• Faux manifeste pour une vraie écologie politique
    https://www.terrestres.org/2026/06/18/faux-manifeste-pour-une-vraie-ecologie-politique

    Comment aborder les enjeux écologiques à la veille de l’élection de 2027 ? L’histoire internationale récente augure-elle une victoire de la gauche ? Dans une nouvelle BD de prospective sérieuse et hilarante, Alessandro Pignocchi esquisse des réponses sous la contradiction de François Mitterrand, d’une outarde présidente ou d’une mésange social-démocrate. L’article Faux manifeste pour une vraie écologie politique est apparu en premier sur Terrestres.

    #Bande_dessinée #Ecologie Politique #Extrême_droite #Luttes #Récits #Vivants #Zads

  • Rêver plus loin : sur la puissance #Politique du rêve
    https://www.terrestres.org/2026/05/26/rever-plus-loin-sur-la-puissance-politique-du-reve

    L’art ancestral du rêve dans différentes cultures peut-il nous aider à survivre individuellement et surtout à nous organiser collectivement ? Rencontre Terrestres autour des rêves avec Barbara Glowczewski et Nastassja Martin le 3 juin à l’Académie du climat, pour saisir la portée politique de la pratique du rêve et imaginer de nouvelles formes de résistance. L’article Rêver plus loin : sur la puissance politique du rêve est apparu en premier sur Terrestres.

    #Anthropologie #Décolonial #Récits #Terre #Vivants

  • Zad polaire : l’ardente lutte des jeunes Sámis de Norvège
    https://www.terrestres.org/2026/03/19/zad-polaire-lardente-lutte-des-jeunes-samis-de-norvege

    En Norvège arctique, colonialisme, projets miniers, changement climatique et militarisation se conjuguent pour assaillir les Sámi·es. Mais la jeune génération du seul peuple autochtone reconnu en Europe est déterminée à se battre pour son environnement et son mode de vie, entre pêche et élevage des rennes. Immersion auprès des activistes du fjord. L’article Zad polaire : l’ardente lutte des jeunes Sámis de Norvège est apparu en premier sur Terrestres.

    #Climat #Décolonial #Extractivisme #Luttes #Pollutions #Récits #Vivants #Zads

  • Block Inc Layoffs: Jack Dorsey’s mass job cuts expose tech’s bogus narrative, ETTelecom
    https://telecom.economictimes.indiatimes.com/news/internet/jack-dorseys-mass-job-cuts-expose-techs-bogus-narrative/129369088

    “Telling stories is one of the core activities of Silicon Valley,” Stanford University professor Fred Turner told me. “It’s as important as making devices.” Turner, a leading expert on the intersection of Silicon Valley culture and technology, has long chronicled how mythmaking is essential to the sector’s success. Establishing the industry’s divine mission in creating a utopian future lets it skirt the normal laws of gravity — whether that’s regulation or unionization. “The profits spin back as evidence not just of monetary success but of moral success,” Turner says.

    The Valley has practiced this art for decades. Steve Jobs helped invent tech’s myth structure, marketing Apple Inc. as a countercultural rebel that would free its users from conformity. Its famous 1984 Super Bowl ad cast the arrival of its Macintosh computer as a tool for smashing an authoritarian, dystopian future. Google cemented its “don’t be evil” mantra in its 2004 IPO filing. WeWork Inc. told investors it wasn’t a real estate company leasing office space to tenants but rather a platform for “elevating the world’s consciousness.” Over at Tesla Inc., shareholders have endured extreme volatility in service of its planet-saving mission.
    Dorsey’s announcement fits squarely within that tradition. Veteran tech journalist and investor Om Malik called it “classic narrative substitution, a tool where you replace one story with another to reframe the situation.” Dorsey turned a press release about layoffs into a declaration about the future of technology. The cuts, in his telling, reflect not questionable business decisions but instead a prescient structural change that other forward-thinking companies will soon adopt. It’s a message the market likes to hear; the stock, which had been down some 40% since the start of 2025, has jumped about 22%.

    #Silicon_Valley #récits_légendes #Fred_Turner

  • Haies, champs de blé et mégaprojet en Ile-de-France
    https://www.terrestres.org/2026/01/31/champs-de-ble-et-megaprojet-en-ile-de-france

    Une balade naturaliste au nord du Grand Paris, parmi les fauvettes et les églantiers, ça vous dit ? Dans son livre “Sauver les terres agricoles”, l’ethnologue Stéphane Tonnelat raconte la lutte du Collectif pour le Triangle de Gonesse contre l’artificialisation des terres agricoles en général et le mégaprojet EuropaCity en particulier. Extrait. L’article Haies, champs de blé et mégaprojet en Ile-de-France est apparu en premier sur Terrestres.

    #Grands_projets_inutiles_et_imposés #Luttes #Nature #Récits #Vivants

  • Déclaration pour la vie et la dignité du peuple iranien
    https://www.terrestres.org/2026/01/29/declaration-pour-la-vie-et-la-dignite-du-peuple-iranien

    Le 28 décembre 2025 a débuté un soulèvement majeur en Iran, mobilisant une très large majorité sociale et spatiale du pays. Le processus révolutionnaire a été écrasé dans le sang les 8 et le 9 janvier par la théocratie fasciste. 30 000 civils auraient été assassinés en quelques jours, 100 000 blessés. Cette tribune de soutien a été écrite depuis plusieurs endroits en rébellion dans le monde. L’article Déclaration pour la vie et la dignité du peuple iranien est apparu en premier sur Terrestres.

    #Récits #Répression #Violence

  • #Récits des eaux et des rives


    –-

    Cette enquête repose sur des rencontres. Celle des
    habitants et habitantes du Diois et de la vallée de la Drôme avec les peuples des eaux, celle d’artistes et de chercheur.es, notamment Caroline Fontana, documentariste sonore formée à l’ethnologie, Yann Degruel, dessinateur, bédéiste, Samuel Pinjon, doctorant en géographie, et Sabine Girard, chercheuse en géographie et habitante d’un village au bord de la rivière Drôme.

    Le récit à plusieurs voix qui vous en est proposé a été présenté une première fois avec la carte des Récits des eaux et des rives lors de la nuit des Rhapsodes de l’université des terrestres le 4 juillet 2025, puis au monastère de Sainte-Croix le 2 octobre dans le cadre d’un séminaire de recherche sur la gouvernance de l’eau coordonné par Sabine Girard.

    Caroline Fontana

    "En 2022, le territoire a connu un niveau de sécheresse historique. Dans le Diois, où je vis depuis 2010, un grand incendie a ravagé la forêt de la commune de Romeyer et 300 hectares ont été brûlés en 1 semaine. Il a été l’incendie le plus important sur le territoire depuis 30 ans. En août, l’usage de l’eau pour l’irrigation a été drastiquement restreint.

    Cet été 2022, au sein du potager collectif dont je fais partie, nous nous sommes questionnés sur la pérennité de notre activité, nos droits d’eau étant quasi inexistants, sur la façon dont on pourrait cultiver avec moins d’apport en eau, mais aussi sur notre impact sur la rivière dont le débit avait rarement été aussi faible.

    La situation était tendue : pour les agriculteurs et agricultrices qui s’inquiétaient de leur avenir mais aussi entre voisins et voisines, l’un pointé du doigt parce qu’il arrose beaucoup trop son potager, l’autre parce qu’il remplit une piscine privée. Cette année-là, j’ai ressenti une vulnérabilité face à la raréfaction de l’eau et j’ai perçu à quel point les questions entourant le partage de l’eau pouvaient être sensibles.

    Je me suis souvenue alors du récit de Sjoerd Wartena, décrivant son arrivée au début dès les années 70 à Vachère-en-Quint, petite commune dont la source coulait très peu l’été. Une génération plus tôt, des ouvrages avaient été mis en place pour capter les petites sources de chaque village et des réseaux pour acheminer leurs eaux. Certains ici ont connu un temps où « l’eau ne coulait pas sur l’évier ». Ma première intention a été d’aller entendre les témoignages de cette époque."

    Samuel Pinjon

    "En 2022, la fenêtre de mon appartement grenoblois s’ouvrait sur les contreforts du Vercors où les arbres ternis semblaient griller sur pieds. Comme Caroline, de la fumée me parvenait aussi d’un incendie, celui-ci se situait sur les contreforts de Chartreuse.

    J’étais en stage de fin d’études à la Direction Départementale de l’Isère dans le cadre d’un master sur l’eau. Mon rôle était d’élaborer une vision stratégique à l’échelle départementale. Au quotidien, la « gestion de crise » occupait la majorité du temps de mes collègues de service alors que l’on était dans une période de congés où l’effectif était réduit. L’horizon qui se profilait, pour cet été comme pour les autres, était constitué d’arrêtés préfectoraux, de restrictions en eau et de leurs inévitables dérogations. Les remèdes faisaient appel à la sobriété des usagers et au déploiement de technologies de suivi et de contrôle des consommations.

    L’injonction principale était celle de l’adaptation à une nouvelle condition, le changement climatique et à la modernisation.

    L’impréparation des Services de l’Etat à ce type d’évènements, amenés pourtant à se répéter, et les difficultés matérielles que j’observais m’ont questionné. D’abord sur les orientations et les choix politiques qui étaient à l’origine de cela. Puis, sur les échelles, les types d’actions, les modes d’organisations et les modèles politiques qui seraient susceptibles de proposer autre chose. Enfin, sur le sous-bassement culturel que nous entretenons avec le monde dans lequel vivons."

    Caroline Fontana

    "En aout 2023, lors de l’écriture de ce projet, je rencontre un technicien rivière, Olivier Bielakoff, qui réalisait une étude sur la rivière proche de mon lieu de vie. Quand je l’interrogeais sur ses pratiques de gestionnaire de rivières, il me répondait par des questions : Faut-il gérer la rivière ? Pourquoi intervenir ? Comment caler son geste ?

    C’était le premier écho de cette façon de voir que je rencontrai par la suite dans de nombreux discours, et que je pourrais résumer par l’affirmation que « la nature se débrouille bien toute seule ».

    Olivier m’avait conseillé la lecture du livre Le chemin des pierres qui parle, qui retrace la venue des indiens kogis de Colombie dans le Haut Diois. Il rend compte du regard qu’ils ont porté sur le territoire et du diagnostic qu’ils ont fait sur sa santé. Les Kogis perçoivent le territoire comme un corps vivant, où les rivières symbolisent le sang. L’eau n’est pas considérée comme un élément autonome mais à la source de la communication entre les différents éléments d’un territoire. « L’eau c’est la mère, c’est elle qui organise la vie, il faut l’écouter pour qu’elle nous guide ».

    Ces voix lointaines ont eu beaucoup d’écho ici car d’autres voix s’élevaient aussi alors pour dire que l’eau n’est pas un objet inerte, qu’elle n’est pas seulement une ressource à aménager, à gérer, mais qu’elle est un élément fondamental de notre être au monde.

    La crise climatique et écologique que nous traversons remet en question nos pratiques et nos modes de vie, mais aussi nos façons de voir. Cette période de basculement m’a semblé particulièrement propice pour questionner les multiples liens que tissent l’eau, le territoire et ses habitants et habitantes. Quel est l’incidence de ces liens sur les manières de prendre soin et de gérer collectivement l’eau ? Les relations aux eaux étaient ainsi le cœur du projet."

    Samuel Pinjon

    "Définir un sujet de recherche peut-être aussi long que mener la recherche elle-même. Il est lié à des opportunités, des contextes, des motivations personnelles.

    Mon idée initiale, s’appuyant sur mes premières observations, était d’étudier, ce que j’appelais alors des « alternatives ». Je dis cela car la question de la qualification des mouvements que j’observais reste un enjeu fort, difficile à stabiliser.

    Par alternatives, je désigne des actions ou des propositions qui viennent se confronter à la culture dominante de l’eau. Celle des politiques de modernisation. Ces politiques modernisatrices de l’eau portent ce que certains appellent un dualisme, au sens où elles considèrent l’Eau et la Société comme des entités séparées, avec la domination de la seconde sur la première. L’eau est déconnectée et invisibilisée de la terre où habitent les sociétés humaines. La seule manière pour elle d’être valorisée est soit d’être une ressource, à économiser à tout prix, soit de s’écouler dans un paysage dit « naturel ».

    Les alternatives auxquelles je m’intéresse sont initiées par différentes personnes, qui ont en commun, dans leurs activités quotidiennes, de chercher à remettre en contact l’eau, la terre et la société. Dans mon travail de thèse, j’enquête sur les relations qu’elles entretiennent avec l’eau. J’interroge les pratiques et les infrastructures qu’elles développent et analysent en quoi elles diffèrent s de celles de la logique de modernisation. Ces différences s’expriment notamment par l’importance données à des connaissances empiriques à l’utilisation des sens."

    Sabine Girard

    "Une quatrième protagoniste entre alors en scène dans ce récit d’enquête : Emilie Belmont. C’est elle qui a cristallisé la rencontre entre Caroline, Samuel et moi.

