• JOB - Histoire d’une lutte - Toulouse
    ▻https://www.youtube.com/watch?v=EBVEcyTy1tY

    Depuis les années 30, à Toulouse, une usine pas comme les autres rythme la vie du quartier : JOB, une usine à papier. Le grondement des machines, le claquement des presses, le sifflement de la vapeur, le froissement du papier façonnent les lieux et les vies. Aujourd’hui, ces bruits ont laissé place à d’autres, plus puissants encore : ceux d’une lutte acharnée pour préserver ce lieu et lui conférer sa place symbolique de poumon du quartier des Sept Deniers. JOB c’est l’histoire d’un combat politique et citoyen. L’histoire d’une communauté qui refuse de disparaître. Car cet espace n’a peut-être plus que deux ans à vivre...

    Un lieu devenu lien social, culturel, sportif, musical et centre vivant du #quartier_des_sept_deniers grace à l’investissement de nombreuses personnes du quartier et des ouvrier+es.

    #vies_ouvrieres
    #collectif_job
    #Toulouse
    #entraide
    #education_populaire

    Apprendre à se sortir du sac à merde de #Bollore

    #faire_ensemble

  • Difendere una #casa dignitosa: muro popolare per sostenere Loredana nel quartiere Vallette di #torino
    ▻https://radioblackout.org/2026/09/difendere-una-casa-dignitosa-muro-popolare-per-sostenere-loredana-nel

    Torino capitale della crisi abitativa: continuano gli sfratti nella città di Torino e in particolare martedì 15 settembre Loredana e la sua famiglia rischiano di venire sgomberati dalla casa #Atc in cui abita da diverso tempo.

    #L'informazione_di_Blackout #quartiere_popolare #sfratto
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/09/Lory2026_09_10_2026.09.10-10.00.00-escopost.mp3

  • MJC, associations, maisons de quartier : pourquoi ces lieux disparaissent-ils ? | France Culture
    ►https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins-d-ete/mjc-associations-maisons-de-quartier-pourquoi-ces-lieux-disparaissent-il
    ▻https://www.radiofrance.fr/pikapi/images/fd6d6e06-344f-498a-9193-e0536575eb03/1200x680

    Pendant des décennies, les MJC, maisons de quartier et autres lieux d’éducation populaire ont permis à des générations d’enfants et de jeunes de se retrouver, de découvrir des activités, mais aussi de grandir en dehors de l’école et de la famille. Des lieux souvent portés par des associations, des animateurs et des bénévoles, qui ont aussi joué un rôle important dans la vie des #quartiers et des territoires. Aujourd’hui, beaucoup voient leurs moyens diminuer, leurs activités se réduire, quand ils ne ferment pas complètement. Que reste-t-il de cette ambition de l’éducation populaire et qu’est-ce qui disparaît avec ces lieux ?

    #audio

  • Estate di #Cultura ai #Quartieri_Spagnoli: il grande #cinema sotto le stelle
    ▻https://informareonline.com/estate-di-cultura-ai-quartieri-spagnoli-il-grande-cinema-sotto-le-s

    Alla #Fondazione_Foqus dei Quartieri Spagnoli, nel bel mezzo della zona di Napoli più mercificata, è sorto controcorrente un complesso di imprese pubbliche e private con l’obiettivo comune di fare cultura. Un moto che non si ferma neanche d’estate, ma anzi la sfrutta per dare ai cittadini una fruizione diversa di quella che è l’esperienza […] L’articolo Estate di cultura ai Quartieri Spagnoli: il grande cinema sotto le stelle proviene da Informareonline, scritto da Luca Capone

    #Approfondimenti #accordi_e_disaccordi #estate_a_corte

  • La periferia vi guarda con odio. #talk w/ Gabriel Seroussi & SemLove@0
    ▻https://radioblackout.org/podcast/la-periferia-vi-guarda-con-odio-talk-w-gabriel-seroussi-semlove

    “La #musica che parte dalla strada, da chi non ha niente” Il termine “maranza” è ovunque: nei titoli di giornale, nei video virali, nelle conversazioni al bar. Ma è davvero solo una questione di tute in acetato e nike tn, o è la figura con cui nascondiamo la paura delle #periferie e delle #seconde_generazioni? […]

    #antirazzismo #città #hip_hop #Politica #politiche #quartieri #rap #razzismo #sicurezza #stigma #torino
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/05/Talk_LaPeriferia1.mp3

  • Dans les #banlieues pauvres, la #lutte contre les #déserts_alimentaires s’organise

    Dans les quartiers défavorisés, les #produits_alimentaires accessibles sont peu diversifiés et de qualité médiocre. Collectivités et associations s’emparent peu à peu du sujet. Exemple en #Seine-Saint-Denis.

    Depuis un an, #Aulnay-sous-Bois est le laboratoire d’un nouveau type de #hard-discount, importé du Brésil par Carrefour. Le géant de la #grande_distribution a installé dans la commune de Seine-Saint-Denis son premier #supermarché #Atacadao, une marque brésilienne de #cash_and_carry, de la vente en gros à #prix cassés. Plus on achète et plus les prix sont dégressifs sur une gamme de produits resserrés : deux fois moins de références que dans un supermarché classique.

    Quand l’enseigne brésilienne a remplacé l’ancien Carrefour dans le nord de la ville, non loin de la cité des 3 000, habitants et élus locaux ont lancé une pétition contre l’ouverture du nouveau #discounter.

    « On enferme une population stigmatisée dans la #malbouffe. Le maire [Bruno Beschizza, Les Républicains, NDLR] n’aurait jamais accepté qu’on installe cette enseigne dans le centre-ville, s’indigne Oussouf Siby, élu socialiste d’opposition. Dans le cœur de ville, la mairie a une politique volontariste d’installation de petits commerces de bouche, de boutiques bio. Dans les #quartiers_populaires, rien. »

    Le nord d’Aulnay-sous-Bois a été identifié par le conseil départemental de Seine-Saint-Denis comme un « #désert_alimentaire » aux côtés d’autres communes dont #Tremblay-en-France, #Noisy-le-Sec, Bondy ou #Dugny. Dans son #plan_alimentaire_territorial 2024-2028, la collectivité s’alarme de l’existence de ces territoires où une offre alimentaire très limitée pénalise des villes enclavées, peu desservies par les transports en commun et qui affichent des taux de pauvreté importants.

    « Selon les personnes interrogées, il semble complexe dans ces villes de trouver à proximité de chez soi une alimentation saine, de qualité et accessible », pointe le diagnostic alimentaire de Seine-Saint-Denis, réalisé par l’association Lab3S (Laboratoire sols savoirs saveurs ) pour le compte du conseil départemental.

    « Quand il faut prendre deux bus pour aller acheter des produits frais ou bio, les gens laissent logiquement tomber », constate Assata Doumbia, bénévole gérante de l’antenne dionysienne (Saint-Denis) de #Vrac, un réseau national de #groupements_d’achats de fruits et légumes basés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

    Un réseau d’achats en commun avec Vrac

    Tous les mois, 400 adhérents de #Stains, #Aubervilliers, #Saint-Denis et quelques autres communes achètent à bas prix des #produits_frais qu’ils ont préalablement sélectionnés ensemble. Dans certaines villes, comme à #Pierrefitte-sur-Seine, qui a récemment fusionné avec Saint-Denis, les 33 000 habitants n’ont qu’un Lidl à disposition.

    Créé il y a plus de dix ans à l’initiative du bailleur social lyonnais Est Métropole Habitat et de la Fondation pour le logement des défavorisés afin d’aider ses locataires à mieux manger et à lutter contre l’isolement, Vrac s’est développé en France et compte aujourd’hui 22 antennes. Le réseau de groupements d’achats a récemment publié une étude réalisée auprès de 500 adhérents qui a mis en exergue le sentiment général d’une « alimentation à deux vitesses » où « les plus pauvres ont le choix entre se déplacer loin de chez eux ou choisir par défaut des produits d’une qualité significativement moindre et indignes ».

    Forgé par des sociologues et géographes américains dans les années 1990, le concept de « désert alimentaire » a été pensé comme une clé explicative à l’épidémie de #diabète et d’#obésité qui touche le pays depuis plusieurs décennies. Outre-Atlantique, le ministère de l’Agriculture définit ces « #territoires_de_l’obésité » comme des secteurs cumulant un taux de pauvreté élevé et une #distance du supermarché le plus proche de plus d’un mile (1,6 km) en zone urbaine et 10 miles en zone rurale.

    En France, où les distances sont plus courtes et l’histoire sociale différente, ce concept peine à décrire des territoires pourtant également frappés par des #inégalités d’#accès_à_l’alimentation. Pour mieux saisir leur réalité, certains chercheurs préfèrent utiliser le terme de « #marécage_alimentaire », des zones où l’offre de « #junk_food » et de #produits_transformés est surabondante par rapport aux produits frais et où le réseau de #transports_en_commun ne permet pas aux habitants de se déplacer facilement.

    Des logiques de #ségrégation à l’œuvre

    « La diversité commerciale doit se retrouver à une échelle assez fine pour répondre aux contraintes temporelles et budgétaires des ménages », explique Simon Vonthron, géographe à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

    Auteur de plusieurs articles sur le sujet, il a participé à #Obsolim_43, un projet de #cartographie des « #environnements_alimentaires_appauvris » au niveau national. On y constate que certaines banlieues cossues de l’Ouest parisien peuvent aussi être touchées par le phénomène. « Mais ce n’est pas comparable, car les ménages y sont bien plus mobiles », précise le géographe.

    Simon Vonthron se montre assez critique sur le concept de désert alimentaire : « Cela a tendance à invisibiliser les #inégalités_territoriales et à imposer des réponses autoritaires du type : on va installer un supermarché ici, et les gens seront contents. »

    Outre-Atlantique, des associations comme #Move_for_Hunger vont plus loin en liant la rareté de l’offre alimentaire à l’histoire de la ségrégation raciale et de la #ghettoïsation des quartiers afro-américains. En #France, si le contexte historique est différent, des logiques similaires de ségrégation sont à l’œuvre. Le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) en fait lui-même le constat, en relevant dans une étude sur le sujet qu’il existerait deux fois plus de supermarchés dans les centres-villes que dans les #quartiers_prioritaires de la ville des grandes agglomérations.

    « L’#exclusion_urbaine, la #désaffiliation_sociale ont aussi contribué à dévaloriser les savoir-faire domestiques des habitants. Les #pratiques_culinaires traditionnelles de nombreux habitants issus de l’immigration se sont perdues, en partie en raison d’un accès très facile à des #aliments_ultratransformés », pointe Assata Doumbia, qui connaît bien le sujet pour être diététicienne depuis vingt ans à Saint-Denis en plus de son engagement associatif.

    Lab3S entend « Nourrir Bondy »

    A #Bondy_Nord, la fermeture en juin dernier du seul Lidl dont disposaient les 20 000 habitants pour faire leurs courses a mis en lumière la #fragilité_alimentaire du territoire. En 2023, le même Lidl avait déjà fermé pendant quelques mois, ce qui avait conduit Aurélie Trouvé, députée La France insoumise (LFI) de la circonscription, à interpeller le gouvernement sur la « ségrégation géographique que subissent particulièrement les habitants de certains quartiers populaires. A Bondy Nord, la dégradation du supermarché Lidl et sa fermeture temporaire ont créé un véritable désert alimentaire ».

    Lorsqu’on lui parle de « désert alimentaire », Stephen Hervé, le maire de #Bondy, réfute le terme, en faisant la liste des supérettes qui bordent le nord de la ville. L’élu local reconnaît tout de même que « cela peut être ressenti comme tel par des habitants peu mobiles ».
    L’élu s’inquiète surtout de la prolifération d’enseignes de #restauration_rapide dans sa commune, sur un territoire déjà frappé de plein fouet par l’obésité, qui touche 20 % des adultes en Seine-Saint-Denis, le taux le plus élevé de France :

    « Quand un nouveau commerce alimentaire cherche à s’installer en ville, on refuse les offres de restauration rapide. On privilégie les #épiceries. Hélas, quand il s’agit de reprises de commerces existants, nous n’avons pas la main. »

    Pour pallier l’absence d’#offre_alimentaire de qualité à Bondy Nord, #Lab3S, qui gère un potager de près de 1 000 m² en plein cœur du quartier, a mis en place le projet « #Nourrir_Bondy ». L’association réfléchit à lancer des groupements d’achats participatifs sur le modèle de Vrac. L’idée : faire venir des produits frais dans une zone sous-dotée en commerces et où la moitié des habitants n’a pas de voiture.
    Aujourd’hui, une cinquantaine de bénévoles s’occupent du potager et gèrent une #cuisine_collective, qui permet l’organisation de #repas_partagés avec les fruits et légumes du jardin. Pour favoriser l’accès à une alimentation de qualité pour tous, l’association cherche à s’inspirer des « #cuisines_communautaires » nées au Québec dans les années 1980. L’idée est simple : mettre en commun, à l’échelle d’un quartier, des moyens financiers et humains pour #cuisiner des plats sains et économiques et apprendre à mieux se nourrir en s’ouvrant à de nouvelles façons de s’alimenter, plus diététiques et écologiques.

    #Vital’im, le #chèque_alimentation_durable du département

    En Seine-Saint-Denis, l’accès à une alimentation de qualité est devenu une question politique, qui ne doit plus seulement reposer sur la charité associative. Il y a un an, le conseil départemental a lancé une expérimentation autour d’un chèque alimentation durable, baptisé Vital’im.

    Distribuée à un peu plus de 600 ménages de #Montreuil, #Sevran, #Villetaneuse et #Clichy-sous-Bois, cette carte de paiement créditée mensuellement de 50 euros pendant six mois est utilisable dans tous les commerces. A chaque achat dans un magasin « durable » (selon les critères définis par le département, principalement des magasins bio), 50 % du montant dépensé sont recrédités sur la carte par la collectivité territoriale.

    A Montreuil, où le centre-ville regorge de magasins bio qui ont fleuri à mesure que la gentrification progressait, 60 % des usagers ont profité de ce système de bonification, contre 25 % à Sevran, une commune qui attire moins les CSP+. « Ce projet met en évidence l’existence de ces marécages alimentaires », commente Mathilde Fassolette, chargée du projet Vital’im pour Action contre la faim, partenaire de la Seine-Saint-Denis sur cette expérimentation qui doit se terminer à la fin de l’année.

    Pour ne pas pénaliser les Sevranais par rapport aux Montreuillois, l’ONG a élargi le système de bonification aux communes limitrophes de Sevran et à tous les commerces à proximité de la ligne de train francilien qui relie Villetaneuse à Paris. « On veut aussi montrer comment un système de #compensation_financière permet de lutter contre les inégalités alimentaires », poursuit la responsable de l’ONG.

    Toutes ces initiatives partagent une même philosophie : démonter l’idée reçue selon laquelle le « #manger_mieux » n’intéresserait pas les quartiers populaires.

    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/banlieues-pauvres-lutte-contre-deserts-alimentaires-sorganise/00115873
    #pauvreté #France #alimentation #résistance

  • Le ambizioni dell’antimafia francese

    Tra Corsica e Marsiglia, le bande continuano a farsi guerra e mietere vittime. Intanto, a Parigi ha cominciato a operare la procura nazionale contro la criminalità organizzata, creata sul modello della Dna italiana

    Alain Orsoni, imprenditore ed ex leader nazionalista della Corsica, ucciso al funerale della madre. Una magistrata a Grenoble rapita da banditi che volevano un riscatto in criptovalute dal marito imprenditore. Un ventenne ammazzato per mettere a tacere suo fratello, Amine Kessaci, attivista impegnato nella lotta ai narcotrafficanti. In Francia non passa mese senza un fait divers, un caso di cronaca, cruento e spietato. Negli ultimi anni lo Stato ha cercato di contrastare la violenza e i traffici. Da gennaio è entrata in attività la Procura nazionale contro la criminalità organizzata (Pnaco), ispirata alla Direzione nazionale antimafia e antiterrorismo (Dna) ideata da Giovanni Falcone. Sarà questa autorità a coordinare le inchieste su questi ultimi casi eclatanti.

    Nell’Esagono è difficile parlare di una mafia così come la conosciamo in Italia, ma di organizzazioni criminali sempre più voraci e violente: «Al momento – ha detto la procuratrice nazionale Vanessa Perrée durante un incontro pubblico con Roberto Saviano a Parigi il 16 febbraio – abbiamo ancora a che fare soprattutto con gangster interessati principalmente al denaro», e non al potere politico ed economico, come le organizzazioni mafiose italiane. «Non sono uomini d’onore, ma criminali per i quali non c’è differenza tra regole e legge, perché in realtà non ci sono né regole, né leggi», ha aggiunto.

    Questa caratteristica riguarda soprattutto le organizzazioni legate al traffico di droga, quelle nate nelle banlieue di Marsiglia, come la DZ Mafia (per Perrée, un marchio che dalla città portuale si è allargato in altre città, Clermont-Ferrand, Digione, Besançon, come fosse un franchising) e il gruppo chiamato Yoda. Sono queste le principali bande dietro i regolamenti di conti del 2023 e 2024. Se il Paese ha registrato 139 morti nel 2023 e 110 nel 2024 nell’ambito di regolamenti di conti tra criminali, la maggior parte dei “narcomicidi”, come li chiamano in Francia, è avvenuta a Marsiglia: 49 persone uccise nel 2023 (di cui quattro vittime collaterali), 24 l’anno successivo, qualcuna di meno nel 2025.

    Molte bande sono cresciute con i traffici di hashish dal Marocco e negli ultimi anni sono passate alla cocaina, quella che arriva in grandi quantità nei porti del Nord Europa, tra cui quello di Le Havre, dove pure sono stati registrati omicidi e violenze per il controllo dei varchi di uscita degli stupefacenti dallo scalo. Più polvere bianca, a costi più accessibili, con un risultato: il consumo di cocaina in Francia «sta esplodendo» ha spiegato Perrée durante l’incontro pubblico. L’aumento riguarda anche i sequestri di droga. Nel 2025 sono state intercettate 84,3 tonnellate di cocaina contro le 53,5 dell’anno precedente.

    L’offerta è forte e la distribuzione è capillare: «Abbiamo un’uberizzazione (in riferimento al servizio di “taxi” Uber, ndr) del traffico: le piazze di spaccio diminuiscono a favore di persone che consegnano». Questo sistema coinvolge persone sempre più giovani «che vanno a commettere reati, a volte per somme modiche, dopo esser stati reclutati tramite Snapchat, TikTok o altre piattaforme». Un caso di cronaca parla per tutti: il 4 ottobre 2024 un 14enne, soprannominato “Pepito” – assoldato come sicario tramite social network da un detenuto della DZ Mafia – ha ucciso un autista di 39 anni, innocente. Uno scambio di persona che ha lasciato tre bambini orfani di padre. Il 12 febbraio scorso il tribunale dei minori di Parigi ha condannato l’adolescente a 17 anni di detenzione. «Mi sembra sia necessario porre l’accento sulla questione dei minori, dato che un numero sempre maggiore di giovani è reclutato attraverso i social media per commettere reati gravissimi in cambio di somme irrisorie – ha detto la procuratrice nel corso di un’audizione alla commission des lois al Senato, il 14 gennaio –. La legge prevede misure per punire più severamente chi li recluta, e ci aiuterà a invertire la tendenza in modo che lo sfruttamento di questi minori diventi più un problema che un vantaggio».

    Le nuove organizzazioni marsigliesi sono spietate. Lo sa bene Amine Kessaci, attivista di 22 anni che ha perso due fratelli per mano criminale. Il 29 dicembre 2020 suo fratello Brahim, coinvolto in attività di spaccio, è stato vittima di un regolamento di conti tra bande, ucciso e bruciato all’interno di un’automobile. Da quel giorno Amine, già attivo nel sociale con l’associazione Conscience da lui creata, ha fatto della lotta al narcotraffico una delle sue battaglie, cercando di creare una rete di aiuto ai familiari delle vittime. Un impegno che gli è costato molto caro: il 13 novembre scorso, un altro fratello, Medhi, estraneo ai traffici, è stato ucciso in un agguato. Qualcuno vuole mettere a tacere il giovane militante, che ormai vive sotto scorta. Il 5 febbraio, durante un meeting politico a Aix-en-Provence, Kessaci è stato allontanato dagli agenti per il rischio di un imminente agguato: secondo quanto ricostruito da Le Parisien, la Gendarmerie temeva l’attacco di un commando della DZ Mafia.

