• #Mouton_2.0 - La puce à l’oreille
    https://www.youtube.com/watch?v=al74-lfTS0A


    #film #documentaire #puces #RFID

    Site du film :

    La #modernisation de l’#agriculture d’après guerre portée au nom de la science et du progrès ne s’est pas imposée sans résistances. L’#élevage ovin, jusque là épargné commence à ressentir les premiers soubresauts d’une volonté d’#industrialisation.

    Depuis peu une nouvelle obligation oblige les éleveurs ovins à puçer électroniquement leurs bêtes. Ils doivent désormais mettre une #puce_RFID, véritable petit mouchard électronique, pour identifier leurs animaux à la place de l’habituel boucle d’oreille ou du tatouage. Derrière la puce RFID, ses ordinateurs et ses machines il y a tout un monde qui se meurt, celui de la #paysannerie.

    Dans le monde machine, l’animal n’est plus qu’une usine à viande et l’éleveur un simple exécutant au service de l’industrie. Pourtant certains d’entre eux s’opposent à tout cela …


    http://mouton-lefilm.fr
    #technologie #identification #surveillance
    cc @odilon

    • v. aussi l’article :
      Élevage 2.0. État des lieux de l’informatisation du métier d’éleveur en système extensif

      À partir de l’exemple de l’#identification_électronique des ovins et des caprins rendue obligatoire en France en 2010, cet article décrit une étape de l’imposition dans l’élevage des normes techniques de la traçabilité issues du monde de la production industrielle. La généralisation des procédures de traçabilité y est décrite, du point de vue des éleveurs qui y sont opposés, comme un facteur de dépossession de leur métier. Mais, du fait des caractères propres aux échanges informatisés, cette traçabilité est également décrite comme une étape importante dans le développement d’une abstraction : la valeur informationnelle. Cette notion de valeur informationnelle est proposée pour rendre compte d’une forme de valeur marchande particulièrement déconnectée des valeurs d’usages produites par les éleveurs sous forme de produits lactés ou carnés.


      https://gc.revues.org/2939
      #traçabilité

    • L’alimentation sous contrôle : tracer, auditer, conseiller

      #Inspections_sanitaires, analyses de laboratoire, traçabilité et #étiquetage des produits, audits qualité, #certifications de la production, toutes ces procédures placent l’#alimentation « sous contrôle » ?. Depuis leur production jusqu’à la table du consommateur, les denrées font l’objet d’un suivi documentaire continu. Elles sont soumises à de nombreux contrôles qui concernent autant leur qualité sanitaire que les conditions dans lesquelles elles sont produites et commercialisées.

      C’est ce nouvel environnement de la production agricole, du marché, des mobilisations sociales et des pratiques matérielles des acteurs qui est examiné dans cet ouvrage. Celui-ci explore les conséquences concrètes des dispositifs de surveillance actuellement en place à partir de terrains d’enquête français, anglais et italiens : Que faut-il tracer pour « faire preuve » ? Quelles nouvelles pratiques des producteurs cela engage-t-il ? Quelles sont les modalités de contrôle associées à la norme et comment se déroulent les audits ? Sur quoi et comment se forme le jugement des auditeurs ? Par quels moyens les écarts sont-ils relevés et sanctionnés ?

      Riche en témoignages, ce livre éclaire également les positionnements des acteurs engagés dans des processus de normalisation. Quel « travail » ont-ils à faire pour répondre à une contrainte de fidélité vis-à-vis de la norme tout en visant la rentabilité économique et l’expansion de leur activité ? Comment articuler productions locales et marché global ? Quelles négociations s’opèrent vis-à-vis des règles de production et des cahiers des charges ? Qui sont les auditeurs et quelle est la spécificité des organismes certificateurs ?


      http://editions.educagri.fr/livres/4670-l-alimentation-sous-controle-tracer-auditer-conseiller.html

      #livre

    • Cité dans l’article...
      Un savoir-faire de #bergers

      Comment les pratiques des bergers favorisent-elles le renouvellement de la diversité des ressources naturelles et cultivées ? Comment les bergers encouragent-ils les facultés d’apprentissage des animaux et stimulent-ils leur appétit face à des mélanges de plantes variées ?
      À l’heure où les politiques publiques cherchent à concilier agriculture et protection de la nature et réinterrogent les modes de production agricole, Un savoir-faire de bergers a l’ambition de rappeler que les bergers ont dans les mains une culture technique toujours vivante, qui correspond bien aux attentes de la société en matière d’agriculture plus respectueuse du vivant.
      Cet ouvrage, richement illustré, associe différents points de vue : chercheurs, ingénieurs pastoralistes, gestionnaires d’espaces naturels, enseignants en écoles de bergers. Mais, avant tout, il donne la parole à des bergers et à des bergères, celles et ceux qui ont contribué aux travaux scientifiques ou exprimé les difficultés rencontrées suite à la méconnaissance de leur métier par d’autres usagers des montagnes et des collines.


