region:le nord de la syrie

  • Ankara construit un site industriel dans le nord de la Syrie – Site de la chaîne AlManar-Liban
    http://french.almanar.com.lb/776272

    «  La Turquie est la prolongation de l’Empire Ottoman,… c’est la même essence, la même nature  », a lancé le président Erdogan. Au lendemain du crash d’un hélicoptère militaire turc près des frontières avec la Syrie, la Turquie franchit un nouveau pas dans le sens de l’occupation du Nord de la Syrie et annonce son intention de «  mettre sur pied le premier site industriel dans la ville d’al-Bab  » en Syrie.

    Lors d’une cérémonie, samedi 10 février, avec la participation de plusieurs responsables de la province turque de Gaziantep, Ankara a inauguré le projet de construction d’un site industriel dans la ville frontalière d’al-Bab dans le nord syrien.

    Que cherche la Turquie  ?

    À en croire, le président du conseil local de la ville syrienne d’al-Bab Jamal Ahmad Othman, «  le complexe industriel qui devrait s’ériger à 5 km du centre de la ville vise à donner un coup de pouce à l’essor économique de la région  ». Est-ce la vérité  ? Selon les sources proches de l’armée syrienne, la ville d’al-Bab, que la Turquie occupe depuis 2013, abrite désormais des dizaines d’ateliers de contrebandes où la Turquie fabrique des produits à bas coût pour mettre en place un trafic lucratif vers l’Europe, et ce pour échapper aux mesures de taxation européennes.

    #turquie #syrie

    Se souvenir des plaintes, sans suite, des industriels alépins à propos du pillage de leurs usines...


  • L’avion de combat russe abattu en Syrie augure d’une guerre plus large _ WSWS.Org - Peter Symonds - 6 février 2018 *
    https://www.wsws.org/fr/articles/2018/02/06/syri-f06.html

    L’avion de combat russe abattu dans le nord de la Syrie samedi menace d’intensifier dramatiquement l’affrontement entre Washington et Moscou dans la guerre par procuration soutenue par les États-Unis pour évincer le régime du président Bachar al-Assad soutenu par la Russie. Les médias russes et de hauts responsables politiques accusent déjà les États-Unis d’y être impliqués.

    Le ministère russe de la défense a rapporté qu’un Sukhoi Su-25 avait été touché par un missile sol-air portatif, ou MANPAD, dans la province d’Idlib, dans le nord de la Syrie. Le pilote, qui n’a pas été nommé, a été éjecté de l’avion mais a été tué sur le terrain lors d’une « bagarre avec des terroristes ». Le Su-25 est un avion d’attaque au sol à basse altitude.

    Tharir al-Sham, groupe affilié à Al-Qaïda, a revendiqué la responsabilité, affirmant que l’un de ses combattants avait réussi à abattre l’avion à l’aide d’un missile antiaérien tiré à l’épaule. Le ministère russe de la défense a annoncé que des frappes de représailles contre les forces anti-Assad dans la région ont tué plus de 30 combattants.

    Le sénateur russe Frants Klintsevich, vice-président de la commission de la défense et de la sécurité du Conseil de la Fédération de Russie, a tenu les États-Unis responsables de l’acte. « Je suis absolument convaincu […] qu’aujourd’hui les militants ont des MANPAD, et qu’ils ont été fournis par les Américains par l’intermédiaire de pays tiers », a-t-il dit.

    Klintsevich a appelé à une enquête rigoureuse pour déterminer le type de MANPAD qui ont été fournis et les « circonstances de la destruction du Su – 25 ». Il a averti que « la perte d’un avion n’est rien, mais cela a une grande importance et de grande conséquences. »
    Le parlementaire russe Dmitry Sablin a blâmé un pays non identifié, voisin de la Syrie, pour avoir fourni le MANPAD utilisé pour abattre l’avion. « Les pays par lesquels transitent les armes qui sont ensuite utilisées contre les militaires russes, doivent comprendre que cela ne restera pas impuni », a-t-il déclaré.

    Le Pentagone a rapidement nié avoir fourni des MANPAD aux milices soutenues par les États-Unis et a réitéré le mensonge selon lequel ses opérations de combat se concentrent uniquement sur l’État islamique (ÉI), désormais vaincu. « Les États-Unis n’ont pas équipé leurs forces armées partenaires en Syrie d’armes sol-air et n’ont aucune intention de le faire à l’avenir », a déclaré samedi le porte-parole du Pentagone, Eric Pahon, aux médias russes.

    Ce déni ne résiste pas à un examen sérieux. Rien que le mois dernier, les États-Unis ont annoncé qu’ils armeraient et équiperaient une « force frontalière » de 30 000 hommes constituée principalement d’unités de protection du peuple kurdes (YPG) afin de se tailler de fait une enclave dans le nord de la Syrie, à partir de laquelle des attaques pourront être lancées contre le régime d’Assad.

    Les plans américains sont en pleine déroute. La Turquie, qui qualifie les YPG de terroristes alignés sur le parti séparatiste des travailleurs du Kurdistan (PKK), a lancé une offensive à grande échelle dans l’enclave kurde. En même temps, les forces gouvernementales syriennes, soutenues par la Russie, ont lancé leurs propres attaques contre des milices appuyées par les pays occidentaux qui cherchent à s’accrocher à ce qu’il reste du territoire contrôlé par l’opposition.

    Un long éditorial du New York Times mercredi dernier, intitulé « Alors que les alliés des États-Unis s’affrontent, la lutte contre l’ÉI faiblit », a passé en revue la politique incohérente et contradictoire de Washington qui a mené à des combats entre la Turquie, son allié au sein de l’OTAN, et les forces par procuration américaines en Syrie. Dans une tentative de résoudre ce problème insoluble, les États-Unis ont donné le feu vert à l’offensive turque, mais ils ont fixé une ligne à ne pas franchir à la ville syrienne de Manbij, où sont basés des centaines de soldats américains, ainsi que des milices kurdes.

    En conclusion, le New York Times a sévèrement critiqué la Russie et l’Iran pour avoir manœuvré « afin d’assurer une présence et une influence permanentes » et a accusé les États-Unis, en réalité le président Donald Trump, de « se soustraire à sa responsabilité pour l’avenir politique de la Syrie ». Cet éditorial ne peut être interprété que comme un appel à l’action pour contenir la Russie et l’Iran afin d’empêcher que les États-Unis soient encore plus marginalisés dans le bourbier syrien qu’ils ont créé. Quelques jours plus tard, la réponse apparaissait sous la forme de cet avion de combat russe abattu alors qu’il attaquait les forces alignées sur les États-Unis.

    Dans le monde trouble des intrigues de l’opposition syrienne, où les milices de droite alignées sur Al-Qaïda collaborent ouvertement avec des groupes pro-occidentaux, la CIA et les forces spéciales américaines, il est impossible de savoir précisément qui a fourni le MANPAD et qui a pris la décision de le tirer, ou même qu’elle milice l’a fait.

    Le site Debkafile, qui a des liens étroits avec les services secrets israéliens, a rapporté le mois dernier que le Pentagone « envoyait aux YPG [milices kurdes] des systèmes de défense aérienne portatifs – des MANPAD – particulièrement efficaces contre les avions et les hélicoptères volant à basse altitude ».

    Dans un article intitulé « Qui a déclenché le tir contre l’avion de chasse russe dans une zone de guerre tapissée d’armes ? », Al Arabiya a souligné qu’un certain nombre de milices de l’opposition syrienne avaient accès à des missiles antiaériens. Il a déclaré que les FIM-92 Stingers américains, un des modèles de MANPAD, ont été fabriqués sous licence en Turquie par la société Roketsan et, selon l’analyste américain Theodore Karasik, ont été livrés à « de nombreuses forces d’opposition syriennes, comme l’Armée syrienne libre [alignée sur l’occident], autour d’Idlib ».

    Indépendamment de qui a précisément appuyé sur la gâchette, ce dernier incident souligne la situation extrêmement tendue dans laquelle les forces militaires russes et américaines se font face de près, de part et d’autre des belligérants dans la désastreuse guerre civile syrienne.

    Le danger d’un conflit entre les deux puissances nucléaires a été grandement exacerbé par la publication du gouvernement Trump d’une nouvelle Stratégie de défense nationale en janvier, qui déclarait que « la compétition stratégique interétatique », et non le terrorisme, était « maintenant la préoccupation principale ». Elle a qualifié la Chine et la Russie de « puissances révisionnistes » et a déclaré que les États-Unis doivent « donner la priorité à la préparation à la guerre ».

    Cela a été encore renforcé vendredi dernier avec la publication de la dernière Nuclear Posture Review (Étude sur la position nucléaire) des États-Unis. Elle désigne la Russie, avec la Chine, la Corée du Nord et l’Iran, comme des menaces potentielles et appelle à une expansion de l’arsenal nucléaire américain. Elle recommande le développement d’une gamme de nouvelles armes qui pourraient être utilisées dans des situations autres que la guerre nucléaire à grande échelle, ce qui nuirait aux accords visant à faire reculer les arsenaux nucléaires.

    La guerre civile syrienne n’est que l’une des poudrières au Moyen-Orient et dans le monde entier qui pourraient toutes déclencher un conflit catastrophique pendant que toutes les parties manœuvrent et intriguent pour renforcer leur présence et leur influence. La responsabilité principale pour cette situation, cependant, revient à l’impérialisme américain. Au cours du dernier quart de siècle, il a mené une guerre d’agression après l’autre, transformant la Syrie, le Yémen, l’Irak et toute la région en une poudrière instable.

    (Article paru en anglais le 5 février 2018)

    #MANPAD #Syrie #Guerre#états-unis #world_socialist_web_site #journalisme #russie #Chine #Corée_du_Nord #Iran #Pentagone #Stingers #stratégie #Israel #Agression #F16 #Daech #USA #Front Al-Nosra #tsahal
    https://seenthis.net/messages/667167


  • Les forces américaines en Syrie repoussent une offensive des troupes pro-Assad

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/09/les-forces-americaines-en-syrie-repoussent-une-offensive-des-troupes-pro-ass

    La coalition internationale conduite par Washington a bombardé des partisans du régime partis à l’assaut d’une région défendue par les Forces démocratiques syriennes.

    C’est le premier accrochage d’envergure entre les forces américaines et les forces pro-régime depuis que les Etats-Unis ont annoncé leur intention, à la mi-janvier, de prolonger leur présence militaire dans l’est de la Syrie. Dans la nuit de mercredi 7 à jeudi 8 février, la coalition internationale anti-djihadiste conduite par Washington a aidé les Forces démocratiques syriennes (FDS), la milice kurdo-arabe à laquelle elle est alliée, à repousser une attaque de paramilitaires loyalistes, dans la province de Deïr Es-Zor.

    Les deux camps avaient contribué, à la fin de 2017, chacun de leur côté, à chasser l’organisation Etat islamique (EI) de cette région riche en hydrocarbures. La confrontation, qui a causé entre 45 et 100 morts dans les rangs des assaillants, a été qualifiée d’« agression » et de « massacre » par Damas. Même si un porte-parole du Pentagone a affirmé que Washington « ne cherche pas un conflit avec le régime », les partisans de Bachar Al-Assad ont promis de se venger.

    Les hostilités ont débuté lorsque des combattants affiliés au régime Assad ont franchi l’Euphrate, en violation de l’accord russo-américain qui fait du fleuve une ligne de démarcation : à l’ouest, les pro-gouvernementaux, soutenus par Moscou et à l’est, les FDS, appuyés par les Etats-Unis. Plusieurs centaines d’hommes, équipés de tanks, de mortiers et de canons de campagne, ont pris part à l’offensive, visant le secteur de Khasham, qui abrite à la fois le quartier général des FDS et un important gisement pétrolier.

    Fiasco sanglant pour les pro-régime

    Selon le Centcom, le commandement de l’armée américaine au Proche-Orient, les forces kurdo-arabes ont commencé à riposter après qu’une vingtaine d’obus se sont écrasés à 500 mètres de leurs positions. Les conseillers de la coalition anti-EI, qui sont principalement des soldats américains, ont participé à la défense de la base, au moyen de frappes aériennes et de tirs d’artillerie. Selon le Centcom, le contact a été maintenu en permanence avec l’armée russe, avant, pendant et après l’attaque.

    Celle-ci se solde sur un fiasco sanglant. Les pro-régime auraient perdu une centaine d’hommes selon un officier américain, et quarante-cinq selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Les victimes sont des membres des Forces de défense nationale, une milice supplétive de l’armée régulière, et des combattants chiites afghans, dépêchés sur le champ de bataille syrien par Téhéran, allié de Damas. En face, la coalition ne déplore qu’un blessé, dans les rangs des FDS.

    L’incursion des loyalistes à l’est de la ligne de déconfliction n’avait pourtant rien d’une opération de dernière minute. Des partisans du régime avaient annoncé son lancement la veille sur les réseaux sociaux, signe d’une préparation en amont. Selon le journaliste syrien Hassan Hassan, les combats avaient été précédés par la diffusion de rumeurs, insinuant qu’un accord secret avait été passé entre les kurdes et le régime, pour restituer l’est de l’Euphrate à ce dernier. Objectif : semer le doute parmi les partisans des FDS, au moment même où Damas mobilisait ses relais au sein des tribus, très puissantes dans l’est syrien. Mais cette manœuvre, visiblement prématurée, a fait long feu.

    Moscou fait profil bas

    Les stratèges du régime ont peut-être voulu tester la résolution de la coalition internationale, sa détermination à défendre ses alliés, maintenant que le gros de la lutte contre l’EI est terminé. « La réponse de la coalition a été claire : ce n’est pas parce que les Kurdes ont été momentanément lâchés à Afrin qu’ils le seront dans le nord-est du pays », estime une source proche de la direction kurde. Une référence à l’offensive lancée par la Turquie en janvier contre un autre bastion des FDS, dans le coin nord-ouest de la Syrie, avec l’accord tacite des Etats-Unis, qui ne disposent pas de troupes dans cette zone.

    Damas ne peut même pas se consoler auprès de Moscou. La Russie, qui a suivi la déroute des pro-régime en quasi-direct, fait profil bas, comme si elle voulait se dissocier de cette attaque mal pensée. Le ministère russe de la défense s’est contenté de déclarer que Washington ne cherche pas à lutter contre les djihadistes, mais à « saisir et à conserver des biens économiques syriens ». Tout laisse penser que le régime Assad n’est pas près de se relancer dans une attaque frontale contre les FDS.

    « Les choses ne sont pas terminées pour autant, prévient Robert Ford, ancien ambassadeur américain à Damas, aujourd’hui membre du Middle East Institute, un think-tank de Washington. Les Américains et leurs alliés locaux doivent se préparer à des actions non conventionnelles, telles que des assassinats, des attentats à la voiture piégée et des coups de main conduits par de petits groupes très mobiles ». Une confédération tribale qui a perdu plusieurs de ses jeunes dans l’offensive, a appelé à la vengeance.

