region:le nord de la syrie

  • Riad Turk , le Mandela de Syrie qui a résisté à la dynastie Assad - Acil TABBARA - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1127882/le-mandela-de-syrie-qui-a-resiste-a-la-dynastie-assad.html

    L’opposant historique syrien Riad Turk vivait dans la clandestinité depuis de nombreuses années à Damas. Ce week-end, cet homme à la volonté de fer qui a défié les régimes syriens successifs est arrivé en France, au terme d’un périple au cours duquel, et avec l’aide de militants de l’opposition syrienne, il a pu rejoindre la frontière turque.
    Âgé de 88 ans, M. Turk « a pu quitter la Syrie grâce à l’aide de militants qui l’ont aidé à gagner le nord de la Syrie, puis la frontière syro-turque, et se trouve actuellement sain et sauf en France », a indiqué à L’Orient-Le Jour le réalisateur et journaliste syrien Ali Atassi, précisant que son exfiltration s’était faite « sans aucune aide extérieure » et grâce à des activistes syriens « qui ont risqué leur vie pour le conduire à la frontière syro-turque ». La France, où réside l’une de ses filles, a été uniquement sollicitée pour lui accorder un visa.

    #syrie #france #liban


  • Syrie : Les Kurdes se tournent vers Damas pour négocier l’autonomie
    par Ellen Francis - Reuters26 juillet 2018 - (Avec la contribution de Rodi Saïd dans le nord de la Syrie et Tom Perry à Beyrouth ; Jean Terzian pour le service français, édité par Tangi Salaün)
    https://fr.news.yahoo.com/syrie-les-kurdes-se-tournent-vers-damas-pour-111801882.html

    BEYROUTH (Reuters) - Les Kurdes syriens, qui se méfient des Etats-Unis, allié devenu imprévisible, sont plus que jamais disposés à négocier avec le régime de Bachar al Assad afin de conserver leurs acquis depuis le début de la guerre civile.

    Les principaux groupes kurdes figurent parmi les rares bénéficiaires du conflit en Syrie. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), milice à dominante kurde, ont pris le contrôle d’une bonne part du nord du pays, région qui jouit d’une autonomie de fait depuis le début de la guerre.

    En plus de sept années de conflit, les Kurdes ont pour la plupart évité de s’opposer frontalement au régime d’Assad, au côté duquel ils ont même combattu les insurgés et les forces turques dans la région d’Afrin, près de la frontière avec la Turquie.

    Une négociation s’est ouverte entre les Kurdes et le gouvernement syrien sur le retour des fonctionnaires et la réparation d’une des infrastructures les plus importantes de Syrie : le barrage de Taqba, le plus grand du pays, dont les FDS ont repris le contrôle au groupe djihadiste Etat islamique (EI) l’an dernier avec l’appui aérien des Etats-Unis.

    Selon un haut représentant kurde, les milices pourraient prêter main forte à une éventuelle offensive des forces pro-gouvernementales dans la province d’Idlib (nord-ouest), où se sont regroupés la majorité des rebelles, et coopérer davantage avec le pouvoir syrien face à l’offensive turque. (...)


  • Comment Ankara veut empêcher la libération de la province d’Idleb par Damas ? – Site de la chaîne AlManar-Liban
    http://french.almanar.com.lb/971412

    L’armée turque a mis en place 12 centres de supervision à Idlib et à Hama dans le cadre d’un accord signé au mois de septembre avec la Russie et l’Iran. Via ces centres de supervision, la Turquie est censée garder un œil sur les zones de désescalade où l’armée syrienne et les rebelles doivent respecter la cessation des hostilités.

    Le centre de supervision le plus proche de la Turquie se trouve à 500 mètres des frontières turques et le plus loin est à Tall Sawwanah, au nord de Hama, à 88 kilomètres de la Turquie.

    Par ailleurs, la Turquie a fait une nouvelle proposition à la Russie sur la mise en place d’une quatrième zone de désescalade qui couvre des parties des provinces de Lattaquié, de Hama, d’Alep et d’Idlib, cette dernière étant la région la plus importante que contrôlent les groupes armés en Syrie.

    Cette initiative turque intervient au moment où les habitants des deux localités loyalistes de Fouaa et de Kefraya ont été tous évacués.

    L’initiative turque prévoit le rétablissement de l’électricité et de l’eau, la réouverture de centres qui offrent des services vitaux, le déblocage de la route reliant Alep à Damas et la destruction de postes de contrôle et des remblais qui se trouvent sur une route reliant Dar Ta’izzah à Alep.

    Dans ce droit fil, la Turquie a demandé à tous les groupes armés opérant surtout dans le nord de la Syrie et dans d’autres régions de prendre part à une conférence générale avec pour thème l’avenir d’Idlib, étant donné les récentes évolutions dans le sud de la Syrie. Hayat Tahrir al-Cham, le Gouvernement de salut et la Coalition nationale syrienne comptent parmi les groupes armés qui prendront part à cette conférence de deux semaines.

    Selon les sources proches de cet événement, « Ankara va demander à tous ces groupes de déposer leurs armes lourdes et semi-lourdes en échange de la formation d’un nouveau groupe baptisé “Armée nationale” qui sera composé de tous les groupes armés ».

    Les mêmes sources réaffirment que la Turquie entend mettre sur pied une association homogène de groupes civils avec pour mission de s’occuper des activités sociales et de fournir les services nécessaires, sous la supervision d’Ankara.

    La réalisation de ce plan B turc nécessite des mois et beaucoup d’efforts et tout cela pour que le gouvernement d’Ankara puisse faire face à une opération militaire russo-syrienne à Idlib.

    D’autre part, le chef d’état-major de l’armée turque a annoncé que les militaires turcs et américains avaient déployé 17 patrouilles dans les localités entre la zone d’opération du Bouclier de l’Euphrate et la ville de Manbij, dans le nord de la Syrie, afin d’empêcher tout affrontement entre les Kurdes et les forces soutenues par la Turquie.

    farce de la #révolution_syrienne

    • http://spanish.almanar.com.lb/223819
      “Las fuerzas del gobierno sirio están obligadas a dar los pasos necesarios para responder a las acciones de los extremistas y restaurar la estabilidad”, ha anunciado el Ministerio de Defensa ruso. Para los analistas, esta declaración rusa constituye un respaldo abierto e incluso una invitación a Damasco de que inicie una operación militar en la provincia de Idleb para liberarla del yugo de los terroristas del Frente al Nusra y otros grupos, que en los últimos días han lanzado ataques, a través de drones, contra la base rusa de Hamaimim.

      El comunicado del Ministerio de Defensa ruso fue emitido el viernes (20 de julio) y en él se defiende una batalla futura para la liberación de Idleb y el desmantelamiento de los terroristas que están activos allí.


  • #syrie #kurdistan
    http://www.lefigaro.fr/international/2018/03/29/01003-20180329ARTFIG00386-la-france-envoie-des-renforts-au-kurdistan-syrien

    Selon une délégation kurde reçue à l’Élysée, des soldats français pourraient être déployés dans le secteur de Mambij.

    La France a décidé de soutenir ses alliés kurdes syriens. Après avoir longuement tergiversé depuis le début de l’offensive lancée par la Turquie contre les forces kurdes le 20 janvier dernier dans le nord de la Syrie, les Francais et les Américains ont finalement pris la décision de s’opposer aux menées turques en envoyant des troupes en renfort à Mambij.

    Ce déploiement vise à empêcher une offensive des forces turques, qui se préparaient à lancer une opération visant à reprendre aux Kurdes du YPG le contrôle de cette ville stratégique dans la haute vallée de l’Euphrate, dans le nord de la Syrie. L’ambassadeur de France à Ankara a été chargé de transmettre la décision au president turc, Recep Tayyip Erdogan. Le president Emmanuel Macron a reçu jeudi une délégation de représentants kurdes et arabes syriens, et leur a annoncé que des troupes françaises seraient déployées dans le secteur de Manbij. Contacté par Le Figaro, l’Élysée a indiqué « ne pas présenter les choses de cette manière » et a renvoyé à son communiqué.

    « Afrine n’est plus seule », a déclaré Khaled Issa, le représentant du Rojava en France dans une conférence de presse jeudi soir à Paris. « La France a été à la hauteur de son engagement dans la lutte contre le terrorisme ».

    La Turquie a lancé le 20 janvier dernier son armée en territoire syrien dans le canton d’Afrine. Cette opération, baptisée Rameau d’olivier, visait à déloger les forces kurdes du YPG de cette zone frontalière. Les troupes turques étaient accompagnées par des milices armées syrienne, souvent des combattants djihadistes, qui offraient une caution arabe à l’opération. Cette offensive a été lancée avec l’accord de la Russie, qui contrôle l’espace aérien dans cette partie de la Syrie. Après plusieurs semaines de combats, les forces kurdes, dépourvues d’armements lourds et d’armes, ont été forcées de se replier. Une grande partie des habitants kurdes d’Afrine ont aussi fui le canton, livré au pillage des milices arabes.

    Le president turc avait annoncé ces derniers jours son intention de poursuivre l’offensive et de chasser les « terroristes » de la zone frontalière. Ankara considere les forces kurdes des YPG, branche syrienne du PKK, le parti séparatiste kurde de Turquie, comme une organisation terroriste. Les forces kurdes, qui forment l’ossature des Forces démocratiques syriennes, ont fourni le gros des troupes au sol engagées contre l’organisation État Islamique depuis 2015. Appuyées par l’aviation et les forces spéciales américaines et occidentales, les FDS ont repris Raqqa, la capitale de Daech en Syrie, et combattent encore les djihadistes dans la region de Deir Ezzor. L’offensive turque a obligé les Kurdes à redéployer une partie de leurs forces vers le nord. On ignore encore le volume des forces qui seront déployées, ni dans quels délais, mais la décision franco-américaine est un coup de théâtre qui gêne considérablement les plans de la Turquie en Syrie

    « La France a été à la hauteur de son engagement dans la lutte contre le terrorisme »

    Khaled Issa, représentant du Rojava en France


  • L’Europe paye des équipements militaires à la Turquie pour refouler les réfugiés

    Mediapart et l’EIC révèlent que l’argent de l’Union européenne a permis à la Turquie de s’équiper en véhicules blindés afin d’empêcher le passage de réfugiés à sa frontière avec la Syrie. Cette opération pourrait avoir causé de nombreuses victimes parmi les Syriens tentant de fuir la guerre, alors que la prise d’Afrin par l’armée turque va pousser encore des milliers de personnes sur la route de l’exil.
    Quand les soldats turcs ont ouvert le feu, Ibrahim Khaled a pris sa mère par la main et s’est mis à courir. Il a entendu le cliquetis des armes à feu, entendu les cris des réfugiés frappés par les balles, et a été projeté à terre. Khaled ne s’est pas retourné. « J’ai senti que si je m’arrêtais là, je serais tué ou arrêté », dit-il.
    Pendant des heures, Khaled et sa mère ont couru dans la direction que le passeur leur avait indiquée. Ils ont marché à travers des champs d’oliviers, ont rampé sur des pierres jusqu’à atteindre un village turc. De la soixantaine de réfugiés qui avaient quitté le camp près de #Darkush, dans la province syrienne d’#Idlib, seule une poignée a traversé la frontière. Khaled ne sait pas ce qui est arrivé aux autres. Ils sont probablement morts ou de retour en Syrie, pense-t-il. « Nous avons eu de la chance. »
    Khaled est assis dans un appartement nouvellement construit en périphérie de Mersin, dans le sud-est de la Turquie, où lui et sa mère ont trouvé refuge après leur fuite à l’automne dernier. Il porte un jean déchiqueté et un pull qu’un voisin lui a donnés. Ses yeux sont fatigués, son front est plissé de rides. Khaled s’est longtemps posé la question de savoir s’il devait parler avec des journalistes des #violences à la #frontière_turco-syrienne. Il a peur que les autorités turques ne se vengent sur lui. Dernièrement, il a accepté de nous accorder une interview à la condition que son nom soit changé. « Je veux que le monde sache ce qui nous arrive à nous, Syriens », dit-il.

    La guerre civile en Syrie entre dans sa huitième année. Plus de 350 000 personnes ont été tuées à ce jour, des millions ont été déplacées. Et bien qu’il n’y ait toujours pas de paix en vue, les pays voisins de la Syrie ont fermé les voies d’échappatoire. Le Liban, la Jordanie et la Turquie, qui accueillent ensemble plus de cinq millions de Syriens, refusent d’accepter davantage de demandeurs d’asile. La Turquie a construit sur sa frontière avec la Syrie un mur de trois mètres de haut et long de plusieurs centaines de kilomètres.

    Khaled raconte que des #soldats_turcs ont ouvert arbitrairement le feu sur des réfugiés. Les détails de son témoignage sont difficiles à vérifier, mais ils sont cohérents et coïncident avec les déclarations de plus d’une douzaine de témoins avec lesquels le Spiegel s’est entretenu. L’ONG Human Rights Watch a révélé des cas similaires début février : des soldats turcs ont forcé des réfugiés à retourner en Syrie et ont tiré de manière indiscriminée, selon l’organisation.

    Il y a précisément deux ans, le 18 mars 2016, l’Union européenne et Ankara concluaient un accord selon lequel les Européens allaient verser 3 milliards d’euros à la Turquie en échange du maintien des réfugiés sur son sol (en attendant un deuxième volet de 3 milliards d’euros). Les dirigeants européens ont prétendu que cet accord avait permis de contenir la « crise des réfugiés ». En réalité, la crise s’est simplement déplacée. À présent, les gens meurent moins fréquemment dans la mer Égée, où le nombre d’embarcations traversant vers la Grèce s’est réduit drastiquement une fois l’accord passé. Mais ils meurent sur la frontière turco-syrienne.

    Officiellement, les milliards de l’Europe servent exclusivement à aider la Turquie à gérer les réfugiés sur son sol et à les empêcher d’entrer en Europe. C’est faux. Mediapart et ses partenaires du réseau European Investigative Collaborations (EIC) révèlent que l’Union européenne a payé à la Turquie pour 83 millions d’euros de véhicules militaires et d’équipements de surveillance afin de traquer les réfugiés. Y compris à la frontière turco-syrienne, pourtant officiellement ouverte.

    Les journalistes de l’EIC se sont plongés dans les centaines de contrats européens. L’un d’entre eux montre que l’Union européenne a financé à 75 % l’achat par la Turquie de 82 véhicules blindés Cobra II, dont le coût total est de 47,5 millions d’euros. Ces engins, équipés de périscopes, peuvent patrouiller le long du mur côté turc tout en localisant les réfugiés approchant de l’autre côté. Produits par Otokar, l’un des plus gros industriels turcs de l’armement, ces véhicules ont été livrés aux forces armées turques au printemps 2017.

    Ils font aujourd’hui partie de l’infrastructure de surveillance de ce qui va devenir bientôt le troisième mur le plus long du monde : 900 km de béton équipés de drones, de caméras thermiques, et de tours de tir télécommandées et automatisées de manière « intelligente ». Des haut-parleurs diffusent des messages, avertissant les gens, en turc et en arabe, de ne pas s’approcher davantage. De l’artillerie lourde ouvre le feu si ces avertissements sont ignorés. Les caméras thermiques sont capables, par temps clair, de repérer trois personnes debout d’une taille de 1,80 m à une distance de dix kilomètres. En d’autres termes, l’équipement financé par l’Union européenne aide à repérer des réfugiés qui essaient de traverser le mur frontalier et risquent d’être touchés par des tirs… et tués.

    Le mur construit par Ankara maintient par ailleurs des centaines de milliers de réfugiés syriens coincés dans une zone de guerre. On estime que plus de 200 000 personnes ont été déplacées dans le nord de la Syrie depuis la mi-décembre, et il faut s’attendre à ce que la prise par l’armée turque, ces derniers jours, de la ville kurde d’Afrin provoque de nouveaux flux de réfugiés.

    La Turquie assure que la frontière est toujours ouverte pour les demandeurs d’asile, ce qui est contredit par différentes sources turques et syriennes proches de la frontière. L’Institut international pour les études stratégiques (IISS) notait déjà en juin 2017 que la Turquie avait rendu « pratiquement impossible pour les réfugiés syriens le passage de la frontière légalement ». « La Turquie assure que sa politique de la “porte ouverte” est toujours en vigueur, mais dans la réalité, elle est presque fermée », estimait alors l’institut.

    Depuis septembre dernier, 42 civils ont été tués alors qu’ils tentaient de passer de Syrie en Turquie, selon Rami Abdulrahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) confirme qu’il est devenu pratiquement impossible de traverser la frontière (excepté pour les personnes gravement blessées ou malades), alors que le nombre de réfugiés fuyant la Syrie est en hausse.

