• Le racialisme biologique revient aux Etats-Unis, mais aussi en France
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/23/le-racialisme-biologique-revient-aux-etats-unis-mais-aussi-en-france_6642591


    Campagne de la marque de vêtements American Eagle à New York, le 18 août 2025. SAMI MARSHAK / REUTERS

    En France, le retour de ces idées se fait avec moins de tapage. Mais, de manière bien plus inquiétante, elles reviennent sous le masque du simple constat scientifique. En mai, le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN), instance créée en 2018 par Jean-Michel Blanquer, publiait une proposition de « référentiel de compétences des enseignants » dans lequel ces derniers sont invités à « connaître la diversité des élèves », celle-ci étant le fait de « facteurs génétiques, [de] facteurs familiaux et sociaux, [de] facteurs environnementaux, [de] facteurs culturels et linguistiques, [d’]histoire de vie. »

    Citer des « facteurs génétiques » dans cette énumération, de surcroît en première position, trahit en réalité un agenda idéologique qui s’avance. D’abord parce qu’on voit mal l’usage qui pourrait être fait, par les enseignants, de ces considérations sur des différences génétiques de leurs élèves. Ensuite, et surtout, parce que faire de la génétique un élément déterminant des capacités d’apprentissage – ou de traits complexes – est inexact, comme le rappelle l’ASHG.

    En 2018, en réaction à des propos semblables, une vingtaine de chercheurs chevronnés en génétique humaine, en neurobiologie, ainsi qu’en histoire et sociologie de ces disciplines, rappelaient, dans une tribune, que, « hormis les effets délétères de certaines anomalies génétiques, la recherche n’a pas pu à ce jour identifier chez l’humain de variantes génétiques ayant indubitablement pour effet de créer, via une chaîne de causalité strictement biologique, des différences cérébrales se traduisant par des différences cognitives ou comportementales ». L’affirmation du contraire relève, écrivaient-ils, d’un « manquement à l’éthique scientifique ».

    Au nom de la raison

    Un « manquement » qui se retrouve, quelques années plus tard, endossé par le CSEN – où ne siège aucun généticien. Ce qui relève outre-Atlantique des outrances de l’extrême droite est donc publié en France comme avis d’experts, sous une forme policée et sur papier à en-tête de la République. Plus de 350 enseignants et chercheurs s’en sont émus dans un texte publié en mai https://seenthis.net/messages/1116501 : il fut accueilli dans une indifférence générale.

    https://justpaste.it/a7cor

    #racisme #scientisme #sciences #école #cognitivo-comportementalisme #réflexivité #Gérald_Bronner

  • L’homme, un hystérique comme un autre (Le Monde diplomatique, octobre 2025)
    https://www.monde-diplomatique.fr/mav/203/A/68764

    Sans doute lassé de la monotonie des affections classiques du système nerveux, Jean- Martin Charcot (1825-1893) se lance dans l’étude de l’#hystérie (du mot grec « utérus ») à partir des années 1870. Si ses observations finissent par le mener dans une impasse, elles lui permettront d’affirmer que ce trouble n’est pas l’apanage des femmes, contrairement à ce qui était proclamé depuis Hippocrate. Elles contribuent aussi à dissiper le soupçon de simulation qui pèse sur les malades en crise. Sommité médicale et personnage mondain, ce précurseur de la neurologie moderne dont Sigmund Freud fut le stagiaire donne chaque mardi à la Salpêtrière des cours cliniques mettant en scène des malades devant un auditoire mêlant médecins, artistes, journalistes ou magistrats. Le texte ci-dessous est un extrait de sa leçon du 13 décembre 1887. MM. Blin, Charcot et Colin, Leçons du mardi à la Salpêtrière. Notes de cours, 1887-1888, Librairie Delahaye et Lecrosnier, Paris, 1889..

    "J’ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur"
    Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu.

    L’étymologie est trompeuse : l’hystérie n’est pas une question d’organe, elle est psychique. Il faut donc aller cherche ailleurs le sexisme de la psychanalyse.

    #hystérie_masculine #psychiatrie #psychanalyse #histoire

    • Oui, c’est très malheureusement payant, comme tout le dossier psychiatrie (qui ne doit pas contenir que des âneries) publié par le MD, et je le trouve pas. Dommage.

      De ce fait, j’ai cherché ailleurs pour me rafraîchir la mémoire quant à l’accusation erronée faite à la psychanalyse à ce propos.

