• John Tolan : « Les #Lumières voyaient le Prophète comme un héros du #rationalisme » - A la Une - Le Monde des #Religions
    http://www.lemondedesreligions.fr/une/john-tolan-les-lumieres-voyaient-le-prophete-comme-un-heros-du-r

    ... aujourd’hui, « Mahomet » est souvent opposé aux Lumières. N’était-ce pas déjà le cas aux XVIIe et XVIIIe siècles ?

    Non, bien au contraire. Les Lumières voyaient le Prophète comme un héros du rationalisme, contre l’#obscurantisme de l’#église chrétienne. La traduction du #Coran par Georges Sale en 1734, dont l’introduction compare Mahomet à des fondateurs d’#Athènes et de #Rome, a eu un impact profond dans cette compréhension de Muhammad comme l’initiateur d’un #monothéisme pur, débarrassé du culte des saints et du pouvoir des prêtres, qui offrirait un modèle proche du #déisme. C’est cette traduction qu’utilise Voltaire. Et c’est elle qui va le faire changer d’avis. Dans sa pièce de théâtre Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, écrite en 1736, il décrit un imposteur sanguinaire et ambitieux, qui rappelle la légende noire du Moyen Âge. Mais vingt ans plus tard, dans son Essai sur les #mœurs et l’#esprit des nations, il en fait un grand homme, qui a réussi à rassembler les Arabes. Certains diraient aujourd’hui que #Voltaire est « #islamogauchiste » ! Cela préfigure en fait le « Mahomet » romantique, qui sera comparé à Napoléon.

  • Critique de Popper et de la falsifiabilité au travers le la théorie...
    https://diasp.eu/p/7572280

    Critique de Popper et de la falsifiabilité au travers le la théorie des cordes

    La zététique, scientiste, mal comprise et naive, c’est pas tip top ... Soyons zététiciens avec nos pratiques et nos pensées zététiques !

    https://www.youtube.com/watch?v=L0CbD35REXU

    la tete dans les étoiles, c’est cool, mais avec les pieds bien par terre.

    #science #astrophysique #Popper #theoriedescordes #scientisme #scepticisme #zététique #rationalisme

  • Misère de l’athéisme
    http://revueperiode.net/misere-de-latheisme

    Il y a une dizaine d’années quelques intellectuels à sensation ont remporté un succès commercial en publiant des ouvrages contre la #religion. C’est le cas notamment de Richard Dawkins et son En finir avec Dieu. Dans cette réponse cinglante, Terry Eagleton fait la prouesse de rendre intelligible la foi religieuse et les fondamentaux de la théologie chrétienne aux athées les plus obtus. C’est notamment parce qu’en plus d’être un brillant critique littéraire marxiste, Eagleton a été l’animateur essentiel du courant de la gauche radicale catholique en Grande-Bretagne dans les années 1960, inspiré par Marx et Wittgenstein. C’est avec ce parcours qu’Eagleton conteste point par point les prétentions des nouveaux athées dans leur croisade antireligieuse. Il propose une défense singulière des croyants, qui (...)

    #Uncategorized #théologie_de_la_libération

    • Ma foi. ;)
      Je ne suis pas fan de Dawkins, mais j’y reconnais des positions assez claire et tranché.
      Je ne vais pas tenter de défendre Dawkins, mais d’indiquer en quoi cette défense de la religion pose problème.
      Corporatisme exclusif contre diversité des croyants . D’abord, elle commence en faisant croire que pour parler de la religion, la critiquer, avoir un avis dessus, il faudrait avoir lu des livres de théologiens et de spécialistes. Eagleton se fait donc corporatiste obtu, car demandons aux croyants ce qu’ils ont lus... Beaucoup d’entre eux ne connaissent pas forcément les principaux livres de leur religions, (et certains athées d’ailleurs sont parfois plus au fait de ces livres qu’eux), si en plus il faudrait qu’ils aient lu les livres de théologiens sur leur religion autant le dire toute de suite : ce n’est pas que les athées qui ne pourrons pas parler de la religion, ce sont la majorité des croyants, et surnagerons quelques théologiens.

      Religion et endoctrinement . Il n’est pas question (et même pour Dawkins) de dire que toute foi rend aveugle, mais juste de rappeler simplement que oui, certaines religions considèrent des choses comme sacrées, et qui a ce titre ne doivent pas être questionnées ou critiquées. Certaines établissent des dogmes. D’autres pas, tant mieux ! Il ne s’agit pas de faire un inventaire. Mais de constater, que, dans sa démarche la science et la religion diffère.
      Pour Dawkins, le problème n’est pas tant : comment les « enfants chrétiens et musulmans sont élevés », que de dire que la catégorie même de « enfants chrétiens ou musulmans » pose problème : ils ne choisissent pas. C’est leur parents qui décident pour eux. Le fond du problème est là.

      Sur l’opposition entre science et religion , Dawkins est clair : oui, il y a concurrence... mais que a condition que la religion prétendent avoir des savoirs du même ordre que la science. Ce que les théologiens rationalistes n’apprécie pas, c’est qu’on leur rappelle que puisqu’ils prétendent que Dieu existe, c’est à eux de le prouver, et pas à ceux qui n’y croient pas. La charge de la preuve revient a celui qui affirme l’existence d’une chose. Une affirmation sans preuve, peut-être réfuter sans preuve.
      Du reste les formes qu’il dit que Dawkins attribue a Dieu (architecte, artisan...) ne viennent pas de Dawkins, il ne fait qu’analyser les propositions des théologiens plus anciens. Et pendant que le débat dérive, la preuve de l’existence de Dieu se fait toujours attendre (et cela n’empêchera pas le théologien par ailleurs d’affirmer que Dieu est transcendant, qu’il veux ceci cela... le tout avant d’avoir prouver son existence).

      Le jeu de la validation subjective : j’aligne les auteurs qui m’arrange, j’oublie les autres.
      Ensuite, le théologien, aura beau jeu de défendre les idées de Thomas d’Aquin, plutôt aristotélicien et pour cette raison en accord avec l’existence du corps... mais rappelons simplement que sont tout autant reconnu par la théologie saint augustin, beaucoup plus platonicien, et pour la peine, d’un tout autre avis.