      http://editions.educagri.fr/livres/4542-un-savoir-faire-de-bergers.html
      #livre

    • Cité dans l’article [ https://gc.revues.org/2939 ]
      Un savoir-faire de bergers

      La citation :

      La valorisation informationnelle touche d’autres domaines reliés à l’élevage extensif, en particulier le savoir-faire des bergers, tel qu’il est décrit dans l’ouvrage coordonné par Michel Meuret (2010), agronome de l’INRA et sympathisant du collectif d’opposition au puçage dans la région PACA. Le savoir vernaculaire des bergers (notamment la connaissance des biais parcourus par les troupeaux pour les orienter vers des écailles de terrain qu’ils donnent à brouter chaque jour) est transformé en savoir d’expert sur cartes, traité par SIG et calculé ensuite en polygones de portions de pâturage élémentaire (PPE).

      Dans la même idée : http://ktche.ouvaton.org/La%20fabrique%20des%20marchandises%20%C3%A0%20l%27%C3%A8re%20num%C3%A

      L’informatisé participe de façon ambivalente à la saisie de son propre monde en répondant aux sollicitations de l’informatiseur. Il agit ainsi le plus souvent par désir de reconnaissance de sa propre activité, en se faisant plein d’illusions sur l’intérêt soudain que l’on prête à ses propos. Dans le domaine de l’élevage ovin, un exemple frappant de ce type d’interaction est constitué par l’ouvrage Un savoir-faire de bergers où sont assemblés des articles scientifiques et des interviews de bergères et de bergers. On peut y lire à la fois leurs évocations du métier de berger (pp. 295 et suivantes), mais aussi des descriptions désincarnées en terme scientifique telles que la « forme amiboïde à pseudopodes » des troupeaux en alpage (p. 107) ou la « représentation prototypique de l’organisation d’un menu au pâturage » (p. 160), tout ça assemblé dans la perspective de « revaloriser le métier ». Nul doute que les « forme amiboïde » et « représentation prototypique » finissent par se retrouver dans un logiciel de gestion du troupeau estampillé INRA et adoptées avec ou sans enthousiasme par des bergers revalorisés...

  • Des femmes pour l’excuse sécuritaire La Brique Lille - Stella, Mona - 9 mars 2017

    Il a bon dos, le « plan de lutte national contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun » ! Ou comment une occasion de « bien faire » se transforme en opportunité de « faire bien ». À Lille, dans le secteur des deux gares, une marche participative a lieu courant novembre. Mais ce n’est ni notre sécurité effective, ni même un entrebâillement émancipateur pour les femmes que recherchent in fine les entreprises qui l’organisent, Keolis1, la SNCF et la SPL Euralille2. L’objectif suprême, c’est d’attirer davantage de clientes3. Sans surprise.

    Nous avons participé aux premiers temps du protocole : la réunion préparatoire, la marche exploratoire et la réunion de bilan. Une restitution auprès des élu.es locaux est prévue, mais pas avant janvier. Le taux de participation est dérisoire : une dizaine de femmes arrive péniblement à la réunion de préparation – il faut dire que même le personnel de la gare a du mal à nous indiquer la salle. On en retrouve moins du double à la marche ; quant à la réunion de bilan, le score plafonne à six ! Le projet aurait pourtant pu faire l’objet d’une communication massive : ces entreprises ont des pouvoirs de communication titanesques... Mais on n’est jamais mieux servi que par soi-même : dans cette mascarade pseudo-participative, à part nous et quelques autres femmes, toutes les participantes bossent soit pour Keolis, soit pour Citéo5. Lors de la première réunion, ces collègues se disent « intéressées par la démarche ». Elles veulent « voir si elles peuvent s’en inspirer » dans leurs services respectifs. Nous sommes tombées en pleine réunion de famille ! Et comme s’en réjouissent celles et ceux qui mènent la réunion : après le caractère expérimental des marches exploratoires vient le temps d’une véritable « industrialisation » du concept. Pour le meilleur du pire des mondes ?



