#rancière

  • C’était 1993... et #Jacques_Rancière écrivait ce texte...
    L’immigré et la loi du consensus

    Il faut bien constater que le dispositif des #lois_Pasqua-Méhaignerie sur le #code_de_la_nationalité, la #maîtrise_de_l'immigration et l’extension des #contrôles_d'identité a rencontré dans l’opinion qui fut de gauche un assez large assentiment. Celui-ci repose essentiellement sur deux arguments. Premièrement, il y a un #problème objectif de l’immigration qu’il faut avoir le courage de regarder en face. Et déjà les socialistes avaient compris avec #Michel_Rocard l’impossibilité d’accueillir « toute la misère du monde ».

    Deuxièmement, puisque des décisions « courageuses » s’imposent, autant vaut que la droite les prenne et aussi que l’ablation, chirurgicalement nécessaire, s’opère par les moyens du #droit et de la #loi. Charles #Pasqua l’a d’ailleurs dit : il ne s’agit que de donner cohérence et force de loi à des mesures disparates imposées par l’urgence de solutions ponctuelles à des problèmes particuliers. En un sens, donc, il n’y aurait rien de nouveau, sinon cet avantage, bien fait pour plaire aux amoureux de l’« État de droit », que l’universel de la loi se substitue au hasard des mesures réglementaires.

    L’argument de l’#objectivité courageusement abordée séduit aisément ceux qui n’en finissent pas de se repentir, généralement sur le dos des autres, de leurs errements d’antan mais oublient seulement que le premier principe de ces errements était précisément l’adhésion aveugle à l’« objectivité » de la « #nécessité_historique ». L’espérance déçue ne fait pas une réalité ni le reniement une pensée. S’il y a une leçon à tirer des déceptions de l’histoire contemporaine, c’est bien plutôt celle-ci : il n’y a pas en politique de #nécessité objective ni de problèmes objectifs. On a les #problèmes_politiques qu’on choisit d’avoir, généralement parce qu’on a déjà les réponses. C’est un #choix_politique que de déclarer que l’entrée de travailleurs clandestins, les problèmes des collèges de banlieue, les phénomènes de délinquance impliquant des jeunes nés en France de parents nés français, les mariages blancs ou supposés tels et les déficits des comptes sociaux relèvent d’un même #problème_immigré.

    A qui conteste cette identification, on vient dire qu’il ferait mieux de quitter les beaux quartiers où il étale ses bons sentiments pour aller voir ce qui se passe dans les #banlieues. Allez donc voir à la chaîne la situation faite aux #travailleurs_immigrés, disait-on naguère. Allez donc voir dans les banlieues la situation que les immigrés font à la population travailleuse, dit-on aujourd’hui. L’argument culpabilisant est toujours sûr de son effet. Mais il faut justement s’interroger sur ce passage de la chaîne à la #banlieue et sur la logique de ces « #problèmes_de_société » dont nos politiques se font les diagnosticiens réalistes et les chirurgiens courageux. Socialistes ou libéraux, nos gouvernements ont adopté le même credo : la politique, à notre époque, est le seul règne de la #nécessité, laquelle s’identifie aux exigences capricieuses et incontournables du #marché mondial. Ils fondent leur #légitimité même sur la #démonstration qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que ce qu’ils font : enregistrer, mois après mois, les caprices de cette divinité et gérer aux moindres frais leurs conséquences pour les populations dont ils ont la charge. Ils ont pris pour politique de renoncer à toute #politique autre que de gestion des « conséquences ». Ils ont organisé la déstructuration du monde du #travail pas seulement pour obéir à la nécessité mais aussi parce que ce monde portait en lui la visibilité même de la politique, celle d’une #société_divisée et vivant du #conflit. Dans toute fermeture d’usine, on a fini par saluer avec satisfaction la fin d’un « #mythe » et la preuve que, puisqu’on détruisait les mythes, on faisait de la bonne politique réaliste.

    Le problème est que, en détruisant ces « mythes », on ne met pas seulement en crise les systèmes de #régulation_sociale liés au monde du travail comme la #sécurité_sociale et l’#éducation. On supprime les capacités d’une société fondée sur le conflit à accueillir les altérités. Nous n’avons pas numériquement beaucoup plus d’immigrés qu’il y a vingt ans. Mais ces #étrangers, il y a vingt ans, avaient un autre nom et une autre identité : ils s’appelaient #ouvriers. Aujourd’hui, ils ne sont plus que des immigrés, des gens de peau et de moeurs différentes. La scène est alors créée pour que, sur la ruine des #identités et des altérités politiques, apparaissent d’une part les « problèmes de société » créés un peu partout, dans les rues et les cités, les collèges, les organismes de sécurité sociale etc., par les groupes les plus fortement précarisés et les classes d’âge les plus sensibles à cette précarisation, d’autre part la figure immédiatement identifiable du facteur de problèmes : cet autre qui n’est plus rien qu’un autre. Nos politiques se font alors dire par l’opinion publique que les problèmes sont devenus critiques et qu’il faut « courageusement » les résoudre.

    Car les problèmes de société se laissent toujours ramener à un seul et unique problème : l’existence dans une société de gens « problèmes », de gens qui ne devraient pas y être et ne doivent plus y être. La réponse est toujours là avant la question. Il ne s’agit que de constituer la figure de cet autre et de prendre les mesures nécessaires à son encontre.

    C’est ici que la loi intervient. Et c’est en cela que consiste le « progrès » qui fait passer des mesures de circonstance à la généralité de la loi. Là où elle est censée régler un problème, la loi en fait le constitue. Elle dessine la figure unitaire de l’autre en unifiant les objets d’articles de loi ou de règlement séparés. Elle nous dit que c’est le même (mauvais) sujet qui s’introduit clandestinement pour chercher du travail et qui s’introduit légalement comme conjoint d’un mariage blanc. Elle fait un même étranger indésirable du jeune Français d’origine maghrébine, du travailleur sri-lankais sans papiers, de la femme algérienne qui vient accoucher à Marseille et du père de famille malien qui demande le regroupement familial. Elle unifie tous les cas en faisant circuler entre eux quelques notions, en faisant par exemple de « clandestin » le moyen terme entre « étranger » et « délinquant ».

    La loi, dit-on, permettra de séparer les « bons » étrangers des indésirables, donc de combattre le racisme qui repose sur les amalgames. C’est tout le contraire. Et le juge Marsaud a vendu la mèche. Il s’agit d’identifier « étranger » et « suspect » en ramenant toute altérité à la figure d’une clandestinité coupable. La loi objective le contenu de ce sentiment diffus, dit d’insécurité, lequel convertit lui-même en seul objet de peur une multitude de cas et de groupes qui causent à divers titres trouble ou désagrément à telle ou telle partie de la population. A partir de là, elle construit la figure une de l’objet à rejeter pour que la société soit sans problème : cet autre qui prolifère cancéreusement sur son corps. En liant les « mariages blancs » et le regroupement familial sous la représentation insistante de la polygamie musulmane, elle impose l’image de l’objet de peur et de rejet : la multitude proliférant sans loi. Et, face à cet autre, elle institue l’identité du peuple souverain avec la multitude de ceux qui ressentent la même peur.

    C¹est cela que veut dire consensus : non pas la niaise idylle des partenaires responsables discutant en commun des données et des solutions des problèmes objectifs, mais l’identifications immédiate du sujet qui a peur. Ce n’est pas sur l’opinion « raisonnable » que le consensus politique a coutume de s’instaurer mais sur la passion déraisonnable. Ce n’est pas d’abord entre soi que l’on consent mais contre l’autre. Consentir, c’est d’abord sentir ensemble ce qu’on ne peut pas sentir.

    Tel est le double cercle du consensus. C’est d’abord la complémentarité d’une politique niée, abdiquée devant la seule nécessité et les « problèmes de société » qui en sont le revers. Qui imagine sérieusement qu’un monde du travail déréglementé et déstructuré à outrance par ce consentement ne produise pas des phénomènes comme le travail clandestin, le déséquilibre des systèmes de protection sociale et la délinquance diffuse ? La conséquence en est, bien sûr, que cet État qui affiche sa modestie dans la gestion à la petite semaine des conséquences locales de la nécessité mondiale reprend allègrement du service dans la répression.

    Mais le consensus, c’est aussi la complémentarité de la position « raisonnable » des problèmes « objectifs » et de leur solution passionnelle. La transformation des choix et les conflits politiques en problèmes de société, c’est aussi la transformation de l’objet de problème en objet de haine. Un certain nombre de gens de gauche, désireux de marquer une réticence mais soucieux de manifester leur réalisme, se sont tirés d’embarras en prédisant que la loi ne serait pas « efficace ». Assurément, une loi contre ceux qui entrent illégalement sur le territoire est condamnée à l¹efficacité réduite de toute loi visant à atteindre ceux qui enfreignent la loi. Mais elle a toutes chances d’être efficace sur un autre terrain : pour entretenir le sentiment commun à l’égard des indésirables et la résolution des bons citoyens désireux de voler au-devant de la loi et d’aider concrètement à la réalisation de son objectif : l’« immigration zéro ».

