• Collectors are as confused as you are about that $1.56M Super Mario 64 sale | Ars Technica
    https://arstechnica.com/features/2021/07/collectors-are-as-confused-as-you-are-about-that-1-56m-super-mario-64-s

    But for newcomers from other collectible spaces, this kind of quality-based price premium is relatively common. “In other spaces such as comics, coins, or sports cards, and many other collectibles, the difference between the second-highest grade and the highest grade can be a drastic difference in value and sometimes much more,” Wata Games CEO Ryan Sabga told Ars. “Attaining the finest known example from a condition standpoint drives a certain type of collector’s behavior, specifically the collector who wants the absolute best. The collectible video game market is no different.”

    #jeu_vidéo #jeux_vidéo #culture #collection #heritage_auctions #wata_games #record #analyse #zelda #the_legend_of_zelda #mario #super_mario_bros #mario_64 #jeu_vidéo_zelda #jeu_vidéo_the_legend_of_zelda #jeu_vidéo_mario #jeu_vidéo_super_mario_bros #jeu_vidéo_mario_64 #excellence #rareté

  • “Excellence R Us”: university research and the fetishisation of excellence

    The rhetoric of “excellence” is pervasive across the academy. It is used to refer to research outputs as well as researchers, theory and education, individuals and organizations, from art history to zoology. But does “excellence” actually mean anything? Does this pervasive narrative of “excellence” do any good? Drawing on a range of sources we interrogate “excellence” as a concept and find that it has no intrinsic meaning in academia. Rather it functions as a linguistic interchange mechanism. To investigate whether this linguistic function is useful we examine how the rhetoric of excellence combines with narratives of scarcity and competition to show that the hyper-competition that arises from the performance of “excellence” is completely at odds with the qualities of good research. We trace the roots of issues in reproducibility, fraud, and homophily to this rhetoric. But we also show that this rhetoric is an internal, and not primarily an external, imposition. We conclude by proposing an alternative rhetoric based on soundness and capacity-building. In the final analysis, it turns out that that “excellence” is not excellent. Used in its current unqualified form it is a pernicious and dangerous rhetoric that undermines the very foundations of good research and scholarship. This article is published as part of a collection on the future of research assessment.

    https://www.nature.com/articles/palcomms2016105

    #excellence #rhétorique #recherche #université #science #facs #capacity-building #compétition #pénurie #rareté

    ping @_kg_

  • Production

    Jean Robert

    https://lavoiedujaguar.net/Production

    Don Bartolo habite une masure derrière ma maison. Comme beaucoup d’autres personnes déplacées, c’est un intrus, un « envahisseur » ou un « parachutiste », comme on dit au Mexique. Avec du carton, des bouts de plastique et de la tôle ondulée, il a édifié une cabane dans un terrain au propriétaire absent. S’il a de la chance, un jour il construira en dur et couronnera les murs d’un toit d’amiante-ciment ou de tôle. Derrière sa demeure, il y a un terrain vague que son propriétaire lui permet de cultiver. Don Bartolo y a établi une milpa : un champ de maïs ensemencé juste au début de la saison des pluies afin qu’il puisse donner une récolte sans irrigation. Dans la perspective de l’homme moderne, l’action de Bartolo peut paraître profondément anachronique.

    Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Mexique, comme le reste du « Tiers-Monde », fut envahi par l’idée du développement. La popularité de ce concept doit beaucoup au président Harry Truman, qui en fit l’axe politique de son discours de prise de pouvoir en 1949. Selon Truman, la politique du développement consiste à « appuyer tous les peuples libres dans leurs efforts pour augmenter la production d’aliments, de textiles pour l’habillement et de matériaux de construction de maisons, ainsi que celle de nouvelles forces motrices pour alléger leur effort physique ». Il ajoutait que « la clé du développement est la croissance de la production et la clé de celle-ci, l’application ample et vigoureuse des connaissances scientifiques et techniques ».

    #Jean_Robert #Mexique #milpa #développement #production #Kant #Goethe #Defoe #Adam_Smith #valeur #Ricardo #rareté #Marx #économie #progrès #destructivité #croissance #Keynes #maïs

  • Comment la file d’attente est devenue en enjeu marketing
    https://usbeketrica.com/article/comment-la-file-d-attente-est-devenue-un-enjeu-marketing


    Personnellement, je pense que la file d’attente est consubstantielle au #capitalisme, qui dans un contexte d’inégalités exponentielles, règle à peu près tous les problèmes de #rareté de cette manière (Pôle Emploi en est le parfait exemple).
    Ce qui est cocasse quand on pense que la file d’attente était utilisée comme symbole repoussoir du soviétisme.

    Selon une étude Valtech, 70% des individus ont tendance à abandonner leurs envies de shopping face aux longues files qui envahissent les trottoirs. Ces mêmes personnes se tourneront davantage vers des boutiques en ligne (56%), à condition qu’elles proposent les retours gratuits et le remboursement immédiat. Le Covid-19 vient donc renforcer le basculement déjà amorcé du physique vers le digital. Dans un tel contexte, l’expérience en boutique - et à l’abord des boutiques - devient un enjeu vital pour le commerce physique.

    • Ça m’a fait penser qu’au bout de trois semaines je n’ai pas réussi à acheter un mixer chez Conforama avec leur système rayons vides > tu commandes sur Internet > tu viens retirer ton produit. Ça faisait deux jours que j’oubliais d’annuler ma commande suite au conseil dépité du vendeur : il est sur la machine mais je l’ai pas en dépôt, prochaine commande dans 2-3 semaines, je vous conseille d’annuler. (Je crois que Conforama a un gros problème informatique, ils sont obligés d’appeler les gens au téléphone pour gérer derrière les commandes.)

      Mais tu peux aussi acheter sur la Market Place, des vendeurs chelou qui t’enverront ce qui les arrange et tu mettras 8 mois à te faire rembourser la tablette « reconditionnée à neuf » pleine de rayures sur la coque et l’écran.

      Que la #vente_en_ligne soit une arnaque, c’est une chose. Mais c’est devenu obligatoire à cause des stratégies commerciales des enseignes avec les rayons vides (autre figure soviétique !) qui t’obligent à acheter en ligne. J’hésite vraiment à m’acheter un mixer moins cher (mais vraiment moins bien) à la droguerie du vieil Arabe sympa du quartier.

      #monopole_radical

    • Pour revenir à l’article, c’est super anxiogène de ne pas savoir combien de temps ça va prendre et si on va devoir se battre pour conserver sa place.

      Enfin, la question épineuse de la justice est traditionnellement résolue par ce que l’on appelle la file en serpentin, bien connue dans les aéroports notamment (Wendy’s, American Airlines et Citibank s’en réclament les inventeurs). Si elle n’est pas nécessairement plus rapide que plusieurs files parallèles, elle offre une certaine sérénité d’esprit : pas une seule personne arrivée après moi ne sera servie avant moi !

      J’ai attendu un jour trois heures debout dans une foule qui jouait des coudes pour un visa pour la Serbie en 2000, j’en garde un souvenir pas très charmant !

