• La croissance des inégalités dégrade l’activité économique, et ça se voit à l’œil nu !
    https://blogs.alternatives-economiques.fr/zemmour/2026/04/09/la-croissance-des-inegalites-degrade-l-activite-econo

    Dans la période récente, la stagnation des salaires (dont le pouvoir d’achat a baissé) et le dynamisme des revenus financier explique pour partie un taux d’épargne élevé, et un ralentissement de la croissance. Si le mécanisme est connu, il est rare de pouvoir observer à l’œil nu une hausse si marquée des inégalités qu’elle se traduit par des effets macroéconomiques immédiats.

    (...)

    Pour le dire autrement, nous vivons une période économique où les inégalités de revenu -restées relativement contenues entre 2008 et 2018 ont connu une accélération telle qu’on en voit les effets macro-économiques, à court terme, et à l’œil nu. Si le mécanisme est connu, sa manifestation aussi visible dans les statistique macro me semble relativement rare.

    Et cet accroissement des inégalités, est due, avant tout, à la stagnation préoccupante des salaires qui n’avaient toujours pas retrouvé fin 2024 leur pouvoir d’achat moyen de 2019.

    #Michaël_Zemmour 09/04/2026

    • ... depuis la sortie des confinements, le « taux d’épargne », c’est-à-dire au niveau macro-économique la part du revenu qui n’est pas consommée, est montée à des niveau anormalement élevés… et ne redescend pas, ce qui intrigue et inquiète les macro économistes (Figure 1).

      [...]

      Il peut y avoir de multiples explications à cela : épargne de précaution, face à l’incertitude de l’avenir, achat immobilier ancien (qui comptablement apparaît comme de l’épargne dans les comptes nationaux), ou…accroissement des inégalités.

      En effet, on sait que les ménages modestes et moyen consomment tout ou presque tout leur revenu, tandis que les ménages aisés vont avoir une propension à épargner élevée, et qui croit avec le revenu.

      De ce fait, quand les inégalités augmentent, le revenu est en moyenne de moins en moins consommé et de plus en plus épargné. Or précisément, dans la période récente, la stagnation des salaires et le dynamisme (relatif) des revenus du capital sont à l’origine d’un creusement marqué des inégalités.

      Ainsi l’INSEE a relevé l’an passé qu’en 2024 la hausse marquée des inégalités était due à la conjonction

      • de la baisse du niveau de vie des ménages modestes : le niveau de vie seuil à partir duquel on fait partie des 10% les plus modeste a baissé de 1%, ce qui est rare et signale une dégradation absolue des conditions de vie, signalée également par la hausse du taux de pauvreté)
      • à la stagnation du niveau de vie médian (+0,9%)
      • et à la progression plus dynamique des revenus du seuil du dernier décile (seuil à partir duquel on fait partie du Top 10), principalement explicable par des revenus financiers plus dynamiques.

      Bref, les inégalités augmentent, et cela joue sur le taux d’épargne, comme un frein à l’activité économique. A tel point que certains prévisionnistes se disent que désormais pour prédire l’évolution de la consommation des ménages, il ne faut plus suivre l’évolution des revenus en général (revenus du travail + revenus financiers), mais celle des #salaires en particulier, parce que les #revenus_financiers ont tendance à être conservés sous forme d’épargne, et donc que leur croissance n’alimente pas la consommation.

      #épargne #revenu #inégalités

  • #AGS : la #cour_des_comptes s’attaque au filet de sécurité des #salariés
    https://lenouveauparadigme.fr/ags-la-cour-des-comptes-sattaque-au-filet-de-securite-des-salarie

    Sous couvert d’équilibre #budgétaire, la haute juridiction financière ouvre la voie à une remise en cause d’un des dispositifs les plus protecteurs pour les salariés en cas de #faillite d’entreprise.

    Perdre son #emploi est toujours une épreuve. Mais le perdre parce que son #entreprise s’effondre, parfois du jour au lendemain, l’est encore davantage. Dans ces moments-là, un mécanisme discret mais essentiel entre en jeu : l’#Association pour la #gestion du #régime de #garantie des #créances des salariés, plus connue sous le sigle AGS.

    Créé en 1973, ce #dispositif repose sur un principe simple et profondément #social. Lorsqu’une entreprise n’est plus en mesure de payer ses salariés, la #collectivité des #employeurs prend le relais. Concrètement, l’AGS avance les #salaires, les #indemnités et certaines créances dues aux #travailleurs, puis tente de récupérer ces sommes lors de la #liquidation de l’entreprise. Sans ce mécanisme, des centaines de milliers de personnes se retrouveraient sans #revenu du jour au lendemain.

  • Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte ? - Regarder le documentaire complet | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/122196-000-A/qui-veut-la-peau-de-la-lanceuse-d-alerte

    Lourdement sanctionnée pour avoir dénoncé de potentiels #détournements de #fonds publics, #Houria_Aouimeur, reconnue par plusieurs instances comme #lanceuse_d'alerte, s’est heurtée à un mur judiciaire. Retour sur son parcours de combattante.

    À l’automne 2018, la juriste Houria Aouimeur est nommée directrice de l’#AGS, le régime de #garantie des #salaires, créé en 1973 et géré conjointement par le #patronat et l’#Unedic. Quand une #entreprise est en #cessation de #paiement, cette association avance les fonds destinés à verser les #salaires du #personnel tant que l’activité se poursuit. Ces quinze dernières années, elle a versé près de 26 milliards d’euros à plus de 3,2 millions de salariés. Mais à son arrivée, la nouvelle directrice, dont le prédécesseur est resté trente-huit ans en place, découvre un système opaque, des labels attribués à certains mandataires judiciaires selon des critères obscurs, des avocats bénéficiant de contrats mirobolants et, surtout, des sommes colossales classées en pertes, sans véritables justificatifs ni contrôle. Un premier puis un second audit révèlent que près de 7 milliards d’euros se seraient évaporés. La nouvelle directrice découvre aussi que certains dossiers de liquidation judiciaire à forts enjeux financiers restent indéfiniment ouverts. Alors que, à son initiative, l’AGS dépose plusieurs plaintes pour #vol, #corruption et #abus_de_confiance, cette femme à la carrière irréprochable subit des pressions et des menaces qui vont crescendo : porte vandalisée à plusieurs reprises, filatures ostensibles, messages inquiétants... C’est le début d’un engrenage qui aboutit, en 2023, à son licenciement pour « faute lourde », avec des accusations qu’elle récuse point par point. En vain.

    Sans protection

    À l’automne 2025, alors que plusieurs témoins clés n’ont pas été entendus, la justice a prononcé un non-lieu pour toutes les plaintes de l’AGS relatives aux détournements de fonds. Elle a par ailleurs jusqu’ici refusé d’accorder à Houria Aouimeur le statut protecteur de lanceuse d’alerte, statut que lui ont pourtant reconnu la défenseure des droits et la Maison des lanceurs d’alerte. L’association #Anticor, en pointe sur le combat anticorruption, lui a de son côté décerné un prix éthique en 2025. Pour cette fille d’immigrés algériens qui a grandi dans une cité de Saint-Étienne et gravi un à un les échelons, la consécration qu’avait représentée sa nomination à l’AGS a tourné au cauchemar. En suivant le parcours de cette femme blessée mais pas vaincue, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade (Sophie Rollet contre Goodyear) retracent un feuilleton judiciaire qui, pour le moins, questionne.

  • Ce qu’il faudra faire pour vaincre l’#extrême_droite

    L’extrême droite se nourrit du #désespoir économique, de l’#insécurité et de l’#exclusion. Pour la priver de ses ressources, ceux qui veulent préserver la #démocratie doivent proposer un contre-discours axé sur la #dignité et l’#appartenance, ainsi qu’un programme politique conçu pour favoriser l’#inclusion_économique et la #résilience_climatique.

    De l’Allemagne aux États-Unis en passant par le Brésil et au-delà, l’extrême droite gagne du terrain. Si les détails varient d’un pays à l’autre, le schéma est étonnamment cohérent : l’extrême droite prospère lorsque les économies ne parviennent pas à assurer le #bien-être, l’#équité et la #sécurité.

    Ce n’est pas une observation nouvelle. #Antonio_Gramsci, #Karl_Polanyi et d’autres penseurs du XXe siècle ont diagnostiqué le #fascisme comme une réponse réactionnaire à l’#instabilité_capitaliste et aux mouvements progressistes qui avaient émergé pour contrer ses excès. Dans The Great Transformation, Polanyi a fait valoir que le « #déracinement » des marchés des #relations_sociales avait créé un terrain fertile dans lequel l’#autoritarisme pouvait s’enraciner.

    À notre époque, #Nancy_Fraser, de la New School for Social Research, a décrit comment le #néolibéralisme érode la #solidarité_sociale, alimentant le #populisme exclusif. D’autres analystes soulignent que l’#austérité et la #précarité rendent les citoyens vulnérables aux #discours_simplistes qui désignent des #boucs_émissaires.

    Ainsi, l’histoire montre comment le #chômage_de_masse, l’#inflation et la baisse du #niveau_de_vie peuvent favoriser l’#extrémisme, en particulier lorsqu’ils s’accompagnent d’institutions faibles, d’une #polarisation_politique ou de discours exploitant les #griefs et les #peurs. Tout comme la #Grande_Dépression a ouvert la voie au fascisme en Europe, la #crise_financière mondiale de #2008 a créé les conditions d’un retour du #nationalisme à travers le monde.

    Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle itération du même cycle. Bien que l’#Allemagne ait initialement fait preuve de résilience pendant la pandémie de COVID-19, la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’a particulièrement touchée. Comme l’ont montré les économistes Isabella M. Weber et Tom Krebs, la hausse des #coûts_énergétiques s’est répercutée sur l’ensemble de l’#économie, la fixation des prix par les entreprises amplifiant les pressions inflationnistes. Alors que les ménages étaient en difficulté, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland a vu sa popularité monter en flèche.

    Aux États-Unis, des décennies de #désindustrialisation, de stagnation des #salaires et d’augmentation des inégalités ont érodé l’idée que chaque génération fera mieux que la précédente. L’Inflation Reduction Act de l’ancien président Joe Biden était une initiative ambitieuse visant à relancer la politique industrielle et à stimuler la fabrication écologique, mais son héritage s’est avéré éphémère. Donald Trump a exploité le mécontentement suscité par la hausse des prix après la pandémie et a remporté les élections de 2024 en utilisant comme arme l’#aliénation et le #ressentiment, en désignant comme boucs émissaires les immigrants, la #mondialisation et les « #élites_urbaines ».

    Le #Brésil illustre une autre dynamique. Des millions de personnes sont sorties de la #pauvreté sous le gouvernement du Parti des travailleurs du président Luiz Inácio Lula da Silva dans les années 2000, mais beaucoup ont vu ces acquis s’inverser, tandis que d’autres ressentent de l’amertume d’être exclus des programmes sociaux. La révolution numérique rend le travail plus précaire. Lula a tenté de restaurer certains des acquis perdus depuis son retour au pouvoir en 2023, mais il est confronté à un Congrès dominé par l’extrême droite et ses alliés.