    Le racisme n’est pas la conséquence malheureuse de problèmes de société que l’objectivité d’une politique consensuelle devrait régler. « Problèmes de société », réalisme consensuel et déchaînements racistes sont les éléments d’une seule et même configuration. Une décennie a emprisonné l’opinion de gauche dans cette logique. Le ressentiment des intellectuels à l’égard de leurs amours d’antan a fait le reste. Il est de bon ton de considérer que l’opposition au système insensé qui se met en place est réservé aux nostalgiques des vieilles lunes tiers-mondistes et à des jeunes sympathiques et un peu débiles qui confondraient la politique avec les réunions festives entre potes. Il faut en finir avec ce « réalisme » de quatre sous. Les réalistes sont toujours en retard d’un réel. S’opposer absolument au dispositif des trois lois scélérates, ce n’est pas manifester des bons sentiments démodés et ignorants des dures réalités de la politique. C’est au contraire restaurer, face aux illusions du réalisme gestionnaire et à ses conséquences criminelles, la dimension d’une action politique capable de supporter les divisions de la société et de prendre en charge les altérités. Le réalisme consensuel n’est pas la médecine douce qui guérira la société de ses monstres. C’est la nouvelle folie qui les entretient. C’est au contraire le dissentiment qui rend une société vivable. Et la politique, si on ne la réduit pas à la gestion et à la police d’État, est précisément l’organisation de ce dissentiment.

    http://www.bok.net/pajol/debat/presse/libe/ranciere0.html
    #migrations #histoire #gauche #droite #France #la_migration_comme_problème #migration_comme_problème #altérité #Rancière #altérisation

    On l’a évoqué hier soir autour de la table avec Sarah Mekdjian, @isskein et @karine4
    Je le mets ici pour archivage...


  • Jacques Rancière : racisme d’État et racisme intellectuel « de gauche » | Collectif contre la xénophobie
    https://contrelaxenophobie.wordpress.com/2010/09/20/jacques-ranciere-racisme-detat-et-racisme-intellectuel


    "Le racisme d’aujourd’hui est donc d’abord une logique étatique et non une passion populaire. Et cette logique d’Etat est soutenue au premier chef non par on ne sait quels groupes sociaux arriérés mais par une bonne partie de l’élite intellectuelle. Les dernières campagnes racistes ne sont pas du tout le fait de l’extrême-droite dite « populiste ». Elles ont été conduites par une intelligentsia qui se revendique comme intelligentsia de gauche, républicaine et laïque. La discrimination n’est plus fondée sur des arguments sur les races supérieures et inférieures. Elle s’argumente au nom de la lutte contre le « communautarisme », de l’universalité de la loi et de l’égalité de tous les citoyens au regard de la loi et de l’égalité des sexes. Là encore, on ne s’embarrasse pas trop de contradictions ; ces arguments sont le fait de gens qui font par ailleurs assez peu de cas de l’égalité et du féminisme."

    #racisme #Rancière


  • Le réel de Marx
    par Bernard Aspe et Patrizia Atzei
    Intervention au colloque Communisme à Rennes en mai 2017

    http://ladivisionpolitique.toile-libre.org/le-seminaire/le-reel-de-marx-ciolloque-communisme

    Le communisme est le refus de la mise au travail généralisée, de la mise au travail pour le capital. Un refus dont la mise en œuvre suppose une opération de désidentification.

    #communisme #Marx #opéraïsme #post_opéraïsme #refus_du_travail #salariat #Tronti #capital #réel #Lacan #Rancière

    • Le réel de Marx
      http://ladivisionpolitique.toile-libre.org/le-seminaire/le-reel-de-marx-ciolloque-communisme

      Nous savons que, comme d’autres mots, le mot « communisme » n’a jamais été et ne sera jamais univoque, qu’il s’agit toujours de lui donner une signification qu’il n’a pas tout seul, c’est-à-dire de mettre sur le mot « communisme » ce qu’on décide d’y entendre.

      Pour parler du communisme, il nous semble nécessaire de revenir une fois encore à Marx. Mais il ne saurait s’agir, pour nous, de proposer un énième commentaire de son œuvre : Marx n’est pas l’auteur auquel il faut en revenir parce que dans ses textes se trouverait une vérité ultime. Nous considérons qu’il est l’un de ces auteurs qui nous obligent à aborder son héritage de façon partiale, avec des parti-pris. Il nous oblige, surtout, à nous saisir de cet héritage depuis le présent.

      Nous allons donc dégager quelques traits de l’approche de Marx qui nous semblent devoir être prolongés aujourd’hui pour une entente clarifiée et opératoire du mot « communisme », du communisme en tant que « mouvement réel ».

      Nous insisterons essentiellement sur deux aspects. Il s’agira dans un premier temps de montrer que le communisme se présente sous la forme du refus du travail. Ensuite, il s’agira d’affirmer la possibilité d’une intelligibilité de la politique qui ne dépend pas d’un horizon de totalisation, et qui suppose un mode de subjectivation particulier, relevant d’une « désidentification ». (...)

      version audio
      https://seenthis.net/messages/602983

    • Un texte qui commence par « comme le disait Althusser » n’augure rien de bon. Althusser était un charlatan stalinien qui a passé l’essentiel de sa vie à caricaturer le marxisme pour en faire une coquille vide (débarrassée de la dialectique) acceptable par l’idéologie dominante.

      Mais je tente une lecture quand même :)

    • Althusser, semble faire office ici de muleta mais il n’est cité que pour renvoyer à un phrase de L’idéologie allemande à propos du communisme « le mouvement réel qui abolit l’état de choses existant », afin d’avancer dans l’analyse du réel en question, avec et contre Hegel, avec Lacan. Outre Marx, ce sont les apports de tout autres théoriciens que le texte met en rapport, sans décerner ni blâmes ni médailles...

      Ce qui nous paraît essentiel dans les analyses de [Jason] Moore, c’est qu’elles donnent une extension nouvelle au concept de force de travail en montrant toutes les activités que l’on peut compter au titre de travail non-payé, non reconnu comme tel.

      Parmi ces activités, à considérer l’histoire de l’économie-monde, il y a bien sûr le travail des esclaves dans les colonies depuis les XVème-XVIème siècles ; ou le travail assigné aux femmes dans le développement de la société bourgeoise – travail invisible qui n’est pas seulement celui de la « reproduction de la force de travail », mais qui est lui-même force de travail non reconnue comme telle.

    • Tu n’a pas lu l’article, tu ne sais pas, comment fais-tu pour répondre ? je répète, je répète, Althusser n’est cité que pour introduire un passage de Marx qu’il a dit « fameux », et parce qu’il sagit d’un colloque ou les Français croient que le marxisme c’est Althusser.
      L’article, coécrit par une femme, puisque seul cela compte à tes yeux, n’a rien à voir avec tes a priori, avec cette manière purement réactive de (ne pas) lire. Il évoque tout autrement ces questions.

      L’adresse générique de la politique, l’adresse à un « tous » (non pas un « tous » positivé, effectif, mais un « tous » potentiel) cela implique notamment — et il est utile de le souligner dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui — que la race ne peut, en tant que telle, être un opérateur de la subjectivation politique. On pourrait affirmer que pour qu’il y ait subjectivation émancipatrice, il faut qu’il y ait déprise des identités. Cela ne signifie nullement que toute revendication basée sur la race est nécessairement vouée à l’échec, ou intrinsèquement réactionnaire : cela signifie seulement que son potentiel émancipateur ne réside jamais en une positivation de l’identité raciale en tant que telle. Pour qu’une identité (prolétaire, peuple colonisé, femme, noir, etc.) constitue le point de départ d’un processus véritablement émancipateur, il faut que soit conjurée toute appropriation exclusive de la revendication politique. Autrement dit, il faut qu’il y ait une connexion entre cette identité particulière et une adresse générique. En clair : les identités existent bel et bien, et on ne peut pas simplement décider de les ignorer ou d’en sortir, comme le voudrait une certaine utopie queer. « Désidentification », cela ne signifie pas : abolition des identités. Cela signifie : constitution d’identités paradoxales, d’identifications polémiques. Car quand on ne travaille pas à déplacer les identités, à les rendre paradoxales, ce sera l’ordre d’oppression et d’exclusion qui se chargera de les remettre à leur place (pensons au racisme de la police).


  • Jacques #Rancière : « Le peuple est une construction »
    http://www.revue-ballast.fr/jacques-ranciere-peuple-construction

    S’il y a de la #politique, ce n’est pas simplement parce qu’il y a des peuples, des souverains et des lois, mais parce qu’il y a une structuration spécifique de l’être-en-commun. La politique n’existe pas tout le temps, mais lorsqu’est préservé un excès propre à la politique — c’est-à-dire lorsque le peuple politique est toujours plus que la population comme recensement, plus que l’ensemble des groupes sociaux, plus que le peuple électoral que gère le gouvernement, plus que le peuple que sondent les instituts. Il y a politique pour autant qu’il y a manifestation de ce surplus : quand, par exemple, un peuple dans la rue qui s’oppose au peuple géré par le gouvernement, le parlement et les grandes institutions ; quand des gens se réunissent sur la Puerta del Sol, à Madrid, pour dire aux autres qu’ils ne les représentent pas ; quand un peuple, qui est en plus du peuple incorporé à l’État (comme sujet d’administration), se trouve en tension par rapport à ce dernier.

