• Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

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    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

    • Ceuta ou la consécration des politiques migratoires racistes et sécuritaires

      Contrairement aux discours qui ont majoritairement circulé dans les médias ces dernières semaines, les événements survenus à Ceuta à partir du 30 juillet 2026 ne doivent pas être considérés comme une « crise migratoire » exceptionnelle, mais plutôt comme la conséquence prévisible d’un modèle de « gestion » des mouvements migratoires fondé sur la dissuasion, l’externalisation des frontières, la normalisation progressive de la #violence, et l’instrumentalisation des questions migratoires. La militarisation des frontières, la cruauté envers les personnes en migration, la violation du droit international, et l’#impunité institutionnelle organisée sont autant d’éléments qui démontrent chaque jour l’impasse des politiques et stratégies migratoires actuelles.

      Entre le 30 et le 31 juillet, entre 40 000 personnes [1] (selon le Maroc) et 70 000 [2] (selon l’Espagne) auraient franchi depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta - résidu colonial européen sous contrôle espagnol situé sur le territoire marocain -, arrachant ainsi leur liberté de circulation. Entre 83 personnes (chiffre officiel) et 141 (chiffre des associations) seraient décédées ce faisant, et presque la majorité des personnes arrivées ont été renvoyées au Maroc en 48h, en violation du droit international (principe de non-refoulement), du droit européen (Pacte européen asile et migration), et de la législation espagnole (arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026).

      La fabrique de la « crise migratoire », stratégie récurrente des politiques européennes
      Face à ce qui a été présenté comme une énième « crise migratoire », il convient de relativiser les chiffres. Les chiffres annoncés des arrivées dans l’enclave semblent conséquents au regard du confetti de 20 km2 (85 000 habitants) que constitue l’enclave de Ceuta. Mais ils sont en réalité dérisoires au regard de la population des 27 États membres de l’UE, qui compte plus de 450 millions d’habitant·es. Il y a en l’espèce un effet de zoom, amplifié dans ce cas précis par le fait que Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne (l’autre étant Melilla), se trouve sur le continent africain et ne fasse pas partie de l’espace Schengen.
      A chaque fois que l’Europe a connu des épisodes d’arrivées importantes sur des territoires insulaires ou enclavés, a été utilisée la rhétorique de la « crise migratoire ». Cette formule permet de rejeter la responsabilité sur les personnes migrantes et de détourner l’attention des enjeux politiques et du système imposé par les anciennes puissances coloniales. Ce procédé a été utilisé régulièrement, à Lampedusa (Italie) en 2011 pendant les révolutions arabes et en 2023 lorsqu’entre 6000 et 13 000 personnes sont arrivées en quelques jours sur l’île, à Ceuta en 2021 lorsqu’environ 10 000 personnes sont entrées en deux jours dans l’enclave après un relâchement du contrôle frontalier marocain, ou encore à Melilla en 2005 ou 2022 lors de tentatives de franchissement de la barrière-frontière.
      Lors de tous ces précédents, les personnes en quête de protection ou d’opportunités – et contraintes d’emprunter des voies alternatives en raison de la fermeture des frontières et des régimes de visa imposés - ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre, avant d’être sommairement renvoyées, en violation de leurs droits. Nombre d’entre elles ont de plus péri en Méditerranée, laissant des familles entières en deuil.

      La même répression brutale a été déployée à Ceuta après le 30 juillet. Face à ce mouvement migratoire, le discours de l’Espagne a consisté à dénoncer une « violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels », pointant du doigt une instrumentalisation par des « mafias », qui auraient partagé des informations mensongères sur les réseaux sociaux - notamment une « interprétation extensive » de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [3] ou une ouverture de la frontière maroco-espagnole. En réponse à cette situation, l’Espagne a immédiatement déployé l’armée sur place pour venir en appui à la Guardia Civil, tandis que l’UE offrait le soutien de l’agence Frontex pour « reprendre le contrôle » des frontières européennes dites « menacées ».

      Récupération politique tous azimuts
      La récupération politique a été immédiate à l’échelle de l’UE. Les images des arrivées d’exilé·es à Ceuta diffusées en boucle ont immédiatement été exploitées et instrumentalisées par les droites européennes et les extrêmes droites, y compris au-delà de l’espace Schengen, pour construire un récit de « l’invasion ». Décrites comme un problème de sécurité publique, ces arrivées ont déclenché discours décomplexés de haine et protestations indignées, ainsi qu’une crise diplomatique qui a eu tôt fait d’éclipser la crise humanitaire.
      Le prétendu « laxisme » du gouvernement espagnol a ainsi été pointé du doigt, du fait du processus de régularisation extraordinaire mis en place sur son territoire entre avril et juin 2026 [4]. Or, ce programme, qui répondait à des critères stricts – notamment celui d’être arrivé en Espagne avant le 1er janvier 2026 - est clos depuis le 30 juin 2026.
      Qu’à cela ne tienne, l’Espagne est accusé d’avoir envoyé « un mauvais message » aux ressortissant·es des pays tiers, et d’avoir créé un « appel d’air » – mythe fantasmé largement relayé par l’extrême droite [5]. Cet argument fallacieux ne fut cependant pas retenu contre l’Italie un an plus tôt, lorsqu’en besoin de main d’œuvre, ce pays a lui-même émis un décret pour régulariser 500 000 personnes étrangères sur son territoire entre 2025 et 2028 [6]. Dans l’épisode Ceuta, il y a sans nul doute la volonté d’isoler et de décrédibiliser la politique migratoire de l’Espagne – rare pays européen qui dans certaines de ses pratiques et propos tenus à l’échelle nationale va à rebours des discours et politiques uniquement sécuritaires en matière migratoire. L’objectif est de contrer au plus vite la possibilité d’élargissement d’un narratif positif et inclusif sur les migrations face au discours anti-immigration qui prend de l’ampleur au niveau européen.
      Nul ne peut cependant ignorer qu’en parallèle l’Espagne a mené ces dernières années une politique d’externalisation en Afrique de l’Ouest, bien loin de chercher à attirer les immigré-es : construction de centres de détention offshore, déploiement de la police espagnole et de la Guardia civil, et soutien de plusieurs millions d’euros aux forces de sécurité ouest-africaines pour le contrôle des migrations. Ces politiques d’externalisation ont notamment eu pour conséquence de faire de la route atlantique vers les îles Canaries l’une des plus meurtrières ces dernières années (avec 1300 décès à la mi-2026 [7]).

      Les États membres voisins n’ont pas manqué d’appeler au renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Union. Certains pays (Italie, Danemark) ont dans la foulée appelé à suspendre de l’espace Schengen une Espagne qui soi-disant ne jouerait pas le jeu du tout-sécuritaire et qui ne contrôlerait pas efficacement ses frontières. D’une part, cette suspension n’est pas prévue par les textes européens en vigueur, et d’autre part il est de notoriété publique que les enclaves de Ceuta et Melilla disposent d’un régime dérogatoire dans l’espace Schengen qui ne permet pas la libre circulation vers la péninsule espagnole du fait d’un double contrôle à l’entrée et à la sortie de l’enclave, qui fonctionne comme un sas fermé. Les pays européens voisins de l’Espagne se sont également empressés d’indiquer qu’ils allaient renforcer les contrôles aux frontières internes de l’Union... Alors même que huit États membres, dont la France et l’Italie, ont de fait rétabli totalement ou partiellement ces contrôles depuis 2015 [8]. .
      Quant au Maroc, qui célébrait le 30 juillet les 27 ans de règne de Mohamed VI, il s’est tu pendant quatre jours avant de finalement renvoyer la balle vers l’Espagne, l’accusant de ne pas avoir anticipé les conséquences de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [9]…

      L’instrumentalisation des exilé·es au profit d’enjeux géopolitiques, effet boomerang de l’externalisation
      Malgré cela, l’Espagne s’est empressée de rappeler que le Maroc est avant tout un allié, tant il est un collaborateur zélé de la politique migratoire sécuritaire européenne. En effet, l’Espagne, pour entraver les mouvements migratoires à sa frontière, a besoin du Maroc qui sait le lui rappeler en différentes occasions. Ce dernier n’a jamais hésité à utiliser les exilé·es comme monnaie d’échange pour servir ses intérêts économiques ou politiques, peser dans le débat géopolitique, ou exprimer ses mécontentements, notamment face au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie [10], comme il l’a déjà fait par le passé (2021, 2023). Les pays partenaires de la politique d’externalisation de l’UE utilisent ainsi les mêmes armes que l’UE, à savoir le marchandage, pour se retourner occasionnellement contre elle. Cela a été le cas pour la Turquie avec la Grèce en mars 2020, le Maroc avec l’Espagne en mai 2021, et la Biélorussie avec la Pologne dès août 2021. Les exilé·es deviennent alors une monnaie d’échange : le marchandage se fait sur leur dos – voire sur leurs vies – dans tous les cas en violation de leurs droits. Car en déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, souvent autoritaires, l’UE se défausse des conséquences de cette sous-traitance, et transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements qui disposent d’un levier de pression politique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir les exilé·es loin de ses frontières.

      Des violations massives des droits au nom de la protection des frontières européennes
      Comme lors de précédents impliquant des arrivées dites « massives » dans l’Union, l’Espagne a procédé très rapidement (48h) au renvoi des personnes arrivées à Ceuta. Et ce en violation de leurs droits fondamentaux. En effet, les personnes interceptées à Ceuta auraient en principe dû faire l’objet du filtrage - prévu par le règlement éponyme du Pacte européen asile et migration entré en application en juin 2026 -, avant toute orientation vers une procédure d’asile ou de retour. Situation qui souligne que cet instrument est mort-né un mois et demi après son entrée en application... De plus, les personnes arrivées par la mer auraient dû - avant « remise » (refoulement) au Maroc - faire l’objet d’un examen individuel de leur situation en vertu de la récente jurisprudence de la Cour Suprême espagnole. Or, Pedro Sanchez a clairement indiqué que celle-ci ne s’appliquerait pas au cas d’espèce. Faut-il pourtant rappeler que nul ne peut faire l’objet d’un renvoi forcé sans avoir vu sa situation individuelle examinée, ou avoir pu déposer le cas échéant une demande de protection internationale en vertu du principe international de non-refoulement ?
      Dans une surenchère sécuritaire, le ministère de l’Intérieur espagnol a par ailleurs annoncé le 1er août la mise en place d’une barrière pneumatique de 500 mètres de long en cours d’installation dans la mer pour empêcher les migrant·es de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta. Dans la volonté a priori de se « conformer » à la jurisprudence de la Cour Suprême espagnole évoquant la nécessité d’un « élément physique de contention » en mer pour pouvoir procéder à des « refus d’admission à la frontière ».

      Les événements de Ceuta auront donc uniquement permis de justifier la doctrine ultra-sécuritaire de l’UE en matière migratoire, et de réaffirmer qu’elle est la seule politique possible.
      A l’issue de cinq jours de crise diplomatique, après avoir été vilipendé par ses voisins européens, le président du gouvernement espagnol aura finalement reçu leur soutien pour sa gestion rapide de la crise politique et diplomatique [11], qui sera vite oubliée. Tout comme les personnes décédées pour avoir voulu exercer leur droit à la mobilité et braver les politiques migratoires européennes répressives, racistes et mortifères.

      La #nécropolitique assumée de l’UE
      Les évènements de Ceuta nous montrent, s’il le fallait encore, que les politiques migratoires répressives tuent. Et que l’externalisation des frontières, quel qu’en soit le coût humain et financier, est un pilier de ces politiques migratoires. La preuve en est les partenariats toujours en vigueur entre l’UE et des pays comme le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, qui bafouent notoirement les droits de leurs citoyen·nes et des personnes exilées sur leur territoire.
      Le renforcement des dispositifs de contrôle et de sécurité tout au long du parcours migratoire comme la complicité des pays d’origine ou de transit dans ce tout sécuritaire ont de lourdes conséquences. Du fait de la multiplication et de la technologisation des obstacles, la route pour l’Europe est devenue un véritable cimetière, et les morts et les blessés se comptent par milliers [12].
      S’il n’existe pas encore de bilan en ce qui concerne l’épisode Ceuta, l’association marocaine des droits humains fait état d’au moins 140 décès. A ce jour, l’UE et les États partenaires qui endossent le rôle de gendarmes de l’Europe n’ont jamais assumé leur part de responsabilité dans ces tragédies, considérées comme des « dommages collatéraux » d’une stratégie de dissuasion dans laquelle la violence, en tant que moyen corrélé à l’objectif de non-accueil et de mise à distance, est érigée en norme [13]. Quid de l’identification de ces personnes ? Quid des enquêtes qui devront être menées pour établir vérité, justice et réparation pour les familles de ces victimes des politiques migratoires européennes ? Jusqu’à quand les autorités européennes éluderont ainsi leur part de responsabilité alors que ce sont elles qui ont coupé tout accès légal à l’Europe aux personnes en migration, et qui ont par conséquent failli à leur devoir de secours et de solidarité ? [14]

      La militarisation des frontières n’empêche pas les mouvements migratoires
      Ceuta nous montre également que si les entraves sur le parcours migratoire contraignent les exilé·es à utiliser des voies alternatives plus dangereuses, elles ne les dissuadent pas de franchir les frontières. Aucune barrière ne pourra étancher la soif d’émancipation et de liberté de circulation des populations, notamment du Sud global, injustement assignées à résidence dans un monde inégalitaire et ultra-connecté.
      Au Maroc, la situation précaire (37 % de chômage chez les jeunes, pauvreté rampante, manque de perspectives), les refus de visas à répétition, et le fossé socio-économique qui sépare ce pays d’une Espagne située à 14km révoltent la jeune génération, qui clame que la liberté de circulation ne peut plus être réservée aux seul·es privilégié·es. Pour en finir avec la rupture de l’égalité des chances, au nom du principe d’égalité entre tou·te·s, et du principe d’émancipation, les personnes exilées se saisissent du droit à la mobilité qui leur est nié, rappelant que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et que ce droit est internationalement reconnu [15]. Et internationalement bafoué.

      Loin de constituer un échec politique, les morts aux frontières, les renvois sommaires et les violations répétées des #droits_fondamentaux observés aux frontières de l’Europe sont devenus des caractéristiques structurelles d’un système dans lequel la migration est avant tout perçue comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une réalité humaine. Le coût humain n’est pas fortuit : il est intrinsèque à un modèle qui privilégie l’exclusion plutôt que la protection, et la dissuasion plutôt que la solidarité.
      Tant que la mobilité restera largement inaccessible, les personnes continueront de risquer leur vie à la recherche de sécurité, de dignité et d’opportunités. Aucun degré de militarisation des frontières ne peut éliminer la migration ; ces politiques ne peuvent que la rendre plus dangereuse. Une approche fondamentalement différente est donc nécessaire — une approche qui place les droits humains, l’égalité, la responsabilité internationale et la liberté de circulation au cœur des politiques migratoires.

      https://migreurop.org/article3609.html
      #racisme #militarisation_des_frontières

    • Ceuta, la frontiera coloniale che l’Europa usa per alimentare la paura

      Oltre cinquantamila persone hanno tentato di raggiungere l’enclave spagnola in Marocco. Dietro la narrazione dell’«invasione» ci sono disoccupazione, crisi sociale, ricatti geopolitici e un sistema di esternalizzazione delle frontiere che produce morti, autoritarismo e propaganda. La destra europea, guidata da Meloni, ha scelto ancora una volta di rispondere con la militarizzazione e la chiusura.

      Le immagini arrivate da Ceuta hanno fatto il giro del mondo. Migliaia di persone che nuotano attorno ai frangiflutti, giovani che attraversano il mare con una bottiglia di plastica come unico galleggiante, famiglie intere che tentano di raggiungere pochi metri di costa europea separati da una barriera di filo spinato, pattuglie della Guardia Civil, militari dispiegati nelle strade e decine di corpi recuperati in mare. Almeno cinquantasette persone sono morte annegate. Secondo il governo spagnolo, in poche ore oltre 50 mila persone avrebbero tentato di raggiungere l’enclave di Ceuta, mentre il ministero dell’Interno ha sostenuto che la quasi totalità sarebbe poi rientrata spontaneamente in Marocco, circostanza che molti osservatori ritengono difficilmente verificabile.

      Come sempre accade quando le frontiere europee vengono attraversate da grandi movimenti di persone, il dibattito pubblico si è concentrato quasi esclusivamente sulla sicurezza. Le immagini sono state immediatamente trasformate nella rappresentazione plastica dell’ennesima «invasione». Le destre europee hanno parlato di assedio, di difesa della civiltà occidentale, di emergenza senza precedenti. Giorgia Meloni ha sospeso Schengen nei confronti della Spagna per i cittadini extraeuropei provenienti dal territorio spagnolo, Matteo Piantedosi ha convocato il Comitato Immigrazione e Frontiere, Antonio Tajani ha aperto uno scontro diplomatico con Madrid, mentre da Berlino Friedrich Merz, Alice Weidel, Manfred Weber e gran parte della destra continentale hanno chiesto respingimenti immediati, rafforzamento di Frontex e chiusura delle frontiere.

      Ancora una volta, però, la politica ha preferito discutere di muri piuttosto che interrogarsi sulle ragioni che spingono decine di migliaia di persone a mettere in gioco la propria vita.

      Per comprendere quanto accaduto bisogna anzitutto ricordare che Ceuta non è una qualunque città di frontiera. È una enclave spagnola di appena diciotto chilometri quadrati incastonata sulla costa marocchina. Insieme a Melilla rappresenta uno degli ultimi residui del colonialismo europeo nel continente africano. La Spagna considera entrambe parte integrante del proprio territorio nazionale; il Marocco continua invece a rivendicarle come territori da decolonizzare. Questa contraddizione storica non è un dettaglio geografico: è il cuore stesso della vicenda. Mentre in Europa si parla di difesa dei confini, si dimentica sistematicamente che quei confini sono stati tracciati dalla storia coloniale e che due città europee continuano a trovarsi sulla costa africana.

      È difficile comprendere perché migliaia di giovani marocchini rischino la morte per raggiungere Ceuta se non si parte da questo dato. La domanda corretta non è perché vogliano entrare in Europa, ma perché un pezzo d’Europa continui a trovarsi in Africa e quale eredità abbia lasciato quella storia.

      Le persone che hanno tentato l’attraversamento non sono mosse da una misteriosa pulsione migratoria. Arrivano soprattutto da Casablanca, Kenitra, El Jadida, Sétif e dalla stessa Fnideq, città frontaliera precipitata in una profonda crisi economica dopo la chiusura nel 2019 del cosiddetto «contrabbando di sussistenza», il commercio transfrontaliero che garantiva il reddito a migliaia di piccoli commercianti, lavoratori e famiglie. A questo si aggiungono un tasso di disoccupazione giovanile che supera il 29%, quasi tre milioni di giovani che non studiano e non lavorano e una diffusa sensazione di assenza di futuro che attraversa un’intera generazione marocchina.

      È in questo contesto che sui social si è diffusa la falsa convinzione che la frontiera fosse stata aperta dopo una sentenza della Corte Suprema spagnola che aveva dichiarato illegittimi alcuni respingimenti immediati praticati negli anni precedenti. Migliaia di ragazzi si sono dati appuntamento a Fnideq e hanno tentato insieme l’attraversamento. Molti raccontano di essere stati convinti che una volta arrivati a Ceuta sarebbero stati accolti. Hanno trovato invece una città militarizzata, strutture di accoglienza già sature e una pressione crescente delle forze di polizia affinché tornassero indietro.

      Ridurre tutto questo all’azione dei trafficanti di esseri umani significa ignorare la dimensione sociale e politica dell’esodo. Come ricorda la Croce Rossa, le persone non attraversano il mare perché sia facile farlo, ma perché la prospettiva di rimanere nel proprio paese appare ancora più insostenibile.

      Naturalmente la crisi di Ceuta non può essere letta soltanto attraverso la condizione sociale del Marocco. Da anni Rabat utilizza il controllo delle frontiere come leva negoziale nei rapporti con l’Unione Europea. Era già accaduto nel 2021, quando la Spagna accolse per cure mediche Brahim Ghali, leader del Fronte Polisario, provocando un improvviso allentamento dei controlli marocchini e l’arrivo di migliaia di persone a Ceuta. Anche questa volta diversi osservatori collegano quanto accaduto al riavvicinamento diplomatico tra Madrid e Algeri e alle tensioni regionali sul Sahara Occidentale. Le stesse fonti della Guardia Civil hanno riferito che nelle prime ore le autorità marocchine avrebbero sostanzialmente lasciato aperta la frontiera, salvo poi intervenire con lacrimogeni, idranti e arresti quando la situazione è sfuggita di mano.

      È il paradosso dell’esternalizzazione delle frontiere. Da oltre vent’anni l’Unione Europea delega il controllo migratorio a paesi come Marocco, Libia, Tunisia o Turchia, finanziandone gli apparati di sicurezza affinché blocchino le partenze. In questo modo Bruxelles ha rafforzato il potere negoziale di governi autoritari, che possono utilizzare i movimenti migratori come strumento di pressione diplomatica ogni volta che ritengono opportuno farlo. Più l’Europa esternalizza il controllo delle frontiere, più diventa ricattabile dai paesi cui affida questo compito.

      Le riflessioni dello psicologo tunisino Wael Garnaoui aiutano a comprendere la profondità di questo processo. Secondo Garnaoui, la nascita dello spazio Schengen ha inaugurato una nuova forma di controllo postcoloniale della mobilità. Se il colonialismo governava direttamente i territori, la «Schengenizzazione» governa le persone attraverso la limitazione della libertà di movimento. Si produce così quello che definisce il «trauma dell’immobilità»: milioni di giovani crescono sapendo che il loro passaporto li condanna a non poter circolare liberamente, interiorizzando un senso di esclusione, umiliazione e impotenza che alimenta il desiderio di partire a qualsiasi costo. La mobilità diventa così non soltanto un progetto economico, ma una forma di liberazione individuale.

      L’Europa continua invece a leggere tutto questo esclusivamente attraverso la lente dell’ordine pubblico. Le persone che aspirano alla libertà di movimento diventano masse indistinte da contenere. Le loro storie vengono cancellate e sostituite dalla categoria dell’«invasione».

      È esattamente su questo terreno che la destra europea ha costruito la propria offensiva politica.

      Le immagini di Ceuta sono diventate il pretesto per rilanciare la richiesta di sospendere Schengen, rafforzare Frontex, aumentare i respingimenti e irrigidire ulteriormente il nuovo Patto europeo su migrazione e asilo. Meloni ha colto immediatamente l’occasione per proporsi come punto di riferimento della destra continentale, trovando piena sintonia con l’AfD tedesca, con Vox in Spagna, con il governo danese e con gran parte del Partito Popolare Europeo. Perfino Donald Trump, Nigel Farage e il ministro israeliano Itamar Ben-Gvir sono intervenuti alimentando la medesima narrazione sull’«assedio» dell’Europa.

      La crisi di Ceuta dimostra così come la questione migratoria sia ormai diventata uno dei principali terreni di competizione politica internazionale. Non importa se i numeri siano controversi o se gran parte delle persone sia già rientrata in Marocco. Non importa che molti dei migranti siano giovani senza lavoro, famiglie o minorenni. Ciò che conta è alimentare la percezione di una minaccia permanente.

      La realtà è molto diversa.

      Quelle migliaia di persone raccontano il fallimento di un modello economico incapace di offrire prospettive ai giovani del Nord Africa, ma raccontano anche il fallimento di un’Europa che continua a investire miliardi nella militarizzazione delle frontiere senza affrontare le cause profonde delle migrazioni. Guerre, diseguaglianze, rapporti economici neocoloniali, cambiamenti climatici e compressione delle opportunità di vita restano fuori dal dibattito pubblico.

      Ceuta, allora, non è l’inizio di un’invasione. È il sintomo di una crisi molto più profonda.

      Per quanto alte possano diventare le recinzioni, per quanto sofisticati siano i sistemi di sorveglianza, per quanto si rafforzino Frontex, gli accordi con i paesi terzi e i dispositivi di respingimento, milioni di persone continueranno a cercare una via d’uscita da condizioni di vita che percepiscono come senza futuro.

      La libertà di movimento non nasce da un decreto, né può essere cancellata da una barriera di filo spinato. È una tensione storica che attraversa il nostro tempo. Ed è destinata a entrare sempre più in conflitto con una Fortezza Europa che continua a difendere privilegi costruiti anche attraverso secoli di dominio coloniale.

      Ceuta ci pone dunque una domanda che nessuna propaganda securitaria può cancellare: non perché migliaia di marocchini abbiano cercato di raggiungere un’enclave europea in Africa, ma perché, dopo secoli di colonialismo, continuiamo a considerare scandaloso il movimento delle persone e naturale quello delle frontiere che il colonialismo ha lasciato in eredità.

      https://www.osservatoriorepressione.info/ceuta-la-frontiera-coloniale-che-leuropa-usa-per-alimentar
      #colonialisme #frontière_coloniale

    • A Ceuta, l’Europe a encouragé la violation des droits des migrants par l’Espagne

      On pouvait croire qu’en adoptant le pacte de l’Union européenne (UE) sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, les pays membres avaient enfin réussi à surmonter leurs dissensions en matière de gestion des mouvements migratoires. Rappelons que ce pacte était censé apaiser les tensions révélées par la crise migratoire de 2015, lorsqu’un million d’exilés, parmi lesquels un grand nombre fuyait la Syrie en guerre, ont afflué en Europe par l’Italie et la Grèce, déstabilisant fortement la coopération entre les Etats membres.

      Après quatre ans d’âpres négociations, la présidente de la Commission européenne n’avait-elle pas salué « un énorme pas en avant pour l’Europe » ? Parmi les mesures adoptées, le pacte prévoit notamment un nouveau régime de réponse aux situations de crise, permettant, en cas d’afflux massif et exceptionnel de migrants dans un Etat de l’UE, le déclenchement d’un mécanisme de solidarité en faveur du pays concerné.

      Pourtant, les réactions ayant, fin juillet, accueilli l’arrivée à la nage depuis les côtes marocaines de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta – seul territoire européen, avec la ville de Melilla, sur le continent africain – ont pris l’exact contrepied des engagements contenus dans le pacte.

      Si ceux-ci avaient été respectés, tous les Etats membres auraient dû s’organiser pour aider l’Espagne à traiter le cas des personnes qui venaient de franchir la frontière dans le respect des droits prévus par les lois européennes, et le cas échéant à se répartir l’accueil de celles qui pouvaient être éligibles à rester en Europe.

      A contrepied de la « solidarité » européenne

      C’est tout le contraire qui s’est passé : d’abord, la première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni s’est dite « prête à agir » pour empêcher une (improbable) vague migratoire en Italie, au besoin en excluant l’Espagne du système Schengen (ce qui est juridiquement impossible). Plusieurs responsables politiques, dont son homologue sociale-démocrate danoise, lui ont emboîté le pas en dénonçant l’incapacité de l’Espagne à protéger ses frontières.

      La France, de son côté, a fait savoir qu’elle renforçait les contrôles à ses frontières avec l’Espagne – un affichage inutile puisque les étrangers qui se trouvent à Ceuta étant soumis à un régime spécifique qui les empêche de rejoindre l’Espagne continentale, il n’y avait aucun risque d’afflux aux frontières françaises.

      Une réunion extraordinaire a été organisée le 4 août entre les ministres de l’intérieur des 27, pour conclure que « la migration nécessite une réponse européenne unie ». Mais cette réponse n’a été envisagée que sous l’angle d’un nécessaire renforcement des frontières. Et si les participants ont témoigné de leur solidarité avec l’Espagne, c’est pour saluer ses efforts rapides pour régler le problème à Ceuta et se féliciter que la plupart des personnes ayant franchi illégalement la frontière aient été renvoyées, sans conséquences pour les autres Etats membres.

      Une réaction résumée par l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans Libération le 4 août pour qui « cette crise migratoire n’était pas une crise en Europe, mais une crise contenue au sein de l’enclave espagnole de Ceuta », qui a pu être résolue grâce à « l’attitude ferme, courageuse et déterminée des autorités espagnoles ». Circulez, il n’y a plus rien à voir à Ceuta…

      Bilan tragique

      Il y aurait pourtant à dire à propos de cet épisode. On a beaucoup parlé des possibles causes de ces arrivées, spectaculaires par leur mode opératoire et leur nombre : chantage exercé par les autorités marocaines accusées d’avoir sciemment laissé passer les exilés, « appel d’air » créé par la récente opération de régularisation des sans-papiers en Espagne, exploitation par des réseaux de passeurs d’une information erronée sur l’ouverture de la frontière à Ceuta… Mais quelle que soit l’origine de ces événements, il est nécessaire d’en faire le bilan, tragique à bien des égards.

      Car il y a un bilan humain, d’abord : à ce jour, les autorités espagnoles dénombrent 72 personnes décédées, la plupart par noyade, quand les ONG, qui réclament une enquête, parlent de plus de 100 morts.

      Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont erré dans les rues de Ceuta, privées d’eau, de nourriture, de soins et d’accès à l’hygiène, alors que les dispositifs d’accueil étaient saturés et les associations d’aide aux migrants débordées. Deux semaines après la crise, plusieurs centaines de mineurs isolés étaient encore abandonnés à eux-mêmes, faute de place dans les structures supposées les prendre en charge. N’y avait-il pas là matière à ce que les partenaires de l’Espagne, au nom de la « solidarité », dépêchent en urgence des moyens logistiques et humains pour faire face à cette urgence humanitaire ?

      Chasse à l’homme

      Il faut aussi parler des conditions de « départ » des personnes qui sont retournées au Maroc, en très grand nombre, quelques jours après leur arrivée à Ceuta. Ceux qui se réjouissent de ce rapide règlement du problème ne disent rien de la façon dont les migrants ont été « accompagnés » jusqu’à la frontière par les militaires et les quelque 400 agents supplémentaires de la garde civile et de la police nationale envoyés en renfort par le gouvernement espagnol, ni de la chasse à l’homme qui a eu lieu dans l’enclave pour les contraindre à prendre le chemin du retour.

      Pour effectuer ces renvois, les autorités espagnoles s’appuient sur des accords migratoires passés avec le Maroc, et sur une loi d’exception qui permet les « refoulements à chaud » depuis les enclaves de Ceuta et Melilla, sans examen individuel de situation ni prise en compte des éventuels besoins de protection. Des refoulements qui s’apparentent aux pushback prohibés par le droit européen. Les maigres garanties que cette loi contestable prévoit pour garder une apparence de conformité avec le respect du droit international et du droit d’asile – comme l’attention aux personnes vulnérables – ne semblent même pas, à Ceuta, avoir été respectées.

      Il y a donc tout lieu de penser que de nombreuses violations des droits ont été commises à Ceuta, au mépris des règles européennes prévues pour faire face aux situations de crise. En laissant l’Espagne gérer seule les frontières de ses enclaves au Maroc, comme s’il s’agissait d’un enjeu national et non d’un symbole de la politique d’externalisation de l’UE, les gouvernements européens encouragent sciemment la perpétuation de ces violations.

      https://www.alternatives-economiques.fr/a-ceuta-l-europe-a-encourage-la-violation-des-droits-des-mi

    • Perché lo sciacallaggio politico dopo i tragici fatti di Ceuta non va sottovalutato

      Senza dedicare una riga di cordoglio alle decine di vittime tra chi è arrivato a nuoto a inizio agosto nell’enclave spagnola, larga parte della politica europea -Governo Meloni in testa- ha rappresentato una falsa situazione di spostamenti di “vasta scala” verso il resto dell’Ue, ignorando la geografia e il Regolamento Schengen. Un’operazione spregiudicata che ha l’obiettivo di demolire il principio della libera circolazione, già sospeso lungo 23 frontiere interne. L’analisi di #Gianfranco_Schiavone

      “Le Parti contraenti prendono atto delle seguenti dichiarazioni formulate dal Regno di Spagna: 1) Dichiarazione relativa alle città di Ceuta e Melilla a) I controlli esistenti all’ingresso del territorio doganale della Comunità economica europea per le merci ed i viaggiatori in provenienza dalle città di Ceuta o Melilla continueranno ad essere esercitati in conformità alle disposizioni del protocollo n. 2 dell’atto di adesione della Spagna alle Comunità europee”.

      Così si legge nell’atto finale dell’adesione del Regno di Spagna all’Aquis di Schengen del lontano 22 settembre 2000. Nei confronti delle due enclave spagnole in Africa, in ragione della loro posizione geografica del tutto particolare, vige da sempre una normativa ad hoc che prevede una restrizione all’ordinario regime di libera circolazione nell’Unione. Anche se non ogni passeggero è sempre sottoposto alla verifica di frontiera, i controlli rimangono frequenti e comunque in ogni momento possono essere applicati in modo generalizzato.

      Basterebbe questa semplice osservazione, da sola, per comprendere la enormità e gravità dell’operazione di strumentalizzazione politica condotta dal governo italiano nel decidere il ripristino dei controlli alle frontiere interne (quindi marittime e aree) con l’intera Spagna. Quei controlli, invocati con stridulo strepito, esistevano già, a regime e in modo mirato a quell’area geografica.

      Il Regolamento Schengen, come modificato dal Regolamento Ue 2024/1356, ha come obiettivo “la creazione di uno spazio in cui è assicurata la libera circolazione delle persone attraverso le frontiere interne è una delle principali conquiste dell’Unione”. Proprio per tutelare tale conquista storica, il Regolamento prevede che il ripristino dei controlli alle frontiere interne possa avvenire esclusivamente “in caso di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna di uno Stato membro” (art. 25, par. 1).

      La nozione di “minaccia grave” fa riferimento, oltre ad attentati o minacce di natura terroristica, a forme gravi di criminalità organizzata, a emergenze sanitarie di vasta portata anche a “una situazione eccezionale caratterizzata da spostamenti non autorizzati improvvisi e su vasta scala di cittadini di paesi terzi tra Stati membri, che mette a dura prova le risorse e le capacità complessive di autorità competenti ben preparate e che potrebbe mettere a rischio il funzionamento globale dello spazio senza controllo alle frontiere interne” (art. 25, par. 2).

      Quanto avvenuto a Ceuta per le sue dimensioni e profili drammatici in termini di morti non può essere sottovalutato ma è privo di fondamento ritenere che si stia verificando una situazione di spostamenti di “vasta scala” dalla Spagna nel resto dell’Unione europea. All’esatto contrario, la crisi, intesa nel senso del flusso di ingresso, si è spenta del tutto poche ore dopo essere divampata.

      Il governo italiano aveva però fretta di agire attaccando nuovamente il principio cardine della libera circolazione. Se avesse agito anche solo poche ore dopo quella spregiudicata operazione politica di attacco al governo spagnolo (che per tutti i partiti sovranisti europei è la bestia nera) sarebbe risultata infatti fuori tempo massimo.

      Mentre la Commissione europea evaporava del tutto nel calore estivo, la corsa al tiro al bersaglio contro la Spagna non è stata solo italiana, ma ha coinvolto larga parte della politica dell’Unione con espressioni tra il penoso e il grottesco. Tra le peggiori quelle di Manfred Weber, capogruppo del Partito popolare europeo. “Le immagini devastanti sono la conseguenza diretta del fattore di attrazione della regolarizzazione di massa -ha sentenziato- raddoppiato dalla strumentalizzazione dell’immigrazione illegale”.

