• Cas de force majeure - L’histoire d’Houssam | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/remedium/blog/060420/cas-de-force-majeure-lhistoire-dhoussam

    Houssam travaille pour Santé Publique France et participe au combat contre le COVID-19. Cela n’a pas empêché la police d’Aulnay-sous-Bois de jouer avec lui comme des chats des rues avec une souris. Cette histoire n’a pas été filmée et pose la question de la parole des victimes, souvent rabaissée et contestée. Elle montre surtout la nécessité de filmer les contrôles de police.

    #violences_policières #quartiers_populaires #confinement #coronavirus

  • #Stéphane_Beaud est sociologue, auteur de l’ouvrage La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017).

    Cette enquête, qu’il est venu présenter à Valence en décembre 2019, retrace le destin des huit enfants d’une famille algérienne installée en #France, et révèle notamment le rôle majeur de la #transmission_des_savoirs par l’école en milieu populaire.

    https://www.le-cpa.com/a-vos-cotes/nos-ressources
    #entretien #interview #audio #migrations #Algérie #algériens #école #classes_populaires #immigrés_algériens #migrants_algériens #quartiers_populaires

    ping @cede @karine4 @albertocampiphoto

  • « Plus le confinement va durer, plus les tensions vont augmenter » : quand des contrôles d’attestations dégénèrent en violences policières
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/plus-le-confinement-va-durer-plus-les-tensions-vont-augmenter-quand-des

    Vérification des attestations, sanction des contrevenants… Leur principale mission actuelle est de faire respecter les règles de confinement, pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Les forces de l’ordre ont renforcé les contrôles, vendredi 3 avril, au début des vacances scolaires de printemps, afin de limiter les départs entre régions, qui risqueraient de faire circuler le virus. Mais bien avant ce troisième week-end de confinement, plusieurs vidéos d’interpellations violentes ont circulé pour témoigner de tensions entre les policiers et la population dans certains quartiers.

    Le Monde qui dénonce les entreprises aux pratiques antisociales, France Info qui documente les violences policières… Mais qu’est-ce qui se passe dans ce pays ?

  • 70 Percent of People Killed in Chicago by the Coronavirus Are Black | Samantha Michaels
    https://www.motherjones.com/coronavirus-updates/2020/04/70-percent-of-people-killed-in-chicago-by-the-coronavirus-are-black

    The federal government still isn’t sharing any official statistics regarding the racial breakdown of coronavirus deaths. But this information is starting to seep out at the local level from some states and cities, showing that the pandemic is disproportionately killing Black Americans and other communities of color. Source: MotherJones.com

  • « À nos corps défendants » : un film sur les violences policières en accès libre par Romain Haillard | Politis
    http://www.politis.fr/articles/2020/04/a-nos-corps-defendant-un-film-sur-les-violences-policieres-en-acces-libre-41

    À nos corps défendants » donne la parole aux premiers concernés par les violences policières dans les quartiers populaires. Peu de commentaires, juste leurs témoignages. En une heure trente, le film tend à rendre palpable l’invisible : la violence, le mépris et l’humiliation, mais aussi la résilience, la quête de vérité et la dignité. Quatre questions à son réalisateur, Ian B du collectif « Désarmons-les ».

    Pourquoi le rendre accessible maintenant ?

    Ian B : L’accumulation de vidéos de violences policières dans les quartiers populaires en période de confinement remet cette question en exergue. Le contrôle des attestations devient un prétexte pour frapper et humilier. J’ai décidé de la mettre en ligne après les applaudissements en soutien aux personnels hospitaliers. Nous sommes enfermés, mais la critique de l’État et du pouvoir devient acerbe. Profitons de ce moment politique avec un moyen d’expression encore disponible à ce jour : regardez un film.

    #violences_policières #documentaire #quartiers_populaires

  • « Deux menaces pèsent sur les quartiers : le coronavirus et la police » | Mickael Correia
    http://cqfd-journal.org/Deux-menaces-pesent-sur-les

    Le 10 mars dernier, le collectif Urgence notre police assassine lançait une application permettant de filmer les interventions des forces de l’ordre sans que celles-ci puissent effacer les images. Le but ? Disposer de preuves opposables à la justice en cas de violences policières. Un outil d’autant plus précieux que depuis le début du confinement, les exactions se multiplient dans les quartiers populaires. Source : CQFD

  • Early Data Shows African Americans Have Contracted and Died of Coronavirus at an Alarming Rate — ProPublica
    https://www.propublica.org/article/early-data-shows-african-americans-have-contracted-and-died-of-coronavir

    As the disease spread at a higher rate in the black community, it made an even deeper cut. Environmental, economic and political factors have compounded for generations, putting black people at higher risk of chronic conditions that leave lungs weak and immune systems vulnerable: asthma, heart disease, hypertension and diabetes. In Milwaukee, simply being black means your life expectancy is 14 years shorter, on average, than someone white.

    As of Friday morning, African Americans made up almost half of Milwaukee County’s 945 cases and 81% of its 27 deaths in a county whose population is 26% black. Milwaukee is one of the few places in the United States that is tracking the racial breakdown of people who have been infected by the novel coronavirus, offering a glimpse at the disproportionate destruction it is inflicting on black communities nationwide.

    #coronavirus #inégalités

  • #Coronavirus : quelles raisons pour la mortalité « exceptionnelle » en Seine-Saint-Denis ?
    https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/coronavirus-quelles-raisons-pour-la-mortalite-exceptionnelle-en-seine-saint-deni

    « En Seine-Saint-Denis, il y a plus de morts car il y a plus de contaminés, tout simplement », dit Frédéric Adnet, chef du Samu 93. Dans le département de 1,6 million d’habitants, l’un des plus denses de France, « le virus circule beaucoup plus facilement qu’ailleurs », ajoute-t-il. Et à cela, il y a des raisons démographiques mais aussi sociales.

    « Le confinement est complexe dans les territoires défavorisés comme le nôtre, où il y beaucoup de familles nombreuses dans des petits logements, des foyers de travailleurs migrants, des bidonvilles », explique l’urgentiste. « On sait que les maladies infectieuses touchent plus durement les plus précaires, car la transmission est plus facile, et qu’il sont plus difficiles à suivre », poursuit-il.

    Même constat du côté des médecins de « Place santé », un centre de santé associatif situé au coeur de la cité des Francs-Moisins à Saint-Denis. « L’impression que l’on a, c’est que l’épidémie va être exacerbée dans les quartiers populaires où des inégalités de santé existent déjà », dit la coordinatrice du centre, Gwenaëlle Ferré, qui dénombre « plusieurs foyers avec plusieurs cas » de coronavirus.

    #pauvres #surnuméraires #mort

  • Géographie des confinés

    « J’suis cloué dans un appartement d’deux pièces n’ayant rien d’autre à faire que de regarder par la fenêtre c’qui s’passe chez les voisins »

    Fenêtre sur Cours, A. Hitchcock, à écouter dans Fenêtre sur rue- #Hugo_Tsr (https://www.youtube.com/watch?v=QsNft5ftYSs&feature=youtu.be

    )

    « Voilà à quoi sont réduits nos #espaces_quotidiens, nos géographies urbaines aujourd’hui : #1_kilomètre. Voilà le périmètre auquel nous nous cognons, assortie maintenant d’un #couvre-feu pour beaucoup.

    Rien de nouveau, le confinement ça existait déjà avant. La #prison_à_ciel_ouvert que constitue nos villes, nos quartiers et aussi nos campagnes c’était déjà du confinement pour beaucoup. Les #quartiers_populaires on y vit confiné sous occupation policière permanente, tous les jours.
    C’est ce que nous raconte de nombreux lyricistes dont Hugo Tsr dans ses morceaux (une écoute à renouveler en temps de confinement).
    Des oiseaux de nuit nous interpellent sur les #murs de la ville : Confinement oui mais on n’oublie pas, on pardonne pas…
    Pour moi c’est l’heure d’aller faire mon tour. Merde il faut j’écrive une autorisation. »

    « Il est six heure c’est l’heure légale, moi j’suis allé marché
    Histoire de périmètre, on tourne dans des #carrés_tracés » (Périmètre, Hugo Tsr)
    Corenthin


    https://www.modop.org/se-relier/#1avril

    #périmètre #mobilité #1_km #confinement #géographie #espace_vécu #murs_urbains #musique

  • A propos des contrôles kafkaïens liés aux autorisations de sortie en période de confinement :

    Rappel des faits des dernières semaines :

    Les flics se croient tous permis, et surtout d’utiliser leur intelligence imaginaire pour interpréter la loi, et décider de la punition qui s’impose.

    Je résume : il y a des gens verbalisés parce qu’ils avaient des gâteaux, jugés non essentiels. La même chose s’est reproduite avec du coca, du shampooing, mais aussi avec des serviettes hygiéniques et des tests de grossesse. Inutile de dire que pour un gros con de gendarme, il n’a aucune idée à quoi ça peut servir. Parfois il décide d’interdire la laverie ou la Poste. Mais en revanche, si le barbecue est organisé par des collègues, il se contente de faire des gros yeux...
    https://twitter.com/isAshPsy/status/1242556982042791942
    https://www.elle.fr/Societe/News/Coronavirus-tests-de-grossesse-et-protections-periodiques-ne-seraient-pas-des-p
    https://www.marianne.net/societe/je-vois-trop-de-monde-dehors-en-mode-vacances-la-semaine-de-mickael-gendar

    Une femme a été tasée parce qu’elle n’a pas montré son attestation, un mec psychotique a été verbalisé parce qu’il avait mal rempli son attestation... Et que faire si on écrit mal, ou pas, ou pas le français ? Et que faire si on est Noir ou Arabe, parce que dans ce cas là, peu importe l’attestation, on a tort de toutes façons...
    https://actu.fr/ile-de-france/aubervilliers_93001/coronavirus-seine-saint-denis-est-tasee-frappee-ne-pas-avoir-montre-attestation
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/la-policiere-l-attestation-et-les-gens-comme-ca_1783580
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten
    https://www.bondyblog.fr/societe/police-justice/ecoute-moi-bien-sale-arabe-tu-prends-ta-voiture-et-tu-vas-te-faire-enculer
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/plus-le-confinement-va-durer-plus-les-tensions-vont-augmenter-quand-des

