• Travail forcé et exploitation coloniale : souvenons-nous Olivier Lecour Grandmaison - 10 Mai 2019 - Investigaction
    https://www.investigaction.net/fr/travail-force-et-exploitation-coloniale-souvenons-nous

    Légitimé et défendu, sous la Troisième République, par de nombreux hommes politiques, juristes et professeurs d’université notamment, le travail forcé a, sous différentes formes, été la règle dans les possessions françaises jusqu’à son abolition tardive le 11 avril 1946. Rares sont ceux qui, comme la philosophe Simone Weil, ont dénoncé « les déportations massives » des « indigènes » et le recours meurtrier au travail forcé en Afrique française et en Indochine.

    « L’exploitation [coloniale] a été perpétrée si souvent (…) avec une telle cruauté, par l’homme blanc sur les populations arriérées du monde, qu’on fait preuve (…) d’une insensibilité totale si on ne lui accorde pas la place d’honneur chaque fois que l’on parle du problème colonial. »
    Karl Polanyi (1944)

    Le 11 avril 1946, après de nombreux atermoiements, l’Assemblée nationale constituante votait enfin la proposition de loi de Félix Houphouët-Boigny tendant à la suppression « immédiate » du travail forcé dans les colonies françaises.

    Quelques jours auparavant, ce député était intervenu à la tribune pour dénoncer la situation des « indigènes » toujours soumis à des formes exceptionnelles et particulièrement brutales d’exploitation. Usant d’une anaphore qui lui a permis de brosser un tableau précis des pratiques coloniales, il déclarait : « il faut avoir vu ces travailleurs usés, squelettiques, couverts de plaies, dans les ambulances ou sur les chantiers ; il faut avoir vu ces milliers d’hommes rassemblés pour le recrutement, tremblant de tout leur corps au passage du médecin chargé de la visite ; il faut avoir assisté à ces fuites éperdues (…) vers la brousse ; (…) il faut avoir vu ces théories d’hommes, de femmes, de filles, défiler silencieusement, le front plissé, le long des chemins, qui mènent au chantier. (…) L’indigène ne peut plus comprendre ni admettre ce servage, cent cinquante après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et cent ans après l’abolition de l’esclavage. »

    Précision essentielle : ce travail forcé – tâches de construction, transport de marchandises, entretien des agglomérations… – est imposé de façon autoritaire et souvent violente aux autochtones qui n’ont commis ni crime ni délit. En effet, les hommes et les femmes visés ne sont pas des individus condamnés à une peine privative de liberté prononcée par un tribunal, à laquelle viendrait s’ajouter celle des travaux forcés ; cette obligation concerne les populations civiles de l’empire dont les membres sont « sujets indigènes », soit l’écrasante majorité des individus. Légitimé et défendu, sous la Troisième République, par de nombreux hommes politiques, juristes et professeurs d’université notamment, le travail forcé a, sous différentes formes, été la règle dans les possessions françaises jusqu’à son abolition tardive le 11 avril 1946.

    Ainsi fut construit, par exemple, le chemin de fer destiné à relier Brazzaville à Pointe-Noire, sur la côte atlantique. Bilan de cet “exploit”, réputé témoigner de la glorieuse « mise en valeur » du Congo français : 17000 morts « indigènes » pour la réalisation des 140 premiers kilomètres et un taux de mortalité sur ce chantier de 57% en 1928. Qui a livré ce dernier chiffre ? Un anticolonialiste farouche ? Non, le ministre des Colonies, André Maginot, dans une déclaration faite devant une commission ad hoc de la Chambre des députés. L’entreprise chargée des travaux ? La Société de construction des Batignolles dont la prospérité est en partie liée aux nombreux contrats remportés dans les possessions françaises. Son héritier et successeur n’est autre que le groupe bien connu aujourd’hui sous le nom de SPIE-Batignolles. En 2013, Jean Monville, ancien PDG de ce groupe, rappelait benoîtement « la fierté de ce qu’on avait fait dans le passé, de notre professionnalisme et de notre engagement dans nos “aventures” d’outre-mer ». (Le Monde, 21 mai 2013). Nul doute, les descendants de ceux qui sont morts à l’époque apprécieront la délicatesse de ces propos.

    Réformé mais jamais véritablement supprimé, le travail forcé a ainsi perduré sous la Troisième République, le régime de Vichy et dans les colonies passées aux côtés de la France libre. A preuve, les orientations soutenues par Félix Éboué, gouverneur général de l’Afrique équatoriale française, pendant la Seconde Guerre mondiale. Souvent présenté comme un grand humaniste, qui a toujours défendu les droits de l’homme, Éboué, comme la majorité de ses pairs, ne s’est jamais prononcé dans ses écrits pour l’abolition immédiate du travail forcé. De même les résistants prestigieux qui, à partir du 30 janvier 1944, se réunissent à Brazzaville pour définir la politique à mettre en œuvre dans les territoires d’outre-mer.

