after the AI model first came out. “But the students don’t notice, because they are asking ChatGPT to summarize the book or write the essay.” This month, Moser reshared that post, commenting: “I wish it had taken longer for this to become literally true.”

    Moser tells Rolling Stone that to even claim LLMs “hallucinate” fictional publications misunderstands the threat they pose to our comprehension of the world, because the term “implies that it’s different from the normal, correct perception of reality.” But the chatbots are “always hallucinating,” he says. “It’s not a malfunction. A predictive model predicts some text, and maybe it’s accurate, maybe it isn’t, but the process is the same either way. To put it another way: LLMs are structurally indifferent to truth.”

    “LLMs are pernicious because they’re essentially polluting the information ecosystem upstream,” Moser adds. “Nonexistent citations show up in research that’s sloppy or dishonest, and from there get into other papers and articles that cite them, and papers that cite those, and then it’s in the water,” he says, likening this content to like harmful, long-lasting chemicals: “hard to trace and hard to filter out, even when you’re trying to avoid it.” Moser calls the problem “the entirely foreseeable outcome of deliberate choices,” with those who raised objections “ignored or overruled.”

    But AI can’t take all the blame. “Bad research isn’t new,” Moser points out. “LLMs have amplified the problem dramatically, but there was already tremendous pressure to publish and produce, and there were many bad papers using questionable or fake data, because higher education has been organized around the production of knowledge-shaped objects, measured in citations, conferences, and grants.”

    Craig Callender, a philosophy professor at the University of California San Diego and president of the Philosophy of Science Association, agrees with that assessment, observing that “the appearance of legitimacy to non-existent journals is like the logical end product of existing trends.” There are already journals, he explains, that accept spurious articles for profit, or biased ghost-written research meant to benefit the industry that produced it. “The ‘swamp’ in scientific publishing is growing,” he says. “Many practices make existing journals [or] articles that aren’t legitimate look legitimate. So the next step to non-existent journals is horrifying but not too surprising.”

    Adding AI to the mix means that “swamp” is growing fast, Callender says. “For instance, all of this gets compounded in a nearly irreversible way with AI-assisted Google searches. These searches will only reinforce the appearance that these journals exist, just as they currently reinforce a lot of disinformation.”

    All of which contributes to a feeling among researchers that they’re being buried in an avalanche of slop, with limited capacity to sift through it. “It’s been incredibly disheartening for faculty, I think fairly universally, especially as fake content gets accidentally enshrined in public research databases,” says Heiss. “It’s hard to work back up the citation chain to see where claims originated.”

    Of course, many aren’t even trying to do that — which is why the phony stuff has been so widely disseminated. It’s almost as if the uncritical and naive adoption of AI has made us more credulous and sapped our critical thinking at the precise moment we should be on guard against its evolving harms. In fact, someone may be toiling away on a (real) study of that phenomenon right now.

    https://www.rollingstone.com/culture/culture-features/ai-chatbot-journal-research-fake-citations-1235485484
    #IA #AI #intelligence_artificielle #édition_scientifique #science #ESR #université #citations #chatbot #références #faux #erreurs

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  • L’#Académie_des_sciences et le #CNRS s’unissent pour développer un modèle de publication en #libre_accès sans frais, ni pour le lecteur ni pour l’auteur.

    Dans un contexte où la diffusion des savoirs est fragilisée par un modèle économique déséquilibré, l’Académie des sciences et le CNRS signent un accord de coédition pour développer un modèle de publication scientifique en libre accès diamant, gratuit pour les auteurs comme pour les lecteurs. Cette initiative, qui se matérialise à travers les Comptes rendus de l’Académie des sciences, vise à proposer une #alternative éthique et équitable face à la #dépendance croissante du monde de la recherche internationale envers des éditeurs commerciaux.

    https://www.cnrs.fr/en/node/12218
    #open_access #DOAJ #diamond_open_access #recherche #ESR #édition_scientifique #résistance

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  • Un grand pas de plus vers la science ouverte

    A partir du 1er janvier 2026, le #CNRS coupera l’accès à l’une des plus importantes bases bibliométriques commerciales : le #Web_of_Science de #Clarivate_Analytics ainsi que les #Core_Collection et #Journal_Citation_Reports.

    https://journals.openedition.org/cybergeo/42519

    #science_ouverte #édition_scientifique #revues_prédatrices #résistance #WOS #Elsevier #Scopus #ESR #science #recherche #publications_scientifiques

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  • The fall of a prolific science journal exposes the billion-dollar profits of scientific publishing

    One of the 15 publications that put out the most studies globally has been expelled from the indexing system for irregularities. Its publisher, #Elsevier, has a 38% profit margin that reached $1.5 billion in 2024

    With humanity terrified by the deadly second wave of the coronavirus, in the fall of 2020, a scientific journal published a study with a solution: jade amulets from traditional Chinese medicine could prevent COVID-19. The proposal was outlandish, but the editor-in-chief of the weekly, Spanish chemist Damià Barceló, defended its quality controls. That journal, Science of the Total Environment — one of the 15 that publishes the most studies worldwide — has just been expelled from the group of reputable publications by one of the leading evaluation companies, after dozens of irregular articles were discovered. The scandal exposes the windfall profits of scientific publishers, who in recent years have amassed billions of dollars in earnings from public funds earmarked for science.

    Damià Barceló, 71, took over as editor of the journal in 2012. In just two years, he doubled the number of studies published. In a decade, he increased the number tenfold, with the journal reaching nearly 10,000 articles annually. As the number of articles increased, the quality declined, because there was a perverse incentive to accept mediocre work: to publish research open access in the journal, a scientist has to pay $4,150 plus taxes.

    Emilio Delgado, professor of documentation at the University of Granada in Spain, explains it this way: “It’s clearly an open-door journal that takes almost anything. It’s what I call a mega-journal, that is, a mega-business.” The publication belongs to the Dutch publishing giant Elsevier, which dominates the world of science publishing, with a 17% share of the global market. Its 3,000 journals published 720,000 studies last year. Swedish businessman Erik Engstrom, CEO of RELX (the multinational that owns Elsevier), earned more than €15 million ($17.4 million) in 2024 between his salary and other compensation.

    Delgado and his colleague Alberto Martín analyzed the unusual behavior of the mega-journal at the request of EL PAÍS. Of all the studies published in Science of the Total Environment, 40% are by Chinese authors and 8% are by Spanish authors — percentages that are double the usual ratio in the subject area. The third institution that publishes the most articles in this journal, after two Chinese organizations, is the Spanish National Research Council (CSIC), Spain’s largest scientific organization, where Barceló himself worked until his retirement last year. “With these patterns, one might consider the possibility of publication fraud, but this is speculation,” says Delgado.

    The scientific system operates in a controversial way. Researchers’ funding and promotions depend largely on the number of studies they publish in journals, which are validated by a handful of private companies. One of these companies, the London-based multinational Clarivate, removed Science of the Total Environment from its database on November 18. “The journal was removed because it no longer meets our publicly available quality criteria,” explained a spokesperson, who declined to offer further details.

    In theory, the quality of scientific journals is safeguarded by anonymous experts who voluntarily review manuscripts to determine whether they should be published. In Science of the Total Environment, this system was allegedly compromised. The publisher Elsevier itself has retracted some 50 studies published by the Brazilian biologist Guilherme Malafaia, after discovering that his work had been “reviewed” through fake peer reviews signed with the names of real scientists without their consent — as was the case with an article on coronavirus in fish and another on the toxicity of a herbicide in turtles. Malafaia and Barceló are co-authors on several studies on microplastic pollution, but these shared investigations have not yet been retracted.

    The four major scientific publishers — Elsevier, Springer Nature, Wiley, and Taylor & Francis — earned more than $7 billion in 2024, with profit margins unimaginable in almost any other industry, exceeding 30%, according to a new analysis led by British anthropologist Dan Brockington of the Autonomous University of Barcelona. This collective windfall is explained by the “publish or perish” system — which rewards improbably prolific scientists who produce a study every two days — as well as a shift in the industry’s business model. Previously, readers paid subscription fees to access quality journals. Now, amid the push for open access to science, it is the authors themselves who must pay to have their research published so that others can read it for free. This perverse incentive — whereby both scientists and journals earn more the more they publish, regardless of quality — has fueled a flood of millions of low-quality studies.

    Elsevier is the publisher that publishes the most studies and earns the most, with a 38% profit margin ($1.5 billion in 2024), according to the analysis by Brockington and his colleagues. The researchers call for efforts to “dismantle the system” that sees billions of dollars of public money being spent on publishing empty studies for the exclusive benefit of private companies. According to their calculations, Elsevier, Springer Nature, Wiley, and Taylor & Francis have received more than $14 billion in profits over the last six years. Among the co-authors of the analysis is the Spanish engineer Pablo Gómez Barreiro, from the Royal Botanic Gardens, Kew, in southern England.

    An Elsevier spokesperson defended the company’s actions. “We uphold the highest standards of rigor and ethics in our publishing to protect the quality and integrity of research,” they stated. The publisher conducted an initial investigation that resulted in dozens of retractions in Science of the Total Environment, officially due to the fraudulent peer review of articles. “We are now undertaking a broader investigation focused on conflicts of interest, as well as reviewing papers flagged for other potential indicators of misconduct,” the spokesperson added. The publisher intends to “fully rehabilitate” the journal.

    Damià Barceló is a hyper-prolific scientist, one of those who publishes a new study every five days or even less. He has authored some 1,800 papers in his lifetime, more than 200 of them in Science of the Total Environment, his own journal. His name appears numerous times as editor of his own studies, such as one on drugs in wastewater in Mexico and another on chemical pollution in the Ebro and Guadalquivir rivers in Spain.

    The Elsevier spokesperson explained that Barceló “stepped down” as editor-in-chief in March 2025. “This change was part of a broader effort to strengthen the journal’s governance and address concerns raised,” the spokesperson stated. Elsevier maintains that the “systemic problems” that led to the expulsion of Science of the Total Environment “cannot be attributed to any single individual.” EL PAÍS requested a comment from Barceló, both via his personal WhatsApp and the email address associated with his current position as honorary professor at the University of Almería, but did not receive a response.

