• La guerre de l’#eau, un conflit explosif dans les #Pyrénées-Orientales

    Face à la #sécheresse dans les Pyrénées-Orientales, les pouvoirs publics misent sur l’#irrigation. Au risque de provoquer une #guerre_de_l’eau. #Omerta, #pressions politiques, maraîchers inquiets... Le sujet est explosif.

    « Vous voulez nous piquer notre eau ! » Ce mercredi de novembre, l’élégante salle des fêtes de #Latour-de-France bruisse d’indignation. Jardiniers ou paysans, ils sont venus en nombre exprimer leurs craintes. En face, représentants de la #FNSEA, le syndicat agricole majoritaire et productiviste, et services de l’État peinent à cacher leur impatience. « C’est une des premières guerres de l’eau du département », commente un des participants.

    Au cœur de la discorde hydraulique : un #tuyau de 10 km qui permettrait d’amener davantage d’or bleu aux #vignes et #abricotiers de la plaine de #Rivesaltes. « Un projet qui va bénéficier à toute la vallée », selon Jean Bertrand, salarié de la chambre d’agriculture catalane, dirigée par la FNSEA. Mais pour les habitants de l’amont, chez qui la précieuse ressource va être puisée, l’inquiétude est palpable : « Avec le peu d’eau que vous allez nous laisser, c’est la mort pour nous. »

    Tous les ingrédients sont réunis pour rendre le sujet explosif. Une ressource en chute libre et une demande en eau qui explose, des agriculteurs exsangues et des petits jardiniers inquiets... Le tout saupoudré d’omerta et enrobé de #pressions_politiques.

    La #rivière disparaît sous terre

    Pour bien comprendre le problème, il faut remonter deux ans en arrière. Les Pyrénées-Orientales traversaient alors une sécheresse historique. Entre avril 2023 et mars 2024, le déficit de pluie a atteint jusqu’à 70 % dans l’est du département. Avec des conséquences catastrophiques pour l’#agriculture : des abricotiers morts sur pied, des vignes desséchées… En pleine mobilisation agricole, l’État a redouté une crise potentiellement explosive. Il fallait répondre, vite et fort.

    Le 22 mai 2024, le ministre de la Transition écologique de l’époque, #Christophe_Béchu, lançait en grande pompe un #plan_de_résilience pour l’eau, assorti d’un chèque de 10 millions d’euros. Dans la foulée, il annonçait soutenir « sept projets concrets faisant consensus » dans le département, dont plusieurs portés par la chambre d’agriculture. Parmi eux, la « priorité des priorités », selon la directrice du plan eau, #Christine_Portero-Espert : « La sécurisation de l’alimentation des #réseaux_d’irrigation de l’#Agly aval. » Notre fameux tuyau.

    S’il y a urgence, c’est que la #vallée_de_l’Agly est la zone la plus affectée par la sécheresse. À Rivesaltes, les habitants n’ont pas vu couler le fleuve de décembre 2022 à octobre 2024. Une situation exceptionnelle, mais pas surprenante : en un demi-siècle, « le débit des fleuves côtiers méditerranéens a diminué de 30 à 40 %, dont au moins 20 % directement lié au changement climatique », explique l’hydrologue Wolfgang Ludwig, qui prévoit la quasi-disparition de ces #cours_d’eau d’ici la fin du siècle, dans les pires scénarios climatiques.

    Un séisme hydrologique au pays catalan. « Historiquement, il y a de l’eau dans les Pyrénées-Orientales, grâce à la fonte des neiges, rappelle le chercheur. Il y a donc ici une #culture_de_l’irrigation très développée, qui a été une chance, mais qui est aujourd’hui une grande vulnérabilité. » Car l’abondance hydrique a retardé l’adaptation au #changement_climatique — et poussé une partie des agriculteurs du Rivesaltais à miser sur l’#abricot, une culture très gourmande en eau.

    Dans la vallée de l’Agly, le #fleuve alimente tout un #réseau_d’irrigation, dont une partie héritée du Moyen-Âge. Autour de Latour-de-France et d’#Estagel, quelque 280 hectares — de petits potagers comme des exploitations viticoles — sont ainsi arrosés. À Rivesaltes, près de 400 hectares en bénéficient.

    Cerise sur le gâteau aride, le cours d’eau traverse — entre Latour-de-France et Rivesaltes — une zone rocheuse comparable à un gruyère : le #karst des #Corbières. En clair, une grande partie de la rivière disparaît sous terre. En période de sécheresse, le karst pourrait absorber jusqu’à 3 000 litres par seconde, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Résultat, en aval, les canaux d’irrigation alimentés par l’Agly sont régulièrement vides.

    Jusqu’ici, la parade consistait à lâcher d’importantes quantités d’eau depuis le #barrage_de_Caramany, à 30 km en amont, pour « passer le karst ». Sauf que la réserve se vidait à vue d’œil. D’où l’idée — apparemment simple — des élus de la chambre d’agriculture : court-circuiter la zone poreuse grâce à un tuyau. « On aura besoin de lâcher moins d’eau en période sèche pour assurer les besoins agricoles », se réjouit Jean Bertrand.

    Selon les calculs du cabinet BRL Ingénierie — mandaté pour étudier le projet —, entre 1 et 4 millions de m3 seraient ainsi « économisés » les années sèches, sauvegardés dans le barrage. Et le tour est joué ! Pas si simple, mettent en garde plusieurs experts — qui souhaitent tous rester anonymes, signe que le sujet est tendu. Car le karst alimente les nappes du #Roussillon — précieuses réserves d’eau douce pour le littoral catalan, menacées par l’intrusion saline —, mais également l’étang de #Salses-Leucate. Pour « sécuriser » son #accès_à_l’eau, la métropole de #Perpignan projette aussi de multiplier par quatre ses prélèvements dans cette zone calcaire décidément très convoitée.

    « Qui pourra se payer l’eau ? »

    Interrogés par Reporterre quant aux incidences de ce projet sur l’alimentation en #eau_douce du territoire, les acteurs locaux bottent en touche. La métropole ne nous a pas répondu. Le syndicat de l’étang de Leucate indique qu’« à ce stade, la commission locale de l’eau [qui réunit élus et usagers] n’a pas été consultée sur ce dossier ». Pour le syndicat du bassin de l’Agly, « de nombreux points techniques et opérationnels doivent encore être étudiés et précisés » avant qu’il puisse « s’exprimer publiquement ». Rien d’officiel donc, mais en coulisses, plusieurs acteurs publics de l’eau nous ont fait part de leur « vive inquiétude ».

    « Il s’agit d’un système complexe et fragile, qui n’a pas du tout été pris en compte dans sa globalité », nous indique un connaisseur du dossier. Les interactions du karst avec les #nappes et des cours d’eau catalans sont encore mal connues. « On joue aux apprentis sorciers. »

    Côté préfecture et chambre d’agriculture, on se veut rassurant : si le besoin s’en fait sentir, on lâchera davantage d’eau du #barrage pour renflouer les réseaux souterrains. Circulez, il n’y a rien à voir.

    Mais le problème ne s’arrête pas là. Car construire un #adducteur — et toutes les infrastructures autour — coûte cher, très cher. Entre 12 et 18 millions d’euros selon BRL Ingénierie. Sans oublier quelque 200 000 euros annuels pour faire fonctionner l’ouvrage. Un #prix potentiellement insoutenable pour les quelque 1 400 propriétaires reliés aux différents canaux et organisés en Association syndicale autorisée (ASA).

    D’où la volonté des porteurs du projet d’étendre le réseau d’irrigation. 250 hectares supplémentaires — de la vigne principalement, selon la chambre d’agriculture — pourraient ainsi être reliés et abreuvés. Ainsi qu’une centaine d’hectares, notamment des abricotiers, aujourd’hui arrosés grâce à des forages. « Pour atteindre la soutenabilité économique, il est en effet nécessaire d’ouvrir le réseau à de nouveaux enjeux et à un plus grand nombre d’agriculteurs pour augmenter le nombre de cotisants », indique Jean Bertrand.

    Mais même dans ce scénario, il est probable que le prix de l’eau s’envole de plusieurs centaines d’euros : qui pourra encore se la payer ? « Le risque, c’est que seuls les plus grands arboriculteurs ou viticulteurs puissent avoir accès à l’irrigation », craint Jacques de Chancel, vigneron et membre de la Confédération paysanne.

    Et c’est là que le bât blesse. « Tant qu’il s’agissait de soutenir les réseaux existants, pourquoi pas, mais là, on a l’impression d’un projet qui va profiter surtout à l’agriculture industrielle », soulève-t-il. D’autant que pour pouvoir satisfaire tous les besoins, les porteurs du projet envisagent également de réduire le robinet des petits agriculteurs et des jardiniers en amont du tuyau.

    C’est le cas de Luc, maraîcher installé depuis cinq ans à Estagel. Il cultive aujourd’hui 3 hectares de légumes, vendus ensuite localement, via une Amap. Pour arroser ses parcelles, il utilise notamment l’eau du canal voisin — qui pourrait donc diminuer voire disparaître en période sèche. « Avec ce projet, je risque de fermer boutique », alerte-t-il.

    Côté chambre d’agriculture et services de l’État, on fait valoir un projet « global », qui consiste également à moderniser les réseaux, colmater les fuites, automatiser la distribution d’eau… Autant d’économies qui « bénéficieront à tout le monde », assure Christine Portero-Espert. Pour elle, 250 hectares irrigués en plus — comparés aux 1 100 ha déjà reliés aux canaux — ce n’est pas « déraisonnable », surtout si ça permet de « sécuriser des filières », et donc de préserver des emplois.

    Omerta

    Face au flou, les relations se tendent entre habitants de l’amont et de l’aval. Rares sont les personnes qui acceptent de prendre publiquement position pour ou contre le projet. Nous avons pu contacter un des viticulteurs qui pourrait être raccordé au tuyau — aujourd’hui, il n’irrigue pas. « On touche aux limites de ce qu’on peut faire sans arroser, raconte-t-il de manière anonyme. Alors je me dis qu’avec un peu d’eau, on pourrait retrouver un équilibre économique. » S’il accueille le projet avec un œil plutôt bienveillant — « il a le mérite d’exister » —, il met aussi en garde : « Au-delà de 500 euros par hectare et par an, le prix de l’irrigation sera trop cher. »

    Interrogée sur le prix final pour les usagers, la chambre d’agriculture élude — les calculs sont toujours en cours. Mais une chose paraît certaine : « Ce sera de l’eau chère, reconnaît Jean Bertrand. La part du #coût de l’eau dans les budgets des exploitations augmente et va augmenter, il ne faut pas ignorer cette réalité. » Façon d’admettre que certains seront laissés sur le bas-côté de l’adducteur ? « C’est le risque des #solutions_techniques, souvent coûteuses, souligne Wolfgang Ludwig. Elles peuvent favoriser une #agriculture_intensive, très spécialisée, seule capable de produire les ressources financières pour payer cette eau. »

    Les questions s’accumulent, mais le projet progresse, coûte que coûte. Une des chevilles ouvrières du projet nous a fait part de « grosses pressions pour que le dossier avance vite ». « Il faut bien que les services de l’État et la chambre parviennent à sortir quelque chose pour montrer qu’ils agissent », remarque Joseph Genebrier, de la #Frene_66, une association environnementale. Quitte à prendre des décisions avant que toutes les études ne soient réalisées. Quitte à établir un « rapport de force » avec les plus réfractaires, selon les participants de la réunion publique.

    Des arguments qui ne convainquent pas les opposants, dont certains pointent une « #mal_adaptation ». Comme l’expliquait l’économiste Marielle Montginoul à propos d’un autre mégaprojet de tuyau occitan, « on assiste à une sécurisation de l’accès à la ressource plus qu’à une réflexion sur un nouveau modèle plus économe en eau ». Une « #course_en_avant, sans se poser les bonnes questions, comme le choix du type de cultures qu’on irrigue ». On se retrouve ainsi à arroser des vignes, en pleine crise de surproduction du #vin. Ou à faire perdurer la culture d’abricots, très exigeante en eau.

    « Si les #solutions_techniques permettent de se protéger contre les aléas, un peu comme le camion de pompiers qu’on ne sort qu’en cas d’urgence, pourquoi pas, indique Wolfgang Ludwig. Mais si on les utilise pour développer des #pratiques_agricoles, alors on augmente notre #dépendance et notre #vulnérabilité. » Le risque, pour le chercheur, est de louper le coche essentiel de l’adaptation : « Tant qu’on se repose sur des #outils_techniques, on ne s’adapte pas à la ressource qui baisse. »

    Penser la #transition_agricole vers des cultures de climat semi-aride, diversifier les fermes pour les rendre plus résilientes, encourager le travail des sols… Autant de pistes « explorées aussi par la chambre d’agriculture », assure Jean Bertrand. Mais qui ne font pas partie des sept projets « prioritaires » du plan de résilience pour l’eau.

    https://reporterre.net/La-guerre-de-l-eau-un-conflit-explosif-dans-les-Pyrenees-Orientales

  • Il brand mafia, tra TikTok e #dark_web

    I criminali si sono adeguati alle piattaforme per costruire la versione digitale dell’estorsione. In questo caso, si tratta di un pizzo sull’economia dell’attenzione. Intervista allo storico Marcello Ravveduto

    Le mafie del XXI secolo hanno dovuto adattarsi alle regole dei media e della società dei consumi per garantirsi sopravvivenza e legittimazione sociale. E ciò è avvenuto attraverso due passaggi: da un lato, la normalizzazione dei codici criminali, alimentata anche da chi sui social banalizza e riproduce gli immaginari mafiosi; dall’altro, l’uso strategico dello spazio digitale, gestito tra visibilità (TikTok) e occultamento illecito (dark web). Sono alcune delle conclusioni contenute nel rapporto Le mafie nell’era digitale: focus TikTok, curato per Fondazione Magna Grecia da Marcello Ravveduto, professore associato di Storia contemporanea all’Università di Salerno ed esperto di immaginari mafiosi.

    Ravveduto, perché concentrarsi sul binomio mafie-TikTok?

    È la naturale conseguenza del primo rapporto, dove abbiamo analizzato la presenza delle organizzazioni mafiose nell’ecosistema digitale. La ricerca si è concentrata sulle piattaforme user generated content, in cui l’utente è consumatore e al tempo stesso produttore di contenuti. TikTok si distingue per una serie di caratteristiche, ad esempio consente un utilizzo anonimo e i contenuti hanno un’alta volatilità. Inoltre, l’algoritmo premia l’engagement, la viralità e la visione seriale di alcuni generi e temi specifici.

    Questo crea un meccanismo in cui la mafia si configura come un sistema autoreferenziale, alimentato da una sorta di narcisismo criminale. L’obiettivo del rapporto non è solo informare, ma assicurarsi che l’opinione pubblica e gli utenti acquisiscano piena coscienza del fenomeno. Perché dietro i contenuti che etichettiamo come trash c’è molto altro; riderne e divulgarli può contribuire a normalizzare messaggi mafiosi.

    È corretto dire che la società dei consumi e dei media ha “conquistato” le mafie?

    Certamente la società dei consumi ha dettato le regole e i media, con le loro logiche, hanno ridefinito le modalità operative delle mafie. Su TikTok anche l’utente mafioso all’inizio deve comportarsi come un tiktoker e adeguare il suo stile di vita e la sua mentalità con l’obiettivo di raggiungere pubblici vasti. In sostanza, il mafioso deve seguire le regole imposte dall’algoritmo.

    Nel rapporto si parla di mafiofili. Chi sono?

    Sono utenti che manifestano apprezzamento per i contenuti che hanno uno sfondo mafioso: film, serie televisive o altro. Spesso si tratta di persone che non hanno rapporti diretti con le organizzazioni criminali, ma che sono suggestionate dal potere, dalla narrazione e dal fascino del racconto mafioso. Questi utenti, assai più numerosi dei mafiosi stessi, hanno un ruolo centrale nella riproduzione di contenuti e nella loro diffusione.

    Un’analisi di rete dei profili ha rivelato, infatti, che i mafiofili sono i veri motori della normalizzazione dei contenuti di matrice criminale. Non si limitano a consumarli, ma li utilizzano per inserirsi in un filone narrativo che si lega ad altri trend e temi: il lusso, il glamour, la moda, i motori e le culture giovanili in generale. Attraverso strumenti tipici delle piattaforme (meme, clip, challenge, lip sync, remix ecc.), i mafiofili creano un vero e proprio genere narrativo e questa narrazione si espande con grande facilità perché attrae pubblici diversi.

    Quindi normalizzando i contenuti finiscono per proteggere la figura del mafioso?

    Più che proteggerlo, lo sdoganano. Quando un utente è continuamente esposto a temi legati al cinema, alle serie tv o alla musica (sia essa trap o neomelodica), il successivo incontro con il contenuto del mafioso genera ambiguità: è una mera imitazione (alla Scarface o alla Tony Montana) oppure realtà? Le costruzioni retoriche utilizzate sono le stesse impiegate dagli influencer, che espongono decine di brand per promuovere il consumo. L’influencer indossa un capo firmato per promuovere il marchio, mentre il mafioso o il mafiofilo indossa lo stesso abito per dimostrare che la ricchezza ottenuta dal narcotraffico ne permette l’acquisto.

    Lei descrive una geografia digitale dove le mafie sono visibili su TikTok ("terre emerse") ma agiscono nell’ombra sul dark web ("sottosuolo"). Come si combinano queste due strategie?

    Se sulla terra trivelliamo per raggiungere il sottosuolo, nel mondo digitale usiamo le piattaforme crittografate per penetrare nel dark web.Il collegamento è garantito da strumenti che spesso sottovalutiamo: WhatsApp, Telegram e Messenger di Facebook sono tutti crittografati. Un altro punto di contatto sono i videogiochi con la partecipazione aperta, che creano pubblici numerosi e offrono chat integrate, facilitando i contatti. La ragione d’essere di questi due mondi è che sono complementari l’uno all’altro e al lavoro delle organizzazioni mafiose. La parte visibile è cruciale per la legittimazione sociale.

    Il mafioso è presente e riconosciuto nel quartiere che controlla e le persone devono sapere chi è per poterlo ossequiare. Nascondersi, invece, è una necessità intrinseca del crimine: se commetto un reato devo nasconderlo. Si tratta di due esigenze distinte: da un lato, cercare di influenzare la società alla luce del sole, dall’altro, commettere reati nascondendosi per non essere perseguiti. Il web replica la geografia fisica che è in grado di determinare anche una geografia sociale. Questa è la sua vera potenza.

    Molti video su TikTok usano l’ironia e rendono complesso l’intervento della piattaforma. Come distinguere tra un messaggio goliardico e uno che invece veicola codici e valori criminali?

    Il problema nasce quando l’ironia nasconde una minaccia o semplicemente una strategia per attirare l’attenzione, un messaggio compreso da chi appartiene al mondo criminale. Questa capacità di celare un secondo messaggio è la ragione per cui tali contenuti si espandono ben oltre la loro dimensione superficiale. L’unica strada è imparare a riconoscere i segnali portatori di più significati: simboli, ambienti, estetiche, acconciature e modi di vestire possono essere elementi indicativi. Non possiamo dire che una persona è mafiosa solo perché indossa un certo brand o usa l’emoji del leone, ma è necessario scavare più a fondo: chi è l’utente, chi sono i suoi follower, quali altri contenuti pubblica?

    Nel caso in cui, oltre all’ironia, i contenuti trattano temi come il carcere, i carcerati, o ancora se è ostentata la casa con i suoi stucchi barocchi, allora abbiamo degli elementi da valutare. Il criterio alla base di questa visibilità è un processo di vetrinizzazione tipico della società dei consumi: la persona si mette in mostra e diventa una merce. Loro sono consapevoli di essere i promotori del brand mafia e per promuoverlo usano un linguaggio pubblicitario composto da metafore, evitando riferimenti espliciti.

    Lei sostiene che le organizzazioni criminali si comportano come dei brand, che curano immagine e reputazione per attrarre il pubblico di riferimento.

    Sì, e aggiungo che tutto questo è nato spontaneamente, senza un pubblicitario o un regista a pianificare le strategie. I criminali si sono adeguati alle necessità delle piattaforme per costruire un processo di brandizzazione, hanno investito nella parte visibile per creare e costruire l’equivalente digitale di quello che una volta era il pizzo. In questo caso, si tratta di un pizzo sull’economia dell’attenzione. Ci sottraggono attenzione, costruendo un processo di legittimazione sociale che rafforza il loro brand.

    Ci può fare qualche esempio di come i mafiosi usano TikTok per fare branding?

    Propongono un modello di successo depurandolo dagli aspetti più negativi, in particolare quello della violenza. Spesso viene usata la stessa retorica dell’antimafia che commemora le vittime innocenti, ma applicata per glorificare i propri caduti. Esistono migliaia di profili che alternano slideshow
    con le foto dei morti ammazzati dei clan, trasformati in eroi e martiri. Fino a quando non comprenderemo che quel mondo parla come noi, ma alla rovescia, e che la chiave di volta è la costruzione di una post-verItà, non cambierà nulla.

    Ciò che per noi è vero, per loro non lo è, perché la loro verità è diversa. Questo è chiaro nelle dirette delle mogli dei boss, che dicono «mio marito è in galera, ma è una brava persona», oppure «mio marito spacciava, ma è un padre che non ha mai fatto mancare nulla ai figli». Siamo dinanzi a un meccanismo in cui la difesa dell’identità passa attraverso una verità alternativa. I social network prendono questo messaggio e lo spingono all’ennesima potenza.

    Su TikTok la figura femminile è rappresentata in una duplice veste: legata a un ruolo tradizionale e sottomesso, oppure protagonista nell’ostentazione e nell’uso dei codici criminali.

    In quel mondo l’emancipazione femminile è in realtà un processo di mascolinizzazione. La donna che ostenta il lusso e sostituisce il marito mostra la ricchezza e il potere guadagnati dal coniuge criminale. Simbolicamente, il patrimonio diventa la prova e la celebrazione del capofamiglia, anche se
    questo si trova in carcere. D’altronde sono persone cresciute con madri e nonne che hanno sempre vissuto in quel modo: la donna che non accudisce il suo uomo è considerata una cattiva femmina.

    Quando il marito non c’è più, la donna deve assumere un ruolo operativo, ma si comporta come un uomo. I rari casi di emancipazione avvengono quando comprende che deve uscire da quel contesto per salvare i propri figli, è solo allora che abbandona la figura della moglie e agisce esclusivamente nel ruolo di madre. Ma sono eventi eccezionali. Nella maggior parte dei casi, la donna è pienamente consapevole e integrata, se non felice. Tra l’altro, nel mondo criminale sono molto rari i femminicidi proprio perché la donna è completamente sottomessa.

    Chiudendo il cerchio, per risolvere il problema non basterebbe censurare alcuni contenuti criminali?

    La censura è inefficace. Possiamo chiudere tutti i profili di mafiosi e mafiofili, ma i messaggi continuerebbero a esistere, anzi tornerebbero sotto forme diverse. Le regole di TikTok sono chiare: l’intelligenza artificiale blocca i contenuti che presentano armi o un linguaggio scorretto, ma mafiosi e mafiofili possono aggirare questi vincoli, ad esempio utilizzando il dialetto. Da parte loro, forze di polizia, procure e tribunali hanno dei reparti dedicati al controllo dei social, ma se non c’è nulla di penalmente rilevante l’intervento risulta limitato.