      In modo ancor più netto di quanto avvenuto in altre simili circostanze, di fronte alla tragedia di Ceuta in nessuna dichiarazione ufficiale di nessun leader politico europeo c’è traccia alcuna di una manifestazione di cordoglio per le decine di vittime. Come ha ben richiamato l’arcivescovo metropolita di Palermo Corrado Lorefice e neopresidente della Fondazione Migrantes, non c’è stato “nessun rispetto, nessuna partecipazione, nessun dolore, nessun senso di umanità, nessuna spiegazione delle ragioni profonde. Solo l’allarme, del tutto infondato dal punto di vista giuridico, di un’invasione di fatto impossibile”. E ha giustamente concluso ricordando che “rifiutandosi di pensare e di agire secondo i propri principi e le proprie capacità l’Europa rischia di condannarsi a morte”.

      La solidarietà rappresenta un principio giuridico fondante del progetto europeo e l’articolo 222 del Trattato sul funzionamento dell’Unione europea sancisce la cosiddetta “clausola di solidarietà” con queste parole: “L’Unione e gli Stati membri agiscono congiuntamente in uno spirito di solidarietà qualora uno Stato membro sia oggetto di un attacco terroristico o sia vittima di una calamità naturale o provocata dall’uomo”.

      È l’esatto opposto dello sciacallaggio che si è scatenato contro la Spagna. Molti potrebbero obiettare che non c’è nulla da scandalizzarsi perché in fondo quello che è avvenuto è manifestazione, magari solo un po’ più accesa, dello scontro politico che caratterizza la normale vita democratica.

      Rigetto questa tesi non già perché non sia consapevole che la politica non è esercizio di buone maniere, ma perché se banalizziamo quanto è accaduto finiamo per non vedere quella disgregazione dell’Europa che sta procedendo a gran passi e che Lorefice ha invece ben colto.

      È impressionante l’elenco delle 23 frontiere interne nelle quali, a giugno 2026 risulta sospeso il principio della libera circolazione e sono stati ripristinati i controlli di frontiera: Austria-Slovacchia, Austria-Repubblica Ceca, Austria-Ungheria, Austria-Slovenia, Italia-Slovenia,Paesi Bassi-Belgio,Paesi Bassi-Germania, Svizzera-Francia, Norvegia-Danimarca, Norvegia-Germania, Norvegia-Svezia, Danimarca-Germania, Polonia-Germania, Polonia-Lituania, Germania-Francia, Germania-Lussemburgo, Germania-Belgio, Germania-Repubblica Ceca, Svezia-Danimarca, Francia-Spagna, Francia-Italia, Svezia-Finlandia, Svezia-Norvegia.

      Nella larga parte dei casi il ripristino dei controlli è stato motivato in modo del tutto vago con una asserita necessità del controllo dei flussi migratori, in contrasto con quanto prevede lo stesso Regolamento Schengen che dispone invece che il ripristino del controllo alle frontiere interne può avvenire per il più breve tempo possibile, in casi eccezionali di minaccia grave per l’ordine pubblico o la sicurezza interna e precisa che “la migrazione e l’attraversamento delle frontiere esterne di un gran numero di cittadini di paesi terzi non dovrebbero in sé essere considerate una minaccia per l’ordine pubblico o la sicurezza interna” (considerando 26).

      Di fronte alla larga e inaudita reazione che c’è stata verso la Spagna, è necessario non archiviare l’accaduto come una disgustosa parentesi, ma chiedersi con maggior rigore di quanto si sia fatto finora, chi in Europa vuole la fine dell’Europa stessa quale straordinario (anche se fragile e incompiuto) processo storico di costruzione di un’unione politica sovranazionale che “si fonda sui valori del rispetto della dignità umana, della libertà, della democrazia, dell’uguaglianza, dello Stato di diritto e del rispetto dei diritti umani, compresi i diritti delle persone appartenenti a minoranze” (Trattato di Lisbona del 13 dicembre 2007). E con quale mostro politico la si voglia sostituire.

      https://altreconomia.it/perche-lo-sciacallaggio-politico-dopo-i-tragici-fatti-di-ceuta-non-va-s

      #frontières_intérieures #Schengen #libre-circulation #espace_Schengen #instrumentalisation_politique #contrôles_frontaliers

    • Ceuta Is Europe’s Berlin Wall Moment — Run in Reverse

      Like Berlin in 1989, Ceuta was an accident of history — but Europe’s response may entrench its walls.

      With a little hindsight, the fall of the Berlin Wall in 1989 seems the event most comparable to what unfolded in Ceuta in late July, both in the events themselves and in their origins: a confluence of circumstances — unintended and unplanned — that produced a major geopolitical rupture capable of altering Europe’s trajectory.

      Yet their consequences are likely to be diametrically opposed: on the one hand, the peaceful reunification of a continent amid the rapid spread of democracy; on the other, the reinforcement of the wall that already divides the two shores of the Mediterranean and the acceleration of Europe’s drift towards xenophobia and authoritarianism. Fortunately, however, the worst is never certain.
      A convergence of circumstances

      Almost four decades ago now, on 9 November 1989, Günter Schabowski, then the secretary of the Central Committee of the East German Communist Party responsible for media affairs, mistakenly announced at a press conference the immediate lifting of restrictions on East Germans’ travel abroad. That night, tens of thousands of them rushed towards the crossing points between West and East Berlin, strictly divided by a wall since August 1961. The East German border guards, overwhelmed and without official orders, eventually let the flood of people through. The Berlin Wall had fallen; the German Democratic Republic (GDR) would follow a few months later, along with the entire Eastern Bloc and, ultimately, the Soviet Union itself, dissolved in late 1991.

      That unexpected event stunned Europeans — just as Ceuta has stunned them in recent days. No one had planned or intended it, even though it belonged, of course, to the long history of the gradual erosion of the GDR and the Eastern Bloc. Yet it changed the course of European history.

      The same is very likely true of the events in Ceuta. At their root lies a ruling delivered by the Spanish Supreme Court on 29 June prohibiting “pushbacks” — the immediate return, without any assessment of their situation, of people reaching Ceuta by sea. The decision was widely shared and amplified on Moroccan social media, kindling disproportionate hopes among a young population with few prospects. At the end of July, the Moroccan security forces usually deployed in strength around Ceuta were mobilised instead for the Throne Day celebrations, which mark the anniversary of King Mohammed VI’s accession to the throne on 30 July, a public holiday in Morocco. This year the ceremony was held not in Rabat, the capital, but in M’diq and Tetouan, barely 25 kilometres from Ceuta, assembling the full spectrum of the Kingdom’s elite. Meanwhile, thanks to the holiday, a significant portion of Moroccan youth was flocking to the famous beaches adjacent to the Spanish enclave.

      This convergence of circumstances triggered the mass movement the world then witnessed. The outnumbered and overwhelmed Moroccan security forces let the crowds pass. The Moroccan government took no emergency measures: there was simply no question of disturbing the King and the Moroccan establishment during the Throne Day celebrations, which were to proceed without disruption.
      An unlikely manipulation

      There has been much speculation that the Moroccan government encouraged young Moroccans to cross into Ceuta to punish Spain for Prime Minister Pedro Sánchez’s visit to rival Algeria on 20 July. In 2021, the Moroccan authorities had indeed claimed to have facilitated a similar incident after Spain admitted an ailing Polisario leader to one of its hospitals. But the damage inflicted on King Mohammed VI’s image, in Morocco and beyond, on the very day of the Throne Day celebrations makes such a hypothesis highly unlikely.

      The possibility of interference by the United States or Israel has also been raised — countries eager for revenge on Sánchez, the European Union leader most hostile to the policies of Benjamin Netanyahu and Donald Trump in the Middle East. They have undeniably capitalised on the difficulties he has faced in Spain and elsewhere in Europe since the mass crossing into Ceuta. But no evidence of such interference has emerged, and none is needed to explain the events.

      The most likely cause of what happened in Ceuta, as on 9 November 1989, is a combination of circumstances — even if these, too, belong to a longer history: Morocco’s deep social crisis, marked by a large, educated youth deprived of prospects, and the mounting tensions stoked on the far shore of the Mediterranean by the “Fortress Europe” migration policy pursued by EU leaders.

      There, however, the similarities between Ceuta and Berlin end. The Berlin Wall was built by a communist dictatorship in the service of the Soviet occupiers. The wall at Ceuta, though it bears a strong technical resemblance to the Iron Curtain of grim memory, was erected by us, western Europeans — who are supposed to be committed democrats and humanists.

      Whereas East Germans had been eagerly awaited and hoped for over decades in Berlin and West Germany, young Moroccans are rejected outright and without appeal by a majority of Europeans, just like their brothers and sisters from the rest of Africa. And yet, in truth, their way of life, the cost of their labour, and their level of education differ little more from ours than did those of eastern Europeans after the fall of the Wall.

      The reunification of Europe up to Russia’s borders had seemed a natural project, one that western Europeans embraced without difficulty — even though such a unified Europe had never in reality existed outside the short-lived empires of Napoleon Bonaparte and Adolf Hitler which nobody regrets.

      The Mediterranean, by contrast, has bound together the peoples of its shores for millennia; yet any idea of rapprochement with the other side now strikes a majority of European Union residents as an existential threat graver even than those posed to Europe by Vladimir Putin and Donald Trump.

      So much so that Europeans — in France and elsewhere — increasingly cast their votes for a racist and xenophobic far right that admires these autocrats and would join forces with them against all those whose skin is not white enough. Yet to escape the stranglehold of Trump and Putin, the future of democratic Europe will depend in no small part on its ability to find new allies in the southern Mediterranean.

      Although the episode has had virtually no lasting impact on the number of migrants entering the European continent, the fear must be that the Ceuta affair — unlike the fall of the Berlin Wall — will accelerate Europe’s withdrawal into itself, sharpen the xenophobic and racist drift already at work, and push Europeans still further towards accepting the surrender of their democracy and freedoms. But the worst is not always certain: it will fall to the French people, in particular, to shoulder the heavy responsibility of deciding next year whether to put a decisive stop to this deadly trend.

      https://www.socialeurope.eu/ceuta-is-europes-berlin-wall-moment-run-in-reverse
      #manipulation

  • Frontex continue sa mission en Grèce, malgré de graves violations des droits des migrants
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/18/frontex-continue-sa-mission-en-grece-malgre-de-graves-violations-des-droits-

    Frontex continue sa mission en Grèce, malgré de graves violations des droits des migrants
    Par Franziska Grillmeier et Ludek Stavinoha
    Quelques heures avant que la pluie ne se mette à tomber, le moteur d’un canot pneumatique transportant 43 personnes, dont plus d’une douzaine d’enfants, est tombé en panne en mai 2025 près de l’île de Samos, en mer Egée. « Oh mon Dieu, aidez-nous, s’il vous plaît – le bateau est rempli d’eau », déclare une personne citée dans un rapport d’incident grave rédigé par le bureau des droits fondamentaux (Fundamental Rights Officer, FRO) de Frontex – l’organisme de contrôle quasi autonome de l’agence européenne des frontières. La scène se poursuit ainsi : « Des hommes masqués sont arrivés en bateau – ils sont là pour nous aider. » Un autre migrant répond, selon le rapport : « Ce n’est pas de l’aide. »
    Un rapport, publié en mars 2026 et obtenu par « Le Monde » grâce à une demande d’accès à l’information, reconstitue en détail un refoulement survenu en mai 2025, près de l’île de Samos, en Grèce.
    Un rapport, publié en mars 2026 et obtenu par « Le Monde » grâce à une demande d’accès à l’information, reconstitue en détail un refoulement survenu en mai 2025, près de l’île de Samos, en Grèce.
    Au lieu d’être secouru, le groupe aurait été embarqué à bord d’un navire des garde-côtes grecs et transporté en mer pendant deux heures par des agents grecs. Certains étaient armés, portaient des cagoules noires et ont ensuite jeté les migrants dans deux radeaux de sauvetage gonflables d’une hauteur de plusieurs mètres, après avoir confisqué leurs effets personnels.« Ils ont commencé à donner des coups de pied à tout le monde, y compris aux femmes et aux personnes âgées, pour les jeter à l’intérieur des embarcations, même un bébé de 2 mois », note le rapport, s’appuyant sur le témoignage d’un migrant. Les radeaux de sauvetage sans moteur ont ensuite été « abandonnés » dans les eaux territoriales turques, avant d’être secourus par les garde-côtes locaux.
    Portée à l’attention du bureau des droits fondamentaux par une ONG à laquelle les migrants avaient envoyé des enregistrements audio et vidéo, l’enquête, qui a duré plusieurs mois, a conclu que « la succession d’événements constitue une expulsion collective interdite ». Egalement qualifiées de « refoulements illégaux », les actions des garde-côtes grecs constituaient « une violation du droit à la vie des 43 migrants ». Le rapport précise, en outre, qu’il ne s’agissait pas d’« un incident isolé ».
    En avril 2025, moins d’un mois avant l’incident survenu près de Samos, le directeur exécutif de Frontex, Hans Leijtens, avait déclaré qu’il devenait de plus en plus « impatient » face au bilan de la Grèce en matière de droits humains. Parmi les pays où Frontex intervient, c’était l’un de ceux qui l’empêchaient de « dormir la nuit », avait-il précisé. Il a reconnu qu’une « nouvelle approche » était nécessaire, dans laquelle Frontex pourrait devoir prendre des mesures « calibrées ». M. Leijtens, ancien commandant de la gendarmerie néerlandaise, a même menacé de suspendre ou de réduire le financement des « actifs cofinancés » – tels que certains navires des garde-côtes grecs – si la Grèce ne prenait pas de mesures concrètes pour respecter les droits des migrants.
    La question de la présence de Frontex en Grèce s’articule depuis longtemps autour d’une disposition-clé du mandat de l’agence, défini par un règlement européen. L’article 46 du règlement européen oblige le directeur de Frontex à retirer son financement, à suspendre ou à mettre fin aux activités, partiellement ou totalement, en cas de violations graves ou susceptibles de persister.
    Après le naufrage de l’Adriana, au large de Pylos, en juin 2023, qui a coûté la vie à plus de 600 personnes, le bureau des droits fondamentaux avait conseillé à M. Leijtens de suspendre ses opérations en Grèce. Il a toutefois préféré s’engager politiquement auprès des autorités grecques, adoptant, sur le papier, une approche dite en « escalier » au titre de cet article, consistant à exercer une pression progressive sur les Etats membres en infraction.
    Tineke Strik, députée européenne néerlandaise des Verts et membre de la commission des libertés civiles, chargée de contrôler Frontex, affirme qu’« il n’y a aucune preuve que la présence de Frontex ait amélioré la situation en Grèce. Au contraire, elle a légitimé les violations des droits qui se poursuivent et a rendu Frontex complice de celles-ci ». Le porte-parole de Frontex, Chris Borowski, a répondu au Monde que « le directeur exécutif suit de près la situation en Grèce et a directement fait part de ses préoccupations en matière de droits fondamentaux aux autorités grecques ».
    Un an après que Hans Leijtens, le directeur exécutif de Frontex, a semblé fixer des limites, le bureau des droits fondamentaux (Fundamental Rights Officer, FRO) de Frontex, dirigée par Jonas Grimheden, a continué à signaler à plusieurs reprises de graves violations des droits humains au conseil d’administration de Frontex – son principal organe décisionnel composé de représentants des Etats membres et de la Commission européenne.
    Dans un rapport de novembre 2025 soumis au conseil d’administration, M. Grimheden a décrit des « schémas récurrents » de refoulements violents « à proximité ou au départ des îles de la mer Egée » ainsi que des abus commis contre des migrants par les garde-frontières grecs.Alors que Frontex négociait les détails de son nouveau plan opérationnel avec la Grèce, M. Grimheden a averti en janvier M. Leijtens et son adjoint, Lars Gerdes, responsable des opérations de Frontex sur le terrain, que le FRO avait toujours du mal à obtenir des enregistrements vidéo auprès des autorités grecques.
    Cette mesure avait été acceptée par la Grèce en 2022 afin d’enregistrer d’éventuels abus à bord des patrouilleurs grecs cofinancés par Frontex. Mais elle n’a jamais été appliquée, même si les caméras avaient été acquises.Dans son courriel, dont Le Monde a obtenu une copie expurgée, M. Grimheden faisait référence à deux rapports sur les incidents graves (SIR) impliquant des navires cofinancés par Frontex. Dans un cas, les autorités grecques ont répondu à une demande d’images en fournissant « une vidéo de 8 secondes montrant une obscurité presque totale ».M. Grimheden a conclu son courriel adressé à la haute direction de Frontex par un constat sans appel : « Nous continuerons d’essayer en 2026, mais nous ne sommes pas optimistes, bien au contraire. »Selon un document interne consulté par Le Monde, M. Grimheden a pris, en mars, une mesure inhabituelle : il a officiellement refusé d’approuver l’opération de Frontex en Grèce pour 2026, demandant à M. Leijtens de subordonner la nouvelle mission à une série de garanties en matière de droits fondamentaux.Sa recommandation faisait référence à un naufrage survenu au large de l’île de Chios le 3 février, qui avait fait 15 morts. Les caméras étaient « éteintes », ont reconnu les autorités grecques. Par ailleurs, des enquêtes indiquent que les garde-côtes grecs auraient pu contribuer au naufrage en « percutant » le bateau de migrants.
    Interrogé sur la question de savoir si la Grèce s’était engagée à faire fonctionner des caméras à bord de tous les navires cofinancés dans le cadre du plan opérationnel pour 2026, un porte-parole de Frontex a répondu : « Les garanties énoncées dans le plan opérationnel constituent une exigence, et non une aspiration, et nous insistons pour qu’elles soient respectées ».Les garde-côtes helléniques ont répondu que l’engagement concernant l’utilisation de caméras « se rapportait à un plan de mise en œuvre spécifique de Frontex, qui a été mené à bien en septembre 2024 ». Pourtant, depuis que Frontex a lancé sa nouvelle opération et alors que Jonas Grimheden, qui dirige le bureau des droits fondamentaux, lui a retiré son soutien, les inquiétudes de ce service interne de l’agence européenne ne se sont pas apaisées. « Nous restons très préoccupés par les refoulements, les expulsions collectives et les passages à tabac, ainsi que par l’absence d’implication de Frontex en mer Egée », a déclaré M. Grimheden, lors de la réunion du conseil d’administration de l’agence en juin, comme il l’a raconté ensuite au Monde.
    Au total, 33 enquêtes officielles sur d’éventuelles violations des droits ont été ouvertes par le bureau des droits fondamentaux entre janvier 2024 et mars 2026 en Grèce – un chiffre supérieur à celui de tous les autres Etats membres. L’équipe de M. Grimheden a recueilli à plusieurs reprises des preuves de refoulements de migrants aux frontières grecques, tant par voie terrestre que maritime, les victimes faisant état de déshabillage, de passages à tabac et d’agressions sexuelles. Le bureau des droits fondamentaux s’est également plaint à plusieurs reprises des entraves de la Grèce à ces enquêtes.
    Interrogé sur la manière dont les autorités grecques avaient réagi aux conclusions et aux allégations du bureau des droits fondamentaux concernant l’implication des garde-côtes grecs dans des violations des droits fondamentaux, un attaché de presse de cette institution a affirmé que celle-ci « examine minutieusement chaque rapport et tous les rapports d’incidents graves émis par le responsable du bureau des droits fondamentaux de Frontex, en fournissant des réponses étayées. En cas de dérogations présumées aux règles de conduite professionnelle, des mécanismes d’enquête interne et de procédure disciplinaire sont mis en œuvre ».L’attaché de presse des garde-côtes a ajouté : « Les pratiques opérationnelles de la garde côtière sont pleinement conformes au cadre juridique national et international applicable, ainsi qu’au devoir moral suprême de protéger la vie humaine en mer. Par conséquent, les gardes-côtes grecs rejettent toute allégation d’activités illégales de quelque nature que ce soit. »
    En avril, cependant, dans son rapport d’incident grave, le bureau des droits fondamentaux a conclu, une nouvelle fois, que les manœuvres effectuées par un navire de cette force maritime grecque avaient « très probablement » mis en danger la vie des migrants à bord d’un canot pneumatique, contribuant ainsi à un naufrage meurtrier survenu près de Lesbos, un an plus tôt. Huit personnes se sont noyées.Avec 518 agents, interprètes et autres membres du personnel déployés en Grèce, ainsi que cinq avions, 11 navires, 170 véhicules et d’autres équipements techniques tels que des détecteurs de CO₂ et des caméras thermiques, Frontex semble avoir fait le choix de préserver sa coopération avec les autorités grecques. En avril, l’agence a ainsi célébré le lancement d’un nouveau navire sur l’île de Limnos, dont l’équipage est composé d’agents du corps permanent de Frontex et commandé par un officier de la garde côtière grecque. « Un équipage. Une mission », pouvait-on lire dans la publication sur les réseaux sociaux. Selon le service de presse de Frontex, trois navires cofinancés ont au total récemment été déployés en mer Egée.
    L’eurodéputée Tineke Strik, qui s’est récemment rendue en Grèce pour observer ces opérations, affirme que « les autorités grecques se sentent totalement en sécurité et ne mettent pas en œuvre les recommandations, car je pense qu’elles sont tout à fait convaincues que Frontex restera ». Officiellement, Frontex justifie son refus de se retirer de Grèce en affirmant qu’en cas de départ, la situation des droits humains ne ferait que s’aggraver, tandis que ses agents ne pourraient plus sauver des vies dans le cadre d’opérations de recherche et de sauvetage, notamment au sud de la Crète, qui est désormais la route la plus empruntée par les personnes fuyant vers la Grèce.
    Un autre événement majeur, qui a éprouvé la détermination de Frontex à poursuivre ses opérations en Grèce, s’est produit mi-juillet 2025, lorsque le gouvernement du pays a suspendu pendant trois mois le droit d’asile de toutes les personnes arrivant par bateau en provenance d’Afrique du Nord, s’attirant une large condamnation par les organisations de défense des droits humains. M. Grimheden a alors publié un avis appelant à la suspension immédiate des activités d’interrogatoire et de filtrage menées par Frontex en Grèce, alarmé par la perspective que des agents de Frontex puissent être impliqués dans des pratiques illégales. Mais M. Leijtens est resté sceptique et a rejeté son appel.Pour Tineke Strik, les conditions évoquées dans l’article 46 sont atteintes depuis longtemps : « Frontex devrait se retirer de Grèce. Si vous lisez [cet] article, le seuil n’est pas très élevé et vous constatez que ces refoulements et autres violations constituent un problème persistant depuis plus de dix ans. » Répondant au Monde, le porte-parole de Frontex a déclaré que « M. Leijtens estime qu’une présence continue, accompagnée d’un renforcement de la surveillance et des rapports, protège plus efficacement les personnes à la frontière qu’un retrait, qui nous priverait de notre capacité à observer et à signaler les faits au moment même où cela compte le plus ».
    Pendant longtemps, Frontex, accusée d’être complice des refoulements grecs, a soutenu qu’elle se contentait d’apporter un soutien technique, tandis que la responsabilité d’éventuelles violations des droits incombait exclusivement aux Etats membres concernés.Cependant, deux arrêts rendus par la Cour de justice de l’Union européenne en décembre 2025 ont remis en cause cette logique. Dans une affaire déclenchée par une famille syrienne expulsée par Frontex de Grèce vers la Turquie, la Cour a estimé que Frontex ne pouvait échapper à sa responsabilité en cas de violations des droits commises lors d’opérations conjointes. Melanie Fink, professeure associée de droit européen à l’université de Leyde (Pays-Bas), estime qu’il s’agit là d’un « moment important, car la Cour a estimé que Frontex avait ses propres obligations de veiller à la légalité de ses opérations ».Un autre arrêt, portant également sur des violations présumées des droits en Grèce, a établi que les migrants victimes d’un potentiel refoulement n’ont plus besoin de fournir de preuves concluantes, ce qui est souvent impossible lorsque, par exemple, un téléphone est confisqué par les gardes-frontières. Il leur suffit désormais de présenter des accusations plausibles.La décision finale du Tribunal de l’Union européenne, à qui le dossier a été renvoyé, est toujours attendue. Mais l’arrêt rendu en décembre 2025, qui a abaissé le seuil de la preuve, est considéré par les experts juridiques comme susceptible d’ouvrir la voie à davantage de migrants pour intenter des actions en justice contre Frontex, pour son implication dans des refoulements.
    Cette annonce survient alors que les compétences et les moyens de l’agence sont appelés à augmenter. L’été 2025, la Commission européenne a proposé de doubler le budget de l’agence, dont le siège est à Varsovie, pour le porter à 11,9 milliards d’euros entre 2028 et 2034, tandis que le corps permanent de Frontex devrait atteindre 10 000 membres d’ici à 2027, l’objectif étant de tripler cet effectif.
    Lorsque Hans Leijtens a succédé à Fabrice Leggeri à la tête de Frontex en mars 2023, nombreux étaient ceux qui espéraient qu’il s’attaquerait à l’héritage de son prédécesseur. M. Leggeri, aujourd’hui député européen d’extrême droite faisant l’objet d’une enquête pour crimes contre l’humanité, a démissionné après qu’une enquête antifraude de l’UE a révélé que Frontex avait dissimulé des preuves de refoulements illégaux en Grèce.Les refoulements en Grèce sont devenus un sujet central pour le Comité de conformité aux droits fondamentaux de Frontex, créé début 2025. Présidé par le directeur adjoint de Frontex, M. Gerdes, ce comité conseille M. Leijtens sur les mesures à prendre face aux violations persistantes des droits humains dans le cadre des opérations de Frontex.
    Dans une note datée de janvier 2026, Grimheden a souligné la létalité croissante des tactiques de refoulement grecques, notamment les « percutages », les « tirs » et les « remorquages », cette dernière technique ayant également été utilisée lors du naufrage de Pylos en 2023. Trois des incidents mentionnés dans la note de M. Grimheden ont entraîné la mort de six personnes, dont un migrant « tué par balle près de Symi lors d’une poursuite » menée par un bateau grec en août 2024.Pourtant, les détails des délibérations du groupe d’experts restent flous. Frontex refuse de divulguer les procès-verbaux du groupe d’experts en réponse à une demande d’accès à l’information du Monde, arguant que cela porterait atteinte à la « sécurité publique », mettrait en péril la « coopération opérationnelle » avec les Etats membres et conduirait à une « autocensure ». Le Médiateur européen enquête actuellement sur la décision de Frontex. Franziska Grillmeier et Ludek Stavinoha

    #Covid-19#migrant#migration#UE#frontex#droit#sante#frontiere#politiquemigratoire#grece#refoulement

  • Mondial 2026 : les images des joueurs fouillés et des visas refusés aux Etats-Unis qui entachent le début de la compétition
    https://www.lemonde.fr/sport/video/2026/06/10/mondial-2026-les-images-des-joueurs-fouilles-et-des-visas-refuses-aux-etats-

    Mondial 2026 : les images des joueurs fouillés et des visas refusés aux Etats-Unis qui entachent le début de la compétition
    vidéo A la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde de football 2026, les procédures de sécurité draconiennes imposées à certaines équipes par Washington suscitent une vague d’indignation.
    Omar Abdulkadir Artan a été placé dans un avion retour pour Istanbul après avoir subi onze heures d’interrogatoire avant d’être détenu plusieurs heures dans une cellule. Le Somalien, élu meilleur arbitre africain 2025 par la Confédération africaine de football et sélectionné pour la compétition, s’est vu refuser l’accès au territoire américain le 8 juin, malgré un visa en règle. Les autorités américaines ont justifié ce refoulement en invoquant de présumées « relations avec des personnes soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes ».
    Il n’est pourtant pas un cas isolé : l’attaquant vedette irakien Aymen Hussein a été retenu près de sept heures à l’aéroport de Chicago, tandis que le photographe de sa sélection a été purement et simplement éconduit. La sélection d’Iran, en raison des vives tensions diplomatiques et militaires actuelles avec Washington, a dû établir son centre d’entraînement à Tijuana, au Mexique – les autorités américaines ne l’autorisant à franchir la frontière que la veille de ses matchs.
    Parallèlement à ces refoulements, le traitement réservé à certaines délégations sur le sol américain a enflammé les réseaux sociaux. De nombreux internautes dénoncent des contrôles discriminatoires et disproportionnés. Les images de l’équipe du Sénégal, soumise à des détecteurs de métaux à même le tarmac de l’aéroport de Raleigh, en Caroline du Nord, ont provoqué une vive polémique. La fédération sénégalaise de football a tenté de temporiser en expliquant qu’il s’agissait d’une procédure visant à « optimiser le temps de déplacement ». A New York, la sélection de l’Ouzbékistan a également subi des fouilles poussées pour accéder à son terrain d’entraînement.
    Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré le 10 juin lors d’une conférence de presse à Genève que ces méthodes sécuritaires intrusives affectaient directement « les droits humains et la dignité humaine ».

    #covid-19#migration#migrant#etatsunis#football#FIFA#politiquemigratoire#visas#refoulement#ouzbekistan#senegal#irak#somalie#droit#sante#discrimination

  • Lost in Securitization: Migration, Race, and Death at Europe’s Eastern Border

    This year marks the fifth anniversary of the start of the ‘border crisis’ in Poland’s eastern borderlands and, consequently, the eastern border of the European Union. Kasia Narkowicz examines this crisis within the broader context of the political economy of migration and traces its roots to various forms of intersecting racialized violence.

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    It is still cold in the early morning hours when we leave our accommodations in #Gruszki, a village in eastern Poland, to search for bison. We are in the #Białowieża Forest, about ten kilometers from the border wall that Poland’s government built in 2021 at a cost of over 350 million euros. The wall was constructed to prevent people from traveling into the EU from Belarus via Europe’s last primeval forest along the border. I am here as part of an international academic seminar with colleagues and comrades who work on borders globally. No bison or migrants were spotted in the borderlands this time.

    Until recently, people crossing into Poland from Belarus would send location pins daily to #Grupa_Granica (Border Group), a conglomerate of organizations and activists supporting migrants. In the forest, they would be met by activists who would provide them with hot soup, a change of clothes, a power bank, and a shared sense of despair over the ever-growing securitization of the border.

    The forest seems deserted right now, which may be because it’s still too cold. People who are on the move often get stuck here, sometimes for months. In the winter, the temperatures plummet to double-digits below zero making conditions for survival challenging. This is worsened by the frequency and scale of pushbacks taking place at the borders and the fact that a year ago Poland’s government suspended the right for asylum.

    It is more likely, however, that the absence of people on the move today is a consequence of the deadly border wall. They have most likely rerouted their journeys. Once a much safer route into Europe than crossing the Mediterranean by boat, the Belarus-Poland border has become a poster child for border imperialism.

    According to Researchers on the Border, most people on the move could have been assisted into Poland through asylum integration with the money spent on building the border wall. Instead, the number of pushbacks is much higher than anticipated. Many people are literally thrown back and forth between Poland and Belarus as if they were beach balls.

    The 5.5-meter-high steel wall is topped with concertina wire, which is responsible for the most common injuries to people on the move. The borderland is made up of difficult terrain with swamps, rivers, and fallen-down trees. One wrong step, and someone unfamiliar with the area could get stuck in a swamp.

    Some people die in this way, with their bodies being pulled out of swamps and rivers months or years later. They are often unrecognizable and sometimes unidentifiable. Of the more than 100 documented migrants who have died en route in the forest while attempting to reach Poland, some died from injuries caused directly by the border wall. One of them was Mohammad from Syria.
    April 2023, Poland-Belarus border

    One night in April 2023, Mohammad fell from a wall along the border between Poland and Belarus, which stands five and a half meters tall. He had traveled from Lebanon, where he had been displaced by the Syrian war. Mohammad was a 58-year-old Syrian from Daraa, a key location for the civil uprising that preceded the war, as well as an area devastated by drought.

    He most likely flew to Minsk and was then subjected to what is consistently referred to as the ‘hybrid war’ waged by Alexander Lukashenko’s regime against Europe. Mohammed climbed up the wall while attempting to cross the border between Poland and Belarus, but he got stuck in the barbed wire. He then fell off very close to the village of Stare Masiewo. He had internal injuries from the fall, a broken leg, and a shredded leg from the concertina.

    His case is not extraordinary. Like many millions before him, he left his region in search of a more bearable life and perhaps to reunite with his daughter, who was studying abroad. They reunited when she came to the hospital in Poland where he was already in a coma, dying shortly after. He became the 43rd victim of the border, joining the sad ranks of over 100 known migrants who have died trying to cross into Poland. Several hundred more are still missing.

    Few migrants die like Mohammed, in a hospital while receiving care. Most die alone in the forest. This was the case for 28-year-old Ethiopian woman Mahlet Kassa, whose body was found by Piotr Czaban, a journalist who relentlessly documents the violence on the Poland-Belarus border. Mahlet’s body was found in the forest in February 2023. While she was still alive, her travel companions shared her exact GPS location with the border guards in hopes that they would come to her aid. Instead of receiving help, the group got pushed back into Belarus.

    Many, like Mahlet, are young people. There are also children crossing the border, several hundred every year, most of them unaccompanied. The youngest victim of the Poland-Belarus border was Halikari Dhaker, a 24-week-old Kurdish baby who died stillborn alongside his mother. Halikari is buried in the Muslim cemetery in the nearby village of Bohoniki.

    Mikołaj Grynberg’s book titled “Jezus umarł w Polsce” (“Jesus died in Poland”) captures the early days of the most recent and, for Poland, unprecedented inflow of migrants traveling from outside Europe seeking entry into the EU through the Poland-Belarus border. Similar to Agnieszka Holland’s black-and-white film “Green Border,” Grynberg reads the current ‘migrant crisis’ on the eastern border through the lens of history.

    More specifically, he references the anti-Semitic violence that occurred in these very borderlands some eight decades earlier, when Jewish communities made up the majority of the inhabitants in several villages. Grynberg and Holland, alongside numerous scholars, connect the violence of today’s migration politics on the Poland-Belarus border to its dark history.
    Shifting migration routes in Central and Eastern Europe

    Over the past two decades, Central and Eastern Europe has become a region of emigration, with its citizens predominantly filling low-paying and insecure positions across Western Europe, e.g. as care workers in Germany or fruit pickers in the UK. These mobile workers kept Europe running, even during the global pandemic when their work posed additional risks alongside already fragile working conditions.

    Many work in exploitative conditions that, as scholar Polina Manolova argues, make a “dignified life impossible” in a neoliberal system that feeds on their degradation. This deepens the East-West divide rather than collapsing it, as the entrenched idea persists that “someone has to pick German strawberries” – and that someone is Eastern European. This lays bare the continuity of Eastern European Othering.

    Alongside these outward migration processes, Central and Eastern Europe is now receiving migrants from outside Europe on an unprecedented scale. Thus, the region is becoming one of both emigration and immigration, and in both contexts, migration is racialized. This shift has unfolded amid a growing nod towards authoritarian populist politics. After losing the 2023 elections, the far-right Law and Justice Party (PiS), which ran on an anti-immigrant agenda, was replaced by a new center-right government led by Donald Tusk. This new government has ramped up racist anti-immigrant rhetoric, openly warning of a ‘Muslim invasion’ through the Belarus border.