    • La question n’est pas celle des comportements individuels, mais des formes de construction symbolique collective. Il s’est créé, depuis les années 1990, une forme de racisme d’en haut, mené par des actions d’État et des campagnes idéologiques provenant de la classe intellectuelle (supposée être de gauche). Je songe en particulier au dévoiement de l’idéologie laïque. À travers cette intense agitation — des lois Pasqua à celles sur le voile et la burqa —, on a assisté à la constitution d’un conflit de civilisations. Cela n’est pas venu des profondeurs populaires mais de l’État et des intellectuels. On n’a pas vu récemment de grands mouvements populaires de chasse aux immigrés. Il y a des actions isolées, mais pas plus qu’à d’autres époques de l’Histoire récente. Ce qui est nouveau, ce n’est pas qu’il y aurait des milices d’extrême droite formées pour aller casser du Noir ou du Maghrébin, c’est la constitution officielle de l’image d’une population qui serait inintégrable. L’on ne cesse de répéter que si le pouvoir mène de telles campagnes, c’est pour enrayer le racisme fondamental, pour éviter que le peuple des profondeurs et des pulsions redoutables ne fasse irruption. Mais ce peuple des profondeurs est un argument manipulé par ceux qui construisent ce nouveau racisme !

    • On peut assurément [...] trouver toutes sortes de raisons économiques et sociologiques [à l’intrusion brutale des nouvelles formes du racisme et de la xénophobie] : le chômage qui fait accuser l’étranger de prendre la place de l’autochtone, l’urbanisation sauvage, la déréliction des banlieues et des villes-dortoirs. Mais toutes ces causes « socio-économiques » qu’on attribue à un phénomène politique désignent en fait des entités inscrites dans la question politique du partage du sensible.

      L’usine et sa disparition, le travail comme emploi et le travail comme structure de l’être-en-commun, le chômage comme manque de travail et le chômage comme « trouble d’identité », la distribution et la redistribution des travailleurs dans des espaces définis par leur distance avec le lieu du travail et ceux de la visibilité du commun, tout cela concerne le rapport de la configuration policière du sensible et des possibilités d’y constituer la visibilité d’objets litigieux et de sujets du litige. Le caractère de la combinaison de tous ces éléments appartient à un mode de visibilité qui neutralise ou accuse l’altérité de l’étranger. C’est de ce point de vue qu’on peut discuter la simple inférence du trop grand nombre des immigrés à leur indésirabilité. Manifestement, le seuil d’indésirabilité n’est pas affaire de statistique.

      Il y a vingt ans, nous n’avions pas beaucoup moins d’immigrés. Mais ils portaient un autre nom : ils s’appelaient travailleurs immigrés ou, tout simplement, ouvriers. L’immigré d’aujourd’hui, c’est d’abord un ouvrier qui a perdu son second nom, qui a perdu la forme politique de son identité et de son altérité, la forme d’une subjectivation politique du compte des incomptés. Il ne lui reste alors qu’une identité sociologique, laquelle bascule alors dans la nudité anthropologique d’une race et d’une peau différentes. Ce qu’il a perdu, c’est son identité avec un mode de subjectivation du peuple, l’ouvrier ou le prolétaire, objet d’un tort déclaré et sujet mettant en forme son litige. C’est la perte de l’un-en-plus de la subjectivation qui détermine la constitution d’un un-en-trop comme maladie de la communauté.

      On a célébré bruyamment la fin des « mythes » du conflit des classes et l’on en est même venu à identifier la disparition d’usines rayées du paysage urbain avec la liquidation des mythes et des utopies. Peut-être commence-t-on maintenant à percevoir la naïveté de cet « anti-utopisme ». Ce qu’on appelle fin des « mythes », c’est la fin des formes de visibilité de l’espace collectif, la fin de la visibilité de l’écart entre le politique et le sociologique, entre une subjectivation et une identité. La fin des « mythes » du peuple, l’invisibilité ouvrière, c’est le non-lieu des modes de subjectivation qui permettaient de s’inclure comme exclu, de se compter comme incompté.

      L’effacement de ces modes politiques d’apparence et de subjectivation du litige a pour conséquence la réapparition brutale dans le réel d’une altérité qui ne se symbolise plus. L’ancien ouvrier se scinde alors en deux : d’un côté, l’immigré ; de l’autre, ce nouveau raciste auquel les sociologues donnent significativement un autre nom de couleur, l’appelant « petit Blanc », du nom naguère attribué aux colons modestes de l’Algérie française.

      La division qui a été exclue de la visibilité comme archaïque reparaît sous la forme plus archaïque encore de l’altérité nue. La bonne volonté consensuelle propose en vain ses tables rondes pour discuter du problème des immigrés. Ici comme ailleurs, le remède et le mal font cercle. L’objectivation post-démocratique du « problème » immigré va de pair avec la fixation d’une altérité radicale, d’un objet de haine absolue, pré-politique. C’est du même mouvement que la figure de l’autre s’exaspère dans le pur rejet raciste et s’évanouit dans la problématisation de l’immigration.

      La Mésentente (1995) https://seenthis.net/messages/200050


  • #BALLAST | Jacques #Rancière : "Le #peuple est une construction"
    http://www.revue-ballast.fr/jacques-ranciere-peuple-construction

    « "Démocratie" n’est pas, à l’origine, le nom d’un régime politique mais une insulte (le gouvernement des moins que rien, le gouvernement de la canaille). »

    Et je tiens à dissocier ce principe de la confusion qu’on entretient aujourd’hui : on appelle « anarchistes » les gens qui, avec ou sans drapeau noir, cassent des distributeurs de billets à la fin des manifestations… L’anarchisme, c’est d’abord l’autonomie. Ce sont les coopératives de production et de consommation, les formes de transmission de savoir et d’information autonomes par rapport aux logiques dominantes. C’est l’indépendance à l’égard de la sphère gouvernementale.


  • L’impasse esthético-politique de Jacques #Rancière
    http://revueperiode.net/limpasse-esthetico-politique-de-jacques-ranciere

    Il est notoire que le travail théorique de Jacques Rancière tente d’échapper aux grands récits explicatifs, aux antipodes d’un certain marxisme. Cette attention pour les discours politiques et les oeuvres esthétiques dans leur détail, leur forme, se justifie par une tentative de décoller la pensée émancipatrice de toute assignation à une mission historique (éduquer le peuple, faire la révolution). Dans cette recension de Aisthesis, Nicolas Vieillescazes dénoue les fils des lectures singulières de Rancière, pour en identifier la trame générale et ses impasses. En cherchant une #esthétique du libre jeu, de l’indétermination et de la rupture avec l’ordre des fins, Rancière opère une forclusion du social, des rapports de force, de l’histoire. Cette démonstration incisive constitue une mise au point salutaire (...)

    #Uncategorized

    • En cherchant une esthétique du libre jeu, de l’indétermination et de la rupture avec l’ordre des fins, Rancière opère une forclusion du social, des rapports de force, de l’histoire. Cette démonstration incisive constitue une mise au point salutaire avec la prétention rancièrienne de jeter Brecht, Benjamin ou Althusser par-dessus bord, et la désigne pour ce qu’elle est : une critique désarmée.

      #Jacques_Rancière

    • Il a beau pourfendre ces marxistes méprisant le goût des paysans parvenus pour les bibelots et les calendriers moches, son univers de référence n’est pas celui de Britney Spears, de Roland Emmerich ou de J. K. Rowling, mais bien celui d’une culture légitime ou légitimée a posteriori par l’institution critique et académique.

      Dans Chroniques des temps consensuels il a écrit un truc sur Independence Day. Mais c’est vrai qu’il pourrait nous parler un peu plus d’Harry Potter.

