• « La part imaginaire et intellectuelle des objets spoliés en temps de guerre coloniale est souvent occultée »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/26/la-part-imaginaire-et-intellectuelle-des-objets-spolies-en-temps-de-guerre-c

    Elara Bertho, historienne de la littérature, 26 février 2026

    Si les manuscrits saisis par la France coloniale étaient étudiés dans leurs pays d’origine, ils permettraient de réécrire une histoire de l’Afrique décentrée, fine et au plus près des acteurs sociaux, souligne, dans une tribune au « Monde », l’historienne de la littérature Elara Bertho.

    La loi-cadre relative à la restitution des biens culturels sera vraisemblablement votée dans les semaines à venir. Le code du patrimoine va en être considérablement bouleversé, et les musées français vont devoir revoir en profondeur leur manière de gérer les collections issues de la période coloniale. Le débat a été largement polarisé par la question des « chefs-d’œuvre », le cas des statues du trésor royal d’Abomey ayant été abondamment commenté par les médias.
    Lire aussi | Restitution de biens culturels : le Sénat approuve une loi-cadre permettant de rendre les œuvres acquises pendant la colonisation à leur pays d’origine

    Ce débat oublie la question des restitutions d’archives et de livres : la part imaginaire et intellectuelle des objets spoliés en temps de guerre coloniale est souvent occultée. Corans, études coraniques, narrations historiques, poèmes et ouvrages de tous ordres pourraient être concernés par cette loi sur les restitutions. Ce qui est en question, ce ne sont pas uniquement les objets en tant que tels – les manuscrits, les livres, les feuillets –, mais ce qu’ils racontent, ce qu’ils décrivent, ce qu’ils transmettent. Non seulement ces objets matériels manquent, mais leur absence empêche, sur place, la transmission de toute une histoire intellectuelle, spirituelle ou encore poétique.

    Saisi en avril 1890 à la capture d’El Hadj Oumar Tall au Mali, le fonds légué par le général Louis Archinard, connu comme la « Bibliothèque de Ségou », en est certainement l’exemple le plus célèbre. Les 500 manuscrits qui ont été déposés à la Bibliothèque nationale de France proviennent de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Le « trésor de Ségou » n’est pas simplement constitué d’or, de bijoux, de sabres et de « chefs-d’œuvre » comme on l’entend traditionnellement dans la muséographie : il raconte un empire intellectuel et culturel florissant qui a été d’un seul coup d’un seul arasé lorsque ces manuscrits ont été « saisis ».

    Des savoirs oubliés

    Les circulations savantes entre les centres universitaires du Maroc, de l’Egypte, ou encore au-delà avec les centres levantins, insérant l’empire d’El Hadj Oumar Tall dans un monde islamique savant globalisé, ont alors disparu. Ne reste qu’un face-à-face entre colon et colonisé dans l’histoire intellectuelle : il empêche des transmissions de savoirs, de textes, de circulations et d’exégèses qui manquent cruellement pour restituer aujourd’hui la complexité des histoires africaines.

    D’autres manuscrits dorment littéralement dans des tiroirs. Parce qu’ils sont écrits en arabe ou avec des langues africaines comme le haoussa ou le pulaar notées avec l’alphabet arabe (que l’on appelle « ajami »), ils n’ont, la plupart du temps, jamais été catalogués correctement par des conservateurs francophones. Nombre d’inventaires contiennent par exemple des notations « feuillets en arabe », montrant que, depuis qu’ils ont intégré des réserves françaises, ils n’ont jamais été lus faute de compétences ou d’intérêt, puis carrément oubliés. Il n’est pas rare de trouver des mentions génériques, dans les inventaires, de « Coran », qui n’en sont pas : ce sont simplement des textes rédigés en arabe ou en ajami dont l’archiviste était bien en peine de décrire le contenu.

    Certains officiers ayant participé aux nombreuses expéditions contre Samory Touré, tout au long de la décennie 1890 dans les actuels Mali, Guinée, Côte d’Ivoire, sont revenus avec des butins de guerre, et, parmi ces butins, figuraient des manuscrits qu’ils ont légués à leurs villes natales. C’est ainsi que des petits musées régionaux ou des médiathèques comme celles de Caen, La Rochelle (Charente-Maritime), Bordeaux ou encore Le Havre (Seine-Maritime) détiennent des manuscrits ouest-africains datant du XIXe siècle que personne n’a jamais été en mesure de déchiffrer.

