• « Envisager l’avenir » : en Espagne, déjà 600 000 régularisations exceptionnelles en cours - InfoMigrants
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    "Envisager l’avenir" : en Espagne, déjà 600 000 régularisations exceptionnelles en cours
    Par Maïa Courtois Publié le : 21/07/2026
    La campagne de régularisations ouverte par le gouvernement espagnol mi-avril vient de se clôturer. Plus d’un million de dossiers ont été déposés, là où les autorités en attendaient moitié moins. Une grande partie des candidats à la régularisation sont des travailleuses et travailleurs sans papiers, déjà actifs dans l’économie, bien que non reconnus jusqu’ici. En attendant la délivrance de leurs titres de séjour d’un an, 600 000 personnes ont reçu des autorisations temporaires. C’est un premier bilan de la campagne de régularisations exceptionnelles lancée par le gouvernement espagnol mi-avril. À la date du 2 juillet, 609 737 personnes ont reçu une autorisation de travail et un permis de séjour temporaires, en attendant la fin de l’examen de leur dossier.
    Ces documents leur permettent de travailler en règle, durant ce délai d’attente. Une fois leur dossier traité, si celui-ci est bien jugé conforme aux critères - à savoir : prouver cinq mois de présence en Espagne ou une demande d’asile déposée avant janvier 2026 et avoir un casier judiciaire vierge -, ces personnes pourront bénéficier d’un titre de séjour d’un an, renouvelable. Les chiffres communiqués début juillet par les autorités espagnoles montrent que la campagne de régularisation, qui a couru de mi-avril à fin juin, a dépassé les prévisions du gouvernement. Celui-ci tablait sur 500 000 dossiers à valider. Or, il en a reçu le double. En moins de deux mois, pas moins d’1,2 million de personnes ont déposé une demande de régularisation.
    Aujourd’hui, sur le site du ministère des Migrations, une bannière rouge indique bel et bien que le dépôt est clos. Les autorités se laissent encore trois mois pour examiner les 600 000 autres demandes reçues, fournir également à ces personnes des autorisations temporaires, puis délivrer au fur et à mesure le titre de séjour d’un an aux dossiers définitivement validés.
    11 000 personnes ont pour le moment obtenu le titre de séjour d’un an Pour l’heure, 11 000 personnes ont déjà obtenu le précieux sésame, ce fameux titre de séjour d’un an. Ce petit chiffre montre l’ampleur du travail qu’il reste à l’administration espagnole pour traiter le million de demandes, et notamment délivrer les autorisations temporaires manquantes le temps de cet examen.
    Ceci étant, "les données dont nous disposons aujourd’hui témoignent de l’effort historique déployé par les institutions publiques et la société civile, qui ont œuvré pour que personne ne soit exclu de ce processus et pour parvenir à une société d’accueil efficace, avec des droits et des obligations pour tous", a commenté Pilar Cancela, secrétaire d’État chargée des Migrations.
    Il s’agit d’”être en bonne santé, travailler, contribuer, payer nos impôts. Nous savons que nous aurons des droits, mais aussi des obligations”, a salué Johana Moreno, une Vénézuélienne travaillant sans-papiers comme technicienne de surface en Espagne, auprès de l’agence de presse AP. Une grande partie du million de demandeurs était déjà présente sur le territoire, à travailler sans papiers dans l’économie informelle espagnole. La campagne de régularisation "permettra à des centaines de milliers de personnes qui résident déjà dans notre pays, mais qui vivent dans la peur et sans droits, d’envisager l’avenir avec enthousiasme et espoir", a salué la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz.
    Grâce aux autorisations temporaires qui officialisent leur présence sur le territoire, les 600 000 personnes dont le dossier est examiné peuvent accéder à un certain nombre de droits sociaux. Ainsi, près de 160 000 d’entre elles sont désormais affiliées à la Sécurité sociale. Ce sont autant de personnes qui ont un emploi reconnu officiellement, d’où cette inscription en bonne et due forme comme cotisant à l’organisme social. Sur les 160 000 travailleurs désormais officiellement inscrits à la Sécurité sociale, un quart (40 000) proviennent de l’hôtellerie-restauration, secteur largement en tête des demandes. Suivent le commerce, les activités administratives et la construction (de 18 000 à 20 000), indique le ministère. Leur régularisation permet de lutter contre le travail dissimulé, tout en augmentant le nombre de personnes cotisant au bénéfice de la société espagnole toute entière.Six demandeurs sur dix dont la demande est en cours de traitement, bénéficiant actuellement du permis temporaire ont moins de 34 ans. Et 57% sont des hommes, 43% des femmes. Il ne s’agit pas exclusivement de travailleurs : le programme du gouvernement espagnol introduit par exemple une disposition permettant aux mineurs et aux adultes en situation de handicap et de dépendance d’obtenir un permis de séjour en même temps que leurs parents ou tuteurs légaux. En outre, près d’une personne sur cinq est par ailleurs enregistrée par l’administration comme demandeuse d’asile. Pour elles, l’obtention du titre de séjour d’un an entraînera l’abandon de leur demande de protection internationale. Les Colombiens représentent la première nationalité des demandeurs, avec près de 26%. Au total, deux demandeurs sur trois viennent d’Amérique centrale et du Sud, ajoute le ministère. On compte parmi les plus représentés de cette région du monde les Vénézuéliens (11,8%) et les Péruviens (8,8%).La seconde nationalité la plus représentée est le Maroc (13,3%). Les ressortissants de pays africains représentent pas loin de 23% des demandeurs, en comprenant, aux côtés des Marocains, les Sénégalais (3%) ou encore les Algériens (3%).Enfin, les pays asiatiques sont moins représentés mais leurs ressortissants comptent tout de même pour 8,3% des demandes. En tête de file : les Pakistanais (2,5%). Pour déposer leur dossier, la moitié des demandeurs ont fait appel à un avocat. Ils pouvaient le faire en ligne (comme l’ont fait la majorité), mais aussi en personne dans des bureaux de poste, de la Sécurité sociale ou de l’immigration. Même si la campagne d’inscription est aujourd’hui terminée, 383 bureaux restent ouverts, sans rendez-vous préalable, pour récupérer ou transmettre les documents demandés, indique le ministère dans son bilan.
    La Catalogne est la communauté autonome ayant reçu le plus de demandes durant cette campagne publique (257 602 dossiers). Avec 18% de personnes immigrées dans sa population, la Catalogne accueille un taux supérieur à la moyenne nationale. La majorité sont des jeunes de 20 à 49 ans, avec la communauté marocaine en première ligne. En février, un rapport ministériel révélait que ces personnes immigrées représentaient 22% de la population active.
    Le rapport soulignait ainsi à quel point le marché du travail catalan dépend "largement de l’intégration des populations étrangères". En particulier dans les secteurs de l’aide à domicile, des soins aux personnes, de l’agriculture et de l’hôtellerie-restauration.
    Ce rapport avait été commandité par le ministère en vue d’anticiper les effets du plan de régularisation pour adapter, en conséquence, les structures sociales. Les experts y recommandent de développer les projets communautaires animant la vie des quartiers. Mais aussi de lutter contre les discriminations au logement. Ou encore, de mieux intégrer l’histoire de l’immigration et ses apports culturels dans les programmes scolaires catalans, tout en multipliant les initiatives à destination des jeunes face aux discours haineux en ligne. "Les personnes sans papiers n’ont pas la possibilité de vivre seules dans un logement, car il faut un numéro de document d’identité pour en trouver un", expliquait Sundanda, une musicienne bangladaise de 26 ans, rencontrée par InfoMigrants à Barcelone.
    Ce plan est "une étape clé pour sortir de l’invisibilité une réalité qui existe dans notre pays : celle de centaines de milliers de personnes qui vivent parmi nous", avait défendu, fin juin, face à la presse le Premier ministre Pedro Sanchez. En plus des régularisations, pour travailler sur l’insertion sociale, le chef du gouvernement avait alors annoncé un "plan d’intégration et de citoyenneté" doté de "500 millions d’euros la première année". Pour rappel, il s’agit de la septième campagne de régularisation à grande échelle de l’Espagne depuis 1986. Ces campagnes, sous gouvernements socialistes comme conservateurs, ont toujours eu pour objectifs de faire face au besoin de main-d’œuvre et au constat qu’une large population contribue déjà, de manière souterraine, à l’économie du pays

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#politiquemigratoire#regularisation#economie#sante#droit

  • Régularisations de migrants en Espagne : « Il y a un vrai besoin de main-d’œuvre reconnu par la Banque centrale » - InfoMigrants
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    Régularisations de migrants en Espagne : « Il y a un vrai besoin de main-d’œuvre reconnu par la Banque centrale »
    Par RFI Publié le : 02/07/2026
    À contre-courant d’une grande partie de l’Europe, l’Espagne a surpris par sa politique migratoire, en annonçant une opération de régularisation massive jusqu’au 30 juin. Alors que le gouvernement s’attendait à 500 000 demandes, il en a reçu le double. Carole Viñals, maîtresse de conférences à l’université de Lille, autrice de « L’ouvrage Un modèle espagnol ? Le traitement de la crise en Espagne », décrypte la politique d’accueil qui a suscité l’opposition de la droite et de l’extrême droite

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#regularisation#politiquemigratoire#sante#economie

  • « Les préfectures créent des sans-papiers » : à Paris, un rassemblement pour protester contre les dysfonctionnements administratifs - InfoMigrants
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    « Les préfectures créent des sans-papiers » : à Paris, un rassemblement pour protester contre les dysfonctionnements administratifs
    Par Yanis Ben Mohamedi
    Le collectif « Bouge ta pref’ » a appelé mercredi 10 juin, à des rassemblements partout en France pour dénoncer les dysfonctionnements et bugs informatiques liés à l’Anef, la plateforme permettant aux étrangers de réaliser leurs demandes de papiers. Les conséquences : des familles se retrouvent en situation irrégulière à cause des délais et du manque de communication. À cela s’ajoute un impact de plus en plus grave sur la santé mentale de ces personnes. Une centaine de manifestants se sont retrouvés place de la Nation à Paris, devant le siège de la Direction générale des étrangers de France (DGEF).
    La pluie ne les a pas découragés : ils étaient une centaine à se réunir à proximité de la place de la Nation à Paris mercredi 10 juin à 15h30. Bénévoles d’associations, étudiants, sans-papiers… Ils ont tous répondu à l’appel du collectif « Bouge ta pref’ » pour dénoncer les dysfonctionnements administratifs liés aux demandes de renouvellement de titre de séjour, sur l’Anef, plateforme censée permettre aux étrangers de réaliser leur démarche administrative sur Internet, mettant fin aux rendez-vous en préfecture. Mise en place en 2016, cette plateforme charrie son lot de bugs en tout genre. Et leurs conséquences sont immenses : expiration du droit au séjour, perte du logement, de l’emploi...
    Laurence, bénévole au Secours catholique et à l’association Respect du droit des étrangers à Saint-Denis, est venue partager le témoignage et les sentiments de personnes qu’elle encadre. « Je suis ici pour protester contre les délais démesurés, et les pertes de droits dont ils sont victimes en conséquence de ces délais. Actuellement à Saint-Denis, il y a entre 6 et 7 mois qui s’écoulent entre le moment du rendez-vous et la délivrance pour le renouvellement du titre de séjour. Et pour la régularisation, ça peut durer 3 ans », dénonce-t-elle. « Certaines personnes ayant fait leurs demandes en 2023 et 2024 n’ont toujours pas eu de réponse. Les gens sont bloqués : ils ne peuvent pas contacter les préfectures, ils ne peuvent pas y entrer, et ne peuvent même pas les approcher », ajoute-t-elle, indignée.
    Chancelline est journaliste, originaire du Congo, elle aussi veut faire entendre sa voix. Elle raconte que dans son pays, elle a été violée et a subi une tentative d’excision et qu’elle est arrivée en France en 2021. « Moi j’ai eu de la chance : les associations m’ont soutenue et assistée dans mes démarches et des personnes haut placées, que je connais grâce à mon travail de journaliste, ont contribué à accélérer ma demande de régularisation », observe-t-elle. « Par exemple, on m’avait donné une mauvaise adresse où envoyer mon dossier, et ce sont des bénévoles du Secours catholique qui m’ont aidée. »
    En tête du groupe, Chancelline lance des slogans comme « Retirer la circulaire Retailleau » ou encore « Abrogation Darmanin Retailleau » - en référence aux deux ex-ministres de l’Intérieur qui ont durci les lois sur l’immigrations en France - sous les yeux attentifs des forces de l’ordre chargées d’accompagner le rassemblement.Un peu plus loin dans le cortège, plus discret et silencieux, Yanick avance en boitant, le regard déterminé dissimulé sous sa casquette bleue. « Je suis originaire de Centrafrique. J’ai été sous OQTF [Obligation de quitter le territoire français, ndlr] après ma première demande de titre de séjour. J’ai été gravement malade et je me suis retrouvé à l’hôpital. C’est le personnel qui m’a aidé dans la démarche pour avoir un titre de séjour. Avant ça, j’étais complétement perdu, je vivais à la rue, isolé et seul. Ça m’obsédait tellement que j’en avais des pertes de mémoire et d’équilibre », raconte-t-il dans un souffle. Aujourd’hui, il est venu avec l’une des aides-soignantes qui l’a pris en charge, fière de voir autant de gens mobilisés pour ce rassemblement. Nombreuses sont les pancartes et banderoles aux messages comme « Préfecture : Prise de RDV impossible ? », « Personne n’est illégal-e, personne n’est inégal-e » ou encore « Egalité des droits ».
    Le propriétaire de cette dernière s’appelle Juan. Originaire du Venezuela, et malgré son mariage à une Française, il est confronté aux mêmes problèmes administratifs. Il s’exprime en anglais, langue dans laquelle il est plus à l’aise qu’en français, avec un sourire désemparé. Aujourd’hui, il risque donc de se retrouver en situation irrégulière à cause des délais sans être tenu au courant de l’avancée de sa procédure. « Parler de colère et de solitude serait un euphémisme », assène-t-il. « J’aimerais au moins pouvoir échanger avec un humain : les réponses sont automatisées. C’est injuste car nous n’avons aucune explication au cours de la procédure. »
    Une fois arrivés au bout du parcours, les manifestants se font plus bruyants. Un micro s’est mis à passer de main en main. Et Fatoumata Koné, l’adjointe au maire de Paris en charge des Solidarités, de la lutte contre les inégalités et contre l’exclusion s’est jointe au cortège. « Je suis de plus en plus saisie sur la question de la difficulté de l’accès aux rendez-vous pour renouveler les titres de séjour », nous confie-t-elle. « Certaines personnes me demandent de les mettre en relation avec des bénévoles pour les accompagner : il y a une crainte du rendez-vous à la préfecture ».
    Un constat étayé par les témoignages de médecins, qui ont fait état auprès de l’ONG Amnesty International de terribles angoisses des exilés qu’ils reçoivent, liées au renouvellement des papiers. Et outre l’occupation de tout l’espace mental, la précarité administrative peut raviver des traumatismes ou couper l’accès aux soins. Des bénévoles expliquent que des migrants se retrouvent dans des états de stress constants voir dépressifs, et que certains menacent de mettre fin à leur jour au vu du désespoir et du sentiment d’abandon et de solitude qu’ils connaissent.
    De leurs côtés, certaines préfectures comme celle des Bouches-du-Rhône argue dans un communiqué d’une augmentation du nombre de demandes qui allongerait les délais. Suite à une réunion avec les syndicats et organisations patronales le 26 mai, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est engagé à améliorer la régularisation des personnes sans-papiers, mais seulement pour les métiers en tension.
    Aujourd’hui en France, plusieurs centaines de milliers de personnes sont en attente de régularisation

    #Covid-19#migration#migrant#france#prefecture#droit#sante#santementale#regularisation#politiquemigratoire

  • En Espagne, la régularisation massive dessine un nouvel horizon
    https://frustrationmagazine.fr/regularisation-espagne

    La lutte contre l’immigration s’est imposée à l’agenda de la plupart des Etats européens, et semble être devenue une évidence que peu de voix contestent ouvertement. Si il y a bien une “bataille culturelle” que l’extrême-droite est en train de gagner, c’est celle-ci : l’idée que l’immigration est un problème que l’on doit traiter, plus […]

    #International

  • La Cour suprême espagnole refuse de suspendre le décret royal sur la régularisation d’un demi-million d’étrangers - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71583/la-cour-supreme-espagnole-refuse-de-suspendre-le-decret-royal-sur-la-r