      On trouve par exemple, dans la Revue française de psychanalyse, L’hystérie masculine entre mythes et réalités, par Jean-François Rabain
      https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452294q.image.r=revue+française+de+psychanalyse.f47.pagination.lan

      L’hystérie masculine (féminine), Gérard Pommier
      https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2014-1-page-81

      L’hystérie est le régime de croisière de la névrose, celle des hommes comme celle des femmes, et son importance égale du côté masculin n’est reconnue que depuis peu.

      Socrate, Hamlet, Hegel, Dostoïevski, hystériques :

      L’Hystérie masculine (non signé, sur un site qui parait ... jungien)
      https://www.psychaanalyse.com/pdf/freud_L_Hysterie_masculine.pdf

      Pour clore une liste qui pourrait être bien plus longue, un type sérieux
      L’hystérique invente la psychanalyse, Jacques Sédat
      https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2014-1-page-113

      Mais bien sur on pourra aller répétant au nom d’un scientisme hors de propos (et dont Freud fut lui aussi le jouet à force de vouloir assurer le droit à l’existence de la psychanalyse) que la psychanalyse est un charlatanisme, voire que ce dernier est plus réactionnaire encore que d’autres, en toute ignorance de sa diversité, de ses critiques internes, de ses transformations.

      J’ai publié ce seen car je trouvait rigolo de voir comment la mention d’une étymologie (d’ailleurs mal établie dans ce cas, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Hystérie) pouvait passer pour le fin du fin, comme cela peut être le cas dans divers milieux à propos du travail, sempiternellement ramené au tripalium.

      #névrose #identification_hystérique

    • Ah mais ça reste aussi une insulte, une manière de discréditer des femmes, potentiellement disponible contre toutes les femmes (qu’elles se tiennent à carreau).

      Quant à la psychiatrie du XIXeme, elle concernait nombre de femmes, y compris pauvres (la souffrance psychique comme l’anormalité ne sont pas des luxes de bourgeois).

      Celles qui sortent et celles qui restent. « Carrières asilaires » des femmes internées dans les asiles en France au xixe siècle, Le paradoxe des sureffectifs féminins au xixe siècle
      https://journals.openedition.org/clio/18399#tocfrom1n1

      Le fait notoire est que les #femmes sont dans ces colonnes en proportions plus importantes que les hommes. Je propose d’appeler « paradoxe des sureffectifs féminins » le double fait que les femmes entrent chaque année à l’asile en moins grand nombre que les hommes, avec 46 % à 49 % des effectifs à l’admission, alors qu’elles constituent la majorité des effectifs en traitement, de 51 % à 55 % selon les années. Les sureffectifs se fabriquent à l’asile, et chez les femmes de façon plus particulière.

      Pour ce qui est du fric et de la psychanalyse, il a existé diverses tentatives de tarification variable des séances d’analyse, jusqu’à la gratuité, dès les débuts de celle-ci (en finançant les séances à bas prix par les séances coûteuses). On est bien sûr très loin de ça aujourd’hui, même si de micro réseau de psys ont tenté jusqu’à il y a peu de maintenir de telles pratiques.

    • Le fait que la psychanalyse défende encore l’usage de cette injure misogyne est révélateur du sexisme qui perdure dans la discipline. Dans les branches moins réactionnaires de la psychologie on a abandonné ce diagnostique vague et injurieux pour un vocabulaire plus précis et moins sexiste.

      En psychiatrie américaine (APA) et au niveau international, la notion d’hystérie ne fait plus partie des classifications médicales modernes comme celles du DSM (DSM-V-TR) et de la classification internationale des maladies (CIM-11). Elle y est dispersée dans les catégories trouble de conversion , trouble de la personnalité histrionique et trouble somatoforme . De nombreuses controverses existent quant à l’existence même de l’hystérie en tant que réalité scientifique.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyst%C3%A9rie

      #misogynie #sexisme #hystérie #backlash #déni

    • Sauf que la psychanalyse est précisément un progrès par rapport à la superficialité de la psychologie. Ce que bien évidement l’APA (utilitarisme, orthopédie mentale, une psychanalyse médicalisée, réservée aux médecins ! ) a toujours refusé, faisant régresser aux USA et ailleurs la psychanalyse vers une psychologie comportementaliste (ben oui, Mr Jones, something is happening here and you don’t know what it is).
      On s’en tient aux symptômes, sans analyse des causes, donc y compris des causes sociales, puisqu’il faut contre les visons uniformisantes de « la » psychanalyse insister sur des critiques internes aux catégories dominantes de la psychanalyse, dont le complexe d’Oedipe, cf la sortie du familialisme proposée par Guattari, l’empreinte occidentale, voir les tentatives de psychanalyse décoloniale, hétéronormée, etc.)

