• L’envers des friches culturelles | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/231218/l-envers-des-friches-culturelles

    Terrains vagues, bâtiments désaffectés, rails à l’abandon… Un peu partout en France, ces espaces qui faisaient auparavant l’objet d’occupations illégales sont convertis en lieux culturels par une poignée d’entrepreneurs ambitieux. Ces sites, souvent éphémères, se présentent comme « engagés » et « créatifs » et participant à la revalorisation de quartiers dépréciés. Mais cette « valorisation » semble avant tout financière. Une enquête parue dans le numéro 11 du Crieur, toujours en librairie.

    • C’est que Ground Control s’inscrit plus largement dans une politique foncière en pleine expansion au sein de la SNCF  : l’urbanisme transitoire. «  Cette démarche dite d’“urbanisme temporaire” ou transitoire est un levier essentiel de valorisation, avance Fadia Karam, directrice du développement de SNCF Immobilier. Cela permet d’intensifier l’usage de nos sites parfois vides et d’éluder des coûts de gardiennage, d’entretien et de sécurité, en limitant la détérioration et l’obsolescence de notre patrimoine. En dotant nos sites de nouveaux usages, nous développons la valeur de nos actifs.  »

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      La stratégie d’urbanisme transitoire du groupe ferroviaire prend naissance en 2013, quand une galerie de street art propose à ICF Habitat, filiale logement de la SNCF, d’investir provisoirement une de ses tours de logement destinée à la démolition. L’initiative, baptisée Tour Paris 13, est une telle réussite – trente mille visiteurs en un mois – que la SNCF entrevoit rapidement dans ce site culturel éphémère un formidable outil de communication sur la future HLM qui s’érigera en lieu et place de la tour. Et, par ricochet, d’augmentation de l’attractivité de ce quartier résidentiel grâce aux artistes graff les plus célèbres de la scène mondiale venus s’approprier l’immeuble en friche.

      Rapidement surnommée la «  cathédrale du street art  », la tour a été l’objet d’une grande attention médiatique, à l’image de Télérama, qui ira jusqu’à suivre en direct, avec trois caméras, la destruction du bâtiment en 2014. Trois ans plus tard, le même journal publiait un article élogieux sur le nouvel «  immeuble HLM à l’architecture délirante  » situé dans l’«  eldorado parisien du street art  ». Une opération de communication bénéficiant à la fois à l’acteur privé – la galerie Itinerrance – et à la SNCF, qui a pu aisément vendre ses logements flambant neufs à un prix lucratif.

      En 2015, deux ans après Tour Paris 13, l’occupation temporaire du dépôt de train de la Chapelle par Ground Control est appréhendée par SNCF Immobilier comme un projet pilote en vue de mieux formaliser sa démarche d’urbanisme transitoire. Après cette expérience concluante de friche culturelle éphémère, la filiale lance en fin d’année un appel à manifestation d’intérêt afin que seize de ses espaces désaffectés soient reconvertis provisoirement en «  sites artistiques temporaires  ».

      En réinvestissant une deuxième fois le dépôt de la Chapelle en 2016, puis la Halle Charolais de la gare de Lyon, Denis Legat devient, avec son concept Ground Control, le fer de lance de l’urbanisme transitoire prôné par la société nationale des chemins de fer. Au plus grand bonheur de Marie Jorio, cadre développement au sein de SNCF Immobilier qui, à propos du site de la Chapelle, déclare sans ambages  : «  Avec Ground Control, nous avons fait exister cette adresse plus rapidement et avons créé de l’attractivité  : les opérateurs ont envie d’y aller et d’innover !  »

      Aux yeux de la SNCF, la friche culturelle Ground Control a en effet servi d’outil marketing pour mieux promouvoir l’aménagement urbain qui prévoit la construction de cinq cents logements dans ce coin morne du XVIIIe arrondissement. Quant aux visiteurs, ils ont été les cobayes de la future identité urbaine de ce quartier dévitalisé, Ground Control constituant un showroom hype au service du complexe immobilier en devenir. «  L’ADN ferroviaire du site du dépôt Chapelle est ressorti très fortement dans l’appétence et le succès du concept, révèle ainsi SNCF Immobilier. Le projet urbain en cours de définition fera revivre cet ADN et cette identité ferroviaire très forte qui constituent un actif immatériel et un capital fort.  »

      Le recours aux occupations temporaires pour accroître la valeur financière d’un projet immobilier et préfigurer ses futurs usages est de plus en plus systématique. En janvier 2018, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France avait recensé pas moins de soixante-dix-sept projets d’urbanisme transitoire en région francilienne depuis 2012 – dont plus de la moitié sont en cours. Quatre cinquièmes des propriétaires des sites sont des acteurs publics ( collectivités locales, établissements publics d’aménagement, SNCF, bailleurs sociaux ) et les occupations à dimension culturelle sont largement prédominantes.

      Les pouvoirs publics locaux ont par ailleurs décidé d’accompagner pleinement cette dynamique d’optimisation foncière. Le conseil municipal de Paris et le conseil métropolitain du Grand Paris ont tous deux récemment adopté le vœu qu’à l’avenir, tout projet d’aménagement urbain soit précédé d’une opération d’urbanisme transitoire. De plus, sur la quarantaine de projets d’urbanisme temporaire actuels, vingt-sept sont soutenus par la région Île-de-France dans le cadre de son appel à manifestations d’intérêt sur l’urbanisme transitoire lancé en 2016. Une enveloppe qui s’élève à 3,3 millions d’euros.

      Là encore, malgré les incantations à l’«  innovation urbaine  » et à la «  transition écologique  » de cet appel à projets, c’est avant tout l’argument économique qui fait mouche. «  Il faut en moyenne douze ans pour qu’une ZAC [ zone d’aménagement concerté ] sorte de terre, avançait l’an dernier Chantal Jouanno, alors vice-présidente de la région. Durant ce laps de temps, les immeubles ne servent à personne, peuvent être squattés et perdre leur valeur.  » La nature a horreur du vide. Les édiles parisiens également.
      Espace public, bénéfice privé

      Cultplace et La Lune rousse ne se contentent pas d’accaparer des friches. L’ensemble de leurs sites éphémères et établissements présentent en effet la particularité d’être des espaces hybrides, à la fois publics et privatisables, culturels et commerciaux. Des logiques tout autant artistico-festives que marchandes, qui ont permis aux entrepreneurs culturels de s’approprier une dénomination en vogue  : celle de «  tiers-lieu ».

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      Conceptualisé par le sociologue américain Ray Oldenburg dans un ouvrage intitulé The Great Good Place ( 1989 ), le tiers-lieu désigne à l’origine les espaces de sociabilité situés en dehors du domicile et du travail, comme les cafés ou les parcs publics. Cette expression aux contours flous a été employée afin de qualifier les premiers fablabs, les hackerspaces et autres jardins urbains partagés. Mais au grand dam des tenants de l’éthique open source et de l’esprit collectif de la débrouille, le terme de tiers-lieu s’est progressivement dénaturé jusqu’à qualifier de facto tout espace hébergeant des activités pluridisciplinaires, gratuites comme lucratives.

      «  Je vois nos sites comme des écrins pour l’initiative, pour l’émergence d’envies, s’enflamme ainsi Renaud Barillet. Mais la réalité économique d’un tiers-lieu comme la friche 88 Ménilmontant fait qu’on a besoin de clients. Ce que l’on fabrique, ce sont des initiatives privées mais qui peuvent avoir une quote-part d’intérêt général. »

      Loïc Lorenzini, adjoint au maire du XVIIIe arrondissement chargé des entreprises culturelles, porte néanmoins un autre regard sur l’émergence de ces tiers-lieux. « Ground Control au dépôt de la Chapelle, cela n’a pas été évident avec eux au début, se souvient l’élu. Il y avait un service d’ordre avec des vigiles à l’entrée du lieu, ce qui n’a pas vraiment plu aux habitants du quartier.  »

      Sa circonscription héberge actuellement deux sites artistiques temporaires de la SNCF  : L’Aérosol – un hangar de fret reconverti en espace dédié au graffiti – et La Station-gare des mines – ancienne gare à charbon devenue salle de concert. Ces deux occupations de sites ferroviaires en friche préfigurent d’importants projets d’aménagement urbain comportant des logements, des bureaux ou encore l’Arena 2, une salle omnisports qui devrait être inaugurée en vue des Jeux olympiques de 2024.

      «  Ces entreprises culturelles sont venues bousculer la vision classique de la culture, c’est-à-dire une vision subventionnée, avance Loïc Lorenzini. L’enjeu avec ces tiers-lieux, c’est qu’ils ne deviennent pas le cache-sexe de projets privés urbanistiques. Notre rôle est de rappeler que dans un arrondissement populaire comme le XVIIIe, il y a des enjeux locaux forts, telle la gentrification.  »

    • Dernier avatar en date des tiers-lieux culturels qui foisonnent dans la capitale, La Recyclerie se présente comme «  une start-up innovante qui réinvente le concept du tiers-lieu ( ni la maison ni le travail ) et fédère un large public sur le thème de l’écoresponsabilité  ». Inauguré en 2014, cet établissement, composé d’un café-cantine, d’un atelier de réparation et d’une mini-ferme urbaine, est implanté au sein d’une station de train désaffectée de la Petite Ceinture, la gare Ornano, au nord du XVIIIe arrondissement.

      Les quais de la gare désaffectée du boulevard Ornano sur la ligne de Petite Ceinture. Les quais de la gare désaffectée du boulevard Ornano sur la ligne de Petite Ceinture.

      Un emplacement loin d’être anodin  : la station à l’abandon se situe en effet porte de Clignancourt, à deux pas des échoppes discount des puces de Saint-Ouen, de la préfecture de police chargée des demandes d’asile de la capitale et d’un bidonville de Roms installé en contrebas de l’ancienne voie ferrée. Un carrefour où vendeurs à la sauvette, chiffonniers et migrants tentent de survivre par l’économie informelle.

      Malgré le fait qu’un tiers-lieu culturel ne soit pas de prime abord le projet urbain le plus pertinent en termes de besoins sociaux dans ce quartier populaire, «  le maire de l’époque, Daniel Vaillant, a personnellement appuyé notre dossier, dévoile Marion Bocahut, présentée comme cheffe de projet écoculturel du lieu. La mairie du XVIIIe n’avait pas les moyens financiers d’acheter la gare Ornano, nous avons donc racheté l’intérieur du bâtiment  ».

      La Recyclerie appartient à Sinny & Ooko, une société «  créatrice de tiers-lieux et d’événements  » dirigée par Stéphane Vatinel. Figure du milieu de la nuit, connu pour avoir fondé en 1992 le Glaz’art, un club électro emblématique installé dans un ancien dépôt de bus, l’entrepreneur a repris de 2003 à 2008 les rênes du Divan du monde, salle de spectacle historique de Pigalle.

      Par l’intermédiaire de son entreprise, ce quinquagénaire hyperactif est aujourd’hui l’exploitant de La Machine du Moulin rouge, l’incontournable discothèque techno du nord de la capitale, et du Pavillon des canaux, une bâtisse abandonnée sur les bords du bassin de la Villette réhabilitée en coffice – mi-café, mi-espace de travail.

      Quand il rachète la gare Ornano pour installer son tiers-lieu empreint «  des valeurs collaboratives et du Do It Yoursef  », Stéphane Vatinel fait appel à son ami Olivier Laffon, qui s’investit financièrement dans l’opération. Cet ancien magnat de l’immobilier devenu millionnaire a été le promoteur de mégacentres commerciaux, à l’instar de Bercy Village, Vélizy 2 ou Plan de campagne dans les Bouches-du-Rhône. Mais avec sa holding C Développement, Olivier Laffon s’est reconverti dans l’entreprenariat social.

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      Sa réalisation la plus célèbre demeure le Comptoir général, un ancien entrepôt au bord du canal Saint-Martin reconverti en 2009 en bar et «  espace événementiel écosolidaire  » à l’ambiance exotique. Devenu une référence quasi caricaturale du «  Paris branché  », le Comptoir général a fait appel jusqu’en 2013 aux services de Sinny & Ooko afin de développer et d’animer sa programmation. Une alliance pérenne entre les deux hommes d’affaires puisque C Développement avait précédemment investi dans le rachat du Divan du monde et dans La Machine du Moulin rouge, établissements gérés par Stéphane Vatinel…

      Pour les événements écoculturels de La Recyclerie, Sinny & Ooko a fait appel à un partenaire des plus édifiants  : la fondation Veolia. L’entreprise du CAC 40, connue pour être le géant mondial de la privatisation de l’eau, finance en effet en grande partie la programmation du lieu et est partenaire de son cycle de conférences sur l’économie circulaire. La bibliothèque de La Recyclerie a de surcroît été ouverte avec des livres offerts par la multinationale. «  Veolia nous accompagne aussi dans notre développement, notamment avec Scale up ( “changement d’échelle” ), un programme de l’Essec Business School qui nous a permis de savoir comment dupliquer un lieu comme La Recyclerie  », détaille Marion Bocahut.

      Le concept de La Recyclerie a effectivement depuis peu changé d’échelle. Sinny & Ooko a inauguré en août dernier un nouveau tiers-lieu écoculturel baptisé la Cité fertile. Ici, comme pour Ground Control, SNCF Immobilier a fait signer à Sinny & Ooko, à l’aune de son appel à projets sur l’urbanisme transitoire, une convention d’occupation de trois ans de son ancienne gare de fret basée à Pantin. « Nous sommes là pour opérer une transition entre une gare de marchandises et le futur écoquartier de la ville de Pantin  », assume Clémence Vazard, cheffe du projet de la Cité fertile.

      L’écoquartier prévoit mille cinq cents logements et près de cent mille mètres carrés de bureaux et de locaux commerciaux. Une opération foncière des plus rentables pour SNCF Immobilier et les promoteurs. Surnommée la «  Brooklyn parisienne  », Pantin constitue depuis peu un eldorado de la spéculation immobilière  : l’ancienne cité industrielle a vu flamber de 15 % en cinq ans le prix du mètre carré, un record parmi les villes de la petite couronne parisienne.

      En attendant, sur près d’un hectare, la Cité fertile veut «  explorer et imaginer la ville de demain  » en attirant un million de curieux par an avec ses ateliers, ses conférences et sa cantine approvisionnée en circuits courts. Clémence Vazard explique que l’équipe a consulté la municipalité de Pantin afin d’«  identifier les acteurs locaux et demander leurs contacts  ». Parmi la cinquantaine de personnes salariées sur le site, une seule pourtant se consacre à cette ouverture sur les Pantinois. «  En tout cas, si on a un partenariat comme Veolia qui peut se présenter, ce serait le meilleur pour nous  », souligne la cheffe de projet. Avant de préciser  : «  Sinny & Ooko possède l’agrément Entreprise solidaire d’utilité sociale ( Esus ), en aucun cas nous ne faisons du greenwashing.  »

      L’originalité de cette friche éphémère réside cependant ailleurs. La Cité fertile héberge en effet depuis septembre le « campus des tiers-lieux », école de formation et incubateur d’entreprises dont le but est de développer les tiers-lieux culturels en tant que modèles économiques d’avenir. «  Depuis l’an dernier, Sinny & Ooko est certifié comme organisme de formation. Nous proposons un module pour apprendre à être responsable de tiers-lieu culturel, détaille Clémence Vazard. Nous avons déjà formé une soixantaine de personnes, dont certaines ont récemment monté leur propre tiers-lieu à Montreuil – la Maison Montreau – ou à Niamey, au Niger – L’Oasis, un espace de coworking parrainé par Veolia.  »

      Selon les formateurs Sinny & Ooko, le tiers-lieu culturel est un modèle démultipliable à souhait, telle une unité standardisée qui se résume, selon sa plaquette de présentation, à un «  HCR [ hôtel café restaurant ] à portée culturelle  », où une activité économique « socle  » de bar-restauration permet de financer une programmation qui fait vivre le lieu.
      Friche partout, créativité nulle part

      En moins de cinq ans, Cultplace, La Lune rousse et Sinny & Ooko ont édifié un véritable petit empire économique en Île-de-France. Elles ont même l’ambition de s’implanter durablement à travers l’Hexagone en reproduisant des fac-similés de leurs tiers-lieux respectifs. Renaud Barillet a ainsi récemment remporté deux appels à projets à Bordeaux et un autre à Lyon afin d’édifier «  des projets très proches en termes d’ADN et de ventilation des espaces de ce qu’est La Bellevilloise  ».

      En Charente-Maritime, à Rochefort, Cultplace est en train de mettre sur pied Grand foin, «  une déclinaison rurale de La Bellevilloise », aux dires de Renaud Barillet. Par ailleurs, depuis 2016, Denis Legat et son équipe débarquent chaque été aux Rencontres de la photographie d’Arles, où ils investissent un ancien hangar de la SNCF avec leur habituelle formule Ground Control.

      Stéphane Vatinel, quant à lui, doit ouvrir d’ici 2023 La Halle aux Cheminées, un tiers-lieu dans une ancienne friche militaire de Toulouse dont le concept n’est autre qu’un copier-coller de La Recyclerie. Autant de jalons d’une hégémonie économico-culturelle dont se défend du bout des lèvres Renaud Barillet : «  C’est vrai que ceux qui ont commencé à réaliser des tiers-lieux arrivent aujourd’hui à se développer et je pense que pour un nouveau venu, ce n’est pas si simple. Les appels d’offres demeurent très économiques et orientés vers l’immobilier.  »

      Ce business model des friches est si bien rodé et rencontre un tel succès qu’il en devient vecteur d’une certaine uniformisation. À Paris, en plus du Poinçon, la gare de Montrouge rénovée par Cultplace, et de La Recyclerie, ex-gare Ornano, la plupart des seize stations de la Petite Ceinture deviendront des tiers-lieux, à l’instar du Hasard ludique, «  lieu culturel hybride  » niché porte de Saint-Ouen, ou de La Gare-jazz à la Villette – en lieu et place de l’ancien squat artistique Gare aux gorilles.

      La gare Masséna vue depuis la rue Regnault. La gare Masséna vue depuis la rue Regnault.

      Dans le cadre de Réinventer Paris, l’ancienne gare Masséna sera quant à elle réhabilitée en «  lieu de vie et de proximité  » d’ici 2019 avec bar et cantine, ferme urbaine, boutiques bio, espaces artistico-culturels et bureaux. Enfin, Stéphane Vatinel a l’an dernier remporté l’exploitation de deux sites en friche grâce à Réinventer la Seine, un appel à projets visant à «  la construction d’un territoire métropolitain évident et d’envergure internationale  ». Une usine désaffectée à Ivry et l’ancien tribunal de Bobigny seront ainsi, à l’horizon 2022, reconvertis tous deux en tiers-lieux écoculturels estampillés Sinny & Ooko.

      À cette dynamique de duplication des tiers-lieux s’ajoutent les dizaines de terrasses temporaires qui essaiment chaque été dans les interstices urbains de la capitale, à l’image de la Base Filante, une friche éphémère de trois mille mètres carrés qui a ouvert ses portes en juillet dernier à deux pas du Père-Lachaise. L’initiative est portée par quatre collectifs, dont certains ont déjà pris part à la conception d’une autre terrasse temporaire, la friche Richard Lenoir, ou à l’aménagement de La Station-gare des mines.

      Au programme de la Base Filante, le sempiternel quatuor bières artisanales, cours de yoga, tables de ping-pong et musique électronique. «  On assiste à une sorte de standardisation qui annihile toute créativité  : tout espace en friche se voit devenir un lieu éphémère avec un bar et des transats, s’alarme Quentin, du collectif Droit à la ( Belle )ville. La créativité s’arrête dès qu’il y a une tireuse à bière artisanale…  »

      Enfin, la mise en avant quasi généralisée de l’imaginaire «  squat  », via la scénographie récup’ et DIY, comme à travers la rhétorique de l’alternative et du collaboratif dans la communication de ces lieux festifs, participe également à cette uniformisation des sites culturels. «  Ces friches font croire à une fausse occupation de l’espace alors qu’il y a des vigiles à l’entrée, fulmine Quentin. On vend de faux espaces de liberté où on dit aux gens ce qu’ils doivent consommer et où.  »

      Pour les chercheuses Juliette Pinard et Elsa Vivant, «  cette esthétique du squat […], donnant la part belle aux atmosphères brutes et industrielles, participe à la mise en scène de ces lieux temporaires en tant qu’“espaces alternatifs” et expérience singulière  ». En institutionnalisant les occupations transitoires, les friches culturelles éphémères ont réussi le tour de force de neutraliser la portée subversive des squats artistiques, qui contestaient la propriété privée en privilégiant le droit d’usage, tout en s’appropriant leurs codes esthétiques.

