Rebondissement dans l’affaire Nzoy. Le Ministère public va devoir rouvrir l’enquête
Le Tribunal cantonal estime que le Parquet n’a pas été au bout des choses en classant l’affaire. Une victoire d’étape pour la famille de Nzoy et les collectifs antiracistes.
En bref :
- Le Tribunal cantonal vaudois estime que l’affaire Nzoy ne doit pas être classée.
- La #Chambre_des_recours pénale ordonne de nouvelles mesures d’#instruction.
- Le drame s’était déroulé le 30 août 2021 à la gare de #Morges.
- Un policier avait fait feu trois fois sur Nzoy au motif qu’il tenait un couteau et paraissait perturbé.
La procédure lancée après la mort de #Roger_Nzoy_Wilhelm à Morges sous les balles d’un policier le 30 août 2021 rebondit. Le Tribunal cantonal vient d’admettre l’essentiel du recours contre le classement prononcé le 26 novembre dernier par le Ministère public vaudois. Le Parquet concluait à un geste de légitime défense de la part de l’agent de la police morgienne et estimait qu’aucune charge pénale ne devait peser contre lui.
Tout est à recommencer, a décidé le Tribunal cantonal (TC). Saisie par l’avocat des proches de Nzoy, Me Ludovic Tirelli, la Chambre des recours pénale a admis presque tous les points soulevés par le pénaliste veveysan.
Expertise indépendante exigée
L’arrêt que 24 heures a consulté, admet la plupart des griefs faits au Ministère public : plusieurs violations de droit d’être entendu, mais surtout le refus d’ordonner une expertise indépendante sur « les actes métier » des policiers.
Le procureur Laurent Maye avait jugé suffisant de baser son raisonnement sur un rapport livré par la police cantonale. Les juges cantonaux considèrent que ce document est « dépourvu des garanties d’indépendance et d’impartialité d’une véritable expertise juridique. »
En reprenant le dossier, le parquet aura donc pour mission principale d’ordonner une expertise indépendante. Plusieurs questions devront y être creusées : l’appréciation concrète de la menace, l’existence de mesures alternatives à la force létale, la possibilité de diriger les tirs vers d’autres parties du corps, le degré de préparation et de formation professionnelle, les modalités de désescalade, la coordination entre agents et la communication entre les forces d’intervention.
Les autres policiers poursuivis
La Chambre des recours pénale estime aussi que s’il était justifié de ne pas entrer en matière sur l’omission de prêter secours pour le policier qui a tiré, il n’en va pas de même pour les trois autres agents présents. Le Tribunal cantonal demande que la question soit examinée.
Le Ministère public livre sa réaction via son porte-parole Vincent Derouand : « Dans son ordonnance, le Ministère public a exposé sa vision juridique du dossier. Il prend acte qu’elle n’est pas partagée par la Chambre des recours pénale, à l’exception de la non-entrée en matière quant à l’omission de porter secours de la part de l’auteur des tirs. Il incombera donc au Tribunal d’arrondissement de La Côte de trancher, une fois les actes d’instruction et les expertises ordonnées réalisés et la cause renvoyée en jugement. »
Un pas important pour les proches
Cette décision du Tribunal cantonal est une étape importante pour l’entourage de Nzoy, soutenu par le collectif Justice4Nzoy, qui s’est constitué pour exiger des réponses. Une commission d’enquête indépendante, formée de juristes, médecins et bénévoles, s’est même organisée pour tenter de faire la lumière sur les circonstances du drame.
Son coordinateur, Louis Schild, salue la décision de la chambre des recours dans un soupir : « Quatre ans après les faits, on commence enfin depuis le début… » Il voit dans la décision des juges cantonaux un pas important pour le dossier, mais aussi pour toute une catégorie de justiciables : « Il faut reconnaître que l’accès à la justice pour des personnes afro-descendantes et plus largement les personnes précarisées et marginalisées, est un angle mort qu’il faut absolument combattre. Sans un énorme élan d’entraide, ces familles n’auraient jamais les moyens de se battre pendant des années, de commander une contre-enquête pour, simplement, obtenir l’accès à une enquête sérieuse qui respecte le droit à la vie et à un procès équitable. »
Aux côtés de la famille de Roger Nzoy, (son père, sa sœur et son frère sont parties civiles) Me Ludovic Tirelli salue la position des juges cantonaux, après s’être « senti bien seul face à un Ministère public « qui disait non à toutes nos réquisitions, nous sommes satisfaits d’avoir persévéré, puisque le Tribunal cant0nal confirme que nous avions entièrement raison. Dans les affaires de violences policières, on a souvent le sentiment que l’autorité d’enquête cherche à protéger les institutions. Avec cet arrêt, le Tribunal cantonal rappelle que la justice n’est pas là pour protéger les institutions mais qu’elle doit être indépendante et protéger les citoyens. »
Dernier motif de satisfaction pour la partie civile, la cause devra être jugée en procès public, comme l’exige également l’arrêt cantonal.
▻https://www.24heures.ch/affaire-nzoy-le-tribunal-cantonal-ordonne-la-reouverture-du-dossier-8371841
#Nzoy #justice #Suisse #décès #violences_policières
voir aussi :
►https://seenthis.net/messages/1100443