    Inaugurée par le général de Gaulle, cette conférence doit prendre une décision relativement à cette forme particulière de labeur. En raison de « l’effort de guerre », les représentants de la France libre, rassemblés dans la capitale du Congo français, décident de prolonger le travail forcé pour une durée de cinq ans ! En métropole, ils n’ont de cesse de dénoncer le Service du travail obligatoire (STO) établi par les autorités de Vichy le 16 février 1943 ; dans les colonies, ils trouvent normal d’imposer aux « indigènes » de vingt à vingt-cinq ans reconnus aptes, mais non incorporés à l’armée, un Service obligatoire du travail (SOT). Subtilité des sigles et triomphe du relativisme politico-juridique. De là ces indignations sélectives et hexagonales cependant que dans les possessions ultra-marines la condamnation cède le pas à l’acceptation.

    Rares sont ceux qui, comme la philosophe Simone Weil, ont dénoncé « les déportations massives » des « indigènes » et le recours meurtrier au travail forcé en Afrique française et en Indochine. En dépit de ses protestations, exprimées dès 1943 alors qu’elle a rejoint la Direction de l’Intérieur de la France libre dans la capitale du Royaume-Uni, S. Weil n’a pas été entendue. Tout comme André Gide et Albert Londres une quinzaine d’années auparavant. Voilà qui aide à comprendre les lenteurs de l’Assemblée nationale constituante à la Libération.

    Joli tableau, n’est-il pas, de la très glorieuse colonisation française toujours présentée, par de nombreux contemporains, comme une entreprise généreuse destinée à apporter la civilisation aux peuples qui en ignoraient jusque-là les bienfaits. Cette sinistre réécriture de l’histoire prospère avec la caution de quelques faiseurs de livres – A. Finkielkraut, P. Bruckner et E. Zemmour, notamment – qui prennent leur ignorance et leurs audaces prétendues pour de brillantes découvertes. Ils n’hésitent pas à se dire amis de la connaissance et de la vérité ; sur ces sujets, comme sur beaucoup d’autres, ils ne sont que de vulgaires idéologues qui traitent les faits établis en chiens crevés. Demeurent de pauvres écholalies qui réhabilitent un discours impérial-républicain forgé sous la Troisième République. Audaces intellectuelles ? Stupéfiante régression et grand retour du roman national.

    Source : Le Blog d’Olivier Lecour Grandmaison https://blogs.mediapart.fr/olivier-le-cour-grandmaison/blog

    #esclavage #france #exploitation #Congo_français #déportation #SPIE-Batignolles #STO #SOT #roman_national #Simone_Weil (la Philosophe)


  • Is France truly a unique nation among nations ? | Financial Times

    https://www.ft.com/content/3f129b0c-5a26-11e9-840c-530737425559

    Nations are addicted to narratives. They all have them, yet each thinks theirs is the only one that counts. The British used to read Our Island Story — the hoary best-seller whose chronicling of stirring events and great men and women from Albion to Queen Victoria introduced generations of British schoolchildren to history. (David Cameron once claimed it was his favourite childhood reading.) Across the Channel, books like the so-called petit Lavisse did much the same thing, recounting the whole great sweep of what the French term the roman national from the days of the Gaulish general Vercingetorix to the French Revolution and its aftermath.

    These days a pretty good litmus test for where people stand on the cultural divide in France is whether they regard the roman national as something to be revived or dismantled.

    #gj #gilets_jaunes


  • Dans le scandale Macron-Pétain, tu dois absolument remarquer que personne ici ne rappelle les faits d’armes du Maréchal dans la guerre du Rif (terminée en 1926) : les massacres dans une guerre où les français ne faisaient jamais de prisonniers, et évidemment les bombardements systématiques à l’arme chimique des villages (avec son allié espagnol, Franco, qui commence déjà à être appelé caudillo).

    Mais l’indignation typiquement françaoui du moment démarre en 1940… (Dans le France post-coloniale, même l’indignation vertueuse peut chlinguer).

    • Il y a bâti son (immense) popularité sur cette illumination à Verdun, 2 ans après le début des combats, en «  découvr[ant] que #le_feu_tue   » (P. Valéry dans le discours de réception de Philippe Pétain à l’Académie française, le 22 janvier 1931).

      Ce qui montre, s’il en était besoin, le niveau de ses petits camarades…

    • A part #Pétain, il y avait #Joffre aussi. L’historien Roger Frænkel (l’auteur de Joffre, l’âne qui commandait les lions) a montré à quel point ce général - fait maréchal et dont de nombreuses rues et places portent encore son nom - était crapuleux, manipulateur, menteur et d’une médiocrité crasseuse. En cachant les désastres militaires du début de la guerre, il s’est fait responsable de la mort de plus de 300 000 soldats.

      Il y a quelques années, nous avons commis un atlas avec l’ami Vidal dans publié par un mensuel dont je tairai le nom, dans lequel Roger Frænkel avait résumé les faits d’armes de ce #grand_homme : Je reproduis ici les 4 000 signes de ce texte :

      Le général Joffre (1852-1931) est à l’origine d’un mot qui, sans que beaucoup le sachent, perpétue son souvenir : « limoger ». Il donna l’ordre, en effet, d’assigner à résidence à Limoges, en septembre-octobre 1914, une centaine de généraux qu’il jugeait incapables. Mais sa propre gloire est-elle bien méritée ?...

