• En tant que citoyens de la République française, nous avons décidé de faire une occupation citoyenne des quatre écoles maternelles et primaires du quartier du #Petit_Bard tant que les institutions compétentes ne mettront pas en place les conditions minimales qui garantissent l’égalité et donnent réellement les moyens à nos enfants de réussir. Nous voulons que les institutions entendent nos revendications et dire de façon pacifique que nous n’acceptons plus cette situation et que nous voulons que cela change pour l’intérêt et l’avenir de nos enfants, et enfin que les valeurs d’égalité s’appliquent aussi dans nos quartiers. Nous attendons des représentants de la République qu’ils démontrent vraiment leur volonté politique d’agir pour les valeurs républicaines et la mixité sociale et ethnique.

      C’est par ces mots que le #collectif des #parents_d’élèves du quartier du Petit Bard Pergola à #Montpellier interpelle par courrier le 19 juin 2015 la Ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem et le Président de la République François Hollande. Cette mobilisation débute en mai 2015, en réaction à une décision du Conseil départemental de l’Hérault, de modification de l’affectation des élèves dans les collèges proches du quartier. Cette décision est accusée d’aggraver la #ségrégation_scolaire. Elle atteint son apogée avec le chaînage des grilles des écoles du quartier durant dix-sept jours. Cinq années après, la mobilisation dans le quartier n’a pas cessé. Cet article revient sur son origine, ses modes opératoires, qui en font une mobilisation exemplaire dans la lutte contre les discriminations et la ségrégation scolaire. Elle illustre également les formes de mobilisation dans les #quartiers_populaires contre les mécanismes de relégation sociale et spatiale et l’inanité de l’action des pouvoirs publics, lorsque ces derniers n’en viennent pas à les réprimer à bas bruit (Talpin 2016).

      Une mobilisation collective inscrite dans la durée

      Ce qui caractérise la mobilisation du collectif des parents d’élèves du quartier du Petit Bard Pergola, c’est son inscription dans la durée. Le chainage des écoles en mai 2015 intervient à la suite de l’échec des négociations engagées depuis plusieurs semaines. Débute alors un véritable bras de fer institutionnel. Le collectif à l’origine de la mobilisation est une organisation informelle, émanation très souple des #habitants du quartier sans contours précis. Certains parents d’élèves s’y impliquent épisodiquement, d’autres de façon plus pérenne. Si certaines figures émergent plus que d’autres, il ne souhaite pas non plus se doter de portes paroles ou de leaders.

      Les modes d’action sont guidés par la recherche d’une certaine visibilité : prendre à témoin la presse, organiser des événements festifs sur le quartier, #manifestations de rue, etc. C’est ainsi qu’il parvient à enrôler nombre d’habitants, mais également les enseignants des quatre écoles maternelles et primaires du quartier. L’une de celles-ci devient d’ailleurs le quartier général de la mobilisation. Pendant que les enfants confectionnent les banderoles, les pères fabriquent les pancartes, les mères rédigent les slogans : « Tous des enfants de la République ». « Mixité sociale Bla, Bla ?? » « Non au ghetto oui à la mixité », « Apartheid social ». Au-delà du quartier, le collectif étend ses actions à l’ensemble de la ville de Montpellier : blocage des lignes du tramway, manifestations sur la place de la Comédie et devant le parvis de l’hôtel de ville.

      Par son ampleur, la mobilisation dépasse rapidement le cadre de la #ville. (...)

  • « Les élites se sont progressivement coupées du reste de la population » (Jérôme Fourquet, L’Obs)
    https://www.nouvelobs.com/politique/20180221.OBS2530/les-elites-se-sont-progressivement-coupees-du-reste-de-la-population.html