    • Critique de la critique du « spectacle » – Jacques Rancière
      entretien avec Jérôme Game, 2008
      http://1libertaire.free.fr/JRanciere57.html

      Je ne suis pas historien de l’art, philosophe de l’art, etc. ; je travaille sur l’expérience esthétique en tant qu’expérience qui produit un écart par rapport aux formes de l’expérience ordinaire. Au fond, qu’est-ce qui est au cœur du régime esthétique de l’art ? C’est de constituer justement comme une espèce de sphère d’expérience qui est en rupture par rapport aux logiques de la domination – vous faisiez référence au libre jeu, ce concept emprunté à Kant et à Schiller et qui définit justement la sortie d’une situation de dépendance hiérarchique, le jeu du spectateur libre vis-à -vis de la forme qui est en face de lui. Bourdieu et les sociologues s’en sont beaucoup moqués en disant : « Regardez comme ces philosophes sont crétins et naïfs, ils ne savent pas qu’en réalité les ouvriers et les bourgeois ont chacun leurs goûts, leurs manières de voir, leurs manières de juger et ainsi de suite. » Or, précisément, ce qui est au cœur de cette rupture que représente l’expérience esthétique, c’est qu’on prend les choses à l’envers : au lieu de dire : « Vous savez bien qu’en réalité tous les gens ont les sens qui leur conviennent et ainsi de suite », ce qu’on propose, c’est une expérience qui est justement une expérience de dérèglement des sens, pas au sens de Rimbaud (encore qu’il s’inscrive là -dedans) mais au sens d’une forme d’expérience qui est en rupture par rapport aux formes normales de l’expérience qui sont les formes de la domination. C’est cela que j’ai commenté car je l’ai vécu, compris à travers toute l’histoire de l’émancipation ouvrière. L’émancipation ouvrière, cela suppose quoi au départ ? Pas de savoir qu’il y a l’exploitation, la domination du capital et tout ça. Cela tout le monde le sait et les exploités l’ont toujours su. L’émancipation ouvrière, c’est la possibilité de se faire des manières de dire, des manières de voir, des manières d’être qui sont en rupture avec celles qui sont imposées par l’ordre de la domination. Donc la question n’est pas de savoir qu’on est exploité ; en un sens la question est quasiment de l’ignorer. Et au cœur de l’émancipation ouvrière, il y a cette espèce de décision d’ignorer en quelque sorte qu’on est voué à travailler de ses bras pendant que d’autres jouissent des bienfaits du regard esthétique. C’est ce que j’ai commenté dans Le Spectateur émancipé par ce petit texte d’un ouvrier menuisier sur lequel j’ai beaucoup travaillé par ailleurs, Gabriel Gauny, qui raconte sa journée de travail. Il est dans une maison bourgeoise, il fait les parquets, il est exploité par le patron, il travaille pour le propriétaire, la maison n’est pas à lui, et pourtant il décrit la fa çon dont il s’empare de l’espace, du lieu, de la perspective qu’ouvre la fenêtre. Finalement, ça veut dire quoi ? Qu’il opère une espèce de dissociation entre ses bras et son regard pour s’approprier un regard qui est celui de l’esthète. Bien sûr, là , Bourdieu dirait : « Voilà comme il est mystifié ! » Mais je dirais qu’il faut prendre les choses à l’envers : ce qui compte justement c’est de se désadapter, de se désidentifier par rapport à un mode d’identité, par rapport à un mode d’être, de sentir, de percevoir, de parler qui justement colle à l’expérience sensible ordinaire telle qu’elle est organisée par la domination. Tout cela pour moi a été extrêmement important. C’est cela que veut dire émancipation. Cela veut dire cette espèce de rupture, d’opposition à un mode d’organisation sensible qui se trouve comme brisé au sens le plus matériel, à savoir que finalement les bras font leur travail et puis les yeux partent ailleurs. J’ai cité ce texte qui a l’air anodin mais il paraît en juin 1848 au moment de la révolution dans un journal ouvrier révolutionnaire qui s’appelle Le Tocsin des travailleurs, ce n’est pas rien. Cela veut dire que cette petite description d’allure anodine décrit le type d’expériences individuelles partageables qui fait que quelque chose peut se constituer comme une voix des ouvriers, parce qu’une voix des ouvriers, ce n’est pas « les ouvriers se mettent ensemble et on va crier sur les toits notre malheur, etc. » Non. Cela veut dire : « On se constitue une capacité collective de dire sur la base d’une transformation de notre propre rapport à notre condition. »


  • Comment sortir de la haine : grand entretien avec Jacques Rancière | Camp - Volant

    https://campvolant.com/2016/02/09/comment-sortir-de-la-haine-grand-entretien-avec-jacques-ranciere

    signalé par Isabelle Avran (que je remercie)

    Le philosophe Jacques Rancière revient sur les causes des dérives identitaires de type religieux que connaît la France. Une catastrophe qui doit être combattue par la politique. Entretien.

    L’OBS. Un an après Charlie, deux mois après l’attaque du Bataclan, comment voyez-vous l’état de la société française ? Sommes-nous en guerre ?
    Jacques Rancière. Le discours officiel dit que nous sommes en guerre puisqu’une puissance hostile nous fait la guerre. Les attentats commis en France sont interprétés comme les opérations de détachements exécutant chez nous des actes de guerre pour le compte de l’ennemi. La question est de savoir quel est cet ennemi.
    Le gouvernement a opté pour la logique bushienne d’une guerre à la fois totale (on vise la destruction de l’ennemi) et circonscrite à une cible précise, l’État islamique. Mais, selon une autre réponse, relayée par certains intellectuels, c’est l’islam qui nous a déclaré la guerre et met en oeuvre un plan mondial pour imposer sa loi sur la planète.Ces deux logiques se rejoignent dans la mesure
    où, dans son combat contre Daech, le gouvernement doit mobiliser un sentiment national, qui est un sentiment antimusulman et antiimmigré. Le mot « guerre » dit cette conjonction.
    Qu’est-ce que Daech ? Un Etat ? Une organisation terroriste ? Dans les deux cas, n’est-il pas légitime de le combattre ?

    #rancière #haine #communautarisme


  • Sept règles pour aider à la diffusion des idées racistes en France

    "La diffusion des idées racistes en France semble être aujourd’hui une priorité nationale Les racistes s’y emploient, ce qui est la moindre des choses. Mais l’effort des propagandistes d’une idée a des limites, en un temps où l’on se méfie des idées, et il a souvent besoin pour les dépasser, du concours de ses adversaires. Là est l’aspect remarquable de la situation française : hommes politiques, journalistes et experts en tout genre ont su trouver ces dernières années des manières assez efficaces de faire servir leur antiracisme à une propagation plus intense des idées racistes. Aussi bien toutes les règles énoncées ici sont-elles déjà employées. Mais elles le sont souvent d’une manière empirique et anarchique, sans claire conscience de leur portée. Il a donc paru souhaitable, afin d’assurer leur efficacité maximale, de les présenter à leurs utilisateurs potentiels sous une forme explicite et systématique.

    Règle 1. - Relevez quotidiennement les propos racistes et donnez-leur le maximum de publicité. Commentez-les abondamment, interrogez incessamment à leur propos grands de ce monde et hommes de la rue. Supposons par exemple qu’un leader raciste, s’adressant à ses troupes, laisse échapper qu’il y a chez nous beaucoup de chanteurs qui ont le teint basané et beaucoup de noms à consonance étrangère dans l’équipe de France de football. Vous pourriez considérer que cette information n’est vraiment pas un scoop et qu’il est banal, au surplus, qu’un raciste, parlant à des racistes, leur tienne des propos racistes. Cette attidude aurait une double conséquence fâcheuse : premièrement vous omettriez ainsi de manifester votre vigilance de tous les instants face à la diffusion des idées racistes ; deuxièmement, ces idées elles-mêmes se diffuseraient moins. Or l’important est qu’on en parle toujours, qu’elles fixent le cadre permanent de ce qu’on voit et de ce qu’on entend. Une idéologie, ce n’est pas d’abord des thèses, mais des évidences sensibles. Il n’est pas nécessaire que nous approuvions les idées des racistes.

    Il suffit que nous voyions sans cesse ce qu’ils nous font voir, que nous parlions sans cesse de ce dont ils nous parlent, qu’en refusant leurs « idées » nous acceptions le donné qu’elles nous imposent.

    Règle 2. - N’omettez jamais d’accompagner chacune de ces divulgations de votre indignation la plus vive. Cette règle est très importante à bien comprendre. Il s’agit d’assurer un triple effet : premièrement, les idées racistes doivent être banalisées par leur diffusion incessante ; deuxièmement, elles doivent être constamment dénoncées pour conserver en même temps leur pouvoir de scandale et d’attraction ; troisièmement , cette dénonciation doit elle-même apparaître comme une diabolisation, qui reproche aux racistes de dire ce qui est pourtant une banale évidence. Reprenons notre exemple : vous pourriez considérer comme anodin le besoin où est M. Le Pen de faire remarquer ce que tout le monde voit à l’oeil nu, que le gardien de l’équipe de France a la peau bien noire. Vous manqueriez ainsi l’effet essentiel : prouver qu’on fait aux racistes un crime de dire une chose que tout le monde voit à l’oeil nu.

    Règle 3. - Répétez en toutes circonstances : il y a un problème des immigrés qu’il faut régler si on veut enrayer le racisme. Les racistes ne vous en demandent pas plus : reconnaître que leur problème est bien un problème et « le » problème. Des problèmes acec des gens qui ont en commun d’avoir la peau colorée et de venir des anciennes colonies françaises, il y en a en effet beaucoup. Mais tout cela ne fait pas un problème immigrés, pour la simple raison qu’ « immigré » est une notion floue qui recouvre des catégories hétérogènes, dont beaucoup de Français, nés en France de parents français. Demander qu’on règle par des mesures juridiques et politiques le « problème des immigrés » est demander une chose parfaitement impossible. Mais, en le faisant, premièrement, on donne consitance à la figure indéfinissable de l’indésirable, deuxièmement, on démontre qu’on est incapable de rien faire contre cet indésirable et que les racistes seuls proposent des solutions...."