    Emilie est chargé de mission à la communauté de communes du Diois. Pascal que l’on vient d’entendre est son élu en charge de l’eau. Elle a été recrutée pour organiser le transfert de compétences eau potable des communes vers l’intercommunalité.

    Le Diois est un territoire hyper- rural avec moins de 10 habitants au km2. Chaque village, voir chaque hameau et il y en a plus de cinquante, a sa propre source, son captage et son réservoir. Il faut plus de 450 kilomètres de tuyaux pour alimenter cet habitat dispersé. Mais très peu de gens sont présents pour s’en occuper et les municipalités ont des finances très limitées pour entretenir les infrastructures. Du coup, tous les habitants et habitants ont l‘habitude de mettre la main à la pâte, pour nettoyer le réservoir, débroussailler le captage, pour repérer une fuite ou la réparer. Le bénévolat est très répandu. Habitants, habitantes et élus s’auto-organisent pour maintenir ce service public de qualité.

    Les élus Diois sont vent-debout contre le transfert de compétence. Ils voient d’un mauvais œil la délégation de décisions aussi importantes. Que fera un technicien basé à Die quand un canal cassera au fond de la vallée de la Roanne, à plus d’une heure de route ? Qui sera là pour lui indiquer derrière quels arbres passent telle conduite et au pied de quel pierre trouver la vanne ? De combien le prix de l’eau risque-t-il d’augmenter ? Les habitants et les habitantes prendront ils encore autant soin de l’eau s’ils ne participent plus à l’entretien des infrastructures ?

    Emilie s’inquiète. Y aura-t-il vraiment un gain de sécurité et d’efficacité dans ce contexte particulier ? Des savoirs et des savoirs faire ne sont-ils pas en train de se perdre ? Que deviendra tout cet engagement bénévole ? Elle aurait besoin d’avis extérieurs. Elle sollicite alors des chercheurs en sciences sociales, Samuel et moi, mais aussi Caroline."

    Caroline Fontana

    "J’ai commencé à enquêter dans le Diois en bénéficiant de la connaissance du terrain d’Emilie Belmont.

    Le choix des témoins était celui de personnes qui par leur histoire, leur lieu de vie, leur activité, ont une sensibilité particulière à l’eau. J’ai été aussi guidée par deux thématiques que nous souhaitions creuser :

    Comment les habitants et les habitantes se sont organisés de longue date pour trouver, aménager et partager l’eau, que ce soit l’eau potable dans les petites communes, celle de canaux d’irrigations, ou encore à l’échelle du bassin versant de la Drôme ;

    Comment les représentations et les façons de voir autour de l’eau changent et amènent de nouvelles pratiques, en particulier pour retenir l’eau sur les territoires en associant des animaux et des végétaux.

    A chaque fois que c’était possible, j’ai interrogé les personnes sur le terrain, là où sont situées les sources, les captages, les réservoirs, les rivières, les gours, les cascades, les zones humides, les canaux, les mares, les jardins, les terres cultivées. Sur leur lieu de travail, leur lieu de vie, leur lieu d’observation, les personnes sont plus enclines à montrer ou à signaler des détails auxquels elles ne penseraient pas sinon, puisqu’on est pour elles dans le domaine de l’évidence, ce que Sabine nomme "les invisibles". C’est aussi sur le terrain qu’on peut recueillir les émotions liées à la remémoration d’histoires passées."

    Samuel Pinjon

    "Les méthodes de recherche se réinventent fortement ces dernières décennies, au frottement de différentes disciplines.

    En géographie, notre objectif principal est de montrer des dynamiques et leurs articulations à différentes échelles. Nous sommes attirés par les méthodes ethnographiques, qui prêtent une attention toute particulière aux pratiques quotidiennes, aux réalités vécues. Mais nous avons du mal à capter et restituer les processus qui allient l’intellect, les affects et les engagements du corps et des sens. C’est ce qui m’a intéressé dans l’approche de Caroline.

    Dans mon travail de thèse, j’enquête sur les mouvements alternatifs autour de l’eau, en articulant deux approches. Une approche classique par entretiens semi-directifs des principaux protagonistes, pour obtenir des informations précises. Et une approche immersive consistant à observer des pratiques in situ, à tisser des relations de confiance avec les personnes, à repérer les jeux entre acteurs et actants. Je réalise ainsi un suivi au long cours de « ce qui est en train de se faire ».

    Mais je bute sur des limites. Il n’est pas aisé, avec sa casquette de chercheur de se faire très oublier lors des observations. Il est délicat de mettre en œuvre des dispositifs d’enregistrements de pratiques sans être trop intrusif.

    Pour ces raisons, il me semble que la récolte de témoignages et de récits, comme Caroline l’entreprend est très complémentaire à ma façon de faire."

    Caroline Fontana

    "A partir de cette enquête de terrain, il s’agissait de rapporter des récits recueillis ça et là sur le territoire. Le choix de restituer une pluralité d’histoires plutôt qu’un montage unitaire qui les aurait tous englobés était celui de l’ouverture : je ne voulais pas refermer ou clore une histoire mais aborder ce sujet de la relation aux eaux à travers de multiples éclairages.

    Il était aussi important pour moi que ces prises de paroles soient situées sur le territoire car elles sont le plus souvent liées au lieu de vie des témoins. D’où le choix de la cartographie , qui propose des extraits des récits, l’accès aux récits entiers, mais aussi des captations de scènes de vie.

    Les cartes sont aussi, à leurs différents niveaux, habitées par des extraits d’enregistrements et de compositions audio naturalistes de Bernard Fort pour donner une présence sensible à l’eau. Les histoires et situations sont illustrées, mises en perspectives par le regard d’un auteur dessinateur, Yann Degruel."

    Sabine Girard

    "Yann est dessinateur. Il est venu mettre en perspectives les histoires et les situations, mais aussi peupler ce qui est parfois un support froid de connaissances des géographes : la carte.

    Mais que représenter ? et comment ?

    Notre première intuition, pour décaler le regard, a été d’effacer les repères habituels : les routes et les villes pour laisser toute sa place au chevelu hydrographique, même dans ses plus petites ramifications. Nous avons rappelé les noms chantants de toutes ces eaux. Au spectateur attentif de tacher maintenant de se déplacer autrement, en se rappelant là, une confluence, ici, une courbe en angle droit du cours d’eau, et ailleurs la naissance d’un vallon. Nous avons ajouté les reliefs et entités naturelles marquant le paysage, le Glandasse, la Servelle de Brette, le cirque d’Archiane.

    Comment ensuite donner à voir les invisibles ?

    Il y a d’abord les différents peuples des eaux, des rivières, des mares, des veines, sur terre et sous terre, minuscules ou géants, minéral ou organique. Le massif karstique et ses connections mystérieuses, le figuier sauvage et ses racines de 120 mètres, l’apron et le chabot, l’agrion mercure et l’alyte accoucheur, les coleps hirtus et les gallionella.

    Et puis il y a ceux qui habitent nos imaginaires. La Drôme se fait dragon quand elle dévore les flancs des montagnes. La terre se met à boire toute l’eau, tel un ogre assoiffé, quand vient la sécheresse.

    Des êtres hybrides incarnent par ci par là les nouvelles alliances entre les hommes et les castors, pour rendre l’eau à la terre.

    Trois niveaux de cartes et de sons nous ont paru ainsi nécessaires, pour embrasser d’un regard le territoire ou bien s’attarder sur les détails des lieux, des milieux, des ambiances."

    Samuel Pinjon

    "Dans son récit, Sylvain Thevenet met en avant quelque chose d’essentiel, la joie de redécouvrir sa puissance d’agir.

    Lorsque l’on parle « d’alternatives », on peut identifier différentes composantes : des éléments matériels, pratiques et infrastructures et des éléments idéels, visions du monde et imaginaires. Plus tard dans son récit, Sylvain évoque la construction de mares et de baissières, plantées de haies, pour retenir l’eau dans ses terres. Ce sont des infrastructures hybrides, humaines et plus qu’humaine. L’imaginaire de Sylvain est embarqué vers un futur davantage désirable.

    Dans ce courant qui se dit « régénératif », on est en rupture avec l’idée d’une adaptation au changement climatique subie, faites de modernisation, technologies, sobriété.

    L’approche régénérative suggère au contraire qu’il est possible de récréer de l’abondance localement, en réactivant des processus naturels, part des aménagements légers, soit par soi-même, soit en alliance avec d’autres êtres.

    Les hommes et les femmes ne sont plus condamnés à être des protecteurs-contemplateurs de la nature ou des extracteurs-pollueurs. Ils et elles peuvent prendre part activement dans les cycles des eu et du vivant, ce qui marque une réconciliation avec une condition humaine.

    Ces aménagements peuvent également être entrepris en coopération avec les castors, si on leur reconnait une place en tant qu’habitant et aménageur du territoire. Ils ont la capacité à créer des mondes désirables pour eux, pour les humains et de nombreux autres êtres, face aux sécheresses récurrentes.

    Nous avons décidé de poursuivre la quête de récit en commun, Caroline et moi. Nous mènerons les futures rencontres conjointement et « à nos deux manières », mêlant récolte de récits de vie et entretiens semi-directifs. Nous espérons mieux resituer et mieux restituer la complexité des enjeux, des parcours et des facteurs de motivation des individus à s’engager pour porter des imaginaires et des pratiques différentes autour des eaux et des mondes qu’elles constituent.

    https://www.labandesonore.fr/projects/RecitsDeLeau
    #cartographie #visualisation #carte_interactive #carte_sonore #son #beau #cartographie_sensible #eau #rivière

    ping @visionscarto

  • Comment faire bifurquer la recherche scientifique ?
    https://www.terrestres.org/2026/01/20/comment-faire-bifurquer-la-recherche-scientifique

    La recherche scientifique joue un rôle central pour documenter l’étendue et la gravité de la catastrophe écologique. Mais la science n’est-elle pas aussi un moteur de cette crise ? Dans son livre « Décroiscience », Nicolas Chevassus-au-Louis revient sur l’époque charnière des années 1970, où s’est développé un double mouvement d’autocritique de la science et de l’économie. L’article Comment faire bifurquer la recherche scientifique ? est apparu en premier sur Terrestres.

    #Décroissance #Ecologie Politique #Récits #Sciences #Technocritique

  • Reprendre la #Politique aux élites : la solidarité radicale contre les privilèges
    https://www.terrestres.org/2026/01/09/reprendre-la-politique-aux-elites

    Et si on démontait les lieux de pouvoir au lieu de faire en sorte que d’autres y accèdent ? Dans un article anticipant son livre “Elite Capture”, le philosophe étasunien Olúfémi O. Táíwò appelle à défendre les perspectives situées contre ce qu’il appelle la “déférence épistémique”, qui fragmente le collectif politique et entrave la solidarité. L’article Reprendre la politique aux élites : la solidarité radicale contre les privilèges est apparu en premier sur Terrestres.

    #Antiracisme #Décolonial #Luttes #Philosophie #Récits

  • Comment les #cartes sont devenues des #contre-pouvoirs pour redessiner le monde

    Luttes écologistes, défense des libertés, mouvements féministes… Longtemps réservée aux puissants, la cartographie se réinvente sous l’impulsion de collectifs citoyens, de chercheurs, de journalistes et d’artistes. Un mouvement critique ancré dans une riche histoire théorique.

    Des îlots de forêt sillonnés par des camions de rondins et cernés par des usines de papier et de pellets, d’où surgit un impressionnant crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce protégée. C’est ainsi que des habitants de la Montagne limousine ont représenté « leur » massif forestier, à la croisée de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.

    Coéditée par IPNS, le journal d’information et de débat du plateau de Millevaches, et la maison d’édition associative A la criée, située à Nantes, la carte au format papier n’est pas destinée aux randonneurs ou aux touristes de passage. En mêlant #dessins et #récits, elle « vise à questionner les dynamiques forestières », explique #Frédéric_Barbe, géographe, artiste et membre de l’association, et donne à voir ce que les cartes institutionnelles ne montrent pas : l’industrialisation d’un territoire, la tristesse des riverains face aux coupes rases et leur volonté d’un autre avenir pour la #forêt.
    La publication fait partie de la douzaine de « #cartes_de_résistance » produites en dix ans par l’éditeur, vendues à prix bas ou libre avec un certain succès. La conception est toujours collective, menée à l’initiative ou au plus près des habitants, avec le soutien d’un géographe et d’un graphiste. La première, celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), en février 2016, est épuisée après cinq tirages et plus de 20 000 exemplaires diffusés. Celle des Jeux olympiques de Paris, en partenariat avec le collectif local Saccage 2024, raconte le revers de la médaille des JO, les expulsions d’habitants à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les morts d’ouvriers sur les chantiers du Grand Paris.
    Ces productions rompent délibérément avec les conventions graphiques de la cartographie institutionnelle. « La carte n’est pas le #territoire, mais invite à le penser, affirme l’éditeur. C’est un outil d’#éducation_populaire, simple et pas cher, que l’on peut afficher au mur ou poser sur une table pour réfléchir ensemble à la façon dont on veut vivre sur cet espace. »
    Un vent de rébellion souffle sur la cartographie, une discipline pourtant perçue comme technique et très codifiée. Un foisonnement d’initiatives et de réflexions a émergé depuis une quinzaine d’années, dont il est difficile de cerner les contours, tant il exprime une variété d’intentions, de méthodes et de productions. « Je travaille dans ce domaine depuis trente-cinq ans, et je n’arrive pas à suivre le rythme de toutes les initiatives », s’exclame #Philippe_Rekacewicz, chercheur associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas) et l’une des figures françaises de ce courant.