    Merci papa

    C’est un homme qui ouvre la réunion préparatoire. Normal, pour introduire le projet d’une marche non-mixte. Ce monsieur, c’est le responsable du pôle sûreté de la SNCF de Lille. Comme c’est le chef, il nous explique comment ça va se passer. Il rappelle le cadre dans lequel s’inscrit l’action de son entreprise : le plan de lutte, sorti l’été dernier. Il évoque vite fait et sans lien le cas des frotteurs dans le métro parisien pour énoncer quelques secondes plus tard le prétendu objectif : réduire le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports publics et aux abords des gares de Lille.

    Pour l’atteindre, trois étapes : diagnostiquer les points forts et les points faibles de la gare Lille Flandres et ses abords et établir un parcours ; ensuite, la marche aidant, proposer des solutions pratiques ; et enfin changer le regard des femmes sur les transports en commun. Par contre, le chef nous prévient : « Pour pas que vous soyez déçues... C’est pas parce que vous proposez quelque chose qu’on va le mettre en place. Les propositions sont examinées, évaluées... Et on demande à ce que ce soit réaliste parce que si vous me dites : "À cet endroit-là faut mettre 8 caméras et 20 spots halogènes", ça va pas le faire ». Forcément, pour lui, seul l’arsenal sécuritaire est une réponse envisageable. Et si nous voulons nous inspirer des propositions faites par d’autres femmes, dans d’autres quartiers ou d’autres villes ?

    Élodie Longuemart, chargée de mission pour l’égalité femmes-hommes à la mairie de Lille, s’apprête à dire oui, réjouie à l’idée de partager son travail. Mais le chef l’arrête d’un geste du bras. « Vous comprenez, on préfère que vous ne soyez pas influencées ». Non, on ne comprend pas : ça pourrait nous aider à ouvrir les yeux sur le terrain, de voir sur quels éléments d’autres femmes avant nous ont été vigilantes. Faire évoluer l’outil des marches exploratoires, s’en emparer. Comprendre ce que les femmes ont proposé pour renforcer le sentiment de sécurité... Sentiment ? C’est cette approche affective qu’on nous demande d’avoir. La philosophie de la marche est précisément fondée sur le « sentiment d’insécurité », terreau fertile de la propagande sécuritaire. Nous sommes là pour légitimer l’action des flics et élargir encore un peu plus les normes du contrôle. C’est compris, les filles ? Papa a dit : on ne réfléchit pas, on ressent !

    Au nom de la liberté, mon cul !

    Le processus est sexiste en lui-même, comment pourrait-il peser contre le harcèlement ou les violences sexuelles dans les transports ? Tout est misé sur les stéréotypes lourds et faciles de « demoiselle en détresse » et de « maman respectable ». On est en train de nous dire que nous fantasmons le danger, et que ce sont nos sentiments qui nous empêchent de mettre le nez dehors – et de biper nos tickets à puce RFID. Pas qu’on serait retenues à la maison par les tâches domestiques ou familiales, notre éducation, ou encore par des expériences fâcheuses...

    Keolis a déjà organisé des marches participatives dans le métro, en s’arrêtant particulièrement sur les stations Porte de Valenciennes à Lille, et Gare Lebas à Roubaix. Héloïse Gerber, coordinatrice prévention chez Keolis, nous diffuse alors un petit clip documentaire de Keolife5. On y voit quelques-unes des participantes à ces marches-là, ainsi que leurs motivations. Parmi elles, l’une des cheffes de La Redoute, ravie de participer pour que ses employées puissent aller et venir plus sereinement sur leur lieu de travail, sans se faire apostropher par les relous du quartier. Ah ! Le bien-être des salarié.es, c’est la performance possible, la confiance retrouvée dans sa hiérarchie ! Et puis cette madame Transpole aussi, qui sort clairement de ses habitudes en venant sur son propre terrain pour « comprendre » pourquoi elle compte moins de clientes que de clients. Après la vidéo, on s’attache à déterminer un parcours.



    Des sentiments et des gommettes

    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/feminismes/861-des-femmes-pour-l-excuse-securitaire

    #La_Brique #Transpole #Keolis #Marches #exploratoires #sécurité #harcèlement #sexiste #PS #Élodie_Longuemart #Lille #mairie_de_Lille #puce_RFID

    • Avant que ce soit #paywall

      Comment un journaliste norvégien est parvenu à identifier un #Syrien #mort en tentant de traverser la #Manche

      Ce mort-ci ne restera pas anonyme. Un journaliste norvégien, Anders Fjellberg, est parvenu à retracer l’itinéraire d’un jeune #réfugié syrien, Mouaz Al Balkhi, dont le corps a été retrouvé en octobre 2014 sur une plage des Pays-Bas. La police n’était pas parvenue à l’identifier. Il raconte son enquête dans un remarquable article (en anglais), publié dans le quotidien norvégien Dagbladet.