    Jacques #Rancière

    http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2015/12/sept-regles-pour-aider-la-diffusion-des.html


  • #Brecht et #Rancière : artiste ignorant et spectateur émancipé
    http://revueperiode.net/brecht-et-ranciere-artiste-ignorant-et-spectateur-emancipe

    Depuis l’intervention décisive de Jacques Rancière dans Le Spectateur émancipé, l’esthétique brechtienne est à nouveau accusée de pédagogisme, d’autoritarisme. Quel rapport critique entretenir avec Brecht pour permettre une relève du théâtre didactique et dialectique ? Thomas Voltzenlogel propose ici de revenir à une dimension souvent occultée du théâtre brechtien : la question de la méthode de décomposition du réel et de re-production esthétique. Au fond, ce qui garantit la démarche émancipatrice d’une esthétique dialectique, c’est la transmission d’un savoir-faire plutôt que d’un savoir, de mettre en circulation les moyens de produire et reproduire le (...)

    #Uncategorized


  • L’usine nostalgique
    http://revueperiode.net/lusine-nostalgique-2

    La fin des années 1970 a été un moment de rupture et de reconfiguration historique de grande ampleur : l’après-Mai 68 et la recomposition du champ politique qui l’accompagne – avec pour horizon la décomposition du gauchisme. Dans le champ intellectuel, une certaine sociologie des classes populaires prenait le pas sur un marxisme en crise. Dans ce texte de 1980 issu de la revue-collectif Les révoltes logiques, Jacques #Rancière invite à repenser le nouage entre pratique et savoir militant, à l’aune de ce retournement du marxisme en sociologie. Dans ce mouvement, Rancière lance déjà son attaque contre Bourdieu et trouve quelques ressources dans l’opéraïsme pour penser le déclin de la figure ouvrière traditionnelle et l’émergence d’une nouvelle forme (...)

    #Uncategorized #enquête_ouvrière #opéraïsme


  • Un entretien écrit avec Jacques Rancière, sur Médiapart :

    http://blogs.mediapart.fr/blog/bertrand-dommergue/310815/entretien-avec-jacques-ranciere-ou-en-est-lart

    Et pan au passage sur le groin des neuneus et neuneues qui se branlochent à vide sur la pop’philosophie :
    "Je n’ai pas parlé du cannibalisme de l’art contemporain mais de celui des « cultural studies », « media studies » et autres disciplines du même genre qui ont fait leur gagne-pain pratique et leur titre de légitimité scientifique de l’annexion de toutes les pratiques de la vie quotidienne au domaine de la science, tout en jouant du prestige politique vaguement attaché à l’idée de la « démystification » du grand art et de la culture élitiste. J’ai parlé de la violence symbolique que comporte en fait cette prétendue dénonciation : sous prétexte de réhabiliter des pratiques populaires méprisées, on les oblige à devenir ce qu’elles n’ont pas souci d’être : des formes d’art et des objets de science. Il est parfaitement exact que ces formes d’appropriation sont autorisées par l’abolition des frontières propre au régime esthétique de l’art. L’abolition des frontières, c’est aussi, entre autres, le principe de l’impérialisme."

    #Rancière #esthétique #critique_rongeuse_des_souris #philosophie

    • #rengaine. Légitime pour les gars de la nouvelle vague d’analyser Hitchcock, mais pas pour les intellectuels des années 90/2000, issus de milieux plus larges que par le passé, d’analyser, leur propre environnement, les items culturels qu’ils reçoivent et produisent. On devrait arrêter de lire, moi je dis, sauf quelques-uns, qui touchés par la grâce de la culture légitime écriraient poésie en vers, menuets et opéras. Tous les autres, consommez, produisez vos chansonnettes, mais surtout ne les pensez pas dans leur rapport au reste des mondes de l’art.

      C’est là qu’on arrête de le suivre le Rancière.

      Koons le courtier, l’ambiguité de Parr ne s’équilibrent pas sur la balance des conditions sociologiques et économiques concrètes qui cantonnent les intellectuels noirs, par exemple, dans les cultural studies et l’analyse artistique - mais on s’en fout hein, ça compte pas du tout. Ecrivons des alexandrins. Je ne citerais pas les exemples que je connais de lecteurs avertis de Blake ou de Spinoza qui sont matériellement obligés de produire sur Tarantino ou autre.

      Curateur on peut aussi le devenir par lassitude ou juste pour bouffer (bien que la majorité des curateurs ne soient pas rémunérés).


  • Où va Michel Onfray ?

    Depuis longtemps maintenant, Michel Onfray s’est spécialisé dans l’anticommunisme et l’antisyndicalisme. Après avoir raillé « les vieilles scies militantes d’hier et d’avant-hier : cosmopolitisme des citoyens du monde, fraternité universelle, abolition des classes et des races, disparition du travail et du salariat, suppression du capitalisme, pulvérisation de toutes les aliénations, égalitarisme radical », il lance en 2008 une grande campagne nationale de diffamation à l’encontre de Guy Môquet, absurdités historiques à la clé. Le créateur de l’Université populaire de Caen se consacre ensuite au dénigrement médiatique du candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle. Ce dernier, parce qu’il défend la figure de Robespierre, est dépeint comme l’incarnation contemporaine du totalitarisme – voter pour lui, c’est voter pour la réinstallation de la guillotine en place de Grève. Ainsi, faisant siennes sans barguigner les thèses de l’historiographie néolibérale, le philosophe, qui se réclamait parfois de l’antilibéralisme (de moins en moins souvent il est vrai), vire sa cuti pour entonner les refrains d’une plate philosophie des droits de l’homme empruntée à Bernard Henri-Lévy. Dans la foulée, il affirme sur le plateau d’un journal télévisé que Chavez a truqué sa réélection au moyen de machines électroniques (alors que même la Fondation Carter valide les résultats).

    Mais ces harangues douces aux oreilles de la droite n’étaient qu’un premier pas. Après tout, un philosophe qui fait si continûment profession de nietzschéisme a-t-il grand-chose d’autre à offrir à la gauche que des absurdités comme « Marx a contribué à nous faire penser de manière binaire : les méchants riches contre les bons pauvres » ? Or, si l’on observe sa trajectoire récente, Michel Onfray donne à voir ce qu’il faut bien appeler une radicalisation.

    La première étape s’opère sous le signe de son ralliement halluciné à Albert Camus. L’essai L’ordre libertaire, la vie philosophique d’Albert Camus, dithyrambe officiel, sert de prétexte au philosophe normand pour cracher sur Sartre, coupable – entre autres – d’avoir été compagnon de route du Parti communiste. Onfray pousse si loin sa vénération pour le « philosophe pour classes terminales » qu’il s’active à faire débarquer l’historien Benjamin Stora du projet d’une « Expo Camus » conduit par la municipalité d’Aix-en-Provence et les héritiers de l’auteur de La Peste. Cette éviction ne doit rien au hasard : Stora n’était pas dans la ligne pro-Algérie française du maire Maryse Joissains-Masini, membre de la Droite populaire et proche des milieux d’extrême droite sur ces thématiques. Albert Camus, partisan comme eux de l’assimilation, s’était en effet distingué par une franche hostilité à l’indépendance et à la décolonisation de l’Algérie, point auquel ses héritiers semblent tenir. Aussi Onfray se voit-il un temps comme l’ordonnateur rêvé d’une grand-messe exaltant « la pensée de midi » et une Algérie préservée du FLN. Si cette collaboration n’aura finalement pas lieu, cela n’a pas empêché Onfray de se répandre, dans les média, pour défendre une conception très camusienne de la question algérienne. Au point que le numéro deux du Front National, Bruno Gollsnisch, s’est fendu d’une note sur son blog pour féliciter Onfray de défendre une vision compatible avec la sienne selon laquelle « la France n’a pas à rougir de son œuvre civilisatrice en Algérie » !

    En mars, c’est au site proche de l’extrême droite nationaliste israélienne Dreuz.info que notre hédoniste en chef accorde une interview complaisante où il claironne que « le versant solaire de la Méditerranée se manifeste sur les plages de Tel-Aviv ».

    De fait, difficile de ne pas voir que le discours onfrayen résonne maintenant très favorablement aux oreilles de l’extrême droite. Ainsi, les attaques récurrentes du philosophe contre la religion musulmane et les musulmans lui valent désormais la sympathie des groupuscules satellites du FN comme Riposte laïque. Célèbres pour avoir organisé les « apéros saucisson-pinard », les membres de cette secte raciste se posent la question sur leur site  : « Michel Onfray serait-il une taupe de Riposte laïque ? ». Il faut dire qu’en plus de propos d’une rare violence contre l’islam, on trouve dans la bouche du « révolté » autoproclamé des sorties pour le moins flatteuses vis-à-vis de la présidente du Front national : « Si la gauche était moins conne, elle aurait le discours de Marine Le Pen sur la laïcité » ; « Marine Le Pen a raison ! ».