      La raison de la vie sur terre. Le théologien prend au pied de la lettre l’humour de Dawkins demandant pourquoi ne désire t’il pas mourrir vite pour rejoindre le paradis et répond en disant que le christianisme accorde une grande valeur a la vie humaine. Mais certainement ! Demandons à ceux qui ont subit l’inquisition, et les hérétiques ce qu’ils en pensaient. Il semble bien plutôt que si les croyants ne veulent pas se donner la mort, c’est parce qu’ils pensent qu’ils ont une mission sur terre. Et cette mission connaît de grande divergence. Pour certains c’est tuer au nom de Dieu, mais aussi pour d’autre, et il faut le reconnaître : se sacrifier par amour pour son prochain. Ce n’est pas forcément négatif que de penser que l’on a une mission. Mais par contre, c’est particulier, nous ne nous pensons pas tous missionné par qq.un d’autres, on peu envisager p.ê soit-même de se donner des objectifs.

      La vie de Jésus Il est vrai que les interprétation de la vie de jésus diverge. Et on a droit ici à celle classique de gauche qui en font un rebelle.... mais ce n’est pas qu’une interprétation qui nous est livré la. C’est plus : c’est une invention. On ne sais pas autant de chose sur jésus. On est loin de connaître toute sa vie (si l’on accepte l’idée qu’il est existé : est c’est probable) d’une part, et d’autre part, on ne connait de sa vie que des discours qui parfois sont contradictoire et son rapporté par des gens... QUI N’ETAIENT PAS LA DE SON VIVANT. Le plus récent des récit est fait 40 ans après sa mort !

      Faut-il respecter une croyance religieuse Le théologie argue du fait qu’il faudrait respecter une croyance parce qu’elle est ancienne (appel à la tradition : ce n’est pas un argument), populaire (appel au nombre : ce n’est toujours pas un argument) et qu’elle a des effets (beaucoup de croyance on des effets). Le problème c’est de confondre : respecter une croyance et respecter un croyant. Car évidement que l’on respecte les personnes, mais ça n’implique pas de ne pas pouvoir formuler d’avis sur leurs croyances. Car c’est bien ce qui est sous-entendu la dessous. Si l’on pousse le raisonnement, il est fort probable, que la demande de « respect » d’une croyance, rappelle simplement : le retour du blasphème. Espérons que non.

      La critique du libéralisme de Dawkins Pourquoi pas. Comme je l’ai dit, je ne cherche pas à le défendre.

      Que reste t’il a l’athéisme ? Enfin, je voudrais terminer avec cette précision. Dawkins est loin d’être le seul nouvel athée, et il défend même une position très exigente rationnellement qui je trouve p.ê pertinente avec certains théologiens, ou croyants rationnels, mais qui n’a aucun effet avec la plupart des croyants. Car la plupart sont fidéïstes. C’est à dire qu’ils croient en Dieu, par confiance, sans exiger de preuve de son existence. Et si ils n’affirment rien, pourquoi faudrait-il les critiquer ainsi ? Il existe aujourd’hui un courant de sceptisme, et de socratisme, mené par Peter Boghossian, qui consiste non pas a critiquer les religieux, mais questionner la démarche de prosélytisme des croyants. Pas pour dire qu’ils ont tort de croire et qu’ils devraient être athée. Pas pour avoir raison en public, en débat devant eux. Mais simplement discuter, et se demander ensemble, pourquoi est ce que je devrais adhérer a t’elle croyance ? Quel est la démarche épistémologique. Personnellement j’ai besoin de rationalité, de fait, je n’exclue pas de changer d’avis, mais j’attends qu’effectivement on me parle sur ce terrain. « Le coeur de la démarche, n’est pas de faire changer les croyances, mais la manière dont nous formons nos croyances ». Et précisons que ce n’est pas du prosélytisme : « le prosélytisme signifie essayer de convaincre quelqu’un d’une conclusion. Je n’essaye pas d’amener les gens a une conclusion. je veux savoir, comment les gens savent ce qu’ils prétendent savoir ».

  • Raison, religion, questions et débats autour de janvier 2015
    http://errata.eklablog.com/raison-religion-questions-et-debats-autour-de-janvier-2015-a1180718

    Ce que l’on nomme « les religions » est le résultat de ce processus qui met fin (partiellement) à l’ambivalence du féminin pour affirmer la supériorité du masculin, sa valorisation magique puis religieuse ravalant au second plan l’impureté féminine.
    Dans les sociétés historiques (ou protohistoriques) étatisées, le pouvoir mâle se subdivise en pouvoir profane (militaire, économique…) et pouvoir « religieux », les deux aspects s’incarnant dans une « royauté sacrée », comme en Égypte, ou demeurant séparés l’un de l’autre.
    Ce processus d’inversion du sacré trouve son plein achèvement lorsque triomphent les religions monothéistes, et principalement le christianisme. Le terme « religion », dont l’étymologie n’est pas claire, semble avoir été utilisé à l’époque chrétienne pour faire la différence entre les croyances archaïques marquées par le sang, l’impureté, la magie etc., et les croyances instituant le règne de la pureté (maîtrise des sens, jeûne, abstinence, effacement de l’ambivalence, bannissement des femmes hors du cultuel, prééminence du symbolisme du blanc sur celui du rouge, etc). On passe donc du mana au logos, du rituel magique au discours performatif, à la doctrine dont la plus « moderne » en ce sens, le christianisme, a abstraïsé l’élément symbolique central qu’est le sang en le remplaçant par un équivalent végétal : le vin, a désexualisé la femme (immaculée conception) et le prêtre (célibat), entre autres exemples.
    Du logos religieux découlent naturellement les théologies rationnelles qui donnent naissance à la philosophie (Platon et la suite) et sont la source du mythe rationaliste.

  • Le resserrement de la cage d’acier
    http://www.lecourrier.ch/130349/le_resserrement_de_la_cage_d_acier

    Il y a plus d’un siècle, le sociologue Max Weber considérait que la modernité capitaliste se caractérisait par la progression d’une rationalité qui se concrétisait par l’enfermement de nos vies quotidiennes dans une cage d’acier faite de normes techniques. Où en sommes-nous face à une telle prévision ?