    E allora qual è il metodo più efficace per contrastare il fenomeno?

    L’antimafia deve mettere da parte l’atteggiamento un po’ snob tenuto finora rispetto a queste piattaforme e cominciare ad affrontare le mafie sullo stesso “campo di battaglia”, proponendo una narrazione alternativa, ad esempio raccontando agli utenti dei social cosa si fa per contrastare le organizzazioni criminali. Senza questo scatto in avanti, gli algoritmi continueranno a costruire una sorta di pedagogia della mafia e tale visione diventerà sempre più parte integrante del nostro immaginario.

    https://lavialibera.it/it-schede-2515-il_brand_mafia_tra_tiktok_e_dark_web_marcello_ravveduto
    #mafia #réseaux_sociaux #TikTok #pizzo #extorsion #imaginaire #imaginaires_mafieux #algorithme #narcisisme_criminel #mafiofili

    • Le mafie e i social media

      Abiti firmati, auto di lusso, locali esclusivi, banconote in bella mostra. Sono i canoni dell’estetica criminale che le mafie italiane, al pari dei narcos e di altri clan, hanno imparato a sfruttare in maniera efficace. Sui social media ostentano ricchezza per affermare potere e raccogliere consensi, occupando la rete alla stessa stregua di un qualsiasi territorio di conquista. È la cosiddetta “mafiosfera”, per usare la terminologia coniata dal Professor Marcello Ravveduto.

      Un mondo digitale in cui le cosche convivono con il popolo degli emuli: i “mafiofili”, attratti dal fascino patinato dell’epopea malavitosa. Tra loro molti giovani, spesso inconsapevoli del fatto che, condividendo i contenuti pubblicati sui social, contribuiscano a banalizzare la violenza e l’illegalità. È un problema che finisce per riguardare tutti. Ovunque. Nel “mafiorama”, che dall’America Latina si è esteso all’Europa, compare anche la Svizzera, non certo estranea a mafiosi e “mafiofili”.

      https://www.usi.ch/it/feeds/33770
      #rapport #esthétique #richesse #pouvoir #territoire

  • "Ils présentent #Calais comme un #champ_de_bataille" : ces groupuscules britanniques #anti-migrants dans le nord de la France

    « #Opération_Overlord », « #Raise_the_Colors »... Des groupes de civils britanniques d’#extrême_droite organisent depuis plusieurs mois des actions dans le nord de la France pour lutter contre les traversées illégales de la #Manche. Face à ce phénomène anti-migrants, des associations françaises condamnent l’inaction des gouvernements britannique et français. « Se faire justice soi-même ne résoudra pas le problème », a déclaré le Home Office à InfoMigrants.

    Le mouvement britannique baptisé « Opération Overlord » organise des actions dans le nord de la France pour tenter d’empêcher les traversées clandestines de la Manche. Ses membres - des civils - patrouillent le long du littoral français pour détruire les petites embarcations à bord desquelles des migrants espèrent rejoindre les côtes du Royaume-Uni.

    Sur les réseaux sociaux, les membres « d’Opération Overlord » publient des vidéos pour expliquer qu’ils « traquent [les migrants dans] les dunes » et recherchent des canots pneumatiques. Le journal britannique The Guardian rappelle que ces groupes d’autodéfense harcèlent des migrants et qu’ils n’agissent dans aucun cadre légal.

    Un autre de ces groupes se fait appeler Raise the Colours. Leur montée en puissance inquiète les associations d’aide aux migrants en France.

    « Force civile de contrôle des frontières »

    Raise the Colours attire déjà des milliers de personnes. Plus de 5 500 Britanniques se seraient portés #volontaires pour se rendre en France et participer à ces #patrouilles. Sur son site web, le mouvement sollicite ouvertement des dons allant de 10 à 2 000 livres sterling (entre 11 et 2 300 euros environ) pour financer une « force civile de contrôle des frontières ».

    Le groupe a également diffusé des demandes d’équipement comprenant des gilets anti-couteaux, des caméras thermiques, des drones, des radios cryptées et de puissantes lampes torches.

    Raise the Colours n’a pas répondu aux sollicitations d’InfoMigrants.

    « Une #auto-justice en grande partie symbolique »

    Dans son ouvrage intitulé « Towards a vigilant society : from citizen participation to anti-migrant vigilantism » ("Vers une société vigilante : de la participation citoyenne à la vigilance anti-migrants"), l’auteur Matthijs Gardenier examine ce phénomène qui met en scène des patrouilles spectaculaires, des appels à la vindicte populaire et au harcèlement en ligne.

    « Ces actions façonnent une vision du monde qui présentent la situation à Calais et à #Douvres non pas comme une crise humanitaire, mais comme un champ de bataille, représentant les migrants comme des envahisseurs et les justiciers comme des défenseurs héroïques », écrit Matthijs Gardenier. « Bien que cette #auto-justice soit en grande partie symbolique, mise en scène principalement pour être visible sur les réseaux sociaux, elle contribue néanmoins à créer une atmosphère conflictuelle et débouche parfois sur des #intimidations dans le monde réel ».

    Début décembre, neuf associations - dont Utopia 56 - ont dénoncé ces « pratiques d’intimidation » et condamné la « réponse insuffisante » des gouvernements britannique et français, estimant que cela « contribue à normaliser et à encourager des pratiques violentes et xénophobes qui menacent directement les personnes exilées ainsi que leurs soutiens associatifs ».

    Contacté par InfoMigrants, un porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur a expliqué « comprendre la frustration suscitée par les traversées illégales. Cependant, se faire justice soi-même ne résoudra pas le problème. Cette semaine, le ministre de l’Intérieur a annoncé les plus grandes réformes depuis des décennies pour lutter contre l’immigration clandestine, rétablir l’ordre et le contrôle à nos frontières et rendre l’arrivée au Royaume-Uni moins attrayante pour les migrants clandestins. »

    Mi-novembre, le gouvernement britannique a durci encore sa politique migratoire à l’encontre des demandeurs d’asile et des réfugiés à travers un vaste plan anti-immigration afin de décourager les migrants de venir au Royaume-Uni. Avec la nouvelle loi, la durée des titres de séjour va passer de cinq ans à deux ans et demi, les conditions d’obtention du titre de séjour permanent vont se durcir. Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur britannique, a aussi décrété que les demandeurs d’asile n’auront « qu’une seule chance » de déposer une demande et une seule de faire appel - espérant ainsi accélérer dans le même temps les expulsions vers les pays d’origine.

    « Nous avons arrêté et expulsé près de 50 000 personnes en situation irrégulière, et notre accord historique avec la France prévoit que les personnes arrivant par petits bateaux soient désormais renvoyées », ajoute le ministère.

    Montée en puissance des « chasseurs de migrants » à travers l’Europe

    Les Britanniques ne sont pas les seuls à ériger des groupes de défense anti-immigration. À travers l’Europe, des mouvements similaires ont gagné en popularité, se présentant comme les défenseurs des communautés locales et intervenant là où, selon eux, les autorités ont échoué.

    Le réseau Radicalisation Awareness Network (RAN), une initiative financée par l’Union européenne (UE), a étudié « l’internationalisation croissante » de l’extrémisme de droite. Ses recherches montrent comment les #réseaux_sociaux contribuent à normaliser les #discours_haineux, en particulier ceux qui visent les migrants et les demandeurs d’asile.

    Ces groupes se présentent généralement en protecteurs face à des migrants qui représenteraient une menace.

    Selon l’étude, les mouvements d’extrême droite en Europe ne se limitent plus aux sous-cultures jeunes comme les #skinheads ou les #néonazis. Ils impliquent désormais des adultes de tous âges et de toutes professions.

    Le RAN cite une étude norvégienne qui montre un changement notable : l’âge moyen de la #radicalisation est passé d’environ 22 ans dans les années 1990 à 31 ans dans les années 2010. Les personnes plus âgées, qui disposent de plus de ressources, de contacts et d’expérience sont de plus en plus souvent à l’origine de ces mouvements.

    Au Royaume-Uni, l’organisation anti-extrémisme Hope Not Hate constate également une forte hausse des actions anti-migrants : en 2022, les « #chasseurs_de_migrants » sont allés protester 253 fois devant des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile, soit deux fois plus qu’en 2021. Ces incidents, filmés et publiés en ligne, montrent souvent des militants confrontant le personnel hôtelier ou filmant les demandeurs d’asile entrant et sortant des bâtiments.

    Bien financé et bien structuré

    La journaliste brésilienne Andrea Dip s’est penchée sur la dynamique de groupes comme Raise the Colours dans le paysage politique d’extrême droite. Selon elle, ces mouvements ne sont ni chaotiques ni désorganisés.

    Une étude réalisée en 2025 par le Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs (EPF) a révélé que des groupes d’extrême droite - russe ou américain parfois - ont transféré plus d’un milliard d’euros à travers l’Europe entre 2019 et 2023.

    Ces réseaux diffusent des discours anti-immigrés dans les médias, les ONG et les partis politiques. Leurs messages, qui incluent des slogans tels que « Make Germany great again » (Rendre à l’Allemagne sa grandeur) ou « La Pologne aux Polonais », sont délibérément conçus pour présenter le #nationalisme comme du #patriotisme.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/68809/ils-presentent-calais-comme-un-champ-de-bataille--ces-groupuscules-bri
    #milices #migrations #réfugiés #UK #Angleterre #France

  • Réseau français sur l’entente de voix c’est… ;

    – Une communauté de personnes (entendeurs de voix professionnels et usagers de la psychiatrie,
    proches et amis) qui travaillent, ensemble, à la mise en œuvre d’une approche constructive des
    mise en œuvre d’une approche constructive des voix et autres expériences inhabituelles ;
    voix et autres expériences inhabituelles.

    –Des groupes locaux d’entendeurs de voix permettant à chacun d’échanger, partager son
    expérience et ses stratégies pour faire face aux voix, ainsi qu’un appui pour le démarrage de
    nouveaux groupes.

    –Des réunions thématiques pour débattre de sujets essentiels tels que la notion de « maladie »
    en santé mentale, l’usage des médicaments psychotropes, la médicalisation de la détresse
    sociale

    – Des actions de sensibilisation sur les voix à destination du grand public, des familles et des
    professionnels de la santé mentale, ainsi que la promotion d’une approche orientée vers le
    rétablissement (défense des droits, responsabilisation et prise en main de leur existence par les personnes elles-mêmes)

    –Un lien avec le Mouvement international sur l’entente de voix, INTERVOICE

    Le fait d’entendre des voix ou de vivre d’autres expériences inhabituelles (visions, perceptions
    olfactives et gustatives, etc.) conduit souvent à un isolement des personnes qui les vivent et qui
    craignent d’être mal perçues si elles en parlent autour d’elles, voire d’être stigmatisées comme
    « folles ».
    Certaines ont été diagnostiquées psychotiques ou schizophrènes par la psychiatrie.

    Le Réseau français sur l’entente de voix regroupe des personnes qui considèrent qu’entendre des voix
    n’est pas, en soi, un signe de maladie mentale mais constitue, au contraire, une expérience porteuse de
    sens pour la personne qui la vit.

    Nous proposons aux personnes intéressées des espaces de parole et d’échanges sur l’entente de voix
    et les façons de s’accommoder de cette expérience afin de vivre une existence gratifiante.

    Entendre des voix : une expérience humaine commune. Contrairement à une opinion largement répandue, y compris parmi les professionnels de la santé mentale, entendre des voix est une expérience humaine commune. On estime la proportion d’entendeurs de voix au sein de la population générale entre 8 et 14 %. Il s’agit d’un chiffre bien supérieur à celui de la prévalence des « troubles schizophréniques » estimée par la psychiatrie à 1 % de la population.

    Cette observation remet en question l’opinion traditionnelle selon laquelle entendre des voix serait un
    signe de maladie mentale. Au contraire, les études épidémiologiques montrent qu’il s’agit d’une expérience sinon banale du moins partagée par un grand nombre de personnes.

    Vivre bien avec ses voix, c’est possible !
    Non seulement de nombreuses personnes entendent des voix mais la plupart d’entre elles se portent bien et n’ont jamais eu affaire à la psychiatrie du fait de cette expérience

    Là encore, des études cliniques détaillées comparant les expériences des entendeurs de voix qui sont devenus des patients psychiatriques et celles d’entendeurs de voix « bien portants » montrent qu’il n’existe pas de différences systématiques dans les caractéristiques des voix (fréquence, intensité, contenu, agressivité…).

    Il existe pourtant une différence importante entre l’expérience de la personne devenue patient psychiatrique et celle qui se porte bien tout en entendant des voix, c’est la nature de la relation de la personne avec ses voix.

    Une relation de défiance entre la personne et ses voix est plus souvent retrouvée pour les personnes devenues patients psychiatriques tandis que les entendeurs de voix « bien portants » ont généralement une relation plus apaisée à leurs voix.

    Or, il n’y a là aucune fatalité et l’expérience montre qu’il est possible de modifier sa relation aux voix. Le fait de pouvoir parler des voix avec d’autres « entendeurs » et d’échanger des stratégies pour faire face aux voix constitue un appui essentiel dans ce sens. C’est la raison d’être des « groupes d’entendeurs de voix ».

    Il est également possible pour les professionnels de la santé mentale et les proches et amis des entendeurs de voix d’apporter à ceux-ci une aide constructive, d’abord à travers une meilleure connaissance du phénomène de l’entente de voix, ensuite par la prise en compte des voix et également à l’aide de techniques telles que le « Dialogue avec les voix ».

    Entendre des voix : une expérience riche de sens…
    Le fait de considérer les voix comme un signe de maladie a amené la psychiatrie à négliger le contenu des voix. Puisqu’il ne s’agirait que d’un symptôme, pourquoi s’intéresser à ce que disent les voix ?

    Là encore, une étude minutieuse, engagée en partenariat avec les entendeurs de voix eux-mêmes, montre que le contenu des voix est porteur de signification pour la personne qui les entend. Les voix semblent connaître particulièrement bien la personne qui les entend et ce qu’elles disent manque rarement de pertinence :

    c’est même une des raisons qui peut les rendre insupportables… mais peut aussi en faire des alliées de valeur lorsque la personne apprend à découvrir leurs motivations et à composer avec elles tout en reprenant son autonomie.

    Des recherches ont mis en évidence, pour les personnes devenues des patients psychiatriques, un lien entre le fait d’entendre des voix et des expériences traumatiques dans plus de 70 % des cas. On n’entend pas des voix par hasard, pas plus qu’on ne travaille en psychiatrie par hasard : et si le temps était venu, plutôt que de mettre à distance ce qui nous effraie, de découvrir ce qui nous relie ?

    https://revfrance.org/mc-events/a-quoi-me-servent-les-medicaments-psychiatriques-atelier-formation-en-ligne-les-13-20-et-27-mars-2026/?mc_id=513
    #Réseau_français_sur_l'entente_des_voix

  • Biodéchets : le tri à la source, et après ?
    https://metropolitiques.eu/Biodechets-le-tri-a-la-source-et-apres.html

    Les communes incitent désormais la population à trier leurs #déchets alimentaires. Selon la chercheuse Élisabeth Lehec, l’organisation collective pour les gérer est peu compatible avec une réduction des déchets sur le long terme. Fin 2024, une minorité de Français avait accès au tri à la source des #biodéchets, selon Le Monde ; près de la moitié de la population, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Que le verre soit jugé à moitié vide ou à moitié plein, une nouvelle sémantique #Essais

    / déchets, #déchets_organiques, biodéchets, #services_urbains, proximité, #réseaux, #compostage, #méthanisation

    #proximité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_lehec.pdf

  • Biodéchets : le tri à la source, et après ?
    https://metropolitiques.eu/Le-tri-a-la-source-des-biodechets-des-menages-et-apres.html

    Les communes incitent désormais la population à trier leurs #déchets alimentaires. Selon la chercheuse Élisabeth Lehec, l’organisation collective pour les gérer est peu compatible avec une réduction des déchets sur le long terme. Fin 2024, une minorité de Français avait accès au tri à la source des #biodéchets, selon Le Monde ; près de la moitié de la population, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Que le verre soit jugé à moitié vide ou à moitié plein, une nouvelle sémantique #Essais

    / déchets, #déchets_organiques, biodéchets, #services_urbains, proximité, #réseaux, #compostage, #méthanisation

    #proximité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_lehec.pdf

    • 47 % des déchets alimentaires ménagers sont constitués de
      gaspillage, c’est-à-dire de déchets constitués de produits consommables.

  • ⌘ Ctrl + Alt + Reclaim ⌘ A Youth Manifesto for our Digital World.
    https://ctrl-alt-reclaim.github.io

    28 ans après le manifeste du web indépendant un manifeste de la jeunesse de l’ère des réseaux sociaux.C’est un texte naïf qui reste à la surface des phénomènes mais c’est un texte interessant quand même.

    As the first generation to grow up online, we understand all that the internet can bring: community and connection across continents and cultures, participation in movements that can change the world, instant access to information and services on a scale never dreamed of in history.

    But a tiny group of CEOs have taken this gift, this product of collective creativity – and claimed it for themselves. They’ve commandeered its networks; walled in its profits; built vast, opaque monopolies that answer to no one. And in the process, they’ve put our lives at risk. Here’s how:

    Their algorithms are addictive by design, purposefully crafted to suck us in and keep us there; conditioning our minds so we open their apps without fully wanting to; trapping our attention with tightly tailored, toxic feeds that sap our self-esteem along with our time and energy.
    Their platforms are harmful, subjecting us to hour after hour, day after day of hate, disinformation, rage, violence and spam, overwhelming our abilities to process our emotions and maintain our wellbeing.
    Their business model is intrusive, invading our lives with the biggest surveillance operation in history – finding our deepest secrets, sitting in on our private moments, plundering our hopes, our neuroses, our darkest fears and turning our lives into data to be profited from.

    We may be the first generation to live our whole lives as ‘profiles’ to extract data from, but we’re here to say we will be the last. We are ready to reclaim our digital world.

    We’ve got plans for a world where we - the users - come first, not tech bro’s profits. Where social media is safe, inclusive and easy to step away from. Where community and connection are promoted above outrage and division. Where the details of our lives belong to only us.

    This is the world we all want. This is how we make it real. From today, and every day we will be fighting for:

    Healthy feeds. Let’s force Big Tech to disclose how they design their algorithms and use our data, so we can swap addiction for enrichment.
    Choice and diversity. Let’s take action to break open the Big Tech monopolies so we can build the respectful, safe and empowering social media we really want.
    Trust and privacy. Let’s win strong laws to safeguard our personal data and restore our boundaries so when we go online it’s for us and us alone.

    Ctrl+Alt+Reclaim | Made with Bear Cub

    ‘Don’t pander to the tech giants !’ How a youth movement for digital justice is spreading across Europe
    https://www.theguardian.com/media/2025/dec/09/youth-movement-digital-justice-spreading-across-europe

    9.12.2025 by Steve Rose - Gen z are the first generation to have grown up with social media, they were the earliest adopters, and therefore the first to suffer its harms. Now they are fighting back

    Late one night in April 2020, towards the start of the Covid lockdowns, Shanley Clémot McLaren was scrolling on her phone when she noticed a Snapchat post by her 16-year-old sister. “She’s basically filming herself from her bed, and she’s like: ‘Guys you shouldn’t be doing this. These fisha accounts are really not OK. Girls, please protect yourselves.’ And I’m like: ‘What is fisha?’ I was 21, but I felt old,” she says.

    She went into her sister’s bedroom, where her sibling showed her a Snapchat account named “fisha” plus the code of their Paris suburb. Fisha is French slang for publicly shaming someone – from the verb “afficher”, meaning to display or make public. The account contained intimate images of girls from her sister’s school and dozens of others, “along with the personal data of the victims – their names, phone numbers, addresses, everything to find them, everything to put them in danger”.

    McLaren, her sister and their friends reported the account to Snapchat dozens of times, but received no response. Then they discovered there were fisha accounts for different suburbs, towns and cities across France and beyond. Faced with the impunity of the social media platforms, and their lack of moderation, they launched the hashtag #StopFisha.

    It went viral, online and in the media. #StopFisha became a rallying cry, a safe space to share information and advice, a protest movement. Now it was the social media companies being shamed. “The wave became a counter-wave,” says McLaren, who is now 26. The French government got involved, and launched an online campaign on the dangers and legal consequences of fisha accounts. The social media companies began to moderate at last, and #StopFisha is now a “trusted flagger” with Snapchat and TikTok, so when they report fisha content, it is taken down within hours. “I realised that if you want change in your societies, if you come with your idea alone, it won’t work. You need support behind you.”
    Shanley Clemot McLaren behind a lectern at the UN
    Shanley Clémot McLaren at the UN. Photograph: Baz Ratner

    Four years later, this strategy is playing out on an even larger scale. McLaren and other young activists across Europe are banding together against social media and its ruinous effects on their generation. Individually, young people are powerless to sway big tech, but they are also a substantial part of its business model – so, collectively, they are powerful.

    This is the first generation to have grown up with social media: they were the earliest adopters of it, and therefore the first to suffer its harms. The array of problems is ever-expanding: misogynistic, hateful and disturbing content; addictive and skewed algorithms; invasion of privacy; online forums encouraging harmful behaviours; sextortion; screen addiction; deepfake pornography; misinformation and disinformation; radicalisation; surveillance; biased AI – the list goes on. As the use of social media has risen, there has been a corresponding increase in youth mental health problems, anxiety, depression, self-harm and even suicide.

    “Across Europe, a generation is suffering through a silent crisis,” says a new report from People vs Big Tech – a coalition of more than 140 digital rights NGOs from around Europe – and Ctrl+Alt+Reclaim, their youth-led spin-off. A big factor is “the design and dominance of social media platforms”.

    Ctrl+Alt+Reclaim, for people aged 15 to 29, came about in September last year when People vs Big Tech put out a call – on social media, paradoxically. About 20 young people who were already active on these issues came together at a “boot camp” in London. “We were really given the tools to create the movement that we wanted to build,” says McLaren, who attended with her partner. “They booked a big room, they brought the food, pencils, paper, everything we needed. And they were like: ‘This is your space, and we’re here to help.’”

    The group is Europe’s first digital justice movement by and for young people. Their demands are very simple, or at least they ought to be: inclusion of young people in decision-making; a safer, healthier, more equitable social media environment; control and transparency over personal data and how it is used; and an end to the stranglehold a handful of US-based corporations have over social media and online spaces. The overarching principle is: “Nothing for us, without us.”

    “This is not just us being angry; it’s us having the right to speak,” says McLaren, who is now a youth mobilisation lead for Ctrl+Alt+Reclaim. Debates over digital rights are already going on, of course, but, she says: “We find it really unfair that we’re not at the table. Young people have so much to say, and they’re real experts, because they have lived experience … So why aren’t they given the proper space?”

    McLaren’s work with #StopFisha took her on a journey into a wider, murkier world of gender-based digital rights: misogynist trolling and sexism, cyberstalking, deepfake pornography – but she realised this was just one facet of the problem. What women were experiencing online, other groups were experiencing in their own ways.

