• Quand la "valeur travail" ne fait plus consensus, on invente la "liberté d’entreprendre".

    Bonnes feuilles : « La précarité durable. Vivre en emploi discontinu »
    https://theconversation.com/bonnes-feuilles-la-precarite-durable-vivre-en-emploi-discontinu-191

    Le précariat : un fait social

    Ce que l’on appelle parfois le « précariat », qui se caractérise par l’alternance de périodes d’emploi et de périodes de chômage, est ainsi devenu un fait social dont les contraintes s’exercent sur les précaires en premier lieu, mais aussi sur les stables. La banalisation des licenciements en est un indicateur parmi d’autres. Celle-ci est accrue dans l’économie globalisée d’aujourd’hui, où les possibilités de résistance aux licenciements sont réduites par la délocalisation des entreprises « mères ». Les politiques de flexibilité jouent également sur les rémunérations (à la productivité, aux rendements, au mérite…) comme le montre Sophie Bernard dans son ouvrage Le nouvel esprit du salariat (PUF, 2020). L’incertitude sur le marché de l’emploi vaut donc aussi pour une bonne partie des stables, sachant que bien souvent une « armée de réserve » est prête à occuper leur poste s’ils ne sont pas satisfaits.

    La précarité et les souffrances que renferme le salariat sont d’ailleurs un argument supplémentaire pour les promoteurs de « l’esprit d’entreprendre », devenu un leitmotiv de la vie économique et de l’action publique. De l’autoentrepreneuriat à la start-up, le travail indépendant ou semi-indépendant est valorisé par opposition à un salariat qui serait sclérosant, dans une société « liquide » qui demanderait au contraire de savoir innover, créer et s’adapter au changement.

    Ce phénomène se déploie d’autant plus avec les plates-formes numériques. « En attendant mieux », des livreurs à vélo se disent satisfaits d’un travail qui ne les cantonne pas à un collectif et à un emploi salarié classique.

    Un ensemble de facteurs converge ainsi pour que le précariat continue de prospérer par cette voie ambivalente sinon ambiguë : offrir la perspective ou l’illusion d’une plus grande « liberté » sans sécuriser l’avenir.

    #précariat #travail

    • les régularités statistiques et sociales de ces deux populations d’enquête – invitent à considérer avec la plus grande prudence les récits sur la « pénurie de main-d’œuvre » ou « la grande démission » ; des récits qui ont beaucoup concerné « la jeunesse », catégorie englobante et manipulable à souhait.

      La focalisation sur le présent tend effectivement à faire oublier que le thème du refus du travail est une histoire « vieille comme le capitalisme », pour reprendre le titre d’un article d’Alain Cottereau (« Les jeunes contre le boulot, une histoire vieille comme le capitalisme industriel », Autrement, 21) en 1979. Rappelons que le salariat est toujours largement dominant dans la population active (environ 90 %) et que le CDI reste la forme d’emploi majoritaire (85,3 % en termes de « stocks » selon l’Insee) et considérée comme normale par le droit du travail.

      Et à rebours de l’idée d’un déclin auprès des nouvelles générations, les enquêtes statistiques rappellent que « les faits sont têtus » et que « partout en Europe, les jeunes accordent une importance forte au travail ». S’il y a bien un phénomène durable, aux causes structurelles et qui touche aux supports d’intégration et de cohésion sociale de nos sociétés, c’est le précariat.

      extrait de La précarité durable. Vivre en emploi discontinu, Nicolas Roux.

      chiche en bonnes feuilles, pas économes en salades

      #sociolâtrie #refus_du_travail #emploi #emploi_discontinu #saisonniers #intermittents

    • toujours bizarre de voir le terme précariat, inventé dans les mouvements de précaires des années 90 pour désigner un sujet politique conflictuel potentiel dont ces mouvements et divers comportements sociaux étaient des expressions affirmatives réinvesti par divers phraseurs des carrières intellectuelles pour désigner un état de fait. c’était scandaleux (comment ?! ces pauvres précaires auraient une capacité politique alors qu’ils ne travaillent pas normalement ? on peut pas juste les plaindre et défendre/espérer le retour au plein emploi ?) et ça a été renversé par nos braves fossoyeurs en de nouvelles manières de dire la domination. encore un joli coup des professionnels de la profession.

    • Ah ! Et bien, du coup, je viens de trouver ce qui me semble résumer cette discussion :-)

      "On prendra peut-être pour un paradoxe l’affirmation qui consiste à dire que ce qui caractérise l’opportunisme, c’est qu’il ne sait pas attendre. Et c’est pourtant cela. Dans les périodes où les forces sociales alliées et adversaires, par leur antagonisme comme par leurs interactions, amènent en politique un calme plat ; quand le travail moléculaire du développement économique, renforçant encore les contradictions, au lieu de rompre l’équilibre politique, semble plutôt s’affermir provisoirement et lui assurer une sorte de pérennité l’opportunisme, dévoré d’impatience, cherche autour de lui de « nouvelles » voies, de « nouveaux » moyens d’action. Il s’épuise en plaintes sur l’insuffisance et l’incertitude de ses propres forces et il recherche des « alliés ». Il se jette avidement sur le fumier du libéralisme." (Leon Trotsky - 1909)

      (Source : https://twitter.com/MarinArtelt/status/1574459087273721857)

  • Ces écoles qui permettaient de sortir du placard

    Dans la seconde moitié du siècle dernier, de nombreux #enfants de #travailleurs_saisonniers n’ont pu être scolarisés que grâce au courage et à la passion de quelques personnes qui ont créé de véritables écoles clandestines – en toute illégalité.

    C’est à l’évidence un chapitre peu reluisant de l’histoire contemporaine de la Suisse qui est exposé au Musée d’histoireLien externe de La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel.

    Intitulée « Enfants du placard ; à l’école de la clandestinité », l’exposition « veut donner une voix à ceux à qui la parole a été largement refusée », souligne le directeur du musée Francesco Garufo. C’est-à-dire à tous ces garçons et ces filles qui ont dû vivre clandestinement en Suisse (en se cachant dans le placard) parce que leurs parents avaient un permis de travail saisonnier.

    Le fameux permis A, aboli en 2002 avec l’entrée en vigueur de la libre circulation des personnes entre la Confédération et l’UE, ne permettait pas le regroupement familial. De nombreux parents qui venaient « faire la saison » en Suisse ont donc été contraints de laisser leurs enfants à la maison, où ils étaient pris en charge par d’autres membres de la famille. Mais souvent, la séparation était trop douloureuse et les travailleurs saisonniers, principalement originaires d’Italie, d’Espagne et du Portugal, emmenaient leurs enfants avec eux – en infraction avec la loi.
    Ne fais pas de bruit !

    Il n’existe pas de chiffres précis, justement en raison de la nature illégale du phénomène. On estime qu’il y avait au début des années 1970 jusqu’à 15’000 garçons et filles clandestins en Suisse. Ce n’est qu’une estimation, mais elle donne une idée du nombre d’enfants qui ont dû vivre dans l’ombre pendant cette période qui a duré, comme on l’a dit, jusqu’en 2002.

    Dans l’ombre justement, ou plutôt dans le placard, des injonctions que nous avons toutes et tous entendues étant enfant, comme « Fais attention ! », « Ne parle à personne ! », « Ne fais pas de bruit ! » prenait alors un sens tout particulier. Un grand panneau de l’exposition vient le rappeler. Car pour ces enfants-là, se faire prendre pouvait signifier l’expulsion.

    « Nous avions fait du bruit et quelqu’un nous avait dénoncés », se souvient Rafael, l’un des six « enfants du placard » qui ont accepté de témoigner pour l’exposition. Par chance, le policier chargé de l’inspection a montré beaucoup d’humanité. Lorsqu’il est entré dans l’appartement, il a posé bien fort la question aux parents de Rafael, qui s’était caché dans une pièce avec ses frères et sœurs : « Nous sommes bien d’accord pour dire qu’il n’y a pas d’enfants ici ?... »
    La difficulté de témoigner

    « Il n’est pas facile de trouver des personnes prêtes à témoigner », observe Sarah Kiani, qui mène à l’Université de Neuchâtel un projet de rechercheLien externe sur ces « enfants du placard », sous la direction de la professeure Kristina Schulz, et dont les premiers résultats ont trouvé place dans cette même exposition. « Nous avons eu beaucoup de refus, il y a un sentiment de honte qui persiste, même des années plus tard », poursuit-elle.

    Mais ce qui ressort des témoignages recueillis, ce ne sont pas seulement des tranches de vie triste ou difficile. « Il y a eu différentes manières de gérer cette situation de clandestinité et ce ne sont pas toujours des histoires sombres », note Sarah Kiani. « Cette exposition veut aussi vraiment transcrire la diversité des expériences », ajoute Francesco Garufo.
    L’importance de l’école

    S’il est un dénominateur commun à toutes ces expériences, c’est l’importance de l’école pour permettre à ces enfants de sortir du placard. Ce n’est pas un hasard si l’exposition consacre une large place à ce thème.

    Aujourd’hui, le droit au regroupement familial ou le droit de pouvoir accéder à l’éducation sont inscrits en toutes lettres dans la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant. Cependant, ce traité est relativement récent (1989) et la Suisse ne l’a ratifié qu’en 1997, en émettant des réserves sur la question du regroupement familial, entre autres.

    En d’autres termes, pendant plusieurs décennies, l’école publique est restée un mirage pour les personnes vivant en Suisse sans autorisation.
    Des caisses en guise de pupitres

    Cependant, tout le monde n’est pas resté les bras croisés. La première « classe spéciale » pour enfants clandestins a vu le jour en 1971, à Renens, dans le canton de Vaud, à l’initiative des associations de migrants.

    L’année suivante, à Neuchâtel, deux amis créent une école clandestine qui sera active pendant deux ans. On utilise alors des caisses de l’usine de cigarettes Brunette pour en faire des pupitres, peut-on lire sur une affiche de l’exposition.

    Quelques années plus tard, au début des années 1980, à La Chaux-de-Fonds, l’enseignante Denyse Reymond crée une autre école, qui deviendra l’école Mosaïque et qui existe encore aujourd’hui.

    Dans une aile de l’exposition, le Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds a reconstitué une salle de classe de l’école Mosaïque, avec les cahiers des élèves qui la fréquentaient, leurs dessins…

    Les cours dispensés par Denyse Reymond sont alors ouverts à tous les enfants qui se trouvent en situation irrégulière. Et ils sont gratuits, ce qui n’est pas rien pour ces familles qui ne roulent certainement pas sur l’or. L’école est financée par des dons.

    >> « Ces enfants ne savaient pas où aller et quand j’ai fondé cette école avec ma fille, nous allions les chercher là où ils se cachaient », raconte Denyse Reymond dans cette archive de la RTS

    Clandestins… mais pas trop

    « En plus de leur tâche principale, qui est d’éduquer les enfants, ces écoles remplissaient également une autre fonction primordiale », souligne Sarah Kiani : « Elles étaient pour ces garçons et ces filles, ainsi que pour leurs familles, une porte d’accès à tout ce dont un enfant a besoin, c’est-à-dire des soins médicaux, des soins dentaires, des activités culturelles et sportives... ».

    Bien que l’existence de ces écoles ait été plus ou moins connue, les autorités municipales et cantonales - du moins à Neuchâtel et à Genève - ont tranquillement fermé les yeux. Une lettre de 1983 d’un enseignant de La Chaux-de-Fonds actif dans ces domaines montre que les autorités cantonales auraient même participé à son financement.

    Cette zone grise a perduré jusqu’en 1990, lorsque les deux cantons ont fait œuvre de pionniers en Suisse, en décidant que le droit à la scolarisation primait sur les règles régissant l’immigration en Suisse. Les écoles publiques ont donc officiellement ouvert leurs portes à des garçons et des filles qui n’étaient pas en situation régulière.
    Instruction pour tous

    Dans les années qui ont suivi, d’autres cantons ont fait de même, notamment parce que la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant - ratifiée comme on l’a dit par la Suisse en 1997 - prévoit explicitement le droit à un enseignement primaire gratuit pour tous. Aujourd’hui, tout le monde peut fréquenter les écoles publiques.

    L’abrogation du statut de saisonnier en 2002 ne marque pas pour autant la fin de la clandestinité. Selon une estimation du Secrétariat d’État aux migrations, il y avait en 2015 entre 50’000 et 99’000 personnes vivant en Suisse sans statut de séjour légal. Parmi eux, on trouvait aussi beaucoup d’enfants.

    Si l’accès à l’éducation est désormais garanti, les incertitudes qui pèsent sur les enfants sans papiers et leurs familles persistent. Il y a tout juste quatre ans, une motion parlementaire déposée par la droite (et retirée depuis) demandait, entre autres, l’échange d’informations entre les organes de l’État sur les personnes sans statut de résidence valide, par exemple dans le domaine de l’éducation. Une mesure qui, selon certains, aurait pu inciter les parents sans papiers à ne pas envoyer leurs enfants à l’école.

    « Cette thématique a beaucoup évolué depuis les années 1970 et 1980, mais elle est toujours d’actualité », observe Francesco Garufo. « L’histoire des enfants du placard nous permet de réfléchir à l’importance de l’intégration et de l’éducation des jeunes migrants de nos jours ».

    https://www.swissinfo.ch/fre/ces-%C3%A9coles-qui-permettaient-de-sortir-du-placard/47744052
    #enfants_du_placard #enfant_du_placard #Suisse #saisonniers #migrations #scolarisation #histoire #musée #sans-papiers #permis_de_travail #permis_A #regroupement_familial #Italie #Espagne #Portugal #vivre_dans_l'ombre #bruit #classe_spéciale #école_clandestine #écoles_clandestines #résistance #Denyse_Reymond #école_mosaïque #droit_à_la_scolarisation #scolarisation #statut_de_saisonnier

    • ENFANTS DU PLACARD. À L’école de la #clandestinité

      Durant la seconde moitié du 20e siècle, des milliers d’enfants de travailleuses et de travailleurs saisonniers, pour lesquels le regroupement familial n’était pas autorisé, ont vécu clandestinement en Suisse. Le Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds vous invite à entendre leur voix et à découvrir leurs parcours, ainsi que les mobilisations en faveur de leurs droits. "Enfants du placard", une expression qui marque l’histoire suisse comme le revers de la médaille d’une success story, celle de l’immigration des "Trente Glorieuses". Un passé proche et difficile, qui ressurgit à travers les demandes de reconnaissance de ces enfants aujourd’hui devenus adultes.

      Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une extraordinaire phase de prospérité prend son essor. Pour répondre aux besoins de l’économie, la Suisse développe une politique largement basée sur le recrutement de « travailleurs invités », qui ne sont pas destinés à s’installer durablement.
      C’est ainsi que va se développer un statut qui deviendra emblématique de l’immigration en Suisse : celui des saisonnières et des saisonniers, une condition qui exclut le regroupement familial et qui conduit dans certains cas les enfants des migrant.e.s à la clandestinité. Des milliers d’entre eux se trouvent par conséquent obligés de vivre cachés dans des logements souvent exigus, parfois pendant des années, privés d’une socialisation normale.
      C’est avant tout la voix de ces enfants aujourd’hui devenus adultes que l’exposition vous invite à entendre ; des témoignages qui permettent de donner la parole à celles et ceux qui en ont été privés, mais aussi de découvrir une histoire qui, par sa nature, n’a laissé que peu de traces, si ce n’est à travers les archives des « écoles clandestines ».
      Aujourd’hui, les « enfants du placard » sont devenus un sujet de recherche pour les historiennes et les historiens. Mais, pour les acteurs eux-mêmes, il s’agit avant tout d’un enjeu de mémoire, qui donne lieu à des échanges, parfois vifs, au sujet de la reconnaissance de ce phénomène et des situations tragiques qu’il a engendrées, voire des réparations qui pourraient être demandées. Le musée comme lieu d’échanges, de recherche et de conservation rend donc visible une histoire encore méconnue et cherche à susciter le débat autour de l’une des conséquences majeures de la politique migratoire suisse du 20e siècle. Il participe à un processus en cours, dans lequel l’exposition n’est pas une fin en soi mais plutôt une étape.

      https://www.chaux-de-fonds.ch/musees/mh/evenements/expositions/mh-temporaire/enfants-du-placard

    • Une socio-histoire des gens qui migrent Les « enfants du placard » (1946-2002)
      Description du projet

      La croissance économique des décennies de l’après-guerre en Suisse va de pair avec une demande importante de main-d’œuvre que les employeurs cherchent à satisfaire en embauchant des femmes et des hommes en provenance majoritairement du sud de l’Europe. Le statut de saisonnier – qui exclut le regroupement familial – est au cœur du régime migratoire suisse. L’exclusion explicite de ce droit donne lieu à des situations particulièrement précaires pour les familles et les enfants qui, se retrouvant illégalement en Suisse, ont parfois été « cachés » pendant des mois, voire des années, dans les logements. Ces situations sont au centre de ce projet de recherche. Malgré diverses estimations qui indiquent qu’un nombre important d’enfants ont été concernés, les connaissances restent très limitées sur les conditions de séjour, l’impact de la situation sur les trajectoires biographiques, les réactions des employeurs et des autorités, et encore davantage sur ce que ces anciens « enfants cachés » ont gardé en mémoire.

      La situation des « enfants du placard » éclaire sous un angle inédit l’histoire économique et sociale de la Suisse de la deuxième moitié du XXe siècle. En effet, observer la multiplicité des trajectoires et des situations de ces enfants nous permet de remettre en question une idée largement admise concernant les trente ans qui suivent la fin de la seconde guerre mondiale, qui considère cette période comme un moment de prospérité pour toutes et tous, offrant des possibilités de participation sociale et économique à des couches de plus en plus larges de la population.

      Le projet analyse des données tant qualitatives que quantitatives, en s’intéressant au point de vue des autorités suisses, à celui des associations et mouvements sociaux en faveur de la scolarisation des enfants et la sortie de la clandestinité, et à celui, encore très peu connu, des enfants eux-mêmes.