    Il y a aussi d’autres questions autour de cette attestation : doit-elle être imprimée ou peut-elle être manuscrite ? Si manuscrite, doit-on recopier les mentions utiles ou toutes les mentions ? Peut-on la remplir au crayon ou au stylo ? Tous ces cas ont donné lieu à des verbalisations... (on peut alors remarquer que si chaque Français remplit une déclaration, deux fois par semaine, pendant trois mois, on approche déjà le milliard d’attestations, soit 60.000 arbres... bonjour le respect des normes écologiques...).
    https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13952
    http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-doit-on-recopier-tous-les-motifs-sur-l-attestation-30-03-2020

    Il y a les dispositifs dignes de la traque de l’ennemi public numéro un (hélicoptères avec vision de nuit à infra rouge), mais aussi les questions du nombre de sorties par semaine, de durées de sorties, de distances maximales parcourues, du mode de transport, de l’évaluation sportive... toute la place à l’arbitraire qui fait la joie du petit con de flic qui n’a que ça dans la vie.... Il y en a même qui ont exigé que les mamans laissent leurs enfants seuls à la maison ou dans la voiture pendant qu’elle faisait des courses !
    https://www.nantes-revoltee.com/confinement-delire-totalitaire-un-helicoptere-nocturne-avec-vision-
    https://n.survol.fr/n/verbalise-parce-que
    https://www.letelegramme.fr/coronavirus/quand-faire-ses-courses-coute-cher-en-pv-27-03-2020-12532845.php

    Au total, on en est à plus de 360.000 verbalisations en deux semaines, qui ont rapporté plus de 50 millions d’Euros à ces escrocs qui nous "gouvernent"...
    https://www.lci.fr/sante/en-direct-coronavirus-covid-19-en-france-pres-de-500-deces-le-nombre-de-morts-de

    Si c’était ça le but, mieux valait rétablir l’ISF, non ? Ou au moins de ne pas "suspendre la lutte contre la fraude fiscale" ?
    https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/coronavirus-les-controles-fiscaux-suspendus-incertitudes-sur-la-declaration

    Une fois l’argent récolté, la répression continue, des heures « de travaux d’intérêt général » (pour un homme qui vivait à sept personnes dans un deux-pièces) ou carrément de la prison ferme :
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-un-homme-condamne-a-105-heures-de-travaux-d-interet-general
    https://actu.orange.fr/france/condamne-a-deux-mois-de-prison-ferme-pour-avoir-viole-a-repetition-le-co

    Pour se défendre de notre police, aussi bête que rendue puissante :

    Comment contester une amende pour non respect du confinement ?
    Marseille Infos Autonomes, le 30 mars 2020
    https://mars-infos.org/comment-contester-une-amende-pour-4952

    Les gestes barrières face au Coronapolice
    Marseille Infos Autonomes, le 31 mars 2020
    https://mars-infos.org/les-gestes-barrieres-face-au-4954

    Télécharger le “Point droit” sur l’inspection visuelle, la fouille des bagages, de vos sacs ou de vos poches :
    https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2019/04/POINT-DROIT-Fouille-des-sacs-produits-de-1%C3%A8re-n%C3%A9cessit%C3%A9.p

    Confinement : courses, rendez-vous… jusqu’où peuvent aller les forces de l’ordre lors d’un contrôle ?
    Ronan Tésorière, Le Parisien, le 2 avril 2020
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/confinement-courses-rendez-vous-jusqu-ou-peuvent-aller-les-forces-de-l-or

    Un appel afin de ne plus présenter l’attestation de circulation
    https://www.lasemainedespyrenees.fr/2020/03/31/bigorre-renaud-de-bellefon-ne-veut-plus-presenter-son-attestati

    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

    #fascistovirus #coronavirus #stratégie_du_choc #contrôles_kafkaïens #violence_policière #violences_policières #France #solidarité (manque de) #verbalisations #Banlieues #Quartiers_Populaires #racisme

  • Dans les quartiers nord de Marseille, « le confinement est une gageure »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300320/dans-les-quartiers-nord-de-marseille-le-confinement-est-une-gageure


    Le Château en santé, à Marseille. © OB

    À Kalliste, l’un des quartiers les plus pauvres de France, l’équipe d’un centre de santé cherche des réponses à la précarité, l’insalubrité, la promiscuité, alors que la « vague » approche. Reportage dans un poste d’observation hors norme.

    « Le Château en santé » allait fêter son anniversaire quand le confinement est venu. La fête devait durer une semaine, organisée par l’équipe soignante et les habitants. Il a fallu y renoncer, la reporter, pour basculer dans ce monde calfeutré. En ouvrant il y a deux ans au parc Kalliste, l’un des quartiers les plus pauvres de France, l’équipe pluridisciplinaire (médecins, infirmières, médiateurs, orthophonistes, assistante sociale, etc.) voulait construire le centre de santé avec les habitants pour mieux répondre à leurs besoins, et prendre en compte leurs déterminants sociaux autant que leurs symptômes, pour mieux les soigner. Le confinement venu, tout cela fait du centre un prisme passionnant pour comprendre à quel point le confinement agit dans les quartiers populaires comme une loupe sur les inégalités, sanitaires, éducatives, alimentaires, numériques…

    Vendredi matin, quelques patients attendent à l’extérieur. Des chaises éloignées les unes des autres font office de salle d’attente devant la bastide élégante qu’une famille de négociants avait fait construire au milieu du XIXe siècle, quand les collines appelées aujourd’hui « quartiers nord de Marseille » étaient parsemées de villégiatures de la bourgeoisie marseillaise. Neuf barres de béton ont été construites à la fin des années 1950 dans le parc de la villa. Elles forment comme un rempart autour de la bastide, abandonnée jusqu’à ce que les jeunes soignants obtiennent que la ville la rachète pour la transformer en centre de santé communautaire au cœur du quartier. Les habitants pensant la bâtisse hantée, ils l’ont appelée le Château en santé.

    Les immeubles autour se sont terriblement dégradés en soixante-dix ans. Des marchands de sommeil ont progressivement racheté les appartements, loués très cher à des locataires qui ne peuvent accéder au logement social, doivent parfois se tasser à plusieurs familles pour payer le loyer. « Dans ce contexte, le confinement est une gageure », disent les médecins, qui interpellent les pouvoirs publics pour prendre en compte ces freins au confinement. Il faut selon eux multiplier les centres de dépistage dans les quartiers nord (à Kalliste, un labo commence mardi sur ordonnance) ; trouver des solutions de confinement strict pour ceux qui se révèlent positifs, au besoin en réquisitionnant des hôtels ; mettre en place l’accompagnement autour.

    À Kalliste, des familles vivent à huit ou dix (ou plus). Lors des visites à domicile, les toubibs constatent qu’il y a parfois deux ou trois lits par pièce, dans des appartements souvent insalubres, mal isolés, humides. Certaines barres sont par ailleurs infestées de punaises de lit. Rester strictement confiné dans ce cadre est un enfer. Passés les premiers jours, comme partout en France, le confinement est pourtant relativement bien respecté. Une note d’ambiance des éducateurs de l’arrondissement relève que les jeunes sortent beaucoup moins.

    Habiba fait partie de l’équipe du Château en santé où elle assure le ménage et apporte dans ce centre au fonctionnement très horizontal des éclairages précieux sur la situation des habitants, ou le fonctionnement du quartier. Elle habite La Solidarité, cité constituée de hautes tours juste au-dessus de Kalliste. « Au début, raconte Habiba, les habitants ont pris le confinement à la rigolade. Quand ils allaient sur le balcon, mes enfants me disaient pourquoi tout le monde est dehors et pas nous ? » Depuis, les espaces collectifs se sont retrouvés désertés. Ne restent que les chats, nombreux.

    Morad assure l’entretien des espaces communs d’une barre du parc Kalliste, où vivent ses parents, où lui-même a grandi. Dans le quartier, dit-il, « seuls les 16-17 ans continuent de sortir ». Jusqu’à la semaine dernière, certains continuaient de jouer au football, le soir, sur le petit terrain derrière le centre commercial. « Ils disent : “Moi je crains rien, j’ai pas peur.” Moi je leur dis :“Et ton père, et ta mère, ils craignent rien, crétin ?” »

    Tout autour, les réseaux de vente de drogue ont ralenti mais l’activité continue. « Tu viens pour toucher ? » (acheter), demandait hier un guetteur posté dès 9 heures du matin près de l’une des barres de quartier. Les clients se font rares mais ils n’ont pas totalement disparu. Certains viennent avec des gants, une écharpe en guise de masque. Mais les points de vente risquent de n’avoir bientôt plus grand-chose à charbonner. Fermeture de frontières et limitation de la circulation rendent l’approvisionnement dangereux. La pénurie approcherait.

    Les parents ont d’autres priorités. Il faut occuper les enfants, puisqu’ils ne peuvent plus sortir, essayer de faire école pour qu’ils ne prennent pas de retard. Khadija a quatre enfants, elle vit à La Granière, une cité voisine. Elle est aide-soignante à l’hôpital Nord, très mobilisée ces temps-ci, tout comme son mari préparateur de commandes pour Carrefour. Quand elle rentre du travail, lestée d’une fatigue « physique et psychologique », elle essaie de devenir maîtresse. Les enseignants du primaire envoient les leçons et devoirs par mails, Khadija prend en photo le travail des enfants pour le leur renvoyer.

    « Pour celle qui est au collège, dit-elle, c’est plus compliqué. Seuls quatre professeurs restent en contact avec eux, les autres ont donné plein de travail en disant : “On verra en classe après le confinement.” Moi je ne peux pas aider dans toutes les matières, j’espère que ma fille ne va pas prendre trop de retard. »

    D’autres parents sont beaucoup plus démunis. Certains n’ont pas d’ordinateur, la plupart pas d’imprimante. « Au début, raconte Céline, orthophoniste au Château en santé, certains enfants recopiaient intégralement les formulaires comportant des questions à remplir, parce qu’ils ne pouvaient pas les imprimer. » À la maison, pères et mères se retrouvent parfois dans une incapacité culpabilisante, humiliante, remarque Carolina, assistante sociale au Château.

    L’école primaire de Kalliste a décidé de ne pas avancer dans les apprentissages le temps du confinement, pour éviter de creuser les inégalités. Les enseignants n’envoient des exercices que sur les notions acquises. Le directeur s’efforce de rester en lien avec les familles, il appelle les plus isolés pour prendre des nouvelles. Paradoxalement, certains parents raccrochent un peu avec l’école dans cette période. « Ils essaient de prendre en charge, de pallier les difficultés, alors qu’ils étaient très éloignés du système éducatif, du langage scolaire », observe Céline, l’orthophoniste.

