• Radu Jude, Kontinental’25 #19
    https://radioblackout.org/podcast/radu-jude-kontinental25-19

    Riflessione sull’ipocrisia del senso di colpa borghese e la sua rimozione collettiva Quello che dell’ultimo film di Radu Jude (Kontinental’25) ci ha spinti a ritornare brevemente dalle vacanze in cui “Delicatessen” era già sprofondato per parlarne ai microfoni di Radio Blackout sono due elementi dipendenti tra loro: il linguaggio usato, che si può ricondurre a […]

    #Brecht_in_Transilvania #gentrificazione #Romania_Europa51
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/07/Delicatessen_Kontinental25-2026-07-23.mp3

  • Est-il vrai que de véritables génies existent ? - Regarder le documentaire complet | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/127454-005-A/est-il-vrai-que-de-veritables-genies-existent

    "Alors cette notion de #génie, en fait, elle s’applique à trois catégories de réalité. La première, c’est la capacité d’une personne, son #talent. La deuxième, c’est la réalisation de son talent dans des œuvres. Et la troisième, c’est la #reconnaissance de ce talent par la gloire. Il convient donc de distinguer le culte de l’artiste de son œuvre et de son talent."

    "C’est au début de l’ère moderne que naît en Europe le concept de génie tel que nous le connaissons aujourd’hui. Un basculement s’opère au XVIIIe siècle. On donne l’idée selon laquelle le génie est un esprit divin. Avec le bannissement des esprits, le génie moderne entre en scène et prend la relève. Le concept moderne du génie apparaît à une époque où les philosophes des Lumières commencent à chasser les dieux et (…)

    #mérite #romantisme #spiritualité #admiration #idolatrie #eugénisme #sociologie

  • Colon ne s’écrit pas au féminin

    Au milieu du XIXe siècle, des banquiers genevois fondent une #entreprise_coloniale, la #Compagnie_genevoise_des_colonies_suisses de Sétif. La France veut alors peupler l’Algérie de colons européens et, du côté de l’arc lémanique, on décide d’en tirer profit. Lolvé Tillmanns s’empare de la fiction pour revisiter cette histoire méconnue à travers le regard de trois femmes : une épouse de banquier genevois, une paysanne vaudoise devenue colon et une adolescente algérienne qui voit les Souissis s’approprier ses terres. Elles disent les espoirs, les violences et les exactions de la Suisse coloniale.

    https://www.cousumouche.com/?p=7328
    #roman #livre #Suisse #colonisation #colonialisme #Algérie #Sétif #Suisse_coloniale

    –-
    ajouté à la métaliste sur le colonialisme suisse :
    https://seenthis.net/messages/868109

  • Je suis la mer

    En #Suède, dans les années 1940, l’installation d’un #barrage engloutit le village estival d’#Ingá et #Rávdná, nomades samies. Sous les eaux du lac, leur monde disparaît, sacrifié au nom d’un #progrès qui méprise les peuples autant que les #paysages. Mêlant drame écologique et tragédie intime, lutte pour la #mémoire et conflits de générations, #Elin_Anna_Labba signe un #roman saisissant porté par une langue d’une beauté rare, qui donne chair à la #lutte pour la #terre et l’#identité, et marque durablement le coeur et l’esprit. Un premier roman événement, traduit dans plus de dix langues.

    https://editions-rivages.fr/catalogue/je-suis-la-mer-021453
    #livre #sami #peuples_autochtones #barrage_hydroélectrique

  • Je termine Libration, le second livre de la série Les voyageurs écrite par #Becky_Chambers.

    Le premier livre L’espace d’un an nous faisait voyager dans un vaisseau, contrôlé par une IA, de type Lovelace, et dont les membres d’équipage sont d’origines diverses. C’est l’histoire de leur cohabitation, dans le cadre de la mission de ce vaisseau, qui est un perceur de tunnels dans l’espace (type trous de vers).

    C’est du #solar_punk. Ça use de l’écriture inclusive, ça parle de relations inter-espèce, avec de l’empathie et des bons sentiments à la pelle. C’est réjouissant et sympathique. Ça sort des sentiers battus, pas de suprémacisme, pas de meurtres, ou en tout cas, ce n’est pas l’histoire qui est racontée.

    Ceci dit, pour Libration. Il s’agit de l’histoire d’une IA, de type Lovelace, qui se retrouve dans un kit. Un corps qui imite une humaine. C’est strictement interdit pas les lois. Et d’ailleurs, partout, les gens considèrent les IA comme des objets.

    Évidemment, on comprend qu’il n’en est rien. Ce ne sont pas des objets. Iels s’attachent, iels sont curieu·x·ses, et ça fait une histoire qui se dévore.

    A l’issue, tu te poses la question de savoir pourquoi notre époque refuse les IA.

    Là bas, dans le futur, les IA sont autonomes. Elles ne sont pas connectées à un réseau de datacenter. Elles tirent leur raisonnements de leur coeur logiciel, et non d’un système centralisé et lointain, qui concentre tout.

    Ici, tu ne peux t’empêcher de voir ce qu’on te présente comme une IA que comme un super-big-brother. Tout ce que tu dis est centralisé, stocké, analysé, et peut donner lieu à un effet immédiat dans la réalité (le RAID qui débarque chez toi, comme tu le sais).

    Bref, c’est chouette d’imaginer une IA autonome, dans un monde où les êtres tentent de construire des refuges où il fait bon vivre ensemble.

    N’hésitez pas à vous procurer du Becky Chambers, c’est à chaque fois réjouissant. Je l’ai découverte au travers des deux livres Histoires De Moine Et De Robot empruntés à la médiathèque... et aussi sur Mastodon, où ça en parle très régulièrement.

    Quant aux Voyageurs, il y en a 4, et c’est chouette, parce que les deux suivants m’attendent sur la table de chevet.

    #solarpunk

    • à propos de littérature et de IA
      Le point coulture sur la radio coolturelle (enfin cool pas tjs y’a aussi des gros cons sur ce canal, finkie par ex)
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-point-culture/litterature-et-ia-il-va-y-avoir-plus-d-auteurs-que-de-lecteurs-8635160

      Face aux #romans produits, assistés ou “hybridés” par l’IA les #écrivains oscillent entre fascination, déni, panique et nécessité d’inventer de nouvelles règles du jeu. Faut-il y voir la fin du mythe de l’auteur, ou au contraire une manière de redéfinir ce qui fait vraiment littérature ?

      L’intelligence artificielle générative ne bouleverse pas seulement les métiers de l’écriture, elle touche au cœur symbolique de la littérature : à l’idée qu’un texte puisse porter une voix, une intériorité, une expérience humaine. Dans l’enquête Le grand vertige des écrivains face à l’IA, publiée dans le Figaro, des écrivains expriment leur sidération et inquiétude face à l’IA. Plusieurs scénarios émergent. Le plus optimiste imagine une IA réduite à un simple outil d’assistance, capable d’aider à enrichir l’écriture sans remplacer la créativité humaine. Un autre, plus probable, voit l’auteur devenir une forme de chef d’orchestre, qui guiderait la machine. Enfin, le scénario le plus troublant serait celui d’une frontière devenue floue entre texte écrit par des humains et texte généré, au point que le plaisir littéraire soit définitivement miné par le doute. Une question s’impose alors : jusqu’où peut-on utiliser l’intelligence artificielle tout en restant véritablement l’auteur de son œuvre ? Alexandre Gefen, directeur de recherche au CNRS, revient sur les limites de l’intelligence artificielle dans la littérature :

      “Avec l’intelligence artificielle, l’auteur meurt parce que finalement il n’est qu’un prompteur, il est seulement quelqu’un qui va donner un élément de départ et l’écriture va se faire avec l’IA. Maintenant, il y a beaucoup, beaucoup de limites à ce fantasme, puisqu’en réalité, sans intention, sans plan, sans vision du monde, ce que l’IA va vous donner va être extrêmement stéréotypé. Et, en y réfléchissant, c’est autant une mort du lecteur qu’une mort de l’auteur à laquelle on est en train d’assister. Puisque les auteurs se trouvent démultipliés, tout le monde peut écrire, tout le monde a envie d’écrire. Déjà, l’envie d’écrire était latente dans nos sociétés contemporaines et très expressives. Et maintenant on va avoir finalement plus d’auteurs que de lecteurs, on va passer plus de temps à écrire et on n’aura plus jamais le temps de lire. Et si on lit, ça sera peut-être avec une l’IA qui lira pour nous.”

      #IA

  • Contes de la gloire beatnik ~ Ed Sanders - L’Oie de Cravan
    https://oiedecravan.com/livres/sanders-ed/contes-de-la-gloire-beatnik

    Il arrive qu’une petite troupe d’agités percute son époque avec tant de force que l’incendie engendré par le choc n’en finit pas de rougeoyer des décennies plus tard. C’est assurément le cas d’une bande de fous furieux fréquentant le New York du début des années 1960 et son épicentre contre-culturel : le Lower East Side.

    C’est leur histoire qu’Ed Sanders, le dernier barde de la #beat_generation, raconte dans les Contes de la gloire beatnik, ce roman polyphonique qu’il mit trente ans à achever. S’y mêlent les vies de poètes, écrivaines, peintres, musiciennes, réalisateurs, comédiennes et militants qui refusent le confort de la classe moyenne et lui préfèrent la furie d’un monde souterrain où s’inventent d’autres manières de penser, de créer et de vivre.

    Sur la forme comme sur le fond, on ne lira sans doute jamais de description plus juste de cette période crépitante, quand les taudis crasseux étaient le centre de la création, et Ed Sanders leur humble pourvoyeur d’étincelles.