    From 2021 until recently, the EU’s eastern land border experienced unprecedented movement, with an increase in irregular border crossings exceeding tenfold compared to 2020. This is the same border that people fleeing Russia’s full-scale invasion of Ukraine used. Yet, their refugee status was not questioned, and their journeys were not criminalized when they were perceived as ‘white Eastern Europeans.’

    The idea that Central and Eastern Europe is somehow exempt from scrutiny regarding its role in global racial regimes because it never colonized other regions has long been challenged. The region’s involvement in colonialism and global racial hierarchies has been a key topic in postcolonial and decolonial Eastern European scholarship.

    This year marks the fifth anniversary of the beginning of the ‘border crisis’ in Poland’s eastern borderlands, and, by extension, the eastern border of the European Union. Although people have stopped crossing the Poland-Belarus border for now, the border wall and drones continue to hover loudly through the Białowieża Forest.

    This is indeed a crisis, but not one of people on the move. Rather, it is a crisis of overlapping and intersecting issues – white supremacy, border imperialism, and climate change – that entangle all species, human and nonhuman alike, in a web that makes it difficult to understand how to be human.

    https://berlinergazette.de/lost-in-securitization-migration-race-and-death-at-europes-eastern-b
    #migrations #réfugiés #frontières #border_deaths #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #forêts #Pologne #Biélorussie #solidarité #push-backs #refoulements #violence #murs #barrière_frontalière #borderland #guerre_hybride #Europe_de_l'Est #Bialowieza

    ping @reka

    • Jezus umarł w Polsce

      Tu była cisza spokój, ptaszki śpiewały, aż któregoś dnia zamiast ptaszków usłyszeliśmy dźwięki helikopterów. Potem zaczęło się znajdować buty i ubrania. Potem ludzi.

      Nikt z bohaterek i bohaterów tej książki nie wiedział, co ich czeka, kiedy pierwszy raz zdecydowali się pomóc uchodźcom. Nie wiedzieli, że będą musieli ukrywać się, nie tylko przed służbami państwa, ale również przed swoimi sąsiadami. Że pomaganie nada ich życiu największy sens, ale też odbierze spokój, życie rodzinne, czasami pracę, wypali w nich nieusuwalne emocjonalne piętno. Tymczasem państwo polskie wciąż nie umie zapobiec kryzysowi humanitarnemu na granicy białoruskiej, bo wybiera rozwiązania siłowe zamiast sięgać po systemowe. Konsekwencją tego są dziesiątki ofiar, o których już dzisiaj wiemy i setki, o których dowiemy się w przyszłości.

      Ludzie, których głosy wybrzmiewają w tej książce, wzięli odpowiedzialność za tę sferę, która została porzucona przez państwo. Dzisiaj są obiektami prześladowań, kiedyś będą kolejnym w historii Polski listkiem figowym. Wyznawcy boga, honoru i ojczyzny ich właśnie będą niedługo nosić na sztandarach. By zapomnieć o hańbie polskich służb, im właśnie będą budować pomniki, ale znowu będzie za późno.

      https://wydawnictwoagora.pl/jezus-umarl-w-polsce

      #livre

  • Il caso Leggeri e l’impunità di #Frontex

    Il 2026 è l’anno in cui il mandato dell’agenzia sarà rivisto

    L’indagine su Fabrice Leggeri apre per la prima volta uno spiraglio su un’agenzia che ha fatto dei respingimenti la propria politica. Nel frattempo, però, l’Europa si prepara a darle ancora più poteri.

    Fabrice Leggeri, ex direttore esecutivo di Frontex, è indagato in Francia per complicità in crimini contro l’umanità e tortura. Il 18 marzo, la Corte d’Appello di Parigi ha aperto formalmente l’inchiesta, accogliendo una denuncia presentata due anni prima dalla Ligue des droits de l’homme (LDH) e Utopia 56. Le due organizzazioni lo accusano di aver facilitato, attraverso i suoi agenti, l’intercettazione di imbarcazioni di migranti da parte delle autorità libiche e greche, costruendo una politica volta a ostacolare l’ingresso delle persone migranti in Europa a qualunque prezzo, compreso quello in vite umane.

    Si tratta di un avvenimento inedito: per la prima volta, la giustizia francese esaminerà l’eventuale responsabilità penale di un ex vertice di Frontex in relazione alla strage che ha causato e continua a causare migliaia di morti nel Mediterraneo. Il suo percorso professionale dice molto del clima politico in cui questa storia si inserisce: dopo essersi dimesso dalla direzione dell’agenzia nell’aprile 2022, sotto la pressione di un’indagine interna dell’Agenzia europea antifrode, Leggeri non si è ritirato dalla scena pubblica. Nel giugno 2024 è stato eletto al Parlamento europeo con il Rassemblement National, partito di estrema destra. Leggeri rimane dunque attivo nello spazio politico europeo, contribuendo ancora alla definizione di politiche migratorie restrittive.
    Vent’anni di espansione

    Frontex nasce nel 2004 con un mandato chiaro: aiutare gli stati membri a sorvegliare le frontiere esterne dello spazio Schengen. Attraverso revisioni del mandato, l’agenzia ha progressivamente ampliato il proprio ruolo. La svolta arriva nel 2019: da allora Frontex può operare anche fuori dai confini dell’Unione, in cooperazione con le autorità di paesi terzi, e dispone di un corpo permanente di agenti armati – il cosiddetto Standing Corps – destinato a raggiungere i 10.000 effettivi entro il 2027. A questa espansione corrisponde una crescita vertiginosa delle risorse. Nel 2025 la Commissione europea ha assegnato a Frontex 1,1 miliardi di euro: dieci volte il budget dell’Agenzia europea per l’ambiente. Di questi, 133 milioni sono destinati ai rimpatri e appena 2,5 milioni alle attività relative ai diritti umani, una proporzione che parla da sola.

    I numeri sui rimpatri completano il quadro: nel 2019 Frontex aveva contribuito al trasferimento “volontario” di 155 persone, mentre nel 2024 di 35.637. Questa crescita del 2.181% riflette l’immagine di un’istituzione che ha moltiplicato le proprie competenze e risorse a una velocità che non ha trovato un corrispettivo nei meccanismi di controllo e responsabilità.
    L’agenzia che respinge i diritti

    Gli scandali e le controversie di cui Frontex è protagonista sono soprattutto legati ai pushbacks, i respingimenti, ovvero misure statali volte a costringere rifugiati e migranti ad abbandonare il proprio territorio, negando loro l’accesso alla protezione internazionale.

    Cosa significhi un respingimento nella realtà, lo racconta la storia del palestinese Amjad Naim. Il 13 maggio 2020, Naim era a pochi metri dall’isola di Samos (Grecia) insieme ad altri 30 migranti, quando un elicottero sorvolò l’area. Poco dopo si avvicinò una nave con bandiera greca: uomini con il volto coperto spararono in acqua e distrussero il motore della loro imbarcazione, costringendo il gruppo a salire su due gommoni di salvataggio senza motore. La Guardia costiera greca li trainò fino al confine turco, con l’acqua che filtrava a bordo, poi sganciò la corda lasciandoli soli in mare. Solo ore dopo la Guardia costiera turca li soccorse. Questo è solo uno dei tanti casi che mostrano la collaborazione di Frontex in una pratica contraria al diritto internazionale.

    Nel 2021 Frontex era stata accusata di partecipare a respingimenti anche lungo la rotta balcanica. Diversi migranti hanno dichiarato di aver riconosciuto gli agenti di Frontex grazie alle fasce sul braccio, con le stelle simbolo dell’Unione Europea. Lo stesso accade nel Mediterraneo centrale: secondo Liminal, tra il 2019 e il 2023, Frontex ha collaborato al respingimento verso Libia e Tunisia di almeno 27.288 persone.

    Nel 2022, un gruppo di giornali europei ha pubblicato un’inchiesta che documentava il coinvolgimento di Frontex nel respingimento di circa un migliaio di persone tra Grecia e Turchia tra marzo 2020 e settembre 2021, un dato quasi certamente sottostimato. Questi episodi erano registrati nel database dell’agenzia con la formula “prevenzione della partenza”, ma due funzionari di Frontex e un membro della Guardia costiera greca hanno confermato che dietro quella denominazione si celavano respingimenti illegali. Frontex, così come Leggeri, ha sempre smentito le accuse, senza però fornire spiegazioni convincenti, alimentando l’immagine di un organismo caratterizzato dalla scarsa trasparenza.

    È in questo contesto che Leggeri lascia l’agenzia nell’aprile 2022, dopo sette anni di mandato. Le sue dimissioni vengono presentate lo stesso giorno in cui il consiglio di amministrazione di Frontex avrebbe dovuto discutere una serie di azioni disciplinari, in seguito a un rapporto dell’Agenzia europea antifrode. Questo documentava le responsabilità di Leggeri e di altri vertici in una serie di respingimenti avvenuti in Grecia, individuando comportamenti irregolari nella gestione dei flussi verso l’Europa. La sua linea difensiva, anche in quell’occasione, fu quella della negazione.
    Dopo Leggeri, la stessa rotta

    Dal dicembre 2022 Hans Leijtens prende la guida di Frontex. Nonostante il cambio ai vertici, la linea dell’agenzia rimane immutata. Interrogato sui rapporti con la Guardia costiera libica, Leijtens ha dichiarato: “Non voglio che le persone vengano riportate in Libia ma è l’unico modo in cui possiamo agire”. Una frase che dice molto: l’agenzia riconosce implicitamente cosa accade a chi viene riconsegnato ai libici, ma presenta questa scelta come inevitabile, ignorando gli obblighi che vietano espulsioni verso paesi in cui la vita delle persone è a rischio.

    Anche gli scandali continuano a emergere. Nel luglio 2025 diversi media europei pubblicano una nuova inchiesta che rivela come tra il 2016 e il 2023 Frontex abbia trasmesso illegalmente i dati di oltre 13.000 persone all’Europol, che li consegnava a sua volta alle forze di polizia nazionali. Le informazioni erano state raccolte interrogando i migranti appena arrivati in Europa, in contesti di forte vulnerabilità e senza adeguate tutele giuridiche. Ogni nome citato veniva automaticamente registrato nel database dell’agenzia come persona potenzialmente coinvolta nel traffico di esseri umani. Nella lista figurava persino Helena Maleno, attivista spagnola per i diritti dei migranti, accusata di tratta di esseri umani e favoreggiamento all’immigrazione clandestina e poi assolta. Il Garante europeo della protezione dei dati ha dichiarato la pratica illegale, costringendo Frontex a modificare i propri protocolli.
    La riforma del 2026

    Il 2026 è l’anno in cui il mandato di Frontex sarà rivisto. La Commissione europea ha avviato la procedura nell’estate del 2025 e nei prossimi mesi dovrebbe presentare la proposta al Parlamento e al Consiglio. Il quadro che emerge dai documenti già trapelati e dalle linee guida politiche della Commissione è quello di un’agenzia destinata a essere ulteriormente potenziata: lo Standing Corps dovrebbe crescere da 10.000 a 30.000 effettivi, l’agenzia riceverebbe tecnologie più avanzate per la sorveglianza e un ruolo più esteso nelle deportazioni, inclusa la gestione dei cosiddetti “return hubs”, ovvero centri di detenzione e rimpatrio in paesi terzi.

    È in questo scenario che si inserisce l’indagine su Leggeri. Valutare la responsabilità penale di un ex vertice dell’agenzia è una novità significativa, in un sistema che ha storicamente operato nell’impunità. Ma Leggeri oggi siede al Parlamento Europeo e l’agenzia che ha guidato per sette anni si appresta a ricevere nuovi poteri e nuove risorse. Le morti nel Mediterraneo continuano, così come i respingimenti e la retorica istituzionale che li nasconde o li giustifica. Il caso giudiziario aperto a Parigi pone una domanda precisa: chi risponde delle politiche che hanno contribuito alla morte di oltre 34.000 persone nel Mediterraneo?

    1. Eva Castelletti lavora come Policy and Advocacy Assistant su tematiche migratorie e di politica sociale. È autrice del libro C’è di mezzo il mare (Temperatura Edizioni, 2025: https://www.temperaturaedizioni.com/2025/10/ce-di-mezzo-il-mare-di-eva-castelletti.html), che affronta la cooperazione tra Italia e Libia nel Mediterraneo e le violazioni dei diritti delle persone migranti. Con questa pubblicazione supporta attivamente l’organizzazione Refugees in Libya.

    https://www.meltingpot.org/2026/05/il-caso-leggeri-e-limpunita-di-frontex
    #impunité #Fabrice_Leggeri #réforme #2026 #crimes_contre_l'humanité #procès #justice #responsabilité_pénale #responsabilité #extrême_droite #refoulements #push-backs #Hans_Leijtens #Libye #Europol #Helena_Maleno #Standing_Corps #budget #return_hubs

  • Chypre : nombre record d’expulsions et de retours de migrants en 2025 - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70948/chypre--nombre-record-dexpulsions-et-de-retours-de-migrants-en-2025

    Le camp de réfugiés de Pournara à Kokkinotrimithia, dans la banlieue de Nicosie, à Chypre, le 7 décembre 2023. Crédit : Reuters
    Par La rédaction Publié le : 17/04/2026
    À Chypre, le nombre d’expulsions de migrants a explosé en 2025, pour atteindre plus de 12 000 retours. Le pays renvoie désormais beaucoup plus d’exilés qu’il n’en accueille. Le gouvernement continue de durcir sa politique migratoire afin de réduire le nombre de demandes d’asile déposées ainsi que le nombre de migrants en situation irrégulière sur l’île. En 2025, le nombre d’expulsions et de « retours volontaires » d’exilés a atteint un niveau jamais égalé à Chypre. Au total, 12 029 étrangers ont été expulsés de l’île l’année passée, selon les chiffres donnés par le vice-ministre de la Migration et de l’Asile chypriote Nicholas Ioannides, dans une interview accordée au média local Philenews le 11 avril.
    Dans le détail, le gouvernement a enregistré « 11 610 retours de ressortissants de pays tiers » ("départs volontaires" et expulsions forcées compris) et 419 relocalisations de réfugiés vers d’autres pays de l’Union européenne (UE). Selon Nicholas Ioannides, « 70 % des retours en 2025 concernaient des personnes ayant bénéficié de programmes de ’retour volontaire’ accompagnés ». Au premier trimestre 2026, plus de 2 000 retours ont déjà été recensés, ajoute-t-il. Ces expulsions concernent principalement des exilés originaires de Syrie, puis d’Inde, du Nigeria, du Pakistan, du Népal ou encore du Bangladesh. « Il s’agit du plus grand nombre de rapatriements jamais enregistré par la République de Chypre », se félicite le ministre. Avant d’ajouter : « Nous figurons parmi les trois premiers États membres de l’UE en termes de nombre absolu de retours. »
    Dans le même temps, par rapport à 2022, les arrivées irrégulières ont diminué de 86 % et le nombre de nouvelles demandes d’asile de 87 %, précise-t-il. Selon les données du Service d’asile, qui relève du ministère de l’Intérieur chypriote, 4 600 personnes - dont un quart de Syriens - ont déposé une demande d’asile en 2025 dans la République de Chypre. Alors qu’en 2023, on comptait 10 662 nouvelles demandes d’asile.
    En 2025, le gouvernement chypriote a accordé le statut de réfugié à 470 personnes et la protection subsidiaire à 207. C’est 17 fois moins que le nombre de personnes expulsées. Parallèlement, il a rejeté 9 150 demandes d’asile, ce qui correspond à un taux de rejet de plus de 93 %, parmi l’un des plus élevés d’Europe. Le vice-ministre de la Migration se réjouit également d’avoir pu ramener le nombre de demandes d’asile en attente de traitement à moins de 16 000, contre près de 24 000 en 2024. Le pays connaît en effet depuis plusieurs années un afflux important d’exilés sur son sol, « notamment à cause des régulations en Grèce et de la fermeture de la route des Balkans », expliquait en 2022 Elizabeth Kassinis, responsable du centre pour migrants de Caritas à Nicosie, à InfoMigrants. Résultat : d’abord peu préparées, les autorités se sont retrouvées « débordées » par les demandes d’asile. Rapporté au nombre d’habitants, Chypre détient régulièrement le taux de demandes le plus élevé au sein l’UE. Par exemple, en 2024, 6 800 demandes d’asile y ont été déposées, soit une demande pour 138 habitants.
    En réaction, le gouvernement a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière une de ses grandes priorités, notamment afin de désengorger son système d’asile. Depuis peu, un amendement permet de « retirer le statut de protection subsidiaire aux étrangers qui constituent une menace pour l’ordre public et la sécurité », indique Nicholas Ioannides. Ces derniers mois, les autorités ont aussi largement mis l’accent sur les programmes de « retours volontaires » et ont renforcé leur politique d’expulsion, plutôt que l’accueil. Toujours dans l’optique de « réduire les flux des arrivées irrégulières ».
    Selon le vice-ministre de la Migration, Nicosie poursuit également une surveillance accrue de ses frontières maritimes et de la Ligne verte, cette zone tampon qui sépare la partie nord de l’île, gouvernée par la Turquie, de la partie sud grecque, reconnue par la communauté internationale et membre de l’UE. « Aujourd’hui, 186 000 personnes étrangères résident légalement à Chypre », relève Nicholas Ioannides, sur une population d’un peu plus de 900 000 habitants.
    Le gouvernement chypriote bénéficie aussi de l’appui de l’UE. La Commission européenne a annoncé le 11 novembre 2025 que l’Italie, l’Espagne, la Grèce et Chypre allaient recevoir de l’aide pour répartir ailleurs dans l’Union au moins 30 000 demandeurs d’asile se trouvant actuellement sur leurs sols. La Grèce et Chypre « subissent une forte pression migratoire du fait du niveau disproportionné des arrivées au cours de l’année écoulée », avait alors déclaré la Commission.
    Cette île de la Méditerranée est une porte d’entrée de l’Union européenne pour des milliers de migrants chaque année. Souvent, la plupart des exilés arrivent par avion dans le nord de l’île, la partie turque. Ils tentent ensuite de rejoindre la partie sud, via la zone tampon qui sépare les deux territoires. D’autres, en majorité des migrants syriens, atteignent Chypre après une dangereuse traversée de la mer depuis le Liban. Chypre, l’État le plus à l’est de l’Union européenne (UE) et le plus proche du Moyen-Orient, se trouve en effet à environ 160 km à l’ouest des côtes libanaises ou syriennes. L’île est ainsi devenue une destination privilégiée pour cette population.
    Toutefois, les autorités chypriotes sont régulièrement pointées du doigt pour des cas de refoulements de migrants à la frontière et pour avoir empêché des exilés de traverser la Ligne verte vers la partie sud de l’île. Lors de l’été 2024, la Commission européenne avait rappelé à Chypre son « obligation » à fournir un accès à la procédure d’asile en vertu « du droit d’asile et du respect de la Convention de Genève ». À l’époque, des dizaines de migrants étaient bloqués dans la zone tampon de l’île et étaient empêchés, de fait, de déposer leur demande de protection internationale, contraints à patienter dans ce no man’s land sous une chaleur étouffante, avec pour seuls abris des tentes de l’ONU et des seaux d’eau pour se laver. InfoMigrants s’était rendu sur place pour rencontrer ces exilés bloqués, qui attendaient désespérément de pouvoir, enfin, accéder à leurs droits.
    En septembre 2020, Human Rights Watch (HRW) avait de son côté dénoncé dans un rapport le « pushback » d’environ 200 personnes, réparties sur sept embarcations, en moins de 10 jours. Les migrants étaient partis de Tripoli, au Liban, et s’étaient vu refuser le dépôt de leur demande d’asile, parfois dans la violence, par les autorités chypriotes. Par ailleurs, en octobre 2024, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait condamné Chypre pour l’interception en mer en 2020 de deux Syriens, renvoyés vers le Liban sans avoir la possibilité de demander l’asile. L’institution avait alors rappelé, une nouvelle fois, que ces refoulements sont illégaux au regard du droit international

    #Covid-19#migration#migrant#chypre#UE#sante#droit#expulsion#politiquemigratoire#asile#refoulement#retourvolontaire

  • Bulgaria prigione d’Europa. Continua il “lavoro sporco” in vista del Patto migrazione e asilo

    Il Paese segue il modello ungherese basato su detenzione indiscriminata e respingimenti illegali, facendoli passare per “ingressi impediti” o “allontanamenti volontari”. La prassi repressiva non è più una sperimentazione. Reportage dal centro di detenzione per persone straniere di #Lyubimets, e da quello di “accoglienza” ad #Harmanli

    “Dopo aver passato il confine siamo stati per giorni nel bosco. Eravamo in sei e uno di noi stava male. Poi la polizia ci ha trovati e portati in caserma. Tutti tranne uno, respinto in Turchia”. L’uomo, un cittadino marocchino, racconta con calma a tre attivisti che cosa gli è successo nei giorni precedenti.

    Lo scambio avviene in un centro di detenzione per persone straniere a Lyubimets, una piccola città del Sud della Bulgaria, a 15 chilometri dal confine con la Grecia e a 30 dalla frontiera con la Turchia. Altri quattro connazionali lo ascoltano e annuiscono. Ad agosto 2025 il caldo è torrido e le temperature nella struttura sono elevate. Tutti indossano vestiti bianchi e ciabatte verdi, rotte e anche di tre taglie più piccole, consegnate loro all’arrivo nel posto in cui potrebbero essere rinchiusi in detenzione amministrativa per un tempo indefinito, dopo essere entrati irregolarmente in Bulgaria.

    In mano tengono sacchetti con generi alimentari portati dalle attiviste e attivisti italiani che, dopo controlli meticolosi, riescono a entrare nella struttura per incontrarli. Le visite si svolgono all’angolo dell’ingresso di uno degli edifici, sotto la stretta sorveglianza della polizia che difficilmente concede più di quindici minuti. L’interlocutore ha poco più di quarant’anni, gli altri tra i venti e i trenta: “Ora siamo detenuti qui, ma quando esco vorrei proseguire il mio viaggio”. “Verso Nord o verso Sud?”, risponde scherzando l’attivista. Lui sorride: “Nord”.

    Non sarà un viaggio facile. A giugno entra in vigore il nuovo Patto sulla migrazione e l’asilo che prevede un’accelerazione drastica delle procedure di asilo alle frontiere esterne dell’Ue. In attesa delle nuove norme, alcuni Paesi di frontiera stanno già forzando l’attuale sistema comune di asilo, anticipando di fatto il Patto. È successo all’Italia con i centri costruiti in Albania. Accade anche in Bulgaria, dove il trattenimento e i respingimenti sono da tempo al centro della strategia di repressione del fenomeno migratorio. Diverse organizzazioni denunciano come le procedure non rispettino gli standard. Eppure, nonostante regni l’arbitrarietà, il Paese non viene sanzionato dall’Ue, com’è stato per l’Ungheria di Viktor Orbán.

    La gestione delle migrazioni in Bulgaria si muove sul crinale tra legale e illegale, trattando casi simili in modo diverso perché gestiti in modo arbitrario. Oltre alla violazione del diritto d’asilo, queste politiche peggiorano molto le condizioni di vita delle persone: dal respingimento illegale ai problemi igienico-sanitari nei centri, fino alle violenze subite sia nelle zone di confine che nelle strutture del Paese.

    I centri di detenzione per persone migranti, chiamati “special home for temporary accommodation of foreigners” (Shtaf), sono due. Uno è proprio a Lyubimets, dove il filo spinato e alcune torri di controllo circondano la struttura che può arrivare a contenere fino a 660 persone. Ci entrano spesso attivisti e attiviste del Collettivo rotte balcaniche e No name kitchen, che da tempo lavorano sul campo.

    L’altro centro è a #Busmantsi, nella periferia Est di Sofia, e conta 400 posti. Sebbene concepiti come centri di pre-espulsione, gli Shtaf vengono utilizzati anche per la detenzione di persone migranti che non hanno presentato domanda di asilo nelle caserme di confine dove vengono portate per l’identificazione. Secondo l’organizzazione non governativa per i diritti umani Bulgarian Helsinski committee (Bhc) la ragione più comune delle domande di asilo tardive è la mancanza di servizi di interpretariato adeguati. In altre parole, di fronte alla polizia di frontiera i migranti non sarebbero in condizione di capire e quindi tutelare i propri diritti.

    Spesso i detenuti non conoscono il motivo del loro trattenimento e contattare un avvocato non è semplice perché dipende dal buon cuore del funzionario di turno. Il Comitato per la prevenzione della tortura del Consiglio d’Europa (Cpt), nel report sull’ispezione dei luoghi di detenzione per persone straniere in Bulgaria del 2024 ha riportato come, tra le autorità responsabili, sembra ci sia una presunta interpretazione errata delle norme. Infatti, nonostante la legge stabilisca che un richiedente asilo debba essere rilasciato entro sei giorni dall’avvio della sua domanda, la delegazione ha incontrato nei luoghi persone trattenute oltre il tempo prestabilito. Nel rapporto, infatti, si legge che “entrambi gli Shtaf ospitavano richiedenti asilo che vi si trovavano da più di sei giorni. Parte del personale sembrava interpretare la disposizione nel senso che il trasferimento fosse richiesto solo una volta approvata la domanda di asilo”.

    A Busmantsi è stato trattenuto per ben 19 mesi un uomo che chiamiamo Ali, di cui teniamo anonima l’identità per sicurezza. Il suo percorso migratorio è tortuoso, fatto di numerosi e continui tentativi, di cui molti finiti con respingimenti e detenzione. Dopo essere fuggito dalla Siria ha vissuto qualche anno in Turchia, prima di decidere di proseguire il suo viaggio verso l’Europa passando per la Bulgaria, dove è stato privato della libertà per oltre un anno e mezzo. Oggi vive in Olanda dove ha inoltrato una nuova domanda di asilo.

    Ogni giorno parla con la sua famiglia attraverso i social, dalla sua stanza in una struttura per l’accoglienza nei Paesi Bassi. La stessa dalla quale parla delle condizioni degradanti in cui ha vissuto a lungo in Bulgaria: “Eravamo 60 persone in una stanza. I materassi erano pieni di insetti e di notte non potevamo andare in bagno. Le persone erano costrette a fare i propri bisogni lì, in un angolo”.

    Prima del suo arresto Ali ha attraversato la frontiera tra Bulgaria e Turchia più volte. La rotta che ha percorso attraversa i boschi che ricoprono i monti Strandzha e Sakar, dove il confine è segnato da una recinzione lunga circa 200 chilometri. Una volta oltrepassata si è costretti a camminare nella foresta per giorni. È un luogo inospitale, soprattutto d’inverno, in cui si rischia la vita per congelamento oltre che per disidratazione o malnutrizione.

    Percorrendo in auto le lunghe strade nell’area vicina alla frontiera, costeggiate da alberi alti, non si incontrano molte altre macchine. La maggior parte dei mezzi in circolazione sono i Defender della polizia di frontiera bulgara: negli ultimi anni i controlli sono stati irrigiditi. In particolare dal 2025, anno in cui il Paese è entrato nell’area Schengen, l’area è pattugliata anche dagli agenti di Frontex. Se chi migra sopravvive al bosco, c’è il pericolo che venga fermato dalla polizia di frontiera e venga respinto illegalmente. Così è successo ad Ali tre volte, prima di riuscire a rimanere sul territorio bulgaro: “Ho camminato nel bosco per sette giorni, ero insieme ad altre 40 persone. Molti di noi sono stati arrestati e solo dopo giorni sono riuscito a scoprire che la mia famiglia era stata respinta”. Tuttora i suoi familiari sono bloccati in Turchia.

    “Le persone vengono respinte verso il Paese da cui sono entrati senza procedure formali di rimpatrio o riammissione”, spiega Iliana Savova, direttrice del programma legale per rifugiati e migranti del Bhc. Questa pratica, documentata da tempo, viene negata dal governo bulgaro che con un escamotage dialettico parla di “ingressi impediti”. Secondo i dati resi pubblici da Sofia, nel 2024 sarebbero stati 52.534. Nello stesso anno il Bhc ha registrato 43.282 casi di respingimenti illegali, dimostrando che quelli definiti come ingressi impediti coincidano nei numeri e quindi siano, in realtà, veri e propri pushback.

    Benché il flusso verso il Paese sia diminuito, il tasso degli arresti in Bulgaria è alto: “La percentuale di migranti irregolari arrestati al confine con la Turchia è aumentata del 41% (tra il 2023 e il 2024, ndr). Dal 2014, per dieci anni consecutivi, queste percentuali sono state basse […] poiché la maggior parte di coloro che cercavano di entrare è stata respinta”, sottolinea l’associazione, citando dati del ministero dell’interno bulgaro, a oggi tuttavia non disponibili.

    I dati sull’aumento degli arresti, se letti contestualmente alla diminuzione dei respingimenti, vanno delineando un diverso approccio da parte delle autorità bulgare in linea con la volontà di confinamento dei richiedenti asilo ai margini del continente. Proprio come sancito dal Patto migrazioni e asilo. Questa strategia spiegherebbe anche l’allargamento del centro di Lyubimets, che non troverebbe giustificazione nei numeri degli ingressi.

    Dopo la visita alle persone detenute, gli attivisti e le attiviste recuperano i propri documenti, lasciati ai funzionari prima dell’ingresso. L’enorme portone telecomandato si apre e, una volta usciti dallo Shtaf, la prima cosa che appare è una porta identica a quella appena lasciata alle spalle. Proprio lì, infatti, sta sorgendo un nuovo complesso, accanto a quello esistente. L’area è già avvolta dal muretto bianco e da più linee di filo spinato. Dall’altra parte del muro una dozzina di container sono pronti a ospitare oltre 500 persone, numero che quasi raddoppierebbe le cifre della struttura oggi attiva. Con l’entrata in vigore del Patto si capirà quanto un piccolo centro del Sud della Bulgaria potrà essere strategico nell’imporre le nuove politiche europee sui migranti.

    https://altreconomia.it/bulgaria-prigione-deuropa-continua-il-lavoro-sporco-in-vista-del-patto-
    #Bulgarie #migrations #réfugiés #frontières #refoulements #push-backs #rétention #détention_administrative #special_home_for_temporary_accommodation_of_foreigners (#Shtaf)

  • En 2025, 80 000 migrants ont été refoulés aux frontières extérieures de l’UE, moins qu’en 2024 - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70036/en-2025-80-000-migrants-ont-ete-refoules-aux-frontieres-exterieures-de

    En 2025, 80 000 migrants ont été refoulés aux frontières extérieures de l’UE, moins qu’en 2024
    Par Romain Philips Publié le : 03/03/2026
    Selon un rapport d’une coalition d’ONG européennes, plus de 80 000 refoulements ont eu lieu aux frontières extérieures de l’Union européenne durant l’année 2025. Un chiffre en baisse de 34 % par rapport à 2024, lié, selon les associations aux interceptions des migrants avant leur arrivée aux frontières de l’UE - comme par exemple les arrestations d’exilés en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens."Ils nous ont jetés dans le fleuve à trois heures du matin. Il y avait des enfants avec nous d’une dizaine d’années. Je les ai vus jetés dans le fleuve, blessés et déjà transis de froid". Ce témoignage est celui d’un Egyptien de 21 ans qui raconte son « pushback » - un refoulement à la frontière sans laisser à la personne concernée la possibilité de demander l’asile - et celui des 39 membres de son groupe, dont 12 mineurs, à la frontière entre la Bosnie et la Croatie, sur la route des Balkans.
    Il est issu du rapport d’une coalition d’organisations européennes qui, chaque année, documente l’ampleur des refoulements opérés aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE). Selon ce document, en 2025, au moins 80 865 refoulements ont eu lieu aux frontières extérieures de l’Union européenne.Un chiffre en baisse de 34 % par rapport à l’année dernière. En 2024, la coalition d’ONG avait recensé plus de 120 000 refoulements aux frontières de l’UE.
    Une baisse liée à l’externalisation et la gestion des migrations
    Les ONG estiment que cette baisse est liée à l’augmentation des interceptions avant l’arrivée des migrants aux frontières européennes. Elles citent notamment l’augmentation des interceptions en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens. « Au moins 26 635 personnes ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye en 2025, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2024, 21 762 personnes avaient été interceptées en mer et ramenées en Libye. En 2023, elles étaient 17 190 », note le rapport. Ce nombre d’interceptions montre que l’UE « met fortement l’accent sur l’externalisation et la gestion des migrations par le biais d’accords avec des pays tiers », ajoute le document qui évoque le « nouveau Pacte sur la migration et l’asile ».
    Devant entrée en vigueur en juin 2026, ce Pacte asile et migration prévoit en effet de nombreuses mesures pour durcir la politique migratoire et externaliser les demandes d’asile. Il propose notamment la possibilité pour les pays de l’UE d’ouvrir des centres de retour – appelés « hubs de retour » – dans des pays hors des frontières de l’UE où seraient envoyés les migrants déboutés de l’asile. Ou encore le renvoi des demandeurs d’asile vers des pays tiers « sûrs » mais avec lesquels le demandeur n’a aucun lien.
    Interrogée par InfoMigrants, la Commission européenne estime que « le Pacte sur la migration et l’asile constitue une réforme majeure qui établit un cadre juridique solide pour une gestion des migrations plus juste et plus efficace » et que l’UE, « avec les États membres », « intensifiera ses efforts pour accroître la coopération » avec les partenaires internationaux, « dans le plein respect des droits et obligations fondamentaux en vertu du droit international ».
    Et sur le dossier libyen, elle rappelle qu’il « est impératif de poursuivre les efforts pour aider la Libye à mettre en place un système de gouvernance et de gestion des migrations global et fondé sur les droits, ainsi que pour renforcer les capacités des acteurs libyens concernés afin de sauver des vies et de lutter contre les réseaux de passeurs qui exploitent le désespoir des populations ». Et d’ajouter : « Pour améliorer la situation sur le terrain, il est nécessaire de poursuivre le dialogue avec les autorités libyennes afin d’améliorer les conditions humanitaires des migrants et d’éviter les décès en mer et dans le désert ».
    Malgré la baisse des pushbacks en un an, les ONG restent sur le qui-vive. « Les refoulements aux frontières extérieures de l’Europe sont devenus une pratique courante dans les États membres de l’Union européenne (UE) ». Et « la constance de ces pratiques indique qu’elles sont devenues une composante systématique de la politique migratoire de l’UE ». Ces méthodes de refoulement systématique aux frontières sont pourtant illégales au regard du droit international. Le « principe de non-refoulement » est inscrit dans l’article 33 de la Convention de Genève sur le droit des réfugiés. Il est aussi spécifié dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la CEDH. Cette législation notifie qu’avant toute décision de retour, un examen spécifique des situations des migrants (comme la demande d’asile) doit être effectué et qu’aucune mesure d’expulsion générale ne peut être prise.
    Plus de 120 000 refoulements de migrants aux frontières de l’UE en 2024, selon un rapport de plusieurs ONG Selon le document, la majorité des refoulements ont lieu aux frontières terrestres de l’Union européenne, en particulier sur la route des Balkans. Citant des chiffres issus des rapports d’ONG, de groupes de recherche, des organisations de l’ONU et de données des services gouvernementaux, il note que la plupart des refoulements ont été opérés par la Pologne, la Bulgarie et la Lettonie. Ces pays ont, respectivement, refoulés 14 754, 13 568 et 12 046 personnes, selon le rapport. À noter qu’une personne peut avoir été refoulée plusieurs fois.
    Ces dernières années, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages faisant état de ces « pushbacks ». « J’ai tenté 9 fois de franchir la frontière. Certains agents cassent nos téléphones, frappent ou nous asperge de gaz dans les yeux », racontait Azzedine, un Soudanais refoulé à la frontière polonaise en mai 2024.La Grèce est également mentionnée dans le rapport comme ayant refoulé près de 6 000 migrants en 2025. Depuis des années, Athènes est accusée de « pushbacks » violents en mer Égée et près du fleuve Evros. Le pays a d’ailleurs été condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans une affaire de refoulement de demandeurs d’asile. La requérante, une Turque, avait été expulsée le jour-même de son arrivée en Grèce vers la Turquie - puis arrêtée et emprisonnée par les autorités turques. La CEDH a condamné la Grèce à lui verser 20 000 euros.En 2023, dans un rapport, le Conseil grec des réfugiés (GCR) estimait déjà que les « pushbacks de migrants étaient organisés et massifs ». « Les personnes racontent qu’il y a des personnes cagoulées et habillées en noir, qui, dans la nuit, les arrêtent et les repoussent de diverses façons vers la Turquie », détaillait à InfoMigrants Lefteris Papagiannakis, le directeur du GCR. Il estimait notamment que « la violence fait partie du pushback ». « Le but est de faire peur aux gens. Il y a un message qui est envoyé aux personnes qui veulent venir en Grèce : ’Ne venez pas, vous risquez d’être repoussés violemment’. Le message indirect est très, très clair. » "Les gardes-côtes nous ont demandé de leur donner notre bidon d’essence. Puis, ils nous ont lancés une corde. Nous pensions qu’ils nous dirigeaient vers Lesbos mais en fait ils nous ont emmenés en plein milieu de la mer. Ils nous ont laissés là et sont repartis", racontait en 2020 à InfoMigrants Samuel*. Ce migrant avait été repéré dans la nuit par la marine grecque alors que son embarcation approchait de l’île de Lesbos. Sur ce point, la Commission européenne rappelle « qu’il appartient aux États membres de gérer et de protéger leurs frontières extérieures » et donc « qu’il incombe aux États membres d’enquêter sur toute allégation d’irrégularités » à leurs frontières.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#grece#refoulement#frontiere#asile#droit#sante#politiquemigratoire

  • #Droits_fondamentaux : la #CJUE rappelle les obligations de #Frontex

    Le 18 décembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu une décision importante en estimant que l’agence Frontex pouvait être tenue responsable de violations des droits fondamentaux lors d’opérations de retour de migrants. Cette décision concerne le refoulement d’une famille kurde syrienne entre la #Grèce et la #Turquie. Quels sont les faits à l’origine de cette affaire et pour quelles raisons a-t-elle été portée devant la #Cour_de_justice_de_l’Union_européenne ?

