Thread by gabriel_zucman : En #Californie, le #référendum pour l’#imposition des #milliardaires aura bien lieu en novembre 2026
▻https://threadreaderapp.com/thread/2070385860357308757.html
J’ai une immense bonne nouvelle à vous annoncer : nous venons de remporter une victoire décisive face à Mark Zuckerberg et aux milliardaires de la Silicon Valley 🧵
Avec mon collègue Emmanuel Saez, cela fait des années que nous travaillons avec la société civile californienne pour imposer les 200 milliardaires de la Silicon Valley comme Mark Zuckerberg ou Peter Thiel.
Aujourd’hui, ils viennent de perdre une manche cruciale.
Tout a commencé en juillet 2025, lorsque Donald Trump a promulgué la loi « One Big Beautiful Bill Act » : un ensemble de mesures budgétaires qui réduisait drastiquement le financement de Medicaid, le programme fédéral d’assurance maladie destiné aux Américains à faibles revenus.
Pour compenser ces coupes budgétaires dévastatrices, le syndicat SEIU-UHW organise depuis 6 mois une récolte de signatures pour soumettre à referendum une taxe exceptionnelle de 5% sur les milliardaires de la Silicon Valley.
Cet impôt sur les grandes fortunes pourrait rapporter près de 100 milliards de dollars.
Pris de panique, les milliardaires ont tout fait pour bloquer la mesure. Tout.
L’initiative devait d’abord récolter environ 1 million de signatures pour être soumise au referendum de novembre prochain.
Qu’ont fait les milliardaires ces derniers mois ? Ils ont investi des sommes colossales pour empêcher le syndicat d’obtenir les signataires nécessaires.
Ils ont dépensé des centaines de millions de dollars et utilisé tous les instruments à leur disposition. Selon certaines sources, ils seraient mêmes allés jusqu’à rémunérer des SDF (!!) pour saboter la mesure.
Cela vous signale l’ampleur de leur fébrilité.
À San Francisco, des SDF payés cinq dollars pour saboter le référendum sur la taxation des milliardaires
▻https://www.lefigaro.fr/international/a-san-francisco-des-sdf-payes-cinq-dollars-pour-saboter-le-referendum-sur-l
Mais toutes leurs manoeuvres ont piteusement échoué : le 18 juin, la proposition de loi a reçu suffisamment de signatures pour pouvoir figurer sur le bulletin de vote en novembre prochain.
Les milliardaires ne se sont pas avoués vaincus pour autant et ont tout tenté jusqu’à la dernière minute pour faire retirer la mesure.
▻https://www.nytimes.com/2026/06/18/us/california-billionaire-tax-ballot.html
La date butoir était le 25 juin. Et ils ont pu compter sur le gouverneur de Californie Gavin Newsom qui a oeuvré en coulisses pour faire retirer la proposition et protéger les milliardaires jusqu’au bout.
Malgré ces pressions politiques inacceptables, le syndicat a tenu bon. C’est désormais officiel et irréversible : les citoyens californiens voteront le 3 novembre prochain pour imposer les milliardaires de la Silicon Valley.
▻https://www.theguardian.com/technology/2026/jun/25/california-billionaire-tax-ballot
C’est une victoire d’étape absolument majeure. Maintenant, il reste quatre mois pour que les californiens votent en faveur de l’imposition de Mark Zuckerberg et des milliardaires californiens. 5 % d’impôt sur 200 individus, $100 milliards pour financer l’éducation et la santé pour des millions de californiens.
Assez pour compenser les coupes prévues par le One Big Beautiful Bill Act
Depuis 1982, la fortune des milliardaires californiens – les 0,0002 % les plus riches – a été multipliée par 30. Elle a augmenté de 144 % entre 2023 et 2025 seulement. Les milliardaires californiens possèdent désormais 2 300 milliards de dollars de richesse, soit l’équivalent de 50 % du PIB de la Californie et d’environ 10 % du PIB des États-Unis.
On pourrait croire qu’une telle fortune se traduit par des impôts considérables. Or, ce n’est pas le cas. D’après une étude que nous venons de réaliser, les milliardaires californiens ne paient que 0,07 % de leur fortune en impôt sur le revenu chaque année en Californie, soit à peine 0,2 % des recettes fiscales totales de l’État.
Ils versent une somme dérisoire à l’État qui les a enrichis. C’est comme s’ils vivaient dans une société parallèle.
Par exemple, en 2019, 2020 et 2023, Sergei Brin et Larry Page (les fondateurs de Google) – respectivement deuxième et troisième personnes les plus riches du monde – n’ont déclaré aucun revenu et n’ont payé aucun impôt sur le revenu sur leur fortune issue d’Alphabet. Depuis 2019, leur fortune a augmenté de plus de 400 milliards de dollars.
Sergei Brin dépense désormais des dizaines de millions de dollars contre le projet d’imposition des milliardaires.
C’est cette extrême richesse qu’il s’agit de combattre. Car l’extrême richesse s’accompagne toujours d’un pouvoir extrême : le pouvoir d’étouffer la concurrence, de manipuler le débat public, d’influencer les politiques publiques et d’acheter les élections.
Bien sûr, les milliardaires utiliseront ce pouvoir extrême pour influencer le referendum du 3 novembre : ils s’apprêtent à dépenser sans compter et à prédire mille catastrophes si jamais l’impôt de 5% était mis en place, à coup d’études frelatées et de menaces diverses et variées.
Mais les forces démocratiques sont plus que jamais prêtes à leur faire face.
Il y a fort à parier que le référendum californien va constituer un enjeu politique majeur, sans doute l’un des plus importants des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.
Si le « oui » l’emporte, l’impôt californien pourrait très vite faire des émules parmi d’autres Etats, comme celui de New York, de Washington, ou le Massachusetts.
À terme, ce processus aurait toutes les chances de déboucher sur la création d’un impôt fédéral sur l’extrême richesse. C’est précisément ce qui s’est passé il y a plus d’un siècle avec l’impôt progressif sur le revenu, qui vit d’abord le jour au niveau des Etats, avant que le gouvernement fédéral n’embraye en 1913.
Avec une coalition d’Etats suffisamment grande, ou mieux un impôt fédéral, il n’y aurait plus d’obstacle pour passer d’une imposition unique à une taxe annuelle sur les plus grandes fortunes, les citoyens Américains ne pouvant échapper à l’impôt en déménageant à l’étranger.
En 1978 la Californie a été à la pointe de la révolte anti-impôt, en votant la célèbre « Proposition 13 » qui venait plafonner la taxe foncière, présage de la révolution conservatrice qui triompherait quelques années plus tard dans le reste des Etats-Unis.
Un demi-siècle plus tard, l’histoire pourrait bien se répéter, mais à l’envers.
C’est l’horizon de la justice fiscale mondiale qui se dessine désormais en Californie :
Le vote du 3 novembre prochain pourrait bien marquer le coup d’envoi d’un mouvement global pour mettre un terme à l’impunité fiscale des ultra-riches.