      L’orientation prétendument « athéorique » du DSM juge sa classification. Celle-ci relève d’une nomenclature fondamentalement pharmacologique (industrie pharma et santé comme industrie) largement dépendante de son articulation avec le fonctionnement des assurances privées de santé.

      E. Zarifian : « Le symptôme est apparemment univoque pour celui qui ne le considère que d’une manière comptable ; et c’est à cette dimension comptable que conduit l’usage du DSM. La situation devient caricaturale : on réduit la souffrance d’un être unique à un symptôme, décrit dans un catalogue et on ignore son contexte social ou personnel »[41].

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux

      Quant à l’étymologie du terme hystérie, quel que soit par ailleurs son usage injurieux, ne désigne pas nécessairement un élément féminin de l’anatomie, mais une puissance qui agit indépendamment de la conscience.

      sur wiki, à nouveau
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Hystérie

      Peut-être [le terme hystérie se] rattache-t-il à une racine indoeuropéenne concernant « ce qui est en arrière » (→ hysterisis), ce qui se retrouverait en anglais dans out « dehors » ; le sens fait difficulté comme pour le sanskrit úttara « ce qui est au-dessus ». Quant au rapport avec le nom du ventre (uderos en grec, udaram en sanskrit) , il n’est pas éclairci[2].

      Rien n’oblige à adopter une vision organiciste et fonctionnaliste de la psyché, fut il "neuro-scientifique. Tel est l’apport de la psychanalyse avec lequel notre société tente d’en finir.

    • Lire l’inconscient machinique avec Jean_Claude Polack : schizoanalyse et inconscient machinique
      https://chaire-philo.fr/lire-linconscient-machinique-avec-jean-claude-polack-schizoanalyse-et-i

      “La thèse de la schizo-analyse est simple : le désir est machine, synthèse de machine, agencement machinique, — machine désirante. Le désir est de l’ordre de la production, toute production est à la fois désirante et sociale. Nous reprochons donc à la psychanalyse d’avoir écrasé cet ordre de la production, de l’avoir reversé dans la représentation” (L’anti_Oedipe, p. 356).

      #vidéo #schizoanalyse #inconscient_machinique #Félix_Guattari

    • Un inédit du grand méchant Freud : Freud, critique de la raison neurologique (1885-1896)
      https://www.editions-eres.com/ouvrage/5472/freud-critique-de-la-raison-neurologique-1885-1896

      Un ouvrage qui retrace les prémices, le développement et la poursuite de la démarche engagée par Freud dans « Introduction critique à la neuropathologie », traduite et commentée ici.

      En quoi la formation scientifique de Freud le préparait-elle à ouvrir le champ d’une science nouvelle et à quels moyens eut-il recours pour cela ?

      À Paris, Freud engage en 1885, dans l’enthousiasme de sa rencontre avec Charcot, l’écriture d’un texte théorique d’envergure dont le titre envisagé reflète l’audace et l’ambition : « Critique de la raison neurologique ». Il ne put mener le projet à son terme et en offrit une ébauche en 1887 à Wilhelm Fließ qui s‘en fit le conservateur. Ce premier jalon d’un geste théoricien, qui ne devait plus cesser, restera inédit jusqu’à sa publication en 2012, accompagnée d’un texte de Katja Guenther dévoilant son importance et le contexte de de son écriture, dans la revue d’histoire de la psychanalyse Luzifer-Amor.

      Thierry Longé permet au lecteur français de prendre connaissance de ces documents resitués dans l’esprit du temps, les connaissances accumulées et les théories élaborées à l’époque du défrichement freudien d’un champ nouveau de connaissances.
      Il lui offre ainsi la possibilité d’approcher la dimension critique dont Freud use pour penser avec et contre les deux géants de la neurologie de son époque, Theodor Meynert, père de l’anatomie cérébrale viennoise, Jean-Martin Charcot, premier titulaire d’une chaire de neurologie dans le monde.

      L’ « Introduction critique » trouve son prolongement dans le texte, également traduit, de la partie anatomique de l’article sur le cerveau que Freud rédige anonymement pour l’Encyclopédie médicale de Villaret en 1888.