      Croisant une approche d’histoire des migrations avec une approche d’histoire sociale et économique et en prenant en compte des recherches récentes sur le placement d’enfants en Suisse, la recherche se base à la fois sur un travail d’archives étatiques (fédérales, cantonales, communales), l’analyse des récits et enquêtes psychologiques et sociologiques effectuées depuis les années 1970, l’exploitation d’archives des associations et activistes humanitaires mobilisés, ainsi que sur la méthodologie de l’histoire orale.

      https://www.unine.ch/histoire/home/recherche-1/une-socio-histoire-des-gens-qui.html

      –-

      voir aussi :


      https://www.unine.ch/shm/home.html

  • En Bretagne, des travailleurs logés en urgence dans des internats pour sauver la saison
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/07/31/en-bretagne-des-travailleurs-loges-en-urgence-dans-des-internats-pour-sauver

    Cet été, 50 000 saisonniers manquent à l’appel en Bretagne. En cause notamment, la difficulté pour des jeunes souvent venus d’ailleurs de se loger dans les stations balnéaires. Pour faciliter des recrutements de dernière minute, la région leur ouvre certains de ses établissements scolaires. Une expérimentation précaire mais salutaire.

    #logement #paywall

    • En Bretagne, des travailleurs logés en urgence dans des internats pour sauver la saison

      Il est arrivé ici la veille. Entre deux services au bar d’un hôtel-restaurant cossu de Saint-Briac-sur-mer (Ille-et-Vilaine), où il travaille, Jason Lerigoleur termine son emménagement, en ce mercredi matin de la mi-juillet. Dans cette chambre, dont les sanitaires collectifs sont situés sur le palier, le saisonnier de 21 ans a commencé par brancher sa console de jeux vidéo et son écran plat. Pas de connexion Wi-Fi disponible pour jouer en ligne. Déçu, le jeune homme a alors rangé sa manette pour trier ses affaires dans l’armoire qui trône face à trois sommiers relevés contre un mur de la pièce.

      Faute de logement disponible sur la côte bretonne, Jason Lerigoleur a réservé une chambre dans l’#internat du lycée hôtelier de Dinard. « Ce n’est pas le grand luxe, mais ça défie toute concurrence » , relativise le barman. Loyer mensuel : 300 euros. Il poursuit : « Ici, les saisonniers galèrent à se loger. On nous propose des studios à des prix exorbitants. Jusqu’à 900 euros la semaine. Nous ne sommes pas des touristes, mais des professionnels contribuant à l’activité économique locale. » Vingt autres travailleurs estivaux sont attendus dans cet internat appartenant à la région Bretagne. La collectivité a décidé d’ouvrir en urgence cet établissement ainsi que trois autres ailleurs dans la péninsule afin de loger des dizaines de travailleurs. Une expérimentation « de secours » imaginée alors que Pôle emploi annonce un manque de 50 000 saisonniers dans la région.

      Les syndicats hôteliers misent sur ce dispositif pour pallier le manque de personnel qui contraint certains restaurateurs à fermer un ou deux jours par semaine

      L’une des causes justifiant cette pénurie récurrente de main-d’œuvre est le manque de logements. « Certains travailleurs dorment dans leur voiture, alors que nous avons des locaux vides. Le bon sens veut qu’on les ouvre, insiste Loïg Chesnais-Girard, le président (divers gauche) de la région. Une telle opération permet aussi à la collectivité d’optimiser l’usage de ses bâtiments. » Nombre des 12 000 lits des internats gérés par la région pourraient, à l’avenir, densifier cette offre d’accueil.

      Sa mise en fonctionnement a démarré courant juillet à cause de « freins administratifs et juridiques » complexifiant le transfert de la gestion de ces bâtiments à d’autres collectivités, selon les édiles. A Dinard, la municipalité gère l’accueil des locataires, avec le soutien des représentants locaux de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). Ces derniers misent sur ce dispositif pour pallier le manque de personnel qui contraint certains restaurateurs à fermer un ou deux jours par semaine, à réduire la durée des services ou à limiter le nombre de couverts.

      Assis sur son lit une place, Jason Lerigoleur confirme une évolution du marché de l’emploi désormais favorable aux saisonniers. Après une dernière expérience à Malte, le barman a décidé de revenir en Bretagne. Une fois sur place, il a choisi son employeur, et non l’inverse. Pour convaincre Jason, son patron s’est engagé à lui trouver un logement et à prendre en charge son loyer. « Désormais, les employeurs sont vigilants sur les conditions de travail, proposent des salaires intéressants, décomptent les heures supplémentaires… Ils savent qu’un saisonnier peut quitter son boulot le matin et en retrouver un autre dans la soirée , affirme le jeune homme. Depuis le Covid, beaucoup de professionnels de la restauration ont arrêté, dégoûtés par les horaires peu compatibles avec une vie de famille et par un rythme éreintant. »

      Des biens loués de préférence aux touristes

      Au deuxième étage de l’internat, Aminata Thimbo raconte une histoire semblable. Cette serveuse de 18 ans a été embauchée sans mal dans un restaurant à la carte soignée de la station balnéaire. Après trois années de formation à l’école hôtelière, elle voulait décrocher un « vrai » premier contrat pour « muscler » son CV. « Sans cette chambre, j’aurais dû refuser ce travail et rentrer passer l’été chez ma mère, à côté de Rennes. J’aurais sans doute accepté un emploi dans une brasserie » , explique la jeune femme. Première à avoir réservé une chambre de l’internat, elle a bénéficié de l’une des plus spacieuses, avec vue sur mer. En se contorsionnant à la fenêtre, on aperçoit effectivement la Manche user la digue plus bas.

      Aminata Thimbo montre un immeuble un peu plus loin : « J’ai été prise en alternance en sommellerie dans le restaurant où je travaille. J’emménagerai donc bientôt dans un studio de ce bâtiment-là. » Bientôt, cela signifie en septembre. Cet été, les propriétaires ont préféré louer leurs biens à des touristes. La côte bretonne souffre d’une explosion du phénomène Airbnb, qui tarit le marché immobilier.

      En 2019, Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), ville située face à Dinard, est devenue « la championne française de la location de courte durée », selon ses élus, qui citaient alors des relevés opérés sur les trois principales plates-formes, annonçant 639 nuitées réservées pour 100 habitants dans la cité corsaire, loin devant Bordeaux (239) ou Aix-en-Provence (199). La municipalité (LR) a depuis imposé des réglementations parmi les plus restrictives du pays pour contenir le phénomène. Des mesures qui inspirent les édiles bretons.

      L’accroissement du nombre de résidences secondaires anesthésie un peu plus le marché immobilier du littoral breton. Les maisons de vacances sont devenues majoritaires dans nombre de stations balnéaires comme Arzon (Morbihan, 77,2 %), Carnac (Morbihan, 71,2 %), Saint-Briac-sur-Mer (60 %)… La pénurie de logements pour les travailleurs estivaux est aussi amplifiée par la montée en gamme des campings du bord de mer, dans lesquels mobil-homes et chalets sont devenus la norme au détriment des traditionnels et économiques terrains nus, jadis prisés des saisonniers.

      Confrontées à une inexorable envolée du prix de l’immobilier, les côtes bretonnes logent de plus en plus de retraités et de moins en moins d’actifs

      « Le vieillissement de notre population explique aussi la problématique observée autour de l’emploi saisonnier », affirme Arnaud Salmon, le maire (divers droite) de Dinard. Le quadragénaire évoque sa jeunesse dinardaise. A l’époque, les saisonniers habitaient la commune et ses alentours. Ils étaient lycéens ou étudiants et logeaient chez leurs parents le temps d’un contrat aux beaux jours. Confrontées à une inexorable envolée du prix de l’immobilier, les côtes bretonnes logent de plus en plus de retraités et de moins en moins d’actifs. Les patrons recrutent alors un personnel extérieur dépourvu de solution de logement.

      Sollicité par les restaurateurs de son territoire, Arnaud Salmon a été l’un des premiers édiles bretons à encourager l’ouverture des internats du conseil régional. La ville de Dinard a même accepté d’assumer les 30 000 euros de reste à charge non couverts par les versements des loyers pour financer les consommations en eau et en électricité, mais aussi le gardiennage du site. Loïg Chesnais-Girard, le président de la région, précise : « Cette année, le dispositif a un coût pour nos collectivités, mais nous devons le pérenniser afin d’accueillir plus de saisonniers et ainsi équilibrer l’opération. Nous devons aussi mieux associer les entreprises. »

      Voilà une manière polie d’appeler à une contribution plus forte des patrons. Pas franchement du goût du président de l’UMIH de la Côte d’Emeraude, Oscar Legendre, qui plaide pour l’application aux stations balnéaires de la loi Montagne imposant à la force publique de gérer le mal-logement des saisonniers dans les communes touristiques. Le restaurateur ajoute : « Nous ne pouvons pas financer le logement de nos salariés, mais nous devons aider au développement de microsolutions. Il faut, par exemple, mieux travailler avec les campings ou inciter les propriétaires de logements Airbnb à louer leurs biens à nos salariés. »

      Répondre à l’explosion de la demande

      A Lamballe (Côtes-d’Armor), l’entreprise agroalimentaire Cooperl s’est engagée à financer tout surcoût de fonctionnement afin de permettre la mise à disposition de l’internat du lycée de la ville. Ce spécialiste de la transformation de porc employant 7 500 personnes fait face régulièrement à des problèmes de recrutement. C’est particulièrement le cas en juillet et août, lorsque les usines lancent l’embauche de personnel pour compenser les départs en vacances et répondre à l’explosion de la demande en viandes à griller.

      Une trentaine de saisonniers sont espérés dans le récent internat lamballais de 80 places. Parmi eux : Youssouf Saraliev. Ce jeune homme de 19 ans se charge du tour du propriétaire. Ici, la cuisine avec un frigo, une double plaque de cuisson électrique et un micro-ondes ; là, le foyer équipé d’un rétroprojecteur, d’un baby-foot, d’une table de ping-pong. Au milieu de ce couloir, sa chambre d’une vingtaine de mètres carrés. Youssouf Saraliev s’assoit sur le rebord de son lit et conclut la visite en rappelant les principaux points du règlement intérieur : interdiction d’inviter des amis, de fumer dans l’internat et de boire de l’alcool.

      « Je ne peux pas être exigeant, alors que j’ai enfin l’occasion de devenir autonome. Sans ce logement, j’aurais dû me débrouiller en sollicitant l’hospitalité de personnes issues de ma communauté » , explique-t-il. Installé en France depuis son adolescence, ce Tchétchène narre l’histoire de sa famille qui a traversé l’Europe jusqu’en Bretagne. Ici, il a obtenu deux CAP. Son rêve ? Intégrer l’armée française. En attendant que sa demande de naturalisation aboutisse, il est décidé à travailler. Peu importe s’il doit intégrer les abattoirs de la Cooperl, où les conditions de travail sont réputées éprouvantes. Il hausse les épaules. Là-bas, il a la « chance » de pratiquer quelques-unes des six langues qu’il maîtrise au contact des nombreux travailleurs étrangers œuvrant dans les usines.

      Chaque matin, Youssouf Saraliev et d’autres saisonniers de son équipe embauchent à 5 heures. Peu ont le permis de conduire. Alors, ils pédalent pour traverser la ville. Marouane Baudron, un des locataires de l’internat, a accepté ce travail pour financer son code et ses leçons d’auto-école. « Ce contrat m’offre un nouveau départ » , souffle le jeune homme de 21 ans, originaire de la campagne rennaise. Fumant une cigarette à l’ombre du bâtiment, il raconte son CAP de boulanger arrêté brutalement, ses « conneries » , ces semaines à dormir dans une voiture avant d’intégrer l’Etablissement pour l’insertion dans l’emploi (Epide).

      L’une des responsables de ce dispositif à la rigueur toute militaire l’a encouragé à accepter cet emploi. « La vie n’est pas simple. Pour avoir un logement, il faut un boulot. Pour avoir un boulot, il faut le permis de conduire. Et pour le permis, de l’argent. Aujourd’hui, je reprends les choses dans l’ordre » , se satisfait-il. Amusé, il observe son voisin de chambre s’approcher en claquettes et en short. Il y a quelques jours encore, il ne connaissait pas Ewen Coulibaly, ce gaillard de 19 ans qui espère réussir le concours de gardien de la paix. Celui-ci reprend le fil de la discussion sur l’esprit « colo » qui règne à l’internat : « Quand j’aurai 30 ans, les conditions de travail et de logement de ce job saisonnier ne me satisferont sans doute plus. A mon âge, ça me convient. L’usine et l’internat ne sont que des transitions pour la plupart d’entre nous. »

      https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/07/31/en-bretagne-des-travailleurs-loges-en-urgence-dans-des-internats-pour-sauver
      #saisonniers #travail_saisonnier #tourisme #Bretagne

  • 200 000 postes à pourvoir. Saisonniers : les raisons d’une grande vacance Marie Toulgoat
    https://www.humanite.fr/social-eco/saisonniers/200-000-postes-pourvoir-saisonniers-les-raisons-d-une-grande-vacance-757735

    Alors que l’été a commencé, 200 000 postes resteraient à pourvoir dans les hôtels, restaurants et activités touristiques. La faute à des salaires trop bas, des conditions de travail trop difficiles et à la réforme de l’assurance-chômage, qui poussent les travailleurs vers des emplois sédentaires.

    Dans son restaurant de Samoëns (Haute-Savoie), Laurent (1) désespère. La saison estivale est sur le point de débuter, les premiers vacanciers devraient arriver d’ici quelques jours, et le personnel manque toujours à l’appel.

    Avec un bar en plus de sa brasserie, il embauche habituellement 23 personnes, dont 17 saisonniers. Cette année, il démarre l’été presque bredouille : il lui manque toujours une poignée de salariés pour accueillir les touristes sereinement. « La clientèle est là, mais nous réfléchissons à fermer une journée par semaine car nous n’arrivons pas à embaucher. C’est un problème », souffle le restaurateur.


    Augmentation, suppression des heures de coupures, logements : les employeurs devront composer s’ils veulent recruter. © Fred Tanneau/AFP

    Victimes collatérales de la pandémie de Covid
    Après une saison 2020 inexistante et une année 2021 marquée par l’incertitude sanitaire, l’été 2022 promet de ne ressembler à aucun autre pour les professionnels du tourisme, de l’hébergement et de la restauration. D’ores et déjà, de nombreux employeurs ont ouvert leur établissement avec un contingent de salariés limité.

    Car, depuis l’arrivée du Covid, nombreux sont ceux à avoir enterré leur carrière de saisonnier et à s’être orientés vers un emploi sédentaire. « Ici, beaucoup de personnes ont changé de carrière. Les gens ont du mal à joindre les deux bouts, alors ils sont partis » , explique Léo Genebrier, du comité CGT chômeurs et précaires d’Ardèche.

    Selon lui, la réforme de l’assurance-chômage est l’une des grandes responsables de cette grande démission des saisonniers, en réclamant aux demandeurs d’emploi l’équivalent de six mois de labeur au lieu de quatre. Conséquence : de nombreux habitués ont laissé tomber les saisons, persuadés de ne pas pouvoir travailler assez pour recharger des droits sans travail sédentaire.

    Ces nouvelles règles, Céline Absil en a fait les frais. Guide touristique avant la pandémie et contrainte à l’inactivité pendant les confinements, elle n’a pas pu régénérer ses droits à l’assurance-chômage et a été radiée l’hiver dernier.

    Cet été, dans le sud de l’Ardèche, où elle réside à l’année, trouver un contrat de travail de six mois n’a pas été une tâche aisée. « Après avoir passé l’hiver sans revenus, je voulais vraiment trouver au moins six mois de travail pour recharger mes droits, mais la très grande majorité des contrats sont de trois mois environ. J’ai finalement trouvé un boulot de commis et de plonge pour six mois dans un bistrot, mais j’ai d’abord dû envoyer une quarantaine de CV » , regrette-t-elle.

    Elle aussi membre du collectif CGT chômeurs et précaires, elle se rend compte des effets néfastes de la réforme. À l’en croire, ceux qui n’ont pas décidé d’emprunter un nouveau chemin de carrière disparaissent tout bonnement des radars. « Comme ils savent qu’une saison ce n’est pas assez pour recharger des droits et qu’ils ne pourront plus toucher les allocations, ils ne prennent plus la peine de s’inscrire à Pôle emploi » , explique-t-elle.

    Mais le véritable nerf de la guerre, ce sont les salaires. L’inflation galopante aidant, les saisonniers ne semblent plus vouloir accepter des emplois si précaires, au traitement frisant le Smic et aux heures supplémentaires non payées, comme cela a été très largement la norme durant des années.

    Face à cette demande générale d’une rémunération plus digne, certains employeurs ont sorti le chéquier. « À la sortie du Covid, je rémunérais un plongeur 1 500 euros net, aujourd’hui je propose 1 700 euros net, logement compris. Je ne peux pas faire plus, sinon il faudra répercuter sur les consommations », assure Laurent, restaurateur haut-savoyard.

    Ras-le-bol généralisé
    Pourtant, ces petits coups de pouce restent des initiatives personnelles de la part des employeurs. Au niveau de la branche hôtellerie et restauration, l’histoire est tout autre. En janvier, le patronat a concédé à l’issue de négociations des revalorisations de salaires de 16 % en moyenne. À y regarder de plus près, pourtant, la majorité des saisonniers ne sont pas gagnants. Les premiers niveaux de la grille n’ont eu le droit qu’à une augmentation d’environ 60 euros par mois, déjà aujourd’hui complètement absorbée par la hausse des prix.


    Les saisonniers qui ne travaillent pas dans la restauration, eux, officient pour la plupart sans la moindre revalorisation de leurs revenus. L’année dernière, Vincent en a fait l’expérience. Alors âgé de 20 ans et sans diplôme, il a trouvé un emploi dans une colonie de vacances en Ardèche. Un coup de cœur pour celui qui s’est découvert une passion pour l’animation, mais d’importants sacrifices en termes de rémunération et de conditions de travail. Pendant deux semaines, le jeune homme a travaillé de 7 heures du matin – avant le lever des petits vacanciers – jusqu’à tard dans la nuit, le temps que les longues réunions entre animateurs se terminent, une fois les enfants couchés.