    On assiste à une violation des droits humains, selon Thomas Gammeltoft-Hansen, directeur de recherche à l’Institut danois des droits de l’homme et du droit humanitaire Raoul-Wallenberg. « Si des balles mortelles sont tirées sur des réfugiés essayant de traverser la frontière, c’est une violation pure et simple des droits humains, rappelle-t-il. Si le mur frontalier enlève aux Syriens toute possibilité de demander l’asile, c’est une autre violation du droit international, en particulier du principe de non-refoulement. »

    La fourniture de matériel à la Turquie par l’Union européenne pourrait rendre cette dernière complice de violation des droits humains à la frontière turco-syrienne. « S’ils savent que l’équipement est utilisé d’une façon qui viole les droits des réfugiés, les membres de l’UE sont par principe complices », ajoute Thomas Gammeltoft-Hansen.

    309 millions d’euros côté français

    Interrogée par l’EIC, la Commission européenne nous a répondu que « l’Union européenne ne fournit pas d’équipements militaires ou létaux à la Turquie ». Les Cobra II sont pourtant bien des engins militaires. La Commission ajoute que l’accord avec la Turquie prévoit que les véhicules soient « exclusivement affectés à la surveillance des frontières et que toute modification ou changement d’affectation des équipements requiert l’autorisation écrite de la commission ».

    Sauf que Bruxelles n’a pas les moyens de contrôler ce que fait le régime autoritaire d’Erdogan de ses armes. Plusieurs experts des droits de l’homme craignent d’ailleurs que la Turquie n’utilise cet équipement financé par les fonds européens pour les opérations militaires menées actuellement dans les zones kurdes de Syrie, ou pour la répression visant sa propre population. Des photos de l’invasion par l’armée turque de la province kurde d’Afrin depuis fin janvier montrent que des véhicules Cobra II ont été utilisés. Mais au lieu de périscopes avec des caméras thermosensibles, ils ont été équipés d’armes.

    Le caractère problématique des financements européens ne se limite pas à la frontière turco-syrienne. Pour aider la Turquie à surveiller sa portion de frontière terrestre avec la Grèce, l’Union européenne a financé des véhicules militaires plus monstrueux encore que les Cobra II, selon l’enquête de l’EIC.

    En mai 2017, Aselsan, une société détenue à 84 % par l’armée turque, a remporté un contrat à hauteur de 30 millions d’euros avec l’Union européenne pour fournir à la Turquie 50 véhicules pour patrouiller à la frontière grecque, dont 20 sont dotés d’un blindage extrêmement épais afin de protéger les véhicules des mines et grenades. Selon les documents européens consultés par l’EIC, ces engins sont des contributions de l’Europe à « la prévention de l’immigration illégale, du trafic humain, des crimes de passage des frontières [« cross-border crimes »], et du système des passeurs ».

    L’un des industriels qui a étudié l’appel d’offres s’est retrouvé perplexe devant la disproportion apparente entre l’objectif affiché et les spécifications techniques de ces véhicules, « clairement exagérées » pour des engins censés être utilisés à la frontière de la Turquie avec l’Union européenne. Mais l’UE a été ferme : le blindage lourd est absolument requis, dit-elle dans sa réponse, sans en expliquer les raisons.

    On comprend que Bruxelles soit très discret sur la question. Aselsan, qui a remporté l’appel d’offres, ne fournira en réalité que l’équipement électronique. Selon l’enquête de l’EIC, les véhicules sont des Hizir, d’impressionnants engins de guerre (notre photo ci-dessus) fabriqués par Katmerciler, un industriel appartenant à un ancien député de l’AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc est un grand fan de l’Hizir, dont il a dévoilé le prototype en novembre 2016 lors d’un salon militaire, six mois avant que l’UE n’en finance 50 exemplaires.

    L’appel d’offres de Bruxelles stipulait pourtant que les véhicules devaient avoir été mis sur le marché depuis un an. Ce n’est pourtant pas le cas des Hizir, dont les premiers exemplaires sont récemment sortis de l’usine, et qui sont toujours en cours de test avant leur livraison prochaine à l’armée turque.

    Lorsque, en 2016, l’Union européenne a promis à Erdogan 3 milliards d’euros en échange de son accord pour reprendre tous les réfugiés syriens arrivant sur les îles grecques, il était pourtant statué que cet argent serait uniquement utilisé pour aider à l’accueil des plus de 3,5 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie.

    Or sur ces 3 milliards d’euros qui ont été collectés auprès des États membres de l’UE (la quote-part de la France dans ce programme s’élève à 309 millions d’euros), une partie a été utilisée pour financer six bateaux de patrouille à destination des gardes-côtes turcs. Lesquels, selon plusieurs ONG opérant dans ces zones maritimes, arrêtent agressivement les réfugiés tentant de quitter la Turquie, mettant parfois les embarcations de réfugiés en danger.

    « Juste après que l’accord avec la Turquie a été mis en place, il était évident que les #gardes-côtes_turcs faisaient tout pour arrêter les gens qui traversaient la mer, explique Ruben Neugebauer, porte-parole de Sea-Watch, l’une de ces organisations. Il y a différentes tactiques. Parfois nous voyons des bateaux turcs naviguer autour des canots pneumatiques, provoquant des vagues, les mettant en danger de telle sorte que parfois les réfugiés décident de rentrer par eux-mêmes. Parfois, ils chassent les bateaux et frappent même les gens à coups de bâton afin de les faire repartir. »

    En réponse à cette interpellation, les gardes-côtes turcs ont publié une déclaration disant qu’ils étaient mandatés pour arrêter les bateaux de réfugiés avant qu’ils ne pénètrent dans les eaux européennes. Les bâtons, expliquent-ils, sont utilisés pour tenter d’endommager les moteurs et les hélices de façon à attacher les petites embarcations aux plus gros bateaux des gardes-côtes pour les tirer vers les côtes turques.

    Mais ce n’est pas le seul cas d’abus présumé commis à bord de ces bateaux financés par l’argent européen. L’ONG Lighthouse Relief a publié une déclaration commune avec le UNHCR pour exprimer sa préoccupation au sujet d’un incident survenu en novembre dernier, assurant que les gardes-côtes turcs avaient tiré en l’air et dans la mer, ce qui a provoqué le saut dans l’eau de plusieurs réfugiés.

    Ces six bateaux de patrouille ont été commandés à un constructeur naval néerlandais, #Damen, pour la somme de 18 millions d’euros – une somme qui vient pour partie du fonds danois d’#aide_au_développement. Ils ont été livrés aux gardes-côtes turcs l’année dernière. Le dernier a été livré juste avant Noël. D’après la société navale, ces bateaux peuvent transporter jusqu’à 120 réfugiés et migrants en mer.

    Ces fournitures d’équipement pour le contrôle des frontières à la Turquie font partie d’une tendance croissante au sein de l’Union européenne : « L’UE utilise de plus en plus le principe de la pleine concurrence et externalise le contrôle frontalier à des pays tiers au lieu d’effectuer son propre contrôle, fait valoir le chercheur danois Thomas Gammeltoft-Hansen. Vous financez le contrôle des frontières, mais vous ne voulez pas être là vous-mêmes car vous risquez de mettre en jeu votre responsabilité en termes de droits humains. » Une stratégie qui rappelle étrangement ce qui se passe aujourd’hui entre l’Italie et la Libye.

    Un porte-parole de la Commission européenne a répondu par écrit aux questions de l’EIC en affirmant que l’Union européenne suivait « attentivement » la situation à la frontière turco-syrienne et qu’elle était consciente de l’existence de violences à la frontière, « mais n’a pas été capable d’obtenir de confirmation indépendante par ses sources ou par les autorités turques ». Sollicités depuis une semaine, l’ambassade turque à Copenhague et le gouvernement turc à Ankara n’ont pas donné suite aux sollicitations de l’EIC.

    Mercredi 14 mars, l’Union européenne a donné son feu vert pour le versement du deuxième volet de l’aide promise à la Turquie. Trois nouveaux milliards d’euros vont être versés à Ankara.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/240318/l-europe-paye-des-equipements-militaires-la-turquie-pour-refouler-les-refu
    #externalisation #UE #EU #Turquie #frontières #asile #migrations #réfugiés_syriens #surveillance_des_frontières #militarisation_des_frontières #gardes-côtes #contrôles_frontaliers #violence

    • Commentaire d’Emmanuel Blanchard sur la liste Migreurop :

      Cela fait bien longtemps que la « #guerre_aux_migrants » n’est plus une métaphore mais s’incarne dans dispositifs et matériels. Une enquête de l’European Investigative Collaborations décrit comment des fonds de l’UE ont servi à l’armée turque pour acheter des équipements (véhicules blindés notamment) utilisés aux frontières turco syriennes et turco-grecques.
      Afin de rendre plus hermétiques encore ces frontières, lieux de toutes les violences, « l’Union européenne a donné son feu vert pour le versement du deuxième volet de l’aide promise à la Turquie. Trois nouveaux milliards d’euros vont être versés à Ankara ».

    • EUROPA - Droits de l’homme | Union Européenne
      https://europa.eu/european-union/topics/human-rights_fr

      Protéger les droits de l’homme dans le monde

      Le cadre stratégique en faveur des droits de l’homme et de la démocratie adopté en 2012 vise à renforcer l’efficacité et la #cohérence de la politique dans ce domaine. [...]

      L’Union européenne s’est résolument engagée à défendre et à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit dans le monde. Les droits de l’homme sont au cœur de ses relations avec d’autres pays et régions. [...]

      La politique de l’UE :

      vise à faire progresser les droits des femmes, des enfants, des minorités et des personnes déplacées ;

      [...]

      Tous les accords commerciaux ou de coopération conclus avec des pays tiers (plus de 120 à ce jour) prévoient une clause sur les droits de l’homme spécifiant que ces droits constituent un aspect fondamental des relations avec l’UE, qui a imposé à plusieurs reprises des sanctions pour violations des droits de l’homme.

      L’#UE poursuit également des dialogues sur les droits de l’homme avec plus de 40 pays et organisations, dont la #Russie, la #Chine et l’#Union_africaine. Elle évalue ses activités mondiales dans ce domaine, dans son rapport annuel sur les droits de l’homme et la démocratieRechercher les traductions disponibles de ce lienEN•••.

      Par l’intermédiaire de l’instrument européen pour la démocratie et les droits de l’hommeRechercher les traductions disponibles de ce lienEN••• (IEDDH), l’UE soutient des groupes, des associations ou des particuliers qui défendent les droits de l’homme, les libertés fondamentales, la démocratie et l’État de droit. Cet instrument est doté d’un budget de 1,3 milliard d’euros pour la période 2014-2020.

      Macron : la situation en #Turquie ne permet « aucune avancée » avec l’UE
      http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/01/05/pour-macron-les-evolutions-recentes-de-la-turquie-ne-permettent-aucune-avanc

      Le président français a notamment évoqué des visions différentes sur le respect des libertés individuelles et a appelé la Turquie au « respect de l’Etat de droit ».

      #psychose

    • #Militarisation_des_frontières, dans ce cas la frontière turco-syrienne... avec l’argent de l’UE :

      Un’inchiesta giornalistica transnazionale ha rivelato che fondi UE sono stati impiegati dalla #Turchia per la militarizzazione del confine con la Siria. La parlamentare europea @SofiaSakorafa chiede alla CE di accertarsi che non ci siano violazioni dei diritti umani #RightsEP

      https://twitter.com/BalcaniCaucaso/status/986650825333379073
      Vu sur twitter, le 19.04.2018


  • Syrie : des volontaires occidentaux comptent rester « jusqu’au bout » avec les forces kurdes à Afrin

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/03/14/des-volontaires-occidentaux-comptent-rester-jusqu-au-bout-avec-les-forces-ku

    Français, Italiens ou Britanniques, ils ont rejoint le mouvement kurde par sympathie idéologique ou pour lutter contre les djihadistes de l’EI, et n’entendent pas quitter la ville menacée de siège.

    Plus de sept semaines après avoir déclenché leur offensive, l’armée turque et ses supplétifs syriens – des groupes d’inspiration islamiste issus de la rébellion armée – étaient, mercredi 14 mars, aux portes de la ville kurde d’Afrin. La ville est prise en étau d’est en ouest par les assaillants et les combattants kurdes affirment se préparer à de longs combats urbains. Dans leurs rangs se trouve un petit groupe de combattants occidentaux dont certains entendent rester sur place, alors que l’encerclement complet d’Afrin et de ses habitants pourrait se profiler.

    « La situation est critique. Quoi qu’il arrive, je resterai jusqu’au bout avec d’autres camarades qui, comme moi, ne veulent pas abandonner leurs amis kurdes », déclare le volontaire britannique Jamie Janson, joint à Afrin-ville par la messagerie en ligne WhatsApp. Comme des dizaines d’autres combattants occidentaux, Jamie Janson a rejoint les rangs des forces kurdes syriennes pour combattre l’organisation Etat islamique (EI). Il poursuit aujourd’hui son engagement en participant à la défense de l’enclave kurde d’Afrin, située dans le nord-ouest de la Syrie.

    Lorsque l’armée turque et ses supplétifs syriens ont lancé leur opération sur Afrin, le volontaire britannique s’apprêtait à quitter le pays. Rakka, l’ancienne capitale de l’EI, était tombée et, dans la zone frontalière irako-syrienne, les dernières poches djihadistes étaient sur le point d’être réduites par les forces kurdes. « J’allais quitter la Syrie mais l’attaque turque sur Afrin m’a convaincu de rester et de continuer le combat, raconte Jamie Janson. Cette guerre n’a rien à voir avec celle que nous avons menée face à Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique - EI]. Malgré les capacités de résistance des Kurdes, nous sommes dépassés militairement. »

    Une unité intégrée aux forces kurdes

    Les forces kurdes qui défendent actuellement Afrin ont été le fer de lance des opérations contre l’EI dans l’est de la Syrie avec le soutien de la coalition internationale emmenée par Washington. Face à la Turquie, puissance majeure de l’OTAN qui les considère comme des « terroristes » et comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) combattu par Ankara en Turquie même, elles ne peuvent pas compter sur le soutien de leurs partenaires occidentaux.

    Les volontaires étrangers qui ont rejoint les lignes de défense kurdes à Afrin ont fondé une unité intégrée aux forces kurdes et baptisée « Forces antifascistes à Afrin » (FAAF) dont ils ne souhaitent pas révéler les effectifs. Sur la page facebook des FAAF, ouverte peu après le début des opérations, ses membres se présentent comme constituant « un groupe militaire de révolutionnaires de gauche qui défendent Afrin et son peuple contre l’invasion de l’Etat turc et de ses alliés salafistes ».

    Dans les territoires que ces forces contrôlent dans le nord de la Syrie, le mouvement kurde se veut porteur d’un modèle politique original fondé sur une forme d’autogestion, la promotion de l’égalité entre hommes et femmes et la coexistence entre les diverses communautés confessionnelles et ethniques de la région. « Parmi les volontaires qui sont restés après la chute de Rakka, il y a ceux qui étaient déjà sensibles aux idées du mouvement en Europe et d’autres qui se sont formés sur place ou qui veulent continuer par solidarité avec les gens qu’ils ont rencontré ici », explique le volontaire britannique Jamie Janson.

    Trois morts officielles de trois volontaires occidentaux

    Plusieurs volontaires étrangers ont perdu la vie depuis le début de l’offensive turque. La mort au combat de trois volontaires occidentaux a été officiellement annoncée. Parmi eux, un militant internationaliste breton, Olivier Le Clainche, connu sous le nom de guerre de Kendal Breizh a été tué le 10 février dans une frappe aérienne turque. Il avait combattu sur plusieurs fronts contre l’EI et adhérait au projet politique du mouvement kurde et de ses alliés en Syrie.

    Des militants de la gauche turque sont également représentés dans les rangs des internationaux actuellement à Afrin. Pour l’un d’eux, qui répond au nom de guerre de Devrim Botan, le combat mené contre l’armée turque à Afrin est le prolongement de son opposition radicale au gouvernement d’Ankara. « Les forces kurdes m’ont donné le choix de me battre ou non contre les forces de mon pays d’origine. J’ai accepté de rester car pour moi Daech et l’Etat turc ont la même idéologie », indique-t-il.

    « Ceux qui voulaient partir ont pu le faire. Nous sommes ici pour rester et combattre le plus longtemps possible », indique depuis le centre-ville d’Afrin un combattant italien qui emprunte le pseudonyme kurde de Tekosher, également joint par WhatsApp. Attiré par les idées du mouvement kurde, c’est sa première expérience militaire. « Nous allons résister ! », affirme un combattant plus expérimenté, italien également et utilisant le nom de guerre kurde de Dilsoz, joint depuis ce qu’il décrit comme un village situé à proximité de la ligne de front.