      #neurologie #ontogénèse

  • Alors que l’espace médiatique est saturé de polémiques permanentes, à bas bruit, depuis quelques mois, les textes-cadres du système éducatif français sont remplacés : programmes, socle commun, référentiel de compétences professionnelles, réforme de la formation initiale.
    Ces changements sont loin d’être anecdotiques, parfois porteurs de choix idéologiques forts. Aboutissement de la politique initiée par Blanquer en 2017, ils vont modeler en profondeur l’Éducation en France pour au moins la prochaine décennie.
    Vous trouverez ci-dessous une tribune sur le projet de nouveau référentiel métier afin d’ouvrir un débat qui n’est mené nulle part.
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/200525/former-des-profs-ou-dresser-des-machines
    Merci pour votre attention.

    • Ce qui justement fonde la « liberté pédagogique », au-delà des critiques qui lui sont faites, c’est que l’éducation n’est pas une technique, mais une pratique, constamment ouverte à la réflexion collective, sociale et éthique : elle relève de l’éthique de la transmission plutôt que de l’efficacité et du fonctionnement. Comme c’est écrit dans le cadrage actuel de la formation des enseignants, l’enseignant est un « praticien réflexif », qui questionne et modifie ses pratiques à partir de la situation.

      Or, l’éthique de la transmission se transmet... à condition de mettre au programme de la formation des enseignants, non seulement de la psycho-pédagogie, mais de l’histoire, de la philosophie et de la sociologie de l’éducation. En imposant un modèle unique d’explication de l’apprentissage, le référentiel fait l’impasse sur toute forme de recul socio-historique, comme de questionnement philosophique au sujet des finalités et des valeurs de l’école, allant même jusqu’à supprimer les mots de liberté, égalité et fraternité, ainsi que le terme de laïcité. En revanche, l’efficacité est partout. Mais quelle efficacité ? Qu’est-ce que faire « réussir les élèves » ? Quel humain veut former l’école ? Pour quelle société ? Des questions comme celles-ci se poseront toujours, quel que soit l’éclairage qu’un modèle scientifique ou un autre apporteront sur la manière dont l’enfant apprend. Car la mission de l’école n’est pas de former des robots efficaces et performants, capables de répondre aux impératifs compétitifs du marché, mais des citoyens pensant le monde, sa finitude, ses défis, et se sentant responsables de son avenir.

      Ce texte n’est pas un simple référentiel ; c’est un projet de société. Et il faut le dire clairement : nous ne voulons pas d’une école où les professeurs seraient réduits à des opérateurs d’une machine à apprendre. Dans le contexte du développement de l’intelligence artificielle générative, qui menace la formation de l’intelligence humaine, ce référentiel de compétences est particulièrement inapproprié. Évacuer de la formation des enseignants toute forme de pensée véritablement réflexive, ancrée dans la longue durée et la connaissance du passé, ainsi que dans l’expérience vécue, singulière, relève au pire d’un projet mortifère, au mieux d’une naïveté coupable. Espérons qu’il reste au fond d’un tiroir ! Les défis écologiques et sociaux nécessitent des approches humbles, ouvertes, fines, sensibles, créatives. Nous voulons une école vivante, exigeante, démocratique. Et nous avons besoin de professeurs libres, formés, critiques, capables d’agir en conscience dans un monde qu’ils contribuent à transformer.

    • Le #réforme_permanente est particulièrement bien vu.
      C’est en effet le cas, au point que le Ministère n’arrive plus à consolider les textes qui cadrent le métier et à maintenir en ligne un « prescrit » cohérent. C’est le cas des programmes par exemple où il n’y a pas de documents mis à jour. Par exemple un·e débutant·e qui serait nommé·e en CE2 devrait télécharger le programme d’enseignement 2020, puis enlever les parties Maths/Français pour aller chercher le pdf du programme Maths/Fr publié il y a un mois et applicable à la rentrée 2025. Puis enlever la partie EMC pour récupérer le pdf du programme d’EMC publié en 2024 et applicable progressivement de la rentrée 2024 à la rentrée 2026 (pour les CE2). Puis lui adjoindre les éléments du pdf concernant l’EVARS publié il y a quelques mois applicable à la rentrée 2025.
      Le programme "toutes disciplines" de 2020 est structuré sur des attendus de fin cycle donc pluriannuels (il y a 4 cycles de la maternelle au collège).
      Les nouveaux programmes sont structurés sur des attendus de fin d’année scolaire.
      Le nouveau socle est structuré sur 2 niveaux : fin d’élémentaire puis fin de collège.
      Il faut un niveau expert pour s’y retrouver et tenter de construire son enseignement...

