• Passage au libre : moins dépenser, mieux investir !

    C’est un principe de base de la bonne gestion d’une collectivité : l’#investissement crée de la valeur durable, alors qu’une hausse des charges de fonctionnement consomme des ressources chaque année sans enrichir le patrimoine communal. C’est la raison pour laquelle le recours à l’emprunt pour alimenter le budget de fonctionnement est interdit. C’est aussi pour cela que les collectivités recherchent en permanence des pistes d’économies en coûts de fonctionnement.

    Par l’utilisation massive du mode #SaaS, du cloud, des licences logicielles et des contrats de maintenance ou de support, l’écosystème numérique impacte directement, et de façon toujours plus importante, ce budget de fonctionnement que nous essayons à toute force de maîtriser.

    Le passage aux #logiciels_libres, quand il s’accompagne d’un effort de #ré-internalisation des #compétences et d’une politique volontaire d’#auto-hébergement des solutions, est de ce point-de-vue là particulièrement vertueux. Associé à une politique de #recrutement et une #réorganisation favorisant les #compétences_techniques et l’#autonomie du service, il transforme, petit à petit, des #coûts de fonctionnement en investissements.

    Quelques exemples à #Échirolles () :
    La diffusion en direct du conseil municipal

    Le projet a nécessité l’achat de 3 caméras-tourelles et d’un switch POE pour un montant d’environ 6 000 €.

    La solution a été installée et paramétrée par la DSI. La diffusion est assurée depuis un PC sous Linux avec le logiciel libre OBS Studio, configuré avec le protocole NDI (pour l’intégration temps réel du son et de l’image) et le plugin PTZ Control (pilotage des caméras depuis la régie).

    Diffusé sur le serveur Peertube de la ville et intégré sur le site web de la ville, il est réalisé par un agent du service communication. Le rendu est de qualité, avec affichage de la date, de l’heure, du nom de l’élu rapporteur et de la délibération. La solution est d’une simplicité et d’une stabilité rares, sans aucun problème technique depuis plus de 4 ans. L’intégration de la visioconférence, basée sur le logiciel BigBlueButton de la collectivité, a été pensée pour permettre une prise de parole à distance si nécessaire.

    Si d’autres collectivités ont fait le choix de s’appuyer sur des prestataires et, parfois, de louer le matériel, avec un impact important sur le budget de fonctionnement, l’achat de matériel, l’utilisation de logiciels libres et la réalisation en interne ont permis de mettre en place cette solution de qualité pour un total de 6 000 €, un investissement facilement amorti.
    L’affichage de l’information municipale

    5 écrans diffusent en direct, partout dans la ville, l’information municipale rédigée par le service communication.

    Dans le hall d’accueil de l’hôtel de ville, cette présentation alterne avec une représentation graphique, en temps réel, de la production électrique des panneaux solaires qui se trouvent sur le toit du bâtiment. Dans les 4 maisons des habitant⋅es de la ville, la communication municipale est également diffusée, en alternance avec des informations propres à chaque établissement.

    Cette solution, conçue en interne, repose sur des PC fixes sous #Linux (des mini-tours) reconditionnés par le service. La partie logicielle est un triptyque Debian server/Openbox/Openkiosk, des logiciels libres connus pour leur légèreté et leur stabilité. Les mises à jour sont automatiques (unattended-upgrade). Chaque écran démarre en quelques secondes et la présentation est mise à jour depuis slides.com, le site vitrine du mainteneur de reveal.js, un logiciel libre également. #Meshcentral, le logiciel libre de gestion quotidienne du parc utilisé à Échirolles, permet de prendre la main sur n’importe quel écran et apporter un soutien technique en cas de besoin. Grâce à la fonctionnalité de partage de slides.com, le service communication peut apporter son aide à chacune des structures pour ce qui concerne le contenu.

    Simple et fiable, ce service repose sur l’achat des écrans et, quand c’est nécessaire, une prestation de câblage pour la connexion réseau. Des investissements durables et rapidement amortis.

    Ces deux exemples (il y en a de nombreux autres) illustrent comment, par un pilotage stratégique fin, l’utilisation de logiciels libres et la réalisation des projets en interne, il est possible de mettre en place des solutions avancées sans oblitérer le budget en fonctionnement de la collectivité.

    L’utilisation de logiciels libres permet de transformer des coûts de fonctionnement en investissements durables et participe de façon significative à la maîtrise budgétaire de la collectivité.

    () Ces solutions ont fait l’objet d’une publication sur le site public de documentation de la ville : https://documentation.echirolles.fr.

    https://grenoble.ninja/passage-au-libre-moins-depenser-mieux-investir
    #résistance #gafam #dégafamisation #logiciels_libres #linux #alternative #informatique #logiciels

    –-

    ajouté à la Métaliste sur les institutions et municipalités qui claquent les portes à #Microsoft :
    https://seenthis.net/messages/1143366

  • Elle passe un entretien d’embauche avec une IA - Extrait vidéo Cash Investigation | France TV
    https://www.france.tv/france-2/cash-investigation/7108448-elle-passe-un-entretien-d-embauche-avec-une-ia.html

    L’intelligence artificielle est en train de bouleverser le quotidien des Français. Des salariés ont déjà été licenciés parce que l’#IA les avait remplacés. Dans les ressources humaines, elle se substitue peu à peu aux recruteurs et évaluent et surveillent les salariés. De plus en plus d’administrations y ont recours, à commencer par le fisc qui se sert de l’IA pour traquer les fraudes, hélas les plus basiques plutôt que celles de grande ampleur, plus complexes. Enquête sur la manière dont l’Etat subventionne les projets d’IA dans les administrations à la condition qu’elles suppriment des postes de fonctionnaires. Des entreprises françaises se sont installées à Madagascar, l’un des pays le plus pauvre au monde, pour profiter de « travailleurs du clic » payés 60 euros par mois pour entraîner leurs modèles d’intelligence artificielle.

    Votre prochain entretien d’embauche sera peut-être fait par une IA qui juge vos compétences
    https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/votre-prochain-entretien-d-embauche-sera-peut-etre-fait-par-une-ia-qu

    Les demandeurs d’emploi se retrouvent face à une nouvelle réalité : des entretiens avec des IA au lieu de recruteurs humains. Lumier Rodriguez a d’abord activé l’option « ouverte aux opportunités » sur LinkedIn en espérant des réponses rapides. Face à un total silence, elle a décidé de postuler elle-même, et les retours provenaient d’IA.

    #RGPD #entretiens_d'embauche #travail #emploi #drh #recrutement #candidat

  • « On avait tous le trac » : à Granville, des bénéficiaires du RSA défilent devant des employeurs
    https://www.ouest-france.fr/normandie/granville-50400/on-avait-tous-le-trac-a-granville-des-beneficiaires-du-rsa-defilent-dev


    Une trentaine de personnes en recherche d’emploi accompagnées de leurs coachs ont défilé devant quelque 250 personnes dont des recruteurs et des chefs d’entreprise. | OUEST-FRANCE

    Accompagnés de leurs #coachs, des bénéficiaires du #RSA ont défilé en vêtements de travail customisés face à des #recruteurs à Granville (Manche). Ce show était l’aboutissement d’une opération de quatre mois pour découvrir des #secteurs_en_tension et apprendre à se vendre.

    « L’idée de ce défilé est de montrer aux employeurs que l’on peut recruter autrement que sur CV et lettre de motivation, mais sur le savoir-être. » Samir Ghalem, le directeur départemental de #France_Travail est satisfait. Jeudi 18 septembre 2025, le défilé de mode organisé au théâtre l’Archipel à Granville (Manche) avait tous les ingrédients d’un vrai show : invités triés sur le volet, mise en scène coordonnée par Emmanuelle Polle et Victor Duclos de la Cie Le Leurre, musique d’ambiance samplée par DJ Sainte Chanèle. Mais, à la différence des défilés chics et chers, les mannequins qui défilaient sont des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA).

    #plusbellelavie

    • Normandie : Des bénéficiaires du RSA défilent devant des employeurs, des Internautes indignés parlent « d’humiliation »
      https://www.20minutes.fr/societe/4174980-20250924-normandie-beneficiaires-rsa-defilent-devant-employeurs-in

      Samir Ghalem, directeur départemental de France Travail, défend l’initiative en expliquant que « L’idée de ce défilé est de montrer aux employeurs que l’on peut recruter autrement que sur CV et lettre de motivation, mais sur le savoir-être ».

      Dans l’article publié par nos confrères, les réactions des participants, qu’il s’agisse des bénéficiaires du RSA ou des élus et employeurs potentiels, semblent plutôt positives. « Ce stage m’a permis de sortir de chez moi et d’avoir une vie sociale », explique Eddy. « L’un des objectifs était de leur faire prendre confiance en eux et de les aider à retrouver l’estime de soi au travers d’ateliers », souligne Sylvie Gâté, vice-présidente du département de la Manche, en charge de l’autonomie des personnes et de l’insertion.

      Mais sur les réseaux sociaux, le ton n’est pas du tout le même. Le terme « d’humiliation » revient de façon récurrente. (...) « Maintenant, il faut danser ou défiler, s’humilier et divertir les patrons pour peut-être obtenir un job qui ne permet pas de vivre dignement », enchérit un autre.

      Gérard (...) se remémore « un sketch de Groland sur le recrutement des caissières façon star Academy », il y a une dizaine d’années. « Ça y ressemble beaucoup, c’est terrible ». (...)

      « Ce projet est avant tout une aventure humaine [sic] qui a pour but de remobiliser les bénéficiaires du RSA grâce à la découverte de métiers dans des domaines d’activités divers au travers d’un parcours de professionnalisation de 4 mois », justifie de son côté le département de la Manche, dans un communiqué envoyé à notre rédaction. « Le défilé, sur la base du volontariat, était l’événement de clôture de cette action. » La collectivité regrette « vivement les réactions de certains sur les réseaux sociaux qui sont bien loin de la réalité du ressenti des participants ».

      Le département dresse un bilan positif de ce « parcours mené par 40 personnes a permis la signature de dix contrats, quatre entrées en formation et 15 immersions en entreprises, onze entretiens de recrutements fixés ».

      Alors les emplois qui exigent du "savoir-être" c’est effectivement des tafs de caissières, vendeurs, serveurs, aide-ménagères, aides soignantes, vigiles, partout où en étant mal payé (secteur en tension) on est en contact avec des clients.

      Sinon, avec un ami nous nous faisions la remarque qu’il y avait pas, ou si peu qu’on ne les voit pas, d’habitants de Granville originaire d’Afrique ou d’Afrique du Nord. Un élément d’ambiance semble confirmer l’épaisseur locale : une épicerie un peu fine (mais pas trop...) du bled inscrit sur ses sacs "Infusions des colonies"...
      Le « Ce stage m’a permis de sortir de chez moi et d’avoir une vie sociale » qu’on trouve toujours à publier car il fait partie du problème (privation en matière de sociabilité) aurait sans doute pu être complété par un "là, il y a des Granvillais qui me voient et doivent même me regarder" (voir le chômeur au premier plan sur la photo), mais cela ne se dit pas et ça n’aurait pas été publié dans ce journal.

      Pour finir, la comparaison avec l’esclavage oublie que les premières choses auparavant impossibles qu’ont pu faire les esclaves américains affranchis était de choisir leur conjoint.e et de vo-ya-ger.
      Le star Ac du cassos parait mieux venu lorsqu’on parle du théâtre de l’employabilité auquel on assigne les chômeurs.

      #emploi #marché_aux_Rsastes #parcours_de_professionnalisation #candidat #customisé

    • Et on vient te dire que tout cela est sur la base du volontariat.
      On peut être volontaires à se soumettre à n’importe quoi, un bon discours bien ficelé, la promesse d’une embauche, la limite du désespoir après laquelle on en a plus rien à foutre qu’on t’explique qu’il te faut teindre tes cheveux, paraitre plus jeune si tu veux avoir de l’argent pour t’offrir un logement où le plafond ne te tombe pas dessus et donc accepter d’être salariée, oui parce qu’évidemment indépendante c’est une blague, faut arrêter de surfer madame. Car cela doit être ton but : sorti de la condition de merde dans laquelle tu es et surtout en avoir honte car tu n’as pas fait tout ce qu’il fallait « pour en sortir ». Et tu es assise devant une assistante sociale qui a 20 ans de moins que toi et qui t’explique la vie.
      Donc, le contraire du volontariat c’est quoi, la rue direct et la 8/6 pour ne pas avoir trop froid ?

      Jouer à forcer son sourire de soumission et être dans le spectacle capitaliste jusqu’à dissoudre toute réflexion politique critique. Et cette volonté d’abaisser l’être humain, c’est vraiment détestable avec ces cinglés moulés dans le rôle réel des employeurs.

    • Les règles ont changé, c’est pas le même jeu : pas de marathon, mais pleins de runs (au guichet de France Travail aussi). On te promet pas du cash mais un emploi, et on te garde un peu en état pour postuler encore et encore.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/On_achève_bien_les_chevaux

      On achève bien les chevaux (They Shoot Horses, Don’t They ?) est un film américain réalisé par Sydney Pollack, sorti en 1969. Le film est inspiré du roman du même nom de Horace McCoy publié en 1935.

      Au début des années 1930, en Californie. Au cœur de la Grande Dépression, on se presse pour participer à l’un des nombreux marathons de danse organisés à travers le pays pour gagner les primes importantes qui y sont mises en jeu.

    • [Authenticité et soumission] « Fuyez si cela vous arrive » : attention au « test du sac à main » en entretien d’embauche
      https://www.leparisien.fr/sentinelles/fuyez-si-cela-vous-arrive-attention-au-test-du-sac-a-main-en-entretien-de

      Des témoignages de candidates pour un emploi décrivent une pratique illégale et discriminante de #recrutement, visant à laisser regarder le contenu de leur sac pour juger de leur capacité d’organisation.

      C’est totalement illégal : le test du sac à main, qui consiste à regarder l’intérieur de l’objet pour vérifier les capacités d’organisation d’une candidate, est une pratique sexiste et interdite.

      « Que dit votre sac à main de votre personnalité ? » La question ressemble à ces tests qui occupent les pages de magazines féminins, certainement pas à une interrogation venant d’un recruteur. C’est pourtant ce qui a été demandé à Marie (le prénom a été changé), lors d’un #entretien_d’embauche à un poste d’animatrice de vente, pour lequel elle a été invitée à présenter le contenu de son sac.