    L’auteur
    Né en 1939, Ed Sanders déboule à 19 ans dans le #New York déjanté des années 1960. Il galope dans tous les coins, traverse les années beatniks et le mouvement hippie, mille capes sur le dos. Poète, musicien, libraire à Peace Eye Bookstore, éditeur du magazine Fuck You, imprimeur, pamphlétaire, journaliste, amoureux éperdu de littérature, écrivain, chanteur punk au micro de The Fugs, militant acharné de la gauche radicale, spécialiste des « glyphes » antiques, écologiste précoce, anticapitaliste zélote, il sème les étincelles avec l’ardeur d’un mort-de-faim. Lauréat de l’American Book Award en 1988, Ed Sanders a écrit sans s’arrêter plus d’une trentaine de livres, dont Les Tessons de Dieu, publié par Christian Bourgois en 1972.

    la trad soignée d’un #livre riche et #drôle (si si), avec, parmi d’innombrables protagonistes, Jimi Hendrix et le Klu Klux Klan comme nous ne les vîmes jamais.

    #psychadélisme et #politique #USA

    • Un homme-orchestre dans le tourbillon Beat, préface des Contes de la gloire beatnik d’Ed Sanders
      https://lundi.am/Un-homme-orchestre-dans-le-tourbillon-beat

      Doté aujourd’hui d’une renommée littéraire certaine aux États-Unis, le graphomane Ed Sanders, toujours bon pied bon œil en 2024, n’a curieusement pas vu sa postérité franchir l’Atlantique en direction des rivages hexagonaux ni de la frontière québécoise. Hormis la traduction en 1972 chez Christian Bourgois d’un roman azimuté, Les Tessons de Dieu, et une traduction ultra confidentielle de son poème La Génération Z-D par Lucien Suel2, son œuvre prolifique est toujours inédite en français. Personne pour s’intéresser à son ahurissante #histoire versifiée de l’Amérique en trois copieux volumes publiés au début des années 2000 (dont six autres attendent de l’être).

      Personne non plus pour déterrer son célèbre Poem from Jail (1963), initialement rédigé sur du papier toilette dans une cellule de prison, après une retentissante action natatoire contre un sous-marin nucléaire, plouf. Personne enfin pour traduire son grand succès de librairie The Family (1971), consacré au procès du gourou tueur Charles Manson et de ses affidées envapées. Et ne parlons même pas de sa biographie de Tchekhov (1995) ou de son recueil de poèmes Thirsting for Peace in a Raging Century (qui décrocha un American Book Award en 1988), autres pépites délaissées de sa bibliographie géante.Trop prolifique pour qu’on s’y frotte ? Le mystère reste entier.

      Ce désintérêt pour un écrivain et personnage historique majeur, nous espérons l’ébrécher avec la traduction de l’une de ses œuvres les plus emblématiques, ces volumineux Contes de la gloire beatnik que vous tenez en main. Un projet d’écriture éminemment ambitieux débuté en 1973 avec un premier volume de nouvelles, une fois le tourbillon psychédélique passé et Ed Sanders installé à Woodstock, finalement conclu en 2003 avec la publication du quatrième volume. Pour fil directeur, le quotidien de personnages déambulant dans ce Lower East Side déjanté des sixties, entre gloire et débine. On y glisse d’une lecture de poésie chaotique aux activités subversives de la Total Assault Cantina, en passant par l’exhibition d’un pied beat momifié ou par les avanies filmées d’une bande d’accros aux amphètes fatalement ingérables. Surtout, on y croise et recroise des personnages fictifs récurrents, souvent attachants, à l’image du réalisateur Sam Thomas, du militant pour les droits civiques Talbot le Grand, de la peintre Louise Adams ou du jeune et beau Johnny Ray Slage, arraché aux griffes du Ku Klux Klan pour suivre un destin de rock star.

    • must read qui déride, suite.

      Les grands livres sont toujours négligés, ce qui est une bonne chose. Ceux qui défendent l’édition indépendante connaissent de nombreux chefs-d’œuvre qui n’atteindront jamais un large public et ne seront jamais acclamés par la critique.

      Or, avec Contes de la gloire beatnik, c’est bien dommage, car sa confidentialité s’explique principalement par son titre. Les lecteurs restent prudents en supposant qu’il s’agit d’une hagiographie de Kerouac et compagnie, ou d’un énième mémoire d’un baby-boomer dont le monde n’a assurément pas besoin. Que le livre soit aussi épais n’aide en rien.

      En fait, Contes de la gloire beatnik n’est ni une autobiographie ni un livre sur les beats. C’est un roman en épisodes vraiment étonnant dont on souhaiterait qu’il soit deux fois plus long. C’est une version adulte de Sesame Street – une aventure torride dans un quartier avec les personnages qui le peuplent. (...)

      Les chroniques de l’underground de Sanders ne sont pas exotiques ou criminelles, comme dans les reportages grand public – elles ne sont pas non plus romancées, justifiant ainsi les pires excès, comme dans la presse militante. Ed Sanders saisit le meilleur et le pire de tout cela avec une prose bavarde et haletante. Les musiciens, les politiciens et les mystiques qui vivent en marge. Les froides utopies théoriques et les histoires d’amour brûlantes. Les charlatans et les déesses – sans oublier les victimes.

      Sanders va droit au but. C’est l’ami qui vous connaît suffisamment pour vous faire rire de vous-même et qui vous rend meilleur.

      Il a passé sa vie dans l’underground – en tant qu’éditeur de magazine, propriétaire de librairie, activiste et membre du groupe de bardes The Fugs. C’est un auteur à succès, mais il parle de l’importance et de la joie de faire tourner sa propre imprimerie. C’est un expert de la Famille Manson et un égyptologue. C’est un poète épique dont la « poésie de l’enquête » devrait être lue dans tous les cours d’histoire.

      https://demainlesflammes.fr/livres/contes-de-la-gloire-beatnik

      #beau #roman_picaresque #humour #auto-dérision

  • Newsroom – La fabbrica degli irregolari. Satnam Singh e il sistema del #Caporalato
    https://irpimedia.irpi.eu/newsroom-migranti-permesso-soggiorno-fabbrica-degli-irregolari

    Dal sistema che trasforma la migrazione legale in sfruttamento, fino alle ultime udienze del processo per la morte del bracciante di Latina L’articolo Newsroom – La fabbrica degli irregolari. Satnam Singh e il sistema del caporalato proviene da IrpiMedia.

    #Diritti #Lavoro #Bangladesh #Migranti #Romania

  • La fabbrica degli irregolari
    https://irpimedia.irpi.eu/migranti-sud-est-asia-permesso-di-soggiorno-romania-truffa

    I lavoratori del Sud-est asiatico partono per la #Romania con la promessa di un #Lavoro e un permesso di soggiorno. Ma il sistema è una truffa e sono costretti a viaggiare in Italia. Dove lavorano in nero, senza permessi L’articolo La fabbrica degli irregolari proviene da IrpiMedia.

    #Diritti #Bangladesh #Migranti
    https://irpimedia.irpi.eu/public/uploads/2026/05/video-migranti-sud-est-asia-permesso-di-soggiorno-romania-truffa-aero


    https://irpimedia.irpi.eu/public/uploads/2026/05/video-migranti-sud-est-asia-permesso-di-soggiorno-romania-truffa-fabb

  • Faire barrage aux travaux du Drac

    Youpi youpla, cette année toutes les institutions fêtent le centenaire de « l’exposition internationale de la #houille_blanche », qui a eu lieu à Grenoble en 1925. L’occasion de célébrer encore et encore cette fameuse « houille blanche », surnom donné à l’#hydroélectricité, qu’on présente encore aujourd’hui comme de « l’#énergie_verte ».
    Bien entendu, les hourras de la communication ne s’intéressent jamais aux #dégâts considérables créés sur les #rivières par cette hydroélectricité. Pourtant les exemples ne manquent pas. Ainsi, dans la métropole grenobloise, le Drac s’apprête à subir cinq années de travaux afin de « réduire les #risques_d’inondation », entraînant notamment la #destruction de quantité d’#espaces_naturels sauvages tout le long de la rivière. C’est en tout cas ce que prévoit l’avant-projet, qui programme 86 millions d’euros de travaux à partir de 2027. Il reste un an et demi pour empêcher ce désastre.

    Connaissez-vous le #Drakistan ? C’est le nom – non officiel – donné à toutes ces bandes de terre, presqu’îles ou îlots le long du Drac, du côté de #Fontaine et #Seyssinet-Pariset. Des endroits situés dans le lit de la rivière et donc susceptibles d’être submergés en cas de #montée_des_eaux, par exemple suite à un lâcher d’un des nombreux barrages présents en amont.

    Ces lieux ont le charme des endroits non aménagés. Juste au-dessus, il y a la #digue, avec sa bande d’#asphalte bien droite, lieu de passage ou de promenade fonctionnel mais dénué d’enchantement. La digue est dédiée aux « modes doux » mais trace tout droit comme l’autoroute, on ne s’y perd pas, on reste bien sagement sur le chemin. Il faut emprunter une des nombreuses sentes pour descendre quelques mètres afin d’arriver au Drakistan. Ici aucun urbaniste ou paysagiste n’a planifié quoi que ce soit. Ici, la seule créatrice, c’est la rivière, qui façonne ces espaces au fil de ses #crues et de ses #retraits. Et a priori, elle se débrouille plutôt pas mal. En tous cas, malgré l’interdiction, ces lieux attirent – et pas seulement des animaux sauvages (voir Le Postillon n°75). Des chiens et leurs maîtres, des familles et leur barbecue, des solitaires, des en-couples ou des en‑groupes. Il y a l’impressionnante « Platane cabane » pour les enfants et puis des restes d’habitations utilisées par des sans-toits. Le Drakistan de Fontaine n’est pas loin du local du Postillon, on y vient souvent manger un sandwich ou faire une pause, regarder dévaler l’eau pour se laver le cerveau des heures passées devant l’ordinateur.