      Capture d’écran de l’application Fila Indiana, qui indique en temps réel la durée des files d’attentes des supermarchés en période de pandémie

    • Je cherche batteur-mixer-hachoir trois en un... Finalement, comme c’est bientôt mon anniv, je laisse une copine m’en offrir un et je fais comme les trois singes.

      Mais je suis super en colère contre la vente en ligne. D’abord c’est une exclusion de plus pour la minorité de gens qui n’ont qu’un smartphone (20 % environ). Et les droits des consommateurs y sont bafoués. J’ai acheté une tablette sur la Market Place (c’est des vendeurs indépendants qui versent une com au site) de Darty.com :
      –première tablette ne s’allume pas, 2 mois de négo et 10 mails, envoi de 2 chargeurs qui ne règlent pas le problème, au final autorisation de débourser 12 euros pour le renvoyer ;
      –deuxième tablette (reconditionnée à neuf) visiblement malmenée pendant longtemps, coque et écran bien rayés (reste même des gommettes sur la coque), au bout encore de 2 mois de négo et de 10 mails je peux faire compenser la valeur deux fois moindre (!) du produit reçu (mon estimation sur LeBonCoin.fr) par des accessoires, à la discrétion du vendeur.

      Je fais intervenir un médiateur de justice (il y en a un dans chaque mairie, un monsieur retraité bénévole versé en droit) qui leur propose une négo qu’heureusement ils acceptent (leur refus ne leur aurait pas été reproché devant un tribunal, c’est dire si le dispositif est efficace). Ils me proposent un énième renvoi à mes frais à 12 euros et une énième surprise. Je refuse, ils finissent par céder. Restent à ma charge 24 euros de renvois pour un produit de 140 euros (les deux produits ne correspondaient pas à mon achat, en vrai je n’aurais rien dû payer) et le vendeur me fait fuck.

      Cet éloignement entre vendeur et consommateur laisse la place à tous les abus, c’est très dur de s’en sortir. Un copain commande un truc avec 2 ans de garantie, sur la facture c’est 6 mois. Les 2 ans devaient être une hallucination visuelle. J’avais vraiment eu du nez de faire une capture d’écran lors de l’achat ("tablette reconditionnée à neuf") parce que sur la facture ils signalaient déjà la présence possible de « traces » sur l’écran. C’est une #escroquerie qui profite de l’éloignement parce que personne ne s’achèterait une tablette « reconditionnée à neuf » en mauvais état extérieur. Et que chaque renvoi coûte !

      J’en parle parce que ça m’a pourri 8 mois de ma vie, ce conflit, ce mail hebdo auquel répondre sans trop m’énerver. (Certaines fois je demandais à des ami·es de me les lire tellement ça me rendait malade.) Et parce que, comme dit Keucheyan dans Les Besoins artificiels, c’est une nouvelle victoire du capitalisme, un nouveau défaut d’encadrement de la part de la collectivité.

    • " De fait, l’annonce d’un déconfinement le 11 mai atteste que notre gouvernement cherche l’immunité collective plutôt que la suppression." Mais ce menteur parle vrai, on doit lui prêter attention.

      ...l’obligation de confinement est nécessaire à cause des externalités qu’un déconfiné impose à la société, que ce soit le fait de devenir vecteur du virus ou d’occuper un respirateur qui pourrait sauver quelqu’un d’autre. Dans le cas de la politique que je propose, ces externalités me semblent être de second ordre. Un senior qui sortirait alors que les jeunes et les adultes se refilent le virus à qui mieux mieux [les jeunes et les adultes vont s’exposer au virus pour leur offrir l’immunité collective. En fait, il s’agirait d’un bel exemple de solidarité intergénérationnelle. #Christian_Gollier, à aussi] avec un taux de prévalence par moment supérieur à 20%, ce serait une forme de suicide individuel. Je propose donc de ne pas imposer le confinement aux seniors, mais d’indiquer clairement que ceux d’entre eux qui prendraient le risque de se déconfiner pendant la phase d’immunisation collective ne pourraient revendiquer une priorité dans l’allocation des lits de réanimation et des respirateurs.

      Victor Hugo avait pas envisagé la nécessité de fermer des écoles.
      La responsabilité individuelle se fait ouvertement punition. Si on achève les vieux et les vulnérables (il reste de la morphine ou pas ?) c’est qu’ils ont commis l’erreur de sortir de notre politique sanitaire. Qu’importent les faits et la logique, l’#immunité_collective est l’horizon de l’humanité pandémique. Une épidémiologie d’abattoir. Dont on doit - après tout, nous humains, on cause - débattre des modalités.
      À voir comment le gouvernement refuse de se nourrir de quelque élément de réflexion étayée que ce soit (la cybernétique encombrée par tout feedback , une dame démissionnaire de la la REM en parle pendant un entretien aussi long qu’un garde-à-vue anti-terroriste
      https://seenthis.net/messages/848428, pour elle c’est un truc d’ « intellectuel » ...), il faut être content que ce confinement selon l’âge ait du être abandonné (provisoirement ?) pour conserver une réserve électorale. Les jours heureux viendront, on ira encore promener les gens des Ehpad... vers l’isoloir.

      #déconfinement_différenciée_selon_l’âge #offre_de_soin #rareté #vieux #vulnérabilité

  • « Le Nigeria est mieux préparé que nous aux épidémies » , Entretien avec l’historien Guillaume Lachenal, 20 avril 2020
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/200420/le-nigeria-est-mieux-prepare-que-nous-aux-epidemies?onglet=full

    Leçons à tirer des façons dont le Sud fait face aux épidémies, approche sécuritaire des virus, relations entre le médical et le politique, logiques sous-jacentes à la « médecine de tri »…

    Guillaume Lachenal est historien des sciences, chercheur au Medialab de Sciences-Po. Ses principales recherches portent sur l’histoire et l’anthropologie des épidémies, de la médecine et de la santé publique dans les contextes coloniaux et post-coloniaux d’Afrique. Il a notamment publié Le Médicament qui devait sauver l’Afrique (La Découverte, 2014, traduction anglaise The Lomidine files, Johns Hopkins University Press, 2017) et Le Médecin qui voulut être roi (Seuil, 2017).

    Qu’est-ce que les épidémies vécues récemment par les pays du Sud peuvent nous apprendre sur ce qui se passe aujourd’hui ?

    Guillaume Lachenal : Comme le disaient déjà les anthropologues Jean et John Comaroff, la théorie sociale vient désormais du Sud, parce que les pays du Sud ont expérimenté, avec vingt ou vingt-cinq ans d’avance, les politiques d’austérité sous des formes radicales. Le néolibéralisme précoce s’est déployé au Sud, notamment dans les politiques de santé. Il est à l’arrière-plan des épidémies de sida et d’Ebola.