      «  Et le squat devient fréquentable  », titrait ainsi Télérama en avril dernier à propos des occupations transitoires après que Libération eut publié sur son blog Enlarge Your Paris un entretien intitulé «  Les friches font entrer les villes dans l’ère des squats légaux ».

      Dans le quartier Darwin. Dans le quartier Darwin.

      Le phénomène des friches culturelles se circonscrit de moins en moins à la région Île-de-France. À Bordeaux, les instigateurs du site culturel Darwin Écosystème, installé depuis 2009 dans l’ancienne caserne Niel et qui se présente comme un «  lieu d’hybridation urbaine mêlant activités économiques et initiatives citoyennes  », ne se sont jamais cachés de s’être inspirés directement de La Bellevilloise. Le promoteur immobilier Résiliance a de son côté mis à disposition un terrain vague de vingt hectares situé au nord de Marseille à Yes We Camp, un collectif de cinquante salariés spécialisé dans la création de friches culturelles éphémères, à Paris comme à Roubaix.

      Depuis cette année, la vaste parcelle en jachère accueille un «  parc métropolitain d’un nouveau genre, à la fois lieu de vie, de mémoire, de pratiques culturelles et sportives  ». Le site, baptisé Foresta, est inséré dans un projet d’aménagement porté par Résiliance et articulé autour d’un immense entrepôt commercial réservé aux grossistes du marché textile chinois.

      Quant aux anciens abattoirs de Rezé, dans l’agglomération nantaise, ils hébergent depuis juillet dernier Transfert, trois hectares de friche culturelle définie par ses concepteurs comme un «  espace qui se mue en un lieu de transition où l’on imagine, invente et fabrique ensemble un lieu de vie qui questionne la ville de demain  ». L’occupation provisoire durera cinq ans, le temps nécessaire à accroître l’attractivité et la valeur immobilière de ce no man’s land qui doit accueillir un gigantesque projet d’aménagement urbain prévoyant trois mille logements.

      Cette politique de l’éphémère à fin mercantile semble ainsi définitivement être sur les rails qui la conduiront à se pérenniser et à s’étendre à l’ensemble du territoire. «  Nous avons désormais un vivier de porteurs de projets qui nous sollicitent, affirme Charlotte Girerd, de SNCF Immobilier. Depuis 2015, une vingtaine de projets d’urbanisme transitoire ont été mis en œuvre. Notre ambition est que d’ici 2019-2020, deux à trois sites répondant à la démarche d’urbanisme transitoire soient lancés chaque année, avec la volonté de travailler de plus en plus hors d’Île-de-France.  »

      Une filiale de la SNCF à la manœuvre d’opérations immobilières spéculatives, des collectivités publiques au service du développement économique, des entreprises culturelles de plus en plus hégémoniques… Si les friches culturelles viennent « questionner la ville de demain », elles soulèvent aussi une tout autre question  : comment faire exister une politique culturelle affranchie de toute logique économique  ?

    • L’envers des friches culturelles | Mickaël Correia
      https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/231218/l-envers-des-friches-culturelles

      ( ai manqué publié un doublon ; j’ajoute ici pour mémoire l’ensemble de l’article et des #)

      MICKAËL CORREIA
      Terrains vagues, bâtiments désaffectés, rails à l’abandon… Un peu partout en France, ces espaces qui faisaient auparavant l’objet d’occupations illégales sont convertis en #lieux_culturels par une poignée d’#entrepreneurs ambitieux. Ces sites se présentent comme « engagés » et participant à la revalorisation de quartiers dépréciés. Mais cette « valorisation » semble avant tout financière. Une enquête parue dans le numéro 11 du Crieur, toujours en librairie.

      En haut de la rue de Ménilmontant, dans l’Est parisien, une palissade court le long du numéro 88. Pour les passants, impossible de deviner ce que cachent ces hautes planches de bois. Mais depuis l’an dernier, le 88 ouvre ses portes dès les prémices de l’été. Et il suffit de montrer patte blanche à un vigile nonchalant pour y découvrir une vaste friche réhabilitée en terrasse éphémère.

      Tables et chaises de guingois, mobilier en palettes de chantier et buvette en pin, décoration de bric et de broc, fresques street art… Tout respire l’esthétique récup’ et Do It Yourself. Sous la chaleur écrasante, certains sont avachis sur une chaise longue et sirotent une bière. D’autres s’adonnent paresseusement à une partie de ping-pong sur fond de musique électro.
      Durant tout l’été, dans cette scénographie naviguant entre squat urbain et guinguette, la #friche dénommée sobrement 88 Ménilmontant propose pêle-mêle initiations au yoga, ateliers de sophrologie ou performances artistiques. Entre deux palmiers en pot et une « fresque végétale collaborative », quelques rares graffitis semblent avoir été tracés bien avant la réhabilitation de cet espace en jachère. «  Ce sont de vieux graffs qu’on pourrait presque qualifier d’historiques, assure une habitante du quartier. Avant, il y avait un squat d’artistes ici et tout a été rasé  !  »

      À peine quatre ans auparavant, en lieu et place du 88 Ménilmontant, se dressaient d’anciens ateliers d’artisans miroitiers. Occupé depuis 1999 par un collectif libertaire, le bâtiment, rebaptisé La Miroiterie, était au fil des ans devenu un #squat incontournable de la scène musicale underground parisienne. Ses concerts éclectiques – hip-hop francilien, punk suédois, rap libanais, sans compter les interminables jam-sessions jazz du dimanche – attiraient chaque semaine un public bigarré.

      Certes, le lieu commençait à être insalubre, la qualité sonore n’était pas toujours au rendez-vous et les murs tagués sentaient la bière éventée. Mais comme le soulignent Emy Rojas et Gaspard Le Quiniou, qui y ont organisé une trentaine de concerts sous l’étiquette Arrache-toi un œil, «  en passant le portail du squat, il y avait une sensation de liberté difficile à retrouver dans des lieux plus institutionnels ». Avec ses soirées à prix modiques, ses ateliers d’artistes indépendants et ses stands proposant fanzines et autres disques autoproduits, cet espace autogéré incarnait un îlot de #contre-culture mythique bien au-delà des frontières de la capitale.

      En avril 2014, l’effondrement d’un mur vétuste lors d’un concert sonne le glas de cette aventure singulière. Menacés d’expulsion depuis 2009 par un promoteur immobilier ayant acquis la parcelle, les occupants de La Miroiterie sont évacués sans ménagement ni projet de relogement, et ce malgré quinze années d’animation du quartier et le soutien de nombreux habitants.

      À deux pas de l’ex-Miroiterie siège l’imposante Bellevilloise. Fort de ses deux mille mètres carrés de salle de concert, d’espace d’exposition et de restaurant, cet établissement culturel est aujourd’hui l’un des repaires incontournables du Paris branché. Chaque année, le site accueille près de deux cent mille visiteurs qui viennent clubber ou applaudir des groupes estampillés «  musique du monde  ». À ces activités festives s’ajoutent des débats publics, avec parfois des invités de prestige comme Edgar Morin ou Hubert Reeves, et des soirées privées de grandes entreprises telles que Chanel et BNP Paribas.

      La façade de La Bellevilloise à Paris.

      Plus qu’un temple dédié à la #culture et aux grands événements parisiens, La Bellevilloise est aussi la figure de proue des friches urbaines reconverties en sites culturels. Ancienne coopérative ouvrière de consommation créée peu de temps après la Commune, bastion militant où Jean Jaurès tenait ses rassemblements, l’immeuble à l’abandon, qui hébergea après guerre une caisse de retraites, a été racheté au début des années 2000. À la manœuvre de cette opération immobilière, un trio de jeunes entrepreneurs issus du monde du spectacle et de la publicité. «  Nous étions assez pionniers à l’époque. Mobiliser une surface aussi importante sur Paris pour des activités culturelles, c’était novateur  », reconnaît Renaud Barillet, l’un des trois fondateurs et directeur général associé de La Bellevilloise.

      Quand le site est inauguré en 2006, le chef d’entreprise est pleinement dans l’air du temps. Motrice de nombreuses occupations illégales de friches industrielles, la vague techno qui a submergé l’Europe à la fin des années 1980 est alors en train de progressivement s’éteindre. Les warehouses berlinoises, ces entrepôts désaffectés investis le temps d’une soirée clandestine, se transforment en clubs électros commerciaux. À Paris, l’organisation en 2001 d’une fête techno sauvage dans l’ancienne piscine désaffectée Molitor, en plein XVIe arrondissement, marque le chant du cygne des free parties urbaines.

      La façade de La Condition publique à Roubaix.

      Le tournant des années 2000 voit dès lors les débuts de la réhabilitation des lieux industriels en #espaces_culturels. L’ancien marché couvert Sainte-Marie à Bruxelles est reconverti en 1997 en complexe culturel baptisé Les Halles de Schaerbeek. De son côté, la manifestation Lille 2004 Capitale européenne de la culture fait émerger nombre d’établissements dans des usines abandonnées par l’industrie textile locale. « Nous nous sommes inspirés de La Condition publique, un lieu culturel installé dans un ancien entrepôt de laine à Roubaix depuis Lille 2004, mais aussi de ce que fabriquait Fazette Bordage, la créatrice du Confort moderne à Poitiers, première friche culturelle en France », détaille Renaud Barillet.

      Du point de vue de l’équipe de La Bellevilloise, se pencher sur le 88 de la rue de Ménilmontant était une démarche des plus évidente. « Nous avons toujours été préoccupés par ce que La Miroiterie allait devenir, car un squat, par définition, c’est éphémère, explique l’entrepreneur. Comme elle est située juste derrière La Bellevilloise, nous nous sommes dit que si une opération immobilière se préparait, il fallait être attentif à l’ensemble architectural, aux problèmes de nuisances sonores, etc. »

      Ayant eu vent de ce que le récent propriétaire du lieu voulait édifier un immeuble d’un seul tenant, les dirigeants de La Bellevilloise interpellent Bertrand Delanoë, à l’époque maire de la capitale. À peine quelques mois plus tard, #Paris_Habitat, bailleur social de la ville de Paris, rachète le lot immobilier et un projet de réhabilitation est ficelé avec Renaud Barillet et ses comparses  : côté rue, des logements étudiants avec, au rez-de-chaussée, sept ateliers-boutiques d’artistes design. En fond de cour, l’entrepreneur a prévu «  une fabrique d’image et de son [ un studio de production et une salle de concert – ndlr ], des espaces de coworking, des bureaux et un spa à dimension artistique  ».

      Bertrand Delanoë en 2010.

      Partant, l’ancienne Miroiterie est démolie. Afin de rentabiliser cette friche et d’engranger des recettes qui serviront à la construction du nouvel établissement (dont l’ouverture est prévue en 2021), l’équipe a mis sur pied une terrasse éphémère dès le printemps 2017. Bien éloigné des visées culturelles à but non lucratif de La Miroiterie, le 88 Ménilmontant n’est pas sans susciter l’ire des riverains et des anciens occupants du squat.

      Figure historique de La Miroiterie, Michel Ktu déclare ainsi par voie de presse : « Ils montent des salles en piquant nos idées parce qu’eux n’en ont pas. Ils récupèrent un décor de squat, mettent des câbles électriques apparents, des trous dans le mur, des canapés défoncés et des graffs, mais ils ne savent pas accueillir les gens ni les artistes. » « Il y a une surface vide, autant qu’elle soit utilisée, se défend Renaud Barillet. Quant à la forme “transat et tireuses à bière”, on ne va pas réinventer l’eau chaude : c’est un modèle basique et provisoire. »

      Faire du blé sur les friches

      Renaud Barillet n’en est pas à son galop d’essai. Avec son acolyte, Fabrice Martinez, également cofondateur de La Bellevilloise et ancien chef de publicité chez Nike et Canal+, il a récemment créé le groupe Cultplace, qui s’affiche comme une «  fabrique de lieux de vie à dimension culturelle  ». Les ambitieux entrepreneurs ont ainsi reconverti en 2013 un coin des halles de La Villette, anciens abattoirs aux portes de la capitale rénovés au début des années 2000. Dans cet écrin de métal et de verre appartenant au patrimoine public, ils ont conçu un restaurant-scène de jazz baptisé La Petite Halle.

      La rotonde du bassin de la Villette.

      Au sud du bassin de la Villette, La Rotonde, ex-barrière d’octroi du nord de Paris datant du XVIIIe siècle, a quant à elle été réhabilitée par ces businessmen en Grand Marché Stalingrad, hébergeant des « comptoirs food  », un concept-store design et un club. Le bâtiment, alors à l’abandon, avait été restauré à l’initiative de la ville de Paris en 2007.

      Durant la seule année 2018, deux friches industrielles reconverties en site culturel ont ouvert sous la houlette de #Cultplace. L’ancienne gare désaffectée de Montrouge-Ceinture a été confiée par Paris Habitat et la mairie du XIVe arrondissement à Renaud Barillet afin d’être rénovée en café-restaurant culturel. Sur les bords du canal de l’Ourcq, à Pantin, les gigantesques Magasins généraux ont été quant à eux réhabilités en 2016. Longtemps surnommés le «  grenier de Paris  », ces entrepôts stockaient auparavant les grains, farines et charbons qui approvisionnaient la capitale.

      Si l’immeuble de béton accueille depuis peu le siège du géant de la publicité BETC, Cultplace y a niché à ses pieds Dock B – le B faisant référence à La Bellevilloise –, mille deux cents mètres carrés de cafés-comptoirs, scène artistique et terrasse qui devraient être inaugurés à la rentrée 2018. «  Tous nos lieux sont indépendants, car nous ne sommes pas sous tutelle publique ni même subventionnés, insiste Renaud Barillet. Nous ne dépendons pas d’un grand groupe ou d’un seul investisseur.  »

      Logo de CultPlace.

      Cultplace n’est cependant pas la seule entreprise partie à la conquête des friches industrielles de la métropole parisienne. En vue de concevoir et d’animer le Dock B, Renaud Barillet s’est associé à l’agence Allo Floride. Avec La Lune rousse, une société organisatrice d’événementiels, cette dernière a été à l’initiative de Ground Control, un bar temporaire inauguré en 2014 à la Cité de la mode et du design. Depuis cette première expérience lucrative, La Lune rousse s’est fait une spécialité  : l’occupation provisoire, sous l’étiquette Ground Control, de sites désaffectés appartenant à la SNCF.

      Ainsi, en 2015, quatre mille mètres carrés du dépôt ferroviaire de la Chapelle, dans le XVIIIe arrondissement, ont été mis à disposition de l’entreprise le temps d’un été afin de le reconvertir en «  bar éphémère, libre et curieux  ». La manifestation s’est révélée si fructueuse en termes d’affluence qu’elle a été renouvelée l’année suivante par la SNCF, attirant quatre cent mille personnes en cinq mois.

      Espace insolite chargé d’histoire industrielle, musique électro, transats, ateliers de yoga, comptoirs food et esthétique récup’, le concept Ground Control utilise exactement les mêmes ficelles que Cultplace pour produire ses friches culturelles. Quitte à réemployer les mêmes éléments de langage. Se définissant ainsi comme un «  lieu de vie pluridisciplinaire  » ou comme une «  fabrique de ville, fabrique de vie  », Ground Control, couronné de son succès, a pris place depuis 2017 au sein de la Halle Charolais, un centre de tri postal de la SNCF situé près de la gare de Lyon. Un million de visiteurs annuels sont cette fois-ci attendus dans le hangar à l’abandon.

      Ouvertes en février, la « Halle à manger  », qui peut servir trois cents couverts par jour, les boutiques et les galeries-ateliers de Ground Control se réclament toutes d’un commerce équitable ou bio. Et si, sur la cinquantaine de #salariés sur le site, quarante-deux sont employés en tant que #saisonniers, ce «  laboratoire vivant d’utopie concrète  », aux dires de ses créateurs, n’hésite pas à s’afficher comme un «  lieu engagé  » accueillant tous ceux qui sont en «  mal de solidarité  ».

      Toutefois, Denis Legat, directeur de La Lune rousse, ne s’est pas seulement attelé à la réhabilitation d’une jachère urbaine en friche culturelle «  alternative et indépendante  ». Depuis plus de vingt ans, cet homme d’affaires s’est solidement implanté dans le business de l’organisation des soirées d’entreprise. Sa société compte à son actif la mise en œuvre de la Nuit électro SFR (si_ c)_ au Grand Palais, afin de « célébrer l’arrivée de la 4G à Paris  », ou encore la privatisation de la salle Wagram lors d’une soirée Bouygues Bâtiment.

      Récemment, La Lune rousse a conçu un «  bar à cocktail domestique et connecté  » pour le groupe Pernod Ricard, présenté lors d’un salon high-tech à Las Vegas, et scénographié la summer party de Wavestone, un cabinet de conseil en entreprise coté en bourse. Des clients et des événements bien éloignés des «  initiatives citoyennes, écologiques et solidaires  » brandies par Ground Control…

      Malgré l’ambivalence éthique de La Lune rousse, la SNCF s’est très bien accommodée de cette entreprise acoquinée avec les fleurons du secteur privé français pour occuper plusieurs de ses friches. «  Ce sont des lieux qui nous appartiennent et que nous ne pouvons pas valoriser immédiatement, justifie Benoît Quignon, directeur général de SNCF Immobilier, la branche foncière du groupe. Nous choisissons donc de les mettre à disposition d’acteurs qui se chargent de les rendre vivants.  »

      En faisant signer à La Lune rousse une convention d’occupation temporaire de la Halle Charolais jusque début 2020, l’objectif de SNCF Immobilier est assurément de rentabiliser financièrement cet espace vacant sur lequel un programme urbain dénommé «  Gare de Lyon-Daumesnil  » prévoit la création de six cents logements, de bureaux et d’équipements publics d’ici 2025.

      C’est que #Ground_Control s’inscrit plus largement dans une politique foncière en pleine expansion au sein de la SNCF  : l’#urbanisme_transitoire. «  Cette démarche dite d’“urbanisme temporaire” ou transitoire est un levier essentiel de valorisation, avance Fadia Karam, directrice du développement de SNCF Immobilier. Cela permet d’intensifier l’usage de nos sites parfois vides et d’éluder des coûts de #gardiennage, d’entretien et de #sécurité, en limitant la détérioration et l’obsolescence de notre patrimoine. En dotant nos sites de nouveaux usages, nous développons la valeur de nos actifs.  »

      La stratégie d’urbanisme transitoire du groupe ferroviaire prend naissance en 2013, quand une galerie de street art propose à ICF Habitat, filiale logement de la SNCF, d’investir provisoirement une de ses tours de logement destinée à la démolition. L’initiative, baptisée Tour Paris 13, est une telle réussite – trente mille visiteurs en un mois – que la SNCF entrevoit rapidement dans ce site culturel éphémère un formidable outil de #communication sur la future HLM qui s’érigera en lieu et place de la tour. Et, par ricochet, d’augmentation de l’attractivité de ce quartier résidentiel grâce aux artistes graff les plus célèbres de la scène mondiale venus s’approprier l’immeuble en friche.

      Rapidement surnommée la «  cathédrale du #street_art  », la tour a été l’objet d’une grande attention médiatique, à l’image de Télérama, qui ira jusqu’à suivre en direct, avec trois caméras, la destruction du bâtiment en 2014. Trois ans plus tard, le même journal publiait un article élogieux sur le nouvel «  immeuble HLM à l’architecture délirante  » situé dans l’«  #eldorado parisien du street art  ». Une opération de communication bénéficiant à la fois à l’acteur privé – la galerie Itinerrance – et à la SNCF, qui a pu aisément vendre ses logements flambant neufs à un prix lucratif.

      En 2015, deux ans après Tour Paris 13, l’occupation temporaire du dépôt de train de la Chapelle par Ground Control est appréhendée par SNCF Immobilier comme un projet pilote en vue de mieux formaliser sa démarche d’urbanisme transitoire. Après cette expérience concluante de friche culturelle éphémère, la filiale lance en fin d’année un appel à manifestation d’intérêt afin que seize de ses espaces désaffectés soient reconvertis provisoirement en «  sites artistiques temporaires  ».