    Oui, c’est une affaire qui remonte à 2016. Il s’agit de deux parents kurdes syriens et de leurs quatre enfants, qui arrivent en Grèce, sur l’île de Milos, après avoir fui la Syrie. Très vite, ils expriment leur volonté de demander l’asile, ce qui est un droit fondamental garanti par le droit européen et international. Mais au lieu d’être intégrée dans une procédure d’asile, la famille est transférée quelques jours plus tard dans un avion et renvoyée vers la Turquie, dans le cadre d’une opération coordonnée par Frontex avec les autorités grecques. Le problème, c’est que ce renvoi est illégal. Il viole le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer des personnes vers un pays où elles risquent des persécutions ou un renvoi vers leur pays d’origine. La famille, craignant d’être renvoyée en Syrie depuis la Turquie, a ensuite fui vers l’Irak. Elle a donc saisi la justice européenne pour demander réparation.

    Dans un premier temps, la justice européenne avait pourtant donné raison à Frontex. Qu’est-ce qui a changé avec la décision de la Cour de justice ?

    Effectivement, en 2023, le Tribunal de l’Union européenne avait rejeté le recours de la famille. Il estimait que Frontex n’était qu’un acteur technique, chargé d’un simple soutien logistique, et qu’elle ne pouvait pas être tenue responsable des décisions prises par la Grèce. Mais la Cour de justice de l’UE, qui est l’instance supérieure, n’est pas du tout d’accord avec cette lecture. Elle dit clairement que le rôle de Frontex ne se limite pas à “aider” les États membres. Selon la Cour, le droit de l’Union impose à Frontex de véritables obligations en matière de protection des droits fondamentaux, y compris lors des opérations de retour. Autrement dit, si Frontex participe à une opération illégale, sa responsabilité peut être engagée, au même titre que celle de l’État concerné.

    Concrètement, qu’est-ce que la Cour reproche à Frontex dans cette affaire ?

    La Cour reproche surtout à Frontex de ne pas avoir vérifié si les conditions légales du renvoi étaient réunies. Par exemple, les juges insistent sur l’importance de décisions de retour écrites et individuelles, qui permettent de s’assurer que chaque personne renvoyée ne risque pas une violation de ses droits fondamentaux. En participant à un vol de retour sans s’assurer que ces garanties existaient, Frontex a manqué à ses obligations. La Cour dit aussi quelque chose de très important : des violations des droits fondamentaux commises pendant un vol de retour peuvent relever à la fois de la responsabilité de l’État membre et de celle de Frontex. C’est une rupture nette avec l’idée selon laquelle l’agence serait juridiquement “intouchable”.

    Est-ce que cette décision peut avoir un impact plus large sur la politique migratoire européenne ?

    Oui, clairement. C’est une décision de principe, qui va bien au-delà de cette seule famille. Frontex est déployée dans de nombreux pays européens où des refoulements illégaux, les fameux pushbacks, sont régulièrement dénoncés par les ONG. Avec cet arrêt, la Cour envoie un message très clair : la protection des frontières ne peut pas se faire au détriment des droits fondamentaux. Frontex devra désormais être beaucoup plus vigilante, au risque d’engager sa responsabilité juridique. L’affaire est d’ailleurs renvoyée devant le Tribunal de l’UE, qui devra réexaminer la demande de dommages et intérêts de la famille. Mais surtout, cette décision renforce le contrôle judiciaire sur l’action de Frontex et rappelle que, même en matière migratoire, l’État de droit ne s’arrête pas aux frontières de l’Union.

    https://euradio.fr/emission/2JLj-leurope-un-ecrin-de-droits/PE1v-droits-fondamentaux-la-cjue-rappelle-les-obligations-de-frontex
    #justice #migrations #réfugiés #frontières #push-back #refoulements #condamnation
    ping @reka

  • "Blocus maritime" pour les migrants : l’#Italie rétablit l’interdiction pour les ONG d’entrer dans ses eaux territoriales

    Le Conseil des ministres italien a approuvé mercredi un projet de loi durcissant les règles sur l’immigration. Parmi elles, instaurer un « #blocus_maritime » pour empêcher les ONG en mer Méditerranée d’amener un trop grand nombre de migrants en Italie, rouvrir les centres pour demandeurs d’asile en Albanie et faciliter les expulsions.

    « Les #frontières de l’Italie sont les frontières de l’Europe. Les défendre est un devoir », a écrit sur X le ministre de l’Intérieur, #Matteo_Piantedosi, à l’issue de l’adoption mercredi 11 février d’un projet de loi sur l’immigration qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer « en cas de #menace_grave pour l’#ordre_public ou la #sécurité_nationale ».

    « Ce blocus maritime est une promesse tenue », s’est félicitée la Première ministre d’extrême droite #Giorgia_Meloni. « À tous ceux qui disaient que c’était impossible, je tiens à rappeler que rien n’est véritablement impossible pour ceux qui sont déterminés à agir ».

    Les médias italiens ont détaillé ce #projet_de_loi. « Sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux #eaux_territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrit le journal La Repubblica.

    « Le refoulement collectif de personnes en haute mer est interdit par la Charte des droits fondamentaux de l’UE »

    Quatre critères seront pris en compte par les autorités italiennes pour leur interdire l’entrée dans leurs eaux territoriales : s’assurer de ne pas avoir « un risque concret d’actes terroristes ou d’infiltration terroriste sur le territoire national », « une #pression_migratoire exceptionnelle susceptible de compromettre la gestion sûre des frontières », « des urgences sanitaires de portée internationale » (comme des épidémies) et « des événements internationaux de haut niveau exigeant l’adoption de mesures de sécurité extraordinaires ».

    Les navires d’ONG qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des #amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », continue le journal italien.

    SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les #navires_humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».

    « Le #refoulement_collectif de personnes en haute mer est interdit à la fois par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et par toutes les conventions internationales », a déclaré de son côté Silvia Albano, une juge spécialisée dans les questions d’immigration très en vue à Rome. Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui.

    Relancer les centres pour demandeurs d’asile en Albanie

    Si le texte est entériné par le Parlement (sans être modifié), cet article 2 du projet de loi pourra également permettre de relancer une mesure phare très controversée : l’#externalisation des demandeurs d’asile interceptés en mer dans des centres en #Albanie. Le gouvernement de Meloni poursuit donc ses efforts pour rouvrir ces dits centres - qui existent depuis octobre 2024 - mais qui n’ont hébergé pendant près d’un an que quelques dizaines de migrants expulsables (et en attente de leur éloignement).

    Pour rappel, Giorgia Meloni et son homologue albanais, Edi Rama, avaient signé fin 2023 un accord en vue d’envoyer les migrants arrivés par la mer en Albanie pour traiter leurs demandes d’asile - un projet d’externalisation qui n’a finalement pas eu lieu en raison de nombreux recours devant la justice.

    Pour lutter contre l’immigration irrégulière, le gouvernement de la Première ministre italienne a aussi signé des #accords avec des pays d’Afrique du Nord. Dont un controversé avec la #Libye pour intercepter les canots de migrants en mer Méditerranée dès leur départ des côtes libyennes.

    Depuis 2022, Rome a aussi criminalisé les activités des ONG en mer notamment via le décret Piantedosi, du nom du ministre de l’Intérieur italien. Devenu loi, le texte a introduit une série de nouvelles mesures qui régissent les activités des navires de #sauvetage en #Méditerranée. En cas de manquements à ce décret, les ONG s’exposaient déjà à de lourdes sanctions.

    #Droit_d'asile : le recours n’empêche pas une expulsion

    L’actuel projet de loi ne s’attaque pas qu’aux activités maritimes des ONG, les articles 3 et 4 se penchent sur les cas des expulsions. De nouvelles dispositions visent à élargir les condamnations dans lesquels un juge italien peut ordonner un éloignement forcé. Désormais, un étranger pourra être expulsé s’il a été condamné pour « violences ou menaces et résistance à l’encontre d’un agent public, atteintes à l’ordre public, aux personnes, aux biens et à la famille », ainsi que « participation à des émeutes ou à des actes de violence dans les centres de rétention administrative ».

    Le texte propose également des restrictions pour le #regroupement_familial, une révision du système d’accueil et des conditions de détention dans les centres de rétention administrative. Il restreint également le droit d’asile : en cas de rejet en première instance d’un dossier de protection internationale, le recours en appel n’empêche ni l’expulsion ni la détention dans un pays tiers.

    Giorgia Meloni peut aujourd’hui compter sur le soutien de l’Union européenne, depuis la nouvelle législation européenne sur le droit d’asile : mardi 10 février, le Parlement européen a adopté deux textes phares durcissant la politique migratoire. Ils permettront notamment aux États membres de renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays dont ils ne sont pas originaires, mais que l’Europe considère comme « sûrs ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/69800/blocus-maritime-pour-les-migrants--litalie-retablit-linterdiction-pour
    #migrations #réfugiés #blocco_navale

  • Vous croyez toujours que le fait de ne pas fumer vous place parmi ceux sélectionnés pour le côté des survivants ?

    https://www.youtube.com/watch?v=ss0jLHvMO20

    Le capitalisme de la phase impérialiste finit par ne plus seulement détruire des vies humaines dans le contexte de sa qiête de réduction du coût de la production mais étend sa consommation anthropophage au domaine de la réproduction. Malbouffe, surtravail et soins médicaux constituent désormais le triamgle infernal de la transformation de vies et corps humains en profit.

    Le féminisme ne vas d’ailleurs pas assez loin dans ses revendications de justice. En exigeant que soit rémunéré le travail à domicil il manque à s’intéresser à la base fondamentale de toute production de valeur.

    Dans la logique capitaliste la mère porteuse est la source de la valeur de l’être qu’elle met au monde.

    Du point de vue des grands propriétaires de moyens de production et de capital en général nous autres vivons dans une porcherie-abattoir où nous produisons la plus-value qui leur appartient comme la bête humaine qui la pond.

    Merci @kassem pour ce lien extrêmement important : How the Tobacco Industry Drove Rise of Ultra-Processed Foods | Research UC Berkeley
    https://vcresearch.berkeley.edu/news/how-tobacco-industry-drove-rise-ultra-processed-foods
    dans
    https://seenthis.net/messages/1157143

    n the early 1960s, R.J. Reynolds, one of the largest and most profitable tobacco companies in the U.S. at the time, wanted to diversify its business. Its marketing strategies had been highly successful in selling its top brands, like Camel, Winston and Salem cigarettes, and executives thought, Why not apply the same strategies to, say, the food industry?

    So in 1963, R.J. Reynolds acquired Hawaiian Punch. It marked the beginning of the tobacco industry’s entry into the food sector.

    In the following decades, R.J. Reynolds and Philip Morris expanded aggressively into the food industry, acquiring major brands, like Del Monte, Nabisco, General Foods, Kraft and 7UP, where they produced hyperpalatable, chemically-engineered foods now known as ultra-processed foods, or UPFs. These products were marketed especially to children and other vulnerable groups.

    In Berkeley Talks episode 229, Laura Schmidt, a professor of health policy in the School of Medicine at UC San Francisco, discusses how ultra-processed foods — like cookies, sodas, instant noodles, fish sticks and cereals — are a direct legacy of the tobacco industry, and are responsible for a dramatic rise in obesity, diabetes and other chronic diseases across the country.

    “About 60% of the calories in Americans’ diets are from ultra-processed foods,” says Schmidt, who spoke at a UC Berkeley event in May. “In the mid-’80s, when we see ultra-processed foods starting to scale up in the American food supply, we also see obesity starting to really rise. That is the moment when some of the largest food companies are owned by tobacco companies.”

    This talk took place on May 5, 2025, and was co-sponsored by the Berkeley Food Institute (BFI) and Berkeley Public Health. It was moderated by Isabel Madzorera, an assistant professor in food, nutrition and population health at Berkeley Public Health and co-faculty director at the Berkeley Food Institute.

    Vidéo de l’entretien
    https://www.youtube.com/watch?v=K_FMFJ7JsJs

    Transcription fd l’entretien

    https://news.berkeley.edu/2025/06/27/berkeley-talks-ultra-processed-foods

    Berkeley Talks: How the tobacco industry drove the rise of ultra-processed foods - Berkeley News
    Public Affairs
    43 - 55 minutes

    (Music: “No One Is Perfect” by HoliznaCC0)

    Anne Brice (intro): This is Berkeley Talks, a UC Berkeley News podcast from the Office of Communications and Public Affairs that features lectures and conversations at Berkeley. You can follow Berkeley Talks wherever you listen to your podcasts. We’re also on YouTube @BerkeleyNews. New episodes come out every other Friday. You can find all of our podcast episodes, with transcripts and photos, on UC Berkeley News at news.berkeley.edu/podcasts.

    (Music fades out)

    Isabel Madzorera: Thank you. So welcome everyone. Thank you for joining this webinar. Really interesting discussion and really excited to see all of you on this Zoom call. So we have about 140-plus people joining the webinar, so really good group. And we are really excited to talk about “The New Tobacco? A Discussion About Ultra-Processed Foods.” My name is Isabel Madzorera. I’m an assistant professor in food, nutrition and population health with the Berkeley School of Public Health. I’m also a co-faculty director at the Berkeley Food, sorry, at the Berkeley Food Institute, BFI for short. I’m pleased to be the moderator for today’s session on this webinar. The webinar is co-sponsored by the School of Public Health.

    Today’s webinar is part of BFI’s Spring Lunch and Learn Webinar Series where we share and highlight food and farm systems research, particularly research that addresses current food policy issues and helps us to advance just and sustainable farm and food systems. Before we dive into today’s webinar, some housekeeping items. Firstly, audience members are encouraged to submit their questions in the Q&A at the bottom of your screen. So if you look at the bottom of your screen, you will see a Q&A section. If you could type your questions there and we’ll be looking through throughout the presentation and reading through your questions at the end. Also, feel free to drop in your questions throughout the presentation.

    There’s no need to wait until the very end. Following today’s presentation and discussion, we’ll also have time for you to … We’ll also have time to discuss your questions that you would’ve raised throughout the webinar. As a reminder, all BFI webinars are uploaded into the BFI website under the events page. So if you want to go back and look at them later, you’ll be able to do that. You can also find webinar recordings on our YouTube channel. Today’s discussion will focus on the latest research on ultra-processed foods. A topic of increasing public health interest in policy circles and in the media as a rising concerns about ultra-processed food impacts on health.

    Ultra-processed foods are chemically formulated foods that typically rely on high levels of fat, sugar, sodium, and/or carbohydrates to trigger the brain’s reward system. They encourage excessive eating, making them hyper-palatable, or we call them HPF foods. A growing body of health research suggests that ultra-processed may be the new tobacco when looking at health impacts in the United States, including increased of diabetes, cancer risk and diet-related disease outcomes. Our speaker from the California Department of Public Health will not be able to join us today as the state’s recommendations on ultra-processed foods are still under review.

    However, we will likely have a second webinar on this topic, including a discussion of the state’s policy efforts in this space later in the fall. So keep your eyes and your ears ready to hear about that as things progress. We’ll announce those details in the forthcoming BFI newsletter.

    Today I’m pleased to introduce Dr. Laura Schmidt, who is a professor of health policy in the School of Medicine at the University of California at San Francisco. She’s the presenter for today’s webinar. She holds a joint appointment in the Philip R. Lee Institute of Health for Health Policy Studies and the Department of Humanities and Social Sciences.

    Dr. Schmidt seeks to understand how changing lifestyles are contributing to the rising rates of chronic diseases across the globe and what to do about it. Her work explores the growing pressures of globalizing economies, rising inequities, and marketization of products that undermine our health. She works directly with policymakers to craft and implement evidence-based policies that reduce the consumption of ultra-processed foods. I’ll start briefly by having a quick introduction to this topic and then I’ll hand over to Dr. Schmidt to proceed with the presentation. So I will talk very briefly about ultra-processed foods and their definitions as part of my introduction.

    Isabel Madzorera: My apologies for the multiple slides. Can you all see my slides?

    Laura Schmidt: Yes.

    Isabel Madzorera: Thank you. Sorry for that. It’s not full. So briefly, ultra-processed foods are under the category of processed food. So processing itself is not a new phenomenon, but has been occurring over time. But this is just an example of the extent of processing and how it can vary from food to food. So there are commonly, when we think about ways to classify ultra-processed foods, there’s several that are currently available. We just wanted to give you an example of one such guideline or one such classification, which is the NOVA classification for ultra-processed food. This is based off of research developed by Dr. Carlos Monteiro at the University of Sao Paulo in Brazil.

    So basically this classifies foods into four food groups. The first group is unprocessed or minimally processed foods. These are foods that are just minimally processed in terms of maybe grinding, crushing, things like that and the natural foods like beans, rice and others like that. And then the second group is the processed culinary ingredients that are added to foods, but are rarely consumed by themselves. So the salt, the sugars and the oils that are added to food. The third category is the processed foods, this is where processing is done by adding salt, sugar or other substances from group two to group one foods.

    For example, pickles and jams would fall into this category. The fourth category is what really term ultra-processed foods according to this classification. And it really includes foods that are formulations of ingredients, mostly exclusive, sorry, industrial use and typically created by a number of industrial techniques and processes. So really undergoing a lot of processes to get at what we term ultra-processed foods. So just a quick example of some foods that are classified under this group four of ultra-processed foods. As you can see there, foods that include sugar sweetened beverages, some of the cereal grains, and some of the fast foods that we are used to.

    Just to give a brief overview in terms of the two sides of the coin, there are some pros and cons, but some of the issues around consumption of ultra-processed foods are really driven by demand, rising incomes particularly globally, as well as supply side issues related to media advertising and so forth. This is just to highlight some of the key ingredients of ultra-processed foods that we think might be related to poor health outcomes. And I will hand over to the main speaker for today. I’ll stop sharing my slides and allow her to commence today’s presentation. Thank you.

    Laura Schmidt: Thanks Isabel. Let me try to pull up my slides. So great to be here and to tell you a little bit about what we’re finding around the ties between the tobacco and the ultra-processed food industries. I want to challenge you to think about ultra-processed foods through the lens of tobacco executives today, and I think it gives us a really new perspective on what’s going on with ultra-processed foods in our market today.

    First of all, the question of the topic of today: The New Tobacco? Are ultra-processed foods actually a new tobacco? I’m going to argue that they’re actually a legacy of the tobacco industry. And the second thing I want to talk about is the relationships between the tobacco, alcohol and ultra-processed food industries.

    We tend to treat these product lines as very distinct, and I’m going to argue that at least from the standpoint of the people who make this stuff, they would be arguing that they’re all in one big industry best described as the consumer packaged good industry. And then finally, I’m going to put out in a hypothesis that is driving a lot of my work these days. And the hypothesis is that when tobacco and alcohol and ultra-processed food companies come together and work together in the same firms, they tend to wind up making products that are more harmful to people. And so just keep that in your mind as I flip through my slides today. So I also want to call attention to the main source of data for the work that I’m going to present today.

    It comes out of the UCSF industry documents library. Originally, you’ll see here in the upper left-hand corner, we’re really driving the conversation around commercial determinants of health at UCSF, and we’re doing that through this archive. The tobacco documents, we have about 16 million tobacco documents from the largest producers of cigarettes, Philip Morris and R.J. Reynolds in particular, but also British American Tobacco. And that comes to us through major litigation that happened in the 1990s. We’re currently ingesting the opioid litigation documents from the recent lawsuits. So this is the source of data that I’m going to be presenting from.

    So just before getting into the role of the tobacco companies and ultra-processed food. I want to assert a few things in addition to what Isabel said about what we currently know. There are a lot of things we don’t know about these products, but there’s some things we do know. And the first is we now have three randomized clinical trials. These are extremely expensive to conduct and very challenging to do well. This is one that was conducted at NIH and published in 2019. And what we know from this trial is that ultra-processed foods make people overeat and not by a little bit, by a lot. By about 500 calories per day, which probably for the average person would be adding up to about a pound a week.

    And so these are products that definitely people overeat on. We don’t understand all of the mechanisms. There are also changes in body weight observed in this trial in some biometrics. Another thing we know is that Americans are eating a lot of processed food, in fact, more than pretty much any other country. This is a comparison across different countries. You can see the penetration of UPFs into the food supply in these various countries. You have countries like Brazil, which is where Dr. Monteiro designed the whole concept of NOVA while he was watching people experience health problems as people in his country were eating more and more ultra-processed foods.

    And out here, in the U.S. actually our rates are a little higher now. We eat about 60% of our diet in ultra-processed foods, 70% for kids. The other thing we know is that the introduction of ultra-processed foods into the market coincides pretty well with the rapid rise of obesity. So UPFs come into the marketplace somewhere in the mid-’60s and the firms are operating at scale by the 1980s as the obesity rates in America start to tick up and they keep going up, up, up as ultra-processed foods continue to penetrate our food supply. So those are some things we know about what’s going on with ultra-processed foods. I want to tell you a little bit about what I’ve been learning about the role of the tobacco industry in this food industry.

    And I want to start by showing you the two major U.S. producers of cigarettes, Philip Morris, back in the ‘60s to 2010 when this timeline is showing here. They were the largest tobacco company in the world. R.J. Reynolds was a very large tobacco company. And starting about 1960, they start buying up food companies. The first one is Hawaiian Punch. This is the R.J. Reynolds acquisitions at the top of the timeline. They buy Del Monte, and eventually Nabisco, which is a very large company. They’re also getting into the alcohol business in the 1980s. And by about the mid-’90s, R.J.R. has spun off most of its food subsidiaries. Here on the bottom, we see Philip Morris, they get into the alcohol business starting in 1970.

    They buy up 7 Up in 1978. Then in the mid-’80s, ‘85 to ‘88, they buy General Foods and then they buy Kraft and they merged them. And at the time, at various points in this window, Kraft General Foods is the largest food company in the world. Sometimes it’s second to Nestle. So we’re talking a large food company there. And then eventually, interestingly, they buy Nabisco from R.J.R. They do it in a funny sort of way through PepsiCo, which people can ask me about. But basically the take home message of this slide is that at the point when UPFs were really, really scaling up in the mid-’80s and we were starting to see more and more of them in the U.S. food supply, tobacco companies own some of the largest food in the world.

    Everyone always wants to know why did they get into the market and companies don’t usually just make these big decisions for one reason, they had several. They wanted to grow and they thought that they saw … A lot of the tobacco executives were seeing the food companies as not as profitable as they could be. And they thought if they acquired them, they could grow faster, diversify, and make those subsidiaries more profitable. Particularly in the case of R.J.R., they were very interested in chemical patents, all the colors and flavors that we are so familiar with. There’s a lot of debate now about regulating these things. The tobacco companies, particularly R.J.R., bought the food companies because they owned patents on chemicals that they wanted.

    Now, sometimes they were thinking, “We can take these chemicals that we already put into cigarettes like menthol and we can use them in food.” And in other cases, they were thinking the reverse way. They were thinking, “Well, we’ve got food additives, maybe we can try them out in cigarettes.” What I’m describing here is what executives at the time talked about as synergies. Synergies across different lines, alcohol, tobacco, food. For example, when Philip Morris bought Kraft, they bought a lot of packaging technologies. R.J.R. developed the aseptic box, the little juice box that kids run around with in their hands. And these technologies could transfer across alcohol, food, and tobacco lines.

    And I’ll talk a little bit more about the synergies initiative in Philip Morris because it’s very important to understanding what these companies were up to in the mid-’80s. Here is a slide that gives you the story of what happened to the food brands that the tobacco-owned companies owned for decades and nurtured. In the middle, we’ve got R.J.R. and Philip Morris, sorry, it’s complicated because this is the way business works. There are a lot of mergers and acquisitions that go on all the time, but essentially take home message is the big food companies here along the edge, these are the companies that currently own many product lines that were nurtured and developed by the tobacco companies between 1960 and 2008.

    Again, the first tobacco acquisition of a food company happened in 1963. And by 2008, they were all spun off into food companies. What’s important about this picture is to notice that a lot of these food companies, these are very large companies and many are international. So at the time that ultra-processed foods were coming into the U.S. food supply, they were also going across the sea to other countries, and they were part of an emerging market strategy of getting these food product lines into developing low and middle income countries and so forth. So as you can see, a lot of the tobacco owned food brands wound up in international, very large companies like Mondelez.

    So that’s a story generally about the significant imprint that the tobacco companies had on the food market. And now I want to talk a little bit about how in these companies were thinking about product lines that were diversified across food, alcohol, and tobacco. And so this is a document from the archive, 1989 investor. This is when the executives get trotted out and they make the investors excited about the company. And in ’89, this was a speech by Geoff Bible who was the head of Philip Morris, and he said, “We are the largest publicly held cigarette company, second-largest food company, second-largest beer company in the world. Therefore, we are together the largest consumer packaged good company. Marketing products to millions of people every day.

    Our products,” here’s the interesting part, “have shared common characteristics. They’re low-priced, packaged consumer goods with huge retail markets. Most of our products are sold around the world using common marketing approaches.” Synergies is what he’s talking about there. “And similar retail outlets. Most products are agriculturally based and are resistant to economic change.” So as you can see, it’s pretty clear, and there are many, many documents like this where the executives are explaining how similar food, alcohol, and ultra-processed foods are to their marketing and to their product development strategies. This is a document from 1995.

    It was in 1995 that Kraft General Foods got renamed Kraft. And at this point, Kraft is the second-largest food company in the world. And you can see here in the reorganization of Philip Morris, here’s the U.S. cigarette company, here’s the international cigarette company, here’s the food, here’s the alcohol. And so you can see they’re fully integrated. And other organization charts at the time you can see common research and development, common marketing branches that are serving all their subsidiaries across cigarettes, food, tobacco and alcohol. Now, just to give you a couple of examples of what the tobacco companies did when they acquired familiar brands in the ultra-processed food market.

    So this is Hawaiian Punch. These all come from the 1950s before R.J.R. acquired Hawaiian Pacific, which made one thing, Hawaiian Punch in 1963. And at the time, Hawaiian Punch was an adult cocktail mixer, as you can see. It was basically your ‘50s housewife makes the cocktail to greet her husband at the end of the day. And it’s basically vodka and Hawaiian Punch, and it was sold in this big gallon can for adults. Within a couple of years of owning Hawaiian Punch R.J.R. by 1963-’64 has turned Hawaiian Punch into a child focused product line. You can see here, they’ve got toy giveaways. They had expanded the colors and flavors because children like bright colors and fruity flavors. So they had expanded the product line.

    They were bringing children and moms into focus groups to figure out how to develop the brand. And they had put this cartoon character as the symbol for the new brand obviously designed to appeal to children with integrated … These are examples of what they called integrated marketing where you put toy giveaways alongside marketing and product development. Here’s a quote out of the archive right around when R.J.R. bought Hawaiian Pacific. “It’s easy to characterize R.J.R. merely as a tobacco company. In a broader, much less restricting sense, however, we’re in the flavor business. Many of the flavorants for tobacco would be useful in food, beverage and other products.”

    Now this comes from a document that was sent by the lab manager in R.J.R. Labs to the folks in the C-suite saying … And parts of it explained that they were very interested in certain chemical patents that Hawaiian Pacific owned and therefore they were encouraging the purchase of the company. What’s interesting here is that this is Joe Camel. When R.J.R. was sued for child target marketing of children, they were disallowed from ever using this cartoon character on cigarettes anymore. But the same ad company created the Hawaiian Punch cartoon character. This is from Philip Morris, just to give you a flavor for same strategy, this is 1978. This is the year that Philip Morris bought 7 Up.

    And what they say, essentially, “Soft drinks like cigarettes and beer are reasonably priced, relatively low cost consumer items that give pleasure to users, repeat purchases, satisfies their expectations.” So a lot of people like to ask, “Well, were they really trying to addict people like they were to nicotine and that kind of thing?” We don’t usually see that. What we hear about in the archive is they’re much more likely to talk about pleasure and craving and experiences that really drive people to want to buy products. Just to give you a sense of the cigarette strategy, it’s a combination of market segmentation and line extensions.

    So essentially what they do is they carve up the population, the consumers, into a bunch of different subpopulations based on gender, ethnicity, age, and then they develop product lines called line extensions specifically for those market segments. So they’ll have particular line extensions for low-income people and various, sometimes … Like cool cigarettes have a lot of menthol and are targeting the Black population. Sometimes they target very narrow segments of Virginia Slims for women and so forth. So this is the basic strategy that cigarette companies had been using for decades, and they applied that very same strategy to developing ultra-processed food and beverage brands.

    This is an example of Kool-Aid, which came to Philip Morris in its acquisitions of General Foods and Kraft. And as you can see the before picture, there are only five flavors and colors. By the time we can’t even … We’ve been struggling to get an exhaustive list of all the line extensions that …

    Speaker 3: Laura, I’m just going to quickly point out, we can’t see your slides currently. I think you’ll just have to reshare. Great. Thank you.

    Laura Schmidt: Working now?

    Speaker 3: Wonderful.

    Laura Schmidt: So here are the … I don’t know when they stopped. Here’s the picture of the line extensions for cigarette brands. And here you can see a very, very similar strategy where five brands transformed into many, many brands. In some cases, in the product development testing documents that we uncovered, they were talking about little boys like blue. “We’re going to make a blue brand.” So they’re very, very specifically targeting a small, very narrow market segments of children with line extensions. Another similarity here at the time that Philip Morris owned Kraft, they also owned Miller, a beer. And what they did was they put together all of their marketing into one big marketing synergies program.

    And they tried to figure out ways to use marketing strategies that they used for years and assets for cigarettes and apply them to food. And so this is an example of their target marketing strategy for minority populations. It’s a combination of sponsorships and partnerships with minority serving organizations, with online purchasing media. So this is integrated marketing strategy. And in some cases, for example, the in-store marketing, they had cigarette listings of consumers. And they basically transferred those over to Kraft General Foods for use in target marketing of consumers, say for foods just like they had for cigarettes.

    So they were using, again, all of the same marketing infrastructure for these different product lines. This is an example of an integrated marketing campaign that came out of Kool-Aid. They were very proud of this campaign in the ‘80s called the Kool-Aid Wacky Wild Warehouse. And kids would save up coupons and things and then be able to mail them in and get toys that were Kool-Aid branded. And it turned out that the very same model for this came out of the Marlboro Country Store, which is a similar integrated campaign for cigarettes. And the Wild Warehouse for children in Kool-Aid was actually developed by the same ad firm and same people.

    And so as you can see, the strategies that they had developed and made worked for cigarettes, they were very easily applied to ultra-processed food products. Finally, I just want to share a little taste of what we find when we look in the laboratory research. Of course, tobacco companies are very big companies and they have really large laboratory facilities. They do defensive research to think about what could we be sued on in terms of product liability. They’re looking at … They’re interested in the health effects of the products they’re selling. And Philip Morris had an extensive laboratory search program focused on human pleasure.

    And in this document, this is from ’83, they’re talking about being in the business of selling pleasure. And as I mentioned, this is the way that they talk about things, as cigarettes, beer, and carbonated beverages are designed to affect sensual gratifications. Now, Frank Gulotta was a scientist in a lab in Germany. He worked for Philip Morris studying nicotine. And he was actually brought over and worked with Kraft in developing products in Kraft. An example of a very lengthy laboratory research project at Philip Morris, it’s called Project 1620. It went on from 1977 to 1999.

    And what they were doing, Gulotta was one of the scientists involved here, was developing electrophysiological kind of EEG type measures to very swiftly be able to measure the human response to flavors and colors and additives in cigarettes. Once they owned Kraft and General Foods, this technology was then very easily applied to study the same colors and flavor additives that you would find in ultra-processed foods. Kraft had a lot of technology around low fat, fat-free food additives. They were very proud of that technology. And some of that was subjected to some of this testing under Project 1620. There’s a lot more that I could say about this, but I’m just giving you a flavor for what we see in the archive.