    En fonction des jours et même des heures, ces lieux ne sont jamais vraiment identiques. Un passage à sec peut se retrouver sous un demi-mètre d’eau une heure plus tard, des rives aperçues un jour peuvent avoir été « mangées » par la rivière la semaine d’après, un nouvel espace pour se poser peut émerger en quelques mois. Mais ce qui est sûr, c’est que globalement, les bandes de terre, presqu’îles ou îles grossissent d’année en année, à cause de tous ces cailloux que la rivière charrie et qui sont empêchés d’aller plus bas par le barrage de #Saint-Égrève. Comme on le racontait dans Le Postillon n°73, quand le #barrage a été construit à la fin des années 1980, les cailloux du Drac étaient « dragués », sortis de la rivière pour alimenter les besoins nombreux en construction. Mais dans les années 1990, différentes lois sur l’eau interdisent d’exploiter les rivières dans leur « #lit_mineur » – pour d’évidentes raisons écologiques et sécuritaires (plus la rivière se creuse, plus ça peut fragiliser des ponts). Alors depuis une trentaine d’années, les cailloux du Drac s’accumulent dans les kilomètres avant le barrage de Saint-Égrève, et font grossir peu à peu le Drakistan.

    Pour nous, simples flâneurs inconscients, c’est plutôt charmant, mais pour les autorités c’est un sacré problème. Pas tant parce que de plus en plus de monde fréquente ces zones, mais parce qu’en toute logique, ça augmente considérablement le #risque_d’inondation : vu qu’il y a plus de matériaux solides dans le lit de la rivière, l’eau a moins de place pour circuler et en cas de crue exceptionnelle (on redoute surtout la « crue bicentennale »), risque de passer par‑dessus les digues et d’inonder les milliers d’habitations présentes de part et d’autre, voire de faire céder une digue (« 31 000 habitants et 25 000 emplois concernés » en cas de rupture de digue).

    Alors ça fait un moment que ça turbine sévère afin de préparer les « travaux de protection contre les #inondations du Drac » aussi connus sous le nom de « #programmes_d’actions_de_préventions_des_inondations » (#Papi du Drac), portés par le #Symbhi (#Syndicat_mixte_des_bassins_hydrauliques_de_l’Isère). La déclaration d’intention de juin 2025, disponible sur le site de la préfecture, nous apprend par exemple que depuis 2018, ce ne sont pas moins de 181 réunions qui se sont tenues entre les différents « acteurs » du projet (Métropole, différents services de l’État, #EDF, acteurs environnementaux, etc.). On vous passe les détails de la « gouvernance » (comités techniques restreints et élargis, comité de pilotage, comité consultatif, etc.) et de la « stratégie de concertation et de communication ambitieuse » mise en place les sept dernières années. Tous ces comités, ces réunions publiques, ces « balades pédagogiques » ont donc abouti à la #planification de #travaux_d’aménagements prévus sur cinq années, entre 2027 et 2031, validés notamment par le vote en faveur de l’avant-projet par la #Métropole en avril dernier.

    Pour saisir leur importance, un chiffre suffit : 86 millions d’euros d’argent public sont pour l’instant budgétés (selon le site du Symbhi). Concrètement, ça veut dire que pendant cinq ans, un paquet de machines, de moteurs, de camions vont venir triturer le lit du Drac. Et anéantir – ou radicalement bouleverser – les charmants espaces du Drakistan.

    Dans le langage technocratique, on parle de « rajeunissement des bancs et îlots sur le linéaire de la traversée urbaine du Drac ». « #Rajeunissement » (détaillé en « enlèvement de la végétation et abaissement du banc ou îlot »), c’est un joli mot pour désigner la #dévastation de beaucoup de ces bancs ou îlots. Concrètement, la #déclaration_d’intention nous apprend que si certains #bancs, très minoritaires, restent « sans modification à l’étude », la plupart vont être « arasés » (soit « mis à ras, aplanis ») de façon plus ou moins importante : certains pour être en « immersion 80 % du temps », d’autres « 50 % du temps » (sachant que pour l’instant la plupart de ces bancs ne sont presque jamais immergés).

    Il n’y a pas que dans sa « traversée urbaine » que le Drac va subir les assauts des pelleteuses et des pompes de dragage. Les travaux envisagés concernent la vingtaine de kilomètres entre le barrage de #Notre-Dame-de-Commiers et la confluence avec l’Isère, les machines devant autant s’activer au niveau de #Comboire ou des champs captants de #Rochefort pour extraire des cailloux et aménager des « espaces de bon fonctionnement » de cette rivière autrefois sauvage et aujourd’hui corsetée et maltraitée tout du long.

    Mais qu’est-ce qu’on va faire de tous les matériaux enlevés ? Un peu plus haut, la réserve naturelle des #Isles_du_Drac (voir dernier numéro) est « déficitaire en sédiments grossiers du fait de la présence de la chaîne hydroélectrique en amont ». En clair : comme les quatre grands barrages du Drac empêchent les #cailloux de passer (la majorité des sédiments arrivant en ville proviennent en fait de la Romanche, affluent du Drac), il n’y a pas assez de sédiments dans cette zone, ce qui fait que « tous les milieux et espèces associés sont menacés sans action de réinjection de sédiments ».

    Alors le Symbhi prévoit des « #recharges_sédimentaires » dans cette zone, c’est-à-dire de transporter en camion des cailloux qui étaient auparavant transportés par la rivière. Et forcément, ça signifie pas mal de va-et-vient. Il est question d’une première recharge de « 37 000 m3 », suivie d’apports de « 4 000 m3 par an ». Sachant qu’un camion-benne peut transporter « environ 10 à 16 m3 », la première recharge nécessitera environ 2 800 aller-retours en camion. Merci « l’énergie verte » !
    Face aux grands dégâts annoncés, pas de panique ! Le Symbhi prétend bien entendu faire au moins pire. Toujours selon sa novlangue, si le « processus de rajeunissement » va entraîner un « éclaircissement de la végétation », il est quand même prévu de « replanter des arbres une fois les travaux terminés », ceci « afin de limiter l’impact sur le #paysage, la #végétation d’ambiance et le maintien d’#îlots_de_fraîcheur dans l’agglomération ». Par contre, il n’est pas précisé comment compenser la perte des « boisements développés dans l’espace intra-digues » qui « représentent également un enjeu écologique non négligeable », notamment parce qu’ils « hébergent une #biodiversité remarquable : de nombreux #oiseaux, le Castor d’Europe, l’Inule de Suisse, ainsi que des milieux variés tels que pelouses sableuses, bras secondaires ou zones humides phréatiques ». Ça va prendre un paquet d’années « une fois les travaux terminés » pour que toutes ces espèces repointent le bout de leur nez… On pourra toujours se consoler en posant des questions à ChatGPT et en se disant que les supercalculateurs nécessaires au développement de l’IA, comme celui en construction à Eybens, sont peut-être alimentés par « l’énergie verte » des barrages.

    Pour ne pas nommer « #désastre_environnemental » ce qui est un désastre environnemental, le Symbhi agite quelques mesurettes : « Afin de limiter les émissions de CO2 et de micro-particules liées au transport », le syndicat promet de « favoriser les circuits courts », « d’utiliser des véhicules à faibles émissions », d’arroser les pistes au niveau des zones de chargement/déchargement pour « limiter les émissions de poussière » et même – ultime audace – de « former les conducteurs à l’écoconduite ». C’est quelle part du budget sur les 86 millions d’euros ?

    Pour une telle somme d’#argent_public, il est quand même prévu quelques travaux pour le bien-être des simples habitants. Ainsi entre Champagnier et Fontaine, une vingtaine de « haltes paysagères » devraient être aménagées, notamment afin de « renforcer les îlots de fraîcheur le long de la rivière »… Pour être plus précis, il s’agit d’abord de raser la plupart des « îlots de fraicheur » et ensuite de les « renforcer ».

    La seule bonne nouvelle dans cette affaire, c’est que ce programme n’est pour l’instant qu’un « avant-projet ». Même s’il a déjà été voté par la Métropole, il reste encore un an et demi avant le début annoncé des travaux, autant de temps pour essayer de mettre la pression sur le Symbhi pour qu’il revoie à la baisse ses projets destructeurs ou qu’il les abandonne. À ce propos, une réunion publique sur les travaux est annoncée le 8 octobre à 18h30 à la mairie de Fontaine.

    Comment croire qu’il n’y ait pas d’autre solution, face au risque d’inondation, que l’ « #arasement » de ce qui constitue aujourd’hui les seuls endroits encore sauvages dans notre cuvette en béton ? Allons-nous vraiment supporter la vue, pendant cinq ans, des bulldozers du Symbhi écrasant à l’ancienne les îles du Drac, ses forêts, ses bras morts, et toutes les bestioles qui y font leur vie ?
    Si la raison principale du projet est la protection de l’agglo face au risque de « #crue_bicentennale », n’y a-t-il vraiment pas d’autre option à envisager que ce désastre écologique à 86 millions d’euros ?

    Le débit du Drac, faut-il le rappeler, est entièrement asservi par EDF et ses quatre grands lacs de barrages en amont de Grenoble : le #Sautet (1 077 millions de m3), #Saint-Pierre-Cognet (28 millions de m3), #Monteynard (275 millions de m3) et #Notre-Dame-de-Commiers (34 millions de m3). Sur les affluents du Drac, il y a aussi les grands lacs de barrage présents sur la #Romanche (le #Chambon) ou l’#Eau_d’Olle (#Grand’Maison). Serait-il délirant d’imaginer fermer les bonnes vannes au bon moment (en cas d’épisode hydro­logique faisant redouter une « crue bicentennale »), pour faire monter de quelques mètres le niveau des retenues afin de « lisser » la crue, comme ils disent ? Et si cela implique, une fois par siècle, une production d’#électricité dégradée pendant quelques jours, des pertes d’argent sur le « marché de l’énergie », voire des coupures d’électricité ciblées, on pourrait arriver à s’en remettre, non ?