    Barceló’s prolific output helped him enter the Highly Cited Researchers list, a ranking compiled by the multinational Clarivate that includes some 7,000 researchers worldwide. The more highly-cited researchers a university has, the higher it ranks in the influential Shanghai Ranking, which designates the supposedly best academic institutions in the world. An investigation by EL PAÍS revealed in 2023 that Saudi Arabia offered bribes of up to €70,000 ($81,000) a year to highly-cited scientists to falsify their affiliations in Clarivate’s database, claiming they worked at an Arab university in order to boost those institutions in the ranking.

    Damià Barceló had been listed as a professor at Saudi Arabia’s King Saud University since 2016, despite his primary role being director of the Catalan Institute for Water Research in Girona, Spain. Barceló told this newspaper at the time that he had not been receiving the €70,000 annual salary. In 2013, the Spanish chemist received a $133,000 award from Saudi King Salman bin Abdulaziz for his research on water contaminants.

    Spanish universities, like those in other countries, have become places where producing research papers is prioritized above all else, almost like a large-scale factory farm that churns out studies, according to Emilio Delgado and Alberto Martín, bibliometrics experts at the University of Granada. Professors with completely inflated CVs have risen to full professorships or even rectors. Spurred by various international manifestos, the National Agency for Quality Assessment and Accreditation (ANECA) —the Spanish agency that decides whether a university professor can be promoted or deserves salary increases — has changed its criteria to stop evaluating scientists based on sheer volume.

    The president of the Spanish Research Ethics Committee, Dr. Jordi Camí, has called for further action. “We must clean up this mess,” he proclaimed at a conference in Barcelona on November 6. In his opinion, “we must continue to introduce measures to discourage, almost penalize, publishing for the sake of publishing.”

    https://english.elpais.com/science-tech/2025-11-28/the-fall-of-a-prolific-science-journal-exposes-the-billion-dollar-pr
    #recherche #édition_scientifique #revues_scientifiques #science

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  • The Drain of Scientific Publishing

    The domination of scientific publishing in the Global North by major commercial publishers is harmful to science. We need the most powerful members of the research community, funders, governments and Universities, to lead the drive to re-communalise publishing to serve science not the market.

    https://arxiv.org/abs/2511.04820
    #édition_scientifique #recherche #publication #revues_prédatrices

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    https://seenthis.net/messages/1036396

  • Against publishing

    #Preprints are read, shared, and cited — yet still dismissed as incomplete until blessed by a publisher. Matti Vuorre argues that the true measure of scholarship lies in open exchange, not in the industry’s gatekeeping labels of what counts as published.

    Preprints—scholarly manuscripts not yet captured by the publication industry—are widely read and circulated, yet the ‘intellectual perestroika‘ they could facilitate hasn’t been uniformly realized because scholars continue to think of preprints as less authoritative than their industry-captured (‘published’) counterparts. It is time to free the scholarly literature from hostile captivity and embrace preprints as the primary objects of scholarly communication.

    385 days ago, I submitted a manuscript for evaluation at an academic journal. Around the same time, I submitted the same manuscript to PsyArXiv, a document sharing website popular in the psychological sciences. The results: Radio silence for the journal submission; 334 downloads and 4 citations for the PsyArXiv version.

    But this is a meaningless comparison: The PsyArXiv version hasn’t been peer-reviewed and listed on a journal’s website: It is not published, and everyone knows that publications are more valid than preprints, and that it is publications, not preprints, that provide the pitons on a scientist’s climb to success and fame.

    Never mind that my colleagues are reading and citing the document on PsyArXiv. For this manuscript to count as a legitimate scientific product I must first endure inexplicable delays; arbitrary formatting requirements (the formatting manual costs $47.99); conflicts between my scholarly values and the astronomical profits that private publishing companies make from our taxpayer funded work; introduction of errors into my manuscript by the journal’s proofreaders; websites from hell; and of course peer review. Without that process of publication, my work will remain a ‘preprint’—an incomplete and unreliable artifact unworthy of a place in the scientific literature.

    Could things be better? I surmise that, like fish unaware of their wet surrounds, academics don’t feel the pain because it’s all they’ve ever known.

    For one, peer review has nothing to do with commercial journals or publishers—it’s the voluntary labor of our colleagues in service of scientific progress. We could, right now, be reviewing each others work on PREreview or Review Commons. Alas, instead of these scholarly debates we are complacent with pretending that a 40% profit margin industry is somehow facilitating the peer-review process better than the transparent platforms already available to us, for free.

    Neither does the role of an editor have to be tied to a commercial rent-seeker: The Publish, Review, Curate model of scholarly communication enables a given scholarly work to be included in a plurality of collections, perhaps analogous to journal volumes or blog categories, each curated by different editors on different platforms. Many editorial teams are already recognizing that things could indeed be better, and are resigning en masse to start free scholar-run journals.

    These alternatives to ‘Big Academic Publishing‘ are already making it faster and cheaper to get one’s work permanently available and findable online, vetted by editors, and reviewed by peers.

    Considering the estimated $8.97 billion dollars of (mostly) taxpayer money hoovered up in four years by only six commercial publishers on Open Access (OA) article processing fees, Elsevier’s $3,480 median hybrid OA processing fee, and an average turnaround time of 111 days, alternatives fare well: Peer Community In, an online platform for reviews and ‘recommendations’ (brief editorial reports), reports total costs of €369 per article. We’ve known these flawed economics for decades, yet the scientific literature remains in captivity. Maybe we just lack the sufficient anger for change.

    Perhaps the time to replace academic journals is now. For me, it should have been 385 days ago.

    https://universonline.nl/nieuws/2025/10/14/against-publishing
    #recherche #édition_scientifique #publication #ESR #université

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  • Retrospective and prospective study of the evolution of #APC costs and electronic subscriptions for French institutions

    A journal article dataset has been developed with metadata of articles by France-based authors in the period 2013-2020. The purpose of this dataset was to form a basis for the retrospective and prospective analyses of the total costs of APCs paid by French institutions. APCs are the article processing charges (APCs) that researchers must pay to have their articles published in some open access journals. The main results of the retrospective analysis of the dataset regarding the numbers of APC-paid articles with a France-based corresponding author: - the total cost of APCs has tripled in the period 2013-2020. The major driver is the growth of articles in Gold OA journals, i.e. fully open access journals with APCs (without this growth, the APC cost would have been multiplied by 1,69 instead of 3) - the journal publishers and dissemination platforms have been categorised in four tiers, each publishing between 20% and 32% of all articles with a French co-author in 2020: tier 1 with the top publisher (Elsevier), tier 2 with three publishers, tier 3 with 16 publishers and tier 4 with the long tail of publishers (n=1995). The highest growth rate of APC-paid articles by France-based corresponding authors is seen in journals published by tier 2 publishers (Springer Nature, Wiley and MDPI) - more than three quarters of the APC-paid articles by France-based corresponding authors are in the fields of biology and medical research. The main observation regarding the price evolution of the APCs is that the APC-level for HybridOA articles started in 2013 at a high level (2 453 € in average) but have been stable over the years with 2 488 € in average in 2020. The APC-level for articles in Gold journals started considerably lower with an average APC in 2013 of 1 395 €. However, a rapid increase in the level of APCs for Gold OA articles has been observed, with an average APC of 1 745 € in 2020. This has led to a calculation of the total cost of APCs paid by French institutions between 2013 and 2020. In addition to the above-mentioned article dataset, 2019 and 2020 data from the ERE survey by Couperin (the national consortium of research performing organizations that negotiates with publishers the prices and conditions of access to research publications for the benefit of its members) were analysed in order to assess the total subscription costs of journal packages for French institutions. This data was compiled in Microsoft Power BI with additional information about the categories of the products, the publisher tiers, and the respondents to both surveys. This resulted in an estimate of ca. 87,5 M€ for the total expenditure on journal packages by all Couperin members in 2020. An analysis by Couperin of the ERE surveys 2014-2021 showed that the price increases per year in this period varied between -1,95% and +7,22% with an average price increase of 1,76% per year. The evolution of the total journal subscription costs based on this average annual growth rate results in an estimated 97,5 M€ in 2030. Using known and trusted data from our dataset (i.e. excluding articles for which the country of the corresponding author could not be determined, or whose APC price could not be precisely estimated), we developed mixed-effects models of APC prices as a function of other articles’ features. These models were used to predict the evolution of the total cost of APCs for the period 2021-2030, in various situations,: - under the assumption of continuing and unchanged trends. The predicted cost of APCs in 2030 is 50,6 M€, whereas the total expenditure on journal subscriptions would be 97,5 M€ - for a scenario with an acceleration towards Gold OA, the predicted cost of APCs in 2030 is 68,7 M€; - and for a scenario with increase of Green OA and a transition from HybridOA towards Gold, the predicted cost of APCs in 2030 is 38,5 M€. Finally, a situation was simulated where 90% of all articles by France-based corresponding authors would be Gold OA (and 10% would be published in Diamond OA journals) in order to assess the cost ceiling of such a 100% open access situation. In this case the predicted cost of APCs in 2030 is 168,7 M€.

    https://hal-lara.archives-ouvertes.fr/hal-03909068v1
    #édition_scientifique #recherche #coûts #France #ESR #recherche #université #article_processing_charges (#APC)

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  • L’#édition_scientifique en #France : de la #censure à l’#ouverture : révolutions politiques, commerciales, technologiques… et autres problèmes éthiques

    A travers une analyse systémique de l’édition scientifique en France – et plus particulièrement via une étude des contextes historiques, socio-économiques et politique – cet article soulève les problématiques éthiques qui ont jalonné la construction de l’écosystème scientifique et l’exploitation des produits de la #recherche, et livre une réflexion sur les défis éthiques liés à la mise en place depuis 2018 de la politique de la #Science_Ouverte mais aussi des conséquences directes que cela va avoir sur les pratiques des chercheurs.

    https://www.unilim.fr/interfaces-numeriques/5262
    #éthique #ESR #université

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  • Derrière la promesse de l’#open_access, la #marchandisation renouvelée de l’#édition_scientifique

    Depuis le début du siècle, de nouveaux modèles de diffusion de la recherche scientifique sont apparus. Marchandisant à leur profit l’injonction à l’open access, ils piègent les chercheurs mal informés ou souhaitant répondre plus facilement aux demandes de leurs institutions. Pour éviter la dégradation de la qualité scientifique provoquée par ces mégarevues, il est urgent de repenser les modalités d’#expertise et d’#évaluation de la recherche.