      Une demande censée évaluer sa capacité d’organisation. « Il s’agissait plutôt d’évaluer ma soumission à l’entreprise. Le vrai test qu’on me faisait passer était de savoir si j’obéissais aveuglément », reprend Marie. Une pratique interdite et sexiste — car qui porte des sacs à main ? — dans un contexte de recrutement, dont la confidentialité a été levée à la faveur d’un témoignage.

      Sur le blog américain Ask a Manager, traitant des problèmes dans le monde du travail, une internaute s’étonne qu’un recruteur ait demandé à une candidate, en fin d’entretien, s’il pouvait fouiller dans ses effets personnels. « Rien de ce que j’ai entendu depuis ne m’a paru plus étrange comme question », confie la personne à l’origine du témoignage, qui relate l’expérience de son amie sollicitant alors un poste administratif. Déstabilisée, la jeune candidate finit par accepter, pensant que le poste lui tendait les bras. Le patron, après avoir inspecté le sac, le lui rend sans un mot. Résultat : elle n’est pas retenue, malgré un entretien réussi.

      « J’ai cru à une blague »

      Difficile d’estimer la fréquence de cette pratique. Dans une majorité écrasante des cas, ce sont les #managers, en France, qui sélectionnent le candidat. Ils sont ainsi 85 % à participer à la phase du choix final, selon une étude Apec de 2022, et ils sont nombreux à être les ultimes décisionnaires. « J’étais seule face au #chef des ventes pour l’entretien, confirme d’ailleurs Marie. Au départ, c’était très classique. Nous avons parlé de ma capacité à travailler en équipe, de mon sens de la communication, de ma connaissance des produits, puis nous avons abordé mes qualités organisationnelles », décrit la trentenaire.

      Ce point ne lui fait pas peur : planifier les tâches, respecter les délais impartis, maintenir son environnement de travail rangé, Marie connaît. Elle est toutefois fébrile. Une période de #chômage de huit mois fragilise son assurance et accroît l’importance du rendez-vous. « Tout se passait bien et puis il m’a demandé s’il pouvait jeter un coup d’œil dans mon sac pour voir si tout y était aussi bien rangé que dans ma tête. J’ai cru à une blague mais il a ajouté que c’était aussi une preuve de transparence si j’acceptais, lance-t-elle encore ébahie. J’avais besoin de ce boulot, j’ai accepté et j’ai été prise mais je ne décolère pas depuis. Je savais que cette requête n’était pas normale », reconnaît cette habitante de l’Oise, par ailleurs mère solo.

      Elle pense encore avec embarras aux protections périodiques apparentes dans la poche intérieure de son sac. « Il a observé attentivement mes affaires, sans fouiller. Heureusement, ma boîte d’antidépresseurs était dans le fond. Il aurait pu, en plus, obtenir des informations médicales. C’est une violation totale de mon intimité. Tout ça pour un salaire de 1 800 € par mois », s’étrangle celle qui est désormais en poste.

      Le message de Patrice Adam, président de l’Association française de droit du travail et de la sécurité sociale (AFDT) et professeur à la faculté de droit de Nancy (Meurthe-et-Moselle). « Les textes sont très clairs : c’est totalement illégal, tranche l’expert. Lors d’un processus de recrutement, les pratiques employées doivent être pertinentes au regard de l’emploi visé. Or, ce n’est pas le cas.

      Aucune étude sérieuse n’associe la façon de ranger son sac à sa méthode de travail [ouf ! on a eu chaud]. « Par ailleurs, ce test est une véritable atteinte à la vie privée et constitue une discrimination sexuelle puisqu’il est rare qu’un homme se présente avec un sac, raille le président de l’AFDT. La candidate serait en droit de saisir un juge pour réclamer des dommages et intérêts mais nous savons qu’elle ne le fera pas. Elle n’est pas en position de force », concède l’expert.

      Que faire alors ? « Individuellement, c’est compliqué « la fouille d’un sac est strictement encadrée et ne se justifie que par des raisons impératives de sécurité ».

      Le théâtre de l’employabilité ne convainc personne et surtout pas ceux qui l’imposent. On cherche, en amont de périodes d’essai qui parfois se résument à un sketch prolongé de la part d’employé.es madré.es avant tout désireu.ses de préserver leur salaire, à vérifier l’authenticité des candidats.

      une version sans paywall #toctoc ?
      https://www.tf1info.fr/vie-pro/attention-ce-test-demande-lors-d-un-entretien-d-embauche-est-absolument-ille

      #savoir_être

    • Défilé de mode d’allocataires du RSA dans la Manche : quand la communication déraille
      https://www.lepoulpe.info/defile-de-mode-d-allocataires-du-rsa-dans-la-manche-quand-la-communicatio

      À Granville, le programme d’insertion « Le Bleu Enchanté », qui comprend notamment un défilé de mode d’allocataires du RSA face à des recruteurs, a été dénoncé par les médias et les réseaux sociaux. Ses organisateurs le défendent mordicus quand d’autres voix fustigent un système de retour à l’emploi qui pousse trop loin certains concepts, quitte à en oublier l’essentiel.

      Perrine Courbaron (à l’extrême droite sur la photo) directrice de l’insertion et de l’emploi au conseil départemental de la Manche.
      https://www.lamanchelibre.fr/actualite-983832-manche-aider-les-beneficiaires-du-rsa-a-s-en-sortir


      Mars 2022

      La Manche serre la vis autour des bénéficiaires du RSA pour les accompagner plus vite vers le retour à l’emploi.

      Une seule remarque sur ce cliché, la pendule, la france qui se lève tôt 6h45. Désolé ces gueules de déterrées me donne rdv des potron-minet, je reste couché. Y font peur.

      Granville. Le défilé de mode des bénéficiaires du RSA fait polémique
      https://www.lamanchelibre.fr/actualite-1191889-granville-le-defile-de-mode-des-beneficiaires-du-rsa

      « Des apparences de marché aux esclaves moderne », une « foire aux bestiaux », une initiative « scandaleuse, dégradante et humiliante »… Les réactions négatives sont nombreuses à la suite de l’événement « Le Bleu enchanté » relaté dans notre édition du 27 septembre. Durant cette opération qui était organisée jeudi 18 septembre dernier au théâtre de l’Archipel à Granville, une trentaine de bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) participaient à un défilé de mode en présence de recruteurs et de travailleurs sociaux.

      En réponse à ces réactions, un communiqué a été publié par les organisateurs : le Conseil départemental de la Manche, France travail et le groupement d’intérêt public Tandem (une entité créée par le Département pour l’insertion professionnelle des bénéficiaires du RSA). Dans celui-ci, les auteurs entendent dénoncer « fermement » des « récupérations et propos injurieux, contraires aux valeurs de solidarité et de bienveillance » qu’ils estiment porter. Ils indiquent que ce projet avait pour but « de remobiliser les bénéficiaires du RSA grâce à la découverte de métiers dans divers domaines d’activité, à travers un parcours de professionnalisation de quatre mois ».
      « Ce qui a été dit n’est du tout représentatif de ce que nous avons vécu »

      Ils précisent que le défilé, qui était proposé « sur la base du volontariat », intervenait en clôture de cette action. Les organisateurs livrent aussi trois témoignages de participants. « Ce qui a été dit n’est du tout représentatif de ce que nous avons vécu », rapporte une bénéficiaire tandis qu’un autre indique avoir passé « un bon moment ». Enfin, d’après les organisateurs, ce « parcours de professionnalisation », suivi par quarante personnes, a permis « la signature de dix contrats, de quatre entrées en formation et de quinze immersions en entreprises ». Onze entretiens de recrutement seraient par ailleurs fixés.

      Depuis 2022, le Département a entrepris une réorganisation de l’accompagnement des bénéficiaires du RSA. En 2024, les responsables ont annoncé le lancement d’une expérimentation du « RSA renforcé » sur les trois intercommunalités du sud-Manche, dont Granville Terre et Mer, lançant ainsi diverses actions visant à « améliorer l’orientation », favoriser la « remobilisation » et l’insertion des bénéficiaires. Au niveau national, depuis le 1er janvier 2025, chaque personne percevant le RSA doit réaliser au moins 15 heures d’activité par semaine (mise en situation professionnelle, formation…).

      Au total, le département de la Manche compte 8 460 bénéficiaires du Revenu de solidarité active.

  • Chez #France_Travail, #Frontex promet « de la #chasse » de migrants pour recruter

    Lors d’une visioconférence début septembre, un ex-officier de Frontex a voulu rendre le #métier de #garde-frontières attractif pour les « jeunes hommes ». Pour en recruter 500 d’ici janvier 2026, l’agence a baissé le niveau d’études requis au bac.

    « Je sais que parmi les candidats, il y a pas mal de #jeunes_hommes qui sont comme je l’étais quand j’avais leur âge, 20-25 ans, qui [ont] envie de faire de la police, de l’#action, de la chasse, etc. » L’homme qui s’exprime en ces termes est le commandant de police, #Dominique_Bott. Jusqu’au 1er septembre, il était officier de liaison pour la France auprès de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex. Le 4 septembre, il a participé avec sa remplaçante à une réunion d’information en visioconférence de France Travail sur le recrutement de garde-frontières en Europe, accompagné de deux employées de l’agence pour l’emploi. Elle a été organisée avec Défense Mobilité, le service des transitions professionnelles du ministère des Armées.

    StreetPress s’est procuré un enregistrement vidéo de cette réunion, où 170 demandeurs d’emploi ont pu apprécier la présentation du métier chez Frontex par le haut gradé :

    « Il faut savoir que le garde-frontière peut être amené, même beaucoup, à faire des patrouilles dans la zone frontalière. Il peut être amené à interpeller des gens qui passent des frontières […] de manière illégale et qui essaient d’échapper au contrôle. »

    Interrogé sur la « chasse » comme argument d’attractivité, l’agence France Travail s’est désolidarisée des propos du commandant Bott qui ont « pu heurter certains participants ».

    « L’animateur de la réunion a essayé de faire comprendre son activité peu connue auprès d’un public pouvant en avoir une perception parfois approximative. Nous regrettons sincèrement l’expression empruntée qui était clairement inappropriée et en avons informé le recruteur. »

    Recrutement massif

    Frontex s’est associée à France Travail pour attirer de nouveaux candidats alors qu’elle vise l’embauche de 500 nouveaux garde-frontières en Europe d’ici janvier 2026. En 2024, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a annoncé au Parlement européen que les effectifs de l’organisme passeraient de 2.500 garde-frontières et gardes-côtes à 10.000 en 2027, puis 30.000 les années suivantes.

    En plus d’un salaire de 3.500 à 4.000 euros net par mois et de nombreuses aides sociales — Frontex est l’agence la plus riche de l’Union européenne —, l’officier de police explique que le niveau d’études requis a été « réévalué » cette année pour passer d’un bac+3 au baccalauréat.

    L’agence cherche en priorité des recrues françaises, ainsi que allemandes et néerlandaises, car ces nationalités seraient trop peu présentes au sein des effectifs, et des femmes, « largement sous-représentées », selon lui. Pourtant, c’est uniquement aux candidats masculins qu’il s’est adressé lorsqu’il a évoqué l’opportunité de « chasse » que comporte le poste.

    Cadre idyllique et #chasse_à_l’homme

    Le contrat de cinq ans, renouvelable une fois, commence par une année de formation à Varsovie, en Pologne, où se trouve le siège de Frontex. Le commandant Dominique Bott tient à rassurer les intéressés sur la météo polonaise : « Le climat n’est pas très différent de ce qu’on peut connaître dans l’Est de la France. » Surtout, il explique que si un agent a été affecté « dans un coin isolé » — comme à la frontière entre le Monténégro et la Serbie — il aura de grandes chances d’être redéployé deux ans plus tard pour un poste « un peu plus idyllique », comme les îles grecques ou la Sicile, en Italie.

    Sa successeure, Alexandra Bouthier Lefebvre, prend le relai pour expliquer qu’une journée type de garde-frontières consiste principalement à vérifier le « statut légitime de voyageur qui est autorisé à passer une frontière », autrement dit la validité de ses documents. C’est à ce moment, au bout de plus d’une heure de réunion, que Dominique Bott prend à nouveau la parole pour intervenir et pimenter la présentation du métier avec son versant d’action « non négligeable ».

    Au mot « chasse », la commandante de police Alexandra Bouthier Lefebvre lui fait signe de la main et de la tête de s’arrêter. Au milieu de sa phrase, il lui répond en riant : « Elle me fait signe ! », sans prendre en compte son alerte. Le policier conclut en promettant :

    « Pour ceux qui pensent que leur métier sera simplement de rester à une frontière et de contrôler les passeports, pas forcément, il y a les deux pour les plus jeunes qui ont envie d’un peu plus d’action. »

    Plainte pour complicité de crime contre l’humanité

    Un argument d’autant plus problématique que les garde-frontières sont armés, comme le confirme le commandant de police pendant la réunion France Travail, et que l’agence européenne a déjà été accusée de comportements illégaux.

    Fabrice Leggeri, l’ancien directeur de Frontex de 2015 à 2022, également cadre du Rassemblement national, est visé par une plainte pour complicité de crime contre l’humanité. La justice se penche sur sa participation au refoulement d’embarcations de migrants par les autorités grecques vers la Turquie, appelés en anglais des « pushbacks ». Un rapport a prouvé que Frontex cautionnait ces pratiques, contraires à la convention de Genève, qui se font parfois avec moult violences.

    StreetPress a tenté d’entrer en contact avec le commandant Dominique Bott, sans succès. Le policier a depuis rejoint l’Inspection générale de la police nationale, à Metz (57). Cette fois pour faire la « chasse » aux violences policières.

    Interrogée sur les propos tenus par Dominique Bott, l’agence européenne Frontex n’a pas souhaité répondre.

    https://www.streetpress.com/sujet/1758532916-france-travail-frontex-chasse-migrants-recruter-unioneuropen
    #chasse_aux_migrants #recrutement #travail

    ping @karine4

    • France Travail offre une tribune à Frontex pour de la « chasse » aux migrant·es
      https://www.gisti.org/article7591

      Début septembre, France Travail a organisé une réunion d’information avec l’agence européenne Frontex, dont le contenu a récemment été révélé par StreetPress. L’un des représentants de l’agence y a présenté le métier de #garde-frontière comme une activité de « chasse », vantée auprès de « jeunes hommes » en quête d’action.