    A fellow activist, Yassine, 23, is well aware of this. Originally from north Africa and now living in Germany, Yassine identifies as non-binary. They fled to Europe to escape intolerance in their own country, but the reality of life, even in a supposedly liberal country such as Germany, hit them like a “slap”, they say. “You’re here for your safety, but then you’re trying to fight not only the system that is punishing the queerness of you, but you also have another layer of being a migrant. So you have two battles instead of one.”
    Yassine in black T-shirt and with black-framed glasses, who leads on digital rights at LGBTQ+ youth rights organisation IGLYO.
    ‘The systems are patriarchal and racist by design’ … Yassine, who leads on digital rights at LGBTQ+ youth rights organisation IGLYO. Photograph: IGLYO

    As a migrant they are seen as a threat, Yassine says. “Our bodies and movements must be tracked, fingerprinted and surveilled through intrusive digital systems designed to protect the EU.” For queer people, there are similar challenges. These include “shadow-banning”, for example, by which tech platforms “silence conversations about queer rights, racism or anything that is challenging the dominant system”, either wilfully or algorithmically, through built-in biases.

    Measures such as identity verification “are also putting a lot of people at risk of being erased from these spaces”, says Yassine. There can be good reasons for them, but they can also end up discriminating against non-binary or transgender people – who are often presented with binary gender options; male or female – as well as against refugees and undocumented people, who may be afraid or unable to submit their details online. Given their often tenuous residency status, and sometimes limited digital literacy and access, migrants tend not to speak out, Yassine says. “It definitely feels like you are in a position of: ‘You need to be grateful that you are here, and you should not question the laws.’ But the laws are harming my data.”

    On a more day-to-day level, Yassine says, they must “walk through online spaces knowing they could do harm to me”. If they click on the comments under a social media post, for example, they know they are likely to find racist, homophobic or hateful attacks. Like McLaren, Yassine says that complaining is futile. “I know that they will come back with, ‘This is not a community guidelines breach’, and all of that.”

    These are not mere glitches in the system, says Yassine, who now leads on digital rights at IGLYO, a long-running LGBTQ+ youth rights organisation, founded in Brussels, with a network of groups across Europe. “The systems we design inherit the very structures they arise from, so they inevitably become systems that are patriarchal and racist by design.”

    Adele Zeynep Walton’s participation in Ctrl+Alt+Reclaim came through personal experience of online harm. In 2022, Walton’s 21-year-old sister, Aimee, took her own life. She had been struggling with her mental health, but had also been spending time on online suicide and self-harm forums, which Walton believes contributed to her death. After that, Walton began to question the digital realm she had grown up in, and her own screen addiction.

    Walton’s parents made her first Facebook account when she was 10, she says. She has been on Instagram since she was 12. Her own feelings of body dysmorphia began when she was 13, sparked by pro-anorexia content her friends were sharing. “I became a consumer of that, then I got immersed in this world,” she says. “Generations like mine thought it was totally normal, having this everyday battle with this addictive thing, having this constant need for external validation. I thought those were things that were just wrong with me.”
    Adele Zeynep Walton in the garden of her family home in Southampton.
    Adele Zeynep Walton, who became a campaigner after the death of her sister, in the garden of her family home in Southampton. Photograph: Peter Flude/The Guardian

    In researching her book Logging Off: The Human Cost of our Digital World, Walton, 26, also became aware of how little control young people have over the content that is algorithmically served up to them. “We don’t really have any choice over what our feeds look like. Despite the fact there are things where you can say, ‘I don’t want to see this type of content’, within a week, you’re still seeing it again.”

    Alycia Colijn, 29, another member of Ctrl+Alt+Reclaim, knows something about this. She studied data science and marketing analytics at university in Rotterdam, researching AI-driven algorithms – how they can be used to manipulate behaviour, and in whose interests. During her studies she began to think: “It’s weird that I’m trained to gather as much data as I can, and to build a model that can respond to or predict what people want to buy, but I’ve never had a conversation around ethics.” Now she is researching these issues as co-founder of Encode Europe, which advocates for human-centric AI. “I realised how much power these algorithms have over us; over our society, but also over our democracies,” she says. “Can we still speak of free will if the best psychologists in the world are building algorithms that make us addicted?”

    The more she learned, the more concerned Colijn became. “We made social media into a social experiment,” she says. “It turned out to be the place where you could best gather personal data from individuals. Data turned into the new gold, and then tech bros became some of the most powerful people in the world, even though they aren’t necessarily known for caring about society.”

    Social media companies have had ample opportunities to respond to these myriad harms, but invariably they have chosen not to. Just as McLaren found with Snapchat and the fisha accounts, hateful and racist content is still minimally moderated on platforms such as X, Instagram, Snapchat and YouTube. After Donald Trump’s re-election, Mark Zuckerberg stated at the start of this year that Meta would be reducing factcheckers across Facebook and Instagram, just as X has under Elon Musk. This has facilitated the free flow of misinformation. Meta, Amazon and Google were also among the companies announcing they were rolling back their diversity, equity and inclusion initiatives, post-Trump’s election. The shift towards the right politically, in the US and Europe, has inevitably affected these platforms’ tolerance of hateful and racist content, says Yassine. “People feel like now they have more rights to be harmful than rights to be protected.”

    All the while, the tech CEOs have become more powerful, economically, politically and in terms of information control. “We don’t believe that power should be in those hands,” says Colijn. “That’s not a true democracy.”

    Europe’s politicians aren’t doing much better. Having drafted the Digital Services Act in 2023, which threatened social media companies with fines or bans if they failed to regulate harmful content, the European Commission announced last month it would be rolling back some of its data privacy laws, to allow big tech companies to use people’s personal data for training AI systems.

    “Big tech, combined with the AI innovators, say they are the growth of tomorrow’s economy, and that we have to trust them. I don’t think that’s true,” says Colijn. She also disagrees with their argument that regulation harms innovation. “The only thing deregulation fosters is harmful innovation. If we want responsible innovation, we need regulation in place.”

    Walton agrees. “Governments and MPs are shooting themselves in the foot by pandering to tech giants, because that just tells young people that they don’t care about our future,” she says. “There’s this massive knowledge gap between the people who are making the decisions, and the tech justice movement and everyday people who are experiencing the harms.”

    Ctrl+Alt+Reclaim is not calling for the wholesale destruction of social media. All these activists say they have found community, solidarity and joy in online spaces: “We’re fighting for these spaces to accommodate us,” says Yassine. “We’re not protesting to cancel them. We know how harmful they are, but they are still spaces where we have hope.”
    Alycia Colijn, co-founder of Encode.
    ‘The only thing deregulation fosters is harmful innovation’ … Alycia Colijn, co-founder of Encode. Photograph: Henry Maathuis

    Colijn echoes this. “Social media used to be a fun place with the promise of connecting the world,” she says. “That’s where we started.” And that’s what they want it to be again.

    Will big tech pay attention? They might not have a choice, as countries and legislators begin to take action. This week Australia will become the first country to ban social media accounts for under-16s on major platforms including Snapchat, Instagram, TikTok and X. Last week, after a two-year deliberation, X was fined €120m (£105m) by the EU for breaching data laws. But these companies continue to platform content that is hateful, racist, harmful, misleading or inflammatory, with impunity.

    Meanwhile, Ctrl+Alt+Reclaim is just getting started. Other discussions on the table include campaigning for an EU-funded social media platform, an alternative to the big tech oligopoly, created by and for the public. Another alternative is direct action, either protest or consumer activism such as coordinated boycotts. “I think it’s lazy for us to be like: we don’t have any power,” says Walton. “Because we could literally say that about anything: fast fashion, fossil fuels … OK, but how do we change things?”

    The other alternative is simply to log off. “The other side of the coin to this movement of tech justice, and a sort of liberation from the harms that we’ve experienced over the past 20 years, is reducing our screen time,” says Walton. “It is spending more time in community. It is connecting with people who maybe you would have never spoken to on social media, because you’d be in different echo chambers.”

    Almost all the activists in Ctrl+Alt+Reclaim attest to having had some form of screen addiction. As much as social media has brought them together, it has also led to much less face-to-face socialising. “I’ve had to sort of rewire my brain to get used to the awkwardness and get comfortable with being in a social setting and not knowing anyone,” says Walton. “Actually, it would be really nice to return to proper connection.”

    In the UK and Ireland, Samaritans can be contacted on freephone 116 123, or email jo@samaritans.org or jo@samaritans.ie. In the US, you can call or text the 988 Suicide & Crisis Lifeline at 988 or chat at 988lifeline.org. In Australia, the crisis support service Lifeline is 13 11 14. Other international helplines can be found at befrienders.org

    #internet #réseaux_sociaux

  • « Là, la cocotte explose » : le tracé « aberrant » du TGV Lyon-Bordeaux remet en lumière les territoires « oubliés » | franceinfo
    https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-documents-franceinfo/la-la-cocotte-explose-le-trace-aberrant-du-tgv-lyon-bordeaux-remet-en-lu

    La ligne Ouigo remontera en région parisienne pour éviter le centre de la France. Il faut dire que, faute d’investissement, la ligne existante qui traverse le Massif central n’est pas en état d’être utilisée.

    L’annonce ne passe vraiment pas. En Creuse, les élus ne décolèrent pas après l’annonce du tracé de la SNCF pour la prochaine ligne Ouigo Lyon-Bordeaux. Au lieu de traverser la France d’ouest en est, elle remontera finalement jusqu’en région parisienne, contournant ainsi le Massif Central.

    "J’ai cru à une fake news parce que c’est tellement aberrant que je me suis dit qui a pu concevoir ce tracé ?" peste Marie-Françoise Fournier, la maire de Guéret. Aberrant car ce tracé fera 930 km tandis que la ligne directe, fermée en 2012, ne fait que 500 km. "Je crois que les habitants de nos territoires n’en peuvent plus d’être méprisés, d’être oubliés et que là, la cocotte explose" poursuit la maire.

    Une pétition a été lancée, les élus montent au créneau à l’Assemblée mais sans trop d‘espoir : il y a trois mois, la petite ligne Guéret-Felletin a fermé malgré leur mobilisation.

    “Le problème pour le Massif central c’est que le TGV n’est plus un service public, analyse sur franceinfo François Delétraz, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports. Le TGV, c’est Ryanair, c’est EasyJet. C’est la même chose, il faut qu’il fasse de l’argent, et pour faire de l’argent, il faut qu’il passe par là où il y a du monde et là où il y a des voies."
    Des rails en mauvais état

    Et si la ligne qui passe par Limoges, Montluçon ou encore Roanne existe bien, elle est aujourd’hui désaffectée. “Et donc si on voulait la réouvrir, il faut passer par le processus très très long de réouverture de ligne, d’accord de la sécurité ferroviaire, etc.” explique François Delétraz qui souligne aussi le mauvais état des rails.

    D’autant qu’une partie de la ligne n’est pas électrifiée, ce qui empêche le TGV d’y circuler et ce qui prendrait des années. "C’est tout le problème d’aujourd’hui, c’est-à-dire que le TGV est une activité qui n’est plus subventionnée et qui doit être rentable, souligne François Delétraz. Et donc ils font de moins en moins de péréquations entre des lignes rentables et des lignes moins rentables.”

    "Quand ils étaient en situation de monopole, ils pouvaient faire ça facilement, mais aujourd’hui, comme ils ont de la concurrence qui arrive, ils ne peuvent plus, et ça va poser le problème de savoir qui va opérer demain toutes les lignes non rentables" tranche-t-il.

  • #Palestine au #Collège_de_France : la protestation de #François_Héran

    _Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, François Héran rend publique la lettre qu’il a adressée à son administrateur, Thomas Römer, à propos de l’#annulation du #colloque sur la Palestine de son collègue #Henry_Laurens._

    Paris, 9 novembre 2025

    Lettre à #Thomas_Römer,
    administrateur du Collège de France

    Cher Thomas,

    Malgré mon nouveau statut de retraité, tu as bien voulu m’inclure parmi les destinataires de ton message sur l’annulation du colloque de notre collègue Henry Laurens. Je t’en remercie.

    En lisant ton message envoyé à la presse, je découvre que, loin d’être l’apanage du #wokisme, la #cancel_culture peut aussi inspirer l’administration du Collège. Il fallait du courage pour donner des leçons d’#objectivité et d’#intégrité_scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine. Notre collègue, à l’évidence, ne maîtrise pas les enjeux du débat dans un domaine aussi brûlant.

    Il était bon de rappeler aussi qu’en la matière, les partis pris d’un hebdomadaire bien connu pour son traitement rigoureux des faits ont plus de #légitimité qu’un professeur occupant sa chaire depuis vingt-deux ans. On se demande comment ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions, alors qu’il était si simple d’inviter uniquement des intervenants validés par la #Licra.

    Ton message me suggère qu’une révision du règlement intérieur du Collège s’impose de toute urgence :

    Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’#actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à #controverses, devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur.

    1. Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. Si l’on objecte que la détention d’un doctorat d’informatique ne donne aucune légitimité à intervenir dans des questions de science politique ou d’orientalisme (selon le principe de la séparation des ordres posé en d’autres temps par Pascal), on rappellera dûment aux professeur-es qu’il n’y a pas de plus haute autorité qu’un tweet ministériel.
    2. Le recrutement des professeur-es sera désormais soumis au tribunal de l’opinion publique et médiatique, selon une procédure à déterminer.
    3. Le règlement intérieur proclamera dans son préambule que la notion d’« #engagement », jadis inhérente au libre exercice de la recherche, est désormais désuète. Elle sera donc bannie du Collège. Il faudra effacer de la mémoire de notre institution toute référence aux grands intellectuels, littéraires ou scientifiques, qui se sont aventurés à sortir de la « #neutralité » telle qu’elle est strictement définie dans ton message et dans celui du ministre. On veillera aussi à tenir compte de cet impératif dans la préparation du 500e anniversaire de la fondation du Collège.

    Ces modifications du règlement contribueront, je n’en doute pas, à défendre le Collège. La fable se trompe : mieux vaut la prospérité du Chien que l’indépendance du Loup.

    En te renouvelant, cher Thomas, mes meilleures salutations,

    In dubio pro libertate
    François Héran*

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    Post Scriptum : l’argumentaire du colloque

    Ayant choisi de rendre publique ma lettre à l’administrateur du Collège de France, j’ajoute l’argumentaire du colloque, qui a été transmis à l’ensemble des professeurs. Comme à l’accoutumée chez Henry Laurens, c’est de la science historique de haut niveau, précise et rigoureuse. Pas une ligne, pas un mot, qui justifie le soupçon d’antisémitisme.

    Avec l’ouverture de la « question d’Orient » dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, la Palestine, qui dispose du statut particulier de Terre sainte, devient le lieu névralgique des relations internationales européennes. Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les luttes d’influence entre les puissances européennes se multiplient, chacune se présentant comme la protectrice d’une communauté religieuse. Alors que la France et la Russie étendent respectivement leur influence sur les catholiques et les orthodoxes, les Anglais se présentent comme les protecteurs des juifs en Palestine. C’est dans ce cadre que s’inscrit le mouvement sioniste.

    Si la France se voit reconnaître une primauté d’influence à l’issue des guerres balkaniques, les Britanniques profiteront de l’alliance nouée avec le mouvement sioniste lors de la Première Guerre mondiale pour s’arroger un mandat sur la Palestine. La période du mandat britannique est essentielle pour la mise en place des acteurs contemporains que sont le mouvement national palestinien et le mouvement sioniste. Pris dans une double obligation entre les uns et les autres, les Britanniques sont dans l’incapacité de trouver une solution politique satisfaisante pour les deux parties, que ce soit un État palestinien unitaire, une division en cantons ou un partage territorial. Ils doivent ainsi faire face à une révolte palestinienne, puis à une révolte juive. Non sans arrière-pensées, ils délèguent le dossier à l’ONU qui, avec le vote du plan de partage de novembre 1947, provoque une guerre entre Arabes et sionistes, puis, après le 15 mai 1948, une guerre israélo-arabe.

    Dans ce conflit de longue durée, les Européens s’identifient largement à l’État d’Israël. Dans les années 1950 et 1960, la France et l’Allemagne lui fournissent les armements qu’il demande, mais la priorité pour l’État hébreu est d’obtenir l’aide militaire américaine, qui ne devient substantielle qu’après la guerre de juin 1967.Après cette guerre, les « discussions à quatre » voient un rapprochement des positions de la Grande-Bretagne et de la France sur la nécessité d’un retrait des territoires occupés contre une reconnaissance de l’État d’Israël, mais la question de la prise en compte du facteur palestinien reste ouverte.

    S’ouvre ainsi un dialogue euro-arabe. Ce dernier mènera à la résolution de Strasbourg de 1975, appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés et à reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, puis à une nouvelle déclaration en 1977 appelant à la création d’une patrie pour le peuple palestinien, et marquant pour la première fois l’opposition européenne à la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés. L’étape la plus importante demeure la déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui parle de solution juste et préconise l’intégration de l’OLP dans les discussions de paix.

    Deux niveaux d’action sont à considérer. Le premier est celui de la politique propre à chaque État, le second est celui de l’action collective de la Communauté, devenue Union européenne, le tout étant pris dans le jeu complexe des relations transatlantiques. De fait, la présence de l’Union est forte dans le domaine économique, aussi bien par le traité d’association UE-Israël, qui fait de l’État hébreu le premier partenaire commercial de l’Union, que par le financement des institutions palestiniennes à partir du processus d’Oslo. Néanmoins, l’Europe n’est que simple observatrice des négociations du processus d’Oslo, et si le « quartet » des années 2000 lui reconnaît un rôle, c’est dans un cadre impuissant à faire accepter une solution politique satisfaisante.

    L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

    La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voireune adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

    ––––

    Adage juridique latin : Dans le doute, pour la liberté
    *
    François Héran explique l’immigration à Bruno Retailleau

    https://blogs.mediapart.fr/francois-heran/blog/101125/palestine-au-college-de-france-la-protestation-de-francois-heran-0

    #censure #France

    • Annulation d’un colloque sur la Palestine : lettre du conseil académique de « #Jewish_Voice_for_Peace »

      Plus de 120 universitaires représentant le Conseil académique de l’organisation américaine Jewish Voice for Peace expriment leur #inquiétude et leur #indignation face à l’#annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe ». « Lorsqu’une institution aussi prestigieuse se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant. »

      –-

      À Thomas Römer, administrateur du Collège de France
      et Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur
      Le 10 novembre 2025

      Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace* écrit pour exprimer son inquiétude et son indignation face à l’annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe », sur la base d’#attaques_médiatiques infondées et de #pressions exercées par le ministère français de l’Éducation.

      Nous comprenons que l’annulation du symposium, prévu depuis plusieurs mois, n’est intervenue qu’après la publication d’un article dans l’hebdomadaire conservateur français #Le_Point, le 7 novembre, qualifiant à tort le symposium de promoteur de l’#antisémitisme, ce qui a incité le ministre de l’Enseignement supérieur, #Philippe_Baptiste, à l’annuler, ce qu’il a fait. De plus, la justification fournie pour cette décision recherchait le recours à l’excuse fallacieuse de « garantir la rigueur scientifique », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie à l’appui de cette affirmation. En effet, comme cela s’est déjà produit auparavant, cette justification s’avère être un bouclier pour commettre une #injustice, en censurant de manière injuste la #recherche_scientifique légitime et les conférences consacrées à sa diffusion.

      En tant que plus de 120 universitaires issus de diverses disciplines représentant le Conseil académique de Jewish Voice for Peace*, nous représentons un large éventail de domaines académiques liés aux études juives et l’histoire de l’antisémitisme, y compris les études sur le génocide. Nous nous opposons à toute forme d’antisémitisme, comme nous nous opposons à toutes les formes de racisme. Nous rejetons également tous les efforts visant à utiliser l’ accusation d’antisémitisme à des fins de censure ou pour supprimer des points de vue sur Israël et la Palestine qui devraient être entendus et discutés. L’accusation d’antisémitisme doit être réservée à toutes les occasions où elle est véritablement méritée. Mais l’utilisation fallacieuse et spécieuse de cette accusation pour mettre fin à des travaux universitaires légitimes et à un débat ouvert non seulement sape sa force morale, mais sert les objectifs de la censure. Au contraire, nous vous exhortons à défendre les principes largement partagés de la #liberté:universitaire : la publication et la diffusion des travaux universitaires, la libre recherche dans les #universités et le #débat_public dans les sociétés démocratiques.

      Nous connaissons bien les travaux universitaires des participants cités dans le projet de symposium et attestons de la grande qualité de leurs recherches universitaires et de leurs présentations publiques : leurs publications répondent aux normes les plus élevées en matière de #rigueur_académique, d’ #impartialité et d’#érudition. Il n’y a aucune preuve d’antisémitisme dans le programme qui a été publié, et toute allégation contraire repose sur une fausse représentation de ces universitaires et de leurs travaux. Les participants sont issus de certaines des plus prestigieuses universités d’Europe, où leurs travaux universitaires ont été entièrement examinés et approuvés. Le programme du symposium reflète à juste titre l’état actuel des discussions universitaires et des débats publics sur #Gaza et #Israël/#Palestine de manière plus générale. Nous vous exhortons à ne pas supprimer les discussions universitaires sur des questions d’#intérêt_public, même lorsque les passions s’exacerbent. Seul un engagement en faveur d’une vie intellectuelle ouverte et fondée sur des preuves peut permettre de replacer ces questions dans leur juste perspective et servir à la fois les objectifs universitaires et un débat public éclairé.

      Nous attirons votre attention sur les calomnies proférées par la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. Non seulement cette organisation mène une campagne diffamatoire contre le symposium , mais elle est depuis longtemps considérée comme un groupe dont la crédibilité scientifique est très limitée, concentrant ses efforts sur des campagnes visant à attiser les peurs et à enflammer la haine anti-arabe/musulmane/palestinienne. Le ministère de l’Enseignement supérieur et le Collège de France ne devraient pas se laisser influencer par un groupe dont les références scientifiques sont manifestement faibles et dont les objectifs sont polémiques, diffamatoires et incendiaires, sapant ainsi les critères mêmes des normes intellectuelles appliquées dans les universités françaises les plus prestigieuses. De plus, les établissements d’enseignement ont l’obligation, en période de tensions politiques exacerbées, d’acquérir et de diffuser des connaissances, de prendre en considération un large éventail de points de vue et de créer les conditions propices à un débat et à un jugement publics éclairés. Le #colloque que vous avez annulé proposait précisément cela.

      Lorsqu’une institution aussi prestigieuse que le Collège de France se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque non seulement de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant pour les universités qui luttent pour maintenir leurs normes internes et leurs procédures d’autogestion en ces temps de plus en plus autoritaires.

      Soyons clairs : la décision d’annuler cet événement important est un acte de censure, qui permet aux propos arbitraires et incendiaires circulant dans les médias de servir de base à une décision qui aurait dû être, et qui devrait être aujourd’hui, selon toute norme raisonnable, de soutenir le symposium et ses objectifs. Lorsque des sujets « sensibles » sont ouvertement abordés et débattus par le public, les points de vue scientifiques peuvent être affinés et diverses perspectives peuvent être ouvertement discutées et débattues. La communauté universitaire internationale s’est traditionnellement appuyée sur le Collège de France pour maintenir ces normes, malgré les demandes croissantes des groupes politiques et des responsables gouvernementaux. C’est ni plus ni moins que son #autonomie très admirée qui est en jeu, une autonomie qui a inspiré les collèges et les universités du monde entier. Nous appelons donc le Collège de France à maintenir ses principes les plus élevés et à revenir sur sa décision, afin de permettre au symposium de se dérouler avec son programme publié et important.