    Des journées pouvant atteindre parfois 20 heures pour un salaire de misère : 900 euros net pour les deux semaines. « Comme j’ai signé un contrat jeune et que je n’avais pas de diplôme, il n’y a aucune heure sur mon bulletin de salaire, alors que j’ai travaillé plus de 150 heures. Tout ça ne comptera donc ni pour le chômage, ni pour la retraite, ni pour la formation que j’essaye d’intégrer et qui demande qu’on puisse justifier de 200 heures de travail en animation », se désole Vincent. Cet été, loin des galères de la colonie, le jeune homme a trouvé un emploi dans un centre de loisirs. Le salaire est loin d’être mirobolant, mais la journée de travail se termine lorsque les parents viennent chercher leur progéniture le soir, pointe-t-il.

    Cet été, plus que jamais, les employeurs devront donc composer avec le ras-le-bol des salariés pour leur conditions de travail au rabais et proposer un accueil satisfaisant s’ils veulent réussir à embaucher. Céline Absil, elle, est tombée sur un patron prêt à faire l’effort.

    Dans son bistrot ardéchois, il a constitué deux équipes, l’une pour le service du midi et l’autre pour le service du soir, supprimant ainsi les heures de coupure du milieu de la journée. « Mon employeur s’est rendu compte que c’était un gros frein et que ça épuisait les équipes. J’ai donc été embauchée pour des journées de 10 à 16 heures » , explique-t-elle.

    Dans le Var, Pascal Marchand, saisonnier depuis vingt-cinq ans, a fait du logement fourni la condition sine qua non de son recrutement. « Je ne signe pas sinon. Je viens du nord de la France, je ne peux pas venir travailler dans le Sud si je n’ai nulle part où me loger » , explique le second de cuisine.

    Un secteur entier au pied du mur
    Pour l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), organisation patronale, c’est bien sur les logements qu’il faut insister pour renouer avec l’emploi saisonnier. Car si dans les campings et hôtels, les salariés peuvent être logés sur place gratuitement, ce n’est pas le cas dans la restauration, et beaucoup refusent de signer un contrat sans la garantie d’un habitat confortable. « On commence à voir de bonnes pratiques se mettre en place. À Carnac, un camping a été racheté par la mairie pour y loger les salariés, c’est une bonne chose. À Dunkerque, une chambre de commerce a été réhabilitée. Mais il faudrait une réforme globale du logement pour que cet aspect ne soit plus un frein à l’emploi » , suggère Thierry Grégoire, président de l’Umih saisonniers.

    Avec environ 200 000 postes de saisonniers qui pourraient ne pas être pourvus cet été, l’organisation patronale a d’ailleurs décidé de se tourner vers des candidats outre-Méditerranée. L’Umih envisage en effet de recruter de jeunes salariés tunisiens. Il n’est toutefois pas question de dumping social, assure Thierry Grégoire. « Ce sont des jeunes qualifiés qui souhaitent venir en France pour parfaire leur expérience, avec un contrat de travail de cinq mois au maximum. Ils ont vocation à retourner dans leur pays par la suite » , explique-t-il.

    Dans tous les cas, le secteur entier semble être au pied du mur. Pour mener à bien les saisons touristiques tout en se passant des rustines de dernière minute, les employeurs devront se retrousser les manches et enfin renouer avec l’attractivité de leurs métiers.
    (1) Le prénom a été modifié.

    Droit du travail. Un maximum de revendications
    Si les emplois saisonniers ont leurs spécificités, le Code du travail ne leur réserve pas de dérogations. Ces postes ne concernent donc que les travaux appelés à se répéter chaque année à des dates à peu près fixes, du fait du rythme saisonnier ou de modes de vie. Exit les surcroîts d’activité et les secteurs non indexés au Code du travail. Les contrats saisonniers relèvent des CDD classiques.

    Mais le droit du travail ne règle pas toutes les difficultés. Voilà pourquoi la CGT, la CFDT et FO revendiquent le versement de la prime de précarité à chaque fin de CDD, afin d’éviter la précarité des travailleurs, ainsi que l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage qui impose de travailler au moins six mois pour ouvrir des droits. L’accès au logement, à la formation, la lutte contre le travail non déclaré et le droit à reconduction des contrats d’une année sur l’autre font aussi partie des demandes des organisations syndicales.

    #travailleuses #travailleurs #saisonniers #salariés #droit_du_travail #hôtels #restaurants #tourisme #assurance-chômage #CDD #CDI #précarité

  • Sur le manque de saisonniers pour la saison touristique, j’ai vu passer une fois une mention sur Twitter, mais j’ignore si c’est pertinent dans l’analyse (mais ça me semble intéressant) : avant la réforme de l’assurance chômage, on rechargeait ses droits au bout d’un mois. Après la réforme c’est six mois. Et en ce moment c’est quatre mois parce que la situation est mauvaise.

    Six questions sur la réforme de l’assurance chômage
    https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/271537-six-questions-sur-la-reforme-de-lassurance-chomage

    Pour recharger ses droits, entre le 1er novembre 2019 et le 31 juillet 2020, il fallait avoir travaillé au moins six mois, au lieu d’un mois avant la réforme. Comme pour l’ouverture des droits au chômage, le seuil de rechargement des droits a été fixé temporairement à quatre mois. Ce seuil est maintenu tant que la situation économique reste dégradée.

    Et donc ce que j’ai lu (et que j’aimerais confirmer ou infirmer), c’est que depuis la réforme, ces emplois saisonniers ne permettent pas de recharger ses droits. Du coup, la réforme Borne de l’assurance-chômage serait un facteur extrêmement aggravant du manque de saisonniers cet été.

    • (Je dois dire que l’idée est séduisante : l’idée qu’une réforme néolibérale, à peine mise en place, détruit illico une des principales activités économiques du pays – le tourisme –, ce serait pas mal. Mais justement, il faut toujours se méfier des analyses séduisantes des interwebz.)

    • merci, même si je ne suis pas sûr de tout comprendre, mais effectivement, on ne peut pas ignorer l’impact de la réforme sur les saisonniers

      • l’étude d’impact de l’Unédic d’avril 2021 mentionnait les conséquences lourdes pour les saisonniers, nombreux…

      Assurance chômage et saisonniers : le « système était devenu hypocrite », juge Emmanuel Macron - La Voix du Nord
      https://www.lavoixdunord.fr/1110894/article/2021-12-08/assurance-chomage-et-saisonniers-le-systeme-etait-devenu-hypocrite-juge

      Selon l’étude d’impact de l’Unédic réalisée en avril, ce passage à 6 mois conduira au cours de la première année d’application à retarder l’ouverture de droits à 475 000 personnes, notamment des jeunes ou des saisonniers qui multiplient les contrats courts.

      (à noter, dans le même article de la VdN du 8/12/2021, le présipotent se réjouissait ouvertement

      « Nous nous sommes habitués à un système qui n’était plus juste, où il suffisait d’aller travailler quatre mois dans les stations de sport d’hiver pour avoir le chômage tout le reste de l’année », a expliqué le chef de l’Etat, invité de France Bleu Pays d’Auvergne à l’occasion de son déplacement dans la région.
      […]
      Avec la nouvelle mouture de l’assurance chômage, « on retrouve des choses qui sont de bon sens », a assuré le chef de l’Etat à l’occasion d’un déplacement entamé mardi dans le Cher et dans l’Allier.

      du coup, en reformulant, l’ancien régime de l’assurance chômage fonctionnait comme une subvention aux employeurs de saisonniers en permettant à ceux ci d’être indemnisés, aux frais de la collectivité, entre les saisons et donc de garantir l’existence d’une force de travail précaire disponible en saison. Sur un modèle finalement similaire au régime dit de l’annexe 10, fondateur du statut d’intermittent du spectacle et qui permettait d’externaliser, sur la collectivité, la charge de l’entretien d’une masse de travailleurs précaires.

      Dans les deux cas, la chasse idéologique à "l’assistanat" fait disparaître les ressources complémentaires mutualisées dont bénéficiaient les salariés "à éclipse" (saisonniers, intermittents) enchaînant contrats et indemnisations et donc, indirectement, leurs employeurs qui étaient dispensés d’assurer le maintien de cette force de travail lorsqu’ils ne l’employaient pas directement.

      Le marasme évident du secteur du spectacle vivant ne serait donc pas seulement conjoncturel, contrecoup de l’impact du covid, mais aussi structurel du fait de l’impact, différé et masqué par la crise sanitaire, de la réforme du régime des intermittents.

      En somme, les secteurs du spectacle vivant d’abord, du tourisme maintenant se voient privés du soutien que constituait la prise en charge collective des périodes non travaillées et se retrouvent confrontés à la prise en charge directe de l’ensemble des coûts de maintien d’une force de travail disponible.

    • Autre cause  : le manque de logements. Les saisonniers ne vont pas claquer tout leur salaire dans le logement pour bosser. Donc, ils ne viennent plus.
      Dans les zones touristiques, la spéculation immobilière des résidences secondaires est un fléau  : elle éloigne de + en + les «  jeunes du coin  » qui logent donc de + en + loin et sont d’autant moins disponibles que les transports ne sont jamais pensés pour les locaux laborieux qui ont — par ailleurs — de + en + de mal à assurer l’entretien des tape-cul qui leurs servent de bagnole, sans compter les zones d’exclusion, l’explosion des tarifs de stationnement depuis leur municipalisation et le prix délirant du carburant.
      Grosso merdo, l’entre-soi des mieux lotis commencent à bien porter ses fruits pourris.

      Sans compter que la généralisation des lits froids coulent les communes qui ne peuvent ne fonctionner que 2 mois par an.

    • c’est exactement ça : parmi le demi million de personnes, chiffre estimé par l’Unédic, qui voient disparaître un revenu de complément, une (très ?) grande partie sont contraints de trouver un « vrai boulot » (!?) dont un pourcentage certainement non négligeable se trouve ailleurs que dans les secteurs liés au tourisme

    • sauf erreur de ma part,les intermittents du spectacle (annexe 8 et 10) -si ils effectuent 507h d’emploi avant la date anniversaire - ne sont pas impactés car leur alloc est fondée sur un #salaire de référence et non pas sur un "salaire journalier de référence" (#SJR) que la réforme a judicieusement décidé de réduire à rien chez bon nombre de chômeurs en activité à temps réduit en divisant les salaires effectivement perçus par une durée abstraite, le nombre de jours ouvrables de la période de référence pour l’ouverture de droits, plutôt que le nombre de jours sous contrat.
      https://www.unedic.org/sites/default/files/2022-04/Dossier%20de%20synthèse%20Intermittents%20du%20spectacle.pdf

      les femmes en première ligne
      https://seenthis.net/messages/936307
      « Une réforme inefficace, injuste et punitive »
      https://seenthis.net/messages/931532

      #chômage #assurance_chômage #Unedic #chomeurs #chômeuses #saisonniers #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit #revenu #droit_au_chômage

    • A ajouter aux intermittents et saisonniers, les auteurs et autrices dont le statut d’exception a sauté pour être modifié, les rapprochant d’un statut de salariés mais non salariés (ni chômage, ni congés) de sorte que les auteurs/autrices payent désormais leurs cotisations sociales équivalentes à une part patronale, notamment pour la retraite (cf IRCEC qui se gave). Et le plus lourd tribu est … pour les femmes :/
      http://caap.asso.fr/spip.php?article985

      Et merci @simplicissimus pour tes recherches et ton texte.

      #précaires #en_marche_arrière

    • l’étude d’impact de l’Unédic est là :
      https://www.unedic.org/sites/default/files/2021-04/Impact%20evolution%20regles%20assurance%20chomage%201er%20juillet%202021_3.p

      le chiffre de 475000 pour le retard de l’ouverture des droits se trouve (en fait, se reconstitue) page 8 :
      • retard de l’ouverture des droits d’un an ou plus : 190 000
      • de moins d’un an : 285 000

      le montant total d’allocations économisé (p. 7) 2,3 Mds € en régime de croisière

      l’impact sur l’allocation journalière (p. 12)
      (nb de personnes en fonction de la réduction de l’AJ
      ne tenir compte que du vert foncé, le rose pâle étant la distribution avant intervention du mécanisme de plancher)

      Les demandeurs d’emploi concernés sont principalement des personnes s’inscrivant à la suite de CDD ou d’interim

      (p. 13)

      impact sur le montant ET la durée de l’AJ (p. 15)
      (graphique pas facile à lire…
      bleu-vert : rythme de travail à 100% ( c-à-d 100% de la période de référence travaillée) ; le dégradé de marron correspond à des pourcentages décroissant dudit rythme de travail, entre 80% et 100%, marron foncé, entre 57% et 80%, marron moyen, moins de 57% (mais plus de 10%) jaune-marron
      durée d’indemnisation en abscisses, montant (mensuel) de l’AJ en ordonnées,
      les montants et les durées dans les encadrés aux couleurs correspondantes
      ne pas tenir compte du point le plus bas (sans plancher et donc fictif)
      ouf…)

  • Greece to Hire 4,000 Bangladeshis Yearly

    Greece and Bangladesh signed a deal on Wednesday for Greece to employ 4,000 Bangladeshi workers annually.

    Bangladesh Expatriates’ Welfare and Overseas Employment Minister Imran Ahmad and Greek Migration Minister Notis Mitarakis signed the deal together in Dhaka.

    “Bangladeshi workers will be provided a 5-year temporary work permit,” Bangladesh’s expatriate ministry explained. “Under the agreement, seasonal workers will be hired in the agricultural sector.”

    The two countries have decided to expand the agreement as needed, potentially adding sectors and workers to the deal. Workers will have to leave Greece after the five-year period ends.

    Greece plans to present the deal for approval. This is Bangladesh’s first such employment contract in Europe.

    “Bangladeshi workers will be able to safely go to Greece to work legally now. They will be able to travel there with the employers bearing the expenses after the recruiting process is complete in Bangladesh,” Mitarakis remarked.

    Workers from this East Asian nation have confronted problems with human trafficking and rights violations in the past. This deal aims to facilitate a safe process for workers to come to Greece without infringing on their rights.

    Applicants are required to submit their own work contracts, travel documents, and proof of health insurance, as well as pay any expenses independently.

    Greece’s Migration Minister Notis Mitarakis signs deal with Bangladesh after Turkey clash

    This deal comes on the heels of Mitarakis’s back and forth with the Turkish government over accusations of migrant pushbacks on the Greek-Turkey border.

    Turkey’s interior minister, Suleyman Solyu, said that Greek guards were responsible for pushing the refugees away from the border into Turkey, where they died. The dead were part of a group of 22 people.

    Greece’s migration minister, Notis Mitarachi, denied Solyu’s allegations that Greek frontier units forcibly expelled the migrants.

    “The death of 12 migrants at the Turkish border near Ipsala is a tragedy. But the truth behind this incident bears no resemblance to the false propaganda pushed out by my counterpart,” he said in a statement.

    “These specific migrants never made it to the border. Any suggestion they did, or indeed were pushed back into Turkey, is utter nonsense.”

    Mitarakis insisted that Turkey should work on preventing such “dangerous journeys,” instead of wasting time with “baseless claims.” Mitarakis referenced a deal the EU made with Turkey to stop such migrant flows. “Turkey should assume its responsibilities if we want to prevent such tragedies from occurring again,” he added.

    Tensions between Turkey and Greece have deepened since 2020 when Turkey’s President Recep Tayyip Erdogan told asylum seekers to make their way to Europe through Greece.

    It is illegal under domestic, EU, and international law to deny migrants seeking asylum at the border. Despite this, numerous organizations have assembled proof that expulsions are a regular occurrence at the border.

    https://greekreporter.com/2022/02/10/greece-hires-bangladesh-workers
    #accord #accord_bilatéral #migrations #Bangladesh #Grèce #travailleurs #travailleurs_saisonniers #saisonniers #agriculture #migrants_bangladais

    ping @isskein @karine4

    • Same memorandum of shame signed with Pakistan

      Greece to give Pakistanis 5 years work visa

      Greece to give Pakistanis 5 years work visa from next year. The visa is based on seasonal employment which will allow total stay in Greece for five years. According to the news media sources, Notis Mitarakis, Minister of Immigration and Asylum, held talks this week in Pakistan with the country’s political leadership.
      he new visa will allow Pakistanis skilled and nonskilled workers to stay 9 months a year in Greece and 3 months in Pakistan. Greece and Pakistan have signed a memorandum of cooperation to stop the flow of illegal immigrants from Pakistan and provide Greece with human resources through legal immigration channels and tough immigration policies.
      Immigration and Asylum Minister Notis Mitarakis met with Pakistani Prime Minister Imran Khan as part of his official visit to Islamabad. According to the Greek Foreign Ministry, Mr. Mitarakis had talks with the Minister of Foreign Affairs and Human Resources Development, Mohammad Ayub Afridi, and the two Ministers exchanged views on ways to strengthen cooperation between Greece and Pakistan. immigration, but also the fight against irregularities in Greece.
      Notis Mitarakis, with his visit to Pakistan, seeks to support the legal immigration for the needs of the Greek economy, with the aim of combating the illegal arrivals of immigrants in Greece and on the other hand to return to Pakistan those who arrive in Greece. without having the right to stay in the country.
      He said:
      “We propose seasonal work of up to nine months a year versus long-term settlement,” Notis Mitarakis wrote in person about his talks in Pakistan.
      During the talks, Notis Mitarakis also noted:
      “We know very well why people move illegally from one country to another and become immigrants because in the past the history of Greece is similar to the history of Pakistan. Unfortunately, there was no strong close connection between Pakistan and Greece, which is why Pakistanis living in Greece face difficulties. Pakistan and the Hellenic Republic maintain friendly relations. A strong Pakistani diaspora of over 60,000 is an important economic and cultural bridge between the two countries. The visit will further strengthen the cooperation ties between Pakistan and Greece.”
      According to the press release of the Pakistani government, however:
      “The aim of the new policy will be to provide a visa for 5 years (seasonal immigrants). Every year the immigrant can stay in Greece for 9 months and spend the rest in his homeland. The three major policy objectives are:
      – the issuance of new visas through legal channels.
      – legalization of illegal immigrants
      – elimination of smuggling and illegal immigration
      On the other hand, the Greek side states that “the government’s goal is to support legal immigration to meet the needs of the Greek economy while combating illegal arrivals and the return of those who do not have the right to stay.
      Mr. Mitarakis and Mr. Afridi agreed on the need to promote legal migration routes at the expense of smuggling networks that endanger human lives. In this context, they co-signed a Declaration of Intent for the establishment of technical talks between the two ministries, as well as for the conclusion of a memorandum of cooperation in the near future, which will cover legal immigration issues and facilitate the return of irregular migrants.
      Mr. Mitarakis invited Mr. Afridi to visit Greece in the coming months, in order to continue their talks. The two ministers presented the results of their talks to the Pakistani prime minister, pledging to seek effective solutions to immigration issues. According to the Greek ministry, the Pakistani prime minister welcomed the Greek approach, congratulating the two ministries on their desire to strengthen cooperation on issues of legal immigration and the fight against irregularities.

      https://visa-guru.com/greece-to-give-pakistanis-5-years-work-visa

      #Pakistan #migrants_pakistanais

  • « Ali », l’ouvrier de Kronenbourg aux 177 contrats précaires, débouté aux prud’hommes

    Un sexagénaire, ouvrier de la brasserie pendant près de trente ans, demandait la requalification de ses nombreux contrats courts en CDI. Son avocate va faire appel.