    Mais après le confinement, « il va falloir ouvrir des centres de repos pour les mamans au bord de la dépression nerveuse », soupire Zoubida, patiente du Château. Elle a quatre enfants, a l’impression d’être « sur le pont de 7 heures à minuit ». Elle dit que c’est infernal. « Le temps que je passe de l’un à l’autre, le premier ne se souvient plus de ce que j’ai expliqué ; quand je reviens à lui, le troisième décroche… » Elle a l’impression que sa seule pause est « à 20 heures, quand ils se défoulent sur le balcon avec les casseroles et des couverts ».

    Dans les quartiers populaires plus qu’ailleurs, les femmes sont en première ligne, soumises au stress, à des responsabilités écrasantes. Par temps de confinement, elles ont en plus « les hommes dans les pattes », soupire une patiente du Château. « Et le carême approche, prévient Zoubida (le ramadan est attendu aux alentours du 24 avril). Dans ces périodes, comme ils ne peuvent pas fumer dans la journée, les hommes sont de mauvaise humeur, ils essaient de dormir, les enfants ne doivent pas faire de bruit. J’espère pour les mamans que le confinement sera terminé sinon ça va être explosif… »

    « La peur d’encombrer »

    Carole, infirmière, avec un patient et son fils. © OB
    Élisa, conseillère conjugale et familiale, a « très peur de l’après », des situations qu’ils vont rencontrer. En ouvrant le centre de santé, les professionnelles ne s’attendaient pas au niveau de violences conjugales et familiales qu’elles ont découvert. Elles s’inquiètent d’une recrudescence avec le confinement. « Cela peut être tendu dans tous les milieux, reconnaît Carolina, l’assistante sociale. Se retrouver enfermés ensemble, ce n’est simple pour personne, mais c’est encore plus dur quand il y a plus d’enfants dans moins de pièces et d’autres problématiques urgentes à affronter. » Un « groupe d’appui » se met en place au Château avec Carolina, Élisa la conseillère conjugale et familiale, Carole l’infirmière, Céline et Clémentine les orthophonistes, Fatima et Apo qui assurent les médiations, traduisent pour les familles comoriennes, turques et kurdes.

    Dans cette période où les services publics n’offrent pas de réponses face à la grande précarité, l’équipe dépasse les barrières des professions pour inventer des réponses informelles, appelle régulièrement les familles, soutient les femmes plus isolées. « Mais si certaines subissent des violences, elles ne le diront qu’après, murmure Carolina. Elles n’en parleront jamais au téléphone. Il faut toujours du temps pour laisser venir cette parole. » Et puis comment parler de violences avec toute la famille autour de soi ?

    Le Château va aussi ouvrir un blog pour garder le lien, partager questions, renseignements pratiques, conseils, coups de gueule ; échanger des idées d’activités pour les enfants, des recettes, des solutions pour les devoirs ; inventer des « défis créatifs ». Enfants et adolescents pourraient par exemple tourner des petits films chez eux sur un thème donné, avec les smartphones. Tout cela serait projeté ensuite au Château, quand le temps de la fête d’anniversaire sera enfin venu.

    En attendant le centre s’est transformé. Le rez-de-chaussée accueille les patients suspects de Covid, le premier étage les autres urgences. Deux équipes d’accueillants et de médecins sont constituées chaque jour, elles ne se croisent théoriquement pas de la journée. D’autres toubibs assurent les consultations par téléphone, qui changent beaucoup la nature du soin dans ce quartier où le symptôme est souvent un prétexte pour venir voir un médecin, poser son sac, dire l’enchevêtrement de soucis autant que de pathologies.

    Avec le confinement, beaucoup appellent ou viennent pour des difficultés à respirer, un sentiment d’oppression thoracique, parfois dus aux troubles d’anxiété. Au moindre doute, les médecins demandent aux patients de venir. Ce n’est pas toujours simple. Vendredi, une dame a décommandé son rendez-vous au dernier moment : trois ou quatre personnes sont atteintes du Covid-19 dans son immeuble, or, pour sortir, il faut passer par tous les espaces communs. Elle n’ose plus bouger.

    Marseille a été relativement épargnée jusque-là, mais la vague approche. En fin de semaine dernière, les présomptions de cas positifs se multipliaient en consultations. Edwige, médecin généraliste, a découvert l’angoisse d’annoncer le résultat, « parfois perçu comme une annonce de VIH ». Lorsque les symptômes ne sont pas trop alarmants, les patients sont appelés à se confiner le plus étroitement possible. Les médecins les rappellent pour vérifier que la situation ne s’aggrave pas.

    Céline et Clémentine, orthophonistes, assurent l’accueil. © OB
    L’équipe est très mobilisée mais le centre n’a jamais semblé aussi silencieux. L’absence des familles, des enfants, change tout. Bon nombre de patients n’osent plus venir. « Il y a la peur de l’infection, analyse Thomas, médecin généraliste, mais aussi celle de nous encombrer. Ils nous imaginent complètement débordés, alors ils ne viennent pas, ils reculent tout ce qui ne leur paraît pas urgent. » Edwige, sa collègue, craint « un retour sérieux » après la pandémie, pour rattraper prévention et suivis chroniques, tout ce que les patients auront laissé dériver, « oubliant leur santé ».

    Les questions de santé sont souvent reléguées lorsqu’on s’inquiète pour la fin de mois, pour l’avenir des enfants, pour ce qu’on pourra leur donner à manger. Laetitia (prénom changé à sa demande), professeur des écoles dans les quartiers nord, a été alertée par une mère du quartier qui lui a dit que certains de ses élèves « avaient faim ». Les parents qui travaillent au noir se retrouvent soudain privés de tout. « Beaucoup cachent leur situation, parce qu’ils sont clandestins ou qu’ils craignent qu’on leur enlève leurs enfants, ou tout simplement parce qu’ils ne veulent pas les stigmatiser » (pour la même raison, elle demande de ne pas citer le quartier, aussi dégradé que Kalliste). La mère de famille qui l’avait alertée lui a fait remonter les besoins, des bénévoles ont collecté les courses faites par des particuliers, le minibus de l’association sportive qui ne transporte plus de sportifs a été réquisitionné. « Quand on voit la liste de ce dont les gens disent manquer, on est vraiment dans la première nécessité : des pâtes, de l’huile, de la margarine, des couches. » Dans certaines familles, depuis quelques jours, on change les bébés moins souvent.

    Des solidarités se mettent en place, mais elles sont souvent entravées par la crainte de la contagion. Habiba, du Château en santé, dit qu’elle ne sait plus quoi faire : elle a l’habitude de partager avec ses voisins quand elle prépare un plat, mais en ce moment elle n’ose plus. Elle a peur. Et « honte d’avoir peur ». L’une de ses amies a perdu son mari pendant le confinement, elle ne savait pas si elle devait aller « au deuil ». Finalement, elle y est allée, elles se sont retrouvées à six ou sept, soigneusement éloignées les unes des autres. « On se disait : “Alors finalement t’es venue toi aussi ?!” Je crois que cela a fait beaucoup de bien à mon amie. »

    Au début du #confinement, patients et soignants imaginaient que la fête d’anniversaire serait après la pandémie extrêmement libératrice. Il faudra cependant se réjouir rapidement. Tout le monde a compris que la crise sociale frappera plus durement ici. Qu’elle se posera comme une loupe, encore, sur les quartiers populaires. « Pour nous, ce sera le retour des apéros en terrasses, pour beaucoup ce sera encore plus de chômage, plus rien pour payer le loyer », résume Laetitia, l’institutrice.

    Thomas, le généraliste, répond que patients et soignants feront au Château comme ils font depuis deux ans. « Composer comme on peut, en étant là les uns pour les autres. » Il a envie que la fête d’anniversaire vienne vite, et qu’elle soit « très libératrice ».

    #quartiers_populaires #soin #hors_normes

  • Dans les quartiers populaires, la « résilience » malgré un surplus de difficultés - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300320/dans-les-quartiers-populaires-la-resilience-malgre-un-surplus-de-difficult

    L’organisation : la condition sine qua non de la survie au temps du coronavirus dans les quartiers populaires. Dans le monde d’hier déjà, rien n’était simple. Mais aujourd’hui, il faut s’adapter aux nouvelles contraintes : l’arrêt de la distribution de l’aide alimentaire, les pertes de salaire quand les dépenses (en eau, électricité ou nourriture) augmentent du fait du confinement, l’accès aux soins et aux aides sociales encore plus compliqué qu’avant. La fermeture des PMI, des « antennes jeunes » et des écoles, ont eu pour corollaires de parquer les familles dans des appartements sous-dimensionnés et/ou vétustes. Et les adultes ne parviennent pas toujours à assurer l’accompagnement scolaire de leurs progénitures.

    Il faut aussi faire avec l’isolement accru pour ceux qui n’ont pas les outils numériques adéquats, et les contrôles policiers renforcés, parfois sources de vives tensions. Sans oublier la surexposition au virus du monde ouvrier : ces caissières, livreurs, femmes de ménage, aides-soignants, chauffeurs de bus, éboueurs, travailleurs des travaux publics, qui, eux, n’ont pas la « chance » de pouvoir rester à la maison. « Il y a un confinement de classe, observe Bally Bagayoko, chef de file de La France insoumise à Saint-Denis. Le coronavirus a mis en exergue les inégalités qui préexistaient. Ce sont les oubliés de la République qui la sauvent. »

    « Les habitants des quartiers, c’est l’armée de l’ombre de cette guerre sanitaire », abonde Philippe Rio, maire communiste de Grigny (Essonne), où 45 % des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’édile, qui appelle le gouvernement à un moratoire sur les loyers, évoque aussi « le travail au noir, très développé ici, qui ne sera pas indemnisé ».

    Diangou Traoré, qui a elle-même déverrouillé le code de son Wi-Fi pour en faire profiter ses voisins, pense à cette habitante qui a prêté sa prise électrique pour que les jeunes de l’étage puissent jouer à Fifa sur le palier. Mieux vaut ça que d’être tentés de traîner dehors. « Dans les villes populaires, il y a un truc spécifique : c’est la capacité de gérer des situations de crise quasi permanentes. Chez les gens, mais aussi dans les services municipaux, c’est la résilience perpétuelle », souligne Philippe Rio.