    De manière plus ou moins consciente et plus ou moins volontaire, les membres de la #classe_supérieure se sont progressivement coupés du reste de la population et ont construit un #entre-soi confortable. Cette classe supérieure évolue socialement, culturellement et idéologiquement de plus en plus en vase clos.
    […]
    Ce recul de la #mixité_sociale est d’abord visible sur le plan géographique, avec une concentration des #CSP+ dans le cœur des métropoles.
    […]
    Cette #ségrégation_géographique et sociale s’accompagne d’une #ségrégation_scolaire renforcée, avec un choix de plus en plus fréquent des catégories favorisées pour l’enseignement privé.
    […]
    Différents travaux de recherche ont par ailleurs mis en évidence une concentration de plus en plus massive des enfants des CSP+ dans les grandes écoles. Le public de ces établissements, où se forme l’#élite de la nation, est devenu sociologiquement complètement homogène […].
    Ce processus est protéiforme. Il est évidemment d’abord le résultat de l’évolution du système économique dans lequel nous vivons. […] Dans le cas de la France, j’explique aussi ce recul de la #mixité par le déclin ou la disparition de certains lieux de #brassage_social autres que l’école. Je pense notamment à la suppression du service national à la fin des années 1990. […] Autre lieu de brassage social qui a été fragilisé : les colonies de vacances.
    […]
    On a souvent tendance à faire de la montée du #communautarisme la principale menace qui pèse sur la cohésion dans notre pays. Je ne minimise évidemment pas cette menace qui est réelle mais je considère que le phénomène de recul de la mixité sociale, s’il est moins « spectaculaire », est tout aussi fondamental.
    Depuis trente ans, les catégories les plus favorisées s’autonomisent du reste de la population. Elles développent des comportements et des réflexes propres à leur milieu et elles se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité nationale. Le premier risque, c’est que leur sentiment de #solidarité s’érode au point de fragiliser notre #modèle_social, avec le développement de techniques d’#optimisation_fiscale pour contourner l’impôt par exemple.
    […]
    Mais cette évolution pose aussi et surtout un problème démocratique. De part leur autonomisation vis-à-vis du reste de la société, les élites sont susceptibles d’avoir de plus en plus de mal à comprendre les classes moyennes et les classes populaires.
    […]
    Le cas du #PS est également très intéressant : à l’image de la société, c’est un endroit où le recul de la mixité sociale a été particulièrement manifeste dans les sections à partir du milieu des années 1980. […] Résultat : alors que la défense des #classes_moyennes et des classes populaires a longtemps été l’ADN du parti, celui-ci s’est peu à peu coupé de cet électorat en reléguant au second plan les thématiques sociales au profit de sujets sociétaux parlant davantage aux CSP+ et aux plus diplômés.

  • Ecole : jusqu’où va la ségrégation? (France Stratégie)
    http://www.strategie.gouv.fr/actualites/ecole-jusquou-va-segregation

    L’analyse confirme que le système scolaire français est traversé par de forts phénomènes ségrégatifs entre les établissements et au sein des établissements, qui confinent les élèves de milieu sociaux et de niveaux scolaires différents dans des environnements distincts.
    […]
    Les départements ayant la plus forte ségrégation sociale sont essentiellement ceux qui comportent des grandes villes. Contrairement aux zones rurales où les établissements regroupent des élèves d’origines variées par un recrutement géographique large, la densité de population des zones urbaines implique une multiplicité de collèges, qui aggrave la ségrégation sociale par deux biais : d’abord parce que les collèges reflètent plus précisément la ségrégation résidentielle et ensuite parce que s’installe une situation de concurrence qui fait émerger des collèges « souhaités » et des collèges « évités ».
    […]
    Contrairement à la ségrégation sociale entre établissements, la ségrégation scolaire entre classes au sein des établissements est un phénomène plus universel qu’on retrouve avec une importance similaire sur l’ensemble du territoire.
    […] on identifie 45 % d’établissements qui constituent des « classes de niveau », au sens où la ségrégation scolaire observée entre leurs classes est difficilement explicable par le hasard. Cette ségrégation « active » est en partie le résultat de l’affectation des élèves à leurs classes en fonction de leurs options, comme le parcours bilangue en sixième-cinquième et le latin à partir de la cinquième ; par exemple, les collèges qui constituent des classes bilangues en classe de 6e ont 70 % de chances de plus de créer une ségrégation scolaire.

    #éducation #inégalités #ségrégation_spatiale #ségrégation_sociale #ruralité #ségrégation_scolaire #fracture_scolaie #mixités

  • Pourquoi les fiches de renseignements des professeurs devraient être abandonnées (Le Point)
    http://www.lepoint.fr/societe/pourquoi-les-fiches-de-renseignements-des-professeurs-devraient-etre-abandon

    Le sociologue Pierre Merle explique comment ces informations n’ont aucune utilité et biaisent la relation entre les enseignants et leurs élèves.
    […]
    « Un prof n’a pas besoin de savoir quoi que ce soit de personnel sur ses élèves pour enseigner. Il n’existe pas d’étude qui montre que connaître ces informations ait des répercussions positives pour l’élève, alors qu’en revanche certaines démontrent qu’elles peuvent avoir un impact négatif.
    […]
    Il y a deux raisons essentielles d’être réticent à l’égard de ces fiches. La première concerne les professeurs : il est démontré que les professeurs sont influencés dans leur notation par les informations qu’ils ont sur les élèves, par la connaissance de leur origine sociale, par leur niveau scolaire ou leur établissement d’origine. Tout comme la notation, les fiches de renseignements influencent les attentes des enseignants vis-à-vis des élèves. C’est le principe des prophéties autoréalisatrices : on se crée une image de l’élève, on attend moins de l’élève, donc il fait moins de progrès. Ces biais sociaux d’évaluation ont un effet négatif sur les apprentissages. […]
    Ces fiches de renseignements posent également un problème pour les élèves : certains vont vouloir cacher la réalité de leur vie privée. […] Cette fiche constitue souvent le premier contact avec le professeur et la méfiance peut s’installer d’emblée, alors qu’il vaudrait mieux construire une relation basée sur la confiance. C’est particulièrement dommage. L’enfant se sent en insécurité.
    […]
    Le statut familial compte énormément : l’élève n’a pas nécessairement envie de faire état du décès de son père, du divorce de ses parents, de la présence d’un beau-père comme tuteur... Il existe une proportion non négligeable de familles recomposées ou de mères célibataires.