      LES ARMÉES FRANÇAISES SOUS LE COMMANDEMENT D’UN ÂNE, DOUBLÉ D’UN IMPOSTEUR

      Lorsqu’en 1911, le gouvernement français le propulse à la tête de l’État-major, Joseph Joffre, simple général de division, est encore inconnu. Formé à l’École Polytechnique, il n’est pas breveté par l’École de guerre – il appartient au Génie – et ses faits d’armes se limitent à la prise de Tombouctou le 12 février 1894, à coups de fusils et canons contre une bande d’indigènes équipés de javelots.

      C’est donc sous l’autorité d’un homme inexpérimenté que l’armée française se prépare à la guerre. Avec le colonel Grandmaison, Joffre élabore une tactique d’offensive à outrance au détriment de la défense du territoire. Le plan XVII, achevé en 1913, encourage – oui, encourage – les Allemands à déployer leur propre stratégie (le Plan Schlieffen) connue du ministère français de la Guerre depuis 1904 et qui prévoit d’attaquer la France par la Belgique. L’objectif de Joffre est ainsi d’attirer les troupes allemandes à la frontière franco-belge, pour ouvrir la voie à une victoire rapide en Lorraine.

      Les opérations d’août 1914 furent ce qu’elles devaient être. Volontairement tenus dans l’ignorance des objectifs poursuivis, les généraux français appliquent les instructions docilement ; l’armée allemande est laissée libre d’envahir la Belgique et peut avancer vers les Ardennes. Les troupes françaises attaquent à Sarrebourg et Morhange, mais, loin de surprendre l’ennemi, se heurtent à une défense solide : les Allemands, eux, ont pensé à protéger leurs frontières.

      Toutes les batailles livrées entre le 8 et le 24 août 1914 – toutes, sans exception – se soldent par des désastres. Le recul est général, la Belgique, submergée. Ces semaines furent les plus sanglantes du conflit : en seize jours, la France déplore autant de morts qu’à Verdun en quatre mois (INDIQUER DATES DE VERDUN ?).
      Pendant un an et demi, les défaites se succèdent, mais Joffre reste aux commandes. Ce n’est qu’en décembre 1916 qu’Aristide Briand obtient la démission du général qui, en compensation, est élevé à la dignité exceptionnelle de « Maréchal de France ». Pourquoi ce retard ? Pourquoi cet honneur ? En partie parce que, seul maître à bord dans la zone des combats, notre généralissime s’est rendu coupable de falsifications qui lui ont permis, grâce aux artifices d’un entourage menacé comme lui d’être congédié, de se maintenir en place.

      Pour cette opération de sauvetage personnel, il fabrique des informations erronées, destinées à tromper le gouvernement sur la réalité de la situation. Taisant les revers subis, il explique avoir disposé ses armées en supériorité numérique dans les meilleures positions, attendant qu’elles accomplissent leur devoir : « la parole est maintenant aux exécutants qui ont à tirer parti de cette supériorité », écrit-il dans un télégramme au ministre de la guerre le 26 août 1914.
      Vingt-quatre heures plus tard, affectant l’air navré du chef qui vient d’être contredit dans ses espérances, il avoue des désastres vieux de plus jours et accable les prétendus responsables : « Force est de se rendre à l’évidence. Nos corps d’armée, malgré la supériorité numérique qui leur avait été assurée, n’ont pas montré en rase campagne les qualités offensives que nous avaient fait espérer les succès partiels du début ».
      Une « évidence », des « succès partiels » ? En tués, blessés, disparus et prisonniers, la saignée d’août 1914 touche, côté français, plus de 370 000 hommes. Les généraux sur le terrain, qui n’ont fait qu’obéir aux ordres, sont décrétés coupables et « limogés ». La supériorité numérique revendiquée n’était pourtant qu’un mensonge.

      Les faits ne sont plus réfutés par personne, mais le souvenir de cette débâcle foudroyante a laissé peu de traces dans la mémoire nationale : Joffre demeure le fameux « vainqueur de la Marne », celui qui réquisitionna les taxis parisiens pour acheminer des hommes au front, celui que la foule ovationna le 14 juillet 1919 sous l’Arc de Triomphe, celui qui eut droit à des funérailles nationales, et dont le Parlement déclara en janvier 1931 qu’il « a bien mérité de la Patrie ». Combien de rues, places et autres avenues portent encore ce nom, celui d’un chef de guerre médiocre et affabulateur ?

      Comme pour Faidherbe, il faudra penser à faire débaptiser tout ce qui sappell Joffre dans ce pays.

      #bande_de_psychopathes #criminels_de_guerre

    • De Gaulle, donc :

      « Des événements excessifs, l’usure de l’âge mena le Maréchal Pétain à des défaillances condamnables, mais la gloire qu’il avait acquise à verdun et qu’il garda pendant 25 ans en conduisant l’armée française à la victoire, ne saurait être contestée et méconue par la patrie ! »

      Amen !

      Je comprends mieux d’où vient la France qui chérit les défilés militaires.