    « On ignore encore si l’armée turque et les milices djihadistes vont essayer d’entrer dans les zones urbaines. Les forces qui défendent Afrin se préparent aux combats de rue mais il est possible qu’ils décident de bombarder la ville massivement », explique le deuxième volontaire italien. « Les forces qui nous attaquent bénéficient du soutien d’une armée de l’OTAN mais leur idéologie est une idéologie djihadiste », estime-t-il : « Je combattais Daech dans l’est de la Syrie avant d’être déployé à Afrin. Cette attaque turque renforce nos ennemis et si Afrin tombe, il ne faudra pas s’étonner s’il y a de nouveaux Bataclan en Europe à l’avenir. »


  • Le journal de 9h ce matin sur France Inter. Un sujet dénonçant le fait que « le régime syrien poursuit son offensive », cela même « après la mort de plus d’un millier de civils ». Immédiatement illustré par l’entretien émouvant, pendant 2 minutes, avec « Katan, jeune étudiant syrien », qui a fuit Deraa et qui vit en France puis 4 ans. Lequel nous rappelle qu’il ne pouvait pas comprendre qu’on laisse « un dictateur massacrer son peuple », et des considérations assez touchantes sur sa propre « honte » parce qu’il a « fuit » son pays, ce qui a pour effet de réintroduire le champ sémantique de l’inaction occidentale et de l’abandon du peuple syrien.

    Ce sujet terminé, retour en studio, on enchaîne rapidement sur : « la situation en Syrie… », avec pour unique information : L’ancien président lance un appel pour que cessent les bombardements contre les Kurdes au Nord de la Syrie. Sur ce, fin de la séquence « Syrie ».

    Hum…
    – l’auditeur qui ne suivrait pas l’information ailleurs que sur France Inter ne saura donc pas qui bombarde les Kurdes dans le Nord de la Syrie (alors qu’on sort de 3 minutes sur le « régime syrien » qui massacre les civils) ;
    – l’auditeur pas plus informé ne se demandera pas comment on passe sans ricaner de la dénonciation de l’inaction et de l’abandon des Syriens à un « appel pour que cessent les bombardements » (fear the wrath of the gugusse) ;
    – évoquer un « appel » apparemment spontané de Hollande, sans autre contexte, tout juste quelques jours après la prestation de BHL devant l’AIPAC en faveur des Kurdes, m’oui pourquoi pas. (Laissons l’auditeur s’informer ailleurs qu’avec le journal de France Inter.)

    Et en gros c’est ce mélange de bonne conscience et de petite nullité depuis 2011. Et j’ai le sentiment que ces gens sont persuadés de faire correctement leur travail et d’être des professionnels consciencieux…


  • Kurdistan révolutionnaire et communalisme
    Rencontres à Bure du 9 au 11 mars

    https://lavoiedujaguar.net/Kurdistan-revolutionnaire-et-communalisme-Rencontres-a-Bure-du-9-au-

    Depuis 2015 et la résistance des forces armées kurdes aux assauts de Daech à Kobané au Rojava (Syrie), la situation dans les différentes régions du Kurdistan a acquis une visibilité internationale nouvelle. Des centaines d’internationalistes (militant·e·s de gauche, anarchistes… ou pas) sont parti·e·s rejoindre les différents bataillons internationaux ou les projets de la société civile qui se développent au Rojava. Depuis 2012, dans le nord de la Syrie, se développe une expérience de transformation sociale de grande ampleur basée notamment sur les communes locales, le développement de coopératives et un modèle féministe, multiethnique et multiconfessionnel…

    Depuis le 20 janvier 2018, le Rojava est à nouveau attaqué, cette fois directement par l’armée de l’État turc (accompagnée de brigades islamistes supplétives), où Erdogan bâtit depuis quelques années les fondations d’une dictature implacable. Le canton d’Afrine, enserré à l’extrême ouest entre le régime d’Assad et l’armée turque, est à nouveau sous le feu des bombes. Partout en France et dans le monde des manifestations de soutien ont lieu. (...)

    #Bure #rencontres #Kurdistan #Rojava #Afrine #Syrie #Murray_Bookchin #communalisme #résistance #solidarité


  • Ankara construit un site industriel dans le nord de la Syrie – Site de la chaîne AlManar-Liban
    http://french.almanar.com.lb/776272

    «  La Turquie est la prolongation de l’Empire Ottoman,… c’est la même essence, la même nature  », a lancé le président Erdogan. Au lendemain du crash d’un hélicoptère militaire turc près des frontières avec la Syrie, la Turquie franchit un nouveau pas dans le sens de l’occupation du Nord de la Syrie et annonce son intention de «  mettre sur pied le premier site industriel dans la ville d’al-Bab  » en Syrie.

    Lors d’une cérémonie, samedi 10 février, avec la participation de plusieurs responsables de la province turque de Gaziantep, Ankara a inauguré le projet de construction d’un site industriel dans la ville frontalière d’al-Bab dans le nord syrien.

    Que cherche la Turquie  ?

    À en croire, le président du conseil local de la ville syrienne d’al-Bab Jamal Ahmad Othman, «  le complexe industriel qui devrait s’ériger à 5 km du centre de la ville vise à donner un coup de pouce à l’essor économique de la région  ». Est-ce la vérité  ? Selon les sources proches de l’armée syrienne, la ville d’al-Bab, que la Turquie occupe depuis 2013, abrite désormais des dizaines d’ateliers de contrebandes où la Turquie fabrique des produits à bas coût pour mettre en place un trafic lucratif vers l’Europe, et ce pour échapper aux mesures de taxation européennes.

    #turquie #syrie

    Se souvenir des plaintes, sans suite, des industriels alépins à propos du pillage de leurs usines...


  • L’avion de combat russe abattu en Syrie augure d’une guerre plus large _ WSWS.Org - Peter Symonds - 6 février 2018 *
    https://www.wsws.org/fr/articles/2018/02/06/syri-f06.html

    L’avion de combat russe abattu dans le nord de la Syrie samedi menace d’intensifier dramatiquement l’affrontement entre Washington et Moscou dans la guerre par procuration soutenue par les États-Unis pour évincer le régime du président Bachar al-Assad soutenu par la Russie. Les médias russes et de hauts responsables politiques accusent déjà les États-Unis d’y être impliqués.

    Le ministère russe de la défense a rapporté qu’un Sukhoi Su-25 avait été touché par un missile sol-air portatif, ou MANPAD, dans la province d’Idlib, dans le nord de la Syrie. Le pilote, qui n’a pas été nommé, a été éjecté de l’avion mais a été tué sur le terrain lors d’une « bagarre avec des terroristes ». Le Su-25 est un avion d’attaque au sol à basse altitude.

    Tharir al-Sham, groupe affilié à Al-Qaïda, a revendiqué la responsabilité, affirmant que l’un de ses combattants avait réussi à abattre l’avion à l’aide d’un missile antiaérien tiré à l’épaule. Le ministère russe de la défense a annoncé que des frappes de représailles contre les forces anti-Assad dans la région ont tué plus de 30 combattants.

    Le sénateur russe Frants Klintsevich, vice-président de la commission de la défense et de la sécurité du Conseil de la Fédération de Russie, a tenu les États-Unis responsables de l’acte. « Je suis absolument convaincu […] qu’aujourd’hui les militants ont des MANPAD, et qu’ils ont été fournis par les Américains par l’intermédiaire de pays tiers », a-t-il dit.

    Klintsevich a appelé à une enquête rigoureuse pour déterminer le type de MANPAD qui ont été fournis et les « circonstances de la destruction du Su – 25 ». Il a averti que « la perte d’un avion n’est rien, mais cela a une grande importance et de grande conséquences. »
    Le parlementaire russe Dmitry Sablin a blâmé un pays non identifié, voisin de la Syrie, pour avoir fourni le MANPAD utilisé pour abattre l’avion. « Les pays par lesquels transitent les armes qui sont ensuite utilisées contre les militaires russes, doivent comprendre que cela ne restera pas impuni », a-t-il déclaré.

    Le Pentagone a rapidement nié avoir fourni des MANPAD aux milices soutenues par les États-Unis et a réitéré le mensonge selon lequel ses opérations de combat se concentrent uniquement sur l’État islamique (ÉI), désormais vaincu. « Les États-Unis n’ont pas équipé leurs forces armées partenaires en Syrie d’armes sol-air et n’ont aucune intention de le faire à l’avenir », a déclaré samedi le porte-parole du Pentagone, Eric Pahon, aux médias russes.

    Ce déni ne résiste pas à un examen sérieux. Rien que le mois dernier, les États-Unis ont annoncé qu’ils armeraient et équiperaient une « force frontalière » de 30 000 hommes constituée principalement d’unités de protection du peuple kurdes (YPG) afin de se tailler de fait une enclave dans le nord de la Syrie, à partir de laquelle des attaques pourront être lancées contre le régime d’Assad.

    Les plans américains sont en pleine déroute. La Turquie, qui qualifie les YPG de terroristes alignés sur le parti séparatiste des travailleurs du Kurdistan (PKK), a lancé une offensive à grande échelle dans l’enclave kurde. En même temps, les forces gouvernementales syriennes, soutenues par la Russie, ont lancé leurs propres attaques contre des milices appuyées par les pays occidentaux qui cherchent à s’accrocher à ce qu’il reste du territoire contrôlé par l’opposition.

    Un long éditorial du New York Times mercredi dernier, intitulé « Alors que les alliés des États-Unis s’affrontent, la lutte contre l’ÉI faiblit », a passé en revue la politique incohérente et contradictoire de Washington qui a mené à des combats entre la Turquie, son allié au sein de l’OTAN, et les forces par procuration américaines en Syrie. Dans une tentative de résoudre ce problème insoluble, les États-Unis ont donné le feu vert à l’offensive turque, mais ils ont fixé une ligne à ne pas franchir à la ville syrienne de Manbij, où sont basés des centaines de soldats américains, ainsi que des milices kurdes.

    En conclusion, le New York Times a sévèrement critiqué la Russie et l’Iran pour avoir manœuvré « afin d’assurer une présence et une influence permanentes » et a accusé les États-Unis, en réalité le président Donald Trump, de « se soustraire à sa responsabilité pour l’avenir politique de la Syrie ». Cet éditorial ne peut être interprété que comme un appel à l’action pour contenir la Russie et l’Iran afin d’empêcher que les États-Unis soient encore plus marginalisés dans le bourbier syrien qu’ils ont créé. Quelques jours plus tard, la réponse apparaissait sous la forme de cet avion de combat russe abattu alors qu’il attaquait les forces alignées sur les États-Unis.

    Dans le monde trouble des intrigues de l’opposition syrienne, où les milices de droite alignées sur Al-Qaïda collaborent ouvertement avec des groupes pro-occidentaux, la CIA et les forces spéciales américaines, il est impossible de savoir précisément qui a fourni le MANPAD et qui a pris la décision de le tirer, ou même qu’elle milice l’a fait.

    Le site Debkafile, qui a des liens étroits avec les services secrets israéliens, a rapporté le mois dernier que le Pentagone « envoyait aux YPG [milices kurdes] des systèmes de défense aérienne portatifs – des MANPAD – particulièrement efficaces contre les avions et les hélicoptères volant à basse altitude ».

    Dans un article intitulé « Qui a déclenché le tir contre l’avion de chasse russe dans une zone de guerre tapissée d’armes ? », Al Arabiya a souligné qu’un certain nombre de milices de l’opposition syrienne avaient accès à des missiles antiaériens. Il a déclaré que les FIM-92 Stingers américains, un des modèles de MANPAD, ont été fabriqués sous licence en Turquie par la société Roketsan et, selon l’analyste américain Theodore Karasik, ont été livrés à « de nombreuses forces d’opposition syriennes, comme l’Armée syrienne libre [alignée sur l’occident], autour d’Idlib ».

    Indépendamment de qui a précisément appuyé sur la gâchette, ce dernier incident souligne la situation extrêmement tendue dans laquelle les forces militaires russes et américaines se font face de près, de part et d’autre des belligérants dans la désastreuse guerre civile syrienne.

    Le danger d’un conflit entre les deux puissances nucléaires a été grandement exacerbé par la publication du gouvernement Trump d’une nouvelle Stratégie de défense nationale en janvier, qui déclarait que « la compétition stratégique interétatique », et non le terrorisme, était « maintenant la préoccupation principale ». Elle a qualifié la Chine et la Russie de « puissances révisionnistes » et a déclaré que les États-Unis doivent « donner la priorité à la préparation à la guerre ».

    Cela a été encore renforcé vendredi dernier avec la publication de la dernière Nuclear Posture Review (Étude sur la position nucléaire) des États-Unis. Elle désigne la Russie, avec la Chine, la Corée du Nord et l’Iran, comme des menaces potentielles et appelle à une expansion de l’arsenal nucléaire américain. Elle recommande le développement d’une gamme de nouvelles armes qui pourraient être utilisées dans des situations autres que la guerre nucléaire à grande échelle, ce qui nuirait aux accords visant à faire reculer les arsenaux nucléaires.

    La guerre civile syrienne n’est que l’une des poudrières au Moyen-Orient et dans le monde entier qui pourraient toutes déclencher un conflit catastrophique pendant que toutes les parties manœuvrent et intriguent pour renforcer leur présence et leur influence. La responsabilité principale pour cette situation, cependant, revient à l’impérialisme américain. Au cours du dernier quart de siècle, il a mené une guerre d’agression après l’autre, transformant la Syrie, le Yémen, l’Irak et toute la région en une poudrière instable.

    (Article paru en anglais le 5 février 2018)

    #MANPAD #Syrie #Guerre#états-unis #world_socialist_web_site #journalisme #russie #Chine #Corée_du_Nord #Iran #Pentagone #Stingers #stratégie #Israel #Agression #F16 #Daech #USA #Front Al-Nosra #tsahal
    https://seenthis.net/messages/667167


  • Les forces américaines en Syrie repoussent une offensive des troupes pro-Assad

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/09/les-forces-americaines-en-syrie-repoussent-une-offensive-des-troupes-pro-ass

    La coalition internationale conduite par Washington a bombardé des partisans du régime partis à l’assaut d’une région défendue par les Forces démocratiques syriennes.

    C’est le premier accrochage d’envergure entre les forces américaines et les forces pro-régime depuis que les Etats-Unis ont annoncé leur intention, à la mi-janvier, de prolonger leur présence militaire dans l’est de la Syrie. Dans la nuit de mercredi 7 à jeudi 8 février, la coalition internationale anti-djihadiste conduite par Washington a aidé les Forces démocratiques syriennes (FDS), la milice kurdo-arabe à laquelle elle est alliée, à repousser une attaque de paramilitaires loyalistes, dans la province de Deïr Es-Zor.

    Les deux camps avaient contribué, à la fin de 2017, chacun de leur côté, à chasser l’organisation Etat islamique (EI) de cette région riche en hydrocarbures. La confrontation, qui a causé entre 45 et 100 morts dans les rangs des assaillants, a été qualifiée d’« agression » et de « massacre » par Damas. Même si un porte-parole du Pentagone a affirmé que Washington « ne cherche pas un conflit avec le régime », les partisans de Bachar Al-Assad ont promis de se venger.

    Les hostilités ont débuté lorsque des combattants affiliés au régime Assad ont franchi l’Euphrate, en violation de l’accord russo-américain qui fait du fleuve une ligne de démarcation : à l’ouest, les pro-gouvernementaux, soutenus par Moscou et à l’est, les FDS, appuyés par les Etats-Unis. Plusieurs centaines d’hommes, équipés de tanks, de mortiers et de canons de campagne, ont pris part à l’offensive, visant le secteur de Khasham, qui abrite à la fois le quartier général des FDS et un important gisement pétrolier.

    Fiasco sanglant pour les pro-régime

    Selon le Centcom, le commandement de l’armée américaine au Proche-Orient, les forces kurdo-arabes ont commencé à riposter après qu’une vingtaine d’obus se sont écrasés à 500 mètres de leurs positions. Les conseillers de la coalition anti-EI, qui sont principalement des soldats américains, ont participé à la défense de la base, au moyen de frappes aériennes et de tirs d’artillerie. Selon le Centcom, le contact a été maintenu en permanence avec l’armée russe, avant, pendant et après l’attaque.

    Celle-ci se solde sur un fiasco sanglant. Les pro-régime auraient perdu une centaine d’hommes selon un officier américain, et quarante-cinq selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Les victimes sont des membres des Forces de défense nationale, une milice supplétive de l’armée régulière, et des combattants chiites afghans, dépêchés sur le champ de bataille syrien par Téhéran, allié de Damas. En face, la coalition ne déplore qu’un blessé, dans les rangs des FDS.

    L’incursion des loyalistes à l’est de la ligne de déconfliction n’avait pourtant rien d’une opération de dernière minute. Des partisans du régime avaient annoncé son lancement la veille sur les réseaux sociaux, signe d’une préparation en amont. Selon le journaliste syrien Hassan Hassan, les combats avaient été précédés par la diffusion de rumeurs, insinuant qu’un accord secret avait été passé entre les kurdes et le régime, pour restituer l’est de l’Euphrate à ce dernier. Objectif : semer le doute parmi les partisans des FDS, au moment même où Damas mobilisait ses relais au sein des tribus, très puissantes dans l’est syrien. Mais cette manœuvre, visiblement prématurée, a fait long feu.