    D’où ces cagnottes en ligne ou IRL (« In real life », dans la vraie vie) qui ont fleuri dans bien des grands ensembles, pour collecter un peu d’argent pour les plus démunis. « Ça existe toute l’année, mais là, les gens donnent plus que d’habitude », souligne Noura H.

    Non loin de là, Ouissem Guesni, président de l’association Biodiversité censée à l’origine sensibiliser les habitants d’Ivry à l’écologie – mais qui aujourd’hui se concentre sur la distribution des paniers alimentaires – ne cache pas qu’il est un peu amer : « Pendant des années, on a dû se débrouiller avec des bouts de ficelle, et aujourd’hui, tout le monde se retrouve, à raison, à louer les qualités formidables des bénévoles et du secteur associatif, le seul filet de sécurité qu’il reste dans ces quartiers où la présence de l’État se réduit comme peau de chagrin. J’espère qu’après la crise, les pouvoirs publics vont remettre les moyens. Les hussards de la République, c’est nous, le secteur associatif ! »

    Alors que l’épidémie progresse partout en France, les quartiers doivent faire avec un autre gros problème : l’accès aux soins. Pas simple de trouver une prise en charge dans les déserts médicaux qui entourent bien souvent les cités HLM. Surtout quand les réseaux de transports tournent au ralenti.

    Ce qui fait dire à Isabelle Peltier, soignante, que les quartiers sont « doublement touchés » par le Covid. Les habitants, cibles privilégiées de ce virus, le sont d’abord du fait de leur mode de vie précaire : dans les quartiers, le nombre de personnes touchées par le diabète, l’obésité, les handicaps ou les affections de longue durée est plus important que dans les zones plus bourgeoises.

    Plus vulnérables qu’ailleurs, car passés entre les filets de la prévention, ils sont aussi moins bien soignés. Peu inscrits dans les centres de santé locaux, et parfois sans couverture sociale.

    #Coronavirus #Inégalités #Quartiers_populaires

  • Confinement : dans les quartiers populaires, attention aux contrôles sous tension
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten

    Tandis que certains se plaisent à imaginer des passe-droits pour les habitants des banlieues, les acteurs associatifs ont l’inquiétude inverse. Dans un communiqué commun diffusé ce vendredi, plusieurs organisations de défense des droits (Fidh, Human Rights Watch, LDH, associations musulmanes, syndicats étudiants, etc.) rappellent que « les contrôles de police ne doivent être ni abusifs, ni violents, ni discriminatoires » et « appellent le ministre de l’intérieur et le directeur général de la police nationale » à y veiller.

    Ces organisations recensent plusieurs vidéos postées sur Twitter, « après seulement dix jours de confinement », « en provenance d’Asnières, de Grigny, d’Ivry-sur-Seine, de Villeneuve-Saint-Georges, de Torcy, de Saint-Denis et d’ailleurs en France, qui montrent des habitant·e·s apparemment frappé·e·s, gazé·e·s, et, dans un cas, une personne se faisant heurter par un policier à moto. Les vidéos semblent aussi montrer qu’elles/ils n’opposaient ni violence, ni résistance aux forces de l’ordre. Dans certains cas, les propos proférés par les forces de police avaient un caractère xénophobe ou homophobe ».

    De son côté, SOS Racisme « rappelle que le confinement est particulièrement dur à vivre pour certaines familles dans les quartiers populaires au regard des conditions de logement. La peur de sortir que pourraient induire certains comportements policiers ne doit pas s’ajouter à un climat déjà particulièrement anxiogène ».

    Mercredi, l’Observatoire des libertés publiques, émanation du Syndicat des avocats de France et de la Ligue des droits de l’homme, alertait déjà sur « des témoignages vidéo, oraux ou écrits » faisant état de « réactions disproportionnées des forces de l’ordre ». Et ajoutait que les quartiers « dans lesquels les situations sociales et matérielles des habitant·e·s rendent le confinement le moins supportable sont aussi ceux dans lesquels le non-respect des règles semble susciter les réactions les plus sévères et disproportionnées de la part des autorités ».

    En ce qui concerne la vidéo tournée à Asnières, qui montre un agent de police mettant un coup de pied à un piéton et l’aspergeant de gaz lacrymogène, la préfecture de police a défendu cet usage de la force auprès de 20 Minutes : « Le contrevenant s’est mis à postillonner en direction du fonctionnaire qui s’est servi de sa jambe et de gaz lacrymogène pour éviter tout risque de contamination. »

    D’autres scènes de ce genre ont été filmées ces derniers jours, comme à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où Ramatoulaye B., âgée de 19 ans, sortie sans attestation, a été « tasée » et plaquée au sol. La jeune femme dénonce aussi des coups et des insultes. Plusieurs incidents et comportements violents de policiers en intervention ont également été rapportés aux Ulis (Essonne).

    À la suite d’un contrôle survenu dans cette ville, une plainte pour violences en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique, avec usage ou menace d’une arme, a été déposée vendredi auprès du parquet d’Évry. Mardi vers 17 h 30, Sofiane, 21 ans, quittait le domicile de son père pour se rendre chez sa mère afin de prendre une douche et de rassembler ses affaires avant de prendre son service – il est livreur chez Amazon. Alors qu’il se déplace sans attestation, Sofiane croise des policiers de la BAC et prend la fuite pour échapper au contrôle.

    Deux vidéos, tournées par des habitants, montrent la suite. Le jeune homme est interpellé sans ménagement puis conduit sous un porche. « Les agents n’avaient aucune raison de l’emmener de ce côté-là, alors que leur véhicule est garé de l’autre côté, si ce n’est pour se mettre à l’abri des regards », estime Samim Bolaky, l’avocat de Sofiane, qui relate les faits reprochés aux policiers dans sa plainte. « La scène se déroule devant la porte du hall. Les policiers ont tenté de l’ouvrir mais elle était fermée. L’un des policiers lui touche les parties intimes et lui dit : “Tu aimes ça, salope.” Un autre lui met une main sur la bouche, tandis que Sofiane reçoit une pluie de coups. Il mord la main par instinct. Les coups continuent jusqu’à ce qu’il tombe par terre. »

    Sofiane est ensuite conduit au commissariat. « Dans la voiture, ils lui disent : “On va te ramener dans la forêt et on va te brûler, t’es qu’une petite pute” », poursuit son avocat. Sa garde à vue pour rébellion est levée le soir même, sans poursuites. Samim Bolaky estime qu’« avec le véhicule, le lieu et l’heure, il doit être très facile d’identifier les policiers qui portent des coups, dont l’un était cagoulé ». Le lendemain, la mère de Sofiane a reçu une contravention pour avoir conduit son fils à l’hôpital sans être munie d’une attestation. Un médecin généraliste a finalement accordé quatre jours d’ITT au jeune homme.

    Pour Samim Bolaky, cet épisode est aussi révélateur qu’inquiétant. « Je trouve extrêmement préoccupant que des personnes tout à fait honnêtes vivent dans la peur de croiser la police. Dans les quartiers populaires, les contrôles sont source de crispation. Sofiane était apeuré avant même de croiser les policiers, il sait à qui il a affaire. Ce sont des agents défavorablement connus des habitants, qui ont une réputation de violence. »

    Ces derniers jours, plusieurs syndicats de police ont de leur côté menacé de cesser les contrôles si les agents ne reçoivent pas le matériel de protection nécessaire.

  • Je fais un post séparé pour ces infos hallucinantes, ces mesures du gouvernement destinées à favoriser la grande distribution, les supermarchés côtés en bourse, aux dépends des petits commerces et des marchés où les prix sont plus bas et où s’alimentent les plus pauvres, en région et dans les quartiers pauvres des grandes villes, souvent racisé.es...
    https://seenthis.net/messages/834154
    https://seenthis.net/messages/835682

    Confinement : des restrictions d’ouverture pour les commerces du quartier de Château Rouge, à Paris
    BFM, le 23 mars 2020
    https://www.bfmtv.com/societe/confinement-des-restrictions-d-ouverture-pour-les-commerces-du-quartier-de-ch

    Une mesure visant à favoriser le respect des mesures d’hygiène

    « De nombreux commerces alimentaires disposent d’un étal occupant la totalité de l’espace public sur le trottoir », estime le préfet de police Didier Lallement, et « de nombreux clients provenant de différents quartiers de la capitale et de banlieues parisiennes s’y retrouvent dans un espace confiné. Ce qui aboutit au non-respect des mesures d’hygiène et de distanciation sociale ».

    Les horaires d’ouverture de ces commerces seront également restreints de 8h à 10h et de 14h à 16h

    Les marchés sont fermés ? Les paysans inventent des solutions
    Estelle Dautry et Victor Point, Reporterre, le 25 mars 2020
    https://reporterre.net/Les-marches-sont-fermes-Les-paysans-inventent-des-solutions

    Lundi 23 mars, Édouard Philippe, Premier ministre, a annoncé la fermeture des marchés de plein air.

    Confinement : la préfecture de police restreint les horaires d’ouverture de commerces du quartier de Château Rouge
    France 3 Ile de France, le 26 mars 2020
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/confinement-prefecture-police-restreint-horaires-ouvert

    #favoritisme #discrimination #marchés #supermarchés #racisme #solidarité (manque de) #quartiers_populaires
    #Didier_Lallement #salops #qu'ils_chopent_tous_Ebola

    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

    #coronavirus #travail

  • Les effets du confinement sur le #bruit
    http://carfree.fr/index.php/2020/03/30/les-effets-du-confinement-sur-le-bruit

    Les 150 stations de mesure de Bruitparif déployées en Île-de-France dans des contextes variés sont unanimes : avec le confinement décrété en raison de l’épidémie de covid19, un silence inhabituel a Lire la suite...