      Ces propos ne relèvent pas d’un simple dérapage. Ils s’inscrivent dans un discours désormais banalisé qui déshumanise les personnes migrantes, les réduit à des cibles et promeut une vision viriliste de la force et du contrôle. Que ce registre soit employé par Frontex [1], déjà accusée à de multiples reprises de violations des droits humains (#pushbacks illégaux, violences aux #frontières), n’étonne guère. Mais qu’il trouve une tribune au sein de France Travail, service public censé accompagner toutes les personnes qui résident sur le territoire vers l’emploi – y compris les personnes migrantes, est particulièrement alarmant.

      Cette dérive n’est pas isolée. Aux États-Unis, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) recrute massivement pour mettre en œuvre les expulsions promises par Donald Trump. Certes, les propos tenus lors de la réunion hébergée par France Travail n’ont pas atteint le degré outrancier des campagnes américaines, qui appellent ouvertement les futures recrues à expulser les « criminels et prédateurs » qui auraient « envahi » les États-Unis. Mais les points communs sont frappants : un recrutement massif au détriment de la formation (Frontex a abaissé son niveau d’études requis de bac +3 au baccalauréat, ICE a réduit ses formations de cinq à deux mois) ; le ciblage d’anciens militaires, recyclés dans le contrôle armé des migrations (la réunion France Travail était organisée avec Défense Mobilité, le service de reconversion du #ministère_des_Armées) ; et plus largement, la banalisation de la #violence_aux_frontières, présentée comme un défi exaltant.

      Si France Travail a condamné les propos tenus lors de cette réunion, Frontex, elle, n’a rien désavoué.

      Nous dénonçons la normalisation d’un vocabulaire et de pratiques contraires aux droits humains. Les frontières ne sont pas des terrains de chasse.

    • France Travail offre une tribune à Frontex pour de la « chasse » aux migrant·es

      Début septembre, France Travail a organisé une réunion d’information avec l’agence européenne Frontex, dont le contenu a récemment été révélé par StreetPress. L’un des représentants de l’agence y a présenté le métier de garde-frontière comme une activité de « chasse », vantée auprès de « jeunes hommes » en quête d’action.

      Ces propos ne relèvent pas d’un simple dérapage. Ils s’inscrivent dans un discours désormais banalisé qui déshumanise les personnes migrantes, les réduit à des cibles et promeut une vision viriliste de la force et du contrôle. Que ce registre soit employé par Frontex [1], déjà accusée à de multiples reprises de violations des droits humains (pushbacks illégaux, violences aux frontières), n’étonne guère. Mais qu’il trouve une tribune au sein de France Travail, service public censé accompagner toutes les personnes qui résident sur le territoire vers l’emploi – y compris les personnes migrantes, est particulièrement alarmant.

      Cette dérive n’est pas isolée. Aux États-Unis, l’agence ICE (Immigration and Customs Enforcement) recrute massivement pour mettre en œuvre les expulsions promises par Donald Trump. Certes, les propos tenus lors de la réunion hébergée par France Travail n’ont pas atteint le degré outrancier des campagnes américaines, qui appellent ouvertement les futures recrues à expulser les « criminels et prédateurs » qui auraient « envahi » les États-Unis. Mais les points communs sont frappants : un recrutement massif au détriment de la formation (Frontex a abaissé son niveau d’études requis de bac +3 au baccalauréat, ICE a réduit ses formations de cinq à deux mois) ; le ciblage d’anciens militaires, recyclés dans le contrôle armé des migrations (la réunion France Travail était organisée avec Défense Mobilité, le service de reconversion du ministère des Armées) ; et plus largement, la banalisation de la violence aux frontières, présentée comme un défi exaltant.

      Si France Travail a condamné les propos tenus lors de cette réunion, Frontex, elle, n’a rien désavoué.

      Nous dénonçons la normalisation d’un vocabulaire et de pratiques contraires aux droits humains. Les frontières ne sont pas des terrains de chasse.

      https://www.gisti.org/spip.php?article7591

  • Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail : « Le CV est un frein au recrutement des personnes en situation de handicap »
    https://www.lemonde.fr/emploi/article/2024/03/20/thibaut-guilluy-directeur-general-de-de-france-travail-le-cv-est-un-frein-au

    Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, à Paris, le 15 janvier 2024. DIMITAR DILKOFF / AFP

    Or, des publics, je pense par exemple aux jeunes sortant d’Ulis [des dispositifs qui permettent la scolarisation d’élèves en situation de handicap au sein d’établissements scolaires ordinaires], sont aujourd’hui parfois orientés un peu trop systématiquement en #Esat [établissement et service d’accompagnement par le travail] sans que le service public de l’#emploi ait pu, au préalable, réaliser un diagnostic approfondi de leur situation individuelle.

    Dès lors qu’ils sont en recherche d’emploi, ils seront désormais systématiquement adressés à #France_Travail afin que soit déterminé avec eux, notamment sur la base d’immersions, l’environnement professionnel le mieux adapté : Esat, entreprise adaptée, entreprise classique, etc. C’est seulement ensuite, sur préconisation de France Travail, que la maison départementale des personnes handicapées validera les décisions d’orienter en Esat. Plus de 80 % des personnes handicapées seront ainsi orientées vers l’emploi, contre seulement 30 % ou 40 % jusqu’à présent.

    [...]

    Nous privilégions aussi de plus en plus les méthodes permettant de s’affranchir du CV, qui peut être un frein au recrutement des personnes en situation de handicap. Elles ont parfois moins de qualifications et d’expériences professionnelles, mais pas forcément moins de #compétences. Ainsi, avec le dispositif d’immersion professionnelle, au lieu de recruter sur CV, l’#entreprise peut tester le candidat pendant un jour, une semaine, un mois. Nous accélérons aussi le #recrutement par test de simulation, qui permet d’évaluer si la personne a des aptitudes recherchées pour un poste. Nous développons également la formation préalable à l’embauche et pouvons financer jusqu’à quatre cents heures d’adaptation au poste de travail .

    https://archive.ph/XzDvl

    #handicap #MDPH #travail

  • Trois #idées_reçues sur l’#Ukraine en #guerre

    « Les Ukrainiens sont fatigués », « l’Ukraine n’arrive plus à recruter des combattants », « les Ukrainiens souhaitent négocier ». Ces commentaires que l’on entend de plus en plus souvent depuis un an dans nos médias et sur nos réseaux sociaux ont toute l’apparence d’un simple constat de faits issus de l’observation.

    Devenus des lieux communs, ces clichés circulent de plateaux de télévision en cercles de réflexion, désormais sous forme d’évidences inébranlables, tout comme étaient une évidence inébranlable la représentation héroïque de l’Ukraine il y a encore deux ans. L’épaisseur sociale de la guerre se perd dans ces diagnostics rapides qui aplanissent les situations complexes, gomment la pluralité des acteurs et négligent les choix difficiles que ces derniers doivent faire. Or, ces énoncés ne sont pas politiquement neutres, car ils construisent une certaine représentation de l’Ukraine qui peut servir à justifier des choix politiques que nos gouvernants sont amenés à faire dans la guerre. Déconstruire les diagnostics de sens commun, c’est aussi nous donner des outils plus fins pour comprendre et agir.
    « Les Ukrainiens sont fatigués »

    70 % d’Ukrainiens ont en 2024 un proche qui combat ou qui a combattu contre la Russie dans les rangs de l’armée ukrainienne. Près de 80 % déclaraient en 2023 avoir au moins un proche blessé ou mort à la guerre. Ces indicateurs seuls suffisent à montrer le prix considérable que paie la société entière dans ce conflit armé. Au bout de trois ans de guerre de haute intensité, la fatigue des combattants sur le front, celle des institutions fonctionnant en situation d’urgence permanente, et celle des civils devant s’ajuster à un risque quotidien sur tout le territoire du pays, est indéniable. La résistance armée, tout comme la résilience civile, ont un coût, et nous ne mesurons pas encore leur impact durable sur les personnes et la société dans son ensemble.

    La fatigue est bien là, et il ne pourrait pas en être autrement. Cependant, derrière le constat de fatigue des Ukrainiens, on entend, implicitement posé, une autre affirmation, un doute sur leur volonté de poursuivre le combat. La société épuisée le serait littéralement : vidée de ses ressources, sur le point de s’arrêter faute de carburant. Ma collègue ukrainienne, l’intellectuelle Tatyana Ogarkova, le disait un jour dans un échange avec les étudiants : « Quand on me pose la question “êtes-vous fatigués ?”, j’entends derrière “Quand est-ce que vous allez enfin vous arrêter ?” »

    Il est indispensable de s’écarter de l’analogie un peu trop facile entre fatigue et fin de consentement à poursuivre la guerre.

    Les enquêtes d’opinion publique mesurent depuis le début de la guerre la volonté de la société ukrainienne de continuer le combat contre l’agresseur russe. Évidemment, les réponses données ne reflètent pas tant les choix faits par chacun des Ukrainiens quand la guerre vient frapper à sa porte, que la manière dont la société se perçoit et se raconte à un moment donné. Cependant, même lues de cette manière, les réponses, et surtout leur dynamique, sont riches d’enseignements. Ainsi, l’Institut international de sociologie de Kyiv pose, à intervalles réguliers, la question aux Ukrainiens : « Combien de temps encore êtes-vous prêts à endurer la guerre ? » Pendant deux ans, entre mars 2022 et février 2024, la réponse « le temps qu’il faudra » a plafonné en tête avec des scores de 71 %-73 % des réponses. Une baisse s’observe effectivement dans la troisième année de la guerre, avec 63 % en octobre et 57 % en décembre 2024. Ce qui a surtout augmenté pendant cette période, c’est la proportion de réponses « difficile à dire », passée en un an de 4 % à 18 % des réponses, et jusqu’à 28 % dans l’est du pays, au plus près de la zone de front. Les incertitudes d’une période où les Ukrainiens ont pris conscience que l’aide de leurs partenaires ne leur donnait pas les moyens d’une victoire militaire sur la Russie, ont inscrit la guerre dans une autre temporalité aux yeux de la population : « le temps qu’il faudra » ne se compte désormais plus en mois, mais en décennies, et introduit le trouble.

    Dans une enquête réalisée de manière récurrente par Rating group, à la question « Croyez-vous que l’Ukraine gagnera cette guerre ? »[1], 97 % des personnes interrogées ont répondu par la positive pendant les deux premières années de guerre. Le taux de réponses positives est descendu à 88 % depuis février 2024. Ce qui change surtout, c’est la répartition entre ceux qui se déclarent « certains » que l’Ukraine gagnera la guerre (81 % début 2022, 56 % à l’automne 2024) et ceux qui pensent qu’elle la gagnera « probablement » (16 % en 2022, 32 % en 2024). Ce que nous indiquent ces enquêtes, c’est à la fois le maintien d’un consensus social autour d’une guerre perçue comme juste, et une confrontation à des difficultés accrues, à la fois à l’intérieur de la société et dans le soutien international à l’Ukraine.

    Cependant, au-delà des chiffres, l’observation des pratiques quotidiennes des Ukrainiens montrent une société en constante évolution, engagée dans une dynamique d’ajustements permanents aux nouveaux problèmes qui surgissent. À l’arrière du front, de nombreux Ukrainiens sont engagés de leur propre initiative dans des activités de défense. Par exemple, depuis la prise de conscience de la centralité des drones sur le champ de bataille actuel, les centres privés ou associatifs de formation au pilotage de drone, des initiatives de recherche sur les technologies qui y sont associées, des ateliers artisanaux ou industriels de fabrication de ces matériels, de levées de fonds pour l’achat de drones, se sont multipliés dans la société. Lorsque la problématique sur le champ de bataille change ou que de nouveaux besoins surgissent, la société se réorganise.

    Sur les territoires diversement affectés par les combats, les Ukrainiens travaillent très activement à préserver les fondamentaux de la vie civile : continuité de l’éducation, maintien des services publics, activités économiques, vie culturelle. Cette paradoxale normalité, si surprenante pour le visiteur étranger qui s’étonne de voir les boutiques ouvertes et les cappuccinos servis sur les terrasses de café des villes ukrainiennes, n’est pas le signe d’un désengagement de la société qui souhaiterait oublier la guerre, mais un acte de résistance au quotidien. Alors que nos médias ne cessaient de promettre à l’Ukraine un hiver 2024-2025 catastrophiques sans chauffage ni électricité, l’Ukraine semble contrer les attaques sur ses infrastructures mieux que prévu. Repousser, reconstruire, refaire marcher, secourir après un bombardement est un travail de Sisyphe, mais c’est lui qui montre le mieux la capacité de la société ukrainienne à être fatiguée, tout en continuant à rechercher des ressources nouvelles pour avancer.
    « L’Ukraine n’arrive plus à recruter de combattants »

    « Oui mais le front ? », retorquera le lecteur attentif. Les difficultés de l’armée ukrainienne sur le champ de bataille sont mises en scène au quotidien dans des comptes-rendus médiatiques, à grands renforts de cartes d’avancée ou de recul des troupes, tellement zoomées qu’elles en deviennent illisibles. Si le chapelet des noms de localités prises ou abandonnées par les belligérants tel ou tel jour brouillent la compréhension et se fondent dans un brouhaha monocorde, un message se détache clairement : l’armée ukrainienne manque de combattants, n’arrive pas à en recruter assez, et fait face à une multiplication de désertions.

    Une fois de plus, le message vient avec un sous-entendu : si l’armée peine à recruter et garder les combattants, c’est peut-être que les Ukrainiens ne souhaitent plus combattre et ne consentent plus à poursuivre cette guerre. Là aussi, il est indispensable de détacher la question du consentement à la prise d’armes de celle du consentement à la guerre. Chercher à comprendre les logiques sociales et les contraintes administratives à l’œuvre dans le recrutement des combattants offre une porte d’entrée bien plus heuristique dans la question cruciale du recrutement de civils pour la guerre.

    La mobilisation militaire n’est pas seulement un acte performatif, elle est aussi un ensemble d’actions administratives qui assurent sa mise en œuvre, portées par des institutions plus ou moins aptes à la conduire. Le grand élan d’engagement volontaire dans l’armée qui a immédiatement suivi l’agression russe, a assuré la constitution d’unités combattantes pendant la première période de la guerre, mais a aussi masqué pendant plusieurs mois les fragilités de l’administration militaire.