    Moscou fait profil bas

    Les stratèges du régime ont peut-être voulu tester la résolution de la coalition internationale, sa détermination à défendre ses alliés, maintenant que le gros de la lutte contre l’EI est terminé. « La réponse de la coalition a été claire : ce n’est pas parce que les Kurdes ont été momentanément lâchés à Afrin qu’ils le seront dans le nord-est du pays », estime une source proche de la direction kurde. Une référence à l’offensive lancée par la Turquie en janvier contre un autre bastion des FDS, dans le coin nord-ouest de la Syrie, avec l’accord tacite des Etats-Unis, qui ne disposent pas de troupes dans cette zone.

    Damas ne peut même pas se consoler auprès de Moscou. La Russie, qui a suivi la déroute des pro-régime en quasi-direct, fait profil bas, comme si elle voulait se dissocier de cette attaque mal pensée. Le ministère russe de la défense s’est contenté de déclarer que Washington ne cherche pas à lutter contre les djihadistes, mais à « saisir et à conserver des biens économiques syriens ». Tout laisse penser que le régime Assad n’est pas près de se relancer dans une attaque frontale contre les FDS.

    « Les choses ne sont pas terminées pour autant, prévient Robert Ford, ancien ambassadeur américain à Damas, aujourd’hui membre du Middle East Institute, un think-tank de Washington. Les Américains et leurs alliés locaux doivent se préparer à des actions non conventionnelles, telles que des assassinats, des attentats à la voiture piégée et des coups de main conduits par de petits groupes très mobiles ». Une confédération tribale qui a perdu plusieurs de ses jeunes dans l’offensive, a appelé à la vengeance.

    Les trois objectifs de Washington

    Le 17 janvier, lorsqu’il avait annoncé que les troupes américaines resteraient en Syrie, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait justifié cette décision en citant trois objectifs : empêcher toute reformation des groupes djihadistes, lutter contre l’influence de l’Iran, et peser sur une éventuelle transition politique à Damas.


    Des soldats américains observent la frontière avec la Turquie, près de la ville de Manbji, dans le nord de la Syrie, le 7 février.

    Lors d’une intervention devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, mercredi, Robert Ford a préféré mettre en avant le danger inhérent à ce genre d’initiative : l’enlisement. L’ancien diplomate a relevé que l’effort de « stabilisation » poursuivi par la coalition dans la zone libérée de l’EI est une forme de « nation-building », un projet pourtant prescrit par le président Donald Trump.

    « Les Américains sont isolés, confie Robert Ford. La Russie veut les sortir de l’est de la Syrie ; L’Iran veut les sortir de l’est de la Syrie ; le gouvernement syrien veut les sortir de l’est de la Syrie ; et la Turquie est très hostile à leur approche, énumère-t-il. Il est difficile de voir comment cela pourrait se terminer rapidement ou heureusement pour les forces américaines. »


  • A #Gaziantep, les #fonds de l’UE bénéficient aux #réfugiés_syriens

    Vues du modeste appartement de Nahla, trois pièces mal chauffées en sous-sol d’un immeuble situé dans un quartier populaire de Gaziantep, les arrière-pensées politiques de l’accord Union européenne (UE)-Turquie sur les migrants semblent bien loin. « Mon loyer est de 400 livres turques [85 euros] par mois et les charges de 200 », explique cette veuve syrienne, qui, avec ses neuf enfants, a fui Alep, dans le nord de la Syrie, pour la Turquie en 2013.

    Pour payer ces frais et « nourrir ses enfants », elle ne pouvait compter, jusqu’au début de 2017, que sur le salaire au noir de son fils aîné comme plâtrier, les quelques dizaines de livres que lui verse une usine locale pour assembler des pièces de pantoufle depuis son salon et les heures de travail de son fils de 12 ans dans un supermarché après l’école… Tout cela complété par les dons de voisins.

    Très contesté, l’accord signé entre Bruxelles et Ankara en mars 2016 a conduit à un renforcement drastique des contrôles en Turquie et autorisé le renvoi de tout Syrien arrivant sur les côtes grecques. Mais en échange de chaque renvoi, l’UE s’est engagée à relocaliser un Syrien sur son territoire – un point qui a finalement été à peine appliqué faute de renvois effectifs – et a débloqué 3 milliards d’euros (dont 300 millions par la France) pour soutenir les réfugiés en Turquie. Un tiers de cette somme sert à financer le plus grand programme humanitaire de l’histoire de l’UE : la distribution massive d’argent à près de 1,2 million de réfugiés. Ce qui a changé la vie de Nahla.

    Depuis mars 2017, elle et ses enfants ont ainsi droit à 720 livres par mois. Auxquels s’ajoutent des versements chaque trimestre et des bonus si ses enfants vont bien à l’école. « Je n’ai plus à me préoccuper du loyer, se réjouit-elle. Je veux rentrer en Syrie dès que la situation sera plus sûre, Gaziantep est très proche de la frontière et ressemble en plus beaucoup à Alep. »

    Ouverture d’un centre de santé

    Avec 325 000 réfugiés pour une population de 1,6 million d’habitants, la ville est depuis le début de la guerre le principal refuge des Syriens en Turquie. S’ils y ont été globalement bien accueillis, ils ont souvent dû occuper des logements ou des commerces pour lesquels ils ont du mal à payer le loyer, ce qui a pu générer des tensions avec les Turcs.

    L’argent européen a grandement amélioré les choses. Début janvier, près de la moitié des Syriens de Gaziantep bénéficiaient d’aides versées chaque mois sur une carte bancaire gérée par le Croissant-Rouge turc et le Programme alimentaire mondial (PAM), un organisme de l’ONU qui a invité Le Monde et plusieurs autres journalistes européens pour ce reportage.

    « Contrairement au mythe qui voudrait que cet argent soit dépensé en cigarettes, il sert en priorité à payer les loyers, vante Jonathan Campbell, directeur adjoint du PAM en Turquie, en écartant les inquiétudes de détournement des fonds. Ainsi, 87,5 % de l’argent européen est allé directement aux réfugiés, un taux impossible à atteindre si on ne donnait que des denrées. »

    A Gaziantep, les fonds ont aussi permis d’ouvrir un centre de santé réservé aux réfugiés avec des médecins syriens ayant bénéficié d’un programme de validation des compétences par le ministère turc de la santé. « Ils peuvent enfin voir des docteurs qui parlent arabe », vante Hani Al-Ashawi, gynécologue qui a bénéficié de ce programme et a même pu obtenir la nationalité turque. En tout, les ministères turcs de l’éducation et de la santé ont bénéficié de 600 millions d’euros pour adapter les infrastructures à ce soudain afflux de population.

    Même les ONG syriennes le reconnaissent, l’accord « a rendu service aux réfugiés les plus pauvres », selon Assad Al-Achi, directeur de Baytna Syria, implantée à Gaziantep. Il regrette toutefois que cette aide se soit accompagnée d’un renforcement de contrôles turcs sur le travail des ONG syriennes. La maire de Gaziantep, Fatma Sahin, a aussi plaidé à Bruxelles pour que l’UE privilégie le financement de formations. Mais les autorités turques distribuent au compte-gouttes les permis de travail qui permettraient aux Syriens de vraiment s’intégrer.

    « Manne tombée du ciel »

    Depuis l’accord et surtout la tentative de coup d’Etat contre Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016, Ankara a retiré les accréditations de nombreuses ONG occidentales, et les autorités européennes ont été incitées à faire passer leur argent par les organisations officielles. Ce sont ainsi les services sociaux nationaux qui coordonnent les inscriptions pour bénéficier des allocations.

    Pour toucher l’argent européen, les Syriens doivent en plus être déclarés au ministère de l’immigration et enregistrés à une adresse. Comme cette obligation s’est conjuguée au renforcement des contrôles prévus dans l’accord, les réfugiés ne peuvent presque plus se déplacer dans une autre région du pays sans autorisation. A commencer par celle d’Izmir, principale ville de transit pour les Syriens qui rêvent d’Europe. « Bien sûr qu’il y a plus de contrôle. On a coupé les flux pour l’UE, c’est bien pour ça qu’ils donnent de l’argent ! », lâche, comme une évidence, Levent Yuncu, le directeur des services sociaux de Gaziantep, quand on l’interroge sur le sujet. « Mais pour vous et pour nous, c’est un bon accord », assure-t-il.

    De ses bureaux d’Ankara, la cheffe du programme humanitaire de l’UE en Turquie, Jane Lewis, s’enorgueillit d’avoir décroché cette « manne tombée du ciel », et vante aussi un accord « gagnant-gagnant, pour la Turquie et pour l’UE ». Elle relativise les vives critiques que M. Erdogan a exprimées lors de sa visite à Paris, le 5 janvier. Le président turc avait dénoncé « les promesses non tenues de l’UE » en parlant de « seulement 900 millions d’euros reçus ». « Les chiffres changent très vite, 1,85 milliard a déjà été dépensé. Dans un contexte de rapports difficiles, nous avons réussi à construire des relations de confiance avec le gouvernement », promet-elle.

    S’il reste assez de fonds pour verser les allocations jusqu’en janvier 2019, la suite dépendra du déblocage d’un deuxième volet de 3 milliards prévu dans l’accord. Or les négociations entre Européens, qui doivent précéder celles avec les Turcs, n’ont pas encore commencé.


    http://lirelactu.fr/source/le-monde/49896ea6-143a-42d4-a858-228eb6c0435e
    #Turquie #UE #EU #aide_financière #accord_UE-Turquie #externalisation #asile #migrations #réfugiés #statistiques #chiffres #visualisation
    cc @i_s_

    Avec ce commentaire de Emmanuel Blanchard :

    Par un journaliste embedded par le PAM (programme alimentaire mondial de l’ONU) : il ne faut donc pas attendre un point de vue très critique sur l’arrangement UE-Turquie ou l’externalisation du contrôle des frontières. Des informations intéressantes cependant sur les circuits de « l’aide européenne » et sur les conditions de vie des exilés syriens à Gaziantep.


  • Une Olive Branch ne fait pas le printemps
    http://www.dedefensa.org/article/uneolive-branchne-fait-pas-le-printemps

    Une Olive Branch ne fait pas le printemps

    07 janvier 2018 – Comme le résumait assez lestement (notre traduction aidant) le colonel Lang sur son site Sic Transit Tyrannis le 24 janvier 2018, « [i]l est foutrement difficile de comprendre ce qui se passe dans l’Opération Olive Branch, car les deux parties, ou devrais-je dire toutes les nombreuses parties en cause, dépensent beaucoup d’énergie pour développer leurs propres narrative. En d’autres termes, nous pataugeons dans un marécage de conneries... » Nous parlons, comme Lang lui-même bien sûr, de la situation dans le Nord de la Syrie, dans le cadre de l’opération Olive Branch, où sont impliqués les Turcs, les Kurdes de Syrie, les Syriens d’Assad, les USA bien entendu, une myriade de groupes divers plus ou moins terroristes-manipulés, et où ne sont (...)


  • Revue de presse du 23.12 au 29.12.17

    https://collectiflieuxcommuns.fr/672-revue-de-presse-semaine-du

    À Berlin, une « zone de sécurité » pour les femmes lors des fêtes du Nouvel An

    Corée du Nord : Pékin accusé de livrer du pétrole malgré les sanctions

    L’émigration algérienne repart à la hausse

    Dans le nord de la Syrie, le « laboratoire » kurde

    « Toute une partie de la gauche n’accepte pas la liberté d’expression à l’encontre de l’islam »

    Le dangereux discours de la Mosquée de Paris

    Le réseau électrique français peut-il être piraté ?

    Tunisie : guerres d’influence en politique, le poids des lobbies

    Vente de terres agricoles à des Chinois en Auvergne : le maintien de l’agriculture familiale en question

    ​L’irrésistible ascension du vote identitaire

    Réchauffement climatique : quels enjeux géopolitiques ?

    Ces djihadistes qui seront bientôt libres

    Bonus

    *

    Présentation/Archives/Abonnement


  • Dans le nord de la Syrie, le « laboratoire » kurde

    http://www.lemonde.fr/international/article/2017/12/29/dans-le-nord-de-la-syrie-le-laboratoire-kurde_5235529_3210.html

    « Après le califat » (4|5). Les Kurdes, qui ont joué un rôle central dans la bataille contre l’Etat islamique, mettent en place un modèle de gouvernance calqué sur l’idéologie du Parti des travailleurs.

    Voilà bien longtemps que l’on ne projette plus de films dans l’ancien cinéma d’Al-Thawra. La petite salle appartient au temps révolu où cette ville nouvelle syrienne des bords de l’Euphrate était appelée à devenir la cité idéale du baathisme autoritaire et triomphant des années 1970. Des ingénieurs soviétiques affectés à la construction du barrage voisin — un fleuron national, visible sur les anciens billets de 500 livres syriennes — y vivaient avec leurs familles et celles de leurs collègues locaux.

    Autour du cinéma, les rues sont tracées au cordeau, les immeubles d’habitation ressemblent à des blocs de béton brut de quatre étages. Des figures schématiques d’épis de blé et d’engrenages industriels servent d’ornement urbain. L’ensemble, construit selon les canons de l’urbanisme alors en vogue en URSS, alliée du régime syrien, raconte la promesse non tenue d’un avenir radieux.

    Quatre décennies après sa construction, ce songe architectural soviétique perdu aux confins de la Mésopotamie est tombée aux mains de l’organisation Etat islamique (EI), en même temps que le bourg voisin de Tabqa, en 2014. Rakka, l’ancienne capitale syrienne du « califat », est à une quarantaine de kilomètres en aval.

    Etrange rémanence de l’histoire… Ces quartiers ont accueilli un temps des djihadistes originaires d’ex-URSS. Mais leur utopie totalitaire, elle aussi, a vécu. Au printemps, les frappes de la coalition internationale, dirigée par les Etats-Unis, les ont chassés de ce paysage à l’optimisme décrépi, désormais ponctué de bâtiments effondrés. Aux djihadistes ont succédé, en mai, les Forces démocratiques syriennes (FDS), un groupement arabo-kurde allié au sol de la coalition dans sa guerre contre l’EI.

    Abdullah Öcalan, l’inspirateur

    Depuis, les murs du cinéma d’Al-Thawra ont été repeints. En ce matin gris du début du mois de novembre, la salle est pleine. Sur la scène, deux femmes et deux hommes, dont l’un porte une tenue traditionnelle de chef tribal, discourent. Au-dessus d’eux, cet écriteau : « Administration civile démocratique de Tabqa ». Cette nouvelle structure mise en place par l’encadrement kurde des FDS nomme ce jour-là son conseil exécutif, sous le regard bienveillant et vigilant des kadros, les commissaires politiques du mouvement kurde qui s’adressent à tous en donnant du « camarade ».

    Femmes et hommes au physique dur, marqués par leurs années de guérilla, combattants à la parole précise, forgée par une formation théorique implacable, ils sont présents partout où les FDS ont pris pied dans le nord de la Syrie. Leur rôle : superviser l’instauration, sur les décombres du « califat », d’institutions conformes à l’idéologie mise au point par Abdullah Öcalan, le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

    Autrefois marxiste-léniniste, ce mouvement politique et militaire, en guerre contre l’Etat turc, a presque l’âge de la ville idéale d’Al-Thawra. Sa création remonte à 1978, au cours d’une réunion nocturne dans un village kurde reculé d’Anatolie orientale. Elle doit beaucoup à la volonté d’un groupe d’étudiants kurdes de Turquie. Formés aux méthodes de la gauche radicale locale, ils sont décidés à faire d’un nationalisme kurde, alors moribond, une force anticoloniale dirigée contre Ankara.


    Monument aux martyrs kurdes à Kamechliyé, ville syrienne située à la frontière turque, le 23 novembre.

    Près de quarante ans ont passé. Même s’il est toujours en conflit avec Ankara, le PKK a renoncé à la sécession et professe dorénavant un assemblage de principes autogestionnaires, féministes et écologistes. Il s’est éloigné du nationalisme kurde pour embrasser le projet d’une émancipation des peuples du Moyen-Orient par leur « autoadministration » et l’abandon du modèle de l’Etat-nation.

    Öcalan, le fondateur vénéré comme une icône, a beau être détenu sur une île-prison de la mer de Marmara, au large d’Istanbul, depuis son arrestation, en 1999 au Kenya par les forces spéciales turques, le PKK est plus puissant que jamais. L’organisation veille à entretenir son ancrage chez les Kurdes de Turquie, délocalisant ses bases de guérilla dans les zones montagneuses du Kurdistan d’Irak pour mieux les protéger et étendant ses ramifications au Moyen-Orient et en Europe. C’est pourtant le conflit syrien qui lui a permis d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, et la lutte contre l’EI qui en a fait un acteur majeur de la scène régionale.