    On découvre aujourd’hui le besoin d’une grille de compréhension qui parte des questions de pénurie, de rareté, de rupture de stocks qui se trouvent être au cœur de l’anthropologie de la santé dans les pays du Sud. On parle aujourd’hui beaucoup de mondialisation, de flux et de la façon dont le virus a épousé ces mouvements, mais observée d’Afrique et des pays du Sud, la mondialisation est une histoire qui ressemble à ce qu’on voit aujourd’hui : des frontières fermées, des avions qu’on ne peut pas prendre, des mobilités impossibles.
    Jusqu’au début des années 2000, en Afrique, l’épidémie de sida, c’est une histoire de médicaments qu’on n’arrive pas à obtenir, qu’on fait passer dans des valises au marché noir… Durant la grande épidémie d’Ebola de 2014, les structures de santé ont été dépassées pour des raisons matérielles élémentaires : manque de personnel, pénurie de matériel…

    Il existe donc, au Sud, tout un corpus d’expériences riche d’enseignements, comme le soulignait récemment l’historien Jean-Paul Gaudillière. Comme Ebola, le Covid est à maints égards une maladie du soin, qui touche en premier lieu les structures de santé, mais aussi les relations de prises en charge domestiques. Surtout, le Sud nous montre comment on a voulu mobiliser une approche sécuritaire des épidémies, au moment même où on négligeait les systèmes de santé.

    Toute l’histoire de la santé publique dans ces pays rappelle pourtant qu’il ne suffit pas d’applications pour monitorer le virus et de drones pour envoyer les médicaments ; que ces modes de gouvernement sont de peu d’efficacité face à une épidémie. On peut tenter de transposer, ici, cette critique d’une gouvernementalité spectaculaire qui produit seulement une fiction de préparation.

    Il y a trois ans, la conférence de Munich sur la sécurité avait été inaugurée par Bill Gates qui affirmait que la menace principale pour le monde était de nature épidémique et pas sécuritaire. Depuis quinze ans, tous les livres blancs de la Défense mettent les épidémies tout en haut de l’agenda. Et nous sommes pourtant dépassés quand elle arrive. Cette contradiction n’est en réalité qu’apparente. Parce que nous avons en réalité confié cette question sanitaire à une logique de start-up, d’innovation et de philanthropie, dans laquelle la politique sécuritaire des États consiste d’abord à mettre en scène sa capacité à intervenir, à simuler son aptitude à gouverner, mais sans véritable moyen de le faire.

    L’anthropologue et médecin Paul Farmer, qui avait été notamment l’envoyé spécial des Nations unies à Haïti après le séisme en 2009, rappelait à propos du fiasco de la réponse à Ebola, en 2014, que la réponse à une épidémie, c’est avant tout « staff and stuff » , des gens et des choses. La France se prend aujourd’hui en pleine figure le manque de masques, de matériels et de tests, et expose ainsi l’hiatus profond entre un débat public expliquant qu’il faut tester davantage, se protéger davantage, et la matérialité de la situation, avec le manque de réactifs, l’incapacité de produire suffisamment de masques, mais aussi l’absence de personnels de santé publique capables de faire le suivi des cas.

    Actuellement, ce n’est pas d’idées, de stratégies, de perspectives critiques que l’on manque… On manque de choses. Les questions les plus intéressantes aujourd’hui sont logistiques et il est sans doute plus intéressant de parler à un brancardier de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis ou à un livreur de Franprix qu’à n’importe quel chercheur. La question centrale, aujourd’hui, c’est l’épidémiologie sociale : comment le virus s’engouffre dans les failles de nos sociétés : les inégalités, les conditions de vie, les différences d’exposition du fait du travail, et toutes les comorbidités qui aggravent la maladie, comme on le voit avec les disparités raciales aux États-Unis, ou le cas de la Seine-Saint-Denis, ici.

    Avec une certaine ironie, on constate que des pays comme le Cameroun ou le Nigeria sont mieux préparés car ils disposent de ce qu’on appelle des agents de santé communautaire ( Community Health Workers ) qui sont des gens peu formés – ce ne sont pas des infirmiers – mais qui sont des sortes d’aides-soignants de santé publique, qui s’occupent des campagnes de vaccination, mais aussi de surveillance épidémiologique, et qui s’avèrent très utiles pour faire le suivi des cas, et des contacts des personnes infectées. C’est un savoir social que ne peut faire la police ou un smartphone.

    Au moment d’Ebola, quelques cas se sont déclarés à Lagos, au Nigeria, et on a craint le pire dans une métropole comme celle-ci, avec un virus aussi mortel. Mais en réalité, le pays a pu s’appuyer sur ces personnes très bien implantées dans les quartiers et les communautés, qui devaient déjà faire face à une épidémie de polio, et ont donc su tracer les contacts, isoler les malades, et réussi à éteindre l’épidémie. Cette success story africaine rappelle que la principale réponse aux épidémies est une réponse humaine, qu’on a complètement négligée ici, où personne ne viendra frapper à notre porte, et où rares sont les quartiers organisés en « communautés ».

    Vous avez coordonné, en 2014, une publication sur la « médecine de tri », dont on saisit aujourd’hui l’ampleur. Pourquoi jugez-vous qu’il s’agit du paradigme de la médecine de notre temps ?

    Ces pratiques de tri qu’on découvre aujourd’hui dans le débat public sont routinières en médecine. Elles sont violentes pour les soignants, difficiles éthiquement, insupportables philosophiquement, mais elles sont aussi nécessaires. On ne peut pas bien soigner les gens sans choisir où faire porter ses efforts. Et ces pratiques de tri sur critères médicaux sont aussi un moyen de traiter les gens de manière égalitaire, au sens où ce ne sera pas seulement celui qui paie le plus qui aura le droit à un ventilateur par exemple.
    Cela dit, ce tri se fait parce qu’il existe un écart entre des ressources rares et les besoins des patients. Or, cette rareté peut aussi être produite, en raison par exemple de la politique d’austérité qui frappe les systèmes de santé. Il est donc important d’avoir un débat sur la production de cette rareté, par exemple au sujet de la réduction du nombre de lits. Mais ce qui produit de la rareté, c’est aussi l’innovation médicale en tant que telle. La dialyse, le respirateur, la réanimation soulèvent de nouvelles questions d’accès et de tri, qui ne se posent pas dans de nombreux pays du Sud où quasiment personne n’y a accès.

    Comment définissez-vous la « santé globale » ? Et pourquoi dites-vous qu’il s’agit du « stade Dubaï » de la santé publique, en faisant référence à la façon dont le sociologue Mike Davis faisait de Dubaï l’emblème du capitalisme avancé ?

    Depuis le milieu des années 1990, les questions de sécurité sanitaire et de biosécurité ont pris de plus en plus de place sur l’agenda. Les réponses très verticales à des épidémies comme celle de VIH ont été motivées avant tout par des préoccupations sécuritaires, notamment d’un point de vue américain, avec l’idée qu’il ne fallait pas les laisser hors de contrôle.

