#réciprocité

    • Jean-Claude Métraux, La #migration comme métaphore

      Le livre de Jean-Claude Métraux prend pour objet « les gens de la mer », que sont les migrants arrivés au Nord, venus des trois autres points cardinaux. Mais l’auteur l’a écrit pour « les gens de la terre », c’est-à-dire ses collègues, ceux qui, comme lui, sont des professionnels de la santé et de l’aide sociale. Et que veut-il leur dire, à ses collègues ? Trois choses : les trois parties du livre.

      2Que nous ferions bien de ne pas oublier que « nous sommes tous des migrants » (spatiaux ou temporels), que toute migration comporte une perte, donc un deuil, qui n’est pas facile à faire et que d’ailleurs, nous-mêmes, nous n’avons pas toujours réussi à mener à bien. C’est la première partie : Nous sommes tous des migrants.

      3Qu’avec notre esprit formaté par la modernité occidentale, nous nous croyons toujours supérieurs aux gens des autres cultures (même lorsque nous prétendons le contraire) et que cela nous a toujours empêché de traiter comme il faudrait les migrants venus vivre chez nous. C’est la seconde partie : Relents d’orientalisme.

      4Et qu’il nous faudrait donc apprendre à les traiter autrement. S’appuyant sur sa longue pratique professionnelle, l’auteur développe quelques idées sur la manière dont il faudrait s’y prendre. C’est la troisième partie : Paroles précieuses. Voyons tout cela d’un peu plus près.

      5Dans sa première partie, l’auteur revient sur la théorie du deuil qu’il avait déjà proposée dans son livre précédent : Deuils collectifs et création sociale1. L’individu est confronté au problème du deuil quand, en se déplaçant dans l’espace ou dans le temps, il subit la perte de « quelque chose » auquel il était attaché. Il vivait dans et il était d’un monde ; il vit maintenant, et il essaie d’être, dans un autre. L’auteur propose une phénoménologie de ce passage en suivant les étapes : quitter un monde où il vivait et dont il était, passer, entrer, vivre et, si possible, être dans un autre. De l’un à l’autre, il subit des pertes : « perte de toi », « perte de soi », « perte de sens », dont il devra « faire son deuil ». L’auteur s’intéresse aux conditions et aux processus qui favorisent la réussite d’un tel deuil.

      6Les conditions. Le deuil est réussi quand la personne parvient, non seulement à vivre, mais à être de son nouveau monde. Pour être d’un monde, il faut lui appartenir, ce qui implique d’être reconnu par les autres comme étant « des nôtres ». Certaines conditions favorisent cette intégration créatrice, que l’auteur oppose aussi bien à l’assimilation qu’à la ghettoïsation, ou, ce qui est pire encore, à la double marginalisation. Être intégré de cette manière, bien sûr, dépend d’abord de l’accueil reçu : se sentir en sécurité, valorisé, voir sa culture et ses droits respectés, tout cela renforce l’estime de soi, indispensable à l’intégration. Mais d’autres conditions sont bien utiles : ne pas se sentir seul (importance des compagnons d’errance), rester en communication avec ceux qu’on a quittés, migrer par étapes progressives, avoir un projet d’avenir et, bien entendu, apprendre la culture du pays d’accueil (notamment sa langue).

      7Les processus. L’auteur décompose le processus du deuil en étapes, comme il l’avait fait, plus extensivement, dans son livre précédent : phase de refus et de fermeture (l’individu soit nie la perte, soit cherche à ressusciter l’objet perdu) ; phase de reconnaissance de l’irréversibilité de la perte ; phase dépressive ou d’ouverture (avec sentiment de culpabilité et idéalisation de l’objet perdu) ; phase de création (il se dote d’un nouveau récit de la perte : narration). Ce processus peut se bloquer en cours de route : il peut y avoir congélation et même fossilisation du deuil.

      8Dans la seconde partie de son ouvrage, l’auteur nous propose une remarquable mise en perspective historique, appuyée sur des sources empiriques très complètes et intéressantes. Nos experts scientifiques et nos politiciens, tout imprégnés de culture occidentale moderne, qu’ils croient supérieure à toutes les cultures qui l’ont précédée, sont non seulement « complices » entre eux, mais incapables de concevoir une politique d’accueil des migrants, qui favoriserait vraiment leur « intégration créatrice » dans nos sociétés. Leur modèle a été et est resté le « modèle des déficits » : les migrants sont définis par ce qui leur manque ; ils sont priés de guérir de leur « pathologie » et de combler leurs lacunes (en langue, en qualifications, en valeurs et en normes de comportement). En clair, ils sont invités à « s’intégrer », dans le sens de « s’assimiler ».

      9De telles prémisses induisent chez la plupart des professionnels des attitudes et des conduites de déni de reconnaissance et d’objectivation de leurs « clients », qui ne peuvent aboutir qu’à l’échec des objectifs que, dans leurs discours, ils prétendent cependant vouloir atteindre. On a bien noté un changement important dans les discours à partir des années 1960 – on a remplacé quelques mots devenus péjoratifs par d’autres plus respectueux – mais dans la pratique, rien n’a véritablement changé dans la politique concrète des États, des « experts » et des professionnels.

      10Enfin, dans la troisième partie, l’auteur nous propose une attitude envers la personne en migration. Dans un beau texte très vivant, très imagé et concret, bourrés d’exemples vécus, dans lequel il s’implique lui-même, l’auteur nous explique, en se fondant sur sa propre expérience, comment il pense que devrait se dérouler la relation entre le « professionnel » et… qui ? – on ne sait plus comment le nommer : « l’usager », « le client », « l’ayant droit », « le bénéficiaire » ? Pour soutenir son argumentation, il s’appuie sur un excellent exposé de la théorie du don et de celle de la reconnaissance.

      11L’idée principale est que certaines paroles données, reçues, rendues sont plus « précieuses » que d’autres pour aboutir au résultat espéré : la réussite du processus de deuil et l’intégration créatrice de la personne concernée. Ce sont des paroles qui reconnaissent la personne, qui le respectent, qui lui font confiance, qui croient en ses capacités, qui lui permettent de partager les confidences du thérapeute, ses émotions, sa compétence limitée, ses préjugés, son impuissance. Bref, des paroles qui permettent à celui qui les reçoit de « rendre quelque chose », de rester debout, sans s’humilier, de garder la tête haute, de rester digne. Des « paroles qui soignent » l’identité blessée de l’autre.