      En réinvestissant une deuxième fois le dépôt de la Chapelle en 2016, puis la Halle Charolais de la gare de Lyon, Denis Legat devient, avec son concept Ground Control, le fer de lance de l’urbanisme transitoire prôné par la société nationale des chemins de fer. Au plus grand bonheur de Marie Jorio, cadre développement au sein de SNCF Immobilier qui, à propos du site de la Chapelle, déclare sans ambages  : «  Avec Ground Control, nous avons fait exister cette adresse plus rapidement et avons créé de l’attractivité  : les opérateurs ont envie d’y aller et d’innover !  »

      Aux yeux de la SNCF, la friche culturelle Ground Control a en effet servi d’outil #marketing pour mieux promouvoir l’#aménagement_urbain qui prévoit la construction de cinq cents logements dans ce coin morne du XVIIIe arrondissement. Quant aux visiteurs, ils ont été les cobayes de la future identité urbaine de ce quartier dévitalisé, Ground Control constituant un showroom hype au service du complexe immobilier en devenir. «  L’ADN ferroviaire du site du dépôt Chapelle est ressorti très fortement dans l’appétence et le succès du concept, révèle ainsi SNCF Immobilier. Le projet urbain en cours de définition fera revivre cet ADN et cette identité ferroviaire très forte qui constituent un actif immatériel et un capital fort.  »

      Le recours aux occupations temporaires pour accroître la valeur financière d’un projet immobilier et préfigurer ses futurs usages est de plus en plus systématique. En janvier 2018, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France avait recensé pas moins de soixante-dix-sept projets d’urbanisme transitoire en région francilienne depuis 2012 – dont plus de la moitié sont en cours. Quatre cinquièmes des propriétaires des sites sont des acteurs publics ( collectivités locales, établissements publics d’aménagement, SNCF, bailleurs sociaux ) et les occupations à dimension culturelle sont largement prédominantes.

      Les pouvoirs publics locaux ont par ailleurs décidé d’accompagner pleinement cette dynamique d’optimisation foncière. Le conseil municipal de Paris et le conseil métropolitain du Grand Paris ont tous deux récemment adopté le vœu qu’à l’avenir, tout projet d’aménagement urbain soit précédé d’une opération d’urbanisme transitoire. De plus, sur la quarantaine de projets d’urbanisme temporaire actuels, vingt-sept sont soutenus par la région Île-de-France dans le cadre de son appel à manifestations d’intérêt sur l’urbanisme transitoire lancé en 2016. Une enveloppe qui s’élève à 3,3 millions d’euros.

      Là encore, malgré les incantations à l’«  innovation urbaine  » et à la «  transition écologique  » de cet appel à projets, c’est avant tout l’argument économique qui fait mouche. «  Il faut en moyenne douze ans pour qu’une ZAC [ zone d’aménagement concerté ] sorte de terre, avançait l’an dernier Chantal Jouanno, alors vice-présidente de la région. Durant ce laps de temps, les immeubles ne servent à personne, peuvent être squattés et perdre leur valeur.  » La nature a horreur du vide. Les édiles parisiens également.

      Espace public, bénéfice privé

      Cultplace et La Lune rousse ne se contentent pas d’accaparer des friches. L’ensemble de leurs sites éphémères et établissements présentent en effet la particularité d’être des espaces hybrides, à la fois publics et privatisables, culturels et commerciaux. Des logiques tout autant artistico-festives que marchandes, qui ont permis aux entrepreneurs culturels de s’approprier une dénomination en vogue  : celle de «  #tiers-lieu ».

      Conceptualisé par le sociologue américain Ray Oldenburg dans un ouvrage intitulé The Great Good Place ( 1989 ), le tiers-lieu désigne à l’origine les espaces de sociabilité situés en dehors du domicile et du travail, comme les cafés ou les parcs publics. Cette expression aux contours flous a été employée afin de qualifier les premiers fablabs, les hackerspaces et autres jardins urbains partagés. Mais au grand dam des tenants de l’éthique open source et de l’esprit collectif de la débrouille, le terme de tiers-lieu s’est progressivement dénaturé jusqu’à qualifier de facto tout espace hébergeant des activités pluridisciplinaires, gratuites comme lucratives.

      «  Je vois nos sites comme des écrins pour l’initiative, pour l’émergence d’envies, s’enflamme ainsi Renaud Barillet. Mais la réalité économique d’un tiers-lieu comme la friche 88 Ménilmontant fait qu’on a besoin de clients. Ce que l’on fabrique, ce sont des initiatives privées mais qui peuvent avoir une quote-part d’intérêt général. »

      Loïc Lorenzini, adjoint au maire du XVIIIe arrondissement chargé des entreprises culturelles, porte néanmoins un autre regard sur l’émergence de ces tiers-lieux. « Ground Control au dépôt de la Chapelle, cela n’a pas été évident avec eux au début, se souvient l’élu. Il y avait un #service d’ordre avec des #vigiles à l’entrée du lieu, ce qui n’a pas vraiment plu aux habitants du quartier.  »

      Sa circonscription héberge actuellement deux sites artistiques temporaires de la SNCF  : L’Aérosol – un hangar de fret reconverti en espace dédié au graffiti – et La Station-gare des mines – ancienne gare à charbon devenue salle de concert. Ces deux occupations de sites ferroviaires en friche préfigurent d’importants projets d’aménagement urbain comportant des logements, des bureaux ou encore l’Arena 2, une salle omnisports qui devrait être inaugurée en vue des Jeux olympiques de 2024.

      «  Ces entreprises culturelles sont venues bousculer la vision classique de la culture, c’est-à-dire une vision subventionnée, avance Loïc Lorenzini. L’enjeu avec ces tiers-lieux, c’est qu’ils ne deviennent pas le cache-sexe de projets privés urbanistiques. Notre rôle est de rappeler que dans un arrondissement populaire comme le XVIIIe, il y a des enjeux locaux forts, telle la gentrification.  »

      Les friches culturelles, têtes de pont de la gentrification  ? C’est justement ce que dénonce le collectif d’habitants Droit à la (Belle)ville, créé en 2015 dans l’est de Paris. «  Ces tiers-lieux excluent symboliquement les #habitants les plus #précaires du quartier, fustige Claudio, l’un des membres de l’association. On autorise temporairement des occupations de friche par des acteurs privés mais en parallèle, dès qu’il y a une occupation informelle de l’espace public à Belleville, comme quand, encore récemment, des jeunes font un barbecue improvisé dans la rue ou des militants organisent un marché gratuit, la police est systématiquement envoyée.  »
      Et Quentin, également du collectif, d’ajouter  : «  Pour ces entrepreneurs et pour les élus, les artistes ne sont que des créateurs de valeur. Les sites culturels qui les hébergent participent à changer l’image de notre quartier, à le rendre plus attractif pour les populations aisées. Ce sont des espaces qui sont pleinement inscrits dans la fabrication de la ville pilotée par le #Grand_Paris.  »

      Ambitionnant de faire de la région Île-de-France une métropole compétitive et mondialisée, le projet d’aménagement territorial du Grand Paris entrevoit dans les tiers-lieux culturels un outil de promotion de son image de #ville_festive, innovante et écoresponsable à même d’attirer une «  #classe_créative  ». Une population de jeunes cadres qui serait, aux yeux des décideurs, vectrice de développement économique.

      Les futures friches estampillées La Bellevilloise sont ainsi pleinement ancrées dans la stratégie de développement urbain et de #marketing_territorial portée par les élus de la #métropole. Dans l’ancienne station électrique Voltaire, au cœur du XIe arrondissement, Renaud Barillet prévoit pour 2021 un cinéma et un «  restaurant végétalisé et solidaire  ». L’exploitation de ce bâtiment industriel a été remportée par l’entrepreneur dans le cadre de Réinventer Paris, un appel à projets urbains lancé fin 2014 par la mairie de Paris afin de développer «  des modèles de la ville du futur en matière d’architecture, de nouveaux usages, d’innovation environnementale et d’écoconstruction  ».

      Le dirigeant de La Bellevilloise vient même de réussir à faire main basse sur l’ancienne piscine municipale de Saint-Denis, via le concours Inventons la métropole du Grand Paris. Avec l’aide d’un investissement financier de la part de #Vinci Immobilier, la piscine dyonisienne à l’abandon sera «  à la frontière entre l’hôtel, le gîte et l’auberge de jeunesse  » et le relais d’«  initiatives entrepreneuriales, culturelles, artistiques, sportives et citoyennes  ».

      «  On est conscient de notre impact dans un quartier mais la gentrification est un rouleau compresseur sociologique qui nous dépasse », assure pourtant Renaud Barillet. «  Nous ne sommes pas dans un processus naturel mais bien dans un conflit de classes. À Paris, nous sommes dans une continuité d’expulsion des #classes_populaires qui a débuté depuis la Commune en 1871, analyse Chloé, du collectif Droit à la (Belle)ville. Dans ces friches, les entrepreneurs vont jusqu’à récupérer le nom, l’imaginaire politique, les anciens tags de ces espaces pour les transformer en valeur marchande.  »

      La Bellevilloise n’hésite ainsi nullement à s’afficher sur ses supports de communication comme «  Le Paris de la Liberté depuis 1877  » et, dans le futur projet du 88 de la rue Ménilmontant, le spa pourrait s’appeler « Les Thermes de La Miroiterie ». «  Ils accaparent des ressources que les habitants ont créées, que ce soient les ouvriers qui ont mis sur pied La Bellevilloise à la fin du XIXe siècle ou les punks libertaires de La Miroiterie au début des années 2000, souligne Claudio. Ces tiers-lieux culturels transforment des valeurs d’usage en valeur d’échange… »

      Rien ne se perd, tout se transforme

      Dernier avatar en date des tiers-lieux culturels qui foisonnent dans la capitale, La Recyclerie se présente comme «  une start-up innovante qui réinvente le concept du tiers-lieu ( ni la maison ni le travail ) et fédère un large public sur le thème de l’écoresponsabilité  ». Inauguré en 2014, cet établissement, composé d’un café-cantine, d’un atelier de réparation et d’une mini-ferme urbaine, est implanté au sein d’une station de train désaffectée de la Petite Ceinture, la gare Ornano, au nord du XVIIIe arrondissement.

      Un emplacement loin d’être anodin  : la station à l’abandon se situe en effet porte de Clignancourt, à deux pas des échoppes discount des puces de Saint-Ouen, de la préfecture de police chargée des demandes d’asile de la capitale et d’un bidonville de Roms installé en contrebas de l’ancienne voie ferrée. Un carrefour où vendeurs à la sauvette, chiffonniers et migrants tentent de survivre par l’économie informelle.
      Malgré le fait qu’un tiers-lieu culturel ne soit pas de prime abord le projet urbain le plus pertinent en termes de besoins sociaux dans ce quartier populaire, «  le maire de l’époque, Daniel Vaillant, a personnellement appuyé notre dossier, dévoile Marion Bocahut, présentée comme cheffe de projet écoculturel du lieu. La mairie du XVIIIe n’avait pas les moyens financiers d’acheter la gare Ornano, nous avons donc racheté l’intérieur du bâtiment  ».

      La Recyclerie appartient à #Sinny_&_Ooko, une société «  créatrice de tiers-lieux et d’événements  » dirigée par Stéphane Vatinel. Figure du milieu de la nuit, connu pour avoir fondé en 1992 le Glaz’art, un club électro emblématique installé dans un ancien dépôt de bus, l’entrepreneur a repris de 2003 à 2008 les rênes du Divan du monde, salle de spectacle historique de Pigalle.

      Par l’intermédiaire de son entreprise, ce quinquagénaire hyperactif est aujourd’hui l’exploitant de La Machine du Moulin rouge, l’incontournable discothèque techno du nord de la capitale, et du Pavillon des canaux, une bâtisse abandonnée sur les bords du bassin de la Villette réhabilitée en coffice – mi-café, mi-espace de travail.

      Quand il rachète la gare Ornano pour installer son tiers-lieu empreint «  des valeurs collaboratives et du Do It Yoursef  », Stéphane Vatinel fait appel à son ami #Olivier_Laffon, qui s’investit financièrement dans l’opération. Cet ancien magnat de l’immobilier devenu millionnaire a été le promoteur de mégacentres commerciaux, à l’instar de Bercy Village, Vélizy 2 ou Plan de campagne dans les Bouches-du-Rhône. Mais avec sa holding C Développement, Olivier Laffon s’est reconverti dans l’#entreprenariat_social.

      Sa réalisation la plus célèbre demeure le Comptoir général, un ancien entrepôt au bord du canal Saint-Martin reconverti en 2009 en bar et «  espace événementiel écosolidaire  » à l’ambiance exotique. Devenu une référence quasi caricaturale du «  Paris branché  », le Comptoir général a fait appel jusqu’en 2013 aux services de Sinny & Ooko afin de développer et d’animer sa programmation. Une alliance pérenne entre les deux hommes d’affaires puisque C Développement avait précédemment investi dans le rachat du Divan du monde et dans La Machine du Moulin rouge, établissements gérés par Stéphane Vatinel…

      Pour les événements écoculturels de La Recyclerie, Sinny & Ooko a fait appel à un partenaire des plus édifiants  : la fondation Veolia. L’entreprise du #CAC_40, connue pour être le géant mondial de la privatisation de l’eau, finance en effet en grande partie la programmation du lieu et est partenaire de son cycle de conférences sur l’économie circulaire. La bibliothèque de La Recyclerie a de surcroît été ouverte avec des livres offerts par la multinationale. «  Veolia nous accompagne aussi dans notre développement, notamment avec Scale up ( “changement d’échelle” ), un programme de l’Essec Business School qui nous a permis de savoir comment dupliquer un lieu comme La Recyclerie  », détaille Marion Bocahut.

      Le concept de La Recyclerie a effectivement depuis peu changé d’échelle. Sinny & Ooko a inauguré en août dernier un nouveau tiers-lieu écoculturel baptisé la Cité fertile. Ici, comme pour Ground Control, SNCF Immobilier a fait signer à Sinny & Ooko, à l’aune de son appel à projets sur l’urbanisme transitoire, une convention d’occupation de trois ans de son ancienne gare de fret basée à Pantin. « Nous sommes là pour opérer une transition entre une gare de marchandises et le futur #écoquartier de la ville de Pantin  », assume Clémence Vazard, cheffe du projet de la Cité fertile.

      L’écoquartier prévoit mille cinq cents logements et près de cent mille mètres carrés de bureaux et de locaux commerciaux. Une opération foncière des plus rentables pour SNCF Immobilier et les promoteurs. Surnommée la «  Brooklyn parisienne  », Pantin constitue depuis peu un eldorado de la spéculation immobilière  : l’ancienne cité industrielle a vu flamber de 15 % en cinq ans le prix du mètre carré, un record parmi les villes de la petite couronne parisienne.

      En attendant, sur près d’un hectare, la Cité fertile veut «  explorer et imaginer la ville de demain  » en attirant un million de curieux par an avec ses ateliers, ses conférences et sa cantine approvisionnée en circuits courts. Clémence Vazard explique que l’équipe a consulté la municipalité de Pantin afin d’«  identifier les acteurs locaux et demander leurs contacts  ». Parmi la cinquantaine de personnes salariées sur le site, une seule pourtant se consacre à cette ouverture sur les Pantinois. «  En tout cas, si on a un partenariat comme Veolia qui peut se présenter, ce serait le meilleur pour nous  », souligne la cheffe de projet. Avant de préciser  : «  Sinny & Ooko possède l’agrément Entreprise solidaire d’utilité sociale ( Esus ), en aucun cas nous ne faisons du greenwashing.  »

      L’originalité de cette friche éphémère réside cependant ailleurs. La Cité fertile héberge en effet depuis septembre le « campus des tiers-lieux », école de formation et incubateur d’entreprises dont le but est de développer les tiers-lieux culturels en tant que modèles économiques d’avenir. «  Depuis l’an dernier, Sinny & Ooko est certifié comme organisme de formation. Nous proposons un module pour apprendre à être responsable de tiers-lieu culturel, détaille Clémence Vazard. Nous avons déjà formé une soixantaine de personnes, dont certaines ont récemment monté leur propre tiers-lieu à Montreuil – la Maison Montreau – ou à Niamey, au Niger – L’Oasis, un espace de coworking parrainé par Veolia.  »

      Selon les formateurs Sinny & Ooko, le tiers-lieu culturel est un modèle démultipliable à souhait, telle une unité standardisée qui se résume, selon sa plaquette de présentation, à un «  HCR [ hôtel café restaurant ] à portée culturelle  », où une activité économique « socle  » de bar-restauration permet de financer une programmation qui fait vivre le lieu.

      Friche partout, créativité nulle part

      En moins de cinq ans, Cultplace, La Lune rousse et Sinny & Ooko ont édifié un véritable petit empire économique en Île-de-France. Elles ont même l’ambition de s’implanter durablement à travers l’Hexagone en reproduisant des fac-similés de leurs tiers-lieux respectifs. Renaud Barillet a ainsi récemment remporté deux appels à projets à Bordeaux et un autre à Lyon afin d’édifier «  des projets très proches en termes d’ADN et de ventilation des espaces de ce qu’est La Bellevilloise  ».

      En Charente-Maritime, à Rochefort, Cultplace est en train de mettre sur pied Grand foin, «  une déclinaison rurale de La Bellevilloise », aux dires de Renaud Barillet. Par ailleurs, depuis 2016, Denis Legat et son équipe débarquent chaque été aux Rencontres de la photographie d’Arles, où ils investissent un ancien hangar de la SNCF avec leur habituelle formule Ground Control.

      Stéphane Vatinel, quant à lui, doit ouvrir d’ici 2023 La Halle aux Cheminées, un tiers-lieu dans une ancienne friche militaire de Toulouse dont le concept n’est autre qu’un copier-coller de La Recyclerie. Autant de jalons d’une hégémonie économico-culturelle dont se défend du bout des lèvres Renaud Barillet : «  C’est vrai que ceux qui ont commencé à réaliser des tiers-lieux arrivent aujourd’hui à se développer et je pense que pour un nouveau venu, ce n’est pas si simple. Les appels d’offres demeurent très économiques et orientés vers l’immobilier.  »

      Ce business model des friches est si bien rodé et rencontre un tel succès qu’il en devient vecteur d’une certaine uniformisation. À Paris, en plus du Poinçon, la gare de Montrouge rénovée par Cultplace, et de La Recyclerie, ex-gare Ornano, la plupart des seize stations de la #Petite_Ceinture deviendront des tiers-lieux, à l’instar du Hasard ludique, «  lieu culturel hybride  » niché porte de Saint-Ouen, ou de La Gare-jazz à la Villette – en lieu et place de l’ancien squat artistique Gare aux gorilles.

      La gare Masséna vue depuis la rue Regnault.

      Dans le cadre de Réinventer Paris, l’ancienne gare Masséna sera quant à elle réhabilitée en «  lieu de vie et de proximité  » d’ici 2019 avec bar et cantine, ferme urbaine, boutiques bio, espaces artistico-culturels et bureaux. Enfin, Stéphane Vatinel a l’an dernier remporté l’exploitation de deux sites en friche grâce à Réinventer la Seine, un appel à projets visant à «  la construction d’un territoire métropolitain évident et d’envergure internationale  ». Une usine désaffectée à Ivry et l’ancien tribunal de Bobigny seront ainsi, à l’horizon 2022, reconvertis tous deux en tiers-lieux écoculturels estampillés Sinny & Ooko.

      À cette dynamique de duplication des tiers-lieux s’ajoutent les dizaines de #terrasses_temporaires qui essaiment chaque été dans les interstices urbains de la capitale, à l’image de la Base Filante, une friche éphémère de trois mille mètres carrés qui a ouvert ses portes en juillet dernier à deux pas du Père-Lachaise. L’initiative est portée par quatre collectifs, dont certains ont déjà pris part à la conception d’une autre terrasse temporaire, la friche Richard Lenoir, ou à l’aménagement de La Station-gare des mines.