    Les trois objectifs de Washington

    Le 17 janvier, lorsqu’il avait annoncé que les troupes américaines resteraient en Syrie, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait justifié cette décision en citant trois objectifs : empêcher toute reformation des groupes djihadistes, lutter contre l’influence de l’Iran, et peser sur une éventuelle transition politique à Damas.


    Des soldats américains observent la frontière avec la Turquie, près de la ville de Manbji, dans le nord de la Syrie, le 7 février.

    Lors d’une intervention devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, mercredi, Robert Ford a préféré mettre en avant le danger inhérent à ce genre d’initiative : l’enlisement. L’ancien diplomate a relevé que l’effort de « stabilisation » poursuivi par la coalition dans la zone libérée de l’EI est une forme de « nation-building », un projet pourtant prescrit par le président Donald Trump.

    « Les Américains sont isolés, confie Robert Ford. La Russie veut les sortir de l’est de la Syrie ; L’Iran veut les sortir de l’est de la Syrie ; le gouvernement syrien veut les sortir de l’est de la Syrie ; et la Turquie est très hostile à leur approche, énumère-t-il. Il est difficile de voir comment cela pourrait se terminer rapidement ou heureusement pour les forces américaines. »


  • A #Gaziantep, les #fonds de l’UE bénéficient aux #réfugiés_syriens

    Vues du modeste appartement de Nahla, trois pièces mal chauffées en sous-sol d’un immeuble situé dans un quartier populaire de Gaziantep, les arrière-pensées politiques de l’accord Union européenne (UE)-Turquie sur les migrants semblent bien loin. « Mon loyer est de 400 livres turques [85 euros] par mois et les charges de 200 », explique cette veuve syrienne, qui, avec ses neuf enfants, a fui Alep, dans le nord de la Syrie, pour la Turquie en 2013.

    Pour payer ces frais et « nourrir ses enfants », elle ne pouvait compter, jusqu’au début de 2017, que sur le salaire au noir de son fils aîné comme plâtrier, les quelques dizaines de livres que lui verse une usine locale pour assembler des pièces de pantoufle depuis son salon et les heures de travail de son fils de 12 ans dans un supermarché après l’école… Tout cela complété par les dons de voisins.

    Très contesté, l’accord signé entre Bruxelles et Ankara en mars 2016 a conduit à un renforcement drastique des contrôles en Turquie et autorisé le renvoi de tout Syrien arrivant sur les côtes grecques. Mais en échange de chaque renvoi, l’UE s’est engagée à relocaliser un Syrien sur son territoire – un point qui a finalement été à peine appliqué faute de renvois effectifs – et a débloqué 3 milliards d’euros (dont 300 millions par la France) pour soutenir les réfugiés en Turquie. Un tiers de cette somme sert à financer le plus grand programme humanitaire de l’histoire de l’UE : la distribution massive d’argent à près de 1,2 million de réfugiés. Ce qui a changé la vie de Nahla.

    Depuis mars 2017, elle et ses enfants ont ainsi droit à 720 livres par mois. Auxquels s’ajoutent des versements chaque trimestre et des bonus si ses enfants vont bien à l’école. « Je n’ai plus à me préoccuper du loyer, se réjouit-elle. Je veux rentrer en Syrie dès que la situation sera plus sûre, Gaziantep est très proche de la frontière et ressemble en plus beaucoup à Alep. »

    Ouverture d’un centre de santé

    Avec 325 000 réfugiés pour une population de 1,6 million d’habitants, la ville est depuis le début de la guerre le principal refuge des Syriens en Turquie. S’ils y ont été globalement bien accueillis, ils ont souvent dû occuper des logements ou des commerces pour lesquels ils ont du mal à payer le loyer, ce qui a pu générer des tensions avec les Turcs.

    L’argent européen a grandement amélioré les choses. Début janvier, près de la moitié des Syriens de Gaziantep bénéficiaient d’aides versées chaque mois sur une carte bancaire gérée par le Croissant-Rouge turc et le Programme alimentaire mondial (PAM), un organisme de l’ONU qui a invité Le Monde et plusieurs autres journalistes européens pour ce reportage.

    « Contrairement au mythe qui voudrait que cet argent soit dépensé en cigarettes, il sert en priorité à payer les loyers, vante Jonathan Campbell, directeur adjoint du PAM en Turquie, en écartant les inquiétudes de détournement des fonds. Ainsi, 87,5 % de l’argent européen est allé directement aux réfugiés, un taux impossible à atteindre si on ne donnait que des denrées. »

    A Gaziantep, les fonds ont aussi permis d’ouvrir un centre de santé réservé aux réfugiés avec des médecins syriens ayant bénéficié d’un programme de validation des compétences par le ministère turc de la santé. « Ils peuvent enfin voir des docteurs qui parlent arabe », vante Hani Al-Ashawi, gynécologue qui a bénéficié de ce programme et a même pu obtenir la nationalité turque. En tout, les ministères turcs de l’éducation et de la santé ont bénéficié de 600 millions d’euros pour adapter les infrastructures à ce soudain afflux de population.

    Même les ONG syriennes le reconnaissent, l’accord « a rendu service aux réfugiés les plus pauvres », selon Assad Al-Achi, directeur de Baytna Syria, implantée à Gaziantep. Il regrette toutefois que cette aide se soit accompagnée d’un renforcement de contrôles turcs sur le travail des ONG syriennes. La maire de Gaziantep, Fatma Sahin, a aussi plaidé à Bruxelles pour que l’UE privilégie le financement de formations. Mais les autorités turques distribuent au compte-gouttes les permis de travail qui permettraient aux Syriens de vraiment s’intégrer.

    « Manne tombée du ciel »

    Depuis l’accord et surtout la tentative de coup d’Etat contre Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016, Ankara a retiré les accréditations de nombreuses ONG occidentales, et les autorités européennes ont été incitées à faire passer leur argent par les organisations officielles. Ce sont ainsi les services sociaux nationaux qui coordonnent les inscriptions pour bénéficier des allocations.

    Pour toucher l’argent européen, les Syriens doivent en plus être déclarés au ministère de l’immigration et enregistrés à une adresse. Comme cette obligation s’est conjuguée au renforcement des contrôles prévus dans l’accord, les réfugiés ne peuvent presque plus se déplacer dans une autre région du pays sans autorisation. A commencer par celle d’Izmir, principale ville de transit pour les Syriens qui rêvent d’Europe. « Bien sûr qu’il y a plus de contrôle. On a coupé les flux pour l’UE, c’est bien pour ça qu’ils donnent de l’argent ! », lâche, comme une évidence, Levent Yuncu, le directeur des services sociaux de Gaziantep, quand on l’interroge sur le sujet. « Mais pour vous et pour nous, c’est un bon accord », assure-t-il.

    De ses bureaux d’Ankara, la cheffe du programme humanitaire de l’UE en Turquie, Jane Lewis, s’enorgueillit d’avoir décroché cette « manne tombée du ciel », et vante aussi un accord « gagnant-gagnant, pour la Turquie et pour l’UE ». Elle relativise les vives critiques que M. Erdogan a exprimées lors de sa visite à Paris, le 5 janvier. Le président turc avait dénoncé « les promesses non tenues de l’UE » en parlant de « seulement 900 millions d’euros reçus ». « Les chiffres changent très vite, 1,85 milliard a déjà été dépensé. Dans un contexte de rapports difficiles, nous avons réussi à construire des relations de confiance avec le gouvernement », promet-elle.

    S’il reste assez de fonds pour verser les allocations jusqu’en janvier 2019, la suite dépendra du déblocage d’un deuxième volet de 3 milliards prévu dans l’accord. Or les négociations entre Européens, qui doivent précéder celles avec les Turcs, n’ont pas encore commencé.


    http://lirelactu.fr/source/le-monde/49896ea6-143a-42d4-a858-228eb6c0435e
    #Turquie #UE #EU #aide_financière #accord_UE-Turquie #externalisation #asile #migrations #réfugiés #statistiques #chiffres #visualisation
    cc @i_s_

    Avec ce commentaire de Emmanuel Blanchard :

    Par un journaliste embedded par le PAM (programme alimentaire mondial de l’ONU) : il ne faut donc pas attendre un point de vue très critique sur l’arrangement UE-Turquie ou l’externalisation du contrôle des frontières. Des informations intéressantes cependant sur les circuits de « l’aide européenne » et sur les conditions de vie des exilés syriens à Gaziantep.


  • Une Olive Branch ne fait pas le printemps
    http://www.dedefensa.org/article/uneolive-branchne-fait-pas-le-printemps

    Une Olive Branch ne fait pas le printemps

    07 janvier 2018 – Comme le résumait assez lestement (notre traduction aidant) le colonel Lang sur son site Sic Transit Tyrannis le 24 janvier 2018, « [i]l est foutrement difficile de comprendre ce qui se passe dans l’Opération Olive Branch, car les deux parties, ou devrais-je dire toutes les nombreuses parties en cause, dépensent beaucoup d’énergie pour développer leurs propres narrative. En d’autres termes, nous pataugeons dans un marécage de conneries... » Nous parlons, comme Lang lui-même bien sûr, de la situation dans le Nord de la Syrie, dans le cadre de l’opération Olive Branch, où sont impliqués les Turcs, les Kurdes de Syrie, les Syriens d’Assad, les USA bien entendu, une myriade de groupes divers plus ou moins terroristes-manipulés, et où ne sont (...)


  • Revue de presse du 23.12 au 29.12.17

    https://collectiflieuxcommuns.fr/672-revue-de-presse-semaine-du

    À Berlin, une « zone de sécurité » pour les femmes lors des fêtes du Nouvel An

    Corée du Nord : Pékin accusé de livrer du pétrole malgré les sanctions

    L’émigration algérienne repart à la hausse

    Dans le nord de la Syrie, le « laboratoire » kurde

    « Toute une partie de la gauche n’accepte pas la liberté d’expression à l’encontre de l’islam »

    Le dangereux discours de la Mosquée de Paris

    Le réseau électrique français peut-il être piraté ?

    Tunisie : guerres d’influence en politique, le poids des lobbies

    Vente de terres agricoles à des Chinois en Auvergne : le maintien de l’agriculture familiale en question

    ​L’irrésistible ascension du vote identitaire

    Réchauffement climatique : quels enjeux géopolitiques ?

    Ces djihadistes qui seront bientôt libres

    Bonus

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    Présentation/Archives/Abonnement


  • Dans le nord de la Syrie, le « laboratoire » kurde

    http://www.lemonde.fr/international/article/2017/12/29/dans-le-nord-de-la-syrie-le-laboratoire-kurde_5235529_3210.html

    « Après le califat » (4|5). Les Kurdes, qui ont joué un rôle central dans la bataille contre l’Etat islamique, mettent en place un modèle de gouvernance calqué sur l’idéologie du Parti des travailleurs.

    Voilà bien longtemps que l’on ne projette plus de films dans l’ancien cinéma d’Al-Thawra. La petite salle appartient au temps révolu où cette ville nouvelle syrienne des bords de l’Euphrate était appelée à devenir la cité idéale du baathisme autoritaire et triomphant des années 1970. Des ingénieurs soviétiques affectés à la construction du barrage voisin — un fleuron national, visible sur les anciens billets de 500 livres syriennes — y vivaient avec leurs familles et celles de leurs collègues locaux.

    Autour du cinéma, les rues sont tracées au cordeau, les immeubles d’habitation ressemblent à des blocs de béton brut de quatre étages. Des figures schématiques d’épis de blé et d’engrenages industriels servent d’ornement urbain. L’ensemble, construit selon les canons de l’urbanisme alors en vogue en URSS, alliée du régime syrien, raconte la promesse non tenue d’un avenir radieux.

    Quatre décennies après sa construction, ce songe architectural soviétique perdu aux confins de la Mésopotamie est tombée aux mains de l’organisation Etat islamique (EI), en même temps que le bourg voisin de Tabqa, en 2014. Rakka, l’ancienne capitale syrienne du « califat », est à une quarantaine de kilomètres en aval.

    Etrange rémanence de l’histoire… Ces quartiers ont accueilli un temps des djihadistes originaires d’ex-URSS. Mais leur utopie totalitaire, elle aussi, a vécu. Au printemps, les frappes de la coalition internationale, dirigée par les Etats-Unis, les ont chassés de ce paysage à l’optimisme décrépi, désormais ponctué de bâtiments effondrés. Aux djihadistes ont succédé, en mai, les Forces démocratiques syriennes (FDS), un groupement arabo-kurde allié au sol de la coalition dans sa guerre contre l’EI.

    Abdullah Öcalan, l’inspirateur

    Depuis, les murs du cinéma d’Al-Thawra ont été repeints. En ce matin gris du début du mois de novembre, la salle est pleine. Sur la scène, deux femmes et deux hommes, dont l’un porte une tenue traditionnelle de chef tribal, discourent. Au-dessus d’eux, cet écriteau : « Administration civile démocratique de Tabqa ». Cette nouvelle structure mise en place par l’encadrement kurde des FDS nomme ce jour-là son conseil exécutif, sous le regard bienveillant et vigilant des kadros, les commissaires politiques du mouvement kurde qui s’adressent à tous en donnant du « camarade ».

    Femmes et hommes au physique dur, marqués par leurs années de guérilla, combattants à la parole précise, forgée par une formation théorique implacable, ils sont présents partout où les FDS ont pris pied dans le nord de la Syrie. Leur rôle : superviser l’instauration, sur les décombres du « califat », d’institutions conformes à l’idéologie mise au point par Abdullah Öcalan, le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

    Autrefois marxiste-léniniste, ce mouvement politique et militaire, en guerre contre l’Etat turc, a presque l’âge de la ville idéale d’Al-Thawra. Sa création remonte à 1978, au cours d’une réunion nocturne dans un village kurde reculé d’Anatolie orientale. Elle doit beaucoup à la volonté d’un groupe d’étudiants kurdes de Turquie. Formés aux méthodes de la gauche radicale locale, ils sont décidés à faire d’un nationalisme kurde, alors moribond, une force anticoloniale dirigée contre Ankara.


    Monument aux martyrs kurdes à Kamechliyé, ville syrienne située à la frontière turque, le 23 novembre.

    Près de quarante ans ont passé. Même s’il est toujours en conflit avec Ankara, le PKK a renoncé à la sécession et professe dorénavant un assemblage de principes autogestionnaires, féministes et écologistes. Il s’est éloigné du nationalisme kurde pour embrasser le projet d’une émancipation des peuples du Moyen-Orient par leur « autoadministration » et l’abandon du modèle de l’Etat-nation.

    Öcalan, le fondateur vénéré comme une icône, a beau être détenu sur une île-prison de la mer de Marmara, au large d’Istanbul, depuis son arrestation, en 1999 au Kenya par les forces spéciales turques, le PKK est plus puissant que jamais. L’organisation veille à entretenir son ancrage chez les Kurdes de Turquie, délocalisant ses bases de guérilla dans les zones montagneuses du Kurdistan d’Irak pour mieux les protéger et étendant ses ramifications au Moyen-Orient et en Europe. C’est pourtant le conflit syrien qui lui a permis d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, et la lutte contre l’EI qui en a fait un acteur majeur de la scène régionale.