    Ce tournant sécuritaire a coïncidé avec un tournant néolibéral, notamment dans le Sud, où on a contraint les États à diminuer les dépenses de santé publique, et à avoir recours à la philanthropie, ou à développer des infrastructures privées. Lors de mes enquêtes en Afrique par exemple, j’ai pu constater que la santé publique n’était plus qu’un souvenir, dont les personnes âgées parlaient souvent avec nostalgie, comme d’une époque où on pouvait obtenir des médicaments et se faire soigner gratuitement. À partir de la fin des années 1990, tout devient payant et on passe à une approche beaucoup plus minimaliste et sécuritaire de l’intervention de l’État en matière de santé.

    Ce moment qu’on désigne comme celui de « Global Health » , de santé mondiale, est caractérisé, dans le Sud, à la fois par un retrait des États et par un boom du financement global, assuré en particulier par la fondation Gates et les grandes banques de développement dont la banque mondiale, qui mettent en place des infrastructures de santé, le plus souvent avec des partenariats public-privé.

    Pour le dire schématiquement, vous avez des dispensaires qui tombent en ruine et des hôpitaux champignons tout neufs qui poussent parfois juste à côté, construits par les Indiens ou les Chinois, et financés par les banques de développement. Pour les habitants, ces institutions sont le plus souvent des mirages, parce qu’ils sont payants, ou, au sens propre, parce que construire un hôpital, même en envoyant des médecins indiens comme on l’a vu par exemple au Congo, n’est pas très utile quand on manque d’eau, d’électricité, de médicaments…
    D’où la référence à Mike Davis. Ces infrastructures sont des coquilles de verre impressionnantes mais qui demeurent des énigmes pour les habitants, et favorisent toute une épidémiologie populaire qui s’interroge sur ce qu’on a pris ici pour financer cela là, sur l’économie extractive qui a permis la construction de tel ou tel hôpital.

    Cette épidémiologie populaire désigne la façon dont les populations confrontées à des épidémies de type VIH-sida ou Ebola les inscrivent dans des économies politiques globales et des formes vernaculaires de compréhension, et relient les épidémies à des interrogations sur le sens de la maladie.

    C’est comme cela qu’on entend que le sida a été envoyé par tel politicien soucieux de se venger de tel ou tel village, ou Ebola par MSF pour pouvoir prélever des organes sur les cadavres… C’est aussi comme ça qu’on relie telle maladie, comme l’ulcère de Buruli, avec une transformation du paysage, avec tel ou tel changement environnemental. Évidemment tout n’est pas vrai, loin de là, mais dire que l’Afrique est dégradée par une économie extractive, c’est banalement exact.

    L’utopie du docteur David, que vous avez étudiée dans Le Médecin qui voulut être roi , d’un monde dont l’organisation serait entièrement déterminée par la médecine est-elle en train de se réaliser ?

    L’histoire coloniale est riche d’enseignements car on y voit des médecins coloniaux qui, à l’instar du docteur David, peuvent enfin vivre leur rêve d’avoir les rênes du pouvoir et d’appliquer leur science à toute la société. Pendant la guerre, le docteur David possède ainsi un pouvoir absolu sur toute une partie du Cameroun. Il profite de ses pleins pouvoirs en tant que médecin pour lutter contre les épidémies. Mais ce qui est instructif, c’est qu’il découvre son impuissance et il n’arrive pas à changer grand-chose au destin des maladies, car il ne comprend pas la société locale, car il n’a pas tous les leviers d’action qu’il croit posséder en ayant pourtant à la fois la science médicale et le pouvoir politique.
    Il peut être intéressant de jouer du parallèle, car l’utopie qui donnerait tout le pouvoir aux médecins, et travaille toute la santé publique et la biopolitique, n’a jamais été vraiment mise en place, mais demeure à l’état de rêve et de projet politiques – Foucault parlait du « rêve politique de la peste » . Ce qu’on traverse en ce moment, c’est à la fois l’apparence d’une toute-puissance biopolitique, mais aussi l’impuissance fondamentale de tout cela, parce que la réalité ne coïncide pas avec le projet. Ce n’est pas parce que les citoyens ne respectent pas le confinement, au contraire, mais parce que les autorités, notamment municipales, improvisent et imposent une théorie du confinement qui est loin d’être fondée sur une preuve épidémiologique.

    Les derniers arrêtés municipaux, c’est le Gendarme de Saint-Tropez derrière les joggeurs ! Rien ne dit aujourd’hui que le virus s’est beaucoup transmis dans les parcs, et une approche de santé publique rationnelle, qui arbitrerait coûts, sur la santé mentale et les enfants notamment, et bénéfices, imposerait plutôt de les rouvrir au plus vite, avec des règles adaptées – comme en Allemagne par exemple. Comme à l’époque coloniale, on a plutôt l’impression d’une biopolitique qui ne calcule pas grand-chose, et dont la priorité reste en fait d’éprouver sa capacité à maintenir l’ordre.

    Dans un texte publié mi-février, vous affirmiez à propos de l’épidémie qui débutait alors, qu’il s’agissait d’un « phénomène sans message » et qu’il fallait « se méfier de cette volonté d’interpréter ce que le coronavirus “révèle” » . Vous situez-vous toujours sur cette position deux mois plus tard ?

    Je maintiens cette position d’hygiène mentale et d’hygiène publique qui me paraît importante. Sans vouloir jeter la pierre à quiconque, toute une industrie du commentaire s’est mise en place et on se demande aujourd’hui ce que le coronavirus ne « révèle » pas.

    En tant qu’enseignant qui se trouvait être en train de faire un cours sur l’histoire des épidémies lorsque celle-ci est apparue, je me méfiais de l’ennui qu’on peut ressentir à enseigner cette histoire si on s’en tient aux invariants : le commencement anodin, le déni, la panique, l’impuissance, les digues morales qui sautent, les tentatives plus ou moins rationnelles pour comprendre et contrôler, et puis la vague qui se retire avec ses blessures…

    Dans ce contexte, la pensée de l’écrivain Susan Sontag a été ma boussole, en tout cas une position qu’il me semble nécessaire de considérer : il est possible que tout cela n’ait pas de sens. La chercheuse Paula Treichler avait, dans un article célèbre, évoqué « l’épidémie de significations » autour du sida. On se trouve dans une configuration similaire, avec tout un tas de théories du complot, le raoultisme, mais aussi des interprétations savantes qui ne font guère avancer les choses. Il me paraît ainsi intéressant de relever l’homologie entre les théories du complot et celles qui attribuent cela à Macron, à Buzyn ou à telle ou telle multinationale, et qui ont en commun d’exiger qu’il y ait une faute humaine à l’origine de ce qui arrive.
    Ce sont des choses qu’on a beaucoup vues dans des pays du Sud qui n’ont jamais cessé de connaître des épidémies secouant la société, qu’il s’agisse du sida en Haïti et en Afrique ou du virus Ebola. Ces théories jugées complotistes ne sont pas forcément irrationnelles ou inintéressantes politiquement. Pendant la dernière épidémie d’Ebola au Kivu congolais, on a accusé le pouvoir central, l’OMS ou certains politiciens locaux d’être derrière l’épidémie pour profiter de « l’Ebola business ».