    Dès les premiers troubles révolutionnaires de 2011 en Syrie, les enclaves kurdes du nord du pays, qui avaient fourni à l’organisation d’Öcalan une part non négligeable de ses recrues depuis les années 1980, sont investies par des cadres du PKK. Le régime syrien ne conserve qu’une présence très limitée dans ces zones. Elles offrent ainsi au PKK et à ses cousins syriens un terrain idéal pour la mise en pratique de leur idéologie.

    De nouvelles institutions sont mises sur pied. La parité est imposée aux postes à responsabilités. Des komin — communes populaires — sont établies, censées être la cellule de base de l’écosystème sociopolitique qui voit le jour sous la houlette des kadros. Ils ne veulent pas prendre part à une révolution contre le régime syrien qu’ils estiment perdue d’avance, mais profiter de la vacance du pouvoir pour créer leur propre mode de gouvernance.

    Un appareil sécuritaire et militaire

    Dans le même temps, la machine politique se double d’un appareil sécuritaire et militaire structuré. Les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ) sont créées dans les trois « cantons kurdes » d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, de la Djezireh, dans le Nord-Est, et de Kobané, à la frontière turque. L’offensive de l’EI contre cette petite localité kurde isolée, à la fin de 2014, change la donne. Alors que Kobané est sur le point de tomber aux mains des djihadistes malgré la résistance acharnée de ses défenseurs — filmée par les caméras du monde entier de la Turquie voisine —, la coalition internationale à dominante américaine intervient dans les airs.

    Cette assistance apportée dans l’urgence se mue bientôt en un partenariat militaire durable. Les forces kurdes sont dotées d’un encadrement efficace, d’une idéologie forte qui les rend imperméables au radicalisme islamique. Au-delà, elles ne considèrent pas la lutte contre le régime de Damas comme une priorité. Dès lors, elles constituent le partenaire idéal qu’il manquait à la coalition pour vaincre l’EI en Syrie.

    « Kobané a tout changé pour nous », admet un haut kadro kurde, le « camarade » Badran. « Il y a eu un changement dans l’équilibre des forces, se souvient-il. Nous sommes devenus les partenaires de la coalition pour combattre le terrorisme. Et cela nous a permis de jouer un rôle plus important qu’avant sur le terrain. » Dès 2015, les unités YPG et YPJ sortent des enclaves kurdes et progressent le long de la frontière syro-turque, dont elles interdisent l’accès aux djihadistes, tout en se préparant à lancer l’offensive sur Rakka.

    L’aide de la coalition se renforce et les unités à dominante kurde, désormais regroupées avec leurs alliés arabes au sein des FDS, avancent vers le sud, finissant par s’emparer de Rakka en octobre 2017, avant de poursuivre leur progression vers la frontière irakienne, le long de l’Euphrate et à travers le désert de l’Est syrien.

    Femmes en uniformes et chefs tribaux arabes

    C’est ainsi qu’en Syrie, la guerre menée par la coalition a provoqué l’émergence dans son sillage d’un territoire politique dont l’étendue correspond grossièrement à la rive gauche de l’Euphrate. Ce sont les FDS, emmenés par un corps de cadres kurdes, qui l’ont organisé et se sont chargés de lui faire prendre forme. Ces hommes et ces femmes, inspirés par une organisation issue de l’extrême gauche turque et du nationalisme kurde convertie aujourd’hui à l’autogestion, ont organisé un vaste territoire à large majorité arabe à mesure qu’offensive après offensive, l’EI en était chassé.

    Dans l’ancienne salle de cinéma d’Al-Thawra, alors que l’Administration civile démocratique de Tabqa élit son conseil exécutif local et ses comités paritaires, l’avenir nébuleux de l’après-guerre se lit dans les travées et sur les murs. L’assistance composée de jeunes femmes kurdes en uniformes, de chefs tribaux arabes en habits traditionnels, de dames aux voiles fleuris et de garçons en tenues décontractées, approuve à main levée la nomination de ses délégués. La salle est décorée de banderoles couvertes de slogans : « La réalité de la nation démocratique est la coexistence entre les peuples » ; « Les femmes ont le droit de s’auto-organiser de manière indépendante »


    A Tabqa, certains quartiers ont été endommagés par la guerre. Malgré leurs habitations en partie détruites, les civils y vivent encore. Des enfants jouent à la guerre devant une de ces maisons ravagées.

    Ces slogans ont été écrits uniquement en arabe. La rhétorique est bien celle des cadres kurdes mais ici, à Al-Thawra et à Tabqa, il n’est pas opportun de mettre cette identité en avant. « Nous sommes d’abord syriens ! », dit une kadro kurde présente sur le parvis du cinéma alors que la réunion se termine et que l’assistance hétéroclite s’éparpille en petits groupes. « Nous participons à la construction d’une Syrie démocratique pour tous les peuples en suivant les idées du président Öcalan », précise cette femme d’une quarantaine d’années.

    Alliances de circonstances

    La mise sobre, voire ascétique, qu’elle arbore, son air militaire malgré les vêtements civils, son phrasé kurde, émaillé de néologismes propres au mouvement, racontent la nature d’une organisation en mesure de transformer le corps et l’esprit de celles et ceux qui la servent. Cette avant-garde, formée dans les bases reculées de l’organisation, au Kurdistan irakien, est déployée partout où le mouvement combat, gouverne ou maintient une présence. Ses membres ont perdu leurs noms de naissance, remplacés par des pseudonymes. Le mariage leur est interdit, de même que les possessions matérielles. Leur existence est vouée au PKK et à son implacable aspiration à transformer le réel.

    Leur présence tranche, devant l’ancien cinéma, avec celle de certaines personnalités tribales de la région, connues pour avoir frayé avec les anciens maîtres djihadistes de Tabqa. « Bien entendu, nombreux sont les chefs de tribu qui ont fait allégeance à Daech, reconnaît le cheikh Hamid Al-Freidj, coprésident du Conseil de Tabqa. Ils sont ensuite venus voir les camarades [des FDS] et il y a eu une procédure de réconciliation. Ils leur ont donné une nouvelle chance. » L’entrée de la salle, désormais vide, est surmontée d’un slogan qui semble sonner plus juste que les pétitions de principe affichées ailleurs avec grandiloquence : « Nos victoires ne sont pas définies par le nombre des ennemis tués mais par le nombre de ceux que nous rallions. »

    Alors que l’idéologie de l’encadrement kurde a remplacé celle des djihadistes de l’Etat islamique, les cheikhs tribaux collaborent au nouveau système comme ils s’étaient accommodés du précédent. « Il faut réunir les gens de bonne volonté pour avancer… », justifie un cadre kurde, le camarade Shiyar, face au paradoxe apparent de la politique menée par les FDS : proposer un changement révolutionnaire en s’appuyant sur les structures sociales les plus conservatrices.

    Pas seulement un projet kurde

    La cheville ouvrière de ce grand dessein paradoxal s’appelle Omar Allouche. Ancien homme d’affaires originaire de Kobané, M. Allouche n’est pas un cadre mais un compagnon de route du mouvement kurde. Il déclare avoir été l’un des premiers à accueillir Abdullah Öcalan, lorsqu’en 1979 celui-ci était venu se réfugier en Syrie pour échapper aux forces de sécurité turques. Depuis le retour de l’organisation dans le pays, il a mis à sa disposition son entregent et un vaste réseau de contacts parmi les notables arabes. « Depuis le début, nous savions qu’il allait falloir compter avec les populations arabes et que notre projet en Syrie ne pourrait pas être seulement un projet kurde », précise Omar Allouche.


    Statue à l’effigie d’un soldat kurde martyr mort au combat à Kobané, le 20 novembre. Le doigt sur la gâchette, car il est mort dans cette position.

    De fait, les trois enclaves kurdes du nord du pays que le mouvement aspirait à réunir en une bande territoriale continue sont séparées par de vastes zones de populations arabes. « Nous avons commencé par créer des partis politiques arabes, mais ça n’a pas fonctionné. La seule solution, c’était de s’appuyer sur les tribus », dit M. Allouche.

    Le début du partenariat entre les forces kurdes et la coalition internationale a conforté les dirigeants des FDS dans leur pari tribal. En reculant, les djihadistes laissaient derrière eux une société sinistrée où l’encadrement politique kurde pouvait faire émerger des intermédiaires. « Le politique ne peut pas se faire sans le militaire », confiait au printemps Omar Allouche dans la bourgade d’Aïn Issa, où se trouvent les locaux du Conseil civil de Rakka, alors que les FDS s’apprêtaient à lancer l’assaut sur la capitale djihadiste.

    Isolés par la Turquie

    « Avant chaque offensive, nous avons travaillé à la constitution de conseils locaux composés de personnes hostiles à Daech, tout en maintenant des contacts avec des notables présents à l’intérieur des zones qui étaient visées », expliquait-il alors. L’installation de ces institutions dans les zones reprises à l’EI va ensuite de pair avec le recrutement massif de jeunes hommes arabes dans des FDS, bien qu’elles demeurent encadrées par des commandants kurdes.

    La mise sur pied du Conseil civil de Rakka a suivi cette logique. Sa composition occupait déjà Omar Allouche plus d’un an avant le début des opérations militaires. « La coalition internationale considère que sa mission en Syrie est de détruire l’Etat islamique. Elle s’intéresse uniquement au militaire, pas au politique », dit-il, tout en regrettant le manque d’engagement en matière civile de la part des alliés occidentaux des FDS. Si le Conseil civil de Rakka a finalement été reconnu comme l’acteur de référence pour la gouvernance de cette ville et de ses environs, il ne bénéficie que d’un soutien diplomatique limité. En cause, la position de la Turquie. « Les pays occidentaux coopèrent avec nous militairement mais ils ne sont pas prêts à s’investir davantage en raison de leurs relations avec la Turquie », constate Omar Allouche.

    Du point de vue turc en effet, le territoire que se sont taillé les FDS dans le nord de la Syrie est perçu comme une menace existentielle, tandis que le PKK poursuit sa guérilla contre les forces armées d’Ankara dans les régions kurdes du sud-est du pays, contiguës du territoire des FDS. Pour cette raison, la nature révolutionnaire du mouvement, l’ampleur de son projet et sa vocation universaliste tendent à échapper à ses interlocuteurs étrangers. Souvent perçu comme un simple représentant des intérêts de la minorité kurde de Syrie, le mouvement entend se distinguer nettement de cette posture, ses revendications ne concernant pas les droits d’une population particulière mais un modèle de gouvernance.


    Un soldat des forces démocratiques syriennes, (FDS) chauffe de l’eau à Raqqah, le 17 novembre.

    Face au régime de Damas

    « Les gens qui dirigent ce projet pensent sincèrement que les Etats-nations ont échoué. Il faut qu’ils continuent à effacer toute trace de nationalisme dans leur pratique, estime à Kamechliyé, Hikmet Al-Habib, un membre arabe d’une des structures de gouvernance instaurées par les FDS. Mais ils font des efforts. Au début les Kurdes appelaient cette zone le “Kurdistan occidental”, ensuite le Rojava (« l’ouest » en kurde). Maintenant ils parlent du nord de la Syrie… »

    Si la direction des FDS demeure essentiellement kurde, la formation de cadres locaux a commencé. « Pas besoin de les envoyer dans les montagnes, assure Hikmet Al-Habib. Des académies ont été créées ici pour former des kadros arabes. » L’enseignement qui y est dispensé est directement inspiré de l’idéologie du mouvement et de son chef historique, Abdullah Öcalan.

    Avec le reflux de l’EI, l’ancien territoire du « califat » en Syrie est désormais partagé entre le mouvement kurde et ses alliés locaux d’une part, et le régime de Damas de l’autre. La vallée de l’Euphrate dessine la limite entre ces deux blocs. « En Syrie, aujourd’hui, il n’y a plus que nous et le régime », rappelait, après la chute de Rakka, la camarade Badran : « Soit on coopère, soit c’est le chaos. » De fait, le mouvement kurde et les FDS contrôlent non seulement le grenier à blé du pays mais également ses principales infrastructures hydroélectriques, ainsi que d’importantes ressources naturelles. A l’automne 2016, à la suite de la chute de Rakka, les FDS ont ainsi chassé les djihadistes des vastes champs d’hydrocarbures de la province de Deir ez-Zor, y compris le champ gazier d’Omar, le plus grand de Syrie.

    L’espoir d’une reconnaissance politique

    Bien que les deux parties aient un intérêt mutuel à coopérer, leur vision de l’avenir diffère. Le régime de Bachar Al-Assad entend reprendre possession de l’ensemble du territoire national et y restaurer son autorité. Les FDS, eux, entendent obtenir la reconnaissance formelle de leurs acquis politiques dans le Nord par une nouvelle Constitution. « Nous refusons tout arrangement ponctuel avec le régime sans cadre général », répondait en novembre Fawza Youssef, membre éminente du mouvement kurde en Syrie. « Il faut que nous négociions un accord global alors que nous sommes en position de force, ajoutait-elle. Les accords locaux donnent l’occasion au régime de se renforcer pour redevenir une menace dans quelques années. Nous voulons un changement de Constitution et la construction d’une Syrie fédérale et démocratique. Jusqu’à ce que cet accord soit trouvé, nous renforçons notre modèle : une autonomie géographique, qui n’est pas fondée sur l’appartenance ethnique. »

    En octobre et en décembre, des élections locales et législatives ont eu lieu dans les zones tenues par les FDS. Ces scrutins, qui n’avaient rien de déterminant du point de vue politique, visaient à approfondir un système qui continue d’évoluer et de se structurer tant qu’il a l’espace pour le faire.

    Face à Damas, la partie kurde est prête à négocier l’intégration des FDS, qui n’ont pas cessé de recruter depuis la bataille de Rakka, à une nouvelle armée syrienne, ainsi qu’à partager le contrôle des frontières et à organiser celui des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles. Le régime, en revanche, multiplie les signaux négatifs, révélateurs de son raidissement : le territoire en formation dans le nord de la Syrie est systématiquement désigné comme un espace à reconquérir et ceux qui le dirigent comme des « traîtres ».

    Sans le soutien de la coalition, que les FDS jugent dépourvue de vision politique en Syrie, le mouvement a placé ses espoirs dans un éventuel rôle de médiation de la Russie, alliée du régime et avec laquelle il coopère localement dans l’enclave kurde d’Afrine, dans le Nord-Ouest. La posture offensive du régime de Damas et la rhétorique de plus en plus incendiaire de ses responsables risquent cependant de semer le trouble parmi les alliés arabes du mouvement kurde. Hikmet Al-Habib, un cadre arabe des FDS, l’admettait récemment :

    « Beaucoup de chefs tribaux sont des opportunistes qui suivent le sens du vent. Maintenant que l’Etat islamique est vaincu et que le régime et nous sommes face à face, ils hésitent à choisir leur camp. »


  • Comment du sucre français s’est retrouvé dans les bombes de Daech
    http://www.lejdd.fr/international/comment-du-sucre-francais-sest-retrouve-dans-les-bombes-de-daech-3516794

    Les registres de l’entreprise sont formels. Les numéros de série imprimés sur les sacs découverts dans les réserves de Daech se rapportent à deux cargaisons au moins, parties d’ici au début du mois de mai 2015 pour être déposées à Anvers, en Belgique, le deuxième plus grand port d’Europe pour la marine marchande. Là, les lots ont été chargés sur des géants des mers, notamment un porte-conteneurs de 295 mètres de long, le MSC Matilde. Le bateau a appareillé le 10 mai à destination du port de Gebze, en Turquie. Sur les bons de commande des chargements litigieux, on lit toujours le nom du même client, Sinerji, un groupe établi à Istanbul, spécialisé dans la distribution de produits agroalimentaires sur le territoire turc. Les responsables commerciaux de Tereos le connaissent bien, ils précisent qu’ils collaborent avec cette entreprise « depuis une dizaine d’années » dans le cadre d’un accord de distribution.

    Gaziantep, une ville turque où Daech a implanté ses réseaux
    La direction de Sinerji n’a pas souhaité s’entretenir avec nous. Ses dirigeants ont simplement reconnu avoir réceptionné les chargements de sorbitol, qu’ils auraient ensuite directement écoulés auprès d’un grossiste en pâtisseries établi dans le nord de la Syrie. Les documents financiers et douaniers que nous avons recueillis auprès de nos contacts en Turquie ainsi que des courriels concernant ces envois décrivent cependant un circuit bien différent.