    Dès les premiers troubles révolutionnaires de 2011 en Syrie, les enclaves kurdes du nord du pays, qui avaient fourni à l’organisation d’Öcalan une part non négligeable de ses recrues depuis les années 1980, sont investies par des cadres du PKK. Le régime syrien ne conserve qu’une présence très limitée dans ces zones. Elles offrent ainsi au PKK et à ses cousins syriens un terrain idéal pour la mise en pratique de leur idéologie.

    De nouvelles institutions sont mises sur pied. La parité est imposée aux postes à responsabilités. Des komin — communes populaires — sont établies, censées être la cellule de base de l’écosystème sociopolitique qui voit le jour sous la houlette des kadros. Ils ne veulent pas prendre part à une révolution contre le régime syrien qu’ils estiment perdue d’avance, mais profiter de la vacance du pouvoir pour créer leur propre mode de gouvernance.

    Un appareil sécuritaire et militaire

    Dans le même temps, la machine politique se double d’un appareil sécuritaire et militaire structuré. Les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ) sont créées dans les trois « cantons kurdes » d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, de la Djezireh, dans le Nord-Est, et de Kobané, à la frontière turque. L’offensive de l’EI contre cette petite localité kurde isolée, à la fin de 2014, change la donne. Alors que Kobané est sur le point de tomber aux mains des djihadistes malgré la résistance acharnée de ses défenseurs — filmée par les caméras du monde entier de la Turquie voisine —, la coalition internationale à dominante américaine intervient dans les airs.

    Cette assistance apportée dans l’urgence se mue bientôt en un partenariat militaire durable. Les forces kurdes sont dotées d’un encadrement efficace, d’une idéologie forte qui les rend imperméables au radicalisme islamique. Au-delà, elles ne considèrent pas la lutte contre le régime de Damas comme une priorité. Dès lors, elles constituent le partenaire idéal qu’il manquait à la coalition pour vaincre l’EI en Syrie.

    « Kobané a tout changé pour nous », admet un haut kadro kurde, le « camarade » Badran. « Il y a eu un changement dans l’équilibre des forces, se souvient-il. Nous sommes devenus les partenaires de la coalition pour combattre le terrorisme. Et cela nous a permis de jouer un rôle plus important qu’avant sur le terrain. » Dès 2015, les unités YPG et YPJ sortent des enclaves kurdes et progressent le long de la frontière syro-turque, dont elles interdisent l’accès aux djihadistes, tout en se préparant à lancer l’offensive sur Rakka.

    L’aide de la coalition se renforce et les unités à dominante kurde, désormais regroupées avec leurs alliés arabes au sein des FDS, avancent vers le sud, finissant par s’emparer de Rakka en octobre 2017, avant de poursuivre leur progression vers la frontière irakienne, le long de l’Euphrate et à travers le désert de l’Est syrien.

    Femmes en uniformes et chefs tribaux arabes

    C’est ainsi qu’en Syrie, la guerre menée par la coalition a provoqué l’émergence dans son sillage d’un territoire politique dont l’étendue correspond grossièrement à la rive gauche de l’Euphrate. Ce sont les FDS, emmenés par un corps de cadres kurdes, qui l’ont organisé et se sont chargés de lui faire prendre forme. Ces hommes et ces femmes, inspirés par une organisation issue de l’extrême gauche turque et du nationalisme kurde convertie aujourd’hui à l’autogestion, ont organisé un vaste territoire à large majorité arabe à mesure qu’offensive après offensive, l’EI en était chassé.

    Dans l’ancienne salle de cinéma d’Al-Thawra, alors que l’Administration civile démocratique de Tabqa élit son conseil exécutif local et ses comités paritaires, l’avenir nébuleux de l’après-guerre se lit dans les travées et sur les murs. L’assistance composée de jeunes femmes kurdes en uniformes, de chefs tribaux arabes en habits traditionnels, de dames aux voiles fleuris et de garçons en tenues décontractées, approuve à main levée la nomination de ses délégués. La salle est décorée de banderoles couvertes de slogans : « La réalité de la nation démocratique est la coexistence entre les peuples » ; « Les femmes ont le droit de s’auto-organiser de manière indépendante »


    A Tabqa, certains quartiers ont été endommagés par la guerre. Malgré leurs habitations en partie détruites, les civils y vivent encore. Des enfants jouent à la guerre devant une de ces maisons ravagées.

    Ces slogans ont été écrits uniquement en arabe. La rhétorique est bien celle des cadres kurdes mais ici, à Al-Thawra et à Tabqa, il n’est pas opportun de mettre cette identité en avant. « Nous sommes d’abord syriens ! », dit une kadro kurde présente sur le parvis du cinéma alors que la réunion se termine et que l’assistance hétéroclite s’éparpille en petits groupes. « Nous participons à la construction d’une Syrie démocratique pour tous les peuples en suivant les idées du président Öcalan », précise cette femme d’une quarantaine d’années.

    Alliances de circonstances

    La mise sobre, voire ascétique, qu’elle arbore, son air militaire malgré les vêtements civils, son phrasé kurde, émaillé de néologismes propres au mouvement, racontent la nature d’une organisation en mesure de transformer le corps et l’esprit de celles et ceux qui la servent. Cette avant-garde, formée dans les bases reculées de l’organisation, au Kurdistan irakien, est déployée partout où le mouvement combat, gouverne ou maintient une présence. Ses membres ont perdu leurs noms de naissance, remplacés par des pseudonymes. Le mariage leur est interdit, de même que les possessions matérielles. Leur existence est vouée au PKK et à son implacable aspiration à transformer le réel.

    Leur présence tranche, devant l’ancien cinéma, avec celle de certaines personnalités tribales de la région, connues pour avoir frayé avec les anciens maîtres djihadistes de Tabqa. « Bien entendu, nombreux sont les chefs de tribu qui ont fait allégeance à Daech, reconnaît le cheikh Hamid Al-Freidj, coprésident du Conseil de Tabqa. Ils sont ensuite venus voir les camarades [des FDS] et il y a eu une procédure de réconciliation. Ils leur ont donné une nouvelle chance. » L’entrée de la salle, désormais vide, est surmontée d’un slogan qui semble sonner plus juste que les pétitions de principe affichées ailleurs avec grandiloquence : « Nos victoires ne sont pas définies par le nombre des ennemis tués mais par le nombre de ceux que nous rallions. »

    Alors que l’idéologie de l’encadrement kurde a remplacé celle des djihadistes de l’Etat islamique, les cheikhs tribaux collaborent au nouveau système comme ils s’étaient accommodés du précédent. « Il faut réunir les gens de bonne volonté pour avancer… », justifie un cadre kurde, le camarade Shiyar, face au paradoxe apparent de la politique menée par les FDS : proposer un changement révolutionnaire en s’appuyant sur les structures sociales les plus conservatrices.

    Pas seulement un projet kurde

    La cheville ouvrière de ce grand dessein paradoxal s’appelle Omar Allouche. Ancien homme d’affaires originaire de Kobané, M. Allouche n’est pas un cadre mais un compagnon de route du mouvement kurde. Il déclare avoir été l’un des premiers à accueillir Abdullah Öcalan, lorsqu’en 1979 celui-ci était venu se réfugier en Syrie pour échapper aux forces de sécurité turques. Depuis le retour de l’organisation dans le pays, il a mis à sa disposition son entregent et un vaste réseau de contacts parmi les notables arabes. « Depuis le début, nous savions qu’il allait falloir compter avec les populations arabes et que notre projet en Syrie ne pourrait pas être seulement un projet kurde », précise Omar Allouche.


    Statue à l’effigie d’un soldat kurde martyr mort au combat à Kobané, le 20 novembre. Le doigt sur la gâchette, car il est mort dans cette position.

    De fait, les trois enclaves kurdes du nord du pays que le mouvement aspirait à réunir en une bande territoriale continue sont séparées par de vastes zones de populations arabes. « Nous avons commencé par créer des partis politiques arabes, mais ça n’a pas fonctionné. La seule solution, c’était de s’appuyer sur les tribus », dit M. Allouche.

    Le début du partenariat entre les forces kurdes et la coalition internationale a conforté les dirigeants des FDS dans leur pari tribal. En reculant, les djihadistes laissaient derrière eux une société sinistrée où l’encadrement politique kurde pouvait faire émerger des intermédiaires. « Le politique ne peut pas se faire sans le militaire », confiait au printemps Omar Allouche dans la bourgade d’Aïn Issa, où se trouvent les locaux du Conseil civil de Rakka, alors que les FDS s’apprêtaient à lancer l’assaut sur la capitale djihadiste.

    Isolés par la Turquie

    « Avant chaque offensive, nous avons travaillé à la constitution de conseils locaux composés de personnes hostiles à Daech, tout en maintenant des contacts avec des notables présents à l’intérieur des zones qui étaient visées », expliquait-il alors. L’installation de ces institutions dans les zones reprises à l’EI va ensuite de pair avec le recrutement massif de jeunes hommes arabes dans des FDS, bien qu’elles demeurent encadrées par des commandants kurdes.

    La mise sur pied du Conseil civil de Rakka a suivi cette logique. Sa composition occupait déjà Omar Allouche plus d’un an avant le début des opérations militaires. « La coalition internationale considère que sa mission en Syrie est de détruire l’Etat islamique. Elle s’intéresse uniquement au militaire, pas au politique », dit-il, tout en regrettant le manque d’engagement en matière civile de la part des alliés occidentaux des FDS. Si le Conseil civil de Rakka a finalement été reconnu comme l’acteur de référence pour la gouvernance de cette ville et de ses environs, il ne bénéficie que d’un soutien diplomatique limité. En cause, la position de la Turquie. « Les pays occidentaux coopèrent avec nous militairement mais ils ne sont pas prêts à s’investir davantage en raison de leurs relations avec la Turquie », constate Omar Allouche.

    Du point de vue turc en effet, le territoire que se sont taillé les FDS dans le nord de la Syrie est perçu comme une menace existentielle, tandis que le PKK poursuit sa guérilla contre les forces armées d’Ankara dans les régions kurdes du sud-est du pays, contiguës du territoire des FDS. Pour cette raison, la nature révolutionnaire du mouvement, l’ampleur de son projet et sa vocation universaliste tendent à échapper à ses interlocuteurs étrangers. Souvent perçu comme un simple représentant des intérêts de la minorité kurde de Syrie, le mouvement entend se distinguer nettement de cette posture, ses revendications ne concernant pas les droits d’une population particulière mais un modèle de gouvernance.


    Un soldat des forces démocratiques syriennes, (FDS) chauffe de l’eau à Raqqah, le 17 novembre.

    Face au régime de Damas

    « Les gens qui dirigent ce projet pensent sincèrement que les Etats-nations ont échoué. Il faut qu’ils continuent à effacer toute trace de nationalisme dans leur pratique, estime à Kamechliyé, Hikmet Al-Habib, un membre arabe d’une des structures de gouvernance instaurées par les FDS. Mais ils font des efforts. Au début les Kurdes appelaient cette zone le “Kurdistan occidental”, ensuite le Rojava (« l’ouest » en kurde). Maintenant ils parlent du nord de la Syrie… »

    Si la direction des FDS demeure essentiellement kurde, la formation de cadres locaux a commencé. « Pas besoin de les envoyer dans les montagnes, assure Hikmet Al-Habib. Des académies ont été créées ici pour former des kadros arabes. » L’enseignement qui y est dispensé est directement inspiré de l’idéologie du mouvement et de son chef historique, Abdullah Öcalan.

    Avec le reflux de l’EI, l’ancien territoire du « califat » en Syrie est désormais partagé entre le mouvement kurde et ses alliés locaux d’une part, et le régime de Damas de l’autre. La vallée de l’Euphrate dessine la limite entre ces deux blocs. « En Syrie, aujourd’hui, il n’y a plus que nous et le régime », rappelait, après la chute de Rakka, la camarade Badran : « Soit on coopère, soit c’est le chaos. » De fait, le mouvement kurde et les FDS contrôlent non seulement le grenier à blé du pays mais également ses principales infrastructures hydroélectriques, ainsi que d’importantes ressources naturelles. A l’automne 2016, à la suite de la chute de Rakka, les FDS ont ainsi chassé les djihadistes des vastes champs d’hydrocarbures de la province de Deir ez-Zor, y compris le champ gazier d’Omar, le plus grand de Syrie.

    L’espoir d’une reconnaissance politique

    Bien que les deux parties aient un intérêt mutuel à coopérer, leur vision de l’avenir diffère. Le régime de Bachar Al-Assad entend reprendre possession de l’ensemble du territoire national et y restaurer son autorité. Les FDS, eux, entendent obtenir la reconnaissance formelle de leurs acquis politiques dans le Nord par une nouvelle Constitution. « Nous refusons tout arrangement ponctuel avec le régime sans cadre général », répondait en novembre Fawza Youssef, membre éminente du mouvement kurde en Syrie. « Il faut que nous négociions un accord global alors que nous sommes en position de force, ajoutait-elle. Les accords locaux donnent l’occasion au régime de se renforcer pour redevenir une menace dans quelques années. Nous voulons un changement de Constitution et la construction d’une Syrie fédérale et démocratique. Jusqu’à ce que cet accord soit trouvé, nous renforçons notre modèle : une autonomie géographique, qui n’est pas fondée sur l’appartenance ethnique. »

    En octobre et en décembre, des élections locales et législatives ont eu lieu dans les zones tenues par les FDS. Ces scrutins, qui n’avaient rien de déterminant du point de vue politique, visaient à approfondir un système qui continue d’évoluer et de se structurer tant qu’il a l’espace pour le faire.

    Face à Damas, la partie kurde est prête à négocier l’intégration des FDS, qui n’ont pas cessé de recruter depuis la bataille de Rakka, à une nouvelle armée syrienne, ainsi qu’à partager le contrôle des frontières et à organiser celui des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles. Le régime, en revanche, multiplie les signaux négatifs, révélateurs de son raidissement : le territoire en formation dans le nord de la Syrie est systématiquement désigné comme un espace à reconquérir et ceux qui le dirigent comme des « traîtres ».

    Sans le soutien de la coalition, que les FDS jugent dépourvue de vision politique en Syrie, le mouvement a placé ses espoirs dans un éventuel rôle de médiation de la Russie, alliée du régime et avec laquelle il coopère localement dans l’enclave kurde d’Afrine, dans le Nord-Ouest. La posture offensive du régime de Damas et la rhétorique de plus en plus incendiaire de ses responsables risquent cependant de semer le trouble parmi les alliés arabes du mouvement kurde. Hikmet Al-Habib, un cadre arabe des FDS, l’admettait récemment :

    « Beaucoup de chefs tribaux sont des opportunistes qui suivent le sens du vent. Maintenant que l’Etat islamique est vaincu et que le régime et nous sommes face à face, ils hésitent à choisir leur camp. »


  • Comment du sucre français s’est retrouvé dans les bombes de Daech
    http://www.lejdd.fr/international/comment-du-sucre-francais-sest-retrouve-dans-les-bombes-de-daech-3516794

    Les registres de l’entreprise sont formels. Les numéros de série imprimés sur les sacs découverts dans les réserves de Daech se rapportent à deux cargaisons au moins, parties d’ici au début du mois de mai 2015 pour être déposées à Anvers, en Belgique, le deuxième plus grand port d’Europe pour la marine marchande. Là, les lots ont été chargés sur des géants des mers, notamment un porte-conteneurs de 295 mètres de long, le MSC Matilde. Le bateau a appareillé le 10 mai à destination du port de Gebze, en Turquie. Sur les bons de commande des chargements litigieux, on lit toujours le nom du même client, Sinerji, un groupe établi à Istanbul, spécialisé dans la distribution de produits agroalimentaires sur le territoire turc. Les responsables commerciaux de Tereos le connaissent bien, ils précisent qu’ils collaborent avec cette entreprise « depuis une dizaine d’années » dans le cadre d’un accord de distribution.

