• En France, un système qui fait perdre l’envie de #recherche

    Alternance de #contrats_courts et de périodes de #chômage, vacations payées aléatoirement, difficulté à être titularisé… « Libération » a recueilli les témoignages de nombreux jeunes chercheurs lessivés par le fonctionnement de l’université.

    La France perd ses jeunes chercheurs, dégoûtés du système. En 2018, le nombre de doctorats délivrés était en baisse de 4 %. Les carrières universitaires n’attirent plus. Ou du moins, elles font fuir une partie de ceux qui s’y aventurent quand ils découvrent la galère promise. Une journée de mobilisation a lieu ce jeudi contre la politique de recherche du gouvernement. Les jeunes chercheurs sont à la pointe du mouvement.

    « Il y avait treize doctorants dans mon laboratoire, seulement deux ont continué en post-doctorat. Tous les six mois, je me dis que je vais arrêter, et en fait non », témoigne Mélissa, post-doctorante en éthologie. Elle vit avec son compagnon, Geoffrey, lui aussi chercheur et âgé de 29 ans. Ils sont réunis « pour la première fois en six ans » dans le même appartement. La faute à leur boulot, qui les pousse à bouger dans tous les sens quitte à s’asseoir sur leur vie personnelle. Cette parenthèse à deux s’arrêtera dans trois mois. Mélissa sera alors à Zurich et Geoffrey à Niort. « On ne se plaint pas, on est déjà sur le même continent… »

    Etienne (1), lui, va changer de continent. Ce docteur en intelligence artificielle (IA) a vu de près les dégâts de la recherche à la française. La pression pour publier le plus possible d’articles scientifiques dans des revues, condition sine qua non pour remplir son CV et espérer être titularisé, a fini par le dégoûter : « On dit que c’est "publier ou périr", mais maintenant c’est plutôt "publier et périr" puisqu’il n’y a plus de postes. » Pour ce trentenaire, la désillusion grandit depuis plusieurs années : quand il était doctorant, il a dû finir sa thèse grâce aux indemnités chômage, se contentant de 900 euros mensuels pour vivre. « Mon encadrant principal a fait deux burn-out car il travaillait trop, ça ne donnait pas envie de continuer. » Mais il s’accroche.

    Après sa thèse, Etienne signe un contrat de deux ans de post-doc dans un labo de recherche, malgré les sirènes du privé qui lui promettent d’au moins doubler son salaire. Le déclic, pour changer de cap, il l’a eu en 2019. Il participe alors à une réunion de présentation de la politique française en IA, durant laquelle deux hauts fonctionnaires disent avoir pour projet de propulser la France dans le top 5 mondial. « Ils ne parlaient de recruter que des contrats précaires, des doctorants. Je suis allé leur poser la question : qu’en est-il pour les post-docs qui souhaitent rester en France ? Leur réponse a été assez surprenante : "Non, pas de création de postes fixes, monsieur, allez aux Etats-Unis." » Message reçu, mais pas de gaieté de cœur. Etienne entend bien partir travailler sur l’IA outre-Atlantique.
    « Très dévalorisant »

    Un grand gâchis humain. Quelques mots pour résumer ce à quoi ressemble la politique française en recherche. Libération a reçu plus de 200 témoignages de jeunes chercheurs déçus du système. Comme François (1), qui nous écrit : « La loi de programmation de la recherche m’a définitivement décidé, je ne vais même pas essayer de faire de la recherche dans le public. C’est d’autant plus dommage que, comme normalien, l’Etat a essentiellement payé pour que je le fasse. »

    La pression exercée sur le système conduit à de mauvaises pratiques. Xavier (1), ex-doctorant en astronomie, a vu la réputation du laboratoire passer avant l’éthique scientifique. « Le jour où on m’a demandé de cacher des résultats qui n’allaient pas dans le sens des promesses faites à l’Agence nationale de la recherche devant un public international, j’ai décidé de ne pas continuer dans la recherche, explique celui qui prépare l’agrégation de physique. J’adore la recherche, mais obtenir un poste est un parcours du combattant. Enchaîner les post-docs pendant six, huit, peut-être dix ans, qui veut ça ? »