    Réécrire une histoire complexe

    Que nous disent ces manuscrits et ces archives aujourd’hui ? Que nous sommes face à un vaste gâchis. Rendus silencieux lorsqu’ils sont mal catalogués, ces textes, qui pourraient être lus, commentés, étudiés, et remis en circulation, pourraient contribuer à réécrire une histoire complexe des empires africains, de leurs centres intellectuels et de leurs grands savants. On y apprendrait, par exemple, que les chefs de guerre de l’armée de Samory Touré étaient loin d’être des ignares sanguinaires et qu’ils conservaient dans leurs effets personnels des copies des textes du Qadi Iyad, savant de Marrakech du XIIe siècle : sept siècles après, ils étaient encore copiés et sans aucun doute commentés avec passion par des hauts dignitaires en haute Guinée qui ne s’en séparaient jamais, même en campagne de guerre.

    Réécrire une histoire de l’Afrique décentrée, complexe, fine, au plus près des acteurs sociaux, qui intègre toute leur part imaginaire et intellectuelle : voilà ce à quoi ces manuscrits pourraient contribuer s’ils étaient de nouveau étudiés dans leurs pays d’origine. La loi-cadre sur les restitutions va remodeler considérablement le paysage de toutes les institutions conservant des archives et des manuscrits. Bien moins impressionnants qu’une statue royale, ces textes qui pourraient être rendus sont tout aussi importants.

    #restitutions #spoliations #colonisation

  • Restitution au Ghana d’objets royaux en or volés : quel est le deal ?
    https://www.justiceinfo.net/fr/128288-or-asante-pille-ghana-revient-pays-quel-deal.html

    L’or d’Asante, pillé au Ghana, revient au pays – quel est le deal ?
    9 février 2024 Par Rachel Ama Asaa Engmann (pour The Conversation France)

    150 ans après, 39 pièces faisant partie des costumes royaux du peuple Asante doivent être restituées à son souverain, l’Asantehene, qui siège à Kumasi, au Ghana, entre février et avril 2024. Rachel Ama Asaa Engmann, archéologue et spécialiste du patrimoine ghanéen, s’entretient avec Ivor Agyeman-Duah, conseiller technique de l’Asantehene pour ce projet majeur de restitution culturelle, au sujet du retour de ces objets et de ses implications.

    Au XVIIIe siècle, l’empire Asante était le plus grand et le plus puissant de la région et contrôlait une zone riche en or. De nombreux objets royaux en or ont été pillés par les troupes britanniques lors de la troisième guerre anglo-asante de 1874. La première collection de 7 objets est attendue du Fowler Museum de l’Université de Californie à Los Angeles. La deuxième collection de 32 objets proviendra du British Museum et du Victoria & Albert Museum au Royaume-Uni. Ces objets sont prêtés au peuple Asante pour une durée de six ans.

    RACHEL AMA ASAA ENGMANN : Que représentent ces objets et comment ont-ils été pillés ?

    IVOR AGYEMAN-DUAH : Il s’agit d’objets royaux qui ont été pillés en 1874 dans le palais de Kumasi après la mise à sac de la ville par les troupes militaires coloniales britanniques. Une autre expédition punitive a eu lieu en 1896, qui a donné lieu à d’autres pillages. Parmi ces objets figuraient des épées et des coupes d’apparat, dont certaines étaient très importantes pour exprimer la mesure de la royauté dans le palais. Par exemple, l’épée Mponponsuo, créée il y a 300 ans, remonte au légendaire Okomfo (chef spirituel) lié à la fondation de l’empire, Okomfo Anokye. C’est avec cette épée que l’Asantehene prêtait le serment d’allégeance à son peuple. Les chefs utilisaient la même épée pour lui prêter serment.

    Certains objets ont été vendus aux enchères sur le marché libre de Londres ; des collectionneurs d’art les ont achetés et ont finalement fait don de certains d’entre eux à des musées (d’autres ont été conservés dans des collections privées). Le British Museum et le Victoria & Albert Museum en ont également acheté.

    Cependant, tous les objets que vous voyez au British Museum n’ont pas été pillés. Par exemple, il y a eu des échanges culturels entre l’Asantehene Osei Bonsu et Thomas Edward Bowdich, un émissaire de l’African Company of Merchants qui s’est rendu à Kumasi en 1817 pour négocier des échanges commerciaux. Certains cadeaux ont été offerts à Bowdich, qui les a ensuite déposés au British Museum. Ces objets sont au nombre de 14.