      12Un dernier mot, qui concerne l’écriture : le livre de Jean-Claude Métraux est de la prose qui ressemble à de la poésie – à moins que ce soit l’inverse –, et qui rend le texte facile et agréable à lire. Parfois cependant, comme c’est souvent le cas avec les paraboles, il faut interpréter, décoder l’analogie, et l’on n’est pas sûr alors d’avoir compris tout ce qu’on s’imagine qu’il fallait comprendre. Mais faut-il tout comprendre d’un seul coup ? Ne vaut-il pas mieux laisser en réserve une partie du sens pour le méditer de temps en temps : mais qu’est-ce qu’il a bien pu vouloir dire avec cette histoire de grenouille disséquée dont on voit encore battre le cœur ?

      13Deux remarques critiques cependant. La première concerne la différence entre la migration spatiale et la migration temporelle. L’approche de l’auteur me paraît convenir fort bien à la première ; j’en suis moins sûr pour ce qui est de la seconde. Être un Indien d’Amérique vivant à Genève, ou être un vieillard parmi les jeunes, dans un monde qui « n’est plus comme dans le temps », me semblent être deux situations assez différentes, malgré leurs similitudes. Le migrant temporel perd le contact avec une culture parce qu’elle a, à jamais, disparu (les gens du village, leur langue, la vie rurale), mais il reste dans le cadre social et physique qu’il a toujours connu ; le migrant spatial perd le contact avec une culture, qui continue d’exister et avec le cadre dans lequel elle se situe. Le premier garde la continuité avec le passé (ceux de sa génération) et le présent (ses enfants et petits-enfants) : il peut au moins discuter et se disputer avec eux ! Ne sont-ce pas là deux pertes très différentes ?

      14La seconde observation concerne l’ « intégration créatrice », que l’auteur propose dans sa typologie (p.92) et qu’il définit par le « sens partagé », tant avec la communauté d’accueil qu’avec celle d’origine. Mais, en supposant même que cette intégration réussisse, quelle est l’importance de la domination sociale dans son processus de deuil ? Peut-on parler d’intégration créatrice si le migrant rejoint les rangs d’une catégorie sociale elle-même dominée dans la communauté d’accueil ?

      15Quoi qu’il en soit, le livre de Jean-Claude Métraux constitue, sans doute aucun, un excellent apport à une meilleure compréhension du migrant, susceptible d’aider le professionnel de bonne volonté à mieux faire son travail.


      https://journals.openedition.org/lectures/6934
      #livre


  • Acapatzingo, communauté autonome urbaine
    Un monde nouveau au cœur de l’ancien (II)

    Raúl Zibechi

    https://lavoiedujaguar.net/Acapatzingo-communaute-autonome-urbaine-Un-monde-nouveau-au-coeur-de

    Les pratiques qui constituent une communauté ont pour fondements l’assemblée pour la prise de décisions, la rotation des tâches, le contrôle des responsabilités par la base, un ensemble de manières de faire que les zapatistes ont synthétisées dans les sept principes du « commander en obéissant » : servir et non se servir ; représenter et non se substituer ; construire et non détruire ; obéir et non commander ; proposer et non imposer ; convaincre et non vaincre ; baisser et non monter. Cet ensemble de pratiques témoigne du fait que la communauté n’est pas une institution ou une organisation, mais avant tout des formes de travail, dont deux sont particulièrement intéressantes : les travaux collectifs et les accords.

    Les travaux collectifs constituent des pièces clés, le cœur de la communauté et, comme le soulignent les zapatistes, le moteur de l’autonomie. Je veux dire par là que la communauté ne peut se réduire à la propriété collective mais que la propriété ou les espaces communs doivent être maintenus par des activités permanentes, constantes, car ce sont elles qui peuvent changer les habitudes et les inerties individualistes et égocentriques. (...)

    #Mexique #communauté #autonomie #processus #collectif #subjectivité #réciprocité #propriété


  • L’amour, toujours l’amour... Ou l’amour considéré comme une histoire en trois étapes : naissance, stabilisation et désamour. Une étude sociologique de Michel Bozon

    http://sms.hypotheses.org/10349

    #amour, #pratique, #union, #plaisir, #inquiétude, #sentiment, #désir, #excitation, #amitié, #expérience, #sociologie, #réciprocité, #couple, #désamour


  • L’amour, toujours l’amour... Ou l’amour considéré comme une histoire en trois étapes : naissance, stabilisation et désamour. Une étude sociologique de Michel Bozon :

    http://sms.hypotheses.org/10349

    #sociologie, #amour, #désamour, #sentiment, #pratique, #plaisir, #inquiétude, #excitation, #désir, #Bozon, #INED, #interprétation, #échange, #acte, #amoureux, #amoureuse, #réciprocité, #interdépendance, #pouvoir, #engagement


  • Rupture du contrat social, déchéance de nationalité et banalisation de l’absence de lien.
    Relevé sur twitter https://twitter.com/feeskellepeut/status/681562831871995904

    Un jour j’aimerais que les gens comprennent : un groupe social, on s’en fout que les membres soient humains animaux jeunes ou vieux c’est pas le souci, ça ne marche QUE sur 1 règle de conduite : on n’abandonne PERSONNE. Ni riche ni pauvre ni malade ni mort ni vif. Il n’y a aucune autre règle. On se dit couple famille groupe troupeau ce qu’on veut la règle est la même : on n’abandonne JAMAIS personne pour aucune raison que ce soit.
    C’est cette règle unique qui garantit la #sécurité de tous, qui fait toute la valeur du concept de #COMMUN. Vous la trahissez, vous tuez tout.
    Même si c’est sans espoir. Même si la rationalité s’y oppose. Cette règle est la seule elle est tout l’enjeu c’est par elle que nous tenons. Sans elle nous n’avons plus aucune raison d’évoluer autrement que solo. Sans cette règle du non abandon nous n’avons rien à gagner.

    La #déchéance de #nationalité ’est pareil. C’est abandonner des membres du groupe social. Nous nous sommes engagés ensemble. Certains tournent mal certains agissent contre le groupe d’autres perdent leurs capacités financières ou perdent leurs jambes PEU IMPORTE. Quand on a décidé de faire groupe social on a accepté ces divers aléas si cruels soient ils. C’était au contrat.
    On s’est toujours réservé le droit de punir ceux qui nuisaient au groupe. Mais JAMAIS il n’a été question de les exclure. CONTRAT SOCIAL.
    Quand on rompt le #contrat_social il faut savoir ce qu’on fait. L’exclusion du groupe c’est quelque chose que même un gnou vit très mal. Même chez l’animal le plus basique il y a des conséquences sur tout le groupe. Sachez bien ce que vous faites et assumez le.
    Alors oui un groupe social c’est contraignant. Tout le monde dans le groupe est pas bien portant valide économiquement rentable et gentil. Un groupe social peut même, ô drame, comporter des cons. Des bien gros gratinés cons. En effet. mas hey : ÇAY LE CONTRAT.
    Tacrukoi ? Même chez les vaches il arrive qu’un veau à 3 pattes naisse et ce qui nous différencie des animaux c’est justement que nous on s’est engagés EN CONSCIENCE et tous ensemble à ne pas le laisser crever. À partir du moment où on décide de laisser de côté un membre du groupe social y’a aucun alibi qui tienne c’est le retour à l’#animalité. Faudra pas venir chialer que y’a des « barbares ». La #barbarie est la fille de l’exclusion. (et non l’inverse)

    C’est pas drôle, jusqu’ici on avait tenté de parfaire le contrat social. C’était déjà pas top mais on avait à coeur de l’améliorer maintenant c’est un peu comme dans le roi lion quand y’a les hyènes, on veut le casser, le contrat.
    Sauf que c’est partir du principe que toute hyène en restera une jusqu’à la fin de ses jours et ça c’est pas gagné, kamême. Enfin jdis ça jte souhaite pas de mal mais t’es pas à l’abri de te péter une patte, quoi. Et là le contrat social quand il te dira vtff...