    #Fin_de_l'automobile #Quartiers_sans_voitures #Vie_sans_voiture #Ville_sans_voitures #coro #grand_paris #paris #périphérique #trafic

  • Petites considérations sociologiques sur le #confinement

    Cette période de confinement liée à l’épidémie du #Covid-19 constitue une #épreuve_sociale inédite, qu’on peut comparer à une expérience de laboratoire in vivo. Le grand historien médiéviste, Marc Bloch, qui avait fait la « grande guerre » et en avait été très marqué, a écrit peu après, en 1921 dans la Revue de synthèse historique, un célèbre article, « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre » (publié aux Éditions Allia en 1999). Il y décrivait la guerre de 14-18 « comme une sorte de vaste #expérience naturelle. On a le droit en effet de considérer comme telle la guerre européenne : une immense expérience de #psychologie_sociale, d’une richesse inouïe. Les conditions nouvelles d’existence, d’un caractère si étrange, avec des particularités si accentuées, où tant d’hommes à l’improviste se sont trouvés jetés, — la force singulière des sentiments qui agitèrent les peuples et les armées — tout ce bouleversement de la vie sociale, et, si l’on ose ainsi parler, ce grossissement de ses traits, comme à travers une lentille puissante, doivent, semble-t-il, permettre à l’observateur de saisir sans trop de peine entre les différents phénomènes les liaisons essentielles ».

    Indépendamment de la déclaration du Président Macron (« nous sommes en guerre… »), il peut être intéressant de tirer ce fil entre situation de #guerre_militaire et celle de confinement. Ce dernier impose de très fortes #privations et #contraintes aux individus qui, dans les sociétés occidentales, n’y sont guère habitués. Les premières questions qui viennent à l’esprit à ce sujet sont les suivantes : le confinement est-il respecté en France ? « Un peu, beaucoup, pas du tout » ? Par qui ? Comment ? Plus en campagne qu’en ville ? plus en centre-ville que dans les « quartiers » ? etc. Faute de données statistiques fiables, le premier réflexe qu’on doit avoir en la matière est celui de la prudence interprétative.

    Avant d’aborder la manière dont on peut procéder par la mobilisation d’une série d’indices, à même de nous guider vers des hypothèses de travail, commençons par un étonnement. Que voici. En fidèle téléspectateur du Journal télévisé (JT) de France 2 (défense du service public oblige…), on remarque que la question du #vécu du confinement dans les #quartiers_populaires y a été fort peu abordée, voire pas du tout. La fuite des Parisiens vers leurs #résidences_secondaires a été un sujet traité, mais la manière dont les jeunes et les familles, parfois nombreuses, vivent leur confinement dans leurs appartements #HLM semble avoir été oubliée. Est-ce un oubli volontaire ? Ou la simple trace médiatique de la moindre importance accordée aux conditions sociales d’existence des #classes_populaires dans le milieu des professionnels de l’information ? On ne saurait laisser de côté l’hypothèse du respect de l’« #union_nationale » requise en cette période de confinement. Celle-ci suppose une mobilisation de l’appareil d’information et l’opération d’un tri dans l’amoncellement des « nouvelles du front ». Priorité est donnée dans le #JT de la #télévision_publique au suivi des opérations dans les hôpitaux, à la découverte du travail de tous les soignants et de leur entier dévouement, à l’écoute des avis des grands professeurs de médecine (« infectiologues »). Bref, une #mise_en_scène télévisuelle de l’« #effort_national » — ce qui, en soi, n’est pas critiquable.
    Sur le versant des effets sociaux de cette #pandémie, les reportages sur les #familles face au confinement (#école_à_la_maison, #télétravail des parents, aménagements divers de cette nouvelle vie…) semblent surtout réservés aux familles de milieu favorisé. Sans doute parce qu’elles laissent entrer plus facilement les caméras à leur domicile. Il ne s’agit pas pour autant de crier tout de suite au complot d’Etat et/ou de dénoncer une chaine de télévision « aux ordres du gouvernement ». Sans doute peut-on penser que le #service_public_télévisé contribue à sa manière à l’union nationale en laissant prudemment dans l’ombre ce qui pourrait l’entacher.

    A géométrie variable

    Une fois examiné la manière dont le thème du confinement est traité à la télévision (publique), donnons un petit coup de projecteur sur la manière dont il est opéré en pratique. Procéder à une petite revue de presse dans les quotidiens régionaux (L’Est républicain, Le Parisien, Le Progrès), permet de recueillir des indices suggestifs, sinon probants, sur le confinement à géométrie variable lors de cette première semaine. Sans surprise, le confinement a mis un peu de temps à se mettre en place et semble respecté de manière inégale.

    Selon les témoignages des directeurs de la #sécurité_publique ou des gendarmes, différents profils de « #déviants » à la #norme apparaissent, comme ici dans la région du Grand est particulièrement touchée. Le lieutenant de gendarmerie François qui coordonne le dispositif dans le sud du Territoire de Belfort fait le diagnostic suivant : « Une grande majorité les respecte… Mais une partie n’a pas compris l’#esprit_du_confinement et une autre n’est pas prête à le comprendre. » Le maire (et infirmier) de la ville ouvrière de Valentigney (proche de l’usine de Sochaux-Peugeot et avec une grande ZUS, les Buis), observe « dans le quartier mais également au centre-ville des comportements dangereux, irresponsables ». La journaliste de L’Est s’est donc rendue dans la cité des #Buis pour aller y voir de plus près et, là, elle a rencontré une dizaine de jeunes près d’une place, plutôt amènes.

    Pris en défaut

    Laissons la relater la scène et la manière dont ces jeunes pris en défaut de groupement non autorisé tentent de se justifier : « Chez nous, on ne tient pas en place », note l’un d’entre eux qui, comme ses potes, se sent à l’abri du virus. « On se lave les mains, on garde nos distances, c’est la base », souligne un deuxième. Un troisième Doubien montre son attestation : « On a le droit de sortir fumer une clope. Surtout que certains n’ont pas le droit de fumer chez eux… Et puis, on s’ennuie ici, il n’y a rien à faire ! Rester un mois enfermé, c’est inimaginable. » Jeudi soir, ils ont même organisé un barbecue : « Quand on a vu les policiers, on a couru pour leur échapper. Et vous savez ce qu’ils ont fait, Madame, ils ont gazé notre viande. C’est du gâchis. » (Est républicain, 21/03/2020). Dans un article du même jour, le directeur général de la compagnie des bus du Pays de Montbéliard livre des informations congruentes : « En cette période de grave #crise_sanitaire, certains jouent aux #malins. On a dû raccourcir une ligne, que nous sous-traitons, parce que des #jeunes montaient chaque jour dans le bus, à la même heure, pour le squatter ! » Enfin, à Bourg-en-Bresse, selon le commissaire de police, « Ce sont plutôt les plus jeunes et les plus anciens qui bravent l’interdiction. Malheureusement, on a verbalisé certains jeunes à tour de bras dans certains quartiers. Des jeunes disent qu’ils s’en fichent et que le coronavirus est une invention pour casser l’économie » (Le Progrès, 22/03/2020).

    Ces témoignages ne suffisent pas à baliser tout le terrain d’enquête. Loin de là. Ils ont pour principal intérêt de mieux faire entrevoir les raisons qui peuvent conduire certaines fractions de la population à ne pas vouloir – et surtout ne pas pouvoir – respecter le strict confinement désormais imposé en France. Le groupe des plus #réfractaires au confinement a de fortes chances de se retrouver dans une population plutôt jeune et masculine, soit en situation de #décrochage_scolaire, soit appartenant à la population « flottante » des quartiers. A lire entre les lignes ces articles de presse, on pressent quelques facteurs clés de leur penchant pour la #transgression de la règle du confinement : bien sûr, en tout premier lieu, « l’#ennui » et le besoin quasi vital de se retrouver « entre potes » mais aussi la difficulté de cohabiter harmonieusement avec leurs parents et de devoir respecter des interdits au domicile familial (l’exemple de « fumer »). Les divers types de #résistance qu’on voit surgir dans les quartiers déshérités de la République méritent examen et ne doivent pas être renvoyés trop facilement du côté de la #faute_morale.

    Sentiment de #marginalité

    Même s’il est incontestable que le non-respect des règles de confinement fait courir collectivement des #risques_sanitaires, il dit quand même beaucoup de choses sur le sentiment de marginalité (#outcast) qu’ont d’eux-mêmes ces individus. On pourrait à ce titre, se risquer à faire l’analogie avec le mouvement des gilets jaunes et la signification sociale des formes de violence (inusitée) qu’il a employées pour se faire entendre des « puissants ».

    La pratique de la lecture est distribuée de manière très inégale selon les groupes sociaux

    A partir de ces premières incursions en terre de confinement, faut-il déplorer comme notre historien national (autoproclamé) Stéphane Bern le fait dans Le Figaro (22/3/2020), « la perte du #sens_civique » dans notre vieille France ? Ne convient-il pas plutôt de rappeler que ce confinement constitue une très forte #contrainte qui est – et sera – vécue de manière très différente selon les #conditions_sociales de nos concitoyens. D’abord les conditions matérielles : on sait bien que ceux qui possèdent un grand logement, un jardin, qui peuvent sortir les enfants à la campagne, etc., souffrent moins du confinement. Ensuite, les #conditions_culturelles : le président Macron a dit à ses concitoyens : « Lisez ! » Mais la pratique de la #lecture est distribuée de manière très inégale selon les groupes sociaux.
    Ce long moment de confinement opère déjà comme un très grand amplificateur des #inégalités spatiales et sociales. C’est peu dire que les semaines qui s’annoncent vont constituer une véritable épreuve pour ceux qui appartiennent à la catégorie des « pauvres », définis aussi bien à partir de leur #capital_économique que de leur #capital_culturel.

    https://www.alternatives-economiques.fr/stephane-beaud/petites-considerations-sociologiques-confinement/00092259
    #sociologie #Stéphane_Beaud #classes_sociales

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    citations pour @davduf :

    Jeudi soir, ils ont même organisé un barbecue : « Quand on a vu les policiers, on a couru pour leur échapper. Et vous savez ce qu’ils ont fait, Madame, ils ont gazé notre viande. C’est du gâchis. » (Est républicain, 21/03/2020).

    Enfin, à Bourg-en-Bresse, selon le commissaire de police, « Ce sont plutôt les plus jeunes et les plus anciens qui bravent l’interdiction. Malheureusement, on a verbalisé certains jeunes à tour de bras dans certains quartiers. Des jeunes disent qu’ils s’en fichent et que le coronavirus est une invention pour casser l’économie » (Le Progrès, 22/03/2020).

  • Attestation en règle pour faire ses courses de la semaine, contrôle du sac à la sortie du supermarché par la police, 360 € d’amende pour 2 paquets de gâteaux jugés ne pas être de première nécessité.

    Je sais maintenant pourquoi j’avais cette peur sourde au ventre en allant faire les courses hier. Mes proches se demandaient si je vrillais pas parano.