    Même si Jair Bolsonaro a été condamné pour tentative de coup d’État, d’autres dirigeants d’extrême droite au Brésil promettent également un retour à l’ordre, à la stabilité et à la foi religieuse. Leur rhétorique met l’accent sur l’#esprit_d’entreprise et l’#autonomie. Bien que séduisante sur le plan émotionnel, l’idée selon laquelle les individus sont responsables de la pauvreté ignore cyniquement les obstacles structurels qui bloquent la mobilité socio-économique.

    Les #chocs_internationaux – ruptures de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie, volatilité des marchés énergétiques, #conflits prolongés, effets inflationnistes du #changement_climatique – ont également alimenté la montée des forces d’extrême droite. Ces problèmes exigent une coopération transfrontalière, mais les extrémistes les exploitent pour attaquer le #multilatéralisme, le présentant comme un « #complot mondialiste ». Les #droits_de_douane punitifs de Trump incarnent cette réponse, présentant le commerce mondial comme une lutte à somme nulle dans laquelle les étrangers sont les ennemis des travailleurs américains.

    Ces discours simplistes unissent les mouvements d’extrême droite plus que n’importe quel ensemble de politiques communes. Chacun repose sur une opposition fondamentale entre « nous » et « eux ». Comme le note la sociologue brésilienne Esther Solano, ces discours séduisent ceux qui se sentent abandonnés, en faisant des immigrants, des minorités, des féministes, des militants pour le climat et d’autres groupes des ennemis. Dans un monde binaire de gagnants et de perdants, la #complexité disparaît dans les mythes d’une #pureté_culturelle et d’une grandeur nationale révolues.

    Pour contrer ces discours, il faut plus qu’une réfutation raisonnée. Si les racines de l’ascension de l’extrême droite sont en grande partie économiques, il sera impossible de la vaincre sans une nouvelle #vision_économique.

    Cela signifie, pour commencer, s’attaquer à l’inflation à sa source. La récente vague d’inflation était moins liée à une demande excessive qu’à des chocs d’offre, à la #spéculation et à des fragilités structurelles. Pourtant, l’orthodoxie économique a continué à privilégier les hausses de taux d’intérêt et l’austérité, pénalisant les travailleurs et les plus vulnérables. Les gouvernements doivent plutôt utiliser des #outils_fiscaux – soutien au revenu, #allégements_fiscaux sur les produits de première nécessité, renforcement des #services_publics – pour protéger les ménages, tout en investissant dans les capacités nationales en matière d’#énergies_renouvelables, de #sécurité_alimentaire et de production durable. Il faut lutter de front contre la spéculation des entreprises en appliquant les #lois_antitrust, en renforçant les règles de #transparence et en sanctionnant les pratiques abusives en matière de #prix.

    Une deuxième priorité consiste à investir massivement (et stratégiquement) dans les #infrastructures_publiques. Des #transports au #logement, en passant par la #santé et l’#éducation, le domaine public doit être reconstruit. La propriété publique ou la réglementation des secteurs clés garantirait la fiabilité, l’équité et la #résilience_climatique des services. Mais l’#investissement seul ne suffit pas. Les institutions doivent être rendues plus transparentes, responsables et participatives, afin de restaurer la #confiance dans le fait que les gouvernements servent l’#intérêt_général.

    Troisièmement, nous avons besoin d’une transition véritablement juste vers une économie à faible émission de carbone. Une politique industrielle verte peut créer des emplois et revitaliser les régions laissées pour compte tout en décarbonisant l’activité économique. Mais si elle est trop laissée au marché, la transition verte risque d’aggraver les inégalités. La #transition_énergétique doit donner du pouvoir aux travailleurs, et non les abandonner. Les emplois verts doivent être des #emplois de qualité : sûrs, bien rémunérés, syndiqués et ancrés dans les communautés. À cette fin, la #politique_industrielle devrait se concentrer sur les énergies propres, la régénération des écosystèmes et les secteurs des soins.

    Quatrièmement, nous devons restaurer la confiance dans les institutions. Cela signifie apporter des améliorations tangibles dans des domaines tels que le #logement_abordable, les #soins_de_santé publics et les infrastructures résilientes. Cela signifie également démocratiser la prise de décision. Des mécanismes tels que la #budgétisation_participative, les #assemblées_citoyennes et les #initiatives_communautaires en faveur du climat peuvent permettre aux citoyens non seulement d’être témoins du changement, mais aussi de le façonner.

    Enfin, pour contrer les discours simplistes de l’extrême droite, il faut élaborer de nouveaux discours audacieux. Un message de renouveau culturel et politique doit accompagner la réforme économique. Là où l’extrême droite offre la peur, la #division et des boucs émissaires, les forces démocratiques doivent offrir la #solidarité, la dignité et l’#espoir, en s’appuyant sur un #discours qui met l’accent sur le #bien-être_collectif, célèbre la #diversité et donne le sentiment que le #progrès est possible et réel.

    L’extrême droite se nourrit du désespoir, de l’insécurité et de l’exclusion. Bricoler les contours du néolibéralisme ne permettra pas d’apporter la sécurité, la dignité et le sentiment d’appartenance nécessaires pour l’affamer. Pour cela, nous avons besoin d’un nouveau modèle économique, fondé sur la #durabilité, la #justice et la solidarité.

    https://www.reseau-bastille.org/2025/12/26/ce-quil-faudra-faire-pour-vaincre-lextreme-droite
    #à_faire #résistance #fisc #fiscalité #économie #gauche #contre-discours
    ping @karine4

  • Juan Carlos Martinez Lazaro, économiste : « L’Espagne en est à sa troisième année de croissance, mais le chômage reste autour de 10 % »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/21/juan-carlos-martinez-lazaro-economiste-l-espagne-en-est-a-sa-troisieme-annee

    Portée par l’#immigration, le #tourisme et les fonds européens, l’économie espagnole affiche une croissance nettement supérieure à celle de ses voisins. Mais derrière ces performances, des fragilités structurelles persistent, explique l’économiste Juan Carlos Martinez Lazaro dans un entretien au « Monde ».

    Juan Carlos Martinez Lazaro est professeur d’économie à l’IE University, à Madrid. Selon lui, à court terme, la #croissance espagnole devrait se poursuivre. Mais les faiblesses structurelles qui pèsent de longue date sur l’économie du pays, en particulier le #chômage et la #crise_du_logement, contribuent à une croissance inégalement ressentie dans la population.

    Quels facteurs expliquent qu’aujourd’hui l’Espagne soit l’économie à la croissance la plus rapide en Europe ?

    La croissance actuelle repose sur une conjonction de facteurs qui se renforcent mutuellement. Le premier tient à l’arrivée d’immigrés ces dernières années, qui a entraîné une hausse significative de la population : près de 1,5 million de personnes en plus depuis 2023, pour un pays d’environ 49 millions d’habitants. Cet afflux élargit à la fois le marché du travail et la consommation.

    Le deuxième facteur, étroitement lié au précédent, est la progression de l’emploi. L’#Espagne a dépassé les 22 millions de personnes en activité. Le taux de chômage demeure élevé, autour de 10 %, mais l’emploi continue d’augmenter. Troisièmement, le tourisme. Depuis 2023, les records historiques se succèdent. Le nombre de visiteurs devrait frôler les 100 millions cette année et, surtout, les recettes touristiques progressent d’environ 7 %, ce qui représente des montants considérables. En 2024, plus de 126 milliards d’euros sont ainsi entrés dans l’économie.

    Enfin, il faut mentionner le déploiement des #fonds_européens de relance mis en place après la pandémie (programme NextGenerationEU, en tout 56,7 milliards d’euros, selon les chiffres du gouvernement publiés en octobre), que l’Espagne a su mobiliser efficacement. L’ensemble de ces facteurs s’autoalimente, entraînant l’économie dans une spirale positive.

    Vous parliez de l’importance de l’immigration. L’Espagne va à contre-courant de l’Europe en la matière. Cet afflux migratoire n’a pas suscité de rejet social, du moins pour le moment…

    Les #travailleurs_étrangers sont devenus indispensables, faute de main-d’œuvre suffisante en Espagne. Les entreprises en demandent de plus en plus, notamment dans le secteur de la #construction. Il me semble aussi que l’immigration latino-américaine suscite moins de rejet que celle en provenance d’autres régions du monde, essentiellement pour des raisons culturelles : la langue, les références communes facilitent grandement l’intégration. Cela n’efface pas les difficultés : il existe des tensions, bien sûr, et du racisme.

    La demande intérieure soutient aussi la croissance, alors que les salaires restent bas. Le gouvernement a relevé le #salaire_minimum de 61 % en sept ans (actuellement de 1 184 euros brut sur quatorze mois), et la réforme du marché du travail de 2021 a fait reculer la précarité. Ces mesures ont-elles eu un effet positif ?

    Je ne pense pas que la réforme du marché du travail ait eu un impact significatif. Le chômage demeure aujourd’hui intolérablement élevé lorsqu’on compare l’Espagne au reste de l’Union européenne. Je donne toujours cet exemple à mes élèves : l’Espagne en est à sa troisième année de croissance, avec des taux proches de 3 %, et pourtant le chômage s’établit encore autour de 10 % en 2025. A l’inverse, l’Allemagne est en récession depuis deux ans ; cette année, elle ne devrait croître que de 0,2 %, mais son taux de chômage est seulement de 3,9 %.

    La réforme du marché du travail a surtout permis de masquer la réalité de nombreux travailleurs, notamment dans le secteur touristique : ceux que l’on appelle les « salariés en CDI intermittents » (fijos discontinuos, « fixes discontinus »). Lorsque la saison s’achève, ils perçoivent des #allocations-chômage sans apparaître dans les statistiques officielles. La fragilité structurelle du marché du travail espagnol, une constante historique, n’a pas été résolue.

    https://justpaste.it/dv1mj

    #emploi_discontinue #fixes_discontinus #discontinuité_de_l'emploi #saisonniers

    • foin d’idéologie du travail, le réalisme minimal à ce sujet, c’est qu’un gouvernement de gauche (sans plus, Israel mis à part, et corruption incluse) distribue du revenu de manière relativement indépendante de l’emploi.

      spécialement si celui-ci est, dans la forme qu’il revêt par nécessité, une ressource économique décisive (le tourisme, manne de nombreux états européens, dont la France).

      #emploi_précaire #gauche

  • En #Afrique, des « #petites_mains » du numérique toujours aussi précaires à l’heure du boom de l’#IA

    Il y a quelques années, les « #travailleurs_du_clic » africains sortaient de l’ombre, révélant l’envers du décor des entreprises du numérique. Depuis, l’#IA_générative a explosé, rendant ces travailleurs d’autant plus indispensables et le secteur encore plus attractif. Mais la réalité de ce travail reste marquée par la #précarité.