    [...]

    Tiens parlons de l’influence des #séries télé sur le contrat social. Je suis pas en mode complotiste je dis pas que c’est fait exprès, MAIS : on peut te faire une série avec un personnage principal A et un secondaire B à un moment B disparaît pour x raison (en général mise en couple ou changement de taf ou déménagement) et ensuite on te chie une AUTRE SERIE où B est le personnage principal et pour la lancer on fait ce qu’on appelle un épisode crossover où les intrigues de A et B se recoupent et ils se recroisent le temps d’un épisode commun. Ils se recroissent SANS AUCUN vieux compte à régler aucune rancoeur que dalle. Et tout du long l’ironie règne en maîtresse absolue.
    Après quoi ils se reséparent, B étant lancé et A toujours sur son aura initiale. Néanmoins JAMAIS ils ne reparlent de leur relation passée jamais ils n’envisagent une quelconque poursuite de relation au delà de l’épisode crosover, rien. C’est comme si ils étaient accessoires l’un et l’autre, purement utilitaires dans l’histoire (intrigue) de l’un ou l’autre, sans aucun lien ni aucun impact. Ce ne sont plus des personnages au sens de gens, ce sont des objets purs et simples l’un pour l’autre, ces épisodes crossover sont très parlants de ce point de vue : ils se recroisent mais personne n’est rien pour personne et il n’y aura aucune suite. Dans un épisode crossover tu n’as plus que 2 utilités dans l’intrigue de l’un et l’autre, plus rien d’humain, d’affectif, que dalle. Ensuite chacun repart faire sa vie (sa série) de son côté comme si de rien, musiques de fond et rires enregistrés inclus. (sans parler des réactions émotionnelles préenregistrées. un drame, ce truc. ça te fait penser que si tu ris pas t’es pas normal. c’est pas que c’est pas drôle, cette possibilité est exclue, juste t’es pas normal. tu ris pas. c’est dramatique vu les « ressorts comiques »). c’est...immonde ?
    Le crossover c’est ce truc qui pose les rapports utilitaires bruts sans que ça dérange personne alors que c’est juste inhumain, quoi..
    Je dis pas que c’est fait exprès je dis néanmoins qu’il y a #habituation et que ce n’est PAS correct du point de vue du contrat social.
    Toute la culture #tv est imprégnée de la rupture de contrat social , de personnages secondaires féminins qui se font baiser/jeter ou de ce fameux personnage secondaire noir qu’on connaît tous qui MEURT avant la fin du film. Je dis pas qui est l’oeuf ou la poule je constate juste que ça contribue à établir la rupture de contrat social, l’#utilitarisme, comme NORME. après plus de 30 ans de cette NORME répandue partout comme la peste noire qui peut s’étonner de lire « déchéance de nationalité » ?
    Vous les avez élevés dedans vous avez cru quoi ? qu’ils allaient inventer un truc opposé qui ne va pas de soi et demande des efforts ?

    également #réciprocité #sexisme #racisme #déshumanisation #narcissisme #psychopathe



    • Il n’y a jamais eu d’association d’auto-stoppeurs, il n’y en aura jamais. (...) [Le] #covoiturage [est] au voyage ce que Facebook est à l’amitié.

    • #logique_du_don #réciprocité #psychologie_sociale #marchandisation #transports #exclusion #invisibilisation

      Souvent, il n’y a pas de mots. Vous feignez d’être sourd. Pitoyable. Je suis face à vous, je vous parle et vous tournez la tête. Vous accélérez vers la caisse, vous faites comme si vous n’aviez pas entendu. Pour vous, je n’existe pas. Vous voulez continuer votre autoroute seul, sans que rien n’arrive. Mon interférence est intolérable. Votre vie ordonnée. Je ne vous aime pas. Je vous ai vus. Maniaques. Vous êtes moche et vous ne dites rien.

      Ceux qui énoncent à haute voix « je ne prends jamais personne en stop » sont encore plus effrayants. Eux verbalisent leur haine. Les autres la cachent comme une honte. C’est courant de passer devant un mendiant en évitant son regard. C’est plus rare d’avoir l’aplomb de lui dire : « Je ne donne jamais rien à personne. »

      Les voitures de société sont une plaie. Elles sont brandies en boucliers : « Je ne peux pas, c’est une voiture de société, je ne suis pas assuré. » L’argument est faux, mais vous y croyez peut-être. Certains patrons interdisent à leurs employés de prendre des gens en stop. Patrons en question, vous êtes minables. Employés qui appliquez la règle débile, vous n’êtes pas glorieux.

    • Mouai je trouve un peu dommage la réaction envers ceux qui ne prennent pas. Ce n’est pas une obligation de prendre quelqu’un en stop, et ça perdrait de son charme si ça l’était (quoi que j’ai entendu dire que c’était le cas à Cuba et que ça marchait plutôt bien). Et puis peut-être que la personne est fatiguée, ou pressée, ou n’a juste pas envie, mais que la fois suivante, ou celle d’après, elle prendra quelqu’un (ou pas).

      C’est comme si on en voulait aux gens sur bewelcome de ne pas héberger, ça me parait gros.

      Et même s’il n’y a pas d’association, il y a des sites d’aide à l’autostop, avec des échanges d’astuces, comme les bons lieux pour de placer. Et aussi quelques règles évidentes (si y’a plusieurs autostoppeurs au même endroit, le premier arrivé est prioritaire, ou on se place un peu plus loin).

      Je trouve aussi fort dommage la critique du covoiturage : même si c’est moins l’aventure que le stop, et que c’est devenu un commerce (enfin il y a covoiturage-libre aussi), ça reste une pratique intéressante et mieux que de se retrouver à 1 par voiture.