    La Cour suprême espagnole refuse de suspendre le décret royal sur la régularisation d’un demi-million d’étrangers
    Par La rédaction Publié le : 27/05/2026
    Saisie par le parti d’extrême droite Vox, trois associations ultra conservatrices et la Communauté de Madrid, la Cour suprême espagnole a refusé de suspendre le décret royal permettant de régulariser un demi-million d’étrangers en situation irrégulière dans le pays.
    La Cour suprême espagnole a décidé, vendredi 22 mai, de ne pas suspendre le décret royal permettant de régulariser un demi-million d’étrangers dans le pays. La haute juridiction avait été saisie par le gouvernement régional de Madrid, dirigé par le Parti populaire (PP, droite), le parti d’extrême droite Vox et trois associations ultra conservatrices (Hazte Oír, Liberté et Justice, et l’Association pour la réconciliation et la vérité historique).La Cour ne s’est pas prononcée sur la mesure en elle-même mais sur ses effets potentiels, agités par les opposants pour justifier leur demande de suspension.
    Au cours des cinq audiences tenues par la Cour suprême, les requérants ont fait valoir que cette régularisation exceptionnelle va « affecter gravement » l’accès aux services publics (santé, éducation…) jusqu’à provoquer son « effondrement ». « Ce sont des gens qui vont exiger des avantages, donc ces services doivent être redimensionnés ou un conflit social va éclater », a déclaré l’avocat de la Communauté de Madrid lors de l’audience. « Ces personnes résidant en Espagne accédaient déjà à ces droits. Le sujet est de savoir si nous tolérons ou non leur situation de vulnérabilité », a rétorqué l’avocat représentant l’État.
    Selon l’exécutif espagnol, cette régularisation permettra aux bénéficiaires d’accéder au « plein exercice des droits reconnus par le système juridique », y compris le travail, qui favorisera non seulement leur intégration, mais augmentera également les cotisations sociales grâce à leur incorporation sur le marché du travail.Les effets du dernier plan de régularisation en Espagne, en 2005, donnent raison au gouvernement de Pedro Sanchez. D’après une étude menée par Joan Monras, professeur à l’université Pompeu Fabra à Barcelone, les dépenses publiques consacrées à la santé et à l’éducation n’ont pas augmenté de manière significative après le plan de régularisation de cette même année. Et un rapport de 2023 indique que, jusqu’à cette date, la régularisation de 600 000 immigrants, encouragée en 2005 par le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero, a généré 2,3 milliards d’euros supplémentaires par an, grâce aux cotisations sociales, rapporte le site El Periodico.
    Par ailleurs, les requérants, et en première ligne Vox, estiment que cette mesure va provoquer la ruée d’étrangers sur le sol espagnol. « Ici, nous ne parlons pas d’entrée, mais de personnes qui, le 1er janvier 2026, étaient en Espagne et peuvent prouver au moins cinq mois de résidence », a rappelé l’avocat de l’État.Et sur ce sujet aussi, les précédents plans de régularisation menés en Espagne (entre 1986 et 2005) démontent les arguments des opposants. Ces mesures n’ont en effet pas entraîné d’augmentation significative des arrivées les années suivantes. Après la décision de la Cour suprême de ne pas suspendre ce décret royal, la ministre des Migrations, Elma Saiz, s’est félicité de cette « bonne nouvelle pour la société, pour les personnes, pour les entreprises ». « C’est la justice face à l’irresponsabilité de certains », a-t-elle insisté.
    Depuis le 16 avril - et jusqu’au 30 juin -, les guichets sont ouverts en Espagne pour les immigrés souhaitant déposer une demande de régularisation. Ce vaste plan, présenté comme « une nécessité » face au vieillissement de la population et comme un levier pour soutenir l’économie espagnole, attire nombre de candidats. Le gouvernement a déjà reçu près de 550 000 demandes de régularisation. Parmi elles, plus de 91 000 ont été admises au traitement

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#politiquemigratoire#regularisation#economie#vieillissement#sante

  • En Espagne, le vaste plan de régularisation des étrangers entraîne un flot de fausses informations - InfoMigrants
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    En Espagne, le vaste plan de régularisation des étrangers entraîne un flot de fausses informations
    Par Leslie Carretero Publié le : 12/05/2026
    Facteur d’attractivité, arme électorale, arrivée de criminels… Alors que la campagne de régularisation d’un demi-million de personnes sans papiers a débuté mi-avril en Espagne, les fausses informations visant les étrangers pullulent sur les réseaux sociaux.Ces fausses informations visant à faire croire à une ruée des étrangers vers le sol espagnol pullulent sur les réseaux sociaux alors que la campagne de régularisation massive des sans-papiers a débuté mi-avril - et s’achèvera le 30 juin - et pourrait concerner un demi-million de
    Le prétendu facteur d’attraction de cette mesure exceptionnelle, portée par le gouvernement de gauche, est largement relayé par le parti d’extrême droite Vox, mais aussi par le parti populaire (PP), classé à droite de l’échiquier politique espagnol. Le leader d’extrême droite Santiago Abascal a même affirmé que le nombre de migrants bénéficiant d’une régularisation dans le cadre de ce plan serait « bien supérieur » à celui annoncé par le gouvernement et que « des millions d’autres [exilés] arriveront plus tard », sans apporter de preuves.
    Or, les anciennes mesures de régularisation exceptionnelle – la première date de 1986 et la dernière de 2005 – contredisent les projections des opposants. « L’effet d’attraction est un mythe qui circule avec chaque programme de régularisation [l’Espagne en a mené six depuis 1986, ndlr]. On ne peut pas prédire l’avenir, mais les programmes précédents n’ont pas entraîné d’augmentation des arrivées », explique, au média El Periodico, Ona Sindreu de Verificat, plateforme de vérification des faits.
    Le nombre d’arrivées de migrants irréguliers en Espagne connaît d’ailleurs cette année une nette diminution : les autorités ont comptabilisé 7 923 arrivées entre le 1er janvier et le 30 avril 2026, contre 13 953 à la même période de 2025. Soit une baisse de 43 %.
    Et rappelons que le plan ne concerne que les personnes ayant vécu sans interruption en Espagne pendant cinq mois avant le 1er janvier 2026. Les nouveaux arrivants ne sont donc pas concernés.
    L’autre rumeur qui prend de l’ampleur dans le pays ibérique concerne la venue massive d’étrangers criminels. À la veille de l’ouverture des bureaux d’immigration le 16 avril, le président du PP avait estimé qu’il était « absurde » d’accorder des permis de séjour « en masse » à des personnes ayant un « casier judiciaire » ou ayant « agressé une femme ».
    Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le gouvernement, tous les demandeurs de permis de séjour doivent prouver qu’ils n’ont pas d’antécédents avec la justice et donc disposer d’un casier judiciaire vierge, comme pour les autres procédures d’immigration.
    Les services publics sont aussi la cible d’infox. Selon Vox, la procédure de régularisation des étrangers aura pour effet de submerger les services publics, comme La Poste ou la Sécurité sociale. Or, le ministère des Migrations signale que des horaires spécifiques et élargis ont été mis en place, et que l’accueil en personne se fera uniquement sur rendez-vous afin d’éviter les attroupements.
    Les détracteurs de cette mesure disent craindre aussi pour les finances publiques liées notamment à la santé ou à l’éducation. Mais le gouvernement indique que la population étrangère utilise moins le système de santé que les Espagnols et que ces personnes bénéficiaient déjà de ces services avant leur régularisation. Selon une étude menée par Joan Monras, professeur à l’université Pompeu Fabra à Barcelone, les dépenses publiques consacrées à la santé et à l’éducation n’ont pas augmenté de manière significative après le plan de régularisation de 2005.Et un rapport de 2023 indique que, jusqu’à cette date, la régularisation de 600 000 immigrants, encouragée en 2005 par le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero, a généré 2,3 milliards d’euros supplémentaires par an pour la Sécurité sociale, rapporte le site El Periodico.
    Parmi le flot de fausses informations, on peut aussi noter la possibilité pour les étrangers nouvellement régularisés de voter aux prochaines élections. « Pedro Sánchez [le Premier ministre, ndlr] a l’intention de truquer les élections de 2027, d’où cette course à la régularisation », a affirmé Santiago Abascal, de Vox, début mai lors d’un rassemblement près de Séville. Or, aux élections générales comme aux élections régionales, seuls les citoyens espagnols peuvent participer.
    La mesure de régularisation, actée par décret royal en début d’année, sera examinée mercredi 13 mai par la Cour suprême. Plusieurs requêtes ont été portées devant la haute juridiction afin de suspendre le processus, comme celle de l’association conservatrice Hazte Oír qui estime que le dispositif dépasse les limites légales et « modifie structurellement la politique migratoire de l’État, avec des effets directs et durables ». Vox, lui aussi à l’initiative de cette action en justice, estime que cette mesure envoie « un message très clair au monde entier : en Espagne, entrer en force est récompensé ». Reste à savoir que ce décidera la Cour suprême

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#politiquemigratoire#regularisation#droit#sante

  • Au Maroc, le secteur agricole est dépendant des travailleurs migrants - InfoMigrants
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    Au Maroc, le secteur agricole est dépendant des travailleurs migrants
    Par Sertan Sanderson Publié le : 24/04/2026
    Alors que le Maroc est traditionnellement un pays de transit pour les migrants qui espèrent rejoindre l’Europe, de plus en plus de personnes choisissent d’y rester. Le secteur agricole marocain, en manque de main d’oeuvre, y voit une bouée de secours.Le Maroc passe progressivement d’un pays de transit à un pays de destination pour de nombreux migrants. Cela s’explique notamment par l’urbanisation du Maroc, qui a entraîné un exode massif vers les villes, au détriment des zones rurales qui abritent les secteurs de l’agriculture et de l’élevage. Cette évolution a ainsi créé de nouvelles opportunités d’emploi.
    Le renforcement des contrôles aux frontières maritimes par les autorités marocaines, en étroite collaboration avec les partenaires européens, a également rendu plus difficiles les dangereuses traversées en mer vers l’Union européenne (UE). Beaucoup de migrants se retrouvent donc bloqués à long terme au Maroc et se mettent à chercher du travail sur place.
    Il est difficile de quantifier précisément l’ampleur de cette tendance, car près des trois quarts des migrants qui restent au Maroc occupent un travail illégal et les autorités marocaines se montrent réticentes à régulariser leur situation. De plus, les statistiques officielles ne reflètent pas l’ampleur de la migration irrégulière.
    L’agence de presse Reuters s’est rendue dans une exploitation agricole près de la ville côtière d’Agadir, où les migrants comblent désormais d’importantes pénuries de main-d’œuvre. Plus de 24 000 hectares de serres s’étendent sur les plaines de la région de Souss-Massa, à environ 50 kilomètres au sud d’Agadir, où sont produites plus de 80 % des exportations marocaines de fruits et légumes. Le poids économique de la région est considérable.L’un des migrants qui a trouvé du travail ici est Abdulfattah Aliou, un homme de 23 ans originaire du Togo, dont l’histoire est similaire à celle de nombreuses personnes en situation irrégulière bloquées au Maroc.
    Le Togolais a expliqué à Reuters qu’il avait initialement tenté de rejoindre l’UE en entrant dans l’une des enclaves espagnoles situées à l’extrême nord du Maroc, où il a été intercepté par les gardes-frontières espagnols avant d’être renvoyé au Maroc. Depuis le nord du Maroc, les autorités ont ensuite renvoyé Abdulfattah Aliou et d’autres migrants par bus vers le sud du pays. Certaines organisations de défense des droits de l’Homme ont dénoncé cette pratique, la qualifiant de « refoulement interne », et estimant qu’elle porte atteinte au droit de demander l’asile. Débarqué dans le sud du pays, Abdulfattah Aliou a commencé à travailler sur des exploitations agricoles. « Travailler, c’est mieux que de mendier dans la rue », a-t-il expliqué en rentrant d’une journée de travail dans un champ de tomates.
    Alioun Dialou, un Sénégalais de 48 ans, s’est également installé ici. Il travaille dans des exploitations agricoles de la région depuis près de 20 ans et a été témoin de l’évolution démographique de ses propres yeux. Alioun Dialou vit dans la ville d’Aït Amir, dans la région de Souss-Massa, où la population locale a quadruplé pour atteindre 113 000 habitants depuis la fin des années 1990, sous l’effet de l’augmentation de la main-d’œuvre migrante. Il dort actuellement dans la rue, essayant d’économiser de l’argent pour pouvoir s’acheter un téléphone, afin de rester en contact avec sa famille restée au pays, et de nouvelles chaussures. Malgré ces difficultés, il n’a toujours pas l’intention de quitter le Maroc, du moins pour le moment. « Je dois gagner un peu d’argent pour vivre et me reposer, dit-il. J’essaierai l’Europe plus tard. »
    Pourtant, à son arrivée au Maroc, Alioun Dialou avait espéré continuer le voyage vers l’Europe. Aujourd’hui, il a une fille de 11 ans scolarisée dans une école marocaine. Elle parle le français, la langue locale berbère et l’arabe marocain. Nombre de Marocains sont allés chercher du travail dans des grands centres urbains depuis le début des années 2000 et une longue période de sècheresse qui a presque décimé le secteur agricole. Cette dernière a supprimé 1,7 million d’emplois agricoles, selon les statistiques officielles citées par Reuters qui précise que le nombre de Marocains travaillant activement dans l’agriculture a été divisé par deux au cours des vingt dernières années.
    Dans des villes comme Tanger, Rabat et Casablanca, qui ont connu ces dernières années une croissance annuelle de 1 %, de nombreux Marocains se sont depuis longtemps construit une nouvelle vie, n’ayant plus beaucoup d’attaches dans les zones rurales.
    Rachid Benali, président de la Confédération nationale des producteurs agricoles (COMADER), estime que cette tendance ne va pas s’inverser. Selon lui, « une fois que les gens se sont habitués à la vie urbaine, il est difficile de les faire revenir travailler dans les exploitations agricoles des zones rurales ». Or, il est devenu difficile de trouver de la main-d’œuvre. La forte demande a également poussé les travailleurs agricoles marocains à exiger des salaires plus élevés. Dans le même temps, des migrants comme Abdulfattah Aliou travaillent pour des bas salaires. Selon Reuters, ils gagnent moins d’un cinquième du salaire en vigueur pour les Marocains.
    Abdelaziz El Maanaoui, président d’une association de producteurs dans les plaines de Souss-Massa, confirme que le secteur est devenu dépendant de la main-d’œuvre immigrée : "Sans la main-d’œuvre subsaharienne, un certain nombre d’exploitations auraient dû fermer
    Ainsi, des voix s’élèvent aujourd’hui pour demander la régularisation d’environ 150 000 personnes au Maroc. Abdelaziz El Maanaoui se dit favorable à cette initiative. D’autant que les taux de natalité chez les Marocains est en forte baisse et un déclin démographique est désormais en cours. Cela signifie que la pénurie de main-d’œuvre va encore s’amplifier dans le secteur agricole. De plus, l’urbanisation se poursuit : le gouvernement marocain a investi massivement dans le renforcement de ses infrastructures des villes, en construisant de nouvelles voies ferrées, des routes et des aéroports. Rachid Benali a expliqué à Reuters qu’une « pénurie structurelle de main-d’œuvre agricole, tant qualifiée que non qualifiée, dans le pays » mettait gravement en péril la compétitivité de l’agriculture marocaine

    #Covid-19#migration#migrant#maroc#subsaharien#agriculture#economie#travailleurmigrant#sante#demographie#regularisation#droit

  • Au Chili, le président Kast suspend la régularisation de 182 000 migrants prévue par l’administration de son prédécesseur
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/30/au-chili-le-president-kast-suspend-la-regularisation-de-182-000-migrants-pre

    Au Chili, le président Kast suspend la régularisation de 182 000 migrants prévue par l’administration de son prédécesseur
    José Antonio Kast a pris ses fonctions à la tête du pays andin le 11 mars, avec la promesse d’imposer une « main de fer » à l’immigration irrégulière.
    Le Monde avec AFP
    Le gouvernement du président chilien, José Antonio Kast (extrême droite), a annoncé, lundi 30 mars, la suspension de la régularisation de près de 182 000 migrants prévue par l’administration de son prédécesseur, Gabriel Boric. José Antonio Kast a pris ses fonctions à la tête du pays andin le 11 mars, avec la promesse d’imposer une « main de fer » à l’immigration irrégulière. Le chef de l’Etat le plus à droite du Chili depuis la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990) associe l’augmentation de la criminalité à l’arrivée de migrants en situation irrégulière ces dernières années. Selon un communiqué du service des migrations transmis à l’Agence France-Presse (AFP), le gouvernement de Gabriel Boric (gauche) avait adopté un décret prévoyant la régularisation de 182 000 personnes ayant participé à un processus de recensement de migrants entrés illégalement dans le pays. Le texte n’était pas encore entré en vigueur. « Nous n’allons pas procéder à une régularisation massive, comme l’avait proposé le gouvernement Boric », a affirmé le directeur du service des migrations, Frank Sauerbaum. « Heureusement [le décret] n’a pas été mis en œuvre, car nous avons appris aujourd’hui que 6 000 personnes sur les 182 000 avaient déjà commis un délit », a ajouté l’autorité.
    Cinq jours après sa prise de fonctions, le président Kast s’était rendu dans la région d’Arica, à la frontière avec le Pérou, pour superviser la construction de barrières destinées à empêcher l’entrée de migrants dans les trois régions du nord du pays. Il avait fixé un délai de quatre-vingt-dix jours pour leur achèvement.Le gouvernement a également annoncé une augmentation du nombre de militaires déployés aux frontières, ainsi qu’un renforcement de leurs moyens de surveillance, incluant des drones, des caméras et des équipements spécialisés.
    Le gouvernement prévoit d’adresser au Parlement deux projets de loi destinés à freiner la migration, dont l’un sanctionnerait les personnes aidant les migrants à entrer irrégulièrement au Chili et l’autre érigerait en délit l’entrée illégale sur le territoire. « [Ces dernières années], le Chili a été fragilisé par l’immigration illégale, le narcotrafic et le crime organisé », a affirmé à la presse M. Kast, lundi. Selon des données officielles, près de 337 000 migrants en situation irrégulière vivent au Chili, principalement des Vénézuéliens. M. Kast a promis de promouvoir leur expulsion. Il a toutefois écarté l’idée d’interpellations en masse. « Nous ne voulons pas mener une traque lieu par lieu. Mais chacun sait qu’il devra, à un moment donné, se confronter à l’Etat », avait-il assuré en mars à la presse locale.