    Corsica, colpi di coda

    Sembra invece di vedere uno stile diverso, più antico, in Corsica, su cui si sono riaccesi i riflettori dopo l’omicidio di Alain Orsoni, 71 anni, imprenditore attivo nel settore del gioco d’azzardo ed ex presidente dell’Ac Ajaccio, club di calcio che ha militato a lungo nei principali campionati francesi. Qui lo scenario è differente da quello dell’Esagono: criminalità, imprenditoria e politica si intrecciano.

    La stessa vittima, già a capo del Front de libération nationale corse (Flnc), aveva lasciato l’isola nel 1996, durante una faida interna ai nazionalisti corsi. Rientrato dal suo “esilio” nel 2008, era scampato a un attentato grazie all’intervento provvidenziale della polizia, ma la spirale violenta non è stata interrotta. Il 12 gennaio era al cimitero di Vero, a una trentina di chilometri dal capoluogo, per il funerale della madre. Qualcuno, forse un cecchino dotato di un’ottima mira, lo ha colpito al cuore uccidendolo sul colpo. Una scena da film.

    La storia ci racconta di una rivalità tra il clan Orsoni e il gruppo del Petit Bar, locale del capoluogo e luogo di ritrovo di una banda. Nel maggio 2025 il figlio di Orsoni, Guy, è stato condannato per il tentato omicidio di un componente della gang rivale, Pascal Porri, che aveva provato a ucciderlo. A dicembre, un appartenente al clan del Petit Bar – André Bacchilelli – è stato condannato a 30 anni di reclusione per l’omicidio di un avvocato, Antoine Sollacaro, difensore di Orsoni, avvenuto nel 2012, e il tentato omicidio di un amico dell’imprenditore. Una scia di sangue che, lenta ma inesorabile, prosegue tutt’oggi. Il modello Dna.

    Sull’omicidio di Orsoni indagano insieme la Pnaco e la procura di Marsiglia: «Questa modalità d’azione – ha spiegato Perrée nell’audizione al Senato – ci permetterà di agire in modo complementare, da un lato, con un attore che conosce le reti locali e, dall’altro, una forza d’urto nazionale». Questo è un obiettivo della nuova procura nazionale, che potrà coordinare lo svolgimento delle indagini su tutti i territori, condividendo informazioni e strategie.

    Una svolta nelle strategie anticrimine+

    «La criminalità organizzata in Francia non è una novità – ha specificato la procuratrice Perrée all’incontro con Saviano –. Ce ne occupiamo dal 2004, quindi da 20 anni», quando sono stati creati i tribunali interregionali specializzati (Jirs). Prima di assumere la guida della nuova procura, Perrée, magistrata di 52 anni, aveva diretto l’Agenzia nazionale di gestione e recupero dei beni sequestrati e confiscati e, prima ancora, la sezione “Criminalità organizzata” della procura di Parigi.

    «Ci siamo resi conto che in Francia la criminalità organizzata si stava evolvendo e avevamo bisogno di un organismo nazionale, simile alla Procura nazionale antiterrorismo, per coordinare gli sforzi ed essere più efficaci». La nuova struttura ha preso il posto dalla Junalco, una sezione specializzata della procura di Parigi creata nel 2019, da cui ha ereditato 170 inchieste e otto dei suoi sedici magistrati, destinati ad aumentare di dieci unità entro settembre.

    Come la Dnaa italiana, la Pnaco ha anche altri compiti, come l’analisi dei fenomeni criminali e il coordinamento. Non si occuperà soltanto di traffici di droga, ma anche di migrazioni irregolari, prostituzione, tratta degli esseri umani, dei relativi aspetti finanziari, ma anche delle nuove tendenze delle attività illecite, come le truffe internazionali e soprattutto i rapimenti dei possessori di criptovalute: sono già diversi i casi di questo tipo, tra i quali quello più noto riguarda il cofondatore della start-up Ledger, David Balland, e – ultimo in ordine di tempo – quello di una magistrata di Grenoble, moglie di un imprenditore del settore.

    La Pnaco ha grandi ambizioni ma pochi mezzi, nota il quotidiano Libération, mentre si aspettano ancora i decreti attuativi per l’entrata in funzione dei nuovi provvedimenti su pentiti e infiltrati civili che – insieme ad altri strumenti come le sezioni speciali nelle carceri, per controllare meglio i detenuti più pericolosi – dovranno contrastare la criminalità organizzata. L’avvio delle attività della procura nazionale «non è che l’inizio», riprendendo lo slogan del Sessantotto francese. Sicuramente, la prima tappa di un lungo percorso.

    ▻https://lavialibera.it/it-schede-2631-le_ambizioni_dell_antimafia_francese
    #antimafia #France #Alain_Orsoni #Amine_Kessaci #gangster #argent #criminalité #trafic_de_drogue #Marseille #DZ_Mafia #Yoda #narchomicides #homicides #drogue #haschisch #cocaïne #Le_Havre #ports #uberisation #Brahim_Kessaci #Medhi_Kessaci #Corse #Petit_Bar #clan_Orsoni #Guy_Orsoni #Pascal_Porri #André_Bacchilelli #Antoine_Sollacaro

    • Le #parquet_national_anticriminalité_organisée entre en fonction

      Le parquet national anticriminalité organisée est entré en fonction le 5 janvier 2026. Cette nouvelle juridiction va permettre de mieux lutter contre la criminalité organisée, fléau qui constitue une menace grandissante pour nos institutions et notre démocratie.

      Le 5 janvier 2026, le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) a été installé par Gérald Damanin, garde des Sceaux, ministre de la Justice, au tribunal judiciaire de Paris. Prévu par la loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic, il permet d’adapter l’organisation judiciaire aux modes opératoires toujours plus professionnels des réseaux criminels (narcotrafic, filières d’immigration clandestines, traite des êtres humains, proxénétisme…), et vise à apporter une réponse pénale d’une grande fermeté.

      Le Pnaco a une double mission :

      traiter les infractions les plus graves relevant de la très grande criminalité organisée, y compris économique et financière. Le Pnaco intervient depuis la conduite des enquêtes judiciaires jusqu’à l’exécution et l’application des peines ;
      coordonner l’ensemble des acteurs judiciaires de la lutte contre la criminalité, à l’échelle régionale (juridictions interrégionales spécialisées), nationale et en lien avec les partenaires européens et internationaux.

      Dirigé par Vanessa Perrée, procureure de la République anticriminalité organisée, le Pnaco est composé d’une équipe de 16 magistrats, avec une montée en puissance progressive à 30 magistrats à l’horizon septembre 2026, 13 greffiers, trois assistants spécialisés, trois attachés de justice et juristes, ainsi que des officiers de liaison membres des services des douanes, du renseignement, de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale.

      Le #Pnaco repose sur une architecture judiciaire autonome éprouvée, sur le modèle des parquets nationaux financier (PNF) et antiterroriste (PNAT). Il dispose de moyens et d’outils procéduraux dédiés.

      Parmi les priorités de cette nouvelle juridiction pénale spécialisée : endiguer le blanchiment d’argent issu du narcotrafic qui représente chaque année 6 milliards d’euros.

      ▻https://www.justice.gouv.fr/actualites/actualite/parquet-national-anticriminalite-organisee-entre-fonction
      #criminalité_organisée #lutte #démocratie

    • Association #conscience

      Grandir à #Frais-Vallon, dans les quartiers nord de Marseille, c’est apprendre très tôt à vivre dans un environnement marqué par la #précarité, l’#insécurité et le #sentiment_d’oubli. Mais c’est aussi un lieu où naissent la #solidarité, l’#entraide et la force du #collectif.

      C’est dans ce quartier qu’Amine Kessaci a grandi. Au fil des années, il a été témoin des difficultés que rencontrent trop de familles et de jeunes : le manque d’opportunités, l’injustice sociale et la fatalité qui semble parfois condamner certains à l’échec, à la prison ou au pire.

      Refusant d’accepter cette réalité comme une fatalité, Amine décide d’agir. En 2020, il crée l’association Conscience avec une conviction simple : les habitants des #quartiers_populaires méritent les mêmes chances que les autres.

      Depuis, l’association s’engage chaque jour aux côtés des habitants pour accompagner, soutenir et ouvrir des perspectives, en particulier pour les plus jeunes. Derrière chaque action, il y a la même détermination : redonner de l’espoir et prouver que le changement est possible.

      ▻https://associationconscience.org
      #lutte #résistance

  • Le renouvellement des #quartiers_populaires en mal d’ancrage local
    ▻https://metropolitiques.eu/Le-renouvellement-des-quartiers-populaires-en-mal-d-ancrage-local.ht

    L’approche institutionnelle des quartiers populaires occulte des savoirs et ressources pourtant décisifs pour ajuster les projets de renouvellement aux potentialités locales. Larissa Romariz Peixoto, Prix spécial de Thèse sur la Ville en 2024, compare des politiques de renouvellement urbain dans le Hainaut franco-belge. Déshérités par la crise économique (désindustrialisations successives de la mine, de la sidérurgie), sociale (chômage de masse) et immobilière (dégradation et dévalorisation #Commentaires

    / #inclusion, #projet_local, #logement_social, #Belgique, quartiers populaires

    ▻https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-puca-burgel-dormois.pdf

  • Pour une #écologie_pirate. Et nous serons libres

    Nous manquons, aujourd’hui en Europe, d’un projet écologiste capable de résister aux politiques d’#étouffement, dans un monde de plus en plus irrespirable.
    D’un projet initié dans les #quartiers_populaires, qui y articulerait enfin l’ancrage dans la #terre et la #liberté de circuler.
    D’un projet dont le regard serait tourné vers l’Afrique et qui viserait à établir un large front internationaliste contre le #réchauffement_climatique et la destruction du vivant. D’un projet qui ferait de la #Méditerranée un espace autonome et un point de ralliement des mutineries du Nord comme du Sud.
    D’un projet se donnant comme horizon à la fois la #libération_des_terres, la #libération_animale et l’égale #dignité_humaine, fondamentalement liées.
    D’un projet assumant la sécession face à des forces d’#extrême_droite toujours plus menaçantes.
    D’un projet permettant de prendre le large en quête du #One_Piece, le fameux trésor du manga éponyme, devenu symbole, dans les quartiers populaires, de la soif de liberté qui y gronde.
    D’un projet qui se mettrait à hauteur d’#enfants et chercherait leur bien-être et leur libération.
    Ce projet, c’est celui de l’ #écologie_pirate.

    ▻https://www.editionsladecouverte.fr/pour_une_ecologie_pirate-9782348075445
    #livre #Fatima_Ouassak #pirates #piratage

  • La mort annoncée des centres de santé qui soignent les inégalités
    ▻https://reporterre.net/L-Etat-signe-la-mort-brutale-et-incomprehensible-des-centres-de-sante-co

    Le gouvernement veut couper les financements des centres de santé communautaire. Des milliers de patients, notamment précaires, risquent de perdre un accompagnement global « indispensable et précieux ».

    Sans idéologie, le gvt flingue la mutualisation et l’entraide communautaires.

    • Le premier ministre met fin à l’expérimentation de la santé communautaire dans les quartiers populaires
      ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/050226/le-premier-ministre-met-fin-l-experimentation-de-la-sante-communautaire-da

      Depuis 2021 étaient financées, de manière expérimentale, 26 structures de santé dans des quartiers populaires, qui ont fait leur preuves. Mais le couperet budgétaire vient de tomber : l’expérimentation cesse, et les centres concernés ne pourront plus compter que sur des aides de l’État très fortement diminuées.

      « On nous prive du jour au lendemain de l’essentiel de nos financements, on est menacés de fermeture dès le mois d’avril. C’est un tel mépris institutionnel des professionnels, un manque de respect total pour les habitants des quartiers populaires. Depuis hier, on leur distribue des tracts à l’accueil. Ils nous soutiennent et ils nous disent : “vous étiez à notre fête de quartier”, “vous avez accompagné notre sortie scolaire”. On fait partie de la vie des gens », résume Élisa Francfort, coordonnatrice du Château en santé, situé au pied des barres d’immeubles du quartier Kalliste à #Marseille (Bouches-du-Rhône).
      Mediapart a consacré de nombreux reportages à ce centre de santé (ici et là) , mais aussi à la Case de santé à #Toulouse (Haute-Garonne), au Village 2 santé à #Échirolles, près de Grenoble (Isère), à la maison de santé Pyrénées-Belleville à #Paris, ou encore à la Place Santé, au cœur de la cité des Francs-Moisins à #Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

      Ces structures sont des pionnières de la #santé communautaire en France, qui mélange du #soin et du travail social pour aller vers les habitants des #quartiers_populaires, souvent éloignés des soins, isolés, égarés dans les méandres du système de santé, sans droits, etc.

      Depuis juin 2025, les acteurs et actrices du secteurs réclamaient une réunion au ministère de la santé, pour enfin être informé·es des « arbitrages » sur leur modèle. Elle a eu lieu le jeudi 29 janvier. La médecin généraliste Dora Lévy explique : « On s’attendait à une baisse de nos financements. Mais pas à ça ! » « Pendant vingt minutes, ils nous ont expliqué qu’ils voulaient nous sécuriser. Ils l’ont dit vingt fois », complète Élisa Francfort.

      Finalement, le conseiller de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, leur a annoncé leur entrée dans le dispositif #France_santé, voulu par le premier ministre Sébastien Lecornu. Une labellisation de cent vingt maisons de santé qui bénéficieront d’une subvention de 50 000 euros par an. « Notre cahier des charges n’a rien à voir, et notre enveloppe budgétaire non plus », déplore la docteure Lévy. La maison de santé Pyrénées-Belville perçoit par exemple « 600 000 euros par an de subventions ».

      La fin d’une « dynamique incontestable »

      Cette réunion a donc acté la fin de l’expérimentation de vingt-six structures d’exercice coordonné participatives (Secpa), labellisées par le ministère de la santé en 2021 et 2022 dans des quartiers populaires de Dunkerque à Poitiers, ou de Belfort à Valence. Elles bénéficiaient d’un financement de 10 millions d’euros par an environ, soit 380 000 euros en moyenne par structure.

      « C’est le ministère de la santé qui est venu nous chercher pour qu’on développe notre modèle dans le cadre d’une expérimentation », rappelle Élisa Francfort. « Ils ont pris conscience des inégalités de santé pendant le #covid_, prolonge Benjamin Cohadon, coordonnateur du Village 2 santé d’Échirolles. _Car la mortalité a été très forte dans les quartiers populaires, là où vivent les “premiers de corvée” », c’est-à-dire les soignant·es, caissières, livreurs, éboueurs, etc., en première ligne durant la pandémie.
      « On a travaillé avec eux sur le cahier des charges, poursuit la médecin généraliste Jessica Guibert, l’une des fondatrices du Village 2 santé. On a pu développer ce qu’on faisait jusque-là en bricolant : pas seulement des soins, mais aussi de l’accès aux droits, de l’interprétariat, des groupes ou des ateliers dédiés à l’alimentation, à la lutte contre les violences et les discriminations, à la prévention des risques du travail, etc. Car tout cela a un impact sur la santé. »

      La méthode de l’#expérimentation prévoyait une évaluation avant une éventuelle #généralisation. Entre 2024 et 2025, ces vingt-six structures ont donc été évaluées à plusieurs reprises, toujours de manière positive. En avril 2025, le conseil stratégique de l’innovation en santé, qui dépend du ministère de la santé, a voté « à l’unanimité » pour leur entrée dans le droit commun parce qu’il les juge « efficaces », portées par une « dynamique incontestable ».

      Tout semblait donc prêt pour l’entrée de la #santé_communautaire dans le droit commun en France. Le processus a suivi son cours sous les nombreux et nombreuses ministres de la santé qui se sont succédé. Mais au moment de trouver des financements pérennes, le couperet budgétaire est tombé.

      « On a investi beaucoup d’énergie, on a embarqué des équipes, des habitants du quartier, on a augmenté le nombre de nos patients, qui sont de plus en plus lourds. Certains ont investi dans de nouveaux locaux, parfois sur leurs propres fonds, et ne pourront pas se retourner », met en garde Dora Lévy.

      « Pérennisées et financées », mais...

      De très nombreuses études scientifiques (par exemple ici) ont pourtant démontré l’efficacité de cette approche de la santé, y compris d’un point de vue économique : les patients vont mieux, et leurs frais de santé en sont donc diminués. En 2021, les pouvoirs publics semblaient l’avoir compris.
      Mais c’est surtout « un bon modèle de santé, aux effets bénéfiques, poursuit Dora Lévy. On fait sortir les gens de situation terribles d’isolement, de maladie, de violences. Nous, les médecins, nous ne sommes plus tout seuls, démunis face à des situations très complexes. »

      Dans le quartier parisien Pyrénées-Belleville, la maison de santé s’adresse aux populations d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, d’un foyer de travailleurs migrants, de personnes âgées très isolées dans cet arrondissement parisien, visitées à domicile par les équipes d’infirmiers et d’infirmières.

      À Marseille, le Château en santé emploie un médiateur qui est aussi interprète pour la population turque et kurde, très nombreuse dans le quartier. À Échirolles, le recours à un service d’interprétariat a été généralisé, car « on s’est rendu compte que l’interprétariat par des proches pouvait être très néfaste », explique Jessica Guibert.

      Elle insiste aussi sur le travail « des accueillant·es » qui va bien au-delà du secrétariat : « Elles prennent des rendez-vous pour les patients, coordonnent leurs parcours, les orientent dans un système de soins de plus en plus complexe. »
      Lors des questions au gouvernement, mardi 3 février, la député écologiste de l’Isère Cyrielle Chatelain a interpellé le premier ministre Sébastien Lecornu. Il a assuré que « les vingt-six structures Secpa seront bien pérennisées et financées ». Puis il a botté en touche vers la ministre de la santé, Stéphanie Rist, qui « précisera dans les heures qui viennent les sommes qui leur seront allouées ».

      Contacté par Mediapart, le ministère indique que « la décision de généraliser cette expérimentation a été prise ». Seulement, il faut encore « définir un modèle financier pérenne », ce qui sera fait « très prochainement », promet-il. Les agences régionales de santé et les collectivités locales seront mises à contribution. La santé communautaire ne sera donc pas étendue et restera un modèle réservé à quelques territoires seulement, porté à bout de bras par des militant·es.

      Les structures existantes ne se font guère d’illusions sur la possibilité que le ministère aille plus loin que les 50 000 euros annuels annoncés. Aux yeux de Benjamin Cohadon, « c’est un signal dramatique : il n’y pas de continuité de l’État. Dans trois mois, je dois licencier des gens dans un quartier populaire ».

      Non mais oui quoi, on va pas raquer pour soigner un système de santé qui reste le meilleur du monde.

      #accès_aux_soins #droit #guerre_aux_pauvres

  • Les #maires de #Seine-Saint-Denis représentent-ils la population ?
    ▻https://metropolitiques.eu/Les-maires-de-Seine-Saint-Denis-representent-ils-la-population.html

    Alors que des recherches montrent l’accentuation de la distance sociale qui sépare les élu·es des populations qu’ils doivent représenter, qu’en est-il dans le département populaire de Seine-Saint-Denis ? L’article souligne que ce sont majoritairement des hommes blancs des classes supérieures qui exercent le pouvoir politique. ---- À l’approche des #élections_municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de #Terrains

    / élections municipales, #banlieue, #quartiers_populaires, Seine-Saint-Denis, #ouvriers, #Parti_communiste, maires, #immigration, élus (...)

    #élus_locaux
    ►https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-bacque-lafaye.pdf

  • Les #maires de #Seine-Saint-Denis représentent-ils la population ?
    ▻https://metropolitiques.eu/Municipales-2026-quelle-representation-politique.html

    Alors que des recherches montrent l’accentuation de la distance sociale qui sépare les élu·es des populations qu’ils doivent représenter, qu’en est-il dans le département populaire de Seine-Saint-Denis ? L’article souligne que ce sont majoritairement des hommes blancs des classes supérieures qui exercent le pouvoir politique. ---- À l’approche des #élections_municipales de mars 2026, la revue Métropolitiques a souhaité publier une série d’articles questionnant les enjeux socio-politiques de #Terrains

    / élections municipales, #banlieue, #quartiers_populaires, Seine-Saint-Denis, #ouvriers, #Parti_communiste, maires, #immigration, élus (...)