    L’une de ces fragilités était la difficulté pour les forces armées à identifier les civils qu’elles souhaitaient mobiliser : les registres des citoyens au regard de leur obligation militaire étaient sous format papier, localisés dans des bureaux dispersés, et surtout très inégalement mis à jour. La mobilisation générale prévue dans la législation ukrainienne ne suit pas une logique de sélection aléatoire, mais procède de manière progressive, des citoyens ayant la meilleure expérience militaire, jusqu’à ceux qui n’en ont aucune. S’il était relativement facile d’identifier les citoyens qui avaient récemment quitté les forces armées ou fait leur service militaire peu de temps auparavant, l’administration militaire a éprouvé de plus en plus de difficultés au fur et à mesure de la progression de la guerre, alors qu’elle devait piocher dans des catégories de citoyens dont le lien avec l’armée était bien plus distendu, qui n’avaient jamais mis à jour leur dossier dans les registres.

    La difficulté était moindre en milieu rural, où il était plus facile de recenser les mobilisables, que dans les grandes villes, ce qui a conduit l’armée à sur-recruter dans les campagnes, donnant l’image d’une mobilisation inégalitaire et socialement injuste. Dans les villes, les bureaux de recrutement, dotés de fichiers de moins en moins pertinents sur des hommes de moins en moins socialisés à l’armée, ont multiplié les dérives. Les pratiques de rafles largement médiatisées, où des militaires étaient filmés en train d’arrêter et d’embarquer des hommes en pleine rue, étaient révélatrices de la tension entre l’ordre donné aux bureaux de recrutement de mobiliser un certain nombre d’hommes, et l’inadaptation des outils administratifs mis à leur disposition pour le faire. La numérisation des registres militaires est bien en cours, et une base de données électronique unifiée est entrée en fonctionnement il y a quelques mois, signalant la prise de conscience par l’État ukrainien des conséquences désastreuses de cette faille administrative. Grâce à ce nouvel outil, les pratiques de recrutement vont peut-être évoluer.

    Au-delà des difficultés pratiques, la guerre pose une question fondamentale en Ukraine : celle du modèle du devoir citoyen en vigueur dans la société, et de l’adéquation du dispositif de mobilisation militaire à ce modèle. Pensé pour les guerres et les sociétés d’hier, le modèle de la mobilisation repose sur la figure du citoyen-soldat, unité de base des forces armées dont cette dernière peut faire un usage indiscriminé. Ce modèle vient heurter les contours de la citoyenneté et du devoir citoyen élaborés dans l’Ukraine de ces dernières décennies. Dans une société où l’État était perçu comme fragile et potentiellement défaillant, et où les idées libérales d’initiative et d’autonomie ont été au contraire valorisées, les citoyens ont élaboré des modes particuliers d’action pour le bien commun.

    Dès le début de la guerre dans le Donbass en 2014, les citoyens se sont engagés dans la défense du pays, mais au sein de communautés restreintes. De nombreux civils avaient rejoint des bataillons volontaires, sensibles à la liberté et à la camaraderie dans leur fonctionnement. D’autres se sont engagés dans des groupes associatifs, autour de projets : achat d’équipements pour l’armée, évacuation de blessés, réintégration de vétérans… Être efficace et utile, utiliser au mieux ses compétences au service de son pays, en appui de son État, est devenu le mode le plus valorisé d’accomplissement de son devoir citoyen. En se focalisant strictement sur l’institution militaire, les analystes négligent souvent un pan entier de la société ukrainienne activement engagée dans la défense, comme les initiatives autour des drones évoquées plus haut. Ces initiatives, externes à l’armée, viennent pourtant en support de la conduite de la guerre. Elles contribuent aussi à créer un vaste espace social, entre civil et militaire, de citoyens déjà concrètement engagés dans la guerre.

    La mobilisation, anonyme et aveugle à l’expérience de vie de l’appelé, à ses projets et à sa perception de son utilité au service du pays, vient heurter de plein fouet ce modèle de citoyenneté. Le choc est encore accentué par le profil démographique des mobilisés. L’âge moyen de l’armée ukrainienne est en effet assez élevé, autour de 40-45 ans. Ces hommes arrivent dans l’armée riches d’une expérience personnelle et professionnelle, conscients de leurs handicaps, dont l’impréparation physique, mais conscients aussi de leurs atouts. Ils sont, encore moins que d’autres, prêts à devenir des unités interchangeables sur le front.

    L’État ukrainien a pris conscience de ce problème, et teste aujourd’hui des dispositifs d’ajustement des modes de recrutement à ces exigences de la société. Grâce aux initiatives proposées initialement par la société civile, l’État met en place des circuits de recrutement plus décentralisés et alignés sur les pratiques du privé, où les civils postulent de leur propre initiative à des offres d’emploi proposés par telle ou telle brigade des forces armées. Composer une armée à partir d’un corps social de civils, dans l’urgence de la guerre, n’est pas seulement une opération logistique : la mobilisation confronte aussi l’État aux fondements de son contrat social et au contenu du devoir citoyen.

    La désertion, elle aussi largement médiatisée en tant que signe de démoralisation des Ukrainiens, relève également de logiques sociales bien plus complexes. De nombreux déserteurs, à la fois ceux qui sont nouvellement arrivés sur le front et ceux qui combattent depuis bientôt trois ans, pointent des raisons très précises de leur refus à continuer. L’absence de durée maximale de mobilisation est l’un des points de blocage. Alors qu’au début de la guerre, les combattants ne se posaient pas la question de la durée de leur engagement, la temporalité du conflit a changé. Conscients d’une armée russe qui se réorganise et se renforce, et de partenaires occidentaux qui, dans la perception ukrainienne, prennent soin de donner à l’Ukraine juste assez d’armes pour tenir, mais pas assez pour gagner, les Ukrainiens voient aujourd’hui leur guerre s’inscrire dans un temps très long. Dès lors, être mobilisé pour la durée totale de la guerre revient à s’engager jusqu’à sa mort, et de devoir abandonner tous projets d’après-guerre qui devient un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on avance. Cette situation est aujourd’hui insupportable pour de nombreux combattants qui désertent pour signifier leur protestation, et exigent la fixation d’une date de démobilisation en échange de leur retour sur le front. L’État ukrainien est dès lors dans une équation difficile à résoudre : il doit mobiliser plus de combattants, mais pour pouvoir les attirer, il doit accepter de démobiliser.

    Enfin, les motifs de désertion, évoqués notamment dans une enquête récemment publiée, relèvent aussi des problèmes de montée en capacité de l’armée ukrainienne : le manque de commandants compétents, les défauts d’encadrement et les défauts de la formation sont notamment soulignés par les déserteurs comme motifs principaux de leur départ. Ces problèmes organisationnels sont un défi majeur pour l’armée ukrainienne et jouent certainement sur le moral des troupes. Cependant, ils sont très loin de marquer un état de débâcle morale et ne s’accompagnent pas forcément d’une perte du sens de la guerre. Souvent vue comme un « exit », la désertion des Ukrainiens se rapproche parfois au contraire du « voice », une prise de parole active pour demander des réformes à l’État.
    « Les Ukrainiens souhaitent négocier »

    Les mots comptent. « Pensez-vous que le moment de pourparlers de paix officiels entre l’Ukraine et la Russie soit arrivé ? », interroge la population ukrainienne l’institut de sondages Fondation des initiatives démocratiques, en juin 2024. 44 % des personnes interrogées répondent par la positive. Le chiffre se met rapidement à circuler dans les médias, mais avec une formulation légèrement différente : « 44 % des Ukrainiens sont prêts à des négociations avec la Russie », rend ainsi compte du sondage dans un article Public Sénat.

    « L’Ukraine doit-elle rentrer dans des pourparlers avec la Russie pour tenter de parvenir à la paix ? », interroge l’Institut international de sociologie dans un sondage, et obtient 57 % de réponses positives en mai 2024. Cependant, dans la version anglaise de cette enquête, commanditée par le think tank américain National Democratic Institute, le terme de pourparlers (« переговори » en ukrainien) a disparu, remplacé par celui de « négociations » : « Do you think that Ukraine should engage in negotiations with Russia to try to achieve peace ? », dit la version anglaise. La formulation est reprise à l’identique par Le Monde quelques mois plus tard, en affirmant que la part des Ukrainiens « ouverts à des négociations serait passée de 33 %, en mai 2023, à 57 %, un an plus tard », et titrant sur « Les Ukrainiens de plus en plus ouverts à des négociations ».

    Pourparlers ou négociations ? Ce jeu de traduction n’est pas une querelle de linguistes. L’idée d’une volonté croissante des Ukrainiens à négocier, donc s’engager dans un jeu de compromis et de concessions, fait de plus en plus partie du sens commun, là où les sondages faisaient réagir les Ukrainiens sur leur acceptation de pourparlers, c’est-à-dire l’ajout d’un volet diplomatique au volet militaire pour tenter de parvenir à la paix. Consciente ou non, la manipulation produit des effets, en créant une représentation déformée de l’état d’esprit des Ukrainiens dans nos sociétés, mais mettant aussi une pression sur l’Ukraine.

    La pression externe à la négociation est bien perceptible dans la société ukrainienne. Les enquêtes d’opinion permettent de creuser le sujet, pour comprendre la manière dont les citoyens réagissent à ces pressions. En décembre 2024, alors que l’on anticipe déjà la présidence de Donald Trump et sa volonté de pousser à un accord rapide, l’Institut international de sociologie de Kyiv propose aux Ukrainiens différents scénarios de négociation, en les interrogeant sur l’acceptabilité des hypothèses proposées.

    Le scénario « optimiste » d’une Russie qui garde le contrôle des territoires séparatistes de Donetsk et Louhansk et de la Crimée, mais rend à l’Ukraine les régions occupées de Kherson et Zaporijjia, avec une Ukraine qui deviendrait membre de l’OTAN et de l’UE, obtenant des garanties de sécurité sérieuse et une aide à la reconstruction, obtient l’assentiment de 60 % des personnes interrogées. Le scénario « intermédiaire » d’une Russie qui garde le contrôle de tous les territoires occupés, mais d’une Ukraine qui devient membre de l’OTAN, de l’UE, et obtient des garanties de sécurité et des aides à la reconstruction, est déclaré acceptable par 64% des Ukrainiens interrogés. Cependant, pour plus de 2/3 de ceux-là, accepter un tel accord serait une décision « douloureuse à prendre ». Le troisième scénario qu’on peut décrire comme « pessimiste », celui d’une Russie qui garde le contrôle des territoires occupés, avec une Ukraine qui renonce à faire partie de l’OTAN, mais devient membre de l’Union européenne et obtient le soutien nécessaire à la reconstruction, est « douloureux, mais en définitive acceptable » pour 34 % des personnes interrogées, et aisément acceptable pour 7 %.

    Rares sont les Ukrainiens prêts à un accord de paix quel qu’en soit le prix, nous disent ces enquêtes. Plus que le facteur territorial, ce sont les garanties de sécurité qui font la différence. La préoccupation première de l’Ukraine est de préserver sa souveraineté face à une Russie dont l’intention principale est, à ses yeux, au mieux d’assujettir le pays, au pire de le plonger dans le chaos. Ce ne sont pas tant des territoires qui préoccupent les Ukrainiens que le destin de ceux qui se trouvent sur ces territoires, sous une occupation dont l’Ukraine ne cesse de souligner la violence.

    La temporalité de la guerre et cette perception des aspirations de la Russie sont ici centrales pour comprendre l’attitude des Ukrainiens. Alors que les impératifs de l’action politique et du temps contraint par les échéances électorales incitent nos dirigeants à raisonner dans un temps court, et à se projeter en priorité jusqu’à un cessez-le-feu, la société ukrainienne voit dans les négociations à venir seulement une étape dans une guerre inscrite dans un temps qui ne se compte pas en années, mais en décennies. Il y a aujourd’hui un consensus dans la société ukrainienne pour affirmer que l’hostilité russe à une Ukraine souveraine ne se limite pas à la figure de Poutine, et ne s’arrêtera pas avec lui. La guerre d’aujourd’hui poursuit celle de 2014-2022, et sera probablement suivie, aux yeux des Ukrainiens, de celle de demain, où la Russie gouvernée par Poutine ou un autre poursuivra le projet de retirer à l’Ukraine la maîtrise de son destin.

    L’attachement des Ukrainiens à leur adhésion à l’Union européenne est à comprendre dans cette perspective : si 71 % des Ukrainiens interrogés affirment en août 2024 qu’il est inacceptable que la Russie les force à renoncer à rejoindre l’UE, c’est parce qu’au-delà de ses capacités d’aide militaire, l’Europe représente pour eux une garantie politique d’échapper à la déstabilisation et à l’effondrement souhaités par la Russie. Cette garantie politique joue dans le temps long, ce temps long que nous avons tant de mal à appréhender et à anticiper dans cette guerre.

    Éviter des interprétations rapides ne permet pas seulement d’échapper au piège des solutions faciles, et de donner des clefs pour comprendre les événements dans leur inscription historique et sociale. Cela permet également d’ouvrir les yeux sur des questions qui concernent au plus haut point nos propres sociétés, notamment celles qu’il serait plus confortable de ne pas se poser. Quel prix faudra-t-il payer pour notre difficulté à nous projeter dans le temps long ? Quel est le modèle de devoir citoyen observable dans nos sociétés ? Comment nos sociétés réagiraient-elles face à la nécessité de se mobiliser face à un danger, et quels seraient les ressorts d’un engagement ? Quels sont nos outils de résilience et de résistance ? La puissance perçue de nos États est-elle une force ou une faiblesse ? Autant de questions que l’Ukraine nous renvoie, tel un miroir de nos propres doutes.

    https://aoc.media/analyse/2025/02/04/trois-idees-recues-sur-lukraine-en-guerre
    #guerre_en_Ukraine #fatigue #recrutement #négociation

    ping @fil

  • RSA sous conditions : un bilan encourageant dans le Loiret, mais qui pose la question des moyens - ici
    https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/rsa-sous-conditions-un-bilan-encourageant-dans-le-loiret-mais-qui-pose-la

    Mais le principal enseignement de cette expérimentation, c’est qu’il faut d’abord lever les freins sociaux pour espérer ensuite un retour à l’#emploi. "On commence par un diagnostic précis pour identifier ces freins sociaux, explique Martine Sonny, référente en parcours d’insertion #RSA à Montargis. Ces freins peuvent être variés : garde d’enfant, mobilité, logement, santé. Il faut aider ces personnes à résoudre leur problème. Ce n’est qu’après qu’on peut parler sérieusement d’orientation professionnelle. Or bien souvent ces personnes n’y parviennent pas seules, parce que ça leur semble compliqué, pour tout un tas de raisons." Le temps passé à résoudre ces problèmes fait d’ailleurs partie des « 15 heures d’#activité » exigées en retour.