    Des enquêtes journalistiques menées depuis, comme celle d’Emmanuel Freudenthal, ont effectivement montré l’ampleur de la structure de corruption mise en place autour de la réponse Ebola au Kivu, même si cela ne veut pas dire qu’elle avait été provoquée. L’épidémiologie populaire, comme on la désigne en anthropologie de la santé, est porteuse de diagnostics sociaux et politiques qui sont souvent au moins aussi intéressants que certains discours de sciences sociales qui cherchent à mettre du sens là où il n’y en a pas toujours.

    Le stade Dubaï de la santé publique
    La santé globale en Afrique entre passé et futur
    Guillaume Lachenal
    Dans Revue Tiers Monde 2013/3 (n°215), pages 53 à 71
    https://www.cairn.info/revue-tiers-monde-2013-3-page-53.htm

    Sans gendarme de Saint-tropez : Security agents killed more Nigerians in two weeks than Coronavirus
    https://seenthis.net/messages/845017

    Articles cités :

    Covid-19 et santé globale : la fin du grand partage ?, Jean-Paul Gaudillière
    https://aoc.media/analyse/2020/04/02/covid-19-et-sante-globale-la-fin-du-grand-partage
    est sous#paywall...

    Donner sens au sida, Guillaume Lachenal
    https://journals.openedition.org/gss/2867

    Bill Gates, « l’homme le plus généreux du monde », ne l’est pas tant que cela
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/110519/bill-gates-l-homme-le-plus-genereux-du-monde-ne-l-est-pas-tant-que-cela?on

    En RDC, la Riposte de l’OMS rattrapée par l’« Ebola business »
    https://www.liberation.fr/planete/2020/02/04/en-rdc-la-riposte-de-l-oms-rattrapee-par-l-ebola-business_1776970

    #Sud #histoire_des_sciences #anthropologie #Paul_Farmer #épidémies #santé_publique #tournant_sécuritaire #médecine #austérité #pénurie #maladie_du_soin #médecine_de_tri #médecin #sytèmes_de_santé #États #simulation #staff_and_stuff #épidémiologie_sociale #épidémiologie_populaire #agents_de_santé_communautaire #savoir_social #rareté #production_de_la_rareté #innovation_médicale #science #biopolitique #maintien_de_l'ordre #santé_communautaire #Nigeria #Afrique #politique_du_soin

  • Toilet Paper Wars and the Shithouse of Capitalism

    The run on toilet paper has brought the failings of capitalism front and center to the bathroom of every house across Australia, a trend that has now spread to other countries. We are witnessing, in real-time and with stunning consequence, the stone-cold fact that markets are an ineffective mediator of resources, prone to the worst vagaries of herd mentality. Perceived impending shortages of toilet paper owing to the spread of COVID-19 set off widespread panic. We might be inclined to laugh at the implausibility of the whole scenario, but whether the situation is real or imagined is beside the point. The truth, which in this case may appear stranger than fiction, is that markets operate in the sweet spot between scarcity and fear.

    Those who stockpiled toilet paper are in no danger of running out, and many undoubtedly have way more rolls than they could ever hope to use in the course of several months. These individuals have successfully avoided catastrophe while stuffing up their fellow citizens in the process. The whole situation is quite literally a stinking mess. What is particularly tragic though, is that this story of scarcity and hoarding is a common one. It is the story of capitalism itself.

    Let’s pretend that we are talking about housing rather than toilet paper for a moment. The same principles actually apply. Those who got into the property market early, or have the ability to enter into the housing market at this stage, are the big winners. By early, we are talking several generations ago when land was cheaper and people were far fewer. It was a time when savvy buyers could accumulate vast portfolios. The payoff is that their children and grandchildren had to do very little to maintain the wealth that they inherited, other than continuing to extract value in the form of rent from the properties they owned.

    This is Donald Trump’s story, and it is one of extreme privilege and exploitation. His critics are often appalled by his lack of empathy, but Trump appears to have no conception of caring for the poor precisely because he doesn’t have to. In a similar fashion, if you have a good stockpile of toilet paper, you’re likely not so worried about what everyone else in your neighborhood might be doing. You’re just looking out for number one, so you can continue to do your number twos in peace. Much like the run on toilet paper produced winners and losers by creating a situation of scarcity, so too does the housing market have the same effect.

    Few can afford housing precisely because there has been a decades-long run on this commodity. The extension of the time scale makes it less obvious as to what is going on, but it is the exact same mechanism at play. Those who got into housing first have nothing to fear. They are not prone to the uncertainties that plague the experiences of those who lost out. Insecurity often comes in the form of inflated prices. While there have been examples of people trying to sell toilet paper at exorbitant prices on eBay, so far the demand has not matches sellers’ exploitative expectations. Housing is another matter, where those who did not get in early must pay inflated prices, subject themselves to an ongoing extraction of their means in the form of rent, or find themselves homeless.

    The fact that there are fistfights in grocery stores is the tip of the iceberg in terms of the desperation that a populace can express when placed in a context of crisis. Violence becomes inevitable, which is a terrifying thought when we recognize that housing is a systemic crisis. On the one hand people turning on each other is a reflection of an individualist society, a cultural understanding that only emboldens the wealthy. The poor seldom form solidarities that encourage them to turn on their oppressors by organizing events like rent strikes. They are too busy fighting each other over scraps to make ends meet.

    Who does hoarding hurt? The answer should be clear. Whether in housing or in toilet paper, it is poor people and working families living paycheck-to-paycheck who are worst affected. They can’t afford to stock up on commodities like toilet paper because they are continually paying rent so that they can have access to the most basic, and yet most hoarded commodity of all: housing.

    The toilet paper apocalypse is already prompting people to reconsider their strategies for managing their bodily needs in ways that do not fall prey to further hoarding, paying huge ransoms, or resorting to violence. There is, for example, a lot of discussion on social media about the benefits of bidets. While responding to a shortage of toilet paper might seem trivial in the grand scheme of capitalism, it has provided us with a small glimpse into what it means to explore other ways of being in the world. In the context of housing, such experimentation comes in the form of cooperatives, intergenerational living arrangements, and even housing squats.

    There is a key difference between toilet paper and housing though. Toilet paper shortages are unlikely to be a prolonged phenomenon. The boom will soon bust. Major retailers have already begun placing limits on the amount people can buy. They have intervened in the market, recognizing that any supposed invocation of it being “free” is a dystopian fantasy that is detrimental to the community as a whole. The housing situation, on the other hand, is a protracted affair, and one that leaves many people out in the cold. It is not going to fix itself, and successive governments all around the world have proven that they are unwilling to regulate in ways that are equitable. In the face of such ineffectuality and inequality, the question then becomes: how much shit are people willing to take?

    https://www.commondreams.org/views/2020/03/15/toilet-paper-wars-and-shithouse-capitalism
    #papier_toilettes #coronavirus #confinement #Simon_Springer #capitalisme #marché #mentalité_de_troupeau #panique #PQ #rareté #peur #privilèges #exploitation #prix #logement #violence #crise #crise_systémique #individualisme #solidarité #pauvres #riches #classes_sociales #bidets #coopératives #squats #inégalités #pénurie

  • byNWR French → Qui sommes-nous ?
    https://www.bynwr.com/fr/about

    Né de la passion de Nicolas Winding Refn pour le rare, l’oublié et l’inconnu, byNWR offre une nouvelle vie à tout ce que la culture compte d’intrigant, d’influent et d’extrême.