    C’est exactement la situation que vit Alain (1). Depuis sa thèse de biologie soutenue en 2013, il alterne entre les contrats courts et les périodes de chômage. « Pour l’instant, l’objectif c’est de profiter du chômage pour écrire mes publications en retard, continuer à postuler pour des contrats et prier pour obtenir quelque chose. Ce serait très dévalorisant de me dire que j’ai autant persévéré pour au final abandonner. » Le problème du secteur n’est ni l’attractivité - il y a encore plus de dix candidats par poste ouvert - ni le manque de travail - les recherches et les étudiants continuent d’affluer. « Le premier problème, c’est le manque de financements », lâche Alain. De fait, dans les universités notamment, le besoin en enseignants-chercheurs est criant. Selon le Syndicat national de l’enseignement supérieur, les 150 000 vacataires recensés assurent, au moins, l’équivalent des heures d’enseignement de plus de 15 000 titulaires.

    A 34 ans, Maxime (1), docteur en sciences politiques, vit tantôt chez sa mère, tantôt chez sa compagne. Il a réalisé sa thèse « grâce à deux postes d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche, et du chômage ». Depuis cinq ans, il jongle entre RSA et vacations à l’université. En théorie, il ne pourrait pas être employé de manière précaire par l’université sans avoir un travail fixe ailleurs. Alors il s’arrange. « Dans certains cas, un collègue me sert de prête-nom et je travaille au noir. Parfois, je me fais payer en autoentrepreneur. C’est assez dingue comme situation », explique-t-il. L’an dernier, Maxime estime avoir effectué plus de 277 heures d’enseignement, « plus qu’un service d’un titulaire ». Tout ça pour toucher à peine le smic : « Comme on est payé de manière aléatoire, certains mois c’est le RSA qui me permet de vivre. »
    « On m’avait prévenue »

    La situation est claire : les départements dans lesquels il travaille ne tiendraient pas sans des personnes comme lui. Il a bien essayé de quitter le milieu, mais faute de retours positifs, « la routine de l’université a repris le dessus. J’ai été sollicité pour des cours et des articles. Je tente encore, mais je ne sais pas pour combien de temps. J’ai été classé deuxième à un concours de maître de conférences, ça prouve bien que mon dossier n’est pas si nul… »

    Quadragénaire, Tiphaine se retrouve dans la même situation. Si elle a pu trouver un CDD de recherche pour une association nationale, elle a dû prendre une charge d’enseignement pour compléter son CV. Le système est si tendu qu’elle se retrouve à créer « un enseignement annuel de 80 heures » sans savoir où elle sera l’an prochain. « Je suis atterrée par l’ampleur de la précarité et l’exploitation des vacataires. […] On m’avait prévenue. Mais ça n’a pas suffi, car c’est un métier de passion, j’ai voulu aller jusqu’au bout. Maintenant, la désillusion se matérialise. »

    https://www.liberation.fr/france/2020/12/09/en-france-un-systeme-qui-fait-perdre-l-envie-de-recherche_1808191
    #ESR #recherche #France #précarité #université #titularisation #carrière_universitaire #travail #conditions_de_travail #mobilité #publish_or_perish #désillusion #indemnités_chômage #burn-out #contrats_précaires #gâchis #dévalorisation #LPPR #LPR #éthique #post-doc

  • L’accès et la circulation des savoirs se font dans un monde de plus en plus ouvert. Les données en libre accès se multiplient, mais leurs usages ne vont pas de soi… #numérique #internet #usages #openaccess

    https://sms.hypotheses.org/24810

    Open source, open educational resources, open data, open courses, ces différentes expressions anglophones traduisent la multiplication des données actuellement accessibles en mode ouvert sur le web. Elles modifient progressivement les modalités d’accès et de circulation des savoirs à l’ère des géants du numérique –les GAFAM. Dans les domaines de l’éducation comme des données publiques, leurs usages ne vont pas forcément de soi.