    Après leur déchargement sur les docks de Gebze, à 70 km au sud d’Istanbul, un homme d’affaires turc s’en est d’abord porté acquéreur, selon les récépissés portuaires. Il s’appelle Tahir Toprak. Entre août 2015 et janvier 2016, il a acheté la marchandise en s’acquittant des factures par au moins quatre virements au profit de Sinerji, sur un compte bancaire de ce groupe à la Ziraat Bankasi d’Istanbul. Nous avons trouvé le numéro de portable de ce négociant, mais il n’a pas souhaité s’expliquer sur la nature de ses activités. Selon des courriels émis par les commerciaux de l’entreprise turque, Tahir Toprak a ensuite organisé le transport du sorbitol à travers tout le pays, en direction de Gaziantep, dans le Sud-Est, un périple de 1.150 km sur les autoroutes locales.

    #Syrie


  • Inside #Rukban Camp, One of Syria’s Most Desperate Settlements

    The situation in the Rukban camp for internally displaced persons near the border with Jordan is rapidly deteriorating. International humanitarian groups are close to being overwhelmed, despite local NGOs and rebel groups trying to help out as well.

    https://www.newsdeeply.com/refugees/articles/2017/10/30/inside-rukban-camp-one-of-syrias-most-desperate-settlements-2
    #camps_de_réfugiés #IDPs #déplacés_internes #asile #migrations #réfugiés #Syrie #réfugiés_syriens

    • Situation humanitaire « catastrophique » pour 50 000 déplacés syriens, cantonnés en plein #désert

      Malgré l’arrivée récente d’un convoi humanitaire plusieurs fois retardé, la situation reste critique dans le camp de déplacés d’al-Rukban, enclavé aux confins du désert syrien et presque totalement dénué d’infrastructures. Pris au piège entre la frontière fermée par la Jordanie et un blocus imposé par le régime de Damas, ses habitants manquent de tout : nourriture, eau, vêtements et médicaments. Alors que des négociations diplomatiques sont toujours en cours, le devenir de ces naufragés du désert reste incertain.

      C’est un camp de réfugiés oublié du monde et des grandes célébrations pour la paix. 50 000 déplacés syriens – selon les chiffres de l’Onu – sont installés aux confins du désert à proximité de la frontière jordanienne, dans le camp de fortune d’al-Rukban, en Syrie. Totalement enclavés, ses habitants y survivent, certains depuis plusieurs années, dans des conditions d’une précarité extrême, vivant sous des tentes ou des maisonnettes en terre. Le 3 novembre, un convoi humanitaire de l’Onu et du Croissant rouge syrien a finalement réussi à l’atteindre. Les habitants du camp n’avaient plus reçu aucune aide significative depuis une livraison effectuée via la Jordanie, par dessus la frontière et à l’aide de grues, au mois de janvier 2018. Depuis plusieurs semaines, les appels à l’aide se multipliaient depuis l’intérieur du camp, de la part de l’Onu, ou encore des travailleurs humanitaires, à mesure que la situation ne cessait de se dégrader, la nourriture, l’eau – malgré un apport depuis la Jordanie – et les médicaments se faisant de plus en plus rares.

      Selon l’Onu, alors que le camp a subi récemment de multiples épisodes de pluie – qui frappent aussi la Jordanie – et de tempêtes de sable, et que l’hiver s’approche, des rations alimentaires, des vêtements et une assistance médicale ont été délivrés par le convoi. Celui-ci a finalement pu quitter Damas, après que son départ ait été retardé à de multiples reprises par le gouvernement syrien. L’Onu comptait en profiter pour vacciner les 10 000 enfants de moins de cinq ans au sein de la population du camp, et équiper de vêtements chauds 15 000 enfants en tout. « La population souffre de malnutrition, de diarrhées, de maladies. Les enfants sont les plus touchés », constate le Dr Anas Chaker, porte parole de la branche française de l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), joint par Basta !. Le médecin qualifie la situation sur place de « catastrophique ». L’UOSSM, qui a pour objectif d’apporter des soins à la population en Syrie, est en contact avec des habitants d’al-Rukban, bien qu’il soit impossible pour les ONG et les travailleurs humanitaires d’être présents directement à l’intérieur du camp.

      Échec des négociations avec le régime

      Ces dernières semaines, de multiples décès y ont été rapportés, sans que des chiffres précis n’aient été établis. « Il y a des décès tous les jours, et là encore les enfants sont les premiers affectés », alerte le Dr Anas Chaker. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent des tombes de fortune, simplement recouvertes de pierres. En marchant plusieurs kilomètres, les habitants du camp peuvent rejoindre, au compte-goutte, une installation médicale établie du côté jordanien. Comme le rapporte le site Irin news, spécialisé sur les questions humanitaires, les cas les plus graves, s’ils parviennent jusque-là, sont parfois pris en charge dans les hôpitaux jordaniens, mais sont ensuite renvoyés au sein du camp.

      La situation s’est particulièrement dégradée au début du mois d’octobre, lorsque le régime syrien a coupé tout accès au camp depuis la Syrie [1]. La contrebande permettait jusque-là d’assurer un approvisionnement minimal de ces naufragés du désert. Selon Mohamad Taha, Syrien exilé en France qui maintient un contact régulier avec al-Rukban – où il a notamment soutenu, à distance, la création et le fonctionnement d’une école –, ce blocus ferait suite à l’échec de négociations menées entre Damas et des représentants du camp concernant le devenir de ses habitants. Le régime syrien aurait refusé le retour des déplacés dans la région de Palmyre, dont une grande part des occupants d’al-Rukban sont originaires, et proposé à la place leur réinstallation à Homs, la grande ville de l’ouest du pays ravagée par les combats et vidée d’une partie de ses habitants. Toujours selon Mohamad Taha, lui-même originaire de Palmyre, le refus de cette option aurait entraîné le blocus du camp, en guise de moyen de pression sur ses habitants.

      Le site Irin news, de même que le média basé à Amman Syria direct, relatent en outre des négociations menées sous l’égide de la Russie depuis plusieurs semaines. Celles-ci auraient envisagé d’évacuer une partie des habitants du camp, ainsi qu’une milice rebelle présente sur place – également au centre des discussions – en direction de la zone contrôlée par la Turquie dans le nord de la Syrie. Des négociations qui n’auraient, à ce jour, pas abouti. « Le plan semble avoir calé au mois d’octobre, déclenchant les restrictions » sur l’approvisionnement du camp, précise de son côté Irin news.
      Beaucoup viennent de Palmyre, vidée de ses habitants

      Cette « stratégie de la faim » rappelle les sièges infligés à certains quartiers de Homs et d’Alep, à la ville de Daraya, ou encore à la Ghouta orientale, la banlieue est de Damas, qui ont systématiquement conduit à l’évacuation forcée de la population (lire notre article ici). Nombre de déplacés d’al-Rukban ont échoué dans ce carré de désert suite à la prise de Palmyre par l’État islamique (EI) en mai 2015, et aux combats qui s’en sont suivis jusqu’à la reprise de la ville – depuis totalement vidée de ses habitants – par le régime, soutenu par l’armée russe, l’année suivante. D’autres déplacés d’al-Rukban sont originaires de la région de Homs, ou bien ont fui les combats contre l’EI à Raqqa et à Deir-Ezzor, dans l’est du pays.

      Malgré une situation désespérée, la perspective de repasser sous le joug du régime semble loin d’enthousiasmer la population du camp. Une partie des familles aurait ainsi été prête à accepter une évacuation vers le nord du pays sous contrôle turque. « Les gens d’al-Rukban sont considérés comme des opposants », affirme le Dr Anas Chaker. « La plupart des habitants du camp sont contre le régime, estime aussi Mohamad Taha. Mais même les autres ont peur d’être tués ou enrôlés de force dans l’armée s’ils repassent sur les territoires contrôlés par Damas. » Avant de subir l’État islamique, sa police des mœurs et ses exécutions sommaires, la population de Palmyre avait déjà connu une brutale répression de la part du régime Assad, suite à la révolution de 2011 [2].
      Les États-Unis ne sont pas venus en aide aux déplacés d’al-Rukban

      A ce jour, le camp est cependant à l’abri d’une intervention de l’armée du régime. Il est établi à l’intérieur d’une zone militaire de 55 km de rayon contrôlée par les États-Unis, qui ont installé à cet endroit, également tout proche de la frontière irakienne, une base destinée à la lutte contre l’EI. Washington maintient aussi sa présence sur cette zone stratégique afin de couper l’axe reliant l’Iran à la Syrie via Bagdad, la capitale de l’Irak, dans le cadre de sa politique d’opposition au régime iranien. Mais les États-Unis ne sont pas venus en aide aux déplacés d’al-Rukban, pourtant tout proche. Pas plus d’ailleurs que la Jordanie, qui a fermé sa frontière – isolant presque totalement al-Rukban et dégradant encore la situation sécuritaire en son sein – après des attentats menés par l’EI depuis l’intérieur du camp en 2016. Malgré l’aide apportée par le convoi humanitaire, et alors que des négociations diplomatiques concernant le devenir du camp sont toujours en cours, les déplacés d’#al-Rukban, dont l’histoire apparaît comme un concentré des tragédies du conflit syrien, comptent toujours les jours et les nuits passés au milieu du désert.

      https://www.bastamag.net/Situation-humanitaire-catastrophique-pour-50-000-deplaces-syriens-cantonne


  • Comment le PKK a piégé les services secrets turcs

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/10/26/comment-le-pkk-a-piege-les-services-secrets-turcs_5206183_3218.html

    L’organisation kurde a organisé cet été un guet-apens au Kurdistan irakien pour arrêter le chef adjoint des opérations du MIT et son responsable de la lutte contre le PKK. Elle les détient toujours.

    L’affaire passe pour l’un des coups les plus durs portés par la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à l’Etat turc, dans le conflit qui les oppose depuis 1984. Durant l’été, le PKK est parvenu à enlever au Kurdistan irakien deux responsables de haut niveau de l’Organisation nationale du renseignement (MIT), les services secrets turcs.

    « Durant l’été, le PKK a réussi l’un des plus beaux coups de son histoire », résume un responsable des renseignements kurdes irakiens. L’opération, qui aurait été menée sans que les autorités locales kurdes en aient été avisées, s’est traduite d’après lui par l’enlèvement, au Kurdistan irakien, du chef adjoint des opérations du MIT et du responsable de la lutte contre le PKK au sein des renseignements turcs, alors qu’ils étaient venus superviser la capture d’un leader de l’organisation kurde.

    Depuis les années 1990, le PKK a établi des bases dans des zones de montagnes reculées du Kurdistan d’Irak, aux frontières de la Turquie et de l’Iran, qui échappent au contrôle des autorités kurdes. Régulièrement visées par des frappes aériennes turques, ces installations, rendues imprenables par un relief très accidenté, abritent des camps d’entraînement, des sites militaires et le quartier général de l’organisation.

    « Le piège s’est refermé sur eux »

    C’est là que se trouve le sommet d’un QG dont les ramifications vont du nord de l’Irak aux grandes villes de Turquie en passant par le nord de la Syrie, soit partout où le PKK et ses alliés contrôlent des territoires, et disposent de cellules clandestines ou de cadres politiques et militaires. Les principaux responsables du PKK y sont basés depuis l’arrestation, par Ankara, de son chef historique, Abdullah Öcalan, en 1999.

    « Depuis que le conflit kurde a repris, en 2015, entre le PKK et la Turquie, le gouvernement turc veut obtenir une victoire comparable à la capture d’Öcalan en arrêtant ou en assassinant un chef du PKK au Kurdistan irakien, explique le responsable des renseignements kurdes. Ils croyaient être sur le point d’y parvenir en août, mais ils étaient infiltrés par un agent double et le piège s’est refermé sur eux. » D’après le récit de cette source, corroboré par un agent d’influence kurde irakien proche du PKK, l’organisation kurde avait placé un de ses membres au cœur des services de renseignement turcs.

    « Depuis plusieurs années, un membre proche du commandement du PKK, qui s’était rendu aux Turcs, fournissait au MIT des informations exactes et de grande valeur sur le PKK, qu’il prétendait avoir collectées grâce à ses réseaux à l’intérieur de l’organisation. Il le faisait en réalité sur ordres des chefs du PKK », raconte la source du renseignement kurde. « Cet agent a acquis la confiance du MIT. Les renseignements qu’il a donnés à ses interlocuteurs ont coûté cher au PKK, mais ses chefs étaient prêts à faire ces sacrifices pour en tirer parti plus tard », explique le proche de l’organisation kurde.

    L’occasion s’est présentée cette année. L’agent du PKK, qui a facilité de multiples succès des renseignements turcs, propose à ses commanditaires du MIT un plan leur permettant de capturer le chef en exercice de l’organisation, Cemil Bayik, 64 ans, un des fondateurs du PKK et le tenant de son aile la plus dure. « Bayik a de graves problèmes de dos. Par l’intermédiaire de son agent, le PKK a fait croire au MIT qu’il allait devoir recevoir des soins dans la région de Souleimaniyé début août et qu’il se déplacerait par discrétion avec une escorte très limitée. » Un plan visant à intercepter la cible est alors mis sur pied avec l’aide de l’agent double.

    Monnaie d’échange

    Une équipe des services de renseignement turcs se rend alors au Kurdistan irakien, et s’installe dans une villégiature prisée des environs du lac Dokan, dont la fraîcheur attire de nombreux vacanciers au cœur du caniculaire été irakien. L’itinéraire que doit emprunter le chef du PKK, fourni au MIT par l’agent double, passe à proximité. « Tout était prévu dans les moindres détails. Un hélicoptère a été stationné dans les environs pour évacuer Bayik. Les Turcs étaient si sûrs d’eux que le chef adjoint des opérations du MIT et le responsable du dossier du PKK avaient fait le déplacement, pour pouvoir ensuite s’attribuer le succès de l’opération. (…) L’agent était présent avec eux », explique la source du renseignement kurde. Le véhicule de Cemil Bayik n’arrivera cependant jamais. Le commandement du PKK, en coordination avec sa taupe, a déployé une unité de combattants qui prend par surprise le groupe d’agents turcs. Les deux responsables du MIT sont pris au piège et emmenés avec leurs hommes vers les bases de montagne du PKK. Après avoir servi le MIT, l’agent infiltré est de retour auprès de ceux qui étaient restés ses vrais commanditaires.

    Le 24 août, au lendemain d’une visite au Kurdistan irakien du ministre turc des affaires étrangères, Bahoz Galali, représentant à Ankara de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), le parti kurde irakien qui contrôle la zone de Dokan, a été expulsé par le gouvernement turc. « Les Turcs veulent que nous fassions l’intermédiaire pour obtenir la libération des deux agents. Nous sommes en contact avec le PKK, mais ils ne veulent rien savoir, indique la source des renseignements kurdes. Ces prisonniers sont un trésor pour eux. » De fait, l’organisation kurde dispose à présent de sources inestimables et d’une monnaie d’échange tout aussi précieuse face à son ennemi turc.



  • La reconstruction de la Syrie et les clivages politiques internes - Scarlett HADDAD - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1073646/la-reconstruction-de-la-syrie-et-les-clivages-politiques-internes.htm

    Edifiant ! De fait, pour le Liban aussi, les enjeux de la reconstruction en Syrie sont énormes...

    À une délégation parlementaire italienne en visite à Damas, le président Bachar el-Assad aurait ainsi précisé que tous les pays de l’Union européenne ne seront pas logés à la même enseigne. « La Syrie sera fidèle à ceux qui se sont tenus à ses côtés, aurait dit le président syrien, mais ceux qui ont financé et ont contribué à la guerre qui l’a détruite ne pourront pas obtenir des avantages économiques... » Depuis, de nombreux pays cherchent à interpréter les propos d’Assad. Certains s’empressent de préciser que ce n’est pas lui seul qui décidera avec qui conclure les contrats, puisque c’est l’ONU qui devrait avoir un rôle primordial dans la gestion de ce grand chantier, et d’autres commencent déjà à entreprendre des contacts dans le but de sonder les possibilités.

    Le Liban, lui, est divisé sur la question. Sur ce sujet en particulier, le vieux clivage entre 14 et 8 Mars réapparaît, les premiers affirmant publiquement ne pas être intéressés, tout en essayant de voir comment obtenir une part dans les contrats à venir, et les seconds se montrant confiants dans leur implication dans ce vaste chantier en raison de leurs bonnes relations avec le régime syrien, maintenues envers et contre tous.
    Mais au-delà des clivages politiques et des intérêts économiques, c’est le Liban en tant qu’État qui doit définir ses choix. En effet, le Liban devrait en principe servir de base arrière du chantier de la reconstruction, en raison de sa proximité avec la Syrie et du fait que les autres pays voisins n’ont pas la même aptitude à accueillir les compagnies internationales chargées de la reconstruction de ce pays. L’Irak est ainsi plus ou moins neutralisé en raison de l’instabilité qui continue d’y régner, la Turquie est rejetée par le régime syrien qui considère que ce pays a largement contribué à planifier et à alimenter la guerre en Syrie. D’ailleurs, le régime syrien s’oppose actuellement à l’idée de permettre à la Turquie de faire partie des observateurs de la trêve dans le nord de la Syrie, selon les dernières propositions faites à Astana. Et la Jordanie n’est pas dotée des lois et des règlements nécessaires pour accueillir des compagnies étrangères qui l’utiliseraient comme base arrière pour le travail en Syrie.