    Rabah Mekaoui, ouvrier de la brasserie Kronenbourg durant près de trente ans, a accumulé pas moins de 177 contrats courts tout au long de sa carrière dans la bière. Nettoyeur de fûts ou électricien, il a occupé tous les postes à l’usine d’Obernai (Bas-Rhin), remplaçant souvent les permanents pendant des congés d’été auxquels il n’a jamais goûté, toujours disponible, jamais malade, indispensable. A 60 ans, à l’approche de la retraite, celui que tous surnommaient « Ali », avait voulu faire ses comptes et il s’était laissé convaincre par des camarades en 2019 de prendre une avocate pour réclamer ses droits : une requalification de ses innombrables contrats en un seul CDI, avec à la clé l’ancienneté reconnue par cette entreprise à la réputation sociale.

    Le tribunal des prud’hommes de Saverne (Bas-Rhin) l’a débouté, mardi 1er février, de toutes ses demandes. « Nous avons décidé de faire appel devant la chambre sociale où nous avons toute chance d’être entendus », a réagi son avocate, Nicole Radius.
    Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le dernier combat aux prud’hommes d’« Ali », recordman de l’intérim chez Kronenbourg
    Avec ses 800 salariés, le site brassicole d’Obernai, propriété du groupe danois Carlsberg, est le premier d’Europe. Une bière sur trois consommée en France sort de ses chaînes – soit 700 millions de litres par an –, de jour comme de nuit. Les #saisonniers sont longtemps restés indispensables au cycle de la bière, que l’on produisait l’hiver pour vendre à des consommateurs assoiffés l’été. Kronenbourg assure pouvoir démontrer cette saisonnalité par des « données comptables et économiques ». Mais aujourd’hui le marché prospère toute l’année et Me Radius, lors de l’audience prud’homale tenue mi-novembre 2021, a plaidé « l’abus de contrats saisonniers » de la part du brasseur, déjà condamné à plusieurs reprises dans ce domaine. La jurisprudence devrait lui donner raison : dans sa dernière décision en date, en octobre 2021, la Cour de cassation s’est prononcée en faveur d’une femme de chambre employée saisonnière d’un hôtel.

    Racisme ordinaire

    Le jugement de Saverne se contente d’une motivation plus que succincte – « Le nombre d’heures et la nature des contrats de M. Mekaoui ne permettent pas de conclure à l’occupation de sa part d’un emploi pérenne au sein de la société Kronenbourg. » Pour l’entreprise, il n’y avait pas de dossier, si ce n’est celui d’un intérimaire comme les autres qui aurait demandé « qu’on lui fasse un cadeau » pour partir en retraite.

    Mais Kronenbourg a signifié à M. Mekaoui qu’elle ne le reprendrait plus dès que la procédure a été engagée. Lui aurait souhaité continuer à travailler jusqu’à ses 62 ans. L’affaire, pour son avocate, relève ainsi d’une discrimination violente, confirmée par plusieurs témoignages et par l’ouvrier lui-même. Me Radius a démontré en épluchant les registres du personnel qu’aucun ouvrier portant un nom à consonance maghrébine n’avait rejoint la production entre 2012 et 2020, parmi les 271 recrutés en CDI. Le jugement de Saverne ne produit pas de preuve contraire. L’entreprise a cité les deux délégués syndicaux CFDT et FO, qui la défendent en assurant n’avoir jamais eu connaissance de faits de discrimination.

    « Ali », ce surnom qu’on lui a donné, « c’était peut-être plus facile pour eux », a confié M. Mekaoui au Monde. Pendant près de trente ans, il a témoigné avoir essuyé un racisme ordinaire, fortement ancré, parmi ses camarades alsaciens. A qui il n’en veut pas, pourtant. « “Sale Arabe”, il faut que tu l’acceptes, explique-t-il. Je n’aurais rien gagné à me battre, et eux, ils auraient applaudi de me voir partir. On me disait que j’étais le plus intelligent des Arabes parce que je riais de tout ça. »

    Dans ce cadre, l’ouvrier, né à Berlin en 1959 d’un père militaire français, a vite appris à se taire. « On m’a conseillé de ne pas réclamer pour ne pas être viré. Quand les intérimaires montaient au syndicat pour ouvrir leur gueule, ils n’étaient plus là la semaine suivante. » La CGT a confirmé la difficulté : « Nous avons toujours proposé aux précaires de monter un dossier aux prud’hommes, mais ils refusaient par peur de perdre leur CDD ou leur mission d’intérim. »
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2022/02/01/les-prud-hommes-deboutent-ali-l-ouvrier-de-kronenbourg-aux-177-contrats-prec

    #Saverne... #intérimaires #prud’hommes #racisme #CDD #requalification_en_CDI #syndicats_jaunes

  • Derrière le procès d’un squatteur, la difficulté croissante pour les plus pauvres de se loger en Bretagne

    Pascal Bordier, saisonnier de 45 ans, était jugé pour avoir occupé une maison de vacances à Belle-Ile-en-Mer. Il revendique une « réquisition », guidée par la « nécessité ».

    Pascal Bordier ne sait que faire de ses mains. Il les frotte contre son pantalon, les tord, puis les coince finalement dans son dos au moment d’affronter la barre du tribunal correctionnel de Lorient (Morbihan). C’est la première fois que ce saisonnier de 45 ans est convoqué par un tribunal. Ce jeudi 13 janvier, il comparaît pour avoir squatté une demeure à Bangor, une des quatre communes de Belle-Ile-en-Mer, pendant deux semaines, avant d’être délogé par le peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie.

    Désormais installé à Toulouse, le quadragénaire ne regrette pas cette « réquisition », guidée par « la nécessité » puis par « le besoin » d’alerter sur les difficultés à se loger sur ce confetti de terre de 17 kilomètres de long, ancré au large de Quiberon.

    Face à la présidente du tribunal, Pascal Bordier s’explique d’une voix chevrotante. L’affaire commence en juin 2021, lorsqu’il débarque à Belle-Ile-en-Mer. Le saisonnier connaît les lieux pour y avoir travaillé les étés précédents. Il trouve une place de serveur rémunéré au noir dans un restaurant, puis plante sa tente dans un champ, avec d’autres salariés estivaux.

    Pascal Bordier décrit ensuite les maux de dos et la pluie qui viennent contrarier le début de l’été. Sur l’île, il se murmure que plusieurs dizaines de maisons gardent les volets fermés toute l’année. Avec une poignée d’autres travailleurs, le serveur en repère une qu’il juge abandonnée. Le lierre ronge les murs extérieurs de la demeure. Les ronces serpentent dans le jardin.

    Les saisonniers y pénètrent, font le ménage puis s’y installent, avant de prévenir gendarmerie et mairie. « On ne voulait pas déranger. Il n’était pas question de régler notre problème en en causant d’autres », explique-t-il, avant de contester l’effraction ainsi que la consommation d’eau et d’électricité sur place.

    Muriel Corre, la juge, coupe : « Vous avez causé du tort à la propriétaire de 86 ans, qui n’est pas venue dans sa maison à cause de la pandémie puis d’une fracture du col du fémur. Monsieur, êtes-vous un habitué de ces occupations sans droit ni titre ? » Pascal nie de la tête. Vincent Mailly, procureur de la République, ne le croit pas et dénonce des manières de « corsaire engagé dans une démarche militante »[les procs savent tourner les compliments, mais les font payer cher, ndc]. Il requiert trois mois d’emprisonnement avec sursis et 100 euros d’amende afin de « prévenir et dissuader » de nouvelles réquisitions.

    « L’histoire de Pascal, c’est la nôtre »

    La pénurie de logements sur le littoral breton, en particulier sur les territoires insulaires, s’impose comme un problème récurrent dans la péninsule. Les responsables de Pôle emploi y voient l’une des raisons du manque de main-d’œuvre constaté chaque été par les professionnels du tourisme. « Belle-Ile-en-Mer traverse une crise du logement qui touche plus largement les insulaires et les plonge dans une grande tristesse, reprend Julia Delalez, avocate de Pascal Bordier. Cette affaire est le symptôme d’une réalité sociale. Moi-même, je dois partager mon cabinet avec une ostéopathe, faute de locaux disponibles. »

    Dehors, une vingtaine de personnes résidant à l’année à Belle-Ile-en-Mer, majoritairement des trentenaires, se sont regroupées sur le parvis du tribunal pour faire entendre l’envers de la carte postale belliloise. « L’histoire de Pascal, c’est la nôtre. Nombre de travailleurs galèrent toute l’année. J’ai par exemple vécu dans une cabane de jardin plusieurs mois. Par rapport à d’autres, j’avais la chance d’avoir eau et électricité… », souffle Cathy Hay, femme de ménage sur l’île.

    Marine Aubertin, pépiniériste, reprend : « On s’habitue à la misère. Moi, j’ai déménagé neuf fois en cinq ans. Je dois libérer mon appartement l’été pour que les propriétaires le louent plus cher à des vacanciers. Je ne me plains pas. J’ai des propriétaires “sympas”. » Beaucoup se contentent de proposer leur bien à la location quelques semaines par an à des touristes, via #Airbnb.

    A Belle-Ile-en-Mer, six logements sur dix sont des résidences secondaires, d’après l’Insee. Depuis la pandémie, le marché immobilier flambe. Les acheteurs en quête d’une maison de vacances surenchérissent pour acquérir les rares biens en vente. La moindre bicoque se négocie à des prix parisiens. Des tarifs qui excluent du marché immobilier les autochtones, souvent contraints d’accepter des emplois saisonniers et d’assumer le surcoût de la vie insulaire. A la pompe belliloise, le prix d’un litre d’essence culmine actuellement à 2 euros.

    D’une voix douce, Bertille, qui ne souhaite pas communiquer son nom, peste : « La situation est très difficile à vivre. Nous acceptons les petits boulots et les petits salaires parce que nous voulons vraiment habiter ici. En retour, l’été, nous affrontons la condescendance et l’arrogance de nombre de résidents secondaires. Belle-Ile devient le terrain d’une nouvelle lutte des classes ! »

    Aux yeux des insulaires présents à Lorient ce jeudi, Pascal Bordier est un « lanceur d’alerte ». Lui aimerait que son histoire serve d’« électrochoc politique ». Le débat sur la nécessité d’une intervention des élus pour juguler la loi du marché immobilier divise autant qu’il rassemble. Lors de l’élection régionale de juin 2021, la liste écologiste, comptant des militants autonomistes de l’Union démocratique bretonne, avait défendu la création d’un statut de résident sur les territoires en tension. Ce projet réclamant à tout acquéreur d’avoir vécu au moins une année sur place pour y acheter une demeure avait électrisé la campagne.

    Une fausse bonne idée à un vrai problème, selon Loïg Chesnais-Girard. Le président (Parti socialiste) de la région Bretagne plaide pour un meilleur usage des outils déjà disponibles, à l’image du méconnu Etablissement public foncier de Bretagne, qui permet aux maires de préempter plus facilement et, ainsi, de mieux maîtriser les aménagements à venir. La solution ne convainc pas les Bellilois, qui guettent la sortie du tribunal de Pascal Bertier. Le jugement du saisonnier a été mis en délibéré au jeudi 3 février.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/01/14/a-belle-ile-en-mer-le-proces-d-un-squatteur-met-en-lumiere-les-problemes-de-

    #logement #Squat #tourisme #saisonniers #justice

  • 150 ans d’immigration italienne à Lausanne

    Longtemps pays d’émigration en raison d’une #pauvreté endémique, la Suisse voit son solde migratoire s’inverser dès le début du 20e siècle.

    Dès 1946, la croissance requiert une #main-d’œuvre considérable dans les secteurs de la #construction, de l’#hôtellerie - #restauration, du #commerce et de l’#industrie. En un quart de siècle, jusqu’à la crise de 1973, des millions d’Italien·ne·s contribuent à l’éclatante #prospérité de la Suisse.

    Confronté·e·s à la #xénophobie d’une partie de la population, endurant les sévères conditions d’existence que leur impose le statut de #saisonnier, ils·elles vont pour autant laisser des traces d’une importance majeure.

    Au-delà des clichés, l’#italianità se répand et imprime durablement sa marque dans toutes les couches de la société via l’#alimentation, la #musique, le #cinéma, les #sociabilités, le #sport, le #patrimoine, la #langue….

    C’est l’histoire passionnante de cette présence à Lausanne ‑ rythmée par les précieux récits de nombreux témoins ‑ qui est dévoilée ici.

    https://www.lausanne.ch/vie-pratique/culture/musees/mhl/expositions/Losanna-Svizzera.html

    #exposition #Lausanne #musée #migrations #immigration #Suisse #migrants_italiens #Italie #immigrés_italiens #saisonniers #italianité

  • Pays de la Loire. Covid-19 : 22 clusters dans des campings vendéens
    https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/pays-de-la-loire-covid-19-22-clusters-dans-des-campings-vendeens-2dcad7


    Presque 2,3 millions d’habitants des Pays de la Loire ont déjà reçu une première injection.
    ARCHIVES OUEST-FRANCE

    Parmi les 89 cas positifs détectés dans ces foyers de contamination, la majorité sont des animateurs, selon l’Agence régionale de santé.

    À l’heure des vacances d’été, la propagation du virus s’accélère sur le littoral. Selon l’Agence régionale de santé (ARS), 22 foyers de contamination ont été détectés dans des campings vendéens, dans les secteurs de Saint-Jean-de-Monts et Saint-Hilaire-de-Riez. « On compte au moins 89 cas positifs, dont 62 concernent des animateurs, souvent jeunes et pas vaccinés », précise l’agence. Les personnes contaminées ont été mises à l’isolement, et les établissements ont renforcé les gestes barrières dans certaines activités. Un cluster a également été localisé dans un camping vers Guérande et Pornichet (Loire-Atlantique). Parmi les 21 personnes contaminées, 18 sont des salariés.

    En Vendée, 10 000 doses supplémentaires ont été livrées la semaine dernière, et 10 000 autres le seront la semaine prochaine. « C’est l’effort le plus important dans la région », indique l’ARS. Les horaires de vaccination seront également élargis.

    Des indicateurs à la hausse dans la région
    « La quatrième vague est bien là, les indicateurs repartent à la hausse en Pays de la Loire », selon le directeur général de l’ARS, Jean-Jacques Coiplet. Le taux d’incidence s’élève à 76,1/100 000 habitants, et le taux de positivité à 2,8 %. Quant au taux de reproduction du virus – le r effectif – il atteint désormais 1,83, contre 1,96 en France. L’impact reste tout de même très faible sur l’offre de soins, même si l’on constate une légère augmentation des hospitalisations (138) et réanimations (20).

    Une situation très hétérogène
    En Pays de la Loire, la situation est très hétérogène en fonction des territoires et des publics. En raison de l’afflux des touristes le long du littoral, le taux d’incidence est beaucoup plus fort en Loire-Atlantique et Vendée que dans les autres départements. « Il dépasse même le seuil de 100 en Loire-Atlantique », précise l’ARS. Autre spécificité : le taux d’incidence est faible chez les plus de 70 ans (environ 10), mais avoisine les 115 chez les 20-29 ans.
    Vigilance accrue

    La reprise épidémique est marquée par la prédominance du variant Delta, qui représente désormais 90 % des cas positifs. « Le variant anglais a presque disparu », souligne l’ARS. Elle remarque aussi que de nombreux clusters ont été localisés dans la région, notamment dans des campings le long du littoral, mais aussi dans des centres de loisirs et des lieux accueillant des mariages (une quinzaine sont actuellement suivis).

    La vaccination est donc « un enjeu majeur pour les prochaines semaines », selon l’ARS, qui se félicite du nombre de Ligériens ayant reçu une première injection, « presque 2,3 millions ».

  • #Croatie : une saison touristique sans assez de travailleurs saisonniers

    Barmen, cuisiniers, serveurs : tous les postes sont à pourvoir et certains #hôtels pourraient bien rester fermés faute de #personnel. Ni les Croates ni les saisonniers des pays voisins ne veulent plus travailler pour des #salaires de misère, et l’importation de #main-d’oeuvre en provenance du Népal, de Thaïlande ou du Bengladesh ne suffit pas.