    D’où l’importance des moyens humains pour réaliser cet accompagnement personnalisé. Pour cette expérimentation, le Département a dû recruter 12 agents supplémentaires, neuf référents de parcours, deux agents administratifs et un infirmier. Et en avril dernier, lorsque l’expérimentation a été élargie aux territoires de Lorris et de Courtenay, le Département a de nouveau embauché quatre référents en plus. "Chacun de ces agents suit 70 à 80 personnes, c’est deux fois moins que lors du suivi classique des dossiers RSA, tel qu’il était jusqu’ici pratiqué", précise Julie Grimoin, l’une des coordinatrices du RSA au Département du Loiret.

    Ces #recrutements ont été possibles grâce à l’aide de l’État qui a versé près d’un million d’euros. Toute la question à présent est de savoir comment aura lieu la généralisation du dispositif, sachant que le Loiret compte actuellement 15.900 allocataires du RSA, soit quatre fois plus que ceux qui ont bénéficié de l’expérimentation, et que les incertitudes financières de l’État comme des collectivités locales n’ont jamais été aussi fortes.

    • #Louboulbil : une boulangerie paysanne anarchiste et solidaire

      #Jean-Pierre_Delboulbe est un paysan boulanger. À la tête de la société Louboulbil, ce patron a une vision de l’entreprise bien à lui. Ici pas question de PIB mais de BIB, bonheur intérieur brut…

      Une semaine de travail de 4 jours, un salaire mensuel entre 2000 et 3000 euros, incluant des primes et des bénéfices partagés, et surtout entre 7 et 13 semaines de congés payés. Bienvenue dans l’entreprise Louboulbil ! Une société « déplafonnée », anarchiste et solidaire.

      Pour comprendre ce fonctionnement atypique, il faut s’intéresser à son fondateur : Jean-Pierre Delboulbe. Âgé de 54 ans aujourd’hui, le gérant est issu d’une famille d’agriculteurs installée à Castelsagrat au nord du Tarn-et-Garonne. « Nous avions une ferme en polyculture. On faisait du blé, de l’orge, du maïs, un peu de melon aussi. On avait des poules et des vaches. On faisait même du tabac, je me souviens qu’on le faisait sécher ici », raconte-t-il en pointant du doigt un espace qui fait partie aujourd’hui du fournil.
      Une première carrière dans une grande entreprise en région parisienne

      Pour autant, le quinquagénaire n’a pas immédiatement pris le chemin pour être agriculteur. « Nos parents nous avaient dit qu’on pourrait toujours être agriculteur mais qu’avant on devait faire des études », révèle-t-il. Le jeune homme suit alors des études scientifiques. Elles le conduisent à faire math sup, math spé et l’École nationale supérieure de chimie de Paris. Un cursus « royal », songe-t-il à ce moment-là.

      Embauché dans une grande société, il se conforme à ce que ses études ont fait de lui. Mais ce carcan lui pèse et l’oppresse. « Je pense que j’étais trop sensible pour ce genre de modèle. Le monde de l’entreprise m’a fait ressentir comme une grande baffe. Je me sentais mal, confie-t-il. Il n’y avait pas de place à la compétence, on subissait la tyrannie des diplômes et il y avait toujours quelqu’un au-dessus de vous avec un diplôme plus important. Avec du recul, ça me fait penser à aujourd’hui, aux gens qui à 45 ans font des burn-out, décident de changer de boulot et de remettre du sens à ce qu’ils font. Moi j’ai fait un refus de ce monde capitaliste », détaille-t-il.

      À 28 ans, il quitte donc la capitale et rentre dans le giron familial. « Mes parents m’ont toujours soutenu sans poser de questions », souligne-t-il, reconnaissant. À 28 ans, il se lance dans une activité surprenante pour son cursus : « J’ai fait des gâteaux et je suis allé les vendre au marché », révèle-t-il.
      Plusieurs années pour trouver sa voie

      Cette activité ne lui permet pourtant pas d’en vivre et il a des difficultés à gérer les stocks et la logistique. « Pour la fête des mères, il manquait toujours des gâteaux et d’autre fois je revenais avec tous mes gâteaux », se souvient-il. Aussi quand son cousin lui suggère de faire du pain, l’entrepreneur se lance. Il achète un pétrin, moud la farine à partir du blé qu’il sème et devient boulanger. L’activité prend petit à petit, tant et si bien que le Castelsagratois se met à embaucher des salariés. Si les débuts sont difficiles, la clientèle, qu’il séduit sur les marchés, se fait de plus en plus nombreuse. Aujourd’hui, Louboulbil est présent sur une vingtaine de marchés situés autour de ses locaux. Et il n’est pas rare de voir les clients faire la queue afin de pouvoir acheter un des nombreux pains proposés par les boulangers.

      Mais attention, chez Louboulbil pas question de venir avec un CV et faire étalage de ses diplômes. Le patron veut des personnes motivées. « C’est une entreprise déplafonnée », aime-t-il expliquer. Comprendre « sans plafond de verre ». « J’ai cassé à coups de masse tous les plafonds que je pouvais pour donner envie aux salariés de s’impliquer. D’ailleurs parmi les 30 salariés, il y en pas ou peu qui ont des diplômes. Pourtant, on n’arrête de pas de progresser, je suis même obligé de contenir notre croissance car pour l’instant on n’a pas envie de se développer trop. Ça voudrait dire qu’il faudrait acheter un quatrième four, et ça, c’est beaucoup de boulot pour moi car je les achète aux enchères, je les démonte et je les remonte, donne-t-il pour exemple. Et puis se développer pour quoi faire ? », se demande-t-il.
      Un patron au service de ses salariés

      La réussite de Louboulbil, c’est en grande partie à ses salariés qu’il la doit, estime-t-il. « Je vois la société comme une pyramide inversée. Les clients ce sont eux les patrons, puis il y a les salariés et en dessous, le patron, qui est là pour aider les employés à faire fonctionner l’entreprise. Je suis à leur service. De temps en temps, je leur laisse ma main pour signer des documents, s’amuse-t-il à donner comme image. J’ai déjà embauché de personnes que je n’ai jamais rencontrées. Ce sont chacun des services qui me disent qui et quand il faut embaucher. Ils font les entretiens et me disent ensuite à qui je dois faire un contrat », explique-t-il.

      Et ça marche aussi dans l’autre sens. Si quelqu’un ne fait pas l’affaire, on lui laisse un peu plus de temps que dans une entreprise traditionnelle pour changer ce qui ne va pas, mais s’il ne fait rien, et que l’équipe le décide, on met un terme à son contrat", précise-t-il.

      Louboulbil, c’est donc une entreprise « anarchique mais pas dans le sens où on nous l’apprend à l’école. Ça ne veut pas dire sans ordre, mais sans hiérarchie, insiste-t-il. Ils se gèrent tous seuls ».
      Concrètement comment est-ce possible ?

      Louboulbil est une société d’intérêt collectif agricole. Il y a d’une part un salaire qui est défini pour les employés, auquel s’ajoutent différentes primes. Certains des employés sont aussi agriculteurs et contribuent à faire tourner la société en apportant du blé. Ce dernier est ensuite moulu au moulin de Montricoux et servira à faire la farine des différents pains. Certaines primes sont ainsi versées en fonction du tonnage de blé apporté par chacun d’eux, ce qui explique que tous les salaires ne sont pas identiques.

      « On a reversé aussi une prime Macron dès qu’on a pu. Certains à temps plein ont touché le maximum 6000 euros, et les temps partiels ont eu au prorata de cette somme », donne pour exemple le patron.

      « Si on ne partageait pas ce qu’on gagnait avec les salariés, ils dépenseraient leur énergie contre le patron, leurs collègues…, imagine le boulanger. Là, on récupère le maximum d’énergie des salariés pour faire avancer l’entreprise », se félicite l’entrepreneur.
      Ici pas de PIB mais du BIB, bonheur intérieur brut

      Mais surtout ce que donne l’entreprise à chacun de ses salariés c’est du temps. « La boulangerie c’est un métier difficile, on commence tôt, on travaille les samedis, les dimanches, il faut aussi que les personnes puissent passer du temps avec leur famille », insiste Jean-Pierre Delboulbe. C’est ce qui lui permet au boulanger de parler de BIB, le bonheur intérieur brut, explique-t-il en désignant un document où est répertorié le nombre de semaines de congé pris par chacun des salariés.

      Ce sont eux aussi qui décident du nombre de semaines de congé qu’ils souhaitent. « En fonction de leur besoin, ils définissent le nombre de congés qu’ils prennent et quand ils les prennent. Ils gèrent aussi leur temps, je ne sais même pas à quelle heure ils arrivent », explique-t-il en prenant un grand calendrier accroché au mur. « Ah bah les vendeuses ont déjà calé leurs congés jusqu’à noël », découvre-t-il.
      Une grande liberté

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      Louboulbil : une boulangerie paysanne anarchiste et solidaire
      Economie, Entreprise, Castelsagrat
      Publié le 25/02/2023 à 16:03 , mis à jour le 04/11/2024 à 17:12
      Émilie Lauria

      l’essentiel Jean-Pierre Delboulbe est un paysan boulanger. À la tête de la société Louboulbil, ce patron a une vision de l’entreprise bien à lui. Ici pas question de PIB mais de BIB, bonheur intérieur brut…

      Une semaine de travail de 4 jours, un salaire mensuel entre 2000 et 3000 euros, incluant des primes et des bénéfices partagés, et surtout entre 7 et 13 semaines de congés payés. Bienvenue dans l’entreprise Louboulbil ! Une société « déplafonnée », anarchiste et solidaire.

      Pour comprendre ce fonctionnement atypique, il faut s’intéresser à son fondateur : Jean-Pierre Delboulbe. Âgé de 54 ans aujourd’hui, le gérant est issu d’une famille d’agriculteurs installée à Castelsagrat au nord du Tarn-et-Garonne. « Nous avions une ferme en polyculture. On faisait du blé, de l’orge, du maïs, un peu de melon aussi. On avait des poules et des vaches. On faisait même du tabac, je me souviens qu’on le faisait sécher ici », raconte-t-il en pointant du doigt un espace qui fait partie aujourd’hui du fournil.
      Une première carrière dans une grande entreprise en région parisienne

      Pour autant, le quinquagénaire n’a pas immédiatement pris le chemin pour être agriculteur. « Nos parents nous avaient dit qu’on pourrait toujours être agriculteur mais qu’avant on devait faire des études », révèle-t-il. Le jeune homme suit alors des études scientifiques. Elles le conduisent à faire math sup, math spé et l’École nationale supérieure de chimie de Paris. Un cursus « royal », songe-t-il à ce moment-là.

      Embauché dans une grande société, il se conforme à ce que ses études ont fait de lui. Mais ce carcan lui pèse et l’oppresse. « Je pense que j’étais trop sensible pour ce genre de modèle. Le monde de l’entreprise m’a fait ressentir comme une grande baffe. Je me sentais mal, confie-t-il. Il n’y avait pas de place à la compétence, on subissait la tyrannie des diplômes et il y avait toujours quelqu’un au-dessus de vous avec un diplôme plus important. Avec du recul, ça me fait penser à aujourd’hui, aux gens qui à 45 ans font des burn-out, décident de changer de boulot et de remettre du sens à ce qu’ils font. Moi j’ai fait un refus de ce monde capitaliste », détaille-t-il.

      À 28 ans, il quitte donc la capitale et rentre dans le giron familial. « Mes parents m’ont toujours soutenu sans poser de questions », souligne-t-il, reconnaissant. À 28 ans, il se lance dans une activité surprenante pour son cursus : « J’ai fait des gâteaux et je suis allé les vendre au marché », révèle-t-il.
      Plusieurs années pour trouver sa voie

      Cette activité ne lui permet pourtant pas d’en vivre et il a des difficultés à gérer les stocks et la logistique. « Pour la fête des mères, il manquait toujours des gâteaux et d’autre fois je revenais avec tous mes gâteaux », se souvient-il. Aussi quand son cousin lui suggère de faire du pain, l’entrepreneur se lance. Il achète un pétrin, moud la farine à partir du blé qu’il sème et devient boulanger. L’activité prend petit à petit, tant et si bien que le Castelsagratois se met à embaucher des salariés. Si les débuts sont difficiles, la clientèle, qu’il séduit sur les marchés, se fait de plus en plus nombreuse. Aujourd’hui, Louboulbil est présent sur une vingtaine de marchés situés autour de ses locaux. Et il n’est pas rare de voir les clients faire la queue afin de pouvoir acheter un des nombreux pains proposés par les boulangers.

      Carlos, mécanicien qui entretient les fours et les véhicules de la société, et Sébastien, un des 5 boulangers de Louboulbil.
      Carlos, mécanicien qui entretient les fours et les véhicules de la société, et Sébastien, un des 5 boulangers de Louboulbil. Louboulbil

      Mais attention, chez Louboulbil pas question de venir avec un CV et faire étalage de ses diplômes. Le patron veut des personnes motivées. « C’est une entreprise déplafonnée », aime-t-il expliquer. Comprendre « sans plafond de verre ». « J’ai cassé à coups de masse tous les plafonds que je pouvais pour donner envie aux salariés de s’impliquer. D’ailleurs parmi les 30 salariés, il y en pas ou peu qui ont des diplômes. Pourtant, on n’arrête de pas de progresser, je suis même obligé de contenir notre croissance car pour l’instant on n’a pas envie de se développer trop. Ça voudrait dire qu’il faudrait acheter un quatrième four, et ça, c’est beaucoup de boulot pour moi car je les achète aux enchères, je les démonte et je les remonte, donne-t-il pour exemple. Et puis se développer pour quoi faire ? », se demande-t-il.
      Un patron au service de ses salariés

      La réussite de Louboulbil, c’est en grande partie à ses salariés qu’il la doit, estime-t-il. « Je vois la société comme une pyramide inversée. Les clients ce sont eux les patrons, puis il y a les salariés et en dessous, le patron, qui est là pour aider les employés à faire fonctionner l’entreprise. Je suis à leur service. De temps en temps, je leur laisse ma main pour signer des documents, s’amuse-t-il à donner comme image. J’ai déjà embauché de personnes que je n’ai jamais rencontrées. Ce sont chacun des services qui me disent qui et quand il faut embaucher. Ils font les entretiens et me disent ensuite à qui je dois faire un contrat », explique-t-il.