    Dans la « déclaration d’intention », on apprend qu’un autre scénario « reposait sur une intervention minimale visant à préserver l’état actuel du lit du Drac, notamment en conservant les bancs végétalisés. Il comprenait le confortement et la sécurisation des ouvrages de protection contre les inondations ainsi que des solutions de gestion des excédents sédimentaires. » Si ce scénario n’a pas été retenu, c’est parce qu’il ne « permettait pas l’abaissement des lignes d’eau en crue de contribuer au déficit sédimentaire au sein de la réserve naturelle des Isles du Drac et il n’apportait qu’une faible contribution à la biodiversité, impliquant des compensations hors site ». Ce charabia difficilement compréhensible affirme néanmoins que pour le risque d’inondation, on peut ne pas raser le Drakistan même si les technocrates écrivent que laisser ces espaces naturels n’apporterait « qu’une faible contribution à la biodiversité » (!). Si ce scénario n’a pas été choisi, c’est uniquement pour résoudre les problèmes de « déficit sédimentaire » causés par les barrages. Encore et toujours, la rivière est considérée pour les seuls intérêts de la « houille blanche ».

    Ce nouvel épisode à venir du saccage du Drac devrait donc d’abord inciter à réfléchir sur le véritable bilan de la « houille blanche » et d’un siècle d’électrification [1]. Avec le centenaire de « l’exposition internationale de la houille blanche », la mairie de Grenoble, comme toutes les institutions locales, préfère célébrer sans retenue cette pseudo « énergie verte » qui a en réalité contribué à saccager l’environnement.

    **

    Le « #collectif_des_gens_qui_ont_chaud » prié d’aller se rhabiller (pour l’instant)

    86 millions d’euros de travaux, mais rien de prévu pour permettre la #baignade dans ces millions de mètres cubes d’eau dévalant depuis les montagnes. Cet été, le « collectif des gens qui ont chaud » a organisé deux #baignades_sauvages dans le Drac (voir photo page 28) afin de « montrer que la baignade dans les lieux naturels est possible et mettre le débat sur la place publique ». Une initiative qui a entraîné des arrêtés municipaux de la part des maires de Fontaine et Seyssinet-Pariset pour « interdire la baignade » et même un tweet de la préfète de l’Isère afin d’inciter à « privilégier les zones réglementées pour vous baigner en toute sécurité » et de déconseiller la baignade « dans ce cours d’eau particulièrement instable dont la variation de débit peut fluctuer très vite ». Pour les autorités, même après plusieurs étés caniculaires, il n’est toujours pas envisageable que les 400 000 habitants de la cuvette puissent profiter de la fraîcheur des cours d’eau qui la traversent... Si 181 réunions et 86 millions d’euros ne prévoient rien pour la baignade, c’est que sur cette rivière comme sur les autres, c’est la fameuse « houille blanche » qui dicte sa loi. On reviendra sur la baignade dans un prochain numéro.

    https://lepostillon.org/Faire-barrage-aux-travaux-du-Drac.html

    #rivière #Drac #Grenoble #Isère #castors #budget #coût

  • Le traitement médiatique des collisions tend à invisibiliser les automobilistes et à stigmatiser les cyclistes
    https://www.unil.ch/news/fr/1774286247760

    Lors de #collisions avec des #cyclistes, les #automobilistes sont souvent invisibilisé·es ou relégué·es au second plan dans les comptes-rendus #médiatiques. C’est ce que met en évidence une nouvelle étude de l’#Unil. Elle porte sur la #Suisse #romande, mais confirme une tendance #internationale.

    #selon_une_étude_récente #vélo

  • Le frigo américain — Le dibbouk
    https://ledibbouk.net/le-frigo-americain.html

    Même Lafleur ne s’attendait pas à une telle splendeur. Il avait la bouche ouverte. Je vis que sa dentition était pire que je ne l’avais cru. C’était une construction moderne, probablement une villa d’architecte, blanche, située tout en haut d’un chemin asphalté en forte pente. Juché sur la terrasse on devait voir la ville entière, et peut-être les Amériques.

    #romannoir

  • Le Front-Page — Le dibbouk
    https://ledibbouk.net/le-front-page.html

    On est arrivés au Front-Page en début d’après-midi après le coup de feu. Lafleur avait un repas gratis dans son contrat, il m’avait invité à le partager en attendant le patron qui ne venait pas avant seize heures. En entrant j’avais eu un léger malaise : les murs couverts de pages du New York Times encadrées, le même noir et blanc que chez lui place d’Aligre. Lafleur habitait partout dans le même décor.

    #romannoir

  • #ambiance

    #Municipales à #Romans-sur-Isère : l’ombre du drame de #Crépol plane sur l’élection

    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/06/municipales-a-romans-sur-isere-l-ombre-du-drame-de-crepol-plane-sur-l-electi

    Le village bouillonne encore. Trois ans après la mort du jeune Thomas Perotto, poignardé lors d’un bal de campagne, à Crépol, la peur et la colère se sont calcifiées entre les collines de la Drôme. Au pied de l’église, Emilie, une ancienne policière de 40 ans, confie garder un cran d’arrêt dans son sac. Après cette nuit de cauchemar du 19 novembre 2023, elle allait même travailler en ville accompagnée d’un « staff croisé labrador », un chien de catégorie 1. « Un beau bébé, il ne faut pas s’approcher de moi », dit-elle. Et une hache dans sa voiture. « Je vote extrême droite depuis dix-huit ans », clame cette mère de famille. Son mari, Julien, grand gaillard qui travaille dans le bâtiment, va jusqu’à lâcher : « Si ça avait été moi, j’aurais posé une bombe pour tout faire péter là-bas. Tant pis s’il y a 99 % de bons et 1 % de mauvais. »

    Par #Ivanne_Trippenbach

  • 5 mars 2026 — Le dibbouk
    https://ledibbouk.net/5-mars-2026.html

    À Saint-Michel, la nuit était tombée. La visibilité des couches sociales d’ordinaire souterraines sautait aux yeux dans la lumière crue des vitrines encore éclairées : ces invisibles du RER qui, désormais, occupaient le pavé, formant une masse compacte et silencieuse de manteaux de laine bouillie et de chaussures de marche.

    #romannoir

  • Spectacle VERCORS 1944 au PasSage à Romans le 7 mars à 20h
    https://ricochets.cc/Spectacle-VERCORS-1944-au-PasSage-a-Romans-le-7-mars-a-20h-9083.html

    Le Vercors, massif montagneux entre Grenoble, Valence et Die, est connu pour avoir abrité un des premiers maquis de France pendant la Résistance, à partir de 1943. Ce spectacle est extrait du témoignage d’un jeune de vingt ans, qui a passé plus d’un an dans la montagne : Avoir vingt ans au maquis du Vercors, de Marc Serratrice. Une carte du Vercors, une radio de 1944 et un tabouret. C’est dans un style épuré que la comédienne nous emmène avec elle au camp 3 du maquis d’Autrans pendant (...) #Les_Articles

    / #Récit, #Romans_sur_Isère

  • Romance Glossary: An A-Z Guide of Tropes and Themes to Find Your Next Book - The New York Times
    https://www.nytimes.com/interactive/2026/02/12/books/romance-book-tropes-themes-glossary.html

    By Jennifer Harlan Illustrations by Millie von Platen

    Jennifer Harlan spent years reading hundreds of romance novels to prepare for this story. Her favorite trope is black cat/golden retriever.
    Feb. 12, 2026

    Apron tugger. Shadow daddy. Wallflower. Fae. Sometimes it can feel as if romance novels come with their own special language — one you must learn in order to achieve maximum swoon. If you’re a dedicated reader, this terminology can help you pinpoint exactly which books will be your speed; if you’re new to the game, they can overwhelm you like so much overdressed word salad.

    Whether you’re a superfan or a casual reader, if you’re genre-curious or you just want to understand why people keep talking about “spice” at the bookstore, here are 101 terms you should know. If you see something that strikes your fancy, we’ve got recommendations for books that show off these terms at their best. With any luck, you’ll find something to fall in love with — which, after all, is the whole point.

    #Romance

  • La « romance », ce genre littéraire longtemps déconsidéré, est devenue incontournable en librairie
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2025/11/26/la-litterature-romance-rayonne-au-c-ur-des-librairies_6654842_4500055.html

    Profitant du succès de la fantasy, la romance queer, la comédie romantique ou la dark romance, des librairies indépendantes consacrées au genre de la romance ouvrent partout en France et misent sur la proximité avec leurs jeunes lectrices.
    Par Clémentine Goldszal
    Publié le 26 novembre 2025

    #Romance #Litterature_de_genre #Lecture

  • F comme Fugue : Une polyphonie de voix au milieu du fracas.
    « Bruits » le roman d’Anne Savelli vient de paraître aux Éditions Inculte

    https://liminaire.fr/creation/livre-lecture/article/f-comme-fugue-polyphonie-de-voix-au-milieu-du-fracas

    Bruits est un texte fragmenté. Chaque extrait est précédé d’un horodatage et d’indications de lieu ([06:02] [cité] [troisième étage] [palier]). La narration saute d’une conscience à une autre, mêlant dialogues, pensées et descriptions en un flux continu et saccadé. Cette écriture imite le bombardement de stimuli du monde contemporain et la perception psychologique d’un environnement saturé. La fragmentation n’est pas synonyme de désordre, elle est au contraire la forme la plus juste pour dire un monde qui a perdu son centre.

    (...)
    #Écriture, #Livre, #Lecture, #En_lisant_en_écrivant, #Podcast, #Littérature, #Histoire, #Roman, #Ville, #Temps, #Enfance, #Silence, #Bruit (...)

    https://actes-sud.fr/bruits

  • Réunion sur l’énorme Data Center pour IA en projet en Drôme à Rovaltain
    https://ricochets.cc/Reunion-sur-l-enorme-Data-Center-pour-IA-en-projet-en-Drome-a-Rovaltain-89

    L’IA et ses data center qui dévorent les mondes vivants, c’est aussi au coeur de la #Drôme avec le projet de supercalculateur de Sesterce à Rovaltain. Réunion publique à Romans jeudi 8 janvier pour en parler et agir : Supercalculateur pour l’Intelligence Artificielle à Rovaltain : On arrête et on réfléchit ! En février 2025, nous avons appris par la presse qu’un supercalculateur dédié ä l’lntelligence Artificielle (IA) serait implanté dès 2026 en plein cœur de l’agglomération, dans la (...) #Les_Articles

    / #Ecologie, #Romans_sur_Isère, #Résistances_au_capitalisme_et_à_la_civilisation_industrielle, Drôme

  • A Very Big Fight Over a Very Small Language

    In the Swiss Alps, a plan to tidy up Romansh—spoken by less than one per cent of the country—set off a decades-long quarrel over identity, belonging, and the sound of authenticity.