    Notons que cette focalisation sur la laïcité (utilisée avant tout contre l’Islam) correspond très exactement à l’approche de la droite « décomplexée » (celle d’un Jean-François Copé). Il s’agit de rallumer sans cesse la torche de la question religieuse pour faire écran au drame économique. Comme si les périls du monde actuel se résumaient, comme sous la Troisième République, à l’emprise des Églises et aux querelles de libre-penseurs ! Alors que la planète et des peuples entiers agonisent sous le boisseau d’un système économique affolé, Onfray, Copé et Le Pen pointent de concert les vrais problèmes : le Coran !

    Le 24 mai dernier a marqué l’ultime étape (jusqu’ici) de la triste route de Michel Onfray vers l’extrême droite. Invité pour la énième fois d’un plateau de télévision, le laudateur de Camus, en roue libre, s’est déchaîné contre la religion musulmane (violente et sanguinaire), déclarant voir l’islam comme une menace. Reprenant mot pour mot les arguments des idéologues de la haine antimusulmans, Onfray, devant un Jean-Jacques Bourdin conquis, outrepassa même la violence des diatribes d’une Marine Le Pen... Au moment de commenter le suicide de l’historien d’extrême droite Dominique Venner (païen antireligieux et nietzschéen vitaliste), Onfray lâche ces mots sibyllins : « N’est pas samouraï qui veut ». Une référence élogieuse à Mishima, autre suicidé de l’ultra-droite nationaliste. À croire que, dans l’esprit de Michel Onfray, l’ultime samouraï dans « l’Europe décadente », c’est lui.

    Ce qui l’a conduit, le 15 novembre dernier, à prophétiser, pour « dans cinquante ans », une « Europe islamisée. »

    Elias Duparc


  • Une carte de géographie parodique, la bouse du jour qui buzze sur Internet

    http://www.20min.ch/ro/news/insolite/story/Une-carte-de-geo-parodique-choque-15592526#

    Cette « oeuvre » signalée par un copain que je ne dénoncerai pas ici :)

    Vous me permettez, une fois n’est pas coutume, un immense coup de gueule. Je sais pas pourquoi mais je suis très en colère (je devais déjà être de mauvais poil) et je n’ai envie que d’une chose, trouver les coordonnées géographiques de cet « artiste » pour lui balancer un Scud B dans la gueule. Sébastien Laurent, donc. Qui a créé une oeuvre qu’il intitule « l’Europe vue d’en bas ». Et en effet, c’est très très vue d’en bas. Il semble que l’éditeur de la carte et l’artiste aient voulu créer une oeuvre provocatrice et faire apparaître ce qu’étaient vraiment des idées reçues « attérantes » du petit peuple européen. Et les deux se plaignent que la carte ait été publiée hors-contexte. Soit.

    Mais était-ce vraiment bien nécessaire de la publier anyway ?

    Ça fait un ou deux ans maintenant que je vois passer ces cartes parodiques, et je dois vous avouer que je les déteste. Vraiment, à mort. Je ne sais pas pourquoi, j’ai du mal à expliquer. On va peut-être me dire que je manque d’humour, mais je ne les trouve pas drôle du tout. Sans intérêt, elles véhiculent souvent des idées et des principes contre lesquelles je me bats. A une ou deux exceptions près, quand on est face à un humour plus subtil, généreux ou bienveillant.

    On a déjà tellement de mal à sortir des clichés, à proposer aux lecteurs de nos textes, aux utilisateurs de nos cartes de sortir de ces clichés, des idées reçues, des poncifs parfois nauséabonds (et la richesse des débats en cours sur seenthis le montre presque tous les jours). Et ces putains de cartes dites satiriques nous y précipitent à nouveau. A chaque fois j’ai l’impression de tomber dans un gouffre sans fond, même quand ces cartes sont placées dans leur « contexte » (and only god knows what it means really)

    L’article dit que la carte choque. Mais pour choquer, il faudrait qu’elle ait un sens ! Et ce festival de profonde débilité n’a aucun sens et je suis certain que ce qui se lit sur cette « carte » ne représente même pas les idées reçues (aussi connes soient-elle) d’un petit peuple « européen » si tant est qu’il existe. A ce niveau, ce n’est même plus du mauvais goût, c’est de l’irresponsabilité.

    C’est une « maladresse » dit l’article : en effet, pour être maladroit...

    On appréciera particulièrement l’Estonie avec ses « putes des bouffeurs de rennes » en référence à la Finlande qui bouffe des rennes. Donc, l’Estonie est le réservoir à putes des finlandais ? très drôle. et la Lettonie avec Riga et ses « putes en soldes ». Là aussi vraiment hilarant. Et en Russie, près de la frontière avec la Biélorussie, « encore des putes ». Et les Karakalpaks d’Ouzbékistan trouveront certainement très rigolo d’être transformés en enculeurs de chèvres. Quel humour subtil. Mais mon petit Sébastien, as-tu un petit problème avec ta bite ? faut te soigner.

    Je passe sur les jaunes (en Chine) et les fours à juifs (en Pologne) ça me déprime trop. Minable.

    « Une carte de géo parodique choque »

    Un artiste belge a réalisé une carte de géographie qui fait polémique à la suite de sa publication sur un site pour enseignants. En lieu et place des noms de pays, une série de clichés qui ne plaisent pas à tous.

    • Un coup de gueule salutaire @reka Il y aussi le côté #classiste par le fait d’imputer ces idées au « petit peuple européen » comme si le « haut peuple d’Europe » ne pouvait pas être raciste, xénophobe et misogyne comme si c’était la caractéristique du prolétariat. Ça permet à « l’artiste » de se dédouané à bon compte. Lui ne penserait pas comme ça, lui il est un gensbien pas comme les petits peuples qui pensent ces trucs sur les Estoniennes.

    • "Je voudrais proposer quelques réflexions autour de la notion de « racisme d’Etat » mise à l’ordre du jour de notre réunion. Ces réflexions s’opposent à une interprétation très répandue des mesures récemment prises par notre gouvernement, depuis la loi sur le voile jusqu’aux expulsions de roms. Cette interprétation y voit une attitude opportuniste visant à exploiter les thèmes racistes et xénophobes à des fins électoralistes. Cette prétendue critique reconduit ainsi la présupposition qui fait du racisme une passion populaire, la réaction apeurée et irrationnelle de couches rétrogrades de la population, incapables de s’adapter au nouveau monde mobile et cosmopolite. L’Etat est accusé de manquer à son principe en se montrant complaisant à l’égard de ces populations. Mais il est par là conforté dans sa position de représentant de la rationalité face à l’irrationalité populaire..."(#Rancière) http://bougnoulosophe.blogspot.be/2010/09/le-racisme-populaire-nest-quun-mythe.html

    • ca me fait pensé à l’idée habituel que ce sont les ouvrier·e·s qui voteraient FN. Et que la monté du FN (averée ou fictive) serait seulement imputable aux prolétaires et bien sur jamais aux bourgeois et encore moins aux politiciens ou à la presse des dassault-lagardères et compagnie.
      sinon pour la carte ca peu être l’occasion d’un nouveau tag #mauvaise_cartographie

    • @mad_meg je suis d’accord avec tes deux réflexions (deux messages) qui en effet, rappelle que cette immonde brutalité n’est bien entendu pas l’apanage de ce que ceux du "haut appelle « le bas ».

      Pour le tag, je crois que cette grosse merde ne mérite pas le terme « cartographie » et dire qu’une carte est « mauvaise » ou « bonne » est aussi un exercice très subjectif et difficile (c’est toute une autre histoire dont on pourrait aussi débattre d’ailleurs). Ici, je pense que le tag le plus approprié est #grosse_merde ou #profonde_débilité

    • Réaction de l’éditeur de la carte qui essaye de la défendre sur le site enseignons.be (mais les arguments sont tragiques) :

      Merci de défendre une certaine forme d’humour, risquée en ces temps frileux - Enseignement : cours de profs pour enseignants & parents

      http://www.enseignons.be/actualites/2014/02/27/merci-de-defendre-certaine-forme-dhumour-risquee-en-ces-temps-frileux

      A mon sens, sa qualité est de confronter la discipline qui prétend à la plus grande objectivation du monde (à savoir la cartographie) à la pire subjectivation possible dont nous sommes capables à l’endroit de nos semblables (celle des clichés les plus féroces que nous avons les uns sur les autres en Europe). C’est la force de cette carte que de réunir ainsi les pensées et les représentations les plus caustiques, méchantes, idiotes, sarcastiques, inavouables ou inavouées – et si l’ensemble est efficace, cela tient précisément à leur rassemblement en vrac et à leur localisation subjective sur cet objet « carte » qui, par excellence, est sensé proposer la représentation la plus neutre et la plus objective qui soit de notre monde. Qui d’entre nous ne s’est pas reconnu dans l’une ou l’autre des identifications à la louche qui inondent cette carte de l’Europe revisitée sans ménagement par l’artiste, à l’aune de nos représentations les plus misérables et les plus refoulées ? Tout le monde y prend pour son grade.

      Le second, sinon le troisième degré, peut pourtant déclencher bien des réflexions sur notre propre bêtise ; je ne doute pas, notamment pour l’avoir confrontée à des adolescents et avoir pu en parler avec eux, que cette carte fasse mouche, précisément là où ça fait mal – à l’endroit de notre inconscient, sous le vernis satiné de nos bons sentiments. Les belles âmes peuvent bien draper leur indignation dans la dentelle de la morale et de ses innombrables ritournelles contemporaines : elles sont sans doute les premières concernées par ce miroir déformant de notre marais intérieur.