    Gaziantep, une ville turque où Daech a implanté ses réseaux
    La direction de Sinerji n’a pas souhaité s’entretenir avec nous. Ses dirigeants ont simplement reconnu avoir réceptionné les chargements de sorbitol, qu’ils auraient ensuite directement écoulés auprès d’un grossiste en pâtisseries établi dans le nord de la Syrie. Les documents financiers et douaniers que nous avons recueillis auprès de nos contacts en Turquie ainsi que des courriels concernant ces envois décrivent cependant un circuit bien différent.

    Après leur déchargement sur les docks de Gebze, à 70 km au sud d’Istanbul, un homme d’affaires turc s’en est d’abord porté acquéreur, selon les récépissés portuaires. Il s’appelle Tahir Toprak. Entre août 2015 et janvier 2016, il a acheté la marchandise en s’acquittant des factures par au moins quatre virements au profit de Sinerji, sur un compte bancaire de ce groupe à la Ziraat Bankasi d’Istanbul. Nous avons trouvé le numéro de portable de ce négociant, mais il n’a pas souhaité s’expliquer sur la nature de ses activités. Selon des courriels émis par les commerciaux de l’entreprise turque, Tahir Toprak a ensuite organisé le transport du sorbitol à travers tout le pays, en direction de Gaziantep, dans le Sud-Est, un périple de 1.150 km sur les autoroutes locales.

    #Syrie


  • Comment le PKK a piégé les services secrets turcs

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/10/26/comment-le-pkk-a-piege-les-services-secrets-turcs_5206183_3218.html

    L’organisation kurde a organisé cet été un guet-apens au Kurdistan irakien pour arrêter le chef adjoint des opérations du MIT et son responsable de la lutte contre le PKK. Elle les détient toujours.

    L’affaire passe pour l’un des coups les plus durs portés par la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à l’Etat turc, dans le conflit qui les oppose depuis 1984. Durant l’été, le PKK est parvenu à enlever au Kurdistan irakien deux responsables de haut niveau de l’Organisation nationale du renseignement (MIT), les services secrets turcs.

    « Durant l’été, le PKK a réussi l’un des plus beaux coups de son histoire », résume un responsable des renseignements kurdes irakiens. L’opération, qui aurait été menée sans que les autorités locales kurdes en aient été avisées, s’est traduite d’après lui par l’enlèvement, au Kurdistan irakien, du chef adjoint des opérations du MIT et du responsable de la lutte contre le PKK au sein des renseignements turcs, alors qu’ils étaient venus superviser la capture d’un leader de l’organisation kurde.

    Depuis les années 1990, le PKK a établi des bases dans des zones de montagnes reculées du Kurdistan d’Irak, aux frontières de la Turquie et de l’Iran, qui échappent au contrôle des autorités kurdes. Régulièrement visées par des frappes aériennes turques, ces installations, rendues imprenables par un relief très accidenté, abritent des camps d’entraînement, des sites militaires et le quartier général de l’organisation.

    « Le piège s’est refermé sur eux »

    C’est là que se trouve le sommet d’un QG dont les ramifications vont du nord de l’Irak aux grandes villes de Turquie en passant par le nord de la Syrie, soit partout où le PKK et ses alliés contrôlent des territoires, et disposent de cellules clandestines ou de cadres politiques et militaires. Les principaux responsables du PKK y sont basés depuis l’arrestation, par Ankara, de son chef historique, Abdullah Öcalan, en 1999.

    « Depuis que le conflit kurde a repris, en 2015, entre le PKK et la Turquie, le gouvernement turc veut obtenir une victoire comparable à la capture d’Öcalan en arrêtant ou en assassinant un chef du PKK au Kurdistan irakien, explique le responsable des renseignements kurdes. Ils croyaient être sur le point d’y parvenir en août, mais ils étaient infiltrés par un agent double et le piège s’est refermé sur eux. » D’après le récit de cette source, corroboré par un agent d’influence kurde irakien proche du PKK, l’organisation kurde avait placé un de ses membres au cœur des services de renseignement turcs.

    « Depuis plusieurs années, un membre proche du commandement du PKK, qui s’était rendu aux Turcs, fournissait au MIT des informations exactes et de grande valeur sur le PKK, qu’il prétendait avoir collectées grâce à ses réseaux à l’intérieur de l’organisation. Il le faisait en réalité sur ordres des chefs du PKK », raconte la source du renseignement kurde. « Cet agent a acquis la confiance du MIT. Les renseignements qu’il a donnés à ses interlocuteurs ont coûté cher au PKK, mais ses chefs étaient prêts à faire ces sacrifices pour en tirer parti plus tard », explique le proche de l’organisation kurde.

    L’occasion s’est présentée cette année. L’agent du PKK, qui a facilité de multiples succès des renseignements turcs, propose à ses commanditaires du MIT un plan leur permettant de capturer le chef en exercice de l’organisation, Cemil Bayik, 64 ans, un des fondateurs du PKK et le tenant de son aile la plus dure. « Bayik a de graves problèmes de dos. Par l’intermédiaire de son agent, le PKK a fait croire au MIT qu’il allait devoir recevoir des soins dans la région de Souleimaniyé début août et qu’il se déplacerait par discrétion avec une escorte très limitée. » Un plan visant à intercepter la cible est alors mis sur pied avec l’aide de l’agent double.

    Monnaie d’échange

    Une équipe des services de renseignement turcs se rend alors au Kurdistan irakien, et s’installe dans une villégiature prisée des environs du lac Dokan, dont la fraîcheur attire de nombreux vacanciers au cœur du caniculaire été irakien. L’itinéraire que doit emprunter le chef du PKK, fourni au MIT par l’agent double, passe à proximité. « Tout était prévu dans les moindres détails. Un hélicoptère a été stationné dans les environs pour évacuer Bayik. Les Turcs étaient si sûrs d’eux que le chef adjoint des opérations du MIT et le responsable du dossier du PKK avaient fait le déplacement, pour pouvoir ensuite s’attribuer le succès de l’opération. (…) L’agent était présent avec eux », explique la source du renseignement kurde. Le véhicule de Cemil Bayik n’arrivera cependant jamais. Le commandement du PKK, en coordination avec sa taupe, a déployé une unité de combattants qui prend par surprise le groupe d’agents turcs. Les deux responsables du MIT sont pris au piège et emmenés avec leurs hommes vers les bases de montagne du PKK. Après avoir servi le MIT, l’agent infiltré est de retour auprès de ceux qui étaient restés ses vrais commanditaires.

    Le 24 août, au lendemain d’une visite au Kurdistan irakien du ministre turc des affaires étrangères, Bahoz Galali, représentant à Ankara de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), le parti kurde irakien qui contrôle la zone de Dokan, a été expulsé par le gouvernement turc. « Les Turcs veulent que nous fassions l’intermédiaire pour obtenir la libération des deux agents. Nous sommes en contact avec le PKK, mais ils ne veulent rien savoir, indique la source des renseignements kurdes. Ces prisonniers sont un trésor pour eux. » De fait, l’organisation kurde dispose à présent de sources inestimables et d’une monnaie d’échange tout aussi précieuse face à son ennemi turc.



  • La reconstruction de la Syrie et les clivages politiques internes - Scarlett HADDAD - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1073646/la-reconstruction-de-la-syrie-et-les-clivages-politiques-internes.htm

    Edifiant ! De fait, pour le Liban aussi, les enjeux de la reconstruction en Syrie sont énormes...

    À une délégation parlementaire italienne en visite à Damas, le président Bachar el-Assad aurait ainsi précisé que tous les pays de l’Union européenne ne seront pas logés à la même enseigne. « La Syrie sera fidèle à ceux qui se sont tenus à ses côtés, aurait dit le président syrien, mais ceux qui ont financé et ont contribué à la guerre qui l’a détruite ne pourront pas obtenir des avantages économiques... » Depuis, de nombreux pays cherchent à interpréter les propos d’Assad. Certains s’empressent de préciser que ce n’est pas lui seul qui décidera avec qui conclure les contrats, puisque c’est l’ONU qui devrait avoir un rôle primordial dans la gestion de ce grand chantier, et d’autres commencent déjà à entreprendre des contacts dans le but de sonder les possibilités.

    Le Liban, lui, est divisé sur la question. Sur ce sujet en particulier, le vieux clivage entre 14 et 8 Mars réapparaît, les premiers affirmant publiquement ne pas être intéressés, tout en essayant de voir comment obtenir une part dans les contrats à venir, et les seconds se montrant confiants dans leur implication dans ce vaste chantier en raison de leurs bonnes relations avec le régime syrien, maintenues envers et contre tous.
    Mais au-delà des clivages politiques et des intérêts économiques, c’est le Liban en tant qu’État qui doit définir ses choix. En effet, le Liban devrait en principe servir de base arrière du chantier de la reconstruction, en raison de sa proximité avec la Syrie et du fait que les autres pays voisins n’ont pas la même aptitude à accueillir les compagnies internationales chargées de la reconstruction de ce pays. L’Irak est ainsi plus ou moins neutralisé en raison de l’instabilité qui continue d’y régner, la Turquie est rejetée par le régime syrien qui considère que ce pays a largement contribué à planifier et à alimenter la guerre en Syrie. D’ailleurs, le régime syrien s’oppose actuellement à l’idée de permettre à la Turquie de faire partie des observateurs de la trêve dans le nord de la Syrie, selon les dernières propositions faites à Astana. Et la Jordanie n’est pas dotée des lois et des règlements nécessaires pour accueillir des compagnies étrangères qui l’utiliseraient comme base arrière pour le travail en Syrie.

    Le Liban est donc théoriquement le plus habilité à remplir ce rôle, mais il faudrait pour cela que les différents responsables soient d’accord sur cette question, sachant que certaines parties refusent jusqu’à ce jour de renouer le dialogue avec les autorités de Damas sur plusieurs dossiers qui intéressent les deux pays. Selon une source gouvernementale, le principal dossier évoqué par le Premier ministre Saad Hariri au cours de sa dernière visite à Moscou était justement celui de la reconstruction de la Syrie, avec le souci de préserver la part du Liban dans ce chantier, indépendamment des considérations politiques. M. Hariri avait, en effet, et toujours selon la même source, reçu des conseils en ce sens de la part de l’Arabie saoudite qui lui aurait suggéré de se rendre à Moscou puisque le président russe Vladimir Poutine joue actuellement un rôle crucial auprès des autorités de Damas. M. Poutine aurait ainsi promis au Premier ministre du Liban de faire de son mieux en ce sens. Déjà, la plus grande compagnie de transport maritime russe a choisi de considérer le port de Tripoli comme une base régionale pour ses bateaux. Ce qui leur permettrait de transporter les matériaux nécessaires aux chantiers de la reconstruction en Syrie, mais aussi de véhiculer des marchandises vers d’autres pays arabes, comme l’Irak et même l’Arabie saoudite. Le port de Tripoli est en effet le plus habilité à servir de base arrière pour les matériaux et les marchandises destinés à la Syrie, en raison de sa proximité géographique avec ce pays. Dans ce contexte, des compagnies libanaises, dans la Békaa et même ailleurs, se préparent et d’autres font des consortiums avec des compagnies étrangères pour être opérationnelles le moment venu. Mais le déclic dépendra forcément de l’évolution des relations entre le Liban officiel et les autorités de Damas. Or, ce sujet en particulier cristallise aujourd’hui les divisions internes, alors qu’il devient de plus en plus pressant à mesure que les développements en Syrie se dirigent vers plus de stabilité.


  • Ce que révèle l’enquête judiciaire sur les agissements du cimentier Lafarge en Syrie

    http://www.lemonde.fr/international/article/2017/09/20/ce-que-revele-l-enquete-judiciaire-sur-les-agissements-du-cimentier-lafarge-

    « Le Monde » a eu accès à l’enquête sur les activités de Lafarge qui tentait de préserver sa cimenterie en Syrie pendant la guerre civile. Des responsables ont reconnu le versement de sommes à l’EI.

    Une date suffit à condenser le parfum de soufre qui émane de ce dossier. Le 29 juin 2014, l’organisation Etat islamique (EI) proclame l’instauration du « califat » : un immense territoire à cheval entre l’Irak et la Syrie bascule « officiellement » sous le joug de l’organisation terroriste. Le même jour, à Rakka (Syrie), un cadre d’une usine du cimentier français Lafarge, située dans le nord du pays, informe par mail ses supérieurs qu’il a pris rendez-vous avec un « responsable de l’Etat islamique » pour négocier la sécurité des employés du site.

    Ce rendez-vous surréaliste marque le point culminant d’un engrenage commencé trois ans plus tôt. Depuis son implantation en Syrie, fin 2010, Lafarge n’a qu’une obsession : maintenir coûte que coûte l’activité de son usine de Jalabiya, à 87 kilomètres de Rakka, quitte à financer indirectement des organisations terroristes. Une aventure industrielle hasardeuse qui se conclura de façon dramatique, le 19 septembre 2014, par la prise de la cimenterie par les troupes de l’EI.

    Après la révélation de ce scandale par Le Monde, en juin 2016, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, en octobre 2016, faisant suite à une plainte du ministère des finances pour « relations financières illicites entre la France et la Syrie ». Dans cette enquête confiée aux douanes judiciaires, que Le Monde et Le Canard enchaîné ont pu consulter, les neuf principaux responsables de Lafarge – fusionné en 2015 avec le suisse Holcim – et de sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS) ont été entendus.

    Leurs auditions décrivent de l’intérieur les mécanismes qui ont entraîné l’entreprise dans ce naufrage judiciaire et moral. Elles racontent, mois par mois, l’entêtement d’un groupe aveuglé par une obsession : ne pas abandonner la cimenterie LCS, promise à l’appétit destructeur des belligérants, afin de conserver un avantage stratégique dans la perspective de la reconstruction du pays.

    Cette enquête révèle deux faits majeurs. Tout d’abord, la décision du leader mondial des matériaux de construction de rester en Syrie a reçu l’aval des autorités françaises, avec lesquelles le groupe était en relation régulière entre 2011 et 2014. Ensuite, les responsables de l’usine ont omis de préciser aux diplomates le prix de leur acharnement : plusieurs centaines de milliers d’euros versés à divers groupes armés, dont 5 millions de livres syriennes (20 000 euros) par mois à l’EI.