      Et ça marche aussi dans l’autre sens. Si quelqu’un ne fait pas l’affaire, on lui laisse un peu plus de temps que dans une entreprise traditionnelle pour changer ce qui ne va pas, mais s’il ne fait rien, et que l’équipe le décide, on met un terme à son contrat", précise-t-il.

      Louboulbil, c’est donc une entreprise « anarchique mais pas dans le sens où on nous l’apprend à l’école. Ça ne veut pas dire sans ordre, mais sans hiérarchie, insiste-t-il. Ils se gèrent tous seuls ».
      Concrètement comment est-ce possible ?

      Louboulbil est une société d’intérêt collectif agricole. Il y a d’une part un salaire qui est défini pour les employés, auquel s’ajoutent différentes primes. Certains des employés sont aussi agriculteurs et contribuent à faire tourner la société en apportant du blé. Ce dernier est ensuite moulu au moulin de Montricoux et servira à faire la farine des différents pains. Certaines primes sont ainsi versées en fonction du tonnage de blé apporté par chacun d’eux, ce qui explique que tous les salaires ne sont pas identiques.

      « On a reversé aussi une prime Macron dès qu’on a pu. Certains à temps plein ont touché le maximum 6000 euros, et les temps partiels ont eu au prorata de cette somme », donne pour exemple le patron.

      « Si on ne partageait pas ce qu’on gagnait avec les salariés, ils dépenseraient leur énergie contre le patron, leurs collègues…, imagine le boulanger. Là, on récupère le maximum d’énergie des salariés pour faire avancer l’entreprise », se félicite l’entrepreneur.
      Ici pas de PIB mais du BIB, bonheur intérieur brut

      Mais surtout ce que donne l’entreprise à chacun de ses salariés c’est du temps. « La boulangerie c’est un métier difficile, on commence tôt, on travaille les samedis, les dimanches, il faut aussi que les personnes puissent passer du temps avec leur famille », insiste Jean-Pierre Delboulbe. C’est ce qui lui permet au boulanger de parler de BIB, le bonheur intérieur brut, explique-t-il en désignant un document où est répertorié le nombre de semaines de congé pris par chacun des salariés.

      Ce sont eux aussi qui décident du nombre de semaines de congé qu’ils souhaitent. « En fonction de leur besoin, ils définissent le nombre de congés qu’ils prennent et quand ils les prennent. Ils gèrent aussi leur temps, je ne sais même pas à quelle heure ils arrivent », explique-t-il en prenant un grand calendrier accroché au mur. « Ah bah les vendeuses ont déjà calé leurs congés jusqu’à noël », découvre-t-il.
      Une grande liberté

      Anne-Charlotte, assistante de direction.
      Anne-Charlotte, assistante de direction. DDM - DDM HAZEM ALATRASH

      « On est indépendant. On fait ce qu’on veut quand on veut », confirme Danielle, une des salariées. On sait ce qu’on a à faire et quand on doit le faire". Anne-Charlotte, l’assistante de direction a le même discours. « On a une grande autonomie. Jean-Pierre n’est pas présent comme un chef d’entreprise, tout le monde se gère ». Pour la jeune femme, la semaine de quatre jours et les nombreux jours de congé sont des atouts indéniables pour chacun des membres de l’entreprise.

      « Je travaille 4 jours par semaine, j’ai un très bon salaire, des primes, un intéressement, bien sûr que c’est un très bon principe », se réjouit Nathalie une des 21 vendeuses. Alors bien sûr on travaille les week-ends, mais c’est comme ça, balaie-t-elle. Ce que j’aime beaucoup, c’est que le patron n’est jamais là, plaisante-t-elle, il ne nous surveille pas, on est en pleine autonomie", conclut-elle.

      https://www.ladepeche.fr/2023/02/25/louboulbil-une-boulangerie-paysanne-anarchiste-et-solidaire-11020466.php

    • Du même journal

      Publié le 15/05/2022

      L’histoire de Louboulbil a commencé il y a un peu plus de vingt-cinq ans lors d’un repas d’une famille avec des agriculteurs. Un convive lâche : « Nous sommes bien bêtes, on vend notre blé pour rien alors que les boulangers le vendent transformé bien plus cher ! ». Un an plus tard, Jean-Pierre se mettait à fabriquer, le 1er mai 1997, des tourtières pour les vendre le 3 mai, au marché de Montauban, puis aux supermarchés locaux.

  • Bulletin de jurisprudence universitaire #1 : septembre 2024
    https://academia.hypotheses.org/57621

    Le carnet Academia accueille désormais dans ses colonnes le Bulletin de jurisprudence universitaire. Le #BuJU est une publication mensuelle qui propose une sélection de décisions de justice concernant l’enseignement supérieur et la recherche. Son orientation se veut originale : il ne … Continuer la lecture →

    #Billets #État_de_droit #CNESER #CNRS #conditions_de_travail #recrutements

  • Israël recrute des demandeurs d’asile africains pour ses opérations à Gaza, selon “Ha’Aretz”

    Selon une information du journal israélien de gauche “Ha’Aretz”, l’État hébreu aurait mis en place un système de recrutement de demandeurs d’asile afin qu’ils s’engagent dans le conflit à Gaza en échange de l’obtention d’un statut de résident permanent.

    “Les institutions de la défense en Israël proposent à des demandeurs d’asile africains qui contribuent à l’effort de guerre à Gaza une aide à l’obtention de la résidence permanente en Israël”, révèle Ha’Aretz. Le quotidien israélien de gauche s’appuie sur des documents internes et des sources citées sous le couvert de l’anonymat.

    Près de 30 000 demandeurs d’asile originaires d’Afrique vivraient actuellement en Israël – dont 3 500 Soudanais, dont le pays est en proie à un violent conflit interne. Trois demandeurs d’asile sont mortslors des attaques du 7 octobre menées par le Hamas, rappelle le journal.

    “Des responsables de la défense ont compris qu’ils pouvaient avoir besoin de l’aide des demandeurs d’asile et les inciter en exploitant leur souhait d’obtenir la résidence permanente en Israël. […] Les dimensions éthiques n’ont pas été envisagées”, continue Ha’Aretz.

    Aucun document délivré

    Pour illustrer la procédure de recrutement, le journal retrace l’expérience d’un homme désigné par la lettre “A.”. Durant “l’un des premiers mois de la guerre”, celui qui dispose d’un statut de réfugié temporaire reçoit un appel d’un homme se présentant comme un policier lui demandant, sans explications, de se rendre sur un site des forces de sécurité. Sur place, il rencontre ce qu’il définit comme des “hommes liés à la sécurité”. A. raconte à Ha’Aretz :

    “Ils m’ont dit qu’ils cherchaient des personnes particulières pour s’engager dans l’armée. Ils m’ont dit que cette guerre était une question de vie ou de mort pour Israël.”

    D’autres prises de contact s’ensuivront, dont une où on lui aurait proposé 1 000 shekels (environ 240 euros) en liquide pour couvrir les jours de travail qu’il a perdus à cause de ces entretiens. Finalement, A. déclinera l’offre d’engagement.

    Contrairement à A., d’autres demandeurs d’asile se sont engagés avec Tsahal et ont participé à des opérations militaires dans la bande de Gaza, dont la nature précise n’est pas détaillée par Ha’Aretz. Et le quotidien de préciser que, “à ce jour, aucun demandeur d’asile ayant contribué à l’effort de guerre n’a obtenu de papiers”.

    Le journal a également appris que le ministère de l’Intérieur avait aussi étudié la possibilité d’enrôler dans l’armée les enfants de demandeurs d’asile scolarisés dans des écoles israéliennes. “Il est déjà arrivé que le gouvernement autorise les enfants de travailleurs étrangers à s’engager dans l’armée d’Israël en échange de papiers pour les membres de leur famille immédiate.”

    https://www.courrierinternational.com/article/guerre-israel-recrute-des-demandeurs-d-asile-africains-pour-s

    #Israël #Gaza #asile #migrations #chair_à_canon #demandeurs_d'asile #armée #recrutement #guerre

  • « NazTok » : un rapport révèle comment des groupes néonazis utilisent l’algorithme de TikTok à leur avantage
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/07/29/naztok-un-rapport-revele-comment-des-groupes-neonazis-utilisent-l-algorithme

    A partir d’un compte néonazi préalablement repéré, les chercheurs de l’ISD ont mis au jour un réseau de 200 profils du même type sur #TikTok. Après avoir parcouru certains de leurs contenus à l’aide d’un compte utilisateur vierge, ils ont pu constater que des vidéos d’#extrême_droite similaires leur étaient alors très vite proposées sur la page « Pour toi » (« For You »), qui affiche les vidéos sélectionnées par l’algorithme de recommandation de l’application. Un phénomène de renforcement algorithmique déjà largement documenté, les vidéos figurant dans la page « Pour toi » étant fonction, notamment, de ce que l’internaute a visionné auparavant, du temps passé sur chaque contenu ou de ses « likes ».

    Mais l’étude de l’ISD montre surtout que les groupes d’extrême droite semblent avoir très bien compris comment TikTok peut servir leurs intérêts. Ces derniers mettent sur pied des réseaux de comptes se suivant les uns les autres afin d’accroître leur visibilité. Une « tactique du follow-for-follow » – que l’on peut traduire par « tu me suis-je te suis » –, selon le rapport, « méthode classique pour obtenir un réseau au maillage resserré permettant un plus grand engagement [des internautes] » et « faciliter une croissance rapide ». « Des douzaines de comptes comportent des noms, des photos de profils et des nombres de “followers” et de “followings” quasi-identiques, ce qui indique qu’il s’agit de comptes dupliqués par le même utilisateur », détaillent les auteurs.

    Les personnes derrière ces comptes néonazis se retrouvent bien souvent hors de TikTok, sur des chaînes Telegram. C’est là qu’ils mettent en commun vidéos, images et sons à diffuser, et qu’ils se coordonnent afin de maximiser leur exposition sur la plate-forme chinoise. L’ISD a ainsi listé plus d’une centaine de canaux de ce type sur Telegram, application notoirement connue pour son absence quasi complète de modération.

    L’étude montre aussi l’éventail des stratégies mises au point par ces comptes d’extrême droite pour contourner la modération de TikTok, dont beaucoup sont déjà connues : l’utilisation de langage codé ou d’émoji spécifique (comme la boîte de jus de fruit, « juice » en anglais, qui par homophonie se rapproche de « jews » – « juifs »), l’intégration de mots-clés à l’orthographe volontairement altérée, ou encore le choix méticuleux d’une image d’appel – celle qui apparaît avant qu’on ne clique sur une vidéo – en apparence neutre, afin de masquer le propos réel du contenu.

    Le rapport détaille aussi comment l’utilisation de clips audio ou de musiques spécifiques, sans contenir d’éléments explicitement racistes ou haineux, peut servir de « clin d’œil », de référence. « Sur TikTok, une recherche sur une chanson écoutée par l’auteur de l’attentat de Christchurch alors qu’il conduisait après avoir tué 51 musulmans débouche sur 1 200 vidéos, prennent les auteurs en exemple. Parmi elles, sept vidéos sur dix célébraient l’attaque, son objectif ou le tueur, voire le recréaient dans un jeu vidéo. »

    (selon un rapport publié lundi 29 juillet par l’Institute for Strategic Dialogue (ISD) https://www.isdglobal.org/digital_dispatches/naztok-an-organized-neo-nazi-tiktok-network-is-getting-millions-of-views et révélé par le magazine spécialisé Wired https://www.wired.com/story/tiktok-nazi-content-moderation/.)

    #naztok #recrutement #propagande

  • Enseignement : les concours ne font pas le plein, la crise du recrutement se poursuit
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/07/08/enseignement-les-concours-ne-font-pas-le-plein-la-crise-du-recrutement-se-po

    Selon les résultats définitifs publiés [opportunément le lendemain des élections] lundi 8 juillet par le ministère, 1 163 postes n’ont pas été pourvus dans le premier degré public (contre 1 227 en 2023), concentrés dans les académies en crise, Créteil, Versailles, Mayotte et la Guyane, qui sont désormais structurellement déficitaires. Dans les deux académies franciliennes, les plus grosses du pays, il manquait, à l’issue du concours externe, 48 % des postes à Versailles et 39 % à Créteil, des carences qui n’ont pu être que partiellement comblées par l’organisation de concours supplémentaires.

    Dans les vingt-sept autres académies, qui, elles, font le plein, le ministère a autorisé le recrutement sur listes complémentaires là où elles ont pu être constituées. « Recourir aux listes complémentaires démontre que, même dans les académies qui ne sont pas déficitaires, la situation est tendue », remarque Guislaine David, secrétaire général du SNuipp-FSU. Dans un communiqué publié début juin, le syndicat avait dénoncé une « érosion massive (…) imputable au gouvernement actuel ».

    Dans le second degré, l’agrégation, si elle continue à mieux recruter que les autres concours, voit son taux de couverture baisser (94 % contre 95,7 % en 2023). La situation s’améliore en revanche pour le #Capes externe public, principale voie de #recrutement des professeurs de collège et de lycée, mais 12,4 % des places, soit 635 postes, restent encore en souffrance, contre 17 % en 2023. Les différences sont nettes entre les matières qui pourvoient tous leurs postes, comme l’histoire-géographie ou les sciences de la vie et de la terre, et les disciplines en crise, au premier rang desquelles figurent les mathématiques (20 % de postes non pourvus), l’allemand (54,5 %), les lettres modernes (11 %) ou encore les lettres classiques (36 %).

    [...]

    La pénurie s’aggrave, en revanche, dans l’enseignement technique, où près d’un quart des places reste vacant au concours externe, contre moins de 15 % en 2023. Dans les lycées professionnels, le bilan s’améliore mais reste très problématique, avec 23 % de postes non pourvus (28 % en 2023). « Après deux sessions catastrophiques (…), la session 2024 du CAPLP n’est guère plus brillante », se désole le Snuep-FSU dans un communiqué.

    « Chaque année qui s’écoule vient aggraver le problème », pointe Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa. Et les manques se cumulent. Selon la Cour des comptes, il aurait ainsi manqué plus de 5 500 enseignants sur la période 2017-2021, soit plus de 1 100 chaque année – des chiffres qui se sont largement aggravés depuis, notamment après le déplacement des concours à la fin du bac + 5 en 2022.

    [...]

    L’urgence est d’autant plus grande que, selon une étude de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère de 2022, 329 000 #enseignants doivent être recrutés d’ici à 2030 pour remplacer les départs en retraite. « Le mur approche », s’inquiète Sophie Vénétitay.