    I do want to point out that Tera Fazzino a couple of years ago published a very interesting study where she used the tobacco archive to code ultra-processed food brands on the basis of whether they had ever been owned and developed by tobacco companies or not. And what she demonstrated was that the tobacco owned brands were more likely to fit her definition of hyperpalatable, which means to have unnaturally high amounts of sugar, salt, and/or fat in them. You need too much sugar, too much salt in the product to qualify as hyperpalatable. And she found that while the tobacco companies own these brands, they were significantly more likely to be hyperpalatable, which is somewhat consistent with what we see in the archive around product development strategies.

    What was really interesting about her research is that she also did a contemporary 2018 data point to show that by the time we get to 2018, all the other food companies in the food system are making food as hyperpalatable as the tobacco companies were back in the 1980s and ‘90s. So it may very well be that some of what happened was that the tobacco owned brands, when they were spun off and owned by new food companies, some of that technology was adopted in our current food brands. So just to …

    Isabel Madzorera: Quick, sorry to interject. I think we’ve got three minutes left for the presentation. That’s okay? Thank you.

    Laura Schmidt: I’m on the final slide. I think we’ll have a few extra minutes, which is great.

    Isabel Madzorera: Thank you.

    Laura Schmidt: So just to conclude, first off, it’s important to understand when we look at our ultra-processed system today, once again, Americans are eating about 60% of the calories in their diet are from ultra-processed foods. That many of these brands were owned and developed by tobacco companies using very similar technologies to what they use to develop cigarette brands and alcohol brands. And that the scaling up of these companies happened right as ultra-processed foods were hitting the market. So in the mid-’80s when we really see ultra-processed foods starting to scale up in the American food supply, and we also see obesity starting to really rise. That is the moment when some of the largest food companies are owned by tobacco companies.

    Second, the more that you read the documents and understand the thinking, it’s very important, I think, when we think about ultra-processed foods today to understand that to companies, they’re very similar to cigarettes and alcohol. And particularly that the same product formulation, strategies, the same chemical colors and flavors and additives, the same marketing strategies, even down to the lists of consumers to target are all the same for these companies. And I think there’s a real disconnect here between the way the public health and regulatory world kind of thinks about this and the way that actual companies think about this.

    I currently follow a lot of industry trade publications and I can tell you, people are always talking about CPG lines. They are not necessarily thinking about alcohol, tobacco, and food as separate categories of products. And then finally to my hypothesis that when these companies get together, they may be able to create more harmful products and this should be a concern for public health. What we see going on with the tobacco owned food brands was that when those companies got those brands, the cigarette companies, they quickly turn the products into child-focused products because this makes a ton of sense from a marketing standpoint. If you can develop brand loyalty in children, you have that consumer for life.

    And so that becomes a very important incentive to make child-focused brands. The brands were target marketed to vulnerable groups as I shared a little bit about the craft marketing strategy to minority communities. And as I showed towards the end, they were more likely to be hyperpalatable, higher in sugar, fat, and salt. And so I think with that, I will finish up and let’s have some questions.

    Isabel Madzorera:

    Great, thank you. Thank you so much, Laura. What a fascinating presentation. We already have a couple of questions in the chat, so I’ll be reading aloud and then you can address them as you see fit. The first question is from Ernest and he says, “What is the evidence that over and above the contribution of salt, sugar, saturated and trans fats that ultra-processed foods have an additional adverse effect? Suppose I just consumed raw sugar, salt, butter.” He gives us an example. “Mixed together, this is not even processed, but will this be as unhealthy if the same ingredients and amounts were blended together in an ultra-processed food?” Loaded question there.

    Laura Schmidt: So I think what’s different about what’s going on in these companies is the chemical additives. And what the way I understand it from talking with psychologists who study food and addictive behavior is that when we eat carbohydrates in particular, starches and sugars, we get a dopamine rush in the brain right away and we get a secondary rush when those carbs hit our gut. And that dopamine rush, which is quite similar to dopamine changes in the brain resulting from addictive substances, which has been the subject of some FMRI research, that drives us to crave next time. And what the colors, the flavors, the marketing, the packaging may be doing with all of the color, flavor additives is to cue us to crave particular products.

    And particular in the same way that in some of the original fMRI studies, they would put, say someone who was addicted to a drug like an opioid drug in the fMRI machine. And simply by showing them the works, the syringe and all of the stuff that you use before you actually get high, you would see that dopamine rush. And so it may be that what they’re trying to do is to engineer an anticipatory response and to connect our brains between the product and the benefits that we experience when we feel that dopamine rush. I’ve talked to a number of experts in this area who are very interested in what exactly is going on with the chemical colors and flavors.

    What I can tell you is someone who spends a lot of time reading from inside these companies and trying to understand their strategy is that they were really, really obsessed with chemical additives. It was in some cases the whole reason they bought certain subsidiaries. They really wanted those patents and they felt that a lot of their product testing had to do with which colors and flavors and additives were going to develop the most response in consumers and be the most attractive particularly to children. And I think part of that goes back to that cigarette marketing model, which is to do with line extensions.

    So if you have a factory that’s set up to just make cigarettes, it’s pretty easy to swap out the colors and flavors and slight packaging changes to make all these line extensions and say one line extension isn’t doing so well in the market, you can pull it back and introduce a new one, get a lot of consumers excited about your brand again. And so it may be that part of what was going on here with the chemical colors and flavors had to do with that, and they understood that they needed those additives to produce line extensions. But I do see a lot of interest in that.

    And that is the difference I think between what you can do in your home kitchen cooking and what you can do in a factory is that it’s not just the sugar, fat, and salt, but it’s also the way they’re combined with all of the chemical additives. And there’s a very interesting line of research right now into the actual processing itself and whether foods are less satiating, for example, and easier to overeat simply because they’ve used these chemical additives to manipulate the texture of the food to make it a little less satiating. So I think the chemical additives, the more I look, the more interesting they become.

    Isabel Madzorera: Great, thank you. So we’ve got a ton of questions. I’m going to try and group them so that we can try and get an answer for everyone. I don’t know if you’ll be able to do it. The next questions, I’ll read the four questions. The first one is, why do people tend to consume ultra-processed foods more than the minimally processed foods, despite the known health risks? What is the role of urbanization and stress? That’s the first question. The second question is developed countries have the knowledge, financial resources, and infrastructure to support optimal health. So why is ultra-processed food consumption and related diseases are still poorly controlled in these settings? Third question.

    Laura Schmidt: Wait, I get it.

    Isabel Madzorera: It’s a four plus. Third question is: In developing countries, agro-processing industries such as those focusing on soda, noodles and sugar production are growing rapidly. As ultra-processed food consumption increases, what health or policy recommendations would you suggest to protect public health? And the last question from this attendee is, food processing plays an important role in preservation, food security convenience, and meeting consumer sensory preferences. Where should the balance line between food processing, consumer acceptability, and the need to protect public health? These are great questions.

    Laura Schmidt: Great questions. Hopefully we’ll be able to digest them and when we come back in the fall, be able to answer them a little more. I think one thing that’s really clear even in markets in low- and middle-income countries where there’s adequate food and it’s delicious and traditional diets are great. A lot of it comes down to branding and the appeal of the branded American products and they have a certain kind of status, it’s modern and this has been true for alcohol and tobacco forever. That becomes part of their appeal. And then the other part is the price point.

    And if you can make them shelf stable and cheap enough, then they become accessible to pretty much anybody and start to displace traditional diets. I can’t remember all of the other great questions, but as you were reading them off, I thought, “These are good.”

    Isabel Madzorera: I’ll repeat, the other question was if we know that ultra-processed foods are harmful in high-income contexts, like the U.S., why are we not doing enough? Why is that not controlled?

    Laura Schmidt: Well, that’s a pretty easy thing to answer, which is the food industry has been blocking any evidence-based policies forever. I mean everything from the gross loophole that allows us to have all these chemical flavors that are not regulated at all. There’s industry self-regulation for all of the chemical flavors and colors. The colors are a little bit more regulated, but there’s that. And then down to opposition to soda taxes and warning labels. And pretty much the best health … Food policy in America would probably be campaign finance reform so that we don’t have the industry in such a position that it can capture federal agencies, and state agencies as well, and oppose any regulations.

    I mean, it’s a shame. We’ve got 117 countries and territories taxing soda all around the world, but America, we have a couple of them in the Bay Area and the industry, American Beverage Association comes in and slaps state preemption on us and we can’t have a tax. And we know these things work. I mean, at this point, the train has left the station. We know they work because they work all around the world. Other countries wouldn’t adopt them if they didn’t work. And so it’s a real shame that this is the way our system works.

    Isabel Madzorera: Great, thank you, Laura. I’m going to group a couple of questions just to make it a little bit easier for you. So there’s a question. How do fast-casual, fast-food restaurants feed into your research about ultra-processed foods if they do? And then another question is, are there any studies, research that highlights the impacts on consumers of U.S. ultra-processed foods in other countries?

    Laura Schmidt: So on the fast-food front, some of the food companies owned by tobacco companies were, in fact, fast-food companies. Kentucky Fried Chicken is a good example. It was acquired by R.J. Reynolds and it was spun off to PepsiCo and now it’s owned by a different company. It’s in the map that I showed earlier with the spin-offs. The restaurant and industry trusting one more and more restaurant chains are basically doing a fast-food strategy where you have flash frozen meat and things that are popped into a fryer quickly reheated to feed the consumer even in sit-down restaurants. And so there is overlap and there are food brands that were never owned by tobacco companies. So this isn’t everything.

    The second question around consumer …

    Isabel Madzorera: Impacts on consumers of U.S. ultra-processed foods in other countries. In fact, does this translate to impacts in other nations outside the U.S., the products that are developed here?

    Laura Schmidt: Yes. So the products are developed here specifically to sell in emerging markets all around the world. And that’s been a strategy for a long time. In fact, the period that I am researching when the tobacco companies owned a lot of food subsidiaries was precisely when they were globalizing. And so over that period, they were pushing more and more into markets around the world so that by today it’s hard to go anywhere that hasn’t been penetrated to some degree by American food corporations and by ultra-processed food companies. And we have a lot of the tobacco-owned brands, as I pointed out, wound up in European food companies. So this is a worldwide phenomenon.

    The penetration rates in the American food supply are much higher than in some other countries. And that is, I think, very important for one reason because the health indicators track right alongside, as Isabel mentioned at the outset, premature death, diabetes rates, heart disease tracks to those. There are a lot of epidemiological studies now demonstrating that health worsens, chronic disease worsens when ultra-processed food consumption goes up. And so at this point, it’s a warning call to countries around the world and many are responding to regulate your markets so that the penetration of these harmful products, that consumers still have choice, but they’re not just being bombarded by marketing and distribution.

    Part of the way these companies compete today is on distribution. They just want more outlets in more places in your life. So you can’t go to the movie theater without seeing a food court or the airport, you can’t buy gas without being confronted with food marketing. And so basically, it’s a surround sound kind of approach saturation to make it easy to constantly be buying these products and they’re using that strategy internationally and countries can fight back against that.

    Isabel Madzorera: Great, thanks. Just because we’ve got a couple of questions, I think Jeannie is answering one question on if there are any changes that will happen under the new administration as far as regulation of food processing ultra-processed foods. There’s also a question on whether we think the increase in unhealthy additives and hyper-palliability in these extremely large conglomerates is a type of consumer harm that should be considered seriously in antitrust cases against mergers and anticompetitive behaviors. It seems that this is problematic and the innovations are not coming from minor players and inevitably, sorry, should crowd out the smaller businesses.

    Laura Schmidt: Absolutely and supply chains. So that is a crucial point that the mergers and consolidations make it possible for the very large industrially produced companies to dominate the market. And that is, again, something that is within our power to address. The first question, I remember it was a very good one.

    Isabel Madzorera: I can just rehash that. I think it’s been answered by Jeannie in the chat. But the second question was on thinking about combined efforts to really address this coming, I guess mergers, that sort of push.

    Laura Schmidt: I mean essentially what’s going on is the smaller producers, as you’re pointing out, are getting crowded out of the market. And so at some point we don’t have consumer choice anymore. We just have … I mean, if you go down the cereal aisle, it’s pretty obvious it looks like choice until you turn the package around on the box of cereal and see that it’s all the same refined ingredients. Just they’ve swapped out the colors and flavors and the packaging and marketing to make it seem like it’s a choice. But in fact, they’re just line extensions of the same basic products. And so I think the more that we allow these consolidations to happen, the harder it becomes for the smaller producers to provide meaningful alternatives to UPFs.

    And then the question about the new administration, and I think many of us are very excited about the fact that they’re doing a lot of talking about this issue. So far all that we’ve seen in terms of meaningful kind of action is focused on colors and food dyes, which are a problem. But when you really look at the scope of cosmetic additives, there’s a wide range that really have many of them well-documented health harms like aspartame, there’s a WHO advisory to not be using that artificial sweetener. There’s a lot of low-hanging fruit emulsifiers. And so I would love to see the current effort.

    Isabel Madzorera: Sorry. Laura. Sorry to cut you off.

    Laura Schmidt: [Inaudible] … food dyes.

    Isabel Madzorera: Two minutes to wrap up and we have a hard stop at 1 p.m. Really interesting conversation. I’ll just pick maybe one more question in the interest of time. The question is are schools of public health addressing the commercial determinants of health? How can we as public health professionals continue addressing the commercial determinants of health while also focusing on the social determinants of health? You can’t have one without the other. And then I think maybe just to combine two other questions and then you can give whatever answer you can.

    There’s a question whether there are some studies, for example, from Walter Willey that show only certain categories or subcategories of ultra-processed foods are more harmful than others. It is something that might encumber regulation of ultra-processed foods. And the last question is that given that people view food systems or challenging them as paternalistic, despite government intervention in response to market failure or negative externalities, how can we change the narrative around ultra-processed foods? I’ll stop there and then we’ll end exactly at one. Thanks.

    Laura Schmidt: So those are three very deep questions. The first one on schools of public health, I’m with you. And we’re building a commercial determinants program. We have a center to end corporate harm at UCSF. And I encourage anyone who’s interested to email me or reach out through social media or whatever to align. The WHO has a branch now on commercial determinants. If you look at the top threats to human health on the WHO website, eight out of 10 of them have to do with commercial industries. So I think it’s absolutely incumbent upon us in public health to develop really good research strategies and build the field of commercial determinants research. And I’m committed to doing that.

    On the issue of the boundaries around UPFs, the NOVA classification was developed by a scientist for scientists, but fortunately, there are really good published, peer-reviewed demonstrations that that classification system can be adapted to work for policymakers. And so there’s a lot of industry-funded efforts to undermine the NOVA classification. There were a number of scientists worldwide that had to create an open letter to ask the Novo Nordisk Foundation to stop funding research deliberately to undermine the NOVA classification.

    And so the boundary issue is largely determined by, it’s a scientific classification, but there are many public health models for how that can be managed in reliable, defensible, valid ways to work for policy. And so that’s where the work is. And Barry Popkin’s team has a really great publication on precisely how to do that. In terms of changing the narrative …

    Isabel Madzorera: Sorry, Laura. We are right at time.

    Laura Schmidt: We’re going to talk about changing the narrative in the fall because what that discussion will be about.

    Isabel Madzorera: Yes. Thank you all so much. This has been such a lively and interesting discussion. Really great questions. I do apologize that we didn’t get to each and every question, but please feel free to reach out to Laura independently or BFI or myself if you’ve got any lingering questions. But thank you again and looking forward to the second presentation in this series on ultra-processed food consumption and policy. Thank you so much, Dr. Schmidt, for an amazing presentation. Thank you everyone. Take care. Bye.

    (Music: “No One Is Perfect” by HoliznaCC0)

    Anne Brice (outro): You’ve been listening to Berkeley Talks, a UC Berkeley News podcast from the Office of Communications and Public Affairs that features lectures and conversations at Berkeley. Follow us wherever you listen to your podcasts. You can find all of our podcast episodes, with transcripts and photos, on UC Berkeley News at news.berkeley.edu/podcasts.

    #capitalisme #alimentation #iatrocratie #drogue #refoulement

  • «  Dernier passage  »  : une #chasse_à_l’homme dans la #forêt de #Białowieża vue de l’intérieur

    Dans l’est de la Pologne, les activistes de #Grupa_Granica répondent chaque jour aux appels de détresses de migrants dissimulés dans les marécages, fuyant les patrouilles et les hélicoptères. Une journée passée à leurs côtés raconte la mécanique d’une traque — et ce qu’il reste du droit d’asile au cœur d’un dispositif frontalier militarisé. Extrait de l’épisode 3 de notre podcast original «  Dernier passage  ».

    Le hameau des activistes de Grupa Granica n’a rien d’un camp organisé et militarisé  : c’est une zone de #résistance bricolée, coincée entre deux États qui se renvoient les mêmes corps épuisés. Dans le garage où tout s’entasse, les bénévoles préparent les «  paquets de survie  » destinés aux migrants égarés dans la forêt de Białowieża  : couvertures isothermiques, bonbons, anti-inflammatoires, pansements, chaufferettes, mais aussi batteries externes préchargées. Chaque élément répond à une nécessité repérée sur le terrain  : éviter l’hypothermie, prévenir les infections, fournir de l’énergie rapide, permettre une dernière communication avant que les téléphones ne s’éteignent. Cette frontière militarisée est devenue un #environnement_hostile où l’accès au territoire européen se joue parfois sur la présence (ou non) d’un simple powerbank.

    Alors que nous terminons la préparation des sacs, Aleksandra, militante chevronnée, reçoit un appel paniqué d’un jeune Marocain caché dans la forêt. Il dit être traqué par les #gardes-frontières polonais. «  Ils sont proches… j’entends les chiens…  » Son signal GPS s’interrompt par intermittence  : sa batterie est presque vide. Aleksandra réagit immédiatement et nous entraînons nos sacs sur un chemin forestier noyé sous la pluie.

    Dans cette forêt, la frontière n’est pas une ligne mais une #traque permanente. On avance dans des #marécages glacés, l’eau jusqu’aux genoux et sous dans un ciel où on aperçoit la silhouette métallique des hélicoptères de l’armée. L’un d’eux tourne en cercles, à basse altitude, manifestement à la recherche d’une silhouette humaine. Plus loin, un véhicule des gardes-frontières suit une piste forestière. Aleksandra nous fait signe de nous cacher. La scène ressemble moins à une patrouille qu’à une opération de chasse organisée. On pourrait croire à une farce ou a un exercice de l’armée, le cerveau peine a envisager la réalité, mais c’est bien un être humain qui est traqué.

    Chaque minute compte. Si les gardes-frontières interceptent le jeune homme avant nous, il risque un pushback, en l’occurrence le fameux renvoi immédiat vers la dictature voisine, la Biélorussie, une pratique interdite par l’article 33 de la Convention de Genève, par le droit européen (Directive Procédures, articles 6 et 8), et par la Charte des droits fondamentaux (article 18 et 19). En théorie, toute personne présente sur le sol polonais (ou interceptée à la frontière) a le droit de demander l’asile et de voir sa demande enregistrée immédiatement. Mais en pratique, dans cette zone militarisée, les refoulements illégaux sont systématiques.

    Le signal du jeune Marocain finit par réapparaître. Dix secondes de géolocalisation, le temps de fixer un point approximatif. On accélère. Après plusieurs heures dans les marécages, nous le trouvons enfin. Trempé, tétanisé, incapable de distinguer qui nous sommes. Aleksandra s’agenouille, lui offre de l’eau et du sucre, lui parle doucement. La panique ne vient pas seulement de la faim ou du froid, mais de ce qu’il sait  : s’il est repris sans témoin, il sera renvoyé de force vers la Biélorussie, sans trace administrative, sans accès à la procédure, parfois avec des coups ou des menaces. Des situations qui ont déjà été maintes fois documentées.

    Commence alors la discussion essentielle  : activer le droit.

    Aleksandra lui explique les règles, mais surtout les écarts entre la loi et sa mise en œuvre. Selon la Directive Procédures de l’UE (2013/32/UE), un demandeur d’asile  :

    · doit pouvoir déposer sa demande immédiatement,

    · doit être protégé contre tout refoulement tant que sa demande n’a pas été examinée,

    · doit avoir accès à une procédure individuelle,

    · doit pouvoir contacter un avocat ou une ONG.

    La Pologne, de son côté, a modifié son droit interne en 2021, introduisant des dispositions permettant aux gardes-frontières d’ignorer une demande orale formulée dans la #zone_militaire — une mesure jugée incompatible avec le droit européen par plusieurs juristes et contestée devant la Cour européenne des droits de l’homme.

    Aleksandra ne ment pas  : en théorie, s’il prononce les mots «  Je demande l’asile  » devant un agent polonais, l’État est juridiquement obligé de l’enregistrer. Mais en pratique, il arrive très souvent que les agents refusent d’entendre la demande, qu’ils ne consignent rien, ou qu’ils renvoient la personne de l’autre côté.

    Le juriste spécialisé de Grupa Granica, joint par téléphone, entre alors en scène. Il explique au jeune Marocain ce qui va se passer ensuite  :

    · une arrestation officielle

    · un transfert vers un centre de rétention

    · un premier entretien

    · la possibilité d’un accès à un avocat,

    · mais aussi le risque d’une décision de retour, parfois très rapide, si les autorités estiment qu’il ne relève pas de la protection internationale.

    Les #centres_de_rétention polonais sont régulièrement pointés du doigt  : dispositifs carcéraux, quasi-absence d’interprètes, accès limité à l’aide juridique, conditions matérielles difficiles. Mais c’est aussi le seul endroit où sa demande d’#asile peut être légalement consignée (et donc juridiquement défendable).

    Après une heure de discussion, le jeune homme accepte. Il renonce à la fuite vers l’Allemagne (trop risquée dans son état) et choisit la voie légale. Aleksandra compose alors le numéro des autorités locales pour notifier officiellement la présence d’un demandeur d’asile. Cette notification crée une trace, un fait juridique que la police ne peut plus effacer.

    Lorsque la jeep des gardes-frontières arrive, tout est filmé, noté et documenté. Le jeune Marocain prononce clairement sa demande. Les agents, cette fois, l’enregistrent. Il monte dans le véhicule. Il sait qu’il entre dans un système opaque, mais au moins, une procédure existe. Il ne sera pas poussé dans la forêt biélorusse cette nuit.

    La voiture s’éloigne. Il ne reste que la forêt, les trous d’eau, les traces d’une journée passée à échapper aux patrouilles. Aleksandra regarde son téléphone  : trois autres messages de détresse sont arrivés depuis notre départ. Dans cette #zone_frontalière, la loi européenne existe, mais elle ne s’applique que quand des civils, juristes, bénévoles veillent à ce qu’elle ne soit pas étouffée sous la boue des marécages.

    https://www.blast-info.fr/articles/2025/dernier-passage-une-chasse-a-lhomme-dans-la-foret-de-bialowieza-vue-de-l-

    #Bialowieża #frontières #Pologne #Biélorussie #migrations #réfugiés #solidarité #droit_d'asile #refoulements #push-backs

    –-

    ajouté à la métaliste autour de la Création de #zones_frontalières (au lieu de lignes de frontière) en vue de refoulements :
    https://seenthis.net/messages/795053

  • #Macédoine_du_Nord : ce petit pays des #Balkans où les migrants vulnérables font une courte pause dans leur exil vers l’Europe (1/3)

    La Macédoine du Nord est un territoire de transit pour les exilés arrivés en Grèce souhaitant rejoindre l’Europe de l’Ouest. L’#asile y existe, mais il est rarement accordé dans ce petit pays hors de l’Union européenne. Dès lors, ce sont les profils les plus vulnérables - personnes blessées, familles, adolescents isolés - qui demandent l’asile. Le plus souvent, juste pour avoir quelques semaines de #répit avant de reprendre la route.

    Il se tient droit entre deux rangées de containers, vêtu d’un t-shirt blanc imprimé d’images de satellites et de cosmonautes, dans la grisaille d’octobre. Lal Mohammad, 25 ans, vient de faire enregistrer ses empreintes biométriques et celles de sa femme dans le centre de transit de Vinojug, tout au sud de la Macédoine du Nord, à la frontière avec la Grèce. Leur petite fille de 3 ans, Asra, boit un verre de jus de pomme assise sur un banc, amusée par la présence d’un chat errant à côté d’elle. La famille s’est déclarée demandeuse d’asile il y a un mois de cela, dès son entrée sur le territoire macédonien.

    Après une tentative de passage infructueuse par l’Evros, frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce, cette famille afghane a atteint le sol hellénique après 4 jours et 4 nuits en mer. Tous trois ont passé plusieurs jours dans le camp fermé de #Thessalonique avant d’être transférés vers un second camp proche de la frontière macédonienne. "Là, on nous a dit que [pour avoir un rendez-vous pour demander l’asile], il nous faudra attendre un an et demi… Nous ne voulions pas attendre tout ce temps. Alors nous nous sommes rendus dans la forêt [marquant la frontière entre la Grèce et la Macédoine du Nord, ndlr] pour tenter le "game"" - surnom donné par les exilés aux tentatives de passages de frontières.

    Interceptée par la police macédonienne, la famille a été placée dans le centre de transit de Vinojug, l’unique centre à l’entrée du pays. Là, leur premier interlocuteur a été #Frontex, déployée depuis l’été 2023 dans le pays, surtout à la frontière avec la Grèce. Comme pour tous les exilés interceptés dans cette zone, deux choix se sont offerts à eux : soit opérer un "retour volontaire" côté grec, soit se déclarer demandeur d’asile.

    "J’ai demandé de l’aide à #ChatGPT : qu’est-ce que je dois faire ?"

    Pour Lal Mohammad, pas d’hésitation : avec sa femme et sa fille de 3 ans, pas question de faire demi-tour pour retenter une nouvelle fois le "game" dans la #forêt. Mais le passeur - qui a tout intérêt à ce que les exilés ne fassent aucune pause dans leur parcours, pour toucher plus vite la somme d’argent débloquable à chaque étape (4 000 euros pour aller de la Turquie à la Grèce, 800 euros pour aller de Macédoine en Serbie, selon le père de famille) - exerçait pourtant sur lui une forte pression.

    "Il nous harcelait, nous appelait tous les jours, en nous disant : "Revenez en Grèce". Moi je lui répondais : "Je ne vais pas fuir ne t’inquiète pas, l’argent est là, moi j’ai un enfant et une femme, je ne peux pas revenir comme ça” ; puis j’ai éteint mon portable pendant quelques jours". Le père de famille confie sa détresse : "J’ai même demandé de l’aide à ChatGPT : ’Qu’est ce que je dois faire, le passeur m’appelle tous les jours et je ne sais pas quoi faire ?’ ChatGPT m’a dit d’en parler aux responsables du centre".

    Demander l’asile ici à Vinojug signifie rester un mois dans ce centre de transit aux allures fantomatiques. On y circule entre les containers grisâtres hébergeant des bureaux d’associations, dont plusieurs ont quitté les lieux depuis des années. Les affiches sur leurs portes sont décomposées par le temps. Érigé en 2015 lors du pic d’arrivées, ce centre de transit est désormais marqué par ses infrastructures délaissées : immenses tentes d’ONG, jeux pour enfants, hangars...

    Au fond du campement s’alignent des containers abritant des chambres de 6 lits superposés. Vides pour la plupart. Ce jour-là, seule une dizaine de personnes est présente sur le campement. 320 exilés y ont défilé, au total, dans les trois premières semaines d’octobre. Dans les sanitaires au sol humide, une fuite d’eau fait entendre un bruit de gouttes en continu.

    Seulement 149 demandes d’asile enregistrées en 2025

    Au bout du mois écoulé ici, les empreintes biométriques sont relevées, comme pour Lal Mohammad et sa famille en ce jour d’octobre. Une camionnette de la police embarque dès le lendemain le groupe de demandeurs d’asile déclarés pour les transférer à #Skopje, la capitale. Là, tous seront hébergés dans l’unique centre pour demandeurs d’asile du pays, situé à #Vizbegovo, dans la banlieue.

    "J’espère que nous poursuivrons bientôt notre voyage", confie Lal Mohammad. Car le père de famille ne compte pas réellement rester en Macédoine du Nord. Il veut simplement un moment de répit pour sa famille sur une route de l’exil éprouvante.

    La Macédoine du Nord est en effet avant tout un pays de #transit, sur la route des Balkans. Un petit territoire d’à peine deux millions d’habitants mais stratégique : cerné par la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, le Kosovo et l’Albanie, il ne se trouve pas dans l’UE ni dans Schengen et constitue la voie principale depuis la Grèce pour rejoindre la Serbie, puis de là, l’Europe de l’Ouest.

    En 2024, 4 055 personnes originaires de 35 pays ont été enregistrées au centre de Vinojug. Or, on ne comptait que 307 demandeurs d’asile cette année-là, selon les chiffres de la Macedonian Young Lawyers Association, spécialisée dans l’accompagnement des demandeurs d’asile. Dont 131 enregistrées à Vinojug.

    En 2025, le chiffre promet même d’être en deçà : depuis le début de l’année, 149 demandes ont été enregistrées. En majorité des Syriens (46 personnes), suivis des Népalais, Irakiens, Turcs, Afghans et Egyptiens. Certains vont au bout de la procédure mais combien, comme Lal Mohammad, comptent en réalité récupérer un peu - du repos, un téléphone, de l’argent ou de la santé - , avec un toit sur la tête, avant de poursuivre leur route vers la Serbie ou le Kosovo ?

    "Personne ne veut rester en Macédoine du Nord"

    Deux jours plus tard on retrouve Asra, la petite de 3 ans, assise sur un chemin caillouteux à quelques dizaines de mètres du centre pour demandeurs d’asile de Vizbegovo. Vêtue d’un t-shirt "I love my mum", elle fronce les sourcils sous ses bouclettes de cheveux châtains, concentrée à agripper des pierres une par une. Et à les jeter tour à tour, aussi loin que possible.

    "Ne jette pas sur la route, Asra !" Debout à ses côtés, Mohamad Azim, un adolescent de 16 ans, veille sur la petite. Le jeune Afghan la couve du regard puis s’agenouille auprès d’elle en ouvrant ses bras. Les traits froncés d’Asra s’évanouissent alors en un grand sourire. Contre le sweat vert à capuche de l’adolescent, elle se blottit avec force.

    Mohamad Azim a fait la rencontre d’Asra, de son père Lal Mohammad et de sa mère au centre de Vinojug. Comme eux, le jeune Afghan s’est déclaré demandeur d’asile. Mais comme eux aussi, "mon but, ce n’est pas de rester ici. Personne ne veut rester en Macédoine du Nord. Si c’était possible, je partirai tout de suite en Serbie". L’adolescent a demandé l’asile pour avoir un temps de répit. Car il reste marqué par la zone frontalière éprouvante, les nuits en forêt, le froid, la pluie. "Nous n’avions pas de quoi manger ni de quoi boire. On se nourrissait des quelques raisins que l’on trouvait".

    Lui aussi a subi les pressions du passeur pour avoir fait ce choix de la pause. "Il m’appelait sans cesse pour me dire : ’Qu’est ce que vous foutez là, revenez en Grèce, je ferai en sorte que vous traversiez de nouveau cette frontière pour aller en Serbie’". Tout en gérant cette pression, le jeune homme a pris le temps de réfléchir et de revoir ses plans : il n’envisage plus à l’Italie, mais la Suisse pour finir son parcours d’exil et y demander une protection.
    L’arrêt obligatoire des blessés

    D’autres personnes s’arrêtent simplement à Vizbegovo parce que leur corps ne leur permet plus d’avancer. Ainsi Mohamed, 25 ans, originaire du Maroc, est coincé là depuis un mois à cause d’un problème à la jambe. "J’ai quitté la Turquie en juin. J’étais seul et j’ai découpé la bâche arrière d’un camion avec un couteau pour y entrer en espérant rejoindre la Grèce. Une fois arrivé en Grèce, j’ai sauté pour descendre pendant que le camion roulait, ce qui m’a valu une fracture à la jambe droite."

    Aidé par un groupe de jeunes, il a poursuivi son chemin pour passer la frontière macédonienne avec cette jambe cassée. Intercepté et amené au centre de transit de Vinojug, il y rencontre la Croix-Rouge... Qui le transporte immédiatement à l’hôpital de Skopje. "J’ai subi une opération, on m’a posé un plâtre et depuis ma jambe s’est un peu améliorée. Je marche avec une béquille. Mais je veux continuer mon chemin. J’attends juste que ma jambe guérisse."

    Le centre pour demandeurs d’asile de Vizbegovo, de 90 places, a été rénové ces dernières années grâce à un financement de 700 000 euros de la banque de développement du Conseil de l’Europe, contracté avec l’#OIM. Si le centre paraît en bon état à l’extérieur - InfoMigrants n’a pas été autorisé à le visiter - et que les autorités assurent qu’un médecin y assure des visites régulières, les conditions à l’intérieur n’y sont pas toujours satisfaisantes, selon les exilés rencontrés.

    "La nourriture est insuffisante ici, avec un seul repas par jour, servi à midi - pour nous maintenir en vie", soupire Mohamed. Un fait corroboré par un autre jeune Afghan de 17 ans, Kayum Arubi, qui déclare : "Le centre n’est pas très propre et la nourriture, servie une fois par jour, est mauvaise".

    Pour celles et ceux qui vont au bout de la procédure d’asile, le résultat est décevant presque systématiquement. "Malheureusement, la plupart des décisions sont négatives. Le demandeur d’asile a 30 jours pour soumettre un recours auprès de la cour administrative", explique Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service (JRS), qui accompagne les demandeurs d’asile dans ces démarches. Si ce premier recours n’aboutit pas, il est toujours possible de s’en référer à la Haute cour administrative de Skopje. Mais si le refus est définitif, la personne a 20 jours pour quitter le territoire.
    Mariam*, l’une des deux seules réfugiées de Macédoine du Nord : "ici, je n’ai besoin de personne"

    Ainsi, les protections internationales délivrées ces dernières années se comptent littéralement sur les doigts d’une main. En 2024, suite à une mission en Macédoine du Nord, les rapporteurs du Comité contre la Torture, organisation des Nations unies, s’inquiétaient de ne recenser que 3 personnes sous protection subsidiaire vivant dans le pays en 2023, tandis que zéro statut de réfugié n’avait été délivré entre 2016 et 2023. Le pays n’étant pas dans l’UE - bien que sa demande soit en cours -, les critères de l’asile y sont moins stricts et scrutés qu’ailleurs.

    Deux ans plus tard en 2025, on ne compte en Macédoine du Nord que 5 personnes réfugiées - à savoir deux femmes, l’une Congolaise et l’une Syrienne et leurs enfants respectifs -, ainsi que deux 2 personnes sous protection subsidiaire (un Afghan, un Marocain) vivant dans le pays. La troisième personne qui avait réussi à obtenir une protection subsidiaire, un mineur isolé syrien, a quitté le pays. Idem pour un Afghan qui avait obtenu le statut de réfugié.

    Mariam*, 30 ans, est l’une de ces exceptions vivant à Skopje. Après avoir accouché en Grèce, cette Syrienne a traversé la frontière avec la Macédoine du Nord en 2018 alors qu’elle allaitait encore sa fille. Un peu comme Mohamed des années après elle, c’est la dangerosité du passage de frontière qui a stoppé son parcours. Entre la Grèce et la Macédoine, "la police a braqué ses projecteurs sur notre groupe. Tout le monde s’est enfui autour de moi. J’ai commencé à courir moi aussi en portant ma fille, mais je suis tombée dans un trou et je me suis cassé la jambe". En arrivant au centre de transit de #Vinojug, c’est l’association JRS qui la prend sous son aile et la transfère à l’hôpital de Skopje pour la soigner.