    Non.

    Peut être que je sens un peu en avance certains trucs... et c’est souvent perturbant ou lourd à porter. (Thread)

    https://twitter.com/isAshPsy/status/1242556982042791942?s=20

  • Montage AJ+ sur les violences policières et racistes pendant le confinement :
    https://twitter.com/ajplusfrancais/status/1242165467139186689

    ”Rentre dans ton pays”, “ferme ta gueule” : quand des policiers profitent du confinement pour insulter et frapper. Mais pas dans tous les quartiers.

    https://video.twimg.com/amplify_video/1242126849901301772/vid/720x1280/w_9RSrXhqFChXZtB.mp4

    Comme toujours : ne pas lire les commentaires du thread Twitter, toujours aussi déprimants : mélange du racisme décomplexé usuel et de #moraline du moment sur le thème « c’est normal, parce que les gens ne veulent pas comprendre que le virus est dangereux ».

  • La #démocratie à l’épreuve du #coronavirus

    « Au printemps de 1832, quoique depuis trois mois le choléra eût glacé les esprits et jeté sur leur agitation je ne sais quel morne apaisement, Paris était dès longtemps prêt pour une commotion. Ainsi que nous l’avons dit, la grande ville ressemble à une pièce de canon ; quand elle est chargée, il suffit d’une étincelle qui tombe, le coup part. En juin 1832, l’étincelle fut la mort du général Lamarque. »

    Victor Hugo, Les Misérables

    Les épidémies n’emportent pas seulement les corps, elles mettent les sociétés en tension et les Etats en danger. Les effets de choix politiques de longue durée s’y révèlent, comme la déconstruction obstinée du service public de la santé, mais aussi de l’appareil de production industrielle (notamment de matériel de santé), qui laisse de nombreux pays, dont la France, singulièrement démunis face au virus[1]. Les institutions s’y trouvent mises à l’épreuve, et souvent le fossé entre les principes qu’elles professent et la réalité de leur pratique s’y donne à voir dans toute sa froide réalité. C’est le cas de la démocratie, mot fétiche s’il en est[2]. La démocratie telle que nous la connaissons, fondée sur l’élection de gouvernants supposés agir en faveur du peuple, est censée être le meilleur système politique, le mieux à même de protéger ses citoyens, de les consulter sur les décisions fondamentales, et de leur accorder une importance égale. Le coronavirus vient brutalement mettre cette supériorité démocratique en doute. Face à la pandémie, les Etats dits démocratiques, notamment la France, ne gèrent ni mieux, ni de manière plus démocratique, que les Etats dits autoritaires, en premier lieu la Chine. Alors que depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et plus encore depuis la chute de l’URSS, les régimes démocratiques dominent la scène internationale, leurs difficultés à faire face à la pandémie affaiblit leurs prétentions hégémoniques. C’est d’autant plus vrai que l’inefficacité des démocraties n’a pas eu comme contrepartie un plus grand investissement démocratique : si les Etats démocratiques n’ont pas mieux affronté la crise, ce n’est pas parce qu’elles auraient passé plus de temps à consulter les citoyens, ou à construire des politiques plus égalitaires. Au contraire, non seulement les réponses des démocraties n’ont pas été plus efficaces, mais elles n’ont pas non plus été significativement plus démocratiques que celles de régimes autoritaires. De même qu’en 1832 l’épidémie de choléra avait révélé l’incurie de la monarchie de Juillet – et l’existence au cœur des villes d’une classe, le prolétariat, que la bourgeoisie laissait mourir dans sa misère – et failli emporter le régime par une insurrection, la pandémie actuelle révèle alors le vide des promesses démocratiques de nos régimes, mettant en danger l’idée démocratique elle-même.

    Une reconfiguration des espaces politiques

    La pandémie de Covid-19 distord notre horizon politique. Son caractère mondial nous rend inhabituellement attentifs à sa progression dans différents pays, aux réponses des différents gouvernements – et, par un jeu d’écho, à la manière dont notre propre pays est vu à l’extérieur. Mais le confinement restreint aussi drastiquement, dans la pratique, le champ de la réalité sociale vécue, nous poussant à nous investir exclusivement dans le foyer, l’immeuble, notre cercle familial et amical. A cette hyper-attention au très proche et au très lointain correspond une désagrégation soudaine de toute une série de niveaux intermédiaires. Alors que la France connaît depuis le 5 décembre un mouvement historique de contestation, les engagements se sont brutalement effrités. Le 5 mars, des dizaines de milliers de travailleur.es et d’usager.es des universités et de la recherche ont manifesté dans toute la France ; le 6 et 7 mars une coordination nationale des facs et labos en lutte a rassemblée 500 délégué.es venu.es de toute la France ; les 7 et 8 mars des manifestations féministes déterminées et massives ont battu le pavé… Tout ceci semble avoir entièrement disparu des préoccupations, notamment médiatiques, alors que les causes de ces mobilisations sont toujours présentes – comme en témoigne l’enfumage de Macron, promettant 5 milliards à la recherche sur 10 ans, une augmentation en-dessous des augmentations des années précédentes, et distribuée sous forme de primes, de contrats précaires et de financements de projets, prenant le contrepied de ce que les chercheur.es demandent[3]. La mascarade des élections municipales n’a pas intéressé grand monde, et les résultats n’ont fait l’objet d’aucun commentaire, ou si peu – contrairement au scandale sanitaire de leur maintien obstiné[4]. Les partis politiques eux-mêmes semblent s’être murés dans le silence, et il faut tendre l’oreille pour entendre les syndicats, alors même que la continuité du travail est au cœur de la stratégie économique de crise du gouvernement.

    Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existerait désormais pour nous que le plus local et l’échelle internationale. Mais l’espace entre les deux est occupé par un seul acteur, massif autant que martial : l’Etat, et en particulier le pouvoir exécutif. Privés de nos collectifs et de nos solidarités, nous, individus, sommes laissés seuls face à l’Etat, qui nous protège et nous soigne dans les hôpitaux[5], qui contrôle nos activités par la police, et surtout qui parle, par la bouche de ses chefs, nous disant comment nous comporter, et nous grondant si l’on ne réagit pas assez vite ou assez bien à ses consignes, dont le contenu change quotidiennement. Mais jusque dans son omniprésence et dans la mise en scène frénétique de son activité, cet Etat révèle aussi ses faiblesses. Il ne peut même pas assurer des conditions minimales de sécurité à ses soignants, en fournissant masques et gel désinfectant. Mettre en œuvre le confinement de la population pose des problèmes logistiques massifs qui n’ont pas été anticipés. L’Etat se trouve d’autant plus en tension que toutes ses actions, tous ses discours, sont attendus, examinés, scrutés. Puisque lui seul occupe l’espace national, tous les regards sont sur lui, dans les médias professionnels comme sur les réseaux sociaux. Les représentants oscillent alors en permanence entre recherche de publicité, au risque de montrer leur incompétence et l’impuissance de l’Etat, et culte du secret, au nom de la raison d’Etat, mais surtout pour masquer le fait qu’ils naviguent à vue. Pour prendre un seul exemple, de multiples réunions ont lieu, avec l’armée, avec des scientifiques, il faut montrer qu’elles ont lieu, mais il ne faut pas dire aux citoyens ce qui s’y dit, ou bien plus tard, trop tard, quand les décisions ont déjà été prises. Cette centralité de l’Etat rend les dirigeants nerveux, et donc dangereux pour leurs citoyens. Ils prennent des mesures incohérentes, suspendent les libertés publiques, le code du travail, tout ce qui dans le droit pourrait encadrer leur action. Ils délaissent entièrement les cadres internationaux de discussion : l’ONU, l’Union européenne, toutes ces institutions supposément centrales dans la gouvernance contemporaine, et qui auraient toutes raisons de l’être face à une pandémie internationale, semblent simplement muettes, ou inaudibles. Chaque Etat européen décide de ses mesures dans son coin, comme si chacun avait, comme la Grande-Bretagne, fait son exit. La seule institution européenne que l’on entend, c’est la Banque centrale, qui active la planche à billets : lorsqu’il s’agit de la santé des entreprises, la coordination est possible ; mais qu’il s’agisse de la vie des habitants, et alors l’Etat reprend, seul, sa souveraineté la plus absolue.

    L’absence de réponse démocratique au virus

    Dans la gestion de cette crise, on peinerait à distinguer entre les réponses des Etats démocratiques et des régimes autoritaires, venant affaiblir encore un peu plus cette distinction si cruciale pour les dirigeants des démocraties occidentales. Dans les pays qui ont choisi des solutions dures de confinement généralisé, on trouve autant la plus grande puissance autoritaire mondiale, la Chine, que des démocraties européennes, qui plus est dirigées par des gouvernements socio-démocrates ou socio-libéraux : l’Italie, la France, l’Espagne. D’autres pays ont plutôt été, au moins dans un premier temps, dans un laisser-faire complet, comme les grandes démocraties libérales que sont les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, mais aussi des régimes plus autoritaires, comme l’Iran. D’autres pays ont pris des mesures de tests massifs et de quarantaine stricte des malades, des démocraties comme Taiwan et la Corée du Sud, mais aussi la bien moins démocratique Singapour. Les réponses ont été variées, mais enjambent largement les typologies classiques entre régimes. Et une chose est certaine : les démocraties ne se sont pas montrées particulièrement plus efficaces, plus attentives à la santé de leur population, plus honnêtes dans leur communication ou plus soucieuses de la vérité que les régimes autoritaires. Pire : au moment même où Donald Trump ou Boris Johnson semblaient prêts à sacrifier des centaines de milliers de leurs citoyens et mettre en péril la sécurité sanitaire internationale, la Chine prétendait avoir vaincu l’épidémie et envoyait dans le monde entier des experts, des respirateurs et des stocks de masques. C’est un pan central des discours de légitimation des démocraties qui s’effondre. Alors que les démocraties étaient censées se caractériser par un plus grand attachement aux principes à la fois politiques et moraux d’ouverture, de transparence, de solidarité, tout autant que par leur efficacité à prendre soin de leurs citoyens, la pandémie vient révéler qu’il n’en est rien. Dans la crise, les Etats dits démocratiques agissent avant tout comme des Etats, ni pires ni meilleurs que des dictatures, et non comme des démocraties.