    #Covid-19#migration#migrant#chili#immigration#politiquemigratoire#regularisation#migrationirreguliere#venezuela#sante#droit

  • Immigration en France : l’impossible débat sur les régularisations des étrangers sans papiers
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/28/immigration-l-impossible-debat-sur-les-regularisations-des-etrangers-sans-pa

    Immigration en France : l’impossible débat sur les régularisations des étrangers sans papiers
    Par Julia Pascual
    Il n’en est plus question. Alors que l’Espagne a annoncé vouloir régulariser 500 000 personnes, en France, le sort des sans-papiers a été relégué aux confins du débat public. Ils seraient pourtant entre 450 000 et 800 000, selon des estimations. Le passage de Bruno Retailleau au ministère de l’intérieur, entre septembre 2024 et octobre 2025, a été l’occasion d’acter la mise au ban du sujet.
    Le président du parti Les Républicains (LR) a fait de la lutte contre l’immigration son principal credo. Il a notamment abrogé la circulaire ministérielle de 2012, dite « circulaire Valls », qui régularisait chaque année quelque 30 000 personnes en raison de leur vie familiale ou de leur travail. La circulaire Retailleau de janvier 2025 encadre désormais le pouvoir discrétionnaire des préfets sur le sujet et elle a durci les conditions d’admission exceptionnelle au séjour, en particulier en exigeant sept ans de présence en France, contre trois à cinq ans précédemment.
    Résultat, les régularisations ont baissé de 10 % en 2025. A La Cimade, Mélanie Louis parle d’une « politique de bannissement » des étrangers sans papiers, à laquelle elle rattache les effets de la circulaire Retailleau, mais aussi ceux de la « loi immigration » de 2024, portée par l’actuel garde des sceaux et ministre de l’intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. « Cette loi a fait que la durée de validité d’une OQTF [obligation de quitter le territoire français] est passée d’un à trois ans et en fait un motif de refus de délivrance d’un titre de séjour », note-t-elle.
    L’arrivée de Laurent Nuñez Place Beauvau a marqué un apaisement du discours ministériel. Certaines propositions de loi poussées par son prédécesseur ont été discrètement mises sous le boisseau, comme celle qui rétablit le délit de séjour irrégulier. Mais l’action publique ne se desserre pas. « La réalité des préfectures bloquées ne change pas », déplore ainsi Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité.
    Ceux qui d’ordinaire montent au créneau manquent de levier. « La dernière grève d’ampleur de travailleurs sans papiers qu’on a organisée remonte à 2023, constate Jean-Albert Guidou, du collectif Travailleurs migrants de la CGT. On n’en a pas fait depuis car il faut, pour sortir d’une grève, des interlocuteurs au ministère de l’intérieur, mais entre l’instabilité gouvernementale et le durcissement de l’approche sur les OQTF, on est bloqué. » Résultat : « Le sujet passe totalement sous les radars », regrette le syndicaliste.
    Un constat que corrobore Pierre-Olivier Ruchenstain, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et rapporteur d’un avis de janvier 2022 sur les métiers en tension. « Le sujet a fini par devenir tabou, un peu comme la sexualité ou la religion, dit-il. Et c’est le signe que l’extrême droite a gagné. »
    Personne n’envisage que la régularisation soit débattue avant l’élection présidentielle de 2027. Les Ecologistes, qui disposaient d’une niche parlementaire à l’Assemblée nationale le 12 février, ont par exemple choisi de mettre à l’ordre du jour le droit de vote des étrangers aux élections locales, un texte finalement non soumis au vote. « La régularisation est un sujet sur lequel on pourrait travailler à une loi, mais vu le contexte politique, on se ferait bananer », justifie Léa Balage El Mariky, députée écologiste de Paris. Pour l’élue, la régularisation est un « sujet de présidentielle ».
    Evénement
    Le préfet Alain Régnier a, pour sa part, voulu en faire un sujet de « début de mandat ». Délégué interministériel chargé de l’accueil et de l’intégration des réfugiés entre 2018 et 2024, il avait écrit une note à Emmanuel Macron, en octobre 2018, dans laquelle il plaidait pour la création d’un titre de séjour temporaire, à l’image de celui qui existe en Allemagne sous l’appellation « Duldung » (« tolérance »), et qui permet notamment aux sans-papiers de pouvoir légalement travailler, en attendant que leur situation administrative évolue positivement ou qu’ils soient expulsés. Son courrier n’a pas eu de suite. La présidence d’Emmanuel Macron a, du reste, été pavée de rendez-vous manqués sur le sujet.
    En décembre 2022, alors que son second mandat est entamé, un projet de convention citoyenne sur la migration émerge, soutenu notamment par l’aile gauche de la Macronie. Il s’agit, notamment, d’aborder la question de la régularisation. Le président du CESE est volontaire pour l’organiser ; le porte-parole du gouvernement de l’époque, Olivier Véran, s’en fait même le promoteur. Mais l’Elysée ne saisit pas l’occasion.
    « Le sujet a été enterré, et on a baissé les bras », reconnaît Antoine de Clerck, animateur de la campagne en faveur de la convention. A l’automne 2023, c’est cette fois l’idée d’un comité interministériel à l’intégration qui est tuée dans l’œuf. « Le dernier remontait à 2018, et c’était l’occasion de penser à des mesures positives », se souvient Alain Régnier. Des notes sont rédigées à l’attention du secrétariat d’Etat à la citoyenneté, mais le portage politique ne suit pas.
    La dernière bascule se fait lors des débats parlementaires sur la loi « immigration ». Ce texte laisse un temps espérer l’ouverture d’un droit à la régularisation pour les travailleurs dans les métiers en tension. Gérald Darmanin défend cet aspect du texte, aux côtés d’Olivier Dussopt, alors ministre du travail. Quelques (rares) organisations patronales se montrent en soutien, comme dans la restauration. Rapporteur de la commission des lois de l’Assemblée nationale à l’époque, le député de la Vienne et ancien macroniste Sacha Houlié vante une mesure populaire. « Entre 2022 et 2023, on était passé dans les sondages de 40 % à 63 % d’opinions favorables », affirme-t-il.
    Mais le gouvernement ne trouve pas de majorité parlementaire, et le texte fait l’objet d’une motion de rejet par la gauche du fait de ses aspects les plus durs. L’exécutif s’associe finalement à LR. Promulguée en janvier 2024, la loi est alourdie de mesures anticonstitutionnelles, tandis que la mesure sur la régularisation est vidée d’une partie de sa substance. A son arrivée Place Beauvau, Bruno Retailleau termine le travail de sape en retardant et limitant la révision de la liste des métiers en tension et en donnant consigne aux préfets de limiter les régularisations. Les voix dissidentes sur le sujet sont inaudibles. Ministre du logement à l’époque, Valérie Létard dit avoir « essayé d’avancer sur le sujet, mais pas au rythme qu’[elle] aurai[t] espéré ». Elle se fait l’écho des acteurs de l’hébergement d’urgence, embolisé, qui déplorent un « gâchis ».
    « Environ 50 000 places [sur 200 000] sont occupées par des femmes avec enfants et des familles qui ne repartiront jamais », remarque Pierre Henry, président de l’association France Fraternités. « Des gens travaillent au noir dans des métiers essentiels. Ils finiront par être régularisés. C’est une perte de temps », appuie Lotfi Ouanezar, directeur général d’Emmaüs Solidarité. Il existe même un consensus chez les économistes qui plaident pour une régularisation. Le CESE a adopté un avis en février 2024 qui préconise de faciliter la régularisation. « Elle a un effet positif pour le marché du travail, y compris pour les travailleurs dits “natifs” », affirme Hippolyte d’Albis, professeur à l’Essec Business School. Le patronat reste pourtant discret. « Les employeurs sont très gênés, croit Pierre-Olivier Ruchenstain. Ils ont peur d’entrer dans un débat clivant et d’être catalogués. » Aucune des organisations patronales sollicitées par Le Monde n’a donné suite.

    #Covid-19#migration#migrant#france#politiquemigratoire#regularisation#droit#sante#economie#integration#metierentension#espagne

  • Titres de séjour expirés, délais à rallonge, bugs informatiques... Les étrangers saisissent de plus en plus la justice française - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70175/titres-de-sejour-expires-delais-a-rallonge-bugs-informatiques-les-etra

    Titres de séjour expirés, délais à rallonge, bugs informatiques... Les étrangers saisissent de plus en plus la justice française
    Par Romain Philips Publié le : 05/03/2026
    Pour obtenir un rendez-vous ou un récépissé, contester une décision ou simplement surmonter un obstacle technique, les étrangers en France sont de plus en plus nombreux à engager des actions en justice face à l’absence de réponses de préfectures aux moyens sous-dimensionnés. Entretien avec Maitre Alexandre Delavay, avocat, qui revient sur l’"explosion" de ces recours.
    En 2025, le contentieux des étrangers a fait face à « une explosion » des recours, selon le syndicat de la justice administrative. Au total, 154 314 requêtes ont été déposées devant la justice administrative française cette année, soit une hausse de 27,5 % par rapport à 2024.
    Au quotidien, Maître Alexandre Delavay, avocat en droit des étrangers à Paris, accompagne des étrangers dans leur recours devant la justice administrative. Entretien.
    – InfoMigrants : Selon plusieurs syndicats de magistrats de la justice administrative, le nombre de recours a « explosé » en 2025. La hausse est particulièrement importante pour les contentieux des étrangers (+ 27,5% par rapport à l’année dernière). Pourquoi les étrangers saisissent-ils autant la justice administrative française ?
    – Alexandre Delavay : Ces contentieux massifs qui engorgent la justice concernent surtout des problèmes avec la préfecture, notamment à cause de la dématérialisation complète des procédures. Ce sont des contentieux liés à des difficultés techniques et l’absence de réponse. C’est très clairement des contentieux que l’on pourrait éviter.
    En France, c’est l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) qui s’occupe de la dématérialisation des démarches administratives liées à l’immigration. La plateforme internet concerne aujourd’hui une majorité de démarches indispensables pour vivre en situation régulière en France. Mais entre les bugs informatiques, les blocages administratifs et l’absence de réponse humaine, l’utilisation de l’ANEF vire souvent au cauchemar pour les personnes étrangères en France. Ces multiples couacs empêchent concrètement les étrangers régularisés de prendre un rendez-vous à la préfecture, de renouveler leurs papiers ou même de déclarer un changement d’adresse ou de situation familiale. Pourtant, sans ces documents obtenus dans un temps imparti, les étrangers risquent de perdre leur emploi ou leurs droits sociaux. Si seulement on avait une plateforme qui fonctionne, on n’aurait pas à saisir le juge pour qu’il débloque un bouton. Parce qu’il faut se rendre compte qu’aujourd’hui on en est vraiment là : on est obligé parfois de saisir le tribunal parce qu’il y a un bouton sur le site qui ne marche pas.
    Parfois, ce sont les numéros d’étrangers qui ne sont pas reconnus ou encore juste un déménagement qui n’a pas été inscrit dans la plateforme internet. C’est ce genre de petites choses qui font que derrière, tout le système est bloqué.
    Et l’autre problème, c’est celui de l’absence de réponse des préfectures. Une fois qu’ils ont écrit de toutes les manières possibles aux préfectures et qu’ils n’ont toujours pas de réponse, les étrangers n’ont pas d’autres choix que de saisir la justice. Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’on saisit la justice mais parfois il n’y a pas d’autres solutions. Les autres recours concernent la lenteur des demandes. La préfecture a un délai légal de quatre mois pour répondre à la plupart des demandes de titre de séjour sauf qu’aujourd’hui, elles traînent en longueur pendant des mois. Donc, on est aussi obligé de saisir le juge pour obtenir une réponse.
    – IM : Outre les délais qui s’allongent, quelles sont les conséquences pour les étrangers en France ?
    – AD : Premièrement, une action en justice, c’est du stress et un coût financier. Mais surtout, pour les étrangers, leur vie est tout simplement gelée, mise entre parenthèses, durant un recours. Vous pouvez être un ressortissant étranger parfaitement inséré en France et tout perdre à cause d’un embouteillage au sein des préfectures.
    Rappelons qu’en France, pour qu’un ressortissant étranger travaille, il doit être en situation régulière. Idem pour pouvoir voyager à l’étranger, il ne suffit pas d’un passeport, pour revenir en France, il faut avoir un titre de séjour valide. Donc, ces étrangers en recours ne peuvent pas voyager, aller voir leur famille, etc.
    Sans régularisation en bonne et due forme, tout une vie peut s’effondrer. Impossible, par exemple, de souscrire à l’assurance maladie, car il faut prouver régulièrement qu’on est en situation régulière. De plus en plus aussi, les banques demandent aux ressortissants étrangers de démontrer qu’ils sont bien en situation régulière. En cas de problèmes, vous risquez de ne pas avoir de compte en banque. Il y a aussi les personnes en règle qui n’arrivent pas à renouveler leur titre de séjour. Et là, c’est toute leur vie qui s’effondre comme un château de cartes car de leur situation administrative dépend tout le reste. En l’espace de quelques mois, vous pouvez être un ressortissant étranger parfaitement inséré en France et tout perdre à cause d’un embouteillage au sein des préfectures et d’un manque de moyens humains au sein de ces préfectures.
    – IM : La saisie de la justice débloque-t-elle toujours la situation ?
    – AD : Dès qu’on saisit le tribunal, celui-ci envoie notre recours à la préfecture. Et cela suffit parfois à débloquer la situation. C’est un peu ubuesque, parfois on n’a même pas à attendre la décision du juge : en fait la préfecture reçoit notre recours et elle se dit, à ce moment-là, qu’il faut peut-être faire quelque chose. Pour les recours classiques, les délais sont longs. On peut arriver jusqu’à 12, voire 18 mois, avant d’avoir une réponse de la part du tribunal. Et c’est autant de temps durant lequel les ressortissants étrangers voit leur vie gelée. Mais surtout parfois, cela ne suffit pas car dans les préfectures débordées, on a du mal à faire appliquer les décisions de justice. Une fois que le tribunal oblige l’administration à faire quelque chose comme délivrer un récépissé ou un rendez-vous, encore faut-il que ce soit fait. Parfois, malgré un jugement du tribunal, on rencontre les mêmes difficultés : on se retrouve face à un interlocuteur qui ne répond pas.