    Toutes les années qui ont suivi, JRS l’aide dans ses démarches d’asile et de logement, jusqu’à ce que Mariam obtienne le statut de réfugiée. L’ONG assure encore aujourd’hui un suivi de sa situation. La Croix-Rouge a pu, de son côté, lui trouver du travail chez eux, puis dans un restaurant, et lui prodiguer des cours de macédonien - un vrai défi pour Mariam, qui est analphabète. Aujourd’hui, sa fille a 9 ans. Elle est scolarisée et apprend le macédonien, avec moins de difficultés grâce à son jeune âge. Quant à la jambe de Mariam, après toutes ces années, "j’ai encore des broches... Je dois les faire retirer bientôt", glisse la Syrienne.

    Même si Mariam rencontre encore des difficultés pour apprendre la langue et pour subvenir aux besoins de sa fille avec son maigre salaire, elle l’assure : "Ici, c’est mieux qu’en Grèce. Là-bas, j’avais toujours peur. Je ne me sentais jamais à l’aise. Ici, j’ai des amis macédoniens que je vais voir et qui viennent me voir, je travaille et je n’ai besoin de personne."

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67779/macedoine-du-nord--ce-petit-pays-des-balkans-ou-les-migrants-vulnerabl
    #route_des_Balkans #migrations #réfugiés #IOM

    • En Macédoine du Nord, la zone grise entre « #retours_volontaires » et expulsions déguisées vers la #Grèce (2/3)

      Dans la zone frontalière de la Macédoine du Nord, voisine de la Grèce, les migrants interceptés en arrivant dans ce pays des Balkans se voient offrir l’option du "retour volontaire" par la police macédonienne. Les témoignages recueillis sur place indiquent que la pratique - légale et encadrée sur le papier - navigue dans une zone grise où elle se transforme parfois en expulsions déguisées.

      Un chat roux bondit sur le capot de la voiture de la police aux frontières macédoniennes garée au beau milieu de l’allée centrale. Le félin bâille, s’étire de tout son long, s’assied pour contempler ce qui l’entoure. À l’intérieur du véhicule, un agent surveille d’un air blasé les agissements d’un groupe de jeunes tout juste arrivés ici, dans le centre de transit de Vinojug. Quelques mètres plus loin, un collègue observe lui aussi distraitement le groupe, l’œil davantage attiré par l’écran de son téléphone portable.

      Agglutinés dans l’ouverture de la porte du conteneur qui abrite leurs lits superposés, ces quatre jeunes tout juste arrivés de Grèce posent mille questions à la fois à qui veut bien les entendre. "Où se trouve Skopje [la capitale macédonienne] ?", "Si nous décidons d’aller là-bas, que va-t-il se passer ? Y a-t-il un camp ouvert là-bas ? Combien de temps ça prend pour nous y transférer ?" "Et si la police décide de nous renvoyer vers la Grèce, où est-ce qu’ils nous amèneront ?", s’enquièrent-ils.

      Arrivés hier soir dans ce centre fermé situé dans la petite ville frontalière de Gevgelija au sud de la Macédoine du Nord, ces jeunes sont plein d’incertitudes. Aux exilés venus de Grèce, interceptés et placés dans le centre de Gevgelija par la police aux frontières, deux choix se présentent. Soit demander l’asile pour rester en Macédoine du Nord et être transférés au centre pour demandeurs d’asile de la capitale, Skopje. Soit opérer un "retour volontaire" vers la Grèce.

      "Si nous retournons en Grèce et que la police nous arrête, nous serons emprisonnés pendant deux ans... Et puis dans la zone frontalière il y a des mafias qui pourraient nous kidnapper, nous avons peur", craint un des jeunes du groupe, Raheem, 19 ans, originaire du Caire en Egypte. Retourner en arrière pour s’en remettre une nouvelle fois aux passeurs et tenter un passage sans encombre ne lui semble pas le meilleur calcul.

      "Nous voulons juste être tranquilles et en sécurité... Si notre tranquillité passe par le retour en Grèce, qu’il en soit ainsi. Si notre tranquillité passe par un déplacement dans la capitale à Skopje, qu’il en soit ainsi", hésite-t-il.

      Le lendemain, nous apprenons que Raheem et les autres du groupe ont tous été ramenés en Grèce par la police. Y a-t-il vraiment eu un choix éclairé et informé ? Tous ces jeunes sans exception étaient-ils vraiment "volontaires" ? Mais surtout : qu’est-ce qu’un "retour volontaire" ?
      Les retours volontaires se font "à l’oral, sans documents à signer"

      En théorie, comme le définit l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), il s’agit du "retour assisté ou autonome vers le pays d’origine, de transit ou un pays tiers, sur la base du libre arbitre du retourné". Mais en pratique, en Macédoine du Nord, il s’agit d’une zone grise. Qui se décide uniquement à l’oral, s’installe dans un contexte de manque d’informations, et s’apparente parfois à un refoulement à chaud (ou "pushback") illégal.

      Contacté par Infomigrants, le ministère de l’Intérieur macédonien fournit sa définition de la procédure : "si ils ne sont pas demandeurs d’asile, si ils ne souhaitent pas postuler au programme AVRR (retour volontaire assisté et réintégration) de l’OIM, et si ils ne souhaitent pas rester au centre de transit de Gevgelija pour bénéficier d’une aide, ils sont libres de partir et nous savons qu’ils retournent en Grèce".

      Dans les premières années qui ont suivi le pic migratoire de 2015 et la création du centre de transit de Vinojug à Gevgelija, "la police ne laissait pas le choix et refoulait des groupes", observe Jasmin Redjepi, responsable de l’ONG Legis. En 2022 encore, le réseau Border Violence Monitoring publiait des cas documentés de pushbacks avec vidéos et localisations à l’appui. Qu’en est-il en 2025 ? "Aujourd’hui, la pratique a changé, il s’agit maintenant du choix des personnes", assure Jasmin Redjepi. Mais tout se fait à l’oral : "Il n’y a pas de document écrit à signer ou quoi que ce soit. La Grèce ne les empêche pas d’entrer en Macédoine, la Macédoine renvoie en Grèce : c’est une sorte de situation informelle entre les deux pays. C’est la même chose au nord, entre la Serbie et la Macédoine".

      Selon le responsable associatif, le déploiement en avril 2023 dans la zone frontalière sud de Frontex, l’agence européenne de protection des frontières, a fait évoluer positivement la pratique. "Désormais, quand quelqu’un veut rester ici et demander l’asile, son premier entretien se déroule avec Frontex qui indique ensuite à la police macédonienne : "Laissez-le au centre". Avant, il n’y avait que la police macédonienne, c’était bien plus arbitraire".

      L’analyse est partagée par les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA), qui rappellent que "ces centres de transit demeurent dans une situation juridique peu définie : ils sont placés sous un régime de "gestion de crise" qui dure depuis 2015, donc les gens à l’intérieur ont eux aussi un statut légal peu défini" - donc peu protecteur. "Ce sont des no man’s land, sous aucune juridiction", confirme Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service. "Donc personne ne peut y émettre des documents, signer ou mettre un tampon".
      Sur un simple message du passeur, "les jeunes s’enfuient d’ici la nuit"

      Le "retour volontaire" est l’option très majoritairement retenue pour les exilés débarqués dans ce centre fermé de Vinojug, à la frontière. Mais pourquoi les exilés préféreraient-ils un retour vers la Grèce plutôt qu’un transfert vers la capitale et son centre ouvert pour demandeurs d’asile, à partir duquel il est aisé de partir vers la proche Serbie ?

      D’abord, à cause de la pression mise par les passeurs. Ceux-ci ont tout intérêt à ce que les exilés ne fassent aucune pause sur leur parcours, pour toucher plus vite la somme d’argent débloquable à chaque étape réussie. Or, être transféré de Vinojug vers la capitale Skopje prend du temps : souvent 30 jours d’attente. Mieux vaut donc, pour le business, que les migrants reviennent quelques centaines de mètres en arrière, tentent à nouveau le coup, passent sans encombres et atteignent plus vite la frontière serbe. "Il y a même des passeurs qui ont des stratégies : ils envoient un premier groupe en sachant qu’il va se faire intercepter, pour faire diversion et faire passer un second groupe derrière", évoque Jasmin Redjepi, de l’ONG Legis.

      C’est aussi l’analyse du ministère de l’Intérieur, qui détaille à Infomigrants : "ceux qui sont interceptés par la police macédonienne reçoivent immédiatement l’ordre des passeurs de retourner en Grèce, pour se rendre à nouveau au lieu de rassemblement, l’hôtel Hara, situé à environ 1,5 km, où un nouveau groupe est formé et où ils tentent à nouveau d’être passés clandestinement. Le paiement de l’activité de passeur ne sera effectué par la personne que lorsqu’elle sera arrivée du point A au point B, ce qui signifie qu’elle dispose d’un nombre illimité de tentatives pour être introduite clandestinement sur le territoire de notre pays. C’est pourquoi les personnes retournent volontairement en Grèce."

      De fait : de nombreux exilés acceptent la reconduite. Certains "s’enfuient" même de Vinojug avant que la police n’organise le trajet retour en fourgonnette. Car dans ce centre de transit fermé, les allées et venues sont contrôlées. "Par contre la nuit, ce n’est pas contrôlé. Souvent les jeunes s’enfuient de Vinojug la nuit. En passant au-dessus des grillages", glisse Jasmina, une autre membre de l’ONG Legis opérant au sein du centre de transit. Cette femme énergique aux cheveux rouges et au sourire doux semble connaître tous les secrets du centre, après plusieurs années d’expérience ici. Elle détaille : "Ils partent dès qu’ils reçoivent un message du passeur. Celui-ci leur indique de se rendre à telle ou telle localisation, juste de l’autre côté".

      e l’autre côté des grillages en effet, c’est la "green line" : la zone frontalière, couverte de quelques champs et d’herbes hautes. À l’horizon, la forêt et le paysage montagneux. La Grèce et son premier village, Idoméni, est toute proche. Une équipe d’InfoMigrants y avait d’ailleurs recueilli début octobre le témoignage d’une policière grecque, qui le reconnaissait : "Parfois ce sont les mêmes personnes qui retraversent, celles qui ont déjà été refoulées par la Macédoine du Nord".

      "Ces jeunes, on les retrouve ensuite 4, 5 fois de suite ici, dans le centre de transit", abonde Jasmina. Lorsqu’on lui demande son avis sur ce fonctionnement cyclique, la salariée se contente de hausser les épaules en un grand soupir.
      "Je ne voulais pas aller en Grèce les trois premières fois ! Ce sont les policiers qui me ramenaient"

      Reste que certains exilés résistent aux pressions des passeurs et ne sont en aucun cas "volontaires" pour retourner en arrière. C’est le cas de Mohammad Azim, 16 ans, qui a évité les appels "incessants" du trafiquant qu’il a payé - "Il me disait : ’Qu’est ce que vous foutez là, revenez en Grèce, je ferai en sorte que vous traversiez de nouveau cette frontière pour aller en Serbie”. Mais Mohammad Azim est fatigué de ces agissements. "Les passeurs ne font rien, on ne les voit jamais... On les paie mais je ne sais même plus pourquoi on les paie : c’est nous qui prenons tous les risques."

      Ce jeune homme assure donc avoir déclaré aux autorités, dès sa première interception, vouloir rester en Macédoine du Nord. Pour autant, la police aux frontières ne l’a laissé vraiment s’installer à Vinojug qu’au bout de la... quatrième tentative. À chaque fois, "les policiers macédoniens m’arrêtaient au passage de la frontière, ils m’envoyaient au centre de Gevgelija... Puis ils m’embarquaient avec un autre groupe de migrants qui était là dans ce centre pour nous ramener en Grèce", assure-t-il. Une expulsion, donc.

      Interrogé sur ces pratiques, le Crisis Management Centre (l’organe public régional qui régit le centre de Vinojug) nous renvoie vers le ministère de l’Intérieur, "parce qu’ils sont responsables de la procédure des retours volontaires". Du côté de Frontex, on nous invite également à nous adresser à l’Intérieur et on nous indique que "Frontex n’a pas reçu d’informations concernant le retour de demandeurs d’asile en Grèce." Sollicité par Infomigrants, l’Intérieur abonde : "nous n’avons reçu aucun signalement de ce type, ni de la part des autorités locales, ni de Frontex, ni des ONG".

      L’adolescent de 16 ans montre une camionnette blanche qui passe juste à cet instant sur la route derrière lui. "C’était dans ce genre de véhicules. Ça sert aux policiers pour mettre quasiment 10 personnes dedans. Ça s’est répété trois fois".

      Pourquoi n’a-t-il pas été refoulé, cette quatrième fois ? Difficile de le dire. Certains exilés croient savoir que cela dépend du nombre de places dans le centre de transit, ou des capacités de transfert vers Skopje. D’autres évoquent des décisions purement arbitraires. Quoi qu’il en soit : "On peut qualifier cette situation de pushback, surtout si cela se déroule loin de nos regards et que nous n’en sommes pas avertis", reconnaît et s’inquiète Jasmin Redjepi.
      Refoulé 8 fois d’affilée

      Bien que la présence de Frontex ait fait évoluer positivement les choses, il semble donc que cette pratique du refoulement vers la Grèce se poursuive. Moins systématiquement, plus discrètement. Mais tout aussi illégalement : un refoulement à chaud est contraire au droit car il empêche tout examen de la situation individuelle de la personne.

      Mohammad Azim a 16 ans. Or cette situation de minorité n’a jamais été prise en compte. Dans son rapport sur l’année 2024, les avocates de MYLA regrettaient déjà qu’il n’existe en Macédoine "rien pour les mineurs isolés, pas de procédure formelle de protection ni d’évaluation de l’âge" et que de manière générale "les migrants n’ont pas accès à un recours efficace contre l’expulsion informelle”.

      Rafiullah, un Afghan de 21 ans rencontré au centre pour demandeurs d’asile en banlieue de Skopje, raconte lui aussi avoir été refoulé... Huit fois d’affilée. Il doute même du nombre exact : "C’est seulement la 8ème ou la 9ème fois que l’on m’a enfin dit : "OK, tu peux rester ici".

      Or, Rafiullah affirme qu’il l’avait déclaré aux autorités dès la première interception : "Je voulais rester en Macédoine du Nord. Car je savais que si je demandais l’asile ici, à Gevgelija, après un mois on m’aurait transféré à Skopje. Et qu’une fois à Skopje, je pouvais aller facilement en Serbie".

      Maintenant qu’il a pu rester sur le territoire et rejoindre la capitale, le jeune homme n’a qu’une hâte : rejoindre l’Europe de l’Ouest, lui qui a un cousin travaillant dans une entreprise en France. Souriant, les yeux pétillants, il s’enquiert : "Est-ce que les Français sont plus bienveillants ? Ici, les gens dans les Balkans sont racistes : on me regarde toujours bizarrement comme ça" - il fronce les sourcils, la mine fermée, puis éclate de rire - "J’ai du mal à comprendre pourquoi".

      https://www.infomigrants.net/fr/post/67838/en-macedoine-du-nord-la-zone-grise-entre-retours-volontaires-et-expuls
      #renvois #expulsions #refoulements #push-backs

    • Interrogés, détenus comme témoins : en Macédoine du Nord, les conséquences sur les exilés de la lutte contre les passeurs (3/3)

      La lutte contre les passeurs est un enjeu stratégique en Macédoine du Nord, tant pour ce pays de transit sur la route des Balkans que pour l’Union européenne. Mais elle n’est pas sans revers : les personnes migrantes et les ONG témoignent notamment d’interrogatoires et de détentions arbitraires, sans cadre légal.

      Des dizaines et des dizaines de voitures s’entassent à l’entrée du centre de transit de Vinojug, au sud de la Macédoine du Nord. Un camion de marchandises dévoile, sous sa bâche, des montagnes de cageots. Un chien errant passe. Tous ces véhicules ont été saisis ces derniers mois par la police aux frontières macédonienne, lors des interceptions de groupes d’exilés tentant de franchir la frontière depuis la Grèce. Non loin de là, les reliefs du territoire grec dessinent l’horizon.

      "99%" des exilés qui passent dans cette zone frontalière le font grâce à un réseau de passeur, affirme le ministère de l’Intérieur macédonien, sollicité par InfoMigrants. L’Intérieur se dit tout à fait informé des lieux-clés : "lorsqu’ils arrivent en Grèce, ils reçoivent des instructions et sont envoyés vers un lieu de rassemblement situé près de la frontière, sur le territoire grec, près d’Evzoni, appelé Hôtel Hara, à environ 1,5 kilomètre" de Gevgelija, précise le ministère. Là, au pied de ce fameux hôtel tout simple, en bord de route, bordée d’une station-essence décrépie et de tables de pique-nique sous abri, "les passeurs les attendent et les conduisent à pied de manière illégale pour traverser le territoire macédonien."

      La lutte contre les passeurs en Macédoine du Nord, pays de transit pour les exilés souhaitant rejoindre l’Europe occidentale, est un enjeu national. Mais aussi et surtout européen - bien que ce petit pays des Balkans ne fasse pas partie de l’UE. Frontex y est déployé depuis avril 2023. Tout récemment, du 13 au 17 octobre, des experts de l’OLTIM (Office français de lutte contre le trafic illicite de migrants) sont venus former des policiers macédoniens sur la lutte contre les trafiquants. La formation est délivrée dans la cadre de "la coopération renforcée entre la France et le Royaume-Uni", précise le communiqué.

      Cette lutte active n’est pas sans conséquence sur les droits des exilés. À l’intérieur du centre de Vinojug, quatre jeunes hommes viennent d’arriver dans la nuit. "Le passeur m’a dit au téléphone : "Marche dans la forêt, et tu trouveras une voiture. Et dans trois ou quatre jours tu seras en Italie"", raconte l’un d’eux, Mohamed, un Soudanais de 21 ans. "Nous sommes restés deux jours dans la forêt sans manger, sous la pluie... Et il n’y avait pas de voiture", soupire-t-il.

      Les jeunes avaient formé un groupe de huit dans cette forêt. Mais ils ne sont désormais plus que quatre. Car après l’interception dans la nuit de leur groupe, "la police nous a amenés dans ce centre, a pris nos empreintes, a confisqué nos documents grecs et nos téléphones", racontent-ils. Puis quatre d’entre eux ont été emmenés à plus de deux heures de voiture de là, à Skopje, la capitale. Pour être entendus comme témoins au tribunal. Les quatre restés ici, l’air perdu, ne savent pas pourquoi, quand ils rentreront, ce qu’il va advenir d’eux-mêmes et de leurs effets personnels.
      Détenu comme témoin : la procédure "hors de tout cadre légal" en vigueur en Macédoine du Nord

      Ce transfert à Skopje pour être entendus comme témoins est une procédure inédite en Europe qui s’applique là en Macédoine du Nord. Systématiquement, une partie d’un groupe d’exilés intercepté est transféré à Skopje dans le centre de rétention de Gazi Baba (appelé "centre d’accueil pour les étrangers", en réalité un centre de détention pour ceux qui sont en irrégularité administrative). Le temps d’être présentés devant un juge. Non pas en qualité de prévenus ; mais bien de simples témoins.

      "C’est totalement illégal", dénonce Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service (JRS). "C’est une situation qui n’est pas inscrite dans la loi. Le procureur donne des instructions orales à la police de détenir les personnes pour qu’elles témoignent contre les passeurs", expliquent les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA).

      "La détention arbitraire de migrants en situation irrégulière au centre de détention de Gazi Baba, qui doivent être présentés devant le tribunal pénal pour faire une déposition, reste préoccupante", épinglait déjà en octobre 2024 un rapport de la Commission européenne. Sollicité également sur ce sujet, le ministère de l’Intérieur n’a, à l’heure où nous écrivons ces lignes, pas répondu à nos questions sur ce point.

      De plus, parmi les quatre jeunes transférés à Skopje ce jour-là, se trouvaient deux mineurs, selon la base de données commune aux associations à Vinojug, et à la police aux frontières. "Nous avons longtemps mené un plaidoyer pour qu’il n’y ait plus de mineurs dans ce centre de détention", expliquent les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA). "Je passe mon temps à dire aux autorités que si elles veulent un jour intégrer l’Union européenne, il faut mettre fin à la détention administrative des enfants", insiste aussi Mitko Kiprovski.

      Cette pratique de la détention en tant que témoins s’est néanmoins améliorée. "Les années passées, les gens étaient détenus pour une plus longue période et la situation était pire", souligne Teodora Kjoseva Kostadinovska, de la Macedonian Young Lawyers Association. La période de détention en tant que témoin pouvait alors durer plusieurs semaines voire plusieurs mois.

      "Désormais, surtout en 2025, la situation s’est améliorée. Les gens sont détenus un ou deux jours. Ce qui n’est toujours pas légal, bien sûr", affirme Teodora Kjoseva Kostadinovska. En cas de jours non-ouvrés, les exilés peuvent rester jusqu’à 3 ou 4 jours en détention, précise de son côté Mitko Kiprovski.
      "La seule façon de sortir est de demander l’asile"

      Au-delà du fait qu’elle s’effectue hors de tout cadre légal, cette détention a des conséquences sur le parcours des exilés. Il est impossible de demander l’asile avant l’audience : “le dépôt d’une demande d’asile n’est autorisé qu’après que les témoignages de ces personnes devant le procureur dans le cadre des procédures engagées contre les passeurs ont été entendus", explique le rapport 2024 de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA).

      Enfin, après l’audience, les ONG expliquent que les personnes n’ont d’autre choix que de déposer une demande d’asile pour sortir de Gazi Baba. "La seule façon légale de sortir de détention est de faire une demande d’asile orale et ainsi d’être transféré au centre d’accueil pour demandeurs d’asile", en périphérie de Skopje, explique Mitko Kiprovski.

      MYLA a constaté aussi cette situation en 2024 à partir d’un groupe : "certains d’entre eux ont été transférés au centre d’accueil pour étrangers et, après avoir témoigné dans le cadre des procédures pénales engagées contre les passeurs, ils ont été libérés après avoir déposé une demande d’asile."

      Mais dans la pratique, ce qu’il se passe après est parfois aléatoire. Il arrive que les gens "soient laissés et partent dans des directions inconnues", indique Mitko Kiprovski. D’autres fois, les exilés sont ramenés au centre de transit de Vinojug. C’est le cas des quatre jeunes interrogés ce jour-là, qui ont rejoint, deux jours plus tard, les quatre restés à Vinojug. Tout de suite après, la police aux frontières les a reconduits sur le territoire grec, dans le cadre du "retour volontaire" qui s’applique là-bas - en réalité une zone grise frôlant parfois avec le refoulement illégal.
      "On m’a mis la pression" : des interrogatoires à l’intérieur même du centre de transit

      Rafiullah a l’allure droite, l’aisance et le sens de la tchatche des serveurs, lui qui a travaillé à ce poste dans un restaurant à Ankara, en Turquie, pendant trois mois, avant d’arriver en Grèce puis en Macédoine du Nord. L’anglais parfait, aussi. Le turc aussi : il l’a appris pendant ses mois à Ankara. Au total, ce jeune Afghan de 21 ans manie parfaitement cinq langues - en Afghanistan, il a suivi une formation de langues. "Je crois que plus j’apprends des langues, plus mon cerveau est capable d’en assimiler de nouvelles facilement", songe-t-il en souriant. Par conséquent, dans le centre de Vinojug, "j’aidais tout le monde, je faisais l’interprète".

      Mais cette faculté lui a attiré des ennuis "à cause ça, on me prenait pour un passeur". Déjà, le jeune homme a été dans le radar des autorités pour avoir tenté de passer huit fois d’affilée la frontière. "À chaque fois on me voyait avec un groupe différent. C’est aussi pour ça qu’on me prenait pour un passeur, je crois. La première fois, on ne m’a rien dit, les fois suivantes à chaque fois : pourquoi tu es avec ce groupe, tu es passeur ?"

      Debout dans son sweat à capuche vert aux côtés de Rafiullah, un autre jeune Afghan, Mohammad Azim, âgé de 16 ans, explique la logique : "quand tu essaies une fois et que tu échoues, que tu es reconduit en Grèce, le passeur te prend comme repère. Il te met avec quelques nouvelles personnes et te dit : "maintenant que tu sais comment ça fonctionne, c’est toi qui vas pouvoir les guider, et leur acheter un ticket de bus". De nombreux exilés tentent de monter dans un bus public qui se rend de Gevgelija à Skopje, très surveillé par la police.

      Rafiullah n’a pas choisi de passer huit fois : il assure avoir été refoulé contre son gré, lui qui voulait entrer dans le système d’asile pour être transféré à Skopje. Toujours est-il que la neuvième fois - il ne sait toujours pas pourquoi -, les autorités l’ont laissé s’installer à Vinojug... Non sans lui faire subir, cette fois, un véritable interrogatoire de police à l’intérieur même du centre de transit. "J’ai été interrogé par quelqu’un de la police, dans une salle en préfabriqué, tout seul. L’agent de police me demandait “tu es le passeur ? tu as aidé le passeur, non ?”. Il me mettait la pression, il me faisait croire que les autres m’avaient dénoncé comme tel."

      Pour rappel, "ces centres de transit demeurent dans une situation juridique peu définie", soulignent les avocates de MYLA. "Ils sont placés sous un régime de "gestion de crise" qui dure depuis 2015, donc les gens à l’intérieur ont eux aussi un statut légal peu défini". "Ce sont des no man’s land, sous aucune juridiction", confirme Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service. "Donc personne ne peut y émettre des documents, signer ou mettre un tampon". Le cadre juridique de ce type d’interrogatoires, et l’accès à un droit à la défense, pose donc problème.

      Rafiullah explique à cet agent qu’il n’a fait qu’essayer de traverser comme les autres. "Je lui répondais que je n’avais rien à voir avec le passeur, que je savais qu’ils n’avaient rien contre moi, que moi je voulais rester ici en Macédoine. Après ça, ils m’ont laissé repartir dans le centre".

      Le jeune homme ne sera plus refoulé et bien enregistré comme demandeur d’asile à Vinojug. Mais "depuis cet interrogatoire, je n’ai plus jamais joué les interprètes. Je fermais ma bouche. Je ne parlais plus qu’anglais dans le centre". Un mois plus tard, il a été transféré au centre pour demandeurs d’asile de Skopje.
      À 16 ans, 10 mois de prison pour aide au passage

      C’est de ce centre situé en périphérie de la capitale, face à une lande à l’abandon et des toits en brique emmenant le regard vers les montagnes au loin, que sort ce midi-là, cigarette à la main, Kayum Aryoubi. D’emblée, il adresse un signe de la main. Son visage encore adolescent du haut de ses 17 ans, avec ses yeux ronds et ses grains de beauté autour d’une courte barbe, s’éclaire d’un sourire. Sur son k-way gris clair, au dos, il est écrit "A step forward" ("Un pas en avant").

      Le jeune homme est loin d’avoir eu un parcours insouciant. Il a quitté l’Afghanistan, avec un oncle, à l’âge de 10 ans. Toutes ces années, ils ont vécu en Turquie, puis en Grèce. Il y a onze mois de cela, tous deux ont franchi la frontière macédonienne : l’oncle a réussi à passer mais Kayum, lui, a été intercepté par la police. "On se trouvait dans un bus" - ce fameux bus public qui rejoint Skopje depuis Gevgelija - "quand la police nous a trouvés", commence l’adolescent. "Dans ce bus il y avait un Turc qui travaillait avec les passeurs. Mais ce Turc m’a dénoncé moi comme étant lié aux passeurs".

      Après une nuit au centre de transit de Vinojug, Kayum Aryoubi a été transféré à Skopje pour comparaître devant un tribunal. "Le Turc a témoigné contre moi. J’ai été condamné à 10 mois de prison". Il avait alors 16 ans.

      L’adolescent est incarcéré dans la prison de Kumanovo, au nord du pays, pour purger sa peine d’aide au passage. "C’était très violent”, souffle le jeune homme qui se dit traumatisé par son incarcération. "Les détenus étaient maltraités par les gardiens de cette prison, moi y compris. Je vivais dans une petite cellule avec 4 autres personnes". Les quatre étaient des prisonniers de droit commun macédoniens. "C’est là que j’ai appris le macédonien. Mais c’était très dur de vivre avec des gens de ce pays."

      À la fin de sa peine, on le transfère pour un mois à Gazi Baba, le centre de rétention pour étrangers. Les conditions au quotidien y sont meilleures, assure-t-il. Mais le jeune homme sombre mentalement. Il y a appris, il y a quinze jours, le décès de sa sœur et de ses deux frères dans un affrontement entre les Taliban et les Pakistanais. "Je me suis blessé avec un rasoir quand j’ai appris ça", confie-t-il en dévoilant, sur son torse, de longues cicatrices encore rouges. "Je voulais sortir de là. Et j’étais tellement triste que je ne savais pas ce que je faisais."

      Depuis trois jours, Kayum a été libéré de Gazi Baba et est hébergé en tant que demandeur d’asile déclaré dans ce centre ouvert de Skopje. Aujourd’hui, il veut partir en Serbie dès que possible. C’était son objectif depuis le début de son entrée sur le territoire macédonien. Mais pour ce faire, il a besoin d’un téléphone. Il y a onze mois, "quand j’ai été arrêté par la police macédonienne, ils m’ont pris mon téléphone. J’avais aussi 500 euros sur moi. Ils m’ont tout pris et ne me les ont jamais rendus", glisse-t-il.

      Le jeune homme espère un jour rejoindre la France pour y demander protection. "Obtenir l’asile y est moins difficile pour les Afghans", croit-il, "et j’ai des amis qui sont là-bas".

      https://www.infomigrants.net/fr/post/67859/interroges-detenus-comme-temoins--en-macedoine-du-nord-les-consequence
      #criminalisation_de_la_migration #passeurs #détention #détention_arbitraire