    Ces questionnements ont fait l’objet d’un ouvrage collectif coordonné par Luc Massou, Brigitte Juanals, Philippe Bonfils et Philippe Dumas, regroupant une sélection de communications sur les sources ouvertes numériques dans le secteur éducatif et social réalisées lors d’un colloque à l’université Aix-Marseille en 2016 (...)

    • La #science_ouverte doit être interrogée bien au-delà de ce premier discours consensuel sur l’ouverture des données et des publications (soit un mouvement contre les éditeurs privés et l’appropriation commerciale du savoir - mouvement qui, soit dit au passage, est en phase d’institutionnalisation depuis quelques années).
      Plusieurs points sont systématiquement refoulés : le coût écologique de l’ouverture des données, la gouvernance économique (volonté de réduire les coûts), la transformation (voir la destruction) des métiers d’éditeur et de bibliothécaire...
      Les politiques scientifiques d’évaluation sont également systématiquement passés sous silence (le fameux #publish_or_perish). Je vous invite à lire ce très bon texte de #Peter_Sloterdijk (https://seenthis.net/messages/54405) sur l’augmentation du plagiat comme conséquence du publish or perish (ou publier pour publier à défaut d’être lu : le pacte de non-lecture).
      Ce que l’ouverture des données va également permettre, c’est le recours massif aux robots (#machine_learning), seuls capables de rechercher les mots clefs souhaités dans un corpus numérique monstrueux. Cela pose et posera des questions épistémologiques qui ne sont pour le moment jamais évoqués dans cet appel à une science 2.0 (ou e-science) jamais nommée.

      P.-S. Je parle essentiellement ici des SHS.

      #informatisation #accès_ouvert #open_access

    • Répondre à un appel à contribution

      Du 9 au 12 juin 2010 s’est déroulé un atelier d’écriture, organisé par quatre doctorants (de l’EHESS et de Institut d’Urbanisme de Paris). L’un des temps de travail était consacré aux réponses à des appels à contribution : nous vous proposons ici un rapide survol des questions évoquées à cette occasion.

      Qu’est-ce qu’une réponse à un appel à contributions ?

      Une proposition de contribution est un texte assez court (une demi-page ou une page maximum) dans lequel on décrit un projet d’article, que l’on propose à la revue qui a fait paraître un appel à contribution. C’est donc un texte qui parle d’un texte à venir, qui n’existe pas encore… !

      NB : si notre proposition est acceptée, cela ne signifie pas pour autant que l’article qui suivra sera nécessairement accepté. S’il ne répond pas aux attentes du comité de rédaction, il pourra être rejeté même si, au vu de la réponse à l’appel à contribution, le comité de rédaction avait intégré notre proposition au sommaire prévisionnel…
      Quelques conseils pour rédiger une réponse à un appel à contribution :

      Ne pas oublier l’objectif de ce texte : faire en sorte que notre proposition soit acceptée ! Il faut « vendre » notre proposition, montrer pourquoi elle est importante dans le cadre du sujet que la revue se propose de traiter. C’est le seul objectif de ce texte, et par conséquent certains éléments n’y ont pas leur place (des détails, des nuances, des formulations trop précautionneuses, des justifications du sujet de recherche et de ses contours…).

      Les appels à contributions indiquent souvent un certain nombre d’axes précis. Il est bon de s’inscrire d’emblée dans un axe et de le mentionner explicitement (on facilite le travail du comité scientifique qui, pour faire son choix, va classer les différentes propositions selon les axes, qui correspondent souvent aux différentes parties du sommaire du numéro).

      « L’objectif de cet article est de… » – c’est un excellent début !

      Mettre en scène un étonnement. Soigner la mise en intrigue de la question que l’on entend soulever avec notre article (sans exagération littéraire). Le lecteur nous suit si on l’amène à réfléchir, si on l’invite à dépasser les évidences et à avancer avec nous – pas si on lui expose des faits sans qu’il ait à se questionner…

      Ne pas en rester au stade du projet : Même si notre texte parle d’un article que nous n’avons bien sûr pas encore écrit et qui impliquera peut-être des recherches que nous n’avons pas encore faites, il faut montrer que nous avons plus qu’un projet : évoquer notre terrain, donner des résultats, des éléments de conclusion.