    La colonisation du monde vécu. Il ne semble pas que la prévision énoncée par Max Weber de l’enfermement des existences dans une cage d’acier, constituée de normes techniques, ait été démentie. Dès les années 1970, le philosophe Jürgen Habermas a utilisé pour décrire ce mouvement l’expression de « colonisation du monde vécu ». Cette expression désigne, chez cet auteur, le fait que le monde de la vie quotidienne se trouve enserré par la rationalité instrumentale du système qui se divise, selon lui, en deux sous-systèmes : économique et administratif. Le fonctionnement du marché et les normes juridiques constituent un maillage de plus en plus serré de nos existences, au point qu’il devient de plus en plus difficile d’imaginer et d’admettre que l’on puisse vivre sans cet encadrement de nos vies.
    La domination de la rationalité marchande et technocratique au travail. L’économiste Daniel Cohen, dans Homo economicus (2012) ou encore le philosophe Michael Sandel, dans Ce que l’argent ne saurait acheter (2014) ont mis en lumière les transformations que la domination de la rationalité marchande sont en train d’effectuer sur les comportements humains. Progressivement, ce sont des manières d’être traditionnelles, ancrées dans la vie quotidienne et des modes de relations sociales non marchands, qui perdent leur sens subjectif pour les personnes. Ainsi, il arrivera un temps où les cadeaux offerts lors des fêtes traditionnelles n’auront plus de valeurs symboliques ou affectives, mais uniquement la valeur marchande que l’on peut en tirer sur les sites internet de vente en ligne. C’est ce que Karl Polanyi dans La grande transformation (1944) avait déjà souligné en parlant du désencastrement de l’économie marchande par rapport au social.

    Mais ce ne sont pas seulement les relations de solidarité qui perdent leur sens au profit du calcul utilitaire. Cette rationalité technocratique atteint le monde du travail, provoquant, comme cela a été mis en valeur par les travaux du psychologue du travail Christophe Dejours, des psychopathologies et une souffrance psychique et physique. Notre activité de consommateur se trouve également soumise à des normes de rationalité imposées par la logique capitaliste, nous forçant au travail gratuit, comme le montre Marie-Anne Dujarier dans Le travail du consommateur (2014).

    La domination de la rationalité bureaucratique. Nombre de discours sociologiques, à la suite de ceux de Michel Crozier, avaient mis en valeur la critique de la bureaucratie, aussi bien dans le monde de l’entreprise que de l’Etat. Néanmoins, le travail de Béatrice Hibou vient relativiser cette thèse. Dans La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale (2012), elle montre comment notre quotidien se trouve au contraire quadrillé par des normes en tout genre : de qualité, d’hygiène... Cette rationalité technocratique étatique est également à l’œuvre dans l’emprise exercée par la surveillance et le contrôle des existences quotidiennes, comme l’a analysé entre autre Armand Mattelart dans La globalisation de la surveillance (2008), analyse qu’il a complétée, avec André Vitalis, dans Le profilage des populations (2014).

    La technocratisation de la vie quotidienne. Cet enserrement de la vie quotidienne n’est pas seulement à l’œuvre du fait de l’Etat et du marché. Il ne s’applique pas seulement aux travailleurs ou aux consommateurs que nous sommes. C’est l’ensemble de nos actions et de notre subjectivité qui se trouve transformé par le techno-capitalisme.

    On peut ainsi citer les analyses faites sur la transformation de notre rapport au temps, que ce soit par Paul Virilio ou Hartmut Rosa : l’accélération du monde vécu, qui a pour corollaire le rétrécissement de l’espace et l’augmentation du stress. Cette transformation du rapport au temps se traduit par une diminution du temps de sommeil, comme le souligne Jonathan Crary dans 24/7 - Le capitalisme à l’assaut du sommeil (2014). Cette colonisation technocratique du monde est à l’œuvre également dans l’espace urbain, comme l’analyse Elisabeth Pélegrin-Genel, dans Des souris dans un labyrinthe (2012). Cette emprise sur notre monde vécu est présente dans le moindre des objets standardisés de notre vie quotidienne, comme le met en lumière le philosophe Jean-Michel Besnier dans L’homme simplifié (2012). Elle est à l’œuvre enfin dans nos loisirs, en particulier dans ce que le philosophe Roberto Casati appelle le colonialisme numérique.

    Dans ce monde d’objets marchands et de constructions urbaines, pensées selon les logiques des politiques étatiques et de la rationalité capitaliste, quelle place reste-t-il encore pour la constitution de subjectivités individuelles et collectives qui échappent aux logiques du techno-capitalisme ?

    #idées #capitalisme #rationalisme #temps

  • « Être fort assez ». Entretien radiophonique avec Jeanne Favret-Saada - La sorcellerie dans le bocage de Mayenne - jef klak
    http://jefklak.org/?p=2001

    Par @intempestive et Yeter Akyaz

    Oui, voilà, vous étiez sa cliente : vous avez vous-même été engagée dans un désorcèlement avec madame Flora.

    J’étais sa cliente pour ma vie, et d’ailleurs, elle m’a appris des choses. J’étais au même moment en psychanalyse, et elle m’a appris des choses que la psychanalyste était absolument incapable de m’apprendre. Entre autres, à me dépatouiller des rapports de force injustes – ce qui est une chose sur laquelle j’avais toujours achoppé jusque-là. À partir du moment où elle m’a donné, sur plusieurs années, cet entraînement, je l’ai fait sans me fatiguer : dès que je m’aperçois qu’on est en train de me maltraiter, je mets toujours quelques claques morales aux uns et aux autres, jusqu’à ce qu’ils comprennent que je suis là, en face. Après, je m’arrête, parce que moi, j’ai horreur des rapports de force. Mais je peux mettre mon habit de méchante, mon habit de fille agressive avec des collègues, par exemple.

    Très chouette entretien

    #sorcellerie

    • [Ils disqualifient] même les pratiques paysannes. Par exemple, le directeur de l’hôpital psychiatrique me disait : « Être psychiatre ici, c’est de l’art vétérinaire. Ils n’ont pas de parole. » Ce n’est pas vrai. Quand ils ont commencé à me parler, ils ne s’arrêtaient pas pendant quatre heures. On peut dire qu’ils ont une parole. Interdite ou retenue devant le notable qui peut les interner, mais c’est tout. On ne peut pas dire que ce sont des êtres sans paroles, mais on peut dire qu’ils savent ce qu’est un rapport de force et qu’ils ne vont pas se risquer.

      Vous montrez, à travers des exemples, que le discours prétendument rationnel, prétendument scientifique, est chargé de mythologie et de représentations qui ne sont pas plus justes que les représentations qui s’expriment à travers la sorcellerie…

      Je peux même vous dire que depuis que mes livres ont été publiés, jusqu’à aujourd’hui – cela s’est produit cette semaine encore –, il y a pas mal de savants et de chercheurs qui m’écrivent pour me demander de les « désorceler ». D’ailleurs, je ne réponds pas, en général, à ces lettres parce qu’ils penseraient que c’est moi qui dois les désorceler, ce que je ne veux pas faire, de toute façon. J’ai eu sept ou huit directeurs de recherche au CNRS qui m’ont directement demandé de les désorceler. Donc il ne faut pas… vous voyez.