    • Je ne souviens pas qui a écrit que si les crimes d’Hitler sont considérés comme supérieurs à tous les autres, c’est largement parce qu’il a appliqué à des ressortissants européens le traitement usuellement appliqué, cela de manière plutôt banale et sans provoquer de grande indignations en Europe, aux peuples colonisés (Chomsky peut-être ?). Pas parce que, dans l’absolu, il aurait « innové » dans les procédés génocidaires (gazer des civils et éradiquer des populations entières).

      À part un peu la torture en Algérie, les crimes coloniaux français sont totalement occultés. Ce qui m’épate, c’est qu’à l’heure de l’internet et de l’accès immédiat à une foule de sources, des indignations vertueuses en 140 caractères à tout bout de champ, on arrive encore à passer totalement à côté des crimes de guerre et crimes contre l’humanité d’un type aussi connu. Gazer les populations civiles des villages de nos colonies, c’est un détail même pas digne d’être mentionné.

      Quand il y a eu des commémorations sur Churchill, au moins j’ai vu passer un bon nombre de rappels des indignités coloniales du bonhomme sur Twitter.

    • @nidal, tu penses sans doute à Aimé Césaire dans Discours sur le colonialisme :

      [...] et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

    • S’il faut s’indigner, il n’est pas nécessaire d’aller loin dans l’histoire et le temps. Cette horrible guerre coloniale au Yémen peut très bien faire l’affaire… Maréchal Macron ?

    • Pétain : le rôle méconnu du maréchal dans la Guerre du Rif
      08.11.2018 Par Louis Witter
      https://ledesk.ma/culture/petain-le-role-meconnu-du-marechal-dans-la-guerre-du-rif

      (...) Alors que l’armée espagnole est victime de plusieurs défaites face aux résistants rifains à partir de 1921, la France sent que la République mise en place par Abdelkrim El Khattabi menace ses projets coloniaux en Afrique du Nord et décide d’intervenir dans la Guerre du Rif. La principale déroute espagnole, celle de juillet 1921 à Anoual, pose les bases de la féroce contre-offensive franco-espagnole qui interviendra quelques années plus tard. Le Général espagnol Sylvestre y perd quelques 20 000 hommes et se suicide sur le champ de bataille. A la tête du Protectorat français, le Maréchal Lyautey s’inquiète dans une directive du 20 décembre 1924 d’un éventuel retrait des troupes espagnoles et préconise alors une action de l’armée française pour asseoir de nouveau le pouvoir des armées coloniales dans la région. (...)


  • « Sur les conseils de mes élèves, j’allais à l’épicerie Chez Abdallah »

    Entretien long format avec Laurence De Cock sur l’éducation, l’histoire et le postcolonialisme

    Propos recueillis par Céline Picard et Ferdinand Cazalis

    À lire et écouter ici :

    http://jefklak.org/?p=5663

    À la fin du XIXe siècle, un programme commun à l’ensemble du territoire français est décidé. Cela a trois finalités : 1. identitaire, car il faut fabriquer « du Français » dans un pays qui est fragmenté au niveau linguistique et culturel, et qui est par ailleurs éclaté en colonies ; 2. civique, il faut fabriquer des citoyen·nes républicain·nes au moment où la République est instable ; 3. intellectuelle, c’est-à-dire avec l’objectif de transmettre des connaissances (mais ce dernier niveau de lecture est secondaire). D’où l’idée de structurer l’école autour de programmes et de disciplines, qui, en France, ont parfois une rigidité que l’on ne retrouve pas dans tous les pays ; le terme de « programme » est quant à lui spécifiquement français : ailleurs on parle de « curriculum » ou de « plan d’étude ». Or ces mots – « disciplines » et « programmes » – sont à eux-seuls tout un programme, si j’ose dire : c’est un carcan idéologique servant quasiment des objectifs de dressage. L’enjeu est donc immense et touche à ce qui définit la nation et la patrie, au point que toute modification dans les programmes peut devenir un enjeu de société.

    L’histoire scolaire est écrite par les dirigeant·es selon deux objectifs. Le premier est politique : un programme d’histoire reflète à un instant « t » ce que le politique souhaite laisser comme trace du passé. Le deuxième est social : le programme cible le devenir de générations de jeunes ; c’est une projection à long terme de ce que le politique souhaite que la jeunesse devienne. On suppose qu’avec tel programme, les élèves vont développer tels types de comportements civiques et politiques. Par conséquent, pour un·e praticien·ne – un·e prof –, il est très compliqué de travailler avec ce matériau qui est surveillé en permanence. On essaie tant qu’on peut d’insister sur la dimension critique de l’histoire, mais ce n’est pas évident avec de tels enjeux qui nous dépassent. Car ce que nous souhaitons réellement enseigner relève d’une autre problématique que celle des gouvernements : quelle utilité peut avoir la connaissance et le raisonnement historiques pour une meilleure compréhension du monde ?