      Quelques questions à se poser pour vérifier la clarté du texte

      Bien souvent, « le nez dans le guidon », on oublie de formuler les choses essentielles : l’objet de notre recherche est loin d’être aussi clair qu’on le pense, et l’objectif de l’article proposé reste totalement flou…

      Est-on capable, à la lecture, de formuler LA question que pose notre texte ? Si ce n’est pas le cas, il y a forcément un problème ! Est-ce que, nous-même, nous savons quelle question nous entendons traiter ?

      On peut aussi essayer de faire entrer la proposition dans les cases suivantes : contexte, méthode, résultats, discussion. Elles constituent les étapes d’un article « canonique » dans le milieu de la recherche biomédicale. C’est parfois une bonne façon de « tester » un article de sciences sociales et de vérifier sa rigueur…

      Toujours se faire relire avant d’envoyer une proposition…

      L’exercice de la relecture sans concessions n’est pas évident, ni pour celui qui relit, ni pour celui qui est relu ! Bien souvent, les zones d’obscurité du texte qui sont identifiées par le relecteur sont liées à un manque de clarté de la problématique, à un problème méthodologique, à un manque de données que l’on a tenté de dissimuler, à un problème de sources que l’on ne se sent pas autorisé à citer… Il faut alors accepter de se demander pourquoi on est mal à l’aise sur ce point, pourquoi on ne peut pas dépasser ce problème – assumer sa position, l’état de ses connaissances. Bien souvent, il vaut mieux nommer le problème que l’on rencontre (c’est aussi l’occasion d’en prendre clairement conscience et de le circonscrire !) plutôt que d’essayer de le dissimuler… Et gardons à l’esprit l’objectif principal d’une proposition de contribution : donner envie aux lecteurs (à la revue) d’en savoir plus !

      Marie Glon, doctorante à l’EHESS

      https://act.hypotheses.org/644

    • Comment écrire un bon article pour une revue scientifique ?

      Ça y est, votre proposition de communication est acceptée et vous allez pouvoir écrire un article ! C’est une étape importante de votre parcours : vous devez prendre l’habitude de diffuser vos résultats ( et vous trouverez ici une vidéo sur l’étape précédente : comment trouver une revue pour publier notre article ?).

      Alors, comment allez-vous vous y prendre maintenant ? Le premier réflexe est souvent de rechercher quelle forme doit avoir l’article ; de quelles rubriques il doit être constitué, car bien sûr, vous ne voulez pas être pris en défaut.

      Mais attention, la qualité de votre article ne tiendra pas qu’au respect des « normes » de rédaction mais plus encore à la pertinence des résultats que vous exposez et au plaisir que l’on prendra à vous lire. Comment parvenir à écrire un article utile pour les autres et passionnant ?

      Quel format adopter ?

      Si vous avez fait un petit tour sur le net avant d’arriver ici, vous avez peut-être constaté que l’on conseille habituellement de respecter un certain plan avec des parties bien définies dans un article scientifique (ici un exemple détaillé).

      Il est habituel d’affirmer qu’un article doit contenir :

      – Une introduction qui énonce la problématique, qui explique en quoi elle est intéressante / novatrice, et qui annonce le plan de l’article.
      – Une partie de contexte théorique (ou état de l’art) où vous vous situez par rapport aux principaux courants d’analyse concernant la question précise que vous traitez. Vous résumez ici les derniers avancements des connaissances dans votre domaine et vous indiquez sur quels concepts vous vous basez, vous. Et le tout en quelques paragraphes seulement, eh oui !
      – La méthodologie : c’est une partie où vous expliquez quelles sont vos données et comment vous vous y prenez pour les recueillir.
      – Les résultats que vous avez obtenus
      – La discussion de ces résultats au regard des concepts mobilisés : finalement, qu’avez-vous à dire de nouveau sur le phénomène étudié ?

      Cependant, cette liste n’est pas une recette de cuisine : elle n’est ni obligatoire ni exhaustive.