  • David Graeber pour un communisme au quotidien | Le Comptoir
    http://comptoir.org/2014/12/11/david-graeber-pour-un-communisme-au-quotidien

    Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la logique de l’échange marchand est parvenue à s’introduire jusque dans la pensée de ses adversaires les plus résolus, à commencer par l’anthropologie du don. Faire un don revient bel et bien à créer une dette qui obligera celui qui a reçu à rendre. Pour David Graeber, cette logique de l’échange réciproque ne permet pas d’expliquer à elle seule l’ensemble de la vie sociale. L’un des principes moraux qui échappe à la logique de l’échange est ce qu’il appelle le communisme, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec la dictature du prolétariat ou la nationalisation des moyens de production. Il s’agit plutôt des comportements humains qui obéissent au principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Dans ce cadre, nous agissons d’une manière désintéressée, sans nous demander si nous y trouvons forcément notre compte. L’anthropologue soutient que tout le monde agit en communiste une bonne partie de son temps, même s’il reconnaît qu’une société organisée exclusivement sur ce principe ne pourra jamais exister.

    « L’obligation de partager les denrées alimentaires et tout produit que l’on juge de première nécessité devient souvent le fondement de la morale quotidienne dans une société dont les membres se perçoivent comme égaux. » David Graeber

    Au nom de l’efficacité, les entreprises capitalistes fonctionnent d’ailleurs elles-mêmes partiellement sur ce principe. Quand une canalisation s’est rompue et que celui qui la répare réclame une clé anglaise, son collègue ne lui demandera pas « Qu’est-ce que j’aurai en échange ? » mais s’exécutera, même s’ils travaillent pour Burger King ou Goldman Sachs. C’est également ce qui se passe au lendemain de grands désastres, qu’il s’agisse d’une inondation, d’une panne d’électricité géante ou d’un effondrement de l’économie. Dans ces circonstances extraordinaires, l’entraide prévaut sur les hiérarchies et les marchés, les étrangers deviennent soudain frères et sœurs et la société humaine semble renaître. Un grand nombre de nos comportements sont d’ailleurs déterminés par ce communisme au quotidien, qui constitue le fondement de toute sociabilité humaine. Quand nous échangeons dans une conversation, quand nous demandons une cigarette, quand nous aidons quelqu’un en train de se noyer ou un enfant qui tombe sur les rails du métro, nous ne nous posons pas la question de savoir si cela est dans notre intérêt. C’est ce que David Graeber appelle le « communisme fondamental » : si le besoin est jugé assez important ou le coût assez raisonnable, chacun suppose qu’entre des gens qui ne se considèrent pas comme des ennemis, le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » l’emportera.

    La notion de partage joue un rôle essentiel dans le communisme. Tout fumeur sait à quel point il est difficile de refuser une demande de cigarette dès lors qu’on a été identifié comme appartenant le partage sauvera le mondeà la communauté des fumeurs. En cela, nous ne sommes pas très éloignés des tribus Nuers de la haute vallée du Nil, pour qui il était impossible de rejeter une demande de n’importe quel article de consommation courante lorsqu’elle venait de quelqu’un qui avait été accepté comme membre du clan. Le communisme échappe fondamentalement à la logique de l’échange parce qu’il ne fonctionne pas sur le mode de la #réciprocité. La seule chose qui est égale, c’est la certitude que l’autre en ferait autant pour vous, sans forcément l’attendre. Dans un cadre où personne ne cherche à savoir s’il a reçu autant qu’il a donné, l’idée même de compter paraîtrait blessante.

    #logique_du_don #gratuité #marchandisation


    • Pendant la plus grande partie de l’histoire occidentale, la tradition dominante en matière de gentillesse a été le christianisme, qui sacralise les instincts généreux de l’homme et en fait le fondement d’une foi universaliste. La charité chrétienne a servi pendant des siècles de ciment unissant les individus en une société. A partir du XVIe siècle, le commandement chrétien "Tu aimeras ton prochain comme toi-même” commence à subir la concurrence de l’individualisme. Le Léviathan de Thomas Hobbes (1651), le texte fondateur du nouvel individualisme, considérait la bonté chrétienne comme une absurdité psychologique. Les hommes étaient, selon Hobbes, des animaux égoïstes qui ne se souciaient que de leur propre bien-être, et l’existence humaine "une guerre de tous contre tous". Ses vues mettront du temps à s’imposer, mais à la fin du XVIIIe elles sont devenues l’orthodoxie – en dépit des tous les efforts de Hume et d’autres. Deux siècles plus tard, il semble que nous soyons tous hobbesiens, convaincus d’être mus par l’intérêt personnel. La gentillesse inspire de la méfiance, et ses démonstrations publiques sont jugées moralistes et sentimentales.
      Ses icônes populaires – la princesse Diana, Nelson Mandela, Mère Teresa – sont soit vénérées comme des saints, soit accusées d’être des hypocrites intéressés. Donner la priorité aux besoins d’autrui est peut-être louable, pensons-nous, mais certainement pas normal.

      Aujourd’hui, il n’y a qu’entre parents et enfants que la gentillesse est attendue, bien vue et de fait obligatoire. La gentillesse – c’est-à-dire la disposition à assumer la vulnérabilité des autres, et donc de soi-même – est devenue un signe de faiblesse (sauf naturellement chez les saints, chez qui elle témoigne de leur nature exceptionnelle). On n’en est pas encore à dire que les parents doivent cesser d’être gentils avec leurs enfants. Mais nous avons développé dans nos sociétés une phobie de la gentillesse, évitant les actes de bonté et trouvant toutes sortes de bonnes raisons pour justifier cette aversion. Toute compassion est de l’apitoiement sur soi, relevait l’écrivain D.H. Lawrence, et cette formule reflète bien ce qu’inspire aujourd’hui la gentillesse, qui est prise soit pour une forme noble d’égoïsme, soit pour la forme de faiblesse la plus vile (les gentils sont gentils uniquement parce qu’ils n’ont pas le cran d’être autre chose).

      La plupart des adultes pensent secrètement que la gentillesse est une vertu de perdants.

      #réciprocité #histoire #psychologie_sociale
      #néolibéralisme #cynisme #individualisme #narcissisme #barbarie #psychopathe #vie_intérieure
      lien avec http://seenthis.net/messages/166218


  • GartenCoop, une ferme solidaire, autogérée par les agriculteurs et les consommateurs
    http://www.bastamag.net/GartenCoop-une-ferme-solidaire-et

    Comment rapprocher agriculteurs et consommateurs ? Dans la région de Fribourg (Allemagne), la coopérative GartenCoop invente un nouveau mode de production : 290 associés sont responsables d’une ferme de neuf hectares, dont ils se partagent chaque semaine la récolte, nourrissant 600 personnes. Solidaires les uns des autres, ils supportent les coûts et les risques de ce projet agricole écologique basé sur une philosophie résolument autogestionnaire. Chacun choisit la hauteur de sa contribution (...)