    #Covid-19#migrant#migration#france#prefecture#justice#droit#sante#regularisation#ANEF

  • « Non conforme à l’esprit de l’UE » : la Commission européenne s’inquiète de la politique migratoire espagnole - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69784/non-conforme-a-lesprit-de-lue--la-commission-europeenne-sinquiete-de-l

    « Non conforme à l’esprit de l’UE » : la Commission européenne s’inquiète de la politique migratoire espagnole
    Par La rédaction Publié le : 11/02/2026
    La dernière mesure espagnole visant à régulariser un demi-million de personnes en situation irrégulière dans le pays inquiète la Commission européenne. Cette réforme « n’est pas conforme à l’esprit de l’UE en matière de migration », a estimé un fonctionnaire européen, alors que l’UE ne cesse de durcir sa politique migratoire. La Commission craint par ailleurs que cette régularisation n’entraîne le déplacement de cette population dans d’autres États membres.
    À contre-courant des autres pays européens, l’Espagne prône ces dernières années une politique accueillante envers les étrangers. Alors que la plupart des États membres durcissent leur politique migratoire, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a adopté, fin janvier, un décret royal visant à régulariser 500 000 migrants sans-papiers présents dans le pays.
    Seront éligibles les étrangers arrivés avant le 31 décembre 2025 et présents depuis au moins cinq mois sur le territoire espagnol et sans casier judiciaire. Le titre de séjour sera valable d’un à cinq ans et renouvelable. Les bénéficiaires pourront obtenir la citoyenneté après dix ans de séjour en Espagne. Mais cette mesure semble inquiéter la Commission européenne. « Elle n’est pas conforme à l’esprit de l’Union européenne en matière de migration », a déclaré un fonctionnaire européen à Euronews. Lors d’un débat au Parlement européen, mardi 10 février, le Commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration Magnus Brunner a averti que cette régularisation massive en Espagne ne devait pas avoir de « conséquences négatives » pour les autres pays de l’UE.
    Les craintes de la Commission portent particulièrement sur le potentiel déplacement de ces personnes régularisées à travers l’Europe. Avec leur nouveau titre de séjour, elles pourront se rendre dans un autre État membre pour un maximum de 90 jours, tous les 180 jours, rappelle Euronews. Mais les dirigeants européens craignent que certaines personnes ne s’installent dans un autre pays de l’UE sans en avoir l’autorisation.
    Un permis de séjour « n’est pas un chèque en blanc » pour circuler sans restriction dans l’ensemble de l’UE, a insisté mardi devant les eurodéputés Magnus Brunner, réaffirmant que si les politiques nationales de régularisation sont autorisées, il existe des règles européennes claires régissant la libre circulation et le séjour. Si des bénéficiaires de la mesure de régularisation espagnole sont contrôlés en situation irrégulière dans un autre État membre, ils « doivent retourner dans le pays où le permis a été accordé », a-t-il ajouté.
    Ces dernières années, le centre de gravité politique de l’Europe a glissé à droite, poussant ses dirigeants à serrer toujours plus la vis sur l’immigration et à dissuader les exilés de venir sur le continent. Le Pacte asile et migrations, qui devrait entrer en vigueur en juin prochain, va remodeler toute la politique migratoire européenne. Avec ce pacte - adopté en mai 2024 -, Bruxelles veut renforcer les contrôles aux frontières pour décourager les entrées irrégulières, inciter à une immigration légale et organiser la gestion de l’asile lors de situations de crise.
    Mardi 10 février, le Parlement européen a aussi adopté, avec le soutien de la droite et de l’extrême droite, deux textes phares durcissant un peu plus la politique migratoire. Le premier concerne l’établissement d’une nouvelle liste de pays tiers considérés comme « sûrs » par l’UE. Il s’agit du Kosovo, du Bangladesh, de la Colombie, de l’Égypte, de l’lnde, du Maroc et de la Tunisie. Cette liste avait été proposée en avril 2025. Elle a donc été définitivement adoptée par le Parlement mardi. Les demandeurs d’asile de ces pays verront leur dossier examiné de « façon accélérée ». En cas de rejet, leur expulsion aussi devrait être plus rapide.
    Le second stipule que les États membres de l’UE pourront envoyer des demandeurs d’asile vers ces pays dont ils ne sont pas originaires - et avec lesquels ils n’ont aucun lien - mais que l’Europe considère comme « sûrs ». En outre, chaque pays de l’UE serait libre de conclure des partenariats migratoires avec ces États tiers - comme sur le modèle Italie-Albanie. Ces nouvelles mesures sont vivement critiquées par les défenseurs des droits et certains politiques. Amnesty international a dénoncé un « jour sombre pour les droits humains dans l’UE ». C’est « une étape de plus de la déshumanisation de la politique migratoire de l’Union européenne », a déploré pour sa part l’eurodéputée écologiste Mélissa Camara, regrettant que la dignité des demandeurs d’asile soit « bafouée ».
    Même à droite de l’équipier politique, certaines personnalités dénoncent ce nouveau texte. C’est le cas de l’eurodéputée française Fabienne Keller, du parti Renew. « La réalité, c’est que ce texte ne va rien résoudre et empêchera une meilleure gestion du défi migratoire », écrit-elle sur X. "Externaliser nos responsabilités, c’est une forme de lâche

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#UE#politiquemigratoire#sante#droit#regularisation#librecirculation

  • Espagne : feu vert « historique » pour la régularisation d’un demi-million de migrants

    Le gouvernement espagnol a adopté mardi un #décret royal visant à régulariser 500 000 personnes en situation irrégulière dans le pays. Cette mesure, portée et discutée depuis 2022 à l’initiative d’une pétition, doit permettre de soutenir la #croissance_économique du pays. Cette régularisation concerne les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 sur le sol espagnol.

    À contre-courant de ses homologues européens, le gouvernement de gauche espagnol a approuvé, mardi 27 janvier, un plan de régularisation massif des sans-papiers. La mesure a été adoptée par décret royal, ce qui permet à l’exécutif de se passer d’un vote au Parlement, où il ne dispose pas de majorité.

    « Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, sur l’intégration, sur le vivre-ensemble, et compatible avec la croissance économique ainsi qu’avec la cohésion sociale », s’est réjouie la porte-parole du gouvernement et ministre des Migrations Elma Saiz à l’issue du conseil des ministres.

    La mesure concernera « environ un demi-million de personnes » qui se trouvent en Espagne et pourront ainsi « travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays ».

    Seront éligibles les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 et présentes depuis au moins cinq mois sur le territoire espagnol et sans casier judiciaire. « À partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a expliqué la ministre. Le titre de séjour sera valable de un à cinq ans et renouvelable. Les bénéficiaires pourront obtenir la citoyenneté après dix ans de séjour en Espagne.

    « Il s’agit d’une mesure longuement élaborée, discutée et nécessaire pour répondre à une réalité qui existe dans nos rues », a-t-elle souligné.

    La dernière régularisation de ce type a eu lieu en 2005, sous le mandat de José Luis Rodríguez Zapatero. Elle avait permis la délivrance de papiers à près de 600 000 personnes.
    L’immigration représente « 80 % de la croissance économique de l’Espagne »

    Début janvier, le Premier ministre espagnol avait présenté son pays comme un exemple pour l’Europe en matière migratoire. Alors que d’autres pays européens ont fermé leurs frontières aux nouveaux arrivants sous la pression des partis de droite, le gouvernement de Pedro Sánchez a toujours défendu l’ouverture de son pays aux immigrés.

    « Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain face à ceux qui prônent la fermeture de nos frontières et refusent aux migrants le minimum de dignité qu’ils méritent », avait déclaré Pedro Sánchez lors d’une cérémonie de vœux devant les ambassadeurs espagnols le 8 janvier dernier. Selon le chef de l’État, l’immigration a représenté « 80 % de la croissance économique de l’Espagne au cours des six dernières années ».

    L’annonce de mardi survient d’ailleurs le même jour que la publication des chiffres du chômage pour le 4e trimestre 2025, qui montrent un taux sous les 10 % pour la première fois depuis 2008, un succès notamment tiré par le nombre de nouveaux emplois occupés par des étrangers (52 500 contre 23 700).

    L’Espagne, quatrième économie de l’Union européenne (UE), a fait mieux que ses pairs depuis 2021, portée par le tourisme, la faiblesse des coûts de l’énergie, la consommation intérieure et l’investissement étranger. Le gouvernement prévoit que la croissance s’établira à 2,9 % pour 2025, soit plus du double de la moyenne attendue dans la zone euro.

    Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a estimé le 14 janvier que la croissance économique rapide de l’Espagne, par rapport à la France, s’expliquait notamment par le « rôle assez important » de « l’immigration ».
    Une mesure attendue depuis des années

    D’après les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent en Espagne sur une population totale de 49,4 millions de personnes.

    La nouvelle mesure annoncée mardi devrait concerner en premier lieu les migrants latino-américains, qui représentent 91 % des 840 000 personnes actuellement en situation irrégulière en Espagne, selon les chiffres du think tank Funcas.

    Ce vaste plan de régularisation fait suite à une pétition signée par plus de 700 000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeaient la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne.

    Cette proposition de régularisation remonte à plusieurs années : elle avait été lancée en décembre 2022 via une pétition - la Constitution espagnole permet aux citoyens de proposer des mesures législatives aux députés : au moins 500 000 signatures citoyennes sont nécessaires pour qu’une proposition de loi soit proposée à la discussion du Parlement.

    Le demi-million de signatures avait été atteint rapidement, ce qui avait permis le début du processus parlementaire. Trois mois plus tard, en mai 2023, le projet de loi a ensuite été déposé au Parlement espagnol avant débats. Début avril 2024, les membres du Congrès espagnol – la chambre basse du Parlement – ont commencé à se pencher sur le projet de loi ouvrant la régularisation d’un demi-million d’étrangers en situation irrégulière dans le pays. Mais les discussions se sont ensuite enlisées, amenant le gouvernement a adopté le texte par décret royal.

    Sans surprise, la mesure s’est attirée les foudres de l’opposition de droite et d’extrême droite. « Dans l’Espagne socialiste, l’illégalité est récompensée. La politique migratoire de Sánchez est aussi insensée que sa (politique) ferroviaire », a critiqué sur X Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire (PP, droite), principale force d’opposition, affirmant que le plan cherchait à « détourner l’attention » de la tragédie ferroviaire qui a fait 45 morts dans le sud du pays le 18 janvier.

    Le chef de file du parti d’extrême droite Vox, troisième force politique du pays, Santiago Abascal, a quant à lui fustigé sur X le « tyran Sánchez ». Il « déteste le peuple espagnol. Il veut le remplacer. C’est pourquoi il entend promouvoir l’effet d’appel d’air par décret, pour accélérer l’invasion ».

    L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce. Près de 37 000 migrants irréguliers sont entrés en 2025 en Espagne, un chiffre en baisse de 42,6 % par rapport à 2024, selon les données du ministère de l’Intérieur.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/69482/espagne--feu-vert-historique-pour-la-regularisation-dun-demimillion-de
    #sans-papiers #régularisation #Espagne #migrations #réfugiés #économie
    ping @karine4

    • La #Commission_européenne s’oppose à la régularisation des sans-papiers proposée par Pedro Sánchez

      La décision du gouvernement espagnol d’accorder un statut légal à environ un demi-million de migrants sans papiers a suscité une vive désapprobation à Bruxelles, selon des fonctionnaires qui ont parlé à Euronews sous couvert d’anonymat.

      La Commission européenne a de fortes réserves quant à l’annonce du gouvernement espagnol d’accorder un statut légal à environ 500 000 migrants irréguliers, ont déclaré trois fonctionnaires de l’UE à Euronews, craignant que cela n’entre en conflit avec la politique actuelle de l’Union européenne.

      La décision a été annoncée fin janvier et concerne les personnes entrées dans le pays avant le 31 décembre 2025. Pour être éligibles, les étrangers sans papiers doivent vivre en Espagne depuis au moins cinq mois ou avoir demandé l’asile avant la fin de l’année 2025.

      Le nouveau décret accordera aux bénéficiaires un permis de séjour d’un an et le droit de travailler dans n’importe quel secteur partout en Espagne, afin de renforcer l’objectif du gouvernement en matière de « croissance économique et de cohésion sociale », a déclaré à l’époque la ministre des migrations, Elma Saiz, à la chaîne de télévision publique espagnole RTVE.

      La décision du gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez a été désapprouvée par Bruxelles.

      « Elle n’est pas conforme à l’esprit de l’Union européenne en matière de migration », a déclaré un fonctionnaire européen à Euronews, tandis qu’un autre a souligné qu’une régularisation massive risquait d’envoyer un message différent de celui que l’UE communique actuellement en dehors de l’Europe pour décourager l’immigration irrégulière.

      Selon des sources à Bruxelles, l’une des principales inquiétudes concerne la possibilité qu’avec leur nouveau statut, les migrants régularisés puissent voyager à travers l’Europe pendant un maximum de 90 jours tous les 180 jours. On craint que cela n’incite certaines personnes à tenter de s’installer dans d’autres pays de l’UE sans autorisation.

      Le commissaire européen chargé des Affaires intérieures et des migrations, Magnus Brunner, s’adressera au Parlement européen à ce sujet mardi après-midi, lors d’un débat intitulé « La politique de régularisation à grande échelle de l’Espagne et son impact sur l’espace Schengen et la politique migratoire de l’UE ».

      Interrogé sur la décision prise par l’Espagne en janvier, M. Brunner n’a pas porté de jugement, affirmant qu’il s’agissait d’une responsabilité nationale.
      L’UE durcit sa position sur l’immigration

      Le choix de l’Espagne semble aller à l’encontre des tentatives de la plupart des autres pays européens de réduire l’accès à la protection internationale pour les ressortissants de pays tiers et d’augmenter le nombre de retours dans les pays d’origine.

      La dernière législation de l’UE vise également à décourager l’immigration clandestine en adoptant une politique d’asile plus stricte dans l’espoir d’augmenter le taux d’expulsion des migrants en situation irrégulière.

      La modification du concept de « pays tiers sûr » élargit l’éventail des circonstances dans lesquelles une demande d’asile peut être rejetée comme irrecevable, ce qui permet aux États membres de l’UE d’expulser les demandeurs d’asile vers des pays tiers avec lesquels ils n’ont aucun lien.

      La première liste de « pays d’origine sûrs » aux fins de l’asile, qui comprend le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie, ainsi que tous les pays candidats à l’UE à l’exception de l’Ukraine, accélérera la procédure d’asile, étant donné que les demandes des migrants qui sont ressortissants de l’un de ces pays seront évaluées dans le cadre de procédures accélérées.

      Ces deux modifications législatives devraient être définitivement approuvées par le Parlement mardi.

      Une autre loi proposée par la Commission, appelée « règlement sur le retour », permettra l’expulsion des migrants irréguliers vers des pays tiers n’ayant aucun lien avec leur origine, à condition qu’ils aient conclu des accords bilatéraux avec les pays de l’UE.

      Une partie importante du Pacte européen sur l’immigration et l’asile, approuvé au cours du mandat précédent et actuellement mis en œuvre, se concentre sur les procédures frontalières et leur gestion numérique, ainsi que sur l’harmonisation des mêmes règles pour toutes les frontières extérieures de l’espace Schengen.

      Les organisations de la société civile, dont Amnesty International, Save the Children et Human Rights Watch, ont condamné à plusieurs reprises l’UE pour avoir réduit l’accès à l’asile et négligé la protection des droits de l’homme dans les procédures frontalières.

      https://fr.euronews.com/my-europe/2026/02/10/la-commission-europeenne-soppose-a-la-regularisation-des-sans-papiers-p
      #opposition #UE #EU #union_européenne
      via @karine4

  • Immigration en France : les expulsions en hausse de 15 % en 2025, les régularisations en baisse - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69470/immigration-en-france--les-expulsions-en-hausse-de-15--en-2025-les-reg