    Ask him how it all began, and he remembers the ice. It was a bitter morning in January, 1982, when Bernard Cathomas, aged thirty-six, carefully picked his way up a slippery, sloping Zurich street. His destination was No. 33, an ochre house with green shutters—the home of Heinrich Schmid, a linguist at the University of Zurich. Inside, the décor suggested that “professor” was an encompassing identity: old wooden floors, a faded carpet, a living room seemingly untouched since the nineteen-thirties, when Schmid had grown up in the house. Schmid’s wife served Rüeblitorte, a Swiss carrot cake that manages bourgeois indulgence with a vegetable alibi.
    Cathomas had already written from Chur, in the canton of the Grisons, having recently become the general secretary of the Lia Rumantscha, a small association charged with protecting Switzerland’s least known national language, Romansh. Spoken by less than one per cent of the Swiss population, the language was itself splintered into five major “idioms,” not always readily intelligible to one another, each with its own spelling conventions. Earlier attempts at unification had collapsed in rivalries. In his letter, Cathomas said that Schmid’s authority would be valuable in standardizing the language. Cathomas wrote in German but started and ended in his native Sursilvan, the biggest of the Romansh idioms: “Jeu engraziel cordialmein per Vies interess e Vossa attenziun per quest problem.” Translation: “I thank you very much for your interest and attention to this problem.”
    Schmid, the man he was counting on, hadn’t grown up speaking Romansh; he first learned it in high school, and later worked on the “Dicziunari Rumantsch Grischun,” a Romansh dictionary begun in 1904 and still lumbering toward completion. But the depth of his expertise was formidable. By the time Cathomas knocked on his door, Schmid had already sketched a plan for standardizing Romansh: a “majority principle” in which the most widely shared spellings across the idioms would win out.
    “He really already had everything,” Cathomas recalled. “He had worked it all out in his head.”
    What Cathomas hadn’t reckoned with was how quickly the tidy scheme, once loosed into the valleys, would ignite quarrels that engulfed Swiss classrooms, newspapers, and eventually cantonal politics—a parable of how an attempt to secure a language’s survival can feel, to those being standardized, like an assault on what makes them distinct.
    Every European language originated in a squabble of dialects. Standard English rose from East Midland varieties, its momentum gathering after Chaucer’s “Canterbury Tales,” in the fourteenth century. In Germany, Luther’s New Testament was a catalyst for making the Saxon dialect the linguistic default, at least on the page. French proved the most consequential case. For centuries, the monarchy promoted a version of the Parisian dialect, and the French Revolution—linking linguistic unity to republican virtue—only hastened the process of linguistic standardization. Elsewhere, the French model of uniformity imposed from above became the template. “There’s a big difference between languages standardized before the French Revolution and after,” the Romance philologist Paul Videsott told me. “After Napoleon, language becomes the strongest means to define a people.”
    Romansh, which sounds closer to northern-Italian dialects than to the modern language spoken in Florence or Rome, is a battered remnant of spoken Late Latin which escaped standardization mostly by being tucked away in the Alps. The Grisons, Switzerland’s only trilingual canton, is dominated by mountains; an area roughly the size of Delaware contains nine hundred and thirty-seven named peaks. (Piz, Romansh for “peak,” clings to dozens of summits like linguistic snowpack.) The terrain is daunting. Even today, travelling by train from Disentis, a Sursilvan-speaking town, to Poschiavo, Italian-speaking and just sixty miles away, takes more than four hours.
    Chur, the capital of the Grisons, was devastated by fire in the fifteenth century. An influx of German-speaking workers arrived to help with reconstruction, and the town’s language altered to German before Romansh had established a literary tradition. And the fact that wider political authority was decentralized meant that linguistic fragmentation found little resistance. Until the start of the nineteenth century, the canton was governed by three bodies with names fit for a Wes Anderson caper: the League of God’s House, the League of the Ten Jurisdictions, and the Gray League. During the Reformation, villagers could put big questions—whether to turn Protestant or remain Catholic—to a vote. Among the surviving Romansh idioms, Sursilvan reigns in the upper Rhine Valley; Sutsilvan in the posterior Rhine Valley; Surmiran in the Albula Valley and Oberhalbstein; and Puter and Vallader in the Engadine. In Cathomas’s estimation, Sursilvan accounts for just over half of all Romansh speakers, Vallader about a fifth, Puter and Surmiran each about ten per cent, and Sutsilvan about five per cent. (These five idioms, Cathomas notes, are themselves a standardization of perhaps twenty-one linguistic varieties that arose over time.) Greetings shift on either side of a watershed and can vary even within a town. Among speakers of Romansh, you could find dozens of ways of pronouncing the first-person pronoun. “Avalanche” varies, too—lavina in Sursilvan, Vallader, and Puter, lavegna in Surmiran and Sutsilvan. With both courtesies and catastrophes refusing to conform, the canton’s school board, publishers, and clergy were forced to produce multiple editions of primers, textbooks, and catechisms; sometimes five parallel print runs were needed for a population the size of a town. To the reform-minded, it was plain that something had to give.
    I met Bernard Cathomas at his home in Chur, a white-walled modernist house designed in the style of Rudolf Olgiati, the Swiss architect known for making starkness feel Alpine. Tall and slender, with retreating white hair, rimless glasses, and a careful, though not unamused, expression, Cathomas carried himself with the formality of a cultural functionary and the low-key stubbornness of a man who has spent a lifetime defending a fragile language. He remains better known in the valleys of the Grisons than he might like; his name can still provoke sharp opinions. The death threats have passed. The indignation has not.
    Inside, we sat by some Le Corbusier armchairs—“Not always very comfortable,” he remarked—while his wife, Rita, brought out what felt like a culinary tour of the valleys: a barley soup dense with grains and vegetables, grated potatoes fried slowly in butter until crisp, and plates of charn setga dal Grischun, dried meats from the Grisons. Cathomas was born in 1946 in Breil, a village situated on a terrace on the north side of the Anterior Rhine, forty-two hundred feet above sea level. He was the second of fourteen children, in a Sursilvan-speaking family.

    The family straddled eras: their habits belonged to the region’s past, their livelihood to the new era. His father worked as a wheelwright until rubber tires killed the trade, then built wooden molds to cast concrete for hydroelectric projects. “My first and deepest wish was to become a medical doctor,” Cathomas said, “but, because my family lacked the money for a secondary-school education, I gave up on that idea.” In the mid-fifties, the family visited the Benedictine monastery at Disentis, which operated a school. Cathomas recalls standing in the Baroque church, beneath a fresco of St. Placidus carrying his own severed head, while monks asked his father if they could pay for tuition. They could not. Nor did Bernard have any desire to be a priest or a monk. He stayed in his local school, trained as a teacher in Chur, and eventually earned a doctorate in German studies.
    By the seventies, Romansh was losing ground; although the number of speakers inched up, the share of the Swiss population who spoke it shrank. German seeped into daily speech, bringing its gadgets with it: vacuum cleaners were schtaubsugers, televisions fernseers, tents zeltas. Decline had a ratchet effect. “Languages need what we call in economics ‘network externality,’ ” Clemens Sialm, a finance professor at the University of Texas who grew up speaking Romansh, told me. “A language becomes more useful the more people speak it.” In the early eighties, someone suggested to Cathomas that Romansh should be allowed to “die in beauty”—the proposal itself phrased, with a touch of fatalist elegance, in Vallader.
    Switzerland had declared Romansh its fourth national language in 1938, but the gesture was symbolic. Without a standardized written form, nothing official could be produced in it. The breakthrough for Cathomas came during his doctoral studies, when he encountered the work of Harald Haarmann, a linguist who showed how German had gradually emerged from a patchwork of dialects. “I thought, Yes, that’s incredible,” Cathomas recalled. “And, when I joined the Lia Rumantscha, I said, ‘We absolutely must do something like that.’ ” What Cathomas perhaps overlooked was that German had unified itself by erasing languages like Romansh.
    After meeting with Cathomas, Heinrich Schmid rapidly produced a dense forty-eight-page pamphlet, outlining a scheme for the new language, which he called Rumantsch Grischun—that is, Grisons Romansh. Given Schmid’s strategy of taking the most common form of a word across the five idioms, sometimes nothing had to change—clav, or “key,” was clav everywhere. Sometimes there was a clear majority: tschiel, or “sky,” instead of tschêl. And sometimes Schmid split the difference, smoothing verbs that varied wildly from valley to valley.
    Cathomas wanted Rumantsch Grischun, or R.G., launched fast. At the Lia Rumantscha, a handful of young linguists set about producing grammars and dictionaries, translating government documents, and coining words on the fly. The mood was feverish. “It was such a pioneering time—you had a feeling that anything was possible,” Anna-Alice Dazzi, a former student of Schmid’s and an early R.G. evangelist, recalled.
    A caveman and a dinosaur brag about the origins of their wealth and the accomplishments of their ancestors.