    #élus_locaux
    ►https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-bacque-lafaye.pdf

  • #sgombero DI ZK E ULTIMATUM A L38 SQUAT: “Occupiamo ancora, facciamo piangere i ricchi e i politici”
    ▻https://radioblackout.org/2026/02/sgombero-di-zk-e-ultimatum-a-l38-squat-occupiamo-ancora-facciamo-pian

    Dall’insediamento del governo Meloni, accanto agli sgomberi più discussi del Leoncavallo e di Askatasuna, nella città di #Roma si sono susseguiti sgomberi di occupazioni a ritmo costante. All’alba del 29 Gennaio, infatti, mentre veniva sgomberato lo Squat ZK di Ostia, al sesto ponte del Laurentino L38 Squat riceveva tramite affissione un avviso che fissa lo […]

    #altavisibilita #L'informazione_di_Blackout #quartieri #solidarietà #street_parade
    ▻https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/02/Laurentino.mp3

  • Berliner Theater-Chef Holger Klotzbach gestorben
    ▻https://www.berliner-kurier.de/berlin/berliner-theater-chef-holger-klotzbach-gestorben-li.10015739

    Nicht erwähnt in der Berichterstattung wird seine Rolle als Mitglied Nummer 4 der Drei Tornados in der Zeit ihres größten Erfolgs. Nach Jahren der Existenz als Studenten-, Protest- und Bewegungskabarett füllten sie große Säle. Das ermöglichte es Holger Klotzbach 1990 den Kino-Konzertsaal „Quartier Latin“ in der Potsdamer Straße als „Quartier“ zu übernehmen . Das war kein Erfolg aber mit der „Bar jeder Vernunft“ und dem „Tipi am“ wurde aus dem Kabarettisten endgültig der Theaterunternhemer Klotzbach.

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=TCXQxkihsa8

    Die drei Tornados live 1985, ab 15:50 Das Adolf-Eichmann-Lied des Polizeichor Berlin

    Auch beim „Konzert für Berlin“ am 12. November 1989 waren Die 3 Tornados dabei. Es war ihr letzter gemeinsamer Auftritt.
    ▻https://seenthis.net/messages/1155300

    Holger war der vierte Tornado. Nummer drei Hans-Jochen Krank verließ die Truppe 1981, weil er keine Lust mehr auf Stress mit der Justiz hatte, und das unsichere Leben als Radikalkabrettist gegen ein Stelle als Lateinprofessor an einem Gymnasium ib der ostdeutschen Provinz eintauschte.

    Florian Thalmann - Holger Klotzbach gründete unter anderem das Varieté Wintergarten, Bar jeder Vernunft und Tipi am Kanzleramt. Am Freitag starb er.

    Traurige Nachrichten für die Berliner Kleinkunst- und Theaterszene: Wie Tipi am Kanzleramt und Bar jeder Vernunft melden, ist Holger Klotzbach gestorben, der Gründer und Direktor der renommierten Häuser. Er hätte in wenigen Tagen seinen 80. Geburtstag gefeiert.

    Holger Klotzbach gründete mehrere Theater in Berlin

    Holger Klotzbach wurde in Duisburg geboren, machte zunächst eine Ausbildung zum Lehramt. Er war aber auch politischer Aktivist, durfte aufgrund seiner Aktivitäten nicht im öffentlichen Dienst arbeiten. Deshalb wandte er sich dem Zirkus zu, wurde zunächst Privatlehrer und Pressesprecher beim Circus Busch-Roland und war in Wien später an der Gründung des berühmten Circus Roncalli beteiligt.

    Das Zirkusleben faszinierte ihn, erzählte er anlässlich seines 70. Geburtstages in einem Interview mit dem „Tagesspiegel“. „Ich hatte neun, zehn Kinder im Zirkuswagen. Ich fand das unstete Reiseleben toll und den Menschenschlag. Wie die zusammen gefeiert haben, aber auch mit welcher unglaublichen Disziplin die jeden zweiten Tag das Zelt auf- und abgebaut haben.“

    Foto
    Holger Klotzbach und Hans-Peter Wodarz beim Jubiläumsfest zum 30. Geburtstag der Bar jeder Vernunft und zum 20. Geburtstag des Tipi am Kanzleramt.Anita Bugge/imago

    Klotzbach mischte 1980 auch bei der Gründung des Tempodrom mit – und übernahm mit anderen Künstlern, darunter Musiker der Kölner Band BAP, später den Veranstaltungsort „Quartier Latin“. Sie bauten ihn zu einem Varietétheater um, dem heutigen Wintergarten in der Potsdamer Straße. Später kamen die Bar jeder Vernunft und das Tipi am Kanzleramt hinzu, wo Klotzbach bis zu seinem Tod als Direktor tätig war.

    Theater-Team trauert um Direktor Holger Klotzbach

    Nun wird um den Theaterchef und kreativen Kopf getrauert. „Er war ein kreativer und mutiger Mensch, großzügig, weltoffen und tolerant“, teilt Sprecherin Sabine Wenger mit. „Seiner Initiative verdanken wir heute zwei wundervolle Theater in dieser Stadt, denen es seit über 30 Jahren gelingt, ohne Subventionen anspruchsvolles und originelles Entertainment zu bieten.“ Man werde ihn schmerzlich vermissen.

    Sein Werk solle im Sinne von Klotzbach fortgeführt werden – von Ehemann und Partner Eric Schmidt-Mohan und dem Team der beiden Häuser. Klotzbach starb laut erster Informationen am Freitag. Er hätte am 30. Januar seinen 80. Geburtstag gefeiert. „Wir werden gemeinsam bei einer Trauerfeier in der Bar jeder Vernunft von ihm Abschied nehmen“, heißt es aus dem Theater. Den Termin dafür werde man noch bekannt geben.

    #Westberlin #Kabarett #Quartier_Latin #Wintergarten #Nekrolog

    • Holger Klotzbach: Gründer der Bar jeder Vernunft ist tot
      ▻https://www.berliner-zeitung.de/news/holger-klotzbach-gestorben-gruender-der-bar-jeder-vernunft-ist-tot-

      Die Meldung in der Berliner Zeitung erwähnt die 3Tornados immerhin.

      24.1.2026 - Die Berliner Kulturszene trauert um den Mitbegründer legendärer Spielstätten, wie dem Tempodrom und Tipi am Kanzleramt. Holger Klotzbach wurde 79 Jahre alt.

      Der Gründer und Direktor der Bar jeder Vernunft und des Tipi am Kanzleramt, Holger Klotzbach, ist am Freitag, eine Woche vor seinem 80. Geburtstag, in Berlin gestorben. Das teilte die Bar jeder Vernunft am Freitagabend in einer Pressemitteilung mit.

      Klotzbach, 1946 in Duisburg geboren, prägte die Berliner Kulturlandschaft über Jahrzehnte hinweg. Nach einer Ausbildung zum Lehramt wurde er vom Radikalenerlass als „verfassungsfeindlich“ eingestuft und erhielt Berufsverbot. Diese Erfahrung bezeichnete er später als sein „großes Glück“, da sie ihn auf einen anderen Weg führte.

      Zunächst wandte sich Klotzbach dem Zirkusleben zu und war an der Gründung mehrerer legendärer Berliner Institutionen beteiligt, darunter der Zirkus Roncalli, das Schwarze Café und das Tempodrom. In den 1980er Jahren stand er als Mitglied des Kabaretts „Die 3 Tornados“ selbst auf der Bühne.

      Zwei Theater ohne staatliche Förderung aufgebaut

      Im Jahr 1992 gründete Klotzbach gemeinsam mit seinem damaligen Partner Lutz Deisinger die Bar jeder Vernunft, ein Spiegelzelt in Berlin-Wilmersdorf. Zehn Jahre später folgte das Tipi am Kanzleramt. Beide Spielstätten bieten seit über 30 Jahren Entertainment ohne staatliche Subventionen.

      Die Bar jeder Vernunft würdigte Klotzbach als „kreativen und mutigen Menschen“, der sich durch Großzügigkeit, Weltoffenheit und Toleranz ausgezeichnet habe. Sein Ehemann und Partner Eric Schmidt-Mohan sowie das Team kündigten an, sein Werk in seinem Sinne fortzuführen.

    • Die TAZ hat bis heute, Sonntag, den 25.1.2025 weder Meldung noch Nachruf zum Tod von Holger Klotzbach veröffentlicht. Dafür findet sich dort im Archiv ein Artikel, der an Hintergründiges über Klotzbachnund die Alternativmedien in der Wendezeit erinnert.

      : ’Zweite Hand‘ mit Tornado-Mann und NRJ für Radio 100
      ▻https://taz.de/Zweite-Hand-mit-Tornado-Mann-und-NRJ-fuer-Radio-100/!1727875&s=Klotzbach

      Schöneberg. Vor der morgigen Sitzung des Kabelrates ist noch einmal Bewegung in das Gezerre um das pleite gegangene Radio 100 gekommen. Eine Anbietergruppe beantragte beim Lizenzvergabegremium die Ausfertigung der bereits genehmigten Übernahme weiterer Anteile durch den französischen Rundfunkkonzern NRJ (Nouvelle Radio Jeunesse). Zu dem Konsortium gehören die Altgesellschaften NRB (24,6 Prozent der Anteile) und 103,4 (eine Prominenteninitiative mit drei Prozent), NRJ mit 38 Prozent und »Aktiv Radio Berlin« (ARB), das sich aus alten Gesellschaftern des Anderen Radio Berlins sowie dem Kleinanzeigenblatt ’Zweite Hand‘ und dem Kabarettisten Holger Klotzbach (»3 Tornados«). Diese Gruppe steht für 34,6 Prozent der Anteile. Die Anbietergemeinschaft hofft nun, daß der Kabelrat nach dem Konkurs des alten Radio 100 keine Neuausschreibung der Lizenz beschließt, die alte Sendeerlaubnis also weiterhin Bestand hätte. Am gemeinsam mit NRJ geplanten Konzept soll sich nichts ändern. So werden homosexuelle Hörer und Hörerinnen jeden Sonntag mit einer zwei Stunden dauernden, schwul-lesbischen Sendung versorgt. Vier Stunden in der Woche sollen fremdsprachige Ausländerprogramme zu hören sein. Die neue Firma, die unter dem Namen Radio 2000 GmbH laufen will, plant 30 feste Stellen für die Unterhaltung des Senders ein. Die Gehälter sollen sich auf dem Niveau des SFB bewegen.

      Das Konkurrenz-Konsortium um die Mediengruppe Schmidt&Partner (Elefantenpress etc.) und die ehemaligen Mitarbeiter hofft hingegen auf eine Neuausschreibung der Lizenz. Wie vom Kabelrat zu erfahren war, soll von diesem Interessenten noch kein ausführliches Sende- und Firmenkonzept eingegangen sein. Bei diesem Anbieter sind mittlerweile auch der Ostberliner Verlag Basis-Druck und ein »Förderverein für interkulturelle Medienarbeit« eingestiegen. Und auch Schmidt&Partner wollen mit einem Prominenten-Verein aufwarten: Dabei sollen Schauspieler Rolf Zacher, Publizist Robert Jungk und einige Bündnis 90/Grüne-Abgeordnete sein.

      Die Gewinner der Geschichte haben alle gut am de facto Verkauf des AlternativrdionsbRadio 100 an den französischen NRJ Kimzern verdient.

      #Berlin #Geschichte #Medien #Radio #Privatisierung

    • War alles nicht einfach. Nichmal die TAZ von 1991 zur Radio 100 Nachfolge.

      Tornados gespalten
      ▻https://taz.de/Tornados-gespalten/!1727711&s=Klotzbach

      16.3.1991 - Der Streit um Radio 100 sorgt für Trennungen und Umgruppierungen, wobei einige noch nicht mal wissen, in wessen Töpfchen sie gelandet sind. So hat sich der alte Radio-Prominentenverein »103,4« bzw. sein Vorsitzender, FU-Professor Uwe Wesel, auf die Seite von NRJ geschlagen. Der Rest des Vereins weiß davon allerdings noch nichts. Grips-Theatergründer und Grips-Hausautor Volker Ludwig (103,4-Mitglied): »Darüber bin ich nicht informiert.« Das Kabarettensemble »Die drei Tornados« hingegen scheinen sich in der Radio-100- Frage zu spalten. Tornado Holger Klotzbach setzt auf NRJ und hält 4 Prozent der Anteile von ARB (Aktiv-Radio Berlin), die mit NRB zusammen zu den Franzosen wollen. Die beiden Resttornados Günter Tews und Arnulf Rating hingegen gehörten zu den zwölf Gründungsmitgliedern, die gestern den Verein für einen unabhängigen Rundfunk in Berlin ins Leben riefen, der auf der Seite von Schmidt und Partner, Mitarbeiterverein, Tolleranz e.V. und dem »Verein zur Förderung interkultureller Medienarbeit« steht. Der interkulturellen Medienarbeit haben sich bislang 52 Gruppen, Projekte und Initiativen verschrieben. Für einen unabhängigen Rundfunk kämpfen neben den Resttornados u.a. der Schauspieler Rolf Zacher, DDR- Rocker Toni Krahl, Stasi-Jäger Reinhard Schult, Renate Künast, Senats-Fraktionsvorsitzende von Bündnis 90/Grüne(AL)/UFV, MdB Vera Wollenberger, Zukunftsforscher Robert Jungk, Musiker Phillip Boa, Ex-Senatorin Michaele Schreyer und Ost-Akademiepräsident Heiner Müller. Tornado Tews ließ mitteilen. »Genau das brauchen wir. Ein Gegenradio«.

  • Manger la Hess, une poétique culinaire
    ▻https://lundi.am/Manger-la-Hess-une-poetique-culinaire

    Comment manger en temps de crise, pour presque rien voire rien du tout ? Le poète Yoann Thommerel mène l’enquête auprès des fauché.es de Seine-Saint-Denis. Au gré des rencontres fortuites et des invitations, cela donne Manger low cost (éditions Nous) à la fois livre de recettes, manuel de survie et livre de poésie sur la Hess. « La Hess ? C’est quand chez toi y a tellement rien dans le frigo que même les prisonniers mangent mieux. Ou si tu préfères, des fois c’est tellement la Hess que t’as même pas de frigo. » On apprendra entres autres comment préparer une pizza en prison, comment cuisiner les fanes, comment rôtir un niglo (hérisson), l’art de se gaver à l’œil dans les vernissages, ou les règles d’or pour voler sans stress au Monoprix.

    La France qui a faim - Le don à l’épreuve des violences alimentaires, Bénédicte Bonzi
    ▻https://lafrancequiafaim.fr
    ▻https://seenthis.net/messages/1037652

    100 recettes nouvelles à base de miettes de pain, 1943

    #low_cost #livre #texte_choral #hess_5_étoiles #alimentation #argent #précarité #cuisine #manger #parler #accueil #commensalité #langage #mineurs_isolés #hospitalité_à_la_française #exil #clafoutis_aux_orties #pâtes_à_la_mie_de_pain #mollica #cueillette #vol #vol_alimentaire #freegan #ville #prison #recettes #canon_francais vs #communisme_déjà_là #aide_alimentaire #tri #restos_du_coeur #étudiants #domination #peur_de_manquer #organisation_de_la_rareté #sécurité_sociale_alimentaire

    • Mange ta peine - Recettes du prisonnier à l’isolement, MOBEN & Gaëlle HOARAU, Collection Cahiers, Postface de Jacky Durand
      ▻https://leseditionsduboutdelaville.com/?page_id=1691

      « En prison, manger équilibré st essentiel à la santé mais surtout au moral. Ces recettes sont gourmandes et faciles à réaliser, même avec des moyens limités. Elles
      sont la poésie de mon quotidien que je veux avant tout partager avec les personnes qui vivent seules, à l’écart. J’aimerais que ce livre contribue à briser les idées reçues sur la prison et les personnes qui s’y trouvent. » Moben

      Les 77 recettes réunies dans ce livre ont été imaginées en prison, dans son coeur profond : une cellule d’isolement. Au même titre que la pratique physique du yoga ou l’entretien quotidien de ses facultés mentales, l’art de cuisiner est devenu pour Moben un moyen de survie.
      Dans ce livre, il partage trucs et astuces pour cuisiner dans des conditions extrêmes, dedans comme dehors. Ses recettes sont l’occasion d’évoquer anecdotes et analyses documentant la prison et les solidarités qui s’y nouent autour de la nourriture. Un livre de cuisine qui s’attache autant à remplir les ventres qu’à nourrir la riche pensée critique qui s’élabore derrière les murs.
      Moben a passé onze années en régime d’isolement pour tentative d’évasion. Mange ta peine est son premier livre. Il en a réalisé les illustrations.

      « Sa force, son talent, son inventivité : faire bon avec peu, faire mijoter un peu de soi parmi une communauté de destins carcéraux. » Jacky Durand, chroniqueur culinaire, reporter tout terrain et romancier.

      Moben, transféré dans un quartier de haute sécurité pour avoir écrit un livre de recettes en prison
      ▻https://www.streetpress.com/sujet/1766057561-moben-transfere-quartier-haute-securite-ecrit-livre-cuisine-

      Ce matin d’octobre, Moben, détenu de longue peine au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure (03), voit débarquer une équipe de surveillants dans sa cellule. Ils fouillent. Ils ne cherchent ni téléphone ni drogue. Rien à voir avec les opérations lancées par le ministre de la Justice Gérald Darmanin quelques semaines plus tôt. Les équipes locales de sécurité pénitentiaire cherchent un livre.

      [...]

      Par mail, la direction interrégionale justifie la saisie du livre dans la cellule de Moben à son éditeur en listant plusieurs articles du code pénitentiaire, et conclut : « Ainsi, lorsqu’une personne détenue souhaite qu’un de ses écrits soit publié par une maison d’édition, il convient au préalable qu’elle obtienne l’accord du directeur interrégional territorialement compétent. » Selon un agent pénitentiaire de Moulins-Yzeure, il n’est pourtant pas rare de voir des personnes détenues écrire des livres en détention et de les voir publiés alors qu’ils sont encore incarcérés.

      Elle lui reproche également « [sa] volonté et [sa] capacité à communiquer, pendant plusieurs semaines, avec des personnes à l’extérieur en contournant les règles de contrôle de l’administration pénitentiaire »

      #DPS #balluchonnage #Condé-sur-Sarthe #QLCO #quartier_de_lutte_contre_la_criminalité_organisée

  • La politique des daronnes
    ▻https://metropolitiques.eu/La-politique-des-daronnes-ethnographie-du-maternalisme-politique-dan

    Les mères jouent un rôle central et parfois fantasmé dans les #quartiers_populaires. dans le cadre du partenariat entre Métropolitiques et le Prix de Thèse sur la Ville, Brigitte Baccaïni et Marie-Christine Jaillet reviennent sur la thèse d’Alice Daquin, grand prix 2025, qui a travaillé sur leur rôle d’intermédiation, aux marges de l’État, lors d’une enquête ethnographique menée dans un quartier de #Marseille. La figure du « jeune » et tout particulièrement du « jeune homme » domine #Commentaires

    / Marseille, quartiers populaires, #habitants, #anthropologie

    ▻https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-puca-baccaini-jaillet.pdf

  • Nous sommes un seul et même peuple des banlieues ! - Les mots sont importants (lmsi.net)
    ▻https://lmsi.net/Nous-sommes-un-seul-et-meme-peuple-des-banlieues

    Qui sommes-nous ? Nous sommes les Blancs des banlieues, qui y ont grandi, qui sommes d’origine ouvrière, et qui y vivons toujours ! Blancs car l’histoire coloniale nous a fabriqués comme blancs. Nombre de Blancs de banlieues sont issus des immigrations portugaise, italienne, espagnole, polonaise... ou des migrations régionales internes à l’Hexagone, et d’ailleurs, peu importe. Certains vivent, ou ont vécu, ou ont grandi dans des quartiers populaires, d’autres davantage dans les quartiers dits « pavillonnaires » et ces derniers aussi sont divers et multiculturels. Il n’y a pas que des Blancs qui habitent ces pavillons, et il faut refuser la polarisation ethnique de nos lieux d’habitation !

    [...] Des Blancs les plus « autochtones » que, paraît-il, nous serions jusqu’aux travailleurs migrants dernièrement arrivés, un peuple est en train d’émerger. Nous habitons ensemble, grandissons ensemble, travaillons ensemble, partageons des souffrances et des joies communes. Ce vécu commun et ces expériences partagées sont le ferment de ce que l’on tendrait à appeler « un peuple », aussi imprécis ce concept soit-il. Il a en tout cas plus d’ancrage matériel et donc de sens pour nous que la carte nationale d’identité dont dépendent notre appartenance nationale et donc nos droits. Droits arrachés lors des générations passées, droits dont il faudrait voir exclues certaines personnes qui partagent nos territoires, nos quartiers, nos espaces de travail et notre quotidien, au prétexte qu’ils et elles ne seraient pas nés sur le bon sol ou avec la bonne culture.