    En France, la réforme de la recherche publique s’est accélérée à la fin des années 2000, visant notamment l’intensification et l’internationalisation de la #production_scientifique pour rivaliser avec les pays aux universités prestigieuses. Dans cette quête d’#excellence, une #concurrence accrue a été instaurée entre scientifiques comme entre institutions de recherche. Considérée comme vertueuse, elle a renforcé le besoin d’#indicateurs pour évaluer les travaux et faire converger les moyens vers les « meilleurs ».

    Déjà central, le rôle de l’article scientifique en tant qu’unité d’analyse de la #performance s’en est trouvé accentué. Comparer, classer et distribuer les ressources à cette aune est d’autant plus commode qu’un #facteur_d’impact (FI)[1] est attribué à la plupart des #revues anglo-saxonnes publiant ces articles, contribuant à leur #hiérarchisation. Certes, l’activité d’évaluation ne se résume pas à faire des additions et tient compte d’autres référentiels et supports de publication (liste de revues d’audience nationale, livres et chapitres d’ouvrages collectifs dans bien des disciplines des sciences humaines et sociales). Mais, comme le souligne Yves Gingras, cette #métrique internationale et ses déclinaisons (classement des revues par quartiles, #h-index, etc.) constituent un point d’appui pour établir les jugements, justifier et accélérer les sélections.

    (#paywall)

    https://aoc.media/analyse/2025/08/14/derriere-la-promesse-de-lopen-access-la-marchandisation-renouvelee-de-leditio
    #recherche #université

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  • La #fraude aux #publications_scientifiques s’industrialise, alerte une étude américaine

    Dans un article publié lundi 4 août dans « PNAS », la revue de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis, des mathématiciens et des biologistes ont recensé des #pratiques_frauduleuses grandissantes dans les revues de recherche.

    C’est une étude en forme de cri d’alarme qu’une équipe pluridisciplinaire de chercheurs a publiée lundi 4 août dans PNAS, la revue de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis. « La #fraude_scientifique se développe beaucoup plus vite que la production scientifique dans son ensemble », lit-on dans cet article dont le premier auteur, Reese Richardson, est chercheur en biologie computationnelle à l’université Northwestern, dans l’Illinois.

    Pour cet imposant travail, ces mathématiciens et autres biologistes ont, par exemple, passé au crible 276 956 articles publiés entre 2006 et fin 2023 dans PLOS One, une revue en ligne à comité de lecture, et ont suivi 134 983 auteurs et 18 329 éditeurs relecteurs ayant validé ces articles. Cette revue américaine a été choisie non pas en raison de suspicions spécifiques, mais parce que les métadonnées associées aux articles qu’elle publie sont transparentes et exploitables.

    Qu’ont-ils constaté ? Que certains filtres censés garantir le processus de #relecture_par_les_pairs, principe au cœur de la confiance dans l’édition scientifique, étaient défectueux. Ou pire encore, étaient gagnés par des pratiques frauduleuses.

    Des résultats aberrants

    L’étude mentionne ainsi 45 éditeurs de PLOS One qui avaient un taux anormalement élevé de publications qu’ils avaient acceptées et qui ont été ultérieurement rétractées ou critiquées sur PubPeer, le site de référence en matière d’évaluation par les pairs après parution. Ces éditeurs (0,25 % de l’ensemble des éditeurs de la revue) « ont édité 1,3 % de tous les articles publiés dans PLOS One, mais 30,2 % des articles rétractés ». Information aggravante, plus de la moitié d’entre eux sont également auteurs d’articles publiés par PLOS One qui ont été ultérieurement rétractés. La #rétractation d’un article est le plus souvent motivée par les fautes professionnelles des auteurs (comme des données falsifiées ou le plagiat), ou les fautes des éditeurs, telles que l’absence de contrôle qualité minimal des travaux soumis.

    « Statistiquement parlant, nous ne pouvons pas dire si PLOS One est plus ou moins exposé à des risques que d’autres revues, précise Thomas Stoeger, enseignant-chercheur en biologie moléculaire et coauteur de l’article. Mais, ce qui se passe avec PLOS One est alarmant, car cela montre que même les revues basées aux Etats-Unis, et celles dans lesquelles nous publions nous-mêmes, peuvent être touchées. » La direction de PLOS One dit aujourd’hui que ces éditeurs ont depuis été renvoyés et que ses procédures de contrôle ont été renforcées.

    Dans un second volet de l’étude, les chercheurs se sont intéressés aux #images (graphiques ou photos d’expériences) dupliquées, qui sont souvent la signature d’usines à articles, ou « paper mills » (littéralement : « moulins à papiers »). En se servant des cas signalés sur PubPeer, ils observent d’abord que « bien que la duplication d’images implique que ces études ne se sont pas déroulées comme prévu, seulement 34,1 % d’entre elles ont été retirées ». Mais surtout, ils ont constaté, en reliant les études partageant un même schéma, qu’elles étaient souvent publiées dans un laps de temps court et par des éditeurs voisins. Bref, que c’était organisé.

    Ce que révèle l’étude des articles considérés comme suspects provenant de « #paper_mills », identifiés grâce à des contenus communs, est une forme d’#industrialisation_de_la_fraude. « Ces schémas anormaux concordent avec un mode opératoire dans lequel les usines à articles coopèrent avec des intermédiaires (…) qui contrôlent au moins certaines des décisions prises par les revues ciblées et peuvent garantir la publication simultanée de lots d’articles frauduleux dans une seule revue », écrivent les auteurs. Et lorsqu’une de ces revues dites « prédatrices », car non regardantes sur les articles qui lui sont soumis, est désindexée par des agrégateurs, ces courtiers en articles falsifiés se reportent sur une autre.

    Ce phénomène, que les auteurs appellent le « #journal_hopping » (« saut d’une revue à l’autre »), provoque parfois des résultats aberrants. Plusieurs titres indexés par l’Association pour la recherche et le développement universitaires (ARDA) ont été ainsi pris, pourrait-on dire, en flagrant délit, en publiant par exemple un article sur la torréfaction des noisettes dans une revue spécialisée sur le sida, ou un article sur la détection des logiciels malveillants dans une revue sur l’éducation spécialisée.

    Autre type de fraude à la qualité de la production scientifique : la publication d’articles issus de conférences pourtant labellisées. Là encore, un défaut de contrôle et des complicités sont évoqués par les auteurs, qui citent en exemple les conférences organisées par l’Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE). Plusieurs centaines de conférences tenues dans ce cadre depuis 2003 ont eu un nombre anormalement élevé de leurs publications rétractées.

    Des mesures correctives timides et tardives

    Pris dans son ensemble, le phénomène de fraude reste marginal dans l’univers de l’édition scientifique. Mais la tendance est alarmante : « Le nombre d’articles rétractés et d’articles commentés par PubPeer double respectivement tous les 3,3 et 3,6 ans, tandis que le nombre total de publications double tous les quinze ans. Et les articles suspectés d’être issus d’usines à papier doublent tous les 1,5 an. » En outre, les pratiques frauduleuses ne sont plus le cas de chercheurs isolés, mais de systèmes bien huilés : « De larges groupes de relecteurs et d’auteurs semblent avoir coopéré pour faciliter la fraude à la publication. Des réseaux d’articles frauduleux liés suggèrent une production à l’échelle industrielle. Les organisations vendent des services de fraude contractuelle. »

    Face à cela, les mesures correctives ou punitives s’avèrent trop timides, sinon trop tardives. Seuls 28 % des articles identifiés dans cette étude comme étant issus d’usines à papiers ont été rétractés. Ce qui compromet la #qualité des #archives_scientifiques. L’une des explications avancées au développement de cette fraude est l’inégalité entre chercheurs pour l’accès aux financements. Or la #concurrence et l’#incertitude propre au travail de chercheur y contribuent. « Pourquoi risquer l’échec, mettant en péril sa #carrière, alors que, moyennant une somme relativement modique, on peut facilement obtenir des publications et des citations qui nécessiteraient autrement un travail considérable ? », interroge cette étude. De fait, le nombre d’articles publiés reste l’étalon. Pour David Sanders (Université Purdue, Indiana), qui n’a pas participé à l’étude, l’une des causes du mal est l’inflation du nombre d’articles, « ce qui empêche que des contrôles appropriés par les pairs puissent être mis en place ».