  • Suzanne Citron l’iconoclaste
    http://www.zinzine.domainepublic.net/?ref=3425

    Suzanne Citron nous a quitté le 22 janvier 2018. Elle est l’autrice du fameux « Mythe national » qui a « déconstruit » l’histoire française officielle qui avait été figée au XIX ème siècle pour des raisons politiques nationalistes. Nous la retrouvons d’abord avec un entretien réalisé en 2013, en compagnie d’une de ses héritières intellectuelles Laurence De Cock, où il est question de « La Fabrique de l’Histoire » scolaire notamment. Dans la deuxième partie, Laurence De Cock fait le point sur l’évolution de l’histoire scolaire des dernières années. Durée : 56 min. Source : Radio Zinzine

    http://www.zinzine.domainepublic.net/emissions/SPX/2018/SPX2018-01-29-SuzanneCitronIconoclaste.mp3


  • «Historytelling», l’alternative au #récit_national
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300118/historytelling-lalternative-au-recit-national

    Tout au long de cette année scolaire, à l’heure où la question de l’enseignement de l’histoire agite les querelles politiques, les Détricoteuses proposent leur rendez-vous mensuel et chronologique « Historytelling », une proposition alternative de récit national, des « origines » à nos jours. © Mediapart

    #France #Histoire #histoire_de_France #roman_national




  • Le Roman National Français | Quartiers libres
    https://quartierslibres.wordpress.com/2017/01/03/emission-radio-quartiers-libres-le-roman-national-francai

    Une émission pour analyser comment, à travers certaines périodes de l’histoire française, des acteurs et actrices politiques ont utilisé des figures historiques dans des objectifs politiques bien précis. Qu’est-ce que le « roman national » et comment est-il employé ? Durée : 1h. Source : Fréquence Paris Plurielle


  • Pourquoi les photos du Japon féodal sont des mensonges éhontés | Motherboard

    http://motherboard.vice.com/fr/read/pourquoi-les-photos-du-japon-feodal-sont-des-mensonges

    Quand des commerçants hollandais ont introduit la photographie au Japon pour la première fois en 1843, peu de gens se doutaient qu’elle serait utilisée pour diffuser des images exotiques du pays auprès d’un public étranger.

    À l’époque, le Japon était toujours enfermé dans un isolationnisme auto-imposé (une période allant de 1641 à 1853), et avait rompu ses contacts avec toutes les nations à l’exception des Hollandais. Au départ, la fascination des Japonais pour la photographie se concentrait sur la technologie elle-même, et elle était perçue comme un symbole du progrès occidental. Puis les touristes arrivèrent.

    #japon #histoire #roman_historique #roman_national


  • « Chez les jeunes, un roman national existe, beaucoup plus fort que ce qu’on imaginait » (Françoise Lantheaume, Libération.fr)
    http://www.liberation.fr/debats/2016/10/07/francoise-lantheaume-chez-les-jeunes-un-roman-national-existe-beaucoup-pl

    En banlieue ou dans les ZEP, on trouve les mêmes constituants avec trois ingrédients incontournables : les rois, la guerre, la Révolution. Et les élèves sont du côté du peuple, même dans les établissements privés. La seule sous-population à se distinguer, ce sont les élèves de lycées professionnels. Le nombre de non-réponse ou de réponses farfelues, avec des textes qui associent par exemple Zidane et la Révolution, y est significatif. Le récit est probablement une forme qui ne convient pas aux sections professionnelles où la maîtrise de l’écrit est plus problématique.
    […]
    Il s’agit d’un mélange de savoirs et de mythologie diffusé dans la société par différents canaux - les familles, la télé… - et dont les jeunes s’imprègnent en se socialisant. Cette #mythistoire construit la conscience historique, celle d’appartenir à un temps et d’en être le produit. Quand un élève dit que les Français ont « toujours été rebelles », il est dans la représentation, la croyance. Sont mêlées la vision qu’ils ont d’eux-mêmes et l’histoire, avec ses révoltes successives.
    […]
    Les élèves ont une vision très « présentiste » de l’histoire. Ils pensent vivre son aboutissement, sa fin et considèrent qu’il n’y a pas mieux.
    […]
    Ceci dit, pour la majorité, cela commence avec les Gaulois qu’ils voient comme une assemblée de petits groupes. Il y a une idée de diversité, de brassage, qu’ils jugent positivement. Selon eux, la France est le résultat de cette constitution progressive par agrégation et mélanges.
    […]
    Pour eux, l’important, c’est la géographie, ce territoire sans histoire, sur lequel vivent des peuples différents mais s’entendent autour du politique. C’est cela être français.
    […]
    Les élèves racontent une histoire très sécularisée, voire laïcisée.
    […]
    Les élèves évoquent de façon lapidaire un tiercé gagnant : Louis XIV, Charlemagne, Napoléon. Comme prévu, il y a très peu de personnages de femmes, mais elles sont présentes en tant que groupe.
    […]
    Le récit est un mode d’appropriation du monde, une façon de le mettre à sa mesure. Un grand nombre de textes sont des énumérations, des listes ou des nuages de mots. Peut-être est-ce lié à des pratiques juvéniles ou à l’enseignement de l’histoire qui s’est longtemps méfié du récit, réservé à la fiction, préférant des exercices avec des réponses à items.