    La conclusion des douanes est sans appel : Lafarge a « indirectement » financé des groupes « terroristes », par le truchement d’un intermédiaire, produisant au besoin « de fausses pièces comptables ». Et si seuls trois responsables ont avoué avoir eu connaissance de ces pratiques, « il est tout à fait vraisemblable que d’autres protagonistes aient couvert ces agissements », dont l’ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, le « directeur sûreté », Jean-Claude Veillard, et « certains actionnaires ».

    Aucun de ces responsables n’a été amené à s’expliquer devant un tribunal à l’issue de cette enquête. Mais les investigations suivent leur cours. Une information judiciaire, ouverte le 9 juin 2017 pour « financement du terrorisme » et « mise en danger d’autrui » après une plainte déposée par l’ONG Sherpa, a été élargie, le 23 juin, aux faits visés par le travail des douanes.

    2008-2010 : le pari de Lafarge en Syrie

    L’engrenage qui a conduit Lafarge à se compromettre dans le conflit syrien débute à la fin des années 2000. En 2008, le cimentier, qui vient de racheter la société égyptienne Orascom afin de renforcer son implantation dans la région, valide la construction d’une usine dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque. Deux ans plus tard, la cimenterie LCS sort de terre. L’investissement s’élève à 680 millions de dollars, l’amortissement est prévu sur vingt ans. Mais l’histoire va quelque peu bousculer ces prévisions comptables.

    Mars 2011 : le début des troubles

    L’usine vient à peine de commencer sa production de ciment quand d’importantes manifestations embrasent le sud du pays et se propagent rapidement aux principales agglomérations. En relation avec les autorités françaises, les responsables du groupe décident de rester.

    « On est informés, forcément. On avait vu ce qui s’était passé pour les “printemps arabes”, mais on était dans l’incapacité totale d’anticiper et de prévoir », explique l’ancien PDG de Lafarge Bruno Lafont, devant les enquêteurs des douanes judiciaires. « L’usine est au nord, près de la frontière turque, très isolée. Au début, et pendant toute l’année 2011, il ne se passe absolument rien », tempère Bruno Pescheux, PDG de LCS jusqu’en juin 2014.

    Tout au long de son aventure syrienne, Lafarge est resté en contact permanent avec l’ambassade de France à Damas – qui sera fermée par Nicolas Sarkozy en mars 2012 –, puis avec l’ambassade de France en Jordanie. Jean-Claude Veillard, un ancien fusilier marin dans les forces spéciales et les commandos, est également en relation avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

    « Jean-Claude avait de bons contacts avec les services, notamment la DGSE », explique Eric Olsen, ancien DRH, puis directeur général de Lafarge. Il « me tenait informé des mouvements des Kurdes et de l’Armée syrienne libre, poursuit-il. Je comptais sur l’expertise et la protection de l’Etat français pour nous tenir au courant ».

    Chaque mois, au siège de Lafarge à Paris, un comité de sûreté réunissant les opérationnels, le département juridique, l’assurance, le directeur du siège et les ressources humaines fait le point sur les pays où le groupe est implanté, dont la Syrie.

    Mai 2011 : les premières sanctions

    Le 9 mai 2011, le Conseil de l’Union européenne (UE) adopte un embargo sur les armes et le pétrole syriens. Celui-ci sera étendu le 18 janvier 2012 pour un ensemble élargi de matériaux, notamment certains ciments. A cette époque, Lafarge, dont le marché est local, ne s’estime pas concerné par les sanctions. « D’après ce que j’avais compris, explique Bruno Pescheux, il s’agissait essentiellement de prohibition d’exportations depuis la Syrie vers l’UE. Or, nous étions dans l’autre sens, on importait. »

    Décembre 2011 : Total quitte la Syrie

    Le 1er décembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme déclare la Syrie en état de guerre civile. Quatre jours plus tard, le pétrolier Total annonce son départ du pays. Dans les mois qui suivent, Air liquide et les fromageries Bel plient bagages à leur tour. Fin 2012, Lafarge est le dernier groupe français présent en Syrie.

    « Pourquoi Lafarge reste en Syrie ?, demandent les enquêteurs aux responsables du cimentier.

    – On pouvait toujours fonctionner en sécurité et en conformité. Donc on a continué, répond laconiquement Bruno Lafont.

    – Mais en janvier 2012, la situation dégénérait…, intervient l’enquêteur.

    – Ce n’est pas ce que disait le Quai d’Orsay, insiste Christian Herrault, ancien directeur général adjoint opérationnel du groupe. Le Quai d’Orsay dit qu’il faut tenir, que ça va se régler. Et il faut voir qu’on ne peut pas faire des allers-retours, on est ancrés et, si on quitte, d’autres viendront à notre place… »

    Juillet 2012 : l’évacuation des expatriés
    A l’été 2012, l’armée du régime perd le contrôle de la frontière turque. A l’ouest, la zone passe sous l’emprise des Kurdes du Parti de l’union démocratique (PYD), à l’est, sous celle de l’Armée syrienne libre et de divers groupes islamistes. La ville de Kobané, à 55 kilomètres de l’usine, est tenue par les Kurdes, tandis que Manbij, à 66 kilomètres, est sous le contrôle des rebelles.

    « Cette nouvelle redistribution des cartes ne vous fait-elle pas craindre pour vos salariés et votre usine ?, s’enquiert l’agent des douanes.

    – Un peu, oui, répond M. Lafont. Mais, là encore, je me fie à ce que mes collaborateurs me disent. »

    Les « collaborateurs » de M. Lafont semblaient pourtant bien au fait des risques encourus par le personnel du site. « On a même interrompu l’usine à l’été 2012, faute de sûreté suffisante », relate M. Pescheux. Le directeur de la cimenterie demande alors aux employés chrétiens et alaouites de ne plus venir travailler, pour raison de sécurité. Les expatriés – une centaine de salariés sur plus de 300 – sont quant à eux exfiltrés du pays en juillet 2012.

    A partir de la fin de l’été, seuls les employés sunnites et kurdes sont autorisés à continuer à travailler sur le site. Afin de limiter les trajets, de plus en plus périlleux, leur patron leur demande de se domicilier à Manbij, ou d’emménager directement dans la cimenterie. M. Pescheux, lui, déménage ses bureaux de Damas au Caire, en Egypte, d’où il dirige l’usine à distance, en toute sécurité.

    Malgré la dégradation de la situation, le directeur de LCS justifie devant les enquêteurs la décision de maintenir l’activité du site avec le personnel local : « L’idée était de préserver l’intégrité de l’usine en la faisant fonctionner, même de manière discontinue. On voulait éviter la cannibalisation de l’usine, qui serait arrivée si elle avait été perçue comme à l’abandon. »

    Davantage que le profit immédiat – la production de ciment a rapidement chuté, passant de 2,3 millions de tonnes en 2011 à 800 000 tonnes en 2013 –, c’est la volonté acharnée d’occuper le site dans la perspective de la reconstruction du pays qui motivera les décisions du groupe. A cette date, personne, au sein de l’entreprise, pas plus qu’au Quai d’Orsay, ne semble anticiper la tragédie dans laquelle la Syrie est en train de sombrer.

    Septembre 2012 : une « économie de racket »

    A la fin de l’été 2012, la situation dégénère. « L’économie de racket a commencé en septembre ou octobre 2012 », se souvient M. Herrault. En septembre, deux responsables du groupe, Jean-Claude Veillard, le directeur de la sûreté, et Jacob Waerness, gestionnaire de risque sur le site de l’usine LCS, se rendent à Gaziantep, en Turquie, pour y rencontrer des milices de l’opposition syrienne.

    « Il était très clair qu’elles étaient indépendantes et ne voulaient pas se coordonner. Et il était très clair qu’elles voulaient taxer ce qui passait par les routes, poursuit M. Herrault. C’était clairement du racket, même si c’était les “bons” qui rackettaient. Tous les six mois, on allait voir le Quai d’Orsay, qui nous poussait à rester.

    – Vous vous souvenez du nom de ces milices ?, demande l’enquêteur.

    – Ah non, elles changent d’allégeance… Ce qui était un peu fou, c’est que toutes ces milices étaient alimentées en armes et argent par le Qatar et l’Arabie saoudite, sous le regard américain, sans aucun discernement. On aime bien mettre des noms sur les choses, mais là-bas rien n’est si simple… »

    A l’issue de la réunion de Gaziantep, LCS missionne un ancien actionnaire minoritaire de l’usine, Firas Tlass, pour monnayer la sécurité de ses employés sur les routes. Entre septembre 2012 et mai 2014, cet homme d’affaires – fils de l’ex-ministre de la défense du président Bachar Al-Assad, ayant fait défection au régime – se voit remettre entre 80 000 et 100 000 dollars par mois pour négocier avec les groupes armés qui tiennent les checkpoints autour de l’usine.

    A cette période, l’Etat islamique en Irak, ancêtre de l’EI, n’a pas encore fait irruption dans la guerre civile syrienne. L’usine est en revanche encerclée par les milices kurdes et des groupes islamistes, dont le Front Al-Nosra. Selon le directeur de l’usine, M. Pescheux, il n’existait pas de liste précise des destinataires des fonds versés par Firas Tlass : « Ceux qui gardaient un checkpoint pouvaient changer d’allégeance », assure-t-il.

    Octobre 2012 : neuf employés kidnappés

    En octobre 2012, neuf employés de l’usine sont pris en otage. Le directeur sûreté de Lafarge, M. Veillard, raconte : « Ces employés alaouites avaient été écartés de l’usine pour leur sécurité confessionnelle. Ils étaient au chômage technique, à Tartous [dans l’ouest de la Syrie]. Ils étaient payés jusqu’au jour où le DRH de l’usine leur a demandé de venir percevoir leur salaire à l’usine. Les neuf employés sont venus en bus, via Rakka, et se sont fait enlever par des Kurdes, puis [ont été] revendus à des milices locales. Lafarge a payé 200 000 euros, en livres syriennes. »

    Avril 2013 : Lafarge, « c’est le drapeau français »

    Début 2013, le pays bascule dans une nouvelle ère. Le 6 mars, Rakka est prise par différents groupes islamistes, dont le Front Al-Nosra, qui prête allégeance à Al-Qaida et tombe donc sous le coup des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. Un mois plus tard, le 9 avril, l’Etat islamique en Irak, qui s’est implanté en Syrie, se rebaptise « Etat islamique en Irak et Levant » (EIIL). Le groupe prend le contrôle de Rakka le 13 juin.

    « Comment Lafarge peut-elle conserver une usine dans cette guerre qui devient de plus en plus sale, qui dégénère ? demande un enquêteur aux dirigeants du groupe.

    – C’est là où on se pose la question si on reste ou pas, répond le PDG, Bruno Lafont. On commence à penser qu’on va se replier. On a eu des feedbacks de nos gars. On pouvait visiblement continuer.

    – Ce qu’il faut comprendre, c’est que lorsque cette guerre a commencé, l’usine venait de démarrer, insiste le patron de l’usine, Bruno Pescheux. On pensait que quand tout serait fini, il y aurait au moins une cimenterie qui pourrait fournir du ciment pour reconstruire la Syrie…

    – On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie [à Paris], et personne ne nous a dit : “Maintenant, il faut que vous partiez”, précise Christian Herrault. Le gouvernement français nous incite fortement à rester, c’est quand même le plus gros investissement français en Syrie et c’est le drapeau français. Donc oui, Bruno Lafont dit : “On reste.” »

    Octobre 2013 : « Daech s’inscrit dans le paysage »
    Le 11 octobre 2013, le Conseil européen confirme les sanctions à l’encontre de certaines entités terroristes, dont le Front Al-Nosra, Al-Qaida et l’EIIL. « Pourquoi Lafarge a pris le risque de rester en Syrie, où ces trois organisations sont présentes ? », demande l’enquêteur. La réponse du directeur général adjoint opérationnel est un pur modèle de rationalisation économique :

    « On gérait les risques par cette économie de racket, et il n’y a pas eu de phénomène marquant jusqu’à fin 2013 », explique Christian Herrault, oubliant au passage l’enlèvement de neuf employés alaouites de l’usine un an plus tôt.

    « Quel est ce phénomène marquant ?

    – Daech s’inscrit dans le paysage. Ils affichent la volonté de taxer les routes. Un des chefs se réclamant de Daech convoque Bruno [Pescheux] et Jacob [Waerness] à Rakka (…). C’est Firas [Tlass], ou un de ses hommes, qui y va et voit la situation. Daech vient dans la liste des racketteurs, ça fait 10 % des sommes, dont la moitié était pour les Kurdes.

    – A ce moment-là, que vous dit le Quai d’Orsay ?

    – Pas de changement de leur position. Encore une fois, pas de solution intermédiaire, soit on partait, soit on restait. Le rackettage de Daech, c’était l’équivalent de 500 tonnes… Sachant qu’on a trois silos de 20 000 tonnes… Est-ce qu’on va tout plier pour 500 tonnes ? »

    C’est l’ancien actionnaire minoritaire M. Tlass qui sera chargé de payer les groupes armés en utilisant le cash de l’usine. Pour entrer ces dépenses dans la comptabilité, « on utilisait des notes de frais que je signais “frais de représentation”, explique M. Herrault. Donc là, c’était les notes de Bruno [Pescheux], mais il n’y avait rien dessus, il n’y avait aucun nom de milice. »

    Bruno Pescheux, lui, se souvient avoir vu les noms de Daech et du Front Al-Nosra mentionnés sur des documents :

    « Avez-vous vu le nom de Daech ? demande l’enquêteur.

    – Oui, répond le directeur de l’usine.

    – Avez-vous une idée du montant prévu pour Daech ?

    – De l’ordre de 20 000 dollars par mois. »

    Juin 2014 : un rendez-vous avec l’organisation Etat islamique
    A l’été 2014, l’EIIL contrôle le nord-est de la Syrie et fait une percée vers l’ouest. Le 29 juin, l’organisation proclame le « califat » et se baptise « Etat islamique ». Au sud de l’usine, les combats font rage entre le Front Al-Nosra et l’EI, qui est aux prises avec les Kurdes au nord du site. L’étau se resserre : à 500 mètres de l’usine, un checkpoint marque la sortie de la zone kurde ; à 20 kilomètres, un barrage signale l’entrée de la zone contrôlée par l’EI.

    Ce 29 juin, le nouveau responsable sûreté de l’usine, un ancien des forces spéciales jordaniennes qui a remplacé M. Waerness, envoie un mail au DRH local, avec le directeur de LCS, M. Pescheux, en copie : « Je viens d’arriver de Rakka. Le responsable de l’Etat islamique est toujours là, il est à Mossoul en ce moment. Notre client de Rakka m’a arrangé un rendez-vous avec lui, concernant nos expatriés au Pakistan et en Egypte. Une fois que j’aurai l’autorisation, je vous informerai. »

    « Pourquoi aller voir cette personne de l’El ?, demande l’enquêteur au directeur de l’usine.

    – L’idée était de dire : pour faire fonctionner cette usine, les locaux ont beaucoup de mal. L’idée était de faire revenir des expats pour les épauler, mais il fallait garantir leur sûreté : pas de kidnapping ou de choses comme ça », répond M. Pescheux.