      Nous demandons également au ministère français de l’Enseignement supérieur de revoir le processus qui a conduit à une décision aussi malavisée, privilégiant une opinion publique incendiaire et mensongère au détriment de critères scientifiques. Cette décision aurait dû refléter l’autonomie de l’université. Le refus de modifier le jugement scientifique ou professionnel en réponse à une intervention extérieure aurait défendu cette autonomie et reflété à la fois les normes scientifiques du Collège et son attachement à la liberté académique et à la liberté de recherche.

      –-

      *Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace est un réseau de chercheurs qui se consacrent à la promotion de la vision et des valeurs de JVP https://www.jewishvoiceforpeace.org. Forts de notre engagement commun en faveur des valeurs juives progressistes et de la libération de la Palestine, nous organisons des actions de solidarité avec la lutte pour la liberté du peuple palestinien dans les milieux éducatifs et universitaires. Nous mettons à profit nos compétences en tant que chercheurs, éducateurs et écrivains pour développer une analyse critique de la censure contemporaine sur la Palestine. Nous nous opposons à l’utilisation de l’accusation d’antisémitisme pour censurer ou criminaliser les discours critiques à l’égard du traitement réservé aux Palestiniens par l’État d’Israël. Nous défendons les droits du travail, la liberté académique et les droits d’association dans l’enseignement supérieur et confirmons les valeurs fondamentales de Jewish Voice for Peace.

      https://blogs.mediapart.fr/jewish-voice-peace-conseil-academique/blog/111125/annulation-dun-colloque-sur-la-palestine-lettre-du-conseil-academiqu
      #ESR #recherche #science #enseignement_supérieur

    • Comment le Collège de France en est venu à annuler un colloque scientifique sur la Palestine

      La décision de suspendre l’événement, prise le 9 novembre par l’administrateur de l’établissement, crée un précédent. Des universitaires dénoncent le rôle joué par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui aurait contribué à faire du colloque un « #événement_politique ».

      Pourquoi un colloque universitaire consacré à la Palestine a-t-il été annulé au Collège de France ? La question est posée après la décision prise par l’administrateur de l’établissement de déprogrammer un événement intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris).

      Les motivations ayant conduit à cette décision radicale – du jamais-vu depuis le Second Empire, quand le cours d’Ernest Renan fut « suspendu jusqu’à nouvel ordre » par l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862 – interpellent dans leur enchaînement. A en croire Thomas Römer, l’administrateur du Collège de France, elle s’est imposée « en réaction à la polémique entourant la tenue » de l’événement.

      La « polémique » a démarré avec un article du Point, publié le 7 novembre. Sous le titre « Un colloque propalestinien à haut risque », le média formule l’hypothèse de « deux journées à tendance pro-Hamas ». La liste des intervenants « ne laiss[ant] aucune place au doute », « le colloque sera propalestinien, antisioniste et décolonial », décrète l’hebdomadaire. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), interrogée, y voit même un cas d’« entrisme pur et simple ».

      « Foire antisioniste »

      Dès sa parution, l’article est posté sur X par la Licra, qui annonce « saisir » le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, car il s’agit d’un « colloque antisioniste » et d’un « dévoiement » du Collège de France. Le 8 novembre, sur Europe 1, la vice-présidente de la ligue, l’avocate Galina Elbaz, décrit les intervenants comme des « personnalités très sulfureuses qui ont toutes eu des prises de position qui flirtaient avec l’#apologie_du_terrorisme ». Une « #foire_antisioniste » où se seraient retrouvés « défenseurs du #Hamas, militants de #BDS [Boycott Désinvestissement Sanctions], éditorialistes d’#Al-Jazira », insiste la Licra.

      Ces accusations, qui insistent sur le financement du #Carep par des fonds qataris et l’accusent d’œuvrer en sous-main pour les #Frères_musulmans, indignent Salam Kawakibi, le directeur exécutif du centre de recherche. « Nous ne sommes ni des agents du Qatar ni des Frères musulmans, déclare-t-il. Nous sommes financés par un fonds privé, et nous dépendons de l’#Arab_Center_for_Policy_Studies, le plus prestigieux think tank arabe basé à Doha et qui compte des antennes à Washington, Beyrouth, Amman, Tunis, Madrid et Paris. » Le fondateur du centre, Azmi Bishara, vient plutôt de la gauche laïque. Le conseil d’orientation du Carep Paris est dirigé par Denis Bauchard, un diplomate respecté à la retraite, ayant été ambassadeur, notamment en Jordanie et au Canada.

      Le Carep a également été accusé par Le JDD d’avoir choisi à dessein le 13 novembre, qui coïncide avec le 10e anniversaire des attentats du Bataclan et des terrasses, à Paris, et du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-saint-Denis). La date a en réalité été proposée par l’administration du Collège de France.

      Dans un communiqué annonçant l’annulation de l’événement, dimanche 9 novembre, Thomas Römer a tenu à rappeler la « stricte neutralité de l’établissement au regard des questions de nature politique ou idéologique ». En tant que « responsable de la sécurité des biens et des personnes, ainsi que de la sérénité des événements », il explique par ailleurs n’avoir d’autre choix que de renoncer « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque ».

      Le Collège de France a indiqué au Monde, mardi 11 novembre, que le colloque « ne contrevenait pas aux règles générales en matière de #liberté_académique », mais a souligné que « la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs », ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement. « La violence des mises en cause sur les réseaux sociaux nous a fait craindre des risques liés à d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », ajoute-t-on.

      Henry Laurens, coorganisateur du colloque au titre du Collège de France, est l’historien français le plus reconnu sur le Proche-Orient. Contacté par Le Monde, il a souhaité s’en tenir à son « devoir de réserve et aux strictes règles de la collégialité ». Des proches le disent très affecté par les accusations d’antisémitisme portées par plusieurs polémistes. Une source interne au Collège de France estime que « l’annulation du colloque est désastreuse : elle a causé plus de bruit et de dommages que n’en aurait causé sa tenue ».
      « Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient », juge, à l’inverse, Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des juifs de France, qui se félicite que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se soit « largement fait écho du fait que cela dépassait le cadre usuel pour la #recherche_publique ». Dès l’annonce de l’#annulation du colloque, dans un tweet, le ministre, Philippe Baptiste, a en effet salué une « décision responsable d’une institution qui doit symboliser l’excellence du savoir (…) et, pour cela, être le lieu du débat dans toute sa #pluralité, ouvert à tous les courants de pensée ».

      « Je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat »

      M. Baptiste n’a pas été un simple spectateur dans cette affaire. Au lendemain de la publication de l’article du Point, il a adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, que Le Monde s’est procurée. Dès les premières lignes, M. Baptiste considère que ce colloque fait l’objet d’une « vive #polémique ». « Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique », acte-t-il. Avant de mettre en garde M. Römer : « Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer. »
      Conscient que son statut de ministre « dans un Etat de droit » lui interdit d’empêcher la tenue d’une manifestation scientifique, Philippe Baptiste poursuit d’une phrase sibylline : « C’est mon rôle de le faire respecter [le code de l’éducation et le principe de liberté académique], et ce y compris dans le contexte de ce colloque, bien que je sois personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci. »

      L’entourage du ministre assure au Monde que « c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque » et qu’il n’y a eu « aucune pression » exercée par M. Baptiste. « Un événement comme celui-ci, avec la visibilité qu’il avait acquise au fil des jours, était porteur de risques de troubles à l’ordre public », justifie-t-on sans préciser sous quelle forme auraient pu avoir lieu ces troubles. C’est par « un écosystème de chercheurs, dont certains se sont émus du programme », ajoute-t-on, que le ministre a été informé, le 6 novembre, de la tenue de ce colloque.

      Selon nos informations, un groupe d’universitaires appelé « réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », structure fédérative associant huit universités et des associations dont la Licra, a produit de nombreux échanges entre les 8 et 10 novembre. Dans cette boucle qui compte des dizaines de membres de sensibilité plutôt pro-israélienne, on affirme que « certains collègues ont lâché la rampe et ne font plus aucune distinction entre leur expertise scientifique et leur #militantisme », qu’ils ont « pris l’habitude de se servir de leurs diplômes et de l’autorité morale qui en émane pour faire passer ce qui est tout bonnement de l’ordre de la #propagande [propalestinienne] ».

      On y évoque aussi la nécessité de prendre des « mesures coercitives pour les faire rentrer dans le cadre ». Enfin, on y raille le débat de clôture du colloque du Carep, qui prévoyait des prises de parole de l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, et de l’ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

      « Accablant »

      Historienne et politiste, directrice de recherche au CNRS, Stéphanie Latte Abdallah devait intervenir au cours de l’une des tables rondes sur « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale ». Elle confie être « choquée » par cette annulation et balaie tout caractère univoque dans les exposés prévus. « Il s’agit d’un colloque qui a un sujet scientifique, la Palestine et l’Europe, et des intervenants qui sont les meilleurs spécialistes de cette question, explique-t-elle. Les choix scientifiques relèvent des libertés académiques et non de la décision d’un ministre. En revanche, quand un colloque clairement politique est organisé au Sénat, le 10 novembre, par l’organisation israélienne #Elnet, financée par le gouvernement de Nétanyahou, cela ne semble poser de problème à personne. » Un autre intervenant, qui préfère garder l’anonymat, ironise : « Faudra-t-il aussi, à chaque colloque sur Israël, inviter un chercheur présentant le point de vue palestinien ? »

      Quant au panel de clôture, « il était bien séparé de la dimension purement scientifique », précise Mme Latte Abdallah. « Faire intervenir Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese était un acte conclusif politico-diplomatique, centré sur des questions de #droit_international par des figures qui le portent, en plein génocide, dans un contexte où il nous oblige plus encore », décrit-elle en soulignant que « tout se passe comme si, au lieu de faire respecter le droit international, il était au contraire devenu une cible et quelque chose de dangereux ».

      Parmi les universitaires, plusieurs dénoncent une censure. D’après le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, « tout cela est vraiment accablant ». « Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir. »

      Alors que le colloque était programmé depuis plusieurs mois, les organisateurs s’étonnent d’un tel revirement. « Sous couvert de garantir la #scientificité, le ministre justifie ainsi une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger la liberté académique », écrivent dans un communiqué, le 10 novembre, les responsables de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France et le Carep.

      Appel à la démission

      Cette annulation va « créer un précédent dangereux : il suffira désormais d’un article polémique ou d’un tweet ministériel pour censurer un colloque jugé “sensible”. Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, alertent-ils. La recherche n’a pas vocation à être équilibrée politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. »

      « C’est le ministre qui a transformé ce colloque en événement politique, et c’est une première, observe l’une des intervenantes, qui souhaite taire son nom. Cela brouille toute possibilité d’une réflexion scientifique, équitable et compréhensive. On voit monter ce côté trumpiste, c’est comme une restriction de notre périmètre de recherche, alors même qu’il y a une énorme incompréhension du conflit et un manque de culture générale et de connaissance de l’histoire. »

      L’association France Universités, qui réunit les chefs d’établissement, indique avoir découvert « avec stupeur » cette annulation. Dans un communiqué daté du 10 novembre, elle exprime son incompréhension et une « vive inquiétude » à l’égard des libertés académiques. Près d’un millier de chercheurs, enseignants, étudiants ont signé une pétition dénonçant « la volonté délibérée d’empêcher la recherche académique sur Israël-Palestine, dès lors qu’elle contrevient aux cadres intellectuels portés par les soutiens à la politique israélienne », qu’ils jugent « extrêmement préoccupante ». Demandant une « réponse à la hauteur des enjeux », ils appellent à la démission de Philippe Baptiste.

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/11/comment-le-college-de-france-en-est-venu-a-annuler-un-colloque-scientifique-

    • Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe » au Collège de France : « Cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle »

      Dans une tribune au « Monde », un collectif de plus de 300 universitaires, parmi lesquels Jean-François Bayart, Judith Butler et Pierre-Cyrille Hautcœur, s’élève contre l’annulation de l’événement. Ils y voient une « atteinte sans précédent à la liberté académique ».

      N ous, membres de la communauté scientifique, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens attachés à l’indépendance du savoir, exprimons notre profonde inquiétude face à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », initialement prévu au Collège de France.
      Cette décision, prise à la suite d’un article polémique et de pressions directes exercées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, constitue une atteinte sans précédent à la liberté académique en France. Sous prétexte de garantir l’intégrité scientifique, le ministère a légitimé une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger l’indépendance des universitaires et la pluralité des approches scientifiques.

      Issus d’universités prestigieuses telles que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), la School of Oriental and African Studies de Londres, l’université d’Amsterdam, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Centre national de la recherche scientifique, à Paris, ou la Queen Mary University of London, les intervenants ont été injustement discrédités, sur la base d’amalgames et d’accusations infondées. Leur compétence, leur rigueur et la reconnaissance internationale de leurs travaux ne sauraient être effacées par des campagnes de dénigrement.
      Des principes mis en péril
      La recherche n’a pas vocation à plaire ni à se conformer à un « équilibre politique » dicté par le pouvoir. Elle repose sur la méthode, la critique, le débat argumenté, des principes aujourd’hui mis en péril. En confondant évaluation scientifique et contrôle idéologique, cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle, où des calomnies médiatiques suffiraient à bâillonner la réflexion universitaire.

      Nous refusons que la France suive cette pente. Nous refusons que le Collège de France devienne le réceptacle d’une telle dérive. Nous affirmons que la mission des universités et des institutions de recherche n’est pas de conforter le pouvoir, mais d’éclairer la société.
      Nous appelons le Collège de France à revenir sur sa décision et à garantir la tenue de ce colloque dans le respect de la liberté intellectuelle. Nous appelons le ministère à honorer son devoir de protection de la recherche, non à en devenir le censeur. Et nous appelons la communauté scientifique tout entière, en France et en Europe, à défendre fermement le principe fondateur de toute science : le droit de penser librement.
      ¶Parmi les signataires : Michel Agier, anthropologue, directeur d’études EHESS ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Frédéric Bauden, professeur à l’université de Liège ; Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève) ; Sophie Bessis, historienne ; Karim Emile Bitar, enseignant à Sciences Po ; Judith Butler, professeure distinguée à l’université de Californie ; Bernard Chazelle, professeur à Princeton ; Delphine Dulong, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; François Héran, professeur honoraire au Collège de France ; Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’EHESS ; Michel Kaplan, président honoraire de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Catherine Mayeur-Jaouen, professeure d’histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Maurice Sartre, professeur honoraire à l’université de Tours. Liste complète des signataires à retrouver ici : https://docs.google.com/document/d/1p3GSo7mWGeE_0kWoqF_PcYMicwkzm9wK/edit

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/11/interdiction-du-colloque-la-palestine-et-l-europe-au-college-de-france-cette

    • Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël

      L’interdiction du colloque « Palestine et Europe » qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre suscite de nombreuses réactions. Entre stupéfaction et dénégation, le temple du savoir vacille. Comment une telle décision, portant une si grave atteinte à la liberté académique et d’enseignement a-t-elle été prise ? Le Collège de France et son administrateur ont fait l’objet de pressions orchestrées notamment par un collectif d’avocats, en coordination avec un réseau de chercheurs, le #RRA (#Réseau_de_recherche_sur_le_racisme_et_l’antisémitisme), qui a largement échangé par courriels pour parvenir à ses fins. Nous avons pu consulter ces échanges, dont la lecture révèle une entreprise coordonnée de délégitimation, de délation et d’influence.

      « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France, plus copie au ministre de l’Enseignement, hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. #Déborah_Journo »

      Par ce mail triomphal, l’avocate Déborah Journo s’enorgueillit d’avoir contribué à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep Paris), qui devait se dérouler au Collège de France les 13 et 14 novembre et qui vient d’être déprogrammé par Thomas Römer - l’administrateur de ce prestigieux établissement.

      Le message de l’avocate est adressé à une centaine d’universitaires, regroupés sous le nom de RRA, Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme. Cette structure a été créée en 2019 et a son siège et sa direction à l’université de Picardie. Elle se présente comme un « dispositif contractuel » regroupant « des unités de recherche rattachées à différents partenaires » publics et privés. La plaquette énumère : « Universités, CNRS, associations, institutions publiques ou privées. » Ce RRA se propose de fédérer « les unités de recherche et laboratoires », de renforcer « les synergies » et d’organiser des colloques. Sa direction revendique environ 500 membres, qui communiquent beaucoup entre eux.

      Dans la boucle de mails, des membres du réseau jubilent après l’interdiction du colloque du Collège de France :

      « Je ne boude pas le plaisir de voir ce colloque annulé », lâche une chercheuse (#Danielle_Delmaire, de l’université de Lille).

      « Bravo... j’ose espérer que cela puisse nous servir au sein de nos établissements pour faire jurisprudence. Vaillamment », ajoute une autre, tout aussi satisfaite (#Véronique_Benzaken, Paris-Saclay).

      D’autres encore espèrent que la punition fera office d’avertissement : « L’idée d’inviter des politiques dans un colloque académique – fût-il orienté, malfaisant et non pluraliste – tentera moins de personnes. » (#Paul_Audi, Paris-Descartes).
      Lobby

      Pour bien comprendre ce qui se joue dans ces échanges, il faut remonter au 7 novembre dernier.

      Ce jour-là, l’hebdomadaire Le Point publie un article de son rédacteur en chef #Erwan_Seznec dénonçant la tenue, « au Collège de France », de ce que ce magazine appelle un « colloque propalestinien à haut risque », qui « réunira », selon Seznec, « des personnalités aux positions radicales ».

      L’article provoque une nouvelle panique morale dans le monde politique et médiatique, mais aussi universitaire : au sein du groupe RRA, on perçoit le colloque comme « un autre signe du basculement progressif dans la légitimation et la banalisation des actions antijuives sous couvert d’antiracisme et d’anticolonialisme » - dixit le politologue retraité Pierre-André Taguieff.

      Ce samedi 8 novembre, l’avocate Déborah Journo explique aux universitaires du RRA qu’elle écrit au ministre de l’enseignement pour « dénoncer ce colloque au sein d’un établissement public sous sa tutelle ». Le colloque est annulé et, deux jours plus tard, l’avocate se félicite de l’efficacité de son action.

      Déborah Journo est avocate, elle déclare sur LinkedIn « consacrer l’essentiel de [son] activité à des actions de lobbying auprès du gouvernement, des institutions, des ONG ». Elle est également signataire d’une tribune publiée en août dernier, et sobrement titrée : « Non, il n’y a pas de génocide à Gaza. » Après le 7-Octobre, elle a fondé l’association Actions Avocats, qui mène des actions de lobbying ou des actes juridiques notamment pour défendre « toutes les victimes du racisme, de l’antisémitisme et du terrorisme ».

      Le Collège de France, temple du savoir et de la rigueur scientifique, aurait-il été influencé par l’action de l’avocate lobbyiste ? C’est en tout cas ce dont se targue l’intéressée.

      Rappelons qu’officiellement, c’est au nom de la « sérénité des débats » et du « respect de l’intégrité scientifique » que le colloque qui devait se tenir les 13 et 14 novembre a été annulé par l’administrateur du Collège de France Thomas Römer.

      Pour le chercheur à l’origine du colloque, Henry Laurens, c’est bien « la question de la liberté académique qui est en jeu ». Il exprime des réserves quant à la possibilité de pouvoir encore l’exercer à l’avenir : « Il y a déjà un colloque qui est prévu sur Gaza avec mon collègue Didier Fassin. Au mois de décembre, on verra pour ce colloque-là. »

      #Dénigrement

      Les membres du groupe d’universitaires constitué autour de RRA tiennent des propos dénigrants et calomniateurs à l’égard de leurs collègues investis dans les études autour de la Palestine. Paul Audi écrit par exemple :

      « Personnellement je crois ces gens capables de tout. Il y a un an j’ai fait une émission de radio face à Henry Laurens, et je l’ai vu accumuler des contre-vérités et des mensonges en s’abritant derrière son “autorité”. C’était ahurissant. Ce professeur n’est pas autre chose qu’un militant. »

      Le sérieux méthodologique des enseignants et chercheurs ainsi incriminés est sans cesse remis en cause. Ils sont accusés d’être avant tout des militants, au mieux négligents sur le plan scientifique, au pire antisémites. « De Didier Fassin à Henry Laurens et quelques autres, académo-militants qui occupent le terrain, le Collège de France est en passe de devenir le Collège de la France antijuive », écrit très sérieusement #Pierre-André_Taguieff.

      « Il ne faut pas se tromper de sujet. Il faut avoir balayé le programme de ce colloque […] pour mesurer à quel point il n’a rien à voir avec le périmètre académique et pourquoi il s’agit effectivement d’un meeting », estime quant à lui l’historien Emmanuel Debono.

      Délation, fichage, calomnies : la chasse est ouverte

      Dans ce climat d’insultes et de dénigrement, certains échanges entre universitaires les mieux gradés laissent apparaître une véritable #chasse_aux_sorcières visant les chercheurs travaillant sur les questions palestiniennes, au-delà du seul cas du colloque au Collège de France.

      Le samedi 8 novembre 2025, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, s’inquiète de l’invitation, dans son IEP, de la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah. Ne pouvant, dit-il, « pas faire grand-chose en interne », il écrit à son réseau afin d’obtenir des informations qui lui serviraient à prévenir la présidence de l’université de Strasbourg contre cette historienne et anthropologue : « Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? [...] Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse du CNRS me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »

      Les réponses aux relents nauséabonds ne tardent pas : « Clairement militante pro-palestinienne étant elle-même d’origine palestinienne Tte sa production universitaire est là-dessus Ses interventions aussi » (#Régine_Waintrater, Paris-Cité).

      La qualité de chercheuse de Stéphanie Latte Abdallah est également attaquée dans ce climat calomniateur qui règne dans le groupe RRA : « Elle fait toutes ces déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées », écrit #Évelyne_Chayes (CNRS).

      Enfin l’initiateur de cette traque, #Emmanuel_Droit, répond : « Merci oui en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche.... »

      Un informateur confie à Blast que ces personnes, importantes au sein de la hiérarchie du monde universitaire, exercent une influence considérable, capable de museler les voix contestataires : « Ils ont beaucoup de pouvoir. Ils ont beaucoup de moyens d’intimider les autres. Donc, il y a beaucoup de gens qui se taisent par #peur. » De plus, « ils ne veulent pas que tout ce qui est relatif à la reconnaissance du génocide puisse être audible », analyse une autre source.

      Un autre encore nous indique que « sous une apparence et des valeurs républicaines et de laïcité, il se joue beaucoup d’ostracisme et un double discours qui s’est envenimé après le 7 octobre en soutenant Israël mais sans jamais le revendiquer vraiment ».