    Pour la « #justice_spatiale »

    Cet ex-journaliste au Monde diplomatique se réclame d’une pratique « radicale » de la discipline, d’autres préfèrent se dire « critiques », d’autres encore ont adopté le terme de « #contre-cartographie ». Ces démarches, à la croisée des sciences, des arts, de la politique et de militantisme social, partagent un socle commun, celui de vouloir renverser le #pouvoir_des_cartes et les mettre au service d’une forme de « justice spatiale ». Luttes écologistes et urbaines, défense des libertés et des droits humains, mouvements féministes… Associations et collectifs contestent les représentations institutionnelles, se réapproprient l’espace ou montrent des réalités jusque-là invisibilisées. Elles sont souvent soutenues par des cartographes reconnus, et s’inscrivent dans une riche réflexion théorique et un « dialogue ancien entre le champ académique et les pratiques sociales », constate #Irène_Hirt, professeure au département de géographie et environnement de l’université de Genève (Suisse).
    De fait, ces pratiques contestataires trouvent leurs racines dans l’histoire même de la discipline. La géographe #Françoise_Bahoken, coautrice avec Nicolas Lambert de Cartographia. Comment les géographes (re)dessinent le monde (éditions Armand Colin, 2025), en date les prémices dès la fin du XIXe siècle, alors que la cartographie occidentale s’est imposée comme un modèle de scientificité, d’abord avec la précision des mesures, puis avec l’essor de la géographie quantitative liée à l’utilisation de données statistiques.

    Dès les années 1880, le géographe allemand #Ernest_George_Ravenstein s’empare du recensement de la population britannique pour infirmer l’idée selon laquelle les populations migrantes se déplaceraient de façon anarchique. Un peu plus tard, le sociologue afro-américain W. E. B. #Du_Bois visualise, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1900, les « lignes de couleur » qui divisent la société américaine, démontrant, cartes et graphiques à l’appui, comment le racisme empêche toute égalité sociale.

    Il faut cependant attendre les années 1960 pour que ces travaux commencent à se diffuser, grâce à deux figures respectées de la profession, les géographes #David_Harvey et #William_Bunge (1928-2013). Le premier crée un courant d’inspiration marxiste, désigné sous le nom de « #géographie_radicale », qui s’attache à analyser la façon dont le capitalisme modèle les #inégalités_spatiales. Le second décide, en 1968, de rompre avec l’approche quantitative lorsqu’il prend conscience de son rôle dans les politiques urbaines ségrégationnistes aux Etats-Unis.

    Avec #Gwendolyn_Warren, leader militantiste des droits civiques de la communauté noire de Detroit (Michigan), William Bunge développe, dans cette ville ouvrière du nord des Etats-Unis, un projet de recherche géographique fondé sur l’enquête de terrain, embarquant dans l’aventure plusieurs centaines de jeunes habitants, femmes et hommes, du quartier noir de Fitzgerald. Pour Warren et Bunge, former les résidents à documenter les #logiques_spatiales, c’est démocratiser l’exercice du pouvoir. Ces « #expéditions_géographiques » conduiront à la publication d’un livre (Fitzgerald : Geography of a Revolution, Cambridge, 1971) sur les processus de paupérisation et d’exclusion du quartier.
    Ce sont toutefois les travaux d’un historien, #John_Brian_Harley (1932-1991), qui, à la fin des années 1980, opèrent un tournant théorique majeur. Dans son article fondateur, « Deconstructing the Map » (Cartographica, 1989), il invite à lire les cartes non comme de simples reflets du réel, mais comme des constructions sociales, traversées par des #rapports_de_pouvoir. La carte est une construction située dans le temps et dans l’espace, affirme-t-il, dont « une grande part du pouvoir (…) est qu’elle opère sous le masque d’une science en apparence neutre. Elle cache et nie sa dimension sociale en même temps qu’elle la légitime ».

    L’historien identifie un double pouvoir derrière l’outil : celui du cartographe ou de son commanditaire, qui décide de ce qui est représenté par le biais de choix multiples (projection, échelle, toponymes…), mais aussi un pouvoir interne, propre à la carte elle-même. Non seulement elle n’est pas neutre, mais elle est performative : elle agit sur nos #imaginaires et induit des #représentations. « Pour Harley, il faut absolument analyser d’un côté les intentions et les choix politiques de l’auteur, et de l’autre les usages, la façon dont la carte peut être instrumentalisée pour penser un territoire », souligne le géographe et chercheur au CNRS #Matthieu_Noucher.

    Ces réflexions, ainsi que l’ambitieuse History of Cartography que John Brian Harley dirige avec David Woodward (Presse de l’université de Chicago) à la même époque – le premier volume est publié en 1987 –, provoquent un choc méthodologique durable. La mise en lumière des formats multiples des cartes non occidentales contribue à décentrer le regard et à éclairer la dimension partielle et politique de toute représentation spatiale.

    Mythe de la #terre_vierge

    Cette prise de conscience va inspirer de nombreuses études en sciences sociales, notamment sur le rôle central de la cartographie dans l’#histoire_coloniale. « Elles montrent que, du XVIIe au XIXe siècle, la carte a servi à créer le mythe de la #terra_nullius, la terre vierge inhabitée, pour justifier les #conquêtes_coloniales en accréditant l’idée de territoires vides d’hommes et de femmes », explique Matthieu Noucher. Le chercheur s’est attaché à analyser le « #blanc_des_cartes », voire leur « #blanchiment » lorsqu’il s’agit d’effacer les rares mentions de populations autochtones. Ainsi, en Guyane, une première carte française notifie, en 1732, la présence de « nations indiennes » sur le territoire, une formule remplacée trois décennies plus tard par la mention de « belles et très fertiles plaines que doit habiter la nouvelle colonie française ». Entre-temps, la France a perdu ses possessions canadiennes et a décidé de fonder une colonie de peuplement en Guyane.
    L’approche critique ne se limite pas à questionner la carte comme représentation dominante. A partir des années 1970, l’outil lui-même est réinvesti par les communautés autochtones pour défendre leurs droits territoriaux face aux projets extractivistes. Pour les communautés locales d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, produire des cartes devient une stratégie de #résistance à l’industrialisation des terres, comme en Colombie-Britannique (Canada) contre la construction de pipelines de gaz et de pétrole. En 1995, la sociologue américaine #Nancy_Lee_Peluso forge le terme de « #contre-cartographie » pour désigner cette production destinée à contester les structures de pouvoir.

    Ces « contre-cartes » interrogent aussi la dimension culturelle des #méthodes utilisées, et du même coup les frontières de la science occidentale. « La contre-cartographie invite en effet à une #décolonisation des savoirs géographiques qui ne se matérialisent pas tous sous forme d’images. Ils peuvent se transmettre par la parole, le chant, la danse, la sculpture ou les rêves, intimement liés aux pratiques et aux territoires de la chasse ou de la pêche, souligne Irène Hirt, qui a accompagné des communautés mapuche au Chili et innu au Québec dans la reconstitution de leur milieu de vie. Loin d’être vides comme le disent les cartes, ces terres sont pleines de toponymes, de lieux de rassemblement ou de sépultures, de sentiers de portage et de routes de migration humaine et non humaine. »

    A l’aube des années 2000, la généralisation des outils numériques ouvre un nouveau chapitre. L’essor des techniques de la géomatique (systèmes d’information géographique – SIG –, GPS, télédétection, etc.) et l’accès à de larges bases de données transforment profondément la cartographie conventionnelle. La géovisualisation devient en quelques années l’alliée indispensable de l’organisation des territoires. « Avec l’arrivée de l’application cartographique Google Maps en 2005, on a vu ressurgir une forme de croyance aveugle dans l’objectivité des données, et dans leur capacité à livrer en temps réel une image exacte du territoire », constate Matthieu Noucher.

    Les algorithmes et leur vision du monde

    Cette rupture renouvelle radicalement les enjeux de pouvoir. « Pour prendre au sérieux la proposition de John Brian Harley, il faut désormais s’intéresser aux fonctionnements des #algorithmes, des #bases_de_données et des applications », prévient le géographe. Et comprendre comment ces programmes, loin d’être neutres, imposent eux aussi une vision du monde. L’auteur de Blancs des cartes et boîtes noires algorithmiques (CNRS Editions, 2023) analyse les choix et les silences de modèles économiques fondés sur la publicité, qui « conduisent à privilégier, par exemple, l’affichage des commerces et à ignorer les milieux vivants ».

    Le « blanc des cartes », affirme Matthieu Noucher, prend un tout autre sens avec la personnalisation algorithmique et les bulles de filtre qui imposent désormais des réalités différentes selon le profil des utilisateurs, leur pays et leurs usages. Ainsi, Google Maps adapte son affichage en fonction du contexte politique et géographique du pays. « Depuis la décision de Donald Trump de remplacer l’appellation “golfe du Mexique” par “golfe d’Amérique”, un écolier américain ne voit plus la même carte qu’un élève mexicain », regrette le géographe.

    Cette personnalisation enferme les individus dans des visions fragmentées de l’espace, où commerces, infrastructures et frontières symboliques sont hiérarchisés différemment pour chacun. Ce basculement marque une rupture : « En se substituant aux organismes nationaux et internationaux chargés de réguler les noms et les représentations des lieux, les grandes plateformes numériques imposent progressivement leurs propres logiques, souvent guidées par des intérêts économiques ou géopolitiques », alerte le chercheur. Alors que la carte constituait jusque-là un #bien_commun et un support partagé indispensable au débat démocratique, « elle tend désormais à devenir un objet individualisé, soumis à une postsouveraineté cartographique dominée par les géants du numérique, au risque d’éroder toute représentation collective de l’espace ».

    Confrontées à ces évolutions, les approches critiques se sont, elles aussi, renouvelées. La démocratisation d’outils de plus en plus accessibles et participatifs a renforcé les pratiques alternatives. Lancé en 2004, le projet collaboratif de cartographie en ligne #OpenStreetMap, créé et mis à jour par des bénévoles du monde entier, et dont les données géographiques sont ouvertes à tous, reste « l’exemple le plus abouti de la contestation de la mainmise d’une multinationale comme #Google sur les représentations géographiques du monde », estime #Nicolas_Lambert, ingénieur en sciences de l’information géographique au CNRS. Ce spécialiste de la #géovisualisation a rejoint Migreurop en 2009, un réseau d’experts et d’une cinquantaine d’associations de défense des droits humains, qui « documente » et « dénonce » les effets des politiques migratoires européennes à travers la publication d’atlas « engagés ».

    Les initiatives de cartographie critique se développent aujourd’hui dans une grande diversité de contextes, d’échelles et de formes. Elles peuvent être individuelles ou collectives, concerner un quartier, un pays ou avoir une portée internationale, s’inscrire dans le cadre de travaux académiques, de luttes politiques ou d’enquêtes journalistiques, ou encore entremêler tout cela à la fois.
    De nombreuses productions s’appuient sur des données statistiques, tandis que d’autres ont recours à des approches dites « sensibles », qui visent à réinscrire les #expériences_vécues au cœur des #représentations_spatiales. Cette cartographie fondée sur les #sens et les #émotions s’est développée à travers les marches exploratoires de femmes, créées dans les années 1990 au Canada, à Toronto et à Montréal, puis organisées en France depuis une dizaine d’années. Angoisse, peur, sentiment de sécurité ou de confort deviennent autant d’éléments traduits en symboles graphiques. En rendant visibles les expériences de l’#espace_public différenciées selon le #genre, ces marches ont fait de la carte un outil pour repenser l’aménagement urbain et lutter contre les violences, mais aussi un levier d’émancipation. « S’inscrire dans l’espace symbolique de la carte revient à se réapproprier l’espace, à forcer la reconnaissance de soi et à exister aux yeux des autres », se réjouit l’historienne Nepthys Zwer, autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024).

    « #Cartes_mentales » des émotions

    Dans ce contexte, le recours à des modes d’expression créatifs (collage, dessin, broderie) facilite la participation de publics peu familiers des codes classiques. A Grenoble, des « rencontres cartographiques » entre migrants, chercheurs en sciences sociales et artistes, organisées dans les locaux de l’association Accueil Demandeurs d’asile, ont permis de collecter les récits de parcours migratoires par le dessin, la broderie et même la sculpture de l’argile à travers des « cartes mentales » des émotions, comme l’ont montré les travaux des géographes #Sarah_Mekdjian et #Anne-Laure_Amilhat-Szary.