    #Témoignages

    / Quelle #Agriculture_pour demain ?, #Alternatives_concrètes, A la une, Agriculture , Economie sociale et (...)

    #Quelle_agriculture_pour_demain_ ? #Economie_sociale_et_solidaire


  • Le Communisme dans un appartement | Russia Beyond the Headlines
    http://fr.rbth.com/ps/2014/11/05
    /le_communisme_dans_un_appartement_31285.html

    Les appartements collectifs, dans lesquels vivaient sous le même toit des étrangers ne formant qu’une seule grande famille, ont façonné la mentalité de plusieurs générations de citoyens soviétiques, puis russes. L’habitude de vivre aux vu et au su de tous, le désir d’équilibre entre les droits et les devoirs, les dénonciations et l’assistance désintéressée envers ses voisins : tout cela a été inculqué par l’appartement collectif russe.

    #soviétisme #collectivisme #communisme #urss #ex-urss #habitat


  • 8 Parisiennes sur 10 pensent que personne ne les aiderait en cas d’agression dans le métro - Libération
    http://next.liberation.fr/sexe/2014/10/29/8-parisiennes-sur-10-pensent-que-personne-ne-les-aiderait-en-cas-d-a

    Un sondage international tente de mesurer le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports publics de 16 métropoles.

    A quel point se sentent à l’aise les femmes dans les #transports_publics ? Un sondage réalisé par l’institut YouGov auprès de 6 300 personnes et publié par la Thomson Reuters Fondation compare de manière intéressante le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports des plus grandes villes du monde.

    C’est ainsi à Bogota, Mexico et Lima qu’elles ont le plus peur. A l’inverse, elles se sentent plutôt en sécurité à New York, Tokyo et Pékin. La capitale parisienne se retrouve sixième meilleure ville. Une position en milieu de tableau à cause surtout d’une réponse à une question : « à quel point pensez-vous que des gens viendront vous aider si vous êtes agressées dans les transports publics » ? 85% déclarent qu’elles ont peu confiance et qu’elles risquent d’être livrées à elles-mêmes, au contraire, par exemple, des New-Yorkaises, si elles sont en danger.

    Des cas médiatiques, peuvent, sans doute, expliquer ces appréhensions, comme le meurtre d’Anne-Lorraine, en 2007, dans le RER D. En avril dernier, le procureur de Lille a ouvert une enquête pour tenter de retrouver les témoins d’une agression sexuelle dans le métro de la ville nordiste. L’agresseur « m’a touchée et personne ne m’a aidée. Je me suis défendue toute seule », a expliqué ensuite la jeune femme, choquée. La non-assistance à personne en danger est passible de cinq ans de prisons et de 75 000 euros d’amende.

    Le court-métrage ci-dessous, Je suis à l’heure, présenté au Nikon Film Festival met en scène de manière brillante cette #passivité parfois affolante des autres passagers.

    http://www.dailymotion.com/video/x28sghz_nikon-film-festival-je-suis-a-l-heure-le-film-contre-l-insecuri


    voir aussi la campagne #TackBackTheMetro
    http://seenthis.net/messages/307490
    #harcèlement_de_rue #agressions_sexuelles

    • Le court-métrage ci-dessous, Je suis à l’heure, présenté au Nikon Film Festival met en scène de manière brillante cette #passivité parfois affolante des autres passagers.

      Elle me saoul cette pub Nikon je ne comprend vraiment pas ce qu’apporte ce film pour les victimes d’agressions.

      – Il apporte du clic a des blogs à pub comme Next ou des blogs à trolls comme BigBrowser.
      – Il permet de répéter le cliché du méchant jeune de banlieue violeur de femmes car même si on ne voie pas l’agresseur ni l’agressée on entend les « zyva » typique d’un djeundebanlieu. Un peu de racisme et de classisme ca ne se refuse pas dans le contexte nauséabond actuel et le jeundebanlieu ne doit pas être la cible commerciale de Nikon.
      – Il parle aux hommes blancs probable cible commerciale de Nikon.
      – Il permet aux hommes blanc non banlieusards et probables acheteurs de Nikon de se projeter en chevalier servant sauveur du sexe faible en detresse. « moi à sa place j’aurais... » sont l’essentiel des commentaires masculins que j’ai lu autour de cette pub.
      – Il apprend aux femmes que le RER en milieu de journée c’est pas la peine sans un chaperon masculin avec soi. Les femmes ne sont clairement pas la cible de Nikon.
      – Il rappel aux victimes d’agression le bon souvenir de ce qu’elles ont vécu pour vendre des trucs Nikon. Voire le « syndrome de reviviscence » symptôme typique des troubles post-traumatiques des violences sexuelles.
      – Il ne dit pas qui sauvera les femmes de leur sauveurs. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/10/17/01016-20121017ARTFIG00618-viols-sur-mineure-l-enquete-visant-des-pompiers-e
      – Il enfonce des stéréotypes sur le viol et les agressions sexuels. Dans un lieu publique par un inconnu à tendance banlieusarde alors que la plus part des viols et agressions sexuelles se passent au domicile de la victime ou de l’agresseur et par une personne connu de la victime, un ami, un conjoint, un parent, un collègue. Mais un film qui montrerait le cadre blanc client de Nikon en agresseur je suis pas certaine que ca aurait buzzer autant.
      – Il déplace le problème là ou il n’est pas, le problème c’est les agressions sexuelles pas le manque de chevaliers servants. Le problème c’est la déshumanisation et la robotisation des transports en commun pas la lâcheté des cadres en imperméable.
      – Il détourne la question des agressions sexuelles à des fins commerciales. C’est pas présenté d’abord comme le film de Isabelle Quintard et Fabien Motte mais c’est toujours d’abord le film « dans le cadre du Nikon Film Festival ».
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Marketing_viral

      #bad_market



  • « Les stéréotypes sur la pauvreté sont déshumanisants » | Secours populaire
    https://www.secourspopulaire.fr/les-stereotypes-sur-la-pauvrete-ont-pour-fonction-devacuer-une-resp

    Les stéréotypes ont exactement cette fonction d’évacuer une #responsabilité_collective à l’égard des personnes dans la détresse. Ils sont proprement déshumanisants, parce qu’ils dépouillent les personnes pauvres de leur identité, sur laquelle il faudrait pouvoir compter pour engager un dialogue ou un processus d’insertion.

    De tels discours qui brossent l’opinion dans le sens du poil « soupçonneux » aggravent le fossé divisant les Français autour de la question du travail. Ce fossé est l’une des causes du non-recours au RSA-activité destiné aux travailleurs pauvres. Le percevoir, c’est prendre le risque, aux yeux des collègues ou de l’employeur, de tomber dans la catégorie des « tire-au-flanc ».