      Pas exhaustive, en effet, car certaines revues sont encore plus précises concernant l’architecture de leurs articles et réclament d’autres points encore (« considérations éthiques », « objectifs » etc.).

      Et pas obligatoire car d’autres comités de publication, au contraire, n’obligent pas leurs contributeurs à suivre un tel canevas. C’est particulièrement le cas dans certaines disciplines avec une tradition plus « littéraire », où les revues publient des articles avec des plans qui déroulent un argument de façon thématique et où l’exposé de la méthode et du contexte sont réduits, généralement renvoyés en intro. J’ai moi-même rédigé des articles de cette façon « plus libre », la discussion thématique prenant le pas sur le reste (et c’était en socio/anthropo).

      Alors comment vous y retrouver et éviter les faux pas ?

      Eh bien vous devez aller vérifier par vous-même ce que l’on attend de vous ! Une revue a accepté votre contribution ? Allez chercher des numéros antérieurs de cette revue et faites votre enquête. Regardez plusieurs articles. Comment sont-ils construits ? Tous pareils ? Alors faites de même. Ou sont-ils tous différents ? Vous aurez alors la liberté de laisser plus de place à la discussion des résultats, par exemple.

      Choisir le bon sujet pour votre article

      Un article fait entre 10 et 15 pages, la plupart du temps ; cela vous laisse peu d’espace pour développer une argumentation logique, tout en présentant les données sur lesquelles elle s’appuie. Écrire un bon article, c’est donc d’abord trouver un sujet qui a la bonne dimension. Comment faire ?

      Tout d’abord, vous ne devez pas concevoir l’article comme un extrait de votre thèse (sauf exceptions, dans le cas de thèses par articles, comme cela peut parfois se faire en économie par exemple). Il est difficile d’extraire un petit morceau d’une argumentation longue ; cela peut produire une impression d’inachevé, le sentiment qu’on n’a pas tous les éléments pour tirer une conclusion.

      L’article ne peut pas être non plus un résumé de votre thèse entière ou d’une grande partie. Si vous tentez de raconter toute votre thèse, vous la survolerez et tomberez dans les généralités.

      Vous choisirez donc un thème précis , présent dans votre thèse (de façon centrale ou périphérique) et qui colle à l’appel à contributions s’il y a lieu. En effet, souvent, la revue qui a lancé l’appel à contributions impose des thèmes ; cela peut parfois vous décentrer un peu de votre thèse, vous amener à adopter un autre point de vue, mais c’est justement cela qui est enrichissant.

      Mais attention ! Si votre thème est trop précis, s’il porte sur un détail, vous tomberez dans l’anecdote, on ne verra guère ce que vous pouvez démontrer à partir de ça.

      Bref, trouver le bon focus est un casse-tête… C’est l’exercice qui consiste à poser une question de recherche (une problématique) qui peut vous sortir de l’embarras.

      La problématique

      La problématique sert à deux choses : à donner un caractère logique et unifié à votre argumentation et à borner le sujet. Une problématique a la forme d’une question. C’est à cette question que vous allez tenter de répondre pendant tout l’article, jusqu’à la conclusion finale, sans vous éparpiller : ce qui ne sert pas à répondre à la question est donc mis de côté. En effet, vous ne pouvez pas montrer « toute votre science » dans votre article (vous ne pouvez pas être exhaustif), par contre vous pouvez montrer votre capacité à argumenter précisément.

      Votre question doit :

      – Se référer explicitement à votre terrain/corpus, car votre démonstration s’appuiera sur vos données (sinon, ce ne sont que des généralités).
      – Pouvoir être élucidée de façon convaincante et documentée en peu de pages.
      – Contribuer, même modestement, à susciter un débat (dans lequel vous prendrez position clairement). S’il n’y a pas de débat, c’est que vous êtes trop descriptif. Une astuce : lisez d’autres articles sur le sujet, et demandez-vous comment vous positionner par rapport à eux (qu’auriez-vous à leur répondre ?) cela vous aidera à être moins descriptif et plus dans l’analyse.

      Attention au lecteur !

      Rendez la lecture facile et agréable à votre lecteur : c’est aussi cela qui fait la qualité d’un article, qui, ne l’oublions pas, est un outil de communication et de diffusion.