    • D’accord aussi avec l’extrait cité et « c’est un projet de société ». Les dernières réformes et changements « techniques » récents n’ont donné lieu à aucun débat de fond. Ce ne sont pas des ré-ajustements, c’est une réorientation de fond du système scolaire tel qu’il s’est structuré depuis 1989.
      Il est perfectible c’est certain, sans doute même à repenser structurellement mais pas sans débats, sans un minimum de consensus. Et certainement pas sur la base de l’idéologie à l’œuvre depuis 2017, portée par Blanquer, et pilotée depuis l’Élysée au-delà de la foule des ministres « de paille » qui ont succédé à Blanquer.
      Ce qui m’inquiète le plus c’est l’absence de débats et l’invisibilité totale qui accompagnent ces changements significatifs.

  • Robert Kurz : « La fin de la théorie — vers une société sans réflexion »
    http://www.palim-psao.fr/2022/02/robert-kurz-la-fin-de-la-theorie-vers-une-societe-sans-reflexion.html

    Il ne va pas du tout de soi qu’une société réfléchisse « sur » elle-même. Cela n’est possible que si une société peut se comparer de manière critique à d’autres sociétés dans l’histoire et dans le présent ; mais surtout dans des conditions où une société devient en quelque sorte problématique de l’intérieur, résout une contradiction avec elle-même, se dépasse dans sa propre structure et son propre développement.

    […]

    C’est précisément au moment où le totalitarisme réel de l’argent domine la réalité comme jamais auparavant que la théorie critique de la société est elle-même dénoncée comme totalitaire dans ses prétentions. Elle a fait son devoir, mais elle doit maintenant laisser l’ensemble de la société tranquille, précisément dans sa crise.

    […]

    La capacité tant vantée de l’individu moderne à réfléchir sur lui-même, à se mettre « à côté de soi » et à observer en quelque sorte virtuellement ses propres actions de l’extérieur, se dissout à vue d’œil. Cette capacité disparaît parce qu’elle était liée à l’évolution positive de la société moderne. C’est justement lorsqu’elle s’achève sur elle-même que cette société devient identique à elle-même de manière fantomatique. Les générations postmodernes ne comprennent déjà plus les termes de la réflexion, qui leur sont devenus en quelques années aussi étrangers que le culte des morts de l’Égypte ancienne. Elles sont ce qu’elles sont et rien de plus.

    […]

    La crise de la réalité est refoulée par la pensée postmoderne, qui tente de substituer à la critique de la société un recyclage simulé de la conscience prémoderne : la philosophie désarmée voudrait revenir en toute innocence aux paradigmes antiques de l’« éthique » et de l’« art de vivre ». Mais elle oublie que les conditions sociales de cette pensée n’existent plus du tout.

    #philosophie #réflexivité #théorie_critique #éthique #postmodernisme

  • La Terre s’assombrit à cause du changement climatique : qu’est-ce que cela implique ?
    https://www.numerama.com/sciences/744470-la-terre-sassombrit-a-cause-du-changement-climatique-quest-ce-que-c

    ’albédo de la Terre a baissé, ce qui signifie que la planète réfléchit moins de lumière et conserve donc davantage de chaleur. Cette baisse est liée au changement climatique et s’inscrit dans une boucle de rétroaction positive à l’effet pernicieux.

    L’albédo est un paramètre climatique déterminant : cela correspond au pouvoir réfléchissant d’une surface. Plus une surface possède un albédo élevé, plus elle brille et reflète la lumière du soleil. Cela signifie qu’un albédo élevé augmente la brillance de la surface, mais évite aussi son réchauffement, en faisant « rebondir » la lumière. C’est pour cette raison que la perte de banquise est inquiétante. Elle constitue une boucle de rétroaction positive dont l’impact est pour le moins alarmant : moins il y a de surface blanche réfléchissante due aux glaces, plus le réchauffement s’accroît et risque de faire fondre les glaces, et ainsi de suite.

    #albédo #reflexivité #réchauffement_climatique

  • Earth’s Albedo 1998–2017 as Measured From Earthshine
    https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1029/2021GL094888

    The reflectance of the Earth is a fundamental climate parameter that we measured from Big Bear Solar Observatory between 1998 and 2017 by observing the earthshine using modern photometric techniques to precisely determine daily, monthly, seasonal, yearly and decadal changes in terrestrial albedo from earthshine. We find the inter-annual fluctuations in albedo to be global, while the large variations in albedo within individual nights and seasonal wanderings tend to average out over each year. We measure a gradual, but climatologically significant decline in the global albedo over the two decades of data. We found no correlation between the changes in the terrestrial albedo and
    measures of solar activity. The inter-annual pattern of earthshine fluctuations are in good agreement with those measured by CERES (data began in 2001) even though the satellite observations are sensitive to retroflected light while earthshine is sensitive to wide-angle reflectivity. The CERES decline is about twice
    that of earthshine.