    Le retour à des prestations universelles et inconditionnelles est une voie souvent avancée pour échapper à la stigmatisation qui accompagne tout ciblage. La logique d’une telle universalisation devrait conduire à l’option radicale d’une « allocation universelle » forfaitaire due à chacun de sa naissance à sa mort. Cependant, dans les circonstances actuelles, les situations d’exclusion frappant les jeunes et de nombreux adultes d’âge actif sont si profondes qu’elles ne seront pas surmontées sans une démarche d’accompagnement social qu’il faut prioritairement financer.

    nous constatons un enracinement de la pauvreté. L’accroissement de la grande pauvreté et de la dépendance nous inquiète, d’autant que les possibilités d’en sortir sont réduites. Déjà en 2011, un tiers des personnes en situation de pauvreté l’était depuis au moins trois ans. Les chances de sortir de la pauvreté s’amenuisent dans la durée

    #oligarchie #inégalités #dépolitisation #narcissisme #néolibéralisme #fondamentalisme_libéral #déshumanisation #barbarie
    #réciprocité #revenu_de_base

    • Si le revenu universel pose problème comme je l’ai lu ici dans différents ST, on peut imaginer que la gratuité de l’essentiel, tout ou partie, pourrait être une solution de base. Gratuité du logement, eau, électricité, gaz, communications, transports, santé, éducation ?


  • « Zone de #gratuité », ou comment les objets deviennent « sans propriétaire fixe » - Basta !
    http://www.bastamag.net/Zone-de-gratuite-ou-comment-les

    Ni troc, ni obligation de réciprocité, ni charité, la zone de gratuité est un moyen utile de réduire le volume de déchets et de #recycler les objets. Une façon aussi de se réapproprier l’espace public, la rue, de créer un moment convivial, entre voisins et ouvert à tous. Un pied de nez à la société de #consommation. Un espace soustrait aux rapports marchands, qui vient interroger chacun sur le don, l’argent, la propriété. « Les valeurs Acheter - Jeter sont remplacées par les joies du Donner - Récupérer », expliquaient les organisateurs lors de la première édition.



  • Réchauffement climatique : la tactique alarmiste en question - NYTimes.com
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/82518624544

    Dans le New York Times, Ted Nordhaus et Michael Shellenberger de l’organisation de recherche environnementale Breakthrough Institute prennent à propos une émission américaine alarmiste sur le #changement_climatique pour souligner qu’"une décennie de recherche suggère que les appels basés sur la #peur du changement climatique inspirent le refus, le fatalisme et la polarisation". Une vérité qui dérange d’Al Gore (2006) a contribué à la division du public et le nombre d’Américains qui pensent que les médias exagèrent l’ampleur du réchauffement progresse. Des chercheurs du Frameworks Institute ont montré que les messages sur les événements météorologiques extrêmes renforçaient la conviction que le changement climatique pouvait être surmonté, pas empêché… Tant et si bien que les gens préfèrent acheter un 4x4 pour (...)

    #transition #écologie #cognition #psychologie #communication

    • Mais la génération 68 (celle des parents de ma génération) se montre généralement assez égoïste. Mes parents sont de la génération juste avant et j’ai pu voir la différence de traitement par rapport à mes petits camarades. Dans les anciennes générations, il y a justement l’idée fondamentale de la transmission, du passage de relai, du fait que rien n’est plus important que de pousser les nouvelles générations plus haut et plus loin, à tout prix. Avec une idée de sacrifice un peu pesante à vivre, parfois.
      À contrario, mes potes gosses de baby-boomers, ils ne sont pas maltraités, mais leurs parents ont tout de même l’air de penser que ça va être difficile de faire mieux qu’eux et se sont désinvestis largement de leur job de propulseurs. En gros, ils ont agi comme s’ils étaient arrivés au sommet de la pyramide sociale et qu’ils le méritaient bien et qu’ils n’allaient pas se laisser gâcher leur plaisir par les mouflets qu’ils ont eu la grande bonté de mettre au monde. Ce sont eux qui ont collé massivement les vieux à l’hospice, carrières obligent, et qui ont un peu laissé l’ascenseur social se démerder comme il peut, surtout quand ils ont commencé à se sentir menacés par les générations montantes.
      Je me souviendrais toute ma vie d’une copine qui était avec moi en licence et dont les parents, bien bourgeois, avaient décidé que ça lui ferait la couenne de bosser pendant ses études (ça peut se défendre, sauf qu’eux avaient bénéficié du marchepied parental en mode complet, mais bon...).
      Cela dit, la copine s’en sort assez mal (parents bourgeois = 0 aides au logement ou à quoi que ce soit) et va un jour leur demander une rallonge. Sa mère n’a pas le temps de lui parler, elle la retrouve en train de chiner une table basse au Louvre des antiquaires... et de lui répondre qu’elle n’a pas de fric pour elle, parce que ses prochaines vacances au bout du monde lui ont couté les yeux de la tête.

      Ma copine a pris le job a plein temps et a arrêté les études.

      Perso, je n’ai pas compris comment cette bonne femme pouvait préférer ses vacances à l’avenir de son gosse.

      Mais je pense qu’ils sont pas mal dans cette catégorie.

      Cela dit, je trouve que cette pensée « tout pour ma gueule, tout de suite, et merde aux autres » est assez contagieuse et a rattrapé des gens qui étaient dans la transmission et qui sont maintenant dans le « après moi, la fin du monde » et tant pis pour les gosses, pas de chance pour eux, mais fallait bien que ça tombe sur quelqu’un.

    • C’est la génération : « parce que je le vaux bien » qui estime effectivement qu’elle le mérite plus que les autres, même si le principal mérite, en terme de trajectoire sociale, est le plus souvent de naître dans le bon milieu et au bon moment (le destin des cohortes varie selon le contexte de l’entrée sur le marché du travail).


  • L’intime, un concept politique - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/L-intime-un-concept-politique.html via @bug_in

    L’enjeu du livre de Michaël Foessel est de dégager, délimiter et promouvoir, aux côtés des sphères publique et privée auxquelles se limitent les théories politiques modernes et contemporaines, la sphère de « l’intime ». S’il importe de prendre la mesure de cette sphère, c’est qu’elle met en jeu des expériences spécifiques quant au mode de #relation, de visibilité et de responsabilité entre les #individus. Dans le schéma dichotomique classique, ces expériences sont trop souvent confondues avec celles qui ont cours dans le champ du #privé, alors que ce dernier relève exclusivement du domaine économique et rend compte des relations individuelles sur le modèle de transactions entre des propriétaires (de soi, de son corps), y compris au sein du #couple et de la #famille. Au contraire, pris dans sa spécificité, l’intime nous permet de penser une autre approche du politique — selon une double dimension.