    Dans cette perspective, la #subjectivité de la démarche est clairement revendiquée. Mais ces approches soulèvent aussi des questions : que peuvent apporter ces représentations à des pratiques plus conventionnelles ? Quelle place leur accorder dans une discipline formalisée ?

    « Parce qu’elle légitime et réhabilite les attachements et l’expérience empirique qu’ont les individus d’un territoire, la contre-cartographie est forcément subjective, comme toute carte d’ailleurs », souligne Nepthys Zwer. Elle se réclame d’un double héritage : celui de John Brian Harley, pour qui la carte n’est jamais neutre, et celui de la philosophe féministe américaine #Donna_Haraway, pour qui « toute #objectivité est toujours produite à partir d’un “#savoir_situé” ». Pour autant, « ces pratiques ne peuvent se réduire à un outil de lutte politique, prévient l’historienne. Elles font partie intégrante de la discipline qu’elles complètent et enrichissent, et doivent à ce titre être évaluées comme les autres ».

    C’est aussi l’avis de Philippe Rekacewicz, qui a choisi de son côté d’abandonner le terme de « contre-cartographie », parce qu’il « peut être interprété comme s’opposant à la cartographie conventionnelle ». « Or, nous utilisons les mêmes règles, nos méthodes d’enquête et d’entretien sont celles de la géographie qualitative et des sciences humaines en général. Ce qui change, c’est l’#intention, la volonté de déconstruire le discours du pouvoir et de rendre visible ce qu’il ne souhaite pas montrer », explique-t-il.

    Néanmoins, pour Françoise Bahoken, il faut différencier les cartes des « images et autres représentations de territoire ». « Certes, aucune représentation n’est objective par définition, mais la cartographie en tant que discipline scientifique s’appuie sur des théories et des méthodes, des dispositifs et des principes, et tend vers l’objectivité. Certaines approches ne sont pas scientifiques, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne sont pas importantes, puisqu’elles permettent à des non-spécialistes de s’emparer des questions d’inégalité spatiale. »

    Planisphères et contre-cartes

    Longtemps marginal, le mouvement commence à se faire une place à l’université. « La cartographie critique fait l’objet de travaux académiques aujourd’hui largement reconnus et qui suscitent des vocations », affirme Nicolas Lambert. A l’université de Tours, un cursus de cartographie expérimentale a vu le jour au sein du département de géographie où des étudiants s’initient à des ateliers de #cartographie_sensible, tandis que d’autres universités comme Bordeaux et Grenoble proposent, elles aussi, des ateliers.

    De son côté, l’approche critique numérique fait l’objet d’un intérêt croissant, avec la prise de conscience de la puissance et de l’opacité des boîtes noires algorithmiques et du besoin de méthodes pour analyser leur fonctionnement. L’Agence nationale de la recherche finance désormais des projets dans ce domaine. « Un vrai progrès », se réjouit Matthieu Noucher, qui anime un groupe de travail autour des approches critiques au sein du réseau Magis, principalement composé de géomaticiens, ces spécialistes des données et des systèmes d’information géographique, et premiers concepteurs de cartes. « Jusque-là, les acteurs de la cartographie critique et ceux de la production de cartes officielles ne se parlaient pas beaucoup. Le principal enjeu aujourd’hui est de faire dialoguer les points de vue pour enrichir les modes de représentation », souligne le géographe.

    Le chercheur prépare, pour juin, à Bordeaux, une exposition à la croisée des arts et des sciences, qui fera dialoguer différentes représentations spatiales de la planète : des planisphères et des contre-cartes des Attikamek du Québec, des globes terrestres numériques à la manière de Google Earth et des sculptures de communautés autochtones kali’na de Guyane. Une autre façon de construire des ponts entre différentes visions du monde.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/02/comment-les-cartes-sont-devenues-des-contre-pouvoirs-pour-redessiner-le-mond
    #cartographie #visualisation #cartographie_radicale #cartographie_critique #pouvoir #performativité
    ping @visionscarto @reka
    via @karine4

  • Liberté, égalité, communs : retour sur la guerre des #Paysans de 1525
    https://www.terrestres.org/2025/12/24/liberte-egalite-communs-retour-sur-la-guerre-des-paysans-de-1525

    En Occident, on raconte que la liberté #Politique débute avec les révolutions du siècle des Lumières. A rebours de ce récit, et à l’occasion du 500e anniversaire de la révolte des paysans allemand de 1525, Aurélien Berlan rappelle qu’une conception terrestre de la liberté s’est alors affirmée. 250 ans avant la Révolution française, la paysannerie réclamait déjà la liberté et l’égalité ! L’article Liberté, égalité, communs : retour sur la guerre des paysans de 1525 est apparu en premier sur Terrestres.

    #Histoire #Luttes #Récits

  • Récits vidéoludiques - Le personnage réinventé (un livre de Fany Lignon)
    https://afjv.com/news/11848_recits-videoludiques-personnage-reinvente-livre-fany-lignon.htm

    Le jeu vidéo est le dernier né des médias spectaculaires. Comme ses ancêtres et cousins - la bande dessinée, le cinéma, la télévision - il se manifeste sous forme visuelle, sonore et audiovisuelle. Les « récits » vidéoludiques sont généralement portés par des personnages hauts en couleur offerts à l’adoption en début de partie et que les joueurs sont appelés à incarner. Mais qui sont exactement ces personnages ? Quels rapports les joueurs et joueuses entretiennent-ils avec eux ? Comment comprendre ces héros et héroïnes dont le destin dépend autant de la main qui les anime que du scénario mis en oeuvre ? Ne serions-nous pas en train d’assister à une réinvention du concept même de personnage ?

    Rigoureux mais accessible, cet ouvrage se destine à toutes celles et ceux qui s’interrogent sur les jeux vidéo en tant que média spectaculaire. Aux curieux comme aux spécialistes, aux réfractaires comme aux aficionados, il permettra de comprendre les spécificités des personnages proposés à l’incarnation dans les récits vidéo-ludiques et d’apprécier leur potentiel créatif.

    Au oeur de la plupart des jeux vidéo se trouvent des personnages. Sans eux, les histoires ne sauraient être racontées. Ils sont ce qui relie les événements et les actions, ce qui fait tenir ensemble les fragments. Ils sont ceux par qui le sens arrive. Considérés de l’extérieur, les jeux vidéo mettent en scène deux entités. L’une est à l’écran, l’autre devant. Ils posent la problématique du double. Comment doit-on envisager les deux pôles de ce couple ? S’agit-il d’un jeu de miroir, d’un écho, d’une mise en abîme ? Ces deux entités sont-elles distinctes ou se complètent-elles ? Entretiennent-elles des rapports hiérarchiques ?

    Ces questions, si le joueur ne se les pose pas explicitement, le traversent nécessairement. Il est lui, il est l’autre, il a un corps, deux corps, plusieurs même puisqu’il en change quand il change de jeu.

    Dans un jeu vidéo, il est impossible de faire quelque chose qui n’ait été prévu par les programmeurs. Mais néanmoins, il y a choix. Choix d’opter pour une action plutôt que pour une autre. Choix de laisser de côté toutes les autres options. Le personnage a beau être programmé, la palette des possibles est presque infinie.

    Ce qui en définitive distingue les personnages des jeux vidéo des autres est leur malléabilité, leur ouverture, leur inachèvement.

    Consulter un extrait (pdf)
    Fanny LignonFanny Lignon

    Fanny Lignon est maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication. Elle enseigne l’analyse et la réalisation des images fixes et animées à l’université Lyon 1.
    Membre du laboratoire Thalim (Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité), elle est spécialiste du cinéaste Erich von Stroheim auquel elle a consacré une monographie.
    Elle travaille, depuis plus de 20 ans, sur les représentations du masculin et du féminin dans les images en général et dans les jeux vidéo en particulier. Elle est l’auteur de nombreux articles sur ce sujet et a dirigé l’ouvrage Genre et jeux vidéo (PUM, 2015).

    Lien vers son activité de recherche
    Lien vers ses travaux photographiques
    Commander cet ouvrage

    Titre : Récits vidéoludiques - Le personnage réinventé
    Auteur : Fany Lignon
    Editeur : C&F éditions
    Commander : sur Amazon

    #Fanny_Lignon #Récits_vidéoludiques #Jeu_vidéo

  • Le #rapport sur l’état des #services_publics

    Le collectif Nos services publics publie son troisième rapport annuel sur l’état des services publics, consacré à l’égalité d’#accès aux services publics. Intitulé "Un service public pour tous et toutes, vraiment ? Quand les #inégalités face aux services publics dépassent la question territoriale” ce rapport interroge la capacité réelle de l’action publique à garantir l’#accès_aux_droits fondamentaux – #santé, #éducation, #logement, #eau, #services_administratifs – quels que soient le territoire, la situation sociale ou les parcours de vie.

    À travers une démarche interdisciplinaire mêlant données #statistiques, analyses juridiques et témoignages de terrain, le rapport met en lumière une réalité préoccupante : l’accès aux services publics se fragmente, se complexifie, et ne permet pas de garantir des #droits_universels.

    En complément aux analyses statistiques et cartographiques macrosociologiques qui ont nourri les deux premières éditions de ce rapport, nous avons cette année intégré des zooms à partir de #témoignages, #récits_de_vie sur quatre territoires : le #Jovinien dans l’Yonne, #Saint-Paul à la Réunion, #Meylan en Isère et #Villeurbanne dans le Rhône.

    Ce rapport donne des outils d’analyse pour essayer de penser les inégalités d’accès au service public. Il se donne également comme ambition d’identifier des leviers concrets d’action : si demain l’égalité d’accès était un réel objectif de service public, par où pourrait-on commencer ?

    https://nosservicespublics.fr/rapport-etat-services-publics-2025
    #France

  • Bouteille à la mer

    Cette plateforme participative est imaginée pour recueillir les #récits que les #familles des disparu.e.s de la #Tunisie ont choisi de partager librement. Elle n’est pas une simple #base_de_données. Elle se veut une zone d’action où vous pouvez commémorer vos proches, mettre leurs vies et leurs noms en lumière et militer librement. Cette #plateforme est dédiée à toutes les personnes qui refusent d’oublier leurs proches parti.e.s et qui résistent à la violence des politiques migratoires européennes.

    https://www.bouteillesalamer.org
    #mémoire #souvenir #mourir_en_mer #décès #morts #frontières #migrations #commémoration #oubli #cartographie #visualisation #bouteille

    ping @reka @karine4 @6donie

  • #We_Refugees_Archive

    We Refugees Archive is a digital archive on #refugeedom, past and present. It focuses on individual micro-histories and the city as a microcosm of refuge and new beginnings.

    We Refugees Archive is a growing digital archive on refugeedom in the past and present. It focuses on individual experiences and the microcosm of the city as a place of refuge and new beginnings.
    Archive with educational approaches

    The archive spans an arc from historical to current experiences of flight, which are brought into dialogue and thus provide new connecting lines and explanatory approaches from and with refugee voices for European and international remembrance and education policy. In current discourses about refugeedom, the (European) past serves as an instinctive projection screen and an intuitive frame of reference – associatively, metaphorically, symbolically. Through the interweaving of past and present, We Refugees Archive gets to the bottom of these projections and questions familiar lines of connection and division in order to stimulate a new narrative about refugeedom. The focus of the historical documents is on the self-testimonies of people who sought to escape Nazi persecution by fleeing (within and out of Europe), among them predominantly Jews. The current section is devoted to a spectrum of the most varied flight movements of recent decades (mainly to Europe). This archival core is enriched with filmic approaches to refugeedom and contextualized by scholarly discussions, interviews with experts and academic guest contributions on relevant questions in the field of flight migration and/or regarding the specific examples of cities of refuge. As an analogous addition to the We Refugees Archive, a successively growing curated collection of selected documents from the archive is being created, which serves as a support for educational work on historical and current experiences of flight.

    The archive focuses on selected cities of refuge, which in the past and present have had a special position as refuges: as places of resistance against national exclusion policies, as microcosms in which visions and structures for an open urban community and a common future are created. But they have also reached and continue to reach their limits, while they are developing as places where refugees can build up networks and a new life for themselves at the same time. In January 2019, the project started with Vilnius and Palermo as historical and contemporary cities of refuge. From 2020, further cities of refuge in the past and present will follow, including Berlin, Paris, Istanbul and New York. In today’s cities of refuge, workshops with refugees and interviews with experts are conducted and existing testimonies of people about their flight and arrival are recorded. The historical examples will be developed, among other things, through research in archives and previously published ego-documents.
    What’s in a name?

    We Refugees Archive is inspired by Hannah Arendt’s 1943 article of the same name. Already then, Arendt’s “We” was thought as a directive for the future and a call to think beyond the boundaries of the nation-state model which is clearly not capable of protection.