    #albedo #reflexivité #changement_climatique

  • Considérations sur la victoire (1/4) : les temporalités de la lutte
    https://topophile.net/savoir/considerations-sur-la-victoire-1-4-les-temporalites-de-la-lutte

    De feuilles volantes en mains amies, ce texte est parvenu à nos yeux. Lutte majeure du XXIe siècle, symbole de la bataille contre les grands projets inutiles et imposés, héraut du combat face à l’urgence écologique, la ZAD se livre ici à une introspection publique, une autocritique salutaire. Les voies de la victoire commandent de... Voir l’article

  • Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse et l’anthropocène, 2013
    https://sniadecki.wordpress.com/2017/07/19/fressoz-vacarme

    Quand il se penche sur la planète et son histoire, Jean-Baptiste Fressoz interroge non seulement les éblouissements du progrès technique et les ruses déployées pour en masquer les dangers, mais aussi les ruptures épistémologiques trop brillantes, qui veulent opposer une modernité insouciante des dégâts qu’elle causait à la Terre à une post-modernité qui en aurait pleinement conscience. Contre l’occultation de la réflexivité environnementale des sociétés passées et la promotion de lumières écologiques contemporaines, plus aveuglantes que réellement « vertes », il propose une re-politisation de l’histoire à l’aune de l’écologie.

    Vacarme : Comment vous êtes-vous intéressé à l’histoire environnementale ?

    Jean-Baptiste Fressoz : Je voulais remettre en cause le discours assez complaisant et très énervant qui voudrait que les questions environnementales soient l’objet d’une prise de conscience récente, parallèle à leur médiatisation croissante. Dans le jargon philosophico-sociologique actuel cela s’appelle la réflexivité. On serait entré depuis peu seulement dans une nouvelle phase de la modernité dite réflexive.

    #écologie #Histoire #Jean-Baptiste_Fressoz #Vacarme #interview #réflexivité

  • D’un #acte qui ne soit pas #Politique ?
    http://efleury.fr/suicidequotidien/2016/12/26/dun-acte-qui-ne-soit-pas-politique

    L’acte #politique d’après Arendt, peut aussi bien conduire à une répétition mortelle qu’à une création. Pour le suicide, nous tombons sur une double division pour l’acte. La fausse distinction entre un suicide qui échoue et un suicide qui réussit, renvoie à la différence entre un acte répète l’existant, qui reproduit sans modifier les choses, qui …

    #Le_blog #philosophie #Autre #Hannah_Arendt #réflexivité #Zizek

  • Le style académique dans les études littéraires – Contagions
    http://contagions.hypotheses.org/927

    Il y a quelques jours, je lisais le billet d’Antoine Tilloy sur la « vulgarisation en physique en France ». À partir de l’affaire Klein, Tilloy y revient sur les maux dont la vulgarisation française serait affligée. Je recommande la lecture de ce texte fort intéressant, avec lequel j’ai toutefois un certain nombre de points de désaccord. Quoi qu’il en soit, j’ai été intéressé en particulier par les remarques de Tilloy sur le style « littéraire », pour reprendre son terme, de certains vulgarisateurs, un style qui nuirait à la clarté et même à l’honnêteté de la démarche. La réflexion est intéressante et elle me parait mettre en évidence un problème qui, d’une part, ne touche pas que la vulgarisation et, d’autre part, ne touche pas que les sciences scientifiquement scientifiques. La question du style du chercheur en études littéraires est, en France en tout cas, un problème informulé mais majeur, sur lequel je propose de revenir ici en quelques lignes.