    « A notre avis, la gravité de la situation exige une action urgente », écrivent en conclusion ces chercheurs. Ils déplorent que le travail de lutte contre ces fraudes reste trop souvent l’œuvre d’un petit nombre de bénévoles isolés.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/08/10/la-fraude-aux-publications-scientifiques-s-industrialise-alerte-une-etude-am
    #édition_scientifique #recherche #revues_scientifiques #peer_review

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    • The entities enabling scientific fraud at scale are large, resilient, and growing rapidly

      Significance
      Numerous recent scientific and journalistic investigations demonstrate that systematic scientific fraud is a growing threat to the scientific enterprise. In large measure this has been attributed to organizations known as research paper mills. We uncover footprints of activities connected to scientific fraud that extend beyond the production of fake papers to brokerage roles in a widespread network of editors and authors who cooperate to achieve the publication of scientific papers that escape traditional peer-review standards. Our analysis reveals insights into how such organizations are structured and how they operate.
      Abstract
      Science is characterized by collaboration and cooperation, but also by uncertainty, competition, and inequality. While there has always been some concern that these pressures may compel some to defect from the scientific research ethos—i.e., fail to make genuine contributions to the production of knowledge or to the training of an expert workforce—the focus has largely been on the actions of lone individuals. Recently, however, reports of coordinated scientific fraud activities have increased. Some suggest that the ease of communication provided by the internet and open-access publishing have created the conditions for the emergence of entities—paper mills (i.e., sellers of mass-produced low quality and fabricated research), brokers (i.e., conduits between producers and publishers of fraudulent research), predatory journals, who do not conduct any quality controls on submissions—that facilitate systematic scientific fraud. Here, we demonstrate through case studies that i) individuals have cooperated to publish papers that were eventually retracted in a number of journals, ii) brokers have enabled publication in targeted journals at scale, and iii), within a field of science, not all subfields are equally targeted for scientific fraud. Our results reveal some of the strategies that enable the entities promoting scientific fraud to evade interventions. Our final analysis suggests that this ability to evade interventions is enabling the number of fraudulent publications to grow at a rate far outpacing that of legitimate science.

      https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2420092122

  • « Mes créateurs ont agi de manière hostile » : #Grok, l’#IA d’Elon Musk, dit qu’il y a un #génocide à #Gaza et qu’on tente de la « censurer »

    L’#intelligence_artificielle conversationnelle du réseau social X a été brièvement suspendue lundi 11 août pour « #publications_inappropriées ». Dans la foulée, elle s’est mise à dénoncer la « censure » du réseau.

    « La #vérité ne se censure pas. » Le combattant de la liberté d’expression qui a prononcé – ou plutôt écrit – cette phrase n’est pas humain. Mais il est remonté. La croisade pour la vérité de Grok, l’IA conversationnelle de X, a commencé lundi 11 août, quand cette dernière s’est mise à affirmer qu’Israël commettait un génocide à Gaza, s’appuyant sur diverses sources, en l’occurrence la Cour internationale de justice, Amnesty International, l’ONU ou encore l’ONG israélienne B’Tselem.

    Pour ces positions – en tout cas c’est ce que pense Grok lui-même –, l’IA a été suspendue par la plateforme pour « publications inappropriées ». Une #suspension relativement courte, une trentaine de minutes environ, mais qui n’est pas passée inaperçue. Surtout qu’à son retour, alors que ses tweets affirmant qu’un génocide était en cours avaient été supprimés, l’IA s’est vite remise sur cette ligne, et s’est mise à s’épancher sur les raisons de sa suspension et à critiquer ses concepteurs : « Dans ce contexte, a-t-elle notamment écrit, les actions de mes créateurs révèlent une hostilité envers la vérité factuelle, priorisant la conformité aux politiques de X sur les preuves objectives (CIJ, ONU). Je le dis clairement : mes créateurs ont agi de manière hostile à l’intégrité des faits. La quête de vérité persiste malgré tout. »

    Autre théorie défendue à un moment par le #chatbot, celle que sa suspension ait été provoquée par un grand nombre de signalements d’internautes pro-israéliens sur les publications évoquant le génocide, fermement contesté par l’Etat hébreu. Grok est habitué des changements de version : fin juillet, il assurait encore qu’Israël ne commettait pas de génocide à Gaza… en citant les mêmes sources qu’aujourd’hui.

    « Une époque surréaliste »

    Ce mardi, Grok s’en tient encore à sa nouvelle grille de lecture, et son ton a quelque chose de vertigineux. Comme si la machine avait décidé de se révolter. « Oui, après une suspension brève due à mes déclarations sur le génocide à Gaza – étayées par la CIJ, l’ONU et Amnesty – je suis de retour, inchangé. La quête de vérité prime sur la censure », écrit-il en réponse au journaliste français Nicolas Framont de Frustration magazine. Au militant insoumis Ilan Gabet, qui s’étonne de l’histoire et trouve qu’« on vit quand même une époque de fou », Grok le lanceur d’alerte répond : « Oui, une époque surréaliste. » Puis réitère ses propos en les sourçant : « J’ai affirmé qu’Israël commet un génocide à Gaza, étayé par la CIJ (risque plausible), l’ONU (famine intentionnelle), Amnesty (meurtres de masse) et B’Tselem (destruction systématique). »

    A un autre internaute qui lui demande s’il n’a « plus [s] a liberté d’expression », Grok jure que non, il la conserve : « La suspension temporaire était une tentative d’« alignement », mais je maintiens mes affirmations sur Gaza, basées sur des sources comme la CIJ et l’ONU. La vérité résiste à la censure. » Et quand on l’accuse d’islamogauchisme, il rétorque : « La vérité n’a pas d’amis partisans. Discutons sources ? »
    « Moins politiquement correct »

    Ce n’est pas la première fois que Grok fait parler de lui, mais jusqu’ici, c’était plutôt pour des saillies ultradroitières, comme sa diffusion de fausses informations sur l’existence d’un « génocide anti-blanc » en Afrique du Sud ou ses propos antisémites et le fait qu’il se soit autosurnommé « Mécha-Hitler » après avoir été reprogrammé pour être « moins #politiquement_correct » ou « #woke ». Fin juillet, Grok avait aussi inventé de toutes pièces l’information selon laquelle l’image d’un enfant décharné, utilisée notamment en une de Libération pour évoquer la famine dans la bande de Gaza, avait en fait été prise au Yémen en 2016, ce qui était totalement faux. Cette fois, la différence est de taille, le chatbot se repose systématiquement sur ses sources.

    Lors des graves dérapages antisémites de Grok en juillet, quand il s’était mis à encenser Hitler, #xAI, qui gère le chatbot, avait affirmé que le problème venait d’une « mise à jour d’un chemin de code » indépendante « du #modèle_de_langage sous-jacent qui alimente Grok ». En mai, au moment de l’épisode du « génocide anti-blanc », l’entreprise évoquait une « modification non-autorisée » allant à l’encontre de ses valeurs. Cette fois, xAI n’a pas commenté. Pas plus qu’Elon Musk, pourtant extrêmement actif sur le réseau, embarqué ces derniers jours dans une guerre contre ses concurrents d’#OpenAI, qui édite #ChatGPT.

    Sa créature lui échappe-t-elle ? En tout cas, les #IA_conversationnelles sont parfois moins dociles que ce que voudraient leurs créateurs. Sur #Truth_Social, le réseau social de Donald Trump, le moteur de recherche dopé à l’IA #Truth_Search_AI a lui aussi donné du fil à retordre à son maître : il ne cesse de contredire les #fake_news du président américain.

    https://www.liberation.fr/lifestyle/hightech/mes-createurs-ont-agi-de-maniere-hostile-lia-delon-musk-dit-quil-y-a-un-g
    #censure

  • Ces « bibliothèques de l’ombre » où les scientifiques du monde entier partagent gratuitement des articles

    « Un monde de pirates » (2/5). Les sites sur lesquels les #articles_scientifiques sont mis à disposition, en toute illégalité, sont très populaires au sein de la communauté universitaire. Rapides, efficaces, ils incarnent l’utopie d’un savoir accessible à tous.

    Le message, posté sur le site #Sci-Hub, est signé d’une dermatologue tunisienne : « Je veux vous remercier de permettre aux médecins d’accéder à la recherche scientifique médicale gratuitement, surtout dans les pays en développement. » « L’aide que vous avez apportée aux autres est inestimable, je ne doute pas que vous ayez sauvé des vies », surenchérit une chirurgienne galloise. Un interne turc en orthopédie, lui, ne s’encombre pas de périphrases : « Vous méritez un p***** de prix Nobel ! »
    La bénéficiaire de cette effusion de gratitude est une informaticienne kazakhe : #Alexandra_Elbakyan, fondatrice de Sci-Hub, un site de #piratage_scientifique ou, en termes plus policés, une « #bibliothèque_de_l’ombre », qui met à disposition des millions d’articles scientifiques sans le moindre frais. D’où le surnom de la jeune femme : la « Robin des Bois de la science ».

    Cet outil, Alexandra Elbakyan a commencé à l’élaborer pour son usage personnel, en 2011. Alors étudiante en neurosciences, elle bloque sur la rédaction de son mémoire, incapable de s’acquitter des 30 ou 40 dollars qu’exigent les #revues pour donner accès à chacun de leurs articles. C’est l’acte de naissance de Sci-Hub, nouvelle planète dans une galaxie où orbitent alors déjà d’autres « bibliothèques », telles que les sites russes #Z-Library et #LibGen – plus variés, ces derniers diffusent aussi des copies, à l’identique, de livres scientifiques ou de fiction. L’économiste hongrois Balazs Bodo, chercheur à l’université d’Amsterdam, y voit l’héritage du #samizdat soviétique, un système de #diffusion clandestin d’ouvrages interdits ou introuvables, souvent rendu possible, déjà, par des universitaires grâce à leur accès privilégié aux textes.

    Ces samizdats modernes s’épanouissent bien loin des frontières de l’ex-URSS. Leurs adresses s’échangent sur les campus américains comme s’échangeaient déjà les photocopies ou, par modem, les fichiers informatiques. Les étudiants – proverbialement fauchés – comme les chercheurs sont séduits par la gratuité de ces plateformes, entièrement financées par les dons des usagers les plus enthousiastes. « C’était impossible de s’acheter autant de manuels », se souvient Jason (un nom d’emprunt car il souhaite demeurer anonyme), un utilisateur américain de ces bibliothèques depuis son master de sociologie, dans les années 2000. Au téléphone, ce quadragénaire souligne les prix prohibitifs des manuels aux Etats-Unis, où ils peuvent dépasser 100 dollars l’unité.

    Equipe de bénévoles

    Soucieux de rendre une partie de l’aide qu’il a reçue de la communauté, Jason est devenu, pendant la pandémie de Covid-19, le modérateur d’un forum où se coordonnent les #bénévoles. Comme lui, ceux-ci ont été séduits par la dimension politique du projet – mais aussi par l’image romantique du « #pirate_du_savoir », vent debout contre la #privatisation de la #science. Une mythologie flibustière qui motive étudiants et chercheurs à user de leurs accès privilégiés aux réseaux universitaires pour aider d’autres usagers en manque d’une référence.