    Immigration en France : les expulsions en hausse de 15 % en 2025, les régularisations en baisse
    Par Charlotte Boitiaux Publié le : 27/01/2026
    La Direction générale des étrangers en France (DGEF) – qui dépend du ministère de l’Intérieur - a publié mardi les chiffres de l’immigration en 2025 en France. Ils confirment une augmentation des expulsions avec près de 15 500 étrangers en situation irrégulière éloignés de force en 2025 contre 12 800 en 2024. Le nombre d’interpellations d’étrangers sans-papiers a, lui aussi, fortement augmenté et concerne principalement les Algériens (+52 %), les Tunisiens (+33 %) et les Marocains (+19 %).
    « L’année 2025 se caractérise par une augmentation continue des éloignements d’étrangers en situation irrégulière », peut-on lire dans les statistiques de l’immigration, publiées mardi 27 janvier sur le site du ministère de l’Intérieur. Dans une présentation des chiffres à la presse, la place Beauvau a notamment détaillé la hausse des éloignements en France l’année dernière. En ce qui concerne les seuls éloignements forcés, ils ont augmenté de 21 % à 15 569, contre 12 800 en 2024 (et 11 700 en 2023). Et au global, en comptant les éloignements forcés, aidés et spontanés, ils ont augmenté de 15,7 % par rapport à 2024 avec 24 985 étrangers renvoyés hors de France.
    Les trois premières nationalités concernées par ces éloignements sont : les Algériens (2 500), les Marocains (2 000) et les Tunisiens (1 600). Si ces éloignements sont en hausse pour les Marocains (+21 %) et les Tunisiens (+25%), ils sont en baisse en ce qui concerne les Algériens (-15 %). « Un étranger éloigné sur quatre est d’origine maghrébine », précise la Direction générale des étrangers en France (DGEF).À noter que les ressortissants guinéens et égyptiens font leur apparition dans le classement avec respectivement 666 et 633 retours réalisés, en très forte hausse, respectivement de 84 % et de 189 %.
    « Sur les 2 500 Algériens éloignés en 2025, il y a eu une hausse des éloignements aidés et spontanés mais une baisse de 37 % des éloignements forcés », précise Guillaume Mordant, responsable du département statistique de la DGEF. Une réalité qui s’explique notamment par la réticence des autorités algériennes a délivré des laissez-passer consulaires, sésame indispensable pour éloigner un ressortissant (sans documents d’identité) vers l’Algérie.La France accueille la plus importante communauté algérienne à l’étranger, « y compris une part non négligeable de personnes en situation irrégulière », souligne la DGEF.
    Les tensions « se cristallisent notamment autour des personnes faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), dans un contexte où Alger a longtemps été accusée par Paris de refuser ou de ralentir la délivrance des laissez-passer consulaires », expliquait récemment à InfoMigrants la chercheuse Kinda Benyahia, spécialiste de l’Algérie à l’université Bordeaux-Montaigne. « Cette situation a contribué à politiser la question migratoire et à en faire un levier diplomatique entre les deux États. »
    Les régularisations « exceptionnelles » en baisse de 10 % en 2025
    Le nombre d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière a lui progressé de 30 % l’an dernier, concernant notamment des Algériens (+52 %), des Tunisiens (+33 %) et des Marocains (+19 %). Il s’établit à 192 140 interpellations (+61 % depuis 2022).
    Au total, les ressortissants algériens représentent 26,6 % des interpellés. Si on y ajoute les ressortissants originaires des autres pays du Maghreb, le nombre s’élève à un peu plus de 84 000 interpellations, soit presque 44 % de l’ensemble des interpellations réalisées en 2025. En ce qui concerne les régularisations exceptionnelles (AES, pour admissions exceptionnelles au séjour), le chiffre a baissé de 10 %, avec 28 610 étrangers régularisés l’an dernier. « Il y a l’impact de la circulaire Retailleau qui visait à rappeler le caractère exceptionnel » de ces régularisations et à en « durcir les conditions », a rappelé Guillaume Mordant.
    Pour rappel, il faut désormais « au moins sept ans » de présence en France pour un étranger qui demande une AES, contre cinq ou trois ans dans certains cas auparavant, et avoir travaillé 12 mois au cours des deux dernières années. Dans le détail, ces AES pour motifs économiques ont baissé de 11,5 %, et pour motif familial de 6,4 %. Les AES délivrées aux étudiants ont même chuté de 82 %. Interrogé sur des chiffres précédemment publiés par le ministère de l’Intérieur, qui faisaient état d’une baisse de 42 % des régularisations sur la période janvier-septembre, Guillaume Mordant a expliqué qu’il y avait « peut-être eu une évolution de la dynamique en cours d’année » et que les chiffres de la DGEF comprenaient aussi « les régularisations de plein droit ».
    Du côté des titres de séjour classiques, la France a délivré 384 230 premiers titres de séjour l’an dernier, en hausse de 11 % sur un an. « Les titres étudiants sont toujours les premiers » motifs de délivrance (118 000 au total), suivis des motifs humanitaires (+65 % à 92 600 qui englobent notamment les réfugiés statutaires).Toutefois, les titres de séjour pour motifs économiques ont reculé de 12 % sur un an, et concernent 51 000 personnes : « La baisse concerne les salariés (-11 %) et les emplois saisonniers (-30 %) », a détaillé Guillaume Mordant. « On a un marché de l’emploi qui peut-être attire un peu moins la population étrangère » en termes d’embauches, mais aussi de salaires où « la dynamique a disparu en 2025 », a-t-il ajouté.

    #France#migration#migrant#Covid-19#politiquemigratoire#regularisation#titredesejour#OQTF#expulsion#migrationirreguliere

  • L’Espagne va régulariser un demi-million de sans-papiers
    https://www.dakaractu.com/L-Espagne-va-regulariser-un-demi-million-de-sans-papiers_a268605.html

    L’Espagne va régulariser un demi-million de sans-papiers
    A contre-courant de ses homologues européens, le gouvernement de gauche espagnol s’apprête à adopter un plan de régularisation massif de sans-papiers qui pourrait bénéficier à 500.000 personnes, une mesure qui doit permettre de soutenir la croissance économique du pays."Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, sur l’intégration, sur le vivre-ensemble, et compatible avec la croissance économique ainsi qu’avec la cohésion sociale", s’est réjouie la porte-parole du gouvernement et ministre des Migrations Elma Saiz à l’issue du conseil des ministres.
    La mesure, adoptée mardi par le gouvernement, concernera « environ un demi-million de personnes » qui se trouvent en Espagne et pourront ainsi « travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays ». Seront éligibles les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 et présentes depuis au moins cinq mois sur le territoire espagnol. « A partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a expliqué la ministre.
    « Il s’agit d’une mesure longuement élaborée, discutée et nécessaire pour répondre à une réalité qui existe dans nos rues », a-t-elle souligné.
    – « Modèle ouvert et humain » -
    Pour faciliter sa mise en place, le gouvernement de Pedro Sánchez a adopté un « décret royal », qui lui permet de se passer d’un vote au Parlement, où il ne dispose pas de majorité. « Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain, contre ceux qui préconisent la fermeture des frontières », avait justifié début janvier le Premier ministre, assurant alors que l’immigration représentait « 80 % de la croissance » économique de l’Espagne au cours des six dernières années.
    L’annonce de mardi survient d’ailleurs le même jour que la publication des chiffres du chômage pour le 4e trimestre 2025, qui montrent un taux sous les 10% pour la première fois depuis 2008, un succès notamment tiré par le nombre de nouveaux emplois occupés par des étrangers (52.500 contre 23.700).L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce. Près de 37.000 migrants irréguliers sont entrés en 2025 en Espagne, un chiffre en forte baisse par rapport à 2024 (-42,6%, 64.000 arrivées), selon le ministère de l’Intérieur. D’après les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent en Espagne sur une population totale de 49,4 millions de personnes.
    En novembre 2024 déjà, le gouvernement avait adopté une réforme qui devait permettre la régularisation de 300.000 personnes par an au cours des trois années suivantes, afin de se conformer aux lois européennes et d’atténuer le vieillissement de la population.
    La nouvelle mesure annoncée mardi devrait concerner en premier lieu les migrants latino-américains, qui représentent 91% des 840.000 personnes actuellement en situation irrégulière en Espagne, selon les chiffres du think tank Funcas.
    – Politique « insensée » -
    L’annonce de ces régularisations massives est intervenue après une réunion entre le gouvernement et le parti d’extrême gauche Podemos, ancien allié devenu très critique depuis plusieurs mois.
    « Podemos est là pour garantir des droits, et les papiers, ce sont des droits », a fait valoir lundi la députée européenne Irene Montero.
    Sans surprise, la mesure s’est en revanche attirée les foudres de l’opposition de droite et d’extrême droite. « Dans l’Espagne socialiste, l’illégalité est récompensée. La politique migratoire de Sánchez est aussi insensée que sa (politique) ferroviaire », a critiqué sur X Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire (PP, droite), principale force d’opposition, affirmant que le plan cherchait à « détourner l’attention » de la tragédie ferroviaire qui a fait 45 morts dans le sud du pays le 18 janvier. Le chef de file du parti d’extrême droite Vox, troisième force politique du pays, Santiago Abascal, a quant à lui fustigé sur X le « tyran Sánchez ». Il « déteste le peuple espagnol. Il veut le remplacer. C’est pourquoi il entend promouvoir l’effet d’appel d’air par décret, pour accélérer l’invasion ».
    Cette réforme fait suite à une initiative populaire signée par plus de 600.000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeait la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne.

    #Covid-19#migrant#migration#espagne#politiquemigratoire#economie#regularisation#sante

  • Immigration : titres de séjour en hausse et régularisations en baisse en 2025, selon le ministère de l’intérieur
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/27/immigration-titres-de-sejour-en-hausse-et-regularisations-en-baisse-en-2025-

    Immigration : titres de séjour en hausse et régularisations en baisse en 2025, selon le ministère de l’intérieur
    Le Monde avec AFP
    La France a délivré 384 230 premiers titres de séjour l’an dernier, en hausse de 11,2 % sur un an, mais le nombre de régularisations a baissé de 10,1 %, a annoncé, mardi 27 janvier, le ministère de l’intérieur. Au total 28 610 étrangers ont été régularisés, dans le sillage d’une circulaire de l’ex-ministre de l’intérieur Bruno Retailleau resserrant les critères, tandis que le nombre d’éloignements a augmenté de 15,7 %, avec 24 985 étrangers renvoyés, selon les chiffres rendus publics par la direction générale des étrangers en France (DGEF).Du côté de l’asile, une baisse de 3,7 % a été enregistrée en 2025 avec 151 665 demandes, déposées notamment par des ressortissants d’Ukraine, de République démocratique du Congo (RDC) et d’Afghanistan. « Il y a l’impact de la circulaire Retailleau », publiée en janvier 2025, « qui visait à rappeler le caractère exceptionnel » de ces régularisations et à en « durcir les conditions », a expliqué Guillaume Mordant, responsable du département statistique de la DGEF.
    Du côté des titres de séjour, « les titres étudiants sont toujours les premiers » motifs de délivrance (118 000 au total), suivis des motifs humanitaires (+ 65 % à 92 600). Mais les titres délivrés pour motifs économiques ont reculé de 13 % sur un an, à 51 190 : « La baisse concerne les salariés (− 11 %) et le motif saisonnier (près de − 30 %) », a expliqué M. Mordant. Le nombre d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière a progressé de 30 % l’an dernier, concernant notamment des Algériens (+ 52 %), des Tunisiens (+ 33 %) et des Marocains (+ 19 %). Les éloignements ont, eux, augmenté de 15,7 % avec 24 985 étrangers renvoyés. En ce qui concerne les seuls éloignements forcés, ils ont augmenté de 21 %, à 15 569.
    Du côté des demandes d’asile, une baisse de 3,7 % a été enregistrée en 2025, avec 151 665 demandes, ce qui fait que « les demandes sont orientées à la baisse pour la deuxième année [de suite] », a noté M. Mordant. Les premiers pays de demandes en France ont été l’Ukraine, la RDC et l’Afghanistan (tous trois autour de 11 500 demandes), suivies d’Haïti, du Soudan et de la Guinée. Le taux d’accord a atteint 52 % l’an denier. « Plus d’une demande sur deux s’est vue attribuer l’asile », ce qui marque une très forte hausse sur un an : « On était plutôt autour de 40 % il y a cinq ou six ans », a rappelé M. Mordant. Enfin, 62 235 personnes ont acquis la nationalité française (− 6,8 % après une année « assez élevée ») : cela s’explique par une baisse de 13,5 % des acquisitions par décrets, dans le sillage d’une circulaire de mai durcissant les conditions d’octroi.

    #Covid-19#migrant#migration#france#politiquemigratoire#regularisation#titredesejour#sante#droit#asile

  • En Espagne, le gouvernement décide de régulariser un demi-million de sans-papiers pour soutenir la croissance
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/28/en-espagne-le-gouvernement-regularise-un-demi-million-de-sans-papiers-pour-s

    En Espagne, le gouvernement décide de régulariser un demi-million de sans-papiers pour soutenir la croissance
    Par Isabelle Piquer (Madrid, correspondance)
    Une fois encore à contre-courant de l’Union européenne en matière migratoire, le gouvernement espagnol a présenté, mardi 27 janvier, un projet de décret destiné à régulariser un grand nombre de sans-papiers, afin de faciliter leur intégration. Selon les estimations de l’exécutif socialiste, environ 500 000 personnes principalement originaires d’Amérique latine devraient bénéficier de cette mesure. D’après les données du groupe de réflexion Funcas, ils seraient plus nombreux : 840 000 personnes, soit près d’un tiers de l’ensemble des migrants non européens vivant en Espagne.
    La ministre des migrations, Elma Saiz, a précisé lors d’une conférence de presse que les personnes en situation irrégulière résidant en Espagne depuis au moins cinq mois à la fin de l’année 2025, et ne disposant pas de casier judiciaire, pourraient solliciter un permis de séjour délivré selon une procédure accélérée. Les demandes d’asile déposées avant la fin de 2025 seront également concernées.
    La phase de dépôt des demandes de régularisation débutera en avril et s’étendra jusqu’au 30 juin. Le gouvernement s’est engagé à ce que la procédure administrative n’excède pas trois mois. Le titre de séjour sera valable un an, ou cinq ans dans le cas des enfants. « L’autorisation de résidence permettra de travailler dès le premier jour, dans n’importe quel secteur et sur l’ensemble du territoire espagnol », a ajouté la ministre. « Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits de l’homme et l’intégration, compatible avec la croissance économique et la cohésion sociale », a déclaré Elma Saiz, rappelant que les économistes attribuent en partie à l’ouverture aux étrangers la bonne santé de l’économie espagnole, qui a enregistré une croissance de 2,9 % en 2025 et vu son taux de chômage passer sous les 10 % (à 9,93 % au quatrième trimestre 2025) pour la première fois depuis 2008.
    La mesure s’inscrit dans le prolongement d’une initiative législative populaire en faveur de la régularisation, arrivée au Congrès des députés, la chambre basse du parlement espagnol, en novembre 2021 avec plus de 700 000 signatures de soutien, de 900 organisations de défense des droits et de l’Eglise catholique. Le texte avait franchi une première étape parlementaire en avril 2024, avec l’appui de l’ensemble des groupes à l’exception du parti d’extrême droite Vox, avant de rester bloqué en raison de l’absence d’accord politique.
    Pour faciliter la mise en œuvre de la nouvelle mesure, le gouvernement du premier ministre socialiste Pedro Sanchez a eu recours à un « décret royal », un instrument prévu par la Constitution permettant une adoption sans vote parlementaire, l’exécutif ne disposant pas de majorité. Sous le mandat de M. Sanchez, l’Espagne a fait le choix assumé d’ouvrir ses portes à l’immigration. Le pays compte désormais près de 7 millions d’étrangers, soit 14,3 % de la population, sur un total légèrement supérieur à 49 millions d’habitants.
    « Il s’agit d’une décision historique », estime Gonzalo Fanjul, directeur de recherche de la fondation PorCausa, spécialisée dans l’analyse des phénomènes migratoires. « L’Espagne envoie un message à un moment très précis. Ce n’est pas un hasard si cette mesure a été approuvée alors que se produisent les raids anti-immigration à Minneapolis. Pedro Sanchez fait figure d’extraterrestre au sein de la social-démocratie européenne, où de nombreux responsables prennent des mesures pour contrôler l’immigration. »
    C’est aussi, ajoute-t-il, « une mesure de bon sens : la croissance espagnole repose sur l’apport de la main-d’œuvre immigrée. Les régulariser n’est pas seulement juste, c’est une évidence économique. Ils contribueront pleinement à l’économie, en payant des impôts », rappelle-t-il, en faisant valoir que 16 % des affiliés à la Sécurité sociale sont étrangers. Les réactions politiques ont été vives. La mesure portée par le gouvernement socialiste a été lancée avec le soutien du parti de la gauche radicale Podemos. Au Parti populaire (PP, droite), la porte-parole au Congrès, Ester Muñoz, a dénoncé un « rideau de fumée », estimant que l’exécutif dévoilait cette régularisation afin de « masquer » d’autres dossiers sensibles, comme la tragédie ferroviaire d’Adamuz, où 45 personnes ont perdu la vie le 19 janvier. Le dirigeant du parti d’extrême droite Vox, Santiago Abascal, a pour sa part violemment réagi sur le réseau X : « Le tyran Sanchez hait le peuple espagnol. Il veut le remplacer. C’est pourquoi il cherche à promouvoir par décret un effet d’appel d’air, afin d’accélérer l’invasion. Il faut l’arrêter. » La dernière initiative comparable remonte à 2005, lorsque le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero avait procédé à une régularisation massive, qui avait déjà concerné plus de 500 000 immigrés.

    #Covid-19#migration#migrant#espagne#politiquemigratoire#regularisation#sante#economie

  • #Dénatalité, manque de main d’œuvre : pourquoi la France a besoin d’immigration

    Tandis que la France a fortement limité le nombre de #régularisations, l’Espagne en a annoncé ce mardi 500 000. Une solution absente du débat français malgré une #économie atone.

    Il aura donc fallu plus de dix ans de politique migratoire européenne répressive, des dizaines de milliers de noyades en mer d’hommes, de femmes et d’enfants cherchant à fuir la guerre ou la misère, pour que l’on comprenne enfin que l’immigration, soigneusement encadrée, est sans doute la clé de la puissance économique et donc politique de l’Europe. Les chiffres ne trompent pas : le nombre d’enfants par femme ne cesse de diminuer dans l’Union européenne. La France par exemple, on l’a appris récemment, a enregistré pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale moins de naissances que de décès en 2025. Et cette tendance devrait se poursuivre au vu de l’état actuel du monde.