      Au programme de la Base Filante, le sempiternel quatuor bières artisanales, cours de yoga, tables de ping-pong et musique électronique. «  On assiste à une sorte de standardisation qui annihile toute créativité  : tout espace en friche se voit devenir un lieu éphémère avec un bar et des transats, s’alarme Quentin, du collectif Droit à la ( Belle )ville. La créativité s’arrête dès qu’il y a une tireuse à bière artisanale…  »

      Enfin, la mise en avant quasi généralisée de l’imaginaire «  squat  », via la scénographie récup’ et DIY, comme à travers la rhétorique de l’alternative et du collaboratif dans la communication de ces lieux festifs, participe également à cette uniformisation des sites culturels. «  Ces friches font croire à une fausse occupation de l’espace alors qu’il y a des vigiles à l’entrée, fulmine Quentin. On vend de faux espaces de liberté où on dit aux gens ce qu’ils doivent consommer et où.  »

      Pour les chercheuses Juliette Pinard et Elsa Vivant, «  cette #esthétique_du_squat […], donnant la part belle aux atmosphères brutes et industrielles, participe à la #mise_en_scène de ces lieux temporaires en tant qu’“espaces alternatifs” et expérience singulière  ». En institutionnalisant les occupations transitoires, les friches culturelles éphémères ont réussi le tour de force de neutraliser la portée subversive des squats artistiques, qui contestaient la propriété privée en privilégiant le droit d’usage, tout en s’appropriant leurs codes esthétiques.

      «  Et le squat devient fréquentable  », titrait ainsi Télérama en avril dernier à propos des occupations transitoires après que Libération eut publié sur son blog Enlarge Your Paris un entretien intitulé «  Les friches font entrer les villes dans l’ère des squats légaux ».

      Dans le quartier Darwin.

      Le phénomène des friches culturelles se circonscrit de moins en moins à la région Île-de-France. À Bordeaux, les instigateurs du site culturel Darwin Écosystème, installé depuis 2009 dans l’ancienne caserne Niel et qui se présente comme un «  lieu d’hybridation urbaine mêlant activités économiques et initiatives citoyennes  », ne se sont jamais cachés de s’être inspirés directement de La Bellevilloise. Le promoteur immobilier Résiliance a de son côté mis à disposition un terrain vague de vingt hectares situé au nord de Marseille à Yes We Camp, un collectif de cinquante salariés spécialisé dans la création de friches culturelles éphémères, à Paris comme à Roubaix.
      Depuis cette année, la vaste parcelle en jachère accueille un «  parc métropolitain d’un nouveau genre, à la fois lieu de vie, de mémoire, de pratiques culturelles et sportives  ». Le site, baptisé Foresta, est inséré dans un projet d’aménagement porté par Résiliance et articulé autour d’un immense entrepôt commercial réservé aux grossistes du marché textile chinois.

      Quant aux anciens abattoirs de Rezé, dans l’agglomération nantaise, ils hébergent depuis juillet dernier Transfert, trois hectares de friche culturelle définie par ses concepteurs comme un «  espace qui se mue en un lieu de transition où l’on imagine, invente et fabrique ensemble un lieu de vie qui questionne la ville de demain  ». L’occupation provisoire durera cinq ans, le temps nécessaire à accroître l’attractivité et la valeur immobilière de ce no man’s land qui doit accueillir un gigantesque projet d’aménagement urbain prévoyant trois mille logements.

      Cette politique de l’éphémère à fin mercantile semble ainsi définitivement être sur les rails qui la conduiront à se pérenniser et à s’étendre à l’ensemble du territoire. «  Nous avons désormais un vivier de porteurs de projets qui nous sollicitent, affirme Charlotte Girerd, de SNCF Immobilier. Depuis 2015, une vingtaine de projets d’urbanisme transitoire ont été mis en œuvre. Notre ambition est que d’ici 2019-2020, deux à trois sites répondant à la démarche d’urbanisme transitoire soient lancés chaque année, avec la volonté de travailler de plus en plus hors d’Île-de-France.  »

      Une filiale de la SNCF à la manœuvre d’opérations immobilières spéculatives, des collectivités publiques au service du développement économique, des entreprises culturelles de plus en plus hégémoniques… Si les friches culturelles viennent « questionner la ville de demain », elles soulèvent aussi une tout autre question  : comment faire exister une politique culturelle affranchie de toute logique économique  ?


  • Les saisonniers sont de retour, en bien plus grand nombre qu’avant

    Très contesté, le statut de travailleur saisonnier a officiellement été aboli en 2002 en Suisse. Depuis cette date, le nombre de permis de travail de courte durée est pourtant en pleine expansion au sein de la Confédération, largement tributaire d’une main-d’œuvre importée, flexible et bon marché pour faire tourner des pans entiers de son économie.

    Chaque été, Mircea* et Viorel* séjournent près de quatre mois dans les Alpes suisses, loin de leur famille et de leur Roumanie natale. Logés dans une ferme d’alpage au-dessus de Crans-Montana, leur quotidien ne ressemble pourtant en rien à celui de ces riches étrangers venus s’installer quelques hectomètres plus bas dans des chalets ostentatoires de la très huppée station valaisanne, réputée pour son climat ensoleillé et ses forfaits fiscaux attractifs.

    La journée de Mircea et Viorel débute à 4h du matin avec la première traite du jour, pour ne s’achever qu’après 19h30, lorsque la centaine de vaches – de la race d’Hérens pour la plupart – ont été rentrées à l’étable. Entre la surveillance du troupeau, la fabrication du fromage et les divers travaux de manutention, les moments de repos sont rares.

    Le soir venu, c’est dans un dortoir spartiate mis à disposition du propriétaire de l’alpage qu’ils peuvent enfin reprendre quelques forces avant d’entamer une nouvelle journée de dur labeur. Un travail de forçat rémunéré au salaire minimum prévu par la Convention collective de travail de l’agriculture valaisanne, soit 13 francs de l’heure pour des employés agricoles non qualifiés.

    Déduction faite des frais d’hébergement et de nourriture, Mircea et Viorel peuvent ainsi compter sur un revenu de 2000 francs net par mois. Une coquette somme pour ces ressortissants roumains, un pays où le salaire minimum n’excède pas 320 euros par mois, mais qui aurait de quoi rebuter le plus motivé des travailleurs helvétiques, lui qui peut facilement espérer empocher plus de 6000 francs par mois (salaire médian) les pieds bien au chaud dans un bureau.

    Boom lié à la libre circulation

    En Suisse, l’agriculture est, de par sa nature même, un des secteurs économiques qui emploie le plus de travailleurs saisonniers. La production de fruits et légumes est particulièrement gourmande en forces de travail temporaires venues de Roumanie, de Pologne ou du Portugal.

    « Une agriculture productive est tributaire des travailleurs venus de l’étranger », souligne Sandra Helfenstein, porte-parole de l’Union suisse des paysansLien externe (USP), le puissant lobby des agriculteurs helvétiques. L’USP estime entre 30’000 et 35’000 le nombre de travailleurs européens employés dans l’agriculture suisse, la plupart avec des contrats valables entre 3 et 9 mois. Des engagements grandement facilités par l’entrée en vigueur en 2002 de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.

    Elle aussi traditionnellement tributaire d’une main-d’œuvre flexible et bon marché venue de l’étranger, l’hôtellerie-restauration a par exemple vue la proportion d’employés étrangers – Allemands, Italiens, Portugais et Français dans leur grande majorité - passer de 35 à 44% depuis le début des années 2000, dont plus de deux tiers sont au bénéfice d’une autorisation de séjour de courte durée.

    Le phénomène est identique sur les chantiers de construction : dans ce secteur en plein boom, les travailleurs européens sont de plus en plus nombreux à œuvrer de quelques semaines à plusieurs mois en Suisse avant d’aller retrouver de l’embauche dans leur pays d’origine ou ailleurs sur le continent.
    Plus de 335’000 « saisonniers »

    Conséquence : en quelques années, le nombre de travailleurs dotés d’autorisations de séjour de courte durée a bondi en Suisse. En considérant les personnes au bénéfice d’un permis valable un an au maximum (L ou autresLien externe) et celles autorisées à séjourner en suivant une simple procédure d’annonceLien externe (moins de 90 jours), leur nombre s’élevait à plus de 335’000 en 2017, selon les données officielles compilées par swissinfo.ch.

    Un chiffre que les saisonniers n’avaient jamais atteint au cours des années 1960 et 1970 : à l’époque, les autorités délivraient en moyenne entre 100’000 et 200’000 permis « A »Lien externe par année en fonction des besoins de l’économie, s’efforçant de limiter l’afflux et l’établissement de main-d’œuvre étrangère sur sol helvétique.

    Or, la suppression de ce statut en 2002, considéré comme précaire et à l’origine d’abus, est en quelque sorte en train de renaître de ses cendres avec la multiplication des autorisations de séjour de courte durée, estiment les syndicats.

    « Les conditions de travail et d’hébergement de ces nouveaux travailleurs nomades ne sont souvent pas meilleures que celles des saisonniers de l’époque. Certains d’entre eux sont sous-payés, leurs contrats de travail peuvent être résiliés du jour au lendemain, ils n’ont pas le droit au regroupement familial et leur intégration en Suisse est inexistante », dénonce Alessandro Pelizzari, Secrétaire régional du syndicat UNIA à GenèveLien externe.
    De plus en plus qualifiés

    Des propos que nuance Giovanni Ferro-LuzziLien externe, professeur d’économie à l’Université de Genève. « Les contrats de courte durée concernent aussi de plus en plus des personnes hautement qualifiées, par exemple des consultants informatiques qui viennent travailler quelques mois par année en Suisse, même s’ils ne représentent encore qu’une minorité », souligne-t-il.

    Il n’en reste pas moins que le nombre de permis de séjour de courte durée liés à une activité lucrative supplante aujourd’hui largement celui des permis de moyenne ou longue durée octroyés chaque année par la Confédération.

    « Petit pays à forte croissance économique et disposant d’une main-d’œuvre limitée, la Suisse tire particulièrement profit de ces travailleurs mobiles. Cela ne peut que favoriser le fonctionnement de l’économie, pour autant que la paix sociale soit assurée », estime Giovanni Ferro-Luzzi.

    Or c’est précisément sur ce dernier point que le bât blesse. Les syndicats accusent les employeurs d’utiliser cette main-d’œuvre rotative pour faire pression sur les salaires des résidents, en se jouant bien souvent des contrôles mis en place dans le cadre des mesures d’accompagnementLien externe liées à la libre circulation des personnes.

    « Il n’est pas rare que l’on découvre des travailleurs détachés rémunérés 7 ou 8 francs de l’heure sur des chantiers, soit trois fois moins que ce que prévoit le salaire minimum horaire de la branche », illustre Alessandro Pelizzari.
    Au cœur des enjeux politiques

    Bien que très peu visibles dans l’espace public et les médias, ces nouveaux nomades de la mondialisation se retrouvent en ce moment-même propulsés au cœur des enjeux politiques. Les mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes font en effet figure de principal point d’achoppement des négociations sur la conclusion d’un accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne.

    « Nous avons toujours milité pour que ces personnes puissent venir en Suisse, tout en garantissant qu’elles puissent bénéficier des conditions de travail suisses. Or en cherchant à affaiblir encore davantage les mesures d’accompagnement, Bruxelles met en péril cet équilibre », estime Alessandro Pelizzari.

    Quel que soit le résultat des négociations avec l’UE, qui devrait être connu ces prochaines semaines, une chose semble acquise aux yeux des observateurs avertis du marché du travail helvétique : aucune mesure politique ne permettra véritablement d’endiguer le flot de ces travailleurs nomades venus chercher, le temps d’un hiver en station ou d’un été sur un chantier, meilleure fortune sur sol helvétique.

    « En Suisse, l’afflux de main-d’œuvre étrangère a toujours été dicté par les besoins de l’économie. Seul un retournement conjoncturel serait à même de mettre fin au boom de ces contrats de courte durée », avance Giovanni Ferro-Luzzi.

    https://www.swissinfo.ch/fre/nouveaux-nomades-de-l-%C3%A9conomie_les-saisonniers-sont-de-retour--en-bien-plus-grand-nombre-qu-avant/44550472

    #saisonniers #statistiques #chiffres #statuts #précarité #permis_de_travail #permis_de_séjour #permis_temporaires #migrations #travail


  • « Les raisins de la misère » : comment les grands crus du Bordelais prospèrent sur une pauvreté extrême
    https://www.bastamag.net/Les-raisins-de-la-misere-comment-les-grands-crus-du-Bordelais-prosperent-s

    A l’ombre des luxueux châteaux du Bordelais se cache une pauvreté et une injustice saisissantes. C’est ce que révèle une enquête de la journaliste Ixchel Delaporte. Les saisonniers qui s’échinent dans la vigne, indispensables à la bonne tenue d’un grand cru, sont sans cesse plus précarisés. Les habitants les plus pauvres – chômeurs, mères célibataires, malades des pesticides... – ne voient pas les retombées économiques du négoce et du tourisme. Pire : ils doivent se rendre invisibles. Les raisins de la (...)

    #Décrypter

    / Quelle agriculture pour demain ?, #Inégalités, #Classes_populaires, #Conditions_de_travail, #Fractures_sociales, A la une, (...)

    #Quelle_agriculture_pour_demain_ ? #Entretiens


  • Loin de la terre promise

    Venus d’#Amérique_latine, des milliers de travailleurs et travailleuses récoltent les #fruits et #légumes de #Provence. Parfois confrontés à des employeurs malhonnêtes, certains ouvriers s’organisent.

    « En France, plus personne veut bosser dans l’#agriculture ! » Appuyé contre son tracteur sous le soleil écrasant de la fin d’été, L., maraîcher bio entre #Arles et #Avignon, se désole de la #pénurie de #main-d’œuvre française. Dans cette plaine fertile des #Bouches_du_Rhône, c’est le constat amer que font la plupart des agriculteurs. « Les Français, ils ne tiennent pas le coup ! » renchérit un de ses collègues. La solution : des #ouvriers_étrangers, bosseurs et pas exigeants.

    Après les Espagnols, les Portugais et les Marocains, ce sont des milliers de #travailleurs_sud-américains qui viennent dans le Sud de la France via des entreprises d’#intérim espagnoles comme #Terra_Fecundis, #Laboral_Terra ou #Eurofirm. Créées par des notables de la région de Murcia, Alicante ou Valence, dans le sillage de la crise du BTP de 2008 en Espagne qui a mis des milliers d’ouvriers sur le carreau, elles envoient dans toute l’Europe des travailleurs « en provenance de pays à faible coût », comme elles le mettent en avant auprès des agriculteurs.

    Des nouveaux travailleurs pas chers

    Côté agriculteurs, tout est facilité : même si le salaire horaire doit être désormais le même que celui des Français (lire ci-dessous), les boîtes d’intérim payent les cotisations sociales espagnoles, moins chères d’environ 10%. Entre l’exploitant et les travailleurs, aucun contrat individuel, mais une « commande » collective est passée auprès des entreprises espagnoles qui leur « livrent » les travailleurs en bus. L’agriculteur n’a plus qu’à régler la facture. Leur période d’embauche est calquée sur les besoins et les aléas de la production : ils sont donc révocables à tout moment.

    « Ce système arrange tout le monde ! constate Béatrice Mesini, sociologue. A la fois les agriculteurs qui ont tout à y gagner mais aussi les travailleurs eux-mêmes, qui sont très contents de pouvoir toucher 7,50 euros de l’heure pour vivre et rembourser leurs dettes au lieu de 3,50 à 5,50 euros en Espagne et encore moins chez eux en Amérique du Sud. »

    Des #abus et de la #surexploitation

    « Ils ne nous déclaraient que huit jours par mois alors qu’on travaillait tous les jours. » Sifrid

    Mais à quel prix ? Sous-déclaration des heures de travail, conditions de #logement déplorables, retenues démesurées sur le #salaire (la nourriture, les frais de santé, etc.)… Les accusations sont nombreuses. Rencontré à Beaucaire, Sifrid, Equatorien, raconte son arrivée en France en 2006, via Terra Fecundis (TF) : « Ils ne nous déclaraient que huit jours par mois alors qu’on travaillait tous les jours et parfois on n’était payés que plusieurs mois plus tard, dénonce le quadragénaire, le visage tanné par le soleil. En plus, ils prélèvent une somme pour les transports, pour le logement, pour tout ! Ils ne payent pas ­légalement ! »

    André Fadda, du syndicat CGT intérim 13, le confirme : « Dans le #travail_détaché, la première infraction qu’on note, tous secteurs confondus, c’est les amplitudes #horaires qui ne sont jamais respectées, dénonce-t-il. Ils peuvent parfois travailler jusqu’à 200, voire 250 heures par mois. »

    Des pratiques épinglées par la #justice

    La justice française s’est penchée sur le cas de ces entreprises espagnoles. En 2011, une information judiciaire pour #homicide involontaire est ouverte au Tribunal de Tarascon, à la suite de la #mort par #déshydratation d’#Iban_Elio_Granda_Maldonado, un travailleur TF. Aucune mesure n’a été prise à ce jour et la procédure s’éternise.

    A l’été 2017, la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille ouvre une #enquête pour « #dissimulation_d’activité » et « #fraude_au_détachement ». Rien n’en est encore ressorti. D’ailleurs, sur les 3000 contrôles effectués en 2016 dans des #exploitations_agricoles, seules 329 entreprises ont été déclarées en #infraction. TF brouille les pistes : elle reste injoignable à son siège espagnol de Murcia et son adresse française à Châteaurenard nous mène vers l’appartement d’un de ses salariés, qui confirme qu’il n’y a plus de bureaux ici depuis trois ans.

    Les pratiques douteuses de ces entreprises ont attiré l’œil de la Mutuelle sociale agricole (MSA) et de l’Inspection du travail dont les contrôles sont de plus en plus fréquents. Sont ciblés ceux faisant appel aux prestations de TF, Laboral Terra, etc. Ennuyés par ces contrôles, les agriculteurs commencent à se montrer réticents aux services de ces sociétés. Un exploitant ayant souhaité rester anonyme témoigne : « Parfois, j’embauche quelques Equatoriens. Avant, je le faisais via Terra Fecundis mais maintenant, je passe par un groupement d’employeurs de droit français : au moins, on ne risque plus une descente de gendarmes. »

    Lassés d’être considérés comme des « négriers » et des « esclavagistes », des exploitants visités en viennent à mettre dehors les journalistes de manière musclée : « Vous voyez la porte là ? Eh ben, vous la prenez. Basta, on en a marre de lire des conneries sur notre dos. » D’autres, un peu plus enclins à la discussion, finissent par confier leur désarroi : « On sait qu’il y a des pratiques anormales, mais nous on est réglo et ça se passe très bien. Et puis ils sont là pour bosser ! » Ceux-ci ont cessé de « se faire livrer » par Terra Fecundis et recrutent désormais leurs #saisonniers en direct.

    S’organiser pour se faire respecter

    Petit à petit, les Sud-Américains qui ont acquis la nationalité espagnole contournent le détachement et passent par #Réagir, un groupement d’employeurs agricoles départemental. Sous la serre, Manuel, Johana, Maula, Rolando et Gloria, en pleine plantation du fenouil, ne regrettent pas d’avoir quitté TF : « Ici au moins, nos heures supplémentaires sont payées et les jours fériés et les dimanches majorés. » Un cadre qui plaît aussi à leur employeur qui souligne que « le paiement des charges en France ouvre le droit à une couverture sociale et à une #mutuelle ».

    Pourtant, même là, la situation est loin d’être idéale et ne garantit pas toujours de meilleurs traitements au quotidien… Blanca (le prénom a été changé à la demande de la personne ndlr ) travaille dans une entreprise française de conditionnement de fruits et légumes dans la région d’Avignon : « Je travaille trois jours et demi par semaine mais entre 5h du matin et 19h, avec des pauses. Dans l’entreprise, on nous a dit qu’on ne pouvait pas travailler plus de 48h par semaine ! lance cette mère de famille en riant un peu jaune. Mais bon, moi ça m’arrange pour les enfants. »

    Même si très peu d’entre eux parlent le français, ces travailleurs commencent à connaître leurs droits et des formes d’organisation collective émergent. La #solidarité est forte : des #cagnottes sont montées pour aider certains à payer des frais médicaux, des tournois de volley sont organisés pour souffler, se retrouver… Et en profiter pour s’échanger des contacts de boulot. Lassé de se « faire voler par les entreprises espagnoles », Peters, ancien saisonnier de TF, a monté sa propre entreprise pour mettre directement les travailleurs et les agriculteurs en lien : « Comme je parle bien français, à force je connaissais les employeurs et ils faisaient directement appel à moi. Je me suis lancé. »

    De leur côté, Santiago et Nelly sont cofondateurs d’une toute récente association, #Latinos_Sin_Fronteras, à Beaucaire : « On ne veut pas être vus que comme des machines à travailler. On est aussi des musiciens, des peintres, et on veut promouvoir notre culture, explique Santiago. « On voudrait aussi proposer des cours de français », rajoute Nelly. Julien Sanchez, le maire (FN) de #Beaucaire, n’a pas l’air très disposé à les aider dans leurs démarches. Mais la dynamique est lancée et entre deux matches de volley, certains soufflent que malgré les pressions, ils aimeraient monter un syndicat…

    Le #détachement : une politique européenne

    Pensé à l’origine pour favoriser la circulation des travailleurs au sein de l’Union européenne, le détachement est mis en place en 1996 à travers une directive qui précise qu’un travailleur détaché est « tout travailleur qui, pendant une période limitée, exécute son travail sur le territoire d’un Etat membre autre que l’Etat sur le territoire duquel il travaille habituellement ». Accusé de favoriser le « #dumping_social », le texte est amendé en 2017 en proposant d’établir l’égalité de rémunération et de règles salariales entre travailleurs détachés et locaux, tout en maintenant le règlement des #cotisations_sociales dans le pays d’origine. Il limite aussi la durée du détachement à douze mois et compte « protéger les travailleurs de la fraude et de l’exploitation ».