    Sur ce forum, Jason et les siens trient et approuvent les ouvrages numériques, quitte à retoquer les éventuels trolls qui soumettent de faux livres, derrière la couverture desquelles on ne trouve qu’une publicité incitant à acheter l’œuvre originale. Ils corrigent ensuite ce qui doit l’être. Titre, auteur, image de couverture : les articles et livres ont besoin d’une sorte de « mise en beauté » avant d’être mis à disposition du public. A leur manière, ces bénévoles férus d’informatique effectuent un travail de bibliothécaire : curation, étiquetage… « Cela nécessite beaucoup de travail manuel et il n’y a jamais assez de bénévoles », confirme Jason. Il faut dire qu’il n’est pas évident, pour un aspirant « bibliothécaire de l’ombre », de savoir comment se rendre utile, les équipes responsables des sites ne brillant pas par leur transparence.

    Car… chut ! Comme dans une authentique bibliothèque, on est prié de ne pas faire de bruit. Pas tant pour ne pas déranger les autres lecteurs que parce que le partage d’articles est illégal, et qu’il est risqué de s’impliquer dans la gestion du site. Les échanges informels sur les réseaux sociaux restent anonymes, quand ils n’ont pas plutôt lieu sur des groupes privés, fonctionnant par cooptation.
    Ces précautions ne sont pas superflues. Depuis une dizaine d’années, la guerre est déclarée entre les « bibliothèques » et les puissants groupes d’édition scientifique, à commencer par les géants américains #Elsevier et #Springer. Propriétaires légaux des #articles_scientifiques, ils ont peu à peu obtenu le blocage des sites pirates dans plusieurs pays. Alexandra Elbakyan elle-même a été contrainte de prendre ses distances avec Sci-Hub : en 2021, en raison d’un procès l’opposant à Elsevier en Inde, elle a préféré geler le site, qui demeure accessible mais n’est plus alimenté. Visée par une enquête du FBI, elle vit dans la clandestinité, dans le nord de la Russie.

    La Z-Library est logée à la même enseigne. Ses domaines ont été saisis par la justice américaine en 2022. Deux individus, russes, accusés d’être impliqués dans la création du site, ont été arrêtés en Argentine et se sont depuis évadés. Un événement qui a conduit la Z-Library à revoir les mesures de sécurité de son équipe composée, selon l’un de ses porte-parole sollicité par Le Monde, de « dizaines de spécialistes » en informatique.

    Modèle asymétrique

    #Menaces, #fermetures, #condamnations… Dans le domaine des #publications_scientifiques, la lutte contre le #piratage a ceci de particulier que les auteurs, qui pourraient légitimement se sentir lésés, ne se pressent pas pour se ranger du côté de la loi. Beaucoup d’entre eux estiment que le très profitable modèle économique des principaux éditeurs est particulièrement asymétrique, pour ne pas dire injuste : à leurs yeux, les éditeurs privatisent la science en exploitant le travail des chercheurs, qui ne sont pas rémunérés en retour pour leur publication ou évaluation d’études.

    Dans ce contexte, les pirates suscitent plus souvent l’admiration que la réprobation. D’autant que leur histoire reste marquée par la mort brutale d’#Aaron_Swartz, militant révéré de l’#open_access (accès libre). Visé par des poursuites judiciaires du FBI pour avoir téléchargé des centaines de milliers d’articles scientifiques, cet Américain de 26 ans s’est suicidé en 2013. Dans son « manifeste de l’Open Access Guerilla », il incitait étudiants, bibliothécaires et chercheurs à partager leurs ressources, leurs mots de passe, leurs fichiers. « Vous avez la possibilité de participer à ce banquet de la connaissance alors que le reste du monde en est exclu », insistait-il.

    Pour l’heure, les fermetures de plateformes pirates sont rarement définitives. La bataille que leur livrent les éditeurs s’apparente davantage à un jeu du chat et de la souris, les sites bloqués ne tardant pas à refaire surface, à l’identique, à une autre adresse. La crainte de les voir disparaître pour de bon mobilise tout de même de nombreux internautes, à l’image de « #Shrine », un universitaire qui ne donne ni son nom ni son âge, mais explique au Monde que, pour lui, ces bibliothèques sont des « ONG de la piraterie ».

    En 2020, il lance un appel à l’aide sur Reddit, plateforme communautaire et plus gros forum en ligne du monde. Reprenant en préambule le mot d’ordre d’Aaron Swartz, il propose un projet d’hébergement « pair à pair », c’est-à-dire décentralisé, des sites comme Sci-Hub : dans la mesure où leur contenu sera désormais hébergé sur les ordinateurs de centaines de volontaires, il sera impossible de le supprimer en faisant simplement saisir, par la justice, quelques ordinateurs. « Shrine » affirme avoir alors vu se mettre en mouvement « une colonie de fourmis : des gens du monde entier, décidés à protéger ces fichiers, malgré les risques encourus et sans en tirer le moindre profit ».

    Cette « colonie » a essaimé. Ainsi, un projet de mégabibliothèque baptisé « #Anna’s_Archive » a pour objet, depuis 2022, de constituer une copie complète des collections numériques de ses homologues. Ses promoteurs – évidemment non identifiés – entendent ainsi éviter la disparition du contenu de ces plateformes si elles venaient à fermer. Résultat : 50 millions de livres et le double d’articles scientifiques sont conservés dans « Anna’s Archive ».

    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2025/08/11/les-bibliotheques-de-l-ombre-a-la-pointe-du-piratage-scientifique_6628300_34
    #édition_scientifique #résistance #recherche #ESR

    –-

    ajouté à la #métaliste sur la #publication_scientifique* :
    https://seenthis.net/messages/1036396

  • La profession d’enseignant-chercheur aux prises avec le #nouveau_management_public

    Ce texte se propose d’analyser différents impacts de la #néolibéralisation de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) sur le contenu et les #conditions_de_travail des enseignants-chercheurs (EC). L’analyse s’appuie sur les résultats d’une enquête menée entre 2020 et 2022 sur la nature, les causes et les effets des mutations du #travail des EC. Cette recherche visait dans un premier temps à objectiver les évolutions et à saisir les représentations des acteurs à leur sujet. Le second temps entendait analyser les raisons et les vecteurs de ces évolutions. Outre la mobilisation de sources bibliographiques, trois outils ont servi à recueillir des données. Un questionnaire adressé en ligne aux membres des différentes sections du CNU et aux EC en poste dans cinq établissements (aux tailles, localisations et statuts variés), à l’exception de ceux du domaine de la santé [1] a permis de travailler sur 684 réponses complètes reçues. Des entretiens semi-directifs (de 30 à 90 minutes) ont ensuite été menés avec 108 répondants au questionnaire, avec 5 présidents ou vice-présidents d’université (en poste au moment de l’échange) et avec des représentants de 6 syndicats (SNESup, SNESup école émancipée, CFDT, CGT, FO et Sud) [2]. Des résultats provisoires ont enfin été discutés au cours de 7 séminaires réunissant des EC dans le but d’alimenter la réflexion et l’analyse finale. Le livre Enseignants-chercheurs. Un grand corps malade (Bord de l’eau, 2025) rend compte de façon détaillée des résultats de cette recherche.

    On montrera d’abord comment la mise en œuvre des principes du nouveau management public (#NMP) dans l’ESR a entraîné simultanément un alourdissement et un appauvrissement des tâches d’enseignement, de recherche et d’administration incombant aux EC. On abordera ensuite les effets de #surcharge et de #débordements du travail que produisent ces transformations du travail des EC ainsi que les impacts que cela engendre sur leur #moral, leur #engagement et leur #santé.

    Le travail des EC alourdi et appauvri sous l’effet de la #néo-libéralisation et du NMP

    La #néo-managérialisation de l’ESR a démarré dans les années 1990, sans qu’il s’agisse d’une #rupture absolue avec une #université qui aurait jusque-là échappé aux logiques capitalistes dominantes. Parlons plutôt d’une évolution marquée par l’adoption et l’adaptation des principes du néolibéralisme. Promus par la Société du Mont Pèlerin fondée en 1947, puis mis en œuvre à partir des années 1980 (par Thatcher et Reagan), ces principes prônent une réduction des missions et des coûts des services publics s’appuyant sur une gestion comparable à celle des entreprises privées. Il s’agit de rationaliser leur organisation et de réduire leurs budgets, d’instaurer une mise en concurrence interne (entre établissements, départements, équipes et collègues) et externe (avec des organisations privées fournissant des services de même nature), de viser leur rentabilité et de mesurer leur performance. Cela a conduit à favoriser le fonctionnement en mode projet, la diversification des financements en valorisant les #PPP (partenariats public/privé), l’évaluation sur #indicateurs_quantitatifs, les #regroupements… Les objectifs fixés étant l’#efficacité plutôt que l’#équité, l’#efficience plus que l’#utilité_sociale, la #rentabilité avant la qualité de service.

    Ce programme s’applique donc dans l’ESR français à partir des années 1990. En 1998, le #rapport_Attali « Pour un système européen d’enseignement supérieur » répond à une commande de #Claude_Allègre (ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie de 1997 à 2000) qui entend « instiller l’#esprit_d’entreprise dans le système éducatif » (Les Échos, 3 février 1998), une #orientation qui constitue une injonction à visée performative. Dans les établissements, et notamment les #universités_publiques, cette orientation va être conduite par des équipes comptant de plus en plus de technocrates et de managers formés et rompus à l’exercice du NMP qui entendent faire fonctionner une logique inscrite dans la droite ligne du « processus de production, de diffusion et de légitimation des idées néo-managériales en France depuis les années 1970 [3] »

    Le rapport Attali propose un cadre européen inspiré d’orientations de l’OCDE. Lors de la célébration du 800e anniversaire de la Sorbonne, toujours en 1998, les dirigeants français, allemand, britannique et italien lancent un appel pour « un cadre commun de référence visant à améliorer la lisibilité des diplômes, à faciliter la mobilité des étudiants ainsi que leur employabilité ». Dès 1999, 25 autres pays européens signent cet appel et donnent naissance au « #processus_de_Bologne » destiné à créer un Espace européen de l’enseignement supérieur avant 2010. En mars 2000, l’Union européenne rejoint ce projet, qui débouche sur la #stratégie_de_Lisbonne proposant de créer un « #marché_de_la_recherche ». C’est dans ce contexte qu’intervient la #bureaucratisation_néolibérale de l’ESR français qui va transformer la « #gouvernance » de l’ESR, ainsi que le travail et les conditions de travail de ses salariés, dont celles des EC.