  • En Macédoine du Nord, la zone grise entre « retours volontaires » et expulsions déguisées vers la Grèce (2/3) - InfoMigrants
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    En Macédoine du Nord, la zone grise entre "retours volontaires" et expulsions déguisées vers la Grèce (2/3)
    Par Maïa Courtois Publié le : 31/10/2025 Dernière modification : 02/11/2025
    Dans la zone frontalière de la Macédoine du Nord, voisine de la Grèce, les migrants interceptés en arrivant dans ce pays des Balkans se voient offrir l’option du "retour volontaire" par la police macédonienne. Les témoignages recueillis sur place indiquent que la pratique - légale et encadrée sur le papier - navigue dans une zone grise où elle se transforme parfois en expulsions déguisées.
    Un chat roux bondit sur le capot de la voiture de la police aux frontières macédoniennes garée au beau milieu de l’allée centrale. Le félin bâille, s’étire de tout son long, s’assied pour contempler ce qui l’entoure. À l’intérieur du véhicule, un agent surveille d’un air blasé les agissements d’un groupe de jeunes tout juste arrivés ici, dans le centre de transit de Vinojug. Quelques mètres plus loin, un collègue observe lui aussi distraitement le groupe, l’œil davantage attiré par l’écran de son téléphone portable.
    Agglutinés dans l’ouverture de la porte du conteneur qui abrite leurs lits superposés, ces quatre jeunes tout juste arrivés de Grèce posent mille questions à la fois à qui veut bien les entendre. "Où se trouve Skopje [la capitale macédonienne] ?", "Si nous décidons d’aller là-bas, que va-t-il se passer ? Y a-t-il un camp ouvert là-bas ? Combien de temps ça prend pour nous y transférer ?" "Et si la police décide de nous renvoyer vers la Grèce, où est-ce qu’ils nous amèneront ?", s’enquièrent-ils.Arrivés hier soir dans ce centre fermé situé dans la petite ville frontalière de Gevgelija au sud de la Macédoine du Nord, ces jeunes sont plein d’incertitudes. Aux exilés venus de Grèce, interceptés et placés dans le centre de Gevgelija par la police aux frontières, deux choix se présentent. Soit demander l’asile pour rester en Macédoine du Nord et être transférés au centre pour demandeurs d’asile de la capitale, Skopje. Soit opérer un "retour volontaire" vers la Grèce."Si nous retournons en Grèce et que la police nous arrête, nous serons emprisonnés pendant deux ans... Et puis dans la zone frontalière il y a des mafias qui pourraient nous kidnapper, nous avons peur", craint un des jeunes du groupe, Raheem, 19 ans, originaire du Caire en Egypte. Retourner en arrière pour s’en remettre une nouvelle fois aux passeurs et tenter un passage sans encombre ne lui semble pas le meilleur calcul. (...)
    Le lendemain, nous apprenons que Raheem et les autres du groupe ont tous été ramenés en Grèce par la police. Y a-t-il vraiment eu un choix éclairé et informé ? Tous ces jeunes sans exception étaient-ils vraiment "volontaires" ? Mais surtout : qu’est-ce qu’un "retour volontaire" ?
    En théorie, comme le définit l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), il s’agit du "retour assisté ou autonome vers le pays d’origine, de transit ou un pays tiers, sur la base du libre arbitre du retourné". Mais en pratique, en Macédoine du Nord, il s’agit d’une zone grise. Qui se décide uniquement à l’oral, s’installe dans un contexte de manque d’informations, et s’apparente parfois à un refoulement à chaud (ou "pushback") illégal. Contacté par Infomigrants, le ministère de l’Intérieur macédonien fournit sa définition de la procédure : "si ils ne sont pas demandeurs d’asile, si ils ne souhaitent pas postuler au programme AVRR (retour volontaire assisté et réintégration) de l’OIM, et si ils ne souhaitent pas rester au centre de transit de Gevgelija pour bénéficier d’une aide, ils sont libres de partir et nous savons qu’ils retournent en Grèce".
    Dans les premières années qui ont suivi le pic migratoire de 2015 et la création du centre de transit de Vinojug à Gevgelija, "la police ne laissait pas le choix et refoulait des groupes", observe Jasmin Redjepi, responsable de l’ONG Legis. En 2022 encore, le réseau Border Violence Monitoring publiait des cas documentés de pushbacks avec vidéos et localisations à l’appui. Qu’en est-il en 2025 ? "Aujourd’hui, la pratique a changé, il s’agit maintenant du choix des personnes", assure Jasmin Redjepi. Mais tout se fait à l’oral : "Il n’y a pas de document écrit à signer ou quoi que ce soit. La Grèce ne les empêche pas d’entrer en Macédoine, la Macédoine renvoie en Grèce : c’est une sorte de situation informelle entre les deux pays. C’est la même chose au nord, entre la Serbie et la Macédoine".
    Selon le responsable associatif, le déploiement en avril 2023 dans la zone frontalière sud de Frontex, l’agence européenne de protection des frontières, a fait évoluer positivement la pratique. "Désormais, quand quelqu’un veut rester ici et demander l’asile, son premier entretien se déroule avec Frontex qui indique ensuite à la police macédonienne : "Laissez-le au centre". Avant, il n’y avait que la police macédonienne, c’était bien plus arbitraire".
    L’analyse est partagée par les avocates de la Macedonian Young Lawyers Association (MYLA), qui rappellent que "ces centres de transit demeurent dans une situation juridique peu définie : ils sont placés sous un régime de "gestion de crise" qui dure depuis 2015, donc les gens à l’intérieur ont eux aussi un statut légal peu défini" - donc peu protecteur. "Ce sont des no man’s land, sous aucune juridiction", confirme Mitko Kiprovski, avocat et chargé de plaidoyer de l’ONG Jesuit Refugee Service. "Donc personne ne peut y émettre des documents, signer ou mettre un tampon". Le "retour volontaire" est l’option très majoritairement retenue pour les exilés débarqués dans ce centre fermé de Vinojug, à la frontière. Mais pourquoi les exilés préféreraient-ils un retour vers la Grèce plutôt qu’un transfert vers la capitale et son centre ouvert pour demandeurs d’asile, à partir duquel il est aisé de partir vers la proche Serbie ?
    D’abord, à cause de la pression mise par les passeurs. Ceux-ci ont tout intérêt à ce que les exilés ne fassent aucune pause sur leur parcours, pour toucher plus vite la somme d’argent débloquable à chaque étape réussie. Or, être transféré de Vinojug vers la capitale Skopje prend du temps : souvent 30 jours d’attente. Mieux vaut donc, pour le business, que les migrants reviennent quelques centaines de mètres en arrière, tentent à nouveau le coup, passent sans encombres et atteignent plus vite la frontière serbe. "Il y a même des passeurs qui ont des stratégies : ils envoient un premier groupe en sachant qu’il va se faire intercepter, pour faire diversion et faire passer un second groupe derrière", évoque Jasmin Redjepi, de l’ONG Legis.
    C’est aussi l’analyse du ministère de l’Intérieur, qui détaille à Infomigrants : "ceux qui sont interceptés par la police macédonienne reçoivent immédiatement l’ordre des passeurs de retourner en Grèce, pour se rendre à nouveau au lieu de rassemblement, l’hôtel Hara, situé à environ 1,5 km, où un nouveau groupe est formé et où ils tentent à nouveau d’être passés clandestinement. Le paiement de l’activité de passeur ne sera effectué par la personne que lorsqu’elle sera arrivée du point A au point B, ce qui signifie qu’elle dispose d’un nombre illimité de tentatives pour être introduite clandestinement sur le territoire de notre pays. C’est pourquoi les personnes retournent volontairement en Grèce."
    De fait : de nombreux exilés acceptent la reconduite. Certains "s’enfuient" même de Vinojug avant que la police n’organise le trajet retour en fourgonnette. Car dans ce centre de transit fermé, les allées et venues sont contrôlées. "Par contre la nuit, ce n’est pas contrôlé. Souvent les jeunes s’enfuient de Vinojug la nuit. En passant au-dessus des grillages", glisse Jasmina, une autre membre de l’ONG Legis opérant au sein du centre de transit. Cette femme énergique aux cheveux rouges et au sourire doux semble connaître tous les secrets du centre, après plusieurs années d’expérience ici. Elle détaille : "Ils partent dès qu’ils reçoivent un message du passeur. Celui-ci leur indique de se rendre à telle ou telle localisation, juste de l’autre côté".
    De l’autre côté des grillages en effet, c’est la "green line" : la zone frontalière, couverte de quelques champs et d’herbes hautes. À l’horizon, la forêt et le paysage montagneux. La Grèce et son premier village, Idoméni, est toute proche. Une équipe d’InfoMigrants y avait d’ailleurs recueilli début octobre le témoignage d’une policière grecque, qui le reconnaissait : "Parfois ce sont les mêmes personnes qui retraversent, celles qui ont déjà été refoulées par la Macédoine du Nord". "Ces jeunes, on les retrouve ensuite 4, 5 fois de suite ici, dans le centre de transit", abonde Jasmina. Lorsqu’on lui demande son avis sur ce fonctionnement cyclique, la salariée se contente de hausser les épaules en un grand soupir.
    Reste que certains exilés résistent aux pressions des passeurs et ne sont en aucun cas "volontaires" pour retourner en arrière. C’est le cas de Mohammad Azim, 16 ans, qui a évité les appels "incessants" du trafiquant qu’il a payé - "Il me disait : ’Qu’est ce que vous foutez là, revenez en Grèce, je ferai en sorte que vous traversiez de nouveau cette frontière pour aller en Serbie”. Mais Mohammad Azim est fatigué de ces agissements. "Les passeurs ne font rien, on ne les voit jamais... On les paie mais je ne sais même plus pourquoi on les paie : c’est nous qui prenons tous les risques." Ce jeune homme assure donc avoir déclaré aux autorités, dès sa première interception, vouloir rester en Macédoine du Nord. Pour autant, la police aux frontières ne l’a laissé vraiment s’installer à Vinojug qu’au bout de la... quatrième tentative. À chaque fois, "les policiers macédoniens m’arrêtaient au passage de la frontière, ils m’envoyaient au centre de Gevgelija... Puis ils m’embarquaient avec un autre groupe de migrants qui était là dans ce centre pour nous ramener en Grèce", assure-t-il. Une expulsion, donc.
    Interrogé sur ces pratiques, le Crisis Management Centre (l’organe public régional qui régit le centre de Vinojug) nous renvoie vers le ministère de l’Intérieur, "parce qu’ils sont responsables de la procédure des retours volontaires". Du côté de Frontex, on nous invite également à nous adresser à l’Intérieur et on nous indique que "Frontex n’a pas reçu d’informations concernant le retour de demandeurs d’asile en Grèce." Sollicité par Infomigrants, l’Intérieur abonde : "nous n’avons reçu aucun signalement de ce type, ni de la part des autorités locales, ni de Frontex, ni des ONG".
    L’adolescent de 16 ans montre une camionnette blanche qui passe juste à cet instant sur la route derrière lui. "C’était dans ce genre de véhicules. Ça sert aux policiers pour mettre quasiment 10 personnes dedans. Ça s’est répété trois fois". Pourquoi n’a-t-il pas été refoulé, cette quatrième fois ? Difficile de le dire. Certains exilés croient savoir que cela dépend du nombre de places dans le centre de transit, ou des capacités de transfert vers Skopje. D’autres évoquent des décisions purement arbitraires. Quoi qu’il en soit : "On peut qualifier cette situation de pushback, surtout si cela se déroule loin de nos regards et que nous n’en sommes pas avertis", reconnaît et s’inquiète Jasmin Redjepi.
    Bien que la présence de Frontex ait fait évoluer positivement les choses, il semble donc que cette pratique du refoulement vers la Grèce se poursuive. Moins systématiquement, plus discrètement. Mais tout aussi illégalement : un refoulement à chaud est contraire au droit car il empêche tout examen de la situation individuelle de la personne. Mohammad Azim a 16 ans. Or cette situation de minorité n’a jamais été prise en compte. Dans son rapport sur l’année 2024, les avocates de MYLA regrettaient déjà qu’il n’existe en Macédoine "rien pour les mineurs isolés, pas de procédure formelle de protection ni d’évaluation de l’âge" et que de manière générale "les migrants n’ont pas accès à un recours efficace contre l’expulsion informelle”.
    Les allées et venues au centre fermé de transit de Vinojug sont contrôlées en journée. Mais la nuit, certains passent par-dessus les grillages pour rejoindre les localisations données par les passeurs dans la zone frontalière. Ces deniers n’hésitent pas à les mettre sous pression pour éviter l’attente d’un transfert vers la capitale.
    Maintenant qu’il a pu rester sur le territoire et rejoindre la capitale, le jeune homme n’a qu’une hâte : rejoindre l’Europe de l’Ouest, lui qui a un cousin travaillant dans une entreprise en France. Souriant, les yeux pétillants, il s’enquiert : "Est-ce que les Français sont plus bienveillants ? Ici, les gens dans les Balkans sont racistes : on me regarde toujours bizarrement comme ça" - il fronce les sourcils, la mine fermée, puis éclate de rire - "J’ai du mal à comprendre pourquoi".

    #Covid-19#migrant#migration#macedoine#serbie#grece#balkans#routemigratoire#refoulement#politiquemigratoire#frontiere#UE#sante#droit

  • #Frontex, agent intouchable du #renseignement_migratoire

    L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex, est devenue, en vingt ans [1], le bras armé des politiques sécuritaires de l’Union européenne (UE) et de ses États membres. Initialement créée pour coordonner le contrôle des #frontières, organiser les #expulsions et produire des « #analyses_de_risques » des mouvements de populations, Frontex a élargi son champ d’intervention bien au-delà des questions migratoires.

    Nonobstant des enquêtes institutionnelles et journalistiques ayant démontré que ses officiers s’étaient rendus coupables de graves #violations_de_droits, tout semble organisé pour que la responsabilité de l’agence Frontex ne soit ni engagée ni reconnue. En sus de ses traditionnelles activités de #surveillance et de #contrôle des frontières prévues dans le règlement (UE) 2019/1896, l’agence tentaculaire dotée de moyens exponentiels est devenue tout à la fois agent du renseignement, négociateur, influenceur et membre d’un réseau de dissuasion violente, que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter.

    Produire de l’information, qu’importe sa véracité

    Comme pour tout bon agent du renseignement, recueillir et exploiter des informations relevant de la vie privée est un axe essentiel du travail de Frontex. Elle collecte ces #données par le biais des États membres, d’agences européennes et d’organisations partenaires, mais aussi dans le cadre de ses propres opérations (maritimes, aériennes, terrestres). Elle est présente aux #frontières_maritimes (Méditerranée centrale et Manche), ainsi qu’aux #frontières_terrestres et aériennes de plusieurs pays (#Albanie, #Géorgie, #Monténégro, #Serbie, #Macédoine_du_Nord, #Moldavie, #Ukraine). Elle a progressivement élargi ses activités vers la zone #pré-frontière de l’UE et ouvert des bureaux #satellites temporaires dans des pays tiers du voisinage méridional et en #Afrique_de_l’Ouest [2].

    Quantité d’informations sont susceptibles d’être enregistrées : certaines sont générales, telles les routes migratoires empruntées, les dates de franchissement de frontière, les listes de passagers ou le pays de provenance ; d’autres, plus spécifiques, sont relatives aux #données_biographiques, aux incidents au cours d’opérations, jusqu’au lieu où se cachent les personnes au moment du contrôle. Les données recueillies nourrissent divers fichiers, parmi lesquels celui d’#Eurosur, instrument de surveillance et d’échange d’informations entre Frontex et les États membres, ou le #Joint_Operation_Reporting_Application (#Jora). Elles donnent aussi – et surtout – lieu à la production de #rapports_analytiques, avec une photographie de la situation aux frontières, supposés permettre de déterminer le niveau de « #risques » de déplacements vers le continent européen.

    Le Contrôleur européen de la protection des données (CEPD) estime que, malgré les moyens déployés, les « analyses de risques » produites par l’agence sont fondées sur des informations peu fiables, obtenues lors d’entretiens menés sans le consentement des migrant·es ni protection de leur identité [3]. Il a également émis des réserves quant à la sécurisation des données et l’ampleur de la collecte.

    L’#opacité des activités de Frontex inquiète aussi le Médiateur européen, qui a traité plusieurs plaintes concernant l’impossibilité d’accéder à des documents et informations. Il faut préciser que l’agence est très réticente à fournir les informations demandées, y compris à ses propres contrôleurs, chargés depuis 2019 d’évaluer en permanence le respect des droits fondamentaux dans ses activités opérationnelles [4].

    Frontex reconnaît elle-même que ses chiffres comportent des #erreurs : alors qu’elle communique chaque année sur le nombre de franchissements de frontières non autorisés, elle admet qu’« il n’existe aucun dispositif permettant d’établir le nombre exact de personnes ayant franchi les frontières [5] ». Mais pour elle, il s’agit presque d’une question secondaire : selon sa directrice adjointe, Aija Kaljana, « il est essentiel de devenir une organisation axée sur le #renseignement, car les ressources humaines et techniques sont limitées [6] ». L’ambition de Frontex est donc de passer d’une agence du contrôle migratoire à un #service_de_renseignement.

    Travailler en synergie, y compris hors du champ migratoire

    L’agence, au cœur d’un vaste réseau d’échanges de données, coopère avec de nombreux services, civils ou militaires, ayant des objets aussi variés que la pêche, la lutte contre le #narcotrafic ou la #sécurité_aérienne [7]. Frontex a créé, en 2018, la #Maritime_Intelligence_Community–Risk_Analysis_Network (#MIC-RAN), soit une communauté du #renseignement_maritime et un réseau d’analyse des risques, pour collecter des données et diffuser des rapports sur les #menaces_maritimes (i.e. l’appropriation illégale des zones maritimes, les conséquences du réchauffement climatique, les « usages illégaux » de la mer). Autre illustration de la diversité de ses collaborations : l’agence négocie des accords avec des sociétés d’affrètement comme #EASP_Air, #DEA_Aviation ou #Airbus [8] qui fournissent des #aéronefs, le personnel pour les exploiter et l’infrastructure technique pour la transmission des données enregistrées, en temps réel, au siège à Varsovie [9]. Elle capte également des données depuis l’espace, car elle a conclu un contrat avec #Unseenlabs, une entreprise française spécialisée dans la surveillance maritime par radiofréquence depuis l’espace, ou se sert des satellites du programme #Copernicus d’observation de la Terre qui sont utilisés pour la sécurité, la protection civile, la gestion de l’environnement et la recherche sur le changement climatique [10].

    Engagée dans des projets de recherche et développement, l’agence finance ceux qui se focalisent sur le matériel de surveillance [11]. Elle a étroitement suivi les avancées du programme #ITFlows, un outil de prédiction des flux migratoires à partir de techniques d’analyse automatisée de données, en y contribuant activement via la fourniture d’informations récoltées dans le cadre de ses missions [12]. Dans le même registre, elle a organisé avec des garde-côtes italiens, début 2025, un atelier international intitulé Évolution des garde-côtes : l’#intelligence_artificielle et les systèmes sans pilote améliorent les opérations de recherche et de sauvetage. Vaste programme à l’heure où le recours à l’intelligence artificielle (#IA) pose de sérieuses questions éthiques [13].

    Au-delà des frontières de l’Europe, Frontex multiplie des #campagnes qui sont de véritables opérations de séduction, afin de s’assurer du concours des États tiers pour empêcher les départs depuis les pays d’origine. Ainsi est-elle à l’initiative du projet #Africa–Frontex_Intelligence_Community (#Afic) dans huit pays africains (#Côte_d’Ivoire, #Gambie, #Ghana, #Mauritanie, #Niger, #Nigeria, #Sénégal et #Togo), officiellement lancé pour « collecter et analyser des données sur la #criminalité_transfrontalière et soutenir les autorités impliquées dans la #gestion_des_frontières ». Frontex a également organisé des séances opérationnelles de #sensibilisation à la lutte contre la #fraude_documentaire et la fraude à l’identité en #Albanie, #Bosnie-Herzégovine, #Égypte, #Géorgie, #Moldavie, #Macédoine_du_Nord, #Serbie et en #Tunisie.

    Comme pour conforter sa place centrale dans le réseau d’information qui surveille tout et constamment, c’est avec les services de répression, tels l’#Office_européen_de_police (#Europol) et l’#Organisation_internationale_de_police_criminelle (#Interpol), que l’agence a intensifié ses relations. Depuis 2008, Frontex signe des accords de coopération et des plans d’action conjoints avec Europol pour partager avec cette agence les informations qu’elle recueille, singulièrement via Eurosur, à des fins de lutte contre la criminalité ou le terrorisme. Sur le terrain, cette entente s’est notamment matérialisée durant des opérations relevant de la politique de sécurité et de défense commune (opérations #Sophia et #Jot_Mare en 2015). Plus surprenant : en 2024, Frontex a codirigé une opération internationale visant à lutter contre la #contrebande_de_drogue par voie maritime en fournissant un soutien technique et opérationnel [14] ; elle est aussi intervenue pour des opérations de soutien pendant les #Jeux_olympiques en France [15], pendant la compétition de l’Euro en Allemagne, ou encore durant la guerre en Ukraine... Elle outrepasse ainsi sa mission initiale et s’érige comme un organe de « super-contrôle ».

    De son côté, Interpol travaille avec l’UE et Frontex dans le domaine de la sécurisation des frontières, sous forme de collaborations techniques, de #formations et de projets de recherche communs. Frontex a élaboré un manuel de référence contenant des alertes de falsification et des cartes de contrôle rapide servant d’aides visuelles à la décision lors de la vérification de documents. Ce dispositif est désormais au cœur du système de bibliothèque électronique de documents #Frontex-Interpol (#Fields). Les #bases_de_données d’une agence de surveillance des frontières et celles d’une organisation de lutte contre la criminalité sont dès lors interconnectées.

    Une agence opaque et délétère qui influence les législations

    Plusieurs enquêtes documentées décrivent les actes illicites commis par l’agence sur ses terrains d’intervention. Il n’est plus à démontrer qu’elle s’est rendue complice ou coupable, à de nombreuses reprises, de #refoulements (#push-backs) en Grèce, pourtant interdits par le droit international. Des refoulements qui sont recensés dans sa base de données #Jora comme de simples opérations de « #prévention_de_départs [16] ». Des pratiques similaires ont été dénoncées à la frontière bulgare, où des violences ont été commises par des garde-frontières participant aux opérations de Frontex [17]. À #Chypre, de nombreux ressortissant·es syrien·nes ont été illégalement enfermé·es et d’autres ont été expulsé·es vers la Syrie, sous les yeux d’officiers de Frontex [18]. Des pratiques épinglées par l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), qui a émis des doutes sur « la capacité de l’agence FRONTEX à […] veiller au respect et à la protection des droits fondamentaux dans toutes ses activités aux frontières extérieures ».

    L’agence va jusqu’à fabriquer de fausses informations lorsqu’elle prétend sauver des vies en mer, alors qu’elle transmet la position des embarcations en détresse aux #garde-côtes_libyens, dont les comportements violents envers les personnes migrantes sont notoires [19]. Il lui arrive aussi d’interrompre la prise de vue aérienne au-dessus de la mer Méditerranée pour ne pas avoir à référer d’abandon de personnes en mer [20]. En 2023, un navire où s’entassaient près de 200 migrants au large des côtes italiennes (Crotone) ne présentait, selon le rapport d’incident de Frontex, « pas d’intérêt particulier ». La même année, Frontex a omis d’envoyer un signal de détresse lors du naufrage de l’Adriana (Pylos), provoqué par une manœuvre des garde-côtes grecs [21]. Faut-il le rappeler, alerter les secours relève pourtant d’une obligation internationale de droit maritime. La multiplication des cas de refoulements ou le silence gardé à la vue d’embarcations en détresse contribuent à abaisser les standards de protection. L’agence fait en outre croire qu’elle s’intéresse au sort des personnes expulsées, voire améliore leur situation, lorsqu’elle met en avant les effets bénéfiques qu’aurait eu le retour dans le pays d’origine [22]. La violation des #droits_fondamentaux se banalise et, dans un contexte d’impunité généralisée, est traitée en matière migratoire comme un dommage collatéral.

    Malgré ces multiples mises en cause, Frontex exerce une influence croissante sur les instances politiques et les législations européennes. Ses « analyses de risques » sont l’unique source d’information de la Commission européenne, et l’image construite d’une perpétuelle « #crise aux frontières » qu’elles donnent à voir sert à justifier l’augmentation des contrôles et des mesures sécuritaires. Depuis des années, l’agence véhicule une image négative de la migration en la présentant comme une menace dont il faudrait se protéger.

    Cette image trouve sa traduction dans les réformes législatives. L’insistance de Frontex à alerter, dans ses rapports d’activité, sur « les #mouvements_secondaires […] à grande échelle » ou sur la persistance de la #pression_migratoire a sans nul doute contribué à l’adoption, en 2024, du #pacte_européen_sur_la_migration_et_l’asile. Un pacte dans la mise en œuvre duquel Frontex détient un rôle clé, avec, notamment, les nouvelles attributions qui lui sont confiées aussi bien lors des procédures frontalières (« #filtrage ») que dans l’organisation des #expulsions. Onze États sont en train de s’équiper d’un système informatique numérisé de gestion des retours sur le modèle du #Return_Case_Management_System (#Recamas) mis au point par Frontex.

    La réforme du règlement #Eurodac ouvre une nouvelle brèche en permettant à l’agence de consulter le #répertoire_central_des_rapports_et_statistiques (#CRRS) et d’avoir accès aux #statistiques de l’agence de l’Union européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle au sein de l’espace de liberté, de sécurité et de justice (#EU-Lisa).

    Enfin, la #réforme en cours des directives « Facilitation » et « Retour » risque de renforcer les pouvoirs de l’agence, en augmentant – encore – son #budget et en l’autorisant à transférer à des pays tiers des données relatives à des ressortissants aux fins de #réadmission.

    Une agence peu fiable, mais intouchable

    Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 74 352 personnes ont trouvé la mort depuis 2014 en tentant de franchir les frontières [23]. En dehors du champ de la migration, l’acteur, personne physique ou morale, qui serait impliqué dans une telle hécatombe serait poursuivi et jugé, voire condamné. Malgré les preuves tangibles de la #responsabilité de Frontex, comme de l’UE et de ses États membres, dans ces drames, aucun d’entre eux n’a jamais été inquiété. Bien au contraire, la Commission européenne confirme son agenda politique basé sur la mise à l’écart des personnes exilées en donnant à l’agence un rôle de premier plan dans les politiques migratoires européennes et en proposant de tripler ses effectifs. Les États s’appuient toujours plus sur Frontex : en 2024, la #Belgique a adopté une loi pour permettre le déploiement d’officiers de l’agence sur son territoire afin de soutenir la police fédérale dans l’exécution des expulsions. Le #Royaume-Uni a signé un accord de coopération avec Frontex sur divers aspects de la gestion des frontières, comme la surveillance et l’évaluation des risques, l’échange d’informations, le renforcement des capacités et le partage d’expertise. Dans ces conditions, pourquoi l’agence intouchable s’arrêterait-elle là, même coupable du pire ? La meilleure défense étant l’attaque, la criminalisation des solidarités et la décrédibilisation de celles et ceux qui dénoncent ses actions – à l’image de la campagne Abolish Frontex accusée de « discours haineux » – sont érigées en stratégie de dissuasion. De même, celles et ceux qui pallient l’action défaillante des États, comme les ONG de sauvetage en mer, sont assimilées à des réseaux de passeurs. Une #rhétorique qui ressemble à s’y méprendre à celle des partis populistes.

    https://migreurop.org/article3472.html
    #migrations #réfugiés #directive_retour #directive_facilitation

    ping @karine4 @reka

  • Manche : des migrants récupérés dans les eaux anglaises renvoyés en France, selon une association - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/67479/manche--des-migrants-recuperes-dans-les-eaux-anglaises-renvoyes-en-fra

    Manche : des migrants récupérés dans les eaux anglaises renvoyés en France, selon une association
    Par La rédaction Publié le : 13/10/2025 Dernière modification : 14/10/2025
    D’après l’association Utopia 56, deux migrants ont été renvoyés de force en France alors qu’ils étaient dans les eaux anglaises à bord d’un cargo. Les humanitaires dénoncent un refoulement, une pratique illégale au regard du droit international.
    Que s’est-il passé dans la Manche dans la soirée de samedi 11 octobre ? Un peu avant 22h, l’association Utopia 56 a reçu, sur son numéro d’urgence, plusieurs messages d’un migrant bloqué avec un ami dans la salle des machines d’un cargo. Les exilés s’étaient cachés là, depuis le port de Calais, pour atteindre clandestinement le Royaume-Uni. Les migrants se trouvent à bord du CM coast, un camion de marchandises battant pavillon du Liberia. Alors que le bateau fait route vers les côtes britanniques, les deux migrants présentent des signes de détresse respiratoire, à cause d’inhalation de produits toxiques. « On a du mal à respirer et on a des vertiges », affirme l’un d’eux à Utopia 56, qui a diffusé certains de ces échanges sur X. Paniqués, ils appellent le 112, le numéro d’appel d’urgence valable dans l’Union européenne (UE).
    Les personnes assurent aussi aux humanitaires qu’elles sont dans les eaux anglaises, et envoient pour preuve leur géolocalisation. « On a donc appelé les gardes-côtes britanniques pour vérifier qu’une prise en charge allait être rapidement effectuée. Ils nous ont confirmé qu’ils étaient au courant de cette situation et en contact avec le capitaine du cargo », explique à InfoMigrants Angèle Vittorello, co-coordinatrice d’Utopia 56 à Calais."Ils veulent nous renvoyer en France. Mais je veux atteindre l’Angleterre pour y demander l’asile", rapporte ensuite l’un des deux migrants à bord du navire de marchandises.
    Les équipes de veille d’Utopia 56 remarque sur le site de suivi du trafic maritime en temps réel, Vessel finder, que le CM coast fait demi-tour. « Les personnes ont été débarquées à Calais et accueillies par la police aux frontières au port. Puis, elles ont été amenées au poste de police de Coquelles », rapporte Angèle Vittorello. Les migrants ont été relâchés quelques minutes plus tard « sans aucune aide médicale ou humanitaire ». Selon Utopia 56, aucune personne n’était non plus venue les voir dans le cargo, alors qu’elles venaient de faire part de difficultés respiratoires. Le lendemain, des membres de l’association sont parvenus à retrouver ces deux migrants dans un camp de Calais et les ont orientés vers un centre de santé.
    C’est la première fois qu’un refoulement de ce type est opéré dans la Manche. Ce genre de pratique est pourtant illégale au regard du droit international.
    Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre britannique Keir Starmer multiplie les mesures pour tenter d’enrayer les traversées de la Manche. Et ce alors que le parti d’extrême droite Reform UK caracole dans les sondages. En juillet, Londres a conclu un accord avec Paris sur le principe « un pour un » : il prévoit l’expulsion en France de migrants arrivés de manière irrégulière via la Manche au Royaume-Uni, en échange de l’envoi dans le sens inverse de personnes pouvant prétendre à une régularisation sur le sol britannique.
    Depuis son entrée en vigueur en août, 26 personnes au total ont été renvoyées en France par les autorités britanniques, d’après un communiqué du Home office publié jeudi 9 octobre. Sur ces 26 personnes, certaines ont été très vite renvoyées dans d’autres pays européens en vertu de l’accord Dublin. Et 18 migrants ont fait le chemin inverse, de France vers le Royaume-Uni, dans le cadre de cet accord.Mais ce projet pilote ne semble pas décourager les exilés de tenter leur chance en traversant la Manche. Depuis le début de l’année, 35 476 migrants sont parvenus à atteindre les rives britanniques par « small boats », contre 26 612 l’an dernier au même moment, d’après le décompte d’InfoMigrants réalisé à partir de données officielles. Ce chiffre n’avait jamais été atteint à cette période de l’année. Même en 2022 – année record avec 45 000 arrivées au total – où 33 712 personnes avaient rejoint le Royaume-Uni par voie maritime du 1er janvier au 8 octobre.

    #Covid-19#migrant#migration#france#royaumeuni#refoulement#smallboat#migrationirreguliere#droit#sante#routemigratoire

  • Aux frontières de l’Europe, un arsenal technologique contre les migrants

    "L’Union européenne déploie à ses frontières des technologies civiles et militaires pour bloquer les flux migratoires. De la Pologne à la Serbie, enquête sur le complexe techno-industriel qui érige la « forteresse Europe »."

    – Épisode 1/5 : En #Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la #forêt primaire
    – Épisode 2/5 : À Madrid, au Salon mondial de la #sécurité aux frontières, le #showroom des #technologies de #surveillance
    – Épisode 3/5 : Dans les #Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile
    – Épisode 4/5 : En #Italie, une #fouille intégrale des #téléphones
    – Épisode 5/5 : En #Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les #drones et les #gangs

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-aux-frontieres-de-l-europe-un-arsenal-technologique-contre-les-mig
    #externalisation #militarisation_des_frontières #technologie #migrations #réfugiés #Europe #Trieste #route_des_Balkans #complexe_militaro-industriel
    #podcast #audio

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    • Épisode 1/5 : En Pologne, un mur de 190 kilomètres à travers la forêt primaire

      La forêt de Białowieża est l’une des dernières forêts primaires d’Europe, préservée de l’action humaine depuis près de 12 000 ans. Mais son visage a radicalement changé depuis 2021, lorsque le Bélarus, un pays voisin de la Pologne et allié de la Russie, a créé une crise migratoire.

      Le Bélarus a entrepris de délivrer des visas à des familles venant d’Afrique et du Moyen-Orient, pour les acheminer jusqu’à Minsk, la capitale bélarusse. De là, les autorités bélarusses poussaient les exilés vers la Pologne.

      En réponse, la Pologne a entrepris d’ériger un mur à travers la forêt : une immense barrière de métal, longue de 190 kilomètres, haute de cinq mètres, protégée par trois rangées de barbelés, des caméras, des drones et des hélicoptères.

      “Il y a 5 300 caméras, le mur, des soldats, et un système de détection : si quelqu’un touche le mur, nous sommes avertis immédiatement de ce qu’il se passe”, explique Katarzyna Zdanowicz, la porte-parole des gardes frontières pour la région de Białowieża.

      On a parfois l’impression que la frontière sépare aussi deux manières de comprendre la situation. D’un côté, les activistes, qui parlent de femmes, d’enfants, et de familles qui fuient la guerre. De l’autre, le gouvernement Polonais qui dénonce une “menace” migratoire ; le premier ministre Donald Tusk va jusqu’à parler d’une “guerre hybride” dont les munitions seraient les personnes exilées envoyées sur son territoire. En conséquence, la Pologne a autorisé les gardes frontières à utiliser des armes à feu contre les réfugiés en juillet 2024. En mars 2025, le pays a carrément suspendu le droit des exilés à demander l’asile en arrivant dans le pays. Toute personne interceptée sur le territoire est systématiquement refoulée vers le Bélarus.

      Les militants sur place dénoncent des violations régulières des droits humains à l’encontre des exilés, perpétrés par les gardes frontières bélarusses, mais aussi polonais.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-pologne-un-mur-de-190-kilometres-a-travers-la-foret-primaire-7597265

      #murs #barrières_frontalières #Grupa_Granica #Belarus #caméras #caméras_de_surveillance #détection #Biélorussie #contrôles_frontaliers #militarisation_des_frontières #menaces #menace_migratoire #guerre_hybride #décès #mourir_aux_frontières #gardes-frontières #armes_à_feu #refoulements #push-backs #Krynki #drones

    • Épisode 2/5 : À Madrid, au #Salon_mondial_de_la_sécurité_aux_frontières, le #showroom des technologies de surveillance

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience à Madrid, lors du #World_Border_Security_Congress.

      En Pologne, comme dans la plupart des pays que nous avons traversés pour cette enquête, les zones frontalières sont soumises à des régimes d’exception : pas le droit de photographier, pas le droit d’enregistrer avec un micro, et une liberté de circuler très relative. Cette culture du secret qui entoure les frontières, nous avons pu en faire l’expérience dans la capitale espagnole, lors du World Border Security Congress, le salon mondial de la sécurité aux frontières, qui réunit les acteurs majeurs de l’industrie de la surveillance et de la répression de l’immigration. L’événement est tout simplement interdit aux journalistes : il nous faut nous faire accréditer par une ONG pour pouvoir y accéder, et découvrir les dernières innovations technologiques en matière de surveillance des frontières.

      Se pensant loin des micros de la presse, #Hans_Leijten, le directeur exécutif de #Frontex, livre un discours extrêmement dur :

      “Laissez-moi être clair : dans le monde actuel, il ne peut plus y avoir de repas gratuit, expose-t-il. La coopération ne fonctionne pas à sens unique. Si un pays veut bénéficier des fonds européens, alors il doit répondre aux demandes de l’Union européenne. Cela veut dire qu’il doit accepter les protocoles de réadmission, renforcer ses contrôles aux frontières, et combattre les réseaux de passeurs”.

      Ce salon, intitulé ’Patrouiller la périphérie’, incarne aussi le plan européen consistant à “externaliser les frontières”, c’est-à-dire à s’implanter dans les pays voisins de l’Union pour y stopper l’immigration avant qu’elle atteigne son territoire.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/a-madrid-au-salon-mondial-de-la-securite-aux-frontieres-le-showroom-des-

      #régimes_d'exception #intelligence_artificielle #AI #IA #industrie_de_l'armement #surveillance_mobile #usage_dual #complexe_militaro-industriel #adaptation #façonner_le_monde #business #patrouiller_la_périphérie #gestion_des_frontières

      –-

      –-> citation, voilà ce que dit Hans Leijten dans le salon intitulé « Patrouiller la périphérie », à partir de la min 4,45 :

      « Si nous voulons de la stabilité et du contrôle, alors nous devons construire les mécanismes de sécurité, et pas seulement à nos frontières, mais aussi loin, au-delà. Cette approche a porté ses fruits en Europe, dans les Balkans, où nous avons utilisé une combinaison de gestion des frontières, d’engagement politique et de traités commerciaux qui ont donné de bons résultats »

    • Épisode 3/5 : Dans les Balkans, des technologies contre les migrants qui se retournent contre la société civile

      En s’appuyant sur l’idée “d’externalisation des frontières”, l’Union européenne justifie sa présence dans les pays hors de l’Union européenne, pour y stopper l’immigration avant même que celle-ci n’atteigne son territoire.

      "Tout ce qui concerne la migration en #Bosnie-Herzégovine est payé par l’Union européenne ou les États membres, explique la chercheuse #Nidžara_Ahmetašević, spécialisée dans la migration. Par exemple, la semaine dernière, l’Union européenne a donné des drones pour les gardes frontières. La semaine précédente, elle a donné des voitures."

      Ces #financements proviennent notamment des #Fonds_de_Pré-Accession, des fonds d’aide au développement dont la vocation initiale est d’aider les pays voisins de l’Europe à atteindre un niveau de développement économique suffisant pour devenir des partenaires commerciaux, voire pour intégrer l’Union. En se penchant sur le détail des transactions, on découvre qu’une vaste partie des financements servent en réalité à financer des infrastructures de contrôle de la migration.

      Mais en déployant des technologies de type militaire chez ses voisins aux régimes politiques instables, l’Union européenne risque de créer des situations conflictuelles : ces technologies prévues contre la migration peuvent se retourner contre la société civile.
      Nous nous sommes rendus en Serbie, où les étudiants manifestent depuis plusieurs mois contre le gouvernement d’Aleksandar Vučić. En novembre 2023, le gouvernement de Vučić a déployé une arme nouvelle contre des exilés, dans le nord du pays : un canon à son. En mars 2025, ce même canon à son a, d’après plusieurs témoignages, été utilisé contre les étudiants. “La Serbie est un laboratoire pour tester les technologies aux frontières terrestres, exopse Mila Bajić, de l’association SHARE. Puisque la Serbie ne fait pas partie du territoire européen, il n’y a pas de loi européenne pour encadrer les pratiques, tel que le règlement européen sur l’intelligence artificielle, et les demandes d’accès aux informations publiques ne fonctionnent pas. Le gouvernement peut donc agir sans rien révéler.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/dans-les-balkans-des-technologies-contre-les-migrants-qui-se-retournent-

      #externalisation_des_frontières #Balkans #route_des_Balkans #développement #aide_au_développement #intégration_européenne #drones #test #laboratoire #Serbie #frontières_terrestres #canon_à_son #armes_sonores #barrière_acoustique

      –-

      sur les #murs_sonores, voir aussi :
      La Grèce allonge son mur et le fortifie avec un #mur_acoustique...
      https://seenthis.net/messages/920711
      #mur_sonore

      et aussi :
      –> La police serbe a déjà utilisé des #armes_sonores sur des migrants
      https://seenthis.net/messages/1104712

    • Épisode 4/5 : En #Italie, une fouille intégrale des #téléphones

      L’arsenal technologique déployé aux frontières a plusieurs missions, formalisées dans les documents de la Commission européenne : détecter, contrôler, et surveiller. En Italie, dans la ville portuaire de Trieste, ces technologies ont un impact immédiat pour la vie des exilés.