      Mais là, ce sont des comportements totalement irrationnels au regard de l’univers dans lesquels ils s’expriment…

      Être pris dans une crise de sorcellerie, c’est être pris dans des malheurs à répétition. Tout lecteur de mes livres, y compris s’il est directeur de recherche au CNRS, qui est lui-même pris dans des malheurs à répétition, se projette immédiatement sur ce que j’écris et pense tout de suite que j’ai la clef de son problème. Bien qu’il sache qu’il y a d’autres types de personnes qui s’occupent des malheurs à répétition, par exemple les psychiatres, les psychanalystes et toute une série de gens qui ont inventé les thérapies pour ceci ou cela, il ne veut pas s’adresser [à ces personnes]. C’est ce qu’il ne dit justement pas : « Je ne veux pas m’y adresser » ou : « Je m’y suis adressé et ça ne m’a rien fait ». C’est tout à fait absent de leur propos. [Ils disent :] « Je veux que vous me trouviez un désorceleur ». Vous voyez.

      Mais ce qui est frappant, c’est de voir comment le moindre de mes lecteurs, pourvu qu’il soit pris dans des malheurs à répétition, se projette immédiatement, parce qu’il a, comme je le dis dans un papier qui sort ces jours-ci2, « la mort aux trousses ». Il sent qu’il a la mort aux trousses, et là, il ne fait plus du tout de discours, il ne fait plus de chichis intellectuels, il ne dit pas : « Ces gens sont irrationnels ! » ou « Moi, je suis rationnel ! » ; il dit : « Je veux en sortir ! ».

      #paysannerie
      #mépris_de_classe #déshumanisation
      #rationalisme #rationalité

    • Passionnant, #merci. Ça donne envie de lire ses bouquins.

      Ça m’a fait penser à certaines choses dont parle Tobie Nathan ("le représentant le plus connu de l’#ethnopsychiatrie en France" http://fr.wikipedia.org/wiki/Tobie_Nathan).

      Après, je n’ai lu de lui que 2 romans , il y a longtemps (Dieu-Dope et Saraka Bô, qui m’ont assez plu).
      Jeanne Favret-Saada et lui doivent sûrement se connaître, je me demande bien quelles sont leurs positions respectives ^^

  • Extraits de l’échange « Critique du dépassement » Partie III
    http://errata.eklablog.com/extraits-de-l-echange-critique-du-depassement-partie-iii-a114011254
    Temps et durée, rationalisation et autonomie


    Enfants aborigènes australiens avec leur professeure - Photographie d’Amy Toensing

    Prenons l’exemple des aborigènes australiens. Elkin dit que, pour eux, le temps est pur présent, certes, mais un présent qui ne fait qu’exprimer la virtualité du passé – ce qui le différencie de la durée bergsonienne et de l’évolution créatrice. Pour Bergson, rien ne préexiste, tout est création. Pour les aborigènes, tout ce qui est préexiste, rien n’est création. Dans leurs langues, les temps grammaticaux et les adverbes sont les mêmes pour le présent, le passé et le futur. Le contact avec le lointain passé du Temps du rêve est constamment revivifié par l’énonciation des mythes. On note d’après le récit d’Elkin ce que j’appellerai une « logique faiblement projective ». Si l’on doit se rendre à un rassemblement tribal, on ne calcule pas le trajet en nombre de jours. Les premiers arrivés attendent les autres en se consacrant à leurs tâches vitales sans manifester d’impatience. L’espace est évalué en termes de grandeur assez vague et pas en nombre. D’ailleurs, dit Elkin, les enfants aborigènes ont du mal à apprendre l’arithmétique élémentaire. Le chasseur qui fabrique un javelot n’en connaît pas la « mesure ». Ce qui n’empêche que les aborigènes australiens jonglent avec un système de parenté parmi les plus complexes au monde, au point qu’il est d’usage à l’heure actuelle de l’interpréter à travers des modèles mathématiques très sophistiqués.
    On voit que même le temps apparemment très simple et peu spatialisé des aborigènes est en réalité assez complexe parce que s’entrecroisent en permanence le temps mythique, le Temps du rêve, fondement de tout, le présent de l’activité vitale (temporalité instrumentale), le présent de la méditation (activité très importante, nous dit Elkin) qui est sans doute le plus proche de la durée bergsonienne, une faible anticipation de faits à venir, etc.

  • Une intelligence artificielle à la tête d’une entreprise
    http://www.humanoides.fr/2014/05/15/une-intelligence-artificielle-a-la-tete-dune-entreprise

    Comment réagiriez-vous si vous appreniez que votre patron est en fait un robot ? C’est ce que viennent d’apprendre les salariés d’une entreprise basée à Hong Kong, après que le Comité exécutif ait nommé à la tête de Deep Knowledge Ventures, VITAL, une intelligence programmée.

    Mieux que le trading haute fréquence, le capitalisme assisté par ordinateur.

    #Algorithme #Big_data #Conseil_d'administration #Hong_Kong #Humanoïde #Intelligence_artificielle #Scientisme #Technocratie #Technototalitarisme #VITAL

    • (Précision, le lien est un bloc-note de copier-coller de plusieurs articles critiques de Rahbi venant de personnes différentes, et sur des points différents, politique, agronomique, etc.)

      Autant je suis d’accord qu’il y a des choses à redire politiquement, et sur le culte de la personnalité, etc.

      Mais il y a en même temps mélangé là-dedans plein d’amalgames qu’on entend pas spécialement sur Rahbi mais pour n’importe quel⋅le « décroissant⋅e » voire même au final pour n’importe quel⋅le « écolo ».

      Comme le fait de critiquer que « dire à des pauvres de vivre frugalement » c’est une honte, etc. Non mais stop quoi : personne n’a jamais dit ça à part celleux qui critiquent les écolos ! Dans 99,9% des argumentaires écolos, ce type de discours sur la frugalité s’adresse bien évidemment aux bénéficiaires du système industriel et il n’a jamais été question d’aller aux restos du cœur et de crier « oh trop cool les ami⋅e⋅s vous êtes vachement frugaux ! »

      Moi quand je vois ce type d’argumentation dans une critique (de Rahbi ou d’autre), ça dé-crédibilise direct quoi, c’est tellement un poncif de la critique anti-écolo… Comme le retour à la bougie quoi.