    « Je donne mille kunas à celui qui me trouvera un serveur ! » Voici le cri de désespoir d’un restaurateur de Pula qui cherche encore à embaucher, alors que la saison a commencé et que les touristes se pressent en Istrie. Un matin, après une nuit orageuse, plusieurs de ses employés ne sont tout simplement jamais revenus. Depuis, le restaurateur a le plus grand mal à leur trouver des remplaçants. Il attend des travailleurs de Serbie, qui seraient toujours en train de régler des « problèmes de papiers ».

    En Croatie, beaucoup pensaient pourtant que les patrons n’auraient pas de mal cette année à trouver des employés, avec le retour de beaucoup de Croates de la diaspora durant la pandémie. Certains pensaient même que les salaires pourraient baisser en raison de cette abondance de main d’oeuvre. Mais c’est tout le contraire qui se produit : comme en 2019, la Croatie manque de bras.

    Entre le 1er janvier et le 16 juin 2021, le ministère de l’Intérieur a ainsi délivré 31 157 permis de séjour et de travail à des ressortissants de pays tiers, soit 13% de plus qu’à la même période l’année dernière et un cinquième de moins qu’en 2019. Dans le secteur du tourisme et de la restauration, le ministère a délivré 4191 permis.

    La Croatie a perdu 10% de sa population

    Krešimir Sever, président des Syndicats indépendants croates, note que la Croatie, comme d’autres États en transition, a bâti sa compétitivité en recourant à des employés privés de droits et sous-rémunérés. « Cette politique a mené à une émigration considérable, surtout depuis l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, et elle concerne principalement des citoyens jeunes, hautement éduqués et spécialisés. D’après certaines études, 10% de la population aurait déjà quitté la Croatie », explique Krešimir Sever, précisant que le pourcentage réel pourrait être encore plus élevé.

    Ce déficit est compensé par l’importation d’ouvriers étrangers, ajoute-t-il, ce qui d’année en année contribue à faire encore plus baisser le prix du travail et à multiplier les contrats précaires. Cette dangereuse combinaison fait que l’émigration se poursuit toujours plus, affirme-t-il. « Malgré le retour d’une partie des travailleurs croates en raison de la pandémie, la pénurie de main d’œuvre se fait toujours sentir dans certains secteurs, comme le tourisme, la restauration, le bâtiment. On manque aussi d’artisans comme des électriciens et des serruriers », continue le syndicaliste.

    « Entre mars 2020 et mai 2021, les autorités ont versé 1,4 milliard d’euros à plus de 680 000 travailleurs, dans le cadre de mesures de soutien, notamment à 120 000 artisans et employeurs », explique-t-il, en soulignant que les fraudes ont été très nombreuses durant cette période : congés annuels forcés, travail de personnes officiellement en congé, non-paiement de la différence entre le salaire convenu et l’aide d’Etat, baisses de salaire sans accord de l’employé, télétravail sans annexe au contrat de travail, non-respect des horaires de travail, non-paiement d’heures supplémentaires en télétravail, etc.

    “De plus en plus de travailleurs viennent du Népal, des Philippines, du Bangladesh, de Chine, d’Inde, de Russie, de Corée, voire de Thaïlande ou du Mexique.”

    Krešimir Sever explique que les autorités avaient préparé l’adoption d’une loi spéciale pour mettre en suspens, pour la durée de la crise, certaines clauses de la Loi du travail et certaines conventions collectives en vigueur. Mais elles ont dû renoncer à ces mesures en raison de la forte pression des syndicats croates, soutenus par des organisations syndicales européennes et internationales, et grâce à des protestions directement adressées à la Commission européenne. « Les employeurs demandent davantage de flexibilité et les syndicats une meilleure protection. De fait, le droit du travail est l’une des principales causes de la situation qui prévaut aujourd’hui en Croatie, il doit être modifié. Les négociations pour une refonte de la Loi sur la travail ont commencé le 23 juin, mais elles ne seront ni faciles, ni rapides. Les autorités prévoient que la nouvelle loi puisse entrer en vigueur au milieu de l’année 2022 », précise-t-il.

    En attendant, la Croatie continue d’accueillir des travailleurs de Serbie, de Bosnie-Herzégovine, de Macédoine du Nord et du Kosovo, mais eux aussi sont de moins en moins nombreux et ils préfèrent aller travailler en Europe de l’Ouest. « De plus en plus de travailleurs viennent du Népal, des Philippines, du Bangladesh, de Chine, d’Inde, de Russie, de Corée, voire de Thaïlande ou du Mexique, par le biais d’agences de recrutement. La majorité de ces gens se font embaucher dans le secteur de la construction, dans le tourisme et la restauration. On leur propose les mêmes salaires qu’aux locaux pour les mêmes emplois. Mais le problème est que les Croates ne peuvent pas vivre avec ces salaires, alors que les étrangers réussissent tout de même à en envoyer une partie de ces sommes à leurs familles », explique Sever.

    Des hôtels resteront fermés

    Marina Cvitić, présidente des Syndicats d’Istrie, du Kvarner et de Dalmatie (SIKD) signale que, faute de personnel, de nombreux hôtels sur l’Adriatique risquent de rester fermés cette saison. « Les travailleurs sont dans l’incertitude depuis plus d’un an, et rares sont ceux dans le secteur touristique qui ont touché plus de six salaires pleins. Rares sont les saisonniers qui ont eu l’opportunité de travailler pendant plus de trois ou quatre mois. Mais quand les échéances des crédits arrivent, il faut (sur

    )vivre. Les salariés touchaient 60% de leur salaire durant la pandémie, mais il était illusoire de penser que les saisonniers allaient attendre que les agences les recontactent. Ils ont cherché un emploi dans d’autres secteurs », souligne-t-elle.

    Pour trouver des volontaires, certaines entreprises, poursuit-elle, ont commencé à distribuer des primes non imposables d’au moins 130 euros et les syndicats ont négocié avec certaines le versement durant la saison d’un montant non imposable maximal de 5000 kunas (670 euros). Malgré ces initiatives, les travailleurs manquent toujours, poursuit Marina Cvitić. Pour elle, cette pénurie est à imputer aux employeurs et au gouvernement croate. Les Syndicats d’Istrie, du Kvarner et de Dalmatie demandent une réunion d’urgence des syndicats, des employeurs et des ministères du Tourisme et de l’Emploi pour envisager des mesures concrètes à même de résoudre le problème du manque de main-d’œuvre.

    https://www.courrierdesbalkans.fr/Croatie-meme-la-hausse-des-salaires-ne-retient-pas-les-travailleu

    #tourisme #saisonniers #travailleurs_saisonniers #migrations #travail

  • Payés 10 euros de l’heure, des horaires de travail qui te coupent de toute vie sociale, des patrons qui te traitent comme de la m...e mais les gars croient encore que des gens vont se presser à leurs portes pour travailler chez eux...

    Près d’un tiers des bars et restaurants n’ont toujours pas rouvert. Voici pourquoi
    https://www.ouest-france.fr/economie/hotellerie-restauration/pres-d-un-tiers-des-bars-et-restaurants-n-ont-toujours-pas-rouvert-voic

    L’Umih pointe d’abord des problèmes de recrutement. D’après une étude réalisée mi-mai par l’organisation professionnelle, le GNC (Groupement national des chaînes hôtelières), le GNI (Groupement national des indépendants hôtellerie et restauration) et le SNRTC (Syndicat national de la restauration thématique et commerciale) sur un panel de 7 000 entreprises, 34 % d’entre elles anticipaient des difficultés à embaucher pour leur réouverture, rapporte Le Figaro.

    Sur des besoins annuels évalués à 300 000 travailleurs saisonniers, 100 000 n’étaient pas pourvus début juin, relevait le président de l’Umih, Thierry Grégoire, joint par Ouest-France. Un problème qui n’est pourtant pas nouveau pour la profession. « Depuis dix ans, on a chaque année 100 000 emplois qui ne sont pas pourvus, expliquait Thierry Grégoire. On a un peu plus de difficultés en ce moment parce que nous avons des salariés qui ont changé de secteur d’activité. »

    110 000 salariés de l’hôtellerie-restauration pourraient ainsi avoir quitté le métier depuis mars 2020, soit 18 % des effectifs d’avant-crise, selon une étude publiée en mai par la société de conseil Akto, citée par BFMTV.

    Néanmoins, le président de l’Umih ne se montrait pas inquiet pour la saison estivale. Thierry Grégoire se disait « convaincu qu’on arrivera à embaucher parce qu’on a une appétence de jeunes étudiants qui vont vouloir d’un emploi d’été ».

  • Restaurateurs cherchent saisonniers : sur la côte bretonne, « on commence la saison la trouille au ventre »
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/06/19/restaurateurs-cherchent-saisonniers-sur-la-cote-bretonne-on-commence-la-sais

    Où sont-ils passés ? Alors que les vacances scolaires approchent, marquant le début de « la grosse saison », la question inquiète les restaurateurs et les hôteliers des zones touristiques, nombreux à déplorer une pénurie de travailleurs #saisonniers. De La Trinité-sur-Mer à Quiberon en passant par Belle-Ile-en-Mer, des écriteaux fleurissent sur les devantures des établissements : « Recherchons serveur(euse) pour la saison », « Poste à pourvoir immédiatement », « Bonne équipe ».

    Cuisiniers, commis, serveurs, plongeurs… Cette année, tous les profils manquent à l’appel. « Dans ce milieu, j’ai connu des hauts et des bas, mais jamais une telle crise », lance mercredi 16 juin Patrice Le Boulch, 58 ans, jetant son regard azur sur sa terrasse fermée. Faute de personnel, le directeur n’a pu ouvrir qu’un seul de ses deux établissements quiberonnais. Selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, ce sont entre 100 000 et 140 000 personnes – soit un dixième des employés du secteur – qui ont changé de métier depuis le premier confinement.

    D’après une enquête de #Pôle_emploi publiée fin mai dans Ouest France, 16 % des offres ayant cours dans le Morbihan concernent le secteur de l’#hôtellerie-restauration, ce qui en fait le premier pourvoyeur d’emplois. A la veille de la réouverture des restaurants en salle, Emmanuel Macron avait appelé à la « mobilisation générale » dans le secteur de l’hôtellerie-restauration et lancé un appel à « tous ceux qui sont en recherche d’emploi ».

    « Tous [les patrons] en galère »

    « Le problème est massif, nous sommes tous en galère », insiste [de Wendel, loisirs, ndc] Patrice, qui doit encore embaucher une trentaine de saisonniers s’il veut pouvoir ouvrir ses deux établissements pour la saison. Pour l’heure, il est parvenu à recruter une vingtaine de personnes.

    Sur le comptoir de la petite sandwicherie de Thérèse Couvert, le dossier de curriculum vitæ est maigrelet. « D’habitude, j’ai une pile épaisse de CV, ça me laisse l’embarras du choix », témoigne la propriétaire d’une alimentation rapide à Quiberon depuis plus de trente ans. Cette année, elle a reçu seulement cinq candidatures et entame sa saison avec une personne de moins que nécessaire.

    Que valent les rares candidatures du cru 2021 ? D’une même voix, les professionnels évoquent des candidats inexpérimentés, parfois peu fiables. « Nous avons beaucoup de #défections de dernière minute », constate Bruno Loiseau, 52 ans, gérant d’un restaurant réputé à Sauzon. Le jeune serveur de 17 ans pris à l’essai une journée s’est « volatilisé sans donner la moindre nouvelle. Il n’est jamais revenu ».

    Alors que des records de fréquentation sont attendus en Bretagne cet été (notamment en raison de la crise sanitaire, qui contraint les voyages à l’étranger), cette situation charrie son lot d’inquiétudes. « Certains parlent de cent mille touristes par jour au plus fort de l’été. Comment on va pouvoir les accueillir ? », s’interroge Justine, responsable d’un bar où se réunissent les habitués du Palais, principale commune de Belle-Ile-en-Mer.

    « Les restaurateurs sont déjà au bout de leur fatigue, [et] nous ne sommes qu’en juin », poursuit Justine, seule au service, alors que le monde commence à affluer pour l’apéro. « On commence la saison la trouille au ventre », confie Thérèse, d’une patience à toute épreuve face aux touristes qui s’apprêtent à prendre le bateau pour Belle-Ile-en-Mer.

    « Les #salaires ne sont pas à la hauteur »

    Selon les restaurateurs, ce sentiment d’épuisement n’est pas sans lien avec la défection de saisonniers constatée ces derniers mois. « Avec le confinement, [nos] gens ont pris conscience qu’une autre vie était possible », résume Patrice, évoquant les week-ends sans boulot et possibilité de voir ses enfants. Catherine Quérard, du Groupement national des indépendants, appelle ainsi à repenser l’organisation des journées, notamment la fameuse « #coupure » entre les services du midi et du soir. « Cela crée des journées à rallonge, les jeunes n’en veulent plus », constate-t-elle dans une interview à Ouest-France.

    « Dans notre milieu, les salaires ne sont pas à la hauteur de la charge de travail », ajoute Justine, sourire indéfectible aux lèvres. Les saisonniers sont généralement payés au SMIC hôtelier, soit environ 1 400 euros net par mois. « Dans les lieux touristiques, notamment à Belle-Ile-en-Mer, où les prix sont plus élevés, ce n’est pas tenable », souligne Léo, 32 ans, actuellement en formation d’électricien après dix ans dans la restauration et un #burn_out. Agroalimentaire, bâtiment, aide à la personne : de nombreux saisonniers ont pris d’autres chemins ou sont en passe de le faire, avec l’ambition d’une vie plus stable.

    Une autre raison, plus prosaïque, repose sur la nécessité de gagner sa croûte après de longs mois de fermeture. « Je connais beaucoup de saisonniers qui arrivaient en fin de droits de #chômage. Ils ne pouvaient plus attendre la réouverture pour reprendre le travail » [d’autant que 4 mois comme saisonniers les laissera sans alloc chômage, grâce à la réforme qui en exige 6, ndc], explique Aurélie Sollier, 37 ans, serveuse en CDI dans un hôtel-restaurant de Belle-Ile-en-Mer.

    « On bricole »

    Justine, elle, avait bien trouvé une serveuse pour la saison. « Faute de #logement à un prix raisonnable, elle n’a pas pu venir », regrette-t-elle, évoquant les prix de location faramineux à destination des touristes. De son côté, Elodie Gravier a trouvé un logement à un serveur convoité par d’autres restaurateurs. « Il passera l’été dans un petit voilier, dans le port du Palais », précise la propriétaire d’une crêperie, qui a activé tout son réseau pour lui dégoter un toit. Conscient de ces difficultés, le maire du Palais, Thibault Grollemund, compte réunir en septembre l’ensemble des acteurs économiques pour trouver des solutions de logement aux saisonniers.

    Bien qu’il propose un poste « logé, nourri, blanchi », Bruno ne parvient pas à trouver des profils de saisonniers expérimentés – « un impératif » dans son établissement haut de gamme. Pour la première fois en dix-huit ans, le gérant a dû fermer trois jours en juin. « Une journée fermée, c’est 6 000 euros de perdus », précise celui qui multiplie les journées à rallonge, « avec le sentiment de mal faire [s]on boulot ». Dans sa quête désespérée du saisonnier qualifié, il a dû revoir les salaires à la hausse [aie ! aie ! aie !, ndc]. La semaine prochaine, un cuisinier arrive enfin, alors que trois serveurs manquent encore.

    Elodie, elle, s’est résignée à embaucher les deux seules candidatures qu’elle a reçues. « Ils sont en train de passer leur bac, ils doivent arriver début juillet, je ne les ai jamais vus », confie la restauratrice, qui s’inquiète encore d’une annulation de dernière minute. Avec son associée, Justine tient la cadence en embauchant des extras le week-end. « On bricole, mais on ne pourra pas tenir comme ça toute la saison », prévient-elle.

    Pendant ce temps " à gauche ", ça gagate sur l’emploi à vie, le plein emploi, la garantie d’emploi.

    #horaires_en_coupure #précaires #travail #emploi #droitauchômage

  • « Ils nous parlent comme à des chiens » : le labeur éreintant des cueilleurs de muguet du 1er mai | Nicolas Mollé
    https://www.bastamag.net/Fete-des-travailleurs-premier-mai-saisonniers-conditions-travail-vente-de-

    Pénibilité, pressions de l’encadrement, faibles salaires : le labeur des ouvriers agricoles saisonniers du muguet est loin des clichés rayonnants et sympathiques associés à cette plante printanière censée symboliser la fête des travailleurs. Source : Basta !

  • Inde : les villages sans utérus

    C’est l’un des secrets les mieux gardés de l’Inde rurale. Un mal invisible qui ronge le #corps de milliers de femmes dans le sous-continent.

    Alors que le taux d’hystérectomie est de 2/1000 en Occident, il atteint 17/1000 en Inde, et surtout jusqu’à 350/1000 dans l’Etat du Maharashtra à l’Ouest du pays, la « Sugar Belt ».

    Premier producteur de sucre au monde, l’Inde compte environ 1,5 million d’Indiens qui convergent, après la mousson, dans les champs de cannes à sucre. Parmi ces forçats, la moitié sont des femmes issues des castes les plus basses de la société indienne.

    Ces femmes, qui ont déjà donné naissance à plusieurs enfants et pour qui les #règles sont un fardeau, se laissent facilement convaincre de la nécessité de l’opération, sans connaître les #risques pour leur #santé et sans comprendre que ces actes médicaux ne sont absolument pas nécessaires. Pas de jour de #congé, pas de #couverture_sociale, encore moins de #convalescence : après une #opération coûteuse entièrement à leur charge – entre 250 et 500 euros – ces #ouvrières_agricoles retournent, mutilées, dans les champs de canne à sucre pour rembourser leur #dette, à la merci de l’avidité des barons du sucre.

    https://www.arte.tv/fr/videos/100785-000-A/inde-les-villages-sans-uterus

    #Inde #canne_à_sucre #plantations #saisonniers #saisonnières #travail #femmes #hystérectomie #mukadam #exploitation #coupeuses_de_canne_à_sucre #santé_mentale #hormones #ménopause #cliniques_privées #industrie_du_sucre #industrie_sucrière #hygiène #ruralité #mutilation
    #vidéo #documentaire #film_documentaire #menstruations

  • Stations de ski fermées : 120.000 saisonniers pourraient tomber dans la grande précarité
    https://www.lefigaro.fr/social/stations-de-ski-fermees-120-000-saisonniers-pourraient-tomber-dans-la-grand


    Avec la non-ouverture des stations de ski les saisonniers se trouvent dans une situation critique. JEFF PACHOUD/AFP

    C’est une véritable douche froide pour les travailleurs saisonniers… L’annonce mercredi soir de la non-ouverture des stations de ski est synonyme de saison blanche pour une grande partie des quelque 120.000 personnes qui œuvrent pour assurer l’accueil des vacanciers dans les massifs montagneux. Pour ces salariés qui travaillent en moyenne 6 mois dans l’année, la non-réalisation de la saison d’hiver risque d’être terrible. Elle pourrait les faire tomber dans une grande précarité.