    Ce n’était pas la panacée, mais Joyce (les personnes désignées par un prénom ont souhaité rester anonymes) se souvient presque avec nostalgie de ses débuts sur #Remotasks, en 2018. « Il suffisait de créer un compte pour commencer à gagner de l’argent immédiatement, sans aucune restriction ni processus de vérification. » Depuis son ordinateur, elle enchaîne alors les #microtâches d’#annotation de #données : vérifier des images, organiser des informations destinées à entraîner des systèmes d’intelligence artificielle. De quoi s’assurer un #revenu d’appoint pour la jeune Kényane fraîchement diplômée.

    Mais les choses se sont compliquées. En 2024, de nombreux travailleurs kényans, comme Joyce, ont vu leur accès à Remotasks soudainement coupé, explique-t-elle. La maison mère #Scale_AI évoque, elle, des fermetures de comptes pour non-respect de ses règles internes. Surtout, selon la jeune femme, le volume de travail n’a plus rien à voir. « Avant, nous pouvions gagner un revenu décent car le boulot était continu. Aujourd’hui, les tâches sont moins nombreuses, à court terme et peu durables », constate Joyce. Faute de missions, elle se forme à la transcription pour diversifier ses sources de revenus.

    Ces deux dernières années, Oluwaseun, au Nigeria, a travaillé pour plusieurs acteurs du secteur, parmi lesquels #Appen et #Mindrift. Elle participe à l’#entraînement des modèles d’IA, du #contrôle_qualité des réponses générées par les #LLM à l’annotation de données texte, image ou audio. Si la jeune femme ne se plaint pas de sa situation, elle concède que « la #rémunération n’est jamais assez élevée pour dépendre d’une seule plateforme. En Afrique, il faut plusieurs jobs », d’autant que « la concurrence s’est clairement intensifiée sur ces plateformes ».

    Doit-on y voir le signe d’un remplacement rapide de ces petites mains du numérique par des systèmes automatisés, alors qu’elles opèrent pour le compte d’entreprises comme #Meta, #OpenAI, #Microsoft ou #Google ? Le sociologue Antonio Casilli balaie immédiatement cette idée. Depuis bientôt dix ans, il dirige le groupe de recherche DIPLab (Digital Platform Labor), qui a enquêté sur les travailleurs du clic dans une trentaine de pays. Pour lui, l’idée d’un « remplacement » du travail humain par les machines est un « mensonge idéologique », utilisé pour faire accepter une dégradation des #conditions_de_travail.

    D’après les données collectées par son équipe, le volume de microtâches ne diminue pas : au contraire, « plus le marché de l’intelligence artificielle générative grandit, plus on a besoin de réentraîner les #modèles », donc plus il faut de #travail_humain. Le boom de l’IA ne signe donc en rien la fin de ces travailleurs de l’ombre... pas plus qu’il ne signifie une amélioration de leurs conditions de travail.

    « Une forme d’#esclavage_moderne joliment emballée »

    L’histoire du « #digital_labor africain » s’inscrit dans celle, plus globale, du « digital labor », concept désignant des formes de #travail_numérique largement invisibilisées et caractérisées par une forte précarité.

    Dès les années 2000, et surtout au cours des années 2010, des pays comme l’Égypte, le Kenya, le Nigeria ou l’Afrique du Sud deviennent des hubs de #sous-traitance pour les grandes compagnies du numérique. Ce modèle repose sur des tâches fragmentées, rémunérées à la pièce et distribuées via des plateformes de microtravail comme Remotasks, #Amazon_Mechanical_Turk ou #Clickworker, ainsi que par des entreprises sous-traitantes comme #Appen ou #Samasource. Bien que précaire, cette économie facile d’accès – une connexion internet suffit – attire des milliers de jeunes hautement diplômés dans des pays du Sud où le chômage est élevé.

    Mais ce modèle, loin d’être inédit, a déjà largement montré ses limites, parfois de façon retentissante. Au Kenya, à partir de 2023, des employés de la société #Sama (anciennement Samasource), prestataire notamment de Meta et d’OpenAI, ont intenté une action collective pour dénoncer des conditions de travail indignes, des #salaires faibles et irréguliers et l’insuffisance de soutien psychologique. Chargés de « nettoyer » #Facebook, certains avaient développé des #troubles_psychologiques après avoir été exposés quotidiennement à des contenus extrêmes. « Nous traitions des vidéos de corps mutilés, de suicides en direct, d’abus sur des enfants, de discours haineux », rapporte Sonia Kgomo, ancienne modératrice chez Sama.

    Embauchée en pleine pandémie de Covid-19, la Sud-Africaine avait cru avoir décroché une opportunité en or, « un job à l’étranger pour un grand nom de la tech ». « Mais une fois sur place, j’ai compris que ce n’était pas le rêve américain : c’était une forme d’esclavage moderne joliment emballée », explique celle qui a été licenciée en 2023 comme près de 200 autres, après avoir, selon elle, tenté de s’organiser collectivement avec ses collègues. L’entreprise parle elle de restructuration.

    Aujourd’hui, Sama indique avoir mis fin à la #modération_de_contenus pour Meta et s’est recentrée sur les #annotateurs de données, chargés d’entraîner des systèmes d’IA. Edward, qui travaille toujours sur le site de Nairobi, décrit un « travail très caché ». « On étiquette des images de rues, des vidéos, mais aussi des photos médicales avec des plaies ouvertes… Certaines tâches restent éprouvantes, explique-t-il. On nous répète que nous sommes payés au-dessus du marché, mais ce n’est pas un salaire qui permet de vivre : même en travaillant huit heures par jour, il faut avoir un deuxième boulot. »

    À la précarité des salaires s’ajoute celle des contrats. « Un ami a eu un contrat de cinq jours. D’autres signent pour un mois, juste le temps d’absorber le pic d’activité du #Black_Friday ou des #fêtes de fin d’année », poursuit Edward. Il décrit aussi une pression constante avec des tâches qui arrivent « en continu », et des objectifs de performances : « Si vous n’atteignez pas les objectifs fixés, vous n’avez pas les #primes et votre salaire est raboté. Il faut travailler comme un fou pour espérer toucher le montant annoncé. » Quant au #soutien_psychologique, il confirme qu’il y a davantage de « coachs bien-être », mais la méfiance semble de mise à l’égard de ces employés, plutôt vus comme « les oreilles de l’entreprise ». Contactée, la société Sama n’a pas répondu à nos questions.

    [Actualisation du 09/12/2025 : Sama conteste ce tableau. L’entreprise, qui affirme ne plus réaliser de travail lié à des contenus violents, met en avant un dispositif de soutien aux salariés comprenant une assurance santé incluant la prise en charge de la #santé_mentale, l’accès à des séances de conseil individuel 24 h/24, ainsi que des espaces de bien-être dans ses bureaux (espaces d’allaitement, salles de méditation et de prière).

    Sama souligne également que ses annotateurs de données sont employés à temps plein, avec des « #salaires_vitaux » (#living_wages) calculés selon une méthodologie internationale « en fonction des régions ». La société assure que, contrairement à certains concurrents recourant à des travailleurs de plateforme, son modèle repose sur des contrats de travail à temps plein avec un salaire de base garanti et des avantages sociaux. Enfin, selon l’entreprise, « plus de 90% » des employés atteignent leurs objectifs de #performance dans les horaires de travail, et, quoi qu’il en soit, tous bénéficient d’un salaire de base garanti.]

    Plus de tâches, plus de #concurrence

    Et malgré les scandales, le secteur séduit toujours plus. Si les chiffres précis manquent, certaines recherches ont avancé des estimations allant jusqu’à 160 millions de microtravailleurs numériques dans le monde. Ce qui est certain, selon Antonio Casilli, c’est que les effectifs augmentent à chaque nouvelle estimation. « Il y a plus de tâches, mais pas pour tout le monde et pas tout le temps », résume le chercheur, qui décrit un mécanisme structurel : les entreprises attirent volontairement plus de travailleurs que nécessaire afin de maintenir une forte concurrence pour chaque microtâche, ce qui tire les rémunérations vers le bas. Elles entretiennent ainsi une alternance de périodes creuses et de pics d’activité.

    Une enquête d’Africa Uncensored, réalisée dans le cadre d’un projet du Pulitzer Center, évoque des campagnes massives de recrutement trompeuses, avec les mêmes offres publiées des dizaines de fois, sans réelle assurance de travail derrière. Objectif : gonfler artificiellement le vivier de travailleurs pour montrer leur potentiel d’évolution et ainsi remporter des contrats avec les grosses entreprises de la tech. Une tactique connue sous le nom de « #labour_hedging ».

    « Au Kenya, il y a des cohortes de jeunes diplômés sans emploi. Les entreprises le savent très bien, observe Edward. Si vous ne voulez pas accepter les conditions, quelqu’un d’autre le fera. »

    Avec l’essor effréné de l’IA générative, un nouveau vocabulaire s’est imposé. Les annonces pour des postes d’« #AI_trainer », « #AI_evaluator » ou d’« #AI_tutor » se multiplient. Le signe d’une montée en gamme dans un marché particulièrement dynamique ? Pas vraiment, selon Antonio Casilli : « Même si certains projets sont plus complexes, pour les harmoniser et les faire réaliser à des masses de personnes, il faut les standardiser, les fragmenter. »

    Oluwaseun, qui se présente comme « AI trainer », s’est tournée vers Mindrift, qui lui semblait plus attractive au niveau des tarifs. Après un flux de tâches relativement régulier, la manne s’est pourtant soudain tarie. « J’ai été écartée du projet pour lequel j’avais initialement postulé, alors que la qualité de mon travail était bonne, témoigne la Nigériane. J’ai abordé ce sujet lors d’un appel avec eux, mais j’ai finalement été remerciée et, depuis, je n’ai été affectée à aucun nouveau projet. »

    Certaines pratiques la heurtent particulièrement : « Parfois, une seule tâche peut prendre sept à huit heures à accomplir, et vous n’êtes rémunéré que si le travail est accepté. Si la moindre petite erreur est détectée, la tâche entière peut être rejetée, ce qui signifie que vous ne recevez aucune #rémunération pour toutes ces heures de travail. » Sollicitée, Mindrift n’a pas répondu à nos questions.

    Comme d’autres personnes interrogées, elle souligne que les travailleurs africains sont souvent moins payés que leurs homologues en Europe ou en Amérique du Nord pour des tâches comparables. Des enquêtes récentes sur des #plateformes_d’annotation mettent effectivement en évidence des écarts de rémunération liés au pays de résidence, tandis que d’autres travaux, consacrés cette fois à des « #data_workers » basés aux États-Unis, montrent que la précarité ne s’arrête pas aux frontières du Sud global : une partie des travailleurs de l’IA dans les pays du Nord cumulent eux aussi bas salaires, contrats instables et protections sociales limitées.