    “The loss of human rights does not take place when this or that right, which is usually counted among human rights, is lost, but only when man loses the position in the world by which alone he can have rights at all and which is the condition for his opinions to carry weight and his actions to be of importance.”

    The analyses of flight and lawlessness that Arendt developed in “We Refugees” and other writings from her own experience as a refugee Jewish woman and stateless person over many years are still relevant to many flight biographies today and are becoming increasingly urgent.

    A comparison of historical and contemporary experiences of flight and arrival does not aim to equate them. The aim of We Refugees Archive is rather to showcase their connections and discontinuities on the basis of individual experiences of people who have fled, both now and in the past. Similarities as well as differences will be identified on the basis of different topics that deal with the experiences of flight, new beginnings, visions of the future, support, questions of identity and exclusion from a biographical perspective.
    The Digital Archive

    “Archive” is a perennially hazy term that inherently negates the claim to completeness. Archives are fundamentally selective, are based on randomness and contingencies and subject to certain constellations of power and (un/conscious) motivations. Shaped by presence and absence, the specific composition of traces and voices fundamentally determines the structure and cognitive potential of each archive.

    As an archive of refugeedom in the making, We Refugees Archive is not only growing with the continuous addition of individual experiences of flight and arrival in new examples of cities of refuge. As an archive of flight, it is simultaneously haunted by all those whose voices are not (or could not) be heard – either because they did not manage to flee, died during their flight, were murdered or were denied a new beginning in some other way, or because of our ignorance as archive creators. All these voices, however, are also part of the “we” in We Refugees Archive and encapsulated in and despite its inevitable archival gaps. They have to always be kept in mind as well.

    Thus We Refugees Archive is inherently incomplete. It successively incorporates existing archives with newly created materials, curated into an eclectic collection that spans genres and times on several interlocking levels – from conventional contextualized archival documents, interviews, testimonies, memoirs, contemporary historical photographs and a growing oral history archive to artistic films that approach flight experiences in a participatory and innovative way. Our concept of the archive is thus broad and understands the construction of archives as a process of collecting, elaborating and contextualizing different material from which narratives about refugeedom can be derived.

    The use of an archive also does not follow definable rules, which in itself holds a perpetual potential for knowledge. With this in mind, We Refugees Archive tries to give users a new, emphatic and associative access to the complex of past and present lives as refugees, and refrains from strict instructions for use. The archival materials can be used in digital and analogue form for the historical-political remembrance and educational work of museums, memorials, schools, universities and other institutions.

    https://en.we-refugees-archive.org
    #archive #histoires #réfugiés #migrations #archive_digitale #villes #témoignages #nous #Hannah_Arendt #histoire #Palermo #Paris #Palerme #Vilnius #Berlin #Istanbul #identité #discrimination #expulsions #vision #fuite #futur #soutien #New_York #récit #récits
    ping @karine4 @isskein

  • Les résidents de la mer : rencontres dans les estrans
    https://www.terrestres.org/2025/07/25/plonger-dans-la-vie-des-mammiferes-de-la-mer

    Connaissez-vous You le phoque, Zafar le dauphin ou les orques du clan Gladis ? Dans son livre “Des vies océaniques”, l’anthropologue Fabien Clouette raconte de singuliers destins d’animaux marins qui ont surgi un jour dans la vie des humains, captivant la presse et le public. Et faisant chavirer dans la foulée les frontières entre sauvage et société. L’article Les résidents de la mer : rencontres dans les estrans est apparu en premier sur Terrestres.

    #Animaux #Anthropologie #Océans #Récits #Vivants

    • Des vies océaniques

      Un phoque qui grandit parmi les surfeurs, un dauphin qui préfère vivre dans les ports plutôt que parmi ses congénères, un groupe d’orques qui « attaque » des voiliers : le milieu maritime a ceci de formidable que les interactions avec de grands mammifères y sont plus évidentes que sur la terre ferme ; phoques et cétacés viennent volontiers au contact, particulièrement depuis la fin des grandes exploitations baleinières.
      Cet ouvrage va à leur rencontre et retrace la vie « personnelle » de quatre d’entre eux à la destinée exceptionnelle, car partagée avec les humains. You, Zafar, Kalon et Gladis sont des personnages du littoral atlantique dont on lira la trajectoire souvent heurtée, parfois tragique, toujours troublante. Leur parcours déplace la catégorie de « déviance » dans un règne animal que l’on considère généralement comme répondant aux lois de l’instinct et de la survie.
      Au fil de ces biographies, des questions inédites émergent : quelle relation possible avec un mammifère sauvage ? Ces animaux poursuivent-ils des existences qui les font déborder des frontières de leur espèce ? En regard, ce sont les politiques de conservation tout autant que celles de la pêche, de la plaisance ou du tourisme qui sont discutées : comment réagir, soigner, préserver, cohabiter avec ces mammifères singuliers qui nous interpellent ?

      https://www.seuil.com/ouvrage/des-vies-oceaniques-fabien-clouette/9782021545654
      #livre

  • Être un bon #allié du #féminisme

    Je fais partie des femmes qui considèrent qu’un homme, profitant au sein de la société, qu’il le veuille ou non, de #privilèges provenant de l’#exploitation_quotidienne des #femmes, ne peut pas se revendiquer féministe. Mais cela ne signifie pas que les hommes n’ont pas un rôle à jouer, au contraire. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai envie de vous parler des #alliés du féminisme. Car encore faut-il savoir ce que l’on entend par « allié » et ce que l’on attend d’un allié. Voici donc une #liste de points qui me paraissent essentiels.

    1. Ne revendiquez pas le titre de « féministe »

    Cela montre que vous avez conscience que votre place ne peut en aucun cas être au même niveau et avoir la même importance que notre place au sein d’une #lutte qui concerne nos #droits. Vous profitez concrètement chaque jour de notre exploitation et cela ne va pas changer en un claquement de doigts. Comprenez par ailleurs que dans une société où les femmes sont sans cesse relayées au second plan, vous allez devoir accepter de passer pour une fois au #second_plan vous aussi. Si cela ne vous paraît pas évident, si par exemple cela vous semble injuste que des féministes puissent exclure les hommes de certaines discussions / réunions / conférences, alors le chemin qui mène à un rôle d’allié efficace et de qualité risque d’être long.

    2. Soyez humble

    Le chemin d’allié s’emprunte avec beaucoup d’#humilité. L’idée ici est de remettre en question ce que l’on croyait comprendre du monde pour découvrir des #vécus et une #réalité_politique qu’on ignorait ou qu’on pensait connaître. C’est complexe, c’est long et ça peut même être parfois douloureux. Certains (beaucoup trop) d’hommes préfèrent donc par facilité et par confort s’en tenir à leur vision du monde, et vont jusqu’à expliquer aux femmes ce qu’est vraiment le féminisme, et comment elles devraient mener leurs luttes, et quels sont les sujets à traiter en priorité… Bref, vous connaissez ces spécimens.

    Certains vont même jusqu’à expliquer à des femmes ce qu’elles vivent vraiment au quotidien alors qu’eux-mêmes n’expérimenteront jamais le #sexisme. On appelle ça du #mansplaining : c’est inutile, c’est chiant, c’est ridicule. Ne soyez pas ce genre de personnes ridicules. Par contre n’hésitez pas à vous en donner à coeur joie si vous croisez des mansplainers et à les remettre à leur place, ça, vous pouvez, et c’est même vivement conseillé. Et puis si vraiment vous aimez former les autres, il y a des milliers d’hommes absolument ignorants des questions liées au féminisme auxquels vous pourrez apprendre plein de choses si le coeur vous en dit !

    3. Votre #bilan_personnel

    Le plus gros chantier du travail d’allié, et celui qui va vous occuper à plein temps, c’est de réfléchir à la manière dont vous participez directement ou indirectement à l’oppression des femmes. Parce que oui, vous avez des #comportements_sexistes, dont beaucoup que vous n’avez jamais identifiés (hello #sexisme_ordinaire, bonjour #sexisme_bienveillant). Dans le milieu du #militantisme on appelle également ce travail « la #déconstruction ». L’image est explicite : nous nous construisons socialement depuis notre naissance et un jour il est bon de s’arrêter un moment et d’étudier cette construction. Avec #honnêteté. Quelques questions par exemple parmi beaucoup d’autres :

    - Quelle éducation vous ont donnée vos parents ?
    - Quel enfant, quel adolescent avez-vous été ?
    - Qu’est-ce pour vous le féminin, le masculin, le genre ?
    - Comment abordez-vous la drague, les relations amoureuses et sexuelles ?
    - Êtes-vous sûr d’être au point sur la question du consentement ?

    Tant de sujets à creuser pour identifier vos schémas virilistes / misogynes dans l’objectif de les démanteler pour reconstruire à la place quelque chose de plus sain, de plus solide. Quelque chose qui correspond mieux à la personne que vous voulez être au lieu de correspondre à une personne que la société, que vos rencontres, que vos expériences ont contribué à modeler parfois sans que vous en ayez conscience.

    4. Personnel mais pas que

    Être un allié ça veut souvent dire fréquenter des milieux féministes, que ce soit plus ou moins régulièrement, ça veut dire #écouter des féministes, #lire des féministes. Et donc ça veut dire que vous allez en prendre plein la tronche. Enfin, vous allez sûrement le ressentir comme tel avant de comprendre que les féministes parlent « des hommes », pas de vous en particulier, déjà tout simplement parce qu’elles ne vous connaissent pas, et puis surtout parce qu’elles s’en tapent le cul par terre de votre petite personne.

    Mais vous, vous êtes un homme non ? Donc vous êtes concerné par ces discussions sur « #les_hommes » non ? Oui tout à fait Roger, et d’ailleurs parfois vous vous sentirez visé car vous vous reconnaitrez dans des critiques émises par les féministes. Et si vous êtes amené à vous exprimer sur des questions féministes vous pourrez également recevoir des critiques qui vous seront personnellement adressé. Je ne prétends pas que tout ce que dit une féministe est parole d’évangile, il y a d’ailleurs des féministes avec lesquelles je ne suis pas d’accord (mais nous reviendrons sur ce point). De plus par ego on a tendance à se défendre « par principe ». Mais gardez bien en tête qu’en tant qu’homme vous êtes loin d’être objectif donc vous devez prendre le temps d’écouter les critiques que vous recevez directement ou indirectement (quand il est questions « des hommes »). Ce sont des occasions d’apprendre et d’avancer.

    5. Éduquez-vous

    Personne ne nait en ayant les connaissances nécessaires pour appréhender le monde qui l’entoure. Vous n’avez pas besoin de suivre un cursus de sociologie pour mieux comprendre les questions féministes (mais si cela vous intéresse, allez-y !). Si vous disposez d’un accès internet vous pouvez déjà trouver de nombreuses ressources sur beaucoup de questions féministes. Pensez aussi aux réseaux sociaux, blogs, podcasts, vidéos, articles de presse, livres etc.

    6. Mais soyez autonome

    Rien de plus agaçant que ces hommes qui exigent qu’on leur réponde, qu’on leur explique, qu’on leur fournisse des liens, des références, des études, surtout quand ils n’ont même pas les bases des bases de connaissances sur le sujet dont ils veulent discuter. J’espère que vous avez compris que votre rôle n’était pas de fatiguer les féministes et de leur faire perdre du temps, mais bien de les aider. Est-ce que ça signifie que vous ne pouvez pas poser des questions ? Non bien sûr. Mais tout ce que vous pouvez trouver par vous-même, cherchez-le par vous-même. Et si vous avez des questions, acceptez que peut-être la personne en face de vous n’aura pas le temps ou l’envie d’y répondre. Nous n’avons pas de devoir de pédagogie, certaines ont parfois envie de donner de leur temps, certaines ne le font pas. C’est comme ça et c’est normal.

    7. Soyez attentif dans votre quotidien

    Quand on ne subit pas une #discrimination on est très souvent aveugle à ses manifestations. Alors si vous voulez devenir un #bon_allié, il va falloir commencer par ouvrir grands vos yeux et vos oreilles. Écoutez les conversations, observez les comportements. Posez un regard neuf et critique sur le contenu culturel et médiatique qui vous est proposé au quotidien (réseaux sociaux, publicités, livres, films, musique etc.). Etudiez la société dans laquelle vous vivez et les individus qui la composent.

    8. Écoutez les femmes qui vous entourent

    Beaucoup d’hommes ne s’intéressent absolument pas au vécu des femmes et sont tout étonnés quand on leur explique ce qu’est le #harcèlement_de_rue par exemple (et cette pseudo naïveté est souvent très agaçante). Pire, ils sont parfois tellement déconnectés de la réalité de ce que nous vivons qu’ils nous accusent d’exagérer voire même de mentir. Vous voulez être un bon allié ? Alors intéressez-vous aux femmes qui vous entourent.