    De nombreux éléments intéressants dans ce travail de Françoise Lantheaume et Jocelyn Létourneau.

    #éducation #Histoire #roman_national #récit_historique


  • Cette étrange obsession française pour le voile (OrientXXI)
    http://orientxxi.info/magazine/cette-etrange-obsession-francaise-pour-le-voile,1309,1309

    C’est plutôt la « nouvelle laïcité » (ainsi nommée par François Baroin en 2003 lorsque l’interdiction du voile était en débat) qui a fait entrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les principes fondateurs de la République. Elle transfère l’exigence de neutralité de l’État à ses citoyens, des institutions et des représentants de l’État à tout l’espace public et à tous ses habitants. La « nouvelle laïcité » exige des individus qu’ils comprennent que la neutralité, définie comme l’absence du plus modeste signe d’affiliation religieuse, est la condition sine qua non de l’appartenance à la nation.

    Le mot « laïcité » est polémique depuis sa création en 1871 par les militants anticléricaux. À l’époque, il servait à contrer le pouvoir de l’Église catholique ; à présent, il est utilisé pour définir une identité française qui exclut les musulmans. Dans les deux cas, les femmes sont considérées comme un danger potentiel pour la République. Au XIXe et au début du XXe siècle, on soupçonnait les Françaises d’être sous l’influence des prêtres ; au XXIe siècle, ce sont les femmes musulmanes dont les foulards sont le signe d’un « défaut d’assimilation » inacceptable, et d’un refus agressif de l’égalité soi-disant caractéristique de la République.
    […]
    L’assimilation culturelle est une caractéristique bien connue de l’identité française.

    #laïcité #roman_national #identité_nationale #voile #islamophobie #sexisme #genre


  • Retour du roman national à l’école ? (LeMonde.fr)
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/28/retour-du-roman-national-a-l-ecole_4775412_3232.html

    Après leur présentation, le 18 septembre, par la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, pour les uns, il est nécessaire que les nouveaux programmes d’histoire contribuent à transmettre et à renforcer le socle des valeurs communes alors que pour les autres, ils sont excessivement franco-centrés.

    – Enseigner plus d’histoire de France n’est pas du patriotisme éculé, par Iannis Roder (Professeur d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis).
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/28/enseigner-plus-d-histoire-de-france-n-est-pas-du-patriotisme-ecule_4775351_3
    La réaction de certains jeunes face aux attentats de janvier montre qu’il y a encore des progrès à accomplir pour enseigner la démocratie aux enfants, estime Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie.

    – Désormais, seul l’Hexagone existe pour les moins de 12 ans, par Vincent Capdepuy (Géohistorien et membre d’Aggiornamento histoire-géographie).
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/28/desormais-seul-l-hexagone-existe-pour-les-moins-de-12-ans_4775383_3232.html
    Les nostalgiques d’un récit concentré autour de l’histoire nationale à l’usage des collèges ont donc gagné la partie des programmes. Un aveuglement désespérant.

    #éducation #école #collège #lycée #histoire #patriotisme #roman_national

    • Définition de « roman » dans le Larousse en ligne :

      Œuvre d’imagination constituée par un récit en prose d’une certaine longueur, dont l’intérêt est dans la narration d’aventures, l’étude de mœurs ou de caractères, l’analyse de sentiments ou de passions, la représentation du réel ou de diverses données objectives et subjectives ; genre littéraire regroupant les œuvres qui présentent ces caractéristiques.
      À l’origine, œuvre narrative en prose ou en vers, écrite en langue romane (le Roman de la Rose, le Roman de Renart, par exemple).
      Histoire compliquée dénuée de vraisemblance


  • An interview with Michael Herzfeld: #Cryptocolonialism, the responsibility of the social sciences and Europe | King’s Review – Magazine
    http://kingsreview.co.uk/magazine/blog/2013/12/24/an-interview-with-michael-herzfeld-cryptocolonialism-the-responsibili

    KR: To broaden the question of Greece a little bit and contextualise your analysis, I think it would be interesting to talk about Europe or potentially the Euro and its situation at the moment. Where do you think we stand there?

    MH: Europe is an idea. The attempts to try to unify Europe culturally are quite artificial. It is simply extending the logic of the nation-state with all its failures to a larger plane. So I am not necessarily all that sympathetic to the project. On the other hand, the move to unification has had some benefits as well, most importantly the absence of warfare among its member countries. This at first sounds very good – but the absence of overt warfare does not necessarily mean that everything is going well. There are many ways of destroying people that don’t actually involve the usage of guns and bombs. The creation of a huge destitute underclass is precisely one of the ways in which an Orwellian nightmare could still come out of this. So I am less concerned about the criticisms of the EU that have to do with the shape of bananas, than I am with the mono-culturalist policies. To say – as the Vatican has said – that Europe is Christian is an insult to any European who is not and similarly viewing Europeans as ‘white’ insults. I think it is important to stop the idea of Europe as an exclusionary base. If Europe aims to become inclusive then it must rethink its attitude towards immigration. The world is going to see an even bigger sweep of refugees fleeing areas of conflict largely created by the ecological messes that in turn have been created by the West. Don’t we have a responsibility, therefore, to open our gates, even if it means we have to eat a little less? There are moral issues here that, as so often has happened in the past, have been recruited by a self-satisfied moralistic rhetoric. What the EU could be has been subverted by what the neoliberals would like it to be for their own very selfish purposes.