    Alors que faire ? Décroître tranquillement ou profiter des compétences et de l’énergie de celles et ceux qui frappent à la porte, désireux de travailler là où il y a des postes à pourvoir ? Alors que le Medef, en France, pousse à ouvrir davantage le pays à seule fin de récupérer de la main-d’œuvre, la confédération allemande des syndicats s’est récemment félicité qu’Angela Merkel ait accueilli en 2015 quelque 1,2 million de réfugiés. Dix ans plus tard, 69 % ont un emploi et participent à la croissance de l’Allemagne. Aussi la confédération appelle-t-elle à en admettre davantage encore « pour continuer à prospérer ». C’est exactement ce qui pousse aujourd’hui le gouvernement espagnol à adopter un plan de régularisation d’environ 500 000 sans-papiers. Ce n’est pas par bonté d’âme mais pour donner de l’élan à l’économie du pays.

    C’est bien sûr pain bénit pour l’extrême droite qui, en Allemagne comme en France ou en Espagne, ne cesse de brandir les spectres de la délinquance et de la criminalité, les associant systématiquement à l’immigration. On ne va pas verser dans l’angélisme, il y a des cas particuliers problématiques, mais les études montrent que, globalement, il n’y a pas de cause à effet entre l’immigration et le niveau moyen de délinquance. Tout dépend des conditions d’accueil : plus elles sont dégradées, plus le risque de délinquance augmente. L’Europe s’est construite depuis des décennies sur l’immigration, cela doit continuer à être sa force.

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/denatalite-manque-de-main-doeuvre-pourquoi-la-france-a-besoin-dimmigratio
    #migrations #immigration #démographie #travail #main-d'oeuvre
    ping @reka @karine4

    • J’entendais des trotskistes qui disaient : le manque de jeunes à long terme, faut faire avec. Pas besoin d’immigration en masse. Ca ne doit pas être la boussole pour ce PB. Ca n’est pas un PB. Ni non plus demander un boost de natalité. On adaptera les pensions, les consommations...
      Car c’est encore une fois se considérer dans une concurrence avec le reste du monde (qui n’a pas ces problèmes)
      (en très gros)

  • « Des années de tracas et d’angoisse » : un an après la circulaire Retailleau, la régularisation toujours plus difficile pour les sans-papiers - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69249/des-annees-de-tracas-et-dangoisse-un-an-apres-la-circulaire-retailleau

    « Des années de tracas et d’angoisse » : un an après la circulaire Retailleau, la régularisation toujours plus difficile pour les sans-papiers
    Par Romain Philips Publié le : 15/01/2026 Dernière modification : 16/01/2026
    Un an après la circulaire Retailleau, pierre angulaire du durcissement de la politique de régularisation initiée par l’ex-ministre de l’Intérieur, les sans-papiers en France peinent toujours plus à se faire régulariser. Conséquence : le nombre de régularisations a baissé de 42% au cours des neuf premiers mois de l’année 2025. Emmitouflé dans sa doudoune kaki, Ladji, 38 ans, croise les doigts. Il espère que cette fois ci, sa demande de titre de séjour déposée le 7 octobre sera la bonne. Ce Congolais arrivé en France en 2016 avait fait une première demande qui n’a pas abouti car son dossier « a été perdu », explique-t-il amèrement, lui qui a déboursé quelque 700 euros de frais d’avocat pour chaque demande.
    Vivant en France depuis de nombreuses années, il dispose d’un CDI en tant que plongeur à Paris et parle un français impeccable. Il pense donc bien remplir tous les critères. « J’ai scrupuleusement conservé toutes mes fiches de paie, mes justificatifs... L’administration peut te refuser ton dossier pour une petite pièce manquante donc je garde absolument tout », raconte-t-il. Son dossier est maintenant déposé. « Mon avocat m’a dit que ça allait surement prendre plus d’un an, je patiente ». Mais malgré tous ces atouts, Ladji affiche un sourire de façade, conscient que l’obtention du titre de séjour peut être une gageure, « surtout aujourd’hui ».
    Depuis un an, le 23 janvier 2025, via une circulaire portant son nom, l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a opéré un durcissement de la politique de régularisation en France. Dorénavant, pour prétendre à l’admission exceptionnelle au séjour (AES), un étranger en situation irrégulière en France devra faire état de sept ans de présence sur le territoire, d’une certification de maîtrise du français et ne jamais avoir reçu une OQTF (obligation de quitter le territoire français). « Cette nouvelle circulaire rappelle que la régularisation (…) doit rester exceptionnelle », indique le document. D’autre part, la loi immigration de 2024 a instauré la régularisation des travailleurs employés dans des métiers dits « en tension ». Le texte facilite les procédures pour les salariés d’environ 80 secteurs en manque de main-d’œuvre et doit permettre aux étrangers de prétendre à un titre de séjour s’ils justifient de 12 mois de bulletins de salaire au cours de 24 derniers mois et trois ans de résidence en France.
    C’est ce point qui inquiète Ladji. « Malheureusement, le métier de plongeur ne fait pas partie de la liste », avise-t-il. Son expérience précédente, un CDI dans une entreprise de nettoyage, ne l’aidera pas non plus. Seul le métier d’aides ménagères à domicile est considéré comme en tension dans le secteur du nettoyage en Ile-de-France. « J’ai quand même des mois et des mois de travail en France et une présence sur le territoire depuis de longues années. Je pense que je mérite ce titre de séjour mais on n’est jamais sûr », estime-t-il. Un doute confirmé par les dernières données officielles. Selon le ministère de l’Intérieur, le nombre de régularisation de sans-papiers a baissé de 42% au cours des neuf premiers mois de l’année 2025. La baisse atteint 54% en ce qui concerne les régularisations par le travail. Seuls 666 titres de séjour ont été octroyés au motif des « métiers en tension » au cours des neuf premiers mois de l’année. « Ce qu’on peut dire, c’est que les directives de Bruno Retailleau à ses préfets ont rencontré, dans la plupart des cas, des oreilles très attentives », analyse Jean-Albert Guidou, membre du pôle confédéral « Travailleurs migrants » de la CGT, qui estime que cette baisse « est une conséquence directe de la circulaire Retailleau ».
    « Ces derniers temps, nous ne constatons que des régressions », commente à son tour Koundenecoun Diallo, un délégué de la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP75). Il dénonce la politique initiée par Bruno Retailleau comme « catastrophique pour les sans-papiers ». Il cite notamment la phrase de la circulaire de janvier qui intime aux préfets d’assortir « systématiquement » d’une OQTF les refus de titres de séjour. « C’est ce que, nous, on appelle les ’OQTF à vie’ », tance Jean-Albert Guidou. La loi immigration de 2024 a portée la durée de validité d’une OQTF à trois ans, au lieu d’un an auparavant. « Mais dans les faits maintenant, si vous avez eu une OQTF 10 ans plus tôt, aujourd’hui, ça peut être un motif de rejet de la demande si vous ne prouvez pas que vous l’avez exécutée, et ce même si l’OQTF a expiré », s’insurge le syndicaliste. C’est ce qui effraie Edwige. Depuis son arrivée en France il y a quatre ans, la Congolaise a déjà fait une demande qui s’est clôturée par un refus et la délivrance d’une OQTF. Et maintenant, elle craint de ne plus jamais pouvoir régulariser sa situation. En CDI dans une entreprise de nettoyage, la femme de 41 ans attend le mois de mars pour déposer sa demande. « J’aurais à ce moment-là 24 fiches de paie consécutives », se rassure-t-elle.
    Mais la trace de cette OQTF plane comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. « J’ai peur de rester une sans-papiers pour toujours », concède-t-elle. Avec émotion, elle regrette d’être forcée à cette existence discrète. « Je me sens humiliée, pas considérée. Les sans-papiers, on n’est personne. On n’a pas le droit de voyager, d’avoir un logement, des droits… C’est comme si on n’avait pas de vie. Ça me fait de la peine d’être dans cette situation. Ça me rend malheureuse », regrette Edwige. Ladji partage les mêmes frustrations. « Je n’en peux plus. La vie est dure quand on est sans-papiers », souffle-t-il. « Etre sans-papiers, c’est un poids qui occupe toujours un coin de ton cerveau. Ça t’empêche de dormir. C’est des années de tracas et d’angoisse ».
    Le durcissement à l’œuvre sème également le trouble chez les étrangers qui ont obtenu leur carte de séjour. « Le renouvellement est aussi un véritable problème », avance Koundenecoun. « J’ai rencontré beaucoup de gens qui pouvaient être là depuis 20 ans, qui étaient totalement intégrés et avaient des boulots fixes mais qui se sont vont refusés le renouvellement », complète Jean-Albert Guidou. Et d’ajouter : « Et là, c’est la dégringolade absolue », évoquant pêle-mêle les déboires qui s’enchainent comme la perte du salaire, des allocations, voire même du logement. Tout cela s’ajoute aux problèmes déjà inerrants aux préfectures, à savoir le manque de moyens, la numérisation des procédures et le temps de traitement des dossiers qui s’allonge. Ce mercredi de janvier par exemple, la CGT a reçu une date de rendez-vous en préfecture pour une travailleuse dont elle gère la demande de renouvellement d’un titre de séjour qui expirait en octobre. « C’est en mars 2026 alors qu’on a déposé le dossier en août 2025, donc cette dame va passer des mois sans-papiers et risque de tout perdre », s’insurge le syndicaliste. Ainsi, dans les préfectures de France, les dossiers s’empilent. En Seine-Saint-Denis, département de France qui accueille le plus d’étrangers, « ils sont en train de finir de traiter les dossiers déposés fin 2022 », conclut Jean-Albert Guidou.

    #Covid-19#migration#migrant#france#politiquemigratoire#regularisation#droit#sante#prefecture

  • Les « ressortissants africains sont les bienvenus » en Mauritanie, affirme le Premier ministre mauritanien à Dakar - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69116/les-ressortissants-africains-sont-les-bienvenus-en-mauritanie-affirme-

    Les « ressortissants africains sont les bienvenus » en Mauritanie, affirme le Premier ministre mauritanien à Dakar
    Par La rédaction Publié le : 09/01/2026
    Alors que la Mauritanie est vivement critiquée par les associations des droits de l’Homme pour son traitement des migrants, Nouakchott, par la voix de son Premier ministre Moctar Ould Diay a affirmé jeudi que « tous les ressortissants du continent africain étaient les bienvenus » dans son pays. Une déclaration faite lors d’une visite officielle de deux jours au Sénégal, le 8 et 9 janvier.
    Le Premier ministre mauritanien, Moctar Ould Diay, a affirmé jeudi 8 janvier que « tous les ressortissants du continent africain et de la sous-région » étaient « les bienvenus en Mauritanie ». Le chef de gouvernement s’exprimait en réponse à une question d’une journaliste lors d’une conférence de presse au Sénégal, où il effectue une visite officielle de deux jours.
    La Mauritanie est vivement critiquée par les associations des droits de l’Homme pour son traitement des migrants. Mais Moctar Ould Diay se défend de toute maltraitance. La « gestion de la migration et de l’entrée à nos frontières » est menée de manière « normale et classique », a-t-il martelé depuis Dakar.Pays majoritairement désertique d’Afrique de l’Ouest, situé sur la côte atlantique, la Mauritanie est devenue ces dernières années le principal point de départ pour des milliers de migrants venus de tout le continent, qui tentent désespérément de rejoindre l’Europe clandestinement par l’Atlantique en quête d’une vie meilleure. En 2024, selon les données de l’Organisation internationale des migrations (OIM), il y avait environ 200 000 migrants en Mauritanie.
    Pressée par l’Union européenne - avec qui Nouakchott a signé un accord migratoire en 2024 - la Mauritanie a donc décidé l’année dernière de durcir sa politique migratoire. Début 2025, une vaste campagne d’arrestations et de refoulements de migrants en situation irrégulière avait été lancé dans le pays. Un « climat de peur » s’était installé sur le territoire. « Les gens se cachent », avait déclaré à InfoMigrants Abdoulaye Diallo, président de l’association Ensemble pour un avenir meilleur.Les migrants arrêtés étaient généralement renvoyés aux frontières avec le Mali ou avec le Sénégal - vers la ville frontalière de Rosso notamment. « C’est tous les jours qu’il y a des refoulements », avait continué Abdoulaye Diallo. « La police arrête même des gens dans leurs maisons, des hommes lorsqu’ils vont au travail... Les refoulements ne touchent plus seulement les migrants [en route vers l’Europe] mais tout le monde ».
    Nouakchott, de son côté, avait évoqué des actes de « routine » visant à lutter contre les réseaux de trafic de migrants. En quatre mois, de janvier à avril 2025, le pays a affirmé avoir démantelé 88 réseaux de passeurs. Et intercepter plus de 30 000 migrants. Selon Mohamed Salem Ould Merzoug, le ministre mauritanien des Affaires étrangères interrogé par RFI au mois de mars, « il n’y a pas, à proprement parler, de mesures particulières enclenchées ». « Notre politique vis-à-vis de la migration irrégulière est restée la même : appliquer la règle de droit et être très ferme, par rapport aux réseaux de migrants irréguliers en particulier ».
    Mais les critiques n’ont cessé de pleuvoir. Dans un rapport publié en août dernier, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé les autorités mauritaniennes d’avoir commis de « graves violations des droits humains ». En septembre, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme des migrants avait exhorté les autorités mauritaniennes à « mieux aligner les pratiques dans le pays sur les normes internationales en matière de droits humains » concernant les migrants.Selon l’OIM, face à ce climat délétère, près de 2 000 exilés, majoritairement guinéens, ont demandé un « retour volontaire » en 2025 pour être ramenés dans leur pays. Le double par rapport à toute l’année 2024. « Les conditions sécuritaires deviennent trop difficiles. Les contrôles ne s’arrêtent jamais », avait raconté en octobre une source anonyme à InfoMigrants pour expliquer cette hausse de rapatriements.
    L’hiver dernier, le gouvernement sénégalais s’était même dit « indigné » par les traitements subis par ses ressortissants en Mauritanie. Yacine Fall, la ministre des Affaires étrangères avait déclaré « regretter les conditions d’arrestations et d’expulsions des Sénégalais depuis la Mauritanie » [...] Bien sûr, chaque pays a ses lois mais on doit respecter" les droits des personnes et « ne pas maltraiter comme on l’a vu récemment ».
    Mais en ce début d’année 2026, le ton est redevenu plus cordial entre les deux pays. Moctar Ould Diay et son homologue sénégalais Ousmane Sonko ont répondu côte à côte aux questions des journalistes à Dakar. Ousmane Sonko a même « salué » les efforts menés ces derniers mois par Nouakchott à la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie qui ont permis la « régularisation de 28 000 Sénégalais ». « On est passé de 2 000 et quelques à 28 000 Sénégalais régularisés en Mauritanie » depuis l’entrée en vigueur d’un accord le 1er juillet dernier, a-t-il souligné. « La vraie question, aujourd’hui », a-t-il continué « c’est le nombre d’Africains expulsés d’Europe et le nombre de visas refusés chaque année. Même aller et revenir est devenu presque impossible, y compris pour les élites », a-t-il conclu avec fermeté. La Mauritanie et la Sénégal ont conclu le 2 juin dernier deux accords portant sur l’immigration : l’un sur la lutte contre l’immigration clandestine, l’autre sur les conditions de séjour. Dans ce texte, Nouakchott et Dakar s’étaient notamment engagés « à lever tout obstacle à la libre circulation des ressortissants » de chacun des deux pays. « Pour tout séjour au-delà de trois mois, les Sénégalais comme les Mauritaniens ont désormais l’obligation de demander une carte de séjour. Mais cette carte pourra être accordée même en l’absence de contrat de travail ou de justificatif de revenu pour une durée d’un an. Ensuite, seulement, il faudra justifier de revenus pour la renouveler », avait expliqué RFI lors de la signature.