    Avec eux, nous avons, en revanche, des conditions et des expériences de vie différentes, les leurs étant frappées du sceau des discriminations et d’une histoire différente. Nous exécrons les inégalités fabriquées entre nous, qui produisent des destins, des conditions de vie et des droits différents et surtout inégaux entre nous. Vous nous divisez. Votre droit national, votre République soi-disant une et indivisible, nous divise en réalité.

    [...] Non, nos territoires, nos quartiers ne sont pas « sous la coupe islamiste », non nous ne nous faisons pas insulter parce que nous ne ferions pas le Ramadan et nous ne nous faisons pas piquer nos pains au chocolat, on n’essaie pas non plus de nous imposer la charia, non on ne lynche pas les Juifs ou les homosexuels dans nos quartiers. Nous ne sommes pas plus angoissés par l’insécurité en nous baladant dans nos rues qu’ailleurs, et les femmes n’y sont pas plus harcelées que dans d’autres espaces de ce pays malade de son sexisme, comme il l’est de l’antisémitisme et des LGBTphobies, mais aussi des racismes anti-asiatique et anti-rom, bien au-delà des frontières de nos « territoires ».

    #banlieues #migration #quartiers

  • « Maltraitance médiatique » et « défiance » mutuelle : 20 ans après les révoltes, la presse toujours aux abonnés absents dans les quartiers populaires – Libération
    ▻https://www.liberation.fr/economie/medias/maltraitance-mediatique-et-defiance-mutuelle-20-ans-apres-les-revoltes-la-presse-toujours-aux-abonnes-absents-dans-les-quartiers-populaires-20251026_YMGZCKUYHRAELPPILY2HSVGG4E/?redirected=1
    ▻https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQXJZ5OL5BDFABMQWODA7K45M.jpg?auth=bb60fd708979ba5f59a2ca6c35f48ceaf6fdd

    Le traitement médiatique, très souvent purement sécuritaire, des quartiers populaires n’a que peu évolué depuis la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois en 2005. La faute à un manque de diversité sociale dans les rédactions.
    Rassemblement de jeunes de Clichy-sous-Bois devant la stèle érigée en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, le 27 octobre 2015.
    Rassemblement de jeunes de Clichy-sous-Bois devant la stèle érigée en hommage à Zyed Benna et Bouna Traoré, le 27 octobre 2015. (Denis ALLARD/Denis ALLARD)
    ParJean-Baptiste Chabran
    Publié le 26/10/2025 à 19h20

    « Quand ça pète, les médias sont là. Mais quand on fait des choses bien, ils ne sont jamais là. » Cette phrase d’une jeune lycéenne, rapportée dans le livre et projet de recherche Jeunes de quartier. Le pouvoir des mots (C&F Editions, 2021), synthétise bien la situation de méfiance, voire de défiance mutuelle, installée entre médias mainstream et quartiers populaires. Après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 27 octobre 2005, les rédactions – pas toutes, mais au moins quelques-unes – avaient compris que quelque chose clochait dans leur façon de représenter les « banlieues ». Certaines avaient même fait leur autocritique : promis, juré, on ne les reprendrait plus à débarquer en bas des tours uniquement quand une énième bavure policière viendrait, fatalement, remettre ces endroits au centre de l’attention.

    Vingt ans plus tard, et deux ans après la mort de Nahel Merzouk, tué par un policier à Nanterre (Hauts-de-Seine) en juin 2023, la plupart des bonnes intentions ont pourtant été rangées au placard et les quelques progrès sont jugés largement insuffisants par les observateurs interrogés par Libération. En cause, un ensemble de raisons difficilement dénombrables : de l’implantation parisienne des grands médias à leur composition sociologique en passant par leurs logiques de temporalité et d’audience.
    « Une forme de mauvaise conscience »

    Reste que « globalement, le sujet des quartiers populaires n’intéresse pas », résume le journaliste Edouard Zambeaux. De septembre 2005 à juin 2017, ce dernier était producteur de l’émission de reportages Périphéries, diffusée tous les dimanches sur France Inter. Il a aussi cofondé la ZEP, Zone d’expression prioritaire, qui intervient régulièrement dans Libération pour donner la parole aux jeunes. Longtemps « journaliste promeneur », il estime que « la presse reste prisonnière de son réflexe de classe » et que son regard n’a pas tellement changé en deux décennies. « 90 % du temps médiatique, la banlieue reste quelque chose de dangereux », observe-t-il.

    Et puis, de temps en temps, à cause « d’une forme de mauvaise conscience », un mouvement de balancier s’opère et, pendant un moment, « la banlieue devient quelque chose de merveilleux ». Ce qui a le don d’exaspérer Edouard Zambeaux presque autant que l’inverse. « Pendant cette courte séquence, n’importe quel bouffon qui rappe trois rimes bancales devient “un poète contemporain” ! » s’agace le journaliste, déplorant que « ces endroits n’aient pas le droit à une équité médiatique ».
    « La défiance vis-à-vis des médias est énorme »

    « Il y a une forme d’exceptionnalité et de maltraitance médiatique », confirme sa consœur Nora Hamadi, chargée depuis la fin du mois d’août de la revue de presse de France Inter, très engagée sur le sujet. La principale raison se trouve selon elle dans la sociologie des rédactions qui manquent encore largement de diversité sociale et ethnique, les journalistes venant le plus souvent de milieux et de zones géographiques favorisés. « Après 2005, la question a un peu percuté les rédactions », remarque Nora Hamadi qui cite la création, en 2007, de la prépa aux écoles de journalisme, la Chance aux concours, ouverte aux étudiants boursiers et handicapés. Elle regrette toutefois que sur cette question, les grands médias recrutent « au compte-goutte » et que les postes de chefferie et de direction échappent toujours au changement. « Depuis 2005, il y a certes un peu plus de couleur dans les rédactions mais la véritable question, celle de la diversité sociale, reste très présente », constate-t-elle.

    Reportage
    Clichy-sous-Bois vingt ans après la mort de Zyed et Bouna : « Ici, on pleure de joie pour un tramway, alors qu’il fonctionne mal »

    Résultat : les journalistes méconnaissent les banlieues et quartiers populaires et « les rédactions où ils travaillent ne voient tout simplement pas ce qui s’y passe au quotidien ». Une invisibilisation qui vaut aussi pour les espaces ruraux, au moins aussi absents du champ médiatique, sauf quand une crise – en général une mobilisation d’agriculteurs – éclate. De cette distance découlent un ressentiment durable et une méfiance des populations concernées, qui gardent, selon la sociologue Julie Sedel, autrice de l’ouvrage les Médias et la banlieue (Le Bord de l’eau-INA, 2009), « une mémoire des précédents médiatiques ».

    Pour l’exemple, la chercheuse cite un épisode où des photographes de Paris Match avaient été accusés de payer des jeunes pour brûler des voitures dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux (Rhône), en 1981. De nos jours, on pourrait aussi faire le rapprochement avec les émissions de reportages embarqués avec la police qui pullulent sur les chaînes pin-pon de la TNT et associent dans l’imaginaire collectif les journalistes à des laquais de la force publique. « La défiance vis-à-vis des médias mainstream est énorme », appuie Nora Hamadi. « Les habitants ont effectivement assimilé, digéré, un certain pouvoir de nuisance qui peut être attaché à la presse », complète Edouard Zambeaux.

    Dans ce sombre tableau, quelques éclaircies subsistent tout de même. Pour Renaud Epstein, professeur de sociologie à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye, « l’évidence, c’est la transformation provoquée par l’émergence du Bondy Blog ». « Une rupture majeure », juge-t-il, car la création de ce média ancré en Seine-Saint-Denis, juste après les révoltes de 2005, marque selon lui le début d’une « démonopolisation de la parole ». Un phénomène qui se poursuit aujourd’hui de façon décuplée avec les réseaux sociaux et les médias alternatifs nés d’Internet, et qui permet de faire émerger des contre-récits inaudibles auparavant.
    Des habitants ciblés par les médias d’extrême droite

    Pour autant, l’actuelle rédactrice en cheffe du Bondy Blog, Héléna Berkaoui, se montre prudente, notamment à cause de l’émergence de médias d’extrême droite comme CNews, qui donnent « une autre teinte à la couverture des quartiers populaires, parce que leurs habitants sont des cibles revendiquées comme telles ». « Les mots qui y sont employés sont extrêmement durs et ils sont reçus comme tels par les intéressés. Sur le terrain, on nous en parle beaucoup, développe-t-elle. Je me demande quels effets cela peut avoir sur les jeunes de se faire insulter quasi quotidiennement sur petit écran. »

    Au fond, la journaliste juge aussi que le traitement du soulèvement des banlieues après la mort de Nahel Merzouk n’a pas été si différent de celui de 2005. Le déclencheur de la colère, à savoir les violences policières, « a été évacué avec une rapidité désarçonnante ». Le tout au profit d’un discours politico-médiatique enrobé des stigmates habituels sur l’islam, « les jeunes violents, les jeux vidéo ou la responsabilité des mères isolées ». Les médias n’auraient-ils donc rien appris en vingt ans ?

    #Quartiers #Médias #Jeunes_de_quartier

  • #ethnographie des quartiers populaires français
    ▻https://laviedesidees.fr/Ethnographie-des-quartiers-populaires-francais

    Les quartiers populaires occupent aujourd’hui une place centrale dans le débat public mais aussi dans le paysage culturel. La lecture croisée de deux ouvrages ouvre des pistes de réflexion.

    #Société #banlieue
    ▻https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251027_quartiers.pdf

    • Des insiders expliquent aux sociologues

      (...) les pratiques déviantes sont ainsi repensées à l’aune d’une expression politique enserrée désormais dans « la problématique de la survie » (p. 89) et marquée par le discrédit des voies démocratiques traditionnelles et des modes de classement issus du monde ouvrier.

      Mickaël Chelal, Grandir en cité. La socialisation résidentielle de « jeunes de cité », Bordeaux, Le bord de l’eau, 2025, 216 p., 20 €, Éric Marlière, Matériaux pour une sociologie des quartiers prioritaires de la politique de la ville, Éditions du cygne, 2025, 200 p., 20 €.

      La note, détaillée, donne envie de lire les ouvrages cités.

      #enquête #observation_participante #quartiers_populaires #pratiques_sociales #représentations #femmes #espace_public #livre #note_de_lecture

    • Vingt ans après la mort de Zyed et Bouna : « Depuis 2005, le discours caricatural sur les banlieues en France s’est enkysté », Fabien Truong, sociologue.
      ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/27/vingt-ans-apres-la-mort-de-zyed-et-bouna-depuis-2005-le-discours-caricatural

      Dans un entretien au « Monde », le sociologue Fabien Truong revient sur les 20 ans de la mort des deux adolescents, électrocutés alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle de police, le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois.
      Propos recueillis par Yasmine Khiat

      Le 27 octobre 2005, deux adolescents, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, cherchent à échapper à un contrôle de #police à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Se réfugiant dans un transformateur électrique EDF, ils meurent électrocutés. Durant plus de deux semaines, de violentes #émeutes secouent la #banlieue parisienne et des dizaines de villes en France. Pour y mettre fin, le gouvernement décrète l’#état_d’urgence − pour la première fois depuis la guerre d’Algérie.
      Enseignant à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, Fabien Truong est sociologue, spécialiste des banlieues et de la jeunesse. Il a notamment écrit Loyautés radicales (La Découverte, 2022). Coauteur avec Gérôme Truc de Grands ensemble (La Découverte, 380 pages, 22 euros), il a mené une enquête qui a duré dix ans sur la vie des habitants de Grigny (Essonne).

      Y a-t-il eu un avant et un après-2005 dans la perception que nous avons de la banlieue ?

      Vingt ans après, rien n’a changé dans les #médias de masse. Pire, le discours caricatural sur les banlieues en France s’est enkysté. Car, ce qui a vraiment basculé depuis 2005, c’est le traitement médiatique et politique des #quartiers_populaires, qui se fait dorénavant majoritairement sous le prisme du fait divers. Les images produites à la suite des émeutes, de voitures qui brûlent, d’une jeunesse en révolte, ont été instrumentalisées par les médias de masse et nombre de politiques : elles renforcent l’imaginaire de la banlieue comme étant inassimilable. Cette mise en avant systématique du fait divers finit par faire croire aux personnes extérieures que les #jeunes_de_banlieue sont tous dangereux.

      Que représente la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré dans la mémoire des quartiers populaires ?

      La mort de Zyed Benna et Bouna Traoré a été vécue comme un traumatisme. Dans bien des cas de #violences_policières, tout se réduit à parole contre parole, et c’est souvent celle de la police qui l’emporte. Or, la preuve que les policiers étaient conscients de ce qui risquait de se passer – rendue publique par les conversations radio policières – a profondément choqué. #Zyed_et_Bouna jouaient au foot, ils rentraient chez eux, ils n’avaient aucun lien avec la délinquance. En voyant les policiers, ils ont eu peur – peur d’être contrôlé et de se retrouver en garde à vue pour ne pas avoir leurs papiers d’identité sur eux – et ils ont couru pour se réfugier dans un poste électrique EDF. Les policiers l’ont su, ne les ont pas protégés. L’émotion a ensuite été vécue de manière viscérale [phénomène amplifié par l’attaque policière, deux jours après leur mort, d’une mosquée à Clicy, ndc]. Les jeunes d’autres quartiers se sont projetés dans l’expérience de ces deux adolescents. Morts pour rien.

      Désormais, dans les tensions entre la police et les jeunes, les preuves circulent parfois sur les réseaux sociaux. On se souvient de la vidéo de l’interpellation de #Nahel_Merzouk, tué par un policier à Nanterre il y a deux ans.

      Oui, la séquence 2005-2023 est frappante : les mêmes causes, qui produisent les mêmes effets. Et la vidéo de Nahel a choqué : rien ne justifie qu’un adolescent de 17 ans soit abattu pour un #refus_d’obtempérer. Mais les politiques publiques, notamment celles mises en place pour lutter contre les trafics de drogue dans les quartiers, alimentent la conflictualité. Et là, on peut regretter la suppression, en 2003, de la police de proximité, qui avait l’avantage de bien connaître les habitants d’un quartier. Elle était donc parfaitement outillée, car pour démanteler un point de deal, il faut prendre le temps d’enquêter, connaître une population, des lieux, un contexte, sans d’emblée imposer sa force.

      Aujourd’hui, la police ne peut pas faire la différence entre une petite minorité délinquante de jeunes et les autres. Résultat ? Si vous êtes un jeune garçon dans l’espace public, que vous portez un sweat à capuche et que vous êtes non-blanc, vous avez un profil de suspect. Ce qui revient à suspecter quasiment tous les jeunes dans un contexte de ségrégation forte. S’ajoutent les contrôles réguliers humiliants et qui n’aident en rien à apaiser le rapport aux institutions.

      Dans les quartiers populaires, qu’est-ce qui a changé ?

      En réalité, ces quartiers portent la population la plus dynamique du territoire français, mais ces mobilités sociales ascendantes et résidentielles sont invisibilisées : ce sont des faits sociaux et non des faits divers. Avec Gérôme Truc, nous avons enquêté pendant dix ans à Grigny, « la ville la plus pauvre de France » , et on constate que près de la moitié de la population a changé en ce laps de temps : c’est spectaculaire.

      Quant aux nouvelles populations , contrairement à la narration xénophobe, comme celle du « grand remplacement », elles ne chassent personne : elles prennent les seules places disponibles quand on est pauvre et quand on arrive de loin. Rappelons-le, les villes les plus riches de France préfèrent payer l’amende de la loi SRU plutôt que d’accueillir ces populations et de faire de la mixité sociale. Les quartiers populaires demeurent ainsi des réserves de #travailleurs_pauvres, dont les métiers sont pourtant essentiels : aides-soignants, techniciens de maintenance, agents de propreté, chauffeurs-livreurs, celles et ceux qu’on applaudissait pendant le confinement. Non seulement toutes ces personnes sont sous-payées, mais, en plus, elles font de longs déplacements pour exercer dans le cœur des villes. Cette mobilité est aussi complètement invisibilisée. [spéciale dédicace à @monolecte]

      Pour revenir aux jeunes, ils sont toujours plus nombreux à faire des études supérieures : l’expérience universitaire s’est démocratisée. Dans mon livre Jeunesses françaises. Bac + 5 made in banlieue (La Découverte, 2015), j’ai enquêté sur le parcours étudiant de mes anciens élèves lorsque j’étais professeur en Seine-Saint-Denis. Par exemple, la moitié sont aujourd’hui cadres et propriétaires d’un logement : ils ont quitté leur quartier et ont été remplacés par des familles plus modestes.

      étonnants propos de conclusion : "cadre" ne veut rien dire en terme de revenu (on est "cadre" à bac+3) pas plus que "employé des services" serait nécessairement non-ouvrier en terme de travail effectué ; quant au patrimoine immobilier je demande à voir, bien que je ne sache pas si les crédits immobiliers peuvent se faire sur 30 ou 40 ans. Je crois qu’il s’adresse à son lectorat, de cadres et de propriétaires, sans doute avec l’intention de prendre dans le sens du poil ces tocards démocrates.

      #contrôles_d'identité

    • Grandir en cité : dans l’intimité de la jeunesse des quartiers populaires
      ▻https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/grandir-en-cite-dans-lintimite-de-la-jeunesse-des-quartiers-populaires

      De 2014 à 2021, Mickaël Chelal a réalisé une enquête ethnographique au cœur du quartier où il habite, les Marnaudes à Rosny-sous-Bois.

      En sociologie des quartiers populaires, on s’intéresse très peu aux enfants. Pourtant, ils sont omniprésents dans les quartiers. D’une part parce qu’ils ont pas mal de temps libre. D’autre part, car les familles de classes populaires inscrivent moins leurs enfants dans des activités extrascolaires, contrairement aux classes supérieures, ils ont plus de #temps_libre qu’ils passent en partie dans la #rue.

      Le temps qui n’est pas pris par ces activités-là, ils le passent dans la rue. Les enfants façonnent l’ambiance du quartier. Tu les entends, tu les vois, ils mobilisent tout l’espace pour développer leurs jeux. Ils donnent une tonalité familiale au quartier.

      Comment s’organisent les relations dans l’#espace_public ?

      Souvent, on peut entendre que les quartiers sont des espaces dans lesquels la loi du plus fort règne, que la rue, c’est l’anarchie, une sorte de jungle urbaine. Derrière tout ça, il y a l’idée de désorganisation sociale.

      En réalité, ce sont des quartiers qui sont, en tout cas pour la jeunesse, très structurés. Il y a des règles et des codes. La jeunesse qui se retrouve dans la rue s’organise principalement en deux catégories, les “petits” et les “grands” démarqués par leur âge et leur ancienneté. Cette division forme une organisation sociale qui se caractérise par une #hiérarchie_sociale où les grands ont un pouvoir de domination et d’autorité sur les petits.

  • Déplier l’ordinaire, cartographies narratives du quartier de Noailles à Marseille
    ▻https://topophile.net/savoir/deplier-lordinaire-cartographies-narratives-du-quartier-de-noailles-a-mar

    Après un premier atlas consacré à la Goutte d’or à Paris, Elsa Noyons récidive dans le quartier de Noailles à Marseille. Elle arpente les rues, observe, relève, compte des éléments apriori anodins mais qui, reportés sur un fond de carte et compilés dans un atlas, racontent une histoire, dressent le portrait d’un quartier, portent un... Voir l’article

  • Héroïne, le temps des seringues : un podcast France Culture
    ▻https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-heroine-le-temps-des-seringues

    LSD explore l’impact de l’#héroïne, fléau du XXe siècle en France, responsable de plus de 40 000 morts entre 1970 et 2004, dans les milieux populaires de Paris et sa banlieue. Réalisation Gilles Blanchard.

    À l’origine de ce documentaire, la découverte de l’ampleur d’un phénomène qui ne faisait alors écho qu’à de vagues souvenirs pour beaucoup de citadins, résumés en une phrase : « Fais attention aux seringues. », phrase banale dans les quartiers populaires de Paris des années 90. Plus tard, ces mots prendront tout leur sens à la lumière d’un chiffre terrible : une véritable « hécatombe » qui intervient à son pic durant les années sida.

    Selon les calculs des auteurs du livre « La Catastrophe invisible », environ 40 000 décès sont imputables à la consommation d’héroïne entre 1970 et 2004, chiffre qu’il jugent eux même largement en deçà de la réalité. Parmi ces morts, les chercheurs s’accordent à dire que les personnes d’origine maghrébine issues des #quartiers_populaires constituent l’un des groupes sociaux les plus touchés.