    Que voudrait dire, pour des Etats, agir en démocratie face à une pandémie ? Cela nécessiterait, a minima, que les citoyens soient réellement informés des choix possibles, qu’un débat public contradictoire puisse avoir lieu, que le pouvoir puisse être contesté dans ses décisions, voire que les citoyens soient associés au processus[6]. Là est le sens d’une démocratie comme pouvoir du peuple, pouvoir de l’ensemble des citoyens : aucune loi, aucun acte du gouvernement, ne doit être étranger au contrôle des citoyens, et quand c’est possible à leur participation directe. Il ne s’agit bien sûr pas d’éliminer, face à une crise sanitaire, la nécessité de prendre des décisions rapides et scientifiquement fondées : mais le moins que l’on puisse dire est que les dirigeants élus ont été d’une rare incompétence. Il n’est pas dit que le premier venu (ho boulomenos, n’importe qui, cette expression qui venait désigner, à Athènes, un citoyen pris au hasard), correctement informé par des scientifiques, aurait vraiment fait pire. En ce premier sens du mot démocratie, qu’on peut qualifier de politique, la démocratie comme pouvoir de l’ensemble des citoyens, les Etats dits démocratiques n’ont pas affronté la crise en utilisant des moyens démocratiques, mais les moyens, banals, qu’ils ont en commun avec tous les Etats, y compris les plus autoritaires. Par le secret, parfois le mensonge, sans contrôle ni des corps intermédiaires ni des citoyens, en prenant les décisions à quelques-uns, et en utilisant l’urgence bien réelle pour se faire attribuer des pouvoirs démesurés.

    L’Etat contre les pauvres

    Mais l’idée de démocratie comme pouvoir de l’ensemble des citoyens n’épuise pas les sens du mot. Il est un autre ensemble de significations qui donnent au mot un sens social : le demos, le peuple, vient aussi désigner la classe la plus nombreuse, c’est-à-dire les travailleurs, les pauvres, par opposition aux privilégiés, aux riches. Une démocratie est un régime qui agit en faveur des dominés, car il donne le pouvoir à la majorité, mais aussi parce qu’il vise la création d’une société plus égalitaire. Or, de ce point de vue, la gestion du gouvernement français apparaît comme encore plus radicalement anti-démocratique. Alors que les entreprises sont massivement soutenues, que les personnes exerçant un métier d’encadrement sont invitées à faire du télétravail, que les bourgeois des villes ont pu tranquillement s’installer dans leurs résidences secondaires et leurs maisons de famille, le message adressé par le gouvernement aux travailleurs, et en particulier aux ouvriers, a été clair : l’économie doit continuer, et pour cela nous sommes prêts à vous faire prendre tous les risques. La ministre du Travail a osé accuser de « défaitisme » les entreprises du BTP qui voulaient mettre en pause les chantiers non prioritaires. Les transports publics continuent de charrier quotidiennement, sans véritable mesure de protection pour ces mêmes conducteurs qui étaient l’objet du plus bas mépris par le gouvernement il y a quelques semaines, des millions de caissier.es, de travailleur.ses du nettoyage, d’ouvrier.es, de livreur.es, de postier.es, d’éboueur.es, et bien sûr de soignant.es. Les effets des dominations de classe, mais aussi de race (beaucoup de ces métiers voient une surreprésentation de racisé.es) et de genre (les métiers plus féminins du soin sont sursollicités, sans parler du poids de la garde des enfants en l’absence d’école, qui retombe massivement sur les femmes), se trouvent alors démultipliés.

    Le virus n’a que faire de notre classe, de notre race ou de notre genre, mais les modalités de sa gestion par le pouvoir restaure et amplifie l’ensemble des inégalités sociales. Les plus grandes capacités des riches, des hommes, des Blancs, à mobiliser des ressources leur permettant de s’extraire du travail, des transports publics, du soin des enfants ou des aîné.es, des courses dans des supermarchés bondés, tout en continuant à bénéficier du travail des pauvres, des femmes, des racisé.e.s va se transformer, face au virus, en plus grande chance d’échapper à la pandémie. Le seul filet de sécurité égalisateur est alors le service public de la santé, où les cas graves sont traités indépendamment de ces considérations – ce même service public que les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de casser. Mais en dehors de ce maillon essentiel, tout dans la gestion de la crise renforce le poids des structures de domination. C’est visible dans le choix de continuer à mettre les pauvres au travail, mais aussi dans la gestion policière du confinement[7]. Dans les quartiers bourgeois désertés, non seulement les supermarchés restent ouverts, et relativement peu fréquentés, mais la présence policière est quasiment nulle. On croise des joggers, des employé.es de commerces faisant une pause, des SDF, des livreurs attendant une course… Au contraire, les quartiers populaires des grandes agglomérations sont l’objet d’un contrôle policier tatillon, d’autant plus insupportable que c’est là qu’il y a des problèmes d’approvisionnement, de promiscuité dans les marchés et supermarchés et de concentration de la population dans les rues – puisque c’est là que la densité d’habitations est la plus forte, les appartements les plus exigus et la proportion la plus faible de privilégiés pouvant télétravailler ou partir à la campagne. C’est là qu’ont lieu les contrôles, là que vont tomber les amendes, là que vont être prises les images montrant comment l’Etat fait bien régner l’ordre. Car au contrôle policier s’ajoute le mépris de médias relayant avec complaisance des images de bousculades dans ces quartiers, des commentateurs fustigeant l’irresponsabilité des pauvres et bien sûr des gouvernants faisant porter la responsabilité morale du confinement aux gens soi-disant indisciplinés, pour mieux camoufler leur culpabilité directe dans l’étendue de la catastrophe.

    Que restera-t-il des démocraties ?

    Les personnes, certainement majoritaires parmi les dirigeants, qui n’en ont cure de la démocratie et de ses valeurs égalitaires, ne voient peut-être pas le problème. Mais il faut prendre la mesure de ce basculement : le fait que les démocraties auto-proclamées ne se soient pas montrées plus efficaces qu’un régime autoritaire face à l’épidémie fait peser un danger véritable sur l’idée démocratique. Que le président élu des Etats-Unis envoie des centaines de milliers d’Américains au casse-pipe quand le secrétaire général du Parti communiste chinois envoie dans le monde entier experts et matériel, après avoir vaincu l’épidémie dans son pays, cela n’a rien d’anodin. On pourra sourire au retournement bienvenu de l’histoire, voire le saluer, par anti-impérialisme ; ce serait sous-estimer le danger réel que ce retournement fait peser sur la démocratie, non pas comme régime fondé sur l’élection des dirigeants, mais comme idée d’un pouvoir exercé par le peuple et pour le peuple. Le fait que les démocraties aient fait si peu de cas de l’avis des citoyens, comme le fait qu’elles aient si souvent, comme en France, pris des décisions qui mettent en danger les pauvres, les dominés, et protègent les entreprises et les riches, affaiblit encore le sens du mot démocratie. La démocratie, comme idée et comme pratique, a besoin que les gens y participent, y adhèrent, y croient. Et pour cela, il faut que la démocratie ait une substance, bien au-delà de l’élection ponctuelle des gouvernants, surtout quand le niveau de désagrégation des partis politiques permet à des Trump ou des Macron d’arriver au pouvoir. Si un virus suffit à éliminer toute spécificité des régimes démocratiques, toute valeur des principes démocratiques, il n’y a aucune raison que les gens y accordent de l’importance, surtout quand des régimes autoritaires se montrent plus efficaces dans la protection de la santé de leurs sujets. Le coronavirus ne met pas en danger la démocratie ; mais nos dirigeants, face au coronavirus, sont en train de sacrifier la démocratie pour dissimuler leur incompétence et se maintenir au pouvoir. Organiser entre nous la solidarité, se battre pour les services publics est plus que jamais nécessaire[8]. Mais face au danger que représentent nos dirigeants pour nos santés autant que pour l’idée démocratique, ce n’est pas suffisant. Nous ne pouvons remettre ces questions à l’après, à la fin de l’épidémie. Il faut, dès maintenant, rappeler les gouvernants à l’ordre, le seul ordre qui vaille en démocratie : celui du peuple[9].

    [1] Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent, La casse du siècle : A propos des réformes de l’hôpital public, Raisons d’agir, 2019. Frédéric Lordon, « Coronakrach », 11 mars 2020. Auriane Guilbaud, « Il n’est pas possible d’embaucher des milliers de soignants en un claquement de doigts », Le Monde, 13 mars 2020.

    [2] Je me permets de renvoyer ici au livre Démocratie, paru en février 2020 chez Anamosa.

    [3] https://universiteouverte.org/2020/03/19/5-milliards-des-effets-dannonce-mais-toujours-pas-de-moyens-pour-

    [4] Rémi Lefebvre, Nicolas Bué et Fabien Desage, « Le premier tour des municipales n’a pas eu lieu », Libération, 18 mars 2020. Laurent Le Gall, « Le coronavirus révélateur d’une démocratie grippée », Libération, 19 mars 2020.