    • désolé pour le blasphème cartographique @reka ^^
      C’etait un tag qui me fait pensé à celui sur le #bad_market qu’on avait fait pour identifié le marketing nocif avec beaucoup d’exemple de marketing genré de manière absurde. On peu discuter du fait que ca sous entend qu’il y a du marketing pas nocif ^^
      Là c’est vrai que c’est plutôt une carte de la connerie xénophobe. Peut être que #carte_nocives ou #evil_cartography serait plus adapté et encore si on a besoin de tels tags, ca se discute tout à fait.

      A part ca c’est tout de même assez commun ces « cartes » j’en ai vu pas mal en anglais sur des sites de type 9gag. Je ne sais pas si ce Sébastien se croi original, mais son « idée » en plus d’être stupide est très vue et revue (c’est déplorable).


  • Jacques #Rancière sur les #pédagogies_alternatives et sur le statut problématique de l’#European_Graduate_School. Ce qui m’apprend au passage ce que c’est que ce bordel.
    #EGS #Université #Suisse
    http://www.critical-theory.com/jacques-ranciere-its-problematic-that-egs-now-gives-phds

    Jacques Ranciere took a jab at the European Graduate School in a recent interview, questioning the institution’s radical potential. The interview, with Duane Rousselle (a student at EGS), was published back in November on Rouselle’s blog.

    In the interview, Rouselle prods Ranciere about the “crisis in higher education” before the French theorist turns his attention towards “alternative” models of higher education.  He notes “I think that it is problematic that the EGS now gives theses, gives PhDs, because, precisely, I think that the value of such institutions is to give no diploma.”

    But, basically, I don’t think the EGS or the Global Center have the vocation of becoming something like an alternative institution. Mostly because those institutions are based on money. Mostly! And, so, well, I think that those kinds of institutions can be interesting precisely because they don’t follow the normal ways of education. I think what is interesting perhaps is this kind of acceleration of education in one month, in a few weeks, you know. We have this kind of accelerated education with students – it is kind of like brainstorming, perhaps. But, precisely, this means that those institutions should not really imitate the university. So, for example, I think that it is problematic that the EGS now gives theses, gives PhDs, because, precisely, I think that the value of such institutions is to give no diploma. Of course, people don’t pay for those institutions. But, you know, that happens. So, of course, I don’t think that we should focus on those institutions as being the alternative. I think there are many alternatives.

    The European Graduate School is a private school located in Switzerland. Students take intensive lectures with the “who’s who” of philosophy over the course of a month. Faculty include Giorgio Agamben, Slavoj Zizek, Judith Butler and even Jacques Ranciere.  It’s essentially a critical theory summer camp that will give you a Master’s degree for $20,000. Not a bad deal, considering the American alternatives.

    And, before all your European Grad Schooler’s freak out, it’s not all bad. After all, Ranciere central thesis about emancipation and politics is “shit’s complicated.” Ranciere is also known for trolling anyone and everyone vaguely associated with the profession of “philosopher.”


  • « On peut assurément trouver toutes sortes de raisons économiques et sociologiques au retour du racisme : le chômage qui fait accuser l’étranger de prendre la place de l’autochtone, l’urbanisation sauvage, la déréliction des banlieues et des villes-dortoirs. Mais toutes ces causes « socio-économiques » qu’on attribue à un phénomène politique désignent en fait des entités inscrites dans la question politique du partage du sensible.

    L’usine et sa disparition, le travail comme emploi et le travail comme structure de l’être-en-commun, le chômage comme manque de travail et le chômage comme « trouble d’identité », la distribution et la redistribution des travailleurs dans des espaces définis par leur distance avec le lieu du travail et ceux de la visibilité du commun, tout cela concerne le rapport de la configuration policière du sensible et des possibilités d’y constituer la visibilité d’objets litigieux et de sujets du litige. Le caractère de la combinaison de tous ces éléments appartient à un mode de visibilité qui neutralise ou accuse l’altérité de l’étranger. C’est de ce point de vue qu’on peut discuter la simple inférence du trop grand nombre des immigrés à leur indésirabilité. Manifestement, le seuil d’indésirabilité n’est pas affaire de statistique.

    Il y a vingt ans, nous n’avions pas beaucoup moins d’immigrés. Mais ils portaient un autre nom : ils s’appelaient travailleurs immigrés ou, tout simplement, ouvriers. L’immigré d’aujourd’hui, c’est d’abord un ouvrier qui a perdu son second nom, qui a perdu la forme politique de son identité et de son altérité, la forme d’une subjectivation politique du compte des incomptés. Il ne lui reste alors qu’une identité sociologique, laquelle bascule alors dans la nudité anthropologique d’une race et d’une peau différentes.

    Ce qu’il a perdu, c’est son identité avec un mode de subjectivation du peuple, l’ouvrier ou le prolétaire, objet d’un tort déclaré et sujet mettant en forme son litige. C’est la perte de l’un-en-plus de la subjectivation qui détermine la constitution d’un un-en-trop comme maladie de la communauté. On a célébré bruyamment la fin des « mythes » du conflit des classes et l’on est en même venu à identifier la disparition d’usines rayées du paysage urbain avec la liquidation des mythes et des utopies.

    Peut-être commence-t-on maintenant à percevoir la naïveté de cet « anti-utopisme ». Ce qu’on appelle fin des « mythes », c’est la fin des formes de visibilité de l’espace collectif, la fin de la visibilité de l’écart entre le politique et le sociologique, entre une subjectivation et une identité. La fin des « mythes » du peuple, l’invisibilité ouvrière, c’est le non-lieu des modes de subjectivation qui permettaient de s’inclure comme exclu, de se compter comme incompté.

    L’effacement de ces modes politiques d’apparence et de subjectivation du litige a pour conséquence la réapparition brutale dans le réel d’une altérité qui ne se symbolise plus. L’ancien ouvrier se scinde alors en deux : d’un côté, l’immigré ; de l’autre, ce nouveau raciste auquel les sociologues donnent significativement un autre nom de couleur, l’appelant « petit Blanc », du nom naguère attribué aux colons modestes de l’Algérie française.

    La division qui a été exclue de la visibilité comme archaïque reparaît sous la forme plus archaïque encore de l’altérité nue. La bonne volonté consensuelle propose en vain ses tables rondes pour discuter du problème des immigrés. Ici comme ailleurs, le remède et le mal font cercle. L’objectivation post-démocratique du « problème » immigré va de pair avec la fixation d’une altérité radicale, d’un objet de haine absolue, pré-politique. C’est du même mouvement que la figure de l’autre s’exaspère dans le pur rejet raciste et s’évanouit dans la problématisation de l’immigration.

    La visibilité nouvelle de l’autre dans la nudité de sa différence intolérable, c’est proprement le reste de l’opération consensuelle. C’est l’effacement « raisonnable » et « pacifique » de l’apparence dans l’exposition intégrale du réel, du mécompte du peuple dans le décompte de la population et du litige dans le consensus qui ramène le monstre de l’altérité radicale dans le défaut de la politique.

    C’est le décompte exhaustif de la population interminablement sondée qui produit, à la place du peuple déclaré archaïque, ce sujet appelé « les Français » qui, à côté des pronostics sur l’avenir « politique » de tel ou tel sous-ministre, se manifeste par quelques opinions bien tranchées sur le nombre excessif d’étrangers et l’insuffisance de la répression. Ces opinions, bien sûr, sont en même temps des manifestations de la nature même des opinions en régime médiatique, de leur nature en même temps réelle et simulée.

    Le sujet de l’opinion dit ce qu’il pense sur les Noirs et les Arabes sur le même mode réel/simulé selon lequel il est par ailleurs invité à tout dire de ses fantasmes et à les satisfaire intégralement au seul prix de quatre chiffres et d’autant de lettres. Le sujet qui opine ainsi est le sujet de ce nouveau mode du visible qui est celui de l’affichage généralisé, un sujet appelé à vivre intégralement tous ses fantasmes dans le monde de l’exhibition intégrale et du rapprochement asymptotique des corps, dans ce « tout est possible » de la jouissance affichée et promise, c’est-à-dire, bien sûr, promise à déception et conviée, par là, à rechercher et à pourchasser le « mauvais corps », le corps diabolique qui se met partout en travers de la satisfaction totale qui est partout à portée de la main et partout dérobée à son emprise. »

    [Jacques #Rancière , La Mésentente]
    #Racisme
    #Race
    #Peuple

    • Dit autrement, dans Aux bords du politique :

      Et peut-être faut-il alors repenser le sens de la division démocratique, penser que la guerre politique des partis et la guerre sociale des pauvres et des riches dont on se félicitait d’être sorti avaient, par elles-mêmes et dans leur entrelacement conflictuel, un pouvoir mal compris de remédier au mal radical. Comme si la guerre des pauvres et des riches avait aussi, à sa manière, pacifié une guerre plus ancienne. Comme si la double division du politique et du social avait une fonction régulatrice par rapport à ce déchirement plus radical que provoque une certaine passion de l’unité, en sorte que le retour des gestes et des charismes archaïques de l’apaisement serait corrélatif à l’effacement même de la division.