    […]

    Cette habitude typiquement française perdure en dehors de tout texte réglementaire. C’est une sorte d’habitude professionnelle que les profs se sont créée seuls, et qui trouve sa source à la création du collège d’enseignement secondaire, en 1963, et du collège unique une dizaine d’années plus tard. Avant cela, les élèves étant scolarisés dans des établissements différents selon leur niveau et leur origine sociale, le prof savait "à qui il avait affaire", comme me l’a dit un enseignant.

    #éducation #collège #lycée #fichage #relations_enseignant_élèves

    • La Catégorie socio-professionnelle des parents dans les fiches administratives des élèves (Pierre Merle)
      http://socio-logos.revues.org/2719#tocto1n1

      Les statistiques scolaires du ministère de l’Education nationale relatives au recrutement social des différentes filières de l’enseignement secondaire sont fondées sur la déclaration des professions des parents recueillies dans des fiches administratives élèves. Cette source statistique fait l’objet d’un certain nombre de critiques comme en témoigne un article récent publié par Les Déchiffreurs de l’Education. Ces critiques sont suffisamment fortes pour que la fiabilité de ces données soit contestée et leur abandon parfois préconisé afin de leur préférer les données recueillies dans le cadre d’enquêtes nationales. Le présent article a pour objet de montrer que si les statistiques de l’origine sociale des élèves établies par le ministère de l’Education nationale sont légitimement un objet de débats scientifiques, les critiques émises surestiment la mauvaise qualité statistique des informations recueillies, surestiment les effets de cette qualité moyenne des informations sur les exploitations statistiques qui peuvent en être réalisées, et sous-estiment considérablement les différentes utilisations possibles de cette statistique scolaire. Pour exemplifier l’intérêt des statistiques scolaires du ministère de l’Education nationale, quelques recherches récentes sont présentées et permettent d’introduire, à partir de ces exemples, en quoi peut consister le travail statistique confronté à un recueil imparfait de l’origine sociale des élèves.

      #profession #Sociologie_de_l'école #catégories_socio-professionnelles #ségrégation_scolaire #statistique

  • Chicago et Paris, métropoles de la ségrégation scolaire ? (La Vie des idées)
    http://www.laviedesidees.fr/Chicago-et-Paris-metropoles-de-la.html

    Comment réformer les programmes de discrimination positive dans l’éducation d’élite en France ? L’étude croisée des évolutions en cours à Paris et Chicago remet en cause la représentation classique de la promotion de la diversité aux États-Unis et par là même celle de la situation à Paris, où règnent opacité des critères de sélection et ségrégation territoriale.

    #éducation #inégalités #ségrégation_scolaire

  • Pour en finir avec la ségrégation scolaire (Le Café pédagogique)
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/04/18042012_PMerle.aspx

    En ce début de siècle, le poids des diplômes et des voies de formation pèse sur les familles et nourrit la ségrégation. Or la ségrégation abaisse le niveau scolaire des plus démunis et entraine notre système éducatif vers le bas. […] Pierre Merle propose de lier le financement des établissements à leur mixité sociale.

    Ce n’est pas l’échec du principe du collège unique mais de sa pratique. Ce collège n’a plus d’unique que le nom. Dans la réalité, la mesure du recrutement social des collèges permet de découvrir une différenciation sociale considérable.[…] Dans les faits, le collège unique n’existe pas en raison de la ségrégation urbaine et de la politique de dérogations à la carte scolaire qui a accentué au-delà de la ségrégation urbaine la ségrégation sociale des établissements.
    […]
    Il faut supprimer le label Éducation prioritaire qui s’adapte d’ailleurs mal à une réalité urbaine et sociale changeante. Il y a des établissements qui rencontrent des difficultés importantes et qui ne sont pas classés prioritaires. La différenciation du financement, selon qu’il soit prioritaire ou non, n’est pas non plus satisfaisante. Il serait plus judicieux de mettre en place un financement qui prenne davantage en compte, de façon continue, le recrutement social des établissements.
    […]
    Il faut mener une politique exactement contraire à celle menée sur les dix dernières années. Il ne faut pas différencier l’offre pédagogique mais au contraire la rendre plus homogène. Plus l’offre est diversifiée, plus la concurrence entre établissements est accentuée, plus les logiques de choix des parents sont stimulées, plus la ségrégation scolaire augmente.

    #éducation #inégalité #ségrégation_scolaire #collège_unique #éducation_prioritaire