  • Bien dans ton corps, bien dans ton job
    https://lundi.am/Bien-dans-ton-corps-bien-dans-ton-job

    La chef des RH expose le déroulement de la journée. Il y a des recruteurs parmi nous, qui feront du sport à nos côtés. Il nous faut nous détendre, ce n’est pas un exercice de recrutement classique, on est aussi là pour passer du bon temps, et à travers ça les recruteurs pourront repérer nos soft skills, nos savoirs-êtres. Voilà donc la raison pour laquelle on n’avait pas le droit de sécher l’EPS du matin. L’évaluation de nos compétences relationnelles, comportementales, pendant les ateliers bien-être. L’après-midi sera consacrée au speed job dating, conclut la RH, pas peu fière de son dispositif.

    S’ensuit un discours de la Présidente de l’université, qui nous fait l’honneur d’être là « malgré un agenda très contraint ». Elle est fière de cette initiative, qui renouvelle la façon de recruter. Fière aussi d’accueillir les personnes « dans toute leur diversité, car [l’Université] n’a pas de modèle ni de norme ». Applaudissements. Direction gymnase.

    Ce sont des profs de sport de l’université qui encadrent les activités. Il y a environ 80 participants, répartis en 4 groupes. Le nôtre débute par un atelier badminton. « Pas de niveau requis en sport, les ateliers sont accessibles à tous ! » affirmait le programme. Il va quand même falloir courir et sauter de bon matin. Et nous sommes effectivement très divers. Des vieux, des jeunes, des gros, des minces, des bien portants, des malades chroniques, des athlètes du dimanche, des pas sportifs pour un sou. Si certains sont comme des poissons dans l’eau avec leur raquette et leur volant, d’autres ratent, sont trop lents, n’ont pas le bon geste… et font perdre leur équipe. Car un peu de compet’ s’est immiscée dans ce flot de convivialité. Le binôme qui gagne monte d’un terrain, celui qui perd descend. Avec ça on en oublierait presque cette dame, la cinquantaine, restée seule sur la touche parce que son épaule ne lui permet pas de participer.

    #rh #recrutement #université #néolibéralisme

  • Agro-business

    Parmi les mesures annoncées en réponse aux mobilisations d’agriculteurs en janvier 2024, l’une a consisté en l’ajout de professions agricoles à la liste des métiers « en tension ». L’exécution de la promesse ne s’est pas fait attendre : un arrêté du 1er mars a « mis à jour » cette liste en y introduisant, pour l’ensemble du territoire métropolitain, quatre familles professionnelles de salariés : #agriculteurs, #éleveurs, #maraîchers et #horticulteurs, #viticulteurs et #arboriculteurs. D’autres secteurs d’activité peuvent déplorer de n’avoir pas les moyens de pression que représentent des centaines de tracteurs capables de bloquer des autoroutes, des jours durant...

    La #FNSEA a aussitôt affiché sa satisfaction. La reconnaissance de l’agriculture comme « #secteur_en_tension » est une revendication que le syndicat majoritaire d’exploitants agricoles portait en fait depuis plusieurs mois, et qu’il avait, entre autres, présentée à la Première ministre Élisabeth Borne en octobre 2023, assurant que l’obtention de ce statut « favorisera l’embauche directe et limitera le recours aux prestataires [1] ».

    On se frotte les yeux pour comprendre… #Embauche_directe ? Recours aux #prestataires ? En quoi l’inscription de métiers de l’agriculture dans la liste des métiers en tension serait à même de résoudre les difficultés de recrutement de #saisonniers dont le secteur dit souffrir ? Les listes de métiers en tension servent à l’instruction des demandes d’autorisation de travail déposées par les employeurs, soit pour ce qu’on nomme « introduction » de #main-d’œuvre, soit pour l’embauche d’étrangers déjà présents sur le territoire. Est-ce à dire que les agriculteurs voudraient se charger eux-mêmes de faire venir des saisonniers ? Ou pouvoir employer comme saisonniers des étrangers résidant en France ?

    On se souvient qu’au moment où le Covid avait imposé la fermeture des frontières, avait été lancée une campagne [2] afin de recruter des personnels pour les récoltes, et que la FNSEA avait parlé de cette main-d’œuvre autochtone comme décevante : ne sachant pas travailler, trop revendicatrice… avant d’obtenir que des saisonniers du sud de la Méditerranée, malgré les risques sanitaires, soient acheminés dans les champs en France… Alors ?

    Le secteur agricole bénéficie depuis des décennies d’un dispositif spécifique pour faire venir la main-d’œuvre étrangère qu’il souhaite, les ex-« #contrats_OMI » désormais gérés par l’#Office_français_de_l’immigration_et_de_l’intégration (#Ofii). L’office se charge de recruter ces employé·es, des démarches administratives nécessaires à leur venue, de leur faire signer un engagement à quitter la France après la saison – de 6 mois maximum, le cas échéant pour revenir les années suivantes.

    Est-ce que le souhait des exploitants agricoles est de se passer de ces contrats Ofii ?

    Le #dispositif présente manifestement des contraintes jugées excessives par les exploitants agricoles puisqu’ils ont de plus en plus recours à d’autres formules : l’#intérim, l’emploi de #sans-papiers, le #détachement... Ce dernier a ainsi connu une croissance considérable dans le secteur, y compris via des systèmes contournant les règles européennes sur le #travail_détaché. Les procès des entreprises espagnoles #Terra_Fecundis ou #Laboral_Terra ont mis au jour les montages opérés. Ces grosses entreprises de travail temporaire ont été condamnées à de lourdes peines – et avec elles des chefs d’exploitation en France – pour avoir fait travailler des milliers d’ouvriers et ouvrières agricoles, essentiellement sud-américain·es, sous contrat espagnol, donc en payant en #Espagne, et aux tarifs espagnols, les cotisations sociales correspondant à ces emplois, de surcroît dans des conditions d’exploitation insupportables. L’importance des condamnations et le retentissement de ces procès ont quelque peu refroidi l’enthousiasme pour l’usage du détachement. À nouveau trop de contraintes.

    Mais en fait, de quelles difficultés de #recrutement exactes souffrent donc les exploitants agricoles ?

    L’argument de la #pénurie de main-d’œuvre est dénoncé par divers travaux de sociologie [3]. Nicolas Jounin, à propos du secteur du bâtiment, dans lequel la même plainte est récurrente, parle de cette pénurie comme d’une #fiction : « Ou, plutôt, ni vraie ni fausse, la pénurie est recréée périodiquement (et toujours compensée) par un système de dévalorisation de la main-d’œuvre dont elle est l’argument [4]. » Les travailleurs saisonniers dans l’agriculture, de même que les manœuvres dans le BTP, sont considérés comme des bouche-trous, des pis-aller.

    Pendant que se déroulait, en début d’année, ce scénario d’une revendication enfin satisfaite, l’inscription de métiers de l’agriculture dans la liste des métiers en tension, un nouveau montage était, beaucoup plus discrètement, mis en place.

    La FNSEA, toujours elle, a présenté au Salon de l’agriculture, le 28 février, dans une réunion fermée au public, le nouveau service de recrutement de travailleurs saisonniers qu’elle vient de créer. La prestation, rendue possible par des accords passés avec la Tunisie et le Maroc, donc avec l’aval du gouvernement, ne coûtera à l’exploitant agricole que 600 € par saisonnier. Dans une note de cadrage sur ce service, la fédération recommande d’éviter d’employer le terme « migrant », et de lui préférer « saisonnier hors Union européenne ».

    Là, on comprend mieux : la mesure « métiers en tension » est certes de nature à faciliter le recours à cette main-d’œuvre introuvable ! Pour les employeurs, finis les contrôles et tracasseries de l’Ofii – pourtant bien peu protecteurs, dans les faits, des travailleurs agricoles immigrés. Finis aussi les ennuis que peut causer un usage abusif du détachement. Enfin libres d’employer des travailleurs, d’ici ou d’ailleurs, toujours plus précarisés !

    http://www.gisti.org/article7242

    #métiers_en_tension #agriculture #migrations #France

  • La crise de recrutement des enseignants s’enkyste
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/05/15/la-crise-de-recrutement-des-enseignants-s-enkyste_6233368_3224.html

    Après 3 100 places non pourvues en 2023 et 4 000 en 2022, des postes d’#enseignants ne trouveront pas preneurs pour la rentrée 2024, obligeant le ministère à recourir à des #contractuels.

    Selon les premiers résultats d’admissibilité compilés par Le Monde avec le site de gestion des concours Cyclades, plusieurs centaines de postes sont d’ores et déjà vacants dans le premier degré et environ 90 dans le second, des chiffres qui devraient augmenter une fois les concours terminés, le nombre d’admis étant inférieur au nombre d’admissibles. La courbe n’arrive pas à s’inverser depuis la chute des inscriptions qui s’est opérée entre 2021 et 2022 avec le passage du concours en fin de deuxième année de master. Dans ce contexte tendu, le gouvernement mise sur une réforme de la formation et le déplacement en fin de licence des #concours pour y remédier dans les prochaines années.

    [...]

    Les résultats d’admissibilité viennent confirmer la crise systémique que traverse la profession. Comme les années précédentes, ils dessinent cependant un paysage bien différent d’une académie à l’autre ou d’une discipline à l’autre. Dans le premier degré, trois académies concentrent, année après année, les difficultés : la #Guyane, #Créteil et #Versailles. Les deux dernières académies ont, et de très loin, les besoins en #recrutement les plus élevés du pays. En 2024, l’académie de Créteil compte ainsi 733 admissibles pour 1 037 postes ; l’académie de Versailles 744 admissibles pour 1 230 postes ; et la Guyane 61 admissibles pour 152 postes. Les concours supplémentaires organisés depuis plusieurs années dans les académies franciliennes pour augmenter les viviers combleront seulement une partie de ces manques.

    En 2023, la direction générale des ressources humaines du ministère de l’#éducation nationale confiait au Monde qu’à partir de 1,5 admissible par poste la qualité du recrutement était « suffisante ». Vingt-trois académies sur 29 atteignent ce seuil cette année, un chiffre identique à l’année précédente. Sur le long terme, la tendance à la baisse est néanmoins éloquente. On compte ainsi 45 % d’admissibles en moins entre 2008 et 2024.

    [...]

    De l’aveu même du ministère de l’éducation nationale, trois disciplines « risquent de rester en difficulté » : l’espagnol, les mathématiques et les lettres modernes. Ainsi, malgré une augmentation du nombre d’admissibles par rapport à 2023, le Capes de mathématiques n’arrive qu’à un ratio de 1,2 admissible par poste, ce qui peut laisser présager des postes vacants à l’issue de la phase d’admission. Au #Capes de lettres modernes, les jurys auront face à eux seulement un peu plus d’un candidat pour un poste lors des oraux d’admission. La physique-chimie est également dans ce cas de figure.

    A l’heure de la mise en place du #choc_des_savoirs et de groupes en français et en mathématiques en 6e et en 5e pour prendre en charge l’hétérogénéité des élèves, les résultats d’admissibilité à ces Capes interrogent. Qui assurera cette mission si des postes sont laissés vacants ?

    [...]

    La modification du recrutement et de la formation risque, en outre, de ne constituer qu’une partie de la réponse au déficit d’attractivité. Dans les enquêtes menées auprès des étudiants, la faible rémunération, les conditions de travail ou encore la reconnaissance du métier sont des éléments bien plus décisifs dans le choix de rejoindre la profession que la place du concours ou le niveau de diplôme.

  • Discrimination 2.0 : ces algorithmes qui perpétuent le racisme

    L’IA et les systèmes algorithmiques peuvent désavantager des personnes en raison de leur origine, voire conduire à des discriminations raciales sur le marché du travail. A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, AlgorithmWatch CH, humanrights.ch et le National Coalition Building Institute NCBI mettent en lumière la manière dont les systèmes automatisés utilisés dans les procédures de recrutement peuvent reproduire les inégalités.

    Les procédures d’embauche sont et ont toujours été caractérisées par une certaine inégalité des chances. Aujourd’hui, les entreprises utilisent souvent des systèmes algorithmiques pour traiter les candidatures, les trier et faire des recommandations pour sélectionner des candidat·e·x·s. Si les départements des ressources humaines des grandes entreprises souhaitent augmenter leur efficacité grâce aux « Applicant Tracking Systems » (ATS), l’utilisation de tels systèmes peut renforcer les stéréotypes discriminatoires ou même en créer de nouveaux. Les personnes issues de l’immigration sont souvent concernées par cette problématique.
    Exemple 1 : un algorithme qui préfère les CV « indigènes »

    Une étude récente menée en Grande-Bretagne a comparé les CV sélectionnés par une personne experte en ressources humaines et ceux qu’un système de recommandation algorithmique avait identifiés comme étant ceux de candidat·e·x·s compétent·e·x·s. La comparaison a montré que les personnes que les recruteur·euse·x·s considéraient comme les meilleur·e·x·s candidat·e·x·s ne faisaient parfois même pas partie de la sélection effectuée par les systèmes basés sur des algorithmes. Ces systèmes ne sont pas capables pas lire tous les formats avec la même efficacité ; aussi les candidatures compétentes ne correspondant pas au format approprié sont-elles automatiquement éliminées. Une étude portant sur un autre système a également permis de constater des différences claires dans l’évaluation des CV. Ainsi, il s’est avéré que le système attribuait davantage de points aux candidatures « indigènes », en l’occurrence britanniques, qu’aux CV internationaux. Les candidat·e·x·s britanniques avaient donc un avantage par rapport aux personnes migrantes ou ayant une origine étrangère pour obtenir une meilleure place dans le classement.
    Exemple 2 : les formations à l’étranger moins bien classées

    En règle générale, les systèmes de recrutement automatisés sont entraînés de manière à éviter l’influence de facteurs tels que le pays d’origine, l’âge ou le sexe sur la sélection. Les candidatures contiennent toutefois également des attributs plus subtils, appelés « proxies » (en français : variables de substitution), qui peuvent indirectement donner des informations sur ces caractéristiques démographiques, par exemple les compétences linguistiques ou encore l’expérience professionnelle ou les études à l’étranger. Ainsi, la même étude a révélé que le fait d’avoir étudié à l’étranger entraînait une baisse des points attribués par le système pour 80% des candidatures. Cela peut conduire à des inégalités de traitement dans le processus de recrutement pour les personnes n’ayant pas grandi ou étudié dans le pays dans lequel le poste est proposé.