    Dimension normative d’abord : l’intime et le public partagent des structures et des normes communes qui les distinguent, ensemble, du privé : c’est notamment le cas, dans la « démocratisation de l’intime » (selon l’expression de Giddens), de la progressive imposition de l’idée selon laquelle la vie personnelle est un « projet ouvert » et non pas caché ou silencieux. Dans le couple pris comme « lieu d’élaboration éthique » (p. 39), les partenaires ne sont pas pensés comme des co-contractants aux liens d’abord sociaux et juridiques, mais comme les tenants de discours de soi qui ne font sens que dans la relation, en prenant le risque de la désappropriation de soi. De ce point de vue, s’attacher à penser la spécificité de l’intime permet de se délivrer de l’erreur qui consiste à replier le politique sur l’économique. Ainsi peut se dégager une autre manière de penser le politique et ses acteurs, les individus affectifs et non pas seulement les individus performants, pris dans un « vivre ensemble » dont les modalités, sentimentales et morales, sont elles aussi renouvelées.

    De là découle la seconde dimension, pratique et positive : l’intime nous donne accès à un pan trop ignoré de la démocratie, la démocratie « sensible » (p. 138) — au double sens d’une démocratie des sentiments et d’une démocratie vulnérable, qu’il s’agit précisément de protéger contre l’intrusion du privé ou contre l’interprétation exclusivement sociale des #identités et des interactions.

    nous sommes invités à nous méfier de la mise en scène des sentiments par les acteurs politiques professionnels, qui jouent des confusions conceptuelles et des dénis de reconnaissance qui affectent les individus dans leur vie quotidienne pour promouvoir leur propre carrière publique, pensée comme celle d’entrepreneurs d’eux-mêmes. Ils font étalage d’un amour « réussi », performant, légitimés dans cette pratique par la dissolution générale de l’intime dans la #rationalité stratégique. C’est au nom d’une recherche de l’authentique que l’attitude politique de la méfiance, à la fois philosophique et engagée, doit être adoptée.

    la « pipolisation » est cette pratique de mise en scène de soi contrôlée et contractuelle dans laquelle M. Foessel voit le paradigme de la tendance néolibérale à dissoudre le public et l’intime dans la sphère du privé.

    Le second intermède poursuit l’interrogation sur la nature du « moi » de l’homo œconomicus que thématise l’individualisme libéral, à partir d’une lecture d’Adolphe de Benjamin Constant, « roman de la disparition de l’intime dans le “privé” » (p. 100). Adophe, confondant l’idéal d’authenticité et l’impératif de réussite, rate ses amours et sa vie en demeurant étranger auprès des autres, incapable d’engagement — ce qui selon M. Fœssel, est le pendant inévitable de la liberté négative des Modernes. En effet, la #modernité libérale arrache l’intime à la contrainte normative de la tradition, mais commet dans le même mouvement l’erreur de le conceptualiser en termes de « droit à la vie privée » ; or « le privé nous appartient alors que l’intime nous concerne » (p. 111). Se joue ici la confusion essentielle qui nous conduit à oublier d’agir selon le souci authentique de soi. Nous sommes ainsi amenés à prendre pour « moi » ce qui s’expose comme moi et qui se trouve seulement pris dans une logique stratégique : la transparence donnée en spectacle remplace l’authenticité d’un échange intime de regards.

    #vie_intérieure #réciprocité #privatisation #marchandisation #narcissisme #néolibéralisme

    de quoi enrichir aussi les discussions sur la #prostitution

    et comme on parlait dernièrement (notamment @aude_v) de la perte de la réciprocité, je dirais que le commerce et l’idée de « ne rien devoir à personne » sont un mode d’échange correspondant à la sphère du privé, tandis que la #logique_du_don et la non-comptabilité correspondraient à l’authenticité et à l’intime, prenant en compte les liens non mesurables de tout un chacun avec le monde.


  • De la définition et de l’existence de Dieu

    Cela fait des années que, tout en n’étant pas croyant, je cherche à définir le terme « Dieu ». C’est mon petit sudoku à moi. Lentement, je complète la grille. Voici, en substance, le point où j’en suis arrivé.

    En fait, le secret de « Dieu » tient dans son UNICITÉ . Souvent on considère qu’il s’agit de l’affirmation d’un dieu unique, alors qu’en réalité, il s’agit du constat que « Dieu » est UN , c’est-à dire qu’il est indécomposable contrairement à nous.

    « Dieu » devenant le TOUT indissociable que nous réintégrons lorsque nous échappons à notre réalité dimensionnelle. On voit là que les religions ne sont archaïques que dans leur compréhension.

    La décohérence est la perte d’information d’un objet à partir d’une observation dans une réalité dimensionnelle moindre ou supérieure que celle de l’objet observé.

    « Dieu » est la valeur minimum (opposée à l’absence de valeur) sur laquelle repose (par addition) toute valeur perçue.

    #Dieu #religions #spiritualité

    • Ce qu’il faut comprendre de la mort, c’est que la mort est #décomposition. Si « Dieu » est immortel, c’est justement parce que #TOUT est #UN. Il ne peut pas se décomposer.

      Cela veut dire qu’à notre mort, nous rejoignons le TOUT indivisible. Quand à l’âme, il n’y en a pas de personnelle, il n’y qu’une âme collective et c’est « Dieu ».

      Il n’y a pas de forces surnaturelles, il n’y a que la confusion de notre ignorance de ce qu’est la vie.

    • Lorsque l’on ne comprend pas l’intention de la #laïcité philosophique (à ne pas confondre avec celle de la loi) qui est un consensus à minima sur des valeurs communes à toute l’humanité, on peut effectivement penser que la laïcité fait l’impasse volontairement sur beaucoup de choses, mais il n’en est rien. Dans la laïcité tout est débat, mais ce débat repose sur la tolérance et sur la bienveillance.

      Par exemple : on peut débattre de l’interdiction de tuer. Un croyant pourrait dire qu’il s’agit d’un commandement divin, ce qui serait absurde pour un non croyant. On doit donc pouvoir justifier cette interdiction sans faire appel au divin.

      L’interdiction de tuer est une valeur universelle parce que la relation entre les humains ne peut pas reposer sur un droit unilatéral du genre « il n’y a que moi qui ait le droit de tuer ». Lorsque l’on désigne l’ennemi, on devient ennemi aussi, et de ce fait, on accorde le droit de tuer également à l’ennemi.

      Tout droit humain implique un droit de #réciprocité.