    But there were already signs of mission creep. Christian Erni, a primary-school headmaster, remembers a conference in the eighties where Cathomas assured teachers that R.G. would never enter classrooms. “It would just be for signage and communication between canton and municipality, a written language,” Erni recounted. “The teachers believed it, too.” That promise quietly expired. Cathomas “wanted to get to the goal too quickly,” Mevina Puorger, a scholar who had also studied with Schmid, recalled. “As soon as he had the guidelines, he started making translations. That was too early. He didn’t give the language a chance to grow.”
    The first serious backlash came in 1988, at a cultural gathering in Scuol. The linguist Chasper Pult gave a lecture in favor of R.G. One designated respondent, Theo Candinas, a writer and an outspoken critic of R.G., was furious that the moderator denied him a chance to deliver a proper rebuttal. To some in the hall—those who saw R.G. as a lab-grown construct foisted on Alpine communities by distant planners—the silencing confirmed their suspicions. “The opposition was probably already frustrated,” Dazzi recalled. “They felt all the energy, all the money, was going into Rumantsch Grischun. This was the last straw.” The following day, Candinas complained to the press that he’d been censored, and denounced R.G. as a bureaucratic affront to the authentic cadences of the valleys.
    The opposition remained a minority, but a verbally resourceful one. The new language was denounced as a “bastard,” a “castrated” tongue, an act of “linguistic murder.” Nazi analogies abounded: Candinas, in a much discussed article, seemed to liken Cathomas to Josef Goebbels; one editorial accused the Lia Rumantscha of staging a “Kristallnacht” against the idioms. Others borrowed from the anxieties of the eighties, from AIDS to Eastern Bloc repression. In 1991, three thousand people signed a petition to the federal government in Bern claiming that the imposition of R.G. violated their rights. Cathomas received threatening anonymous letters and calls. Strangers let him know exactly how they felt. “The reason it’s so contentious is that it’s not about language,” Oliver Mayeux, a sociolinguist at Cambridge, told me. “It’s about using language as a symbol, a totem, around which you organize your social movement.” But Cathomas was determined to stay the course until R.G. joined German, French, and Italian as one of the languages in which Swiss government documents are published. In 1996, it happened.
    Cathomas left the Lia Rumantscha and went on to run Pro Helvetia, the Swiss arts council. The opposition subsided. The publisher Dorling Kindersley’s Eyewitness Books were reborn as Collecziun Egls Averts. Microsoft released its Office suite in R.G. Even the Beatles arrived in Romansh: the Swiss vocalist Corin Curschellas sang “Norwegian Wood” as “Jau vev in’amur / U duess jau dir / L’amur veva mai . . .” After concerts, she’d sometimes ask audiences: Which idiom had she sung in? Sursilvan? Vallader? Surmiran? No one ever guessed R.G.
    By the turn of the millennium, the language had seeped into daily life. The journalist David Truttmann read some short texts on Romansh radio in R.G. He recalls that at the post office in Müstair, where locals speak Jauer, a close relative of Vallader, a postal clerk once said, “You told some funny stories. But they weren’t really in Jauer, were they?” They weren’t—but the fellow had understood them. Later, a pastor clear across the canton griped about another broadcast. For Truttmann, the complaints were the proof: R.G. could serve as a lingua franca.
    Earlier this year, Cathomas agreed to take me on a tour of the region whose linguistic future he’d once tried to reprogram. We left Chur in a train and then boarded a PostBus, climbing into the upper valleys. At just below five thousand feet, we stopped in Vrin, a village whose church had a portico lined with human skulls—a memento mori and, in the past, a resting place for the dead before burial. Then we descended into the main valley of the Anterior Rhine, to Disentis and the Benedictine school that Cathomas’s family hadn’t been able to afford. The monastery, rebuilt at the end of the seventeenth century, sported a concrete addition, brutalism with a clerical accent. Standing in its shadow, I asked Cathomas how Switzerland’s near-sacred devotion to order—visible in trains, typography, and almost everything else—squared with its tolerance for linguistic chaos.
    “You know, that’s just the fascination of small things,” he said. “If you hold small things in high esteem, that’s a good attitude. But, in practice, it leads to difficulties. As soon as you don’t adhere to certain standards, you’re struggling.”
    It became evident that in the Romansh world, six degrees of separation would be overkill. Mention a name and you may be offered coffee, champagne, or a cousin. When I brought up Clemens Sialm, the finance professor in Texas, I found myself ushered up the stairs of the Hotel Alpsu, which is run by Sialm’s family. His sister leaned out of the kitchen; among the drinkers on the terrace was Elmar Deflorin, a singer and a filmmaker who, in 1986, had turned a satirical poem about R.G., written by a teacher, into a valley-wide rock anthem.
    After some coaxing, Deflorin sang the opening verse, which translated to: “Good heavens, what’s coming? / A new thing, a new language! / Gather yourselves, you valleys, with axe and club, every child! / We don’t want Rumantsch Grischun!” Later stanzas mocked purists who would “rather die than change” or “experience the world only in German.” Cathomas reprinted the poem in his (German-language) book on the Romansh-language wars, “A Path to Unity in Diversity.” When I asked Deflorin what he thought of the value of R.G. today, he didn’t hesitate: “I think it’s existential.”
    The next day, Cathomas and I went southeast, to the Engadine, where Puter and Vallader are spoken. In Pontresina, a village of palatial hotels, its mayor, Nora Saratz Cazin, explained that even here, in a Puter-speaking zone, speech could fray into micro-dialects. “The Pontresina dialect is very broad, doughy,” Cazin said. “We say primaveeerer, with a lot of eeeer and neer. In Zuoz”—eight miles away—“it’s primavaira.” Cathomas added that Pontresina people sounded slightly different from their neighbors in Celerina. How far away was that? She pointed out the window: “Celerina is the houses over there.”
    The second wave of resistance to R.G. began, predictably, in schools. For decades, the Grisons had printed textbooks in five Romansh idioms—a baroque solution that invited a more rational one. In the mid-two-thousands, the canton launched a trial program, subsidizing schools that taught in the standardized language. A new textbook series blended modernity with Alpine flourishes; one spread on hunting showed a smiling woman with a hooved carcass slung across her shoulders like a sweater, blood streaking her sleeve.
    Between 2007 and 2009, dozens of schools signed on to teach R.G., with a plan to eventually make it the language of instruction. Then children came home spouting phrases that sounded off, even foreign. Outrage followed. A bridge language never meant for speech was suddenly being spoken—and enforced as correct.
    In 2010, indignant parents in the Engadine founded an opposition group, Pro Idioms. Its leader, Domenic Toutsch—a farmer turned insurance executive turned village president—saw R.G. as a professional-class takeover. “The professional Romansh, the Romansh élite, bypassing the people, sought to introduce the Rumantsch Grischun project in an undemocratic, dictatorial manner,” he told me, “with money, coercion, and so on, under the leadership of Bernard Cathomas, among others.” Then, with a farmer’s finality, he added, “Bernard Cathomas is not my political Romansh friend.”
    Soon, a second chapter formed in Surselva. One of its leaders was Tresa Deplazes. When her daughter started third grade in an R.G. school, Deplazes recalled, “that’s when we really got a sense of what it meant. She’d bring home homework, and we’d encounter something that just sounded wrong and looked wrong. Really wrong.”
    The alliance between the two chapters required delicacy—the gap between the Engadine dialects and Sursilvan is the widest in the Romansh family—and participants sometimes had to ask one another what certain words meant. The group’s website published everything twice, with a short German summary as a backup for outsiders. On one point, however, everyone was unified and unyielding: no single Romansh should rule them all.
    Pro Idioms’ most effective weapon was procedure. In the Grisons, the canton where villagers once voted on whether to become Protestant or remain Catholic, individual communities could still hold a vote on which Romansh to teach. From 2011 to 2013, Pro Idioms campaigners trudged from hamlet to hamlet, insisting that the canton didn’t have the authority to dictate. “Every municipality had the right to decide its own language,” Deplazes said.
    In the spring of 2011, the writer Leo Tuor thundered in the Neue Zürcher Zeitung that the debate over R.G. had “destroyed linguistic peace in the Grisons and squandered the trust of the population.” Pro Idioms claimed that the way R.G. was introduced damaged children psychologically, fractured cohesion, and undermined identity.
    Not everyone admired the tenor of the revolt. “Perhaps Switzerland’s democratic principles were also somewhat undermined,” Fabian Huonder, a translator for the canton government, said. “If anyone spoke up for Rumantsch Grischun, they were interrupted, sometimes forcefully.” Still, the campaign worked. Most schools that had adopted R.G. reverted to an idiom.
    Yet Pro Idioms’ triumph had the markings of a Pyrrhic victory. With local schools rejecting R.G. textbooks, international publishers cut back their Romansh editions. The canton kept the colorful R.G. series for the few communities that continued to use them, but largely reverted to a modular system, plugging variant idioms into a single content-management framework. A professor commissioned by the Grisons government to develop teaching materials gave me the numbers: “We print eight sets of textbooks—five in idioms, one in Rumantsch Grischun, one in German, one in Italian. Sutsilvan, the smallest idiom, has just one school. Maybe twenty or thirty students.”
    In 2021, about forty thousand people—half a per cent of the Swiss population, fourteen per cent of the Grisons’—identified Romansh as their main language. The numbers haven’t budged much, but Romansh now sits in a kind of bureaucratic stalemate. Official publications appear in R.G., as do the Romansh broadcaster’s website and its radio news and bulletins, but almost all TV broadcasts are in the idioms. The daily newspaper La Quotidiana maintains an idiomatic equilibrium.
    David Truttmann, the paper’s publisher, took me through a recent edition with a ballpoint pen, charting linguistic shifts like a field commander repositioning troops. With square glasses and gray-flecked dark hair, he had the calm, thoughtful demeanor of someone long accustomed to handling complaints. The lead story—on a wind-power project—was in R.G. Two of the briefs were in Sursilvan. A photo spread was captioned in Puter. Inside, he pointed out Vallader and Surmiran.
    “I think this is the only newspaper in the world written in six different variants,” he said. The ads, inevitably, were mostly in German.
    It could almost seem that the invention of a uniform Romansh has encouraged further fragmentation. In Sedrun, a village below the Oberalp Pass, locals maintained that they spoke not Sursilvan or Sutsilvan but Tuatschin, a micro-idiom of their own. “About twelve hundred people live here,” one woman said, “but only about five hundred are Tuatschiners.”
    That night, in a hall attached to a compound for holiday groups—a bar on one side, a mandala-like cloth draped over the back wall—I attended an evening of prose and song. Pascal Gamboni, a musician with a graying mod cut, sang in Tuatschin: “Mo sil tschiel mirel, mo sil tschiel”—“Only in the sky, only in the sky.” Flurina Badel, a novelist, read from her new book, “Tschiera” (“Fog”), which is in Vallader and concerns Engadine villagers who are being priced out by second-home buyers. With her red-brown hair drawn back and her lips rouged, she read with the steady interior focus of a writer communing with her own sentences. I couldn’t follow her in Vallader, and I had the sense that I wasn’t alone.
    When she switched to German, everyone relaxed. “The quality of literature,” she told me afterward, “has nothing to do with the language in which it is written but with how that language is used.”
    At first, Gamboni and Badel looked like specimens of a venerable Alpine culture. That picture shifted once I spoke with them. Badel is a first-generation Romansh speaker: her father is of Italian descent, her mother Swiss German. They had moved to the Engadine partly for the cheap housing, which has long since disappeared. At home, Badel spoke French, Italian, and German; Vallader came later.
    She enrolled at the Hochalpines Institut Ftan, an élite school that educates both international boarders and local Swiss of more modest means. Later, while studying creative writing in Vienna, she was disappointed to find that everything was conducted in just one language. Did her devotion to Vallader have a convert’s zeal? “I also have a strong affinity for linguistic innovation,” she said. “And when I write in Romansh I’m very close to innovation. I can help invent new words.” She sometimes submits suggestions to Pledari Grond, an online dictionary: giattera (cat flap), tschüffasömmis (dream catcher).
    Gamboni had once spent a decade in England chasing rock stardom. In the early two-thousands, he moved to Bristol with his band, Cléan. Their sound was a serviceable version of Britpop; Gamboni sang in English. A few years later, though, the band was gone. The manager was gone. Gamboni had turned toward the obscure, scraping bows across guitar strings, recording snowmelt, making art films in derelict buildings. He looked worn out. His mother was worried.
    One way of telling the story is that Badel and Gamboni represented a younger generation intent on a Romansh revival. Another is that Romansh became a refuge when your larger ambitions went to ground.
    On the cantonal level, Romansh’s survival comes down to money. From the nineteen-fifties on, the Grisons went from rural poverty to Alpine affluence on the backs of tourism, high-tech industries, and hydropower. Today, its budget stands at $3.9 billion. Against that, the amount spent on supporting a minority language is, as Daniel Spadin, the canton’s top civil servant, told me, “negligible.” In his office building, he ushered me into a chandeliered chamber where a walnut table stretched beneath a rococo ceiling, gilt mirrors lined the walls, and a floral carpet spread underfoot. Federal and cantonal governments combined now spend the equivalent of about seven million dollars a year to keep Romansh alive, including subsidies for the Lia Rumantscha. (A separate levy brings in funds for public broadcasting.)
    “You get onstage very quickly,” Johannes Just told me one evening in his Chur apartment. He would know: for more than two decades, he was part of Liricas Analas, a Romansh rap crew. The name, literally “Anal Lyrics,” nods to the old “Parental Advisory” stickers that warned of obscene language. After six albums, the group disbanded in 2022. “From the living room to the stage, the transition is quick,” Just said. “The hard part is what comes after—trying to go from amateur to professional.”