      Dans une autre boucle de mails, un historien propose de constituer, avec l’aide du réseau RRA, des fiches sur les intervenants du colloque annulé sur la Palestine : « Je souhaite constituer un petit groupe de volontaires pour travailler sur l’épluchage des bios de ces intervenants. Il faut du pédigrée et du verbatim, et constituer la revue de presse accablante que cet aréopage mérite. Merci de me contacter si vous souhaitez réfléchir et mettre en œuvre, rapidement, ce travail de salubrité publique. Bien à vous, Emmanuel Debono. »

      Connivences politiques

      Plusieurs membres du RRA se félicitent en outre d’avoir influencé la position de ministres dans une décision aussi sensible que celle de l’annulation du colloque prévu au Collège de France.

      L’une de ces membres, #Déborah_Levy, écrit ainsi le 9 novembre : « Les ministres Aurore Bergé et Philippe Baptiste, prévenus depuis jeudi dernier (les alertes que vous faites remonter ici sont donc précieuses), ont demandé à l’administrateur du Collège de France d’annuler ce colloque, eu égard au risque élevé de trouble à l’ordre public et afin de garantir la sécurité des personnes. »

      À plusieurs reprises, les liens de proximité et de courtoisie entre ces universitaires et l’exécutif apparaissent au fil des échanges. Le 1er novembre, #Isabelle_de_Mecquenem (université de Champagne-Ardenne) évoque ainsi « une invitation à échanger avec le ministre de l’Enseignement supérieur », avant de préciser que la rencontre n’aura finalement pas lieu en raison de « l’instabilité politique ».

      À la lecture des échanges, une inquiétude sourde de voir leur #responsabilité engagée dans la décision d’interdire le colloque apparaît chez certains membres du RRA : « Chers amis, Aucun d’entre nous n’est responsable de l’annulation du colloque. A ma connaissance, en tout cas, nous n’avons pas demandé une telle chose. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait état de notre effarement devant la programmation d’un meeting politique au Collège de France, où il ne faisait aucun doute que les échanges “scientifiques“ annoncés étaient de la poudre aux yeux. Albanese ? Villepin ? Peut-être en invitée surprise aurions-nous vu monter à la tribune Rima Hassan… »

      On retiendra de cette histoire qu’un colloque organisé avec et par des personnalités et des scientifiques confirmés et respectés, tels que Salam Kawakibi - directeur du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris - ou encore Henry Laurens, a pu être interdit entre autres sous la pression d’un #lobbying d’universitaires aux positions ouvertement favorables au gouvernement d’Israël.

      D’autre part, cet événement confirme la volonté d’empêcher la tenue de manifestations scientifiques consacrées à l’histoire de la Palestine, lorsqu’elles ne sont pas agréées par les milieux pro-israéliens. Plus grave encore, les participants font l’objet de manigances et malveillances susceptibles d’affecter leur carrière universitaire.

      La LDH, (Ligue des droits de l’Homme) dans un communiqué publié hier soir, résumait la situation en ces termes : « Cette décision interroge sur l’exercice de la liberté académique et la nécessaire diffusion auprès des citoyens du travail scientifique. (...) Les chercheurs doivent pouvoir librement, indépendamment de toutes pressions directes ou indirectes, organiser des événements scientifiques sur le thème, sous le format et les modalités qui leur paraissent appropriés. »

      Contactée ce mardi 11 novembre au sujet de l’implication du RRA dans l’annulation du colloque, #Céline_Masson, la directrice de la structure universitaire, n’a pas souhaité répondre à nos questions : elle a tenu à préciser que le RRA n’avait aucun lien avec l’annulation du colloque.

      https://www.blast-info.fr/articles/2025/colloque-annule-au-college-de-france-les-manoeuvres-duniversitaires-pro-i

    • Le colloque scientifique sur la Palestine connaît un succès inédit en ligne

      Annulé par le Collège de France, l’événement consacré à la relation entre la Palestine et l’Europe se tient les 13 et 14 novembre dans les locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, devant un public très nombreux, mais à distance.

      Entrera ? N’entrera pas ? Sur un trottoir parisien, jeudi 13 novembre à 8 h 15, une cinquantaine de personnes patientent dans une file d’attente devant le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Les locaux sont exigus, 35 places maximum, et tout le monde ne pourra pas y pénétrer, prévient un agent de sécurité. Par petits groupes, on se questionne, pour savoir qui dispose ou non d’une invitation nominative pour assister au colloque scientifique « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».

      Les entrées se font au compte-goutte. Arrive Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, suivi de plusieurs intervenants. A quelques exceptions près, tous sont des chercheurs représentant des institutions universitaires prestigieuses à Londres, Madrid, Amsterdam, Montréal, Rome ou encore Bruxelles.
      L’incompréhension se lit sur les visages, l’inquiétude aussi. Comment le Collège de France a-t-il pu en venir à annuler cette rencontre académique ? Comment ce lieu du savoir ouvert à tous a-t-il pu « se refermer comme une huître sous la pression d’un article du Point puis du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ? », interroge un couple de retraités, dans la file d’attente.
      « Conditions dégradées »
      L’administrateur de l’établissement, Thomas Römer, avait annoncé l’annulation de l’événement, le 9 novembre, « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour » – tels que « d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », avait-on précisé au Monde. Dans un courrier adressé le 8 novembre à M. Römer, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, avait confié être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque tout en rappelant l’« entière responsabilité » de l’administrateur s’il décidait de le maintenir.
      L’événement a lieu malgré tout, ces 13 et 14 novembre, mais « dans des conditions très sensiblement dégradées, au regard, notamment, de la taille de la salle, par rapport à celles initialement prévues », a convenu le juge du tribunal administratif de Paris, saisi en référé de cette annulation par plusieurs collectifs de chercheurs et associations, le 12 novembre. Du fait de cette réorganisation dans un autre lieu et de la transmission des échanges en visioconférence, il a estimé que les libertés académique, d’expression et de réunion n’étaient pas atteintes, rejetant ainsi les pourvois formés contre le Collège de France.

      « Bienvenue dans la seule salle parisienne qui a osé accueillir ce colloque », démarre Salam Kawakibi, le directeur exécutif du Carep, co-organisateur de l’événement. Le petit auditoire, qui se tient pour partie debout, est décuplé à distance, plus de 500 personnes suivant les échanges en direct sur YouTube.
      En guise d’introduction, le chercheur en sciences politiques évoque un souvenir remontant à 2002, à Alep, en Syrie : « J’organisais à l’Institut français un colloque scientifique sur la pensée religieuse et la réforme dans le monde musulman. C’était l’époque où le pouvoir autoritaire de Bachar [Al-Assad, l’ex-président syrien] était à son apogée, voulant surveiller les respirations avant même les idées. Pourtant, le colloque a eu lieu. Les agents de sécurité sont venus, ils ont posé des questions, ont pris des notes, fait leur rapport. Mais personne n’a empêché le colloque avant qu’il ne commence. »
      « Droit de penser sans tutelle »
      En France, en 2025, « certains imaginent la recherche comme un débat télévisé », regrette le chercheur : « Ils n’ont pas compris que la science ne cherche pas l’équilibre entre les opinions mais la vérité (…). Nous revendiquons, le droit de penser sans tutelle, de discuter sans permission et de chercher sans peur. On peut interdire les colloques mais on ne peut pas interdire les questions. »
      « Malgré les pressions, les censures, le colloque se tient et nous ne pouvons que nous en féliciter », souligne l’ex-ambassadeur Denis Bauchard, président du conseil d’administration du Carep, avant de lancer les travaux, avec un exposé d’Henry Laurens. « Nous sommes en train de vivre une atteinte en règle contre les libertés académiques et l’indépendance de la recherche, renchérit auprès du Monde Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et vice-président du conseil d’administration du Carep. On est dans un moment incroyable, où l’on juge de la recherche à partir de traits qui sont prêtés à certains chercheurs de façon mensongère, au lieu de juger un travail sur la qualité et la rigueur scientifique de ce qui est produit. Aujourd’hui nous n’allons pas parler de “la Palestine”, mais de “la relation entre l’Europe et la Palestine”. Et c’est un vrai sujet de recherche qui a été très peu pratiqué. »
      Josep Borrell, ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, dont l’intervention est prévue en clôture des échanges, confie également sa « surprise » : « En Espagne, on ne peut pas imaginer qu’un ministre dise à une université ce qu’elle doit faire ou pas. »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/13/annule-le-colloque-scientifique-sur-la-palestine-connait-un-succes-inedit-en

    • La justice valide l’annulation du colloque du Collège de France, et c’est grave

      Le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’annulation du colloque sur la Palestine et l’Europe qui devait se dérouler au sein du prestigieux établissement. Une décision dangereuse, fondée sur des éléments douteux, qui catalyse la mise en danger des libertés académiques.

      MercrediMercredi 12 novembre au soir, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours référés-liberté formés contre l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir au Collège de France jeudi 13 et vendredi 14 novembre.

      Trois jours plus tôt, dimanche 9 novembre, l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, a décidé d’annuler le colloque, dont le programme et les intervenants étaient connus et annoncés depuis des mois, « en réaction à la polémique » initiée par un article du Point publié le 7 novembre.

      Le 8 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, s’était fendu d’une lettre d’une tartufferie rare adressée à Thomas Römer, prétendant à la fois défendre les libertés académiques comme des « principes fondamentaux de notre État de droit » tout en intervenant contre ces dernières. Il faisait part de son « désaccord avec l’angle retenu » et regrettait « l’impact durable » que l’organisation de ce colloque serait « susceptible d’avoir sur l’image de l’institution ».

      De son côté, le juge des référés a estimé que dans la mesure où les organisateurs de l’événement ont réussi à le maintenir aux mêmes dates dans un nouveau lieu – en l’occurrence les locaux exigus du Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), co-organisateur de l’événement, à Paris –, « il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression, à la liberté de se réunir et à la liberté académique de nature à justifier l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures ».
      « Un inadmissible coup porté aux libertés académiques »

      Les dizaines d’intervenants venus des quatre coins du monde, qui avaient organisé leur emploi du temps pour être présents à Paris et dont les déplacements et frais de séjour étaient déjà payés pour une somme totale avoisinant les 50 000 euros, n’ont en effet pas été privés de parole.

      « Mais il est inexact de dire que le colloque a pu se tenir, juge l’avocat Raphaël Kempf, qui avait été saisi par des organisateurs et des participants pour déposer un recours contre cette annulation et a décidé de saisir le Conseil d’État. Un colloque comme celui-ci, ce n’est pas seulement des communications, c’est aussi des échanges, des rencontres, des discussions. Par définition, la science naît de ces moments de dialogues et de débats. Or, ceux-ci ne sont pas possibles dans une salle avec une jauge de trente-cinq personnes, réduite encore par la nécessité de mettre des caméras pour diffuser le colloque en direct. »

      Celui-ci aurait dû avoir lieu dans l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre du Collège de France, qui peut accueillir plus de 460 personnes et dispose de dispositifs de traduction simultanée, nécessaires pour un colloque à dimension internationale.

      Pour Raphaël Kempf, « cette décision est une prime à l’ignorance et une incitation à la censure » et « constitue un inadmissible coup porté aux libertés académiques, au débat d’idées et à la possibilité de diffuser les résultats de la recherche académique ».

      Deux éléments interrogent particulièrement la décision du tribunal administratif de valider l’annulation. Le premier est la défense produite par le Collège de France, fondée essentiellement sur des graffitis vus dans la rue quinze jours avant l’ouverture du colloque et sans lien avec ce dernier.

      L’établissement avait alors déposé une plainte, que Mediapart a pu consulter, pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessins » après avoir découvert, le 3 novembre, « des graffitis mentionnant le conflit entre Israël et la Palestine, mentionnant aussi deux noms de professeurs tel que [Henry] Laurens, titulaire de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et [Patrick] Boucheron, titulaire de chaire histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe et XVIe siècle, évoquant ses thèmes durant leurs cours. On y retrouve aussi des phrases mentionnant “Hamas Tueurs Violeur” [sic] ».

      Le gardien de la paix qui enregistre la plainte précise ensuite : « aucune violence [n’]a été commise envers ces deux professeurs » ; « aucun harcèlement n’a été commis envers ces deux professeurs » ; « aucune autre dégradation n’a été commise ».

      Si l’historien Patrick Boucheron n’avait rien à voir avec le colloque sur la Palestine et l’Europe, Henry Laurens, un des meilleurs historiens du Proche-Orient en France, en était l’organisateur. On se retrouve donc dans la situation ubuesque où des tags visant un professeur au Collège de France aboutissent à l’annulation du colloque que celui-ci devait organiser…

      Rappelons pour mémoire l’indignation inverse qui avait traversé la France lorsque des tags désignant des enseignants accusés d’islamophobie étaient apparus sur les murs de l’université de Grenoble. Ici, non seulement ces attaques sur les murs d’une institution académique n’ont suscité aucune indignation, mais elles ont abouti à la silenciation de celui qui en était victime.

      Le second élément est l’implication dans l’affaire du collectif Actions Avocats, une association fondée « pour lutter contre la recrudescence des actes antisémites en France, lutter contre l’apologie du terrorisme et pour la libération des otages encore entre les mains de l’organisation terroriste Hamas ».

      Ce collectif avait écrit le 8 novembre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, pour lui faire part de « sa vive préoccupation concernant le colloque ».

      Actions Avocats rappelait dans cette lettre le fait que « la France a officiellement adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui précise notamment que la “négation du droit à l’autodétermination du peuple juif” ou “l’application de standards différents à Israël” peuvent constituer des formes contemporaines d’antisémitisme ».

      Rappelons que cette définition est très controversée et que le juriste états-unien Kenneth Stern, qui a pourtant contribué à la forger, juge désormais que « loin de faciliter la lutte simultanée contre l’antisémitisme et contre les préjugés dogmatiques visant Israël, la tentative de censurer toute critique d’Israël la rend plus difficile ».

      Dans une boucle d’e-mails d’un groupe d’universitaires appelé « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », Déborah Journo, présidente d’Actions Avocats, écrit : « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France + copie au ministre de l’enseignement hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. »

      L’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, n’ayant pas répondu à nos sollicitations, la chaîne qui a abouti à cette annulation demeure incertaine. Pression médiatique organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et Le Point ? Rôle de ce « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme » outillé juridiquement par l’association Actions Avocats ? Pression liberticide du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa lettre adressée à Thomas Römer ? Ou initiative personnelle de ce dernier, ainsi qu’il l’a laissé entendre devant les professeurs du Collège de France réunis lundi 10 novembre dans l’urgence ?

      Un autre doute émerge : le Germano-Suisse Thomas Römer, bibliste et grand spécialiste de l’Ancien Testament, a-t-il pu agir par crainte que ses recherches en Israël et en Cisjordanie soient compromises s’il laissait ce colloque se tenir en l’état dans sa prestigieuse institution ?
      « Un précédent d’une extrême gravité »

      Sa décision, lourde de conséquences, a, quoi qu’il en soit, fait réagir non seulement un collectif de prestigieux universitaires, qui estime que « cette interdiction ouvre la voie à une censure institutionnelle », mais aussi une partie des professeur·es du Collège de France, qui juge que cette annulation « crée un précédent d’une extrême gravité ».

      « Bien que conscients des pressions qui pesaient sur sa tenue et des responsabilités administratives qui en découlent, nous regrettons cette décision qui fait prévaloir, de façon disproportionnée, les questions de sécurité sur le respect de la liberté académique, objet de menaces croissantes en de nombreux endroits du monde », écrivent ainsi les quatorze professeur·es.

      L’annulation de ce colloque, remplacé par des communications à huis clos au goût d’ersatz, fait aussi rejaillir d’anciennes querelles, notamment celles qui ont opposé les islamologues et « djihadologues » François Burgat et Gilles Kepel, encore vives alors que la France se souvient, ce 13 novembre, des attentats de Paris et de Saint-Denis commis il y a tout juste dix ans.

      L’article du Point a ainsi mis directement en cause François Burgat, sans lien avec le colloque, mais qui fut directeur du Carep. En avril, ce centre de recherche, indépendant mais financé par des fonds publics qataris, avait apporté son soutien à ce directeur de recherche émérite au CNRS, alors que celui-ci était jugé pour apologie du terrorisme à la suite d’un message sur X où il affirmait avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ». Des faits pour lesquels le tribunal d’Aix-en-Provence l’a relaxé fin mai.

      Quant au « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », où l’on retrouve les noms de Pierre-André Taguieff, de l’historien Emmanuel Debono ou encore d’Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg, il relaye dans ses échanges d’e-mails l’obsession ancienne de Gilles Kepel, relayée par la chercheuse aux thèses complotistes et farfelues Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans en France.

      Le colloque y est présenté comme une offensive frériste destinée à faire vaciller l’université française. « Les Frères et leurs collaborateurs ont un objectif précis : ils veulent administrer le chaos ; […] donc dans l’ordre a. semer la zizanie dans les démocraties occidentales ; b. profiter du chaos pour gagner du terrain en termes de pouvoirs », assure une maître de conférences en psychologie membre de ce réseau.

      Reprenant la rhétorique également présente dans le rapport très controversé commandé par le ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans, elle explique encore que l’université est investie « comme terrain fertile principal pour semer la zizanie par exemple entre collègues, entre étudiants, au sein des directions et décanats de facs ».

      Mais outre ces rejeux de querelles plus médiatiques qu’académiques déjà anciennes, l’annulation du colloque s’inscrit évidemment dans les effets de long terme du massacre du 7-Octobre et de l’anéantissement de Gaza.

      L’article du Point a ainsi dénoncé un colloque qui risquait de se muer en « deux journées à tendance pro-Hamas ». Il pointait notamment la présence, parmi les modérateurs, de l’anthropologue Véronique Bontemps, en précisant qu’elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour « apologie du terrorisme ».

      Signalée par des collègues sur la plateforme Pharos pour avoir relayé sur une liste interne un tract de Solidaires étudiant-e-s appelant, le 8 octobre 2023, au « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte », cette chercheuse avait dû effectivement s’en expliquer devant sa hiérarchie.

      Le fait qu’elle ait condamné les massacres de civils dans deux messages suivants et pris ses distances avec le communiqué du syndicat n’avait pas empêché une convocation dénoncée par nombre de chercheurs.

      « Après deux ans de génocide, on a l’impression d’être revenus au point de départ : c’est-à-dire que le simple fait de parler de la Palestine peut vous valoir des accusations d’apologie du terrorisme. À ce sujet, Le Point a écrit que j’avais fait l’objet d’une procédure disciplinaire du CNRS pour “apologie du terrorisme”, sans préciser que j’avais été blanchie de cette accusation », explique-t-elle aujourd’hui à Mediapart.

      L’état des libertés académiques, notamment quand il est question de la Palestine, sera tout bientôt de nouveau à l’ordre du jour puisque, le 16 décembre, doit se tenir, toujours au Collège de France, une journée d’études intitulée « Politics and Poetics on the Ruins of Gaza » (« Politique et poésie sur les ruines de Gaza »), organisée par le professeur Didier Fassin.

      Le titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » assure à Mediapart qu’il a reçu « l’assurance de l’administrateur du Collège de France qu’il ne sera[it] pas annulé » même s’il ne doute pas que son colloque fera « l’objet d’attaques et de pressions ».

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/131125/la-justice-valide-l-annulation-du-colloque-du-college-de-france-et-c-est-g

  • International social media campaign launched to stop the boats

    Today marks the launch of the latest phase of the government’s global campaign to warn migrants of the consequences of entering the UK illegally.

    Every year, thousands of people are sold lies by organised criminal gangs who put profit before human life, smuggling people to the UK across one of the busiest shipping lanes in the world, the English Channel.

    The Home Secretary has launched a new campaign that will be rolled out in Vietnam, following successful social media activity in Albania last year which contributed to a 90% reduction in Albanian small boat arrivals.

    Using real testimonies from those who regret coming to the UK illegally, the adverts highlight the risks and consequences people face if they turn to criminal gangs and attempt the dangerous journey.

    A migrant, referred to as K, shares his reality of sleeping in a camp in Calais for 5 nights under the supervision of armed guards, before taking the long journey across the Channel to the UK. He says: “Never again would I risk my life in a small boat, even if you bribed me.”

    An increasing proportion of small boat migrants are Vietnamese, and they are 1 of the top 10 nationalities for migrants crossing the Channel illegally.

    The latest phase of the campaign, which will begin today (Monday 25 March), will harness social media adverts on Facebook and YouTube to directly target people who may be considering making dangerous and illegal journeys to the UK.

    The social media posts emphasise the consequences of travelling to the UK illegally and the dangers people can expect to face, as well as set out the risks of being indebted to and exploited by the people smuggling gangs who profit from facilitating small boat crossings.

    Home Secretary James Cleverly said:

    This is a powerful campaign which demonstrates first-hand that life for people arriving here illegally is a far cry from the lies they have been sold by the gangs on the other side of the Channel.

    Last year, similar work contributed to a 90% reduction in small boat arrivals from Albania, and overall numbers are down by a third, but there is more to do.

    Expanding our campaign to Vietnam, another key partner in our work to tackle illegal migration, will help us to save more lives and dent the business model of the criminals who profit from this vile trade.

    The campaign warns prospective migrants of the reality of living in the UK illegally with no right to be in the UK and no access to public services or funding.

    It includes testimonies from Home Office Immigration Enforcement and Border Force officers, who all too often encounter illegal migrants who have been sold into modern slavery or illegal working by their smugglers.

    Illegal migrants can be forced to live in inhumane, cramped and hazardous conditions by criminal gangs, with no access to basic hygiene, healthcare or legal employment.

    The campaign’s social media adverts direct users to a new website with additional video content from Immigration Enforcement and Border Force officers who describe some of the shocking cases they’ve encountered and their experiences of rescuing small boat migrants from life-threatening danger in the Channel.

    This stage of the campaign follows successful social media activity by the UK government in Albania, France and Belgium, and is the latest step in the UK’s efforts to work jointly with countries across the world to tackle the global migration crisis.

    Similar campaigns are also being considered for other priority countries.

    UK and Vietnamese authorities already work closely to prevent illegal journeys to the UK and remove those with no right to be here.

    Senior officials from the UK and Vietnam are due to meet in London on 17 April to discuss working in even closer partnership on migration issues.

    https://www.gov.uk/government/news/international-social-media-campaign-launched-to-stop-the-boats
    #réseaux_sociaux #propagande #UK #Angleterre #stop_the_boats #Manche #La_Manche #vidéo

    –-

    ajouté à la métaliste de #campagnes de #dissuasion à l’#émigration:
    https://seenthis.net/messages/763551

    • Facts on UK immigration. Trying to enter the UK illegally could cost you everything.

      People smugglers will tell you that travelling illegally to the UK will be safe and easy and that you’ll be able to build a good life here. Nothing could be further from the truth.

      Travelling to the UK illegally will cost you a lot of money. It could even cost you your life. Men, women and children have died trying to get to the UK in small boats or hidden in lorries.

      Go to the facts:
      UK immigration rules mean you could be detained and removed if you come to the UK illegally. Here’s what you need to know.

      https://www.youtube.com/watch?v=rC85bBq8MXo

      https://immigrationfacts.campaign.gov.uk

  • Le #Royaume-Uni et le #Vietnam concluent un nouvel #accord pour lutter contre l’immigration clandestine

    Pour lutter contre les traversées illégales de la #Manche par les migrants vietnamiens, un accord a été conclu entre Londres et Hanoï, ont annoncé les autorités britanniques mercredi. Son objectif est de lutter contre l’immigration clandestine en accélérant les procédures d’expulsion. « Le nombre d’arrivées illégales en provenance du Vietnam a déjà été réduit de moitié, mais il est possible de faire davantage », a déclaré le Premier ministre britannique dans un communiqué.

