Ceuta : sur les réseaux sociaux, les fausses informations et appels à traverser la frontière le 15 août inquiètent les autorités - InfoMigrants
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Ceuta : sur les réseaux sociaux, les fausses informations et appels à traverser la frontière le 15 août inquiètent les autorités
Par La rédaction Publié le : 11/08/2026
Plus d’une semaine après l’entrée de plus de 80 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta fin juillet, des messages en ligne relaient des appels à retraverser la frontière le 15 juillet. La Garde civile espagnole estime qu’"une campagne en ligne active susceptible de mobiliser la population" existe bel et bien mais reste impossible à quantifier.
Tout sourire et vêtue d’une combinaison de plongée, une jeune femme s’affiche sur les réseaux. En seule légende : « +212 ➡️ +34 », en référence aux indicatifs téléphoniques du Maroc et de l’Espagne. Un message simple qui témoigne de la réussite de sa traversée du Maroc vers l’Espagne. Comme l’avait déjà constaté InfoMigrants, nombreux sont les migrants qui documentent leur émigration réussie sur les réseaux.Mais ces derniers jours, à peine plus d’une semaine après l’arrivée massive de plus de 80 000 migrants dans l’enclave de Ceuta, des messages circulent massivement sur Tiktok, Instagram et Facebook et évoquent tous une même date : le 15 août 2026.
Parfois vus plusieurs centaines de milliers de fois, ces messages affirment que « le 15 août, le poste frontière de Ceuta / El Tarajal sera ouvert normalement si Dieu le veut. Le 15 août est férié en Espagne mais le poste reste ouvert 24h/24. Il est peu probable qu’il y ait beaucoup de circulation ». Dans d’autres posts, un visuel citant un faux communiqué du gouvernement espagnol avançant qu’"il a été décidé d’ouvrir les points de passage frontaliers le 15 août (…) de 10h à 23h" circule.Et dans les commentaires, des vagues de messages de Marocains. « L’armée ne nous a pas permis de rentrer la première fois. Espérons qu’on le refera le 15/08 », écrit l’un d’eux, partageant son numéro commençant par +212. En dessous, les messages se multiplient. « Nous sommes deux et prêts, voici mon numéro », commente un autre.
D’autres partagent des liens de groupes WhatsApp. « Que Dieu soit avec nous », avance une jeune femme dans l’un des groupes rejoints par InfoMigrants. « Je vais travailler deux ans en Espagne », prédit une autre. D’autres partagent des vidéos issus des réseaux sociaux montrant les « meilleurs itinéraires » à la nage pour rejoindre Ceuta en évitant les contrôles policiers.
Ces messages, repérés il y a plusieurs jours, commencent à inquiéter les autorités qui craignent de voir affluer une nouvelle vague de personnes à la frontière entre le Maroc et la petite enclave espagnole. Selon une enquête de la Garde civile espagnole, il existe bien « une campagne en ligne active susceptible de mobiliser la population » mais il n’existe aucun élément permettant d’estimer le nombre de participants potentiels ni de supposer que les événements survenus fin juillet se reproduiront le 15 août.
Le rapport fait également état d’une quantité importante de désinformation, notamment concernant l’ouverture de la frontière, l’aide financière perçue par les migrants après leur arrivée ou encore la récente décision de la Cour suprême. Cette dernière avait déjà été largement instrumentalisée fin juillet même si, là aussi, l’impact réel de ces publications est difficile à quantifier.
De manière générale, le sujet de l’émigration vers l’Europe a toujours suscité un fort intérêt au Maroc. Quelques jours avant l’afflux massif à Ceuta, Les images de Farah, une marocaine arrivée à Ceuta, ont fait le tour des réseaux. Les vidéos de la jeune fille faisant un signe de victoire devant les caméras du média local El Faro de Ceuta ont été visionnées plusieurs millions de fois et ont même été diffusées dans des journaux télévisés nationaux.
« Tous ces contenus sur les réseaux sociaux rencontrent un effet de masse car ils entretiennent le récit d’une Europe perçue comme un Eldorado », racontait à InfoMigrants Saïd Tbel de l’AMDH. Et d’ajouter : « Imaginez l’impact que cela peut avoir sur une jeunesse sans perspectives lorsqu’elle voit un homme revenir d’Europe avec une voiture ou de l’argent ou quand elle voit sur les réseaux sociaux un habitant du quartier parti en Europe réussir ».En réponse, la frontière se renforce. Selon RFI, le dispositif sécuritaire a été augmenté à Fnideq et aux abords du poste-frontière avec Ceuta. Des vidéos montrent l’arrivée massive de véhicules des forces de l’ordre. Une information confirmée par l’Association marocaine des droits humains à Tétouan, à nos confrères du site d’information marocain Yabiladi.Même chose du côté espagnol de la frontière. La directrice générale de la Garde civile, Mercedes González, a ordonné qu’aucun nouveau congé ne soit accordé aux officiers de l’institution armée en poste à Ceuta et Melilla en raison de « la situation opérationnelle résultant de l’augmentation de la pression migratoire irrégulière » dans les deux villes autonomes, selon un document interne obtenu par El Pais. « La circulaire intervient à la suite de ces informations faisant état d’une nouvelle tentative présumée de franchissement massif de la frontière par des migrants en situation irrégulière, encouragée sur les réseaux sociaux pour samedi prochain », note le journal.
Les autorités espagnoles sont particulièrement sur le qui-vive car même si la quasi-totalité des Marocains entrés à Ceuta fin juillet ont été renvoyés dans leur pays, la situation est loin d’être revenue à la normale. Selon le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, entre 8 000 et 11 000 migrants sans papiers se trouveraient encore dans la ville autonome.Sur la plage de Trampolin, à Ceuta, plusieurs centaines d’exilés luttent pour leur survie depuis maintenant plus d’une semaine. Pour s’abriter, ils ont commencé à construire de petites cabanes avec les objets trouvés sur place, parfois avec des pans de tissus. Sur des morceaux de bois, des vêtements ont été suspendus. Mais en attendant qu’une décision soit prise sur leur sort, les exilés patientent sur le sable. Le CETI est saturé et ne peut pas accueillir les nouveaux arrivants.
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