    Qui sont-elles ? Quel est leur vécu en tant que femmes au sein d’une #société_sexiste ? Avez-vous déjà échangé autour de ces questions avec votre fille, votre compagne, votre soeur, votre mère ? Votre grand-mère ? Croyez-moi, les ainées ont souvent beaucoup de choses à nous raconter et à nous apprendre ! Pensez aussi à vos amies, à vos collègues, à vos voisines. É-cou-tez. Il y a autour de vous autant de femmes que de vécus précieux à découvrir. Vous ne pourrez pas comprendre le sexisme par le biais de l’expérience, mais à travers les #récits vous en apprendrez énormément et cela vous aidera beaucoup à avancer.

    9. Partagez, diffusez

    Je ne sais pas si vous êtes au courant mais les femmes sont moins écoutées au sein de notre société que les hommes. Un de vos rôles ne sera donc pas de parler à leur place pour faire entendre leur message (nope) mais de profiter de votre audience privilégiée pour les mettre en avant. C’est un peu comme si vous aviez la chance en tant qu’homme de disposer d’un panneau publicitaire sur l’avenue Rivoli. Eh bien votre rôle d’allié serait de proposer aux féministes qui n’ont pas cette chance d’utiliser ce panneau pour mettre un avant un contenu féministe, contenu malheureusement trop souvent ignoré sauf quand un homme se l’approprie. Donc diffusez un maximum, soyez un #relais efficace, partagez les découvertes que vous faites et le savoir que vous avec acquis.

    10. Ne participez pas aux divergences d’opinion entre féministes

    Oui il y a des sujets qui divisent. La question du genre par exemple amène souvent beaucoup de débats, celle de la sexualité aussi ou encore celle de l’industrie pornographique. Nous pouvons aussi avoir des divergences d’opinion sur la manière de mener nos combats. En fait tout peut être discuté et tout peut être source de conflits. Spoiler : les féministes ne partagent pas toutes le même avis. D’ailleurs il n’y a pas un féminisme mais bien des #féminismes.

    Mais alors du coup que faire en tant qu’allié si on se retrouve au milieu d’un désaccord entre féministes ? Eh bien selon moi, en dehors des propos et des attitudes discriminantes (putophobie, islamophobie etc.) qui ne sont pas acceptables et qu’il faut clairement condamner, les alliés n’ont pas à intervenir dans des débats traitant de sujets féministes. En tant qu’homme ce n’est pas votre rôle de soutenir tel ou tel camp en prenant position pour, et donc aussi et surtout contre, certaines féministes. Vous avez votre liberté de pensée, mais n’intervenez pas : les féministes sont grandes, elles savent comment mener leurs débats internes, tout autant que leurs luttes, sans avoir besoin de l’aide des hommes.

    11. Le trophée du meilleur allié

    Je vois beaucoup trop d’allié·e·s, tous combats confondus, courir après les cookies pour… je ne sais quelles raisons à vrai dire. Et malheureusement cela conduit à des comportements parfois très toxiques avec des conséquences réelles sur nos luttes et les personnes qui militent. Personne ne veut de ces super wokies qui essaient d’être califes à la place du calife, qui occupent le devant la scène et crient plus fort que les autres pour montrer qu’iels sont les meilleur·e·s allié·e·s. Ce n’est pas une compétition, il n’y a rien à gagner. Et croyez-moi, en agissant ainsi vous risquez surtout de voir un jour les personnes concernées se rendre compte de votre petit manège et vous tomber sur le coin de la margoulette pour vous remettre à votre place. Et vous l’aurez mérité. On ne le répètera jamais assez : un bon allié sait quand il faut #rester_à_sa_place et #se_taire.

    12. Connaissez votre cible

    Vous n’avez pas à expliquer à une femme féministe en quoi son approche n’est pas la bonne parce que vous, vous pensez qu’il vaut mieux privilégier telle ou telle stratégie. Mais qu’en est-il des femmes qui tiennent des propos sexistes ? Voilà mon avis : ce n’est pas votre cible. Oui les femmes aussi sont sexistes, nous sommes élevées dans la même société que vous. Mais comprenez bien que ces femmes scient la branche sur laquelle elles sont assises, elles sont avant tout des victimes de la #société_patriarcale. Alors ce n’est pas à vous, privilégié, de venir les remettre à leur place. Laissez ce travail aux féministes si elles souhaitent s’en charger. Moi par exemple je m’en prends très rarement aux femmes qui racontent du caca sexiste. Mais je peux comprendre que certaines féministes n’arrivent pas à laisser passer des propos odieux. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas votre affaire. Votre cible ce sont les hommes.

    13. Un #engagement concret

    Défendre les #droits_des_femmes c’est bien mais si, quand votre meilleur pote se permet de faire des #commentaires salaces sur la mini jupe de la serveuse du bistrot du coin, vous vous contentez d’un sourire complice parce que vous préférez respecter le bro code et ne pas prendre le risque de vous fâcher avec lui, alors vous continuez à profiter salement de vos privilèges sur le dos des femmes. Et ça ce n’est pas être un allié. Bien sûr personne ne vous demande de mettre votre sécurité alimentaire en péril mais soyons honnêtes : il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire avant d’en arriver à quitter votre travail du jour au lendemain parce que vous avez appris que votre collègue était moins bien payée que vous à compétences égales.

    Ce que je veux dire par là c’est que si votre engagement dans la lutte féministe se résume à de nobles pensées et à de beaux sentiments, cela n’a pas grand intérêt. Les hommes qui utilisent le féminisme uniquement pour s’acheter une bonne conscience et qui, dans la vie réelle font tout pour conserver leurs privilèges, font partie des individus que les féministes méprisent le plus (les fameux #profem, beurk). Nous, nous n’avons pas le choix, tous les jours nous affrontons une société qui nous est hostile. Vous voulez être un bon allié féministe ? Alors entrez dans l’arène et soyez prêt à mettre en danger, voire à renoncer à certains de vos privilèges. Soyez courageux et agissez concrètement.

    14. Les potes, les collègues, les inconnus

    Je ne vais pas évoquer dans cet articles les situations dangereuses, comme dans le cas d’une agression par exemple, des situations pour lesquelles il faut agir tout en évitant de se mettre soi-même en danger. Allié, pas allié, ce n’est pas la question. En tant qu’être humain il est important de porter assistance à une personne en détresse, même si ce n’est pas toujours facile.

    Ce point étant clos, revenons à la vie de tous les jours. Je ne doute pas que vous vous trouverez face à d’innombrables situations où vous pourrez remettre des hommes à leur place, où vous pourrez leur expliquer en quoi leurs mots ou leur comportements sont problématiques. Un point de vigilance néanmoins : ne pas prendre la parole à la place d’une femme qui n’avait pas besoin de vous pour se défendre. Un allié n’est pas un chevalier blanc. Si vous êtes dans une situation où la femme ciblée par des attaques misogynes est présente, n’hésitez pas à proposer votre aide avant d’intervenir.

    15. Encore du travail ?

    Il est important que vous preniez conscience qu’il existe des femmes noires, des femmes grosses, des femmes transgenres, des femmes handicapées, des femmes pauvres etc. Beaucoup de femmes ne subissent pas une mais plusieurs oppressions à la fois, et cela rend leur vécu unique et les difficultés qu’elles traversent sont spécifiques. Si vous voulez être un bon allié, alors il vous faudra aussi comprendre comment fonctionnent les autres systèmes de domination car tout est interconnecté. Désolée de vous l’apprendre mais être un bon allié c’est le travail de toute une vie. Cela vaut aussi pour les féministes, pour n’importe quel·le militant·e, et pour tout être humain qui aspire à un monde plus juste. Mais promis, c’est exaltant et passionnant.

    Alors hop hop hop, au travail !

    https://paietonreloud.wordpress.com/2019/06/20/etre-un-bon-allie-du-feminisme

    #à_lire

  • La #justice_communautaire, une alternative « politique » pour prendre #soin des victimes

    Menée au sein de communautés d’habitants ou de collectifs militants, la justice communautaire se concentre sur les #victimes, puis s’interroge sur la #responsabilité du groupe dans l’apparition des #violences. Une pratique qui peut convenir aux #violences_sexistes_et_sexuelles.

    « Quand il se passe quelque chose de grave, comme des violences sexistes et sexuelles, les premiers #besoins qui émergent sont : le #besoin_de_reconnaissance, le #besoin_de_protection des autres, le #besoin_de_réparation. Ce sont trois choses que la justice d’État ne peut pas faire, car elle est concentrée sur le fait de #punir le coupable », énonce Jerry*, du #Front_révolutionnaire_anti-patriarcal (#Frap). Ce collectif autonome rennais a coécrit, avec un collectif anticarcéral, un petit ouvrage sur la justice communautaire (https://frap.noblogs.org/la-team-patpat-gere-ses-casseroles-brochure). « Notre priorité, c’est de #prendre_soin de la personne agressée. Cela peut prendre diverses formes : être écoutée en buvant un café, être accompagnée chez des soignant·es, bénéficier d’une aide matérielle temporaire… », nous explique-t-on.

    « Soutenir les victimes ou survivant·es de violences, c’est leur assurer l’existence d’un espace où leur #sécurité, leur santé physique et émotionnelle, ou tout autre besoin, sont pris en charge », résume le cahier d’outils de « #Creative_Interventions », un centre de ressources fondé en 2014 à Cleveland, aux États-Unis, pour créer et promouvoir des interventions communautaires face aux violences interpersonnelles (y compris sexuelles).

    Dans un podcast produit par cette organisation (https://www.creative-interventions.org/sfp/chicago), une victime de #violences_conjugales évoque l’importance qu’ont eue pour elles toutes les personnes venues vivre à son domicile, à tour de rôle, pour la rassurer quand elle a dénoncé les violences et exigé le départ de son conjoint. Elle se sentait en sécurité, avait des personnes pour jouer avec ses enfants et l’aider dans les tâches quotidiennes.

    Nommer les violences, formuler des excuses

    La justice communautaire émerge aux États-Unis dans les années 1990, inspirée par les communautés noires, antiracistes et féministes, soucieuses d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles sans livrer les hommes noirs à un système policier et carcéral raciste.

    « Le démarrage d’un processus de justice communautaire peut être à l’initiative de n’importe qui : le ou la survivante ou victime ; un·e ami·e, un·e membre de la famille, un·e voisin·e, un·e collègue, la personne ayant causé le préjudice, ou tout membre ou allié·e de la communauté », détaille Creative Interventions.

    « #Nommer les violences, désigner des #personnes-ressources, s’assurer que tout le monde est en sécurité, sont des préalables incontournables, énonce Jerry. On travaille – idéalement à une dizaine – sur l’#écoute des #récits des diverses parties, et la gestion séparée de leurs besoins. Par exemple, que l’auteur·ice formule des excuses à la victime ou que l’espace commun soit réorganisé pour que les deux personnes ne se croisent plus. Il y a de nombreux allers-retours entre le groupe qui soutient la victime et celui qui s’occupe de l’agresseur·euse. »

    Si leur fascicule énonce un nombre impressionnant de conditions pour que le processus aboutisse, le collectif assure qu’il n’y a pas de recettes. « Le mieux est que les solutions viennent des gens qui subissent les préjudices », résume une victime accompagnée par le centre Creative interventions.

    « La justice communautaire va réfléchir à la manière d’accompagner les différents protagonistes, mais aussi penser le #contexte de la violence pour le travailler, précise Elsa Deck Marsault, militante queer féministe, cofondatrice du collectif #Fracas (https://www.collectif-fracas.com), autrice de Faire justice (https://lafabrique.fr/faire-justice), publié aux éditions La Fabrique. Il s’agit bien sûr de réfléchir à la #responsabilité_individuelle de l’agresseur, mais aussi la manière dont son acte fait écho à un #contexte_social plus large. Cette #justice_alternative cherche à en comprendre les racines pour essayer de transformer le contexte. En cela, c’est profondément #politique. »

    Contre les #pratiques_punitives et néolibérales

    Au sein du Frap, on estime que « connaître les raisons systémiques de la violence est nécessaire ». À condition que l’agresseur ou l’agresseuse accepte de dialoguer et reconnaisse les dommages causés. Dans le cas contraire, un « #call-out », c’est-à-dire une dénonciation publique ou une exclusion du groupe, peut intervenir, mais en dernier recours.

    « Malheureusement, trop souvent, les groupes commencent par un call-out et réfléchissent ensuite », déplore le Frap. Reproduisant finalement le pire de la #justice_punitive à laquelle ils souhaitaient pourtant se substituer, regrette Elsa Deck Marsault.

    « Les effets d’un call-out ou d’une #exclusion ne sont pas les mêmes pour un homme blanc disposant d’importants moyens matériels et d’un réseau de soutien que, par exemple, pour une personne racisée, pauvre et/ou queer », précise-t-elle. « La question doit être : comment on travaille collectivement pour que cela n’arrive plus », martèle Jerry.