    Des volumes trimestriels divisés en trois chapitres mensuels contiennent chacun un #film entièrement restauré. Ces reprises inspirent une profusion de contenus originaux rassemblés par nos rédacteurs en chef invités. À mesure de notre évolution et de notre développement, nous encouragerons l’exploration de différents thèmes par des programmateurs, des auteurs et le public, créant ainsi une communauté formée de ceux qui aiment créer, visionner, lire, regarder et écouter. Dans le monde de l’instantané byNWR prend son temps en empruntant un chemin divergent vers ce qui n’est pas encore découvert… où nous partageons, apprécions et regardons vers l’avenir avec espoir, prospérité et l’idée que la culture est pour tout le monde.

    #cinéma #raretés #films_oubliés

  • Le beurre et l’argent du beurre
    https://blog.monolecte.fr/2017/11/10/beurre-largent-beurre

    Le plus « marrant » dans cette histoire de beurre, c’est que si tout le monde parle spontanément de pénurie — selon le champ sémantique mis en place par les médias dès le début de la crise — il suffit de lever un sourcil en accent circonflexe pour que l’interlocut⋅eur⋅rice corrige immédiatement avec un « la soi-disant » pénurie de beurre. Comme quoi, la bonne info finit toujours par se répandre, y compris par capillarité.

    #marchandisation #capitalisme #pénurie #économie #rareté #santé

  • Les racines culturelles de l’#anti-environnementalisme de Trump – La pensée écologique
    http://lapenseeecologique.com/les-racines-culturelles-de-lanti-environnementalisme-de-trump

    La trajectoire culturelle de cette nation commence tôt. Aux yeux des colons européens (ou envahisseurs – à vous de choisir), les #richesses naturelles de l’Amérique du Nord paraissaient incommensurables. Les contraintes économiques sur l’utilisation des #ressources, fondées sur leur #rareté dans le Vieux Monde, ne semblaient guère nécessaires face à une telle #abondance. A mesure que les colons se dispersaient, leurs manières de consommer et d’affecter des terres ont stupéfié leurs visiteurs européens, en raison de leur #gaspillage volontaire. Au dire de l’historien Bill Cronon, « l’abondance écologique et la prodigalité économique allaient de pair » ; « le peuple de l’abondance » dans la Nouvelle-Angleterre coloniale est devenu « un peuple du gaspillage[2]. » Ce que l’historien Daniel Worster a récemment nommé « la théorie du feu vert » guidait la nouvelle culture[3]. Disposant de ressources aussi vastes, pourquoi l’Amérique ne foncerait-elle pas vers l’avenir ?

    Aujourd’hui, cet élément clé de la culture américaine – ce mélange d’abondance apparente, de liberté, d’individualisme et de capitalisme – reste fort, en dépit de cent-cinquante années d’efforts pour le contrer. La technologie et la croissance de la population ont joué des rôles importants dans notre abus de la nature. Mais notre culture est encore plus influente. Nous nous servons de la nature et nous en abusons en raison de nos façons de la percevoir et de la valoriser, en raison de nos manières de penser notre rapport à elle et de nos rapports sociaux, en raison de notre confiance – ébranlée mais toujours significative – dans notre capacité, fondée sur notre prétendu statut moral unique, d’aller de l’avant n’importe comment, en surmontant des pénuries, en nettoyant nos dégâts et en maintenant la nature sous nos talons.

  • Un algorithme pour transposer des oeuvres littéraires en musique | ICI.Radio-Canada.ca

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2014/06/10/002-des-chercheurs-transposent-en-musique-des-textes-litteraires.sh

    Via notre grande copine Elisabeth Vallet à Montréal qu’on désespère de faire venir sur Seenthis. Elisabeth, pleeeeeaaaaazzzzzzeeeee...

    Grâce à un programme informatique, baptisé TransProse, deux chercheurs traduisent en musique des oeuvres littéraires. Ils ont présenté le fruit de leurs recherches en Suède en avril.

    Hannah Davis, de l’Université de New York, et Saif Mohammad, du Conseil national de recherches Canada, ont mis au point un algorithme qui permet d’identifier, en analysant le vocabulaire, les émotions présentes dans un texte littéraire, puis de les transposer en notes de musique.

    #musique

  • Quel voleur accepte qu’on le vole ? #Capitalisme et #propriété privée
    http://i2d.toile-libre.org/PDF/2011/i2d_capitalisme_propriete.pdf

    un extrait :

    Comment comprendre la quête effrénée d’Achab, sinon comme la tentative déses- pérée de s’attacher ce qui est fondamentalement inattachable, c’est-à-dire ce qui est toujours perdu d’avance ? « Je l’ai marquée, vociférait-il pourtant. M’échappera-t-elle ? » Car Moby Dick, qui avait fauché la jambe du capitaine du Péquod « comme un moissonneur fauche une tige dans un champ », c’est-à-dire comme un glaneur amoureux cueille la première rose qui lui tombe sous la main, portait elle-même les stigmates de toutes les attaches manquées, harpons tordus et tournés dans son corps, hampes brisées de lances sortant de son dos, emmêlements de lignes qu’elle portait comme une charge ficelée sur elle. Et la tête blanche de la baleine, avec son front ridé, n’était-elle pas en quelque sorte le grand livre ouvert de l’histoire, où se rejouait indéfiniment la même ritournelle, celle des hommes qui voulaient harponner tous les météores, vagabondant sur le corps plein de la terre, et les météores qui continuaient leur course sous le vent, d’une allure paisible de voyageur, indifférents à tant d’efforts ?

    Il fallait s’y faire. L’âme humaine évoluait entre l’une et l’autre de ces deux #dispositions contraires, incapable de se poser jamais, se réclamant de la première quand on lui opposait la seconde, et récipro- quement, du moment que le vol était possible, et qu’on ne se fît pas voler en retour. (Le gantier suggérait ici que les #contradictions, bien mieux que d’empêtrer les hommes, étendaient au contraire leur #pouvoir et leur champ d’action.) En d’autres termes, chaque individu s’arrogeait le privilège de l’invention, en le déniant catégoriquement à autrui, afin de pouvoir #jouir de ses trouvailles en solo. Les hommes voulaient voler sans être volés, ils voulaient pouvoir se servir sans que les autres se servissent après eux. En ce sens, saint Augustin avait simplement répété ce que d’autres avaient dit avant lui : l’homme était un être de contradiction, une créature bicéphale, voguant inexorablement entre la souille et l’éther, entre la gloire et l’infamie. Et l’#économie_de_marché, dont le gantier connaissait les multiples ressorts, pour l’avoir vue se déployer dans toute sa splendeur à travers la mécanique à écraser le monde qu’avait inventée Mouret, l’économie de marché avait trouvé dans cette contradiction le principe #dynamique qui allait lui permettre d’assurer son implacable empire.