    Ces règles ont été entérinées en juillet 2018 par une nouvelle directive. « Pour l’Europe, c’est un système de win win win ! explique la sociologue Béatrice Mesini. A la fois pour le pays d’origine, pour le pays récepteur et pour le pays de mise à disposition. Tout le monde est gagnant et c’est pour ça que ça marche. »

    En Europe, le nombre de #travailleurs_détachés a augmenté de 45% entre 2010 et 2014, passant de 1,3 à 1,9 million, contre 600 000 en 2007. Le Ministère du travail français en recensait 516 101 en 2017, soit deux fois plus qu’en 2016, alors qu’en PACA, dans le secteur agricole, ils étaient 67 357 à venir ramasser des fruits et légumes, soit 7,4% de l’emploi salarié régional


    https://lecourrier.ch/2018/10/07/loindelaterrepromise-france
    #travailleurs_étrangers #travail #exploitation #maraîchage
    cc @isskein


  • Una revista alemana describe un infierno de violaciones a mujeres y abortos en los campos de fresas onubenses

    “Acosadas, insultadas y violadas, eso es cotidiano para miles de mujeres que trabajan en los campos de tomates y fresas de España”… Así se inicia el reportaje que la revista alemana Correctiv ha realizado en los campos de fresa de Huelva y en el quedescribe un auténtico infierno para las trabajadoras del campo onubense procedentes de Marruecos.

    https://huelvadecidesufuturo.wordpress.com/2018/05/12/una-revista-alemana-describe-un-infierno-de-violacio
    #Espagne #travail #exploitation #agriculture #fraises #femmes #viols #Huelva #avortement #migrations #saisonniers #migration_circulaire #saisonnières

    signalé par @isskein sur FB

    • @isskein qui signale aussi :

      Des mains délicates pour des fraises amères

      À l’ouest de la communauté autonome d’#Andalousie, la province de Huelva s’est spécialisée depuis les années 80 dans la culture de la fraise. Aujourd’hui, plus de 7000 hectares de serre sont cultivés sur d’anciennes pinèdes publiques. Le cycle de production commence à la fin de l’été par la stérilisation des sols au bromure de méthyle. En octobre, les fraisiers qui ont grandi dans le froid des pépinières de Castilla y León, sont transplantés à Huelva. Ils produisent dès la fin du mois de décembre et jusqu’en juin des fraises qui seront exportées dans toute l’Europe. Il s’agit d’une culture hydroponique, le sol des serres n’apporte aucun élément nutritif aux plants. Cette production intensive dépend donc des multinationales qui fournissent les plastiques, les engrais et les pesticides indispensables à ce mode de culture. Même les plants viennent d’ailleurs. La plupart des agriculteurs cultivent la #fraise_Camarosa, une variété créée par une université californienne et dont la plantation suppose de payer des royalties à hauteur de 1800 euros par hectare et par an.

      https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2008-3-page-34.htm

    • Et @isskein qui signale aussi :
      Les fruits de la frontière

      En partant de deux zones de production intensive de fraises situées, l’une en Andalousie et l’autre au nord du #Maroc, cet article vise à montrer les relations entre les stratégies d’implantation et d’organisation de la production des secteurs fraisicoles et les politiques migratoires et de régulation économique, relations qui sont à l’origine de la dynamique des marchés globaux. Plus précisément, il s’agit de montrer la manière dont l’intégration subordonnée évoquée plus haut s’est déclinée à l’échelle régionale au sein de la chaîne globalisée des fruits rouges, comment cela a abouti à l’embauche d’ouvrières marocaines des deux côtés du détroit et quel rôle la frontière joue dans la profitabilité de ces deux enclaves. On s’intéressera aux écarts entre annonces libérales et réalités politiques aussi bien en matière migratoire qu’économique.

      https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2018-1-page-31.htm

    • Recherche im Original

      Vergewaltigt auf Europas Feldern

      Sexuell belästigt, beleidigt, vergewaltigt – das ist der Alltag für tausende Erntehelferinnen in Europa. Sie ernten Tomaten und Erdbeeren, die in deutschen Supermärkten als „sicher und nachhaltig“ verkauft werden. Doch die Verantwortlichen kommen ungestraft davon. In einer monatelangen Recherche in Spanien, Marokko und Italien hat BuzzFeed News diese Missstände aufgedeckt.

      https://www.buzzfeed.com/de/pascalemueller/vergewaltigt-auf-europas-feldern

    • De jornaleras a esclavas sexuales en los campos de fresas de Huelva: la verdad oculta

      En las fincas de frutas de la provincia andaluza impera la ley del silencio. Decenas de mujeres marroquíes cuentan que sus encargados las chantajean con dejarlas sin trabajo si no mantienen con ellos relaciones sexuales. Casi nadie denuncia por temor al despido. EL ESPAÑOL habla con varias de ellas. «O cedes y callas, o te echan», dice una.


      https://www.elespanol.com/reportajes/20180518/jornaleras-esclavas-sexuales-campos-huelva-verdad-oculta/308220340_0.html
      #esclavage_sexuel #esclavage_moderne #prostitution #viols

    • Exploitation salariale et sexuelle dans la récolte des fraises en #Andalousie

      Pour protéger les #saisonnières_marocaines, il faudrait assurer leur #égalité_de_droit avec le reste des travailleurs et travailleuses et c’est justement ce que le #programme_de_migration_temporaire empêche, en articulant intentionnellement les rapports de sexe, les asymétries de classe, et la précarisation juridique des étrangers.


      https://blogs.mediapart.fr/juana-moreno-nieto-emmanuelle-hellio/blog/050718/exploitation-salariale-et-sexuelle-dans-la-recolte-des-fraises-en-an
      #exploitation_sexuelle #viols #Espagne #saisonniers #saisonnières #travail_saisonnier #discriminations

    • Le goût amer des fraises d’Espagne

      Depuis 2006, des milliers de Marocaines passent trois à cinq mois à trimer dans les plantations de Huelva, où elles sont souvent exploitées voire harcelées. Celles qui témoignent craignent pourtant de perdre un revenu indispensable.

      Les ferrys en provenance de Tarifa défilent dans le port blanc de Tanger, aux pieds de l’ancienne médina. Venus d’Espagne, les touristes descendent en minishort, casquette sur la tête et valises à roulettes à bout de bras. Dix minutes plus tard, une cinquantaine de Marocaines, vêtues de djellabas et de foulards de couleur, débarquent avec des montagnes de bagages et de grands sacs à carreaux remplis de vêtements, couvertures, appareils électroniques et chocolats.

      Pendant leurs trois à cinq mois passés en Espagne, ces femmes ont cueilli des fraises, « l’or rouge » de Huelva (sud-ouest), loin de leurs familles. « Chaque jour, sauf le dimanche, pendant six heures et demie, on porte les cagettes, on y met les fraises que l’on a cueillies, puis on les ramène au frigo », explique Hayat, Marocaine de 42 ans qui laisse depuis onze ans ses deux enfants chez leur père le temps de son contrat en Espagne. « J’ai le même chef depuis 2007. Il est correct et nous paie à temps », affirme l’ouvrière agricole, qui revient au Maroc avec 34 000à 39 000 dihrams en poche, soit entre 3 100 et 3 600 euros pour la période. Un salaire conséquent pour cette femme de la campagne d’Agadir, où elle a l’habitude de ramasser des légumes pour 55 dirhams (5 euros) par jour.

      Pour gagner cette somme, nécessaire à leur subsistance, les 17 000 saisonnières recrutées cette année, toutes mères de famille de la campagne marocaine, ont dû trimer. Epuisées par la cueillette, elles dorment à six dans la même chambre d’un préfabriqué fourni par l’employeur. « Nous achetons ce que nous mettons dans notre ventre », résume Hayat, qui dit porter trois à quatre cagettes de 5 kilos en même temps. « C’est tellement lourd », se plaint l’une d’entre elles en montrant ses poignets lacérés. D’autres femmes ont mal au dos à force d’être courbées toute la journée. « Heureusement, nous avons des réductions sur les frais de médecins et de pharmacie », assure Hayat. Encore faut-il que les saisonnières soient au courant et fassent les démarches pour profiter de leurs droits dans un pays où elles ne maîtrisent pas la langue.
      « Tout était faux »

      Début juin, dix saisonnières ont osé parler de harcèlement et d’agressions sexuelles. Révoltée, l’une d’entre elles, Fatiha (1), raconte sa désillusion depuis l’Espagne, où elle attend le procès. « On nous a vendu un rêve : quinze jours de formation, 37 à 40 euros par jour, un bon logement… A l’arrivée, tout cela était faux », s’énerve cette Marocaine de 34 ans, recrutée pour la première fois. Depuis qu’elle a témoigné, son mari a demandé le divorce. La plupart des saisonnières ne se risquent pas à parler, de peur de ne pas être rappelées l’année suivante. Certaines évoquent timidement des cas de harcèlement au travail. « Le pointage quotidien des caisses ramenées est stressant. Les chefs râlent et sont parfois irrespectueux. Ils nous mettent beaucoup de pression pour travailler vite. Si on ne remplit pas l’objectif de productivité par jour, ils nous renvoient à la maison », décrit Amina, mère de famille qui fait l’aller-retour depuis 2007. « Au début, les chefs nous ont dérangées. Mais nous avons été patientes car nous avons des enfants à nourrir. Maintenant, ils nous laissent tranquilles », explique l’ouvrière de 37 ans.

      Au lendemain de leur dernier jour de travail, les femmes qui arrivent à Tanger en milieu d’après-midi ont hâte de rentrer chez elles. « Je prends le bus directement pour Agadir », lance Amina en traînant ses valises le plus vite possible. Le visage encadré par son voile blanc, les traits tirés, elle doit encore passer la nuit dans le bus pour retrouver son fils et sa fille qu’elle n’a pas vus depuis cinq mois.« J’ai l’habitude que mes enfants me manquent », glisse Khadija (1), une autre travailleuse des fraises, d’un ton amer.

      Etre mère d’un enfant de moins de 18 ans est l’un des critères fixés par l’Anapec, l’agence marocaine de l’emploi qui gère le recrutement. Une façon de s’assurer qu’elles rentrent au pays une fois leur contrat terminé. Seules les femmes qui viennent aussi de milieu rural et qui ont entre 18 et 45 ans peuvent postuler dans le cadre de la convention bilatérale, dite « win-win », signée par le Maroc et l’Espagne en 2006.

      « Des femmes dociles »

      D’un côté, ce programme de « migration circulaire » répond aux besoins économiques espagnols et permet à l’Union européenne de contrôler les flux migratoires. De l’autre, il apporte des devises et participe au développement du Maroc. La première année, 1 800 femmes ont été envoyées dans les champs de fraises espagnols, avec un taux de fuite de 50 %. Sur les 17 000 ouvrières de 2009, 4,5 % ne sont pas retournées au Maroc.

      Après un creux à 2 100 femmes lors de la crise économique espagnole, leur nombre a redécollé cette année, selon Chadia Arab, géographe chargée de recherche au CNRS et auteure de Dames de fraises, doigts de fée (2018, En toutes lettres). « Ce programme est déséquilibré. S’il soutient financièrement des femmes vulnérables, souvent analphabètes, pas une seule n’a été accompagnée pour créer son entreprise au Maroc, constate la chercheuse, qui a vu défiler les cas de harcèlement au travail pendant son enquête. Ce système veut des femmes dociles, rentables, peu chères, malléables et silencieuses. Elles se taisent et s’adaptent aux exigences des patrons afin d’être sûres de retravailler l’année suivante. » Et d’ajouter : « Tous les employeurs ne respectent pas le contrat. Certains ont installé des caméras de surveillance, d’autres ne garantissent pas le transport pour faire les courses, ni de logements salubres ou des jours de formation. »

      Des dérapages sûrement dus à la disparition, en 2012, des médiateurs de la Fondation pour les travailleurs étrangers à Huelva (Futeh) qui venaient contrôler sur le terrain. L’affaire des plaintes à Huelva a mobilisé les associations marocaines et espagnoles. « Nous allons ouvrir ce dossier et demander au gouvernement marocain l’amélioration des conditions de recrutement et de travail, comme l’accès à des congés, au chômage et à une assurance », revendique la présidente de la Fédération marocaine des ligues des droits des femmes, Latifa Bouchoua. Même sans ces améliorations, les « dames des fraises » souhaitent retourner en Espagne l’année prochaine. « Comme au Maroc, le travail est dur. Mais ici, il est bien payé », tranche Amina.


      http://www.liberation.fr/planete/2018/07/04/le-gout-amer-des-fraises-d-espagne_1664190

    • Contrataciones en origen y el monocultivo global de la fresa

      Proteger a estas mujeres exige asegurar su igualdad de derechos con el resto de trabajadores y trabajadoras, que es justamente lo que el programa de contratación en origen impide, articulando desigualdades de género, clase, origen y precarización jurídica, así como cuestionar el modelo productivo de la fresa.

      Las insostenibiilidades del actual sistema agroalimentario son múltiples y generalmente las relacionamos con su impacto medioambiental, sus efectos nocivos sobre la salud o la destrucción de las producciones y modos de vida campesinos. No obstante, las violencias que se ejercen sobre la mano de obra que trabaja en condiciones de gran precariedad en los campos de la agricultura global forman parte estructural de este sistema aunque queden, a menudo, invisibilizadas.

      Estas últimas semanas, hemos visto romperse el pacto de silencio existente en torno a las condiciones de vida y trabajo de las temporeras extranjeras en el sector de la fresa en Huelva. La publicación a finales de abril de un reportaje denunciando las violaciones y abusos sexuales sufridos por trabajadoras marroquíes del sector ponía en el punto de mira el sistema de contrataciones en origen, erigido durante años como modelo ejemplar de «migración ordenada» por las instituciones españolas, marroquíes y europeas.

      A principios de junio, unas cien jornaleras marroquíes, apoyadas por el SAT (Sindicato Andaluz de Trabajadores), intentaron denunciar en los juzgados incumplimientos del contrato y abusos sexuales en una empresa de Almonte. En solo dos días, el empleador organiza el retorno del conjunto de trabajadoras de su finca a Marruecos, aún cuando sus contratos no habían finalizado. El objetivo, evitar que pudieran ratificar sus denuncias ante la inspección de trabajo el lunes siguiente. Sin embargo, una parte importante de las trabajadoras resiste y se niega a embarcar en los autobuses. Las redes sociales y medios locales retransmiten lo que está ocurriendo y se logra detener el traslado de las trabajadoras al puerto de Algeciras.

      Esta situación, en la que ante una tentativa de denuncia las trabajadores son "devueltas” a Marruecos ilustra especialmente bien la tendencia autoritaria del mercado de trabajo en el sector fresero y del sistema de contrataciones en origen que lo organiza.

      Como en ocasiones anteriores, las asociaciones de productores denuncian una campaña de desprestigio contra el sector, minimizan lo que consideran “prácticas aisladas” de ciertos individuos e incluso basculan la responsabilidad sobre las propias víctimas, acusándolas de mentir y relacionándolas con la prostitución.

      En estos fértiles terrenos para los estereotipos sexistas y racistas (Martin Díaz 2002), nos parece muy importante insistir en que no se trata de hechos aislados ni fortuitos, sino que el programa de contratación en origen desarrollado para responder a las necesidades del monocultivo de fresa, es la causa principal de la vulnerabilidad de estas temporeras frente a todo tipo de abusos. Es el régimen migratorio, puesto al servicio del capitalismo agroalimentario global y su alianza con el patriarcado y el racismo, lo que explica la situación de las jornaleras marroquíes en la agricultura onubense.

      La provincia de Huelva es la principal zona de producción de fresas extra-tempranas en Europa. Su vocación exportadora y la utilización de todo tipo de insumos (variedades patentadas de fresas, plásticos para invernaderos, agroquímicos...) insertan al sector en una cadena agroalimentaria dominada por las grandes empresas transnacionales que producen los insumos agrícolas y controlan la distribución de la fruta en los mercados europeos, acumulando la mayor parte de los beneficios. La dependencia de los productores agrícolas frente a estos actores globales, junto a la gran cantidad de mano de obra necesaria para recolectar la fresa, hacen que el mantenimiento del costo del trabajo a la baja constituya una estrategia fundamental para los productores a fin de asegurar la rentabilidad del sector y aumentar el margen de beneficios.

      En este contexto de búsqueda de una mano de obra flexible, barata y que no se organice para exigir mejoras laborales, debe entenderse la instauración de un sistema de contrataciones en origen totalmente feminizado desde el año 2000. A partir de 2006, se institucionaliza el programa de contrataciones con Marruecos que contará con cuantiosas subvenciones de la Unión Europea, y ello a pesar de su dimensión utilitarista, la precariedad laboral y jurídica que impone a las trabajadoras y el carácter sexista de la selección.

      En efecto, al Estado español y a la Comisión Europea poco ha parecido importarles el carácter discriminatorio que establece la contratación de mujeres pobres con hijos menos de 14 años a su cargo para garantizar el retorno a su país de origen al final de la campaña.

      Además, el sistema de contrataciones en origen establece una cautividad jurídica y material sobre las temporeras que constituye la base de su desprotección. Primero, porque los permisos de residencia y trabajo de estas trabajadoras están vinculados a un territorio, a un sector de actividad y a un empleador concreto, lo que supone que las temporeras no tienen derecho a cambiar de trabajo. Igualmente, su retorno la temporada siguiente depende de la voluntad del empleador. Ello instituye una dependencia absoluta de las trabajadoras ante el empresariado y reduce enormemente su capacidad para negociar las condiciones laborales o denunciar cualquier forma de abuso pues si pierden o renuncian a sus empleos, ya de por si valiosos debido a la diferencia salarial existente con Marruecos (equivalente a 6,3 euros por jornal) pierden, además, el derecho a trabajar legalmente en el Estado español. Las alternativas para aquellas que no acepten las condiciones ofertadas son claras y poco alentadoras, quedarse de manera irregular en el Estado español o regresar a Marruecos sin posibilidad de volver a acceder a un contrato.

      Segundo, porque el hecho de que las temporeras residan en las fincas agrícolas permite ejercer un control sobre la vida privada de las temporeras, como muestra el hecho de que estas trabajadoras vean a menudo limitadas sus salidas nocturnas a fin de garantizar su productividad en el trabajo o que se les lleguen a retener los pasaportes para evitar lo que en el sector se consideran “fugas”, es decir, el abandono del programa. Asimismo, este modelo residencial dificulta su contacto con la población local y el aprendizaje del español, vías fundamentales para hacer valer sus derechos. En contraste, este sistema resulta de gran utilidad para los productores pues les permite de poseer trabajadoras “en stock” y ajustar diariamente el tamaño de su plantilla a las necesidades del cultivo.

      Por todo esto, para proteger a estas mujeres se hace imprescindible asegurar su igualdad de derechos con el resto de trabajadores y trabajadoras, que es justamente lo que el programa de contratación en origen impide, articulando desigualdades de género, clase, origen y precarización jurídica, así como cuestionar el modelo productivo de la fresa, paradigmático de una agricultura globalizada, que induce a que los eslabones más débiles de la cadena, las trabajadoras, carguen con todas las insostenibilidades y violencias de un sistema que beneficia al gran capital y sus alianzas patriarcales.

      https://www.eldiario.es/ultima-llamada/Contrataciones-origen-monocultivo-global-fresa_6_786781317.html

    • Les femmes de #Huelva se mobilisent contre l’exploitation sociale et sexuelle dans les champs de fraises

      Dimanche 19 juin, plus de 2000 personnes ont manifesté à Huelva au cri de Fresas si, pero con derechos (« des fraises : oui. Mais avec des droits ! »). Cette irruption des travailleuses fait suite aux révélation et dénonciations récentes (mais malheureusement pas nouvelles) des viols et des abus sexuels – mais plus largement des mauvaises conditions de travail – que les travailleuses marocaines venues ici pour la récolte des fruits rouges endurent. Durant la manifestation, un système en particulier était dénoncé : le recrutement en origine et la manière dont il organise la vulnérabilité sociale et sexuelle des travailleuses.