    Les métiers créatifs pris dans l’orbite de l’IA

    Dans des segments plus « créatifs » du numérique, comme le #graphisme ou la #rédaction_de_contenu, la concurrence dopée par l’IA se fait également sentir. Au Togo, Smiley Graphic – c’est son nom professionnel – passe quelques heures par semaine sur la plateforme de microtâches #Upwork où il propose de petits services de graphiste : logos, retouches, déclinaisons graphiques facturées 5 ou 10 euros. Il n’en tire pas plus de 50 euros par mois, mais complète ainsi ses revenus issus d’un emploi stable et de missions freelance plus exigeantes.

    Chaque jour, il constate combien l’IA bouleverse le marché : « Les prix ont baissé. Des gens qui n’y connaissent rien se forment avec des vidéos YouTube et cassent les tarifs sur les plateformes. » Des prestations autrefois facturées l’équivalent de 7 000 à 10 000 francs CFA sont désormais proposées à 2 000 ou 3 000 francs CFA, avance-t-il. Une partie des demandes qu’il reçoit consiste d’ailleurs à reprendre des logos générés par l’IA mais pas forcément à la hauteur. « Je refuse, c’est plus propre et plus simple de repartir de zéro. » Pour tenter de se démarquer, il se forme depuis six mois au motion design, qu’il juge « moins concurrencé par l’IA » pour le moment.

    Un phénomène qui n’a rien d’étonnant, pour Antonio Casilli : « Comme les grands modèles de langage génératifs se nourrissent de productions créatives, eux aussi ont été aspirés dans l’orbite de l’intelligence artificielle et désormais travaillent pour elle. » Autrement dit, les #designers, #illustrateurs ou #rédacteurs ne sont plus seulement concurrencés par l’IA : leur travail alimente directement les modèles qui, ensuite, renforcent cette concurrence.

    Des travailleurs qui commencent à faire entendre leur voix

    « Les grandes entreprises technologiques ne peuvent pas construire l’avenir sur une main-d’œuvre jetable, souligne dans un communiqué Christy Hoffman, secrétaire générale d’UNI Global Union, qui a publié fin septembre une étude sur les travailleurs de l’ombre de l’IA. Il est temps de tenir les titans de la Silicon Valley responsables des conditions dans leurs chaînes d’approvisionnement en IA. Les travailleurs de l’approvisionnement en données doivent être libres de s’organiser et de négocier pour rendre ces systèmes plus sûrs et plus équitables pour tout le monde. »

    Après son licenciement, Sonia Kgomo a choisi de se consacrer à plein temps à l’organisation des salariés de la tech, au sein d’#African_Tech_Workers_Rising, un projet soutenu par le syndicat kényan Communications Workers Union of Kenya et par la fédération internationale Uni Global Union. « En 2021, quand je suis arrivée, les travailleurs des plateformes ne parlaient pas du tout. Il y avait énormément de peur. On signait des accords de confidentialité qu’on ne comprenait pas vraiment, présentés comme des menaces. Alors on intégrait le fait que c’était normal de se taire comme on travaillait pour un service de renseignement, se souvient-elle. Aujourd’hui, on commence à avoir des travailleurs qui peuvent parler, certains rejoignent des #syndicats, et quelques sous-traitants – pas tous – acceptent la présence syndicale. Donc on est encore loin du compte, mais il y a des avancées. »

    Face au défaut d’encadrement juridique, la #Data_Labelers_Association, basée à Nairobi, doit dévoiler prochainement un #code_de_conduite à destination des plateformes d’annotation de données pour améliorer les conditions de travail.

    Pour le sociologue Antonio Casilli, le modèle des #sweatshops_numériques, ces ateliers de misère où les ordinateurs ont juste remplacé les machines à coudre, a encore de beaux jours devant lui. « Ces entreprises sont constamment en train de chercher des pays dans lesquels elles peuvent continuer à exploiter les travailleurs et à les payer très peu cher. Quand la situation s’est compliquée pour certaines d’entre elles au Kenya, elles sont parties en Ouganda ou au Ghana, ou encore au Bangladesh. » Une analyse partagée par Sonia Kgomo, qui appelle à « un mouvement de travailleurs du numérique à l’échelle du continent ».

    En attendant, ces travailleurs de l’ombre continuent de s’adapter. Malgré ses mésaventures récentes, Oluwaseun suit des cours d’annotation de données dans le but d’obtenir un emploi stable et mieux rémunéré auprès d’un grand acteur du secteur, comme « #xAI, l’entreprise d’Elon Musk », glisse-t-elle.

    https://www.rfi.fr/fr/afrique/20251206-en-afrique-des-petites-mains-du-num%C3%A9rique-toujours-aussi-pr%C3%A9c
    #AI #intelligence_artificielle #travail

  • « Derrière les victoires sur le front de l’emploi en France, l’échec de la lutte contre la pauvreté »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/27/derriere-les-victoires-sur-le-front-de-l-emploi-en-france-l-echec-de-la-lutt

    Les causes sont identifiées : les temps partiels imposés et les horaires décalés, qui ne permettent de percevoir qu’une partie d’un #salaire ; la monoparentalité, qui se traduit par un seul revenu pour tout le foyer ; ou encore la hausse du nombre d’apprentis, considérés statistiquement comme des salariés, alors que leur rémunération reste très faible. L’essor du travail indépendant n’est pas non plus à négliger : en 2022, un microentrepreneur gagnait en moyenne 670 euros par mois, selon l’Insee.

    Face à ce qu’il faut bien appeler un échec de la lutte contre la #pauvreté, les politiques publiques se seraient-elles trompées de cible ? « Dans l’objectif de faire baisser le taux de chômage, on va pousser les personnes à accepter plus facilement des emplois dont personnes ne veut, et des emplois qui maintiennent dans la pauvreté », déplore Muriel Pucci. Elle note aussi un problème de méthodologie, qui fait basculer dans la catégorie des personnes « en #emploi » celles qui travaillent quelques heures par semaine, par exemple. Une heure de travail suffit à tomber dans cette catégorie : impossible, à ce compte-là, de gagner suffisamment pour franchir le seuil de pauvreté.

    « Se fixer pour objectif de faire baisser le chômage n’est pas le bon objectif », estime la chercheuse. Mieux vaudrait raisonner sur la qualité de l’emploi et que sur la quantité, en définissant une notion, celle d’« emploi décent ». Celui qui permet de vivre correctement des fruits de son travail, et non simplement de survivre. Parmi les trois objectifs figurant dans la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, édictée en 2018, le premier était de « faire en sorte que le travail paye et qu’il paye de la même façon dans tous les cas ». Cela est encore loin d’être le cas.

    Ben alors ? la cherté des loyers qui bouffent une part énorme des revenus disponibles en bas de l’échelle ? les rares et brèves allocs chômage ? la prime pour l’emploi ? le RSA ? Tout ça est hors champs. Comme c’est étonnant.

    #revenu

  • Emploi et pauvreté : l’exception française
    Dans la plupart des pays européens, l’amélioration de l’emploi observée entre 2014 et 2024 a coïncidé avec une baisse de la pauvreté. En France, le taux d’emploi des 15-74 ans s’est accru (+5,3 pts) mais le taux de pauvreté monétaire à 60% a lui aussi augmenté (+2,6%).
    #Macron #le vrai #bilan cette catastrophe jamais achevée
    https://www.linkedin.com/feed/?highlightedUpdateUrn=urn%3Ali%3Aactivity%3A7396273516636954624&highlighte
    https://media.licdn.com/dms/image/v2/D4E22AQEZveOMikeGYg/feedshare-shrink_800/B4EZqR5h.nKgAk-/0/1763384370528?e=1764806400&v=beta&t=gfOt0rLFJ0ERGgjLU5SEcQjrB4LToDWvi3_

  • L’Allemagne va augmenter le SMIC de près de 14 %
    https://www.lesechos.fr/monde/europe/lallemagne-va-augmenter-le-smic-de-pres-de-14-2195486

    Alors que l’Allemagne est engluée dans la crise et que l’inflation s’est stabilisée, la chose pourrait surprendre. La coalition de Friedrich Merz a décidé, ce mercredi, d’augmenter le SMIC de 13,9 % en l’espace de deux ans.

    Le salaire minimum allemand va passer de 12,82 euros bruts de l’heure, à 13,90 euros l’an prochain, puis à 14,60 euros au 1er janvier 2027. C’est l’une des plus fortes hausses du #SMIC jamais enregistrées depuis la création du salaire minimum en Allemagne en 2015, après celle décidée par Olaf Scholz en 2022.

    En france la chasse aux pauvres continue

  • « En Europe, les coûts de restructuration étouffent l’investissement dans l’innovation de rupture, là où l’échec est fréquent »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/27/en-europe-les-couts-de-restructuration-etouffent-l-investissement-dans-l-inn

    Pour réveiller l’innovation en Europe, il faut supprimer le coût de l’échec [ce qui reviendrait à faire payer moins cher leur échec aux RSAstes, cassos, etc., et sans perte d’emplois !, si j’ai bien compris, ndc], plaide, dans une tribune au « Monde », l’entrepreneur Olivier Coste, qui pointe les effets pernicieux de la protection trop forte de l’#emploi pour les #hauts_revenus.

    Pourquoi n’y a-t-il pas de Google européen ou de Steve Jobs français ? Parce qu’en Europe, l’échec coûte trop cher. Nos recherches montrent que le retard européen en innovation s’explique d’abord par un facteur rarement évoqué : le coût de l’échec. Nous proposons des #réformes déjà mises en œuvre avec succès en Suisse et au Danemark, pleinement compatibles avec notre modèle social européen et sans coût pour les finances publiques.

    Lorsqu’un investissement innovant échoue ou qu’un marché s’effondre, les entreprises doivent licencier les équipes concernées. Apple a licencié 600 ingénieurs lors de l’arrêt du projet de voiture autonome. Devant le succès de ChatGPT, Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) a arrêté de nombreux projets, tels que le métavers, et supprimé 25 % de ses effectifs en six mois pour embaucher dans l’intelligence artificielle (IA). Mais ces #licenciements engendrent un coût de l’échec qui varie fortement d’un pays à l’autre.

    Le coût de l’échec correspond aux « coûts de #restructuration », c’est-à-dire à l’ensemble des dépenses que les #entreprises doivent supporter lorsqu’elles réduisent leurs effectifs, en raison de la protection de l’emploi chez les hauts revenus. Ils englobent les pertes d’exploitation liées aux longues procédures sociales, les #indemnités_de_licenciement, les #préretraites, les formations ou encore les mesures de réindustrialisation.

    Ecart de flexibilité

    En étudiant les rapports financiers de plus de 250 entreprises, nous montrons que les coûts de restructuration représentent près de trois ans de #salaire en Allemagne ou en France, contre quelques mois seulement au Danemark, en Suisse ou aux Etats-Unis. Orange a licencié 650 personnes en 2023, pour un coût total de 48 mois de salaire. Chez Vallourec, 38 mois. Moins de deux mois chez UBS à Zurich et chez Novo Nordisk à Copenhague, cinq mois chez Boeing.