      Le reportage d’Anders Fjellberg commence sur une côte venteuse du sud de la Norvège. En janvier, un architecte norvégien y retrouve une combinaison de plongée Tribord. Une combinaison, et des restes humains. La police norvégienne cherche, des mois durant, à identifier le corps (probablement déposé là plusieurs mois plus tôt, vu son état de décomposition). Il ne correspond à aucune #disparition en mer signalées aux autorités norvégiennes. Quant à retracer les courants qui ont pu l’amener jusque là, même les pêcheurs les plus expérimentés s’en déclarent incapables tant ils sont imprévisibles et changeants.

      La combinaison retrouvée au sud de la Norvège en janvier 2015
      (photo : Tomm W. Christiansen & Hampus Lundgren, Dagbladet)

      Un signalement à Interpol leur apprend qu’il existe un autre « homme à la combinaison » non identifié. Le 27 octobre 2014, un corps vêtu d’une combinaison similaire a en effet été retrouvé sur l’île néerlandaise de Texel. Là-bas également, les enquêteurs patinent : la piste d’un groupe de windsurfers anglais est abandonnée, puis celle d’un plongeur français disparu au large de la Normandie. Les empreintes digitales sont impossibles à reproduire, et le corps n’a aucun signe distinctif particulier.

      Le corps, vêtu d’une combinaison similaire, retrouvé en octobre 2014 au Pays-Bas
      (photo : Tomm W. Christiansen & Hampus Lundgren, Dagbladet)

      MAGASIN DECATHLON DE CALAIS

      C’est finalement la combinaison qui livrera des informations importantes. Ou plus précisément, la #puce_RFID qui se trouve sur son étiquette. Cette micropuce contient des informations qui permettent aux enquêteurs de la police néerlandaise de remonter jusqu’à Calais. Le 7 octobre 2014, à 20h03, un client a acheté au magasin Décathlon de Calais deux combinaisons à 79 euros, ainsi que deux tubas et deux masques de plongée, deux paires de palmes, deux paires de chaussures en plastique et des paddle, des planches à main utilisées par les nageurs professionnels pour leurs entraînements. Le tout, payé #en_liquide. Les références des achats sont formelles : l’une des combinaisons est celle retrouvée aux Pays-Bas ; l’autre, celle retrouvée en Norvège.
      Qui étaient les deux nageurs ? Aucune caméra de surveillance n’a capturé le visage du ou des clients du Decathlon. Pas de nom associé à une carte de crédit ou un chèque non plus, puisque le paiement a été fait en liquide. Le journaliste norvégien Anders Fjellberg décide alors se rendre à Calais pour enquêter. Il raconte la suite dans un long article, publié en anglais sur le site du tabloïd norvégien.

      LA PISTE ANGLAISE
      Au Decathlon où l’achat a été fait, il retrouve l’employée qui était à la caisse ce jour-là. Elle se souvient : « Deux jeunes hommes, peut-être au début de la vingtaine. Des réfugiés, qui pouvaient avoir l’air de venir d’Afghanistan. » Le journaliste lui demande si elle a eu connaissance d’autres cas de réfugiés s’équipant pour tenter la traversée à la nage. « J’en ai entendu parler par d’autres employés du magasin. Ça arrive à peu près une fois par mois. Mais je n’en sais pas plus. »

      Dans la jungle de Calais, sur la trace des deux « hommes à la combinaison », Fjellberg rencontre des Erythréens passés par le Soudan et la Libye avant de traverser la Mediterranée pour 1700 dollars, et des Afghans ayant traversé l’Iran, la Turquie, la Serbie et la Hongrie pour atterrir dans le port du nord de la France. Aucun n’a entendu parler de réfugiés ayant récemment acheté de quoi traverser la Manche à la nage.
      Le journaliste repart. Mais deux jours plus tard, il est contacté par une humanitaire française travaillant à Calais. Elle lui explique « qu’elle a été en contact avec un Syrien qui se trouve en Angleterre, qui connaît un autre Syrien qui recherche son neveu disparu depuis des mois. Le neveu était à Calais avait de disparaître. » Il s’appelait Mouaz Al Balkhi.