    Cette histoire, qui a durablement marqué l’histoire des #banlieues françaises, peinent à être connu du grand public. Comment l’héroïne, drogue la plus meurtrière, a-t-elle traversé les époques et touché toutes les classes sociales ? Comment s’est-elle diffusée plus particulièrement dans les milieux populaires et parmi les descendants de l’immigration postcoloniale ? Ce documentaire raconte une #histoire de l’héroïne dans les quartiers populaires de Paris et de sa banlieue sur plusieurs décennies.

    Un documentaire d’Hajer Ben Boubaker, réalisé par Gilles Blanchard.

    La série est pas mal du tout. Elle restitue des géographies oubliées, de Paris à la banlieue. On y entend pourtant qu’en filigrane (même si le titre l’indique par antiphrase) la défaite politique du refus de l’usine par les enfants des travailleurs immigrés, qui, dans le post-68, a suscité une demande expansive.
    La dépendance a cet opiacé et son coût ont été matriciels pour la diffusion d’un trafic de drogues désormais massifié, un commerce, illicite et ultra-concurrentiel, qui a permis de créer d’innombrables emplois subalternes, le plus souvent mal payés.

    Comme il a été dit autrefois, "les jeunes se droguent, l’État se renforce", et lycée de Versailles.

    #audio #drogues #deal #dealers

    • La Catastrophe invisible | éditions Amsterdam - 2018
      Histoire sociale de l’héroïne (France, années 1950-2000)
      Michel Kokoreff, Anne Coppel, Michel Peraldi

      ►https://www.editionsamsterdam.fr/la-catastrophe-invisible
      ►https://seenthis.net/messages/685682
      ►https://seenthis.net/messages/628596
      La série illustre à merveille en 4 podcast d’une heure le pavé La catastrophe invisible
      Je découvre Hajer Ben Boubaker, documentariste et historienne spécialisée sur les musiques du Maghreb et du Proche-Orient.
      ▻https://www.radiofrance.fr/personnes/hajer-ben-boubaker

      Barbès Blues - Une histoire populaire de l’immigration maghrébine
      ▻https://www.seuil.com/ouvrage/barbes-blues-hajer-ben-boubaker/9782021517859

      "L’histoire, si elle a été dure, n’a pas toujours été triste. Elle raconte des vies qui n’ont pas été cantonnées dans l’étroitesse d’une nation, ou pire encore d’une nationalité. Et alors que tant de choses étaient volontairement orientées vers la laideur, des hommes et des femmes les ont, plus d’une fois, dans un geste collectif, sublimées. J’en tiens toutes ces histoires pour preuve."

      En déambulant dans Barbès, Hajer Ben Boubaker raconte les petits détails et les grands événements qui ont fait du quartier la "maison-mère des luttes de l’immigration" et l’une des places fortes de la #musique_maghrébine.

      Dans les cartons d’archives sur le premier quartier algérien dans le 5e arrondissement, dans les voix de vieux messieurs qui racontent l’habitude d’une ville ou dans les souvenirs imprécis de luttes contre le racisme, Barbès Blues ressuscite des personnages, des épopées, des anecdotes et des tragédies. Autant de symboles d’une communauté de destin, l’immigration maghrébine, qui dans un dédale de rues minuscule, s’est construit un monde immense.

      Hajer Ben Boubaker est née à Paris et a grandi dans le 18e arrondissement. Chercheuse indépendante et documentariste franco-tunisienne, elle est créatrice du podcast Vintage Arab et a réalisé la série radio « Une histoire du Mouvement des Travailleurs arabes », consacrée à l’organisation militante des années 70 (France Culture ; Prix découverte sonore SCAM 2022). Elle est lauréate du prix Unesco-Sharjah 2023 pour la culture arabe.

    • Les jeunes bourgeois qui voulaient se marginaliser devenaient rapidement dealers, de l’argent facile et sans scrupule aucun. Si ils consommaient et étaient accros les parents avaient de toute façon de quoi payer la cure de désintox, où les années de taule. Le cadavre des autres étaient déposés devant la porte de leur appart si le courage de le ramener avait été au rendez-vous.
      #overdoses

    • Ces jeunes qui tombent
      ▻https://festival-resistances.fr/2024/ces-jeunes-qui-tombent/.html

      Dans les banlieues parisiennes, c’est une véritable hécatombe comme le raconte Azzedine Zoghbi, ancien éducateur à Orly : « Toutes les semaines au cimetière. On allait enterrer quelqu’un, on revenait à peine, et on savait qu’il fallait revenir la semaine d’après. ». La catastrophe est totalement ignorée par les pouvoirs publics alors que le nombre de morts d’overdose et de personnes contaminées par le #VIH augmente. La répression, avec la guerre à la drogue, conduit les usagers issus des banlieues en #prison plutôt que vers un parcours de soin adapté.

  • « On est un peu les sacrifiés de la Data City ! » : à Marseille, les data centers colonisent les quartiers populaires - L’Humanité
    ▻https://www.humanite.fr/social-et-economie/numerique/on-est-un-peu-les-sacrifies-de-la-data-city-a-marseille-les-data-centers-co


    Les conflits de l’eau devraient être plus rapides.

    Le collectif cartographie les fermes de données marseillaises, mais mène aussi des actions d’éducation populaire, par le biais de balades organisées notamment. « Le data center est l’incarnation matérielle d’une certaine forme de capitalisme, poursuivent les militants. Il résume de nombreux enjeux contemporains : l’impérialisme américain, le technocapitalisme, l’extractivisme, la course à l’intelligence artificielle… »

    L’écolo Sébastien Barles, qui fut l’un des tout premiers à se mobiliser, ne dit pas autre chose : « À Marseille, c’est une forme de prédation à la fois foncière et énergétique, pour des retombées économiques très contestables. Un data center crée en moyenne dix fois moins d’emplois qu’une industrie manufacturière classique ! Pour des conflits d’usage en matière d’électricité qui sont évidents. »

    Au cours des dix prochaines années, l’ensemble des data centers de la région devraient avoir besoin de 1 200 MW d’électricité supplémentaires, selon les données officielles. Cela représente autant d’électricité qu’il en faudra pour décarboner toute l’industrie régionale et six fois plus que pour l’aménagement urbain et les hôpitaux. « Il est évident que nous aurons besoin de plus de puissance électrique, convient Sébastien Barles. Mais il faudrait réfléchir en termes d’utilité sociale : bien souvent, les data centers servent à alimenter l’essor des transactions financières, du bitcoin ou de la pub imposée. »

    • Enquête : à Marseille comme ailleurs, l’#accaparement du territoire par les infrastructures du numérique

      Depuis fin 2023, le collectif marseillais Le Nuage était sous nos pieds enquête, analyse et lutte contre les impacts sociaux, écologiques et politiques des infrastructures du numérique à Marseille, en particulier des câbles sous-marins et des data centers. Ce collectif est composé d’habitant·es de Marseille, affilié·es à au moins trois entités : le collectif des Gammares, collectif marseillais d’éducation populaire sur les enjeux de l’eau, Technopolice Marseille, qui analyse et lutte contre les technologies de surveillance policière et La Quadrature du Net, association de défense des libertés fondamentales dans l’environnement numérique. Dans cet article, nous restituons une partie de l’enquête menée par le collectif sur les infrastructures numériques à Marseille, leur impact socio-environnemental et le monde délétère qu’elles représentent, enquête que nous élargissons au delà du territoire marseillais, inspiré·es notamment par les échanges lors du festival « Le nuage était sous nos pieds » qui a eu lieu les 8, 9 et 10 novembre dernier à Marseille.

      Arrivent à Marseille aujourd’hui environ seize câbles sous-marins intercontinentaux qui atterrissent, transitent et relient l’Europe et la Méditerranée à l’Asie, au Moyen Orient, à l’Afrique, aux États-Unis. Ce sont ces câbles intercontinentaux qui permettent à l’information numérique de circuler, en particulier sur le réseau Internet, et aux services numériques déployés dans ce qu’on appelle « le cloud », d’apparaître sur nos écrans : mails, réseaux sociaux, vidéos et films en streaming. Au point de croisement de ces « autoroutes de l’information » : les data centers. Ces méga-ordinateurs bétonnés en surchauffe renferment des milliers de serveurs qui rendent possible le technocapitalisme et ses données numériques invisibles : la collecte massive de données personnelles, servant à l’analyse de nos comportements constamment traqués et traités à des fins marketing, la publicité numérique qui pollue nos cerveaux, la vidéo-surveillance policière et plus largement la gouvernance et la surveillance algorithmiques dopées à l’intelligence artificielle qui discriminent et sapent nos libertés fondamentales. Derrière ces infrastructures, ce sont également l’accaparement des terres et des ressources en eau, mais aussi la pollution de l’air, la bétonisation de nos villes réchauffées, et les réalités tachées du sang de l’extractivisme numérique colonial que les puces des serveurs qui peuplent ces data centers renferment. Et ce sont encore une fois des industries peu scrupuleuses qui, aidées par des politiques honteuses, s’accaparent nos territoires et nos vies.

      Data centers et #câbles_sous-marins transcontinentaux

      La présence de ces 16 câbles sous-marins intercontinentaux attire à Marseille les gestionnaires de data centers, ces entrepôts géants où s’empilent des serveurs par milliers, appartenant en grande majorité à Google, Amazon, Microsoft, Meta, Netflix, Disney+, Capgemini, Thalès, etc. Des serveurs qui stockent et font transiter des données, des serveurs qui rendent possibles les services numériques et les échanges de données décrits plus haut. Depuis une dizaine d’années, et de façon accélérée depuis 2020, une douzaine de data centers ont été construits un peu partout dans Marseille intra muros, et plusieurs nouveaux sont en chantier ou annoncés dans la ville et aux alentours. On y trouve ainsi cinq data centers de Digital Realty, un géant américain d’investissement immobilier coté en bourse, spécialisé en gestion de data centers dits neutres ou de colocation. Cette entreprise construit, aménage et gère le fonctionnement du bâtiment, et loue ensuite les emplacements de serveurs à d’autres sociétés, telles Microsoft, Amazon, Google, Netflix ou d’autres. Ces data centers de colocation sont bien implantés en France, mais dans d’autres pays et territoires, Amazon, Microsoft, Google et autres géants du numérique construisent leurs propres bâtiments de data centers et toute l’infrastructure nécessaire à leur fonctionnement : postes électriques de transformation du courant, réseaux fibrés terrestres, câbles sous-marins transcontinentaux, etc.

      À Marseille, le géant Digital Realty, un des trois leaders mondiaux de data centers de colocation, possède quatre data centers MRS1, MRS2, MRS3, MRS4 et est en train d’en construire un cinquième, MRS5, tous sauf MRS1 situés dans l’enceinte du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM). Les autres data centers marseillais sont souvent situés dans le nord de la ville. Dans le quartier de Saint-Henri notamment, où un data center de colocation de Free Pro est actuellement en cours d’agrandissement pour doubler de taille, se partageant l’espace avec un data center de Telehouse. Dans le quartier de Saint-André, un projet de data center surdimensionné de Segro viens d’être annoncé. Tandis qu’à la Belle-de-Mai un data center de Phocea DC est en construction. Il y a même eu un projet de data center flottant dans le Grand Port, par l’entreprise Nautilus ! Hors des limites municipales, à Bouc-Bel-Air, Digital Realty a également un projet de construction d’un sixième data center, bien plus grand que les précédents, baptisé MRS6.

      Marseille n’est pas la seule ville concernée. La France, avec ses plus de 300 data centers, se situe aujourd’hui au 6ème rang mondial des pays en accueillant le plus, après les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Chine et le Canada. En Île-de-France, premier territoire d’implantation française avec plus de 160 data centers en 2023, juste devant Lyon (18), puis Marseille (12), Digital Realty y possède 2 hubs d’un total de 17 data centers (et plusieurs autres en construction), concentrés pour la plupart en Seine-Saint-Denis. Equinix, autre géant du top 3 mondial des data centers de colocation en possède 10, tandis que Data4, Scaleway ou Free Pro, OVH, Telehouse, Verizon, Zayo et autres acteurs se partagent les 72 restants.

      Les seize câbles sous-marins intercontinentaux qui arrivent aujourd’hui à Marseille sont répertoriés par Telegeography, une entité qui maintient Submarine Cable Map, une des cartes mondiales de référence de ce type de câbles. Ils sont construits et déployés au sein de consortiums internationaux regroupant plusieurs entreprises et multinationales du numérique. On y retrouve en premier lieu les géants du numérique — Google, Facebook/Meta, Microsoft et Amazon — qui sont désormais les premiers financeurs et les acteurs principaux des projets de déploiement de ces câbles sous-marins intercontinentaux. On y retrouve également des entreprises de télécommunications telle que Orange, mais aussi des opérateurs internationaux, qui seront souvent en charge de l’atterrissement des câbles sur les plages, ainsi que des stations ou centres d’atterrissement de ces câbles, permettant la transition entre les infrastructures sous-marines et le réseau câblé terrestre. On y retrouve également des entreprises qui fabriquent et déploient ces câbles en mer, comme Alcatel Submarine Networks qui vient d’être racheté par l’État français, et qui est un des trois leaders mondiaux dans ce domaine avec TE SubCom (Suisse) et NEC Corporation (Japon).

      Mainmise des géants du numérique

      Ces câbles sous-marins et leurs centres d’atterrissements sont aujourd’hui des infrastructures stratégiques, avec des enjeux géopolitiques mondiaux importants, mais où la domination des géants numériques est, là aussi, en passe de devenir la norme. Ainsi à Marseille, la plupart des nouveaux câbles sous-marins construits ou en cours de construction ces dernières années ont pour principal acteur Facebook (2Africa), Google (Blue), et Microsoft (SeaMeWe-6). Parmi les opérateurs télécoms et fournisseurs d’accès à Internet du monde entier que la présence de câbles sous-marins intercontinentaux attire également à Marseille, on retrouve la multinationale française Orange, qui possède dans la ville au moins un data center pour ses propres besoins et plusieurs centres d’atterrissements de câbles sous-marins. On retrouve aussi Verizon, opérateur américain de télécommunications avec un data center couplé à un centre d’atterrissement de câbles sous-marins, Omantel, la compagnie nationale de télécommunications d’Oman qui en possède également un — pour ne citer que les opérateurs identifiés par le travail d’enquête et de cartographie des infrastructures numériques à Marseille réalisé par le collectif Le Nuage était sous nos pieds. Vous pouvez retrouver ce travail de cartographie mené sur le terrain, sur la carte libre et collaborative OpenStreetMap, et de façon condensée sur cette carte élaborée lors de cette enquête.

      On retrouve également à Marseille la présence de plusieurs Internet Exchange Points (IXP), ou points d’échange d’Internet, des infrastructures physiques où opérateurs télécom, fournisseurs d’accès à internet (FAI) mais aussi entreprises offrant leurs services numériques, se branchent et s’échangent du trafic sans coûts à travers des accords mutuels. Ainsi, comme l’explique Stéphane Bortzmeyer dans L’interconnexion pour les nuls, un client de Sfr qui envoie un mail via sa connexion gérée par son opérateur, donc via des infrastructures terrestres de Sfr, peut interagir avec d’autres clients que ceux de Sfr et même accéder à tout internet. Cette interconnexion, qui se fait essentiellement au sein des IXP, s’appelle aussi le « peering », et constitue, selon l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse en France), « une relation technico-économique au fondement de l’Internet ». L’avantage des IXP réside dans le fait que ce sont des infrastructures souvent gérées de façon non commerciale et neutre, souvent par des structures associatives (comme FranceIX en France parmi d’autres) et qui permettent ainsi l’interconnexion des réseaux sans surcoûts, en optimisant les coûts d’échange, mais aussi la latence et la bande passante. Ces IXP sont très souvent localisés physiquement dans les data centers.

      Il y a au moins 6 points de présence IXP aujourd’hui à Marseille comme on peut le voir sur cette base de données européenne accessible librement. Les IXP marseillais semblent tous localisés dans les data centers de Digital Realty, et on peut voir pour chacun d’eux (onglet Points of Presence) la liste des acteurs numériques qui y sont branchés : TikTok, Google Cloud, Amazon Web Services, Disney+, Netflix, Zoom, la liste des géants habituels est longue. La proximité de ces IXP avec les câbles sous-marins transcontinentaux à Marseille permet une latence et une bande passante optimales, tandis que leur présence au sein même des data centers, au plus près des services numériques qui y exploitent l’espace, est également un argument commercial supplémentaire pour ces derniers. Au niveau national, Paris, avec sa douzaine d’IXP, est avec Marseille le territoire où se trouvent la plupart des IXP, devant Lyon et d’autres grandes métropoles. On trouve les emplacements et les spécificités des IXP dans le monde sur une carte maintenue par Telegeography.

      L’ensemble des câbles sous-marins intercontinentaux, les points d’échanges Internet et les data centers hébergeant les nombreux services numériques des entreprises dominantes mondiales du secteur font de Marseille le deuxième hub numérique français après Paris, et le 7ème au rang mondial, en passe dit-on de devenir le 5ème.
      Data centers : une implantation territoriale opportuniste et des politiques d’État accueillantes

      Partout dans le monde, l’implantation des data centers se fait de façon opportuniste, tirant avantage des spécificités de chaque territoire. Ainsi, à Marseille c’est la présence des câbles sous-marins de liaison Internet transcontinentales, ainsi que celle des grands acteurs des télécoms et des points d’échange Internet. Mais c’est également une opportunité foncière peu chère au sein du territoire du Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), cet établissement public placé directement sous la tutelle de l’État, ayant des missions de service public administratif et de service public à caractère industriel et commercial. En réalité le GPMM est géré comme une entreprise, et ses dirigeants nommés directement par l’État, trouvent dans ces projets d’entrepôts de données numériques une opportunité de mutation lucrative pour son patrimoine immobilier, autrefois occupé par des activités portuaires en déclin. Comme aime à le souligner Christophe Castaner, président du conseil de surveillance du GPMM, le « French smartport de Marseille-Fos […] ouvre la voie au concept de hub maritime des données », et est un port entrepreneur qui « craint avant tout sa désindustrialisation ».

      En Île-de-France, l’implantation des data center se fait essentiellement dans le département de Seine-Saint Denis, en particulier à La Courneuve, Aubervilliers et Saint-Denis, membres de l’établissement public territorial de Plaine Commune, en charge de leur aménagement et développement économique, social et culturel. Autrefois territoire agricole alimentant les Halles de Paris, ces zones sont devenues progressivement industrielles dans les années 60 – 70, se désindustrialisant brutalement à partir des années 90. Les anciennes friches industrielles, à bas prix malgré leur proximité immédiate avec Paris, deviennent alors une opportunité foncière peu chère pour de nouvelles industries telle les data centers et les opérateurs télécoms qui s’y installent en masse depuis les années 2010. On retrouve donc là encore des dynamiques foncières et économiques, poussées par des politiques d’État, similaires à celles de Marseille.

      Mais de façon générale, comme aime le dire l’association France Datacenters, la plus grande association de lobbying en la matière, la France est « la destination idéale », une véritable « data centers nation ». En effet, détaille l’association dans cette vidéo promotionnelle, la France possède des secteurs économiques solides et diversifiés, tels ceux du numérique et des télécommunications, de la finance, de l’automobile ou de l’aéronautique, secteurs moteurs des data centers. Le gouvernement français a, poursuit-elle, lancé de nombreuses initiatives et des financements dédiés à la numérisation des industries (10 milliards dédiés au secteur numérique au cours des dernières années), permettant au secteur des data centers une croissance multipliée par deux entre 2016 et 2021, avec un milliard d’euros d’investissement annuel. Mais aussi et surtout, un foncier peu cher et facilement accessible, une énergie électrique à bas coût (la deuxième la moins chère en Europe, avec une moyenne de 84 euros le mégawattheure en 2020) et à faibles émissions carbone (car majoritairement nucléaire). L’infrastructure réseau de la France, avec son réseau fibré, sa 5G et ses câbles intercontinentaux, est également présentée comme un atout majeur à bas coût d’accès. L’infrastructure électrique française est présentée comme très développée et solide, ayant un coût de maintenance infrastructurelle gratuit pour les data centers, car maintenue par les entreprises publiques RTE et Enedis, qui ont promis un investissement de plus de 100 milliards d’euros d’ici 2035 sur cette infrastructure. Cette vidéo souligne de plus que les industries disposent en France de nombreux avantages fiscaux, et même de financements régionaux pour leur implantation.