      Employez un vocabulaire adéquat

      Qu’y a-t-il de plus frustrant que de lire un article qui serait susceptible de vous intéresser, mais dont vous ne comprenez pas un mot sur trois ? Évitez de faire vivre ça à votre lecteur. Commencez par vous renseigner sur le type de lecteur auquel est destinée la revue en question. En effet, si c’est une revue assez généraliste, ou transdisciplinaire, vous n’emploierez pas le même vocabulaire que si c’est une revue très pointue de votre discipline.

      Derrière cela se cache la question : que connaît déjà le lecteur, qu’est-ce qu’il ignore (on entend ici le lecteur au sens large, pas seulement le comité de publication) ? Un lectorat restreint et expert pourra accepter que vous fassiez l’économie de l’explication des termes de base de votre discipline, bien sûr. Mais pour un lectorat plus large (ce qui est souvent le cas), vous devrez expliquer les grands termes nécessaires à la compréhension de votre article dès l’introduction ; même des termes qui vous paraissent simples à vous devront être définis. Ensuite, et dans tous les cas de figure, si un terme technique apparaît au long de l’article, expliquez-le. Soyez pédagogue.

      Ménagez une progression logique

      Votre article doit être fluide, avoir un certain sens du récit pour maintenir l’attention du lecteur. Le respect de ces quelques principes peut vous y aider :

      – Introduisez un seul élément nouveau à la fois ; n’expliquez pas un concept à l’aide d’un autre concept pour la compréhension duquel on doit maîtriser un troisième concept… choisissez une notion, expliquez la , décrivez les phénomènes qui lui sont attachés avant de passer à « autre chose » : et cette autre chose doit venir renforcer la compréhension de qui a été dit auparavant.
      – Notre cerveau est fait pour comprendre ce qui s’inscrit dans une temporalité (d’abord il y a ceci, et ensuite vient cela, puis cela finit comme ça) ; ne l’oubliez pas au moment de rédiger, car cela introduira une forme de narration. Vous pouvez décrire des phénomènes selon leur déroulement dans le temps, mais vous pouvez aussi décrire des raisonnements dans leur développement progressif : on peut penser telle chose, cependant, on observe ensuite qu’il se passe telle autre chose, et c’est cela qui nous amène à la conclusion X ou Y.
      – Énoncez les problèmes de façon claire, le lecteur doit avancer en terrain connu : par exemple, posez une question à la fin d’un paragraphe ; on sait ensuite que dans les prochains paragraphes, on se consacrera à répondre à cette question. Écrivez vos hypothèses, et comment vous allez les vérifier. Votre lecteur doit pouvoir vous suivre pas à pas. Il se perdra s’il a l’impression de ne pas savoir où vous allez. Et n’oubliez pas de mettre de nombreux exemples !

      Soignez la forme

      – Aérez votre texte en introduisant un nouveau paragraphe à chaque étape du raisonnement (évitez donc les looongs paragraphes qui durent deux pages et sont vraiment décourageants).
      – Synthétisez régulièrement votre propos, à la fin de chaque section et sous-section notamment.
      – Employez des mots qui réveillent l’attention du lecteur et qui vous amènent à faire un petit point d’étape : en résumé, en conclusion, en bref…
      – Attirez l’attention du lecteur sur les points importants du raisonnement (cela vous aidera vous-même à les identifier !) en employant parfois des tournures comme : de façon significative, plus important encore, néanmoins, particulièrement…

      Dans le Guide Pratique de Rédaction Scientifique, de Jean-Luc Lebrun , vous trouverez de nombreux trucs et de grands principes pour écrire un texte scientifique de qualité et agréable à lire.

      Soyez prévoyant, car écrire un article prend beaucoup de temps et d’énergie !

      Comment cela s’est-il passé pour vous ? Avez-vous déjà écrit des articles, était-ce facile ou difficile, gratifiant ou laborieux ? Vous pouvez témoigner en commentaire !

      http://reussirsathese.com/comment-ecrire-un-bon-article-pour-une-revue-scientifique