      Le journaliste retrouve l’oncle au Royaume-Uni. Celui-ci lui livre le dernier échange de messages qu’il a eu avec son neveu de 22 ans :
      – « D’ici, je vois l’Angleterre
      – N’essaie pas de nager. Ça ne marchera pas. Cache-toi dans un camion.
      – J’essaierai demain. Vous me manquez. »

      LE PÉRIPLE DE MOUAZ
      Aucun des proches du jeune homme n’a eu de ses nouvelles depuis. À partir du témoignage de l’oncle, ainsi que de celui de ses parents réfugiés en Jordanie, Anders Fjellberg reconstitue le périple du jeune syrien jusqu’à Calais.
      En janvier 2013, lorsque sa famille part en Jordanie pour fuir la guerre, Mouaz Al Balkhi reste à Damas pour terminer ses études d’ingénierie électrique. Damas où il a grandi, et où il a appris à nager : avant que la guerre n’éclate, il allait nager chaque semaine dans une piscine de la capitale syrienne. Régulièrement arrêté par la police, il tient six mois. Il rejoint finalement ses parents en Jordanie, mais ne trouve pas de place à l’université d’Amman. Il tente sa chance en Turquie voisine : pas de place à l’université non plus. D’après sa sœur, il ne peut alors plus rentrer en Jordanie avec le statut de réfugié, puisqu’il vient de sortir du pays illégalement.
      Mouaz se reporte sur une autre possibilité : le Royaume-Uni, où vit l’un de ses oncles. Pour le rallier, il repasse par l’Algérie puis la Libye. Finalement arrivé à Calais, il tente dix fois de se cacher dans un camion, sans succès. Il repart en Italie, d’où il pense pouvoir prendre un avion. Nouvel échec. Mouaz Al Balkhi en est là de son errance lorsque sa famille perd sa trace : de retour en France, avec 300 euros en poche, trop peu d’argent pour se payer un passeur.


      Le périple de Mouaz, reconstitué par le journaliste de Dagbladet

      TESTS ADN
      Mouaz était-il l’un des deux nageurs retrouvés sur les côtes norvégienne et néerlandaise ? A-t-il tenté de traverser la Manche à la nage pour rallier ces côtes anglaises qu’il pouvait apercevoir depuis Calais ? « Beaucoup de ce que dit l’oncle – les dates, les lieux, la somme d’#argent que Mouaz avait sur lui [qui lui permettait d’acheter les combinaisons mais pas de se payer un #passeur], le fait qu’il sache nager – correspond au cas des deux corps aux combinaisons. Mais d’un autre côté, il voyageait seul, d’après sa famille. Est-ce que quelqu’un aurait pu décider de nager jusqu’en Angleterre avec un inconnu ? », s’interroge le journaliste norvégien. Il reste une solution pour en avoir le cœur net : le test ADN. Fjellberg récolte un peu de la salive de l’oncle rencontré au Royaume-Uni, et lui fait dessiner un arbre généalogique.
      Mais l’échantillon n’est pas suffisant pour permettre (ou non) un rapprochement avec les deux corps non identifiés. Le journaliste envoie alors de quoi faire des prélèvements à sa famille restée en Jordanie. Les résultats de l’analyse arrivent quelques jours plus tard. D’après la police néerlandaise, le profil ADN du corps retrouvé sur la plage au Pays-Bas correspond à celui des parents de Mouaz.
      « Nous ne savons pas jusqu’où il est allé. Nous ne savons pas quel était son plan. Nous ne savons pas exactement où il a fait ses premiers pas dans l’eau glacée, ou qui était avec lui, nous ne savons pas s’il avait peur, conclut Fjellberg. Mais nous connaissons son nom. Nous savons qu’il voulait poursuivre ses études d’ingénieur en Angleterre, et aider sa famille en Jordanie. (…) Il s’appelait Mouaz Al Balkhi, était né le 6 novembre 1991 à Damas et rêvait d’une vie meilleure. »

    • Two nameless bodies washed up on the beach. Here are their stories

      When two bodies wearing identical wetsuits washed ashore in Norway and the Netherlands, journalist Anders Fjellberg and photographer Tomm Christiansen started a search to answer the question: who were these people? What they found and reported in Norway’s “Dagbladet” is that everybody has a name, everybody has a story and everybody is someone.

      http://www.ted.com/talks/anders_fjellberg_two_nameless_bodies_washed_up_on_the_beach_here_are_their_stor