    #Covid-19#migrant#migration#mauritanie#senegal#expulsion#migrationirreguliere#regularisation#politiquemigratoire#sante#cartedesejour

  • Immigration : un an après la circulaire Retailleau, les régularisations en chute libre
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/22/immigration-un-an-apres-la-circulaire-retailleau-les-regularisations-en-chut

    Immigration : un an après la circulaire Retailleau, les régularisations en chute libre
    Par Julia Pascual
    Sékou (toutes les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat) pensait cocher toutes les cases. Cela fait sept ans que cet Ivoirien de 43 ans est en France, en CDI à temps plein dans le nettoyage, présente une bonne maîtrise du français et a un patron décidé à le soutenir dans ses démarches administratives. Quand il a déposé sa demande de régularisation à la Préfecture de police de Paris, il avait bon espoir d’obtenir un titre de séjour. Las, en août, il a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
    Un an s’est écoulé depuis que Bruno Retailleau, ministre de l’intérieur entre septembre 2024 et octobre 2025, a impulsé un durcissement de la politique de régularisation, notamment à travers une circulaire de janvier. Ce texte, sorte de vade-mecum à l’attention des préfets, conditionne l’admission exceptionnelle au séjour à sept ans de présence sur le territoire, la certification d’une maîtrise du français, l’absence de tout élément tendant à constituer une menace à l’ordre public, ou encore l’absence d’une OQTF préalable. Il abroge la circulaire de 2012, dite Valls, et les critères de régularisation, plus ouverts et précis, qui prévalaient jusque-là. La régularisation « doit demeurer une voie exceptionnelle », rappelait le patron du parti Les Républicains dans sa circulaire. Le message a été parfaitement reçu par le corps préfectoral.
    D’après des éléments communiqués au Monde par le ministère de l’intérieur, le volume des régularisations est en chute de 42 % sur les neuf premiers mois de l’année, avec 11 012 titres délivrés contre 19 001 sur la même période de 2024. Cette baisse concerne presque toutes les catégories : les régularisations au titre du travail qui, avec 2 653 délivrances, baissent de 54 %, tout comme les régularisations en raison de la vie privée et familiale, qui chutent de 58 %, à moins de 4 000. « Seule la régularisation des anciens mineurs non accompagnés [devenus majeurs et en formation professionnalisante] connaît une tendance haussière (+ 12 %) passant de 3 081 à 3 454 titres délivrés », précise le ministère de l’intérieur.
    Quant à la voie spécifique de la régularisation dans certains « métiers en tension », ouverte par la loi « immigration » de 2024, celle-ci est embryonnaire. Poussé par Gérald Darmanin, lorsqu’il était Place Beauvau, ce titre de séjour à destination des travailleurs sans papiers dans des secteurs spécifiques n’avait pas été officiellement désavoué par son successeur. Bruno Retailleau avait néanmoins pesé de tout son poids pour limiter l’ampleur de la révision de la liste desdits métiers en tension.
    Finalement publiée par arrêté en mai, déclinée par régions, elle est jugée peu en phase avec la réalité de l’économie. A titre d’exemple, le secteur du nettoyage, notoirement connu pour recourir à une main-d’œuvre irrégulière, ne figure pas dans la liste pour l’Ile-de-France. Résultat : à peine 702 titres de séjour « métiers en tension » ont été octroyés sur les dix premiers mois de l’année (sachant que le dispositif doit s’éteindre au 31 décembre 2026).
    Même quand les étrangers semblent correspondre aux critères en vigueur, comme Sékou, ils s’exposent à un refus, la régularisation demeurant un pouvoir discrétionnaire à la main des préfets. « La circulaire Retailleau a eu peu d’effets en droit mais elle a eu un effet d’ambiance en envoyant un signal de fermeture très clair aux préfets comme aux demandeurs qui ont été dissuadés de déposer une demande », résume un préfet sous le couvert de l’anonymat. « C’est la roulette russe », dénonce Catherine Alif, du collectif nettoyage de la CGT parisienne, qui a accompagné l’Ivoirien dans ses démarches.
    Dans le département des Hauts-de-Seine, l’actuel préfet et ancien directeur de cabinet de Gérald Darmanin, Alexandre Brugère, s’est, par exemple, enorgueilli d’une baisse de 62 % des régularisations, passées de 395 en 2024 à 149 au 1er novembre. Le haut fonctionnaire a expliqué aux élus du département qu’outre la mise en œuvre de la circulaire Retailleau, il assumait une analyse la plus stricte possible des dossiers par ses services. Il n’est pas le seul.
    « Il y a un pourrissement de la situation des travailleurs étrangers, appuie Cécile Boulai, membre du collectif migrants de la CGT de Paris. Les critères de la circulaire Retailleau sont trop flous, on ne peut même pas conseiller aux gens de déposer une demande de titre de séjour, ils prennent trop de risque. » « Il vaut mieux rester dans la clandestinité que prendre une OQTF, corrobore l’avocate en droit des étrangers Elsa Ghanassia, à Grenoble. Je ne fais même pas venir les gens à mon cabinet. » Selon la circulaire Retailleau, tout refus de titre de séjour doit automatiquement être assorti d’une OQTF. Et, depuis la loi « immigration » de 2024, une OQTF a désormais une durée de validité de trois ans, contre un an auparavant.
    Diadie n’a pas reçu d’OQTF. Mais sa demande de régularisation a été rejetée en octobre et la Préfecture de police de Paris a signalé son cas comme relevant d’une « fraude » auprès de la justice. Ce Mauritanien de 37 ans, arrivé en France en 2017, se voit reprocher d’avoir fourni à l’appui de sa demande une promesse d’embauche d’une entreprise « connue pour la fourniture de documents de complaisance visant à régulariser ». « Je ne comprends pas, réagit cet homme dont la femme et les trois fils sont restés au pays. Je n’ai jamais volé. Je ne fais que travailler et après je rentre chez moi. En plus, j’ai changé d’employeur. Depuis juillet 2024, je suis en CDI dans une société de nettoyage de bureaux. Mon patron n’arrête pas de me demander mon récépissé. Si je lui dis que ma demande a été rejetée, il va me licencier. » Dans l’Essonne, Bertrand, originaire du Congo-Brazaville a, lui, vu sa demande, déposée en mars 2022, tout simplement clôturée du jour au lendemain, début 2025. En l’instruisant, la préfecture lui a demandé d’actualiser son attestation d’hébergement. Mais le mail était tombé dans ses spams. Bertrand ne l’a pas vu à temps. Sa demande a donc été rejetée. En France depuis dix ans, il vit avec sa femme, détentrice d’une carte de résident et infirmière à l’hôpital, dans un deux-pièces avec trois enfants. « Je suis bloqué, soupire-t-il. Je ne peux pas être déclaré, travailler normalement, passer mon permis, déménager. »
    Le durcissement à l’œuvre s’ajoute à une situation déjà ancienne dans laquelle les services des étrangers des préfectures sont sous-dotés, les prises de rendez-vous compliquées voire impossibles, les délais d’instruction longs parfois de plusieurs années. En Seine-Saint-Denis, département où le taux de population étrangère est le plus élevé, près de 20 000 demandes de premiers titres de séjour sont en attente d’examen. « La préfecture pense terminer cette année le traitement des dossiers déposés en 2022 », souligne Jean-Albert Guidou, de la CGT.
    Au-delà de la régularisation, c’est pour l’ensemble des étrangers que la situation demeure précaire. Dans un département comme les Hauts-de-Seine, ce sont ainsi environ 30 000 demandes de titres, toutes catégories confondues, qui sont en attente d’instruction. « Il y a des gens qui n’arrivent pas à renouveler leur titre de séjour de dix ans, rappelle Koundenecoun Diallo, de la Coordination 75 des sans-papiers. Les patrons ne les font plus travailler et ils deviennent sans papiers. »

    #Covid-19migrant#migration#france#regularisation#politiquemigratoire#sante#economie#droit#titredesejour

  • L’#Espagne stimule sa prospérité grâce à l’immigration, un cas unique en Europe

    Madrid assume une politique migratoire ouverte. Portée par l’afflux de travailleurs latino-américains, l’économie espagnole devrait croître de 2,6 % en 2025.

    A rebours d’une Europe obsédée par la fermeture, l’Espagne affiche un visage singulier. Son économie tourne à plein régime, 2,6 % de croissance estimée pour 2025, selon les prévisions de Madrid, dopée par une #immigration massive, venue en grande partie d’Amérique latine. Une vague migratoire assumée, encouragée par le gouvernement du premier ministre socialiste, #Pedro_Sanchez.

    Les #chiffres sont éloquents : depuis 2023, la population espagnole s’est accrue de 1,2 million de personnes, portée par l’arrivée d’étrangers. En un an et demi, plus de 800 000 nouveaux venus se sont installés dans la péninsule. Le pays compte désormais un peu plus de 49 millions d’habitants, dont 7 millions d’étrangers (14,3 %).

    Le Maroc reste le premier pays d’origine, avec plus de 1 million de ressortissants, mais les flux latino-américains ont explosé : + 74 % pour la Colombie depuis 2020, + 57 % pour le Venezuela et + 60 % pour le Pérou. Ces migrants, dispensés de visa, entrent le plus souvent en Espagne comme touristes avant de s’y installer durablement. Les aéroports sont ainsi devenus la principale porte d’entrée du pays.

    Réponse à « l’#hiver_démographique »

    Selon une étude publiée en juin par la Banque d’Espagne, l’immigration a contribué pour 0,4 à 0,7 point à la croissance du produit intérieur brut par habitant entre 2022 et 2024, soit près d’un quart de la hausse totale du niveau de vie. L’agence de notation américaine S&P, qui a relevé en septembre la note souveraine du pays de A à A+, a souligné « un #marché_du_travail dynamique nourri par une migration ciblée destinée à compenser les pénuries de main-d’œuvre nées après la pandémie ».

    Depuis quelques années, la croissance de la #population_active espagnole a été presque entièrement portée par l’immigration. D’après l’Institut national de la statistique (INE), en 2022 et en 2023, les étrangers ont représenté près de 80 % des nouveaux actifs. En 2024, ils ont entièrement compensé la baisse du nombre de travailleurs espagnols.

    Les étrangers sont surreprésentés dans les secteurs moteurs de la croissance espagnole. Ils constituent 28 % de la main-d’œuvre dans l’#hôtellerie et la #restauration et 20 % dans la #construction. Mais leur présence dépasse désormais les emplois peu qualifiés. « On les trouve dans la santé, la technologie, l’entrepreneuriat ; 90 % des nouveaux travailleurs indépendants sont des migrants », souligne Gonzalo Fanjul, directeur de recherche de la fondation PorCausa, spécialisée dans l’analyse des phénomènes migratoires.

    Ce n’est pas la première fois que l’Espagne ouvre grand ses portes. Au début des années 2000, l’économie, portée par la bulle immobilière, réclamait déjà de la main-d’œuvre : entre 2000 et 2010, la population étrangère a progressé de façon exponentielle pour atteindre 6 millions de personnes. « Cette première expérience, globalement réussie, a préparé le terrain », estime Gonzalo Fanjul.

    Conscient du #vieillissement accéléré du pays – le solde naturel est négatif depuis 2015 –, le gouvernement socialiste a choisi d’en faire un levier. Depuis mai 2025, la réforme du règlement sur les étrangers a encore assoupli la procédure d’« #arraigo » (« #enracinement ») afin de régulariser progressivement les 500 000 à 700 000 personnes actuellement en situation irrégulière. Cette voie, fondée sur la preuve d’une #résidence de deux ans seulement, offre cinq types d’ancrage : social, socioprofessionnel, familial, de « formation » et de « seconde chance ».

    Pedro Sanchez revendique cette singularité. Au #récit sécuritaire dominant en Europe, il oppose une vision pragmatique et humaniste : l’immigration comme #richesse et comme réponse à « l’hiver démographique ». Il rappelle volontiers qu’« il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était aussi un pays de migrants ».

    Tendance irréversible

    Les #entreprises, confrontées à des pénuries de main-d’œuvre dans le #tourisme, la construction ou les services, soutiennent ouvertement cette approche. « Nous sommes un pays d’accueil et nous avons besoin de travailleurs venus d’ailleurs ; il faut former les jeunes migrants pour qu’ils deviennent nos futurs ingénieurs », a déclaré Antonio Garamendi, président de la Confédération espagnole des entreprises.

    Mais le succès a son revers. L’afflux de nouveaux habitants accentue les tensions sur le #logement : il en manquerait près de 700 000, selon la Banque d’Espagne. Si l’immigration reste plutôt bien perçue, elle figurait parmi les principales préoccupations des Espagnols en septembre 2024, avant d’être dépassée par le logement et l’accès à la santé. Les émeutes racistes de Torre-Pacheco, en Murcie, en juillet, ont toutefois rappelé la fragilité de cet équilibre.

    Pour contrecarrer le discours de Pedro Sanchez et se distinguer de l’extrême droite de Vox, qui appelle à l’expulsion de « tous ceux venus vivre de l’effort des autres » ou « imposer une religion bizarre », le Parti populaire (PP, conservateur) a esquissé, en septembre, une « #troisième_voie », prônant une immigration « légale et utile ». Le texte souligne « le lien spécial qui unit l’Espagne aux nations sœurs de l’Amérique hispanique, avec lesquelles nous partageons langue, histoire et valeurs ».

    Derrière les débats politiques, la tendance paraît irréversible. Dès 2000, un rapport de l’Organisation des nations unies prévenait que l’Espagne aurait besoin de 12 millions de migrants, d’ici à 2050, pour maintenir son équilibre démographique. Vingt-cinq ans plus tard, la Banque d’Espagne estime ce besoin à 24 millions. « L’immigration est ici pour rester, il n’y a pas de retour en arrière possible », conclut M. Fanjul.

    Pour un pays qui fut longtemps une terre d’émigration, cette conversion rapide en destination d’accueil pourrait bien devenir son nouvel atout stratégique et, peut-être, le visage le plus inattendu de sa réussite économique.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/21/singuliere-en-europe-l-espagne-stimule-sa-prosperite-grace-a-l-immigration_6

    #ouverture #économie #démographie #migrations #travail #régularisation #pragmatisme #statistiques

    ping @karine4

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    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

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    voir aussi :
    First refugees arrive in tiny Catalan villages under repopulation plan
    https://seenthis.net/messages/983054

    • ‘It’s a question of humanity’: how a small Spanish town made headlines over its immigration stance

      Mayor explains why #Villamalea unanimously backed call to regularise undocumented migrants – across party lines.

      Flanked by farmland and nestled among the deep valleys of central Spain, few in Villamalea, a town of 4,200 people, expected to find their tranquil home splashed across Spanish media this summer.

      “I’ve never been contacted by so many media outlets in my life,” said José Núñez Pérez, the conservative mayor of Villamalea. With a laugh, he added: “It made me question, just what have we done here?”

      Everyone wanted to speak to him about the same thing; a town council motion, approved unanimously and across party lines, calling on the central government to push forward with a stalled proposal to regularise undocumented migrants in Spain.

      “To us, it was the most natural thing in the world,” explained Núñez Pérez, as he paused to greet residents in the town’s central plaza. In recent decades, migrants from across the globe had been atrracted to Villamalea for the many jobs on offer.

      The steady supply of labour had helped turn the town into an agricultural heavyweight – about 70% of the mushrooms sold in Spain come from here – while also transforming Villamalea into a rich tapestry of residents whose roots trace back to 32 countries.

      For the 11 town councillors who backed the motion to grant papers to undocumented migrants – from Núñez Pérez’s People’s party to the Socialists and the United Left – this reality took precedence over party lines.

      “We didn’t even debate it, we were all onboard right away,” said Núñez Pérez. “There’s a lot of work to be done here. And there could be even more – the problem for these companies is that they can’t find enough people to work.”

      With the town’s companies weighing up whether to bring in temporary foreign workers, it only made sense to allow those who were already here a fair chance at a foothold. “It’s not just economics, it’s a question of humanity,” said the mayor.

      In late August, the president of the European Central Bank, Christine Lagarde, said gross domestic output in Germany would have been about 6% lower in 2019 if it hadn’t been for foreign workers. The picture was similar across the eurozone, she said. “Although they represented only around 9% of the total labour force in 2022, foreign workers have accounted for half of its growth over the past three years.”

      In Spain, where the Socialist prime minister has insisted that migration is an opportunity, a surge in arrivals has helped to make the country a bright spot among Europe’s plodding economies.

      Of late, even some of the most ardent critics of immigration have conceded its necessity; in June Italy’s Giorgia Meloni, the far-right leader who has long called irregular migrants a threat to Europe’s future, said her government would issue nearly 500,000 new work visas for non-EU nationals in the coming years, in addition to the 450,000 handed out since she took power.

      While regularisation programmes have long been used across the EU, with 43 put in place by more than a dozen countries between 1996 and 2008, in Villamalea the push to grant papers was also rooted in the town’s history.

      During much of the 20th century, the town’s residents were forced to fan out across Europe in search of work, said Venancio Cuenca Lopéz, the head of a local retiree association. “Some of them had papers, but some had no papers, no job offers, nothing,” he said. “We can’t say: ‘Well we did it, but now we’re against it.’ We’re all human beings, we need to have some empathy.”

      He pushed back against claims that regularisation would push down wages. “There are companies that take advantage of undocumented workers, forcing them to work in poor conditions and paying them little. Then Spaniards can’t work because they’re competing with people who are getting paid peanuts,” he said. “So we regularise them, everyone has the same conditions.”

      The Guardian spoke to 10 or so residents, all of whom expressed support for the motion. From the pensioners who make up about a quarter of the town’s population to the around 20% who were born abroad – the majority from Morocco or Romania – residents shrugged off the far-right’s efforts to disparage diversity. “Here everyone has their life and their world, but when we get to together we all get along,” said María Anguix García.

      At Villamalea’s town hall, officials are swift to cite the efforts many have made to foster integration, keenly aware that they’re doing so against a backdrop of swirling disinformation about migration.

      “There was a day when people who practise Islam went to the church and got to know the prayer space and then they did the reverse; the Catholics went to the mosque and experienced it,” said the mayor “And around two months later, the five religions we have in Villamalea came together to pray in the church.”

      When the flood of media requests poured in earlier this year, most wanted to know how Núñez Pérez reconciled his stance with others in the conservative People’s party, particularly as the leader, Alberto Núñez Feijóo, was increasingly linking immigration to insecurity.