      Le lobby des data centers de France peut en effet compter sur des politiques favorables. En 2018, l’Assemblée nationale a voté, sur proposition du député Bothorel, une aide fiscale pour les data centers, consistant à appliquer un tarif réduit à la taxe intérieure de consommation finale d’électricité (TICFE), d’ordinaire de 22,5 euros par mégawattheure (MWh), qui sera alors divisée par 2 pour les data centers, soit 12 euros par mégawattheure, au-delà du premier GWh consommé. En 2019, l’ancien ministre de l’économie Bruno Le Maire, lors de l’inauguration à Pantin d’un data center d’Equinix hébergeant, parmi des géants américains, Docaposte (groupe La Poste) et les serveurs de la SNCF, déclarait :

      Notre ambition c’est que la France soit la première terre d’accueil de data centers en Europe. […] L’installation sur le territoire national de data centers est une nécessité pour accélérer l’accès des entreprises aux outils de la transformation numérique et un enjeu de souveraineté pour maintenir sur le territoire national les données sensibles des entreprises.

      Deux ans plus tard, en 2021, le ministre, accompagné de Cédric O, alors secrétaire d’État chargé du numérique, lançait, dans le cadre du Plan « France Relance », la stratégie nationale d’accélération pour le Cloud :

      Doté de 1,8 milliard d’euros, dont 667 millions d’euros de financement public, 680 millions d’euros de cofinancements privés et 444 millions d’euros de financements européens, […] vise à renforcer le soutien à l’offre de la filière industrielle de cloud française et mise sur l’innovation et les atouts de l’écosystème français du Cloud, […] accélérant le [en gras dans le texte] passage à l’échelle des acteurs français sur les technologies critiques très demandées, telles le big data ou le travail collaboratif […]

      Ce plan a surtout servi les GAFAM et leur implantation plus profonde dans nos territoires. Ainsi, peu après, les français OVH et Dassault Systems concluent un partenariat avec les clouds de Google et Microsoft, que le gouvernement approuve sous couvert de leur localisation dans des data centers en France, pour accueillir des données sensibles. C’est ce qui permettra au Health Data Hub, ce projet de privatisation des données de santé des français, que nous dénoncions en 2021, de continuer à être hébergé par Microsoft en France jusqu’au moins en 2025, malgré de nombreuses contestations de la société civile et d’associations. Orange, quant à lui, a conclu dès 2020 un accord avec le cloud AWS d’Amazon pour « accélérer la transformation numérique des entreprises vers le cloud AWS ». Google, suite à l’annonce du plan stratégique cloud en 2021, déclare alors commencer son plan d’implantation en France, qui est désormais terminé avec succès. Plus récemment, sur le site de l’Élysée, on peut lire l’annonce du dernier plan d’investissement de Microsoft (4 milliards d’euros en France) pour étendre son infrastructure cloud dédiée à l’IA, « le plus important à ce jour dans le pays, pour soutenir la croissance française dans la nouvelle économie de l’intelligence artificielle » salué par Emmanuel Macron qui s’est déplacé pour l’occasion jusqu’au siège français de l’entreprise. On peut y lire :

      Microsoft a ainsi dévoilé l’extension de son infrastructure cloud et IA en France avec l’expansion de ses sites à Paris et Marseille qui doteront le pays d’une capacité allant jusqu’à 25 000 GPU de dernière génération d’ici fin 2025, et l’ouverture de nouveaux sites pour héberger des centres de données de nouvelle génération dans les agglomérations de Mulhouse et de Dunkerque.

      À Mulhouse, le data center dédié IA de Microsoft a déjà commencé à être construit à Petit-Landau, village de 800 habitants, qui possède ironiquement, la distinction de Commune Nature, pour ses « actions orientées vers la préservation de la biodiversité et l’amélioration de la qualité des eaux du bassin Rhin-Meuse ».

      Les data centers : ces mega-ordinateurs bétonnés en surchauffe aux multiples dangers environnementaux

      Un data center, infrastructure pilier de ce qu’on a appelé le « cloud », n’a rien de nuageux, de léger ou de vaporeux. Au contraire, ces grands entrepôts sont des bâtiments bétonnés de plusieurs étages, aux planchers et parois fortifiés, lourds et massifs, pour pouvoir supporter sans risques d’effondrement le poids conséquent des milliers de serveurs qu’ils abritent. Ces serveurs, qui tournent en permanence, utilisent de grandes quantités d’électricité. Ils sont dotés chacun de nombreuses puces et composants électroniques tels des processeurs et cartes graphiques, qui génèrent de la chaleur en quantité. Ces serveurs ont besoin, pour garder un fonctionnement optimal et éviter les pannes, de bénéficier d’une température d’air ambiant ne dépassant pas les 28 degrés Celsius. Bien souvent, par précaution, les data centers ne souhaitent pas dépasser les 23 – 25 degrés. C’est pourquoi ils sont toujours équipés de systèmes de climatisation et de refroidissement de la température ambiante. Il s’agit de systèmes classiques basés sur l’air climatisé par fluides frigorigènes, ou de circuits de refroidissement utilisant la fraîcheur de l’eau. Parfois les deux types de systèmes, par air conditionné et eau, cohabitent dans un data center.

      Les data centers consomment de grandes quantités d’électricité et d’eau. Pour satisfaire ces besoins, ils sont raccordés en France au réseau d’électricité national, et bien souvent aux circuit d’eaux potable de la ville ou des territoires sur lesquels ils se trouvent. C’est le cas par exemple de PAR08, le data center de Digital Realty à la Courneuve, dont le directeur France Fabrice Coquio, surfant lui aussi sur la vague du marketing olympique, aime dire qu’il a été très important à l’occasion des Jeux Olympiques de Paris 2024. Construit au sein d’un complexe de quatre data centers surnommé le « vaisseau spatial », avec une surface totale de 40 000 m² de salles machines (correspondant à 7 terrains de football) et 120 Megawatt de puissance électrique, ce data center est aujourd’hui le plus grand de France. Dans ce rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) d’Île-de-France, PAR08 est pointé du doigt pour son utilisation annuelle massive de 248 091 m3 d’eau, provenant directement du circuit d’eau potable de la ville de Saint-Denis, dans une zone sujette aux sécheresse répétées depuis 2003, comme le pointait cette étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) en 2023 sur « la gestion du risque de raréfaction de la ressource en eau liée au changement climatique dans l’aire urbaine fonctionnelle de Paris ». Cette eau est utilisée par le data center pour son système de refroidissement adiabatique, mais aussi pour la vaporisation des espaces qui doivent garder une hygrométrie optimale. Outre le besoin excessif en eau, le rapport pointe le manque de plan d’aménagement de l’usage de l’eau en cas de crises de sécheresse, obligatoire dans de telles circonstances. Mais la priorité est encore une fois ici politique et économique, et non pas environnementale, ce data center ayant profité du contexte lié aux JOP 2024.

      Ces systèmes de refroidissement à eau sont désormais privilégiés par les constructeurs de data centers dans le monde entier. D’abord parce que les systèmes de refroidissement purement électriques, comme ceux qui opèrent par fluides frigorigènes, sont très énergivores et ont donc un coût économique important. Ensuite, parce que l’eau n’est pas une ressource qui rentre dans le calcul des impacts usuels des data centers sur l’environnement, celui-ci étant en général basé sur la consommation d’électricité et le Power Usage Effectiveness (PUE), ou indicateur d’efficacité énergétique.

      Parfois, ces systèmes de refroidissement, quand ils ne sont pas reliés au réseau d’eau potable du territoire les accueillant, captent directement l’eau potable de nappes phréatiques, de fleuves ou de lacs à proximité. C’est le cas par exemple du data center de Facebook situé sur la ville espagnole de Talaveira de la Reina, dans la région de Castilla-La Mancha en Espagne, que le collectif Tu Nube Seca Mi Rio (« Ton nuage assèche ma rivière ») dénonce, entre autre pour son utilisation de plus de 200 millions de litres d’eau par an, équivalent à la consommation de 4 181 habitant⋅es de la région. Il s’agît ici d’un data center dit « hyperscaler », aux grandes dimensions et capacités de stockage et de traitement des données, sans qu’il y ait un consensus sur la définition. D’une puissance de 248 Megawatt, étendu sur plus de 300 000 m2 de terrain, ce data center géant bénéficie d’un soutien politique national et local. Bien que la zone de son implantation connaisse un fort stress hydrique permanent depuis des décennies, d’abord de par sa situation géographique et son climat quasi désertique, et désormais par la crise environnementale qui l’aggrave, le coût du litre d’eau y est faible. Ici encore, l’implantation des data centers sur le territoire est régie par des impératifs avant tout économiques, et non par des critères sociaux ou environnementaux, car comme le déplore Aurora Gomez du collectif « Ces entreprises extérieures s’imposent et accaparent les ressources. C’est du technocolonialisme ! […] Les autorités restent sourdes à nos alertes et font semblant de ne pas nous voir. ».

      Pour assurer une électrification continue des serveurs, les data centers disposent d’une triple alimentation en énergie. En plus d’être raccordés au réseau électrique, ils disposent également de groupes électrogènes et de leurs cuves de fioul prêts à prendre la relève en cas de coupure d’électricité, et de batteries et autres accumulateurs d’énergie censés assurer les quelques secondes de passage entre réseau électrique et groupes électrogènes. L’ensemble de ces dispositifs (serveurs, refroidissement, cuves de fioul, batteries) est potentiellement dangereux pour l’environnement et les riverain·es : fluides frigorigènes qui sont susceptibles de polluer l’air en cas de fuites, mais aussi nuisances sonores, que ce soit à l’intérieur du bâtiment, du fait des milliers de serveurs qui tournent en permanence avec chacun plusieurs ventilateurs, mais aussi du bruit extérieur et des vibrations causées respectivement par les systèmes réfrigérants placés sur les toits ou par les sous-stations de transformations électriques et les systèmes de générateurs au fioul qui sont testés plusieurs heures par mois. Ces nuisances sonores sont réglementées en France, et les data centers classés ICPE sont toujours concernés et font l’objet d’obligations et de contrôles en la matière, et ont par le passé fait l’objet de plaintes de riverains.
      Une autre source de nuisances environnementales sont les cuves de fioul et les locaux à batteries lithium qui constituent des risques de pollution des nappes phréatiques pour le premier, et des risques d’incendies dans les deux cas. En particulier, les feux de ces batteries au lithium ne sont pas des feux ordinaires : ils sont bien plus difficiles à éteindre et ont une durée bien plus longue, comme l’explique cet article de Reporterre qui relate l’effort démultiplié des pompiers pour éteindre ce type de feu, ou comme l’illustre l’incendie récent d’un data center de Digital Realty à Singapour, lequel rappelle également l’incendie de deux data centers d’OVH à Strasbourg en 2021.

      C’est en raison de tous ces risques que les data centers sont le plus souvent qualifiés d’« Installation classée pour la protection de l’environnement » (ICPE). D’après le site du ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, ce label ICPE recense les établissements « susceptibles de créer des risques pour les tiers-riverains et/ou de provoquer des pollutions ou nuisances vis-à-vis de l’environnement ». Du fait de ce classement, les data centers sont réglementairement soumis à un certain nombre d’obligations et de contrôles de la part du ministère, entre autres à travers les services déconcentrés que sont les DREAL, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, placées sous l’autorité du préfet de région et des préfets de départements.
      Data centers de Digital Realty : fuites répétées de gaz fluorés à fort potentiel de réchauffement climatique

      De nombreuses irrégularités ont été observées par les inspections de la DREAL de Provence-Alpes-Côte d’Azur s’agissant des data centers MRS2, MRS3 et MRS4 de Digital Realty à Marseille. Ces éléments passés sous les radars, révélés récemment par le journal indépendant Marsactu, sont pourtant documentés dans les rapports d’inspections consultables sur la base de données Géorisques.

      L’irrégularité la plus préoccupante concerne le data center MRS3 : depuis 2021, ce dernier fait l’objet de fuites répétées de gaz fluorés, ainsi rejetés dans l’atmosphère. Les services de l’inspection de la DREAL ont demandé à plusieurs reprises au géant américain de prendre les mesures nécessaires pour arrêter ces fuites. Faute de réaction, cela a abouti en octobre 2023, trois ans après les premiers constats de fuites, à une mise en demeure de la société Digital Realty (ex-Interxion) par un arrêté préfectoral n°2023-215-MED. Voici un extrait de cette mise en demeure (consultable en intégralité ici) :

      « Considérant que la société Interxion France [ancien nom de Digital Realty] est autorisée à exploiter un data center, dénommé MRS3, situé sur la commune de Marseille ;
      Considérant que lors de la visite du site en date du 3 mars 2023, l’inspecteur de l’environnement a constaté que les équipements ne sont pas équipés d’un dispositif de détection de fuite fonctionnel ;
      Considérant que ce constat constitue un manquement aux dispositions de l’article 5 du règlement européen n°517/2014 du 16 avril 2014 relatif aux gaz à effet de serre fluorés ;
      Considérant que lors de cette visite il a également été constaté que les dispositions prises par l’exploitant sont insuffisantes pour éviter la survenue de fuites récurrentes de gaz dans l’environnement depuis 2021, ce qui constitue un manquement aux dispositions de l’article 3.2 du Règlement européen n°517/2014 précité ;
      Considérant que les installations de production du froid du site MRS3 ont dû être rechargées, du fait de fuites, par 745 kg de fluide frigorigène R134A depuis 2021, ce qui correspond en équivalent CO2 à une distance de près de 9 millions de kilomètres effectuée avec un véhicule thermique sans malus ni bonus écologique (émissions de CO2 d’environ 120g/km) ;
      […]
      Considérant de plus que, compte tenu de l’absence de système de détection de fuite sur l’équipement, qui réglementairement alerte l’exploitant ou une société assurant l’entretien lorsqu’une fuite entraîne la perte d’au moins 10% de la charge de fluide contenu dans l’équipement, ne permettant pas à l’exploitant de mettre en œuvre les actions correctives limitant l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, il convient d’imposer à l’exploitant les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l’environnement, conformément à l’article L.171-8 du code de l’environnement ; »

      Le fluide frigorigène R-134A dont il est ici question, autrement nommé HFC-134A, est un gaz fluoré qui contribue grandement à l’effet de serre, avec un Potentiel de Réchauffement Global sur 100 ans (PRG100 ou GWP100 en anglais) de 1430. Ces fluides frigorigènes fluorés et leurs effets sur l’environnement sont connus depuis les années 1990, puisqu’à l’époque ils ont été reconnus comme principale cause du trou et de l’amincissement de la couche d’ozone. Certains types de gaz frigorigènes, dont ceux responsables de ce trou, ont déjà été interdits à la circulation. D’autres, dont celui utilisé ici par MSR3, font aujourd’hui l’objet, après les conventions de Kyoto et de Paris sur le climat, de réglementations contraignantes de l’Union Européenne (régulations dites F-Gas I, II et III). Celles-ci visent à interdire progressivement mais entièrement d’ici 2030 ces gaz fluorés polluants, alors que de nouveaux types de gaz fluorés non polluants sans effet de serre sont déjà largement commercialisés depuis plusieurs années.

      En partant du calcul de la DREAL ci-dessus, qui fait correspondre ces fuites répétées depuis 2021 à un équivalent CO2 rejeté dans l’atmosphère de 9 millions de km effectués en voiture thermique, nous estimons que cela correspond également à (9M 0,120 kgCO2eq) 1 080 tonnes équivalent CO2 émises depuis 2021. Nous pourrions continuer les calculs d’équivalence et ramener cette quantité à l’émission par nombre d’habitants, par nombre de piscines au par nombre de vols Paris-New-York que cela représente. Mais ce qui nous préoccupe ici, c’est le fait que ce géant américain, tout en se permettant de polluer, multiplie les déclarations de greenwashing dans la presse, en bénéficiant de surcroît d’un climat politico-médiatique fait de louanges et de connivences de la part des préfets, élus de la ville et dirigeants de la région, alors même que les services de l’État alertent sur ces pollutions. Ainsi, la présidente de la métropole Aix-Marseille, Martine Vassal, adressait ses voeux de nouvelle année en janvier 2023 depuis MRS3, le data center mis en demeure peu de temps après. Plus récemment, l’adjoint au numérique responsable de la ville de Marseille, Christophe Hugon (Parti Pirate), accompagné de représentants du préfet de région, de la présidente de la métropole et du président de la Région Sud, tenaient pour leur part des discours élogieux à l’égard de Digital Realty, prenant la pose ensemble lors de l’évènement presse organisé par l’entreprise au palais du Pharo pour célébrer le dixième anniversaire de sa présence sur Marseille.

      Ces fuites de gaz fluoré ne sont pas les seules irrégularités constatées par les services de la DREAL au cours des différentes inspections portant sur les data centers de Digital Realty à Marseille. Le data center MRS2, à proximité immédiate de MRS3 et du futur MRS5, est ainsi à l’origine d’incidents de fuites de fluides frigorigènes fluorés qui n’ont pas été déclarées aux autorités, alors même que ces déclarations sont obligatoires au-delà d’une certaine quantité, comme le soulève le rapport d’inspection de la DREAL de mars 2023.

      Par négligence, Digital Realty est donc responsable d’émissions répétées de gaz à effet de serre. Cette négligence aggravée, voire cette faute intentionnelle compte tenu du fait que l’exploitant a été mis au courant dès 2021 et que ces fuites se sont répétées par la suite, devrait suffire à mettre un coup d’arrêt aux déploiements en cours de Digital Realty. Or, c’est le contraire qui se produit. A Marseille : le projet de construction du data center MRS5 vient d’obtenir un avis positif de la part des autorités environnementales, de la ville et de la préfecture, et même du commissaire en charge de l’enquête soi-disant publique, et ce malgré une trentaine d’avis négatifs d’associations d’habitantes et habitants, d’organisations environnementales telle France Nature Environnement, d’élues et du collectif Le nuage était sous nos pieds qui répondaient à cette enquête.

      Nous sommes d’autant plus interpelées par la lecture des rapports de la DREAL que, à travers la voix de son président en France Fabrice Coquio, Digital Realty se vante largement dans les médias, dans la presse spécialisée et dans les conférences techniques des industriels des data centers de l’exemplarité environnementale de MRS3 (le site mis en demeure) et de MRS4. À l’en croire, ces sites industriels seraient des modèles du genre en termes écologiques, des « data centers verts » grâce notamment au système de refroidissement dit « river cooling » dont ils sont dotés, mais qui n’a visiblement pas empêché cette pollution considérable par gaz fluorés. Qui plus est, cette pollution a été dissimulée par F. Coquio et les autres dirigeants de Digital Realty. Un « data center vert » aux 1080 tonnes de CO2 de pollution en gaz fluorés émis depuis trois ans par négligence intentionnelle, voilà la réalité que Digital Realty et les pouvoir politiques locaux, cachent et habillent de greenwashing.
      Le river-cooling : privatisation et accaparement de ressources en eau de qualité potable

      La « Galerie à la Mer », construite en 1905, permet d’évacuer le trop plein d’eau des anciennes mines de charbon de la ville voisine de Gardanne, située plus au Nord. Ce trop plein est versé dans la Méditerranée au niveau de Cap Pinède à Marseille. Gérée depuis 2007 par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), l’autorité nationale de service géologique, la Galerie est composée d’une partie supérieure, utilisée pour évacuer les eaux d’exhaure (ferrugineuses) de l’ancienne mine vers la mer, et d’une partie inférieure, dite « cunette », qui permet de collecter et évacuer les eaux de ruissellement et d’infiltrations provenant du Massif de l’Étoile à proximité. D’après le document de conclusion à l’enquête publique en 2018, écrit par le commissaire enquêtaire en charge, l’eau de la cunette est une eau « de très bonne qualité » et de « qualité potable » pouvant donc servir à la population ou de réserve stratégique en cas de besoin, dans une région sujette aux sécheresses.

      En 2018, l’entreprise Digital Realty a obtenu de la Préfecture l’autorisation de détourner pour une durée de sept ans les eaux de la cunette de la Galerie à la Mer, afin de les récupérer pour refroidir son data center MRS3. Les eaux fraîches de cette cunette, qui sont à 15,5 degrés Celsius toute l’année, sont ainsi captées et injectées dans un circuit de refroidissement dans le data center, pour échanger leurs « frigories » contre des « calories » dans des « échangeurs thermiques ». Elles repartent ensuite, réchauffées à environ 27 degrés, dans la Galerie à la Mer, à destination de la Méditerranée au niveau de Cap Pinède. Ce système est appelé « river-cooling ».