    Le Liban est donc théoriquement le plus habilité à remplir ce rôle, mais il faudrait pour cela que les différents responsables soient d’accord sur cette question, sachant que certaines parties refusent jusqu’à ce jour de renouer le dialogue avec les autorités de Damas sur plusieurs dossiers qui intéressent les deux pays. Selon une source gouvernementale, le principal dossier évoqué par le Premier ministre Saad Hariri au cours de sa dernière visite à Moscou était justement celui de la reconstruction de la Syrie, avec le souci de préserver la part du Liban dans ce chantier, indépendamment des considérations politiques. M. Hariri avait, en effet, et toujours selon la même source, reçu des conseils en ce sens de la part de l’Arabie saoudite qui lui aurait suggéré de se rendre à Moscou puisque le président russe Vladimir Poutine joue actuellement un rôle crucial auprès des autorités de Damas. M. Poutine aurait ainsi promis au Premier ministre du Liban de faire de son mieux en ce sens. Déjà, la plus grande compagnie de transport maritime russe a choisi de considérer le port de Tripoli comme une base régionale pour ses bateaux. Ce qui leur permettrait de transporter les matériaux nécessaires aux chantiers de la reconstruction en Syrie, mais aussi de véhiculer des marchandises vers d’autres pays arabes, comme l’Irak et même l’Arabie saoudite. Le port de Tripoli est en effet le plus habilité à servir de base arrière pour les matériaux et les marchandises destinés à la Syrie, en raison de sa proximité géographique avec ce pays. Dans ce contexte, des compagnies libanaises, dans la Békaa et même ailleurs, se préparent et d’autres font des consortiums avec des compagnies étrangères pour être opérationnelles le moment venu. Mais le déclic dépendra forcément de l’évolution des relations entre le Liban officiel et les autorités de Damas. Or, ce sujet en particulier cristallise aujourd’hui les divisions internes, alors qu’il devient de plus en plus pressant à mesure que les développements en Syrie se dirigent vers plus de stabilité.


  • Ce que révèle l’enquête judiciaire sur les agissements du cimentier Lafarge en Syrie

    http://www.lemonde.fr/international/article/2017/09/20/ce-que-revele-l-enquete-judiciaire-sur-les-agissements-du-cimentier-lafarge-

    « Le Monde » a eu accès à l’enquête sur les activités de Lafarge qui tentait de préserver sa cimenterie en Syrie pendant la guerre civile. Des responsables ont reconnu le versement de sommes à l’EI.

    Une date suffit à condenser le parfum de soufre qui émane de ce dossier. Le 29 juin 2014, l’organisation Etat islamique (EI) proclame l’instauration du « califat » : un immense territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie bascule « officiellement » sous le joug de l’organisation terroriste. Le même jour, à Rakka (Syrie), un cadre d’une usine du cimentier français Lafarge, située dans le nord du pays, informe par mail ses supérieurs qu’il a pris rendez-vous avec un « responsable de l’Etat islamique » pour négocier la sécurité des employés du site.

    Ce rendez-vous surréaliste marque le point culminant d’un engrenage commencé trois ans plus tôt. Depuis son implantation en Syrie, fin 2010, Lafarge n’a qu’une obsession : maintenir coûte que coûte l’activité de son usine de Jalabiya, à 87 kilomètres de Rakka, quitte à financer indirectement des organisations terroristes. Une aventure industrielle hasardeuse qui se conclura de façon dramatique, le 19 septembre 2014, par la prise de la cimenterie par les troupes de l’EI.

    Après la révélation de ce scandale par Le Monde, en juin 2016, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, en octobre 2016, faisant suite à une plainte du ministère des finances pour « relations financières illicites entre la France et la Syrie ». Dans cette enquête confiée aux douanes judiciaires, que Le Monde et Le Canard enchaîné ont pu consulter, les neuf principaux responsables de Lafarge – fusionné en 2015 avec le suisse Holcim – et de sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) ont été entendus.

    Leurs auditions décrivent de l’intérieur les mécanismes qui ont entraîné l’entreprise dans ce naufrage judiciaire et moral. Elles racontent, mois par mois, l’entêtement d’un groupe aveuglé par une obsession : ne pas abandonner la cimenterie LCS, promise à l’appétit destructeur des belligérants, afin de conserver un avantage stratégique dans la perspective de la reconstruction du pays.

    Cette enquête révèle deux faits majeurs. Tout d’abord, la décision du leader mondial des matériaux de construction de rester en Syrie a reçu l’aval des autorités françaises, avec lesquelles le groupe était en relation régulière entre 2011 et 2014. Ensuite, les responsables de l’usine ont omis de préciser aux diplomates le prix de leur acharnement : plusieurs centaines de milliers d’euros versés à divers groupes armés, dont 5 millions de livres syriennes (20 000 euros) par mois à l’EI.

    La conclusion des douanes est sans appel : Lafarge a « indirectement » financé des groupes « terroristes », par le truchement d’un intermédiaire, produisant au besoin « de fausses pièces comptables ». Et si seuls trois responsables ont avoué avoir eu connaissance de ces pratiques, « il est tout à fait vraisemblable que d’autres protagonistes aient couvert ces agissements », dont l’ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, le « directeur sûreté », Jean-Claude Veillard, et « certains actionnaires ».

    Aucun de ces responsables n’a été amené à s’expliquer devant un tribunal à l’issue de cette enquête. Mais les investigations suivent leur cours. Une information judiciaire, ouverte le 9 juin 2017 pour « financement du terrorisme » et « mise en danger d’autrui » après une plainte déposée par l’ONG Sherpa, a été élargie, le 23 juin, aux faits visés par le travail des douanes.

    2008-2010 : le pari de Lafarge en Syrie

    L’engrenage qui a conduit Lafarge à se compromettre dans le conflit syrien débute à la fin des années 2000. En 2008, le cimentier, qui vient de racheter la société égyptienne Orascom afin de renforcer son implantation dans la région, valide la construction d’une usine dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque. Deux ans plus tard, la cimenterie LCS sort de terre. L’investissement s’élève à 680 millions de dollars, l’amortissement est prévu sur vingt ans. Mais l’histoire va quelque peu bousculer ces prévisions comptables.

    Mars 2011 : le début des troubles

    L’usine vient à peine de commencer sa production de ciment quand d’importantes manifestations embrasent le sud du pays et se propagent rapidement aux principales agglomérations. En relation avec les autorités françaises, les responsables du groupe décident de rester.

    « On est informés, forcément. On avait vu ce qui s’était passé pour les “printemps arabes”, mais on était dans l’incapacité totale d’anticiper et de prévoir », explique l’ancien PDG de Lafarge Bruno Lafont, devant les enquêteurs des douanes judiciaires. « L’usine est au nord, près de la frontière turque, très isolée. Au début, et pendant toute l’année 2011, il ne se passe absolument rien », tempère Bruno Pescheux, PDG de LCS jusqu’en juin 2014.

    Tout au long de son aventure syrienne, Lafarge est resté en contact permanent avec l’ambassade de France à Damas – qui sera fermée par Nicolas Sarkozy en mars 2012 –, puis avec l’ambassade de France en Jordanie. Jean-Claude Veillard, un ancien fusilier marin dans les forces spéciales et les commandos, est également en relation avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

    « Jean-Claude avait de bons contacts avec les services, notamment la DGSE », explique Eric Olsen, ancien DRH, puis directeur général de Lafarge. Il « me tenait informé des mouvements des Kurdes et de l’Armée syrienne libre, poursuit-il. Je comptais sur l’expertise et la protection de l’Etat français pour nous tenir au courant ».

    Chaque mois, au siège de Lafarge à Paris, un comité de sûreté réunissant les opérationnels, le département juridique, l’assurance, le directeur du siège et les ressources humaines fait le point sur les pays où le groupe est implanté, dont la Syrie.

    Mai 2011 : les premières sanctions

    Le 9 mai 2011, le Conseil de l’Union européenne (UE) adopte un embargo sur les armes et le pétrole syriens. Celui-ci sera étendu le 18 janvier 2012 pour un ensemble élargi de matériaux, notamment certains ciments. A cette époque, Lafarge, dont le marché est local, ne s’estime pas concerné par les sanctions. « D’après ce que j’avais compris, explique Bruno Pescheux, il s’agissait essentiellement de prohibition d’exportations depuis la Syrie vers l’UE. Or, nous étions dans l’autre sens, on importait. »

    Décembre 2011 : Total quitte la Syrie

    Le 1er décembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme déclare la Syrie en état de guerre civile. Quatre jours plus tard, le pétrolier Total annonce son départ du pays. Dans les mois qui suivent, Air liquide et les fromageries Bel plient bagages à leur tour. Fin 2012, Lafarge est le dernier groupe français présent en Syrie.

    « Pourquoi Lafarge reste en Syrie ?, demandent les enquêteurs aux responsables du cimentier.

    – On pouvait toujours fonctionner en sécurité et en conformité. Donc on a continué, répond laconiquement Bruno Lafont.

    – Mais en janvier 2012, la situation dégénérait…, intervient l’enquêteur.

    – Ce n’est pas ce que disait le Quai d’Orsay, insiste Christian Herrault, ancien directeur général adjoint opérationnel du groupe. Le Quai d’Orsay dit qu’il faut tenir, que ça va se régler. Et il faut voir qu’on ne peut pas faire des allers-retours, on est ancrés et, si on quitte, d’autres viendront à notre place… »

    Juillet 2012 : l’évacuation des expatriés
    A l’été 2012, l’armée du régime perd le contrôle de la frontière turque. A l’ouest, la zone passe sous l’emprise des Kurdes du Parti de l’union démocratique (PYD), à l’est, sous celle de l’Armée syrienne libre et de divers groupes islamistes. La ville de Kobané, à 55 kilomètres de l’usine, est tenue par les Kurdes, tandis que Manbij, à 66 kilomètres, est sous le contrôle des rebelles.

    « Cette nouvelle redistribution des cartes ne vous fait-elle pas craindre pour vos salariés et votre usine ?, s’enquiert l’agent des douanes.

    – Un peu, oui, répond M. Lafont. Mais, là encore, je me fie à ce que mes collaborateurs me disent. »

    Les « collaborateurs » de M. Lafont semblaient pourtant bien au fait des risques encourus par le personnel du site. « On a même interrompu l’usine à l’été 2012, faute de sûreté suffisante », relate M. Pescheux. Le directeur de la cimenterie demande alors aux employés chrétiens et alaouites de ne plus venir travailler, pour raison de sécurité. Les expatriés – une centaine de salariés sur plus de 300 – sont quant à eux exfiltrés du pays en juillet 2012.

    A partir de la fin de l’été, seuls les employés sunnites et kurdes sont autorisés à continuer à travailler sur le site. Afin de limiter les trajets, de plus en plus périlleux, leur patron leur demande de se domicilier à Manbij, ou d’emménager directement dans la cimenterie. M. Pescheux, lui, déménage ses bureaux de Damas au Caire, en Egypte, d’où il dirige l’usine à distance, en toute sécurité.

    Malgré la dégradation de la situation, le directeur de LCS justifie devant les enquêteurs la décision de maintenir l’activité du site avec le personnel local : « L’idée était de préserver l’intégrité de l’usine en la faisant fonctionner, même de manière discontinue. On voulait éviter la cannibalisation de l’usine, qui serait arrivée si elle avait été perçue comme à l’abandon. »

    Davantage que le profit immédiat – la production de ciment a rapidement chuté, passant de 2,3 millions de tonnes en 2011 à 800 000 tonnes en 2013 –, c’est la volonté acharnée d’occuper le site dans la perspective de la reconstruction du pays qui motivera les décisions du groupe. A cette date, personne, au sein de l’entreprise, pas plus qu’au Quai d’Orsay, ne semble anticiper la tragédie dans laquelle la Syrie est en train de sombrer.

    Septembre 2012 : une « économie de racket »

    A la fin de l’été 2012, la situation dégénère. « L’économie de racket a commencé en septembre ou octobre 2012 », se souvient M. Herrault. En septembre, deux responsables du groupe, Jean-Claude Veillard, le directeur de la sûreté, et Jacob Waerness, gestionnaire de risque sur le site de l’usine LCS, se rendent à Gaziantep, en Turquie, pour y rencontrer des milices de l’opposition syrienne.

    « Il était très clair qu’elles étaient indépendantes et ne voulaient pas se coordonner. Et il était très clair qu’elles voulaient taxer ce qui passait par les routes, poursuit M. Herrault. C’était clairement du racket, même si c’était les “bons” qui rackettaient. Tous les six mois, on allait voir le Quai d’Orsay, qui nous poussait à rester.

    – Vous vous souvenez du nom de ces milices ?, demande l’enquêteur.

    – Ah non, elles changent d’allégeance… Ce qui était un peu fou, c’est que toutes ces milices étaient alimentées en armes et argent par le Qatar et l’Arabie saoudite, sous le regard américain, sans aucun discernement. On aime bien mettre des noms sur les choses, mais là-bas rien n’est si simple… »

    A l’issue de la réunion de Gaziantep, LCS missionne un ancien actionnaire minoritaire de l’usine, Firas Tlass, pour monnayer la sécurité de ses employés sur les routes. Entre septembre 2012 et mai 2014, cet homme d’affaires – fils de l’ex-ministre de la défense du président Bachar Al-Assad, ayant fait défection au régime – se voit remettre entre 80 000 et 100 000 dollars par mois pour négocier avec les groupes armés qui tiennent les checkpoints autour de l’usine.

    A cette période, l’Etat islamique en Irak, ancêtre de l’EI, n’a pas encore fait irruption dans la guerre civile syrienne. L’usine est en revanche encerclée par les milices kurdes et des groupes islamistes, dont le Front Al-Nosra. Selon le directeur de l’usine, M. Pescheux, il n’existait pas de liste précise des destinataires des fonds versés par Firas Tlass : « Ceux qui gardaient un checkpoint pouvaient changer d’allégeance », assure-t-il.

    Octobre 2012 : neuf employés kidnappés

    En octobre 2012, neuf employés de l’usine sont pris en otage. Le directeur sûreté de Lafarge, M. Veillard, raconte : « Ces employés alaouites avaient été écartés de l’usine pour leur sécurité confessionnelle. Ils étaient au chômage technique, à Tartous [dans l’ouest de la Syrie]. Ils étaient payés jusqu’au jour où le DRH de l’usine leur a demandé de venir percevoir leur salaire à l’usine. Les neuf employés sont venus en bus, via Rakka, et se sont fait enlever par des Kurdes, puis [ont été] revendus à des milices locales. Lafarge a payé 200 000 euros, en livres syriennes. »

    Avril 2013 : Lafarge, « c’est le drapeau français »

    Début 2013, le pays bascule dans une nouvelle ère. Le 6 mars, Rakka est prise par différents groupes islamistes, dont le Front Al-Nosra, qui prête allégeance à Al-Qaida et tombe donc sous le coup des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. Un mois plus tard, le 9 avril, l’Etat islamique en Irak, qui s’est implanté en Syrie, se rebaptise « Etat islamique en Irak et Levant » (EIIL). Le groupe prend le contrôle de Rakka le 13 juin.

    « Comment Lafarge peut-elle conserver une usine dans cette guerre qui devient de plus en plus sale, qui dégénère ? demande un enquêteur aux dirigeants du groupe.

    – C’est là où on se pose la question si on reste ou pas, répond le PDG, Bruno Lafont. On commence à penser qu’on va se replier. On a eu des feedbacks de nos gars. On pouvait visiblement continuer.

    – Ce qu’il faut comprendre, c’est que lorsque cette guerre a commencé, l’usine venait de démarrer, insiste le patron de l’usine, Bruno Pescheux. On pensait que quand tout serait fini, il y aurait au moins une cimenterie qui pourrait fournir du ciment pour reconstruire la Syrie…

    – On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie [à Paris], et personne ne nous a dit : “Maintenant, il faut que vous partiez”, précise Christian Herrault. Le gouvernement français nous incite fortement à rester, c’est quand même le plus gros investissement français en Syrie et c’est le drapeau français. Donc oui, Bruno Lafont dit : “On reste.” »

    Octobre 2013 : « Daech s’inscrit dans le paysage »
    Le 11 octobre 2013, le Conseil européen confirme les sanctions à l’encontre de certaines entités terroristes, dont le Front Al-Nosra, Al-Qaida et l’EIIL. « Pourquoi Lafarge a pris le risque de rester en Syrie, où ces trois organisations sont présentes ? », demande l’enquêteur. La réponse du directeur général adjoint opérationnel est un pur modèle de rationalisation économique :

    « On gérait les risques par cette économie de racket, et il n’y a pas eu de phénomène marquant jusqu’à fin 2013 », explique Christian Herrault, oubliant au passage l’enlèvement de neuf employés alaouites de l’usine un an plus tôt.