  • Le racisme est toujours justifié et construit par la culture (la supériorité esthétique des pratiques culturelles), le biologique, l’appartenance à un groupe social ( la stigmatisation des pauvres issus de l’immigration)
    "Racisme et Culture" par Frantz Fanon
    http://www.dailymotion.com/video/xoib3i_frantz-fanon-racisme-et-culture_news


    extrait de la préface de « Oeuvres » de Frantz Fanon paru aux éditions de la Découverte
    http://www.mouvements.info/L-universalite-de-Frantz-Fanon.html

    Il n’y est question, faut-il préciser, que de la lutte et du futur qu’il faut ouvrir coûte que coûte. Cette #lutte a pour but de produire la vie, de renverser les #hiérarchies instituées par ceux qui se sont accoutumés à vaincre sans avoir raison, la « violence absolue » jouant, dans ce travail, une fonction désintoxicatrice et instituante. Cette lutte a une triple dimension. Elle vise d’abord à détruire ce qui détruit, ampute, démembre, aveugle et provoque peur et colère – le devenir-chose. Ensuite, elle a pour fonction d’accueillir la plainte et le cri de #l’homme_mutilé, de ceux et celles qui, destitués, ont été #condamnés à l’#abjection ; de #soigner et, éventuellement, de #guérir ceux et celles que le pouvoir a blessés, violés et torturés, ou simplement rendus fous. Elle a enfin pour but de faire jaillir un #sujet #humain inédit, capable d’habiter le monde et de le partager afin que les possibilités de #communication et de #réciprocité sans lesquelles ne sauraient exister ni la #dialectique de la reconnaissance ni le #langage humain soient restaurées.
    Ce gigantesque labeur, Fanon l’appelait la « sortie de la grande nuit », la « #libération », la « #renaissance », la « restitution », la « #substitution », le « #surgissement », l’« émergence », le « #désordre absolu », ou encore « marcher tout le temps, la nuit et le jour », « mettre sur pied un homme neuf », « trouver autre chose », forger un sujet humain nouveau sorti tout entier du « mortier du #sang et de la #colère », #libre du #fardeau de la #race et débarrassé des attributs de la #chose. Un sujet quasi-indéfinissable, toujours en reste parce que jamais fini, comme un écart qui résiste à la #loi, voire à toute limite.
    Quant au reste, et bien mieux que d’autres écrits de l’époque, les textes de Fanon dévoilent l’étendue des souffrances psychiques causées par le racisme et la présence vive de la folie dans le système colonial [3] . En effet, en situation coloniale, le travail du racisme vise, en premier lieu, à abolir toute séparation entre le moi intérieur et le regard extérieur. Il s’agit d’anesthésier les sens et de transformer le corps du colonisé en chose dont la raideur rappelle celle du cadavre. À l’anesthésie des sens s’ajoute la réduction de la vie elle-même à l’extrême dénuement du besoin. Les rapports de l’homme avec la #matière, avec le #monde, avec l’#histoire deviennent de simples « rapports avec la nourriture », affirmait Fanon. Pour un #colonisé, ajoutait-il, « vivre, ce n’est point incarner des valeurs, s’insérer dans le développement cohérent et fécond d’un monde ». #Vivre, c’est tout simplement « ne pas #mourir », c’est « maintenir la vie ». Et de conclure : « C’est que la seule perspective est cet estomac de plus en plus rétréci, de moins en moins exigeant certes, mais qu’il faut tout de même contenter. »
    Cette #annexion de l’homme par la force quasi-physiologique du besoin et la matière de l’estomac constitue le « temps d’avant la vie », la « grande nuit » de laquelle il faut sortir. On reconnaît le temps d’avant la vie au fait que, sous son emprise, il n’est pas question pour le colonisé de donner un sens à son existence et à son monde, « mais plutôt d’en donner un à sa mort ». Et c’est à éclairer les attendus de ce différend et à le trancher en faveur des « réserves de vie » que s’attela Fanon.

    Un bel hommage de #Jacques_Coursil (Clameurs) à #Frantz_Fanon tiré du livre "Peau Noire, Masques Blancs(collection Points)
    http://www.youtube.com/watch?v=8yaGS2uJvis

    Je suis nègre.

    Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer.
    Non !
    je n’ai pas le droit de venir et de crier ma haine.
    – pas le droit,
    de souhaiter la cristallisation
    d’une culpabilité
    envers le passé de
    ma race -
    Dois-je me confiner
    à la répartition raciale de la culpabilité,
    Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir.
    – je n’ai pas le droit d’être ceci ou cela…
    Le Nègre n’est pas, pas plus que le Blanc.
    Je demande qu’on me considère à partir de mon Désir.
    Je me reconnais un seul droit :
    celui d’exiger de l’autre
    un comportement
    humain.

    Le malheur et l’inhumanité du Blanc
    sont d’avoir tué l’humain
    quelque part.
    Le malheur du nègre
    est d’avoir été esclave.
    Mais je ne suis pas esclave
    de l’esclavage
    qui déshumanisa mes pères.

    Je suis homme
    et c’est tout le passé du monde
    que j’ai à reprendre.
    – la guerre du Péloponnèse
    est aussi mienne
    que la découverte de la boussole.
    Je ne suis pas seulement responsable
    de Saint-Domingue -
    La densité de l’Histoire
    ne détermine aucun de mes actes.
    Je suis mon propre fondement.

    Exister absolument.
    Je n’ai ni le droit ni le devoir
    d’exiger réparation
    pour mes ancêtres domestiqués.
    Pas le droit de me cantonner
    dans un monde de réparations rétroactives.
    Je ne suis pas prisonnier de l’Histoire
    Il y a ma vie prise
    au lasso de l’existence.
    Il y a ma liberté.Il n’y a pas de mission Nègre ;
    Pas de fardeau Blanc
    pas de monde blanc
    pas d’éthique blanche,
    pas d’intelligence blanche.
    Il y a de part et d’autre du monde
    des humains qui cherchent.

    Ô mon corps,
    fais de moi toujours
    un homme qui interroge !

    #Colonialisme #Décolonisation #Anticolonialisme #Racisme #Hiérarchisation #Ségrégation #Culture #Anthropologie #Politique #Déculturation #Musique #Jazz #Livres #Vidéo


  • Chinese navy begins US economic zone patrols - FT.com
    http://www.ft.com/cms/s/0/02ce257e-cb4a-11e2-8ff3-00144feab7de.html#ixzz2V9pjC71D

    ...

    Admiral Samuel Locklear, commander of US forces in the Pacific, on Sunday confirmed the revelation from a Chinese military delegate at the Shangri-La Dialogue, a high-level defence forum in Singapore, that the People’s Liberation Army navy had started “reciprocating” the US navy’s habit of sending ships and aircraft into the 200-nautical-mile zone off China’s coast.

    ...

    #réciprocité