  • Napoléon en BD : l’inévitable apologie ? | Cases d’Histoire le magazine
    http://cdhlemag.com/?p=727

    La vie de Napoléon Bonaparte est un roman, enjolivé à la fois par ses biographes et par lui-même. La tentation première, héritée d’une longue tradition, est de reproduire la légende plutôt que de poser un regard critique sur l’aventure napoléonienne. La bande dessinée est-elle parvenue à s’émanciper du passé historiographique ? Où se place le 9e art sur l’échiquier des contempteurs et des hagiographes du héros national ?

    #biographie #hagiographie #roman_national #historiographie #bande_dessinée


  • “Oser le désordre” : interview croisée de quelques membres du collectif | aggiornamento hist-geo
    http://aggiornamento.hypotheses.org/2365

    On prend toujours les gamins pour des débiles en disant qu’il faut leur présenter les choses dans l’ordre, c’est-à-dire qu’il faut d’abord apprendre la chronologie pour comprendre le reste. Selon moi, il faut au contraire prôner le désordre, à partir de quoi les élèves sauront se construire une intelligibilité de la réalité.

    #histoire #historiographie #éducation_nationale #roman_national #chronologie #pédagogie


  • Pour une refondation de l’histoire à l’école élémentaire | aggiornamento hist-geo
    http://aggiornamento.hypotheses.org/1658

    Ne pourrait-on aborder sans tabou et sereinement la deuxième question, pourtant vive et chargée de passion : l’objet de l’histoire à l’école élémentaire est-il la seule “France“ ou l’humanité ? L’histoire est la connaissance du passé humain propose Henri Marrou dans De la connaissance historique, (1954), non sans rappeler la part de subjectivité dans toute écriture de l’histoire. Les premières incursions de l’enfant dans le passé doivent-elles se faire par le biais d’une histoire nationale enclose, figée dans une France-Gaule mythique et une litanie de héros ou bien s’agit-il, dès ce premier apprentissage, de lui faire comprendre la longue durée de l’histoire humaine, au sein de laquelle Il découvrira une réalité en mouvement, la nation France et y situera sa propre histoire.

    #histoire #éducation #école #roman_national


  • Lorànt #Deutsch et #Maurras. Explication de texte. | Les historiens de garde
    http://www.leshistoriensdegarde.fr/lorant-deutsch-les-hommes-superieurs-explication-texte

    Alors qu’une nouvelle polémique enflamme la Toile à propos de Lorànt Deutsch et de son soutien, via une dédicace pour le moins équivoque, à l’Action française de Bordeaux, nous souhaitions proposer une analyse plus poussée des propos de l’acteur afin de montrer que sa proximité avec Charles Maurras ne se limite pas à des autographes. C’est en effet une partie de sa sémantique qu’il emprunte au penseur du nationalisme monarchiste.

    #histoire #roman_national


  • Le vase de Soissons n’existe pas et autres vérités cruelles sur l’histoire de France : leçon de choses | aggiornamento hist-geo
    http://aggiornamento.hypotheses.org/1646

    Qu’y a-t-il de commun entre le bouclier de Vercingétorix, la culotte de Dagobert (qu’il avait semble-t-il mis à l’envers), l’étendard de Jeanne d’Arc, le masque de fer, le godemiché de Marie-Antoinette ou le chasse-mouches du dey d’Alger ? Sans trop s’y risquer on répondrait que ce sont des objets qui ont eu un rôle dans l’Histoire. Oui, mais ce n’est pas si simple et la quête de la vérité n’est pas toujours un long fleuve tranquille surtout lorsqu’elle est enfouie sous des siècles d’écritures historienne, littéraire ou cinématographique. Et, comme l’annonce le sous-titre de l’ouvrage qui nous occupe il y a des vérités cruelles sur l’histoire de France, qu’il est bon de rappeler. Parmi celles-ci, on le sait dès qu’on a la couverture sous les yeux, l’un des plus insupportables est peut être Le Vase de Soissons n’existe pas.

    #histoire #objet #roman_national #historiographie


  • "Napoléonland et les historiens de garde" (#ceci_n'est_pas_un_canular)
    http://www.autrefutur.net/Napoleonland-et-les-historiens-de

    Lancé en 2012 par #Yves_Jégo, le projet d’un #Napoléonland, est vendu comme un moyen de « créer de l’emploi et trouver une locomotive économique pour dynamiser la région »(Seine-et-Marne).
    Recruté pour l’occasion, Dominique Hummel, va rejoindre le comité de pilotage pour apporter son expertise. Selon lui, « il faut faire du #fun_intelligent. »

    Tiens, c’est drôle, pendant ce temps-là Volkswagen invente la "théorie du fun" pour son #marketing_sensoriel.
    http://seenthis.net/messages/122567