    Liricas Analas revelled in regional clichés. In one 2012 video, a mountain rube putters to Zurich on an undersized motorbike and swaggers into a night club; offered cocaine, he counters with snuff. In a promotional image, the members pose beneath a schoolhouse panel in Trun that reads “Protect your old Romansh language.” None of them, however, could live on rhyme alone. By 2022, the surviving m.c.s were in their late thirties or forties, commuting from day jobs.
    Book publishing functions in much the same way—small triumphs, bounded horizons. Nadina Derungs, who runs Chasa Editura Rumantscha, in Chur, told me that a typical Romansh title might sell between four hundred and six hundred copies. The outlier was “Uorsin,” a 1945 children’s story about a boy stuck with the puniest cowbell at a fête, which was published in fourteen languages and sold a million copies.
    Derungs had bold glasses, black teardrop earrings, and a bubbly, curated energy. “We don’t publish everything we’re sent,” she said. For younger readers, the Lia Rumantscha translates international hits by big names—Richard Scarry is the latest. But since the revolt against R.G., even Scarry has to appear in multiple idioms. The result: fewer new books, more versions of the same ones.
    When I asked Derungs if she had ever dreamed of working at the German publishing giant Bertelsmann, she sighed. “Of course it would have been great,” she said. “But just getting an internship there—no chance. In the Romansh world, as soon as you want to work for the community, everyone comes and says, ‘Come to us.’ ”
    “This is a protected environment,” another Swiss woman told me when I mentioned the peculiarities of the Romansh cultural ecosystem. She had grown up speaking Romansh in Silvaplana, but she had since moved to Zurich. We were talking in German: “Das ist ein geschützter Rahmen.” But now she switched languages. “Safe space,” she added, in English.
    Technology may yet decide Romansh’s fate. Several years ago, executives at RTR, the public broadcaster in Chur, asked a computational-linguistics team at the University of Zurich whether the language could be brought into the world of automated translation. The timing was favorable: neural networks were replacing statistical models in mainstream machine translation, dramatically improving fluency. The Zurich researchers had spun out a startup, later folded into a larger language-services firm, Supertext, and saw Romansh as a perfect test case. Statistical systems could “see” only a handful of words at a time; neural models could take in whole sentences, and, later still, large language models could weigh even broader contexts.
    RTR agreed to co-fund a pilot to test new tools for its editorial team. The appeal for the developers was the engineering challenge it posed. Corporate clients often expect high-quality translation of internal jargon that behaves like a private dialect; Romansh, with its sparse training corpus and multiple variants, was a real-world version of that puzzle. The team trained its first system on roughly a hundred and twenty thousand aligned segments, a far cry from the billion-plus that a tech giant would have used for German-English. To compensate, they pretrained their system on equivalent Italian and German texts, and they machine-translated texts from major European languages to Romansh to bulk up the corpus.
    The resulting system worked well enough that when Bernard Cathomas switched to Romansh in an e-mail exchange, I could reply in kind. It performs better translating out of Romansh than into it, and it produces only R.G., though it can handle the idioms as input. A new project, backed by the Lia Rumantscha and the University of Zurich, aims to support all five major idioms, as well as R.G. The training base is meagre, mostly drawn from the news, but organizers hope for a working system by 2026.
    The Lia Rumantscha is also asking the International Organization for Standardization to classify each idiom as a separate language. Some people doubt that this hyperlocalism will pay off. One member of the Zurich team told me about a Swiss firm that sold a G.P.S. device with directions spoken in Swiss German. “No one bought it,” he noted. “People said, ‘That’s not my Swiss German.’ ” You can give the machine a voice, he suggested, but people still want it to sound like their cousin.
    It’s a long way from Zurich to Schnaus, and not just geographically. Where the tech world prizes scalability and fluency, the anti-R.G. camp measures success in familiarity, cadence, the feel of something handed down. When I mentioned Cathomas to Tresa Deplazes, a founder of Pro Idioms, she warned me not to be “blinded by his demeanor.” Over lunch at her carefully restored old home—fresh pasta, prompted by a glut of eggs from her hens—I was struck by its contrast with Cathomas’s existence in his austerely modern architectural dwelling in Chur.
    That evening, Deplazes and Francestg Friberg, a schoolteacher and a Pro Idioms member, led me up a hillside where Friberg kept his horses, Carmelot and Amarena. He distributed hay, grilled sausages, and gave me the Romansh names of a brook thundering in the dark.
    “We kept the idioms in schools,” Deplazes said. “We’re proud of that. It was a big job—very difficult.”
    “I don’t feel like a victor,” Friberg added. “But that’s well said. We achieved something.”
    It was the sort of sentiment Cathomas, from the other side, would have understood. “Minorities tend to make themselves smaller than they are,” he’d warned me. “At the same time, they also make themselves bigger. They feel like they can do anything. Both attitudes—the inferiority, the megalomania—are dangerous. In the middle, in reality, that’s the hard place.” But who decides where the middle lies? Between tradition and reform, the coördinates shift with every village.
    Later, I asked Friberg if his unusual first name was native to the area. “Yes, but it’s dying out, like Romansh,” he said. “I am the last of the Mohicans.”
    Rain lanced through the beams of our flashlights as we descended, the horses cantering around us. On the wall of a grotto, someone had scrawled “il drag”—“dragon,” though the official name was la cauma da nuorsas, the sheep’s haven. In Dardin, Friberg pulled a blackened stack of alderwood disks bound in blue twine from his barn and explained a seasonal custom, trer schibettas: heating the disks until they glowed, then hurling them into the valley with whittled sticks. “Over centuries, it became increasingly prohibited,” Friberg explained, given the risk of starting a fire. “Many villages banned it.” His own affection for the custom seemed undimmed; he demonstrated the technique by sending a disk skidding into the night.
    Driving back to Chur, I thought less of the hazards than I did of the stubborn beauty of the custom—the arcs of fire flung into darkness, small acts of defiance against the pull of forgetting. ♦

    https://www.newyorker.com/magazine/2025/12/08/a-very-big-fight-over-a-very-small-language

    #Suisse #langues #romanche #identité #appartenance #authenticité #Grisons #Lia_Rumantscha #minorités_linguistiques #standardisation #Rudolf_Olgiati #histoire #Heinrich_Schmid #Rumantsch_Grischun

  • Lectures pour une ombre by Jean Giraudoux
    https://gutenberg.org/ebooks/70995

    “Lectures pour une ombre” by Jean Giraudoux is a novel written in the early 20th century. The narrative unfolds against the backdrop of World War I, exploring the complexities of life, war, and personal narratives as they intertwine in the experiences of soldiers and civilians alike. Central to the story are the reflections and interactions of various characters, including soldiers and local inhabitants, as they navigate through the chaos of war. The opening of the novel sets a contemplative tone, depicting the soldiers waking up in an unfamiliar setting, dealing with the physical and emotional remnants of a recent battle while longing for the familiarity of home. With reference to their thoughts about the war league and the unrealized dreams of the future, characters ponder their relationships and loss amidst the unfolding events. The narrative introduces various details about daily life intertwined with the military context, highlighting the juxtaposition of mundane activities against the backdrop of war chaos. As soldiers reminisce about their pasts and engage in humorous yet poignant dialogues, the reader is drawn into their world where the specters of love, loss, and hope linger despite the harsh realities surrounding them. (This is an automatically generated summary.)

