• Conversation avec #Anthony_Edo : l’#immigration tire-t-elle les #salaires et l’#emploi vers le bas ?

    Cet article est publié dans le cadre de la série du CEPII « L’économie internationale en campagne », un partenariat CEPII–La Tribune–The Conversation–Xerfi–Canal. Anthony Edo, économiste au CEPII, docteur en économie (Paris 1 et École d’économie de Paris), est spécialiste des questions d’immigration. Il répond aux questions d’Isabelle Bensidoun et Jézabel Couppey-Soubeyran.

    L’idée selon laquelle l’immigration se traduit fatalement par une dégradation du #marché_du_travail est-elle juste ?

    Elle le serait si le facteur démographique (ici l’augmentation du nombre de travailleurs) était le seul déterminant du #salaire_moyen et de l’emploi. Si tel était le cas, en effet, l’arrivée de nouveaux travailleurs signifierait plus de #concurrence entre tous et, par conséquent, l’emploi pris par les uns détruirait celui des autres.

    Mais le marché du travail n’est pas figé : la quantité de travail n’est pas une grandeur fixe à partager. Cette quantité peut varier, en l’occurrence augmenter, selon la capacité des entreprises à réagir à l’arrivée de nouveaux travailleurs : vont-elles adapter leur stock de capital et leur technique de production de façon à maintenir un niveau élevé de capital par travailleur, auquel cas la productivité de ces derniers sera au même niveau qu’avant le choc migratoire ? Tout dépend aussi de l’ampleur des effets induits de l’immigration : les immigrés ne sont pas seulement des travailleurs, ils consomment, entreprennent, innovent et participent ainsi à la création de richesses et exercent, en conséquence, des effets positifs sur la croissance, les salaires et l’emploi.

    Mais alors comment fait-on pour évaluer les effets de l’immigration sur les salaires et l’emploi ?

    En effet, ce n’est pas simple. Par exemple, on pourrait se dire qu’il suffit d’évaluer si les zones géographiques où la présence immigrée a le plus augmenté sont aussi celles où le salaire moyen (ou l’emploi) a le plus augmenté, ou baissé, pour savoir si l’effet de l’immigration sur les salaires (l’emploi) est positif ou négatif. Mais ce serait considérer que les choix de résidence des immigrés sont indépendants des conditions économiques locales. Or, ils peuvent ne pas l’être. En effet si les immigrés sont plus enclins à s’installer dans les régions les plus dynamiques sur le plan économique, alors l’effet mesuré sur les salaires ou l’emploi pourrait refléter ce choix plutôt que l’effet de la présence immigrée.

    Pour contourner cette difficulté, il est possible d’exploiter des épisodes historiques d’immigration soudaine, massive et non-anticipée. Dans ces cas particuliers, les choix de localisation des immigrés sont vraisemblablement moins connectés aux performances économiques du pays d’accueil. C’est ce que les économistes David Card, pour les États-Unis, et Jennifer Hunt, pour la France, ont fait. Le premier évalue les conséquences économiques de l’arrivée de plus de 125 000 réfugiés cubains à Miami en 1980. La seconde examine les conséquences du rapatriement d’environ 900 000 Français d’Algérie entre 1962 et 1968 (suite à l’indépendance de l’Algérie) sur l’emploi et les salaires des travailleurs résidant en métropole.

    Quels sont les résultats de ces études ?

    Les résultats de #David_Card indiquent que le #choc_migratoire n’a eu aucun effet sur le salaire et le taux d’emploi moyen de Miami. Ceux de #Jennifer_Hunt montrent qu’en moyenne le rapatriement des 900 000 Français d’Algérie a eu un effet négatif, bien que limité, sur l’emploi et les salaires des métropolitains. La principale conclusion de ces études est que l’immigration n’a pratiquement #pas_d’effets sur le salaire et l’emploi moyens des travailleurs.