      Pour ce qui est de la critique agronomique, m’est-avis que @koldobika et @nicolasm seront plus compétents pour juger. :)

    • Mon sentiment personnel est que bon nombre de gens qui gravitent autour de Rabhi et des Colibris sont incapables de faire des choses structurées et sérieuses. Derrière un discours pseudo-spirituel foireux, beaucoup de gros égos et de #narcissisme, bien loin des valeurs de communauté et de solidarité qu’ils pronent sans les incarner le moins du monde. Et au milieu, quelques bonnes poires qui se tapent plein de boulot pour la cause. (cc @aude_v)

      J’avais lu cet article à charge sur le Mas de Beaulieu, en mettant de côté le biais technoscientiste des descriptions elles pointent quand-même de réelles lacunes et un vrai manque de sérieux et de structure dans leur approche. Tant d’années à produire, et incapables d’avoir des estimations de quantités récoltées, ça la fout vraiment mal.

      A titre plus anecdotique, je me souviens aussi d’une militante des Colibris à une foire bio, me racontant que Pierre Rabhi a vécu dans une ferme où il a nourri sa famille en travaillant de ses mains, elle insistait avec émotion sur « de ses mains ! », comme si nos grands parents et des milliards de paysans aujourd’hui dans le monde n’en faisaient pas autant.

      Et effectivement un gros manque d’analyses sociales dans les discours de « Terre et Humanisme », de la part des « colibris » de base très probablement par manque de culture politique, de la part de Rabhi est-ce par droitisme ? Ce billet pose effectivement des questions sérieuses.

      Par contre là où je ne suis pas d’accord avec cet article c’est quand il met sur un piédestal « Les Lumières », comme si l’excès de #rationalisme (cc @mona) n’avait pas engendré le #système_technicien et la dépossession généralisée de nos conditions de subsistance et de notre rapport au monde.

    • Perso le côté agronomique je l’ai jamais vu dans le mouvement agroécologie de Rabhi. Peut être que les adeptes du Colibri qui produisent leur nourriture adoptent des pratiques plus poussées que dans la bio, mais dans ce cas je ne suis pas sûr que ça vienne d’une émulation du mouvement. J’ai surtout l’impression que c’est un mouvement de consommateurices qui veulent s’organiser, et qui pourraient agir dans les mêmes domaines que des décroissant⋅e⋅s, sans être dans la même radicalité.

    • D’ailleurs la métaphore du colibri n’est peut être pas anodine. Il n’a pas pu empêcher le feu de forêt, la forêt va cramer de toute façon, mais lui il va mettre sa goutte d’eau pensant accomplir son devoir. Au final ça change pas grand chose mais il pourra être fier de lui.

      Pour un point de vue opposé, lire #Derrick_Jensen. Je pense que s’il était un colibri il irait déchiqueter avec son bec celles et ceux qui s’approchent de sa forêt avec un briquet ou une tronçonneuse.

  • Grandeurs et misères du #matérialisme – Intelligence du matérialisme de Benoît Schneckenburger
    http://diffractions.info/2013-12-06-grandeurs-et-miseres-du-materialisme-intelligence-du-mater

    « Je ne demande pas l’immortalité, l’ubiquité, l’omniscience. Je ne demande pas que la société "me donne le bonheur" ; je sais que ce n’est pas là une ration qui pourrait être distribuée à la mairie ou au Conseil ouvrier du quartier, et que, si cette chose existe, il n’y a que moi qui puisse me la faire, sur mes mesures, comme cela m’est arrivé et comme cela m’arrivera sans doute encore. »

    #philosophie #politique #revue_littéraire #Benoît_Schnenckenburger #épicurisme #idéalisme #Jean-Luc_Mélenchon #marxisme #métaphysique #philosophie_politique #rationalisme

  • Périphéries - « Oui mais quand même, la religion, c’est mal »
    http://www.peripheries.net/article335.html

    Relayer l’information de la énième agression d’une femme voilée, ou les propos haineux tenus sur l’islam par la représentante d’une organisation pseudo-féministe, revient immanquablement à emboucher l’appeau à trolls religiophobes. Que des femmes soient insultées et tabassées, que le féminisme serve de leurre pour répandre et banaliser le racisme le plus crasse, tout cela, le/la religiophobe s’en moque : dans un pays où médias et politiques, de façon plus ou moins insidieuse, désignent à longueur de temps les musulmans comme la cause de tous les maux de la société, son seul sujet d’anxiété est que son droit à « critiquer la religion » soit garanti. Pour l’exprimer, il usera de subtiles gradations dans la virulence, de la simple protestation à l’éructation scatologique probablement censée traduire la hauteur à laquelle il plane dans l’éther philosophique inaccessible aux benêts qui voient du racisme partout : « Moi, je chie sur toutes les religions. »

    Notez bien la perle argumentative que recèle cet étron déclaratif : il a dit « toutes les religions ». Ha, ha ! Vas-y, accuse-le de racisme maintenant ! Quand il défend les Femen ou les dessinateurs de Charlie Hebdo, le religiophobe fait valoir qu’ils ne peuvent pas être racistes, puisqu’ils s’en prennent autant aux cathos ou aux orthodoxes qu’aux musulmans : CQFD. Inutile d’aller lui expliquer que les religions ne sont pas de simples systèmes métaphysiques flottant dans la stratosphère, et qu’elles sont indissociables des populations qui s’en réclament ou qu’on y associe, de la culture, de la politique, de l’histoire, des rapports de domination entre groupes sociaux. Inutile de lui expliquer que s’en prendre à l’islam, religion pratiquée par des gens qu’il connaît mal, dont les ancêtres ont été colonisés par ses propres ancêtres, et qui sont discriminés dans la société française, ce n’est pas exactement la même chose que de critiquer la religion catholique, depuis toujours liée au pouvoir en France, et dont il a pu expérimenter à ce titre la nocivité dans sa propre histoire (idem pour la religion orthodoxe en Ukraine, patrie des Femen).

    (...)

    #laïcité #islamophobie #racisme #religion #féminisme #liberté_d'expression #shameless_autopromo

    • @mona

      Peut-être serait-il judicieux de regarder enfin ce malaise en face, de l’explorer honnêtement, et de réfléchir à un horizon et à un projet de société, au lieu de s’acharner à gommer du paysage ceux dont on veut croire qu’ils sont le seul obstacle à la réactivation d’un passé mythifié.

      ouais !

    • Un texte long, utilisant insultes et mots valises.
      Pas de débat ici, pas d’opinion exprimée, pas d’argumentation,
      mais simplement une dénonciation, sur le ton de l’évidence.