      Tandis que le dirigeant en France de Digital Realty, Fabrice Coquio, proclame dans une vidéo promotionnelle, que le rejet d’eau chaude dans la Méditerranée « n’a aucun impact sur la faune et la flore », les conclusions de l’enquête publique précédemment citée, soulignaient dès 2018 des inquiétudes relatives aux effets du rejet de ces eaux chaudes dans le milieu marin, pointant notamment les « risques d’eutrophisation » (déséquilibre du milieu provoqué par l’augmentation de la concentration d’azote et de phosphore) entraînée par les rejets d’eau rechauffée de la Galerie à la mer, risques accrus en période estivale. Mais, d’après l’enquête, bien d’autres impacts sont méconnus à ce jour, comme par exemple « l’éventuelle prolifération des algues filamenteuses ». Il faut par ailleurs noter que ce rapport se basait sur des estimations proposées par Digital Realty à 23,4 degrés, et non pas les 27 degrés effectivement constatées depuis la mise en place du système. Malgré ces alertes, le river cooling d’abord mis en place pour MRS2 et MRS3, n’a pas été mis en pause, mais au contraire étendu aux data centers MRS4 et MRS5. La question des eaux réchauffées par ces data centers et renvoyées dans le milieu marin, dans un contexte où le réchauffement des mers entraîne des taux de mortalité importants dans les communautés biotiques sous marines, n’est pas prise en compte. Aucun suivi ni mesures sérieuses des effets de ce rejet ne sont aujourd’hui publiées, d’après les collectifs locaux tels le collectif des Gammares ou l’association des habitants du 16ème arrondissement dont nous parlerons plus bas, directement concernés par ces enjeux.

      Ainsi, dès 2018, lors de l’enquête publique relative à la construction du river cooling pour MRS3, plusieurs communes se situant sur le tracé de la Galerie à la Mer entre Gardanne et Marseille avaient émis des réserves sur l’accaparement de l’eau publique par une entreprise et proposé d’autres usages pour ces eaux. Les conclusions de l’enquête allaient même dans ce sens, pointant que l’eau potable devait en premier lieu servir l’intérêt général. La commune de Septème-les-Vallons demandait par exemple que soit priorisée la possibilité de pomper une partie des eaux potables de la Galerie à la Mer pour le soutien de l’activité agricole et de la biodiversité et pour le déploiement de dispositifs de prévention des incendies (DFCI). La ville de Mimet demandait aussi à pouvoir utiliser cette réserve d’eau douce. Le collectif des Gammares à Marseille, qui analyse en profondeur les enjeux de l’eau à Marseille, pointe ainsi ces enjeux en septembre 2024, dans sa réponse à l’enquête publique sur la construction de MRS5, qui utilisera lui aussi le river cooling :

      « Alors que les hydrologues enjoignent à la sobriété et régénération des cycles naturels de l’eau, le choix de refroidir les data centers pour que des géants du numérique puissent louer des espaces pour leurs serveurs ne nous parait pas d’intérêt général.
      Dans un contexte d’accroissement des épisodes climatiques extrêmes ayant pour cause le réchauffement climatique, où les sécheresses s’intensifient et se produisent de plus en plus régulièrement en Région Sud et ailleurs, mettant en cause l’approvisionnement en eau potable ou à usage agro-alimentaire, il serait urgent à ce que soient systématisées et publiées toutes les enquêtes portant sur cette ressource commune qui est l’eau et nous considérons que les eaux doivent être autant que possible allouées à des usages d’utilité publique ou pour les milieux qui en ont besoin. ».

      Détourner des eaux fraiches de qualité potable pour refroidir gratuitement ses data centers et rejeter de l’eau réchauffée en mer : voici donc le river cooling de Digital Realty à Marseille.
      Le river cooling : du greenwashing mensonger financé par de l’argent public

      Ce river cooling est devenu un argument phare de la communication de Digital Realty, en France et dans le monde entier. Dans la presse généraliste il est présenté comme une « solution innovante verte minimisant l’impact écologique » de l’entreprise. Dans la presse spécialisée, Digital Realty se vante d’utiliser de l’eau gratuite d’une installation publique. Ce n’est pas uniquement l’eau qui est gratuite pour l’entreprise. L’État français a financé en partie les travaux de détournement des eaux de la Galerie à la Mer vers les data centers de Digital Realty, à travers deux subventions publiques. Sur un total d’à peu près 15 millions d’euros d’investissements, la Région Sud a ainsi apporté 800 000 euros, tandis que l’Agence publique de la transition écologique, l’ADEME, a subventionné le projet à hauteur d’1,9 millions d’euros au nom du fond de « décarbonation de nos industries ».

      Dans le dossier de maîtrise d’ouvrage inclus dans les conclusions du commisaire rapporteur, déposé en 2018 par Digital Realty, on peut lire que le système de « river cooling » permettrait de réduire de 90% la consommation d’électricité destinée au seul refroidissement de ses data centers marseillais. En septembre 2024 son dirigeant Fabrice Coquio parle d’une réduction de 30% de la consommation totale d’électricité de l’ensemble des data centers à « river cooling » grâce à ce système. Or, pour son prochain data center en construction MRS5, selon les chiffres donnés par l’entreprise lors de l’enquête publique du projet, on constate que le « river cooling » permettra de réduire de seulement 4,33% la consommation totale en électricité (calcul d’après les données page 107 : (241 133 856 kWh – 230 695 705 kWh) / 241 133 856 kWh 100). En effet, la dépense d’énergie la plus importante d’un data center se situe au niveau des serveurs. Ces derniers occupent 79 à 83 % de l’énergie totale du data center MRS5 d’après l’entreprise (page 107 du dossier précité).

      La dépense énergétique de ces data centers qui s’agrandissent et s’étendent sans cesse, malgré des optimisations à la marge via des méthodes comme le « river cooling » est globalement nettement en hausse, et c’est là une tendance globale. Ces optimisations sporadiques, baissent les coûts pour l’entreprise tout en lui permettant de garder un potentiel commercial constant ou grandissant, et sont donc intéressantes pour elles, mais se font toujours et encore à travers l’accaparement de nouvelles ressources qui peuvent servir les habitantes et habitants.

      La communication de Digital Realty laisse également entendre que le « river cooling » serait l’unique système de refroidissement des data centers. Ce qui s’avère faux à la lecture de ce rapport. Ce système ne remplace pas les systèmes de refroidissement par air conditionné à fluides frigorigènes, qui causent les fuites de gaz fluorés mentionnées plus haut dans l’article, mais vient s’y ajouter. Le refroidissement des data centers de l’entreprise à Marseille ne se fait qu’en petite partie par « river cooling ». Mais le plus grave dans la communication mensongère du dirigeant de Digital Realty est le fait qu’il prétend que l’eau utilisée pour le river cooling serait de l’eau sale provenant des mines de Gardanne, comme il le répète dans les médias et la vidéo promotionnelle avec Jamy citée plus haut. C’est faux, comme le montre d’ailleurs, cette vidéo d’Interxion (ancien nom de Digital Realty) trouvée sur un compte Viméo d’une employée de l’entreprise, vidéo qui explique bien la construction du river-cooling et son utilisation de l’eau de la nappe phréatique récoltée dans la cunette.

      De l’argent public utilisé pour financer les data centers d’un géant américain côté en bourse, utilisant une ressource commune précieuse, l’eau de qualité potable, tout en rejetant des gaz fluorés à fort impact de réchauffement climatique, voilà la réalité des data centers de Digital Realty aujourd’hui à Marseille. Le plus ironique est que c’est précisément ce river cooling que l’Etat a aidé à financer, qui sert aujourd’hui d’argument de greenwashing médiatique mondial à cette entreprise.

      Accaparement de l’énergie électrique au détriment de projets d’intérêt commun à urgence environnementale

      Bien que l’électricité, majoritairement issue de la filière nucléaire, soit présentée comme « verte » en France, elle est bas carbone, mais pas neutre en carbone. En effet, l’intensité carbone de l’électricité en France est de 32 gCO2eq par kilowatt-heure d’après le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France RTE. Nous n’allons pas ici calculer les émissions CO2 dues à l’utilisation massive d’énergie électrique par l’ensemble des data centers marseillais. Nous n’avons aucun doute quant au fait que cette consommation est considérable, et qu’elle est également grandissante. En effet, nous constatons partout en France et dans le monde une tendance au lancement de projets de data centers de plus en plus grands et de plus en plus énergivores. Les data centers de type « hyperscaler » se multiplient partout, et les prévisions ne vont qu’en augmentant avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle, qui crée un effet de passage à l’échelle multiple. En effet l’Intelligence Artificielle demande des serveurs dotés de puces dédiées et de cartes graphiques puissantes, consommant plus, chauffant plus, nécessitant des systèmes de refroidissements dédiés, modifiant en profondeur les bâtiments et la globalité de la structure d’un data center. Ce qui nous intéresse ici ce sont les effets systémiques de ces infrastructures et de ce numérique qu’on nous impose, les effets rebonds qu’ils génèrent sans cesse et qui ne sont jamais débattus.

      Les data centers de Digital Realty à Marseille utilisent l’énergie électrique disponible que les deux gestionnaires de réseau et de transport énergétiques nationaux, RTE et Enedis, sont en capacité d’acheminer à Marseille, avec les infrastructures électriques actuelles. Plutôt qu’une simple « utilisation », il s’agit d’un véritable accaparement. Car l’énergie électrique nécessaire à ces data centers est captée au détriment de projets d’intérêt commun à urgence environnementale de la ville. Dans leur rapport « L’impact spatial et énergétique des data centers sur les territoires » les chercheuses Fanny Lopez et Cécile Diguet notaient un premier conflit d’usage en 2012, au détriment de l’électrification des bus municipaux à Marseille (p. 62) :

      « Pour Brigitte Loubet, conseillère spéciale chaleur de la DRIEE, comme pour Fabienne Dupuy, adjointe
      au Directeur territorial Enedis en Seine-Saint-Denis, les demandes des data centers peuvent être
      bloquantes pour les territoires. La commande d’électricité se résumant à : premier arrivé / premier servi,
      des files d’attentes se constituent sur différents sites. […] C’est l’exemple de Marseille, où le maire Jean-Claude Gaudin a dû négocier avec Interxion pour récupérer 7 MW « parce qu’ils avaient oublié de les
      réserver pour leurs bus électriques » » .

      C’est à nouveau le cas aujourd’hui pour l’électrification des quais au Grand Port Maritime de Marseille, électrification qui permettrait aux nombreux navires de croisière, ferrys de lignes reliant la ville à la Corse ou à d’autres villes de Méditerranée, et au Chantier Naval de Marseille de se brancher électriquement lors de leurs escales, évitant ainsi le rejet dans l’atmosphère d’une pollution considérable due à la combustion de fioul. Cette pollution aux oxydes d’azote (NOx) et autres particules nocives a des effets immédiats sur la santé des habitantes et habitants les plus proches, mais aussi sur l’ensemble des habitant⋅es de la ville, ville où l’on comptabilise tous les ans environ 2 500 morts de pollution d’après les autorités de santé. Cette électrification en plusieurs étapes, entamée depuis de longues années, est insuffisante pour accueillir la croissance du flux estival des bateaux, Marseille étant devenue une ville où le tourisme pollueur par croisières n’a de cesse d’augmenter comme le constate et déplore l’association Stop Croisières.

      De surcroît, cette électrification est sans cesse repoussée ou ralentie. Lors de sa réponse à l’enquête publique en vue de la construction de MRS5, la fédération des Comités d’intérêts de Quartier du 16ème arrondissement de Marseille qui regroupe les associations des habitantes et habitants, demandant un arrêt de la construction de tous les data centers de la ville, écrit :

      « […] les riverains sont confrontés aux pollutions atmosphériques des navires et aux nuisances sonores des activités portuaires. Le directeur général adjoint du GPMM a estimé la puissance électrique encore nécessaire aux activités du port et à l’électrification des quais à 100 à 120 MW. […] La puissance totale des data centers actuels s’élève à 77 MW, […] la puissance totale des data centers programmés est de 107 MW. Les data centers de Digital Realty situés dans l’enceinte du GPMM sont alimentés par le poste source de Saumaty, situé dans quartier de Saint-André. Le futur data center de Segro situé à Saint André sera lui alimenté par le poste source de Septèmes-les-Vallons situé à 11 km. Le poste source de Saumaty serait-il saturé ? … L’electrification des quais du Chantier Naval de Marseille dans le GPMM est repoussée à 2029. Les data centers seraient-ils servis avant le GPMM ? ».

      Ce conflit d’usage d’électricité entre data centers et électrification des quais de navires, c’est la mairie elle-même qui le constate dans sa délibération au conseil municipal d’octobre 2023, votant également la constitution d’une commission régulatoire sur les data centers. Cette commission semble parfaitement insuffisante. C’est également ce que pointe Sébastien Barles, adjoint en charge de la transition écologique de la ville de Marseille. Ce dernier demandait un moratoire sur les data centers de la ville, moratoire qui a été écarté, alors qu’il constitue une étape indispensable pour avancer vers un début de maîtrise de ces infrastructures en pleine expansion. Par ailleurs, peu de choses sont aujourd’hui révélées par la mairie autour de cette commission régulatoire de la ville — dont feraient partie, autres autres, le dirigeant de Digital Realty et l’adjoint du Parti Pirate élogieux à son égard, Christophe Hugon. Ce manque de transparence n’est pas nouveau, la mairie de Marseille et en particulier C. Hugon, adjoint également à la transparence et l’Open Data de la ville, ayant déjà été pointé du doigt dans notre campagne Technopolice, pour son hypocrisie politique mais aussi pour son manque de transparence et son défaut de réponse aux demandes d’accès aux documents administratifs, qui sont pourtant un droit et une obligation constitutionnelle.
      Îlots de chaleurs urbains

      Ces data centers qui s’accumulent sur le territoire de Marseille sont de véritables « grille-pains en surchauffe » pour reprendre les termes de Laurent Lhardit, adjoint à la mairie de Marseille en charge du dynamisme économique, de lʼemploi et du tourisme durable.

      En effet, les lois de la thermodynamique font que la chaleur qu’on évacue des serveurs de ces data centers ne disparaît pas, mais se retrouve rejetée dans l’air entourant les bâtiments, dans les nuages, les vrais, ou dans l’eau de mer réchauffée par le river cooling. Dans une ville au climat chaud comme Marseille, sujette à des épisodes caniculaires de plus en plus nombreux, il est inquiétant de continuer à ignorer ce problème qui devient vital. Les scientifiques alertent déjà sur les effets que ces pics de chaleur répétés ont sur la vie humaine, et sur le fait qu’à plus ou moins court terme, des régions entières de notre planète et de l’Europe deviendront progressivement inhabitables en raison de cette chaleur insoutenable (voir par exemple cet atlas de prévisions des chaleurs mortelles à venir dans le monde).

      Il est grand temps de penser l’urbanisme en priorisant les espaces verts, avec des végétaux qui rafraîchissent et créent de l’ombre pour rendre les villes plus habitables, moins nocives pour la santé, plus soutenables face aux changements environnementaux en cours.

      Récupération de « chaleur fatale » ou comment faire perdurer le statu quo écocidaire

      L’utilisation de la « chaleur fatale » consiste en la récupération de la chaleur émise par les data centers, qui deviendraient alors, dans un idéal d’économie circulaire technomagique, des sortes de chaudières numériques capables de chauffer des immeubles ou des piscines olympiques. En réalité, ces projets de récupération de chaleur dite « fatale » (parce qu’elle est inévitable), ne sont pas toujours efficaces ni même possibles. Pour que cela fonctionne, il faudrait que la récupération de chaleur se fasse au plus près de la source, donc du data center, car plus la distance augmente, plus les pertes seront significatives. Mais compte tenu du bruit et des autres nuisances atmosphériques générées par un data center, réchauffer des immeubles habités ne semble pas très attrayant. Sans considérer le fait que, dans des villes aux climats chauds comme Marseille, la chaleur récupérée ne serait utile que peu de mois dans l’année, la chaleur dégagée par ces data centers devenant problématique la majorité du temps. Ainsi, un rapport de l’Uptime Insitute concluait en 2023 que les cas où cela peut être efficace sont rares, non systématiques, situés dans des zones de climat froid, et peuvent même parfois être contre-productifs (traduit de l’anglais) :

      La possibilité de réutiliser la chaleur résiduelle des centres de données est généralement limitée aux climats plus froids et peut nécessiter des connexions à des systèmes de chauffage urbain ou à des sites de fabrication. La disponibilité de ces connexions et/ou installations est fortement concentrée en Europe du Nord. La configuration d’une installation pour la réutilisation de la chaleur perdue augmente souvent la consommation d’énergie (puisque des pompes à chaleur sont nécessaires pour augmenter la température de la chaleur sortante), mais peut réduire les émissions globales de carbone en réduisant l’énergie qui serait autrement nécessaire pour le chauffage.

      Mais le vrai problème, encore une fois, n’est pas technique. Ces systèmes étant coûteux et n’ayant aucun intêrét commercial pour les data centers, ces derniers préfèrent largement y échapper, ou alors promettre constamment qu’ils les mettront en place dans un futur proche. C’est exactement ce que le lobby France Datacenter s’est employé à faire en 2022, comme le montre le registre obligatoire de déclaration de leurs acivités de lobbying auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), où nous pouvons lire, parmi d’autres actions de diminution de taxation ou d’échappement à des obligations de pollueurs :

      Liste des fiches d’activités
      […]
      Retirer un amendement au projet de loi énergies renouvelables visant à rendre obligatoire la réutilisation de chaleur fatale.

      Cette activité a été un succès, l’amendement rendant obligatoire la récupération de chaleur fatale a été retiré du projet de loi énergies renouvelables, au profit de « mesures incitatives » qui ont consisté, depuis 2015 au moins, à faire financer par des fonds publics, via notamment l’ADEME, les travaux de récupération de chaleur fatale qu’un data center aurait l’amabilité d’entreprendre. Les quelques cas existants servent, comme dans le cas du « river cooling », de greenwashing monté en exemple et surpublicisé. Mais cela permet aux industriels de continuer à profiter des territoires sans limites, en faisant croire que des solutions technomagiques sont possibles, tout en s’employant à repousser les obligations réglementaires qui les contraindraient à les mettre en place. Les États, quant à eux, sont tout entiers à leur service.
      Une croissance exponentielle, un extractivisme colonial sanglant

      Si l’ensemble des data centers de Digital Realty à Marseille, MRS1 à MRS5, ont une puissance électrique maximale de 98 Megawatt (16+16+24+20+22), le prochain data center de Digital Realty à Bouc-Bel-Air, MRS6, aura une capacité de 50 mégawatts à lui tout seul. Celui de PAR08 à la Courneuve, le plus grand actuellement en France, toujours de Digital Realty, a une capacité de 120 MW. Celui qui doit être construit à Dugny, en Seine-Saint Denis, toujours par Digital Realty et qui sera le futur plus grand data center de France, aura une capacité de 200 mégawatts, soit l’équivalent de 20% de la puissance d’un réacteur nucléaire EPR. L’empreinte du numérique était estimée à 2,5% de l’empreinte carbone annuelle de la France en 2020, et les data centers représentaient environ 16% de cette empreinte carbone totale du numérique selon l’Ademe et l’Arcep. Cette empreinte du numérique devrait doubler d’ici 2040 et les data centers pourraient y jouer un rôle majeur selon un avis d’expert de l’Ademe en octobre 2024.

      À l’échelle mondiale, les data centers hyperscales constituaient déjà en 2022, 37% de la capacité mondiale des data centers, et devraient en représenter 50% en 2027, cette part augmentant régulièrement. D’autre part, le besoin en eau de ces « hyperscales » augmente régulièrement. Sous la pression des pouvoirs publics en 2023, Google révélait que ses centres de données, aux Etats-Unis uniquement, utilisaient plus de 16 milliards de litres d’eau par an pour leur refroidissement. On apprenait également récemment que ses émissions de CO2 ont grimpé de 48% au cours des 5 dernières années et son usage en eau devrait augmenter de 20% encore d’ici 2030. Microsoft, quant à lui, a vu l’utilisation en eau de ses data centers augmenter de 34% en 2022 seulement, à cause de son usage de l’IA, et on peut voir la pléthore d’annonces d’investissements dans la construction de nouveaux data centers dédiés à l’IA, qui laisse présager une croissance à venir encore plus forte et inquiétante.

