Claire Leconte, Des rythmes de vie aux #rythmes_scolaires , Presses universitaires du Septentrion, 2014.
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Un texte datant de 1834 émanant du conseil royal de l’Instruction publique, faisant suite à la loi Guizot qui oblige toutes les communes de plus de 500 habitants à scolariser tous les petits garçons, impose à l’échelle nationale une semaine des écoliers de cinq jours, lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, chacun de ces jours comportant 3 h le matin, 3 h l’après-midi et un temps pour le repas d’environ deux heures. Tous les règlements intérieurs des écoles du début du 19e siècle indiquent que dans la semaine, deux jours sont fériés, le jeudi et le dimanche.
Pourquoi le jeudi ? Parce que dès l’apparition des écoles chrétiennes, comme celle de Jean-Baptiste de la Salle, il est décidé que le jeudi doit servir à « préparer son âme et son corps à vivre le vendredi, jour de maigre ».
La loi Ferry de 1882 rend l’#école laïque, publique et obligatoire, et à partir de 1887, la journée scolaire est nationale, avec trois heures de cours le matin et trois autres l’après-midi, le Jeudi restant libéré pour l’instruction religieuse. Les récréations apparaissent toutes les heures en cours élémentaire et une fois par demi-journée dans le cours supérieur. Le point important de cette réforme est qu’elle oblige toutes les écoles primaires à se conformer à cette règle.
Les vacances d’été (six semaines en 1882), n’ont existé que pour rendre les enfants à leur famille à un moment crucial dans l’année, celle des moissons. Ces grandes vacances seront prolongées en 1922 de deux semaines, du fait de la perte massive de main d’œuvre pendant la première guerre mondiale, l’obligation pour les femmes de reprendre les travaux de leurs époux défunts et la nécessité pour les enfants de participer aux travaux des moissons et vendanges. Sous le front populaire, en 1938-1939, nouvel allongement des vacances de deux semaines, en particulier parce que celles-ci sont accordées aux instituteurs plutôt que d’augmenter leurs salaires ! Les vacances de Noël sont alors créées. En 1950, un décret paraît qui justifie les vacances de deux mois d’été par la volonté de ne pas revaloriser le salaire des enseignants du secondaire : ils seront de fait payés dix mois sur douze ! Des ajustements auront lieu jusqu’en 1966, la trame actuelle est alors en place. En 1969, Olivier Guichard (MEN) abaisse l’horaire hebdomadaire à 27 heures (suppression du samedi après-midi, pour que les maîtres consacrent ces trois heures à leur perfectionnement pédagogique, ce que le SNI [syndicat national des instituteurs, ancêtre du snuipp] refusera, réclamant 27h pour les enseignants comme pour les enfants). Pour rééquilibrer la semaine, on décide donc en 1972 de basculer le jeudi au mercredi, toujours pour le consacrer à l’éducation religieuse (en 1979 pour le secondaire).
Ce mercredi n’est ni un acquis social des enseignants, ni un besoin physiologique pour les enfants.
Notons ici que les textes d’Olivier Guichard précisent que les journées restent de 3 h le matin, 3 h l’après-midi avec une interruption le midi de deux heures, mais rajoutent que les matins doivent être consacrés aux apprentissages reconnus coûteux du point de vue cognitif, à savoir en particulier les mathématiques et le français !
J’avoue que j’espérais bien que l’annonce d’une refondation de l’école permettrait de bousculer enfin la journée de 1834 !
La loi d’orientation de 1989 ramène l’horaire hebdomadaire à 26 pour les enfants, afin de dégager du temps pour les instituteurs pour leurs concertations d’école et de cycles (combien d’écoles ont-elles vraiment appliqué la politique de cycles d’apprentissages pourtant affichée en vue de favoriser une meilleure prise en compte des différences interindividuelles de rythmes d’apprentissage ?). En 2008 on supprime sans concertation le samedi matin et deux heures d’enseignement (sans changement du programme) ; les élèves de l’école primaire sont ainsi passés, entre 1882 et 2008, de 1 338 heures de classe (223 jours) à 864 réparties sur 144 jours : 188 en Finlande, 190 en Grande-Bretagne, 200 en Italie et au Danemark, 210 au Japon, partout tous moins longs. L’élève au centre du système ?? La semaine telle qu’existante actuellement en France est tout simplement unique au monde. Sommes-nous meilleurs pour autant ?
Le zonage des vacances quant à lui, apparu en 1964-1965, sous la pression des lobbys du tourisme et des transports, pour pallier les problèmes d’affluence dans les Alpes ou sur la Côte d’Azur, sépare la France en deux zones. Quel est le pourcentage de familles qui vont dans ces régions en vacances ? Trois zones seront imposées, principalement pour les vacances de février en 1971, pour permettre l’utilisation la plus massive possible des infrastructures coûteuses mises en place à Grenoble en 1968 pour les JO. Une enquête récente a montré que les vacances au ski concernent 8 % de la population !
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Le rythme annuel 7 [semaines travaillées] /2 [semaines de vacances] (celui des plateformes pétrolières soit dit en passant) ne cesse d’être mis en exergue comme une nécessité pour respecter le rythme des enfants. Il a été mis en place une année, en 86/87, mais a très vite été « cassé » par le zonage. Quelle réalité scientifique derrière cette requête ? [...] Si l’enseignant découpe le programme annuel (puisque les cycles d’apprentissage n’ont jamais été appliqués pédagogiquement) en 5 parties égales, (ce qui doit se faire actuellement puisque les enfants ont cinq périodes de vacances dans l’année), quelle doit être la durée de chacune de ces périodes pour qu’elles conservent toutes la même efficacité ? L’année scolaire étant de 36 semaines, on est fatalement arrivé à ce chiffre de 7 semaines pour chaque période (...). Le découpage pédagogique du programme est-il pour autant satisfaisant ainsi ? Je n’ai rien trouvé qui me permet de l’affirmer. D’un point de vue psychologique, demander à un enfant de maintenir son efficacité pendant sept semaines consécutives s’appuie-t-il sur des références théoriques avérées ? Là encore, je n’ai rien trouvé qui me permet de le dire. 7 semaines consécutives l’hiver ont-elles la même pertinence qu’au printemps ? Enfin pourquoi les chronobiologistes insistent tant sur la nécessité de respecter deux semaines de petites vacances intermédiaires ? La seule raison en est le constat des effets négatifs de la désynchronisation interne induite par le dérèglement des horloges lié aux retards de coucher du fait des vacances. Les enfants se couchent plus tard parce qu’il n’y a pas classe le lendemain, l’apparition du sommeil lent profond se décale dans le temps mais pas le rythme circadien de la température centrale ni du sommeil paradoxal. Ce n’est que 8 jours plus tard que ces deux horloges prendront le nouveau rythme. Pendant ce temps, le repos n’a pas été des meilleurs, et si les vacances ne durent que 8 jours, les horloges circadiennes auront acquis un nouveau rythme au moment de retourner à l’école ! Redésynchronisation interne, à nouveau au moins pour 8 jours ! La solution ? ne pas dérégler le rythme veille-sommeil des enfants pendant ces petites vacances. Avec des parents respectueux des rythmes de leurs enfants, on pourrait fort bien imaginer une année scolaire fondamentalement différente [...].