    Un nouvel accord migratoire a été signé entre le Royaume-Uni et le Vietnam mercredi 29 octobre, a indiqué le gouvernement britannique. Il permettra, selon le Home Office, « d’accélérer la procédure de retour des personnes n’ayant pas le droit de séjourner au Royaume-Uni ». Il s’agit du second traité conclu entre les deux pays. Un précédent accord avait déjà été signé en 2024.

    Grâce au partage de #données_biométriques et à des procédures administratives simplifiées, cet accord permettra de réduire « de 75 % le temps de traitement des documents des migrants en simplifiant les procédures administratives » et ainsi « de renvoyer plus rapidement et plus facilement ceux qui n’ont pas le droit de se trouver ici », a-t-il ajouté dans un communiqué.

    La signature de cet accord fait suite à une forte augmentation des arrivées en provenance de ce pays d’Asie du Sud-Est l’année dernière. Les Vietnamiens représentaient la plus importante nationalité à traverser la manche par #petites_embarcations durant le premier trimestre 2024, et la quatrième plus importante sur l’ensemble de l’année.

    Baisse des arrivées de Vietnamiens

    Selon le Premier ministre britannique Keir Starmer, cet accord, qui est « le plus ambitieux jamais conclu par le gouvernement vietnamien avec un autre pays », pourrait entraîner le retour de quatre fois plus de ressortissants vietnamiens n’ayant « aucun motif légitime de rester en Grande-Bretagne ».

    « Cet accord historique envoie un message clair : si vous entrez illégalement au Royaume-Uni, vous serez rapidement renvoyés », a encore déclaré Keir Starmer. Et d’ajouter : « Le nombre d’arrivées illégales en provenance du Vietnam a déjà été réduit de moitié, mais il est possible de faire davantage ».

    Selon les chiffres officiels britanniques, 1 026 Vietnamiens sont arrivés par « #small_boats » entre janvier et juin 2025, soit la moitié par rapport à la même période l’année précédente.

    « Ce pays est resté trop longtemps incapable d’expulser ceux qui n’avaient aucun droit de se trouver ici », a félicité la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, suite à la signature de cet accord.

    Campagnes de communication

    Un précédent accord avait déjà été signé en 2024 entre les deux pays. Il comprenait une série de mesures comme l’accroissement du partage de renseignements, la diffusion de messages de dissuasion et la facilitation des processus de retours des migrants illégaux du Royaume-Uni vers leur pays d’origine.

    Une #campagne sur les #réseaux_sociaux avait notamment été lancée au Vietnam via des vidéos reprenant des témoignages de migrants partageant les conséquences et les dangers de l’immigration vers le Royaume-Uni.

    « #One_in_one_out »

    Depuis le début du phénomène des « small boats » en 2018, les gouvernements britanniques successifs multiplient les accords avec différents pays pour lutter contre l’immigration irrégulière. Le Royaume-Uni a notamment conclu de nouveaux traités avec des pays comme l’#Irak ou les Balkans occidentaux.

    Le dernier en date est l’accord « one in one out », passé avec la #France. Cet accord - en vigueur depuis le mois d’août 2025 - prévoit le renvoi en France de migrants arrivés au Royaume-Uni à bord de « small boats », en échange de l’accueil par Londres de migrants se trouvant en France, sur le principe du « un pour un ».

    Malgré cela, les traversées de la Manche continuent d’être importantes. Depuis le début de l’année, 36 954 exilés sont arrivés en bateau au Royaume-Uni, selon les données du #Home_Office. Un chiffre qui dépasse désormais celui enregistré en 2024 qui s’élevait à 36 816 arrivées.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67860/le-royaumeuni-et-le-vietnam-concluent-un-nouvel-accord-pour-lutter-con

    #UK #Angleterre #migrations #réfugiés #renvois #expulsions

  • Le Réseau, ou lorsque nous étions intraçables
    https://laviedesidees.fr/Le-Reseau-ou-lorsque-nous-etions-intracables

    Créé par des résistants des PTT, un #réseau téléphonique parallèle a survécu après la Libération. Espace de #communication et de rencontre dans les années 1970, il constitue le chaînon manquant entre les agences matrimoniales du XIX e siècle et nos applis contemporaines.

    #Société #téléphonie #numérique
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251024_reseau.pdf

  • Maroc : les 44 passagers d’une embarcation partie de Dakhla portés disparus - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/67659/maroc--les-44-passagers-dune-embarcation-partie-de-dakhla-portes-dispa

    Maroc : les 44 passagers d’une embarcation partie de Dakhla portés disparus
    Par La rédaction Publié le : 22/10/2025
    Deux associations marocaines ont demandé aux autorités de leur pays de lancer des recherches pour tenter de retrouver 44 migrants disparus avec leur bateau, au large de Dakhla, célèbre zone de départs clandestins vers l’Europe. L’embarcation avait quitté la plage le 24 septembre. Les familles des passagers, sans nouvelles de leurs proches, ont donné l’alerte.
    L’Association marocaine d’aide aux migrants en situation difficile à Oujda et l’Organisation marocaine pour la migration et le soutien aux migrants à Agadir ont publié, lundi 20 octobre, un communiqué conjoint faisant état de la disparition d’une embarcation transportant 44 migrants. Parmi les passagers se trouvaient 27 Marocains (dont 3 femmes et 2 enfants) et 17 ressortissants d’Afrique subsaharienne.
    Selon les deux associations, le bateau aurait quitté Wadi Lakraa, près de Dakhla, dans la nuit du 24 septembre 2025 à deux heures du matin, en direction des îles Canaries. Malgré plusieurs tentatives de contact, les familles - majoritairement originaires de Casablanca et Midelt - n’ont plus réussi à joindre leurs proches.
    Dans le communiqué, les deux organisations signalent également qu’un autre bateau transportant 51 migrants, marocains et subsahariens, parti le 13 octobre des côtes atlantiques, a été retrouvé près de Tan-Tan après huit jours en mer. Les survivants ont été pris en charge par la Gendarmerie royale de Tan-Tan, mais une victime décédée aurait été recensée, probablement un migrant d’origine subsaharienne.
    Ce n’est pas la première fois que des traversées qui partent du Maroc, voire plus au sud, du Sénégal ou de Mauritanie, finissent en drame. La route migratoire qui relie les côtes ouest-africaines aux Canaries demeure l’une des plus dangereuses au monde. Les vents violents et les forts courants rendent la traversée très risquée. De nombreux témoignages rapportent les périls du voyage, soumis aux aléas météorologiques, aux avaries de moteur, à la soif et à la faim.
    Dans leur communiqué toujours, les associations signataires exhortent la diplomatie marocaine, la Marine royale, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), ainsi que les services espagnols de sauvetage maritime, le Croissant-Rouge et la Croix-Rouge internationale, à intervenir en urgence pour déterminer le sort des 44 disparus.
    Elles demandent également que justice soit rendue, notamment par la poursuite des réseaux de traite des êtres humains et des intermédiaires impliqués dans des arnaques financières et la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux.
    L’influence des réseaux sociaux - et de TikTok notamment - sur les traversées illégales au Maroc est en effet prise très au sérieux dans le pays. Notamment pour inciter au passage vers Ceuta, l’enclave espagnole sur le sol marocain. « Certains jeunes gens sont incités [à immigrer] par des inconnus sur les réseaux sociaux », avait déjà expliqué en 2024 un porte-parole du gouvernement Mustapha Baitas.
    Mardi 14 octobre, la gendarmerie marocaine et le parquet de Tétouan ont par exemple arrêté un jeune homme soupçonné d’appeler sur les réseaux sociaux la jeunesse marocaine à rejoindre en masse la frontière entre le Maroc et Ceuta pour entrer clandestinement dans l’enclave espagnole. Ce type d’appel en ligne à l’immigration irrégulière est de plus en plus récurrent dans le royaume chérifien. Les vidéos glamourisant la traversée - terrestre ou à la nage - sont aussi de plus en plus courantes sur les réseaux sociaux.Depuis le réchauffement des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid en 2022, le Maroc a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’une de ses priorités. Selon le ministère de l’Intérieur marocain, près de 80 000 migrants ont été empêchés de rejoindre l’Union européenne depuis le Maroc au cours de l’année 2024.

    #Covid-19#migrant#migration#maroc#espagne#dakha#reseauxsociaux#migrationirreguliere#routemigratoire#sante#mortalité

  • Maroc : un mineur arrêté après avoir inciter sur les réseaux sociaux à l’immigration irrégulière vers Ceuta - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/67554/maroc--un-mineur-arrete-apres-avoir-inciter-sur-les-reseaux-sociaux-a-

    Maroc : un mineur arrêté après avoir inciter sur les réseaux sociaux à l’immigration irrégulière vers Ceuta
    Par La rédaction Publié le : 16/10/2025
    Mardi, la gendarmerie marocaine et le parquet de Tétouan ont arrêté un jeune homme soupçonné d’appeler sur les réseaux sociaux la jeunesse marocaine à rejoindre en masse la frontière entre le Maroc et Ceuta pour entrer clandestinement dans l’enclave espagnole. Ce type d’appel en ligne à l’immigration irrégulière est de plus en plus récurrent dans le royaume chérifien.
    Un nouvel exemple de l’utilisation des réseaux sociaux pour inciter à l’exil au Maroc. Mardi 14 octobre, la gendarmerie de Fnideq [au nord du Maroc, ndlr], en coopération avec le parquet de Tétouan et la cellule centrale marocaine de lutte contre la cybercriminalité, a arrêté un mineur originaire de la ville de Tétouan.
    Selon des informations relayées par la presse locale, le jeune homme est suspecté d’avoir créé un groupe WhatsApp pour inciter des jeunes et des migrants en situation irrégulière à se rassembler et tenter de traverser en nombre la frontière séparant le royaume chérifien de l’enclave espagnole de Ceuta. Son appel à un « assaut collectif » était prévu pour le mercredi 15 octobre.
    Le Marocain a été placé sous contrôle judiciaire puis interrogé en présence de son tuteur. Une enquête est en cours pour tenter d’identifier d’autres personnes impliquées dans ces messages en ligne d’incitation à l’immigration irrégulière.Dans le même temps, selon le média marocain Achtari 24, les autorités ont renforcé la présence policière autour des villes frontalières de Fnideq et de Tétouan, après avoir détecté de l’activité dans les zones forestières proches de Ceuta.
    Depuis le réchauffement des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid en 2022, le Maroc a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’une de ses priorités. Selon le ministère de l’Intérieur marocain, près de 80 000 migrants ont été empêchés de rejoindre l’Union européenne depuis le Maroc au cours de l’année 2024.
    Et les opérations de ratissage dans les campements de migrants près de Ceuta pour les éloigner des côtes continuent aujourd’hui. Le week-end du 11 et 12 octobre, 550 migrants, dont 400 Subsahariens, ont été empêchés de rejoindre de manière clandestine l’enclave espagnole, selon les autorités marocaines.
    Les exilés, qui avaient établi un campement dans la forêt adjacente à Ceuta, ont été chassés de leur lieu de vie par la police marocaine et envoyés loin des côtes, dans le sud et l’est du royaume chérifien. Cent-quarante migrants marocains, dont 40 mineurs, ont également été arrêtés et renvoyés dans leur ville d’origine.
    La semaine passée, des hélicoptères de la gendarmerie ont aussi mené des vols de reconnaissance au-dessus des forêts près des enclaves espagnoles, à la recherche de groupes de migrants qui seraient venus de différentes régions pour tenter d’escalader les barbelés à la frontière, notamment suite à des incitations sur les réseaux sociaux.D’après les données des autorités espagnoles, entre le 1 janvier et le 30 septembre, 2 650 exilés ont rejoint l’enclave de Ceuta.
    Ces incitations en ligne à franchir de manière groupée la barrière qui sépare le Maroc de Ceuta, ainsi que les vidéos glamourisant la traversée - terrestre ou à la nage - sont de plus en plus courantes sur les réseaux sociaux. Et les arrestations pour appel à l’immigration clandestine vers l’enclave espagnole sont tout aussi régulières.
    En effet, des vidéos postées sur TikTok, principalement sous les hashtags « Harragas » (terme qui signifie « brûleurs de frontières » en français et qui désigne les migrants maghrébins) ou « Ceuta », montrent des traversées supposées faciles avec des jeunes souriants, arrivant sur les plages ou marchant dans les rues de l’enclave espagnole - au son de musiques triomphales.Car si beaucoup tentent le passage vers Ceuta par voie terrestre, en escaladant les hautes clôtures qui séparent le Maroc de l’enclave, d’autres tentent d’y entrer par voie maritime, à la nage ou cachés dans des bateaux.
    "Aujourd’hui, c’est sensationnel, glamour, de faire la traversée. On relate ses exploits sur les réseaux, quitte à masquer la réalité. Celles restées au pays assistent au « succès » de ces jeunes Marocaines sur leur téléphone, et se disent « pourquoi pas moi ». Et puis, il faut reconnaître qu’on manque de modèle au niveau national. Donc quand on voit Chaimae El Grini réussir, ça attire forcément", expliquait Ali Zoubeidi, spécialiste de l’immigration basé au Maroc, en octobre 2024 à InfoMigrants. Chaimae El Grini, est cette influenceuse marocaine qui, à l’été 2024, documente son exil vers Ceuta dans des vidéos cumulant des milliers de vues sur TikTok. Sur ses publications, elle apparaît souriante, maquillée, peu fatiguée après une traversée à la nage pourtant extrêmement éreintante et risquée. Certains utilisateurs l’accusent alors d’encourager les Marocains, et notamment les femmes marocaines, à prendre la mer en masquant la dureté d’un tel voyage.

    #Covid-19#migration#migrant#ceuta#reseauxsociaux#maroc#espagne#sante

  • #JOP2030 : un projet à contre-courant de la #transition Alpine

    Selon ses principaux promoteurs, les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2030 seront structurants pour les Alpes françaises. Il ne s’agit pas seulement de penser l’avenir des #stations_de_ski, comme le suggère l’#Association_Nationale_des_Maires_de_Stations_de_Montagne (#ANMSM), mais de redéfinir rien de moins que les contours d’une « #civilisation_alpine [1] » (sic). Derrière les grands discours, quel projet de #territoire se dessine, ou se confirme avec les JOP 2030 ?

    La vie des montagnard·es est marquée par le #relief. Il remplit notre champ de vision, contraint et draine nos déplacements, définit notre #identité. Le relief est omniprésent dans nos vies. Cette géomorphologie contraignante est aussi protectrice : contre les canicules, contre les sécheresses - précipitations plus abondantes, stockage de l’eau en altitude sous forme de glace... Contre les excès humains aussi, par la résistance naturelle qu’elle oppose à l’#aménagement, à la domination de l’environnement, à l’organisation des concurrences inter-humaines, et contre le vivant.

    Le projet de territoire porté par les promoteurs des JOP 2030 voudrait briser cette résistance. Pour Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), les jeux olympiques et paralympiques sont "une opportunité pour l’accélération de la #transition_montagnarde”. Mais laquelle ? Dans une interview pour La Provence (14/10/23), il répondait à la question de l’impact du projet sur l’environnement : "Quand on parle de bilan carbone, mettre 5 heures pour faire Marseille Briançon, est-ce acceptable ? L’embouteillage à Tallard, on l’accepte ?"

    Il pointait ainsi du doigt un de ces embouteillages des vendredi et dimanche soirs de la saison de ski, dans lequel se retrouvent coincés, les skieurs venus des grandes métropoles régionales du sud : Montpellier, Marseille, toute la côte varoise. Dont un certain Renaud Muselier, qui vient faire du ski en Haute Ubaye en passant par... Tallard pour accéder à son lieu de villégiature. D’autres “bouchons” ou goulets d’étranglement existent partout dans les Alpes françaises (et ailleurs) conséquence d’une hyper affluence ponctuelle qui engorge les massifs avec une régularité métronomique.

    Voilà qui illustre la vision de territoire portée par les JOP 2030, et ses promoteurs : en pleine période de restriction budgétaire massive, il s’agit essentiellement de favoriser quelques grands #domaines_skiables (deux pour les Alpes du sud) et l’amélioration des #axes_routiers pour y parvenir. Et ce au détriment des #populations_locales, des #services_publics, de l’#environnement… mais également de tous les "petits territoires”, éloignés (à peine) de ces domaines skiables et des grands axes qui y mènent. Ces “petits” territoires comprennent un ensemble de stations de #moyenne_montagne qui souffrent déjà particulièrement du #réchauffement_climatique, et dont les premières fermetures emblématiques se succèdent déjà.

    Et le #ferroviaire, demanderez-vous ? Dans cette vision territoriale, le ferroviaire est certes mis en avant par les porteurs du projet, comme caution verte : il s’agit de passer, d’ici aux jeux, d’un temps de trajet de quasi 5 heures à 3h30 entre Marseille et Briançon. Or, les temps de parcours actuels sont le résultat d’une politique de délaissement du #rail, depuis de nombreuses années, portée par les mêmes qui promeuvent les jeux. L’état du #réseau_ferroviaire alpin est tellement dégradé, qu’il paraît difficile de le rendre rapidement à nouveau attractif d’ici 2030. De sorte que l’option la plus "réaliste" pour réduire le temps de trajet serait... de ne pas s’arrêter dans les gares intermédiaires !

    La vision portée par les JOP 2030 est celle de la #spécialisation du territoire, celui des Alpes, au service d’un #tourisme_de_masse issu des grands centres urbains. #Chamonix, #Briançon en sont des exemples emblématiques. La population locale, habitant à l’année, est progressivement chassée des hautes vallées spécialisées dans le ski, devenues trop chères, et invivables au quotidien. Elle subit l’arrivée d’un nombre toujours croissant de vacancier·es, pour qui tout est organisé, dans une “montée en gamme” de l’accueil. On perçoit ainsi deux réalités et logiques distinctes, celle des habitant·es des territoires de montagne, et celle des consommateur·ices d’un territoire.

    Issue des catégories aisées des grands centres urbains, sous pression des contraintes citadines du quotidien, cette population de vacancier·es a besoin, le temps du weekend et des #vacances, de fuir leur lieu de vie, pour s’aérer, pour décompresser. Iels deviennent consommateur·ices d’un territoire, avec le besoin impérieux de changer d’air, de se détendre et de couper d’un quotidien oppressant... pour mieux se présenter le lundi matin au bureau avec la mine hâlée de ceux qui ont les moyens de s’échapper momentanément de l’"enfer" des grandes cités, et de profiter, le temps du weekend ou de vacances, des espaces naturels et des bienfaits de l’activité en extérieur.

    La spécialisation de territoire (au service des centres urbains) que dessine le #surtourisme se retrouve aussi dans d’autres secteurs d’activités : l’#énergie par exemple. Dans les Alpes du sud, des zones “excentrées” sont vues comme territoire à “faible pression foncière”, qui laisse la place au développement des #énergies_renouvelables, solaire photovoltaïque entre autres (du fait du climat particulièrement ensoleillé) et l’apparition de #centrales_photovoltaïques géantes, remplaçant forets et espaces naturels “sauvages”.Ou encore le secteur des #déchets, les arrières pays servant de zone de stockage des déchets des grandes agglomérations.

    Cette #spécialisation_territoriale n’a pourtant pas d’avenir dans le contexte actuel de réchauffement climatique. Dès janvier 2023, la trajectoire climatique de la France a été définie par le ministère de la Transition écologique à +4 degrés à l’horizon 2100, moins de 8 ans après les Accords de Paris qui stipulaient un objectif de 1,5 degrés. Dans les Alpes, ces +4 degrés pourraient être atteints bien avant 2100, ce territoire se réchauffant plus vite que le reste du pays. Quelle hausse de température pouvons nous y attendre et craindre +5, + 6 degrés ?... Une étude européenne sur plus de 2500 stations de ski montrent qu’à plus 4 degrés, 98 % des stations auront un problème existentiel d’enneigement.

    Dans ce contexte de réchauffement climatique fort, les territoires de montagne sont à la fois fragiles, et pourvus d’atouts importants : fraîcheur (relative), réserves en eau, espaces naturels disponibles pour la biodiversité… Un ensemble de facteurs nécessaires à la résilience de territoire. La #revitalisation du territoire alpin ne pourra pas être activée sans prendre en compte ses particularités et sans sa population. Et c’est pourtant ainsi qu’est bâti le projet JOP 2030 ! Il paraît urgent de remettre la #vie_montagnarde, celle des habitant·es des Alpes, au cœur de la question de l’avenir des massifs, au cœur de la question de la #transition_alpine ; Urgent de rompre avec un modèle de consommation de la montagne, urgent d’intégrer les populations pour construire de nouvelles orientations.

    https://france.attac.org/nos-publications/lignes-d-attac/article/jop-2030-un-projet-a-contre-courant-de-la-transition-alpine
    #JO2030 #jeux_olympiques #Alpes #migrations #consumérisme #climat #changement_climatique

  • Internet devient-il une dictature ? - Les Idées larges avec Félix Tréguer
    https://www.arte.tv/fr/videos/122772-003-A/internet-devient-il-une-dictature

    Comment comprendre le ralliement de la Silicon Valley à l’extrême droite ? Pourquoi l’État veut-il mettre la main sur le web ? Internet devient-il une dictature ? Entretien avec le sociologue Félix Tréguer, auteur de "Contre-histoire d’Internet. Du XVe siècle à nos jours".

    Vous avez sûrement été sidéré par le salut nazi d’Elon Musk. Ce qui sidère, c’est bien entendu la symbolique d’un salut fasciste réalisé par l’un des hommes les plus puissants de la démocratie américaine. Mais c’est aussi que la Silicon Valley s’est longtemps présentée comme le bastion d’un monde cool et progressiste. A présent, Elon Musk a mis son #réseau_social au service de Trump. Mark Zuckerberg a supprimé la vérification des faits sur Facebook et Jeff Bezos a limité la liberté d’expression du Washington Post, dont il est propriétaire. En découvrant les travaux de #Félix_Tréguer, on comprend que ces revirements spectaculaires ne constituent pas une anomalie, mais s’inscrivent dans une histoire longue. 
    Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et société du CNRS et membre de La Quadrature du Net, une association qui défend les libertés fondamentales dans le domaine du numérique. Son ouvrage_ “Contre-histoire d’#Internet permet de saisir comment l’#État et le #capitalisme_numérique peuvent converger.

    Références :

    Félix Tréguer, "Contre-histoire d’Internet. Du XVe siècle à nos jours" (Agone, 2023)
    Félix Tréguer, "Technopolice. La surveillance policière à l’ère de l’intelligence artificielle" (Divergences, 2024)

    Shoshana Zuboff, "L’âge du capitalisme de surveillance"_ (Zulma, 2020)

    #IA #capitalisme_de_surveillance

  • Kapitalismus : Digitale Repression
    https://www.jungewelt.de/artikel/508893.kapitalismus-digitale-repression.html

    La gauche commence à se rendre compte comment elle se fait niquer par les propriétaires des « réseaux sociaux », quinze ans trop tard et d’une manière disparate.