    #larmes_de_crocodiles #travail #saisonniers #tourisme #crise_sanitaire

  • Les secrets d’une puissance invisible

    Derrière une propagande bien rôdée, la #Suisse fait partie des grandes nations impérialistes de ce monde. L’historien #Sébastien_Guex expose les stratégies mises en place pour parvenir à déployer un impérialisme helvétique « masqué ou feutré », ainsi que les dégâts, inhérents à une politique capitaliste, que ce modèle a causé et continue de causer.

    Proportionnellement à sa taille, mais aussi dans l’absolu, la Suisse fait partie des principales puissances impérialistes du monde depuis longtemps. J’y reviendrai. Mais il n’existe guère en Suisse, y compris au sein du mouvement ouvrier ou de la gauche, de conscience directe de ce phénomène. Plusieurs raisons contribuent à l’absence de cette conscience.

    Tout d’abord, la Suisse n’a jamais eu de véritables colonies et n’a donc pas été directement engagée dans la manifestation la plus claire du colonialisme ou de l’impérialisme, c’est-à-dire la guerre coloniale ou la guerre impérialiste.

    Au contraire, la bourgeoisie industrielle et bancaire suisse s’est depuis très longtemps avancée de manière masquée : derrière la neutralité politique, c’est-à-dire avançant dans l’ombre des grandes puissances coloniales et impérialistes (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Etats-Unis) ; masquée aussi derrière un discours propagandiste omniprésent essayant et réussissant souvent à faire passer la Suisse pour le pays de la politique humanitaire, à travers la Croix-Rouge, les Bons offices, la philanthropie, etc. ; enfin, masquée par un discours, complémentaire au précédent, que j’ai appelé la « rhétorique de la petitesse » 1, présentant toujours la Suisse comme un David s’affrontant à des Goliath, un petit Etat faible et inoffensif.2

    Pour ces différentes raisons, certains auteurs ont caractérisé l’impérialisme suisse d’impérialisme secondaire. Mais l’expression me semble mal choisie, car elle entretient l’idée que l’impérialisme suisse serait de peu de poids, marginal, bref, beaucoup moins important que l’impérialisme des autres pays. Or la Suisse est une importante puissance impérialiste. Je préfère donc l’expression d’impérialisme masqué ou feutré.

    Au cœur des impérialismes européens

    Depuis des siècles, le capitalisme suisse est au cœur du développement du capitalisme européen. Au XVIe siècle déjà, les grands marchands et banquiers de Genève, Bâle, Zurich, sont au cœur des réseaux internationaux de circulation des marchandises et des crédits. Dès le XVIIe siècle, et surtout au XVIIIe, jusqu’au milieu du XIXe siècle, les milieux capitalistes bâlois, genevois, neuchâtelois, saint-gallois, zurichois, bernois, etc., participent de manière dense à cette immense opération d’exploitation et d’oppression du reste du monde par le capitalisme ouest et sud-européen en plein essor, soit le commerce triangulaire. L’origine de la fortune de la grande famille bourgeoise des de Pury, l’un des inspirateurs du fameux Livre blanc de 1993, vient de l’exploitation de centaines d’esclaves importés de force d’Afrique vers d’immenses domaines agricoles en Amérique.

    En 1900, la Suisse est le pays qui compte le plus de multinationales au monde par milliers d’habitants. Nestlé est probablement la multinationale la plus internationalisée au monde, c’est-à-dire qui compte le plus de filiales à l’étranger. Mais de l’autre côté, les milieux industriels et bancaires suisses sont entravés dans la course à la colonisation du monde par un gros obstacle : ils ne disposent que d’une puissance militaire relativement faible, et surtout, ils n’ont pas d’accès direct aux océans, à la différence de la Hollande ou de la Belgique, pays comparables dont le débouché sur la mer leur a permis de se lancer dans la conquête coloniale.

    Durant la période qui va de la guerre franco-prussienne de 1870 aux débuts de la Première Guerre mondiale, les cercles dirigeants de la Suisse rêvent d’un agrandissement territorial de la Confédération, soit du côté italien soit du côté français, qui leur donnerait accès à la mer (Gênes ou Toulon). En 1914 et 1915 par exemple, ils envisagent sérieusement d’abandonner la neutralité et d’entrer en guerre aux côtés de l’impérialisme allemand dans l’espoir d’obtenir, en cas de victoire, une part du butin, c’est-à-dire un couloir vers la Méditerranée, accompagné de quelques colonies en Afrique.3 Mais ils jugent finalement l’aventure trop risquée, sur le plan intérieur et extérieur, et choisissent de poursuivre dans la voie de la neutralité. Ce choix se révélera rapidement extrêmement payant, puisqu’il permettra aux industriels et banquiers helvétiques de faire de formidables affaires avec les deux camps belligérants.
    Dans l’ombre des puissants

    C’est cette position particulière qui va marquer les formes et aussi le contenu de l’impérialisme suisse depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui : comme la grande bourgeoisie industrielle et bancaire helvétique ne peut pas miser sur l’atout militaire, elle va apprendre et devenir virtuose dans l’art de jouer sur les contradictions entre grandes puissances impérialistes afin d’avancer ses propres pions. Dans ce sens, elle utilise de manière combinée deux atouts :

    - La politique de neutralité, alliée à celle des Bons offices et à la politique humanitaire (Croix-Rouge, etc.) permettent à l’impérialisme suisse de ne pas apparaître comme tel aux yeux de très larges pans de la population mondiale, ce qui lui confère une forte légitimité. Elles lui permettent aussi d’être fréquemment choisie pour jouer les arbitres ou les intermédiaires entre les grandes puissances impérialistes. Camille Barrère, Ambassadeur de France à Berne de 1894 à 1897, avait déjà compris cette stratégie lorsqu’il écrivait : « La marine de la Suisse, c’est l’arbitrage ».4
    – La bourgeoisie industrielle et bancaire suisse est capable d’offrir une série de services spécifiques (secret bancaire, fiscalité plus que complaisante, extrême faiblesse des droits sociaux, etc.), dont les classes dominantes des grandes puissances impérialistes ont fortement besoin, mais qu’elles peuvent difficilement garantir dans leur propre pays, généralement pour des raisons politiques internes. L’impérialisme helvétique ne leur apparaissant pas comme un rival trop dangereux, en raison de sa faiblesse militaire notamment, ces puissances accepteront que le pays s’installe et se spécialise durablement dans plusieurs niches hautement profitables (celle de paradis fiscal et de place financière internationale, en particulier).

    Les exemples qui illustrent la manière et la précocité avec laquelle la bourgeoisie suisse a su avancer ses propres intérêts dans le sillage des grandes puissances impérialistes, en jouant au besoin sur leurs contradictions, sont nombreux. Prenons-en deux :

    - Dès 1828, des Missionnaires bâlois, rapidement suivis par les commerçants d’une société, la Basler Handelsgesellschaft, fondée par le cœur de l’oligarchie bâloise (les familles Burckhardt, Merian, Iselin, Ehinger, Vischer), s’installent sur la côte de l’actuel Ghana. Ils vont jouer un rôle décisif dans la colonisation de cette région par la Grande-Bretagne. Dans les années 1860, ils entreprennent dans ce sens un véritable travail de lobbying, couronné de succès, auprès du Parlement anglais et ils participeront directement à la longue guerre coloniale menée par l’Angleterre contre le Royaume Achanti.5
    - En récompense, les négociants bâlois verront leurs affaires facilitées dans le Ghana placé sous tutelle britannique, de telle sorte que la Basler Handelsgesellschaft devient au début du XXesiècle l’une des plus grandes sociétés au monde d’exportation de cacao (le taux de profit net qu’elle dégage au Ghana atteint 25% en moyenne annuelle entre 1890 et 1910). Une anecdote permet à elle seule de mesurer l’influence acquise dans le pays par les négociants suisses et de montrer à quel point ils le considèrent comme leur pré carré. En mars 1957, le Ghana est la première colonie européenne d’Afrique à conquérir son indépendance. L’événement est historique. Cela n’empêche pas, quatre mois plus tard, lors de la fête organisée par les expatriés helvétiques pour le 1er août 1957, l’orateur suisse de conclure son discours devant des centaines d’invités par ces mots : « Vive le canton suisse Ghana ! ».6
    – Mais en parallèle à la carte anglaise, le capitalisme helvétique sait aussi jouer de la carte allemande ou française. Les Suisses vont même jouer un rôle de premier plan dans la politique coloniale allemande en Afrique, ce qui leur permettra, en retour, de disposer de la bienveillance des autorités coloniales et de développer de florissantes affaires.

    La stratégie évoquée ci-dessus s’est révélée particulièrement efficace, de sorte que la Suisse s’est transformée, au cours du XXe siècle, en une puissance impérialiste de moyenne importance, voire même, dans certains domaines, de tout premier plan. En voici deux illustrations :

    – Les multinationales suisses appartiennent au tout petit nombre des sociétés qui dominent le monde dans une série de branches, que ce soit dans la machinerie industrielle (ABB : 2erang mondial), de la pharmacie (Roche : 2e rang ; Novartis : 4e rang), du ciment et des matériaux de construction (LafargeHolcim : 1er rang), de l’agroalimentaire (Nestlé : 1er rang), de l’horlogerie (Swatch : 1er rang), de la production et de la commercialisation de matières premières (Glencore : 1er rang ; Vitol : 2e rang), de l’assurance (Zurich : 10e rang) ou encore de la réassurance (Swiss Re : 2e rang).
    – Dès la Première Guerre mondiale, la Suisse est également devenue une place financière internationale de premier plan, qui est aujourd’hui la quatrième ou cinquième plus importante au monde. Mais sur le plan financier, l’impérialisme helvétique présente à nouveau une spécificité. Les banques suisses occupent en effet une position particulière dans la division du travail entre centres financiers : elles sont le lieu de refuge de prédilection de l’argent des capitalistes et des riches de la planète entière et se sont donc spécialisées dans les opérations liées à la gestion de fortune.

    Exploitation massive

    Reste à souligner un dernier aspect, très important, de l’impérialisme suisse. Le rapport impérialiste ne consiste pas seulement à aller, comme cela a été dit plus haut, vers la main-d’œuvre taillable et corvéable à merci des pays pauvres. Il consiste aussi à faire venir sur place des travailleur-ses étranger-ères dans des conditions telles qu’ils et elles peuvent être exploité-e-s à peu près aussi férocement. Dans ce domaine également, le patronat helvétique s’est distingué en important massivement une main-d’œuvre immigrée, fortement discriminée par un savant système de permis de séjour axé sur le maintien de la plus grande précarité et par l’absence de droits politiques. Bref, il s’est distingué par l’ampleur de la politique de « délocalisation sur place », selon l’expression parlante d’Emmanuel Terray, qu’il a menée depuis très longtemps. Dès la fin du XIXe siècle, les travailleur-ses étranger-ères en Suisse représentent plus de 10% de la population (16% en 1913). Aujourd’hui, ils/elles constituent environ 25% de la population résidant en Suisse, soit plus de deux millions de personnes, la plupart salariées et n’ayant pas le droit vote fédéral, auxquelles il faut rajouter environ 200 000 travailleur-ses clandestin-e-s exploité-e-s.

    Notes
    1. ↑ Sébastien Guex, « De la Suisse comme petit Etat faible : jalons pour sortir d’une image en trompe-l’œil », in S. Guex (éd.), La Suisse et les Grandes puissances 1914-1945, Genève, Droz, 1999, p. 12.
    2. ↑ Cf. par exemple Documents diplomatiques suisses, vol. 6, pp. 146-148, 166-167 et 240-243.
    3. ↑ Lire Hans-Ulrich Jost, « Le Sonderfall, un mythe bien pratique », Moins ! n°49.
    4. ↑ Cité dans Jean-Claude Allain, « La politique helvétique de la France au début du XXe siècle (1899-1912) », in R. Poidevin, L.-E. Roulet (Dir.), Aspects des rapports entre la France et la Suisse de 1843 à 1939, Neuchâtel, La Baconnière, 1982, p. 99.
    5. ↑ Sébastien Guex, « Le négoce suisse en Afrique subsaharienne : le cas de la Société Union Trading Company (1859-1918) », in H. Bonin, M. Cahen (Dir.), Négoce blanc en Afrique noire, Bordeaux, Société française d’histoire d’outre-mer, 2001, p. 237.
    6. ↑ H. W. Debrunner, Schweizer im kolonialen Afrika, Basel, Basler Afrika Bibliographien, 1991, p. 19.

    https://lecourrier.ch/2020/12/06/les-secrets-dune-puissance-invisible

    #colonialisme #colonialisme_sans_colonies #impérialisme #capitalisme #guerres_coloniales #guerres_impérialistes #bourgeoisie_industrielle #bourgeoisie_bancaire #neutralité #discours #propagande #rhétorique_de_la_petitesse #impérialisme_secondaire #impérialisme_masqué #impérialisme_feutré #banquiers #banques #commerce_triangulaire #histoire #esclavage #de_Pury #multinationales #accès_à_la_mer #industrie #Bons_offices #humanitaire #politique_humanitaire #légitimité #arbitrage #paradis_fiscal #Basler_Handelsgesellschaft #Burckhardt #Merian #Iselin #Ehinger #Vischer #Ghana #Afrique #lobbying #Royaume_Achanti #cacao #finance #délocalisation_sur_place #Pury #Neuchâtel

    ping @cede

    • Intéressant le lien que l’auteur fait entre l’impérialisme suisse dans l’histoire et l’#exploitation des #travailleurs_étrangers sans droits politiques voire sans papiers plus contemporaine :

      Reste à souligner un dernier aspect, très important, de l’impérialisme suisse. Le rapport impérialiste ne consiste pas seulement à aller, comme cela a été dit plus haut, vers la main-d’œuvre taillable et corvéable à merci des pays pauvres. Il consiste aussi à faire venir sur place des travailleur-ses étranger-ères dans des conditions telles qu’ils et elles peuvent être exploité-e-s à peu près aussi férocement. Dans ce domaine également, le patronat helvétique s’est distingué en important massivement une main-d’œuvre immigrée, fortement discriminée par un savant système de permis de séjour axé sur le maintien de la plus grande précarité et par l’absence de droits politiques. Bref, il s’est distingué par l’ampleur de la politique de « délocalisation sur place », selon l’expression parlante d’Emmanuel Terray, qu’il a menée depuis très longtemps. Dès la fin du XIXe siècle, les travailleur-ses étranger-ères en Suisse représentent plus de 10% de la population (16% en 1913). Aujourd’hui, ils/elles constituent environ 25% de la population résidant en Suisse, soit plus de deux millions de personnes, la plupart salariées et n’ayant pas le droit vote fédéral, auxquelles il faut rajouter environ 200 000 travailleur-ses clandestin-e-s exploité-e-s.

      #sans-papiers #droits_politiques #saisonniers

  • Pour sauver la récolte de clémentines de Corse, rien de moins qu’un pont aérien
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/07/un-pont-aerien-pour-sauver-la-recolte-de-clementines-de-corse_6055101_3244.h

    Les autorités françaises et marocaines ont établi un protocole permettant l’arrivée en octobre de plus de 900 #saisonniers marocains sur l’île.

    Un pont aérien entre le Maroc et Bastia sauvera-t-il la récolte des clémentines corses ? Dès le printemps, les producteurs locaux s’inquiétaient : après une récolte 2019 médiocre en quantité, les conditions de circulation drastiques imposées par le Maroc à ses ressortissants depuis le début de la pandémie de Covid-19 menacent la cuvée 2020. Or, les saisonniers marocains sont d’autant plus demandés que le travail de récolte des fruits, pénible, ne séduit guère sur place. Comment leur permettre de gagner la Corse, où le marché de la clémentine – de 20 000 à 30 000 tonnes produites chaque année – emploie directement 600 personnes et génère plus de 50 millions d’euros de revenus annuels ?

    Afin de parer la menace de vergers désertés, plusieurs réunions sont organisées avec la préfecture de la Haute-Corse depuis l’été. L’Office français de l’immigration et de l’intégration est mis dans la boucle, comme les autorités marocaines et les représentations françaises. Le protocole permettant l’acheminement en Corse, par voie aérienne, de 902 travailleurs saisonniers marocains, est validé le 23 septembre par le Centre interministériel de crise (CIC) rattaché au premier ministre. « Un pont aérien exceptionnel en tout point par son ampleur et son contexte, souligne l’un des négociateurs du processus : les producteurs ont même accepté de prendre à leur charge les frais de location d’avions à la compagnie Transavia pour l’acheminement des travailleurs marocains en Corse » – un coût de l’ordre de 500 000 à 600 000 euros, dont la charge sera partagée entre les 72 des 145 producteurs de clémentines à avoir réclamé de la main-d’œuvre cette année.