  • « Le peuple » n’existe pas. Ce qui existe ce sont des figures diverses, voire antagoniques du peuple, des figures construites en privilégiant certains modes de rassemblement, certains traits distinctifs, certaines capacités ou incapacités. La notion de populisme construit un peuple caractérisé par l’alliage redoutable d’une capacité - la puissance brute du grand nombre - et d’une incapacité - l’ignorance attribuée à ce même grand nombre. Pour cela, le troisième trait, le racisme, est essentiel. Il s’agit de montrer à des démocrates toujours suspects d’« angélisme », ce qu’est en vérité le peuple profond : une meute habitée par une pulsion primaire de rejet qui vise en même temps les gouvernants qu’elle déclare traîtres, faute de comprendre la complexité des mécanismes politiques, et les étrangers qu’elle redoute par attachement atavique à un cadre de vie menacé par l’évolution démographique, économique et sociale. La notion de populisme remet en scène une image du peuple élaborée à la fin du XIXe siècle par des penseurs comme Hippolyte Taine et Gustave Le Bon, effrayés par la Commune de Paris et la montée du mouvement ouvrier : celle des foules ignorantes impressionnées par les mots sonores des « meneurs » et menées aux violences extrêmes par la circulation de rumeurs incontrôlées et de frayeurs contagieuses."

    [Jacques #Rancière]

    #Populisme
    #Peuple

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2013/10/du-populisme.html


  • Who the Fuck is Jacques Ranciere ? :: Critical-Theory.com
    http://critical-theory.com/who-the-fuck-is-jacques-ranciere

    Un site qui gagne à être connu - on rigole bien (« Slavoj Zizek Animated », le cours de Zizek en dessin animé, est bien aussi).

    There was this dude named Jacotot, and he was awesome. He was a French guy who went to teach in Belgium after the French Revolution. He was teaching French, but his students only spoke Flemish. He, by the way, did not speak Flemish. So doing what any responsible teacher would do, Jacotot gave them a recent version of this book Telamaque that had the French on one side of the page and the Flemish on the other side and said : figure it out.

    And they did.

    #Rancière #Althusser #Badiou #Police #Démocratie #Jacotot


  • « La société égale n’est que l’ensemble des relations égalitaires qui se tracent ici et maintenant à travers des actes singuliers et précaires. La démocratie est nue dans son rapport au pouvoir de la richesse comme au pouvoir de la filiation qui vient aujourd’hui le seconder ou le défier. Elle n’est fondée dans aucune nature des choses et garantie par aucune forme institutionnelle. Elle n’est portée par aucune nécessité historique et n’en porte aucune. Elle n’est confiée qu’à la constance de ses propres actes. La chose a de quoi susciter de la peur, donc de la haine, chez ceux qui sont habitués à exercer le magistère de la pensée. Mais chez ceux qui savent partager avec n’importe qui le pouvoir égal de l’intelligence, elle peut susciter à l’inverse du courage, donc de la joie. » (#Rancière, la Haine de la #Démocratie)

    • Qu’avons-nous fait de la Démocratie ? Arundhati ROY
      http://www.legrandsoir.info/Qu-avons-nous-fait-de-la-Democratie.html

      Aujourd’hui, des mots tels que « progrès » et « développement » sont devenus interchangeables avec « réformes » économiques, « déréglementation » et « privatisation ». Désormais, liberté signifie avoir le choix. Elle relève plus du nombre de marques différentes de déodorant en rayon que du domaine spirituel. Le marché n’est plus l’endroit où vous vous rendez pour faire des courses mais un espace dématérialisé où des multinationales sans visage font des affaires, y compris en achetant et en vendant « l’avenir ». Justice est devenu synonyme de droits de l’homme (et en ce qui concerne ces derniers, comme on dit, « ça ira comme ça, merci »).

      Ce vol de langage, cette technique qui consiste à usurper les mots et les utiliser comme des armes, pour un usage destiné à masquer l’intention qui se cache derrière et le fait qu’ils signifient désormais exactement le contraire de ce qu’ils étaient censés signifier à l’origine, a été une des victoires stratégiques les plus brillantes des tsars de la nouvelle donne. Cela leur a permis de marginaliser leurs détracteurs, de les priver du langage pour exprimer leurs critiques et de les faire passer pour des adversaires du « progrès », du « développement », de la « réforme », et bien sûr de la « nation » - autant de négativistes de la pire espèce.


  • La Révolution, une idée neuve - Politis
    http://www.politis.fr/La-Revolution-une-idee-neuve,19812.html

    D’autres, Jacques, des définitions si déterminées ?!

    Dans un long entretien qui vient de paraître [1], le philosophe Jacques Rancière définit la révolution comme « le moment où tout un ordre du visible, du pensable, du possible se trouve brutalement congédié et remplacé ». Ces dernières décennies, l’idée de révolution semblait désuète, pour ne pas dire impensable, l’ordre du « pensable » et même du « possible » paraissant immuablement se confondre avec celui du capitalisme néolibéral mondialisé. En conséquence, les travaux sur la Révolution française étaient devenus extrêmement rares.

    #rancière #visible #pensable #possible #révolution


  • #Rancière : « L’#élection, ce n’est pas la #démocratie » - Bibliobs
    http://bibliobs.nouvelobs.com/tranches-de-campagne/20120418.OBS6504/jacques-ranciere-l-election-ce-n-est-pas-la-democratie.html

    la démocratie est vivante lorsqu’elle invente ses propres formes d’expression et qu’elle rassemble matériellement un peuple qui n’est plus découpé en opinions, groupes sociaux ou corporations, mais qui est le peuple de tout le monde et de n’importe qui.


  • Du racisme comme instrument de gouvernance, comme "technique de pouvoir" spécifique

    "Le racisme d’aujourd’hui est donc d’abord une logique étatique et non une passion populaire. Et cette logique d’Etat est soutenue au premier chef non par on ne sait quels groupes sociaux arriérés mais par une bonne partie de l’élite intellectuelle. Les dernières campagnes racistes ne sont pas du tout le fait de l’extrême-droite dite « populiste ». Elles ont été conduites par une intelligentsia qui se revendique comme intelligentsia de gauche, républicaine et laïque. La discrimination n’est plus fondée sur des arguments sur les races supérieures et inférieures. Elle s’argumente au nom de la lutte contre le « communautarisme », de l’universalité de la loi et de l’égalité de tous les citoyens au regard de la loi et de l’égalité des sexes. Là encore, on ne s’embarrasse pas trop de contradictions ; ces arguments sont le fait de gens qui font par ailleurs assez peu de cas de l’égalité et du féminisme. De fait, l’argumentation a surtout pour effet de créer l’amalgame requis pour identifier l’indésirable : ainsi l’amalgame entre migrant, immigré, arriéré, islamiste, machiste et terroriste. Le recours à l’universalité est en fait opéré au profit de son contraire : l’établissement d’un pouvoir étatique discrétionnaire de décider qui appartient ou n’appartient pas à la classe de ceux qui ont le droit d’être ici, le pouvoir, en bref, de conférer et de supprimer des identités. Ce pouvoir a son corrélat : le pouvoir d’obliger les individus à être à tout moment identifiables, à se tenir dans un espace de visibilité intégrale au regard de l’Etat. Il vaut la peine, de ce point de vue, de revenir sur la solution trouvée par le gouvernement au problème juridique posé par l’interdiction de la burqa. C’était, on l’a vu, difficile de faire une loi visant spécifiquement quelques centaines de personnes d’une religion déterminée. Le gouvernement a trouvé la solution : une loi portant interdiction en général de couvrir son visage dans l’espace public, une loi qui vise en même temps la femme porteuse du voile intégral et le manifestant porteur d’un masque ou d’un foulard. Le foulard devient ainsi l’emblème commun du musulman arriéré et de l’agitateur terroriste. Cette solution-là, adoptée, comme pas mal de mesures sur l’immigration, avec la bienveillante abstention de la « gauche », c’est la pensée « républicaine » qui en a donné la formule. Qu’on se souvienne des diatribes furieuses de novembre 2005 contre ces jeunes masqués et encapuchonnés qui agissaient nuitamment. Qu’on se souvienne aussi du point de départ de l’affaire Redeker, le professeur de philosophie menacé par une « fatwa » islamique. Le point de départ de la furieuse diatribe antimusulmane de Robert Redeker était... l’interdiction du string à Paris-Plage. Dans cette interdiction édictée par la mairie de Paris, il décelait une mesure de complaisance envers l’islamisme, envers une religion dont le potentiel de haine et de violence était déjà manifesté dans l’interdiction d’être nu en public. Les beaux discours sur la laïcité et l’universalité républicaine se ramènent en définitive à ce principe qu’il convient d’être entièrement visible dans l’espace public, qu’il soit pavé ou plage." ( Jacques Rancière )

    #Rancière
    #racisme