    Des études plus récentes (théoriquement fondées et neutralisant les problèmes liés aux choix de localisation des immigrés), menées aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France, le confirment. Certaines d’entre elles montrent même que l’immigration a parfois des effets légèrement positifs sur le salaire moyen des natifs : les nouveaux arrivants dégraderaient plutôt les #conditions_d’emploi des précédentes vagues d’immigration et permettraient aux natifs de se réorienter vers des emplois plus rémunérateurs.

    Donc peu d’effets sur le salaire ou l’emploi moyen. Mais est-ce le cas pour toutes les catégories de travailleurs ?

    A priori, non. Ce qui se passe en moyenne peut effectivement masquer des effets différents selon les catégories de travailleurs. Tout dépend des caractéristiques des nouveaux entrants comparées à celles des natifs. En théorie, l’arrivée de travailleurs immigrés devrait détériorer l’emploi et les salaires des travailleurs natifs qui possèdent les mêmes qualifications, car ils sont en concurrence sur le marché du travail.

    À l’inverse, elle devrait moins affecter, voire améliorer les conditions d’emplois de ceux dont les qualifications sont différentes : ces derniers vont en effet pouvoir se concentrer sur les tâches pour lesquelles ils sont les plus productifs. Ainsi, un afflux de travailleurs immigrés qualifiés devrait réduire le salaire des travailleurs natifs qualifiés et accroître celui des non qualifiés.

    En France, entre 1990 et 2010, la part des immigrés dans la population active est passée de 7 % à 10 %. Sur ces 10 %, en 2010, plus d’un quart (28 %) avaient un niveau d’éducation élevé (au moins 2 années d’études après le baccalauréat) alors qu’ils n’étaient que 10 % (des 7 %) en 1990. À l’inverse, la part des immigrés faiblement qualifiés (sans diplôme ou brevet des collèges) a chuté de 67 % à 39 % entre 1990 et 2010. Pendant cette période, l’immigration a donc surtout augmenté le nombre relatif de travailleurs qualifiés.

    De ce fait, entre 1990 et 2010, l’immigration en France a réduit le salaire des natifs qualifiés et augmenté légèrement celui des natifs faiblement qualifiés. L’immigration a ainsi redistribué la richesse des travailleurs qualifiés vers les travailleurs moins qualifiés et contribué à réduire les inégalités salariales. Pas forcément les effets mis en avant dans le débat public !

    https://theconversation.com/conversation-avec-anthony-edo-limmigration-tire-t-elle-les-salaires

    –-> publié en 2017, mis ici pour archivage

    #économie

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    ajouté à ce fil de discussion :
    Migrants : l’irrationnel au pouvoir ?
    https://seenthis.net/messages/705790

  • L’évolution du salaire des #enseignants depuis 1983

    Une nouvelle version de mon graphique sur l’évolution du salaire des enseignants depuis 1983, comparé à l’évolution du #salaire_moyen. J’ai corrigé des données erronées pour 1988 et 1990 (j’avais compté 2 fois les primes) et j’ai précisé la légende.

    Pour construire le graphique original j’étais parti des rapports annuels sur la fonction publique (https://www.fonction-publique.gouv.fr/rapports-annuels-sur-letat-de-la-fonction-publique-archives) pour les données avant 1994. Problème, les tableaux ne sont pas tjrs précis dans ces rapports.

    Je suis donc remonté aux sources INSEE utilisées dans ces rapports pour décrire les salaires dans la fonction publique. Il s’agit des enquêtes sur l’exploitation des fiches de paie réalisées tous les 2 ans par l’INSEE entre 1976 et 1994.

    Les données complètes sont disponibles dans des INSEE Résultats disponibles sur epsilon pour les rapports de 1986 à 1992 (par ex. ici pour 1986 https://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/31726/1/ir_er_012-013.pdf) et sur Gallica pour les enquêtes de 1976 à 1984 (par ex. ici pour 1982 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9612990p)

    Ces publicat° donnent tous les détails de salaires des enseignants selon leur statut. La catégorie utilisée dans les RAFP (et sur ce graphique) est ainsi celle de prof. certifiés et assimilés qui regroupe les certifiés, CPE, prof. d’EPS mais aussi les prof. des écoles après 1990.