    Comment l’accord a-t-il été conclu ?

    La question est à l’étude depuis un demi-siècle. Ce n’est pas seulement une préoccupation de l’actuel Asantehene. Les trois derniers occupants du trône s’en sont préoccupés. Mais cette année est cruciale car elle marque les 150 ans de la guerre de Sagrenti. Elle marque également les 100 ans du retour de l’Asantehene Agyeman Prempeh après son exil aux Seychelles et les 25 ans de l’ascension de l’Asantehene actuel, Oseu Tutu II, sur le trône.

    Ainsi, lors de son séjour à Londres en mai 2023, après avoir eu des entretiens officiels avec les directeurs de ces musées, il a rouvert les discussions et les négociations. Il m’a demandé, ainsi qu’à Malcolm McLeod, ancien conservateur et chercheur au British Museum et vice-principal de l’université de Glasgow, de l’aider à prendre les décisions techniques qui s’imposaient. Nous avons travaillé ensemble sur ce dossier pendant les neuf derniers mois.

    Pourquoi s’agit-il d’un prêt de six ans ?

    Le droit moral à la propriété existe. Mais il y a aussi les lois sur l’antiquité au Royaume-Uni. Le Victoria & Albert et le British Museum sont des musées nationaux. Ils sont régis par des lois très strictes qui n’autorisent pas le retrait permanent d’une œuvre d’art ou d’un autre objet de la collection d’un musée pour le vendre ou s’en débarrasser d’une autre manière.
    Cela a toujours été un facteur contraignant au cours des 50 dernières années. Mais il y avait aussi un moyen de conserver ces objets pour une durée maximale de six ans. Tous les objets ne sont pas exposés au British Museum. Beaucoup n’ont jamais été exposés et sont stockés dans un entrepôt. Compte tenu des circonstances et de la trilogie d’anniversaires, nous sommes parvenus à cet accord. Les discussions se poursuivront toutefois entre nous et ces musées pour trouver un accord durable.

    Bien entendu, l’expérience du Ghana sera importante pour les demandes de restitution émanant d’autres pays d’Afrique.
    Qu’est-ce que cela signifie pour le peuple Asante et pour le Ghana ?

    Le fait qu’au cours des deux derniers mois, nous ayons pu parvenir à une forme d’accord témoigne de l’intérêt que suscitent les accords multiculturels.
    Tout cet ensemble d’objets datant de 150 ans (ou plus) intéressera de nombreuses personnes. Ces pièces nous aident à faire le lien entre le passé et le présent. Elles sont significatives de la façon dont notre peuple était, en termes de créativité et de technologie, de la façon dont il était capable d’utiliser l’or et d’autres propriétés artistiques. Ils sont aussi une source d’inspiration pour ceux qui travaillent aujourd’hui dans le domaine de la production d’or.
    Le musée du palais de Manhiya rouvrira ses portes en avril. L’exposition de ces objets va augmenter la fréquentation du musée. Il accueille déjà environ 80 000 visiteurs par an et nous estimons que ce chiffre pourrait passer à 200 000 par an avec le retour de ces objets. Cela générera des revenus et nous permettra d’agrandir et de développer nos propres musées.

    #restitutions #pillages #musées #Ghana #Grande-Bretagne #colonisation

  • La question de la restitution des terres aux autochtones empoisonne la Nouvelle-Calédonie - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/060618/la-question-de-la-restitution-des-terres-aux-autochtones-empoisonne-la-nou

    Pour les uns, le sujet est « réglé » depuis longtemps. Pour les autres, en 2018, revendiquer des terres au nom du peuple kanak est légitime et indispensable pour l’avenir de la #Nouvelle-Calédonie. Quarante ans après les premières #restitutions de #terres coutumières, et à cinq mois du référendum sur l’#indépendance, le #foncier accapare toujours la vie publique du Caillou.

    #paywall

  • Land rights in Burma – in pictures | Global development | The Guardian
    http://www.theguardian.com/global-development/gallery/2015/jan/16/land-rights-in-burma-in-pictures

    Since the passing of the Farmland Law in 2012, farmers have been seeking restitution of land seized under the military junta. The government has drafted a land-use policy, to be finalised this year, but many fear the registration process will create legal disputes, dispossess women and leave thousands of farmers with insecure rights

    #birmanie #réforme_agraire #restitutions_des_terres #agriculture #photographie