      Les conditions de vie et de travail des femmes migrantes marocaines dans les champs de fruits rouges à Huelva sont connues – parfois dénoncées – depuis au moins 10 ans. C’est donc moins les nouvelles révélations par deux journaux allemands sur les « viols dans les champs » que la mobilisation forte des femmes qui a suivie qui explique le fort écho médiatique qu’ont pris ces faits les dernières semaines. Motivées notamment par des plaintes déposées auprès de la justice espagnole dans un contexte où ce n’est pas la norme, mais aussi par la libération de la parole des femmes en Espagne (mouvements #cuéntalo et #yosítecreo), celles-ci ont donc défilé dimanche dernier pour exprimer leur soutien aux travailleuses migrantes marocaines et critiquer plus largement le système d’exploitation des étranger·ère·s qui sous-tend la production de fruits rouges dans la région.
      Depuis les années 1990 en effet, l’économie et l’espace de la région de Huelva s’organisent autour de la production de fruits rouges destinés à l’exportation – des fraises notamment, mais aussi des framboises, des mûres et des myrtilles. On compte aujourd’hui, pour les seules fraises, 7000 ha de serres et plus de 300 000 tonnes exportées chaque année. Or, pour pouvoir produire aux prix les plus bas et être compétitifs à l’exportation, la région dépend, depuis les années 2000 de l’importation périodique d’une main d’œuvre migrante flexible et à bas prix, provenant aujourd’hui principalement du Maroc . Comme le souligne José Antonio Brazo Regalado, responsable du SAT a Huelva, cette production se base donc sur une précarisation de la main d’œuvre, qui elle-même se fonde sur une triple discrimination : être ouvrière, être femme, être migrante.

      « Dans ce système, le journalier est déchiqueté. La journalière encore plus, et la migrante, encore davantage » José Antonio Brazo Regalado

      « Des fraises oui, mais avec des droits ! »

      Le 19 juin, la manifestation organisée par le SAT a ainsi rassemblé plus de 2000 personnes, dont de nombreuses femmes rassemblées en tête du cortège et alternant slogans féministes, en faveur de l’ouverture des frontières, et contre les violences sexuelles. Outre le SAT, le mouvement du 8M était aussi présent en nombre ainsi que de nombreuses personnes simplement solidaires après les dénonciations récentes. La manifestation rassemblait aussi plusieurs journalières espagnoles et marocaines. Preuve des dommages en cascade du patriarcat, plusieurs marocaines marchaient le visage caché par un foulard pour ne pas pouvoir être reconnues par leur famille. Au moins l’une d’entre elle ayant été reniée par son mari (resté au Maroc) à la suite de la diffusion d’images la montrant dénonçant les violences sexuelles subies.

      C’est une enquête de deux médias allemands, Correctiv et Buzzfeed qui a récemment rappelé les coulisses des fraises de Huelva. En rencontrant plusieurs travailleuses de la région, les journalistes ont pu en exposer le coût social. Dénonçant les « viols dans les champs », les journalistes insistaient notamment sur le fait qu’alors que tout le monde « a entendu » parler de la situation (et que par exemple, le taux d’avortement de la région de Palos de la Frontera monte en flèche durant la saison de récolte), ce problème est tu et que le travail des organisations syndicales et associatives présentes pour prévenir les viols et poursuivre les violeurs est quasi-inexistant. Et les procès très rares. Cette fois-ci les choses ont été différentes. À partir de fin mai, les paroles se sont libérées et une, puis plusieurs plaintes, ont été déposées dans différentes entreprises, par des femmes (marocaines et espagnoles) pour dénoncer les violences sexuelles que leur font subir les chefs et les contremaitres. Avec l’aide du SAT, d’autres plaintes ont aussi été déposées pour dénoncer, de manière plus générale, les conditions de travail et le harcèlement professionnel constant que subissent ces travailleuses durant la récolte. Derrière ces dénonciations, une cible particulière : le système de « recrutement en origine » qui organise depuis le début des années 2000 le travail temporaire agricole à Huelva.
      Organiser la vulnérabilité des femmes au profit des entreprises

      Les contrats en origine sont l’un des piliers de la production industrielle de fruits rouges d’exportation andalouse. Chaque année à Huelva, aux côtés des journalier·ère·s espagnoles et des migrant·e·s sans-papiers se déplaçant avec leur valise au fil des récoltes espagnoles[1], on trouve depuis 2001 plusieurs milliers de travailleur·euse·s migrant·e·s (notamment Marocaines) recruté·e·s à travers ce système. Cette année, le SAT explique qu’il y a 15 000 contrats en origine sur les 70 000 personnes travaillant à la récolte à Huelva. Pourtant, malgré les discours sur les migrations « éthiques » ou « ordonnées » qui justifient ce système (qui a inspiré l’UE dans sa gestion des migrations temporaires de travail et des migrations circulaires), les épisodes récents montrent une nouvelle fois que ces contrats, visant à fournir une main d’œuvre docile et peu chère à l’industrie, construisent la vulnérabilité des travailleuses. Comme l’ont montré différentes chercheuses[2] (dont l’une d’elle, Chadia Arab, a d’ailleurs récemment publié une tribune sur le sujet) le contrat en origine permet de s’assurer de la disponibilité de la main d’œuvre au plus bas prix tout en s’assurant que celle-ci ne restera pas.

      Au plus bas prix d’abord car l’ensemble du système favorise la vulnérabilité et l’acceptation de conditions de travail difficiles. Disséminées dans les champs de fraises, et logées par l’employeur sur les parcelles, il est très difficile pour les femmes de s’organiser ou de rencontrer des acteurs externes et ainsi de sortir de leur dépendance au contremaître. De plus, comme les contrats sont nominatifs (et assortis d’une période d’essai de 10 jours), les travailleuses sont incitées à la docilité sous peine d’être licenciées (alors que – bien que le transport soit supposément à la charge de l’employeur – elles ont parfois engagé des frais pour venir), de se voir proposer moins de journées de travail, ou de ne pouvoir être réembauchées l’année suivante… Enfin, alors que les travailleuses ne touchent en moyenne que 36€ pour une journée de travail selon le SAT (au lieu des 40,36€ prévus par la convention collective – déjà très basse), il arrive aussi que celles-ci ne soient payées en entier que le jour de leur départ.

      C’est l’autre versant du contrat en origine : le séjour des travailleuses est conditionné au travail, et tout est fait pour s’assurer qu’elles ne resteront pas. D’abord, le retour est compris dans le contrat (qui lui même ne peut être fait qu’en origine) et conditionne les potentielles réembauches la saison suivante. Ensuite, pour diminuer les risques de « fugue », les employeurs embauchent des marocaines originaires de régions rurales (donc souvent peu éduquées) et avec au moins un enfant mineur – et donc des attaches fortes – au Maroc. Le critère de genre se fonde ainsi à la fois sur un stéréotype naturaliste (les femmes seraient plus délicates[3]) et sur un calcul stratégique cynique (les mères retourneront vers leurs enfants).

      Des femmes forcées à monter dans les bus pour empêcher leurs témoignages

      Les principales organisations de producteur et de syndicats ont donc beau jeu de répondre que les viols doivent certes être évités, mais qu’ils ne sont pas représentatifs de la réalité des champs de fraises et qu’ils ne seraient que « des cas très isolés », ou de rendre obligatoire des formations sur les enjeux de genre pour les chefs et contremaîtres (même si c’est sans doute utile). La question en réalité n’est pas vraiment de savoir combien de pourcents de femmes sont violées dans les champs chaque année (d’abord parce que c’est toujours trop), elle est plutôt de comprendre que le dispositif du recrutement en origine ainsi construit permet et facilite les violences sexuelles et les violations des droits des travailleuses migrantes. De manière plus générale, cette recherche d’un « travail sans le travailleur »[4] qui fait de ce dernier un simple facteur de production que l’on pourrait mobiliser temporairement, à volonté, avant de le remettre « à sa place », ne peut se faire qu’au prix d’une mise en danger des droits de celui-ci.

      Un dernier épisode a participé à la vigueur de la mobilisation et est ainsi symptomatique de la manière dont ce dispositif porte en lui la vulnérabilité de celles qu’il vise. Alors que le SAT avait coordonné une plainte de plus de 100 travailleuses de l’entreprise Doñana1998 (Almonte) pour harcèlement professionnel et pour dénoncer leurs conditions de vie, l’entreprise s’est retournée contre les quelques 400 travailleuses et a tenté de les faire rentrer au Maroc au plus vite, les faisant monter dans des bus de retour en arguant officiellement de la fin de la saison… Une mobilisation rapide du SAT devant l’inspection du travail a permis de prévenir que celles-ci soient effectivement renvoyées au Maroc, et de dénoncer la séquestration et l’expulsion forcée de ces femmes visant à empêcher leur témoignage. On voit bien là encore comment le retour « inclus » (et forcé) dans le contrat renforce là encore la vulnérabilité des travailleuses importées…


      https://medialibre.info/echanges-partenariats/les-femmes-de-huelva-se-mobilisent-contre-lexploitation-sociale-et-sexu

      #résistance #manifestation #solidarité

    • « La fraise est dure, mais la liberté est douce ». L’expérience migratoire des saisonnières marocaines en Espagne

      Comment se déroulent l’arrivée et le séjour des migrants temporaires ? Comment se vit cette condition de migrant provisoire, la condition de #guest_worker selon la terminologie en vigueur, invité à travailler mais à ne pas s’installer dans la société d’accueil ? Nous verrons à partir d’un cas très particulier, celui des saisonnières marocaines recrutées pour la production de la fraise dans la province de #Huelva en Espagne, que le vécu de cette migration est marqué par une certaine ambivalence. Les ouvrières dont il est question ici sont recrutées pour des courtes durées. Pour garantir leur retour au pays, une fois la saison finie, on choisit des mères de jeunes enfants.

      https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2013-4-page-59.htm
      cc @isskein

    • DES FEMMES MAROCAINE DANS LES CHAMPS DE FRAISE

      Dans l’émission de ce jour , des histoires multiples, celles d’ouvrières agricoles marocaines venues travailler pour la récolte des fraises en Espagne, dans la province de Huelva. Et comme illustration de cette situation , une soirée de rencontre avec Chadia Arab auteure de Dames de fraises, doigts de fée:Les invisibles de la migration saisonnière en Espagne , se tenait ce 4 Octobre à la librairie scop Envie de lire à Ivry-sur-Seine.Bonne écoute !

      https://actualitedesluttes.info/?p=3668
      http://actualitedesluttes.info/wp-content/uploads/2018/10/181019.mp3

    • Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne

      À la fin des années 2000, des milliers de Marocaines sont parties travailler à la cueillette des fraises dans la province de Huelva, en Espagne. Recrutées directement au Maroc par des contrats saisonniers, ces Dames de fraises sont choisies pour la précarité de leur situation et parce qu’elles laissent des enfants qui les contraindront à revenir.

      Chadia Arab, géographe et chercheuse au CNRS, analyse les rouages de ce programme de migration circulaire, pensé pour répondre aux besoins de main-d’œuvre et réguler les flux migratoires entre le Maroc et l’Union européenne, mais dont les femmes sont les grandes oubliées.


      http://www.etlettres.com/livre/dames-de-fraises-doigts-de-fee-les-invisibles-de-la-migration-saisonniere
      #livre #Chadia_Arab

    • Marocco invierà 20mila lavoratrici stagionali in Spagna

      Il governo del Marocco prevede di inviare 20mila lavoratrici stagionali in Spagna per la campagna di raccolta dei frutti di bosco e delle fragole nel 2019, oltre 4mila in più rispetto al 2018. Lo ha annunciato il ministro del Lavoro, Mohamed Yatim, dopo una riunione con l’Agencia Nacional de Empleo spagnola (Anapec) incaricata della selezione delle candidate, in una nota riportata dai media iberici. Dei 20mila stagionali, tutte donne provenienti dalle zone rurali del Marocco, oltre 8mila sono raccoglitrici che hanno già partecipato alla campagna del 2018. L’obiettivo dell’accordo con l’Anapec è garantire «un lavoro decente» alle lavoratrici immigrate, che assicuri loro «le garanzie nella selezione, nell’alloggio, nelle condizioni di lavoro e di supervisione», concordate con la parte spagnola, come si evidenzia nel comunicato. Una delle novità è che le raccoglitrici che hanno partecipano a quattro campagne stagionali successive, avranno un permesso spagnolo di residenza, basato su «un modello di emigrazione circolare», perché sia «esemplare, sicura e ordinata». E una campagna di sensibilizzazione è stata avviata dal governo marocchino per evitare lo sfruttamento e i casi di presunti abusi sessuali, denunciati a maggio scorso da almeno una decina di stagionali immigrate impiegate nella raccolta delle fragole a Huelva, in Andalusia, sui quali è stato aperto un fascicolo d’inchiesta dall’alto tribunale dell’Audiencia Nacional. Video diffusi in tv spiegheranno quali sono le condizioni di lavoro, i propri diritti e doveri. Da parte sua, la Giunta dell’Andalusia ha destinato personale alla mediazione culturale, perché le raccoglitrici immigrate non abbiano problemi a contattare l’amministrazione e ricevere informazione e assistenza in caso di necessità. Una delle finalità del «modello di emigrazione circolare» è combattere il fenomeno dell’immigrazione illegale. Il ritorno delle raccoglitrici al paese d’origine è, infatti, una delle preoccupazioni dei governi di Madrid e Rabat, sebbene abitualmente il 90% delle lavoratrici rientri in Marocco al termine della raccolta. I requisiti per accedervi sono: essere donna, minore di 40 anni, sposata e con figli minori di 14 anni a carico, proprio per dissuadere le braccianti dalla tentazione di restare in Spagna, una volta terminata la stagione. La Giunta dell’Andalusia ha annunciato che realizzerà una supervisione dei rientri attraverso il Foro dell’Immigrazione, assieme a organizzazioni sociali e Ong, per monitorare continuamente la situazione reale delle lavoratrici e perché la campagna di raccolta possa svolgersi in maniera ordinata. Da parte sua, l’Associazione di Produttori ed Esportatori di Fragole di Huelva (Freshuelva) ha ribassato a 15mila il numero di raccoglitrici con contratti in origine in Marocco, che giungeranno nella provincia per la raccolta dell’’oro rosso’ nel 2019. Per il prossimo anno, la provincia di Huelva aumenterà a 11.464 gli ettari coltivati a frutti rossi, pari a un 2,8% in più che nella stagione 2017/2018, e a 6.095 quelli dedicati alla coltivazione di fragole (+3,5%), secondo i dati diffusi da #Freshuelva.

      http://www.ansamed.info/ansamed/it/notizie/rubriche/cronaca/2018/12/06/marocco-inviera-20mila-lavoratrici-stagionali-in-spagna_c5737d2b-ad28-4640

    • Bleak life for a Moroccan migrant in southern Spain

      Migrants working on Spanish farms face hard times due to the back-breaking jobs and low wages they receive. InfoMigrants met a Moroccan woman who struggles to make ends meet.

      In the Mediterranean city of Almeria in southeast Spain, migrants spend all day working on the farm, then go back their desolate homes to take a rest before starting another hard day.

      One of the migrants here is Radia*, a 30-year-old Moroccan woman who is working at a farm where she harvests fruits and other produce.

      She is one of thousands of Moroccan women who immigrated clandestinely to Spain several years ago before obtaining a residency in Spain.

      She listens attentively as a group of workers voice their complaints to representatives of the Sindicato Andaluz de Trabajadores (SAT), the workers union in Andalusia. They talk about the rough treatment they receive from farm owners and employers. Radia still has difficulty understanding every word in Spanish, but she is fully aware of the matter at hand.

      Meeting with her after the discussion with the union representatives, Radia starts crying as she starts talking about her situation.

      Daily struggles

      If Radia is late to the farm, her employer insults her, she says. She cannot object or talk back because she is afraid of what might happen. She chooses to keep working because of the absence of an alternative source of income.

      The image that many people back home have of Radia’s life in Spain is misleading, she explains. “Many Moroccan women think that I am enjoying a good life but the reality is completely different,” she adds.

      Afraid of being fired

      Only a few weeks before, her father had passed away. Radia was afraid that her boss would fire her if she took an absence from work. She could not afford a lawyer, and her Spanish was not strong enough to seek assistance through other NGOs.

      Therefore, Radia only stayed a few days in Morocco to attend the funeral. She noted that the farm owner did not even offer his condolences for her father’s death.

      Living in dire conditions

      To reach Radia’s home, it takes one hour to walk on foot, going through several agricultural fields to end up at a desolate building on an isolated hill.

      The house has no electricity and no water. She uses flashlights at night and bottles of water for cooking and washing. She starts her day at the farm at 8:00 in the morning.

      Radia has lived in the house for 11 years, saying that the house owner, who abandoned it, did not ask her to leave or to pay for her residency.
      Despite the dire conditions, she does not want to move, yet. Living here enables her to save the money she would have used for rent. She transfers part of her earnings to her mother in Morocco.

      Once in a while, a relative who also lives in Spain comes to visit Radia in her isolated surroundings to see how she is doing. Otherwise, her life is set around her work.

      Stay or return home?

      Radia says she will stay in Spain for now because there is no work available in Morocco. But staying here forever? She has ruled that option out entirely. She wants to go back to Morocco one day and set up her own business, she explains.

      She refuses to bring her mother to live with her in Spain, saying “I do not want her to live with me in this condition. Our lives in my country are better.”

      http://www.infomigrants.net/en/post/14365/bleak-life-for-a-moroccan-migrant-in-southern-spain?ref=tw

    • Rape and abuse: the price of a job in Spain’s strawberry industry?

      Ten Moroccan women say Spanish authorities have ignored claims they were trafficked, assaulted and exploited
      Last April, Samira Ahmad* kissed her baby goodbye and boarded a bus, leaving her home in Morocco for the strawberry fields of southern Spain.In her bag was her Spanish visa and a contract that promised €40 a day plus food and accommodation. In the three months she’d be away, she hoped the pain of being separated from her family would be softened by the money she’d be sending back to them – a fortune compared to what she’d be able to earn at home.

      A year on, and Ahmad’s life is in ruins. She is destitute, divorced and for the past 10 months has been living in hiding, surviving on handouts with nine other Moroccan women who – like her – claim they faced human trafficking, sexual assault and exploitation on the farm where they were hired to work. She says her biggest mistake – other than coming to Spain – was going to the authorities.

      “Before I left my home I was like a hero to everyone. Nobody in my village had ever had the chance to go and work in a rich country like Spain,” she said. “But it has turned out to be the worst decision of my life.”

      Over the coming weeks an estimated 20,000 Moroccan women will arrive in Spain to help bring in this year’s strawberry harvest. The women make up a large percentage of the seasonal workforce in Andalucía, employed under a seasonal worker visa scheme that has been operated by the Spanish and Moroccan governments since 2001. They will help to cultivate and harvest 400,000 tonnes of strawberries expected to be exported from the region this year to supermarkets in the UK, France and Germany. Spain is by far the largest exporter of strawberries in Europe, and this booming €580m export industry is now so important to the fragile Spanish economy that it has been dubbed the country’s “red gold”.

      Over the past few years, reports of widespread sexual and physical abuse and exploitation of Moroccan seasonal workers have surfaced in the local and international media.

      Both governments have downplayed the allegations, denying that the problem is widespread. Although numerous allegations of abuse and rape were reported in the media, last year the Moroccan ministry of employment, the body responsible for recruiting and issuing visas to migrant workers, denied any formal complaints had been made.

      Yet Alicia Navascues, from women’s rights group Mujeres 24, said that Moroccan women were being deliberately targeted because of their vulnerability. “Morocco women working as temporary workers in the field have described to us dehumanising and harsh working conditions they must endure, working in permanently crouched positions with a single break of 30 minutes a day in temperatures of 40 degrees under the plastic of the greenhouses,” she said. “In Morocco they are deliberately looking for those who are cheap and vulnerable to do this work, namely rural women with young children who only understand Arabic, cannot understand their contracts written in Spanish or claim their rights. It is a rigged system.”