      Qui dénonce t-on ? Et bien des gens connus, (on est courageux).
      Mais l’effet est étrange, on se sent happé par un grand
      vent glacé : moi qui voudrait bien passer dans votre camp,
      il va me falloir abandonner, excusez du peu,
      Caroline Fourest, Charlie Hebdo, les Femen, Isabelle Adjani,
      sans parler du ministre de l’Intérieur Socialiste, tous accusés
      de folie raciste...

      Il y a donc ici, désolé de vous le dire,
      quelquechose de déraisonnable.

      A certains moments, l’ire se tempère, et on sort les citations.
      Hélas elle se manifeste tout de de même, parfois tout à fait hors de propos : franchement, aller jusqu’à accuser l’Abbé Grégoire de participer
      à une manoeuvre qui ne serait pas nouvelle !

      Pourriez vous accepter quelquechose de plus mesuré, par
      exemple pour commencer qu’il Y A effectivement un problème,
      et que le partage des opinions concerne TOUTE la société,
      (notamment la gauche)
      et pas simplement la simple démarcation (évidente selon vous) entre bons et méchants ?

    • Ces dernières années, la notion de laïcité a été dévoyée : alors qu’à l’origine elle garantissait la neutralité de l’Etat et la libre expression religieuse des citoyens, désormais, elle est devenue une arme pour réprimer la foi musulmane. « Il ne s’agit plus de respecter la neutralité à l’égard des identités, mais de permettre la neutralisation de certaines d’entre elles », résume Raphaël Liogier (5). Revient sans cesse l’allégation fantaisiste selon laquelle la religion devrait rester une « affaire privée ». Or, comme l’écrit Christine Delphy, « la liberté de conscience, garantie par la loi française de 1905, est re-garantie par chaque Constitution, et par toutes les conventions internationales — dont la Déclaration universelle des droits humains votée par l’ONU en 1948 et ratifiée par la France. Elle serait sans effets pratiques si elle ne s’accompagnait pas de la liberté d’expression. (...) C’est pourquoi la liberté de pratiquer son culte, et de le pratiquer publiquement, de même qu’on diffuse publiquement ses opinions politiques, philosophiques, esthétiques, est garantie par les conventions internationales. Et la liberté de toutes les religions d’exister dans l’espace public est un des fondements de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 en France » (6).

      J’ai passé un concours, il y a quelques années, où la dissertation s’appuyait sur un texte qui expliquait doctement que le voile menaçait la laïcité... un concours de la fonction publique territoriale, donc.

      J’ai dégainé ma plus belle plume pour rappeler ce qu’est le principe de la laïcité, qui est effectivement la liberté de culte dans l’espace public, parce que dans l’espace privé, ça devient assez moyen comme liberté de culte, en appuyant mon propos sur la loi de 1905 et en soulignant que cette idée de visibilité ostensible était manifestement un dévoiement total de la loi. Et c’est d’autant plus vrai que personne ne trouve ostensibles les fêtes religieuses catholiques de notre calendrier, les volées de cloches hebdomadaires, le poisson de la cantoche du vendredi ou les calvaires à chaque coin de route de cambrousse.

      Bien sûr, j’ai été recalée.

    • Bon et bien moi aussi je prends ma plus belle plume ;
      au sujet d’une soi disant laicité dévoyée...
      Je sens que je vais me faire recaler, mais j’aimerai savoir pourquoi.

      Etymologiquement, est laic celui qui n’est pas clerc ou religieux.
      Par conséquent un citoyen qui n’appartient pas à un
      ordre religieux, ou qui ne pratique pas son culte
      dans l’espace public dans le cadre de la loi,
      n’est pas censé manifester sa piété de manière ostentatoire,
      sauf à pratiquer, ce qui est aussi son droit, une propagande
      explicite en faveur de son système.

      Alors que les signes ostensibles d’appartenance aux religions
      traditionellement pratiquées en Europe sont exclusivement
      réservés aux membres du clergé,
      les laics étant indiscernables entre eux,
      il se trouve que pour selon certaines personnes de religion
      musulmane (mais pas toutes) il existerait une injonction
      à l’égard des laics pratiquant cette religion de manifester
      publiquement en permanence leur appartenance à la
      religion en question, ceci hors de la pratique effective d’un
      culte dans l’espace public.

      L’exemple typique est le port ostentatoire du voile
      dit islamique, qui même si il a plusieurs formes, se distingue
      nettement d’un vêtement régi par la mode ordinaire, ou par la
      tradition folklorique.
      Même si elle reste possible, et protégée par la loi,
      cette pratique pose
      des problèmes quand les personnes en question se trouvent en
      position de représenter une institution publique (par exemple
      un service public, ou considéré tel, d’éducation ou
      de garde d’enfants). Dans un cadre professionel, donc hors
      de la situation de pratiquer librement et publiquement
      un culte dans le cadre de la loi, le signe
      ostentatoire ne peut être interprété que comme
      une volonté prosélyte, ce qui contredit le principe de laicité,
      qui impose que les institutions publiques et donc leurs représentants soient symboliquement
      neutres pour ce qui concerne les religions.

      Il n’y a là aucune espèce de dévoiement des contraintes de la
      laicité, simplement plutot
      l’inadaptation d’une certaine
      forme de pratique religieuse
      avec l’état des principes en vigueur.

      On pourrait arguer que le port du signe ostentatoire est
      en fait une pratique cultuelle, certaines religions (ou pratiques
      spécifiques d’icelles ) imposant ainsi un culte permanent dans
      l’espace public que la laicité devrait respecter.
      C’est sans doute ce que voulez dire...

      L’idée d’un culte permanent semble cependant
      radicalement incompatible avec
      l’idée même de laicité, qui pose comme principe que le culte
      ne peut peut concerner qu’une partie de la vie publique, la
      vie privée étant bien sur laissée totalement libre.

      Le culte permanent ne peut ainsi se pratiquer que dans des
      espaces privés, par exemple des couvents.

      Il n’y a donc strictement rien de fantaisiste à la volonté de réserver
      strictement le religieux explicite permanent à l’espace privé : l’expression publique du culte protégée par la loi est tout simplement limitée, dans le temps et dans l’espace.