    [retour à Dominique Hummel] « L’#histoire est un prétexte pour donner du plaisir avec des émotions, des sensations et des connaissances. »

    Au delà de ces arguments « économico-funs », il sont l’application grandeur nature du nouveau #roman_national, « popularisé » par le comédien #Lorànt_Deutsch qui, dans son Métronome, participe au retour en force de récits orientés, portés, entre autres, par des politiques comme #Patrick_Buisson pour contribuer à une réécriture constante de l’histoire, changée en une vaste opération de commerce d’image d’Épinal…

    Avec Napoléonland, il ne s’agira donc pas de comprendre les ressorts de l’époque impériale, ni même de donner le point de vue du civil, du simple soldat, mais de vendre de la légende napoléonienne porteuse des valeurs les valeurs « qu’a introduites #Napoléon, celles de la Révolution et de la République ».

    Référence au travail de #William_Blanc, #Aurore_Chéry, #Christophe_Naudin : Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national,
    http://www.leshistoriensdegarde.fr
    Voir aussi
    http://seenthis.net/messages/67939
    http://seenthis.net/messages/66499

    "« Napoléonland » s’implantera à #Marolles"
    http://www.leparisien.fr/avon-77210/napoleonland-s-implantera-a-marolles-08-12-2012-2390253.php

    Cette idée folle de nouveau concept de parc, mêlant histoire et #attractions sur le thème de l’empereur, a été lancée en janvier. Et avant de trouver des financeurs privés, il fallait trouver le site idéal. C’est Philippe Lévêque, maire de Marolles-sur-Seine et premier vice-président de l’intercommunalité, qui a suggéré sa commune comme lieu d’accueil. « J’ai proposé un emplacement idéal, situé entre la D411, la ligne de TGV et l’autoroute A 5. Nous avons là des terrains exploités par un groupement de carriers. Mais il faut penser à leur reconversion. » Après plusieurs visites auprès de Dominique Hummel, patron du Futuroscope, et d’élus locaux de la région de Poitiers, Yves Jégo veut s’inspirer de cette réussite.

    (...) Reste à concrétiser l’idée même du « Napoléonland ». C’est le rôle de l’Association pour bâtir une entreprise internationale de loisirs sur l’empereur et son époque (Abeille), créée il y a six mois, avec le soutien de la Compagnie des Alpes, une filiale de la Caisse des dépôts et consignations. C’est un cabinet anglais, spécialisé dans ce genre de projet qui pourrait être désigné en février. Si tout se passe bien, « Napoléonland » pourrait ouvrir ses portes en 2017. Coût : environ 200 M€.

    L’ "Association pour bâtir une entreprise internationale de loisirs sur l’empereur et son époque" : en voilà un nom d’association qui a l’air parfaitement objectif.

    "Napoléon, future mascotte d’un #parc_d'attraction ?" (article de 2012)
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/16/napoleon-future-mascotte-d-un-parc-d-attraction_1644311_3224.html

    A l’origine du projet, le souci de « créer de l’emploi et trouver une locomotive économique pour dynamiser la région », explique Yves Jégo. Très vite, « la force touristique de l’Ile-de-France s’est imposée comme un levier majeur de croissance économique », explique l’élu. Dans cette commune, habituée aux commémorations des batailles napoléoniennes, « il était évident que nous devions utiliser la richesse de l’Histoire de notre pays ». « Il y a une véritable demande économique derrière le sujet de Napoléon, et toujours pas de #musée français consacré à ce pan de l’Histoire. Sans tomber dans l’hagiographie, on peut légitimement vouloir mettre en scène cet épisode. » L’exploiter à travers la forme ludique est apparue dans un second temps comme « une bonne manière de combiner #tourisme, #culture et #loisirs ».

    (...) Mais si la légende de l’empereur français fascine, elle dérange également. « Pourquoi pas un parc dédié à Staline ou à Kim Jong-il ? », s’interroge ainsi un journaliste sur le site du Guardian. Napoléon Bonaparte, empereur autoritaire et belliqueux, s’est tout de même fait quelques ennemis lors de ses différentes conquêtes militaires. « C’est un véritable risque qu’il y ait caricature, et qu’on nous fasse tomber dans la polémique historique autour du personnage », admet Yves Jégo. Mais il assure qu’il ne s’agira « ni de détruire l’image de Napoléon ni de la magnifier ».

    Pour éviter une #instrumentalisation de l’Histoire, l’élu devrait d’ailleurs annoncer samedi 18 février, à l’occasion du 198e anniversaire de la bataille de Montereau, la création « d’un comité scientifique international, qui sera la garantie que rien ne soit effacé ou mis de côté dans l’histoire napoléonienne ». « Il y aura un équilibre à trouver », conclut l’ancien ministre de l’outre-mer, qui se dit « particulièrement soucieux de la manière dont sera notamment abordé l’esclavage ».

    En deux siècles, 80 000 livres ont été écrits sur Napoléon Bonaparte, rappelle Yves Jégo. « Cela reste dans l’esprit des Français un moment d’#épopée et de conquête et, malgré sa part sombre, on ne peut pas effacer notre Histoire », conclut-il.