    Cet écart de #flexibilité se reflète dans la manière dont les grandes entreprises américaines de la tech innovent. Là-bas, le taux d’échec des projets innovants est de l’ordre de 80 %, mais c’est ainsi que ces entreprises prennent des risques et créent l’iPhone, le cloud, le véhicule autonome ou l’IA. Le PDG d’Amazon demandait à ses équipes d’« augmenter la taille de [leurs] échecs ». Pour cela, il faut embaucher et licencier constamment. Le PDG de Microsoft décrit même la dernière vague de 15 000 licenciements comme « l’énigme du succès », tout en annonçant 15 % de croissance.

    En Europe, les coûts de restructuration étouffent l’investissement dans l’innovation de rupture, là où la prise de risque est importante et où l’échec est fréquent. Si une entreprise lance dix projets à 100 millions d’euros, sachant qu’en moyenne seuls deux réussiront, elle doit anticiper les coûts de restructuration des huit autres. Aux Etats Unis, en Suisse ou au Danemark, les profits des deux succès compensent largement les échecs. En revanche, quand licencier coûte trois ans de salaire en Allemagne ou en France, l’entreprise perd de l’argent même en cas de succès. L’innovation de rupture y est impossible.

    Cet impact se mesure clairement. En France, en Allemagne et au Royaume-Uni, où les coûts de restructuration avoisinent deux à trois années de salaire, les entreprises n’investissent qu’environ 0,5 % du PIB dans la tech et la biotech. En Suisse et au Danemark, où ces coûts ne représentent que trois mois de salaire, les investissements atteignent 2,9 % et 1,8 % du PIB – davantage qu’aux Etats-Unis (1,6 %) et quatre fois plus qu’en France. A l’inverse, en Italie et en Espagne, où les coûts dépassent quatre années de salaire, l’#investissement en tech et biotech tombe à 0,1 % du PIB.

    Le lien est évident : plus le coût de l’échec est élevé, moins on investit dans les secteurs prometteurs et risqués, car l’innovation y devient tout simplement non rentable.

    Le risque de l’inaction

    Nos travaux indiquent qu’une adaptation ciblée de la protection de l’emploi pour les hauts revenus pourrait restaurer la rentabilité de l’innovation de rupture. La population ciblée serait les 10 % de salariés les mieux rémunérés, au-dessus de 5 000 euros par mois en France. Le Danemark a montré la voie en instaurant la « flexisécurité » dès 1995 : en cinq ans, l’investissement privé en recherche et développement a doublé. La flexisécurité combine flexibilité du licenciement et sécurité pour les personnes licenciées. Il s’agirait de l’introduire pour les salariés les plus qualifiés, sans rien changer pour 90 % de la population. Evidemment, c’est difficile, mais c’est réalisable en prenant le temps d’expliquer et de convaincre. Ouvrir le débat serait précieux.

    Le risque social de l’inaction est énorme : évitant les fortes prises de risque depuis cinquante ans, les entreprises européennes se sont confinées dans les industries du XXe siècle : #automobile, aéronautique, chimie. Mais les voitures de demain seront des ordinateurs conçus à San Francisco ou à Shenzhen pilotant des moteurs électriques construits en Chine par des robots. Les suppressions d’emplois dans l’automobile européenne pourraient se compter en centaines de milliers. C’est aussi prévisible que les crises de la sidérurgie ou du textile dans les années 1980. Or aucune #industrie_innovante ne vient remplacer ces emplois en France ni en Allemagne.

    Les pays européens dotés de flexisécurité investissent, innovent et créent de la richesse collective. Les salaires y sont jusqu’à deux fois plus élevés qu’en France. Ils assurent aussi une plus grande justice sociale : le smic est à 4 300 euros par mois à Genève ; les inégalités sont plus faibles au Danemark qu’en France. Ces réformes sont compatibles avec notre modèle social.

    Appliquées en France, nos estimations suggèrent que ces réformes pourraient générer à terme 300 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires par an. De quoi financer nos retraites, notre éducation, notre santé et notre défense. Enfin, elles mettraient fin à notre #dépendance_technologique aux Etats-Unis et à cet appauvrissement collectif qui nourrit les extrêmes. Une Europe riche, souveraine et sociale est possible.

    Olivier Coste est président du Fonds pour l’étude économique de l’#innovation_de_rupture et ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon.

    • Oui, à un détail près : il dit ne cibler exclusivement que les salaires supérieurs à 5000 balles, ce en quoi la mesure est salubre, pour peu que l’on soutienne la flexibilité dont se revendique ce discours. Oui, 5000 balles constituent un plafond de revenu mensuel acceptable et un maxima nécessaire à une éducation à l’écologie qui fait actuellement tragiquement défaut (bien sûr cela demanderait des adaptations, fiscales en particulier), c’est d’ailleurs une condition pour qu’étant tous des porteurs potentiels d’innovation placés dans la situation d’entrepreneurs de nous-mêmes le risque encouru du simple fait de vivre sous le capitalisme fasse l’objet d’un investissement réel c’est-à-dire d’une rétribution généralisée individuelle et sans condition à hauteur du SMIC mensuel.

      #flexisécurité

    • Excellent article.

      L’informatisation massive de France Travail amène à de plus en plus d’erreurs de calcul d’#indemnisation_chômage, les algorithmes répétant en boucle des dysfonctionnements sans que ceux-ci ne soient corrigés. Dans la moitié des dossiers des #chômeurs, aucun conseiller indemnisation humain n’intervient.

      France Travail entretient en plus un manque total de transparence sur ses calculs d’indemnisation, les conseillers eux-mêmes ne comprenant plus le système informatique, et bien que l’organisation corrige parfois les dysfonctionnements révélés, elle ne rembourse jamais les usagers lésés pendant des années.

      Avec l’automatisation amenée à se développer encore dans le futur, ces erreurs risquent d’empirer. Et même actuellement, combien de « bugs » et d’erreurs passent encore entre les filets ?

      [...]

      « Leurs droits terminés, les intermittents ne recevaient pas le formulaire automatique pour les Allocations de Solidarité Spécifique », se remémore [Yann Gaudin]. Une aide, d’environ 550 euros par mois à l’époque, normalement accessible à tous les demandeurs d’emploi éligibles après l’épuisement de leurs droits #ARE (Allocation de retour à l’emploi, le nom donné aux indemnités chômage). A l’époque, il pense à une simple erreur. Mais son signalement au service interne n’amène aucun changement. Lorsqu’il contacte de lui-même 8.000 intermittents bretons pour les informer, sa direction lui assène un avertissement pour son excès de zèle. Son initiative jouera dans son licenciement pour faute grave et insubordination aux yeux de l’institution.
      Ce n’est qu’en 2024, 10 ans après l’avertissement de Yann Gaudin et quatre ans après l’avoir licencié, que France Travail adaptera son site pour informer chaque usager de ce droit.

      [...]

      Car les algorithmes sont imparfaits. Par exemple, un usager qui quitte un CDI pour un autre mais est « coupé » après sa #période_d’essai se retrouve exclu des indemnités ARE, alors qu’il y a droit. Il en va de même pour de nombreux inscrits automatiquement à France Travail en tant que bénéficiaires du RSA, alors qu’ils sont éligibles au droit au chômage, plus rémunérateur, sans en être notifiés.

      (...) les algorithmes ont tendance à supprimer automatiquement les plus hauts #salaires des usagers, car jugés suspects. Une alerte est donnée pour un salaire 10 % supérieur à la médiane des revenus de l’année précédente et le salaire est automatiquement supprimé s’il est 20 % plus élevé, sans la moindre justification, suivant un peu trop à cheval les recommandations de l’Unédic**. Treizième mois, primes et autres heures supplémentaires sont donc supprimés des calculs de droit, sans que l’usager n’en soit notifié, faisant fatalement baisser ses indemnisations. (...) ce dysfonctionnement est particulièrement dommageable pour les usagers ayant eu des arrêts maladie. Tout salaire « normal » apparaît alors comme suspect par rapport à la médiane et est enlevé. Ce qui amène à des incongruités : « J’ai déjà ouvert des droits à 1,4 euro par jour, car la personne avait été en #arrêt_maladie deux ans et le système avait exclu tous les vrais salaires. Le système n’avait validé qu’un seul bulletin de salaire, le divisant par 365 jours »

      [...]

      Si de nombreux dysfonctionnements révélés par Yann Gaudin ou d’autres lanceurs d’alerte internes ont été réparés avec le temps, ces corrections n’ont jamais donné lieu à des remboursements collectifs. A propos de la correction d’un de ses dysfonctionnements, l’institution évoquait noir sur blanc dans une note interne, que 20 Minutes a pu consulter, qu’il n’y aurait « pas de reprise de stock » [sic] pour les personnes lésées pendant des années par cette erreur - comprendre pas de compensations financières.

      Il arrive que des journalistes reçoivent des informations et en fassent quelque chose.

      La sanction financières des arrêts maladies n’est pas un dysfonctionnement mais un modèle dont on voit ce que les projets de budget lui doivent.

      Faire des économies par tous les moyens nécessaires, en détail, et en masse (ce que le titre de l’article élude spectaculairement).

      #arnaque_institutionnelle #Illégalisme_institué #violence_institutionnelle #ASS #salaire_journalier_de référence (explosé par la loi et par les calculs) #SJR #médiateur_de_France_travail

    • Yann Gaudin #lanceur_d'alertes
      https://blogs.mediapart.fr/yann-gaudin/blog/051025/1100-victimes-de-france-travail

      Un recensement a été effectué en ligne de septembre 2024 à septembre 2025 et plus de 1100 victimes de défaillances de Pôle emploi / France Travail y ont répondu. Souffrance, erreurs de l’institution, absence d’explications règlementaires, dérapages : le rapport révèle des faits très inquiétants et présente des solutions pour sécuriser les services de France Travail.

      https://www.labonneetoile.fr/post/1100-victimes-de-france-travail-rapport-de-recensement

    • Entre paranoïa et tactique du mort du côté de France Travail, les usagers dans l’impasse pour obtenir leurs droits
      https://www.20minutes.fr/economie/4169845-20251024-entre-paranoia-tactique-mort-cote-france-travail-usagers-

      « France Travail vous impose son narratif »
      1 % des fraudes sociales valent-elles tant de paranoïa ?
      Des prélèvements de France Travail totalement illégaux
      « On tremble à chaque fois qu’on y va »
      Une explosion du nombre de médiations [or le médiateur est juge et partie... ça sert rarement de le saisir, mieux vaut un RAPO puis une procédure]

      https://www.20minutes.fr/journaliste/jean-loup-delmas

      #France_travail #indus #fraude #guerre_aux_pauvres

    • « Tout ce que je voulais, c’était travailler » … Quand France Travail rate son rôle de tremplin de retour à l’emploi
      https://www.20minutes.fr/economie/4170232-20251025-tout-voulais-travailler-quand-france-travail-rate-role-tr