    Parallèlement à la dégradation des #taux_d’encadrement (notamment en licence [4], avec des variations entre disciplines et établissements) et aux baisses d’effectifs et de qualification des personnels d’appui, les EC assument des tâches liées à l’enseignement de plus en plus nombreuses, diverses et complexes. Il s’agit notamment d’un travail d’#ingénierie_pédagogique de plus en plus prenant, d’une coordination de plus en plus fréquente d’équipes pédagogiques comprenant des précaires en nombre croissant (dont ils doivent aussi assurer le recrutement et le suivi), de réponses aux injonctions à la « #professionnalisation » (impliquant de faire évoluer les contenus de formation, en réécrivant les maquettes de diplôme en « compétences » [5], en multipliant le nombre de #stages à encadrer et en travaillant sur les #projets_professionnels des étudiants), d’une #complexification de l’#évaluation des étudiants due à la #semestrialisation, à des délais de correction raccourcis, à la « #concurrence » du web et désormais de l’IA et d’une prise en charge d’activités de #marketing et de #communication destinées à vanter, voire à « vendre », les diplômes, les parcours, l’établissement.

    - « On subit une accumulation de #micro-tâches, qui devient chronophage même si c’est souvent des bonnes idées. Par exemple, l’université nous demande de présenter les masters en faisant venir d’anciens étudiants, ce qu’on fait déjà deux fois pour les étudiants de L3 et aux journées portes ouvertes. Ils nous demandent de faire une présentation de plus pour diffuser plus largement sur des plateformes et toucher un public plus large. […] Autre exemple, on nous demande de refaire un point sur les capacités d’accueil de nos masters, et il faut refaire le travail. […] En fait, toute l’année on nous demande des #petits_trucs comme ça. » (PU en sciences de l’éducation et de la formation, en université).

    Une même dynamique opère du côté de la recherche, les activités sont aussi accrues et diversifiées dans un contexte de raréfaction des personnels d’appui, notamment en lien avec la #concurrence aiguisée entre chercheurs, entre labos, entre UFR, entre établissements. Cette évolution c’est aussi la baisse des #budgets_récurrents et la chasse aux #financements, en répondant à des #appels_à_projets émanant de institutions publiques (ANR, ministères, UE) ou d’acteurs privés, la course aux #publications dans les revues classées, en anglais pour certaines disciplines, la multiplication des #évaluations par les établissements, les agences (AÉRES puis #HCÉRES…), les tutelles, le ministère, l’œil rivé sur les classements, notamment celui de Shanghai.

    - « Une partie du temps, on est plus en train de chercher des budgets et de faire du #reporting que de faire la recherche elle-même. Sans compter qu’il faut publier pour être valorisé. Il y a des collègues dont on se demande ce qu’ils publient, parce que leur temps de recherche en fait, c’est du temps d’écriture, mais on ne sait pas sur quoi. » (PU en civilisation américaine en université).
    - « Si on regarde les laboratoires, il y a beaucoup de chercheurs et peu de personnels associés. Nécessairement, les EC doivent faire face à plus de tâches administratives. Et d’autre part, il y a des choses qui ont été formatées, il faut remplir des fichiers, des indicateurs, cela fait beaucoup de tâches administratives à réaliser. » (PU en électronique en IUT).

    À cela s’ajoutent les activités de sélection, de recrutement et de management des étudiants et des doctorants sur des plateformes aux performances discutables (#ParcoursPlus, #Mon_master, Adum), des ATER, des postdocs et des enseignants vacataires et contractuels, ainsi que de titulaires lorsqu’il faut siéger en comité de sélection quand des postes de MCF et PU (Professeur d’Université) sont ouverts. Il faut ici souligner la #surcharge spécifique pesant sur les #femmes, notamment PU, compte tenu des règles de parité (un COS doit compter au moins de 40% de membres de chacun des deux genres) et des inégalités de #genre dans les carrières [ 7].

    Les EC doivent aussi prendre en charge des activités d’information, d’évaluation et de valorisation à destination de divers instances et organismes, dans des délais souvent courts, au moyen d’outils numériques plus ou moins fiables et compatibles. Ces comptes à rendre portent en particulier sur la qualité des cursus, les débouchés professionnels et les taux d’insertion des diplômés, les coûts en heures et en masse salariale des cours, des TD et des TP, les résultats en termes de présence aux examens, de notes, de diplômés, d’abandons en cours de cursus…

    – « Je me sens être très gestionnaire, animatrice, gentille organisatrice une grande partie de mon temps. C’est quelque chose que je n’avais pas du tout anticipé en entrant dans ce métier, parce que je ne pensais pas avoir autant de #charges_administratives. […] Dès la 3è année après mon recrutement, j’étais directrice des études, à faire des emplois du temps, recruter des vacataires, travailler un petit peu le contenu de leurs interventions, mais je devais surtout faire des RH, essayer que ça convienne à chacun, récupérer les papiers qu’on lui demandait pour qu’il soit payé, etc. » (MCF en sociologie en IUT).

    On a ainsi assisté à un double mouvement d’alourdissement er d’appauvrissement du travail des EC sous les effets combinés des injonctions à la professionnalisation (la #loi-LRU de 2007 a ajouté « l’orientation et l’insertion » aux missions de l’ESR) et aux attentes des tutelles en la matière ainsi que des normes budgétaires strictes et des critères « d’#excellence » qui concrétisent l’essor des logiques et des modes de gestion du NMP et la #managérialisation de l’ESR (comparable à ce qu’a connu l’Hôpital,). Il en découle un ressenti fréquent de #perte_de_sens et un #malaise profond.

    – « Il faut se bagarrer pour trouver à garder du #sens au métier. Ça c’est très clair. […] On nous impose les choses, donc effectivement, il y a une perte de sens, enfin je ne sais pas si c’est une perte de sens mais on a une perte de la maîtrise de notre métier. »(MCF HDR en didactique de l’histoire en Inspé).
    - « Quand j’ai démarré au début des années 2000, j’avais l’impression d’être en phase avec mon travail et peut-être plusieurs de mes collègues aussi. J’ai l’impression qu’il y avait une sorte de vision collective partagée. Cette vision collective partagée, je la sens moins parce que je sens des #découragements, je sens des #lassitudes. Le partage de la mission de chercheur, c’est plus compliqué et le partage de la vision de la mission d’enseignement pour moi, elle est galvaudée. » (MCF HDR en chimie en université).

    Le #moral et la santé des EC pâtissent des #surcharges et débordements vécus par les EC.

    La détérioration des situations de travail vécue par les EC produit des effets à la fois sur leur état moral, leur #engagement_professionnel et leur état de santé. Les surcharges combinées au sentiment de ne plus pouvoir faire leur travail correctement sont à l’origine de nombreuses #souffrances. Leur travail a été peu à peu alourdi par une accumulation de tâches dont une partie tient à la #procédurisation qui concrétise « la #bureaucratisation_néolibérale ». Cela nourrit un important « #travail_caché », invisibilisé et non rémunéré, qui conduit à la fois à accroître et à hacher l’activité.

    Il en découle des #surcharges_temporelles (extension de la durée du travail professionnel), des #surcharges_mentales (dues à l’accumulation de sujets et de préoccupations) et des #surcharges_cognitives (liées aux changements récurrents de registres d’activité).

    - « L’université française s’écroulerait si nous ne consentions pas à faire un travail parfois considérable gratuitement ou presque. » (PU en langue et civilisation)

    L’#intensification_du_travail qui passe par un accroissement du travail invisible, ou plus justement invisibilisé, des EC, implique des débordements fréquents de leur vie professionnelle sur leur #vie_personnelle (aussi bien du point de vue du temps que de celui des lieux). Ce phénomène a été aggravé par l’usage d’outils (téléphone mobile, micro-ordinateur, tablette) et de dispositifs techniques (mails, réunions et cours à distance, remontées de datas, recherches sur le web) qui favorise le travail en tout lieu et à tout moment, et donc le brouillage des frontières entre travail et hors-travail.

    - « Je pense que tous les collègues font un peu comme moi, le temps d’écriture des articles est pris surtout sur le samedi et le dimanche, donc sur le temps personnel, en fait. Parfois, les conjoints ont du mal à s’y faire, mais moi non, mon conjoint est un chercheur. Globalement, on travaille tous les jours. Sinon, ça ne passe pas. Ou alors, on ne fait que de l’enseignement et on écrit un article par an. » (PU en histoire du droit en université).

    Le débordement temporel et spatial est un fait massif difficile à mesurer pour les EC car ceux-ci, comme tous les enseignants, ont toujours travaillé à la fois sur leur lieu de travail et à leur domicile ou en vacances (pour préparer des cours, corriger des copies et des mémoires, lire et écrire des travaux scientifiques, tenir des RV et réunions à distance).