    [5] Même si les services publics ne sont en fait pas une émanation de l’Etat, mais bien du public qu’ils servent, comme le rappellent Pierre Dardot et Christian Laval, « L’épreuve politique de la pandémie », Médiapart, 19 mars 2020

    [6] Yves Sintomer, « Face au coronavirus, les politiques n’ont pas eu le cran de poser le débat », Le Monde, 18 mars 2020

    [7] Sur les liens entre gestion policière de l’épidémie et contrôle social, voir « Contagion sociale Guerre de classe microbiologique en Chine », Chuang, février 2020, traduit par Des nouvelles du front

    [8] Michèle Riot-Sarcey et Jean-Louis Laville, « Le monde d’après-demain », Libération, 17 mars 2020. « Face à la pandémie, retournons la « stratégie du choc » en déferlante de solidarité ! »

    [9] Merci à Aurélien Angel, Elisabeth Callot et Célia Keren pour leurs commentaires sur une première version de ce texte.

    https://samuelhayat.wordpress.com/2020/03/23/la-democratie-a-lepreuve-du-coronavirus

    #épidémie #service_public #production_industrielle #santé #autoritarisme #promesses_démocratiques #pandémie #Etat #banque_centrale #légitimité #échelles_géographiques #géographie_politique #incompétence #secret #mensonge #urgence #inégalités #travail #économie #classes_sociales #ouvriers #télétravail #BTP #transports_publics #domination #effets_de_domination #genre #inégalités_sociales #structures_de_domination #police #présence_policière #quartiers_populaires #amendes #contrôle_policier #responsabilité #irresponsabilité #culpabilité #mise_en_danger #incompétence #dictature #totalitarisme

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    Petite citation choisie pour @davduf :

    Mais en dehors de ce maillon essentiel, tout dans la gestion de la crise renforce le poids des structures de domination. C’est visible dans le choix de continuer à mettre les pauvres au travail, mais aussi dans la gestion policière du confinement[7]. Dans les quartiers bourgeois désertés, non seulement les supermarchés restent ouverts, et relativement peu fréquentés, mais la présence policière est quasiment nulle. On croise des joggers, des employé.es de commerces faisant une pause, des SDF, des livreurs attendant une course… Au contraire, les quartiers populaires des grandes agglomérations sont l’objet d’un contrôle policier tatillon, d’autant plus insupportable que c’est là qu’il y a des problèmes d’approvisionnement, de promiscuité dans les marchés et supermarchés et de concentration de la population dans les rues – puisque c’est là que la densité d’habitations est la plus forte, les appartements les plus exigus et la proportion la plus faible de privilégiés pouvant télétravailler ou partir à la campagne. C’est là qu’ont lieu les contrôles, là que vont tomber les amendes, là que vont être prises les images montrant comment l’Etat fait bien régner l’ordre. Car au contrôle policier s’ajoute le mépris de médias relayant avec complaisance des images de bousculades dans ces quartiers, des commentateurs fustigeant l’irresponsabilité des pauvres et bien sûr des gouvernants faisant porter la responsabilité morale du confinement aux gens soi-disant indisciplinés, pour mieux camoufler leur culpabilité directe dans l’étendue de la catastrophe.

  • Coronavirus : dans les quartiers populaires, l’incompréhension face aux mesures de confinement
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/23/coronavirus-dans-les-quartiers-populaires-l-incomprehension-face-aux-mesures

    Si la Seine-Saint-Denis concentrait dans les premiers jours du confinement près de 10 % des infractions nationales, dans nombre de quartiers populaires de France, et principalement dans les grands ensembles, les consignes peinent à se faire respecter.

    Grappes de jeunes dans les stades de foot municipaux, adolescents qui fument la chicha aux pieds des immeubles, mères avec de jeunes enfants aux agrès… Les habitudes ont la peau dure et les conditions de vie – familles nombreuses, logements exigus et mal insonorisés, illettrisme, illectronisme… – rendent le quotidien entre quatre murs particulièrement pénible. Les relations très dégradées avec la police n’arrangent rien. Depuis le début du confinement, les échanges musclés et les tensions se multiplient.
    [...]
    Jeudi à Saint-Denis, la tension était montée dans le quartier Franc-Moisin, autour de la place Rouge, au centre du grand ensemble, entre des agents déployés sur le terrain et des habitants du quartier. « Trop difficile » d’être enfermés avec leurs frères et sœurs, avaient expliqué ces derniers. Les policiers se sont contentés de rappeler les consignes de confinement. « On fait tout pour éviter de déclencher des émeutes », assure un policier de Seine-Saint-Denis.

    « Les adolescents et les jeunes adultes sont le public le plus difficile à confiner », observe Christelle Leroy, directrice de deux centres sociaux, Belencontre et Phalempins, à Tourcoing (Nord). Les images de personnes en train de se faire bronzer à la plage, de se balader le long du bord de mer, de déambuler côte à côte sur les quais de Seine à Paris ou parmi les étals des marchés, brouillent encore un peu les cartes. « Tout ça crée beaucoup de confusion, remarque un médiateur de la ville du Nord. Ils se disent “et pourquoi pas nous ?” Ils n’ont pas la notion du danger qu’ils représentent. Ils s’amusent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ça les occupe. »
    [...]
    Au-delà du message « difficile à faire passer », des conditions de vie difficiles, des réticences à suivre les règles et des relations dégradées avec la police, d’autres freins au respect des consignes existent, notamment en ce qui concerne les attestations. « Avec cette épidémie, la fracture numérique nous explose au visage », remarque Christelle Leroy, à Tourcoing, qui enchaîne les réunions virtuelles avec tous les autres directeurs de centres sociaux de la ville : « On appelle les plus fragiles, on crée des tutos, on liste le matériel dont on dispose et que l’on pourra prêter, comme les tablettes, on imprime attestations et devoirs que l’on dépose ensuite dans les boîtes aux lettres. »

    « Ils sont très nombreux, illettrés ou éloignés du numérique, à ne pas savoir ou ne pas pouvoir remplir les attestations », confirme Florian Soudain, coordinateur des Centres sociaux connectés de la métropole lilloise. Jeudi, en urgence, ils ont lancé le projet Mon centre social à la maison pour « garder le lien avec les habitants et les aider à rester chez eux », détaille M. Soudain, qui pilote le projet. Le site propose notamment des tutos vidéo pour les aider à acquérir des compétences numériques et offre une permanence téléphonique pour assister à distance les plus dépassés par la dématérialisation des démarches.

    Les habitants des quartiers populaires disposent rarement d’une imprimante et pas toujours d’un ordinateur (surtout les personnes âgées). A Poitiers, 2 000 photocopies d’attestations ont ainsi été distribuées en vingt-quatre heures dans les commerces et les boîtes à livres.

    Plusieurs villes à travers le pays ont pris des arrêtés au cours du week-end pour imposer un couvre-feu à la population la nuit. Mais la plupart des quartiers populaires de France ne sont pas concernés par ces mesures difficiles à appliquer sur le terrain. « Le problème avec le fait d’imposer un couvre-feu c’est qu’ensuite, si vous ne faites pas respecter la mesure, vous passez pour un idiot. » Certains maires, notamment en Ile-de-France, ne sont pas pressés d’en arriver là.

    #coronavirus #jeunesse #quartiers_populaires #police
    Tiens, curieusement, l’article n’évoque pas la question des #trafics et plus largement, celle de l’#économie_informelle.

  • Le #confinement, ce #luxe dont les plus #pauvres sont privés | StreetPress
    https://www.streetpress.com/sujet/1584637765-confinement-luxe-dont-pauvres-sont-prives

    "Tous les matins, ces hommes croisent #caissières et femmes de ménages, #vigiles et #livreurs, tous embarquant dans les bus et les RER pour Paris. Ceux-là viennent du nord de #Saint-Denis, dans des quartiers réputés plus établis selon l’échelle de la marginalité locale. Immigration plus ancienne mais également concernée par l’injonction à travailler : il faut bien que les bâtiments soient nettoyés et protégés, que les clients soient servis et livrés. Il faut surtout que la routine soit maintenue, coûte que coûte (« whatever it takes », selon une expression qui revient à la mode au gré des catastrophes collectives).

    Alors, ici, on prend les annonces gouvernementales pour ce qu’elles sont : une vaste supercherie. « Rester chez vous, faites du télétravail », c’est la dernière blague, le mot de la fin d’un monde qui ne finit pas de s’abîmer dans l’absurde. Maintenir autant que possible la routine, protéger l’économie, il y a des jours où ces mots sonnent pour ce qu’ils sont vraiment : « allez crever »."

  • #Minorités / #Majorités

    Des #villes coupées, couturées, rafistolées, des vies assignées, mais aussi émancipées : de l’analyse des #politiques_ségrégationnistes aux réflexions sur le caractère inclusif des #espaces_publics en passant par la #négociation des expériences minoritaires individuelles et collectives, les villes constituent des lieux privilégiés de l’analyse des relations entre #groupes_minoritaires et #groupes_majoritaires. La vive actualité scientifique sur le sujet en France comme ailleurs en témoigne. On peut notamment penser au colloque Question raciale / questions urbaines (https://www.pacte-grenoble.fr/actualites/question-raciale-questions-urbaines-frontieres-territoriales-et-racia) : frontières territoriales et #racialisation organisé en février 2019 à Grenoble, au dernier numéro de l’Information géographique (2019) consacré aux géographies de la #différence en ville, ou encore aux nombreuses sessions de la conférence annuelle de l’American Association of Geographers 2020 (https://aag.secure-abstracts.com/AAG%20Annual%20Meeting%202020/sessions-gallery) abordant des questions urbaines sous l’angle des #rapports_sociaux (perspectives féministes, marxistes, empruntant à la Critical Race Theory ou aux approches du Settler Colonialism). C’est dans la continuité de cette actualité que s’inscrit le #13 de la revue Urbanités. En refusant de donner a priori la primauté thématique d’un rapport social sur un autre tout en mettant l’accent sur les mécanismes de production du minoritaire et du majoritaire, ce numéro propose une pluralité de lectures des manières dont les contextes urbains participent à la (re)production des positionnements sociaux, et par conséquent, à la redéfinition du rapport entre minorités et majorités en ville.

    http://www.revue-urbanites.fr/13-edito

    Sommaire :

    Edito

    #Minorités_sexuelles en #exil : l’expérience minoritaire en ville à l’aune de #marginalisations multiples

    Les riverains contre le nourrissage des #pigeons à #Paris

    Construire sa place en #montagne quand on vient des #quartiers_populaires : un enjeu pour l’#éducation_populaire

    Mouvements de #résistance autochtones et #street-art décolonial aux #États-Unis. De la réserve de #Standing_Rock aux murs d’#Indian_Alley

    Hiérarchie sociale et politique pour la visibilité sur le territoire dans un espace ségrégé. Le cas des républicains nord-irlandais

    « L’infusion » d’approches genrées dans l’urbanisme parisien : métaphore d’une propagation aux échelles organisationnelles et individuelles

    Point(s) de rencontres dans les villes émiriennes : le partage d’espaces publics où les minorités sont majoritaires

    #revue #urban_matter #géographie_urbaine #ségrégation #genre #peuples_autochtones #Irlande_du_Nord #Emirats_Arabes_unis #USA

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    Avec cette note :

    La revue Urbanités a la joie de vous annoncer la parution en ligne de son treizième numéro thématique, consacré à la question des rapports entre minorités et majorités en ville. Nous tenons également à souligner que ce numéro ne pourrait pas exister sans les apports précieux de chercheur·e·s aux statuts largement précaires. Sans elleux, ce numéro ne compterait qu’un article et sa direction serait amputée. Ces contributeur·trice·s essentiel·le·s au fonctionnement des revues méritent une plus grande visibilité et une plus grande stabilité professionnelle, garantes d’une recherche de qualité.