      Les formations sont également très compliquées à obtenir. Dans le cadre de son PPAE (Parcours Personnalisé d’Accès a l’Emploi), Julien* a monté un dossier complet de financement de #formation pour devenir sophrologue. « Après m’avoir exigé un dossier complet, France Travail a refusé mon financement sur la base de motifs internes sans base légale, avant d’en changer plusieurs fois : une Aide individuelle à la formation (AIF) antérieure jamais démontrée, une non-conformité du projet, ou encore l’absence de retour rapide à l’emploi – alors que mon projet était entrepreneurial. ». Commence alors le même parcours du combattant que pour les usagers lésés face à un France Travail qui joue la montre et les refus de dialogue.
      « J’ai demandé un entretien avec la direction, qui n’est jamais arrivé. Lorsque j’ai demandé une réponse écrite comme l’avait demandé le médiateur et comme l’exige la loi - les décisions à caractère individuelles doivent faire l’objet d’une réponse écrite, la réponse écrite n’est jamais venue. » France Travail n’a rien répondu pendant deux mois, avant de réapparaître enfin. Deux mois, soit pile la durée du recours gracieux, au-delà de laquelle la formation ne peut plus être financée.
      Un système critiqué dans de nombreux rapports

      Un cas fréquent, dénoncé dans les rapports annuels du médiateur national de France Travail. En 2023, est cité le « problème récurrent des motifs de refus de financement de formation, qui sont souvent incompris par les candidats. Ils expriment parfois des motifs différents de ceux exprimés en agences. » En 2024, il pointe une iniquité de traitement et des blocages administratifs qui empêchent les usagers d’accéder à des formations validées dans leur Projet Personnalisé d’Accès à l’Emploi (PPAE). Dès 2018, la Cour des comptes étrillait dans son rapport La formation des demandeurs d’emploi « une juxtaposition de dispositifs et à une augmentation de moyens sans stratégie globale ni coordination des acteurs » et « des résultats décevants » pour les demandeurs d’emploi.
      Ces difficultés génèrent des réclamations récurrentes, souvent liées à des refus non motivés. Sylvaine*, conseillère France Travail, confirme le problème : « Débloquer une formation, c’est forcément du budget. On a l’impression d’accorder une faveur, et beaucoup de conseillers sont réticents à dépenser » … Un aspect « cadeau » alors qu’il s’agit d’un droit, dénoncé par de nombreux usagers. Laura s’en souvient : « Lorsque j’ai demandé une formation, on m’a dit que je devais fermer ma gueule si je voulais avoir mes droits. »
      « Rien n’avance et on nous empêche de faire »

      Sans compter une gageure administrative pour les conseillers : les formations sont souvent cofinancées par les régions, demandant une collaboration qui peut s’avérer très chronophage et complexe, comme le rappelle le rapport annuel du médiateur France Travail 2024. Reviennent alors les problèmes de temps et le rythme des conseillers (voir notre article précédent).

    • Pour les formations, c’est très simple  : le gros des fonds est pompé par des trucmuches de margoulinades spécialement pensés pour pomper le max des enveloppes prévues pour des trucs fumeux en face.

      Qaliopi devait mettre de l’ordre dans ce foutoir, à la place de quoi, c’est un bidule à valider ceux qui sont bons à monter des dossiers aux normes, indépendamment de l’utilité des contenus.

  • Les grilles de #salaire en #informatique suscitent toujours de nombreux débats, et beaucoup se posent la question : combien gagne un #informaticien aujourd’hui ? Pour y répondre, il faut examiner de près les différentes catégories de #métiers qui composent ce vaste univers, tout en tenant compte du niveau d’études, du secteur d’activité, et bien sûr de l’#expérience professionnelle.
    https://michelcampillo.com/blog/5938.html

  • Dix ans après avoir accueilli 1,2 million de réfugiés, l’#Allemagne dresse le #bilan

    Wir schaffen das (“Nous y arriverons”) : c’est en ces termes que l’ex-chancelière allemande #Angela_Merkel évoquait, en 2015, le défi de l’intégration de 1 200 000 réfugiés. Les #données publiées en août 2025 par l’Institut de recherche sur le #marché_du_travail et les professions (IAB) lui donnent raison (https://iab.de/publikationen/publikation/?id=10919220).

    Au lendemain de la parution de l’étude de l’institut de recherche allemand #IAB sur l’intégration des réfugiés en Allemagne, le DGB ne cachait pas son enthousiasme face à ce qui passait, en 2015, pour le pari fou d’Angela Merkel. « Ensemble, nous accomplissons souvent plus que ce que nous pensons pouvoir faire. Qui aurait cru cela possible il y a dix ans ? », réagit la Confédération allemande des syndicats. Il faut dire que les chiffres de l’IAB sont implacables : 69 % des réfugiés arrivés en Allemagne en 2015 et 2016 ont aujourd’hui un emploi (dont 5 % en tant qu’indépendants).

    Un #taux_d’emploi des #réfugiés relativement élevé

    En 2023, ils percevaient un #salaire brut moyen de 2 297 euros en 2023 (contre 2 675 euros en moyenne pour l’ensemble de la population active allemande). L’étude révèle également que le taux d’emploi des réfugiés est identique à celui de l’ensemble de la population allemande. Il est même supérieur (76 %) pour les hommes réfugiés des huit principaux pays d’origine des demandeurs d’asile – parmi lesquels la Syrie, l’Afghanistan et l’Irak. En outre, 84 % d’entre eux subviennent à la totalité de leurs besoins par leur propre travail.

    Le DGB, qui salue une réussite, reste lucide. « Bien sûr, tout ne se passe pas bien. Beaucoup de réfugiés perçoivent des salaires bas, et trop peu de #femmes occupent un emploi rémunéré. » Alors qu’elles représentent un réfugié sur trois, les femmes ne sont que 35 % à travailler. L’IAB rappelle par ailleurs que si le taux de #chômage des demandeurs d’asile reste élevé (28,3 % en 2024), il était de 40,2 % en 2017.

    Besoin d’immigration pour continuer à prospérer

    À l’heure où le parti d’extrême droite #AfD – qui s’est imposé comme la première force politique dans certains Länder – agite les peurs et multiplie les contrevérités, le DGB redit sa détermination à poursuivre son action en faveur de l’accueil et de l’intégration des réfugiés dans le monde du travail et en dehors. À quelques mois des échéances électorales pour plusieurs parlements régionaux (Bade-Wurtemberg [8 mars 2026], Rhénanie-Palatinat [22 mars 2026] et Saxe-Anhalt [6 septembre 2026]), il ne fait aucun doute que les sujets de l’immigration et de l’intégration des réfugiés reviendront sur le devant de la scène. Or, selon le DGB, « l’Allemagne a besoin de l’immigration pour continuer à prospérer. Les décisions politiques ne doivent pas aller dans l’autre sens, elles ne doivent ni exclure, ni stigmatiser. Nous resterons vigilants et rappellerons ces réussites ».

    https://www.syndicalismehebdo.fr/article/dix-ans-apres-avoir-accueilli-12-million-de-refugies-lallemagne-dr
    #wir_schaffen_das #migrations #réfugiés #travail #chiffres #statistiques #emploi

    ping @karine4

  • C’est en ayant moins d’enfants que les #femmes ont réduit l’#écart_salarial avec les #hommes

    Aux États-Unis, baisse du #taux_de_natalité et réduction de l’écart salarial entre hommes et femmes ne sont pas simplement concomitantes. Elles sont liées. Pour obtenir l’#égalité_salariale, il faudra agir sur les effets de la parentalité en matière de #rémunération.

    Aux États-Unis, les femmes ne gagnaient en moyenne que 85 % de ce que les hommes gagnaient pour chaque heure travaillée en 2024. Cependant, elles s’en sortent beaucoup mieux que leurs mères et grands-mères il y a quarante ans. Au milieu des années 1980, les femmes ne touchaient que 65 % du salaire des hommes pour chaque heure de travail rémunéré.

    Les salaires des femmes se sont améliorés par rapport à ceux des hommes en partie grâce aux progrès réalisés dans leur niveau d’éducation et leur expérience professionnelle, et parce que les femmes se sont orientées vers des professions mieux rémunérées. Mais les avancées vers l’égalité salariale sont actuellement au point mort.

    En tant que sociologues et démographes, nous voulions savoir si les changements au sein des familles américaines avaient également contribué à rapprocher les femmes de l’égalité salariale avec les hommes. Dans un article publié en juin 2025 dans la revue académique Social Forces, nous avons montré que cet écart salarial se réduit en partie parce que les femmes ont moins d’enfants.
    Les mères gagnent moins, mais les pères gagnent davantage

    Aux États-Unis et ailleurs, de nombreuses preuves montrent que la parentalité affecte différemment les salaires des hommes et des femmes. Comparativement aux femmes sans enfant, la maternité entraîne des pertes de salaire pour les femmes. Et ces pertes sont plus importantes lorsque les femmes ont plusieurs enfants.

    En revanche, après être devenus pères, les hommes voient généralement leur salaire augmenter. Comme le fait d’avoir des enfants tend à faire baisser les salaires des femmes et à les faire augmenter pour les hommes, la parentalité élargit l’écart salarial entre les sexes.

    La baisse du taux de natalité joue un rôle

    Les Américaines ont en général moins d’enfants. Les femmes, y compris celles qui ne travaillent pas à l’extérieur du foyer, avaient en moyenne environ trois enfants avant l’âge de 40 ans en 1980. En 2000, cette moyenne était tombée à 1,9 enfant, et elle est restée relativement stable depuis.

    Pour déterminer si les changements dans le nombre d’enfants des mères américaines actives influencent leurs revenus par rapport à ceux des hommes, nous avons analysé des données recueillies auprès d’un échantillon représentatif à l’échelle nationale des familles américaines. Nous avons suivi l’évolution au fil du temps du nombre d’enfants des Américains actifs âgés de 30 à 55 ans.

    Nous avons constaté que le nombre moyen d’enfants par employé a chuté de manière significative entre 1980 et 2000, passant d’environ 2,4 à environ 1,8. Cette moyenne s’est stabilisée après 2000 ; en 2018, dernière année de notre analyse, les employés avaient en moyenne environ 1,8 enfant.

    Dans le même temps, le salaire horaire des femmes de cette tranche d’âge par rapport à celui des hommes a fortement augmenté. Il est passé de 58 % en 1980 à 69 % en 1990, puis a progressé plus lentement pour atteindre 76 % en 2018. Autrement dit, à mesure que le nombre d’enfants diminuait, l’écart salarial entre les sexes se réduisait. Pour les deux tendances, les changements ont été rapides dans les années 1980, puis plus lents après 1990.

    Nous avons ensuite estimé dans quelle mesure la diminution du nombre d’enfants chez les hommes et les femmes pouvait expliquer la réduction de l’écart salarial entre les sexes entre 1980 et 2018. Nous avons constaté que, même après avoir tenu compte d’autres facteurs tels que le nombre d’années d’études, l’expérience professionnelle antérieure et la profession exercée, environ 8 % de la réduction de l’écart salarial entre les sexes peut s’expliquer par le fait que les hommes et les femmes actifs ont moins d’enfants.