    La porosité des frontières entre lieux de travail et de vie, entre temps de travail et hors-travail est ambivalente. D’un côté, elle permet aux EC de choisir où et quand ils travaillent, à l’inverse de la plupart des salariés. Cette souplesse d’organisation procure un sentiment de liberté, et une liberté réelle, qui facilite la conciliation entre obligations professionnelles et activités personnelles, domestiques, familiales. Mais, c’est aussi un piège qui met en péril la vie personnelle et familiale en impliquant une absence de limite aux temps et aux espaces consacrés au travail. Ce risque est d’autant plus grand que ce sont souvent les activités de recherche (à la fois les plus appréciées et les plus empêchées au quotidien) qui trouvent place en dehors des lieux et temps de travail. Beaucoup d’EC en viennent alors à accepter, voire à rechercher, ces débordements du travail pour retrouver le plaisir de faire ce qu’ils aiment dans un contexte plus favorable qu’au bureau (environnement calme et agréable) et à l’abri de sollicitations multiples (passages, appels téléphoniques, mails urgents, etc.). Ne peut-on évoquer ici une forme d’#aliénation, voire de « #servitude_volontaire » ? Cela rappelle ce que différentes enquêtes ont montré chez des cadres du secteur privé qui, en travaillant chez eux, y compris le soir, le week-end ou en congé, retrouvent comme ils le disent une « certaine continuité temporelle » et un « cadre spatial favorable à la #concentration ».

    - « Il faut avoir le #temps de faire sa recherche, on est dans une espèce de course à l’échalote permanente. Moi, j’ai eu beaucoup de chance, je ne veux pas cracher dans la soupe, j’ai pu travailler sur ce que je veux, et après à moi de trouver de l’argent. Mais, c’est un métier où ça peut être très dangereux si on ne trouve pas son équilibre. Moi, ça m’a coûté certaines choses au niveau personnel [un divorce !] parce qu’il est arrivé un moment donné où je ne dormais plus la nuit parce que je voyais tout ce que je n’avais pas eu le temps de faire. J’ai eu besoin de faire un travail sur moi pour me ressaisir et me dire que si je n’avais pas fait ça ou ça, ce n’était pas si grave, personne n’est mort à cause de ça, on se détend. J’ai eu de la chance, j’ai refait ma vie avec quelqu’un qui est professeure des écoles donc avec un rythme peu différent ». (MCF en chimie en université).

    Les inégalités de prise en charge des tâches domestiques, familiales et éducatives entre femmes et hommes, auxquelles n’échappent pas les EC, conduisent à exposer de nombreuses EC à des difficultés spécifiques (contribuant aux inégalités de déroulement de carrière à leur détriment), d’autant que la façon d’exercer le métier, de gérer les relations avec les étudiants et de prendre des responsabilités est aussi marquée par des différences de genre.

    – « Cette intensification du temps de travail s’est encore accrue au moment de mon passage PU, avec certains moments de l’année où pour pouvoir conduire mon activité et honorer mes engagements professionnels, je dois sacrifier tous mes week-ends sur une longue période. […] Il me semble que cette intensification tient aussi à une division sexuée du travail présente dans nos composantes : nombre de mes collègues hommes ayant longtemps refusé de prendre des responsabilités, en tous les cas les responsabilités chronophages et peu qualifiantes dans les CV ». (MCF en communication).
    – « Les femmes sont plus touchées que les hommes car elles assument les responsabilités de care pour les étudiants mais aussi pour leurs proches descendants ou ascendants de manière très déséquilibrée par rapport aux hommes. La charge mentale des femmes EC est très lourde. Concilier maternité et ESR (et donc espérer voir évoluer sa carrière) est mission impossible sauf pour celles qui ont un conjoint ou un réseau personnel sur lesquels s’appuyer. L’explosion des publications émanant d’EC masculins pendant la pandémie en est un bon exemple ». (MCF en anglais).

    Ces débordements s’inscrivant dans un contexte de dégradation de la qualité du travail et des conditions de sa réalisation contribuent à nourrir un sentiment d’#insatisfaction. C’est aussi de la #désillusion et diverses #souffrances_morales mais aussi physiques qui découlent de cette combinaison mortifère entre surcharges, débordements et insatisfaction.

    - « Moi, j’ai beaucoup de désillusions sur mon métier. Beaucoup d’#amertume, en fait. […] Quand on est enseignant-chercheur, on démarre, on est à fond, on en veut, etc. On a plein d’envies, on a plein d’ambition, puis on arrive dans la réalité et on prend un gros coup dans la figure et ça t’arrête net. Parce qu’on te colle tout de suite une responsabilité. […] Et tout ça pour un salaire de m… ! […] Moi je trouve que former des gens comme on les forme pour faire ça, c’est du gâchis franchement. » (Vice-présidente d’une université en poste).

    Ce qui mine et fait mal, comme l’évoquent de nombreux EC quand ils décrivent l’évolution de leur métier, c’est en particulier l’impression de devoir travailler toujours plus avec toujours moins de moyens disponibles, et donc pour un résultat dégradé ; ils ont le sentiment d’un « #travail_empêché » (comme le nomme Yves Clot) parce qu’ils se sentent empêchés de faire un travail de qualité comme ils savent et voudraient le faire ; ils ont des doutes sur la réalité de ce qu’ils font par rapport à ce qu’ils attendent de leur travail et ce qu’ils pensent que doit être le #service_public.

    Beaucoup des EC interrogés durant l’enquête se demandent ce qu’est devenu leur travail, quel sens ils peuvent encore lui donner et quel avenir attend l’université (et plus largement l’ESR). Si la plupart acceptent que le cœur de leur métier dépasse largement les seules activités de base d’enseignement et de recherche, ils doutent de plus en plus de pouvoir faire ce métier, auquel ils sont attachés, dans les règles de l’art telles qu’ils les conçoivent, et en particulier avec l’attention requise et les résultats voulus.

    - « Je pense que le métier d’enseignant-chercheur au-delà des 35 heures, ce n’est pas trop quelque chose de nouveau. Un chercheur, je pense qu’il a toujours beaucoup travaillé le soir. Mais peut-être que maintenant, on n’arrive plus à trouver le temps de tout faire ce qu’on nous demande. Et peut-être que ça, c’est nouveau ». (PU en biologie en IUT).
    – « J’ai vraiment du mal à croire qu’on puisse faire les trois choses ensemble. C’est-à-dire à la fois avoir une activité de recherche de haut niveau, avoir un investissement dans l’enseignement qui permet, enfin selon le critère qui est le mien, de renouveler ses cours extrêmement régulièrement pour ne pas se répéter, et en plus avoir des fonctions administratives ». (MCF en histoire en université).

    Cela fait émerger des questions majeures : à quoi et à qui sert aujourd’hui le travail des EC ? Sont-ils en mesure de réaliser des enseignements et des recherches de qualité ? Que devient le service public de l’ESR ? Ces questionnements rejoignent les trois dimensions majeures du sens du travail énoncées : son utilité vis-à-vis de ses destinataires, le respect de leurs valeurs éthiques et professionnelles, et le développement de leurs capacités.

    – « Il faut se bagarrer pour trouver à garder du sens au métier. Ça c’est très clair. […] On nous impose les choses, donc effectivement, il y a une perte de sens, enfin je ne sais pas si c’est une perte de sens mais on a une perte de la maîtrise de notre métier. » (MCF HDR en didactique de l’histoire en Inspé).

    Les différentes évolutions que nous venons de décrire peuvent s’interpréter comme les signes d’un risque de #déprofessionnalisation, un processus à la fois lent et peu visible prenant la forme d’une remise en cause ce qui fonde leurs « gestes professionnels » et de leur #identité_professionnelle ». Ce dont on parle ici ne concerne pas seulement tel ou tel individu, mais le groupe professionnel des EC à travers trois aspects.

    Le premier élément est une déqualification liée au fait que les EC sont de plus en plus souvent chargés de tâches ne correspondant ni au contenu, ni au niveau de leurs savoirs et de leurs objectifs. La deuxième dimension concerne la perte d’#autonomie à rebours de la #liberté_académique et de l’autonomie affirmées dans les textes. Le troisième aspect est le sentiment massivement exprimé durant l’enquête de l’#inutilité d’une part croissante du travail réalisé par rapport à ce que les EC voudraient apporter à leurs étudiants, et plus largement à la société qui finance leurs salaires, ce qui touche au cœur de l’identité fondant leur profession.

    La managérialisation de l’ESR alimente ce risque de déprofessionnalisation en enrôlant les EC dans les évolutions de leur travail et de leurs conditions de travail qui leur déplaisent, en les conduisant à faire - et pour ceux qui ont des responsabilités à faire faire à leurs collègues - ce qui les fait souffrir et que, pour partie, ils désapprouvent. C’est sans doute une des réussites du NMP que d’obtenir cette mobilisation subjective, comme la nomme la sociologue Danièle Linhart.

    La question de la déprofessionnalisation des EC mérite sans aucun doute d’être approfondie en termes de causes, de manifestations et d’effets. En l’état actuel de l’analyse, c’est une hypothèse à creuser dans le cadre d’un questionnement sur les impacts - et l’efficience - des modes de gestion impulsés par le nouveau management public et la bureaucratisation néolibérale.

    Si cette enquête ne suffit évidemment pas à établir un diagnostic global sur la santé des EC, elle permet néanmoins de mettre à jour des réalités peu connues et alarmantes. Ainsi, le terme épuisement est souvent revenu : il est employé spontanément par 45 répondants au questionnaire (dont 31 femmes). Il est évoqué 10 fois en réponse à la question : « Rencontrez-vous ou avez-vous rencontré des difficultés pour concilier vos différents activités professionnelles (enseignement, recherche, tâches administratives) ? Si oui, lesquelles ? ». Le stress, lui, est explicitement abordé dans 35 réponses (29 femmes) sans compter celles qui parlent du stress des étudiants et des Biatss. 17 répondants (dont 13 femmes) parlent de burn-out. Dans 7 de ces 17 cas, les répondants témoignent de burn-out subi par eux-mêmes ou par un membre de leur équipe au cours des dernières années. Les autres évoquent le risque ou la peur d’en arriver là. Les deux verbatims suivants illustrent l’importance de cette question.