    Les critères de sélection de nombreux systèmes de recrutement basés sur les algorithmes utilisés par les entreprises sont souvent totalement opaques. De même, les jeux de données utilisés pour entraîner les algorithmes d’auto-apprentissage se basent généralement sur des données historiques. Si une entreprise a par exemple jusqu’à présent recruté principalement des hommes blancs âgés de 25 à 30 ans, il se peut que l’algorithme « apprenne » sur cette base que de tels profils doivent également être privilégiés pour les nouveaux postes à pourvoir. Ces stéréotypes et effets discriminatoires ne viennent pas de l’algorithme lui-même, mais découlent de structures ancrées dans notre société ; ils peuvent toutefois être répétés, repris et donc renforcés par l’algorithme.

    Ces exemples illustrent la discrimination par les algorithmes de personnes sur la base de leur origine. Les algorithmes discriminent également de nombreux autres groupes de population. En Suisse aussi, de plus en plus d’entreprises font usage d’algorithmes pour leurs processus de recrutement ainsi que sur le lieu de travail.

    Discrimination algorithmique en Suisse : le cadre légal de protection contre la discrimination en Suisse ne protège pas suffisamment contre la discrimination par les systèmes algorithmiques et doit être renforcé. Ce papier de position présente les problématiques liées à la discrimination algorithmique et décrit les moyens d’améliorer la protection contre ce type de discrimination.

    Les algorithmes discriminent également de nombreux autres groupes de population. Dans la série « Discrimination 2.0 : ces algorithmes qui discriminent », AlgorithmWatch CH et humanrights.ch, en collaboration avec d’autres organisations, mettent en lumière divers cas de discrimination algorithmique.

    https://www.humanrights.ch/fr/nouvelles/discrimination-20-algorithmes-perpetuent-racisme
    #discrimination #racisme #algorithme #xénophobie #IA #AI #intelligence_artificielle #travail #recrutement #discrimination_raciale #inégalités #ressources_humaines #Applicant_Tracking_Systems (#ATS) #CV #curriculum_vitae #sélection #tri

    • « L’IA et les systèmes algorithmiques peuvent désavantager des personnes en raison de leur origine, voire conduire à des discriminations raciales sur le marché du travail. » mais l’ia et les systemes algorithmiques peuvent tout aussi bien avantager des personnes en raison de leur origine, voire conduire à des discriminations raciales sur le marché du travail. La banque mondiale exige déja une discrimination selon les pratiques sexuelles pour favoriser emprunts et subventions !

  • Travailleurs saisonniers du #Maghreb : la #FNSEA lance son propre business

    Grâce à des #accords passés en #Tunisie et au #Maroc, le syndicat agricole a décidé de fournir des « saisonniers hors Union européenne » aux agriculteurs. Elle fait des prix de gros et recommande d’éviter de parler de « migrants ».

    Le syndicat de l’#agrobusiness ne laisse décidément rien au hasard. Après avoir mis des pions dans la banque, l’assurance, les oléoprotéagineux ou le biodiesel, la FNSEA vient de lancer un service destiné à fournir des saisonniers aux agriculteurs français. #Jérôme_Volle, vice-président du syndicat agricole, a organisé, mercredi, au Salon de l’agriculture, une réunion de présentation du dispositif, fermée au public et aux journalistes.

    Pour l’instant, la chambre d’agriculture Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) a été la seule à promouvoir ce « nouvel outil » destiné « à faire face à la pénurie de main-d’œuvre ». Le nom du service, « Mes #saisonniers_agricoles », a été déposé, le 9 janvier, à l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi).

    Ce « #service_de_recrutement » de la FNSEA repose sur « un #partenariat avec les ministères et les partenaires emploi de la Tunisie et du Maroc » et ne proposera que des saisonniers recrutés hors Union européenne. Ce #service n’est pas sans but lucratif. Selon des documents obtenus par Mediapart, le syndicat s’apprête à facturer aux agriculteurs « 600 euros hors taxe » par saisonnier en cas de commande « de 1 à 3 saisonniers », mais il fait un prix « à partir du 4e saisonnier » : « 510 euros hors taxe le saisonnier ».

    Cette note interne précise qu’un montant de 330 euros est affecté à la « prestation fixe » du syndicat (« rétribution FNSEA »), pour la « recherche / formalité » et le fonctionnement de la « #cellule_recrutement ». Et qu’une rétribution de 270 euros, « ajustable », pourra être perçue par la fédération départementale du syndicat.

    Ces montants sont calculés « pour la première année », car la FNSEA propose aussi son « offre renouvellement », pour un ou plusieurs saisonniers « déjà venu(s) sur l’exploitation », soit « 120 euros hors taxe par saisonnier, puis au 4e 20 euros par saisonnier ». Le syndicat entend donc prélever sa dîme aussi pour les saisonniers déjà connus de l’employeur.

    « Le réseau FNSEA est le premier à mettre en place un schéma organisé et vertueux incluant la phase amont de #recrutement dans les pays hors UE », vante un autre document, qui précise les « éléments de langage » destinés à promouvoir le service « auprès des employeurs agricoles ». « La construction d’un cadre administratif conventionné a été réalisée en concertation avec les ministères de l’intérieur, du travail, des affaires étrangères, les agences pour l’emploi », indique ce document, qui signale que « les premiers pays engagés dans la démarche sont la Tunisie et le Maroc », mais que « d’autres suivront ».

    Dans le lot des récentes #concessions_gouvernementales à la FNSEA figure d’ailleurs la possible inscription de plusieurs #métiers_agricoles dans la liste des #métiers_en_tension – agriculteurs, éleveurs, maraîchers, horticulteurs, viticulteurs et arboriculteurs salariés. Cette mesure qui pourrait être prise par arrêté, le 2 mars, après consultation des partenaires sociaux, doit permettre d’accélérer les procédures de recrutement hors UE. Et devrait donc faciliter le fonctionnement de la cellule ad hoc du syndicat.

    Dans sa note de cadrage, la FNSEA avertit son réseau d’un « point de vigilance » sur le #vocabulaire à employer s’agissant des saisonniers et recommande d’éviter d’employer les termes « #migrant » ou « #primo-migrant » dans leur description du service.

    Le fonctionnement de la « cellule recrutement » des saisonniers n’est pas détaillé par la FNSEA. « Les candidats sont retenus selon les critères mis en place par un #comité_de_sélection composé d’exploitants qui examinent la pertinence des candidatures », précise seulement le syndicat.

    « L’exploitant retrouve le pouvoir de déterminer les compétences souhaitées pour les saisonniers qu’il recrute, il redevient donc maître de ses choix en matières RH. La FD [la fédération départementale – ndlr] l’accompagne et vérifie avec lui la cohérence de ses besoins avec les productions pratiquées (nombre de saisonniers, périodes, tâches). »

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    Le précédent de Wizifarm

    « Nos saisonniers agricoles » n’est pas la première tentative de la FNSEA sur le marché du travail des saisonniers. En 2019, sa fédération départementale de la Marne et deux entreprises contrôlées par le syndicat avaient créé une #start-up, #Wizifarm, pour offrir aux agriculteurs une #plateforme de recrutement de saisonniers en ligne « en s’inspirant du modèle des sites de rencontre ». Lors du premier confinement, cette plateforme est mise à profit par la FNSEA et Pôle emploi pour tenter de fournir de la #main-d’œuvre à l’agriculture dans le cadre de l’opération « desbraspourtonassiette.wizi.farm ».

    La structure a été initialement capitalisée à hauteur de 800 000 euros par « l’apport en nature de logiciels » achetés par la FDSEA à la société #TER’informatique – présidée par le secrétaire général adjoint de la FDSEA, #Mickaël_Jacquemin –, et par l’apport de 100 000 euros de la société d’expertise comptable de la fédération, #AS_Entreprises – présidée par le président de la FDSEA #Hervé_Lapie.

    Cinq fédérations départementales du syndicat et la chambre d’agriculture de la Marne ont rejoint la start-up en 2021. Mais, fragile financièrement, Wizifarm s’essouffle. La société vote sa dissolution anticipée et sa mise en liquidation judiciaire fin 2022. Wizifarm laisse un passif de 1,3 million d’euros. Contactés, Hervé Lapie et Mickaël Jacquemin ont refusé de répondre aux questions de Mediapart.

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    On ne sait pas précisément comment la cellule de la FNSEA fonctionnera avec ses « fédés » départementales mais « un process informatique national » doit charpenter l’initiative. Sollicité par Mediapart au Salon de l’agriculture, Jérôme Volle, artisan de ce dispositif, vice-président de la FNSEA et président de sa commission emploi, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

    En 2022, il soulignait que « les filières viticoles et arboricoles », « très gourmandes en main-d’œuvre », étaient « les plus mobilisées dans la recherche de candidats », suivies par la filière maraîchage.

    Aucune des différentes notes de cadrage obtenues par Mediapart n’évoque la #rémunération des saisonniers ou leurs #conditions_de_travail ou d’hébergement, pourtant récemment au cœur de l’actualité. En septembre dernier, après la mort de quatre personnes lors des vendanges en Champagne, la Confédération paysanne avait demandé un « plan de vigilance et d’amélioration des conditions de travail et de rémunération » pour les saisonniers, ainsi que « le contrôle des sociétés de prestation de services internationales ».

    https://www.mediapart.fr/journal/france/290224/travailleurs-saisonniers-du-maghreb-la-fnsea-lance-son-propre-business
    #travail_saisonnier #saisonniers #agriculture #France #accords_bilatéraux #migrations #business

  • VRAI OU FAUX. Nicole Belloubet a-t-elle envisagé la « suppression du ministère de l’Education nationale » ?
    https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-faux-nicole-belloubet-a-t-elle-envisage-la-suppression-du-minis


    Nicole Belloubet, nommée ministre de l’Education après un remaniement ministériel, le 8 février 2024. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

    Cette expression provient du titre d’un article sur la décentralisation du système scolaire français, rédigé par la nouvelle ministre en 2016. Un titre provocateur que l’ancienne rectrice d’académie assumait à l’époque.
    Article rédigé par Linh-Lan Dao
    France Télévisions
    Publié le 12/02/2024 06:13

    La nouvelle patrone de l’Education nationale n’a pas l’habitude de mâcher ses mots sur l’institution. En 2016, l’ancienne rectrice d’académie, a publié un article dans la revue universitaire Après-demain, intitulé « Supprimer le ministère de l’Éducation nationale ? ». Un titre qu’elle temporise aussitôt dans l’article : « À l’évidence il s’agit d’une provocation, mais une provocation source de réflexion ! » En effet, dans cet article, il n’est pas tant question pour l’auteure de démanteler un ministère, dont elle rappelle l’importance, que de décentraliser le système éducatif français.

    Succédant à une Amélie Oudéa-Castera sur la sellette, Nicole Belloubet a assuré jeudi 8 février qu’elle « poursuivait la mise en oeuvre » des mesures annoncées par Gabriel Attal et Emmanuel Macron. Port de l’uniforme, harcèlement scolaire, groupes de niveaux... Nombreux sont les dossiers brûlants qui attendent la nouvelle ministre. Toutefois, l’ex-Garde des Sceaux, issue du sérail socialiste, n’a pas toujours été alignée sur la politique éducative actuelle de l’exécutif. Comment entendait-elle, il y a sept ans, réformer l’Education nationale ? Franceinfo revient sur ses prises de position.
    « Des fariboles sur le port de la blouse »

    Quand elle a publié son article sur la « suppression du ministère de l’Education nationale », Nicole Belloubet était alors membre du Conseil constitutionnel. Avant cela, son parcours était étroitement lié au système éducatif français : docteure en droit public, professeure des universités puis rectrice des académies de Limoges et Toulouse, entre 1997 et 2005. Dans son article, elle rappelle la mission des instituteurs et celle de l’autorité ministérielle, qui en « garantit la cohérence, réalise les indispensables péréquations pour conquérir plus d’égalité, labellise les diplômes, leur qualité et leur valeur d’insertion sociale, en particulier ».

    Tandis qu’elle plaidait pour « la prise en compte des besoins spécifiques des élèves », l’ancienne rectrice critiquait d’un autre côté les « fariboles sur la restauration de l’autorité ou le port de la blouse ». Une expérimentation à grande échelle de l’uniforme avait été annoncée par Gabriel Attal en décembre dernier. Interrogé sur Nicole Belloubet, le Premier ministre a déclaré jeudi soir sur France 2 qu’"on peut avoir pris des positions par le passé et avoir évolué" assurant que ses ministres sont « totalement alignés » sur ses positions. Vendredi, à son arrivée au ministère, Nicole Belloubet a pris soin d’évoquer « les valeurs de respect et d’autorité ».
    Une « décentralisation » du système éducatif français

    Plus de local, moins d’Etat. Pour Nicole Belloubet, « le système éducatif français doit évoluer vers plus de décentralisation territoriale et fonctionnelle », a-t-elle estimé dans son article de 2016, aux allures de feuille de route ministérielle. A savoir, une gestion des établissements scolaires plus locale, assurée par les collectivités territoriales, visant plus de mixité sociale et une réduction des inégalités scolaires.

    Côté ressources humaines, l’ancienne rectrice a réclamé une plus grande autonomie des établissements scolaires dans le recrutement des enseignants. « Même s’il faut un pouvoir régulateur de niveau supérieur, c’est le chef d’établissement qui est le garant de l’unité et de la réussite de son équipe. Faut-il aller plus loin ? », a-t-elle interrogé. Nicole Belloubet voulait aussi confier aux régions le pilotage des filières agricoles et professionnelles. « Cela fait des années que l’État tente sans grand succès de revaloriser un enseignement professionnel dont l’image reste toujours aussi dégradée, alors même qu’il attire un nombre important de jeunes », a-t-elle justifié.

    Pour étayer son propos, l’ancienne sage n’a pas hésité à évoquer l’exemple des 35 autres pays membres de l’OCDE, où pour la majorité, « la gestion unique par l’État devient une exception, de même que la conception centralisée et détaillée des programmes scolaires », relève-t-elle. Sans tout à fait remettre cet Etat en question, puisqu’elle a soutenu que « le soutien concret » aux établissement scolaires « émane des concours tant de l’État que des collectivités locales ».

    Pas de « suppression du ministère de l’Education nationale » à l’ordre du jour, donc. Mais en 2024, la décentralisation du système scolaire français fait-elle partie des futurs chantiers de la ministre ? Sollicité par franceinfo, le cabinet du ministère de l’Education nationale n’a pas répondu à notre demande.