      Ahmad said she had heard rumours of what happened to women who went to Spain before she left her home. “But I ignored them,” she said. “I didn’t think that such stories could be true in a rich country like this.”

      Yet she and the nine other Moroccan women who travelled to Spain on seasonal visas last year told the Observer that they had experienced serious and sustained sexual violence and labour exploitation on the farm where they were working.

      They claimed they were forced to live in cramped and dirty shipping containers, with hundreds of female workers sharing a few showers and faulty toilets.

      During the day they were racially abused and forced to work for 12-hour shifts without pay. They were denied food and water and penalised for taking toilet breaks or not working hard enough.

      ”The farm was very far away from the nearest town, we were totally isolated,” says Samira. “We didn’t speak Spanish and were desperate to send money home to our children. We had no power at all. The other women working on the farm who had been to Spain before said that it was always harder for new recruits but that we would get used to it.”The women also alleged that they were sexually assaulted and harassed; some said they were raped and others pressured into having sex in exchange for food and water. They said that some women were also ordered to work as prostitutes for local men who waited outside the farm in their cars every night.

      Aicha Jaber*, who worked on the same farm as Ahmad, was pregnant when she arrived in Spain last April. “I saw a job advert looking for women between 20 and 45 to work for a few months in the field,” she says. “I asked if my husband could get a job too but I was told they wanted women. Now I realise it was because they knew they could exploit us easily.”

      She says that as soon as she arrived at the farm she was sexually harassed and assaulted. She escaped being raped only through the intervention of other women working on the farm. “For us, this abuse was a kind of death because we had been shamed and we were so angry but also scared that our families would find out,” she says.

      After about six weeks on the farm, Jaber, Ahmad and eight other women went to Guardia Civil police officers to report that they had been exploited, raped and sexually assaulted.

      “We thought that when we went to the police we would get justice,” says Ahmad. “That we would get our wages, and the harassment stopped. But instead we have been abandoned and left to starve.”

      They are not the first Moroccan migrant workers to report cases of exploitation and sexual violence in Spain’s agricultural industry. A BuzzFeed Germany investigation last year led to several women coming forward with allegations and at least one other case of labour exploitation is going through the courts in Andalusia.

      Yet 10 months after they went to the local police, Ahmad and Jaber and all of the other women have yet to be interviewed by the Guardia Civil or the national police. Belén Luján Sáez, a Spanish attorney who is representing the group, said the national police had a legal obligation to investigate the women’s claims but had refused to activate the national anti-trafficking protocols that would have offered them support and assistance while their claims were investigated.

      Saez also claims that the provincial courts in Andalucía have been obstructive, failing to launch a proper investigation, not allowing the women enough time to travel to a courtroom in Huelva to give evidence in front of a judge last June and then leaving them in legal limbo for a further eight months. The charges of rape and sexual assault have also been downgraded to sexual harassment, with the courts citing a lack of evidence.

      The court in Huelva disputed these claims, saying that that women failed to attend two court dates – one last June and one in February – and blaming their lawyers for the lack of progress in the case.

      The national police said that it would not interview the women as potential human trafficking victims because they had already filed charges in a provincial court.

      “All we are asking is that these women’s reports of labour trafficking, rape and sexual assault are taken seriously and investigated properly,” said Luján Sáez, who is representing the women through her law firm Luján and Lerma Abogados.

      “Our clients should should have been offered protection and support as potential victims of trafficking as soon as they reported this abuse. They have been treated with disdain and negligence by our judicial system,” she said.

      Since they went to the local police to report their allegations last year, the women have been homeless and destitute. After their three-month visas expired they have not been able to work. All 10 women, plus Jaber’s baby, have been sleeping on the floor of Saez’s small apartment and surviving on handouts of food.

      Most say they have also been divorced by their husbands and disowned by their parents in Morocco after their families learnt of the allegations of rape and sexual assault and were sent messages saying that they were working in prostitutes in Spain.Unable to return home and unwilling to leave Spain before they get their case resolved, they say clearing their name is the only way they will see their children again.“We knew we couldn’t go home because we still hadn’t been paid and we had to prove that the things that we had told the police were true,” said Aicha, whose baby is now nine months old. Like all the other women, she suffers from panic attacks and depression and is too scared to leave the apartment.

      “Since we went to the police our life has been unbearable,” she said. “My baby has never even met her father. Sometimes I think it would have been better to have endured the abuse and to be back home with my family now.”

      This year the Spanish government has made efforts to mitigate the criticism of the treatment of Moroccan women in its export fruit industry. It has announced it will increase controls and inspections of farms and will also use cultural mediators – other Moroccan women – to try and resolve disputes and report any incidents of mistreatment.

      The courts say that the women’s case are still being considered and last week the government granted the women temporary work visas on humanitarian grounds, which will allow them to find work to support themselves. Yet Saez says that all efforts to get the government to take swift action to resolve their case continues to be thwarted.

      “They were given the permits on humanitarian grounds not because they are being taken seriously as potential victims of human trafficking and rape,” said Saez. “We will continue to pursue this through the courts, even if we have to go to the European court to get this heard.”Ahmad and Jaber said they were losing hope that they would get the justice they say they deserve and said that their experiences in Spain’s strawberry fields had changed them for everd. “I didn’t have much before, but everything I had has now gone,” said Ahmad. “I say to the women coming now, please don’t come. If bad things happen nobody will help you. Turn around and go home to your families.”

      https://www.theguardian.com/global-development/2019/apr/14/rape-abuse-claims-spains-strawberry-industry?CMP=share_btn_tw
      #viol #viols #abus_sexuels

    • Exploitation des femmes, viols… Voici le véritable coût des fraises importées d’Espagne

      Le 14 avril 2019, le Guardian publiait une enquête alarmante sur les conditions de récoltes des fraises d’Espagne, assurées par des femmes marocaines exploitées. Une forme d’esclavage moderne, pour un produit que nous trouvons dans tous nos supermarchés.

      https://www.glamourparis.com/societe/phenomene/articles/exploitation-des-femmes-viols-voici-le-veritable-cout-des-fraises-importees-despagne/74005


  • #Campobello_di_Mazara: lavoro agricolo precario e discriminazione

    Una delle tappe più importanti del circuito del lavoro stagionale in Sicilia è sicuramente Campobello di Mazara. Ogni anno tra settembre e dicembre arrivano fino a 1300 braccianti, la maggior parte di origine subsahariana, per lavorare nella raccolta delle olive. La situazione è complessa: mentre fino all’inizio del fenomeno tutti i lavoratori si accampavano in una contrada fuori città, chiamata #Erbe_Bianche, dal 2014 invece si è aggiunto lo spazio intorno a un ex oleificio confiscato alla mafia.


    http://siciliamigranti.blogspot.fr/2017/09/campobello-di-mazara-lavoro-agricolo.html

    #olives #agriculture #exploitation #travail #Italie #saisonniers #migrations #asile #réfugiés #Sicile


  • SARETE VOI PADRONI AD EMIGRARE ...MA DA TUTTO IL MONDO

    Quel giorno che so’ andato a Settentrione
    l’hai maledetto sempre, o moglie mia;
    è stato per la disoccupazione
    che ho dovuto lasciare la terra mia.

    La Svizzera ci accoglie a braccia chiuse,
    ci mette il pane duro dentro in bocca;
    tre anni l’ho inghiottito questo pane,
    tre anni carcerato alle baracche.

    Lo sfruttamento è calcolato bene,
    ci carica fatica ogni minuto;
    è un orologio di gran precisione.
    la Svizzera cammina col nostro fiato.

    Padroni dell’Italia e dell’Europa
    l’uno all’altro stretti son legati,
    mentre che i sindacati traditori
    vogliono separare gli sfruttati.

    Sono tornato a maggio per il voto,
    ma non ha vinto il proletariato,
    perché finché ci sono le elezioni
    vincono i ruffiani e i padroni.

    Ma noi ci organizziamo per lottare
    e per unirci a tutti i proletari;
    sarete voi padroni ad emigrare,
    ad emigrare ma da tutto il mondo.

    Canzoniere del Proletariato
    di Alberto D’Amico
    Anno: 1971
    https://www.youtube.com/watch?v=O3t8UP1RANs

    #chanson #musique #saisonniers #migrations #Italie #Suisse




  • Les enfants du placard - rts.ch - émissions - temps présent - immigration

    La Suisse avait imposé aux travailleurs saisonniers un régime « sans famille ». Leurs enfants devaient rester au pays, année après année. Certains de ces saisonniers ont bravé la loi. Leurs enfants se sont alors cachés en Suisse, sans droit à l’école. Si ils naissaient en Suisse, ces enfants devaient quitter le pays ou alors être placés. Aujourd’hui ils racontent... Des drames de l’enfance parfois cicatrisés mais qui résonnent avec la situation actuelle. Jeudi 19 novembre à 20:30

    Les saisonniers ont aidé la Suisse moderne à construire ses ponts, ses tunnels et une partie de sa richesse. De 1945 à l’an 2002, Berne a délivré plus de 6 millions de ces permis « A ». Mais la Suisse interdisait en même temps le regroupement familial à ces centaines de milliers d’italiens, d’espagnols et de portugais. Certains parents bravèrent pourtant la loi... cachant leur enfant derrière des volets fermés. Dans les années 60 on parlait « d’enfants du placard ». Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils grandi privés d’enfance, de liberté et de scolarité ? Et comment s’est conquis le droit à l’éducation pour tous ? Certains s’en sont bien tirés : ils possèdent aujourd’hui le passeport à croix-blanche et parlent le français ou le « #Schwyzertütsch » sans accent. Mais il demeure que la Suisse a attendu 1991 avant de leur ouvrir la porte des écoles publiques et 2002 pour abolir officiellement le statut de saisonnier. Aujourd’hui ces enfants d’alors racontent.

    Carmela Cimini a vécu 18 mois sans voir le village où se trouvait sa chambre. Francisco a été renvoyé de Suisse à l’âge de 13 ans de la Chaux-de-Fonds, « comme un criminel ». Et Maria di Buchianico revient pour la première fois à l’orphelinat de Soleure où il lui a fallu placer à la naissance sa propre fille née en Suisse. Ces drames de l’enfance ont permis de toucher certain « justes ». Dès les années 70 des écoles clandestines se sont ouvertes - notamment à Neuchâtel et à Genève - et peu à peu la notion du droit universel à l’éducation fait son chemin. En 1990, le conseiller d’Etat neuchâtelois Jean Cavadini fait finalement sauter le verrou. Les enfants sans statut légal sont admis dans les écoles neuchâteloises. Un droit fragile mais acquis en Suisse aujourd’hui dans la plupart des cantons, si ce n’est pour les enfants de parents au bénéfice de « l’aide d’urgence » notamment dans le canton de Berne (voir Temps Présent « La machine fédérale contre l’ #immigration » du 22 octobre 2009).

    Rediffusion le vendredi 20 novembre 2009 à 00h40 et le lundi 23 novembre 2009 à 10h10 et 14h15 sur TSR2.
    Générique

    Un reportage de Raphaël Engel Image : Claude Paccaud Son : Benoît Crettenand Montage : Valérie Weyer

    http://www.rts.ch/emissions/temps-present/immigration/1255199-les-enfants-du-placard.html
    http://www.rts.ch/2010/06/01/12/03/1255197.image?w=320&h=180

    #suisse #migration #saisonnier
    #enfants_du_placard @cdb_77


  • #Funky_tomato

    Funky Tomato è un pomodoro di alta qualità prodotto e trasformato in aree ad alto sfruttamento della terra e della manodopera – quali la Campania e la Basilicata – attraverso una filiera partecipata, legale e trasparente.

    Funky Tomato è un pomodoro di alta qualità perché prodotto da una rete di piccoli agricoltori nel rispetto della Carta d’Intenti Funky Tomato, cioè usando tecniche artigianali a basso impatto ambientale, tutelando i diritti dei lavoratori e integrando nelle aziende i braccianti stranieri vittime dello sfruttamento della filiera del pomodoro da industria. Leggi la Carta d’Intenti Funky Tomato.

    Le filiere attuali descrivono processi produttivi basati sullo scambio finanziario, ove il principale parametro di relazione è subordinato ad un rapporto gerarchico fondato sulla capacità di generare speculazione. Tale meccanismo trasforma il consumatore da elemento che innesca la filiera a obiettivo da raggiungere per ottenerne maggior crescita finanziaria. E il lavoratore in soggetto subordinato alla vitalità del processo speculativo.

    Per costruire una risposta pare quindi necessario trasformare la filiera in comunità mettendo in rete capacità e criticità attraverso il meccanismo della scelta e della partecipazione. Il parametro di relazione tra le parti non è quindi più la disponibilità finanziaria bensì il rapporto sociale. Il consumatore, da obiettivo torna ad essere elemento in relazione con la comunità. E la comunità diventa lo spazio che si fa’ carico delle capacità economiche.

    Funky Tomato si articola per questo in due comunità solidali di scopo – in Campania e in Basilicata – volte alla produzione, trasformazione, distribuzione e commercializzazione del pomodoro Funky Tomato per generare un’alternativa reale al caporalato e ai ghetti.

    Il progetto prevede, inoltre, l’istituzione del Fondo Funky Tomato a governance partecipata che garantisca all’agricoltore e ai lavoratori stabilità e continuità nella produzione e ai fruitori la possibilità di partecipare ai processi di costruzione della produzione futura. Il Fondo è costituito attraverso quote donate da tutti gli attori della filiera – enti pubblici, privati, società civile – che credono nella necessità di disegnare un’economia condivisa fondata sul rispetto dei diritti e della natura.

    http://www.funkytomato.it
    #tomates #Italie #agriculture_solidaire #alternative

    • Funky Tomato, il pomodoro diventa sostenibile

      SALERNO – Quest’anno la Cooperativa Sociale Capovolti ha deciso di aderire alla rete Funky Tomato per favorire una filiera partecipata, legale e trasparente del pomodoro. Siccome la cooperativa di Montecorvino Pugliano, in provincia di Salerno, è un’azienda biologica certificata ICEA, la produzione del pomodorino è eseguita secondo i criteri della natura. Il terreno di base è stato arricchito semplicemente con letame naturale e nessun trattamento aggiuntivo è adoperato.


      http://sociale.corriere.it/funky-tomato-il-pomodoro-diventa-sostenibile

    • #Sfrutta_Zero, la salsa anti-caporali

      Mutuo soccorso. Dalla Puglia la sfida al caporalato si organizza con il mutualismo 2.0. La nuova filiera del pomodoro dove migranti, precari e contadini si organizzano contro il razzismo. 15 mila bottiglie di salsa prodotte tra Bari e Nardò nel 2016. E quest’anno i cooperanti puntano a superare il record dell’auto-produzione. Come ripartire dal mutuo soccorso: pagare il lavoro, creare casse di resistenza. E poi: coinvolgere i consumatori, connettersi alla rete nazionale «#Fuori_mercato»


      https://ilmanifesto.it/sfrutta-zero-la-salsa-anti-caporali

    • Le Città Invisibili - La #città_del_riscatto

      Due sono le storie di questo documentario, per raccontare la “città del riscatto”, quella che unisce la Puglia al Lazio. I protagonisti sono, da una parte, i ragazzi di “Sfruttazero” a #Nardò, dall’altra i ragazzi della cooperativa sociale “Barikamà, sul Lago di Martignano, alle porte di Roma. Si chiama “#Netzanet” il progetto pugliese davvero rivoluzionario legato alla salsa di pomodoro: l’idea è quella di superare il caporalato e unire italiani e stranieri nella produzione solidale di salsa di pomodoro biologica, a filiera etica, cioè nel rispetto di tutti i lavoratori, contro lo sfruttamento. #Barikamà (che in lingua Bambara’ significa Resistente) è, invece, una cooperativa che porta avanti un progetto di micro-reddito e consiste nell’inserimento sociale attraverso la produzione e vendita di yogurt ed ortaggi biologici. I fondatori della Cooperativa, tutti africani, dopo essersi ribellati allo sfruttamento nei campi di Rosarno, hanno trovato in questo modo il loro riscatto sociale ed economico.

      https://www.youtube.com/watch?v=L_IafgwawEM&feature=youtu.be


      #documentaire #film

    • How a Young Cameroonian Sparked a Revolt Against Migrant Exploitation in Italy

      At 26, #Yvan_Sagnet organized the “#Nardò_uprising,” a two-month strike held by migrant workers which led to the trial of 12 people for slavery and the first anti-gang-master law in the country.
      Yvan Sagnet was born in Cameroon in 1985, but grew up dreaming of Italy. From the time he was a child, he had always been fascinated by the country and, most of all, by Juventus FC, a soccer team from Turin, and its most famous player, Roberto Baggio. So when he was granted a student visa to attend the Polytechnic University of Turin in 2007, his dream suddenly seemed within reach.

      But university was a lot harder than he had imagined. And after he failed two exams early on, his scholarship was pulled, meaning he had to find some extra money to cover his tuition. In need of some quick cash, he didn’t think twice about signing up when a friend told him about the seasonal tomato-picking jobs in southern Italy.

      When Sagnet arrived in the town of Nardò, in Puglia, he was shocked: The area was scattered with improvised camps where around 800 day laborers—mostly migrants, both legal and undocumented—were being exploited by so-called caporali (gang masters). The caporale’s job was to find readily available handpickers on behalf of farmers, eventually taking a cut from the worker’s wages while also charging them for the most basic amenities, like transportation, food, and water.

      At the farms, migrants were made to work for up to 14 hours a day in extreme heat without an employment contract, earning far below the minimum wage. “I discovered the dark side of Italy,” Sagnet recalls. “A side made of ghettos, with migrants living in inhumane conditions, often sleeping either on the ground, in tents, or in makeshift shacks.”

      Sagnet decided that leading a strike seemed the only solution to that kind of abuse. And so, in summer 2011, the then 26-year-old helped organize the “Nardò uprising”—the first large-scale strike held by migrant laborers in Italy. For two months that summer, migrants refused to work in a bid to improve their working and living conditions. The outcome was disruptive. Before then, no one had dared to challenge the power of gang masters and corrupt farmers in Nardò.

      But for Sagnet, it was just the beginning. In 2012 he wrote a book about the uprising called Love Your Dream, then joined CGIL (Italy’s biggest labor union), through which he conducted a series of investigations into the treatment of workers across the country. He is now the leader of No Cap (No Caporalato), an organization fighting against the exploitation of migrants in Italy.

      In 2011, life in #masseria_Boncuri—as the ghetto was known—was in the hands of the gang masters. They demanded to be paid for almost everything, from water and food to transport and mattresses. The long work shifts under the blazing sun were unbearable.

      “To me it wasn’t just exploitation, it was modern slavery,” says Sagnet. “Gang masters would verbally and physically abuse us. I knew from very early on that we needed to do something radical like revolt.”

      “I discovered the dark side of Italy. A side made of ghettos, with migrants living in inhumane conditions, often sleeping either on the ground, in tents, or in makeshift shacks.”

      The opportunity to convince others came when the caporal decided to require all workers to start picking tomatoes one by one instead of scooping them in bunches, a slower technique which meant working longer for the same amount of money. For Sagnet and his colleagues, that was unacceptable considering the little they were already getting paid. When the gang master refused to listen, they decided to stop working, launching a minirevolt.

      Sagnet and the organizers had to mobilize nearly 1,000 workers who didn’t share the same language, culture, or nationality. Convincing them that taking action was in their best interests was the first big challenge. “Many people had been working like that for years, so they were used to it,” Sagnet says. “They assumed going on strike would be pointless.”

      At first, only a small minority wanted to take action. “We had to gain people’s trust,” he says. “And we did so through a campaign of information—organizing meetings that clearly outlined our objectives—and with a very practical social outreach strategy.”

      On the first day of the strike, Sagnet organized a roadblock on the highway between Nardò and the city of Lecce, one of the region’s main arterial roads, to get the attention of the local authorities and the general public about the working conditions.

      The second step was to organize protests to block access to the farms. “The day after we set the picket, we could already see that we were making a difference,” Sagnet recalls. “Masseria Boncuri had created a production standstill on the farm, and that’s when I knew we were winning.”

      There was one obvious downside to going on strike: The workers were not getting paid. “Since I had become a referee of sorts,” Sagnet explains, “workers would come to me and ask what I was going to do about the fact that they had nothing to eat. Going on strike wasn’t the same for Italians and migrants—as a migrant you’re on your own, often without an extended family or support network to lean on.”