    25.9.2025 von Rezgar Akrawi - Wie Algorithmen, künstliche Intelligenz und Zensur im Internet genutzt werden, um die kapitalistische Hegemonie zu festigen

    Was politisch nicht ins Konzept passt, wird von Instagram und Co. oft marginalisiert oder gleich ganz gelöscht. Fotomontage zu einer Demonstration gegen den Gazakrieg in Berlin (25.7.2025)

    Digitale Konzerne überwachen in Zusammenarbeit mit großen Staaten die Bewegungen von Einzelpersonen über Endgeräte und verschiedene Kommunikationsmittel. Alle digitalen Aktivitäten, auch vermeintlich sichere, geschlossene Onlinemeetings, unterliegen einer ständigen Überwachung und Analyse. In der Praxis gibt es fast keinen vollständig geschützten digitalen Raum mehr; Daten werden systematisch erhoben und anschließend genutzt, um Individuen und Gruppen nach ihren Verhaltensmustern, ihren intellektuellen und politischen Orientierungen zu bewerten und zu klassifizieren.

    Die digitale Überwachung ist damit zu einem zentralen Instrument von Unternehmen und Regierungen geworden, das ihnen ermöglicht, Desinformationskampagnen durchzuführen, Nutzer zu verfolgen und ins Visier zu nehmen oder Sanktionen zu verhängen. Diese Strategien werden systematisch und verdeckt gegen Gewerkschaftsorganisationen, linke Gruppen sowie unabhängige Menschenrechts- und Medieninstitutionen eingesetzt. Sie alle sind mit zunehmenden Einschränkungen konfrontiert, die Verbreitung ihrer Ideen im öffentlichen digitalen Raum wird durch indirekte, subtile Methoden eingeschränkt, die schwer zu erkennen sind. Kapitalistische Konzerne und große Staaten setzen Algorithmen in sozialen Netzwerken und KI-Systemen präzise und systematisch ein, um die Reichweite linker und progressiver politischer Beiträge zu begrenzen, ohne auf direkte Löschung zurückgreifen zu müssen.

    Diese Praktiken machen die digitale Repression komplexer, gefährlicher und unsichtbarer als die »gewöhnliche«, da die geringe Auseinandersetzung mit progressiven Inhalten eine natürliche Reaktion des Publikums zu sein scheint, während sie in Wirklichkeit auf vorgefertigte Algorithmen zurückzuführen ist, die darauf abzielen, die Sichtbarkeit von linkem Content zu verringern. Viele Studien haben verwandte Phänomene dokumentiert, wie zum Beispiel die »Filterblase«, die von Algorithmen geschaffen wird, um Nutzer von politischen Inhalten zu isolieren, die ihre Ansichten in Frage stellen, und Berichte über andere Formen von algorithmischer Voreingenommenheit. Leaks und interne Dokumente von Unternehmen wie Facebook enthüllten die bewusst verfolgten Strategien, um die Sichtbarkeit bestimmter politischer oder Menschenrechtsbewegungen zu verringern, indem ihre Reichweite eingeschränkt oder Benachrichtigungen deaktiviert werden, während gleichzeitig eine Fassade der Neutralität gewahrt wird. Diese Politik erweckt unter den Aktivistinnen und Aktivisten den falschen Eindruck, dass ihre Ideen ineffektiv oder unpopulär sind, und treibt einige in die Selbstzensur oder zur Anpassung ihres Diskurses.¹
    In die Resignation getrieben

    Digitale Entmachtung ist ein neues Instrument der Klassenherrschaft, bei dem Algorithmen und KI systematisch und unmerklich, langfristig und schrittweise eingesetzt werden, um Inhalte zu verbreiten, die Gefühle der Hilflosigkeit und Resignation fördern, insbesondere bei Nutzern mit linken und progressiven Orientierungen. Dieser Mechanismus verstärkt die Schwächen und das Scheitern sozialistischer Experimente und linker Organisationen, während er dabei hilft, den Kapitalismus als ewiges, unbesiegbares System darzustellen. Dies verstärkt den Gedanken, dass Veränderung unmöglich sei.

    So entfaltet sich ein extremer Individualismus, der den einzelnen von kollektiver, organisierter politischer Aktion isoliert. Darüber hinaus werden Debatten innerhalb linker Organisationen auf marginale Konflikte gelenkt, was die Konzentration auf die großen Probleme und die Widerstandsfähigkeit schwächt. Große Unternehmen analysieren digitales Verhalten, um Nutzer und Gruppen mit Inhalten anzusprechen, die Frustration hervorrufen und ihnen das Gefühl geben, dass ein sozialistischer Wandel entweder unmöglich oder extrem schwierig sei. Diese Praktiken sind kein Zufall, sondern vorsätzliche Werkzeuge, die darauf abzielen, den Wunsch nach gesellschaftlichem Wandel schon von vornherein zu brechen oder zu schwächen und das Überleben des kapitalistischen Systems zu sichern.
    Digitale Verhaftung

    Die »digitale Verhaftung« stellt eine gefährlichere Phase dar als Überwachung und Kontrolle, da sie über die Einschränkung der Reichweite von Inhalten hinausgeht und willkürliche Einschränkungen für Einzel- und Gruppenkonten vorsieht, sie vorübergehend für unterschiedliche Zeiträume sperrt oder dauerhaft löscht – was als eine Form des digitalen Mords angesehen werden kann – ohne Transparenz, klare Standards oder lokale oder internationale Gesetze zum Schutz der Rechte der Nutzer. Ausreden wie »Verstoß gegen Gemeinschaftsstandards« oder »Förderung von Gewalt« werden oft benutzt, um Stimmen zum Schweigen zu bringen, deren aktivistische Inhalte die Verbrechen kapitalistischer Staaten und Konzerne oder Menschenrechtsverletzungen dokumentieren.

    Ein Beispiel ist die digitale Repression von Social-Media-Plattformen gegen palästinensische Inhalte, die israelische Verbrechen gegen Zivilisten dokumentieren. Während des jüngsten Angriffs auf Gaza löschten und sperrten Unternehmen wie Facebook, Instagram und X Hunderte von Konten und Beiträgen, die Besatzungsverbrechen dokumentierten. Dies geschah unter dem Vorwurf der »Verletzung von Gemeinschaftsstandards« oder der »Förderung des Terrorismus«, obwohl es sich bei vielen Beiträgen um genaue Dokumentationen von Kriegsverbrechen handelte, die auch von Menschenrechtsorganisationen bestätigt wurden. Human Rights Watch (HRW) dokumentierte beispielsweise im Jahr 2023 mehr als 1.050 Fälle, in denen allein zwischen Oktober und November propalästinensische Inhalte auf Facebook und Instagram entfernt oder eingeschränkt wurden, darunter auch rein friedliche Inhalte.

    Ich selbst wurde für einen ganzen Monat gesperrt, nachdem ich einen Beitrag der palästinensischen Linken geteilt hatte, und die Seite »Säkulares Facebook« (www.facebook.com/­SecularFB), die mehr als 200.000 Follower hatte, wurde geschlossen, weil sie Artikel veröffentlicht hatte, die israelische Besatzungsverbrechen aufdeckten – obwohl sie in Artikeln auch die Verbrechen der Hamas verurteilt hatte. Unabhängige Medienagenturen wie das Quds News Network wurden ebenfalls ins Visier genommen, indem ihre Reichweite eingeschränkt oder Konten ganz gelöscht wurden – ein klarer Versuch, Stimmen zum Schweigen zu bringen, die Übergriffe gegen palästinensische Zivilisten aufdeckten. Medien- und Menschenrechtsberichte hoben auch das Phänomen des »Shadowbanning« hervor, bei dem propalästinensische Beiträge ohne Löschung unterdrückt werden, indem ihre Inhalte nicht mehr oder nur noch teilweise angezeigt werden. Das betrifft insbesondere Posts, die Hashtags wie »#FreePalestine« oder »#IStandWithPalestine« enthalten, was eine nicht offengelegte Einschränkung der Meinungsfreiheit im digitalen Raum darstellt.²
    Freiwillige Selbstzensur

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    Digitale Repression und eingeschränkte Reichweite von Beiträgen gehen einher mit dem Phänomen der »freiwilligen Selbstzensur«, bei der Einzelpersonen und sogar Gruppen beginnen, sich selbst Restriktionen aufzuerlegen, ihren politischen Diskurs zu modifizieren oder sogar seinen Inhalt ganz zu ändern, sich allgemeinen theoretischen Fragen zuzuwenden und die direkte Konfrontation mit dem Kapitalismus und autoritären Regimen zu vermeiden – aus Angst vor geringerer Reichweite, »digitaler Verhaftung« oder »digitalem Mord« durch Kontoschließungen durch KI-Algorithmen auf digitalen Plattformen. Diese Angst untergräbt die Meinungsfreiheit und wird zu einem entscheidenden Faktor für die Neugestaltung und Kontrolle des öffentlichen Diskurses, noch bevor weitere tatsächliche Einschränkungen verhängt werden.

    Das stärkt die kapitalistische ideologische Hegemonie, schrumpft den Raum für digitalen Widerstand und verwandelt das Internet in einen Raum, der zwar selbstreguliert ist, aber sich dennoch an den Interessen der herrschenden Mächte orientiert. So fiel beispielsweise in Zeiten von Massenprotesten gegen kapitalistische und autoritäre Politik in verschiedenen Ländern vielen Nutzern auf, dass Beiträge, in denen Wörter wie »Generalstreik«, »ziviler Ungehorsam« oder »Revolution« vorkamen, und Texte, die Verbrechen und Menschenrechtsverletzungen aufdeckten, nicht ihre übliche Sichtbarkeit erreichten, während ganz allgemeine analytische Beiträge über Wirtschaft und Politik weit weniger betroffen waren. Dies zeigte sich etwa bei den »Gelbwesten«-Protesten in Frankreich, wo Medienberichte die Löschung oder Einschränkung von Beiträgen dokumentierten, die zu Massenstreiks oder direkter Konfrontation mit der Regierung aufriefen. In den Vereinigten Staaten berichteten Aktivisten der »Black Lives Matter«-Bewegung von einem starken Rückgang der Reichweite von Posts, die zu zivilem Ungehorsam oder friedlichem Protest gegen Polizeigewalt aufriefen, insbesondere auf Facebook und Instagram. Ähnliche Beschwerden gab es von Aktivistinnen und Aktivisten in Indien während der Bauernproteste 2021, bei denen Plattformen unter dem Vorwand der »Verletzung lokaler Gesetze« Beiträge oder Hashtags im Zusammenhang mit Demonstrationen wie »#FarmersProtest« entfernten.
    Erosion der Demokratie

    Im Ergebnis fingen viele Aktivistinnen und Aktivisten an, die Verwendung von Begriffen, die von den Plattformen als »aufrührerisch« eingestuft wurden, zu vermeiden, und verlagerten ihren öffentlichen Diskurs auf weniger radikale und revolutionäre Inhalte. Dadurch schrumpft aber schrittweise der Raum für freie Meinungsäußerung immer weiter zusammen und die Rolle der sozialen Medien als Instrument für politische Mobilisierung und radikalen Wandel wird weiter geschwächt.³

    Bei der Kontrolle über das menschliche Bewusstsein geht es nicht mehr nur um die Maximierung kapitalistischer Profite, sondern sie ist auch zu einem Hauptinstrument geworden, um die noch bestehenden Formen der bürgerlichen Demokratie zu schwächen und zu untergraben. Statt dessen müssten diese unterstützt und ausgebaut werden – gerade angesichts dessen, dass in vielen Ländern ungerechte Wahlgesetze erlassen wurden, die Partikularinteressen dienen. Anstatt die bewusste Beteiligung der Bevölkerung am politischen Leben zu fördern, werden Digitalisierung und KI genutzt, um die öffentliche Meinung im Einklang mit den Interessen der herrschenden Klasse umzugestalten und zu manipulieren, Wahlen zu beeinflussen, den Raum für freie Debatten zu verkleinern und den politischen und medialen Diskurs im Dienste der dominanten kapitalistischen Mächte zu lenken.

    Klassenherrschaft durch KI bedeutet, dass diese Technologie – angeblich ein Werkzeug zur Verbesserung von Transparenz und Demokratie – effektiv genutzt wird, um Narrative zu produzieren und zu fördern, die das bestehende kapitalistische System erhalten. Big-Data-Analysen und intelligente Algorithmen werden angewandt, um politische Informationen in eine Richtung zu lenken, die kapitalistischen Institutionen, rechten und faschistischen Bewegungen und autoritären Mächten nützlich ist. Damit wird die Fähigkeit der Massen geschwächt, politische Entscheidungen auf der Grundlage eines echten kritischen Bewusstseins zu treffen. So wird die Realität verzerrt, Propaganda reproduziert und mediale Desinformation ermöglicht, was das Wesen echter Demokratie untergräbt, die auf Transparenz, Zugang zu Informationen und intellektuellem und politischem Pluralismus basiert.

    All dies geschieht durch die gezielte Ansprache bestimmter Gruppen mit maßgeschneiderten Inhalten, die auf ihrem digitalen Verhalten basieren. So wird eine künstliche öffentliche Meinung geschaffen, die die Klassenhegemonie festigt und die politisch-soziale Polarisierung vertieft. Sie täuscht nicht nur die Wähler, sondern gestaltet auch das politische Debattenumfeld neu. Der Einfluss von KI geht über die bloße Manipulation von Informationen hinaus; sie wird zu einem zentralen Instrument bei der Reproduktion kapitalistischer politischer Macht. Durch den Einsatz von Algorithmen in Wahlkämpfen, die Anpassung politischer Botschaften an die Interessen des Kapitals und die Beeinflussung von Wählern durch präzises Targeting neutralisieren Plattformen oppositionelle Stimmen und schwächen linke und progressiv-demokratische Alternativen. Ein klares Beispiel ist die Einmischung des rechten Milliardärs Elon Musk in die Bundestagswahl 2025 über seine Plattform X (ehemals Twitter), wo er die extrem rechte AfD direkt unterstützte, indem er KI-gesteuerte Inhalte förderte, die öffentliche Meinung beeinflusste und die politische Polarisierung zugunsten rechter und neonazistischer Kräfte verstärkte.

    In diesem Umfeld spiegeln Wahlen nicht mehr den Willen des Volkes wider – auch nicht in relativer, vermittelter Form –, sondern haben sich in eine Arena des Kampfes zwischen Großstaaten, Monopolmächten und Finanzoligarchien verwandelt, die das Internet und KI als Werkzeuge politischer und ideologischer Herrschaft nutzen. Dies verzerrt den politischen Pluralismus und korrumpiert bestehende relativ demokratische Mechanismen.
    Ein alternativer Weg

    KI muss so ausgerichtet werden, dass sie als Werkzeug für die Befreiung und Achtung der Menschenrechte dient. Um dies zu erreichen, sind progressive Initiativen unerlässlich, die Transparenz, Aufsicht und einen Einsatz von KI gewährleisten, der Gerechtigkeit und Gleichheit fördert, anstatt die Technik weiter als Werkzeug in den Händen autoritärer Regime, großer Staaten und Unternehmen zu belassen. Es müssen strenge internationale und lokale rechtliche Rahmenbedingungen geschaffen werden, um den Einsatz von KI zur Verletzung von Menschenrechten zu kriminalisieren. KI-Anwendungen im Sicherheitsbereich müssen einer unabhängigen gerichtlichen Überprüfung unterzogen werden, wobei zivilgesellschaftliche Organisationen an der Bewertung ihrer Risiken für die Freiheiten beteiligt sein müssen. Globale Solidaritätsnetzwerke sollten KI-Missbrauch überwachen, Unternehmen boykottieren, die Überwachungstechnologien an autoritäre Regime verkaufen, und sie auf eine schwarze Liste setzen.

    Open-Source-KI-Systeme müssen von unabhängigen Gremien unterstützt und entwickelt werden, einschließlich der Zivilgesellschaft und Menschenrechtsinstitutionen, die einer demokratischen Aufsicht unterliegen, mit der Missbrauch durch Regierungen, monopolistische Unternehmen und autoritäre Regime verhindert werden kann. Solche Systeme können zur Stärkung der Menschenrechte eingesetzt werden, indem sie Verstöße aufdecken, die Leistung von Regierungen überwachen und Daten analysieren, um repressive Praktiken aufzudecken. Es ist wichtig, die Rolle linker, progressiver und Menschenrechtsorganisationen bei der Überwachung der KI-Nutzung zu stärken. KI kann auch als wirksames Instrument dienen, um der digitalen Zensur durch Datenverschlüsselung, sichere Kommunikation zum Schutz von Aktivisten und Dissidenten sowie durch die Überwachung diktatorischer Regime entgegenzuwirken. Gleichzeitig muss die Öffentlichkeit für die Gefahren von Überwachung und digitaler Kontrolle sowie für die Möglichkeiten zum Widerstand sensibilisiert werden, etwa indem technische Instrumente bereitgestellt werden, die dem einzelnen helfen, seine Daten zu schützen und die Meinungsfreiheit im digitalen Raum zu gewährleisten.

    Es ist von entscheidender Bedeutung, KI von einem Instrument, das zur Erosion der relativen Demokratie beiträgt, in ein Instrument zu verwandeln, das sie stärkt und weiterentwickelt. Technologie soll die Massen stärken, die politische Partizipation auf der Grundlage der Gleichberechtigung stärken und Transparenz und Fairness in demokratischen Prozessen garantieren. KI kann genutzt werden, um sichere, transparente Plattformen für den Dialog und die elektronische Abstimmung zu entwickeln, die es den Bürgerinnen und Bürgern ermöglichen, ihre Meinung frei zu äußern und sich direkt und effektiv an der Entscheidungsfindung auf allen Ebenen zu beteiligen, wodurch die partizipative Demokratie gestärkt und die Macht an die Bürger zurückgegeben wird. KI-Tools können auch dazu dienen, Fake News und Desinformation automatisch zu analysieren und zu entlarven. Solche Instrumente können Teil eines umfassenderen Projekts zur Förderung der Medientransparenz seien und zur Bekämpfung der monopolistischen Medienhegemonie eingesetzt werden. Dies erfordert aber den Kampf für klare Gesetze, die den Einsatz von KI zur Manipulation der öffentlichen Meinung verhindern und sicherstellen, dass die der Öffentlichkeit zur Verfügung gestellten Informationen korrekt und objektiv sind, ohne klassen- oder ideologische Voreingenommenheit.

    Anmerkungen

    1 Vgl. »Metas gebrochene Versprechen: Systemische Zensur von Palästina-Inhalten auf Instagram und Facebook«, Human Rights Watch, 21.12.2023; Ferenc Huszár u. a.: Algorithmische Verstärkung von Politik auf Twitter, PNAS, 21.12.2021; Jinyi Ye/Luca Luceri/Emilio Ferrara: Überprüfung politischer Voreingenommenheit: Algorithmische Verstärkung auf Twitter/X während der US-Präsidentschaftswahlen 2024, arxiv.org, 20.3.2025; Paul Barrett/Justin Hendrix/Grant Sims: Wie Techplattformen die politische Polarisierung in den USA befeuern und was die Regierung dagegen tun kann, Brookings, 27.9.2021

    2 Vgl. »Zensieren die Social-Media-Giganten inmitten des israelischen Krieges pro-palästinensische Stimmen?«, Aljazeera.com, 24.10.2023; »Meta ›unterdrückt‹ propalästinensische Stimmen in den sozialen Medien, sagt eine Menschenrechtsgruppe«, Aljazeera.com, 21.12.2023

    3 Vgl. »Warum Twitter Konten gesperrt hat, die mit Bauernprotesten in Indien in Verbindung stehen«, Time-Magazine, 1.2.2021; »Bürgerrechtsgruppen fordern Facebook auf, das ›rassistisch voreingenommene‹ Moderationssystem zu korrigieren«, The Guardian, 18.1.2017; »Indien: Twitter sperrt Konten wegen Protest von Bauern auf Aufforderung der Regierung«, BBC, 1.2.2021; »Wie Elon Musks X zur aufgeladenen Titelseite der globalen Rechten wurde«, The Guardian, 4.1.2025; »Facebook-Gruppe ›Gelbwesten‹ mit 350.000 Mitgliedern wurde am Tag der Europawahl eingefroren«, World Socialist Web Site, 28.5.2019

    Mehr zum Thema im Buch »Kapitalistische künstliche Intelligenz: Herausforderungen für die Linke und mögliche Alternativen – Technologie im Dienste des Kapitals oder ein Werkzeug zur Befreiung?« von Rezgar Akrawi, kostenloser Link zum Buch: leanpub.com/ai-socialism-gr

    Rezgar Akrawi ist ein unabhängiger Linker und arbeitet als Experte für Systementwicklung und E-Governance. Er ist Koordinator des Zentrums für marxistische und linke Studien und Forschung (auf arabisch) und Gründer und Generalkoordinator der linken arabischen Diskussionsplattform www.ahewar.org

    #internet #réseaux_sociaux #censure #gauche

  • #Typhaine_D : quand la #justice décortique la violence masculine en ligne

    Neuf hommes ont été jugés, ce 17 septembre, par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, après une vague de #cyberharcèlement subie par l’artiste Typhaine D. Récit.

    Qui aurait pu penser que l’#écriture_inclusive pouvait mener au #tribunal ? Sûrement pas l’artiste Typhaine D. « Au bucher ! Sorcière ! », « Il faut la piquer », « Je déboiterai bien une bonne féministe », « Sale pute de Femen, le seul mot féminin que tu dois connaitre c’est ‘cuisine’ » (sic)… Des messages comme ceux-là, Typhaine D en a reçu des milliers en juillet 2022, après avoir participé à une émission du Crayon.

    Le média en ligne avait publié un très court extrait de la vidéo sur les #réseaux_sociaux – manifestement pour créer la polémique –, dans lequel Typhaine D défendait l’usage de la #Féminine_universelle, une version de la #langue_française féminisée, pensée pour sensibiliser à l’usage excessif du masculin « neutre ». Un extrait, et une vague de harcèlement en ligne. Un an après le début des insultes, des incitations au viol et au meurtre, l’artiste a porté plainte contre X, et onze hommes ont été retrouvés.

    Évolution de la justice

    Les #procès comme celui-ci sont encore peu nombreux en France. Les politiques peinent encore à encadrer les dérives des grandes plateformes – en témoigne la dernière commission d’enquête parlementaire sur TikTok –, et la justice à du mal à suivre le rythme des flots de #haine_en_ligne. D’après une étude Ipsos, 70 % des plaintes déposées pour des faits de #harcèlement_en_ligne n’ont donné lieu à aucune poursuite. Pour pouvoir faire comparaître des prévenus, encore faut-il avoir les moyens de les identifier.

    Fait encore plus rare : lorsqu’elle arrive au commissariat de son quartier pour porter plainte, Typhaine D est directement reconnue par les officiers. Ils avaient repéré la vague de cyberharcèlement, et s’attendaient à ce qu’elle se présente. « Je voudrais remercier l’ensemble des personnes qui ont participé à l’enquête parce que j’ai toujours été prise au sérieux, et ça m’émeut beaucoup », déclare la plaignante lors du procès, étonnée d’avoir été prise au sérieux. Et pour cause : 86 % des plaintes pour des faits de #violences_sexistes_et_sexuelles sont classées sans suite en France.