    Ensuite, nous avons montré que le nombre d’enfants des employés américains avait diminué plus rapidement dans les années 1980 que par la suite. Ce ralentissement a coïncidé avec une décélération des gains salariaux des femmes par rapport aux hommes. Une fois que le nombre moyen d’enfants des employés américains s’est stabilisé vers 2000, les progrès des femmes vers l’égalité salariale avec les hommes se sont également stabilisés.

    Des questions sur l’avenir de la fécondité aux États-Unis

    Aux États-Unis, universitaires et responsables politiques débattent de la question de savoir pourquoi les Américains ont moins d’enfants aujourd’hui qu’il y a une ou deux décennies, et de ce que le gouvernement devrait faire à ce sujet.

    Nous convenons que ce sont des questions importantes.

    Nos recherches montrent que tout changement futur dans le nombre d’enfants des Américains est très susceptible d’influencer la rapidité avec laquelle les femmes et les hommes atteignent l’égalité salariale. Mais ce n’est pas une fatalité. Le nombre d’enfants que les Américains ont affecte l’écart salarial entre les sexes uniquement parce que la parentalité réduit les salaires des femmes tout en augmentant ceux des hommes. Tant que ces effets inégaux de la parentalité sur les revenus des hommes et des femmes persistent, ils continueront à freiner les progrès des femmes vers l’égalité salariale.

    https://theconversation.com/cest-en-ayant-moins-denfants-que-les-femmes-ont-reduit-lecart-salar
    #genre #parentalité #maternité #salaires #discrimination #inégalités #inégalités_salariales #statistiques #chiffres #USA #Etats-Unis

  • #Bernard_Friot et #Sarah_Abdelnour : le pouvoir aux travailleurs
    https://lvsl.fr/bernard-friot-et-sarah-abdelnour-le-pouvoir-aux-travailleurs

    La crise politique qui secoue la France, en cette rentrée 2025, trouve sa racine dans une crise sociale plus profonde. Grèves, blocages des lieux de production, de consommation et des secteurs stratégiques, revendications de justice sociale et fiscale… À la veille du 10 septembre, nous vous proposons de revenir sur la centralité du travail dans […]

    #Société #lutte_des_classes #salaire_à_vie #Uber #Uberisation

  • From borders to workplaces: How Europe is reinventing immigration control

    European governments are shifting from border enforcement to workplace restrictions. New research shows Austria, Germany, Ireland, and the UK now use job tests, wage thresholds, and employer lock-ins to limit migrant competition.

    When immigration makes the news in Europe, the focus is usually on borders. In the UK, headlines dwell on “small boats,” while across the EU, the debate often centers on asylum seekers crossing frontiers. Yet a quieter change has been unfolding — not at the border, but in the workplace.

    A recent study published by the London School of Economics titled The return of the state: how European governments regulate labour market competition from migrant workers shows how Austria, Germany, Ireland, and the United Kingdom have steadily tightened the rules that govern how migrants present in the country access jobs. Instead of relying only on border control, governments are introducing restrictions that decide who can be hired, on what terms, and at what pay.

    What restrictions look like

    The study identifies three main types of barriers that now shape the employment of migrants after they have entered the country:

    – Job vacancy tests — employers must first prove that no local worker is available before hiring someone from abroad.
    – Pay and qualification thresholds — migrants are often required to meet higher-than-average wages or education levels to ensure they do not undercut local labor.
    – Employer lock-in periods — many new arrivals are tied to one employer for at least a year before they can switch jobs.

    Asylum seekers face additional rules, such as waiting months before being permitted to work.

    Four countries, four paths — but converging outcomes

    Despite their different histories, the four countries studied ended up with strikingly similar systems.

    - Austria launched the Red-White-Red Card in 2004, combining vacancy checks with salary thresholds and binding skilled workers to one employer for at least a year.
    - Germany replaced its Aliens Law with a new residency framework in 2005 and later introduced the EU Blue Card, imposing wage floors and job tests, with skilled workers locked into their first employer for two years.

    - Ireland, once a country of emigration, imposed some of the strictest conditions: eight weeks of job advertising before a migrant can be hired, steep salary thresholds of 32,000-64,000 euros, and one-year employer ties.
    - The United Kingdom introduced a points-based visa system in 2008. Employers provided only statements that no locals were available, but workers remained tied to their sponsors. Salary thresholds applied, and the highly skilled Tier 1 visa was closed in 2011.

    By 2020, Austria and Ireland — which had few restrictions in the 1990s — had caught up with Germany and the UK. Even highly skilled workers, once thought to be exempt, were now subject to vacancy tests and salary floors.

    Beyond economic models and EU rules

    These changes challenge two common explanations.

    One argument, rooted in the “Varieties of Capitalism” framework, suggested liberal market economies like the UK and Ireland would stay more open, while coordinated economies like Austria and Germany would be more protective. In reality, all four converged on the same restrictive path.

    Another view is that the European Union drives migration policy. While Brussels has set minimum standards — such as waiting times for asylum seekers — most workplace restrictions were designed and enforced nationally.

    Instead, domestic politics mattered most. The EU’s enlargement in 2004 and 2007 sparked concern about job competition. In response, governments introduced stricter rules on access to employment, particularly in lower-skilled sectors.

    Attracting skilled labor from abroad

    While tightening access to jobs for migrants inside the country, European governments are, however, also launching schemes to draw in top talent.

    In the United Kingdom, the number of authorized sponsors for the skilled worker visa reached 110,500 in 2024 — reflecting continued demand — while the government is drafting reforms to attract high-ability professionals in artificial intelligence, life sciences, clean energy, and biosciences, as outlined in its upcoming immigration white paper.

    Germany has launched the new Opportunity Card, a points-based scheme that allows people to come and look for jobs in shortage sectors, with particular outreach to workers from India and African countries such as Kenya.

    Ireland continues to issue employment permits targeted at critical skills in areas such as IT and finance, while Austria promotes its Red-White-Red Card, a points-based system that gives preference to highly qualified migrants in shortage professions.
    The wider European tension

    The national policies examined by the LSE study mirror a broader contradiction across Europe: economies face growing labor shortages, but political debates continue to cast immigration as a problem to be “solved.”

    Last week the European Central Bank President Christine Lagarde noted that foreign-born workers make up only nine percent of the EU workforce but have accounted for half of all job growth since 2022. From hospitals to building sites, many industries depend on them.

    Yet anti-immigrant parties and populist rhetoric have raised the political stakes. In Germany, officials warn of looming labor shortages while asylum seekers face new restrictions. In the UK, the Labour government has pledged tougher visa salary rules despite warnings from employers that cuts in foreign recruitment will cripple care, construction, and hospitality.

    Governments often reach for workplace restrictions because they are politically useful. They are less visible than border fences, but they allow leaders to claim they are protecting local workers while still supplying some labor to employers.

    Economic consequences of protectionism

    The study cautions that this approach carries significant economic risks. By limiting migrant access to jobs, governments risk worsening shortages in care work, construction, agriculture, and other key industries.

    Strict wage thresholds and job tests also reduce flexibility, the study points out. Workers cannot easily move into roles where demand is greatest, slowing economic responsiveness. Over time, these barriers threaten growth, undermine competitiveness, and intensify the problems of aging populations.

    Employers may benefit in the short term when migrants are tied to contracts, but the wider economy loses out on the mobility and dynamism that come with a flexible labor force.

    From borders to labor markets

    The study concludes that Europe has shifted from controlling migration mainly at the border to managing it inside the labor market. This represents a new kind of protectionism: instead of shutting the door, states regulate the terms of entry into jobs.

    Politically, these measures are attractive because they offer an “easy win.” Governments can say they are shielding local workers without sparking business opposition. Employers often tolerate the extra bureaucracy, and some even welcome the stability of tied contracts. But migrants face reduced rights, limited freedom, and weaker bargaining power.

    The bigger lesson is that far from losing control to global markets or EU institutions, national governments remain firmly in charge. They are actively reshaping migration to balance economic needs, political pressures, and worker protection.

    Ever changing rules

    Europe’s migration debate is no longer just about who crosses its borders. Increasingly, it is about what kind of work migrants are allowed to do once they arrive, and under what terms.

    The shared path taken by Austria, Germany, Ireland, and the UK underscores this shift. States are using employment rules to manage migration in ways that are less visible but just as powerful as border controls. Europe may still look like a fortress, but it is one with many gates — and the rules governing those gates are being quietly rewritten.

    https://www.infomigrants.net/en/post/66644/from-borders-to-workplaces-how-europe-is-reinventing-immigration-contr

    #mobile_borders #hostile_environment #environnement_hostile #travail #migrations #contrôles_migratoires #frontières #lieu_de_travail #Allemagne #Autriche #marché_du_travail #restrictions #asile #demandeurs_d'asile #préférence_nationale #Rot-Weiß-Rot_Karte #Rot-Weiss-Rot_Karte #main_d'oeuvre #discours #rhétorique #statistiques #chiffres #protectionnisme #risque_économique #salaires

    ping @reka @karine4 @_kg_

    • The return of the state: how European governments regulate labour market competition from migrant workers

      What is the role of the market economy and of the European Union in shaping policies that limit migrants’ access to the labour market? While much of the existing research has examined the development of border policies in Europe, less attention has been given to post-entry measures regulating the employment of Third Country Nationals. We examine the role of different market economies and the European Union in devising lesser-known measures that target migrant labour market competition. Focusing on the period from 1990 to 2020, we analyse four case studies: Austria, Germany, Ireland, and the United Kingdom. We hypothesize that these migrant labour market competition measures (MCM) have emerged in ways that challenge both the marketization of migration thesis and predictions from theories of EU immigration policymaking and varieties of capitalism (VoC). While the European Union’s influence partially explains the adoption of some selective policies, the emergence of MCM transcends the VoC framework. Furthermore, contrary to marketization claims, states have sought to address labour market concerns about competition from migrants by adopting selective, rather than indiscriminate, regulatory approaches. We argue that the interplay between selectivity and measures restricting migrant labour market competition has become central to understanding how states regulate migration in the European Union.

      https://comparativemigrationstudies.springeropen.com/articles/10.1186/s40878-025-00433-3#Sec4

  • « Le #droit_au_tourisme, ça n’existe pas »

    #Barcelone est devenue au fil des années un symbole du #tourisme_de_masse, de ses impacts sur le #logement, et des résistances contre un phénomène qui détruit la ville. Un mouvement local appelle à une #décroissance du tourisme.

    Le 15 juin, alors que la saison touristique en était à ses débuts, des manifestations ont eu lieu à travers l’Europe du Sud, de Gênes à Majorque, pour défendre les droits des habitants permanents face à l’#afflux nocif de touristes dans leurs #villes.