    « La pandémie rend ce genre d’opérations plus lourd, précise #Didier_Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dont le bureau de Casablanca a supervisé le processus, mais elles font partie de nos missions traditionnelles. »

    « Minutieusement préparé »

    Dès l’arrivée sur place des saisonniers, en cinq vagues successives du 9 au 28 octobre, un strict protocole sera observé, supervisé par plusieurs services de l’Etat et la Chambre de commerce et d’industrie de la Haute-Corse. « Tout a été minutieusement préparé, estime François Ravier, préfet de la Haute-Corse. Des prélèvements seront effectués au Maroc avant le départ des travailleurs, puis sept jours après leur arrivée et de nouveau avant leur départ, avec des contrôles renforcés sur leurs conditions de vie et de travail. » Les éventuels porteurs du virus seront mis en quarantaine dans des campings de la région, et l’acheminement vers vers chaque exploitation sera compartimenté. Le tout, assurent les pouvoirs publics, dans une « constante préoccupation » du respect de la dignité des #travailleurs_saisonniers.

    Fait notable dans une île où la moindre initiative de cet ordre se doit d’être soumise aux élus locaux, ceux-ci sont restés à l’écart de la démarche. « Aucune écoute, aucun intérêt manifesté par la majorité nationaliste de l’Assemblée de Corse, silence radio », se désole une agricultrice.

    C’est que la profession, si elle se félicite d’un succès logistique, ne souhaite plus le commenter publiquement : sitôt ébruitée la nouvelle de l’arrivée en Corse de près d’un millier de personnes en provenance de l’extérieur de l’île, les producteurs de clémentines ont subi le courroux des réseaux sociaux et se trouvent désormais accusés de favoriser la propagation de la pandémie de Covid-19.

    « C’est tristement habituel ici, soupire un responsable du monde agricole en Haute-Corse : les mêmes qui étaient, hier, favorables au #tourisme de masse pour sauver la saison dénoncent aujourd’hui l’arrivée hyper encadrée de travailleurs. » De telles critiques, si elles «  écœurent » volontiers les producteurs de clémentines, ne devraient pas empêcher le premier vol direct Casablanca-Bastia d’atterrir vendredi 9 octobre en fin de matinée.

    Quand un ex de la LCR passé par le chevènementisme organise la venue de Marocains (comme aux temps des mines du Nord) pour que 900 saisonniers assurent en quelques semaines la santé des entreprises qui emploient à l’année 600 locaux, oùquellestl’assistance ?

    Edit déjà là (dsl)
    https://seenthis.net/messages/879956
    avec une jolie photo de Le Monde d’une femme blonde souriante façon ravie de la crèche du travail saisonnier pour dépliant publicitaire et qui n’a pas une allure très marocaine

    #Travail #emploi #agriculture

  • RSA : le cri d’alarme des départements
    https://www.lejdd.fr/Societe/Social/rsa-le-cri-dalarme-des-departements-3995976

    Conséquence de la crise sanitaire et économique, les dépenses des départements consacrées au RSA s’envolent de plus de 9%. Les élus réclament une aide de l’Etat. 

    C’est une courbe qu’il surveille comme le lait sur le feu. Dans son bureau de l’hôtel du département d’Ille-et-Vilaine, le président, Jean-Luc Chenut, s’inquiète des hauteurs qu’elle atteint depuis le printemps. Entre avril et juin, le nombre de bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active, versé par les départements aux personnes sans ressources) a bondi de 6,7% : 1.200 administrés supplémentaires ont déposé une demande d’aide. « Depuis la création du RSA, je n’ai jamais vu ça, se désole l’élu socialiste. Nous comptons désormais 18.960 bénéficiaires contre 16.500 un an plus tôt. »

    Des exemples cités de hausse mensuelle ("pire qu’en 2008") du nombre d’#allocataires :
    Corrèze + 16,7%
    Bas-Rhin + 14%

    Si les départements n’étaient pas contraints de pleurer, il n’en serait pas question publiquement.

    Edit

    Mayenne +15% (France bleue 5/10/2020) :

    L’augmentation pour notre département est même plus conséquente d’après Olivier Richefou, le président du conseil départemental. "Nous étions le troisième département de France à avoir le plus faible taux de RSA et comme en Mayenne, de nombreux emplois sont issus de la précarité ... Que ce soit des contrats courts ou des emplois liés à l’intérim ... Nous connaissons une augmentation proche des 15%" explique t-il. Il y a désormais un peu plus de 4.000 bénéficiaires contre 3.500 avant la crise du coronavirus.

    Haute-Garonne + 9 % sur six mois (20 minutes, 23/09/20 )
    Haute-Saône +10% sur 10 mois (Est Répubicain, 5/10/2020)

    #RSA #Précarité #emploi_précaire #intérim #CDD #pauvreté #intérimaires #chômeurs

    • En Dordogne, le nombre de bénéficiaires du RSA augmente de 9%
      https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/en-dordogne-le-rsa-augmente-de-9-1602178626

      En un an, le nombre de bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active a augmenté de 9%. Ce sont surtout les périgourdins les plus fragiles qui ont fait les frais de la crise sanitaire.

      Il y a de plus en plus de bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active en Dordogne. En un an, leur nombre a augmenté de 9%, (soit 902 bénéficiaires de plus). C’est surtout depuis la crise de mars que l’augmentation est sensible (plus 7,7% soit 755 foyers de plus). Il y a aujourd’hui 10 600 bénéficiaires en Dordogne. Ce n’était jamais arrivé. Les associations qui viennent en aide aux plus démunis ont d’ailleurs déjà fait le constat. Les distributions alimentaires font le plein.

      Il y avait deux cents personnes jeudi matin au Secours Populaire dont Nathalie, 48 ans nouvelle venue et nouvelle bénéficiaire du RSA. "On peut plus travailler voilà c’est pour çà. Donc notre vie a changé et on est dans le besoin c’est pour çà que nous sommes venus là. On est dans l’animation et il n’y a plus d’animation actuellement. On n’a pas de revenus. Le RSA nous soulage mais c’est très compliqué. On a le sentiment d’être confiné indirectement. Nous on demande qu’à travailler."

      Une augmentation liée à la crise du Covid

      Les chiffres sont éloquents. L’augmentation est très sensible à compter du mois de mars, date du confinement. En plus des nouveaux bénéficiaires, on trouve aussi de nombreux travailleurs précaires, tous ceux qui avaient un petit boulot que venait compléter un RSA « différentiel » (qui n’était pas à taux plein). Ces travailleurs « pauvres » (sic) représentaient un quart de l’ensemble des allocataires du RSA. Ils sont aujourd’hui 21%. Le département a donc du compenser.

      Le RSA maintenu à taux plein pour les saisonniers

      . Face a l’urgence de la crise, le conseil départemental a aussi choisi de permettre à 120 saisonniers de travailler cet été sans amputer leur allocation à taux plein ( d’un montant moyen de 450 euros). Et comme tout cela coûte cher, le département a du voter deux rallonges pour rajouter près de 6 millions d’euros aux 60 millions consacrés au RSA en 2019. Et ce n’est sans doute pas fini, sauf bonne nouvelle sur le plan sanitaire pour en finir avec la crise du Covid, la relance risque d’être longue à venir. L’INSEE prévoit une récession de moins 9 % cette année).

      #distributions_alimentaires #saisonniers #travailleurs_pauvres

    • Covid-19. Rsa : 6% de bénéficiaires en plus en quatre mois dans le Val-d’Oise
      https://actu.fr/societe/covid-19-rsa-6-de-beneficiaires-en-plus-en-quatre-mois-dans-le-val-d-oise_36668

      Le Département du Val-d’Oise prévoit une augmentation du nombre de bénéficiaires du Rsa autour de 15% pour l’année 2020.

      Pour affronter les conséquences sociales de la crise de la Covid-19, les élus du Département du Val-d’Oise ont décidé de renforcer le programme départemental d’insertion et de retour à l’emploi.

      Une bonne nouvelle en cette période troublée par une crise sanitaire qui plombe le quotidien de chacun.

      (...) les élus (...) ont donc débloqué une enveloppe d’1,4 million d’euros, soit une augmentation de 15%.

      9 millions d’euros au total

      Ce qui porte le budget consacré à l’insertion des bénéficiaires du Revenu de solidarité active (RSA) à près de 9 millions d’euros. Des recrutements de travailleurs sociaux et de contrôleurs sont également engagés.

      « Le nombre de bénéficiaires du Rsa en Val-d’Oise a augmenté de 5,9% sur la période de mars à juillet 2020. Les principaux indicateurs du Val-d’Oise sur le front de l’emploi et du chômage sont en dégradation. »
      Marie-Christine Cavecchi, Présidente (Lr) du Conseil départemental du Val-d’Oise
      Et d’ajouter : « Le Département anticipe et engage 1,4 million d’euros pour renforcer son offre de services dans son programme d’insertion et de retour à l’emploi. En parallèle, nous allons recruter 10 travailleurs sociaux et des contrôleurs. Le Département travaille activement pour aider et accompagner au plus vite les personnes impactées par les conséquences économiques et sociales de la crise et éviter leur installation durable dans ce dispositif » .

      A noter : le département du Val-d’Oise connaissait avant la crise de la Covid-19, son quinzième trimestre consécutif de création d’emplois depuis le deuxième trimestre 2016, avec plus de 17 000 emplois créés au total et 2 000 chômeurs de moins durant la même période.

      Selon l’Insee, les effets de la crise pourraient enregistrer 28 000 chômeurs supplémentaires d’ici fin 2020. Par conséquent, le Département prévoit une augmentation du nombre de bénéficiaires du Rsa autour de 15% pour l’année 2020, « ce qui est historique » .

      Dans ce contexte, le Département va créer dix emplois de travailleurs sociaux polyvalents pour répondre à l’accroissement de l’activité. Ils seront destinés aux dix territoires d’intervention sociale et médico-sociale du Val-d’Oise. Ces recrutements représentent un coût de 510 550 € par an pour le Département.

      « Dans un souci de contrôle des dépenses de l’argent public et de l’application juste du droit, le Département du Val-d’Oise mène une politique de contrôle des conditions d’ouverture et de maintien des droits au Rsa. L’équipe de contrôle sera renforcée par trois agents (dont deux apprentis, dans le cadre du plan de relance en faveur des jeunes Valdoisiens) pour accompagner les perspectives d’augmentation des bénéficiaires dès cette année. »

      Rsa : 223 millions d’euros en 2020

      En 2019, les 405 contrôles réalisés par les deux contrôleurs du Département ont permis de ne pas verser ou de récupérer 742 175 €.

      Pour rappel, le budget consacré aux allocations du Revenu de solidarité active pour le Département est de 233 millions d’euros en 2020 (+10% par rapport à 2019).

      #contrôle #contrôleurs

  • Coronavirus infections spike as seasonal farmworkers are blocked from testing - The Washington Post
    https://www.washingtonpost.com/business/2020/09/24/seasonal-farm-workers-coronavirus

    In Yakima County, Wash., some fruit orchard owners declined on-site testing of workers by health departments at the height of harvest season even as coronavirus infections spiked. In Monterey, Calif., workers at some farms claimed foremen asked them to hide positive diagnoses from other crew members. And in Collier County, Fla., health officials did not begin widespread testing of farmworkers until the end of harvest, at which point the workers had already migrated northward.At the height of harvest season, growers supplying some of America’s biggest agricultural companies and grocery store chains flouted public health guidelines to limit testing and obscure coronavirus outbreaks, according to thousands of pages of state and local records reviewed by The Washington Post.
    The pandemic redefined where essential work happens in America and brought recognition to seasonal agricultural workers under the H-2A visa program.
    At the same time, state agencies and growers were slow to determine how and when to test workers, what protocols to adopt when workers tested positive, and how to institute contact tracing, advocates say. They say that there should have been mandatory personal protective equipment and clear guidance on worker safety at the federal and state levels.Worker advocates say the failures put millions of workers at greater risk of contracting and spreading the virus among themselves and to other Americans as they crossed state lines to move with the harvest season. The struggles to contain the virus among migrant farmworkers are documented in internal state and county agriculture and health department records, as well as email exchanges with farm bureaus, grower associations, and public health and worker advocacy groups that were obtained by the Documenting COVID-19 project at Columbia University’s Brown Institute for Media Innovation through public records requests and shared with The Post. These documents and additional interviews by The Post show a pattern that extended across more than a dozen agricultural counties in 10 states — and that largely withstood officials’ attempts to stop the spread of the virus among agricultural workers.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#mexique#travailleurmigrant#saisonnier#agriculture#test#contamination#visa#politiquemigratoire

  • « La réalité de l’agriculture française, ce sont des hommes et des femmes qui se cassent le dos »
    https://reporterre.net/La-realite-de-l-agriculture-francaise-ce-sont-des-hommes-et-des-femmes-q

    Main-d’œuvre à bas coût, logements indignes... Un avocat et un sociologue spécialistes du travail agricole détaché détaillent à Reporterre comment, en glorifiant le made in France, « on promeut alors des marchandises qui ne sont pas produites de manière différente qu’en Espagne ou au Maroc ».

    [...]

    "Certains travailleurs sont sédentaires en France, qu’ils soient Français ou d’origine étrangère. D’autres viennent d’ailleurs pour compléter les effectifs, parce qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre en France. Dans ceux-ci, deux types de profils se dégagent : ceux employés dans des conditions tout à fait normales, qui viennent pour une mission et puis repartent. Et ceux qui ne sont pas en mesure de dire non à une proposition beaucoup plus floue. Ils sont souvent à la disposition d’une société intérimaire [étrangère] mais également des exploitants français et travaillent dans les conditions qu’on leur désigne, là où on leur dit, avec parfois des journées de plus de douze heures, des conditions d’hébergement déplorables et un salaire en-dessous du minimum légal, sans revendication possible."

    [...]

    "Les conditions de travail des saisonniers ne se sont pas améliorées et j’aurais tendance à dire que ça a empiré avec la concurrence exacerbée qui existe entre les zones de production, entre le sud de la France, le sud de l’Espagne, le sud de l’Italie et le Maroc notamment. Par ailleurs, la mécanisation dans le secteur a très peu avancé, parce qu’il y a accès à de la main-d’œuvre pas chère. L’arbitrage capital-travail est toujours le même : ça me coûte plus cher de mettre une machine que de mettre un homme au travail."

    #agriculture #exploitation

  • « On est traités comme des animaux » : à Beaucaire, les saisonniers étrangers, entre conditions de vie difficiles et crainte du coronavirus, Sofia Fischer
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/13/a-beaucaire-les-saisonniers-etrangers-entre-conditions-de-vie-difficiles-et-


    Photos, ARNOLD JEROCKI / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

    Début juin, des clusters de Covid-19 ont été découverts parmi les ouvriers agricoles, venus majoritairement d’Amérique du Sud, qui circulent entre Gard, Vaucluse et Bouches-du-Rhône. Le dépistage révèle les pratiques douteuses de la filière.

    Dans la longue file d’attente qui s’étend devant le gymnase de Beaucaire (Gard) transformé en centre de dépistage, les accents de Colombie et de l’Equateur se mêlent à ceux, plus hachés, des membres de la Croix-Rouge. Un homme s’inquiète auprès de son voisin, en espagnol : « Est-ce qu’il faut une carte Vitale ? Parce que je n’en ai pas. »

    Sur ces terres fertiles, limitrophes des Bouches-du-Rhône et proches du Vaucluse, beaucoup d’ouvriers agricoles, provenant majoritairement d’Amérique du Sud et transitant par l’Espagne, arrivent tous les ans par bus entiers au printemps. Très dépendants de cette main-d’œuvre, d’autant plus en période de crise sanitaire, les agriculteurs membres de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles des Bouches-du-Rhône avaient manifesté le 20 mai à Arles et Aix pour s’assurer de leur venue. Alors, à la réouverture des frontières, ils sont arrivés. Avec, a priori, plusieurs cas de Covid-19 à bord.

    A quelques kilomètres de Beaucaire, de l’autre côté du Rhône, plusieurs foyers du virus sont apparus début juin. Une trentaine de cas ont été découverts dans un camping de travailleurs installé au milieu des champs à Noves et chez un producteur de fraises à Maillane, au nord des Bouches-du-Rhône. Une opération de dépistage a depuis été lancée. Les derniers bilans attestent 158 cas dans le département, 53 autres dans le Gard et 39 autres dans le Vaucluse. Des chiffres qui devraient augmenter au début de la semaine du 16 juin.


    Dépistage de travailleurs étrangers, le 10 juin à Beaucaire (Gard).

    Dans le complexe sportif, jeudi 11 juin, on s’active. Des entraîneurs de football, des professeurs et même une boulangère se sont proposés pour faire office de traducteurs, rassurer les parents inquiets et répondre aux questions. Pour faire venir au gymnase les saisonniers étrangers, qui sont parfois en situation irrégulière et ne parlent pour la plupart pas le français, l’agence régionale de santé (ARS) a dû innover. En utilisant, par exemple, les réseaux paroissiaux : David Flores, le prêtre équatorien de la ville, a fait circuler le message quotidiennement à ses fidèles par la messagerie WhatsApp.

    « Bouche-à-oreille »

    Les communiqués annonçant les dépistages gratuits pendant trois jours ont été traduits en espagnol et placardés sur les épiceries latinos du centre-ville. « On compte beaucoup sur le bouche-à-oreille pour rassurer les gens qui auraient peur de venir », explique Claude Rols, délégué de l’ARS dans le Gard.

    Pour l’ARS, qui, face à ce genre de situation, met en place un dispositif de traçage des contacts permettant d’enquêter sur les déplacements et les échanges entre individus, la tâche s’annonce ardue. Car ces ouvriers agricoles, souvent accueillis dans des chambres ou des mobile-homes collectifs, travaillent sur plusieurs lieux à la fois. Les risques de contamination deviennent donc importants au gré des déplacements, souvent effectués dans des véhicules collectifs. « Sans compter que tous les magasins latinos sont à Beaucaire » , explique Angel (certains prénoms ont été modifiés), 48 ans. L’Equatorien, qui ramasse les abricots en ce moment, l’assure : « Tout le monde se retrouve là-bas le week-end. »


    Un dispositif de traçage de contacts mis en place par l’agence régionale de santé pour enquêter sur les déplacements et les échanges entre individus.