      Facing a potential hunger crisis, Sagnet had to come up with a plan. With the help of volunteers and activists, Sagnet and his team decided to reach out to the general public for help. “The response from the people of Nardò and across Italy was overwhelming,” he says. Before the strike they had no idea the scale of what was going on in their own region, Sagnet tells me. “Donations were coming in from all over the country. Every night, people would bring rice, milk, bread. This is how we didn’t starve.”

      To keep their wider support network going, they worked hard to educate the public on the issue by developing strong relationships with the media. Sagnet used part of that relationship to highlight how the migrants in particular were taking a huge risk by going on strike to stand alongside Italians in their fight for workers’ rights. “Our cause showed immigrants in a different, positive light,” he says. “After all, it was everybody’s struggle.”

      Sagnet’s focus on the struggle eventually paid off. The Nardò uprising inevitably put pressure on politicians, who in turn responded by approving the first anti-gang-master law—legislation that stopped agents from cutting into the workers’ wages. The strike also led some local farmers to introduce regular contracts, giving more money to the workers. (The regular contracts and higher wages are independent from the law; they were implemented as a side result by the local farmers in Nardò.) All this was introduced just a week after the strike ended, in September 2011. “For us [the law] was a huge success, because it finally gave the police a tool to crack down on gang masters,” Sagnet explains. “By the end of the 2011 harvest season, we had gone from 3 percent of workers having employment contracts to 60 percent.”

      “Our cause showed immigrants in a different, positive light,” he says. “After all, it was everybody’s struggle.”

      In addition, charges were eventually brought against the gang masters and farmers who had exploited the workers, leading to a 2017 trial in which 12 people were convicted of enslavement and human trafficking.

      After the uprising, Sagnet started working for CGIL. “I asked [CGIL] to change their approach: to go into the fields and see the exploitation for themselves.” By taking that approach, Sagnet adds, “We discovered that the same system that was in place in Nardò was widespread.”

      Sagnet has since made it a priority to raise awareness among migrant agricultural workers—who, according to his estimates, make up 60 percent of this seasonal workforce. “Workers in the ghettos don’t know what unions are,” he tells me. “They do not speak Italian or have access to information. They think it’s normal to live and work like that. Without help, there can be no investigations or arrests.”

      On the contrary, he adds, if workers aren’t involved, “those who exploit us and put us in those conditions will always win. Authorities are either slow, or complicit, or corrupt. What I’m seeing is a class struggle going on—but at the moment there’s just one side, the one represented by power.”


      https://www.vice.com/en_us/article/qv9xwm/how-a-young-cameroonian-sparked-a-revolt-against-migrant-exploitation-in-italy

    • TOMATO-PASSATE DI QUA

      Un progetto sviluppato da un gruppo di giovani provenienti da Gambia, Italia e Mali con l’obiettivo di produrre passate di pomodoro dalla coltivazione di un terreno a rischio abbandono. I partecipanti al progetto hanno scambiato le loro conoscenze in agricoltura, sperimentando tecniche di coltivazioni usate in diversi paesi del mondo e hanno prodotto 400 litri di passate che sono state acquistate a sostegno del progetto. “Tomato” ha permesso ai partecipanti di ricevere un compenso equo per il lavoro svolto, in contrasto con lo sfruttamento e l’esclusione sociale dei braccianti agricoli soprattutto del settore della produzione di pomodori. (Estate-Autunno 2016)

      http://www.risehub.org

    • Esclavage en Italie

      Originaires d’Afrique ou d’Europe de l’est, des centaines de milliers de travailleurs sont employés dans les campagnes italiennes pour récolter tomates, oranges et olives, en échange d’un salaire de misère. #Yvan_Sagnet milite pour mettre fin à cette situation de non-droit, et a créé une association visant à labelliser les produits récoltés de manière éthique.

      En 2011, un Camerounais a mené une grève couronnée de succès, déclarant la guerre aux « caporaux », ces employeurs criminels qui exploitent les travailleurs précaires en leur extorquant la majeure partie de leurs revenus, allant jusqu’à les menacer de mort s’ils osent se révolter.

      https://www.arte.tv/fr/videos/079474-004-A/arte-regards

      #agriculture #documentaire #film #reportage #esclavage_moderne #saisonniers #dumping_social #abus_de_pouvoir #exploitation_de_la_main-d'oeuvre #caporalato #consommateurs #Pouilles #Basilicata #tomates #bidonville #hébergement #honte #No_cap #globalisation #industrie_agro-alimentaire

      Est présentée aussi l’association fondée par Yvan, #NoCap :

      Rispetto per il lavoro. Niente sfruttamento di manodopera sottopagata o schiavizzata. Contratti di lavoro legali e soprattutto UMANI.
      Rispetto per l’ambiente e il paesaggio. Le attività economiche non devono distruggere le coste, i boschi, le montagne i laghi e le altre risorse naturali che sono la base dell’economia del turismo e generano PIL sostenibile per il Paese.
      Rispetto per la salute dei cittadini. Produzione senza contaminanti e nessuna immissione di sostanze nocive nell’ambiente che inquinano il suolo, avvelenano l’aria o l’acqua e causano malattie.
      Produzione di energia senza emissioni. Decarbonizzazione progressiva dei processi produttivi secondo il modello energetico distribuito e interattivo della Terza Rivoluzione Industriale, incentivando l’attività dell’autoproduzione (prosumer), e l’aggregazione di micro reti digitali di energia rinnovabile integrata nelle attività d’impresa.
      Finanziamento etico delle attività di impresa. Anche i finanziamenti delle attività economiche devono seguire il modello democratico e distribuito, con la massima diffusione del micro credito, dell’azionariato popolare (crowdfunding) e della finanza popolare tramite appositi pacchetti specifici delle banche cooperative e delle casse di credito locali.
      Ritorno alla filiera corta e locale per la diffusione commerciale dei prodotti con l’introduzione di norme di favore per la vendita di filiera corta a vantaggio delle piccole aziende per una giusta distribuzione commerciale.
      Valorizzazione della trasformazione con processi ad alto valore aggiunto realizzati il più vicino possibile ai luoghi di produzione e integrati nei processi aziendali.
      Adozione di pratiche a rifiuti zero sia nella produzione e nella distribuzione. Diminuzione progressiva di imballaggi e sistemi premianti per il riuso e riciclo che devono essere integrati nelle attività aziendali ed incentivate.
      Promozione di nuove proposte turistiche ispirate all’offerta di un “turismo esperienziale” che porti sotto la guida di cittadini esperti, turisti provenienti da realtà urbane a conoscere tramite il lavoro, nelle arti, nell’artigianato e nella coltivazione, secondo la logica espressa da Carlo Petrini, secondo cui oltre a far viaggiare i prodotti verso i consumatori, vanno fatti viaggiare anche i consumatori verso i prodotti.
      I Contratti di Rete Si tratta di un modello di collaborazione tra imprese che consente, pur mantenendo la propria indipendenza, autonomia e specialità, di realizzare progetti ed obiettivi condivisi, incrementando la capacità innovativa e limitando i costi di gestione.

      https://www.nocap.it



  • Working far from home – a photo essay
    http://www.theguardian.com/world/ng-interactive/2016/apr/14/working-far-away-migrant-workers-a-photo-essay

    These migrant workers travel wherever they can find employment. Some just for a season before returning home, others from city to city or country to country constantly looking for work. The photojournalist Irving Villegas has been documenting the lives of seasonal workers in different countries


    Dembei, a young Senegalese worker, beats olives down from the tree with a branch. He has worked for the same landowner for eight years. After this harvest, almost everyone will go to Huelva, also in Andalucía, for the start of the the strawberry season
    #migrants #saisonniers #photographie


  • Chaque année des saisonniers crèvent dans leurs camions

    2010 :
    http://www.chamonix.net/francais/actualite/2010-12-22.htm

    On recense une quarantaine de saisonniers vivant dans leur camion. Ils sont installés au parking du Grépon, à côté du tremplin de saut et sont cette année peut-être un peu plus visible que les autres années.

    Le maire de Chamonix s’est expliqué lundi soir en conseil municipal sur le choix de la commune, de gérer ces travailleurs plutôt que de les laisser s’installer n’importe où sur la commune.

    Mais pour l’an prochain, un autre terrain d’accueil est à l’étude.

    2013

    Le 3 janvier, un salarié des remontées mécaniques et sa compagne ont péri dans l’incendie 
du camion qui leur servait de domicile. 
Au début de la saison, les autorités locales 
avaient contraint 
les jeunes routards 
comme eux 
à s’installer sur 
un sentier forestier, 
sans eau, ni électricité, 
afin de ne pas gâcher le paysage.

    2016

    Deux saisonniers âgés de 20 et 30 ans ont été retrouvés morts à l’intérieur de leur camion ce mercredi en Haute-Savoie par des collègues venus leur rendre visite. Le couple pourrait avoir été intoxiqué au monoxyde de carbone.

    #saisonniers #exploitation_humaine #travail #mort #accidents_du_travail #honte #logement #guerre_aux_pauvres



  • Une négociation #UNEDIC sous de mauvais auspices - Forum social des #saisonniers - Politis
    http://www.politis.fr/Une-negociation-UNEDIc-sous-de,25325.html

    … en 10 ans les #CDD de moins d’une semaine ont progressé de 80%. Ceux de moins d’un mois de 120%. Ceux là passent au travers des mailles du filet d’une #indemnisation qui ne s’est pas ajustée à la durée réelle des contrats. Seulement 4/10 sont indemnisable. (…) Il n’y a pas, il n’y aura pas sauf à changer d’ère de la politique un emploi pour chacun.

    • Peut-on réformer l’assurance-chômage ? Une vidéo avec le journaliste chargé de l’emploi au Monde :
    http://www.lemonde.fr/emploi/video/2014/01/20/peut-on-reformer-l-assurance-chomage_4351036_1698637.html

    • Unedic, protection sociale : il est urgent de se mobiliser !
    http://sud-culture.org/expressions/spip.php?article1662

    • Cazeneuve veut améliorer l’efficacité du RSA et de la prime pour l’emploi

    Dans le cadre du plan pluriannuel contre la #pauvreté, le gouvernement s’était engagé à réformer ces deux dispositifs d’aide aux travailleurs modestes, jugés peu efficaces : le #RSA"activité" (un complément aux petits salaires) et la #Prime_pour_l'emploi (un crédit d’impôt).

    Un rapport du député PS Christophe Sirugue avait proposé en juillet de remplacer ces deux prestations par une « prime d’activité », mais le gouvernement avait invoqué des délais trop courts pour l’inscrire dans le #budget 2014.

    http://www.challenges.fr/economie/20140119.CHA9371/cazeneuve-veut-ameliorer-l-efficacite-du-rsa-et-de-la-prime-pour-l-emploi

    Améliorer le RSA ? Voilà un extrait d’une des analyses de ce dispositif rédigée lors de son instauration :

    Partout on ressassait qu’il allait bien falloir se serrer la ceinture : travailler plus pour simplement survivre. Minima réduits, allocs sous conditions, salaires bloqués et retraites retardées, la crise, nous connaissons. Et voilà que celle-ci n’est plus simplement le signe qui régit nos vies, voilà que la crise atteint de plein fouet le capitalisme, voilà que le fleuve tranquille de la valorisation connaît lui aussi les tsunamis répétés de l’incertitude.

    Avec ce tournant, il se vérifie que cette société - celle-là même dont on serinait qu’elle était trop menacée par les déficits publics pour devoir à ses membres quelque chose plutôt que rien, celle-là même qui nous assignait à la dette, financière, temporelle et morale - voilà que cette société donc est en mesure d’arroser d’une pluie mondiale de milliards, les banques, les compagnies d’assurances et le secteur immobilier. Cette accélération de l’histoire aura au moins eu pour effet de remettre quelques pendules à leur place.

    Si la pratique a infligé sa leçon, le discours officiel, pour sa part, à quelques tremolos sur la régulation des affaires et l’éthique des entreprises près, paraît inébranlable : la dignité de qui n’est pas une banque doit continuer de passer par l’étroit chenal du travail salarié . Il faudrait donc accepter n’importe quelle offre « raisonnable » d’emploi sous peine de radiation et suppression de revenu, subir la suspicion des départements et les intrusions de la CAF en dépendant du RSA, avoir capitalisé des droits et être un artiste de l’entreprenariat de soi pour ouvrir droit au chômage, souscrire à l’obligation de s’activer que la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC en un Pôle emploi doit conforter, bref, vouloir « gagner plus » et se soumettre pour un minimum.

    Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4124

    2007 : Zut ! Zut ! Nous voulons des golden parachutes. Occupation de l’UNEDIC
    http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=3387

    Mercredi 29 janvier à 18h, réunion pour les droits des chômeur-ses et #précaires , à l’appel d’AC !, Bourse du travail, 3, rue du château d’eau, M° République.


  • Liberté sur paroles, « Migrants en milieux ruraux en Europe : les esclaves invisibles de la production intensive et de l’industrie agro-alimentaire » (#Aligre_FM)
    http://www.liberte-expression.fr/migrants-en-milieux-ruraux-en-europe-les-esclaves-invisibles-de-l

    Dans le numéro de juillet de cette émission en partenariat avec la revue Hommes et Migrations, nous allons nous pencher sur les #migrations en milieux ruraux. Ces flux migratoires et les réalités sociales et économiques qui s’y rattachent sont loin d’être un phénomène marginal et ponctuel. L’histoire de l’immigration en France atteste au contraire d’une présence ancienne dans certaines régions comme la Picardie, la région Centre et Midi-Pyrénées par exemple. Un phénomène peu connu et peu étudié parce que resté souvent invisible. De nos jours, les systèmes mis en place par les exploitations agricoles et les entreprises du secteur agro-alimentaire ne peuvent plus se passer de la contribution de migrants saisonniers extrêmement flexibles, qui sont peu rémunérés, mal logés et qui travaillent dans des conditions souvent précaires voire illégales.

    Pour cet aperçu sur les migrations « à la campagne » Chantal Crenn, maître de conférences en anthropologie sociale à l’université de Bordeaux III et co-coordinatrice avec Simona Tersigni du dossier paru par la revue en janvier-mars 2013, nous parle des ouvriers agricoles marocains dans les vignobles bordelais et Romain Filhol, doctorant en géographie à l’université Paris-Est Marne La Vallée analyse comment les travailleurs migrants du Sud de l’Italie sont à la fois instrumentalisés, cibles de l’intolérance mais aussi de solidarités locales. Emmanuelle Hellio, doctorante en sociologie à l’université de Nice (URMIS) évoque le fonctionnement de la « roue saisonnière espagnole ». Yohanne Lamoulère, photographe indépendante, nous présente son travail photographique, sur ces migrants saisonniers qu’elle a mené dans le sud de la France, près de Marseille, mais aussi au Maroc et en Espagne et qu’elle a démarré en 2000, à une époque où on ne parlait pas encore des mutations du secteur agricole. Enfin Nicolas Duntze, de la Confédération paysanne, aborde la question de la dégradation progressive des conditions de travail de ces migrants, souvent #sans-papiers, rouage incontournable des mutations propres au secteur agricole et qui sont en passe d’être remplacés en Europe par des travailleurs recrutés par des prestations de service international.

    http://www.liberte-expression.fr/emissions/2013/20130701_liberte_sur_paroles_4_hommes%20et%20migrations-rurales-j

    #agriculture #saisonniers #ruralité #précarité #exploitation #audio #radio


  • DOSSIER : LES ESCLAVES NOIRS D’ITALIE
    http://lesbrindherbes.org/2013/05/06/dossier-les-esclaves-noirs-ditalie

    Les fraises du Péloponnèse - et les oranges de Calabre...Retour à Rosarno.

    Ici, les orangers s‘étendent sur plus de 7000 hectares. Les 5000 agriculteurs, qui vendaient autrefois leurs oranges à la Russie ou aux Etats-Unis, doivent désormais accepter les prix fixés par de grosses firmes telles que Coca-Cola par exemple.

    Sans ces travailleurs migrants, la seule alternative est de laisser les fruits pourir à même le sol. Ce qui arrive déjà bien sourvent.

    “Les agriculteurs doivent accepter les prix fixés par l’industrie qui ne veut pas payer plus et c’est ce qui est l’origine de l’exploitation des travailleurs étrangers. Ces travailleurs sont exploités depuis 50 ans, et ils le sont encore aujourd’hui. Avant ils étaient de la région, maintenant ce sont des étrangers”, explique Fabio Mostaccio, sociologue à l’Université de Messine.

    Un coût du travail si faible représente une bouffée d’oxygène pour l‘économie locale, mais rien n’est prévu pour accueillir décemment ces travailleurs étrangers. Aucune politique d’encadrement n’est mise en place. Ils sont comme invisibles.

    Alors, ils tentent de survivre. En février, le camp construit par le gouvernement, a rapidement doublé de volume. Ils étaient plus de 700 à vivre sous des bâches en plastique. Après un violent orage, le maire a quand même dû réagir.

    “J’ai immédiatement demandé de l’aide. J’ai écrit au préfet, au président de la région Calabre. J’ai aussi contacté d’autres institutions. Personne n’a répondu alors je n’ai pas eu d’autre choix que de fermer le camp”, explique Domenico Madafferi, le maire de San Ferdinando.

    Malgré l’urgence humanitaire, il aura fallu deux mois avant que suffisamment de fonds et de ressources soient réunis pour établir un nouveau camp.

    “Nous ne pouvions pas rester dans cette situation cet hiver. Ces tentes ne sont pas adaptées à la météo. Alors nous avons fait un effort supplémentaire et avons décidé de nous servir de tentes utilisées normalement après une catastrophe naturelle”, dit Vittorio Piscitelli, préfet de la région de Calabre.

    Pourtant, deux semaines après cet entretien, le nouveau camp était toujours vide. Le transfert avait bien commencé mais faute d’argent les autorités ont finalement hésité.

    #saisonniers #agriculture #Calabre #mafia #migrants


  • Travailleurs migrants en Grèce : « Un esclavage connu de tous » - Page 2 | Mediapart
    http://www.mediapart.fr/journal/international/060513/travailleurs-migrants-en-grece-un-esclavage-connu-de-tous?page_article=2

    A propos des fraises de Manolada

    environ la moitié des 1 à 1,2 million d’immigrés que compte la Grèce aujourd’hui sont sans papiers... La part des clandestins a augmenté ces trois dernières années car l’obtention du permis de séjour en Grèce est conditionnée à l’activité : il faut pouvoir justifier sur une année de 200 journées de travail déclaré. Or dans un contexte de récession, le travail se fait plus rare, et le travail déclaré encore plus... Ces dernières années, près de 100 000 immigrés ont ainsi perdu leur permis de séjour – parmi lesquels des Albanais installés en Grèce depuis une vingtaine d’années et dont les enfants sont nés ici...

    #agriculture #Grèce #migrants #saisonniers


  • La Clusaz : la montagne, les saisonniers et la mort - L’Humanité
    http://www.humanite.fr/social-eco/drame-de-la-clusaz-la-mort-attendait-les-jeunes-sa-512857

    Devant la presse, Georges-François Leclerc, le représentant de l’État dans le département, invite à «  tirer les leçons  » de ce qui s’est passé, mais «  avec la tête froide  » : « Je ne prendrai pas de mesures sous le coup de l’émotion, avertit-il, mais dans quelques semaines, nous annoncerons des recommandations générales.  » À quelques pas derrière le préfet, André Vittoz, maire de La Clusaz, se tient immobile au milieu des saisonniers et des proches de Thomas et Margaux  ; il porte une rutilante combinaison de ski bleu-blanc-rouge, siglée France, avec, contre son épaule gauche, sa paire de skis et, dans les mains, ses bâtons chapeautés par ses gants. «  Non mais ce n’est pas vrai, mais quelle indécence  : pendant qu’on honore nos amis, monsieur le maire part faire du ski  », fulmine un des jeunes. Le cortège qui rassemble une centaine de personnes démarre, les cloches de l’église sonnent. Tout le parcours se déroule sans un mot, ni un représentant du village. «  Je regarde, mais vraiment, je ne vois personne de La Clusaz  », admettra, désolé, le seul habitant qui participe à l’hommage, mais qui préfère rester discret. «  De toute façon, ici, les gonzes, il n’y a que le tiroir-caisse qui les intéresse  », dénonce-t-il en mimant un bandit manchot.