    « Quel est ce phénomène marquant ?

    – Daech s’inscrit dans le paysage. Ils affichent la volonté de taxer les routes. Un des chefs se réclamant de Daech convoque Bruno [Pescheux] et Jacob [Waerness] à Rakka (…). C’est Firas [Tlass], ou un de ses hommes, qui y va et voit la situation. Daech vient dans la liste des racketteurs, ça fait 10 % des sommes, dont la moitié était pour les Kurdes.

    – A ce moment-là, que vous dit le Quai d’Orsay ?

    – Pas de changement de leur position. Encore une fois, pas de solution intermédiaire, soit on partait, soit on restait. Le rackettage de Daech, c’était l’équivalent de 500 tonnes… Sachant qu’on a trois silos de 20 000 tonnes… Est-ce qu’on va tout plier pour 500 tonnes ? »

    C’est l’ancien actionnaire minoritaire M. Tlass qui sera chargé de payer les groupes armés en utilisant le cash de l’usine. Pour entrer ces dépenses dans la comptabilité, « on utilisait des notes de frais que je signais “frais de représentation”, explique M. Herrault. Donc là, c’était les notes de Bruno [Pescheux], mais il n’y avait rien dessus, il n’y avait aucun nom de milice. »

    Bruno Pescheux, lui, se souvient avoir vu les noms de Daech et du Front Al-Nosra mentionnés sur des documents :

    « Avez-vous vu le nom de Daech ? demande l’enquêteur.

    – Oui, répond le directeur de l’usine.

    – Avez-vous une idée du montant prévu pour Daech ?

    – De l’ordre de 20 000 dollars par mois. »

    Juin 2014 : un rendez-vous avec l’organisation Etat islamique
    A l’été 2014, l’EIIL contrôle le nord-est de la Syrie et fait une percée vers l’ouest. Le 29 juin, l’organisation proclame le « califat » et se baptise « Etat islamique ». Au sud de l’usine, les combats font rage entre le Front Al-Nosra et l’EI, qui est aux prises avec les Kurdes au nord du site. L’étau se resserre : à 500 mètres de l’usine, un checkpoint marque la sortie de la zone kurde ; à 20 kilomètres, un barrage signale l’entrée de la zone contrôlée par l’EI.

    Ce 29 juin, le nouveau responsable sûreté de l’usine, un ancien des forces spéciales jordaniennes qui a remplacé M. Waerness, envoie un mail au DRH local, avec le directeur de LCS, M. Pescheux, en copie : « Je viens d’arriver de Rakka. Le responsable de l’Etat islamique est toujours là, il est à Mossoul en ce moment. Notre client de Rakka m’a arrangé un rendez-vous avec lui, concernant nos expatriés au Pakistan et en Egypte. Une fois que j’aurai l’autorisation, je vous informerai. »

    « Pourquoi aller voir cette personne de l’El ?, demande l’enquêteur au directeur de l’usine.

    – L’idée était de dire : pour faire fonctionner cette usine, les locaux ont beaucoup de mal. L’idée était de faire revenir des expats pour les épauler, mais il fallait garantir leur sûreté : pas de kidnapping ou de choses comme ça », répond M. Pescheux.

    Juillet 2014 : « La situation autour de l’usine a empiré »
    Début juillet, l’El attaque les Kurdes à Kobané, à 50 kilomètres de la cimenterie. Les combats font plusieurs centaines de morts. Le 8 juillet, le responsable jordanien de la sûreté de l’usine envoie un mail alarmiste à M. Pescheux, qui a été versé au dossier par la plainte de Sherpa :

    « La situation autour de l’usine a empiré après que le camion-suicide a explosé au checkpoint du PYD [parti kurde] hier, à minuit. C’était à 10 kilomètres à l’est de l’usine, les quatre passagers ont été tués. L’Etat islamique a commencé une campagne discrète contre le PYD dans notre région (…). Le PYD a établi de sérieuses mesures de sécurité autour de l’usine, et a demandé la fermeture et l’évacuation de l’usine. »

    « A ce moment-là, on me dit que la situation est de plus en plus difficile. Je sais, à ce moment-là, qu’on va partir », assure Bruno Lafont. Le directeur sûreté du groupe, M. Veillard, est moins alarmiste : « Pour moi, l’attentat à 10 kilomètres n’existe pas. Il n’y a rien autour de l’usine. Le premier village doit être à 30 kilomètres. Maintenant, c’est peut-être un type qui s’est fait sauter. En aucun cas, il n’y avait un risque pour les employés et l’usine. »

    Le 17 juillet, un responsable de l’usine envoie pourtant un nouveau mail sans équivoque au PDG de LCS : « Notre personnel à l’usine est très perturbé et inquiet. Ils se sentent comme des prisonniers au sein de l’usine (…). L’EI est en train de s’emparer du contrôle de l’entrée de l’usine et n’autorise personne à entrer ou sortir (…). Nous ne sommes pas capables de rassurer nos employés (…). Nous avons besoin de votre aide pour régler cette question avec nos voisins. »

    27 juillet 2014 : l’usine interrompt sa production

    A la fin du mois de juillet 2014, la dégradation de la situation militaire contraint la cimenterie à interrompre son activité. Malgré les injonctions du chef militaire kurde d’évacuer les lieux, LCS reprendra pourtant la production cinq semaines plus tard.

    15 août 2014 : « J’ai fait la recommandation de fermer l’usine »

    Le 15 août 2014, une résolution de l’ONU interdit toute relation financière avec les groupes terroristes présents en Syrie, pouvant être « considérée comme un appui financier à des organisations terroristes ». « Que s’est-il passé chez Lafarge à ce moment-là ? », s’enquiert un enquêteur des douanes.

    « Frédéric [Jolibois, qui a remplacé Bruno Pescheux à la tête de LCS] envoie un mail au service juridique pour la conduite à tenir. Il faut voir que Daech n’avait alors rien fait en dehors de la Syrie, il n’y avait pas eu Charlie, le Bataclan… C’était alors une affaire syrienne, relativise M. Herrault. Je précise au service juridique que Daech, vers le 16 août, est bel et bien une organisation terroriste. Ce que je sais, c’est que rien n’a été payé après le 15 août. »

    La directrice juridique de Lafarge est consultée. Elle explique aux douaniers : « J’ai été informée sur deux points (…). Le deuxième était : l’Etat islamique demande des taxes aux transporteurs. Peut-on traiter avec ces transporteurs ? C’était en août 2014. L’avis juridique a été rendu début septembre 2014 et était très clair : oui, il y a un risque juridique. J’ai fait la recommandation de fermer l’usine. »

    1er septembre 2014 : le laissez-passer de l’EI

    Malgré l’avis de la direction juridique, l’usine se prépare à reprendre ses activités. Un laissez-passer pour ses clients et transporteurs, daté du 1er septembre 2014 et tamponné par le gouverneur de l’El à Alep, a été versé au dossier. Son contenu laisse entendre que l’usine a passé un « accord » avec l’EI : « Au nom d’Allah le miséricordieux, les moudjahidine sont priés de laisser passer aux barrages ce véhicule transportant du ciment de l’usine Lafarge, après accord avec l’entreprise pour le commerce de cette matière. »

    9 septembre 2014 : reprise de l’activité

    Passant outre les injonctions du commandant kurde, l’usine reprend sa production le 9 septembre. Le lendemain, son nouveau directeur, M. Jolibois, se rend à l’ambassade de France en Jordanie. Selon le compte rendu qu’a fait l’ambassade de cet entretien, il réaffirme la volonté du groupe de se maintenir en Syrie pour « préserver ses actifs et ses activités futures ».

    Le directeur de LCS assure aux autorités françaises que Lafarge « ne verse rien au PYD ou à l’Etat islamique ». Il reconnaît seulement que les « transporteurs locaux » doivent obtenir des laissez-passer « sans impliquer l’usine ou Lafarge », ce qui semble contredit par l’exemplaire daté du 1er septembre qui a été retrouvé. Le compte rendu de l’ambassade conclut : « Jolibois ne semblait pas particulièrement inquiet des conséquences, pour la sécurité de l’usine et de son personnel, de la présence de l’Etat islamique à quelques kilomètres d’Aïn-Al-Arab [nom arabe de Kobané]. »

    « Nous sommes à cinq jours d’une attaque décisive de l’El dans la région. Comment pourrait-on caractériser ces déclarations : un manque de lucidité, la cupidité ou business as usual ?, s’enquiert l’agent des douanes.

    – Je ne suis pas au courant, élude le PDG, M. Lafont. Je pense qu’il faut poser la question à M. Jolibois. Je ne sais pas de quoi il était au courant. »

    Dans leur rapport de synthèse, les douanes s’étonnent des réponses systématiquement évasives du PDG de Lafarge : « Bruno Lafont disait tout ignorer des pratiques de son personnel en Syrie (…). Il serait tout à fait étonnant que M. Lafont n’ait pas demandé à son équipe de direction d’avoir un point précis de la situation d’une cimenterie dans un pays en guerre depuis plusieurs années. »

    Le jour de l’entretien de M. Jolibois à l’ambassade de France en Jordanie, ce dernier a en effet envoyé un mail à plusieurs responsables du groupe, à Paris, évoquant un plan d’évacuation de l’usine : « La semaine prochaine, Ahmad [le directeur sûreté de l’usine] partagera notre plan d’évacuation avec le département de sécurité de Lafarge, et il devrait être en mesure de nous envoyer la version à jour d’ici deux semaines. » L’usine sera attaquée dix jours plus tard…

    19 septembre 2014 : l’attaque de l’usine

    Le 18 septembre, un employé de l’usine est informé d’une attaque imminente de l’EI et en fait part à son patron. Le directeur de l’usine envoie par mail ses dernières consignes de sécurité. Il suggère de « préparer des matelas, de la nourriture, de l’eau, du sucre, dans les tunnels techniques de l’usine ». « Si les affrontements arrivent à l’usine, déplacer les équipes dans les tunnels et attendre », précise-t-il.

    Quelques heures plus tard, les troupes de l’EI sont aux portes de l’usine. La plupart des employés sont évacués en catastrophe par bus vers Manbij. Mais le plan d’évacuation est défaillant. Les bus ne reviennent pas à l’usine. Une trentaine d’employés bloqués sur place doivent s’enfuir par leurs propres moyens, entassés dans deux véhicules abandonnés sur le site. L’usine sera prise d’assaut dans la nuit.

    Quatre employés de Lafarge sont arrêtés par l’EI pendant l’évacuation, et retenus en otage une dizaine de jours. Parmi eux, deux chrétiens arrêtés dans un des bus affrétés par Lafarge sont contraints de se convertir à l’islam avant d’être relâchés.

    Le 21 septembre, un employé en colère écrit un mail au directeur de la cimenterie : « Nous vous demandons fermement de commencer une enquête afin de vérifier les faits suivants (…). Après plus de deux ans de réunions quotidiennes portant sur la sécurité, qui est responsable de l’absence de plan d’évacuation de l’usine de notre équipe, et qui a abandonné plus de trente de nos braves employés une heure avant l’attaque de l’El et l’explosion du réservoir de pétrole ? »

    Quelques jours plus tard, M. Jolibois se félicitera pourtant, dans un mail envoyé au groupe, du succès de l’évacuation : « Malgré la complexité de la situation et l’extrême urgence à laquelle nous avons été confrontés, nous avons réussi à sortir nos employés de l’usine sains et saufs. Les choses ne se sont probablement pas déroulées telles que nous les avions planifiées ; néanmoins, nous avons atteint le but principal. Lafarge Cement Syria n’est pas morte. Je suis convaincu que nous gagnerons la dernière bataille. »


  • Syrie: “Washington ment” (Russie)
    Sat Jul 22, 2017
    http://presstv.com/DetailFr/2017/07/22/529285/Syrie-Washington-ment-Russie

    Des agences d’information font état de l’envoi par la Russie en Syrie d’un nouveau navire de guerre doté de missiles «  ailés  ». Il s’agit d’engin ultra performant capable de viser avec précision des cibles situées sur les côtes. Cette annonce intervient trois jours après que les Américains ont annoncé vouloir geler l’expédition d’armes et de munitions aux terroristes qui se battent depuis 2011 contre l’État syrien.

    Dans un entretien accordé à NBC News, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a été trop critique vis-à-vis des États-Unis qu’il accuse implicitement de menteur. La Russie semble ne pas croire à un  « changement de cap » américain en Syrie. Pour le haut diplomate russe, les annonces américaines à propos de la Syrie ne sont qu’un leurre. Car nonobstant leurs déclarations, «  les États-Unis soutiennent toujours des groupes armés en Syrie  ». Lavrov a aussi évoqué la présence militaire américaine en Syrie qui est illégitime puisque «  non mandatée par l’État syrien  ».

    Plus loin dans ses propos, le chef de la diplomatie russe est revenu sur la fuite d’informations en provenance des sources turques, informations qui confirment la présence d’une dizaine de bases militaires américaines dans le nord de la Syrie : «  Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, est doté d’une double personnalité tout comme son discours qui est équivoque au sujet de « l’établissement de bases militaires en Syrie  ». Lavrov a déclaré que les propos de Pompeo critiquant la présence de la Russie en Syrie et l’établissement de bases militaires sur la côte méditerranéenne, lors du Aspen Security Forum jeudi, ont montré que «  quelque chose n’allait pas avec le double standard  ». Pour Lavrov, la présence illégitime du Pentagone en Syrie ne se limite pas au nord du pays, car il existe «  des centaines de bases militaires des États-Unis partout dans le monde et aux alentours de la Russie  ».

    #Syrie


  • Bruits de bottes en Syrie après que les USA ont cru deviner de posibles menaces de risques potientiels d’éventuelles attaques chimiques. Al-Mayadeen (et d’autres sources) signalent un fort traffic aérien d’avions espion, ce qui pourrait être le prélude à quelque chose. L’Iran est presque menaçant vis-à-vis d’une « initiative unilatérale », les Russes grincent des dents en rappelant les précédents de Bush... Dans les Izvestia, Erdogän laisse entendre que les Turcs pourraient bien intervenir dans le nord de la Syrie.

    الميادين | الأخبار - ترتيبات لحدث ما؟ مصادر للميادين : تسجيل حركة جوية أميركية غير اعتيادية فوق سوريا
    http://www.almayadeen.net/news/politics/59663/ترتيبات-لحدث-ما--مصادر-للميادين--تسجيل-حركة-جوية-أميركية-غير

    #syrie #catastrophe_arabe


  • Russie, Iran et Hezbollah promettent un soutien accru à Assad - L’Orient-Le Jour
    Reuters | 09/04/2017
    https://www.lorientlejour.com/article/1045883/russie-iran-et-hezbollah-promettent-un-soutien-accru-a-assad.html

    L’alliance militaire constituée par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais a promis dimanche d’apporter un soutien accru à l’armée du président syrien Bachar el-Assad après les tirs de missiles américains contre une base aérienne syrienne.

    Dans un communiqué, le centre de commandement conjoint des alliés de Damas accuse Washington d’avoir franchi une « ligne rouge » en bombardant la Syrie.

    L’alliance, dit le communiqué relayé par l’organe médiatique Ilam al-Harbi, s’engage à « répondre à partir de maintenant avec force à tout agresseur ou tout franchissement de ligne rouge par qui que ce soit ».

    « L’Amérique connaît notre capacité à répondre comme il se doit », ajoute-t-elle en qualifiant d’"illégale" la présence de soldats américains dans le nord de la Syrie, qu’elle qualifie de « forces d’occupation ».

    Le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rouhani se sont entretenus dimanche au téléphone à ce sujet et ont convenu que les « actes agressifs » des Etats-Unis contre la Syrie étaient « inacceptables », rapporte pour sa part le Kremlin.

    Moscou et Téhéran réclament une enquête « impartiale » sur l’usage présumé d’armes chimiques contre des civils dans la province d’Idleb, invoqué par Washington pour justifier ses bombardements, poursuit la présidence russe.

    Les deux pays sont prêts à renforcer leur coopération pour lutter contre le terrorisme et assurer la stabilité du Proche-Orient, ajoute le Kremlin.

    A Washington, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a pour sa part répété dimanche pendant l’émission « This Week » de la chaîne ABC que les Etats-Unis avaient décidé de frapper l’armée syrienne en raison de l’inaction russe et de « l’échec de Moscou à respecter ses engagements auprès de la communauté internationale » en matière de contrôle des armes chimiques.

    #Syrie