    #stylistique #étude_littéraire #réflexivité

  • ::::: : Présentation de la page Le New Organum ::::: :

    Le #discours_scientifique est partout présent, omniscient, omniscientifique. Si la #science nous dit la #vérité du monde, ou du moins nous est présentée comme telle, intéressons nous à la manière dont elle entend dire cette vérité, pour tenter de comprendre comment l’autorité vient au discours. On peut concevoir l’activité de #critique de très nombreuses manières. Si la critique est communément associée à la #déconstruction des rapports de domination, nous l’entendons plutôt comme une activité de #construction, de création, au principe même de l’activité scientifique. La critique est moins la négation de l’objet sur lequel elle porte, que la négation des effets d’autorité de ces objets. Il s’agit alors, dans cette perspective, de s’intéresser aux discours, mais aussi à leur mise en forme. Mettre en forme, c’est aussi mettre les formes. Si l’on se demande dans un premier temps comment le discours scientifique légitime l’action politique, il s’agit ensuite de comprendre comment la mise en forme du discours scientifique lui confère une autorité. Cette page est un espace de confrontation et d’interprétations de discours scientifiques. Elle procède par agencements, rapprochements, confrontations, mise en rapport de productions théoriques provenant de sources diverses. Nous emprunterons différentes voies, de manière à donner à voir différents points de vue sur ce paysage accidenté qu’est la production scientifique. Il s’agira de rendre ce terrain praticable, en installant des points de fixation intermédiaires, des prises communes, et ouvrant par ailleurs des voies nouvelles, transversales, et parfois sinueuses.
    Sarah Calba, Vivien Philizot et Robin Birgé

    ::::: : Les auteurs ::::: :
    Sarah Calba, chercheur-arpenteur, a récemment soutenu une thèse en #épistémologie intitulée Pourquoi sauver Willy ? Pourquoi et non comment car, dans cet écrit, il s’agit de définir la science en fonction de ses finalités : la science prétend-elle expliquer le réel, unique, en découvrant des lois naturelles ou souhaite-t-elle comprendre les réalités humaines en construisant des #représentations partagées ? Et puisque différentes finalités engagent différentes manières de faire, c’est en arpentant les voies et les voix de la #recherche_scientifique, et en particulier celles de l’écologie des communautés – discipline dédiée à l’explication de la répartition des espèces biologiques sur la planète bleue –, que Sarah argumente sa thèse. Elle distingue alors deux types de voies : celles abondamment pratiquées, simples, efficaces, aux prises évidentes, de la recherche ici nommée analytique, et celles, soucieuses de leur style, plus sinueuses car procédant par détours voire retours sur leur propre parcours, de la recherche dite synthétique... et c’est, bien sûr, la défense de cette dernière qui est la fin de cette thèse.

    Vivien Philizot est graphiste, doctorant et maître de conférences associé en #design. Il enseigne à l’Université de Strasbourg et à la Head à Genève. Il prépare une thèse qui porte sur le rôle du #design_graphique dans la #construction_sociale du champ visuel et dans la construction visuelle du champ social. Il s’agit notamment d’articuler une épistémologie des sciences avec une histoire critique du design graphique à l’époque moderne, envisagé comme manière de donner à voir et à connaître. Sont ainsi cartographiées, à vue, différentes voies par lesquelles le design graphique s’est construit, souvent envisagées par les grimpeurs modernistes comme des accès privilégiés à la vérité de l’image et du texte. Une approche #pragmatique consiste alors à considérer la pertinence de ces voies de manière locale plutôt qu’universelle, en les rapportant aux conditions historiques et climatiques dans lesquelles elles ont été posées. Le cheminement de la voie, la succession des prises, et l’inclinaison de la paroi ne sont-ils pas plus importants que la hauteur qu’ils nous permettent d’atteindre ? Peut-être faut-il garder à l’esprit que les points de vue que les théories de l’image se sont attachées à naturaliser, restent relatifs aux voies qu’elles nous conduisent à emprunter, et aux postures du corps et de l’œil qu’elles ont ainsi contribué à construire.

    Robin Birgé est doctorant en #anthropo-épistémologie. Il s’intéresse aux voies que prend la construction du savoir scientifique, et particulièrement au statut de la #connaissance quand les chemins bifurquent. Lorsque le premier de cordé arrive à un embranchement et choisi une voie plutôt qu’une autre, une théorie plutôt qu’une autre pendant une #controverse par exemple, nous pouvons (1a) considérer que finalement, ce qui compte, c’est la hauteur finale atteinte, soit l’accumulation de connaissances. Malgré le fait que les voies divergent et “fonctionnent bien d’un point de vue pratique”, il s’agit cependant du même rocher - du même réel ; on s’élève différemment mais pour parler d’une même chose en soi. Finalement, les voies finiraient par se rejoindre, et si les voies ne se rejoignent pas, le réel impitoyable du rocher finira par avoir raison de la vie de nos grimpeurs (les mauvaises théories seront alors éliminées). Une autre façon d’aborder la #philosophie de l’escalade, celle engagée ici, est que (1b) si des voies sont sans issue ou tournent en rond, il est envisageable qu’après tout relais elles prennent des versants différents et ne se rencontrent jamais : autrement dit, des visions du monde divergentes peuvent ne jamais se rencontrer.
    Plus précisément, cette thèse porte sur le statut d’un savoir particulier : celui de la figure de l’#expert en démocratie. Il s’agit notamment de dessiner les différentes façons d’articuler le réel-rocher, à sa connaissance si ce dernier existe, à sa médiation et au à la mobilisation du savoir lors de la prise de décision politique.