    Juillet 2014 : « La situation autour de l’usine a empiré »
    Début juillet, l’El attaque les Kurdes à Kobané, à 50 kilomètres de la cimenterie. Les combats font plusieurs centaines de morts. Le 8 juillet, le responsable jordanien de la sûreté de l’usine envoie un mail alarmiste à M. Pescheux, qui a été versé au dossier par la plainte de Sherpa :

    « La situation autour de l’usine a empiré après que le camion-suicide a explosé au checkpoint du PYD [parti kurde] hier, à minuit. C’était à 10 kilomètres à l’est de l’usine, les quatre passagers ont été tués. L’Etat islamique a commencé une campagne discrète contre le PYD dans notre région (…). Le PYD a établi de sérieuses mesures de sécurité autour de l’usine, et a demandé la fermeture et l’évacuation de l’usine. »

    « A ce moment-là, on me dit que la situation est de plus en plus difficile. Je sais, à ce moment-là, qu’on va partir », assure Bruno Lafont. Le directeur sûreté du groupe, M. Veillard, est moins alarmiste : « Pour moi, l’attentat à 10 kilomètres n’existe pas. Il n’y a rien autour de l’usine. Le premier village doit être à 30 kilomètres. Maintenant, c’est peut-être un type qui s’est fait sauter. En aucun cas, il n’y avait un risque pour les employés et l’usine. »

    Le 17 juillet, un responsable de l’usine envoie pourtant un nouveau mail sans équivoque au PDG de LCS : « Notre personnel à l’usine est très perturbé et inquiet. Ils se sentent comme des prisonniers au sein de l’usine (…). L’EI est en train de s’emparer du contrôle de l’entrée de l’usine et n’autorise personne à entrer ou sortir (…). Nous ne sommes pas capables de rassurer nos employés (…). Nous avons besoin de votre aide pour régler cette question avec nos voisins. »

    27 juillet 2014 : l’usine interrompt sa production

    A la fin du mois de juillet 2014, la dégradation de la situation militaire contraint la cimenterie à interrompre son activité. Malgré les injonctions du chef militaire kurde d’évacuer les lieux, LCS reprendra pourtant la production cinq semaines plus tard.

    15 août 2014 : « J’ai fait la recommandation de fermer l’usine »

    Le 15 août 2014, une résolution de l’ONU interdit toute relation financière avec les groupes terroristes présents en Syrie, pouvant être « considérée comme un appui financier à des organisations terroristes ». « Que s’est-il passé chez Lafarge à ce moment-là ? », s’enquiert un enquêteur des douanes.

    « Frédéric [Jolibois, qui a remplacé Bruno Pescheux à la tête de LCS] envoie un mail au service juridique pour la conduite à tenir. Il faut voir que Daech n’avait alors rien fait en dehors de la Syrie, il n’y avait pas eu Charlie, le Bataclan… C’était alors une affaire syrienne, relativise M. Herrault. Je précise au service juridique que Daech, vers le 16 août, est bel et bien une organisation terroriste. Ce que je sais, c’est que rien n’a été payé après le 15 août. »

    La directrice juridique de Lafarge est consultée. Elle explique aux douaniers : « J’ai été informée sur deux points (…). Le deuxième était : l’Etat islamique demande des taxes aux transporteurs. Peut-on traiter avec ces transporteurs ? C’était en août 2014. L’avis juridique a été rendu début septembre 2014 et était très clair : oui, il y a un risque juridique. J’ai fait la recommandation de fermer l’usine. »

    1er septembre 2014 : le laissez-passer de l’EI

    Malgré l’avis de la direction juridique, l’usine se prépare à reprendre ses activités. Un laissez-passer pour ses clients et transporteurs, daté du 1er septembre 2014 et tamponné par le gouverneur de l’El à Alep, a été versé au dossier. Son contenu laisse entendre que l’usine a passé un « accord » avec l’EI : « Au nom d’Allah le miséricordieux, les moudjahidine sont priés de laisser passer aux barrages ce véhicule transportant du ciment de l’usine Lafarge, après accord avec l’entreprise pour le commerce de cette matière. »

    9 septembre 2014 : reprise de l’activité

    Passant outre les injonctions du commandant kurde, l’usine reprend sa production le 9 septembre. Le lendemain, son nouveau directeur, M. Jolibois, se rend à l’ambassade de France en Jordanie. Selon le compte rendu qu’a fait l’ambassade de cet entretien, il réaffirme la volonté du groupe de se maintenir en Syrie pour « préserver ses actifs et ses activités futures ».

    Le directeur de LCS assure aux autorités françaises que Lafarge « ne verse rien au PYD ou à l’Etat islamique ». Il reconnaît seulement que les « transporteurs locaux » doivent obtenir des laissez-passer « sans impliquer l’usine ou Lafarge », ce qui semble contredit par l’exemplaire daté du 1er septembre qui a été retrouvé. Le compte rendu de l’ambassade conclut : « Jolibois ne semblait pas particulièrement inquiet des conséquences, pour la sécurité de l’usine et de son personnel, de la présence de l’Etat islamique à quelques kilomètres d’Aïn-Al-Arab [nom arabe de Kobané]. »

    « Nous sommes à cinq jours d’une attaque décisive de l’El dans la région. Comment pourrait-on caractériser ces déclarations : un manque de lucidité, la cupidité ou business as usual ?, s’enquiert l’agent des douanes.

    – Je ne suis pas au courant, élude le PDG, M. Lafont. Je pense qu’il faut poser la question à M. Jolibois. Je ne sais pas de quoi il était au courant. »

    Dans leur rapport de synthèse, les douanes s’étonnent des réponses systématiquement évasives du PDG de Lafarge : « Bruno Lafont disait tout ignorer des pratiques de son personnel en Syrie (…). Il serait tout à fait étonnant que M. Lafont n’ait pas demandé à son équipe de direction d’avoir un point précis de la situation d’une cimenterie dans un pays en guerre depuis plusieurs années. »

    Le jour de l’entretien de M. Jolibois à l’ambassade de France en Jordanie, ce dernier a en effet envoyé un mail à plusieurs responsables du groupe, à Paris, évoquant un plan d’évacuation de l’usine : « La semaine prochaine, Ahmad [le directeur sûreté de l’usine] partagera notre plan d’évacuation avec le département de sécurité de Lafarge, et il devrait être en mesure de nous envoyer la version à jour d’ici deux semaines. » L’usine sera attaquée dix jours plus tard…

    19 septembre 2014 : l’attaque de l’usine

    Le 18 septembre, un employé de l’usine est informé d’une attaque imminente de l’EI et en fait part à son patron. Le directeur de l’usine envoie par mail ses dernières consignes de sécurité. Il suggère de « préparer des matelas, de la nourriture, de l’eau, du sucre, dans les tunnels techniques de l’usine ». « Si les affrontements arrivent à l’usine, déplacer les équipes dans les tunnels et attendre », précise-t-il.

    Quelques heures plus tard, les troupes de l’EI sont aux portes de l’usine. La plupart des employés sont évacués en catastrophe par bus vers Manbij. Mais le plan d’évacuation est défaillant. Les bus ne reviennent pas à l’usine. Une trentaine d’employés bloqués sur place doivent s’enfuir par leurs propres moyens, entassés dans deux véhicules abandonnés sur le site. L’usine sera prise d’assaut dans la nuit.

    Quatre employés de Lafarge sont arrêtés par l’EI pendant l’évacuation, et retenus en otage une dizaine de jours. Parmi eux, deux chrétiens arrêtés dans un des bus affrétés par Lafarge sont contraints de se convertir à l’islam avant d’être relâchés.

    Le 21 septembre, un employé en colère écrit un mail au directeur de la cimenterie : « Nous vous demandons fermement de commencer une enquête afin de vérifier les faits suivants (…). Après plus de deux ans de réunions quotidiennes portant sur la sécurité, qui est responsable de l’absence de plan d’évacuation de l’usine de notre équipe, et qui a abandonné plus de trente de nos braves employés une heure avant l’attaque de l’El et l’explosion du réservoir de pétrole ? »

    Quelques jours plus tard, M. Jolibois se félicitera pourtant, dans un mail envoyé au groupe, du succès de l’évacuation : « Malgré la complexité de la situation et l’extrême urgence à laquelle nous avons été confrontés, nous avons réussi à sortir nos employés de l’usine sains et saufs. Les choses ne se sont probablement pas déroulées telles que nous les avions planifiées ; néanmoins, nous avons atteint le but principal. Lafarge Cement Syria n’est pas morte. Je suis convaincu que nous gagnerons la dernière bataille. »


  • Syrie: “Washington ment” (Russie)
    Sat Jul 22, 2017
    http://presstv.com/DetailFr/2017/07/22/529285/Syrie-Washington-ment-Russie

    Des agences d’information font état de l’envoi par la Russie en Syrie d’un nouveau navire de guerre doté de missiles «  ailés  ». Il s’agit d’engin ultra performant capable de viser avec précision des cibles situées sur les côtes. Cette annonce intervient trois jours après que les Américains ont annoncé vouloir geler l’expédition d’armes et de munitions aux terroristes qui se battent depuis 2011 contre l’État syrien.

    Dans un entretien accordé à NBC News, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a été trop critique vis-à-vis des États-Unis qu’il accuse implicitement de menteur. La Russie semble ne pas croire à un  « changement de cap » américain en Syrie. Pour le haut diplomate russe, les annonces américaines à propos de la Syrie ne sont qu’un leurre. Car nonobstant leurs déclarations, «  les États-Unis soutiennent toujours des groupes armés en Syrie  ». Lavrov a aussi évoqué la présence militaire américaine en Syrie qui est illégitime puisque «  non mandatée par l’État syrien  ».

    Plus loin dans ses propos, le chef de la diplomatie russe est revenu sur la fuite d’informations en provenance des sources turques, informations qui confirment la présence d’une dizaine de bases militaires américaines dans le nord de la Syrie : «  Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, est doté d’une double personnalité tout comme son discours qui est équivoque au sujet de « l’établissement de bases militaires en Syrie  ». Lavrov a déclaré que les propos de Pompeo critiquant la présence de la Russie en Syrie et l’établissement de bases militaires sur la côte méditerranéenne, lors du Aspen Security Forum jeudi, ont montré que «  quelque chose n’allait pas avec le double standard  ». Pour Lavrov, la présence illégitime du Pentagone en Syrie ne se limite pas au nord du pays, car il existe «  des centaines de bases militaires des États-Unis partout dans le monde et aux alentours de la Russie  ».

    #Syrie


  • Bruits de bottes en Syrie après que les USA ont cru deviner de posibles menaces de risques potientiels d’éventuelles attaques chimiques. Al-Mayadeen (et d’autres sources) signalent un fort traffic aérien d’avions espion, ce qui pourrait être le prélude à quelque chose. L’Iran est presque menaçant vis-à-vis d’une « initiative unilatérale », les Russes grincent des dents en rappelant les précédents de Bush... Dans les Izvestia, Erdogän laisse entendre que les Turcs pourraient bien intervenir dans le nord de la Syrie.

    الميادين | الأخبار - ترتيبات لحدث ما؟ مصادر للميادين : تسجيل حركة جوية أميركية غير اعتيادية فوق سوريا
    http://www.almayadeen.net/news/politics/59663/ترتيبات-لحدث-ما--مصادر-للميادين--تسجيل-حركة-جوية-أميركية-غير

    #syrie #catastrophe_arabe


  • Russie, Iran et Hezbollah promettent un soutien accru à Assad - L’Orient-Le Jour
    Reuters | 09/04/2017
    https://www.lorientlejour.com/article/1045883/russie-iran-et-hezbollah-promettent-un-soutien-accru-a-assad.html

    L’alliance militaire constituée par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais a promis dimanche d’apporter un soutien accru à l’armée du président syrien Bachar el-Assad après les tirs de missiles américains contre une base aérienne syrienne.

    Dans un communiqué, le centre de commandement conjoint des alliés de Damas accuse Washington d’avoir franchi une « ligne rouge » en bombardant la Syrie.

    L’alliance, dit le communiqué relayé par l’organe médiatique Ilam al-Harbi, s’engage à « répondre à partir de maintenant avec force à tout agresseur ou tout franchissement de ligne rouge par qui que ce soit ».

    « L’Amérique connaît notre capacité à répondre comme il se doit », ajoute-t-elle en qualifiant d’"illégale" la présence de soldats américains dans le nord de la Syrie, qu’elle qualifie de « forces d’occupation ».

    Le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rouhani se sont entretenus dimanche au téléphone à ce sujet et ont convenu que les « actes agressifs » des Etats-Unis contre la Syrie étaient « inacceptables », rapporte pour sa part le Kremlin.

    Moscou et Téhéran réclament une enquête « impartiale » sur l’usage présumé d’armes chimiques contre des civils dans la province d’Idleb, invoqué par Washington pour justifier ses bombardements, poursuit la présidence russe.

    Les deux pays sont prêts à renforcer leur coopération pour lutter contre le terrorisme et assurer la stabilité du Proche-Orient, ajoute le Kremlin.

    A Washington, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a pour sa part répété dimanche pendant l’émission « This Week » de la chaîne ABC que les Etats-Unis avaient décidé de frapper l’armée syrienne en raison de l’inaction russe et de « l’échec de Moscou à respecter ses engagements auprès de la communauté internationale » en matière de contrôle des armes chimiques.

    #Syrie



  • SYRIE – L’OTAN humiliée : la Russie remet Manbij à Assad au milieu des affrontements américano-turcs
    http://vilistia.org/archives/13810

    samedi 4 mars 2017 Une intrigue extrêmement embarrassante, dans le nord de la Syrie, pour l’OTAN ne la cherchait pas …On dirait que Moscou a battu sur le fil Washington et Ankara. Encore une fois. Tandis que les deux « alliés » … Lire la suite →

    #SYRIE_ARMEMENT


  • Le ciment n’a pas d’odeur

    Pour #LafargeHolcim, le commerce du ciment ne s’embarrasse pas de considérations éthiques, ni légales. La journée de jeudi en aura fait la démonstration. Dans le même temps où l’entreprise reconnaissait avoir payé des sanguinaires groupes armés en Syrie – dont Daech selon toute vraisemblance – pour continuer à faire fonctionner son usine de Jalabiya entre 2013 et 20141, le président du directoire, Eric Olsen, se félicitait des bons résultats financiers du groupe et se réjouissait de « l’énorme opportunité » que représentent les investissements en « infrastructures » prévues par le nouveau gouvernement des Etats-Unis.

    Un plan qui fait miroiter de fabuleux contrats au groupe suisse. Et notamment le chantier du fameux mur à la frontière avec le Mexique que Donald Trump a promis d’ériger pour « stopper l’immigration clandestine ». Une construction à laquelle LafargeHolcim va participer sous « quelque forme que ce soit », s’enthousiasmait le PDG Jan Jenisch dans le Tages-Anzeiger du 2 mars.