      Mais ces calculs institutionnels ou provenant des géants numériques, purement basés sur l’énergie électrique et son empreinte carbone, et parfois sur la consommation d’eau pour le refroidissement, ne prennent pas en compte la totalité des conflits et des accaparements de vies et de ressources vitales que ce numérique cause pour exister et s’accroître. En commençant par la phase d’extraction des nombreux minéraux qui composent les puces des processeurs et des cartes graphiques que ces data centers renferment par milliers. Génération Lumière, une association écologiste qui agit à la fois en France et en République démocratique du Congo (RdC), dénonce depuis des années un extractivisme sans scrupules de minéraux stratégiques pour nos industries numériques. En effet, la RdC renferme 70 % du cobalt mondial, utilisé pour fabriquer les batteries lithium de nos voitures électriques, de nos smartphones, et des data centers. La RdC est aussi une terre d’extraction de coltan, de cuivre, d’or, des minéraux utilisés pour les puces électroniques. Et cette extraction qui sert les industries numériques ainsi que les géants tels Apple, Nvidia (fabricant de puces graphiques) et désormais même Google, Amazon et Microsoft, est démultipliée par l’arrivée de l’IA, qui s’insère partout dans les appareils et les serveurs. Or, cette extraction se fait, comme le dit Génération Lumière, « avec notre sang », et crée en République démocratique du Congo, outre les prob lèmes dus au minage lui-même qui se fait dans des conditions inhumaines d’exploitation des travailleurs, de nombreux conflits et massacres sur le territoire.

      Ces calculs institutionnels laissent également de côté, ou ignorent à dessein, les enjeux de la fabrication des puces électroniques, de la purification des minéraux posés sur les wafers, sortes de galettes de silicium, jusqu’à leur devenir puces. L’association StopMicro, qui lutte contre l’accaparement des ressources et les nuisances causées par les industries grenobloises, et en particulier celles de la microélectronique de Soitec et de STMicroelectronics, nous rappelle ainsi que : « Derrière le dérèglement climatique et les injustices socio-environnementales, il y a des décisions politiques, des entreprises et des intérêts économiques qui conditionnent nos choix de société ». Dans ses nombreuses brochures d’analyses et dans le livre « Toujours puce » qu’elle vient de publier, l’association mène une enquête technique, sociale, politique et environnementale poussée, à la place des pouvoirs publics pourtant chargés de le faire. En prenant l’exemple de son territoire, elle explique comment on s’accapare et pollue de l’eau potable pour fabriquer des gourdes connectées avec les puces de STMicroelectronics ou Soitec, quand ce n’est pas pour équiper des armes qu’on exporte au service des guerres coloniales en cours.

      Ce numérique n’est pas le nôtre

      En regardant la liste des principaux clients de Digital Realty, nous retrouvons en masse des acteurs aux pratiques numériques contestables vis à vis des droits fondamentaux et des réglementations en vigueur. Fabrice Coquio, président de Digital Realty France, déclarait il y a peu « Sans nous, il n’y a pas d’Internet », avant de lister une bonne partie des clients de ses data centers marseillais : Facebook, Amazon, Microsoft, Netflix, Disney+, Zoom, Oracle, Youtube… Le data center MRS3, où se sont produits des rejets répétés de gaz fluorés hautement polluants, abrite en son sein les services « cloud » de Microsoft déployés dans les mairies, écoles, collèges, lycées et universités publiques, forçant tout élève dès son plus jeune âge à la création de comptes Microsoft sans grand moyen de s’y opposer.
      Sticker « Le nuage était sous nos pieds » collé sur un poteau. Photo prise lors de la balade du festival Le Nuage était sous nos pieds le 9 novembre 2024. Autocollant fabriqué lors d’un atelier organisé par le hackerspace transféministe Fluidspace à Marseille.

      Comme en atteste également le travail de La Quadrature du Net depuis ses débuts il y a plus de 15 ans, à travers notamment sa campagne d’actions de groupe contre les GAFAM, ces acteurs ont monopolisé et fait d’Internet un espace commercial géant, où règnent les violences faites aux communautés minoritaires et les discriminations en tout genre. Ces acteurs, qui utilisent en toute illégalité et immoralité nos données personnelles pour nous imposer de la publicité, polluent nos espaces en ligne et nos cerveaux, et s’accaparent notre attention à coup d’algorithmes jouant sur nos biais cognitifs et visant à susciter des dépendances psychologiques. Cette publicité est aujourd’hui coupable à son tour de l’aggravation de la crise environnementale, de par la surconsommation et le modèle insoutenable qu’elle engendre et qu’elle alimente en permanence. Couplée à l’obsolescence marketée et organisée sur tout objet de consommation, qu’il soit numérique ou non, aidée et rendue possible par les infrastructures industrielles numériques polluantes, cette publicité que les GAFAM et les géants numériques contrôlent en grande majorité est une des causes majeures de l’aggravation de la crise socio-environnementale et systémique en cours.

      L’argent public que l’État met si facilement dans les mains de tels industriels pollueurs, comme l’illustrent le fond de « décarbonation de nos industries » mentionné plus haut de même que les différents contrats publics conclus avec ces géants numériques, est ainsi distribué au détriment de projets publics à intérêt commun telle l’électrification des équipements publics, la constitution de réserves d’eau, ou encore l’air que nous respirons et la ville où nous habitons. Ces projets d’intérêt général, parfois littéralement vitaux, sont laissés de côté car la priorité est constamment donnée à la croissance numérique, qui passe par l’installation croissante de data centers et d’autres types d’infrastructures numériques.
      Ce monde-là n’est pas le nôtre

      Ce numérique de la domination, dont les câbles et les data centers sont la colonne vertébrale, imposé par la vision hégémonique de la Silicon Valley et par des politiques étatiques complices de géants sans scrupules, n’est pas le nôtre.

      Cet Internet qui reproduit les dynamiques coloniales et qui repose sur l’accaparement des ressources du sol, des minerais, de l’eau, de nos territoires, mais aussi de nos corps et espaces mentaux, structuré autour de la collecte massive de données sur nos vies, source infinie de pouvoir et de profit, n’est pas le nôtre. Ce numérique qui renforce les dominations et les inégalités, fondé sur la normativité de nos comportements, sur la police prédictive et la prise de décisions automatisées, destiné à nous contrôler et à nous surveiller, pour mieux réprimer notre colère légitime, n’est pas le nôtre. Ce numérique responsable à son tour de la crise socio-environnementale sans précédent qui nous traverse, n’est pas le nôtre et nous devons le refusons.

      Notre monde à nous est un monde de soin, soin pour soi-même, pour les unes et les autres, et pour la Terre. Notre monde numérique à nous est celui d’un autre numérique, qui nous aide à nous protéger de la surveillance et des oppressions, qui nous aide à porter des savoirs communs et d’entraide, qui nous permet de hacker, bidouiller et créer des outils, des serveurs alternatifs, des réseaux décentralisés, pour mieux s’organiser et lutter pour que d’autres mondes soient possibles.

      ►https://www.laquadrature.net/2024/11/20/accaparement-du-territoire-par-les-infrastructures-du-numerique

    • Le nuage était sous nos pieds

      On a cru pendant longtemps que les données volaient dans les airs. Des grappes de bits dans l’éther du « cloud » qui, imperceptiblement, se faisaient mail ou vidéo une fois l’ordinateur allumé. Et puis on a regardé sous nos pieds. La plaque en fonte Pont-à-Mousson. La trappe dans le goudron, nommée « regard », estampillée « télécom », où se lovent les câbles qui transmettent les informations à l’échelle mondiale. Un fil dont l’âme est de verre et qui transmet les données à la vitesse de la lumière. Sous nos pieds, la prolongation terrestre de grands câbles sous-marins, autoroutes qui relient et contournent les continents. Sur nos plages, leurs chambres d’atterrissement.

      Au point de croisement de ces « autoroutes de l’information » : les data centers. Ces méga-ordinateurs bétonnés renferment des milliers de serveurs qui rendent possible le technocapitalisme : le trading à haute fréquence, la publicité et le pistage de données personnelles, la smart-city, l’agriculture connectée, la surveillance algorithmique via intelligence artificielle. Des « services » à n’en plus finir, imposés, marchandés, marketés, pour mieux accaparer nos territoires et nos vies, sous l’égide des plus grandes multinationales de ce monde.

      Puis, dans ces serveurs, des millions de puces et composants électroniques, des puces faites de minéraux : du silicium, du gallium, de l’or, du cuivre, du coltan, du lithium, du cobalt … À nouveau sous nos pieds, on déchire la terre pour en extraire ce qui depuis longtemps sommeille. Une extraction qui a le prix du sang, entachée des conflits qu’elle déclenche dans les pays où l’industrie numérique rejoue encore et toujours la colonisation. Ces minerais qui deviennent puces, qui deviennent gadgets, qui deviennent armes et autres instruments au service des pouvoirs politiques et industriels.

      Il n’y a pas de fatalité au « tout numérique ». Nous pouvons reprendre le contrôle. Nous devons nous organiser pour résister et mettre un terme à la destruction socio-environnementale que la trajectoire dominante de l’informatique occasionne. Nous pouvons, toutes ensemble, imaginer d’autres mondes possibles.

      ▻https://lenuageetaitsousnospieds.org

  • A Limoges, une centaine d’individus ont attaqué des véhicules dans la nuit de vendredi à samedi
    ▻https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/19/a-limoges-une-centaine-d-individus-ont-attaque-des-vehicules-lors-d-affronte

    Une centaine d’individus cagoulés et armés ont attaqué des véhicules en circulation dans la nuit de vendredi 18 à samedi 19 juillet, à Limoges. Des affrontements avec les forces de l’ordre ont par ailleurs fait dix blessés parmi les policiers, ont fait savoir la préfecture et le parquet.
    Les faits se sont produits vers 1 heure du matin, à proximité du quartier populaire du Val de l’Aurence, où « une centaine de personnes » ont bloqué la RN 141 menant à Angoulême et s’en sont pris aux véhicules, « principalement par des tirs de mortiers », selon la préfecture.

    Neuf des dix policiers blessés souffrent d’acouphènes, et le dixième d’une blessure à une main, selon le parquet de Limoges.

    [...]

    « Des véhicules ont été visés, mais nous n’avons pas connaissance de blessés » à ce stade, a souligné la [Procureure de la République]

    #police #quartiers

  • Mieux s’alimenter pour moins cher, l’objectif des supermarchés et réseaux d’achat coopératifs

    #Supermarchés_coopératifs et #groupements_d'achat proposent aux consommateurs une meilleure alimentation à des #prix plus accessibles. Ils cherchent maintenant à toucher un public plus large et plus mixte socialement.

    A la #Louve, les caissiers et les caissières sont aussi des clients. Ils font partie des 4 000 coopérateurs du supermarché coopératif et participatif qui a ouvert ses portes en 2016 dans un quartier populaire du nord de la capitale. Toutes les quatre semaines, chaque coopérateur vient assurer un service bénévole. Les tâches sont variées : mise en rayon, nettoyage, travail administratif…

    Pour devenir membre de la #coopérative, ils ont versé cent euros, et en ont acheté dix parts sociales à10 euros. #La_Louve a fait des émules, à Toulon, Toulouse, Lille, Bruxelles, d’autres supermarchés coopératifs et participatifs ont ouvert leurs portes même s’ils sont de taille plus modeste.

    C’est en visitant #Brooklyn en 2009 que #Tom_Boothe, l’un des cofondateurs du projet, découvre la #Park_Slope_Food_Coop (#PSFC), fondée en 1973. « Pendant les années 1970, dans le sillage du mouvement hippie, de nombreux magasins participatifs, inspirés des #épiceries_coopératives, ont vu le jour. Mais presque tous ont disparu dans les années 1980. Seul PSFC a survécu », raconte-t-il. PSFC a aidé à la naissance de la Louve.

    L’histoire des coopératives de consommateurs est bien plus ancienne et remonte la première moitié du XIXe siècle. En 1844, à #Rochdale en Angleterre, des tisserands se sont rassemblés pour fonder les #Equitables pionniers de Rochdale. Constatant que leur niveau de vie dépendait des marchands qui fixaient les prix des marchandises qu’ils achetaient, ils ont créé un magasin coopératif.

    Leur but était non seulement de garantir aux clients des prix raisonnables, mais aussi une bonne qualité des produits à une époque où les fraudes étaient légion. Rapidement, la taille de la coopérative s’est accrue au point de compter plus de 10 000 membres en 1880.

    Une large gamme de produits

    La Louve propose une palette étendue de produits alimentaires et d’hygiène. Dans un même rayon voisinent grandes marques, produits bio et produits « gourmets », mais tous sont de 20 % à 50 % moins chers que dans la grande distribution. Les produits vendus sont choisis par les adhérents via un classeur de suggestions.

    « Notre but n’est pas d’être un complément, mais de permettre d’acheter l’ensemble des produits : nous ne nous en interdisons aucun. Nous ne sommes pas un club, mais un #magasin où des adultes font leurs choix en conscience », explique Tom Boothe.

    Tous les produits ne sont donc pas biologiques. « On peut acheter à la Louve des tomates en hiver, mais dans les faits, nous en vendons très peu », précise toutefois Tom Boothe.

    Si la Louve a vocation à toucher le public le plus large, dans les faits, cela reste compliqué : 10 % des membres ne souscrivent qu’une part sociale car ils sont bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA), étudiants boursiers ou en service civique. 16 % payent leur souscription en plusieurs chèques.

    « Ceux qui fréquentent la Louve sont sans doute plus "blancs" et ont des revenus plus élevés que la moyenne de la population. Malgré une action volontariste, dont des portes ouvertes tous les premiers samedis du mois, les gens du quartier présument que comme nous sommes un supermarché alternatif, cela va être plus cher », regrette-t-il.

    Un chèque-déjeuner avec bonus alimentation durable

    Elargir l’accès à une alimentation de qualité, c’est la démarche d’une autre coopérative, #Up_Coop, la société coopérative et participative (Scop) qui a popularisé le #chèque-déjeuner. « Le titre-restaurant s’étant largement démocratisé auprès des salariés, nous nous sommes demandé comment ramener ces ressources vers l’économie locale », explique Yassir Fichtali, directeur général secteur public chez Up Coop.

    En 2023, la Scop s’est donc associée à la ville de #Creil pour lancer le programme #Up+. La municipalité a proposé de bonifier sur une cagnotte la somme versée à ses agents s’ils l’utilisent sur la ville de Creil, et encore davantage en centre-ville. La carte #Up_Déjeuner devient ainsi un outil pour soutenir le commerce de centre-ville.

    « Nous allons tirer maintenant ce fil vers l’alimentation durable, inciter les gens à passer de la junk food à des achats dans des magasins bio, du vrac… », poursuit-il.

    Plusieurs villes se sont ensuite engagées dans le programme Up+ : Bourg-en-Bresse, Valenciennes, Haguenau, Nancy, Halluin, Mulhouse, Bagnolet et Angers. En Seine-Saint-Denis et dans le Gers, Up Coop participe à des expérimentations visant à orienter vers une #alimentation_durable la consommation de populations en difficulté.

    Le département du 93 a ainsi mis en place sur quatre territoires un #chèque_alimentation sous forme de carte, #Vital’im, en ciblant à chaque fois un public spécifique : à Montreuil, les personnes accompagnées par le CCAS, à Villetaneuse, un public étudiant, à Clichy-sous-Bois et Sevran, des familles. Son montant est bonifié de 50 % si les achats sont effectués chez un commerçant durable (Biocoop, primeurs locaux, les commerces et producteurs locaux).

    « On ne peut pas demander à des personnes en difficulté de payer le juste prix du durable. Cette politique publique permet à des publics de ne plus avoir à arbitrer entre le #pouvoir_d’achat et le #pouvoir_d’agir », commente Yassir Fichtali.

    Les CCAS, la Fondation Armée du salut, Action contre la faim sont associés à cette initiative. « Certains bénéficiaires n’osaient pas entrer dans un Biocoop, ils avaient l’impression que ce n’était pas pour eux. Des #freins que l’on peut déconstruire », souligne-t-il. Encore faut-il que cette offre alimentaire durable existe sur le territoire : à Clichy-sous-Bois, ce n’est par exemple pas le cas.

    Cette difficulté n’existe pas dans le département rural du Gers, où Up Coop participe au programme public #Mieux_manger, lancé en 2024. La mission a d’abord consisté à affilier les producteurs bio. Un groupement d’intérêt public rassemblant des collectivités et des associations a ensuite identifié plusieurs centaines de personnes destinataires d’une bonification en cas d’achat alimentaire durable et cette bonification évolue au fil des usages.

    « L’idée de cette expérimentation est de vérifier que le changement des pratiques va perdurer même si la bonification baisse », indique Yassir Fichtali.

    #Vrac, un groupement d’achat agroécologique

    #Vers_un_réseau_d’achat_en_commun (Vrac) mobilise aussi le soutien des pouvoirs publics dans une démarche résolument démocratique, en proposant des achats alimentaires sans emballages issus de l’agroécologie. Depuis 2013, il permet ainsi aux plus modestes – mais pas seulement – de se réapproprier leur #consommation_alimentaire.

    Au départ, son initiateur, #Boris_Tavernier, qui avait monté à Lyon un bar restaurant coopératif cuisinant des produits paysans, a été sollicité par un bailleur social lyonnais et la Fondation Abbé-Pierre (désormais Fondation pour le logement des défavorisés) pour monter un projet d’achat en commun afin d’améliorer le pouvoir d’achat des locataires. C’est ainsi qu’est né le premier #groupement_d’achat sous forme d’association.

    « Pas question toutefois de chercher les prix les plus bas, mais plutôt d’orienter les achats vers une alimentation durable et de qualité rémunératrice pour les producteurs », explique Lorana Vincent, déléguée générale de Vrac France, l’association nationale qui rassemble désormais 22 structures locales.

    Douze ans après, le réseau emploie une centaine de salariés. Une épicerie éphémère ouvre une fois par mois dans un local de chacun des quartiers où le réseau est implanté (association, maison des jeunes et de la culture, centre social…). Des bénévoles pèsent les produits, et chaque adhérent apporte ses contenants.

    En 2013, le projet a été lancé dans le quartier lyonnais de la #Duchère, à #Villeurbanne et #Vaux-en-Velin. L’initiative s’est tout d’abord heurtée à l’absence d’offre de qualité dans ces territoires emblématiques de la politique de la ville où le hard discount est très présent, et aux réticences de leurs habitants. Pour vaincre celles-ci, Vrac s’est appuyé sur des personnes-ressources, en très grande majorité des femmes.

    « Nous leur avons fait goûter les produits sans les présenter comme bio. Nous avons construit avec elles le catalogue en partant de leurs besoins. L’#huile_d’olive a été un formidable levier. Elles se sont emparées du projet », poursuit Lorana Vincent.

    Cette démarche de #démocratie_alimentaire s’est inscrite dans le temps. Sur chaque territoire, un « club produits » associant bénéficiaires et bénévoles est régulièrement réuni pour faire évoluer le catalogue. Les produits sont vendus sans marge, à un prix rémunérateur pour le producteur.

    « Vrac est un espace collectif où les habitantes et les habitantes ont accès à l’information sur l’origine des produits, la rémunération des producteurs. Cela permet de prendre ses décisions de manière éclairée et participe à faire de l’alimentation un sujet politique. »

    Le soutien crucial des pouvoirs publics

    Cette absence de marge est rendue possible par des #financements_publics. Depuis 2023, Vrac est notamment soutenu par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), via le fonds #Mieux_manger_pour_tous. Les habitants des #quartiers_populaires peuvent acheter les produits 10 % moins cher que les prix coûtants, et même 50 % pour les personnes bénéficiant des minima sociaux.

    Si l’aventure Vrac a commencé dans ces quartiers populaires et continue à s’y développer, le réseau souhaite s’adresser à tous et toutes. Certes, les personnes non issues de ces quartiers payent, elles, 10 % de plus par rapport au prix coûtant. Mais « c’est un prix d’équilibre, cela permet que leurs achats ne coûtent rien au réseau », souligne Lorana Vincent. Et cela reste inférieur à ce qui se pratique dans le commerce traditionnel.

    Cette volonté de favoriser la mixité sociale est au cœur de la démarche de Vrac. « ATD Quart-monde a pour habitude de rappeler qu’une politique pour les pauvres, c’est une pauvre politique », conclut sa déléguée générale.

    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/mieux-salimenter-cher-lobjectif-supermarches-reseaux-d/00114404
    #alimentation #qualité #réseaux #supermarché_participatif #bénévolat #mixité_sociale

  • Les Vendredis Isonomia – #Nantes ville antiraciste ?
    ▻https://nantes.indymedia.org/events/147792/les-vendredis-isonomia-nantes-ville-antiraciste

    Les Vendredis Isonomia – Nantes ville antiraciste ? Vendredi 13 juin 2025 de 18h à 23h au Wattignies avec Cases Rebelles (Collectif militant noir anti-autoritaire) avec Djamel Blanchard (Activiste Antiraciste et Anticolonial – Militant de quartier populaire) avec DJ Set de Yasmina BEE Bar Restauration Stands de créations (Solidarité Internationale)

    #Art/culture #Quartiers_populaires #Racisme #Resistances