    • On pourrait en citer de très nombreux extraits - un parmi d’autres :

      (...) En 1788, comme l’a relevé Esther Benbassa, l’abbé Grégoire, dans son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs, citait, parmi les « obstacles à la réforme » de ceux-ci, « le peu d’estime qu’ils ont toujours eu pour les personnes du sexe », alors que « la considération pour les personnes du sexe est la mesure du progrès d’une nation dans la vie sociale ». Deux siècles plus tard, Jacques Chirac lui faisait écho, en visant cette fois les musulmans : « Le degré de civilisation d’une société se mesure d’abord à la place qu’y occupent les femmes. »

      On aurait tort de sous-estimer la gravité des injustices que l’on cautionne en acceptant de faire la guerre « aux religions » au nom du féminisme. La dérive à laquelle on assisté ces dernières années a légitimé et même légalisé les discriminations. Aujourd’hui, les femmes voilées courent le risque d’être rejetées d’un nombre croissant de lieux, non seulement parce qu’on a falsifié la laïcité pour en faire une arme contre elles, mais aussi parce qu’on présume chez elles une forme de soumission au machisme. Aux autres femmes, en revanche, on ne demande nullement de faire la preuve de leur féminisme avant de les laisser pénétrer dans ces mêmes espaces.

      Et bien sûr, dans les faits, le soupçon frappe tous ceux qui sont « musulmans d’apparence », sans qu’on prenne la peine de les interroger sur leurs convictions religieuses. Dans un hôpital, une patiente un peu trop basanée qui demandera à se faire examiner de préférence par un médecin de sexe féminin risque de se heurter à un refus, même si sa demande n’a aucun motif religieux, alors qu’une patiente blanche n’aura aucun mal à faire accepter cette requête, ou se verra même offrir le choix.

      #merci

    • @intempestive Chirac avait raison, mais il ne se rendait probablement pas compte qu’il parlait de manière universelle et intemporelle. En ce moment, je me flagelle chaque soir en regardant un épisode de World without end qui décrit avec une extrême précision la manière dont les femmes ont été niées à la fin du temps des cathédrales, comment l’esprit de guerre et de destruction des hommes a pris le dessus et comment notre civilisation a plongé dans l’obscurantisme à travers le grand #féminicide qu’était la chasse aux sorcières et comment cette #inquisition sexiste a détruit des siècles de connaissances en médecines et plantes, tout en décourageant formellement les femmes d’être autonome, puissantes, savantes et indépendantes (dès que tu étais comme ça, hop, à la potence, puis au bûcher !).

      Notre propre époque est terriblement réactionnaire envers les femmes, nous parlons assez de la manière dont on contourne les lois favorables aux femmes en rendant ces droits inapplicables (ferme les centres d’IVG sans supprimer le droit à l’avortement...).

    • @intempestive
      Malgré l’ambiguité de la signification de la citation qui un instant m’a saisi, l’expression au sujet de Chirac « qui visait cette fois les musulmans... » est bien une dénonciation de ce que vous considérez comme une « mauvaise » attitude de la part de Chirac, soit, et de l’abbé Grégoire, donc.

      Tout en comprenant (un peu, c’est dur) ce qui a pu vous amener là, je reste
      incrédule (comme toujours) et un peu gêné par ce qui peut amener des gens à se ridiculiser à ce point : dénoncer l’Abbé Grégoire, qu’est ce qu’il faut pas entendre. A moins que...

      Au fait vous savez qui c’est l’Abbé Grégoire ?
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Gr%C3%A9goire

    • @bigGrizzly : vous vouliez dire quoi ? (un bug Seenthis a tout de même publié les premiers mots d’un message effacé).

      @mona :
      1) les "#religiophobes" (terme revendiqué par les #femen) s’en prennent à une forme particulière de la religion musulmane,
      l’#islampolitique,
      responsable direct des souffrances interminables que s’infligent en ce moment même les peuples du Moyen Orient et du Maghreb.

      2) L’islam politique se manifeste à différentes intensités depuis le hidjab d’une brave adolescente Française en crise jusqu’à ...(je vous laisse le choix). Il se caractérise par la volonté de marquer l’espace public par les symboles de ce qui n’est pas une religion mais un idéologie, qui plus est proprement tyrannique.

      Il n’a strictement rien à voir en lui même avec la pratique libre et respectable d’une religion dans le cadre d’un état laïque.

      3) L’islam politique est une lèpre qui affecte les sociétés de culture musulmane, lèpre comparable au fascisme qui a détruit l’Europe au XXème siècle. Le cautionner en quoique ce soit en reprenant les arguments qu’il rode en Occident pour imposer sa tyrannie là où il le peut est une erreur. #islamofascisme

      4) Une manière de le cautionner est dénoncer toute critique à son égard comme raciste.
      Ce que vous faites, en refusant au non d’un antiracisme dévoyé de faire la différence, justement entre critique de la religion, critique des idéologies politiques religieuses et xénophobie.
      Ainsi l’amalgame, c’est vous, il me semble bien, qui le propagez !
      Je citerais une référence (R.Logier)"
      http://www.telerama.fr/idees/media-politique-la-paranoia-anti-islam,89778.php
      A qui profite cet amalgame ?
      Aux mouvements populistes européens, d’abord, autant à gauche qu’à droite. Mais aussi aux mouvements islamistes : ils ont intérêt à ce que les musulmans européens se sentent rejetés pour reconstituer une solidarité islamiste. Enfin, aux pays arabes : ils veulent préserver la solidarité économique des enfants des enfants de leurs anciens ressortissants, qui envoient de moins en moins d’argent au pays. Ils leur rabâchent : « Vous voyez, vous n’êtes pas si français que ça... »

      5) Dire qu’il a fallu qu’une bande d’occidentales qui plus est racistes selon vous (je veux dire les #femen) dévoilent leur seins à Tunis pour qu’on libère enfin une autre sorte d’adolescente en crise qui de plus se teint en blonde (peut être pour remercier Caroline Fourest) montre bien que oui, ceux que vous qualifiez de racistes se battent pour la liberté des femmes qui plus est là où c’est particulièrement difficile !

      http://www.20minutes.fr/monde/tunisie/1197309-20130801-tunisie-amina-femen-emprisonnee-depuis-mai-libre

    • Cela fait quelques siècles que les religions sont toutes politiques. Le(la) gus(gusse) qui a causé le premier dans cette liste est un crétin de première bourre.

    • @mona :

      Peut-être serait-il judicieux de regarder enfin ce malaise en face, de l’explorer honnêtement, et de réfléchir à un horizon et à un projet de société, au lieu de s’acharner à gommer du paysage ceux dont on veut croire qu’ils sont le seul obstacle à la réactivation d’un passé mythifié.