    D’un côté, le groupe finance donc les parties prenantes d’une effroyable guerre civile afin d’ouvrir la voie à ses camions. De l’autre, il se frotte les mains, espérant pouvoir se remplir les poches en bâtissant des obstacles sur la route d’êtres humains à la recherche d’un avenir meilleur. Et l’action du cimentier de faire un bond à la Bourse suisse dans la foulée.

    « Avec du recul, les conditions exigées pour assurer la continuation du fonctionnement de l’usine [de Jalabiya, dans le nord de la Syrie] étaient inacceptables », affirme sans ironie la commission d’enquête interne du premier groupe mondial de ciment, issu de la fusion en 2015 du Français Lafarge et du Zurichois Holcim. Et pourtant... aucune sanction interne ne devrait être prise à l’encontre des responsables de ces opérations de la filiale syrienne de Lafarge, selon Eric Olsen. D’autant qu’il « n’y a pas d’indication que ces allégations seraient susceptibles d’avoir un impact financier négatif significatif pour le groupe », assure LafargeHolcim. Bref : circulez, il n’y a rien à voir !

    Il ne reste plus qu’à espérer que la justice française n’exprime pas le même dédain. Plusieurs plaintes ont été déposées contre Lafarge. Par des ONG, d’abord, pour « financement du terrorisme » et « complicité de crimes de guerre ». Puis par le ministère de l’économie, qui a saisi le Parquet pour de possibles infractions commises par Lafarge, qui aurait acheté du pétrole syrien en dépit des interdictions édictées par l’Union européenne.

    https://www.lecourrier.ch/147310/le_ciment_n_a_pas_d_odeur
    #Suisse #murs #barrières_frontalières #USA #Etats-Unis
    cc @daphne @albertocampiphoto @marty


  • Lafarge admet des « arrangements inacceptables avec des groupes armés » pour sécuriser sa cimenterie en Syrie
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/13305-lafarge-admet-des-arrangements-inacceptables-avec-des-groupes-armes

    C’est certainement pour péréniser ses surplus de quotats de carbone que Lafarge revends sur le marché…

    La cimenterie Lafarge dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque. (DANIEL RIFFET / PHOTONONSTOP / AFP)

    Le groupe cimentier est visé par une enquête préliminaire ouverte en octobre, à la suite de plaintes d’ONG et de Bercy. Selon "Le Monde", qui avait révélé l’affaire, ces arrangements ont profité à l’organisation Etat islamique.

    Le géant suisse des matériaux de construction LafargeHolcim fait amende honorable. Il a admis, jeudi 2 mars, avoir conclu des arrangements "inacceptables" pour assurer la sécurité d’une cimenterie en Syrie, déchirée par la guerre, en 2013 et 2014. Le groupe reconnaît que la filiale locale, qui appartenait alors au français (...)

    #En_vedette #Actualités_françaises


  • Face à #Daech, la #turquie « entre dans le dur »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/060117/face-daech-la-turquie-entre-dans-le-dur

    En revendiquant l’attaque meurtrière menée durant la nuit du réveillon contre une boîte de nuit stambouliote, Daech confirme que les opérations militaires turques dans le nord de la Syrie touchent désormais ses intérêts vitaux et que, à moins d’un retrait des troupes d’Ankara, il poursuivra en sol turc une guerre asymétrique aux conséquences potentiellement dévastatrices pour la Turquie.

    #International #Moyen-Orient


    • Ce 29 décembre, Poutine a annoncé un cessez-le-feu en Syrie. Un exercice risqué, vu le nombre de tentatives depuis six ans ? Sauf que cette fois-ci, tout a changé.

      Trois documents ont été signés : le cessez-le-feu entre le gouvernement syrien et l’opposition armée, les modalités de son respect et l’organisation de négociations de paix.

      Poutine souligne : « Il y a peu, une réunion s’est tenue à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères de Russie, de Turquie et d’Iran : ces trois pays ont pris l’engagement non seulement de contrôler mais aussi de garantir le processus de règlement de paix en Syrie. Cet événement s’est passé il y a quelques heures. Non seulement nous l’avons attendu depuis longtemps, mais aussi nous avons beaucoup travaillé pour s’en approcher. Il faut maintenant tout faire pour que ces accords entrent en vigueur, qu’ils soient mis en œuvre, de manière à ce que les équipes de négociateurs puissent arriver le plus rapidement possible à Astana (Kazakhstan), pour y débuter un véritable processus de paix ».

    • 3/ La Russie était – si j’ai bien compris – abominable quand elle répondait au gouvernement légitime syrien dans le cadre d’un accord militaire, pour combattre des groupes armés. D’après ce que je lis, elle reste abominable quand elle parvient à imposer un cessez-le-feu, signé par toutes les parties, sauf Daech et al Qaeda. Merci de m’expliquer.

    • 2/ Erdogan a pour priorité absolue d’empêcher la constitution d’un territoire kurde dans le nord de la Syrie, qui deviendrait une menace pour l’intégrité turque. Or, les États-Unis et la France s’étaient engagés sur ce plan, et se sont appuyés sur les très efficaces combattants du PYD pour combattre Daech… Ce PYD qui est le bras armé du PKK. Mais la page est tournée. Les Kurdes sont abandonnés par les US et la France. Ils sont les grands sacrifiés des évènements actuels, et ne vont pas se laisser faire. La Russie et l’Iran ont pris des engagements pour tenir la question kurde, ce qui fait de la Turquie leur obligée, sachons le dire clairement.

    • 6/ A quel prix, la Turquie va-t-elle pouvoir rester dans l’OTAN, accueillant une stratégique base militaire des États-Unis, et contrainte de s’en remettre à la Russie et à l’Iran pour sauvegarder son intégrité ? Le peuple turc, happé par les choix irréfléchis de ses dirigeants, est désormais exposé à toutes les tensions et à tous les coups tordus.

    • Le 6 septembre 2016, a été signé à Moscou un accord de coopération militaire entre la Russie et le Qatar, et surtout, le 10 décembre 2016, a été conclue la vente de 19,5% des actions de Rosneft, la société russe d’exploitation du pétrole et du gaz au fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), pour 11 milliards de dollars, faisant du Qatar le second actionnaire de Rosneft après l’État russe. On est là avec l’enjeu décisif de l’approvisionnement de l’Europe en gaz. Au premier rang des fournisseurs, se trouvera désormais la Russie, l’Iran et le Qatar, avec 50% des réserves mondiales de gaz naturel, et ces trois États vont pouvoir organiser les gazoducs en passant par la Syrie et la Turquie. Le revirement de la Turquie et du Qatar place l’Europe en situation de grande dépendance énergétique. Nos gouvernements, prisonniers de l’OTAN, sont des marionnettes des US, et on voit le résultat.

      #syrie #turquie #russie


  • Turquie – Non ! Erdogan n’a pas fait d’entourloupe à Poutine, ni à l’ayatollah
    http://vilistia.org/archives/13056

    vendredi 9 décembre 2016 Non ! Erdogan n’a pas fait d’entourloupe à Poutine, ni à l’ayatollah Une vidéo vient d’apparaître où Erdogan se vante de la façon dont l’opération militaire de la Turquie dans le nord de la Syrie a … Lire la suite →

    #TURQUIE_RUSSIE_IRAN_OCS


  • Syrie : l’opération turque vise les groupes « terroristes », dit Erdogan - L’Orient-Le Jour
    http://www.lorientlejour.com/article/1021410/syrie-loperation-turque-vise-les-groupes-terroristes-erdogan.html

    Erdogan a retrouvé (provisoirement ?) le sens des réalités géopolitiques...

    Le président Recep Tayyip Erdogan a assuré jeudi que l’intervention turque en Syrie ciblait « les organisations terroristes », deux jours après avoir affirmé qu’elle visait à en finir avec le régime de Bachar el-Assad, suscitant l’agacement de Moscou.

    « La cible de l’opération +Bouclier de l’Euphrate+ n’est pas un pays ou une personne, ce sont les organisations terroristes », a déclaré M. Erdogan lors d’un discours devant des élus locaux à Ankara, alors que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov se trouve en Turquie.
    « Que personne n’ait de doute sur cette question que nous évoquons régulièrement. Que personne ne commente ce que nous disons d’une manière différente », a-t-il ajouté dans son discours retransmis par la télévision.

    Le chef de l’Etat turc semble ainsi revenir sur des déclarations faites mardi dans lesquelles il avait affirmé que l’opération turque lancée en août dans le nord de la Syrie n’avait qu’un seul objectif : « Mettre fin au règne du tyran Assad (...) et rien d’autre ».


  • Des soldats français en Syrie sans concertation avec son gouvernement souverain ? Ce serait un acte de guerre en regard du droit international ! 18 Novembre 2016 - RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ
    http://slisel.over-blog.com/2016/11/des-soldats-francais-en-syrie-sans-concertation-avec-son-gouvernem

    Assemblée Nationale

    Question N° : 97353

    De M. Pierre Morange ( Les Républicains - Yvelines ) Question écrite

    Ministère interrogé > Défense Ministère attributaire > Défense

    Rubrique >politique extérieure Tête d’analyse >Syrie Analyse > attitude de la France.

    Question publiée au JO le : 05/07/2016

    Réponse publiée au JO le : 01/11/2016 page : 9118

    Texte de la question

    M. Pierre Morange souhaite attirer l’attention de M. le ministre de la défense sur l’inquiétude des citoyens relative à l’engagement des forces françaises en Syrie. Une source kurde a récemment confié à l’agence de presse russe Sputnik que des soldats français déployés dans le nord de la Syrie auraient commencé à construire une base militaire sur la colline de Mashta Nour surplombant la ville de Kobané dans la province d’Alep.

    Ils souhaitent savoir si cet acte est avéré et, dans l’affirmative, s’il a été commis en concertation avec le gouvernement démocratiquement constitué de Syrie. Il le prie de bien vouloir répondre à leurs interrogations.

    Texte de la réponse

    Conformément aux dispositions de l’article L. 413-9 du code pénal, les informations sollicitées par l’honorable parlementaire relatives à un éventuel engagement des forces armées françaises sur le territoire syrien sont couvertes par le secret de la défense nationale. Les précisions demandées ne peuvent donc être rendues publiques par le ministère de la défense.

     

    La question de Monsieur Pierre Morange, député, était claire : Le gouvernement francais envoie-t-il des troupes, sans déclaration de guerre, sans accord ni information du parlement francais, dans un pays souverain pour appuyer des milices terroristes contre un gouvernement élu et reconnu a l’ONU ?

    Le refus de répondre en invoquant un secret défense autorise à penser que tel est bien le cas.

    Or de telles actions peuvent constituer divers crimes de forfaiture, d’abus de pouvoir, car la constitution impose au gouvernement de consulter le parlement en cas de déclaration de guerre, ainsi qu’après 4 mois pour l’envoi de troupes sur un territoire étranger. De plus le droit international impose que les actions guerrières doivent être précédées de déclaration de guerre ou de mandat de l’ONU.

    Il y a donc alors crime de guerre, violation de la constitution, soutien au terrorisme. Le précédent ministre des affaires étrangères déclarait d’ailleurs que Al Nosra “faisait du bon boulot”. Le candidat préféré de l’”établissement français” a initié, en tant que ministre des affaires étrangères de Sarkozy, la violation du principe de la reconnaissance des états en fermant notre ambassade de Syrie et reconnaissant comme gouvernement des “rebelles” dont les exploits terroristes ne sont plus à démontrer. Il a aussi mis en oeuvre avec le gouvernement et le président de l’époque la guerre contre la Libye et l’assassinat de son président, crimes de guerres évidents. Cette guerre a d’ailleurs, avec celle de Syrie, provoqué toute cette déstabilisation de l’Afrique et du moyen Orient, entraînant notamment cette terrible “crise des migrants”

    Lorsque l’on voit notre président et le gouvernement demander la suppression du droit de veto à l’ONU, et par conséquent celui de la France, ainsi que la poursuite de chefs d’Etat (en visant Poutine et Assad, bien sur), devant les tribunaux internationaux, il devrait bien réflèchir à qui pourrait à la fin s’y retrouver. Mais le pire est que sa demande risque d’amener l’intervention de l’OTAN ou d’autres forces étrangères sur notre sol, au prétexte de “défendre des droits de l’homme”, si les troubles s’aggravaient sur notre territoire, et que nos derniers outils de souveraineté aient été détruits ou livrés à nos ennemis (appellés aujourd’hui alliés par nos dirigeants)

    JMaillard

     
    http://canempechepasnicolas.over-blog.com


  • Des revers en cascade - RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ
    http://slisel.over-blog.com/2016/11/des-revers-en-cascade.html

    Achat d’hélicoptères américains par la Pologne, rejet de la résolution française sur la Syrie à l’ONU, annulation de la visite de Vladimir Poutine à Paris : courant octobre, en quelques jours, notre diplomatie a connu trois revers majeurs, dont elle s’offusque, alors même qu’elle en porte l’entière responsabilité en raison de la politique erratique conduite par nos dirigeants.
    Des revers en cascade