    « Depuis le tournant néolibéral des années 1980, la transformation sociale n’est plus vue comme passant par l’organisation collective ou syndicale, analyse Elsa Deck Marsault. La société compte désormais sur la #transformation_individuelle de chaque personne, qui doit reconnaître sa part de responsabilité, pour changer la société de manière générale. Il me semble que c’est une impasse, qui découle non seulement des logiques néolibérales, mais aussi des #logiques_carcérales qui punissent les individus en disant que, quelque part, ils l’ont bien mérité. »

    Mais sortir des voies habituelles demande un temps que les cercles militants ou autres communautés n’ont pas forcément. « C’est sans doute l’un des freins de cette forme de justice qui a du mal à se développer en France, où, de plus, on reste très réticent à l’idée même de #communauté », dit Elsa Deck Marsault. Du côté du Frap, on cite l’importance des expériences accumulées, qui permettent, à terme, d’aller plus vite. « Oui, c’est exigeant et chronophage, termine Jerry. Mais à quoi sert une communauté si ce n’est à être présente dans le temps et l’espace ? »

    –-

    Au #Rwanda, la justice post-génocide

    Pratiquée à l’échelle de la famille, des ami·es, des voisin·es, des collègues, des associations des quartiers ou groupes militants, la justice communautaire l’a aussi été à l’échelle d’un pays, dans le Rwanda post-génocide, en 2001.

    « En 1994, près d’un million de personnes ont été tuées en trois mois, selon les chiffres officiels de Kigali, rappelle Valérie Rosoux, politiste, directrice de recherche du Fonds national de la recherche scientifique. Le nombre inimaginable de coupables rendait toute justice “normale” impossible, d’autant que le système judiciaire était dévasté. Il a donc été décidé d’utiliser les “gacaca” – système communautaire préexistant de règlement des conflits qui était basé sur l’appel aux sages de chaque colline pour régler des litiges mineurs. Près de 11 000 tribunaux communautaires ont été installés à la demande du gouvernement central. Des milliers et des milliers de personnes sont passées devant ces tribunaux, évidemment beaucoup plus rapides. »

    Massifs pendant le génocide au Rwanda, les viols ont été reconnus pour la première fois comme faits de génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui n’a jugé que les commanditaires du génocide. En revanche, devant les gacaca, la plupart des violences sexuelles ont été tues.

    « Au TPIR, on peut témoigner anonymement, pas sur les collines, où tout le monde se connaît et où bourreaux et victimes vivent dans les mêmes endroits », raconte Esther Mujawayo, survivante du génocide, autrice de Survivantes et cofondatrice de l’association des veuves du génocide.

    Les huis clos qui ont été demandés ont permis de protéger les femmes et les enfants né·es de ces viols mais cela a ôté la dimension collective de cette justice communautaire.

    Sans vouloir embellir le processus, Esther Mujawayo estime que les gacaca ont facilité le vivre-ensemble dans la mesure où les bourreaux ont demandé pardon. « Même si ce n’était pas toujours authentique, cela aide », pense-t-elle. Ces « tribunaux » ont surtout permis de retrouver les corps des victimes assassinées.

    Mais la démarche reste « très exigeante sur le plan moral, car on espère que les accusés vont confesser leurs crimes et que les victimes vont pardonner, remarque Valérie Rosoux. Les victimes s’entendent dire : certains ont déjà pardonné, pourquoi vous ne le faites pas, vous ? Et là, c’est insupportable ».

    Au sein des regroupements que les gacaca ont créés, le soutien que les femmes se sont apporté entre elles et le travail inlassable des associations présentes pour soutenir les victimes ont peu à peu fait leur chemin. « La prise en charge matérielle a aussi été fondamentale, insiste Esther Mujawayo. Pour restaurer leur dignité, on les a logées, on a pris en charge leurs soins médicaux, car beaucoup étaient malades du sida suite aux viols. On s’est occupé de l’éducation de leurs enfants survivants. C’est basique, mais pour moi, c’est ça la justice : remettre les survivant·es en bonne santé est aussi important que de condamner le bourreau. »

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090825/la-justice-communautaire-une-alternative-politique-pour-prendre-soin-des-v

    #justice #alternative #VSS #réparation #protection #punition #reconnaissance #accompagnement
    ping @_kg_
    via @karine4

    • Chicago

      Deana Lewis talks with Mariame Kaba, Erica Meiners, and Shira Hassan – three abolitionist feminists who discuss the work they created and built in Chicago from the early 2000’s through the early 2010’s. They reflect on their path from witnessing the failures of the mainstream anti-violence movement especially for survivors, young people, formerly incarcerated people and sex workers – to experimenting and documenting their work in what became known as community accountability processes, transformative justice and abolitionist organizing. They talk about their relationships and how their solidarity and partnership fed their ability to experiment, find joy in the grief and ultimately create spaces and strategies for people to stay as safe as possible.

      https://www.creative-interventions.org/sfp/chicago

    • Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes

      Là où il est admis que le recours à la police en cas de violence n’est pas la solution mais plutôt un problème supplémentaire, la tentation est de s’y substituer. Si l’intention est louable, son application l’est moins. Les mesures sont expéditives et les outils pour faire justice sont encore profondément empreints d’une philosophie punitive : menace, exclusion, harcèlement, dénonciation publique et discréditation politique. Comment sortir de cette impasse ? La question est d’autant plus difficile qu’elle surgit au moment où les forces réactionnaires mènent une large offensive contre le wokisme pour mieux protéger ceux qui organisent les violences dans nos sociétés.
      Écrit par une « militante gouine », ce livre propose une critique fine du moralisme progressiste et des pratiques punitives dans les luttes sociales. En se saisissant d’exemples concrets rencontrés au gré de son militantisme et en discutant précisément l’abolitionnisme pénal, elle pose les jalons d’une justice transformatrice inventive, capable de prendre soin des victimes et de transformer les individu.es comme les groupes.
      Endiguer les violences c’est aussi ne plus craindre le conflit, ne plus avoir peur de lutter.

      https://lafabrique.fr/faire-justice

      #livre

    • La team Patpat’ gère ses casseroles | protocole de gestion des aggressions dans nos milieux

      Ca y est, on a réussi à la publier ce #zine. Pour faire court ça parle des #agressions dans nos collectifs, et ça amène une vision politique de leur gestion (pas de call-out, médiation, perspective de changement…). Alors si t’es pas encore convaincu que c’est important de prendre en compte qu’on a sans doute déjà toustes agressé, viens lire ça (pfiou la phrase polémique choc sa mère) !

      https://frap.noblogs.org/la-team-patpat-gere-ses-casseroles-brochure

  • « Vous êtes tous racistes » : la colère antiraciste au sein du mouvement écologiste

    Les mouvements antiracistes et décoloniaux ont exprimé leur déception avec colère au festival #Les_Résistantes. Les collectifs écologistes doivent se « déblanchiser », au risque de ne jamais voir leur alliance se concrétiser.

    « OK, stop. » Les Résistantes, le festival de rencontres des #luttes locales et globales qui se tenait du 7 au 10 août, ont réellement commencé lors de la cérémonie de clôture. Sur scène, une dizaine de militants racisés, la voix tremblante d’émotion et de colère. Sur l’herbe, les festivaliers, des personnes blanches pour la quasi-totalité, dans un silence de plus en plus chargé.

    « On a tous fait le même constat : on est fatigués, on est tristes et en #colère, parce qu’on a vécu beaucoup de #violence, explique une première intervenante de ce collectif informel. Tout cela vient s’ajouter à un quotidien déjà très lourd pour nous. C’est d’autant plus dur de subir ce type d’#agressions dans un #festival où nous étions censés arriver en milieu allié. »

    Une autre enchaîne : « Vous êtes tous racistes. Ceci n’est pas un festival antiraciste. Pour l’instant, il est loin de l’être. » Puis une troisième : « On ne veut pas de vos applaudissements. On ne veut plus de votre #hypocrisie. On a besoin que vous nous assistiez vraiment. » Et une quatrième : « Chaque question que vous posez est centrée sur vous ; c’est trop rarement que vous nous demandez ce qu’on ressent. » Puis, alors que les orateurs descendent en pleurs de l’estrade au milieu d’un silence pesant : « Ce [silence], c’est un sentiment d’#inconfort collectif. Une transformation systémique nécessite un inconfort collectif. [...] Sentez l’inconfort, la transformation antiraciste qui est en train de vous traverser, et j’espère qu’à un moment vous serez des militants antiracistes avec nous. »

    Le rendez-vous semble être fixé avec les mouvements de luttes sociales et environnementales : si, suite à cet appel, les transformations réclamées n’ont pas lieu, la #convergence désirée de longue date entre collectifs sociaux et mouvements antiracistes et décoloniaux pourrait bien ne jamais voir le jour. Si elles engendrent une véritable évolution, elles pourraient devenir l’épisode fondateur de cette alliance qui ne parvient pas à émerger.

    L’un des moments clés pour comprendre ce qui s’est joué lors de ces quatre jours de festival, c’est une table ronde consacrée aux #pesticides comme forme de #colonialisme_chimique. Les membres du Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, dont le #chlordécone, de #Guadeloupe et de #Martinique (#COAADEP), y ont exposé longuement les ravages causés par ce pesticide utilisé de 1972 à 1993 aux #Antilles, principalement pour la production de #bananes, qui continue de polluer les sols et générer des maladies mortelles sur ces territoires.

    Un membre du public a alors fait valoir que la France hexagonale aussi connaissait des enjeux de #pollution aux pesticides, en citant l’exemple de la #loi_Duplomb. « La pétition contre la loi Duplomb a récolté plus de 2 millions de signatures ; personne ne soutient nos actions contre le chlordécone, malgré les nombreux morts qu’il a engendrés », ont répondu les membres du COAADEP, avant de quitter la discussion. « Il y a un manque de visibilité profond de nos luttes », condamne après coup Lilith [], membre du COAADEP. Encore sous le coup de l’émotion, elle dénonce aussi avoir été « mal accueillie » et « infantilisée » par des festivaliers lors de l’arrivée du collectif, engagé depuis le 2 août dans une marche en solidarité avec les victimes de ce pesticide.

    « Pas qu’un enjeu théorique »

    D’autres tensions ont émaillé le festival, amenant un grand nombre de participants racisés à faire part, publiquement, de leur colère et de leur #déception.

    « Ces événements ne sont pas nouveaux, ils illustrent la manière dont les personnes blanches ramènent à leur propre condition les #récits que nous partageons », expose Micheline [], du collectif #Vietnam_Dioxine, en soutien aux victimes de l’#agent_orange, un #défoliant chimique, au #Vietnam.

    Elle ajoute : « Nous livrons notre #émotion liée aux #souffrances engendrées par la #domination_coloniale, et celles-ci sont mises à #distance. Plutôt que de nous poser des questions sur le fond, ou de nous demander comment nous allons, on nous demande des conseils pour faire de l’agriculture au Chili, comme si nous étions des porte-parole du Sud Global. »

    « Il ne suffit pas d’avoir lu Malcom Ferdinand »

    La militante a publié une série de stories sur Instagram pour signaler les violences subies par les intervenants sur des causes similaires lors de ce festival, soulignant notamment que « [leurs] histoires douloureuses ne sont pas écoutées par les Blancs qui se disent antiracistes décoloniaux ». « L’enjeu n’est pas pour autant de critiquer l’organisation, qui a mis en place une commission décoloniale, précise-t-elle toutefois. L’#écologie_antiraciste et décoloniale n’est pas qu’un enjeu théorique : il ne suffit pas d’avoir lu #Malcom_Ferdinand [chercheur en sciences politiques et auteur notamment de « Une Écologie décoloniale » (Seuil, 2019)], c’est avant tout une #pratique_politique, et créer cette commission est déjà un acte politique. »

    Les organisateurs de l’événement avaient en effet souhaité insister sur l’enjeu décolonial et antiraciste, qui était l’un des fils rouges des conférences du festival, au même titre que les luttes féministes, LGBT+, contre les idées d’extrême droite, internationalistes, écologistes, paysannes et sociales.

    « Il y a en ce moment des discussions partout sur le camp, et une assemblée générale autogérée sur le sujet, a expliqué Victor Vauquois, cofondateur du collectif Terres de luttes, dans la soirée du dimanche, après la prise de parole. De son côté, l’organisation va en rediscuter pour prendre à bras le corps le sujet, voir comment réparer et apprendre de nos erreurs pour pleinement contribuer à un front antiraciste, écologique et social. »

    Des pistes pour « #déblanchiser » les collectifs

    Reste que chacun des temps consacrés à la perspective antiraciste et décoloniale a montré l’étendue du chemin à parcourir pour que les différents mouvements de lutte se mettent à la hauteur de ce qui leur est demandé.

    Pour Nabil [], de l’#Assemblée_des_quartiers, un collectif né en 2024 formant les jeunes des quartiers populaires à entrer dans l’arène politique, si l’on veut comprendre pourquoi il y a eu autant de « rendez-vous manqués », il faut souligner le peu d’intérêt porté par les écologistes aux dynamiques des populations racisées.