      Il semblerait que les « projets de société » historiques dont nous pouvons nous revendiquer excluent prioritairement le fantasme de Dieu...

      https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article46

      Ce que nous voulons, c’est l’autonomie pour tous et pour chacun. Telle que nous l’entendons, elle est la possibilité pour une société, un collectif ou un individu de poser socialement ses propres lois, règles, normes, valeurs. Au lieu d’être dicté pas un extérieur inaccessible comme le sont - la plupart du temps - les Traditions, le ou les Dieux, les Lois de l’Histoire ou de la Nature, la Science, le Marché ou la Direction, elles deviennent discutables et, par là, assumées. Ce très vieux principe, qu’on peut appeler liberté ou émancipation, est éminemment révolutionnaire. Il est donc systématiquement transformé en ses contraires, l’autarcie, l’isolement et la solitude, ou encore l’arrachement, le déracinement, la table rase, et, plus récemment, l’arbitraire, le nihilisme, l’irrationalité. De ces absurdités le capitalisme tire sa force.

    • J’ai un peu traîner pour aller le lire. Merci @mona pour ton texte très claire et qui m’a mis pas mal de points sur les i (comme souvent avec toi) et permie d’organiser un peu mieu le magma chaotique que j’ai entre les oreilles. Le mot « femonationalsme » viens de faire son entrée dans mon vocabulaire et il va m’être bien utile car il me manquait cruellement. Ton texte va bien me servir aussi dans le contexte du site lecinemaestpolitique car tu t’en doute bien, il y a pas mal de femonationalisme qui y passent.
      Et voici un nouveau hashtag #femonationalisme qui malheureusement je le crain n’a pas fini de servir.

    • @jean_no

      ps : la déclaration des droits humains de l’ONU n’a pas force de loi en France et les seuls pays qu’on ne peut pas qualifier de signataires hypocrites sont ceux qui ne l’ont pas signée.

      Ah ben oui c’est vrai, dans ce cas, pourquoi s’emmerder avec les droits de l’homme ?

      (Je croyais que la France était « la patrie des », mais on dirait qu’elle est en train de changer d’ambition)

      il est normal aussi qu’on soit libre des ses incroyances, et même de revendiquer son incroyance

      Je pense qu’on a le droit d’être allergique à la religion en tant qu’outil de domination.

      Où tu vois qu’"on n’a pas le droit" ou qu’"on n’est pas libre" ?

      En revanche j’aimerais bien que la même magnifique lucidité s’applique à d’autres systèmes de domination ou d’aliénation, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Le complexe de supériorité de certains athées (dupes de rien, aliénés en rien) a tendance à me fatiguer.

      J’ai aussi un peu de mal avec les formulations généralisantes du type « les religions ». ça n’existe pas, « les religions », elles sont ce que les gens en font. Mais pas de panique, tu restes tout à fait « libre » de penser ce que tu penses.

      @mad_meg Merci. Je ne savais pas que tu participais à Le cinéma est politique !

    • J’ai beaucoup aimé ce texte, qui donne de l’air, et qui met en mots et clarifie bien toute la gangue ambiante qui prend les musulman-e-s comme objet de rejet.
      Le dernier paragraphe est en particulier très bien vu et fait un constat trop peu souvent formulé. J’y entends un lien avec plein de choses qu’un #rationalisme excessif a lourdement abîmées.
      (j’en profite aussi pour te remercier pour peripheries, c’est une perle ce site)

    • Au sujet du dernier paragraphe qui semble réconforter certains.
      Il cite un passage de Raphael Liogier au sujet du « musulman métaphysique » :

      A travers les corps multiples des musulmans, écrit-il, à travers les moindres signes de leur foi, forcément ostentatoires et insultants, les Européens semblent lire leur propre manque de foi et l’angoisse qui en résulte, qu’ils convertissent aussitôt en haine du musulman essentiel, source de tous leurs déboires mais avant tout de leur frustration existentielle

      Existentiel ? Disons plutot « essentiel » : « les » Européens, « les » musulmans, « le » musuman « essentiel », « leur » manque de foi, « leur » frustration.
      On a bien une caractérisation généraliste et essentialiste, typiquement celle du colonialisme, avec la soigneuse distinction européen/musulman basée sur l’amalgame arabe/musulman.
      L’ensemble est parfaitement raciste et qui plus est dans les deux directions :
      – en activant musulman/arabe, on transforme le discrédit de l’islam en discrédit de l’homme arabe
      – en plaignant la perte d’espoir européenne, on active la supériorité morale de la foi
      musulmane, élément du marqueur identitaire arabe/musulman, raciste lui aussi.
      Quand on vit du racisme, on le génère, on le nourrit, on l’exhorte : bravo !

      Ma manière de voir pourra sembler paradoxale et bizarre à ceux qui ne voient dans le texte que
      générosité et humanisme (on le voit aux larmoyants remerciements émis).
      Qu’ils s’interrogent pourtant : et si on n’avait là qu’un élément de propagande en faveur
      d’un islam politique communautariste Français, relais et support de l’islam politique en général, à la peine en Tunisie et en Egypte ?

      #islampolitique #islamofascisme

    • Histoire de mentionner une critique qui pourrait peut être donner à penser.

      https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article689

      Bien pire, en défendant l’intégrisme rampant au nom de la défense des pauvres immigrés, les islamo-gauchistes font son lit en accréditant la chaîne de signification islamisme=islam=arabe=immigré. Stratégie transparente des « Indigènes de la République », par exemple, qui ne peut que nourrir à pleine gorgée l’extrême-droite nationale, on dirait que c’est l’effet recherché et c’est bien possible dans une stratégie victimaire. Tout cela est absolument catastrophique et suicidaire, et c’est ce que nous vivons.

      Tout est dit : la stratégie, son contenu, ses auteurs. ses effets.

      J’attire votre attention sur la question de l’amalgame :

      Pour finir, c’est un peu plus accessible, il faudrait aussi passer à l’action directe. C’est-à-dire des interventions qui travailleraient concrètement contre l’amalgame entre l’islamisme et la communauté arabe ou musulmane. Autrement dit, cela implique que les Arabes et/ou les musulmans en général soient capables de se s’opposer par des faits, par des actes politiques, par des engagements collectifs clairs et durables, un travail militant de terrain, vis-à-vis de l’islamisme qui se réclame d’eux, voire vis-à-vis de l’islam. Et ce n’est pas le cas du tout. On entend sans cesse après chaque offensive intégriste « Non à l’amalgame, non à l’amalgame, non à l’amalgame ! », après chaque violence ou attentat c’est la même rengaine, mais il n’existe aucune force réelle collective et consistante qui montre un refus clair et rende inepte les accusations d’amalgame, alors que de telles mobilisations pullulent pour dénoncer « l’islamophobie ».

      Alors ? On a un doute ? Toujours pas ?