    La « trahison » polonaise n’a surpris que ceux qui ne s’intéressent pas à ce pays, car il est clair que la défense de ses intérêts nationaux – et sa défiance légitime à l’égard de son voisin russe – a toujours conduit Varsovie, depuis 1991, à privilégier l’alliance avec Washington plutôt que la solidarité européenne. On ne peut guère reprocher aux Polonais de nous l’avoir caché, car ils ont montré à plusieurs reprises, sans ambigüité aucune – notamment sur le dossier ukrainien – de quel côté leur cœur penchait. Mais nos politiques se bercent d’illusions. Non seulement ils n’ont pas voulu tenir compte de cette évidence, mais pire, ils se sont persuadés que notre refus de livrer deux navires amphibies Mistral à la marine Russe – sous la pression américaine – conduirait notre partenaire européen à choisir notre offre. Bien sûr, il n’en a rien été et l’annulation de la visite présidentielle à Varsovie comme les critiques du ministre des Affaires étrangères illustrent à quel point nos dirigeants ont pris leurs désirs pour la réalité… laquelle semble totalement leur échapper.
    L’émotion de nos gouvernants au sujet de la bataille d’Alep en est un autre exemple. Leur « révolte » face aux « exactions » des forces russes et syriennes se fonde sur une vision totalement partiale de la situation, diffusée par les médias occidentaux.
    A Alep, tout ceux qui connaissent la situation de terrain savent que les djihadistes d’Al-Nosrah pilonnent quotidiennement depuis plusieurs années les quartiers dont la population est restée fidèle au gouvernement de Damas[1] – ciblant prioritairement les quartiers chrétiens -, faisant de nombreuses victimes innocentes ; mais sans doute ces vies ont-elles moins de valeur que celles de ceux qui soutiennent les djihadistes. En effet, les témoins locaux confirment que tous les quartiers bombardés par les aviations russe et syrienne sont ceux dans lesquels la population a pris ouvertement parti pour les islamistes et où flotte ostensiblement le drapeau de Daech… ce que le médias ne nous montrent jamais[2].
    Cette présentation totalement déformée de la réalité est insupportable. Pourtant elle est à l’origine des envolées lyriques et outragées de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault, qui se sont même montrés menaçants à l’égard de Moscou. Voir nos autorités réagir à partir d’éléments aussi faux conduit à s’interroger sur leur connaissance réelle du dossier ou leur indépendance d’esprit vis-à-vis de Washington. De plus, ces positions de Matamore ne sont d’aucun effet. Les dirigeants français ont peut être l’illusion d’être des acteurs entendus et écoutés ; mais il n’en est rien. Ils sont aussi insignifiants qu’inaudibles. Notre proposition de résolution à l’ONU a été rejetée et nous ne sommes même plus invités aux négociations internationales sur la Syrie à Genève.
    En toute logique, devant l’hostilité manifestée à son égard par nos gouvernants, les menaces de poursuivre Moscou devant la Cour pénale internationale (CPI), la surenchère de nos médias qui font du Poutine Bashing leur sport favori et la présentation totalement partiale du conflit syrien, le président russe a décidé d’annuler sa visite dans notre pays, jugeant le contexte peu favorable à des discussions sereines. Cette décision semble avoir pris au dépourvu notre président qui pensait pouvoir tancer son homologue russe sans que celui-ci ne réagisse, puis sans doute l’accueillir pour lui faire la leçon.
    Une perception des faits totalement orientée
    Il n’est pas question de faire l’apologie de Vladimir Poutine ou de Bachar El-Assad, ni de nier que la guerre tue, à Alep ou ailleurs ; mais il est bon de rétablir certaines vérités qui sont délibérément dissimulées par les stratèges de la communication américains et les médias Mainstream à leur service.
    Depuis qu’ils sont devenus l’unique superpuissance, les Etats-Unis n’ont cessé de prendre des libertés vis-à-vis du droit international. Pourtant, rares ont été les médias à dénoncer leurs méfaits et les ONG ou les Etats les ayant menacé de poursuites juridiques internationales ou déclaré qu’ils en porteraient la responsabilité devant l’histoire. Rappelons quelques faits :
    – l’invasion illégale de l’Irak – passant outre le véto de la ONU -, laquelle a permis la naissance de Daesh et a provoqué la mort et la désolation dans ce pays, faisant plus de victimes encore que la dictature de Saddam Hussein. Cette action a tout autant violé le droit international que l’action russe en Crimée ;
    – les nombreuses victimes collatérales des frappes de drones dans le cadre de la Global War on Terrorism (GWOT)[3] ;
    – la légalisation la torture et la multiplication des arrestations extra-judiciaires (Rendition) et des prisons secrètes dans le cadre de la GWOT ; la généralisation de l’espionnage de leur population et de leurs alliés. Pourtant ni l’une ni l’autre de ses mesures n’ont été d’une grande efficacité dans la lutte contre le terrorisme ;
    – le soutien à l’Arabie saoudite et au Qatar – deux Etats qui exportent leur islam radical archaïque dans le monde et soutiennent les djihadistes -, à la confrérie des Frères musulmans – dans le cadre du « printemps arabe » – et aux djihadistes liés à Al-Qaïda pour renverser le régime syrien.
    Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls dans ce cas. Ces pratiques concernent aussi plusieurs de leurs alliés.
    L’Arabie Saoudite, non contente d’exporter le wahhabisme de par le monde et d’avoir soutenu les djihadistes, est intervenue au Bahrein à l’occasion du printemps arabe (2011) pour mater une révolte populaire sans que personne ne s’en offusque. Elle semble pourtant incapable d’assurer la sécurité des pélerins se rendant à La Mecque pour le hadj, ainsi qu’en témoignent les incidents à répétition survenus ces dernières années ayant entrainé la mort de centaines de croyants. Surtout, depuis dix-huit mois, elle a déclenché une guerre sanglante au Yémen (opération Tempête décisive), laquelle semble ne pas intéresser grand-monde, contrairement au conflit syrien.
    Depuis mars 2015, une coalition internationale[4] menée par Riyad s’attache à remettre au pouvoir le gouvernement d’Abd Rabo Mansour Hadi, afin d’empêcher l’installation d’un régime chiite à sa frontière méridionale. Dans ce conflit, les Saoudiens sont aidés par les Etats Unis qui leur fournissent armement, renseignements et ravitaillent leurs avions. Les combats ont déjà provoqué plus de 10 000 morts dont beaucoup de civils. L’Arabie saoudite bombarde systématiquement les infrastructures du pays – y compris les hôpitaux – et exerce un blocus sur les zones rebelles au point que des millions de Yéménites n’ont plus de quoi se nourrir ; trois millions ont fui les zones de combat. Le 8 octobre dernier, les avions saoudiens ont pris pour cible une cérémonie funéraire à Sanaa, tuant au moins 140 personnes et en blessant 500. Ces frappes relèvent pleinement d’un crime de guerre ; pourtant aucun Etat occidental ne l’a signalé ni n’a protesté. Tout juste les Américains ont-ils fait savoir qu’ils allaient reconsidérer leur soutien aux Saoudiens dans ce conflit.
    A noter également que plusieurs milliers de véhicules Toyota ont été achetés par les pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis et Jordanie) pour être livrés à l’État islamique,en Syrie et en Irak. C’est le constructeur japonais, accusé à tort de commercer avec Daesh, qui a révélé la liste de ses principaux clients dans la région. Ainsi, 22 500 véhicules auraient été vendus aux Saoudiens, 32 000 aux Qataris et 11 650 aux Emiratis. Puis, selon des informations provenant des services russes – à considérer naturellement avec circonspection -, l’armée jordanienne aurait facilité le transfert de ces véhicules en Syrie et en Irak. Une fois encore, les dénonciations de ce soutien des monarchies pétrolières à l’Etat islamique, sont rares.
    La Turquie est dirigée par un président membre de la confrérie internationale des Frères musulmans, qu’il a soutenu en Tunisie, Libye, Egypte et Syrie à l’occasion des « printemps arabes ». Erdogan a aussi longtemps laissé à Daesh la libre utilisation de son territoire pour son approvisionnement et ses opérations en Syrie et en Irak. Par ailleurs, il ne cesse de renforcer son pouvoir personnel – dans le but de devenir président à vie – et d’encourager l’islamisation de la société. A la suite d’une tentative avortée de coup d’Etat contre lui[5], il s’est livré à une gigantesque purge afin de liquider ses opposants et d’installer ses affidés. C’est-à-dire que l’un des pays membre de l’OTAN est dirigé par un islamiste radical aux tendances despotiques, bafouant les droits de l’homme, sans que cela ne choque personne ni ne remette en cause notre politique à l’égard d’Ankara. Et l’on parle toujours d’une éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union européenne… Rappelons également, les forces turques ont pénétré illégalement dans le nord de la Syrie et de l’Irak et occupent une portion du territoire de ces deux Etats sans que la communauté internationale ne trouve à y redire.
    Les faits ci-dessus montrent sans ambiguïté que le droit international est, depuis quinze ans, davantage bafoué par Washington et ses obligés que par Moscou ou Damas ; et que les victimes civiles du « camp de la liberté » sont tout aussi innocentes et bien plus nombreuses que celles qui tombent lors des opérations russo-syriennes. Mais dès lors que des actions de force sont américaines ou alliées de Washington, elles sont, par essence, « justes, légitimes et utiles ». Seuls ceux qui n’appartiennent pas à ce camp ou qui ne soutiennent pas cette politique sont coupables : Moscou, Damas, Téhéran, etc.
    Il faut le réaffirmer sans cesse : contrairement aux idées reçues, la société de l’information dans laquelle nous vivons n’a que très marginalement permis d’améliorer la qualité et l’objectivité des données à la disposition du public. Au contraire, en dépit de la multiplication des canaux médiatiques, leur concentration entre les mêmes mains permet encore davantage de manipulation des faits qu’avant son émergence. Les événements actuels en sont la flagrante illustration.
    La provocation délibérée du Russian Bashing
    Pour envenimer la situation, dirigeants politiques, responsables militaires et journalistes occidentaux ne cessent d’évoquer la montée en puissance de la menace russe et le retour d’une nouvelle Guerre froide… voire pour certains, le spectre d’une nouvelle guerre mondiale[6] !
    Mais le Russian Bashing impulsé par les milieux anglo-saxons ne reflète pas la réalité. Rappelons que le budget de la défense des Etats-Unis (près de 600 milliards de dollars) est de très loin le premier au monde et qu’il est supérieur aux budgets cumulés des dix pays qui le suivent ; la Russie (avec un budget de moins de 70 milliards de dollars) n’arrive elle-même que loin derrière la Chine et l’Arabie saoudite. Moscou dépense ainsi pour sa défense huit fois moins que Washington. La « menace » doit donc être fortement relativisée. Elle est pourtant largement utilisée par Hillary Clinton dans le cadre de sa campagne présidentielle, comme si elle cherchait par avance à remettre en cause une éventuelle victoire de Donald Trump… avec le soutien des hackers russes !
    Il convient également de réfuter la soi-disant volonté hégémonique de Moscou. Poutine n’a d’autre but que de mettre fin aux humiliations répétées dont son pays a été victime depuis vingt ans et au grignotage de ses marges. Il n’accepte plus sans réagir que la Russie soit provoquée ou que ses intérêts soient bafoués. Pourtant, c’est aujourd’hui Moscou qui apparaît comme « fauteur de troubles ».
    A l’opposé, il faut être aveugle pour ne pas mesurer le comportement impérialiste croissant de Washington, tant par ses interventions extérieures qui ne résolvent rien, que par l’application extraterritoriale de son droit au monde entier.
    Bien sur, il ne fait aucun doute que de tels propos seront immédiatement qualifiés de « pro Poutine » et que leur auteur sera accusé d’être un relais de l’influence russe. En effet, c’est une technique régulièrement utilisée ces dernières années que de mettre systématiquement en doute l’objectivité et l’indépendance de ceux qui critiquent la politiqueMainstream. Ainsi, les médias nous rebattent régulièrement les oreilles au sujet des réseaux d’influence russes en France – ce qui est une réalité, tout comme l’espionnage de Moscou -, mais sans jamais parler des réseaux d’influence et d’espionnage infiniment plus puissants des Américains
    Nous vivons une période difficile dans laquelle les esprits sont l’enjeu des stratégies des uns et des autres et où les médias sont devenus un véritable champ de bataille. En la matière, par leur maîtrise des canaux de communication mondiaux, les Etats-Unis disposent d‘un net avantage ; ils ont réussi à imposer leur vision du monde, laquelle répond à la promotion et la défense de leurs intérêts… mais en rien à ceux de la démocratie ni de l’Occident – et surtout pas de la France. Ils ont également réussi à convaincre que leur point de vue était « la » vérité objective et que tous ceux qu’ils désignent comme leurs adversaires sont le « mal ». Evidemment, la réalité est quelque peu différente. Mais nos élites ne semblent pas le percevoir.
    Pour nous Français, l’enjeu n’est pas Moscou, Damas ou Alep, ni Poutine ou Bachar. Il est de retrouver une indépendance de vue et une objectivité d’analyse que nous avons abandonnées depuis plus d’une décennie et d’échapper à la vision sectaire du monde qu’imposent les Américains.
    D’autant plus qu’à la différence des Britanniques, nous ne reconnaissons ni ne cherchons à analyser nos erreurs. Le parlement du Royaume Uni a publié, en juillet et en septembre dernier, deux rapports remettant en cause la décision de David Cameron d’intervenir en Libye, jugeant que les informations l’ayant conduit à lancer cette opération étaient infondées. Qu’avons nous fait en France ? Strictement rien ! Interviewé par la presse, Nicolas Sarkozy a persisté, déclarant qu’il avait pris alors « la bonne décision ».
    *
    La très grande majorité des spécialistes de géopolitique, des relations internationales et des diplomates nous répètent à l’envi depuis un quart de siècle que le monde a changé. Certes. Cela est indéniable. Nous le mesurons chaque jour.
    Ce qui n’a pas changé en revanche, c’est la grille de lecture sur laquelle ils fondent leur analyse. Elle est restée, pour l’essentiel, basée sur des critères d’évaluation datant de la Guerre froide : le bien, la vérité et la justice sont américains ; le mal, le mensonge et l’injustice demeurent russes ou iraniens. D’où leurs jugements erronés et leurs conseils inadaptés pour la conduite des politiques étrangères européennes… et les erreurs à répétition de celles-ci.
    Le monde évolue donc plus vite que les analyses qu’en font ces « experts » et les choses ont changé de manière bien plus profonde qu’ils ne l’observent, même si des constantes demeurent. C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter une nouvelle lecture de la situation internationale afin d’essayer de redonner à la France – et plus largement l’Europe – la boussole dont elle semble démunie.
    Seule lueur de lucidité dans ce sombre tableau, le remarquable rapport récemment publié par les députés Pierre Lellouche et Karine Berger, relatif à l’application extraterritoriale du droit américain[7]. Voilà enfin une réflexion de fond sur un sujet stratégique pour notre économie et nos entreprises, auquel le gouvernement ne s’est guère intéressé, en dépit des affaires BNP et ALSTOM. A lire absolument.
    Eric Denécé | 04-11-2016
    [1] Il convient également de rappeler que depuis cinq ans la population fidèle au régime n’a cessé d’être ciblée par les djihadistes : coupures d’eau et d’électricité, bombardements, blocus du ravitaillement, assassinats, enlèvements, tortures…
    [2] Voir à ce sujet l’excellente analyse de Richard Labévière : http://prochetmoyen-orient.ch/mossoul-alep-la-diagonale-du-fou
    [3] Outre les frappes de drones – qui créent plus de terroristes qu’elles n’en éliminent – ces frappes ont eu lieu à plusieurs reprises en Afghanistan à l’occasion fêtes de mariage, faisant chaque fois une centaine de victimes civiles. Rappelons également que les forces aériennes américaines ont bombardé, le 3 octobre 2015, un hôpital à Kunduz, en Afghanistan, faisant 42 morts et 37 blessés, parmi lesquels des membres Médecins sans frontières ; et qu’elles ont tué une centaine de soldats syriens, mi-septembre 2016, dans un bombardement effectué « par erreur », ce qui a par ailleurs permis à Daesh de s’emparer d’une position stratégique.
    [4] Elle comprend une dizaine de pays arabes et sunnites : les membres du Conseil de coopération du Golfe (Oman excepté), le Maroc, la Jordanie, le Soudan et l’Egypte.
    [5] La genèse de cet événement n’est toujours pas claire. De fortes suspicions existent quant à la parfaite connaissance de ce complot par Erdogan, qui pourrait avoir laissé faire afin de procéder à une purge radicale dans tous les domaines de l’appareil d’Etat.
    [6] Cf. Alain Rodier, « Autour des conflits syriens et irakiens : Etats-Unis et Russie, ils sont tous devenus fous ! »,Note d’actualité n°456, www.cf2r.org, octobre 2016.
    [7] Pierre Lellouche et Karine Berger, Rapport d’information des commissions des Affaires étrangères et des Finances sur L’Extraterritorialité de la législation américaine, Assemblée nationale, Paris, 5 octobre 2016.
    Source : http://www.cf2r.org/fr/editorial-eric-denece-lst/une-lecon-meritee.php