  • Comprendre le passé, une quête de la vérité ?
    http://reflexivites.hypotheses.org/6955

    Comment suis-je plongé dans ce bain de l’Histoire ? Je pense que cela devrait être commun à tous les historiens et à ceux qui s’y intéressent de près ou de loin à ce domaine. La recherche historique représente l’un des domaines de la science où il est difficile de présenter des faits qui sont facilement déformés par les différentes perceptions de la vérité de chacun des protagonistes.

    [...]

    Il y a également une chose dont l’on doit également comprendre : la passion de la généalogie. Cette passion qui semble ne pas avoir de fin représente également un besoin de s’ancrer dans le passé, de comprendre d’où l’on vient selon des éléments attestés, des faits, et non pas sur les mythes familiaux. C’est ce besoin de se relier au dire-vrai, à la réalité à une période où le monde devient de plus en plus global qui permet aux passionnés de pouvoir se positionner, se situer dans la longue chaine des vies.

    Ainsi, il y a la fierté de pouvoir dire que l’on vient d’un individu à telle ou telle date, et donc de pouvoir dire la vérité sur l’existence d’un oncle d’Amérique, ou de comprendre si les dires transmis de génération en génération sont-ils véridiques ou pas.

    Ce besoin de chercher la vérité dans le passé est-il un besoin de s’ancrer dans un contexte immuable ? A cette question, je ne saurais le dire…

    #épistémologie #SHS #réflexivité

  • Le nécessaire mensonge, ou dire le vrai sur le mirage de la réalité
    http://reflexivites.hypotheses.org/7037

    J’ai choisi de dire vrai – ou du moins, essayer – au moyen de la fiction, de ce qui est faux. Souvent, le faux est nécessaire pour dire le vrai ; et on retrouve parfois plus de vérité dans la fiction que dans n’importe quel discours vrai. C’est cette tension, ce paradoxe, que j’aimerais explorer, pendant mon mois de location.

    Mais peut-être faut-il tout d’abord se pencher sur ce qu’est le faux, ses implications, ses enjeux. Comme j’aime bien faire l’inverse de ce que les autres font, je vais dire faux, quand toutes et tous les autres occupant-e-s de cette maison ont tâché de dire vrai. Cette idée m’amuse.

    #épistémologie #SHS #réflexivité

  • Le pouvoir de la vérité
    http://reflexivites.hypotheses.org/6963

    Le thème de cette année réflexive semblait particulièrement adapté aux recherches que je mène sur la direction de conscience. Le coeur même de cette pratique est l’aveu, c’est à dire « dire vrai » sur soi, dire tout, tout le temps, à son directeur de conscience. Une partie de mon travail consiste à poser les questions suivantes : pourquoi un catholique doit-il dire vrai à son directeur de conscience ? Comment fait-il ? (Il y aurait des techniques du « dire-vrai ») ? A qui dit-il sa vérité et qu’est-ce que cela produit ?

    [...]

    Je partirai de ma définition du « dire vrai » en sciences sociales, définition très contestable et incomplète, mais peu importe, il faut bien prendre un point de départ, alors essayons.
    En sciences sociales, dire-vrai, ce serait dire quelque chose qui a une prise sur la manière dont nous nous représentons le réel ; qui interroge la façon dont nous construisons cette représentation ; qui cherche à expliquer pourquoi nous choisissons cette représentation plutôt qu’une autre. Ce serait déchiffrer une, des vérités sur notre rapport au réel. Ces tentatives de « dire vrai » (qui ne recoupent pas le fait de dire « la » vérité… comme on pourrait le dire avec Pablo Neruda, « La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité » ) ont un effet sur nos vies. Les chercheurs en sciences sociales peuvent donner une épaisseur, une consistance, une cohérence à la réalité des vies. En cela, dire une « vérité » c’est un jeu de dévoilement, et ce dévoilement peut avoir une puissance considérable.

    #épistémologie #SHS #réflexivité