    Depuis 2020 aussi, le tribunal de Paris est doté d’un pôle contre la haine en ligne. Cette instance décortique les mécanismes spécifiques aux délits en ligne pour les juger au mieux. C’est son vice-président qui sera procureur dans ce procès.

    Des visages derrière les adresses IP

    Onze hommes donc, mais seulement six, ce 17 septembre, sur le banc des prévenus. Trois d’entre eux ne se sont pas présentés et seront jugés en leur absence. Deux étaient mineurs au moment des faits, et seront jugés séparément. Les six présents – d’âges, de professions, de régions différentes –, se parlent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ces hommes, ces « #Monsieur-tout-le-monde », sont les visages de la violence masculine en ligne. Le visage de Typhaine D, les accusés le connaissent par cœur. Ils l’ont eux-mêmes partagé ou commenté sur les réseaux sociaux. Elle, les découvre.

    Tous sont accusés de harcèlement en ligne à caractère sexiste. Plusieurs d’entre eux, qui avaient formulé des appels au suicide ou au meurtre, sont aussi poursuivis pour provocation publique à commettre un #crime. « Quand je disais qu’il fallait la pousser sous un train, c’était du second degré. C’était pas concret, je n’imaginais pas que d’autres pouvaient avoir l’image », se défend Mattéo M., boulanger de 25 ans.

    Certains admettent avoir été entraînés dans le flot d’#insultes. D’autres rejettent la faute sur les réseaux sociaux, qui leur auraient proposé ces vidéos au hasard. Signe que la justice commence à prendre conscience des mécanismes des violences sexistes, le président et le procureur soulignent le fonctionnement des #algorithmes : sur les réseaux sociaux, plus on consomme de contenus sexistes, plus on nous en propose.

    Chacun des accusés donne l’impression de s’être senti protégé par l’#anonymat que procure #internet. « Il y a cet effet de meute sur les réseaux : face à un discours clivant, il y a un #effet_de_groupe, on a l’impression que notre #responsabilité est diminuée », reconnaît Robin K., 31 ans. Lui, admet avoir été pris dans une #bulle_numérique pendant des années, avoir consommé et commenté des contenus sur les réseaux sociaux à longueur de journée, ne minimise pas les faits, et soigne ses traumatismes d’enfance en thérapie depuis un an.

    Son avocat souligne cette évolution qui ne transparaît pas chez les autres prévenus : « Plus de trois ans après les faits, il s’est passé des choses dans sa vie. (…) À l’époque, il était bloqué dans une sphère négative. Les sociologues qui travaillent sur le sujet documentent très bien ce phénomène. »

    Du #sexisme au #masculinisme

    L’une des circonstances aggravantes des accusations qui pèsent sur les prévenus, c’est le caractère sexiste du harcèlement. Dehors, sur le parvis du tribunal, une petite centaine de militant·es et de personnalités publiques – l’actrice Anna Mouglalis, la députée Sandrine Rousseau, la sénatrice Laurence Rossignol ou encore le fondateur de Mouv’Enfants Arnaud Gallais – sont venu·es, à l’appel des collectifs féministes, soutenir la plaignante. Les réseaux sociaux servent à ça aussi.

    À l’intérieur de la salle d’audience, l’ambiance est plutôt à la négation des violences sexistes. « Salope », « sorcière », « demie folle » (sic)… Malgré la dimension misogyne indéniable des insultes utilisées, tous les accusés le martèlent : ils ne sont pas sexistes. « ‘Folle’, ça n’a pas de connotation sexiste. On dira aussi d’un homme qu’il est fou », conteste une avocate de la défense.

    Jonathan L., 38 ans, affirme qu’il soutient les femmes : la gestion de la salle de sport dont il est propriétaire, il l’a « même confiée à une femme, qui travaille mieux que certains hommes ». Il se présente comme un amoureux de la littérature, et justifie son commentaire – « Au bucher ! Sorcière ! » – par la défense de langue française, en réaction à l’#écriture_féministe prônée par Typhaine D. Ses livres de chevet ? Des manuels d’entrepreneurs, la biographie de Jean-Luc Mélenchon, et le dernier livre de Philippe De Villiers.

    Allant à rebours des arguments de la défense, le procureur souligne plusieurs fois l’importance de considérer la dimension sexiste des insultes, et demande même au tribunal de l’étendre à certains prévenus qui n’étaient pas concernés par cette circonstance aggravante. Il requiert, pour tous, des peines d’emprisonnement de plusieurs mois assorties d’un sursis, et des amendes allant de 1 000 € à 3 000 €.

    À travers l’examen de l’attitude de chacun des prévenus, il semble se dessiner l’échelle du continuum des violences sexistes. L’un d’eux, Tommy P., 40 ans, minimise l’ampleur des féminicides et pointe du doigt le #féminisme lors de sa garde-à-vue : « C’est pas les bonnes femmes qui sont féminicidées », « les Femen devraient faire un tour en prison », « l’hypocrisie est un mot féminin »… Sur les six accusés présents, c’est le seul qui ne formulera pas de remords. Son code pénal à lui : les règles d’utilisation de Facebook, qu’il assure respecter.

    Au cours de sa déposition, on découvre qu’il passe énormément de temps en ligne, à poster des messages sur des groupes Facebook, qu’il vit seul avec sa mère, et qu’il est passionné d’armes à feu. La mouvance masculiniste incel ne sera pas évoquée, mais son ombre plane au-dessus de l’audience. Un frisson parcours la salle. C’est Me De Filippis-Abate, avocate de Typhaine D, qui mettra des mots sur la réaction épidermique de beaucoup de femmes du public après la déposition de Tommy P. : « Je pense que toutes les femmes ici ont peur que ce monsieur nous tue. »

    https://www.politis.fr/articles/2025/09/justice-affaire-typhaine-d-quand-la-justice-decortique-la-violence-masculine
    #masculin_neutre #condamnation

  • « Après l’assassinat de Charlie Kirk, il y a des silences qui en disent plus que de longs discours », Nathalie Loiseau, eurodéputée [Horizons]
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/16/nathalie-loiseau-eurodeputee-apres-l-assassinat-de-charlie-kirk-il-y-a-des-s

    Ces derniers jours ont été marqués d’abord par le bruit sec d’une balle, celle qui a tué, le 10 septembre, Charlie Kirk, ce jeune influenceur américain, fervent soutien de Donald Trump. Puis vint la clameur de ses partisans, choqués, à juste titre, par cet assassinat sauvage. Ils n’étaient pas les seuls à être sidérés ; nous l’étions tous de voir une fois encore la scène politique américaine endeuillée par un meurtre odieux.

    Sidérée, je l’ai été aussi quand les extrêmes droites européennes, si promptes à se dire patriotes, d’ordinaire si hostiles aux signes d’une mondialisation qu’elles dénoncent, ont aussitôt milité pour que l’on rende hommage à Charlie Kirk. La surenchère est venue très vite : pourquoi ne pas lui remettre le prix Sakharov de la liberté d’opinion ?, a proposé Reconquête !. Pourquoi ne pas exiger une minute de silence en plénière du Parlement européen ?, a lancé un député suédois, soutenu illico par le Rassemblement national. Pourquoi se gêner et ne pas détourner le slogan « Je suis Charlie » ?, a osé Jordan Bardella.

    Sidérée, je l’étais qu’on veuille faire de Charlie Kirk non plus une victime mais un héros, qui plus est un héros européen. Qu’on ose demander à notre Parlement de rendre hommage à un activiste qui avait glorifié la ségrégation raciale, l’esclavage, appelé les femmes à rentrer chez elles, diabolisé l’homosexualité, vomi sur l’Ukraine, reproché aux juifs de favoriser l’immigration, réclamé la peine de mort pour Joe Biden, qu’on exige des députés réunis à Strasbourg, dans l’hémicycle que présida Simone Veil, qu’ils s’inclinent à la mémoire d’un homme qui comparait l’IVG à l’holocauste du XXIe siècle.
    Sidérée, je l’étais, mais silencieuse, non. J’ai répondu à cette demande des extrêmes droites, formulée avec insistance et répétée par tous leurs députés, en exposant mes arguments [le 12 septembre]. Je m’attendais à n’être qu’une voix parmi beaucoup d’autres. J’ai été la seule, sur 720 députés européens, à m’exprimer pour demander qu’on fasse la différence entre la condamnation unanime que nous devions faire face à l’assassinat d’un homme et le refus de cautionner ses idées. Aucun autre parlementaire n’a pris la peine d’exposer son point de vue. Certes, la présidente du Parlement n’a pas accordé la minute de silence exigée, sans fournir d’explication. Mais le silence de mes collègues face aux exigences de l’extrême droite a duré beaucoup plus qu’une minute.

    Méthodes de voyous

    Ce silence, il s’est poursuivi quand j’ai fait l’objet de menaces de mort, sur les réseaux sociaux mais pas seulement, pour avoir osé dire qu’une victime ne faisait pas nécessairement un héros. Il s’en est trouvé, des partisans de Charlie Kirk, les mêmes qui avaient crié à la violence politique et à la mort de la liberté d’expression, pour m’injurier, m’enjoindre de me taire et me menacer du même sort que leur idole. Il s’en est trouvé bien peu, en revanche, parmi les belles âmes, les modérés, les adversaires autoproclamés de l’extrême droite, pour m’apporter leur soutien. Ou plutôt, ils ont été très nombreux, les Français ordinaires, que je ne connaissais pas, qui ont pris la peine de m’écrire, de m’encourager et de me soutenir. D’autres Européens aussi, que je ne connais pas davantage. Merci à eux. Mais les politiques ? A l’exception de quelques-uns, peu nombreux, ce fut le silence.

    Ce mutisme inexplicable, on me l’a expliqué, à l’oreille. Ils avaient peur. Peur d’être pris à partie sur les réseaux sociaux, comme moi, d’être menacés, comme je l’ai été. Alors autant ne rien dire, n’est-ce pas ? Et c’est cela qui m’effraie, leur silence. Parce qu’il faut à la fois raison garder et rester fidèle à ce qu’on est. Raison garder, car je n’ai fait preuve d’aucun courage en disant ce que je pense. Nous sommes en démocratie et la liberté ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Les insultes ? Aussi virtuelles que les réseaux sociaux qui les charrient. Les menaces ? Déplaisantes, bien sûr, mais, puisqu’elles sont faites pour intimider, il est impératif de les ignorer. Désormais, mes contempteurs ont choisi de s’en prendre aussi à mon mari. Ce sont des méthodes de voyous et ce sont en effet des voyous. Mais, si on ne leur résiste pas quand ils attaquent, quand leur résistera-t-on ?

    A ceux qui se taisent, j’aimerais rappeler ce qu’ils savent déjà : ce n’est pas une minute de silence que réclamaient les nouveaux adeptes de Charlie Kirk, c’est réduire au silence ceux qui ne pensent pas comme eux. Ce n’est pas le respect des morts qu’ils exigent, c’est le droit d’insulter et de haïr les vivants qui ne leur ressemblent pas. Ce n’est pas la violence politique qu’ils dénoncent, c’est l’intimidation qu’ils utilisent. Ce n’est pas la liberté d’expression qu’ils défendent, c’est la banalisation de leurs outrances. En Amérique comme en Europe.

    Souvenez-vous : à la fin de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, Bertolt Brecht nous prend à partie : vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds.

    Nathalie Loiseau, ancienne ministre des affaires européennes, est députée européenne (Horizons).

    une catho de Neuilly qui éclabousse également et avec brio nos média. surprenant.

    • Le “moment Kirov” de l’administration américaine
      ‪@oliviertesquet.bsky.social‬
      https://bsky.app/profile/oliviertesquet.bsky.social/post/3lzawi5mkwk2b

      « La Charlie Kirk Data Foundation — un site web anonyme initialement intitulé « Expose Charlie’s Murderers » (Dénoncez les meurtriers de Charlie) — affirme avoir reçu plus de 60 000 contributions. »

      Comme je l’ai lu ce matin dans la newsletter du Grand Continent, nous sommes bien face au “moment Kirov” de l’administration américaine, du nom de cet officiel soviétique dont l’assassinat en 1934 déclencha les grandes purges staliniennes.

    • Assassinat de Charlie Kirk : « Les références utilisées par le suspect arrêté s’inscrivent dans la culture du LOL »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/25/assassinat-de-charlie-kirk-les-references-utilisees-par-le-suspect-arrete-s-

      Sur Internet, nous sommes tous et toutes des avatars, nous portons un, voire plusieurs, masques. Nous y présentons certaines facettes de nous-même que nous pouvons travestir, enjoliver ou au contraire noircir à loisir. Si, hors-ligne, il est déjà compliqué de connaître tout d’une personne, c’est encore plus difficile de saisir une présence qui n’existe en ligne que par des jeux de langage ou des jeux visuels. Rappelons-nous le dessin de Peter Steiner publié par le New Yorker en 1993 [un chien s’adressant à un autre chien] : « Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien. » C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette nouvelle scène de la vie sociale, pour le meilleur et pour le pire.

      Les journalistes, les enquêteurs et les chercheurs en sociologie qui se penchent sur les traces laissées par des profils comme celui de Tyler Robinson – des jeunes personnes imprégnées de culture Web – doivent donc se livrer à une véritable herméneutique. Cet art de l’interprétation requiert de déchiffrer les différentes identités numériques du locuteur, ses intentions, les formes d’adresse employées, les publics visés… La vérité est précisément dans cette énigme.

      Le second degré sert une multitude de fonctions en ligne. La société numérique est un espace où jouent à plein les logiques de singularisation. Pour sortir du lot, il faut à la fois se cultiver un style et cultiver le mystère. Le second degré est un outil dans cette quête parfois épuisante de singularité : il peut permettre de provoquer, de gagner la reconnaissance d’un petit groupe de pairs, de marquer sa différence (y compris sur le plan politique) ou une forme de pudeur…

      Les références humoristiques gravées par Tyler Robinson sur ses douilles s’inscrivent dans ce qu’on appelle la « culture du LOL » [sigle anglais pour « laughing out loud », mort de rire], qui joue avec le second degré et avec la rhétorique pour permettre une réception plurielle de ce qui est dit. Ses formes sont nombreuses : le mème, qui prend un visuel typique de la pop culture et lui fait opérer un déplacement en ajoutant une dose d’humour ; le shitpost, un sous-genre de mème à l’humour particulièrement absurde voire illogique…
      Elles fonctionnent comme des monologismes, un procédé discursif très courant sur Internet. A l’inverse du dialogisme, par lequel l’on s’adresse à l’autre pour être compris, le monologisme est une adresse sans destinataire précis, qui est faite pour être énigmatique : « Comprenne qui pourra ».

      [Cette culture de l’équivocité] est utilisée par tout le monde. Nous utilisons tous des moyens détournés (un mème, un « partage » sans commentaire…) pour dire ce que nous pensons sans le dire, et nous laissons à chacun le soin de décoder ce message en fonction de son degré d’intimité avec nous.

      Plus spécifiquement, certains acteurs utilisent effectivement la culture du LOL, du mème et du shitpost pour faire avancer un combat politique. Tenter d’en élucider la teneur idéologique est un exercice périlleux, tant ils sont faits pour être pas seulement équivoques, mais carrément nébuleux ou incompréhensibles. Dès les années 2000, des groupes de hackeurs et de médiactivistes comme Anonymous s’en servent dans le cadre de leur stratégie de « guérilla sémiotique », consistant à attaquer des sites en laissant des messages sarcastiques pour continuer à avancer « masqués ».

      La culture du LOL s’est ensuite invitée dans la sphère politique, avec la campagne pour l’élection présidentielle américaine de 2016. C’est notamment à cette époque que le mème Pepe the Frog a été récupéré par l’alt-right, cette frange de l’extrême droite américaine très active en ligne. L’objectif était d’instaurer un brouillage idéologique généralisé sur les réseaux sociaux , dans le cadre d’une « guerre culturelle » contre la gauche.

      Ce mode d’expression [cryptique] est le reflet de la prégnance des médias numériques dans la vie politique américaine. Il faut comprendre cet événement dans son contexte. Si la vie politique française compte un large répertoire d’actions collectives et publiques (manifestation, grève, blocage, rassemblement, prise de parole publique), la politique américaine se vit selon une approche beaucoup plus individualiste, notamment parce qu’aux Etats-Unis, l’urbanisme et les modes de vie laissent très peu d’espaces publics à occuper.

      C’est une des raisons pour lesquelles les réseaux sociaux sont une invention américaine et ont été plébiscités en premier dans ce pays. De même, les podcasts, c’est-à-dire une forme médiatique longue qui s’écoute souvent seul à domicile, ont joué un rôle central dans la victoire de Donald Trump de 2024, en particulier les podcasts d’influenceurs comme Charlie Kirk. Le caractère cryptique, mais aussi violent et individualiste, du geste de Tyler Robinson peut s’analyser comme le produit d’une certaine culture politique 2.0.

      Laurence Allard, sémiologue

      #sémiologie #réseaux_sociaux #culture_du_LOL #confusionnisme #second_degré #culture_politique

  • How France Invented the Censorship Industrial Complex

    via https://diasp.eu/p/17850369

    https://www.civilizationworks.org/cw-master-blog/france-invented-the-censorship-industrial-complex-the-twitter-fil

    @gilles_geirnaert

    2025-09-05 11:15:56

    Voici comment la France a inventé le complexe censuro-industriel

    Par Thomas Fazi − Source Blog de l’auteur Lisez le rapport complet ici, en FR :

    https://lesakerfrancophone.fr/voici-comment-la-france-a-invente-le-complexe-censuro-industriel

    #france #censor #usa #twitter #x #ngos

    • Sources :

      https://www.thomasfazi.com/p/how-france-invented-the-censorship

      https://www.civilizationworks.org/cw-master-blog/france-invented-the-censorship-industrial-complex-the-twitter-fil

      Executive Summary (trop long ;-) )

      The EU and France may soon compel U.S. social media platforms, including Elon Musk’s X, to censor American users. As of the date of the publication of this report, September 3, 2025, the EU’s demand for censorship is part of the ongoing trade talks with the Trump administration. Already, the EU’s top digital censor last year, French politician and former EU commissioner for the internal market, Thierry Breton, threatened action against Elon Musk when he hosted a conversation on X with Donald Trump. And many believe social media companies may, for political and economic reasons, be forced to accept European censorship.

      Now, this report reveals an apparently coordinated effort by the Macron government and state-affiliated NGOs to force the world’s most influential social media platform to censor people for legal speech, turn over sensitive internal data, and change Twitter’s “content moderation” worldwide.

      The investigation shows:

      — Macron tried to personally communicate with the then CEO of Twitter, Jack Dorsey

      — France sought global censorship

      — French state-affiliated NGOs demanded special access to Twitter’s internal data and content moderation process

      — French authorities attempted to circumvent the law by urging pre-censorship of user-generated social media content

      This report is illustrated by the Twitter Files - France, a series of three case studies stemming from Twitter’s internal communications. The Twitter Files - France reveals how the French government, through supposedly non-governmental actors, operates a censorship complex involving many moving parts. At the heart of it is the use of NGOs by governments to demand censorship, whether as supposedly independent and public interest advocacy organizations, or as fact-checkers.

      Today, the Trump administration is stripping the US Censorship Industrial Complex of government funding and authority, even as the Censorship Industrial Complex grows in power in Europe, particularly in France, which in many respects laid the legal groundwork for the EU’s Digital Services Act (DSA), the bedrock of the bloc’s censorship framework.

      President Emmanuel Macron, during his speech before France’s national day, on July 14, 2025, underlined the urgent need for “cognitive security.” This extension of the national security state to the minds of citizens is the apex of a long evolution of coordinated narrative control by the state.

      The French public broadcasting system is to this day the largest media group in the country. Private mainstream media are owned by billionaire oligarchs who owe a significant part of their wealth to the state — through government contracts, operating licenses, government funding, or the purchase of privatized government assets at heavily discounted prices in the 1980s and 1990s. The press is subsidized by the state up to one-third of its revenues.

      Free speech in France is tightly managed — and so is French democracy. The elite, which overwhelmingly stems from the high-ranking civil service cadre, determines by law or regulation the spectrum of acceptable opinions in the national debate. Moreover, certain speech offenses are treated as criminal acts, meaning they can lead to fines or imprisonment. When criminal offenses are not listed in the criminal code but in other laws — when the state cannot prosecute, which is the case of free speech — indictments are requested by state-accredited NGOs in what is nothing short of privatized prosecution.

      For the past thirty years, technological advancements have almost annihilated all barriers to entry to publishing and broadcasting. Consequently, the state cannot manage speech as it used to, and has thus striven to exert the same control on digital media through increased regulation. The election of Donald Trump in 2016 and the allegations of Russian interference — a manipulation orchestrated by factions within the US intelligence community — sparked a legislative frenzy in Europe. The political establishment suddenly grasped that social media, which had previously fueled the downfall of authoritarian regimes during the Arab Spring, could just as easily threaten their own demise. At the same time, the failures of neoliberalism, globalism, multiculturalism, and the European Union have become so glaring that the establishment increasingly sees tighter control as the only way to preserve its power and privilege in the face of rising populist and sovereigntist movements.

      Thus far, the French state has developed the most effective Censorship Industrial Complex in Europe, even while refraining from outright law enforcement raids and arrests like in the UK or Germany, because the law does not allow it for speech offenses. This is achieved through a subtle mix of social, administrative, and judicial pressure exerted on citizens and platforms. Since 2018, a series of liberticide laws to regulate online speech has been passed under the guise of protecting children, minorities, and society as a whole against “hatred” and illegal content. The French state and the European Union are seeking to build a panoptical system of online social control, including censorship delegated to NGOs and the end of anonymity and privacy, enforced through an increased administrative and judicial suppression of both citizens and digital platforms, bullied into automatic pre-bunking of content. The French state envisions going as far as to build its own algorithm as a benchmark to detect platform biases and mandate corrections of algorithms accordingly.

      These actions are paralleled by broader initiatives at the EU-NATO level. Aside from the aforementioned DSA, the EU has introduced biometric ID cards linked to the possible introduction of the European Central Bank’s (ECB) digital euro, as well as a repository for health and other data. Its adoption among the population is currently very low beyond the function of an ID card. Plans exist to bolster it by making services only accessible through its use. France’s push to ban social media for under-15s is a means to compel all citizens to identify through this method for social media activity.

      Meanwhile, the EU-NATO partnership is built on a series of joint declarations. A key aspect is cybersecurity and combating disinformation. Examples include the NATO Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence in Tallinn and the European Centre of Excellence for Countering Hybrid Threats in Helsinki, working hand in hand.

      The management of the Covid pandemic sidestepped close to all individual liberties, but turned out to be a miserable failure in the long run. Continued efforts to stymie free speech online may ultimately meet the same fate, as technology evolves faster than regulation. In the meantime, freedom of expression is dwindling to a mere shadow of its former self and is increasingly turned into a privilege granted to those who do not deviate from official narratives.

      To read the full report, download the PDF above.

      #Frnce #censure #oligarchie #monopoles #internet #réseaux_sociaux