En 1967, Higelin invite Areski à le rejoindre pour la création d’Il n’y aura plus d’arbres, une performance imaginée avec Rufus et une jeune comédienne-chanteuse, Brigitte Fontaine. Cette dernière propose un texte, L’Eté l’été, Areski en compose la musique, infusée aux références maghrébines. Elle en reste « baba ». C’est le début d’une histoire d’art et d’amour jamais brisée.
En 1969, Higelin, Areski et Fontaine montent Comme à la radio au Vieux-Colombier à Paris. De cette pièce, ils tirent un disque du même nom couronné par un Grand Prix de l’académie Charles-Cros en 1970. Fontaine et Areski font ensuite cavalier seul, publiant six albums communs jusqu’en 1980. Elle porte un chapeau, il est barbu, ils cultivent la nudité fragile de l’improvisation, affinent les mixtures – jazz-rock, derbouka, accordéon, oud, claviers… S’ensuit une décennie d’expériences théâtrales, notamment aux côtés de Peter Brook (1925-2022). Sorti au Japon en 1988 et distribué en France en 1990, l’album French Corazon, où figure le titre Le Nougat, consacre le retour en grâce de Brigitte Fontaine et de son compositeur, « muse », arrangeur, styliste, accompagnateur, choriste…
Brigitte Fontaine et Areski Belkacem à Paris, le 12 mars 1985. JEAN-PIERRE LELOIR/GAMMA-RAPHOAreski ne cherchait pas la lumière. Tout occupé à la coconstruction de l’œuvre de sa compagne (dix albums ont suivi French Corazon), il produit peu sous son nom. Après un premier 45-tours deux titres (A jamais, Les Emigrants, Decca, 1968), l’artiste à la voix soyeuse publie son premier album solo en 1970, Un beau matin (Saravah), minimaliste et folk. Il attend près de quarante ans avant de renouveler l’expérience avec Le Triomphe de l’amour (2010), puis quinze ans de plus pour son troisième et dernier opus, Long courrier (2025).
Areski avait étudié Bach, Satie ou Messiaen, suivi sur le tard l’enseignement de la Schola Cantorum, composé pour le cinéma, le théâtre. Il avait imaginé avec Zep et Benoît Mouchart les « concerts de dessins » pour le Festival d’Angoulême, création en direct d’une BD originale. La mort ne va pas altérer ses multiples amitiés, ni ce pays où, écrivait-il en 2025, « les mots deviennent destin/ Là où la brèche se fait lien ».