    Malheureusement, à partir de 2010 et de la mise en oeuvre du SIASP (https://insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1132), les catégories utilisées changent et les RAFP ne publient plus que les rémunérations pour les professeurs certifiés et agrégés regroupés, les professeurs des écoles étant comptés à part.

    On peut cependant à partir de cette date (de 2011 plus exactement), utiliser le bilan social (https://education.gouv.fr/cid74482/bilan-social-du-ministere-de-l-education-nationale-et-de-la-jeunesse-) publié par la DEPP pour le MEN pour connaître les rémunérations par corps et statut des enseignants.

    Autrement dit, pour un salaire de 100 euros en 1983, un salarié du privé touche aujourd’hui 120 euros contre 86 pour un enseignant.
    Assez parlant comme décrochage.

    Et encore, je suppose que le salaire moyen du privé n’est pas corrélé au niveau d’études. Il faudrait comparer aux revenus des bac + 3 uniquement jusqu’à la masterisation, puis aux bac +5 depuis.

    https://twitter.com/knhede/status/1207330880756363264

    #travail #professeurs #salaire #rémunération #statistiques #chiffres #graphique #visualisation #fonction_publique #France

    signalé par @reka que je remercie

    J’ajoute aussi à cette métaliste
    https://seenthis.net/messages/816183

  • A #Londres, les grands #patrons empochent en 1 jour ce que gagne le salarié moyen en 1 an
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/01/06/outre-manche-les-fat-cats-gagnent-gros-et-tres-vite_4842347_3234.html

    Selon le High Pay Centre, un think tank qui milite contre la dérive des hauts #salaires, il ne leur a fallu que vingt-deux heures de travail pour empocher 27 645 livres (37 732 euros), soit le #salaire_moyen que les Britanniques mettent en principe douze mois à gagner.

    L’association a donné un surnom à cette journée : « Fat Cat Tuesday », qu’on peut traduire comme le « mardi des gros bonnets ». Chaque année, elle célèbre cette date symbolique « de l’injuste écart de revenus » qui règne selon elle au Royaume-Uni.

    [...]

    Le calcul n’est pas tout à fait exact et fait l’objet de critiques. L’Institut Adam Smith estime ainsi qu’il s’agit d’une vision de « comptoir de bar ». La #méthodologie du High Pay Centre est effectivement discutable, comparant une moyenne (pour les patrons) à une médiane (pour les Britanniques moyens). De plus, calculer le revenu exact des directeurs généraux est difficile, une partie leur étant payée en #actions et les bonus pouvant fluctuer a posteriori.

    Mais là n’est pas la question, réplique Stefan Stern, le directeur du High Pay Centre. Pour lui, il s’agit d’une journée symbolique, qui souligne une nouvelle fois l’envolée impressionnante des rémunérations les plus élevées, alors que le pouvoir d’achat des Britanniques stagne depuis sept ans. En 1998, un grand patron au Royaume-Uni gagnait en moyenne 47 fois le salaire moyen des employés qui travaillaient dans son entreprise. En 2014, ce ratio avait triplé, pour atteindre… 148.

    #inégalités

  • Royaume-Uni : les patrons gagnent 148 fois le salaire de leurs employés
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/08/17/royaume-uni-les-patrons-gagnent-148-fois-le-salaire-de-leurs-employes_472815

    L’écart entre les salaires des grands patrons et les employés de base n’en finit pas de grandir au Royaume-Uni. En 2014, les dirigeants des entreprises du FTSE 100 – les cent premières entreprises cotées – gagnaient 148 fois plus que le #salaire_moyen de leurs propres employés. C’est une très légère hausse par rapport à 2013, quand le ratio était de 146, mais nettement plus qu’en 2011, quand il atteignait 139. C’est surtout trois fois plus qu’en 1998, quand le ratio n’était « que » de 47.

    Et encore cet article ne cite pas l’écart 70’ ou 80’, a priori bien moindre. Ces « réductions des inégalités » autrefois imposées par les luttes ont motivée « la crise », une remise en ordre, dans l’après 68.