    Oeuvres de Jean Giraudoux. 3, Lectures pour une ombre / Jean Giraudoux | Gallica
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9690281w.texteBrut

    Texte complet disponible en ligne

    Title : Oeuvres de Jean Giraudoux. 3, Lectures pour une ombre / Jean Giraudoux
    Author : Giraudoux, Jean (1882-1944). Auteur du texte
    Publisher : Emile-Paul frères (Paris)
    Publication date : 1929
    Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39156199f
    Relationship : Titre d’ensemble : Oeuvres de Jean Giraudoux
    Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb321699372
    Type : monographie imprimée
    Language : French
    Format : 1 vol. (224 p.) ; in-8
    Description : Contient une table des matières
    Rights : Public domain
    Identifier : ark :/12148/bpt6k9690281w
    Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-24164 (3)
    Provenance : Bibliothèque nationale de France
    Online date : 05/06/2016

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Lectures_pour_une_ombre

    Lectures pour une ombre est un roman de Jean Giraudoux publié en 1917 aux éditions Émile-Paul Frères. Il est dédié au critique et journaliste André du Fresnois.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Giraudoux
    https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Jean_Giraudoux

    #roman #lettres #1917

  • Dark romance et culture du féminicide - La Vie des idées
    https://laviedesidees.fr/Dark-romance-et-culture-du-feminicide

    par Ivan Jablonka , le 25 novembre

    femmes , violence , sexisme , fiction

    La « dark romance » met en scène des héroïnes captives qui tombent amoureuses d’hommes ultra-violents. Ce genre littéraire, produit et consommé par des jeunes femmes, est-il le reflet de #MeToo ou l’allié du masculinisme ?

    #Dark_romance #Romance #Culture #féminicide

  • La dark romance, un succès qui interroge les féministes | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/rachel-silvera/dark-romance-un-succes-interroge-feministes/00116587

    Le 21 Novembre 2025
    7 min
    Rachel Silvera Maîtresse de conférences à l’université Paris-Nanterre

    Captive, L’As de cœur, Sexy Devil… un nouveau genre littéraire sous l’étiquette de « dark romance », mettant en scène des relations toxiques, connaît un succès fulgurant. C’est un phénomène social qui divise et inquiète.

    Dans le sillage de Cinquante nuances de Grey, entre romance et littérature érotique, ces livres explorent des relations amoureuses sous un angle sombre et ambigu. Des dynamiques de pouvoir, des relations obsessionnelles et bien souvent violentes et taboues, sont mises en scène autour d’une héroïne confrontée à un homme violent, torturé, dominateur ou affectivement dépendant. Autre caractéristique de ce genre littéraire : ces romans sont écrits par une majorité de femmes.

    Son succès date des années 2020, grâce aux réseaux sociaux comme TikTok et son #BookTok. Les plateformes gratuites comme Wattpad ou AO3 rendent lectures et écritures gratuites et accessibles à tous et surtout toutes, avec des dizaines de milliers de romans disponibles. Les saga comme 365 jours de Blanka Lipinska ou Captive de Sarah Rivens dépassent les 7 millions de lectrices.
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    Citons également la « dark romantasy », qui démarre avec le succès de la saga Twilight dans les années 2000 et met en scène des jeunes femmes (le plus souvent) avec cette fois-ci des créatures fantastiques – vampires, loups-garous ou « faes » (créatures féeriques proches des elfes) – qui reprennent les traits du héros romantique traditionnel (beau, riche, fort mais aussi jaloux et parfois violent). Ces histoires d’amour sont brutales, les personnages moralement ambigus et des scènes de sexe explicites y figurent le plus souvent. Obsessions, possessivité, abus y sont la norme.
    Culture du viol…

    Enfin, forme encore plus insidieuse voire dangereuse, le manga japonais Yaoi, pourtant créé par des femmes et lues par des lycéennes en France comme au Japon, illustre des relations homoérotiques masculines dominatrices, où l’un des personnages exerce son pouvoir sur l’autre, et défend des fantasmes de sexe contraint, voire de viol.

    Il y a tout juste un an, Anne-Cécile Mailfert a consacré une chronique sur France inter à ce thème. Elle dénonçait les stéréotypes profondément enracinés dans notre imaginaire collectif :

    « Comme le montre l’essai Désirer la violence de Chloé Thibaud, nous vivons dans une culture où la violence est érotisée, romantisée. Ces fictions exploitent ce terrain fertile en glorifiant des figures masculines toxiques et en suggérant que, comme dans La Belle et la Bête, l’amour pourrait “sauver” des relations abusives. »

    Or, les conséquences de ces lectures ne sont pas anodines, selon elle, pour preuve : 15 % des filles de 15 à 18 ans subissent des violences dans leurs relations amoureuses. « Ces chiffres ne sont pas des abstractions, ils reflètent la confusion entre conflit et violence, jalousie et passion, amour et dépendance qu’entretiennent ces livres », poursuivait l’écrivaine et présidente de la Fondation des femmes.

    Le risque est la normalisation des relations toxiques, où manipulation et violence seraient des preuves d’amour

    Du point de vue des jeunes lectrices, le risque est effectivement la normalisation des relations toxiques, où manipulation et violence seraient des preuves d’amour. Selon la psychologue Johanna Rozenblum, on en viendrait à préférer une relation toxique plutôt que de ne rien vivre du tout.

    Ce qui choque également, selon la doctorante Marine Lambolez dans The Conversation, « c’est que les abus sont explicites et revendiqués. (…) Dans une société dite « post-#MeToo », il n’est plus crédible pour un homme de jouer l’innocent. (…) La dark romance choisit alors de faire de ses héros des hommes conscients de leur violence ».
    … ou renversement des dynamiques de pouvoir ?

    Mais cette analyse fait débat. Tout d’abord, sur le profil de ces lectrices : le journal Libération note que selon des libraires intérrogé·es, les lectrices de Captive, titre emblématique, achètent aussi les ouvrages de Mona Chollet sur l’émancipation des femmes. Plus que jamais, à l’occasion de ces lectures, la question du consentement et du non-consentement est évoquée.

    L’universitaire en sciences de l’information et de la communication Magali Bigey explique dans The Conversation que les lectrices de ces romans sont très prescriptrices, en publiant des milliers de vidéos sur leurs analyses émotionnelles des personnages via les réseaux sociaux. Et selon elle, « contrairement à l’idée selon laquelle ces romans encourageraient la violence, beaucoup de lectrices y voient une zone « safe » pour explorer des émotions fortes tout en gardant le contrôle ».

    La dark romance permettrait d’explorer d’autres dynamiques de pouvoir et de soumission, tout en restant dans un cadre fictionnel. Elle compare ainsi ce genre littéraire à un film d’horreur ou à un thriller, où l’on recherche des sensations fortes, de peur et de suspense, mais qui s’arrêterait une fois le livre fermé. Toujours selon Magali Bigey, des enquêtes auprès de lycéennes montrent une mise à distance face aux rapports de domination et de violences présents dans ces romans, un moyen d’en prendre conscience.

    Certaines sociologues considèrent que la dark romance pourrait même être une remise en cause des dynamiques patriarcales

    Certaines sociologues considèrent que la dark romance pourrait même être une remise en cause des dynamiques patriarcales. Notamment dans la dark romantasy, les « monstres charmants » ont en réalité besoin de l’héroïne pour survivre, tant par son amour que par ses faveurs sexuelles. Marine Lambolez cite ainsi l’exemple d’un « fae » qui doit donner du plaisir à la femme aimée à chaque pleine lune, sinon ses pouvoirs disparaissent. La plupart du temps, l’héroïne finit par guérir son bourreau et par prendre le contrôle sur la relation, malgré la violence initiale.

    « Ces violences renvoient à une réalité sociale, celle d’une société encore très violente à l’égard des femmes. On ne peut pas reprocher aux autrices d’écrire sur ce qu’elles connaissent et subissent au quotidien. Il me semble qu’aborder les violences sexistes et sexuelles dans les dark romances est effectivement une forme de réappropriation, une manière de traiter un fait de société en montrant qu’il est souvent possible de s’en relever et de dépasser un statut de victime, analyse Océane Ghanem, l’une des principales autrices de dark romance, qui précise toutefois : J’exclus de mon propos les livres qui idéalisent ou banalisent le viol. »

    La défense de ce genre littéraire s’appuie aussi sur l’esprit critique de ces adolescentes, tout à fait capables de distinguer fantasme, romance et réalité. Elles sont pleinement conscientes de ce qu’est le consentement. Par exemple, l’une des lycéennes interrogées par Magali Bigey évoque la dark romance comme un curseur : « Si mon mec commence à se comporter comme le héros, j’arrête net ».

    Mais encore faut-il pour cela un accompagnement critique de ces ados (filles et garçons) sur tous les enjeux complexes de la sexualité et du consentement, que ce soit en famille ou à l’école. Et rappelons que les programmes d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (Evars) obligatoires au collège et au lycée depuis la rentrée 2025, connaissent un début difficile, du fait de fortes oppositions et de moindres moyens financiers attribués aux associations comme le Planning familial.
    Rachel Silvera

    #Dark_romance #Romance #Magali_Bigey