    « Les gens ici ne connaissent pas nos histoires. Nous, on apprend vos luttes : le Larzac, Notre-Dame-des-Landes, etc. La réciproque n’est pas à la hauteur. Qui, ici, connaît le #Mouvement_des_travailleurs_arabes ou le #MIB ? » interroge-t-il, en référence au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), un mouvement politique né en 1995 dans le sillage de la #Marche_de_1983 (surnommée la « #marche_des_Beurs »). Peu connu dans les courants écologistes, le MIB est pourtant l’un des éléments structurants des collectifs antiracistes et contre les #violences_policières contemporaines, à l’instar du #Comité_Adama.

    Cette #méconnaissance des organisations politiques des quartiers n’est « pas qu’un enjeu moral, elle a des conséquences politiques », observe Tara [], du mouvement #Le_Next_Level, qui réunit des associations concernées par les #discriminations. Selon elle, s’imaginer que les quartiers n’ont pas d’histoire politique revient à penser qu’il incombe aux organisations traditionnelles d’aller politiser leurs habitants — comme s’ils étaient des sujets passifs plutôt que des acteurs politiques à part entière. « Pourquoi il n’y a pas de personnes racisées dans votre mobilisation ? Peut-être, simplement, parce que ce que vous faites n’est pas pertinent pour leurs problématiques, ou que votre manière de la faire les en exclut. »

    Le « #privilège_blanc », l’« #ignorance_blanche »...

    Les ateliers visant à outiller les collectifs militants aux enjeux antiracistes ont fait émerger de nombreuses recommandations pour effectuer cette mise à niveau. Mais la liste est si longue, et touche à tant de domaines, que les intervenants en venaient plutôt à recommander de participer à des formations complètes à l’antiracisme. Alors que plusieurs participantes racisées expliquent avoir déserté des groupes militants parce qu’elles y subissaient des #agressions_racistes, d’autres s’interrogent sur la manière de « déblanchiser » ces mêmes collectifs.

    « Il n’y a pas de recette magique, explique Hortensia [], de la commission soins des Résistantes et animatrice de l’atelier. Cela dépend toujours de votre relation à la personne et de votre position dans un groupe social. Mais vous pouvez commencer par certains éléments, comme vous renseigner sur le privilège blanc », défini par l’universitaire étasunienne Peggy McIntosh comme la possibilité pour les Blancs de garder un statut social élevé qui masque les #inégalités_raciales.

    Elle ajoute : « Vous pouvez vous documenter sur l’ignorance blanche, qui consiste à penser que son récit est universel, ou encore sur le #trauma_racial [un concept selon lequel les #traumatismes liés au racisme engendrent des troubles mentaux], qui permet de mieux comprendre certaines réactions de personnes racisées au sein de votre groupe. »

    « Vous portez nos keffiehs comme si vous les méritiez »

    Tous insistent sur la nécessité de ne pas faire de la « #tokenisation » des personnes racisées, c’est-à-dire d’inclure dans un collectif des personnes racisées simplement comme des faire-valoir, pour leur qualité de personne racisée. Cela peut aboutir, raconte une participante, à lui mettre la pression pour représenter le collectif, dans le but de donner à voir une #inclusivité de façade.

    Celle-ci concerne aussi les espaces du festival baptisés Pinar Selek, Djamila Boupacha, Mahsa Jîna Amini, Ifti Nasim, bell hooks, Angela Davis... Autant de figures « token », dénoncent les militants antiracistes sur de grandes pancartes portées sur scène lors de leurs prises de parole. « En fait, vous adorez nos #symboles, vous portez nos #keffiehs à longueur de journée comme si vous les méritiez ; vous utilisez nos #icônes, nos figures ; mais pendant ce temps, vous nous déshumanisez complètement. »

    Certains rappellent que tant que ces discussions débouchent vers la #culpabilité des personnes blanches à l’égard des #oppressions, ce sont encore les personnes racisées qui portent la « #charge_raciale » et doivent rassurer, voire conforter, les personnes blanches.

    Tarik [], de l’association #A4, qui favorise l’intégration d’exilés dans le milieu agricole, rappelle qu’il y a une différence entre #intégration (qui demande que les personnes racisées fassent des efforts pour se plier aux modes d’organisation) et #inclusion (qui implique de s’approcher, de manière proactive, de la position des autres). Et il interroge : « Nous, on fait l’effort de s’adapter aux modes d’organisation des Blancs, mais vous croyez vraiment que c’est la seule manière de s’organiser ? »

    Lucie [*], activiste pour le climat, pose enfin : « Moi, ce que j’aurais voulu, c’est des #excuses, parfois : qu’on me dise “Pardon, je n’ai pas prêté attention à ce que tu as dit, ou à la personne que tu es”. »

    Ressources recommandées par les intervenants

    Livres :

    – Mécanique du privilège blanc — Comment l’identifier et le déjouer ?, Estelle Depris, Binge Audio, 2024
    – Décolonisons-nous, Frank Lao, JC LAttès, 2023
    – Dans le blanc des yeux — Diversité, racisme et médias, Maxime Cervulle, éditions Amsterdam, 2021
    – La Domination blanche, Solène Brun Claire Cosquer, Textuel, 2024
    – Vous les asiates. Enquête sur le racisme anti-asiatique en France, Linh-Lan Dao, Denoël, 2025
    – Moi et la suprématie blanche, Layla Saad, Marabout, 2021
    – Une Minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-Asiatiques, Ya-Han Chuang, La Découverte, 2021
    – Le Privilège de dénoncer — Justice pour toutes les victimes de violences sexuelles, Kharoll-Ann Souffrant, 2022, Éditions du Remue-ménage
    – La Charge raciale — Vertige d’un silence écrasant, Douce Dibondo, Fayard, 2024
    – Comme nous existons, Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021
    – Le Triangle et l’Hexagone — Réflexions sur une identité noire, Maboula Soumahoro, La Découverte, 2020
    – Le Racisme est un problème de Blancs, Reni Eddo-Lodge, Autrement, 2017
    – Les Femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?, Hanane Karimi, Hors d’atteinte, 2023
    – Entrer en pédagogie antiraciste — D’une lutte syndicale à des pratiques émancipatrices, collectif SUD Éducation 93, Shed Publishing, 2023

    Podcasts :

    – Une histoire du Mouvement des travailleurs arabes, France Culture (série de 4 épisodes)
    – Kiffe ta race, Binge Audio
    – Histoires Crêpues
    – Des Colonisations, Spectre Media
    – Je ne suis pas raciste, mais, Slate

    https://reporterre.net/Vous-etes-tous-racistes-la-colere-antiraciste-au-sein-du-mouvement-ecolo
    #racisme #écologie #décolonial #antiracisme #déshumanisation

    ping @karine4

  • L’usage de la #Forêt et l’usure du bûcheron
    https://www.terrestres.org/2025/05/20/lusage-de-la-foret-et-lusure-du-bucheron

    Planter, éclaircir, abattre, débarder… Le métier de bucheron n’est pas mort ! Mais il est toujours aussi rude. Dans « Bûcheron », Mathias Bonneau raconte sa relation à la forêt, sa passion du bois et son #Corps abîmé : « Les arbres sont mon naufrage et ma bouée ». Un témoignage précieux sur une profession bouleversée par la catastrophe climatique et les difficultés de la filière forêt-bois. L’article L’usage de la forêt et l’usure du bûcheron est apparu en premier sur Terrestres.

    #Récits #Territoire #Vivants

  • Entrevoir la justice climatique : retour sur les Toxic Tour de Seine-Saint-Denis
    https://www.terrestres.org/2025/05/23/entrevoir-la-justice-climatique

    Ile-de-France, 2014. À un an de la COP21, les mouvements #Climat sont en ébullition. Comment et avec qui se mobiliser ? Dans « Apprendre et lutter au bord du monde », Laurence Marty raconte de l’intérieur le déploiement du cadrage de la justice climatique. Extrait choisi auprès du collectif Toxic Tour Detox 93, qui organise des visites guidées autour des inégalités environnementales dans le 9-3. L’article Entrevoir la justice climatique : retour sur les Toxic Tour de Seine-Saint-Denis est apparu en premier sur Terrestres.

    #Décolonial #Ecologie Politique #Luttes #Récits

  • Invisibles

    Invisibles raconte des métiers mal connus, des parcours ignorés, des corps et des esprits abîmés. Des métiers dits « essentiels » et pourtant, les moins valorisés socialement et économiquement. À travers des récits intimes, cette série documentaire sonore met en lumière ce que certaines formes de travail font à nos vies et interroge nos responsabilités collectives. À qui profite cette #invisibilisation ? Qu’est-ce que ces récits racontent de notre système ?

    https://www.blast-info.fr/podcasts/invisibles-X4cDgcbvSW6qbsX-wTW3aA
    #travail #invisibilisation #récits #responsabilité
    #audio #podcast #sans-papiers #travailleurs_sans-papiers #égoutiers #métiers #pénibilité #retraite #BTP #métiers_en_tension #régularisation #stigmatisation

    ping @karine4

  • Magdalena. Femmes du fleuve

    Magdalena. Femmes du fleuve est un roman graphique issu d’un processus de #recherche-création sur la vie des paysannes habitant sur les rives du #fleuve_Magdalena en #Colombie. Le livre part de la source dans les #montagnes andines et suit le cours du fleuve jusqu’à son embouchure dans la mer des Caraïbes. Il parcourt les histoires de huit #femmes et les #récits qu’elles tissent en relation avec les #gens_du_fleuve, l’#eau, la #faune, la #flore. Le roman montre également les #résistances de ces femmes face aux projets d’aménagement et extractifs qui interrompent le cours de l’eau, ainsi que les voies parallèles de réexistence pour réinventer la vie après certaines conséquences irréparables. L’objectif de ce livre, au croisement de la recherche scientifique en géographie et de la création artistique, est de mettre en lumière des #histoires_de_vie qui ne sont pas souvent racontées, des réalités invisibilisées par des récits sur le #fleuve essentiellement utilitaristes ou portés par des voix masculines. Magdalena souhaite faire exister non seulement les pluralités de formes selon lesquelles les femmes vivent sur et avec le fleuve Magdalena, ainsi que les continuités écologiques et culturelles qui unissent ce grand territoire de terre et d’eau.

    https://www.lcdpu.fr/books/56262F9A-AA2F-4EB3-B417-6E4660FC8A84
    #BD #livre #bande-dessinée #aménagement_du_territoire #extractivisme

  • Fanny Lignon, Récits vidéoludiques. Le personnage réinventé
    https://journals.openedition.org/lectures/67314

    Avec cet ouvrage, Fanny Lignon nous offre une porte d’entrée accessible et rigoureuse vers les game studies. Nous passons par l’histoire du jeu vidéo, par les débats au sein des études du jeu, mais aussi et surtout par une définition des divers types de récits et de personnages. L’autrice prend ainsi soin d’expliquer chaque étape qui l’amène à formuler son hypothèse de départ : le concept de personnage a été réinventé par les récits vidéoludiques.

    Comme pour le roman, le jeu vidéo tente d’imiter la réalité. Lignon prend l’exemple de la mort, qui est souvent figurée dans les jeux étudiés. Dans Sims 3, en tant que personnages, nous pouvons mourir de faim, de maladie et de vieillesse. Dans Call of Duty : Modern Warfare 3, les morts violentes ne font que se succéder. Pourtant, dans une autre catégorie, certains jeux remettent en question cette exigence de vraisemblance avec la réalité. Dans Super Mario Galaxy 2, quand la mort surprend notre personnage, il réapparaît quelques secondes plus tard, comme si la mort n’avait jamais eu lieu. Dans la troisième catégorie, Lignon place les jeux où la mort ne touche pas notre personnage, car ce dernier n’apparaît pas : jeux de courses, jeux d’adresse, jeux rythmiques et musicaux. La mort vidéoludique n’est donc pas définitive ; elle constitue un événement temporaire qui suspend l’action du joueur, le faisant passer d’un état d’activité à un état de passivité. Lignon reprend ici les mots du philosophe Ludwig Wittgenstein : « La mort n’est pas un événement de la vie. La mort ne peut être vécue »2 (p. 96). Car le récit vidéoludique permet de vivre la mort, il s’éloigne de la vraisemblance. Néanmoins, lorsqu’il s’agit des déclinaisons de personnages, nous restons proches de ce que nous connaissons, dans la mesure où les personnages sont soit des humains soit des variantes d’être humain, d’animaux et de machine.

    Finalement, cet ouvrage de Fanny Lignon offre un ambitieux panorama des études du jeu vidéo tout en introduisant ses propres concepts : les infra-personnages et les ultra-personnages. De cette manière, l’autrice questionne, grâce au corpus issu de l’enquête sur le vécu vidéoludique d’élèves de collège et de lycée, l’impact des joueur·euses sur le personnage et le récit vidéoludique. Permettant une entrée dans le domaine des études de jeu, l’ouvrage déploie différents apports qui suscitent la curiosité, et ne néglige pas des dimensions importantes comme le genre.

    #Fanny_Lignon #Récits_vidéoludiques