    #inégalités #spoliation_généralisée

    • Et ils donnent l’écart par rapport aux salaire « moyen » de leurs propres employés, pas l’écart par rapport aux salaire le plus répandu dans les dites entreprises, qui est souvent bien plus bas encore... Je ne me rappelle plus comment on l’appelle en statistique, mais souvent on évacue ce chiffre bien plus réel.

    • Le « salaire le plus répandu » correspond au mode, cette valeur est assez peu citée dans les stats. Ce à quoi tu penses doit être la médiane (salaire médian), valeur à laquelle la moitié des salaires sont inférieurs (et l’autre moitié a des valeurs supérieures donc ;-)

      Le rapport mentionne ces comparaisons, mais pas le communiqué de presse sur lequel on trouve le lien et à peu près tout ce qui est repris dans l’article.

      http://highpaycentre.org/pubs/new-high-pay-centre-report-executive-pay-continues-to-climb-at-expens

      • In 2014, the average pay ratio between FTSE 100 CEOs and the average wage of their employees was 148:1. In 2013, the ratio was 146:1
      • The ratio of FTSE 100 CEO pay to the median full-time worker across the whole UK economy was 183:1 in 2014, up from 182:1 in 2013 and 160:1 in 2010

      L’article du Monde permet aussi de constater que l’évolution des plus hautes rémunérations fait apparaître 2 groupes relativement divergent. La moyenne augmente (7 M€) tirée par les plus hautes rémunérations, alors que la médiane (5,4 M€), insensible aux hautes rémunérations, baisse.

      Derrière l’envolée des hauts salaires se cache cependant une nouvelle tendance intéressante : d’un côté, une poignée de rémunérations particulièrement exorbitantes semble en pleine dérive ; de l’autre, une (très légère) modération apparaît. En 2014, Martin Sorrell de WPP et Ben van Beurden de Shell ont fait partie du premier camp, avec des émoluments respectivement de 60 millions et de 27,5 millions d’euros. En revanche, la rémunération médiane des patrons a baissé en 2014, de 2,5 %, même si elle reste de 5,4 millions d’euros.

    • Le mode, c’est, en gros, la valeur la plus fréquente.

      La notion est très intuitive et ne demande pas de calculs compliqués. Du moins quand elle concerne des variables à valeurs discrètes (en gros, à valeurs entières). Le mode est donc la valeur qui a le plus grand d’occurrences dans la population.

      Pour des variables continues (en gros, que l’on va compter par tranches de valeurs) elle soulève des difficultés techniques. En effet, théoriquement, c’est facile puisque c’est la valeur où la densité de probabilité est maximale, mais dans la pratique on dispose d’un échantillon de taille finie et on approche la densité par un histogramme (ici, mobiliser les vieux souvenirs sur les histoires d’histogramme avec des classes de même amplitude - cas simple où la classe modale correspondra à celle d’effectif le plus élevé -, ou avec des classes de largeurs différentes où il faut corriger par les largeurs de classe).

      Pour faire simple, le mode, c’est l’emplacement du sommet de l’histogramme (en supposant que celui-ci est construit dans les règles). Et il ne faut pas hésiter à s’en servir sans se laisser impressionner par mes explications plus ou moins vaseuses ;-)

      Sur WP, ce n’est pas forcément plus clair…

      Mode (statistiques) — Wikipédia
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Mode_(statistiques)

      Si les classes sont d’amplitudes diverses, il convient de relativiser pour désigner ce paramètre. La classe modale est alors celle qui a la plus forte densité.

      (sachant que la densité, non définie dans l’article désigne alors l’effectif de la classe divisé par sa largeur)

    • Là encore, est-ce la faute du patron ou de la structure qui permet cela ? Bon vous pouvez me foutre des baffes,mais je trouve que ça vaut la peine de revenir sur cette question. :-)

      Après tout, le faite de vivre en occident, j’exploite indirectement bien des travailleurs au Sud, non ?