      D’après de nombreux témoignages que nous avons recueillis, les policiers fouillent de manière quasi-systématique les téléphones des exilés lorsque ceux-ci effectuent leur demande d’asile.

      “Ce qu’ils font, c’est qu’ils lisent vos messages sur #WhatsApp, ils regardent vos photos, ils regardent votre historique de recherche, explique Smaïl, qui a fui le Pakistan il y a plusieurs années et vient en aide aux exilés à Trieste après avoir réussi lui-même à régulariser sa situation. S’ils voient que vous avez cherché “Milan”, ils vous disent : “Tu as cherché des informations sur Milan, alors pars à Milan”. Il y a même des gens qui m’ont dit qu’ils avaient effacé toutes les données sur leur téléphone, mais que la police a trouvé les informations quand même. S’ils font ça, c’est parce qu’ils trouvent qu’en tant que cité frontalière, ils en font déjà assez, alors ils cherchent des excuses pour renvoyer ceux qui demandent l’asile.

      Ce que décrit Smaïl ressemble point par point au logiciel #Le_Kiosk, développé par l’entreprise israélienne #Cellebrite, dont nous avons pu avoir une démonstration au cours du Salon Mondial de la Sécurité aux Frontières. En 2019, la France a annoncé équiper pas moins de 500 commissariats avec le #logiciel Le Kiosk. Ces technologies de surveillance rendent le parcours migratoire toujours plus complexe. Pourtant, les chiffres montrent que les entrées dans l’Union ne baissent pas ; en revanche, les routes sont de plus en plus dangereuses. “Vouloir stopper le mouvement des humains, c’est comme se battre contre la nature, contre la mer : les gens circulent, ils doivent trouver des moyens de passer”, regrette Smaïl.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-italie-une-fouille-integrale-des-telephones-3950382
      #smartphones #Trieste #danger #parcours_migratoire

    • Épisode 5/5 : En Bosnie, rencontre avec un passeur, entre les drones et les gangs

      A ce stade de l’enquête, une question continuait de nous tarauder : comment, avec tout cet arsenal pour protéger les frontières, expliquer que les entrées illégales dans l’Union européenne continuent ?

      Un paradoxe nous apparaît à la fin de cette tournée des pays des Balkans : les drones, logiciels de surveillance, caméras thermiques et autres équipements, ne sont peut-être pas essentiels pour comprendre la réalité de la migration. Au bout de trois jours passés à #Bihac, dans le nord de la #Bosnie, on comprend déjà beaucoup de la réalité de ce petit village, dernière étape avant l’entrée dans l’Union européenne : sur la place principale, il y a des exilés qui ont été refoulés la veille, qui se reposent pendant la journée, et dont tout le monde sait qu’ils vont retenter leur chance le soir-même. Et puis, il y a ces visages de gens qui ne partent pas, pendant 6 mois, 1 an : eux, ce sont les passeurs. Ici, tout le monde les connaît, ils se baladent dans la rue principale avec leurs clients, dans l’impunité la plus totale. Petit à petit, ces passeurs se sont structurés en réseau ; ces réseaux sont devenus des gangs.

      Nous nous sommes entretenus avec Ali, un passeur qui vit à la frontière entre la Bosnie et la Croatie depuis bientôt huit ans. La première fois que nous l’avons rencontré, c’était à un arrêt de bus. Il faisait presque 40°, le soleil cognait fort, et Ali venait de récupérer un groupe d’Afghans qu’il s’apprêtait à faire traverser. Il avait un pull noir à manches longues. Il a accepté de relever une de ses manches pour nous montrer son bras - lacéré par des cicatrices, du poignet jusqu’à l’épaule.

      “Ils nous ont torturés, raconte-t-il. Ils ont appelé mes parents, ils leur ont dit : “envoyez de l’argent !”. Ils nous ont tout fait. Mais crois-moi, après ça, les cicatrices font de toi quelqu’un de respecté dans le milieu.”

      Comment les passeurs arrivent-ils à déjouer les caméras thermiques, les drones, les patrouilles ? Ali ne nous donnera pas tous ses secrets, mais il laisse en deviner quelques-uns.

      “Je connais les horaires, l’heure à laquelle les gardes frontières font leur ronde, l’heure à laquelle ils sont dans la ville, détaille Ali. Mais il faut aussi s’en remettre à la chance.Tu crois que les caméras et les senseurs pourront m’arrêter. Laisse-moi te dire quelque chose : tu viens de l’Union européenne. Il y a des caméras de surveillance dans toutes les rues, dans tous les magasins. Est-ce que ça empêche les voleurs ? Non, jamais.”

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/en-bosnie-rencontre-avec-un-passeur-entre-les-drones-et-les-gangs-839123
      #passeurs

  • Turquie : cinq morts dans une collusion entre une embarcation de migrants et un navire des gardes-côtes - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/66820/turquie--cinq-morts-dans-une-collusion-entre-une-embarcation-de-migran

    Turquie : cinq morts dans une collusion entre une embarcation de migrants et un navire des gardes-côtes
    Par Clémence Cluzel Publié le : 08/09/2025
    Cinq personnes sont mortes, et une autre a été grièvement blessée, dans un incident survenu dimanche entre un bateau de migrants et un navire des gardes-côtes turcs, au large de la Turquie. Une personne est toujours portée disparue.
    Un nouveau drame est survenu en mer Égée, au large des côtes turques ce dimanche. Cinq personnes ont été tuées et une autre gravement blessée lorsqu’un bateau transportant des migrants a percuté un navire des gardes-côtes turcs au nord-ouest de la Turquie, a déclaré le bureau du gouverneur de la province de Balıkesir.
    Dans un communiqué, le gouverneur a déclaré qu’un bateau à grande vitesse, transportant 34 migrants et un passeur, avait percuté le navire des gardes-côtes turcs qui effectuait une patrouille de routine, au large de la côte de Badavut, dans le district d’Ayvalik. Le choc violent entre les deux bateaux a projeté des personnes dans la mer. Elles ont ensuite pu être repêchées par les secours.
    « À la suite des opérations de recherche et de sauvetage menées dans la région, il a été déterminé que cinq personnes tombées à la mer avaient perdu la vie. Une personne, une femme, a été grièvement blessée et transportée à l’hôpital », a déclaré le gouverneur, ajoutant que les recherches pour retrouver une personne portée disparue se poursuivaient.
    Une enquête a été ouverte sur cet incident par le parquet d’Ayvalik, a également précisé le bureau du gouverneur. Ayvalık est une destination touristique très prisée en Turquie. Ces dernières années, elle est également devenue une plaque tournante pour les migrants illégaux tentant de rejoindre l’Europe en passant pas les îles grecques voisines situées parfois à quelques kilomètres seulement.
    Du fait de sa proximité avec la Grèce, la Turquie est une porte d’entrée vers l’Europe pour des millions de migrants. La mer Égée est ainsi la route la plus courte pour ces migrants au départ de la Turquie souhaitant rejoindre l’Europe.
    La mer Égée est aussi une route de transit très fréquemment utilisée par les migrants au départ des côtes nord-africaines ou du Moyen-Orient pour rejoindre les îles grecques les plus proches. Ces derniers mois, de plus en plus de migrants atteignent les îles les plus au sud de la Grèce en bateau, depuis l’est de la Libye. Plus de 10 000 personnes ont ainsi débarqué en Crète, destination touristique très prisée, et à Gavdos, petite île située à proximité, depuis le début de l’année, contre 4 935 en 2024, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
    Mais cette route migratoire est aussi l’une des plus dangereuses. Régulièrement, des canots pneumatiques surchargés ainsi que les conditions météorologiques imprévisibles rendent les traversées particulièrement périlleuses et se soldent fréquemment par des naufrages. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1 000 migrants ont disparu ou ont été repêchés morts en Méditerranée en 2025.La semaine dernière, deux corps de migrants ont été retrouvés sur la plage de l’île de Rhodes. Parties de Turquie avec un groupe d’une dizaine d’autres personnes à bord d’un canot pneumatique, les victimes se seraient noyées lors de la traversée de la mer Égée.
    Les nombreuses arrivées de migrants sur les îles grecques de la mer Égée s’accompagnent ces dernières semaines d’une hausse des refoulements - des pratiques illégales, souvent documentées par les garde-côtes turcs. Le 29 juillet, 34 migrants ont ainsi été interceptés via deux opérations de sauvetage distinctes, l’une au large des côtes du district de Kuşadası à Aydın, l’autre plus au sud, au large des côtes du district de Marmaris. Bien que la pratique des refoulements soit illégale, la Grèce en a fait une « norme », comme l’a constaté Médecins sans frontières (MSF). L’agence européenne de surveillance des frontières Frontex avait même ouvert une enquête sur le sujet en avril dernier.
    La politique migratoire du pays a également été durcie dernièrement. Le Parlement grec a ainsi voté mercredi 3 août une loi prévoyant « des retours forcés » pour des demandeurs d’asile déboutés vers leur pays d’origine ou des « pays tiers sûrs ». Le nouveau texte introduit également le délit de séjour, passible d’une peine de prison de deux à cinq ans ainsi que d’une amende de 5 000 euros. En juillet, le gouvernement avait déjà annoncé suspendre temporairement - pour trois mois - l’examen des demandes d’asile de toute personne arrivant par voie maritime depuis l’Afrique du Nord, afin de lutter contre les fortes arrivées de migrants sur les îles grecques.

    #Covid-19#migrant#migration#grece#turquie#meregee#routemigratoire#mortalite#sante#HCR#frontex#refoulement#politiquemigratoire

  • Grèce : les corps de deux migrants noyés ont été découverts sur une plage de Rhodes - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/66674/grece--les-corps-de-deux-migrants-noyes-ont-ete-decouverts-sur-une-pla

    Grèce : les corps de deux migrants noyés ont été découverts sur une plage de Rhodes
    Par FRANCE 24 Publié le : 01/09/2025
    Les corps de deux migrants ont été trouvés samedi sur une plage de l’île grecque de Rhodes, en mer Égée, ont indiqué les gardes-côtes grecs. Une cinquantaine d’exilés, partis de Turquie, ont également été découverts par la police grecque sur l’île. Découverte macabre sur l’île de Rhodes, en mer Égée. Les corps de deux migrants, un homme et une jeune fille, ont été trouvés, samedi 30 août, sur une plage de cette île toute proche de la Turquie, a appris l’Agence France Presse auprès des garde-côtes grecs. Ils faisaient partie d’un groupe de 12 migrants, partis de Turquie à bord d’un canot pneumatique et que les passeurs ont abandonné en mer, non loin de la côte de l’île grecque, selon le site d’information Rodiaki.
    Les deux corps ont été découverts sur la plage de Mavros Kavos. Les dix autres migrants ont réussi à gagner la terre ferme et trois ont été interpellés. Par ailleurs, 38 autres migrants ont été découverts par la police dans la région de Gennadi, sur l’île de Rhodes. De son côté, la plateforme de détresse Alarm phone avait identifié le 30 août un groupe de 45 personnes qui avaient échoué dans le sud de Rhodes, près de Gennadi, après le naufrage de leur embarcation. Il pourrait s’agir du même groupe de personnes. Les naufrages sont fréquents lors de ces traversées périlleuses entre les côtes turques et les îles grecques voisines. Le 18 août dernier, au moins quatre personnes sont mortes suite au naufrage d’une embarcation pneumatique qui tentait de rallier la Grèce depuis la Turquie. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1 000 migrants ont disparu ou ont été repêchés morts en Méditerranée en 2025.
    Les nombreuses arrivées de migrants sur les îles grecques de la mer Égée s’accompagnent ces dernières semaines d’une hausse des refoulements - des pratiques illégales, souvent documentées par les garde-côtes turcs. Le 29 juillet, 34 migrants ont ainsi été interceptés via deux opérations de sauvetage distinctes, l’une au large des côtes du district de Kuşadası à Aydın, l’autre plus au sud, au large des côtes du district de Marmaris. Bien que la pratique des refoulements soit illégale, la Grèce en a fait une « norme », comme l’a constaté MSF. L’agence européenne de surveillance des frontières Frontex avait même ouvert une enquête sur le sujet en avril dernier.

    #Covid-19#migrant#migration#grece#rhode#turquie#meregee#routemigratoire#mortalite#sante#migrationirreguliere#refoulement

  • La région #Paca finance les #refoulements d’exilés au nom des #JO d’hiver

    La région Provence-Alpes-Côte d’Azur subventionne à hauteur de 1 million d’euros par an les forces de police exerçant en montagne, au prétexte des JO 2030. La #sécurité est pourtant censée être une prérogative réservée à l’État.

    « La Région Sud [Provence-Alpes-Côte d’Azur] s’engage pour ceux qui gardent nos frontières et nous protègent ! » En février 2024, cette volonté affichée sur Facebook, par le président de la région, #Renaud_Muselier (Renaissance), est passée inaperçue. Elle signait pourtant un engagement inattendu de la part d’une collectivité : le contrôle de la frontière franco-italienne afin de refouler les personnes exilées.

    « 4x4, quads, vêtements adaptés, jumelles thermiques, la Région Sud se tient aux côtés du ministère de l’Intérieur pour le #financement des prochains équipements de la #police_aux_frontières ! » annonçait alors l’élu, membre des Républicains (LR) jusqu’en 2021. Et ce, alors que la #sécurité ne fait en théorie pas partie des #compétences des régions.

    Après ces paroles, prononcées depuis le poste de la police aux frontières de Montgenèvre (Hautes-Alpes), à 1 800 mètres d’altitude, les actes ont rapidement suivi. Cette montée en puissance est justifiée par le dossier prioritaire du moment de Renaud Muselier : les Jeux olympiques d’hiver 2030, que sa région accueillera avec Auvergne-Rhône-Alpes. Un comité interministériel dédié à la question, présidé par #François_Bayrou, se tient vendredi 27 juin à Briançon (Hautes-Alpes).

    Dispositif « Région Sud, la région sûre »

    Ainsi, le 29 mars 2024, le conseil régional a voté une délibération accordant une #subvention de 1 million d’euros par an jusqu’en 2030 aux « forces de l’ordre intervenant dans les départements alpins » (#Hautes-Alpes, #Alpes-de-Haute-Provence, #Alpes-Maritimes), pour les « soutenir, dans la perspective des Jeux olympiques d’hiver », notamment en adaptant leurs « #équipements aux conditions spécifiques de la #montagne ». La démarche s’inscrit dans le cadre d’un dispositif intitulé « Région Sud, la région sûre ».

    Un engagement acté à l’unanimité dans une assemblée qui ne compte que l’extrême droite comme opposition, la coalition de gauche et des écologistes s’étant désistée au second tour des élections régionales de 2021 pour empêcher une victoire du Rassemblement national et de ses alliés.

    Ce million d’euros annuel est mis à disposition des directions départementales de la #sécurité_publique, qui décident, en accord avec la région, du #matériel à acheter. Pour l’heure, l’essentiel du soutien a été dirigé vers #Montgenèvre, ainsi que nous en a informé l’entourage de Renaud Muselier.

    Notre source nous confirmait fin janvier que l’enveloppe prévue est destinée principalement à « soutenir les #contrôles en montagne », pratiqués sur les migrants présumés par les forces de police et de gendarmerie. Les touristes ou locaux présumés, circulant sur les pistes de ski et les chemins de randonnée transfrontaliers, ne sont pas ciblés.

    À l’image de Tous migrants, des associations de défense des droits des étrangers dénoncent depuis des années les « #contrôles_au_faciès », ainsi que la négation des droits, notamment le refus de prise en charge des mineurs isolés et de considérer les demandes d’asile.

    Un #4x4 « mis à disposition à titre gracieux »

    Des observations analogues à celles des ONG ont été formulées par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) et la Défenseure des droits. Depuis novembre 2015, après les attentats de Paris, le gouvernement a rétabli les contrôles à ses frontières en dérogation des accords de Schengen, sous couvert d’antiterrorisme.

    Voisine de Montgenèvre, la ville de #Briançon, dirigée par l’ex-LR et proche de Renaud Muselier #Arnaud_Murgia, participe également au plan de la région. Elle s’est portée acquéreuse d’un véhicule 4x4, « mis à disposition à titre gracieux à la police aux frontières », précise la décision du conseil municipal de février 2024. L’engin, d’une valeur de 21 500 euros, a été subventionné à 80 % par la région. Contactée, la mairie n’a pas donné suite à notre demande d’entretien avec le maire.

    Arnaud Murgia a pourtant plutôt l’habitude d’affirmer que les municipalités n’ont pas de responsabilités en matière de frontière, afin d’exhorter l’État à envoyer davantage de forces de police. « Je rappelle qu’un maire n’a pas la charge de la protection des frontières et qu’il se sent parfois bien seul », déclarait-il par exemple au Journal du dimanche en juin 2024.

    Depuis 2017, des dizaines de milliers de personnes sont entrées en France par les sentiers montagneux de cette frontière dite « haute », en tentant de contourner la présence policière. « Nous avons déjà financé des vêtements chauds pour les gendarmes, des quads et une caméra intelligente », détaille-t-on dans l’entourage de Renaud Muselier, sans toutefois être en mesure de nous donner de détails sur cette dernière. La délibération du conseil régional mentionne « l’#expérimentation […] de #dispositifs_de_sécurité innovants faisant appel […] à de nouvelles technologies et à l’#intelligence_artificielle ».

    « On utilise les JO pour expérimenter, se satisfaisait notre interlocuteur. Si c’est concluant à Montgenèvre, on proposera de le déployer à Menton », à la frontière dite « basse », dans les Alpes-Maritimes. Contactées, ni les préfectures des départements alpins, ni la préfecture de région n’ont répondu à nos demandes de précisions. À nouveau sollicitée avant la publication de cet article, la région n’a pas donné suite.

    Du ministère de l’Intérieur à la ville de Briançon, en passant par la région, « c’est une chaîne aux maillons très solides qui place une rhétorique sécuritaire avant le respect des droits des personnes », affirme Brune Béal, chargée de plaidoyer à l’association briançonnaise Tous migrants.

    « Tout ce qui participe au renforcement de la militarisation de la frontière participe à une #mise_en_danger directe et indirecte », dénonce-t-elle. Directe par les actions physiques et verbales des agents ; indirecte, en poussant les personnes exilées à emprunter des chemins dangereux en haute montagne. Dans son avis de 2018, la CNCDH s’alarmait du fait que « la République bafoue les droits fondamentaux, renonce au principe d’humanité et se rend même complice de parcours mortels ». Dix corps de personnes en migration ont été retrouvés dans les environs de Montgenèvre depuis 2018.

    « Alors qu’elles n’ont pas de compétence en matière de sécurité, les régions investissent ce champ au nom de leurs compétences sur les transports, les lycées, ou encore le tourisme », analyse Olivier Renaudie, professeur de droit public à l’École de droit de la Sorbonne-Paris 1, joint par Reporterre. « Pour les élus, il s’agit d’incarner l’action, de répondre à ce qu’ils pensent que la population attend d’eux », poursuit-il.

    « Un mouvement un peu audacieux »

    En général, les régions se cantonnent à la mise en place de moyens de sûreté et de surveillance dans les TER et les gares, dans les lycées, ou encore au soutien des communes pour leur police municipale et leur vidéosurveillance. Alors, l’action de la région Paca à la frontière apparaît à l’universitaire comme « un mouvement un peu audacieux. Ce qui me paraît novateur, c’est qu’il s’agit d’une compétence régalienne, qui est normalement strictement l’affaire de l’État », observe-t-il.

    En 2019, le tribunal administratif de Marseille avait annulé un précédent plan sécurité de la région Paca, contesté alors par le préfet. Pour la juridiction, la mesure ne se rattachait « que de façon très indirecte au développement touristique de la région ». La compétence #tourisme est aussi celle mise en avant pour justifier le dispositif « Région Sud, la région sûre ». Cette fois-ci, aucun recours n’a été déposé dans le délai réglementaire de deux mois.

    Questionné par nos soins lors de ses vœux à la presse, fin janvier, Renaud Muselier assumait des « moyens complémentaires, qui sont des moyens de sécurité supplémentaires pour les concitoyens. Et pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt ? feignait-il d’interroger. Parce que j’ai demandé, je voulais, mais je n’avais pas le droit. Et c’est monsieur Darmanin [alors ministre de l’Intérieur] qui nous a donné la possibilité de le faire. Donc, merci à Darmanin. Et oui, c’est notre mission ! » insistait-il. Sur Facebook, Renaud Muselier affirme que « depuis le 1er janvier 2024, l’organisation territoriale des services de police a été modifiée, la région Sud peut désormais aider la police aux frontières ».

    À 900 kilomètres de Montgenèvre, à une autre frontière et avec une même enveloppe annuelle d’un million d’euros par an, une autre collectivité propose une tout autre politique, tournée vers l’accueil. À Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), la Communauté d’agglomération du Pays basque, dirigée par Jean-René Etchegaray, lui aussi membre du parti présidentiel, utilise cette somme pour financer un centre d’hébergement.

    https://reporterre.net/La-region-Paca-pour-financer-les-refoulements-d-exiles
    #JO_2030 #JO2030 #jeux_olympiques #migrations #militarisation_des_frontières #frontières #France #forces_de_l'ordre #Région_Sud_la_région_sûre

  • #Bloody_borders

    The Bloody Borders project is an initiative aimed at shedding light on the illegal pushbacks and violence that people on the move experience at Europe’s borders, with the ultimate goal of demanding accountability, and transforming the current border regime into one that prioritizes humane policies, safe pathways, and legal protections.

    Over the last period, migration patterns have changed significantly due to various factors, including armed conflicts, economic injustice, and the alarming level of securitization to prevent any informal move. As people move in search of safety and better opportunities, they often encounter racism, discrimination, cruelty, and violence.

    While many governments adopt a deterrence approach of implementing aggressive measures to prevent entry, countless human rights activists monitor and report these abuses, which are particularly evident in the practice of pushbacks.

    https://bloodyborders.org
    #données #témoignage #violence #migrations #réfugiés # #base_de_données #push-backs #refoulements #border_violence #No_Name_Kitchen

    ping @reka

  • Un tribunal de Berlin retoque la politique de refoulement aux frontières du gouvernement Merz
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/03/un-tribunal-de-berlin-retoque-la-politique-de-refoulement-aux-frontieres-des

    Un tribunal de Berlin retoque la politique de refoulement aux frontières du gouvernement Merz
    Par Elsa Conesa (Berlin, correspondante)
    La décision sans doute la plus emblématique du gouvernement du nouveau chancelier allemand, Friedrich Merz, en matière de politique intérieure a été retoquée par un tribunal administratif de Berlin lundi 2 juin. Celui-ci a rappelé que les demandeurs d’asile ne pouvaient pas être refoulés à la frontière allemande en l’absence d’une procédure dite de Dublin. Celle-ci impose de déterminer d’abord quel pays de l’Union européenne est responsable de la procédure d’asile, afin d’y renvoyer les personnes concernées.
    Le tribunal a estimé que l’existence d’une situation d’urgence pour la sécurité ou l’ordre public qui aurait permis à l’Allemagne de se soustraire à cette procédure en vertu de l’article 72 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, n’était pas avérée. La police fédérale avait fait référence devant le tribunal au nombre élevé de demandes d’asile déposées en 2024, à savoir 229 751 premières demandes.
    Le tribunal se penchait sur le cas de trois Somaliens qui avaient été renvoyés le 9 mai vers la Pologne de Francfort-sur-l’Oder, près de la frontière. Ceux-ci étaient arrivés de Pologne en train, avant d’être contrôlés à la gare de Francfort. Ils ont été renvoyés en Pologne le jour même, après avoir formulé une demande d’asile. Ils ont déclaré être entrés en Lituanie, un pays de l’Union européenne, via la Biélorussie. Le droit européen prévoit que les demandeurs d’asile déposent leur demande dans le premier pays d’Union européenne par lequel ils sont entrés. La décision du tribunal précise toutefois que les trois personnes « ne pouvaient pas exiger d’entrer sur le territoire allemand », la procédure de Dublin pouvant être menée dans une zone frontalière sans que cela implique une autorisation d’entrée. Sa décision n’est pas susceptible d’appel.
    Le ministère de l’intérieur a annoncé lundi qu’il comptait néanmoins poursuivre sa politique de refoulements aux frontières. « Nous maintenons les renvois, a déclaré le ministre de l’intérieur, Alexander Dobrindt, lundi soir, dans une déclaration à la presse. Nous estimons qu’il existe un fondement juridique, indépendamment de cette décision qui s’applique à un cas particulier. » A ses yeux, « il n’y a aucune raison de changer notre pratique ».
    Les spécialistes de l’immigration avaient à plusieurs reprises évoqué la probabilité élevée que la politique de refoulement aux frontières des demandeurs d’asile mise en place par le nouveau gouvernement soit bloquée par un tribunal. Il s’agit néanmoins d’un revers juridique pour l’exécutif, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale sa priorité. Le 7 mai, au lendemain de l’entrée en fonctions du nouveau gouvernement, Alexander Dobrindt avait annoncé le refoulement aux frontières de tous les immigrés en situation illégale, y compris les demandeurs d’asile.
    Le durcissement de la politique migratoire avait dominé la campagne électorale pour les élections législatives du 23 février après qu’une série d’attaques menées par des personnes étrangères a endeuillé le pays. Le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) est arrivé en deuxième position avec 20,8 % des voix, et occupe désormais un quart des sièges au Bundestag.Le renforcement des contrôles aux frontières mené depuis le 7 mai suscite l’irritation des pays voisins, notamment en Pologne, où le sujet s’est invité dans la campagne électorale. Trois députés français, issus des rangs des partis Renaissance et Les Républicains, et trois députés chrétiens-démocrates allemands (CDU) ont, par ailleurs, écrit un courrier conjoint aux ministres de l’intérieur français et allemand, le 26 mai, pour demander une application plus souple des contrôles pour les travailleurs transfrontaliers, et suggérer que ceux-ci soient menés par des équipes binationales de policiers.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#refoulement#politiquemigratoire#sante#droit

  • #Allemagne : la politique migratoire de refoulement est contre-productive, selon un rapport

    Un nouveau #rapport sur les migrations dans le monde (https://www.bicc.de/Publications/Book/Report-Globale-Flucht-2025/pu/14876) appelle le nouveau gouvernement allemand à reconsidérer ses politiques d’immigration restrictives, notamment les #contrôles_aux_frontières. « Lorsque un migrant est refoulé », il ne rebrousse pas chemin, « il réessaie encore et encore, jusqu’à ce qu’il arrive dans le pays », estime Franck Düvell, chercheur en migration à l’université d’Osnabrück.

    « Les politiques allemandes à l’égard des réfugiés ne sont pas adaptées aux défis mondiaux actuels », estime Benjamin Etzold, qui a récemment présenté le « Rapport mondial sur les déplacements forcés », coécrit avec le Centre international d’études sur les conflits de Bonn (BICC).

    Alors que les thèmes de l’immigration et de l’insécurité ont dominé la dernière campagne électorale pour les législatives de février en Allemagne, Benjamin Etzold dénonce un débat « passionné » focalisé sur la manière dont l’immigration affecterait le pays.

    Il note que trop souvent, les faits et les études sont ignorées, tout comme la dimensions globale de la migration et des déplacements forcés.
    Les contrôles aux frontières ont-ils un effet dissuasif ?

    L’expert en migration critique ainsi vivement les premières mesures annoncées par le nouveau gouvernement du chancelier Friedrich Merz. Celui-ci a renforcé les contrôles aux frontières et décidé de refouler certains demandeurs d’asile début mai. L’efficacité de ces mesures est largement surestimée, assure Benjamin Etzold.

    Franck Düvell, chercheur en migration à l’université d’Osnabrück, partage cet avis. « Lorsque quelqu’un est refoulé, il réessaie encore et encore, jusqu’à ce qu’il arrive dans le pays ».

    Et cela vaut autant pour les frontières intérieures qu’extérieures de l’Union européenne (UE). « Chaque fois qu’une route est fermée, il en existe une autre pas loin. Elle peut être plus dangereuse, mais elle sera plus fréquemment utilisée », observe Franck Düvell. C’est précisément ce phénomène qui permet aux trafiquants d’êtres humains de se présenter comme l’unique solution aux yeux des personnes migrantes.

    Les réseaux de #passeurs en profitent

    Les passeurs se spécialisent ainsi dans les nouvelles voies de migration irrégulière, souvent plus risquées.

    « Il peut s’agir de l’utilisation de faux documents, de cacher des personnes dans des camions ou de bateaux qui ne sont pas en état de naviguer », explique Franck Düvell. « C’est l’effet secondaire indésirable que nous constatons régulièrement avec de telles mesures ».

    « Il est urgent de relancer les politiques multilatérales en matière de réfugiés et de migrants, même sans la participation des États-Unis », défend Benjamin Etzold. « L’Allemagne peut et doit prendre une position de leader européen et mondial sur cette question, au lieu de poursuivre des réponses nationales fragmentées. »

    L’absence de perspectives d’avenir

    De plus en plus de personnes en quête de protection se retrouvent détenues dans des camps d’accueil pendant de longues périodes. Même si une personne y est prise en charge, le manque de perspectives d’avenir incite à reprendre la route, notamment vers l’Allemagne.

    Selon Benjamin Etzold, « en fin de compte, seules la sécurité juridique et l’amélioration des perspectives de vie à l’endroit où les personnes se trouvent peuvent réduire la pression migratoire et empêcher l’immigration irrégulière vers l’Allemagne ».

    Ainsi, la volonté de Berlin de limiter considérablement les voies d’accès légales à l’Allemagne par des restrictions sur les programmes d’accueil humanitaire ou un durcissement des conditions de regroupement familial semble contre-productive. Benjamin Etzold prévoit que cette politique risque au contraire d’encourager l’immigration irrégulière.

    Enfin, Petra Bendel, de l’université d’Erlangen-Nuremberg, qui a également participé à la rédaction du rapport, craint que l’Allemagne n’enfreigne la loi en refoulant des personnes à la frontière. Le #droit_d'asile est protégé à la fois par la constitution allemande et par le droit européen. « Si l’on fait passer la politique avant la loi, on ouvre la porte au #despotisme », prévient-elle.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/64850/allemagne--la-politique-migratoire-de-refoulement-est-contreproductive

    #migrations #réfugiés #refoulements #renvois #expulsions #efficacité #inefficacité #contrôles_frontaliers

  • Pologne : le Parlement prolonge de 60 jours la suspension temporaire du droit d’asile pour les migrants venus de Biélorussie - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/64708/pologne--le-parlement-prolonge-de-60-jours-la-suspension-temporaire-du

    Pologne : le Parlement prolonge de 60 jours la suspension temporaire du droit d’asile pour les migrants venus de Biélorussie
    Par La rédaction Publié le : 22/05/2025
    Le Parlement polonais a approuvé mercredi à une large majorité la prolongation de la suspension du droit d’asile à la frontière orientale du pays avec la Biélorussie, pour 60 jours supplémentaires. Cette mesure est pourtant fortement dénoncée par les ONG et les instances internationales.
    La décision est sans appel : 366 députés polonais ont voté mercredi 21 mai pour prolonger la suspension du droit d’asile à la frontière avec la Biélorussie - seulement 17 députés ont voté contre. Cette mesure permet à Varsovie d’empêcher d’introduire toute nouvelle demande d’asile pour les migrants arrivés dans le pays via la Biélorussie voisine.
    Le règlement prévoit néanmoins des dérogations pour certaines catégories de personnes, notamment les enfants, les femmes enceintes, les personnes ayant des besoins particuliers en matière de soins de santé et celles considérées comme présentant un « risque réel de préjudice » si elles sont renvoyées de l’autre côté de la frontière.
    Adoptée dans un premier temps par la Parlement en mars pour 60 jours, cette suspension est donc prolongée pour 60 jours supplémentaires à partir du 26 mai. Cette mesure est destinée à lutter contre des flux migratoires orchestrés par la Russie et la Biélorussie, soutient le gouvernement polonais. Depuis 2021, la Pologne estime que des afflux d’exilés à sa frontière orientale sont organisés dans le but de déstabiliser la région et l’Union européenne (UE).
    Alors qu’une telle disposition contrevient au principe même du droit d’asile, Varsovie a reçu le feu vert de la Commission européenne le 11 décembre 2024 pour l’adopter. La Commission avait ouvert la possibilité de limiter le droit fondamental de demander l’asile dans des circonstances « exceptionnelles », pour les États de l’UE « instrumentalisés » par la Russie par le biais de ce qui a alors été qualifié de « menace hybride ». S’exprimant mardi, le Premier ministre polonais Donald Tusk a justifié une nouvelle fois cette suspension du droit d’asile, estimant que seule la position « ferme » de la Pologne a permis d’atténuer efficacement cet afflux, qu’il avait précédemment qualifié de « menace sérieuse et réelle » pour la sécurité nationale du pays.
    Selon le gouvernement, 3 238 tentatives de franchissement illégal de la frontière polono-biélorusse ont été enregistrées entre le 27 mars et le 28 avril. Chaque jour, 11 000 policiers sont déployés dans la région pour surveiller cette zone frontalière de la Biélorussie.
    La limitation du droit d’asile a été fortement dénoncée par les ONG et les instances internationales. En février, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avait averti la Pologne que la loi proposée n’était compatible ni avec le droit d’asile international ni avec le droit d’asile européen.
    Human Rights Watch (HRW) a exhorté le mois dernier l’UE à intenter une action en justice contre la Pologne si le projet de loi était mis en œuvre, car celui-ci « va à l’encontre des obligations internationales et européennes de la Pologne ». Amnesty international estime, de son côté, que « ces propositions mettent en danger les droits des personnes sollicitant l’asile. Elles pénalisent des personnes qui peuvent avoir été victimes de violence et de traite d’êtres humains, ou attirées par duperie jusqu’aux frontières de l’UE ».
    Ce n’est pas la première fois que la Pologne prend des libertés avec le droit international pour empêcher les arrivées de migrants sur son territoire. En octobre 2021, le Parlement a légalisé les refoulements d’exilés à la frontière. Cette pratique est pourtant interdite par l’article 33 de la Convention de Genève et par la Constitution polonaise elle-même.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#pologne#bielorussie#russie#politiquemigratoire#frontiere#asile#UNHCR#droit#sante#refoulement