    Le mouvement est particulièrement actif à Barcelone, où l’image de locaux brandissant des pistolets à eau contre les touristes a fait le tour du monde. « L’exploitation touristique de la ville est devenue l’un des problèmes majeurs pour les gens qui l’habitent », résume Daniel Pardo Rivacoba, membre de l’Assemblée des quartiers pour la #décroissance_touristique (#ABDT), une initiative née en 2015 dans la ville catalane.

    « Les premières #contestations face aux effets de la #touristification de Barcelone ont commencé dès le début des années 2000, mais de façon plus isolée et moins politisée, retrace le militant. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, le #discours_dominant était que le tourisme était bon pour tout le monde, qu’il n’y avait rien à redire, que le tourisme était une “usine sans fumée” », une activité économique sans #impacts négatifs.

    Un quart de salaire en moins dans le tourisme

    Aujourd’hui, ce #discours ne passe plus. Les #effets_négatifs du tourisme sur l’#accès_au_logement, notamment, sont au centre des débats. « Mais il y a des impacts négatifs à tous les niveaux, autant sociaux qu’environnementaux, climatiques, et au niveau du #travail, défend Daniel Pardo Rivacoba. Le mantra de l’#industrie_touristique et de l’administration publique pro-tourisme, c’est de dire que le tourisme rapporte de l’argent et des #emplois. Mais l’argent reste entre les mains de ceux qui sont déjà riches », accuse l’homme.

    Quant au travail, le tourisme concentre certes 13 % des emplois de Barcelone, selon le rapport annuel des autorités locales sur le secteur, mais « il s’agit d’emplois avec des #conditions_de_travail et de #salaires parmi les plus basses dans la ville », dénonce le militant. En effet, selon les chiffres municipaux, le #salaire_moyen dans le tourisme à Barcelone est de 26 515 euros bruts par an contre 35 813 pour le reste de l’#économie. En résumé, on est payé un quart de moins dans le tourisme.

    Ces « fumées » de l’industrie touristique sont de plus en plus visibles, si l’on en croit les sondages d’opinion réalisés par les autorités locales. Ceux-ci montrent que 31 % des habitants de Barcelone jugent aujourd’hui le tourisme plutôt nocif, contre seulement 7 % en 2007. Et 59 % le jugent plutôt bénéfique, contre 89 % en 2007. Trois quarts pensent que Barcelone a atteint la limite de sa #capacité_d’accueil de touristes.

    Fermer les terminaux de #croisière

    Pour l’ABDT, il faut faire reculer le tourisme au plus vite. « On lutte pour la réduction de l’activité touristique dans la ville et pour la réduction de la #dépendance_économique de la ville au tourisme. Cette idée était encore impensable il y a 15 ans. Aujourd’hui, le concept de décroissance touristique est discuté au-delà des seuls milieux activistes », constate Daniel Pardo Rivacoba.

    Mais comment faire refluer le tourisme ? L’ABDT propose une série de mesures tout à fait concrètes pour y parvenir. Parmi elles : réduire l’activité de l’#aéroport, fermer tous les terminaux de croisière de Barcelone, interdire tout nouvel hébergement de tourisme dans la ville, récupérer toutes les locations touristiques existantes pour les destiner à nouveau à du logement de long terme, soumettre l’organisation de tout grand événement qui accueille une masse de visiteurs à un plan d’impact et à une concertation publique. Il faut aussi, défend l’association, que les pouvoirs publics cessent de faire la #promotion du tourisme.

    Réduire l’#hypermobilité

    Que répond l’organisation à celles et ceux qui mettent en avant le « droit » pour les visiteurs de l’Europe et du monde entier à visiter Barcelone, Paris ou Venise ? « Il n’y a pas de droit au tourisme, défend Daniel. Ça n’existe pas. Il y a un droit au repos et aux congés. Et ça, c’est quelque chose auquel on tient énormément, c’est une conquête sociale. Mais le type de tourisme à la mode aujourd’hui est au contraire un tourisme frénétique qui ne permet pas de se reposer. »

    Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics de Barcelone annoncent des mesures pour lutter contre les effets du #surtourisme : interdiction progressive des locations touristiques et réduction du nombre des terminaux de croisière, décidée ce mois-ci. C’est largement insuffisant, dénonce Daniel : « La fin des #locations_touristiques, c’est annoncé pour 2028 seulement. »

    Pour l’ABDT, face aux masses de touristes qui s’entassent à la Sagrada Família, il faut plus radicalement « réduire l’hypermobilité globale ». Et pour le cas de la Catalogne, promouvoir les emplois dans les services publics, la transition énergétique, et la relocalisation industrielle.

    https://basta.media/le-droit-au-tourisme-ca-n-existe-pas-surtourisme-Barcelone

    #tourisme #overtourism #résistance #ressources_pédagogiques

  • « Corps usés, droits bafoués » : plongée dans l’#enfer des ateliers de #Shein

    #Exploitation, salaires à la pièce, violences sexistes... Un rapport de deux ONG révèle l’envers du décor des ateliers de Shein en #Chine. Le #rapport exhorte les élus français à voter une loi solide contre la #fast-fashion.

    Précarité, exploitation, violences sexistes... L’enquête sous couverture de l’ONG étasunienne China Labor Watch (CLW), publiée le 30 juillet (https://www.actionaid.fr/publications/dignite-au-travail/rapport-shein), accable un peu plus le groupe chinois Shein, déjà étrillé par de nombreux rapports sur les conditions de travail dans ses sites.

    Pendant deux ans, trois membres de l’ONG ont travaillé dans l’un des nombreux ateliers produisant notamment pour Shein, à #Kangle, un #village-usine très dense (plus de 100 000 personnes sur 1 km²) dans la métropole de #Guangzhou, en Chine. Une cinquantaine de témoignages, à l’intérieur et à l’extérieur des ateliers, leur a permis de faire directement état de la réalité sur place : #cadences intenables, #salaires à la pièce, absence de protection sociale et de stabilité...

    « C’est un assèchement des ressources des individus au service du profit de Shein », déplore Salma Lamqaddam, chargée de campagnes d’ActionAid France, qui a travaillé avec l’ONG étasunienne sur ce rapport.

    Tristement connue comme la reine de ce domaine, l’entreprise chinoise qui expédie chaque jour par avion 5 000 tonnes de marchandises bafoue les #droits_humains et émet toujours plus de gaz à effet de serre (+23 % entre 2023 et 2024, selon son dernier rapport). Et ce, en toute opacité. « Les petits ateliers dispersés et les chaînes de #sous-traitance informelle échappent à tout contrôle », indique le rapport d’#ActionAid France. Un argument qui fait mal à la stratégie de communication verte et sociale que tente de prendre le groupe chinois. « Les violations perdurent », remarque l’ONG.

    0,06 euro par t-shirt

    « Un simple coup dur, une maladie suffirait à me faire basculer moi et ma famille dans l’endettement », confie un travailleur à une enquêtrice de China Labor Watch. Dans ces usines, les travailleurs, dont certains encore mineurs, forment une « main-d’œuvre jetable, prise au piège de la #misère », décrit ActionAid France, qui dresse un effrayant tableau du lieu.

    Ici, le salaire est versé à la tâche : entre 0,06 et 0,27 euro par pièce réalisée. Les personnes interrogées confient devoir enchaîner les heures pour espérer « survivre dignement ». Les cadences se prolongent parfois jusqu’à 3 ou 4 heures du matin.

    Les plus petits ateliers échappent le plus aux #contrôles : « C’est là qu’on trouve les pires conditions de travail et c’est par là que prospère Shein avec son modèle du bas coût à tout prix », précise Salma Lamqaddam.

    À Kangle, les ouvrières et ouvriers sont aussi les amortisseurs de la demande mondiale et des guerres commerciales. Shein maintient un regard attentif sur la demande en #vêtements. Il suffit qu’elle baisse pour que des milliers de travailleurs soient mis à la porte. À l’inverse, si elle augmente, les ouvriers devront travailler plus, comme ce fut le cas en anticipation des droits de douane imposés par l’administration Trump.

    « La production a fortement augmenté à Kangle entre décembre 2024 et février 2025. Durant cette période, de nombreux travailleur·euses ont déclaré avoir travaillé 7 j/ 7, plus de dix heures par jour », indique ActionAid France.

    Après la publication de cet article, Shein a répondu par communiqué. Le groupe y explique que les employés de ses fournisseurs « gagnent généralement des salaires bien supérieurs au salaire minimum local » et qu’il s’agit selon lui « d’un travail qualifié ». Shein s’appliquerait également à ce que les ouvriers « soient traités équitablement et conformément aux lois et réglementations locales, ainsi qu’aux normes internationales du travail ».

    Des ouvrières « impuissantes face aux #abus »

    Les #femmes sont particulièrement fragiles dans ce monstre industriel qui recrache « des #corps usés, et des droits bafoués ». « Il s’agit d’un enjeu féministe central : ce sont dans ces ateliers, en bout de chaîne, que se concentre une main-d’œuvre majoritairement féminine, surexploitée et privée de droits. Dans ces espaces dépourvus de mécanismes de protection, les #violences_de_genre représentent des outils de contrôle et d’#intimidation systémiques », précise ActionAid France.

    Les femmes y sont souvent moins rémunérées, cantonnées aux postes les plus précaires. Certaines sont dans l’obligation d’emmener leurs enfants au travail, faute d’alternative.

    Des ouvrières rapportent également « subir des #violences_sexistes_et_sexuelles dans les ateliers, en particulier des #violences_verbales », note ActionAid France. Sans contrat ni protection, ces travailleuses se disent « impuissantes face aux abus ».

    L’espoir d’une véritable loi anti-fast-fashion

    Pour mieux contrôler la fast-fashion, ActionAid France appelle les élus français à voter une loi solide en septembre prochain, lorsqu’ils se réuniront en commission mixte paritaire pour discuter du sujet.

    La #loi_anti-fast-fashion votée le 10 juin n’est pas suffisante, déplore l’ONG. Ambitieuse à l’origine, la #loi a notamment été vidée par les sénateurs de toute critique globale puisqu’elle épargne les marques de fast-fashion européennes, comme #Kiabi et #Decathlon.

    En se contentant de celle-ci, « la France risque de rater une occasion historique », met en garde le rapport. « La présente loi consacre la victoire du fast-fashion européen, dénonce Salma Lamqaddam, c’est un non-sens écologique. »

    https://reporterre.net/Corps-uses-droits-bafoues-plongee-dans-l-enfer-des-ateliers-de-Shein
    #conditions_de_travail #mode #industrie_de_la_mode #sexisme #VSS #impuissance

    • [Rapport] Mode jetable, exploitation durable : l’exemple Shein

      ActionAid France publie aujourd’hui un rapport basé sur une enquête menée par notre partenaire « China Labor Watch » sur les conditions de travail dans des ateliers produisant pour la marque Shein. Ce rapport, qui s’appuie sur des témoignages directs, met en lumière l’architecture sociale et économique sur laquelle repose le modèle de production à la demande, dont Shein est aujourd’hui le symbole.

      https://www.actionaid.fr/publications/dignite-au-travail/rapport-shein