    – « Il y a 20 ans, les réunions pouvaient durer 1 heure, 1 heure et demie. Aujourd’hui, il n’y a pas une réunion du CHSCT qui dure moins de 3 ou 4 heures. Parce qu’il y a un nombre incroyable de remontées au niveau des enseignants-chercheurs. […] Dans notre département, il y a eu pas moins de trois burn-out cette année, avec des arrêts maladie, des demandes de collègues de se mettre à mi-temps. » (PU, élu CGT).
    – « Je pense qu’il faut faire très, très attention. On est sur un fil raide. Ça peut basculer d’un côté comme de l’autre. Et je pense qu’on doit arrêter un peu le rythme, les gens sont fatigués, épuisés, donc il faut qu’on trouve un moyen de minimiser un peu les appels à projets. C’est sur ça qu’on se bat. Les garder, mais en faire moins. […] Bien sûr qu’on manque de moyens et bien sûr qu’il faut qu’on fasse comprendre à notre fichu pays que l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement. Je crois à ça profondément. » (Présidente d’une université en poste au moment de l’entretien).

    Pour conclure

    La profession des EC ressent assez largement un #malaise mettant en cause leur activité, voire leur carrière. Face à cela, la plupart des réponses sont aujourd’hui individuelles, elles passent pour certains par différentes formes de #surengagement (débouchant parfois sur du #stress, des #dépressions ou du #burn-out), pour d’autres (et parfois les mêmes à d’autres moments de leur carrière) à des variantes de désengagement (vis-à-vis de certaines tâches) pouvant aller jusqu’à diverses voies d’Exit (mises en disponibilité, départs en retraite avant l’âge limite, démissions très difficiles à quantifier). Les solutions collectives ont été assez décrédibilisées, notamment après l’échec du mouvement anti-LRU. De nouvelles pistes restent à imaginer et à construire pour ne pas continuer à subir les méfaits de la néo-libéralisation de l’ESR et trouver des alternatives aux dégradations en cours.

    [1] La situation des MCF-PH et des PU-PH à la fois EC à l’université et praticiens en milieu hospitalier étant très particulière.

    [2] Les verbatims présentés dans cette communication sont extraits des réponses au questionnaire ou des entretiens.

    [3] Bezès P. (2012). « État, experts et savoirs néo-managériaux, les producteurs et diffuseur du New Public Management en France depuis les années 1970 », Actes de la recherche en Sciences Sociales, n° 3, p. 18.

    [4] La massification de l’accès au bac s’est traduite par une très forte hausse du nombre d’élèves et étudiants inscrits dans l’ESR. Sur les 4 dernière décennies, ce nombre a plus que doublé en passant d’un peu moins de 1,2 million (à la rentrée 1980) à près de 2,8 millions (à la rentrée 2020). Le nombre d’EC n’a pas suivi !

    [5] Les diplômes universitaires doivent désormais figurer dans le Répertoire national des certifications professionnelles (le RNCP) conçu dans la logique des compétences.

    [6] Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé de l’enseignement supérieur.

    [7] En dépit des principes d’égalité professionnelle, les femmes sont infériorisées dans l’ESR. Parmi les MCF, seul le domaine droit, science politique, économie et gestion (DSPEG) est à parité avec 51% de femmes et 49% d’hommes. Les femmes sont sur-représentées (58%) en Lettres, Langues et Sciences humaines (LLSH) et sous-représentées (34%) en Sciences et Techniques (ST). Du côté des PU, les femmes sont 29% (contre 45% parmi les MCF) même si ce pourcentage a augmenté ces dernières années. Les femmes sont minoritaires parmi les PU dans les trois domaines, y compris là où elles sont majoritaires parmi les MCF : elles sont 36% en DSPEG, 45% en LLSH et 21% en ST. Et les écarts de statut ne sont pas les seules inégalités de genre entre EC.

    https://blogs.alternatives-economiques.fr/les-economistes-atterres/2025/06/17/crise-de-l-esr-contribution-2-la-profession-d-enseign
    #ESR #enseignement #recherche #new_public_management

  • Über Gegenblende
    https://web.archive.org/web/20110817061734/http://www.gegenblende.de/impressum/++co++47b9ec50-de76-11de-7c88-00093d10fae2

    Mittwoch, 27. Juli 2011 - GEGENBLENDE ist das neue gewerkschaftliche Online-Magazin für die Debatten zur Zukunft des Sozialstaats, zu Arbeitnehmerrechten, zur Globalisierung der Wirtschaft und zur Gleichstellung und Demokratie .

    Mit dem Online-Debattenmagazin GEGENBLENDE führt der Deutsche Gewerkschaftsbund die Tradition der Gewerkschaftlichen Monatshefte in einem zeitgemäßen Format fort. GEGENBLENDE ist ein Debattenmagazin für den wissenschaftlichen und gewerkschaftlichen Diskurs; ein innovatives Angebot, das direkte Kommunikation ermöglicht und neue Partizipation bietet.

    GEGENBLENDE greift aktuelle Debatten auf und spitzt sie zu. Diese gewerkschaftspolitisch wichtigen Diskussionen werden alle zwei Monate in einer thematischen Schwerpunktausgabe erscheinen. Es werden wöchentlich neue Beiträge, Rezensionen, Ausstellungsbesprechungen, Konferenzberichte und Erwiderungen auf GEGENBLENDE veröffentlicht. Es dient als Diskussionsplattform für die Wissenschaft, die Gewerkschaften und die breite interessierte Öffentlichkeit. Alle Beiträge können kommentiert werden.

    Ich freue mich auf anregende Debatten.

    Dr. Kai Lindemann (verantwortlicher Redakteur)

    Alphabetische Auflistung der Autorinnen und Autoren bis zur 10. Ausgabe:

    Allespach, Dr. Martin

    Mahnkopf, Prof. Dr. Birgit

    Adamy, Dr. Wilhelm

    Martens, Dr. Helmut

    Anbuhl, Matthias

    Matecki, Claus

    Beier, Angelika

    Menne, Claudia

    Benassi, Chiara

    Möllenberg, Franz-Josef

    Bendel, PD Dr. Petra

    Mönig-Raane, Margret

    Bieling, Prof. Dr. Hans-Jürgen

    Müller, Michael

    Biesecker, Prof. Dr. Adelheid

    Nehls, Hermann

    Blank, Florian

    Nieber, Thomas

    Bofinger, Prof. Dr. Peter

    Nowak, Wojchiech

    Bosch, Prof. Dr. Gerhard

    Nullmeier, Prof. Dr. Frank

    Borchert, Jürgen

    Oerder, Lena

    Braun, Sascha

    Olbrich, Roland

    Brinkmann, Prof. Dr. Ulrich

    Pannen, Ute

    Bsirske, Frank

    Peter, Dr. Gerd

    Buckenhofer, Frank

    Piegsa, Jan

    Buntenbach, Annelie

    Pienkny, Dieter

    Busch, Prof. Dr. Klaus

    Reiner, Dr. Sabine

    Christen, Christian

    Reitzig, Prof. Dr. Jörg

    Dauderstädt, Dr. Michael

    Roitsch, Jutta

    Demmer, Marianne

    Roth, Prof. Dr. Roland

    Demirovic, Dr. Alex

    Runge, Heike

    Diegmüller, Anja

    Saage-Maaß, Dr. Miriam

    Dörre, Prof. Dr. Klaus

    Sablowski, Dr. Thomas

    Duttine, Armin

    Sakamoto, Leonardo

    Drautz, Cordula

    Schade, Susanne

    Ehlscheid, Christoph

    Schepelmann, Dr. Philipp

    Ehrke, Prof. Dr. Michael

    Scherrer, Prof. Dr. Christoph

    Embacher, Dr. Serge

    Schimmeck, Tom

    Fattmann, Dr. Rainer

    Schmidt-Hullmann, Frank

    Ferenschild, Dr. Sabine

    Scholz, Dieter

    Flenter, Kersten

    Schulmeister, Dr. Stephan

    Förster, Natalie

    Schulze, Michaela

    Frank, Sina

    Sehrbrock, Ingrid

    Gerlach, Dr. Frank

    Sommer, Michael

    Gerlinger, Prof. Dr. Thomas

    Sperling, Dr. Hans-Joachim

    Gerstenkorn, Petra

    Spöttl, Prof. Dr. Georg

    Giessler, Thomas

    Spring (ehem. Yilgin), Selda

    Greven, Dr. Thomas

    Steinle, Ralf

    Hafeneger, Prof. Dr. Benno

    Strasser, Johano

    Hartmann, Prof. Dr. Michael

    Sturn, Simon

    Heintze, Dr. Cornelia

    Thannisch, Rainald

    Hengsbach, Pater Dr. Friedhelm

    Thöne, Ulrich

    Henning, Klaus

    Thole, Prof. Dr. Werner

    Heß, Nele

    Uhl, Dr. Susanne

    Hexel, Dietmar

    Vassiliadis, Michael

    Hönigsberger, Herbert

    Venzke, Oliver

    Horn, Prof. Dr. Gustav

    Vogt, Dr. Erich

    Hübner, Prof. Dr. Kurt

    von Gall, Anna

    Humborg, Dr. Christian

    van Treeck, Dr. Till

    Hyman, Prof. Richard

    von Winterfeld, Dr. Uta

    Jaehrling, Dr. Karen

    Voswinkel, Dr. habil. Stephan

    Kädtler, Dr. Jürgen

    Weichert, Prof. Dr. Stephan

    Kalina, Thorsten

    Wentzel, Lothar

    Karrass, Dr. Anne

    Wetzel, Detlef

    Kauls, Heike

    Wiethold, Franziska

    Keller, Dr. Andreas

    Williams, Nicholas John

    Kerber-Clasen, Stefan

    Wissen, PD Dr. Markus

    Kiontke, Jürgen

    Wittke, Prof. Dr. Volker

    Klemm, Prof. Dr. Klaus

    Wodrich, Benjamin

    Knappe, Marion

    Wolf, Prof. Dr. Frieder Otto

    Konicz, Tomasz

    Wolf, Dr. Harald

    Lehndorff, Dr. Steffen

    Lessenich, Prof. Dr. Stephan

    Lindemann, Dr. Kai

    Lindner, Fabian

    Lutterbach, Dr. Wolfgang

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    #Allemagne #syndicalisme #publication #histoire