    A la sortie du centre, Pablo, 22 ans, et Nathaly, 21 ans, font un signe de croix. « J’ai un bébé en Espagne, explique le jeune Colombien. Si je suis positif, je ne sais pas ce que je vais faire. Je suis venu ici pour travailler. » Nathaly, elle, a tenté de convaincre celle qui partage sa chambre sur l’exploitation de concombres où elle travaille de venir elle aussi se faire dépister. « Impossible : elle a beaucoup trop peur. Soit de la police de l’air et des frontières, soit d’être renvoyée en Espagne sans son salaire », explique-t-elle.

    Depuis les Bouches-du-Rhône voisines, où les campagnes de dépistage ont démarré début juin, beaucoup de saisonniers disent avoir appris leurs résultats par l’entreprise d’intérim qui les emploie et non par un médecin. Ils attendent toujours un document médical. Une vidéo montrant des chambres surpeuplées dans un domaine près d’Arles où plusieurs cas de Covid-19 ont été détectés circule sur les réseaux sociaux. Un Equatorien sur place raconte que des vigiles mèneraient la garde à l’entrée de la ferme.

    Dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13 juin, sept employées saisonnières qui auraient testé positives au Covid-19, dispersées dans plusieurs fermes autour d’Arles (Bouches-du-Rhône), ont été transportées dans un centre d’isolement à Miramas. Elles disent avoir appris qu’elles étaient porteuses du virus par leur employeur début juin et n’avoir reçu aucun document médical. Elles refusaient de bouger sans de plus amples informations.

    « Esclaves du XXIe siècle »

    « C’est le chauffeur de la boîte d’intérim pour laquelle je travaille qui m’a dit que j’étais positive, explique Liliana qui, affolée, a contacté Le Monde pendant l’opération, tout en tentant de s’isoler tant bien que mal dans le domaine où elle se trouvait. Je n’ai jamais reçu de SMS, de mail, ou de courrier officiel. Et là, on nous embarque, je ne sais même pas où. Ils menacent d’appeler la police. » La préfecture des Bouches-du-Rhône, contactée samedi, parle de départs « volontaires », pour une mise à l’isolement plus « confortable ». « Il y a eu un moment de panique ou d’incompréhension, admet-elle, mais des informations devraient remonter très vite sur ce qui s’est passé. »

    Le fonctionnement opaque des entreprises, très lucratives, dont dépendent les saisonniers est souvent en cause. La plus connue d’entre elles, Terra Fecundis, devait être jugée pour près de 112 millions d’euros de fraude sociale début mai à Marseille. Mais l’audience de la plus grosse affaire de dumping social en France a été reportée pour cause de crise sanitaire. Les syndicats dénoncent depuis des années leurs conditions de travail, n’hésitant pas à parler « d’esclaves du XXIe siècle ».

    Parmi les ouvriers, beaucoup témoignent d’heures supplémentaires non payées, de retenues sur salaire non justifiées, de malaises, et parfois mêmes de violences. Javier, carrure large et voix chancelante, raconte « qu’on lui jette des pommes » sur la tête régulièrement. « On est traités comme des animaux. La cheffe de file a déjà fait pleurer plusieurs ouvriers. » Un autre dit avoir été renvoyé pour avoir publié une vidéo des conditions déplorables dans lesquelles il était confiné dans une ferme des Bouches-du-Rhône.

    Alberto, 36 ans, aujourd’hui sédentarisé en France, raconte ses débuts « avec des sociétés espagnoles » : des saisons « terribles », où il n’était payé « qu’un tiers des heures vraiment faites ». « Si votre tête de leur revenait pas, où qu’ils estimaient que vous ne travailliez pas assez vite, ils vous demandaient de ne pas revenir l’après-midi, explique-t-il. Parfois, si on avait déjà fait une semaine, ils ne la payaient pas. » Alors, selon ce père de famille, « c’est évident que si j’étais encore avec eux, je ne voudrais pas me faire tester ».


    Des travailleurs saisonniers, le 11 juin à Beaucaire (Gard).

    « On va devoir tirer les conclusions de ce qui s’est passé », admet Patrick Lévêque, patron de la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles des Bouches-du-Rhône. S’il se serait bien passé de l’annonce des multiples clusters dans le monde agricole, il assure n’être pas surpris : « Nous avons continué de bosser pour nourrir la France pendant tout le confinement. C’était un risque, évidemment. »

    « On ne nous dit rien »

    A quelques encablures du centre de dépistage, on retrouve l’épicentre de cette immigration : l’intérieur des remparts de la ville musée de Beaucaire. Le maire Rassemblement national (ex-Front national), Julien Sanchez, a été réélu dès le premier tour le 15 mars. Dans les épiceries latinos, entre les bananes plantain et les bonbons au dulce de leche, des agriculteurs ont épinglé des annonces traduites en espagnol. « Cherche bras pour travailler dans la vigne. Cotisations en Espagne. »

    Une femme demande si elle peut être renvoyée si jamais le résultat était positif. Une autre s’inquiète pour un ami confiné chez son employeur, dans un dortoir avec plusieurs cas de Covid-19. Un couple à qui on a imposé une quarantaine après avoir covoituré avec un collègue testé positif s’inquiète : seront-ils payés quand même à la fin du mois ? « On ne nous dit rien », confie le mari.

    Dans les rues de Beaucaire, la nuit tombe. Les terrasses se remplissent doucement. Sur les tables, les « unes » des journaux locaux avec le nombre de cas qui grimpe dangereusement. Les riverains s’inquiètent. « Avec les conditions dans lesquelles ils vivent, ce n’est pas étonnant qu’il y ait autant de Covid chez les Latinos » , estime Alain, bière à la main.« Avec cette histoire, raconte Alberto, les gens nous regardent un peu bizarrement. Il y en a qui changent carrément de trottoir. »


    Les épiceries latinos du centre-ville ont été des relais dans la campagne de dépistage gratuit.

    #saisonniers #sans_papiers #ouvriers_agricoles #intérim #agriculture #clusters #Terra_Fecundis #fraude_sociale #Covid-19

    • Haaa le fameux : « Nous avons continué de bosser pour nourrir la France pendant tout le confinement. C’était un risque, évidemment. »

    • Le travail détaché en agriculture condamné… avec sursis
      https://www.sante-et-travail.fr/travail-detache-agriculture-condamne-sursis

      Si le procès engagé contre l’entreprise de travail temporaire Terra Fecundis a permis de sanctionner certains abus autour du détachement de travailleurs agricoles, ce système de prêt de main-d’œuvre demeure légal et source de dérives graves concernant les conditions de travail. [paywall]

      Communiqué de presse (12/7/21) de la Confédération paysanne, partie civile dans ce procès :
      https://confederationpaysanne.fr/rp_article.php?id=11630

      La Confédération paysanne se félicite des condamnations prononcées le 8 juillet par le tribunal correctionnel de Marseille dans le dossier de la société espagnole Terra Fecundis, poursuivie pour détournement du cadre européen du travail détaché et délits de marchandage en bande organisée.

      Les dirigeants de cette entreprise de travail temporaire ont notamment été condamnés à des peines de 4 ans de prison avec sursis et à une interdiction définitive d’exercer cette activité.

      Terra Fecundis est aussi condamnée à 500.000 euros d’amende et à l’interdiction d’exercer l’activité de travail temporaire en France, quand Terra Bus Mediterraneo se voit interdite d’exercer le transport de personnes et condamnée à une amende de 200.000 euros.

      En condamnant ainsi les acteurs de ce vaste trafic de travailleurs.euses agricoles, la justice a pris la mesure des enjeux humains, sociaux et économiques de ce dossier. Nous regrettons cependant qu’ aucune entreprise ayant utilisé la main d’œuvre proposée par Terra Fecundis en France n’ait été poursuivie
      La Confédération paysanne s’est vue reconnaître la légitimité à agir, puisque sa demande de constitution de partie civile a été acceptée par le tribunal. L’audience relative au montant des dommages et intérêts aura lieu le 19 novembre prochain.

      Notre syndicat défend un modèle agricole, l’agriculture paysanne, qui passe par le respect des salarié.es et des droits sociaux. Des entreprises comme Terra Fecundis sont les chevilles ouvrières d’un système de concurrence déloyale, fondé sur une main d’œuvre exploitée, auquel doivent faire face celles et ceux qui emploient et rémunèrent correctement leurs salarié.es dans le respect des droits sociaux et du droit du travail. Il est inadmissible qu’ils se trouvent pénalisés par ces pratiques qui ont cours dans la filière fruits et légumes.

      La Confédération paysanne dénonce encore une fois ce système d’exploitation de travailleurs.euses et sera partie prenante des procédures qui se présenteront, en cohérence avec notre exigence de conditionnalité sociale des aides publiques.

      #marchands_d'esclaves

    • Saisonniers en servage N° 78 de Plein droit, la revue du #Gisti (octobre 2008)
      https://www.gisti.org/spip.php?article1237

      Dans la vallée du Rhône, en Andalousie, dans la région des Pouilles en Italie, la transformation totale des modes de culture des fruits et légumes s’est accompagnée d’une précarisation encore accrue, et aujourd’hui extrême, de la main-d’œuvre, majoritairement étrangère, de ce secteur. Contrats courts voire emploi illégal, dépendance totale vis-à-vis d’employeurs imposant des conditions de travail et d’hébergement indignes, invisibilisation des atteintes à la santé, tout un système d’exploitation et de déréglementation du droit du travail s’est développé contre lequel les saisonniers étrangers tentent depuis quelques années de se mobiliser.

      CODETRAS – Collectif de défense des travailleur.euse.s étranger.ère.s dans l’agriculture
      http://www.codetras.org
      #codetras #agro_industrie

  • Coronavirus : en Catalogne, les journaliers sénégalais peinent à se loger
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/08/coronavirus-en-catalogne-les-journaliers-senegalais-peinent-a-se-loger_60420

    « Chaque année, des dizaines de travailleurs dorment dans la rue des villes et villages de la province de Lleida, car certains agriculteurs profitent de leur situation pour les exploiter et ne pas leur donner le logement auquel ils ont droit, assure Gemma Casal. Cette année est encore pire, car ils sont plus nombreux et beaucoup d’auberges et de chambres à louer sont fermées à cause du Covid. Mais, s’ils viennent ici, c’est parce qu’ils ont la possibilité de travailler et, de fait, certains d’entre eux travaillent déjà…

    #Covid-19#migrant#migration#Espagne#senegal#santé#conditions-travail#logement#santé#droits#saisonniers

  • Saison agricole : « Si on embauche des locaux, on ne va pas sortir nos récoltes »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/15/saison-agricole-si-on-embauche-des-locaux-on-ne-va-pas-sortir-nos-recoltes_6

    « A cause du manque de main-d’œuvre, j’ai mis l’exploitation à vendre, se souvient-il. La fraise était prête à s’écrouler et puis il y a eu l’entrée des pays de l’Est [dans l’UE]. Ça a permis un essor phénoménal. » Afflue alors une main-d’œuvre « jeune », « qui a envie de travailler » et sort des rangs « avec le sourire », résume l’agriculteur.

    Aux Polonais du début des années 2000 ont récemment succédé les Roumains, qui représentent actuellement une quarantaine d’hommes et de femmes, sur les 57 ouvriers qui travaillent pour la famille Jouy. La majorité sont logés sur place, dans des studios, des petits pavillons ou des mobil-homes, pour des loyers de 250 à 300 euros.

    • Plus haut : Patrick Jouy, producteur de fraises, à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne), le 14 mai. EUGENIE BACCOT POUR « LE MONDE »

      Dans son exploitation familiale du Lot-et-Garonne, Patrick Jouy a toujours eu recours à des travailleurs étrangers pour récolter les fraises. Cette année, la fermeture des frontières a bloqué de nombreux saisonniers.

      Chez Patrick Jouy, on cultive la fraise sous serre depuis des décennies, dans le Lot-et-Garonne. Les plants de ciflorette mûrissent dans une chaleur moite et d’étroits bacs hors-sol. De temps en temps, les brumisateurs crachent un peu de fraîcheur et une dizaine d’ouvriers agricoles se meuvent entre les rangs pour le peignage, qui consiste à séparer les fleurs des fruits pour faciliter leur cueillette. Un travail manuel et minutieux, comme l’#agriculture en regorge. Dans cette exploitation familiale de 18 hectares, on a depuis longtemps confié ces gestes à une #main-d’œuvre_étrangère.

      Patrick Jouy peut reconstituer avec précision les #migrations saisonnières qui ont jalonné sa carrière. « Je suis dans la fraise depuis 1977, dit-il. A l’époque, j’étais en Seine-et-Marne et je travaillais pour un patron. Des Espagnols venaient en contrats OMI [Office des migrations internationales, aujourd’hui Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), qui régule l’immigration saisonnière de travailleurs agricoles non européens]. Il y avait aussi des Portugais qui travaillaient dans la maçonnerie et on allait chercher leurs femmes en ville. Il y avait aussi des Algériennes. »

      Sous les serres de production de fraises ciflorette sur le site de Barianis fondé par Patrick Jouy, à Sainte-Livrade-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, le 14 mai.


      Sous les serres de production de fraises ciflorette sur le site de Barianis fondé par Patrick Jouy, à Sainte-Livrade-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, le 14 mai. EUGENIE BACCOT POUR « LE MONDE »

      En 1986, le producteur s’installe à son compte, à Sainte-Livrade-sur-Lot, tandis que l’Espagne et le Portugal rejoignent l’Union européenne (UE). « Au bout de quelques années, on n’avait plus personne » , rapporte M. Jouy, convaincu que les #allocations-chômage ou familiales ainsi que la libre circulation des travailleurs – « le fait de pouvoir courir partout pour aller gagner plus » – ont eu raison de la disponibilité de ces saisonniers.

      Déconvenues

      « A cause du manque de main-d’œuvre, j’ai mis l’exploitation à vendre , se souvient-il. La fraise était prête à s’écrouler et puis il y a eu l’entrée des pays de l’Est [dans l’UE]. Ça a permis un essor phénoménal. » Afflue alors une main-d’œuvre « jeune » , « qui a envie de travailler » et sort des rangs « avec le sourire » , résume l’agriculteur.

      Aux Polonais du début des années 2000 ont récemment succédé les Roumains, qui représentent actuellement une quarantaine d’hommes et de femmes, sur les 57 ouvriers qui travaillent pour la famille Jouy. La majorité sont logés sur place, dans des studios, des petits pavillons ou des mobil-homes, pour des loyers de 250 à 300 euros.

      Mariana vient de Transylvanie, en Roumanie, à 3 000 kilomètres d’ici, et entame sa quatrième saison à Sainte-Livrade-sur-Lot, où elle travaille avec son mari. « Après le lycée, je n’avais pas de travail. Des amis étaient venus ici et m’ont dit que le #salaire était meilleur que les 400 euros que je gagnerais dans mon pays » , explique-t-elle. Le couple ne rentre plus au pays que pour des congés annuels, entre décembre et février.

      Maciej, 23 ans, a suivi un parcours similaire depuis la Pologne. Arrivé en 2017, à l’issue de sa scolarité, il enchaîne les saisons depuis. Une fois retranchés les 300 euros de loyer dont il s’acquitte, il gagne 1 500 euros par mois. « Trois fois plus que dans mon pays » , dit-il. Et puis, ajoute-t-il, il apprécie le climat français.

      Avec l’épidémie de Covid-19 et la fermeture des frontières, la famille Jouy a essuyé des déconvenues. Des saisonniers roumains, polonais et portugais se sont fait attendre. Et les onze Marocains qui avaient signé un contrat saisonnier avec l’OFII sont aussi restés bloqués dans leur pays.

      « Il leur faut des pauses-café et cigarette »

      Pour compléter ses effectifs pendant le confinement, l’exploitation a embauché localement une quarantaine de personnes. Parmi elles, on croise encore dans les rangs de fraisiers Majouba, une Marocaine venue d’une exploitation agricole voisine qui a déposé le bilan, ou Mostafa. Ce demandeur d’asile afghan, âgé de 26 ans, a parcouru 40 kilomètres à vélo, depuis Agen, pour se faire embaucher. Le contrat de trois mois qu’il a obtenu est le premier qu’il signe en France, où il vit depuis deux ans. Il loge maintenant dans un mobil-home, sur l’exploitation, avec quatre autres Afghans.
      Mostafa, demandeur d’asile afghan de 26 ans, en France depuis deux ans, à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne), le 14 mai.


      Mostafa, demandeur d’asile afghan de 26 ans, en France depuis deux ans, à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne), le 14 mai. EUGENIE BACCOT POUR « LE MONDE »

      Parmi les recrues de nationalité française, seul un couple aurait « donné satisfaction » à Patrick Jouy. Mais l’un et l’autre membre du couple ont fini par pouvoir reprendre leurs emplois, elle dans la restauration et lui dans les travaux publics. Les autres ? « Des gens sont partis au bout de quelques jours et on en a remercié qui n’étaient pas efficaces. Il leur faut des pauses-café et cigarette, ils ont mal aux vertèbres ou aux genoux et ils ne veulent pas arriver trop tôt. » Or, la fraise se ramasse « à la fraîche » , dès 7 heures. « On fait des semaines qui vont de 30 à 40 heures pour des salaires de 1 000 à 2 500 euros » , indique le producteur.


      Cosmin, ingénieur roumain, travaille à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne)depuis deux ans. EUGENIE BACCOT POUR « LE MONDE »

      La paye gonfle en fonction des kilos récoltés et c’est avec admiration que M. Jouy évoque le souvenir d’ « une Polonaise qui pouvait ramasser jusqu’à 60 kilos par heure » . Lorsqu’on interroge l’agriculteur sur ce qui fonde la valeur de ses saisonniers migrants, il lâche : « Eux, ils ont faim et ils n’ont droit à rien. » Puis : « En France, il y a trop de social. » En attendant que les saisonniers de l’UE soient de nouveau admis à passer les frontières, M. Jouy pense au pic de production, en juin, avec inquiétude : « Si on embauche nos locaux, on ne va pas sortir nos récoltes. »

      #saisonniers_agricoles