    En effet, le capitalisme avait fait d’une double disposition psychologique au libre picorement et à l’#accaparement le ressort de toute une politique. Pour Mignot, le capitalisme était un naturalisme, il suivait l’âme sur le chemin de sa chute naturelle, reproduisant à l’échelle molaire les mécanismes de la #subjectivité humaine. Pour faire simple, le capitalisme flattait le petit voleur qui ne veut pas être volé présent en chacun de nous, tout en s’assurant d’empocher le pactole, au bout du compte. Pouvoir voler sans risquer d’être volé en retour, voilà en effet le principe général qui avait présidé au mouvement des « #enclosures » — c’est-à-dire à l’expropriation hors de leurs terres des producteurs ruraux et des masses populaires anglaises —, secret de l’#accumulation_initiale du début du xvie siècle, analysée par Karl Marx à la fin du premier livre du Capital ; mouvement dont Hannah Arendt avait montré par la suite qu’il constituait la #logique_structurelle du capital. Car chaque clôture, chaque haie, chaque bouledogue, chaque vigile, chaque brevet, chaque article du Code civil tendaient à leur manière à résoudre la terrible question augustinienne. À ce titre, le droit, qui était une technique parmi tant d’autres, s’efforçait toutefois de les surcoder toutes, en les réenveloppant dans son écheveau de lois, de décrets et de jurisprudences. Et qu’est-ce que le droit de propriété, demandait Mignot, sinon le droit pour un individu d’interdire à un autre individu de lui voler ce qu’il a lui-même extorqué à un tiers ?

    Pour résumer ce qui venait d’être dit, et marquer les consciences, Mignot annonçait, imperturbable, que le capitalisme était le système politique qui organisait les conditions de monopole du vol légitime ; c’est-à-dire les conditions permettant de conjurer l’#ontologie_des_biens_épaves, au profit d’une petite clique, qui réglait les modalités de la mainmise — décidément, l’étymologie plaidait en faveur des propos du gantier. Car toute propriété consacrée par le droit était un fait d’empiètement, pareil à celui d’un arracheur de bornes, une institution de l’#égoïsme, dont le seul résultat avait été de déposséder la multitude au profit de cette caste, et que le législateur avait tout naturellement consacrée, puisqu’il en faisait partie lui-même ; l’histoire était connue de chacun. Simplement, on avait décidé un beau jour, en haut lieu, qu’un certain vol était légitime et qu’un autre ne l’était pas. On avait pris les dispositions pour encourager le premier et pour punir le second — et c’en fut fait de l’ontologie.

    Mignot invitait ses auditeurs à faire l’expérience de pensée suivante. Que chacun imaginât un domaine terrien existant, entouré de larges murailles ou de hautes clôtures, et reculât peu à peu dans le temps, en parcourant à l’envers l’enchaînement des héritages et des successions. Et où arrivait-on au bout du compte ? Au vol, pardi ! Au plus loin que l’on remontât, toute propriété terrienne était le fait d’un #vol_originaire, d’une confiscation primitive ; il avait bien fallu, avant qu’elle appartînt à un seul individu à l’exclusion de tous les autres, que celui- là s’en autoproclamât un beau matin le seigneur. Dominium fiat ! Où que l’on regardât autour de soi, champs, jardins, domaines, rien qui n’eût d’abord été spolié, en toute connaissance de cause, à la nature, et donc à la #communauté des hommes. La manœuvre était commode : il n’y avait pas d’autre chemin, pour passer des grands espaces, ouverts aussi loin que portait la vue, aux actes de Monsieur le notaire, que le chemin du pillage ; et certains n’avaient pas hésité, comme condition de cette odieuse usurpation, à expulser ceux qui s’étaient trouvés là, à brandir de fallacieux titres de propriété ou à pointer sur leurs visages les canons de leurs fusils — et à tirer, ô accumulation initiale.

    Et ce qui valait pour les terres, valait pour les choses, pour les gants par exemple, les gants de chevreau, les gants Bonheur, les gants de Suède ou de Saxe. Les États capitalistes, qui transformaient magiquement les biens épaves en corps-morts, refusaient identiquement que les produits du travail fussent mis en jeu, sur le grand tapis de la roulette planétaire. Mieux, ils l’acceptaient une fois, le temps de les prendre (voler), et le refusaient ensuite à tous les hommes (sans être volé). Le gantier avait noté que tous les corpus de lois, depuis les premiers errements du droit romain, jusqu’aux infinis articles du fastidieux Code civil, allouaient les res nullius à l’amiral d’Angleterre, aux seigneurs, aux États et aux Empires, c’est-à-dire, un soupçon de jugeote suffisait pour tirer cette conclusion édifiante, à ceux-là mêmes qui les avaient rédigés ! Le capitalisme organisait la #captation monopolistique des res nullius et des terra nullius . Et Melville rappelait encore le latin des livres de lois de l’Angleterre : De balena vera sufficit, si rex habeat caput et regina caudam . Autrement dit, de toutes les baleines capturées sur les côtes de ce pays, le roi devait recevoir la tête, et la reine la queue. Et le gantier poursuivait sa lecture de Moby Dick : « Pour la baleine, cette division est à peu près comme si on partageait une pomme en deux : entre les deux parts, il ne reste rien. » C’était là la contribution de la mer. La mer payait impôt à l’Angleterre — Flotson , Jetson et Lagon .

    En somme, la classe possédante jonglait astucieusement entre le fait et le droit, entre le statut de poisson attaché et celui de poisson perdu. C’était même très exactement le rôle des États : surcoder toutes les épaves de la terre pour les soumettre au pouvoir d’un maître du surplus ou du stock, qui en réglait l’appropriation monopolistique et la prétendue redistribution. Et non seulement les objets, mais les forêts, les pays, les continents, les étoiles elles-mêmes étaient des poissons perdus, et aussitôt après des poissons attachés. L’accumulation primitive était permanente et ne cessait de se reproduire, pour réaliser le but suprême du capitalisme : introduire le #manque là où il y avait toujours trop, par l’absorption des ressources surabondantes. Et cela valait également pour le travail, et pour la monnaie. Car dès lors qu’une chose possédait le premier statut, celui de poisson perdu, celui de #flux libre ou « décodé », pour parler comme les deleuziens, dif- férents « #appareils_de_capture » (#rente, #profit, #impôt) avaient été montés pour lui donner immédiatement le second. Les États s’arrogeaient en vérité l’appropriation monopolistique de la capture elle-même. Dans ces conditions, ils admettaient l’ontologie des biens épaves pour mieux la #corrompre ; ils se nourrissaient d’elle, ils la parasitaient. Mais pour ce faire, il fallait également procéder à l’opération inverse, c’est-à-dire décoder les flux qui avaient été codés une première fois, par d’autres formations sociales ; autrement dit : rendre leur statut de poissons perdus aux poissons attachés, pour les intégrer sur-le-champ à une #axiomatique de classe ; décoder et reco- der — quel voleur accepte qu’on le vole ?