      Across the country, PP politicians have entered into governments supported by the far-right, anti-immigrant Vox party. As a result, PP politicians have lurched further to the right, leading to motions such as the one recently seen in Jumilla, a town of about 27,000 residents, where the PP-led council backed a ban on religious gatherings in public sports centres that appeared to target Muslims.

      Núñez Pérez bristled at the comparison. “I’ve always said that I’m not paid by my party, I’m paid by the people of this town,” he said. “In my party, as in all parties, there are differences of opinion. But if you look at the wider picture, we’re not that different.”

      It was, after all, the PP who had carried out more regularisation programmes than any other party since Spain returned to democracy.

      Others in the PP had also followed in Núñez Pérez’s footsteps; in late September, about 20 miles (32km) away in the town of Tarazona de la Mancha, a similar mix of councillors, though headed by a Socialist mayor, had come together to unanimously pass their own motion calling on the central government to grant papers to undocumented migrants.

      Even so, Núñez Pérez knew that the fact that he was a conservative mayor backing regularisation had become a “morbid” fascination for many. “But I think it’s the most natural thing; I know what happens in my town, we live quietly, we live in peace and we learn from each other,” he said. “In interviews they always ask me about my political party. But just because someone fires a shot over there, it doesn’t mean we’re all going to do the same.”

      https://www.theguardian.com/world/2025/oct/11/small-spanish-town-headlines-immigration-villamalea
      #villes-refuge #régularisation #José_Núñez_Pérez

    • #Torre_del_Burgo, en Espagne, un village qui revit grâce aux immigrés

      Isolement, exode rural et fermeture de services publics : au nord de Madrid, dans une région parfois surnommée la « Laponie espagnole », plusieurs villages étaient voués à disparaître. L’arrivée et l’installation de personnes migrantes ont tout changé.

      Depuis Guadalajara, il faut quitter la route départementale et s’enfoncer dans une rue étroite pour apercevoir les maisonnettes, l’église et la mairie. Vendredi 3 octobre, à l’heure du déjeuner, les ruelles de Torre del Burgo sont désertes. Seuls des chats osent s’aventurer sur la Plaza Major, égayée de façades colorées. Certaines maisons tombent en ruine, et un vieux terrain vague n’a visiblement jamais trouvé preneur. On fait le tour du village en dix minutes.

      À environ une heure de route au nord de Madrid, Torre del Burgo aurait pu tout bonnement disparaître si des personnes étrangères ne s’y étaient pas installées dans les années 2000. Ici, les immigré·es représenteraient entre 70 et 90 % de la population. Mais dans son bureau, le maire, José Carlos Moreno, insiste sur un point : « On n’a pas de réfugiés ni de migrants illégaux. » De sa voix rauque, il le répète une seconde fois pour être sûr d’être bien compris.

      Lui qui n’aime pas tellement l’exercice des interviews ne voudrait surtout pas que l’image de son parti soit entachée. Le Parti populaire (PP, droite) ne cache pas ses positions sur l’immigration, qu’il souhaite « ordonnée et régulée, en lien avec le marché du travail ». Il va jusqu’à reprendre les thèses racistes de l’extrême droite, comme le prétendu « appel d’air », qui laisse entendre que de bonnes politiques d’accueil pousseraient d’autres personnes à venir en Espagne.

      Le maire de Torre del Burgo adopte donc la ligne du parti, mais il reconnaît tout de même que sans les étrangers « légaux », le village serait sans doute mort. Au total, 21 nationalités s’y côtoient, entre les Bulgares (majoritaires), les Marocain·es, un Camerounais, des Italien·nes ou des Ukrainien·nes. « Vous savez ce que c’est, quand une famille vient, elle en amène une autre », commente le maire, en poste depuis quatorze ans.

      Les rares Espagnol·es qui possèdent un logement ici ne viennent que l’été, pour profiter de leur résidence secondaire. Les immigré·es y vivent à l’année, et travaillent le plus souvent dans l’agriculture et la logistique, deux secteurs florissants dans la région, connue notamment pour sa production d’asperges vertes.
      Déclin démographique

      Outre les questions liées à la régularisation des sans-papiers, qui ont occupé le débat public en Espagne ces dernières années, un autre volet pousse le gouvernement socialiste à prendre position en faveur de l’accueil des étrangers et étrangères : celui de la démographie. Sans l’immigration, « la population espagnole pourrait chuter de 48 à 24 millions [d’habitant·es] d’ici 2100 », soulignent les auteurs du rapport « Politique migratoire : l’exception espagnole », réalisé par la chercheuse en droit européen Tania Racho et le consultant indépendant Antoine de Clerck.

      Les Marocain·es, les Colombien·nes et les Vénézuélien·nes représentent les trois premières nationalités d’origine parmi la population espagnole ; et seuls deux pays de l’Union européenne (UE) figurent dans le top 10, la Roumanie et la France. Ces arrivées s’expliquent par les anciennes colonies en Amérique latine, la proximité géographique de certains pays et la liberté de circulation pour les pays de l’UE. Les immigré·es qui viennent en Espagne sont « globalement plus jeunes que la population espagnole », relève le rapport.

      Sans immigration, « l’Espagne est exposée à une décroissance démographique majeure d’ici 2040, qui mettrait son modèle social et économique sous forte tension », affirment l’auteur et l’autrice, en s’appuyant sur les données de l’institut national de la statistique espagnol (INE). Une solution, donc, aux problèmes démographiques en Espagne ? « Les sans-papiers dans le pays, c’est une folie, tranche le maire de Torre del Burgo. Mais pour les autres [les étrangers en situation régulière – ndlr], oui, ça peut être une solution. »

      La province de Guadalajara, aux mains des socialistes depuis 2019, semble avoir fait ce pari, au point de proposer une aide pour le paiement de l’impôt foncier, afin d’inciter les jeunes de moins de 35 ans à acheter un bien immobilier dans la région. Ainsi, le taux de prélèvement chute à 3 % (contre 10 % à Madrid). « Sans ça, le village allait disparaître », explique Daria, une jeune trentenaire qui pensait en bénéficier lorsqu’elle a acquis, avec son mari, sa maison deux ans plus tôt.

      Mais alors qu’elle répondait aux critères, elle s’est heurtée à un refus lorsqu’elle est allée prendre des nouvelles de sa demande, un an plus tard : « On m’a dit qu’on n’aurait rien, sans explication », dit-elle depuis sa cuisine, ouverte sur le salon, où des pizzas maison sont tout juste sorties du four. Ici, elle a retrouvé le calme auquel elle aspirait, après avoir quitté en 2017 la ville de Melitopol, en Ukraine, désormais aux mains des Russes.

      D’une voix forte et dans un espagnol quasi parfait, qu’elle a appris seule, elle raconte avoir suivi son mari, venu en Espagne en 2015 pour travailler dans le BTP. « À combien s’élève le salaire minimum en Ukraine, déjà ? », interroge Daria en s’adressant à sa mère, venue lui rendre visite. Réponse : « 120 euros ». Daria lève les sourcils : « En Espagne, on peut gagner 1 000 euros par mois. » Le choix était vite fait.

      Son mari a des déplacements un peu partout, « alors [ils] n’avai[ent] pas vraiment besoin d’être basés à Madrid ». Le couple a choisi de s’installer ici, où ils pouvaient acheter une maison moins chère. Leur fille aînée, âgée de 7 ans, se plaît bien mieux au village que dans la capitale, où la famille a vécu un temps.
      Des opportunités

      « C’est un village d’immigrés, lance Daria, tout en précisant qu’il compte quinze enfants, contre deux seulement dans le village voisin. Tout le monde se connaît, il y a de l’entraide, de la sécurité. » L’école, située à l’entrée du village au bord de la route, tombe en ruine depuis bien longtemps. Alors Daria a passé le permis, afin de pouvoir déposer et récupérer ses filles chaque jour à Tortola de Henares, à onze kilomètres de là.

      Elle regrette l’absence d’une école et d’un vrai parc de jeu et voudrait voir plus d’investissements pour la rénovation de vieilles bâtisses. Mais lorsqu’on lui a récemment demandé quelle était sa « ville préférée » en Espagne, elle a répondu sans hésiter « Torre del Burgo ».

      Au milieu du village, vendredi après-midi, Sabina* s’avance vers les poubelles collectives pour y déposer un sac. À 38 ans, elle a donné naissance à deux enfants ici, après avoir rejoint son mari, venu pour travailler en Espagne dix ans plus tôt. « C’est sûr que le village serait beaucoup plus désert sans nous », dit-elle.

      Vêtue de noir, les cheveux tirés en arrière et le teint halé, elle raconte avoir préféré éviter une grande ville comme Madrid, « où tout est plus compliqué pour les étrangers ». « Ici, on a trouvé un logement facilement car il y avait peu d’habitants, et on travaille dans la cueillette des asperges, la logistique ou le ménage. »

      En quelques années, le village aurait doublé sa population grâce à l’arrivée des immigré·es, atteignant aujourd’hui 493 habitant·es selon l’INE. Il serait celui qui compte le taux le plus élevé d’étrangers et étrangères en Espagne.

      Non loin de là, le village de Heras de Ayuso s’est lui aussi repeuplé grâce aux immigré·es. Lui aussi a été confronté à l’exode rural et à la fermeture d’entreprises et de services publics, comme l’explique un article d’El Confidencial, réalisé avec la fondation PorCausa, qui tente de changer les regards sur les migrations. Surnommée la « Laponie espagnole », cette région souffre du taux de dépeuplement le plus élevé d’Europe.

      Daria, qui espère demander bientôt sa naturalisation, compte bien rester à Torre del Burgo. Sa mère, qui a fui l’Ukraine en 2022 après le début de la guerre d’invasion russe, apprend petit à petit l’espagnol et travaille comme cuisinière. Elle se dit heureuse d’avoir retrouvé sa fille, mais aussi sa sœur (la tante de Daria), installée en Espagne depuis plusieurs années. Et si la guerre s’arrêtait ? « Je crois que nous resterons, répond Daria. Mes filles ont grandi ici, elles parlent espagnol, elles ont la culture espagnole. On a tous envie de rester. »

      https://www.mediapart.fr/journal/international/241025/torre-del-burgo-en-espagne-un-village-qui-revit-grace-aux-immigres

  • Portugal : le Parlement adopte une loi qui durcit les conditions d’entrée dans le pays - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/67261/portugal--le-parlement-adopte-une-loi-qui-durcit-les-conditions-dentre

    Portugal : le Parlement adopte une loi qui durcit les conditions d’entrée dans le pays
    Par La rédaction Publié le : 01/10/2025
    Le Parlement portugais a adopté mardi, avec les voix du camp gouvernemental et de l’extrême droite, une réforme de sa loi sur l’immigration qui durcit les conditions d’entrée dans le pays, notamment l’accès au regroupement familial.Une semaine après sa présentation par le gouvernement, la réforme de la loi sur l’immigration a été adoptée mardi 30 septembre par le Parlement portugais, avec les voix du camp gouvernemental et de l’extrême droite. Le texte est une version amendée de celui voté en juillet dernier, qui s’était heurté à un véto présidentiel en raison des objections soulevées par la Cour constitutionnelle concernant les dispositions sur le regroupement familial.
    Lors du débat précédant le vote, le porte-parole du gouvernement, Antonio Leitao Amaro, a défendu la réforme en affirmant que « le temps d’une immigration irresponsable est terminé », tout en soulignant la nécessité de « contrôler et réguler les flux pour pouvoir intégrer avec humanisme ».
    La nouvelle loi maintient un délai minimum de deux ans de résidence légale avant de pouvoir demander un regroupement familial, comme stipulait l’ancien texte. Toutefois, la dernière version de cette réforme prévoit des exceptions permettant de raccourcir ce délai, notamment pour les couples mariés, voire de le supprimer lorsqu’il s’agit d’enfants mineurs. La disposition réservant les visas de recherche d’emploi aux travailleurs hautement qualifiés est maintenue, ainsi que celle qui met fin à la possibilité pour les Brésiliens, le plus important contingent immigré, de régulariser leur situation après leur arrivée au Portugal avec un visa touristique.
    Le paquet de mesures voté en juillet prévoyait également la création d’une nouvelle unité au sein de la police nationale, chargée de lutter contre l’immigration illégale et d’organiser les expulsions. Cette disposition est entrée en vigueur. En revanche, un troisième volet de cette réforme portant sur les conditions d’accès à la nationalité portugaise reste toujours en discussion.
    « Ceci n’est pas la loi initiale que nous avions proposée, mais elle poursuit l’objectif de réguler l’immigration de façon humaniste », avait déclaré la semaine dernière en conférence de presse le ministre et porte-parole du gouvernement, Antonio Leitao Amaro, en estimant que cette réforme était « urgente, nécessaire et importante ». « Il faut des règles et un contrôle. C’est important pour le Portugal, pour les Portugais, mais aussi pour que les citoyens étrangers et les immigrants soient accueillis dignement ».
    Arrivé au pouvoir en avril 2024, le gouvernement minoritaire de droite de Luis Montenegro a décidé de durcir la politique migratoire. L’an dernier, l’exécutif avait déjà abrogé une disposition qui permettait à tous les immigrés de demander leur régularisation en prouvant qu’ils travaillaient depuis au moins un an et cotisaient à la sécurité sociale, même s’ils étaient entrés sur le territoire avec un visa touristique. Fin 2024, le nombre d’étrangers établis au Portugal a dépassé 1,5 million, soit environ 15% de la population totale et près de quatre fois plus qu’en 2017.
    Longtemps pays d’accueil, le Portugal bénéficiait d’une politique migratoire parmi les plus ouvertes d’Europe. Pendant de nombreuses années, les migrants pouvaient obtenir un statut légal en travaillant, en créant une entreprise ou en étant freelance, qu’ils soient entrés de manière régulière ou non dans le pays. La loi adoptée en 2018 par l’ancien gouvernement socialiste qui permettait aux immigrés de demander une régulation s’ils prouvent avoir travaillé depuis au moins un an en cotisant pour la sécurité sociale, a ainsi été abrogée en juin 2024.

    #Covid-19#migrant#migration#portugal#politiquemigratoire#immigration#economie#regularisation#regroupementfamilial

  • L’Espagne, un #modèle_migratoire à contre-courant

    Population immigrée multipliée par treize depuis vingt-cinq ans et programmes de #régularisation : par #pragmatisme plus que par #humanisme, l’Espagne a ouvert ses frontières. Et cette politique obtient un large #soutien.

    (#paywall)

    https://www.alternatives-economiques.fr/lespagne-un-modele-migratoire-a-contre-courant/00116201
    #politique_migratoire #migrations #réfugiés #alternative #ouverture_des_frontières
    ping @karine4

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
    ping @reka @karine4 @_kg_ @isskein

  • Admission exceptionnelle au séjour après la circulaire Retailleau : quelles possibilités de régularisation ? ⋅ GISTI
    https://www.gisti.org/article7522

    Petites nouvelles du front... Pendant que ministres, élu·es, responsables de partis rivalisent d’idées de mesures plus régressives les unes que les autres en matière de politique migratoire, que se passe-t-il « sur le terrain », aux guichets des administrations, pour les personnes étrangères résidant en France, et tout particulièrement pour les 300, 600, ou 800 000 d’entre elles, en situation irrégulière, qui, parce que leur vie, leurs attaches, leur travail sont en France, cherchent à obtenir un titre de séjour ?

    .... en Île-de-France justement, les départements 75 (Paris), 77, 78, 92 et 93 viennent de mettre en place une plateforme commune sur le site « démarches simplifiées » pour les demandes d’admission exceptionnelle au séjour (AES), c’est-à-dire les demandes de #régularisation.

    Et alors que ce nouvel outil pourrait avoir été conçu pour permettre de traiter enfin les milliers de dossiers dont l’instruction est en panne depuis des mois, voire des années, on voit arriver des annonces de clôture de dossier, accompagnées de la suggestion de... reformuler la demande de rendez-vous en préfecture ! Des mois d’attente pour rien...

    Les personnes, plus chanceuses, qui parviennent aux guichets des préfectures se voient, de plus en plus fréquemment depuis quelque temps, soumises à des procédures qui ne sont prévues par aucun texte : on teste leur maîtrise de la langue française, on les interroge sur leurs connaissances de l’histoire de France, des « valeurs de la République », etc.

    Quant aux sans-papiers qui pouvaient prétendre à être régularisé·es en raison de divers motifs que listait la circulaire Valls du 28 novembre 2012, aujourd’hui abrogée – parents d’enfants scolarisés, conjoint·es d’une personne en situation régulière, jeunes devenu·es majeur·es, personnes vivant dans une structure agréée Oacas, victimes de traite, de proxénétisme, de violences conjugales – la nouvelle circulaire sur l’AES en fait des catégories qui ne sont plus à privilégier.

    #étrangers #étrangers_en_situation_irrégulière #OQTF