    Et c’était ça, le capitalisme. Ce décodage généralisé des flux, pour en capter la plus-value, et leur incorporation dans une axiomatique permettant d’en contenir les puissances révolutionnaires , ce qui demandait l’aide d’une gigantesque machine répressive, qui recodait à tour de bras, à coups de dictature mondiale et de #police toute-puissante. Car partout, le capitalisme repoussait et conjurait sa propre réalité, les flux décodés, conscient que le décodage achevé des flux, leur fuite hors de l’axiomatique sociale, c’est-à-dire la #déterritorialisation absolue des objets et des hommes, coulant sur le corps plein sans organes, constituait sa limite externe. Et peut-être que ce retour à une ontologie d’objets trouvés, que Mignot prônait haut et fort, était la « voie #révolutionnaire » dont parlaient Gilles #Deleuze et Félix #Guattari. Non pas se retirer du marché mondial, mais « aller plus loin encore dans le mouvement du marché, du décodage et de la déterritorialisation ». Non pas se retirer du procès, mais accélérer le procès, en prenant la #décision, universellement concertée, de décoder tous les flux, une fois pour toutes, et partant d’abandonner les objets à leur fortune de poissons perdus, flottant librement entre le noyau terrestre et la stratosphère, dans les limbes éthérées de la planète bleue.

    Mignot sortit de sa sacoche un récent best seller, qu’il avait lu quelques mois plus tôt, et qui s’appelait La Soute, ou La Route. L’homme et l’enfant marchaient dans un pays qui avait été ratissé et pillé des années plus tôt, poussant laborieusement leur caddie, dont l’une des roues était près de lâcher. L’homme et l’enfant marchaient dans un monde gris et nu, où tout était recouvert de cendres. Et le gantier avait compris que cette « terre carbonisée », cette « terre de rien », « dépouillée de la moindre miette », longuement décrite par Cormac McCarthy, c’était le monde que le capitalisme abandonnait aux hommes, après qu’il l’avait dévalisé de fond en comble. L’odyssée de l’homme et de l’enfant, c’était simplement la vie en milieu postcapitaliste, ou hypercapitaliste, ça revenait au même ; la vie dans un monde vidé de ses épaves, un #monde où il n’y avait plus rien à #glaner, sinon quelques boîtes de conserves anonymes, qui avaient miraculeusement échappé au désastre. Toujours leurs mains reve- naient vides, et toujours ils les lançaient, au-devant des introuvables reliques de la civilisation, comme des fossoyeurs retournant obstinément les cimetières, pour en exhumer un cœur qui bat. Car c’était tout ce qui les tenait en vie, l’un et l’autre, rester des inventeurs, coûte que coûte, des batteurs de grèves, en quête de l’#abondance d’un monde disparu. La Joute était une dérive indéfinie dans les économats de l’enfer, à travers l’axiomatique capitaliste, et c’était comme ça tout au long du livre : chercher (tout ce qui pourrait servir), trouver (rien, presque rien), prendre (une boîte de pêches en conserve), jeter, chercher encore, etc. Et même, c’était parce qu’il n’y avait plus rien à cueillir que l’homme et l’enfant se méfiaient des autres survivants, des autres fouilleurs de ténèbres, comme eux mis à nu, et prêts à leur soutirer le peu de vivres qui traînait au fond du caddie, prêts à les condamner à mort. Et Mignot jubilait : C’était parce que le capitalisme organisait d’abord les conditions de la #rareté dans le monde, que le vol était non seulement possible, mais surtout nécessaire, pour tous ceux qui cherchaient en vain leur nom sur la liste des invités d’honneur, pour prendre part au grand régal du marché des changes ! Et la question qu’avaient posée Deleuze et Guattari n’était pas de savoir pourquoi les #travailleurs #pauvres, les démunis, les affamés volaient ; non, la question était de savoir pourquoi les travail- leurs pauvres, les démunis, les affamés ne volaient-ils pas toujours ?

    http://pontcerq.toile-libre.org/007%20mignot.htm

    #éditions_Pontcerq #livre_en_ligne

  • Why Wu-Tang Will Release Just One Copy Of Its Secret Album
    http://www.forbes.com/sites/zackomalleygreenburg/2014/03/26/why-wu-tang-will-release-just-one-copy-of-its-secret-album

    According to RZA and the album’s main producer Tarik “Cilvaringz” Azzougarh, a Morocco-based part of Wu-Tang’s extended family, the plan is to first take Once Upon A Time In Shaolin on a “tour” through museums, galleries, festivals and the like. Just like a high-profile exhibit at a major institution, there will be a cost to attend, likely in the $30-$50 range.

    Visitors will go through heavy security to ensure that recording devices aren’t smuggled in; as an extra precaution, they’ll likely have to listen to the 128-minute album’s 31 songs on headphones provided by the venue. As Cilvaringz puts it: “One leak of this thing nullifies the entire concept.”(...)
    Once the album completes its excursion, Wu-Tang will make it available for purchase for a price “in the millions.” Suitors could include brands willing to shell out for cool points and free publicity (just as Samsung spent $5 million to buy copies of Jay Z’s latest album for its users) or major record labels hoping to launch the album through the usual channels (they’re used to paying top acts seven-figure advances).(...)

    “I know it sounds crazy,” he says. “It might totally flop, and we might be completely ridiculed. But the essence and core of our ideas is to inspire creation and originality and debate, and save the music album from dying.”

    #industrie_musicale #hiphop #wtf #fric

  • Tarir le flux et verrouiller le code. Web is Dead.
    http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2013/03/web-is-dead.html

    La seconde nouvelle est hélas bien plus inquiétante. Il s’agit d’inclure au coeur même d’HTML 5 des options DRMisables. Des DRM (Digital Rights Management) au coeur du code. Lawrence Lessig, auteur de « Code is Law » doit en être tout retourné ... De quoi se rappeler que DRM est surtout l’acronyme de Droit de Regard de la Machine.

    via @homlett

    • Et dans les commentaires à posteriori sur les raisons de la fermeture de Google reader :

      il s’agit bien là d’une logique de « raréfaction », et qu’elle marque clairement l’entrée dans une phase « adulte » de l’économie des médias pour Google. C’est à dire passer de l’économie de l’abondance aux moyens d’organiser et de gérer la rareté. Et que cela confirme également que le modèle de Google (dans la théorie Vu Lu Su de Jean Michel Salaun) est bien celui de la bibliothèque (organiser la rareté donc).

      #google #modèle_économique #rareté

      Pour l’intégration des DRM dans HTML 5, voir aussi la réponse de Cory Doctorow à Tim Berner Lee (basée entre autre sur les constats tirés de l’intégration des DRMs aux DVD et du blocage des innovations qui en a résulté) : traduction sur https://framablog.org/2013/03/14/drm-html5-doctorow
      #innovation #DRM #DVD #Cory_Doctorow #Tim_Berner_Lee