• Retraites : préparer la riposte du monde du travail | Le Journal Lutte Ouvrière
    https://journal.lutte-ouvriere.org/2019/09/04/retraites-preparer-la-riposte-du-monde-du-travail_134157.htm


    #retraites

    Alors qu’il affichait au début de l’été sa détermination à engager rapidement une #réforme_des_retraites, le gouvernement a changé d’attitude. « On va prendre un an, un petit peu moins d’un an », a déclaré en fin de semaine le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin. Le même jour, tout en expliquant que le futur projet de loi serait « présenté au Parlement lors des mois qui viennent », le Premier ministre #Édouard_Philippe a insisté à son tour sur le fait qu’il fallait
    « prendre le temps d’en parler ».

    Le ton et la méthode tranchent avec l’attitude provocante qui était celle de #Macron et de ses ministres il y a un an. Entre temps, le mouvement des gilets jaunes et le large soutien dont il a bénéficié ont montré que le mécontentement des classes populaires est général et profond. Le gouvernement redoute qu’il ne se manifeste à nouveau à l’occasion de la réforme des retraites. C’est pourquoi il préfère la repousser au-delà des élections municipales de mars 2020.

    Le ballet des rencontres entre représentants du patronat et des organisations syndicales va commencer les 5 et 6 septembre et un calendrier va être annoncé. À ces réunions dans les ministères, le gouvernement parle d’ajouter une « consultation citoyenne », peut-être à la façon du grand débat organisé pour servir d’étouffoir à la colère exprimée par les gilets jaunes.

    Mais la concertation dont Macron et ses ministres nous rebattent les oreilles ces temps-ci se résume simplement : « Cause toujours, et à la fin je décide ! » Le gouvernement n’a pas renoncé à s’attaquer aux retraites. En se livrant à cette mascarade, il cherche à obtenir la caution des confédérations syndicales et tente de faire croire que son projet bénéficie de l’assentiment de la population.

    En juillet, le politicien de droite #Jean_Paul_Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites et désormais membre du gouvernement, a rendu publiques les pistes envisagées : suppression des #régimes_spéciaux dont bénéficient encore certaines catégories, notamment dans la fonction publique ; la pension ne serait plus calculée sur les 25 meilleures années ou les six derniers mois mais sur toute la carrière, ce qui entraînerait forcément une diminution, et ce calcul reposerait sur un système de points dont le gouvernement se réserverait le droit de fixer la valeur ; instauration d’un âge pivot à 64 ans pour obtenir une retraite pleine.

    Macron a déclaré récemment que rien n’était décidé et qu’il préférait « qu’on trouve un accord sur la #durée_de_cotisation plutôt que sur l’âge ». Mais augmenter la durée de cotisation revient à retarder l’âge du départ ! Quel que soit le moyen utilisé, le résultat reste le même : faire travailler les salariés plus longtemps, ou les maintenir plus longtemps au chômage, puisque c’est la situation de près de la moitié des plus de 55 ans ; et de toute façon, amputer les retraites de tous.

    Le gouvernement prétend mettre en place un système plus juste mais c’est une justice à la sauce patronale, qui consiste à imposer une régression à toutes les catégories de salariés ! La réforme que prépare Macron est un nouvel épisode dans la guerre menée au monde du travail par la classe capitaliste et les gouvernements à son service.

    Pour accroître leurs profits dans un contexte de crise et de concurrence exacerbée, les capitalistes font reculer le niveau de vie des travailleurs par tous les moyens, en aggravant l’exploitation, la #précarité et en imposant les bas salaires. De leur côté, quelle que soit leur couleur politique, tous les gouvernements n’ont cessé depuis des années de consacrer une part croissante des finances publiques à satisfaire les exigences du grand patronat et des banques. L’éducation, le système de santé, la retraite, tout ce qui est le plus essentiel pour les travailleurs est sacrifié pour favoriser les profits d’une minorité de riches bourgeois !

    Des journées de #mobilisation sont organisées contre cette réforme des retraites, dont celle proposée par la #CGT le 24 septembre. Ce sont des occasions à saisir pour commencer la mobilisation contre l’ensemble des attaques.

    #Emplois, #salaires, retraites : les capitalistes mènent la guerre sur tous les fronts. C’est collectivement, en tant que classe sociale aux intérêts communs, que les travailleurs pourront mettre un coup d’arrêt à cette offensive contre leurs droits et leurs conditions de vie. Nous sommes le nombre, nous faisons fonctionner la société, nous en avons la force si nous en avons conscience.

    Montrons au gouvernement qu’il a raison de craindre les réactions de colère des travailleurs !

    Bulletins d’entreprise du 2 septembre

  • Les comptes d’apothicaire de Blanquer ne satisfont pas les enseignants
    https://www.mediapart.fr/journal/france/010919/les-comptes-d-apothicaire-de-blanquer-ne-satisfont-pas-les-enseignants

    En cette rentrée, une partie des enseignants réclame toujours une augmentation salariale. Jean-Michel Blanquer vient de faire une annonce en ce sens, mais les organisations syndicales ont jugé l’enveloppe insuffisante, sachant, en outre, que le point d’indice des fonctionnaires, qui permet d’indexer leurs traitements sur l’inflation, est gelé depuis 2010.

    #éducation #salaires,_enseignants,_jean-Michel_Blanquer,_rémunération

  • Belgique : Inégalités salariales entre femmes et hommes : un combat toujours d’actualité Natalia Hirtz - 12 Juillet 2019 - InvestigAction
    https://www.investigaction.net/fr/inegalites-salariales-entre-femmes-et-hommes-un-combat-toujours-dact

    Le 8 mars dernier, l’une des revendications de la première grève des femmes en Belgique portait sur l’égalité salariale. En effet, 53 ans après la grève historique des femmes de la Fabrique Nationale (Herstal), l’écart salarial entre les hommes et les femmes est de 7,6 % en salaire horaire et de 20,6 % en salaire annuel. Quelle a été l’évolution historique de ces inégalités en Belgique et comment expliquer les écarts actuels ?
     

    Si les femmes ont toujours travaillé, la distinction entre travail salarié (c’est-à-dire, du travail partiellement rémunéré [1]) et travail « domestique » (non rémunéré) est l’une des caractéristiques principales du système capitaliste. Durant la période féodale, la famille paysanne (les serfs) travaille une partie de la semaine sur le domaine seigneurial et l’autre partie, dans la sphère dite « domestique ». Durant cette période de l’histoire, la domination masculine est indéniable et il existe bel et bien une division sexuelle du travail, c’est-à-dire qu’hommes et femmes (voir même enfants) ne réalisent pas les mêmes tâches. Avec le salariat, qui s’installe au XVIe siècle en Europe, la division sexuelle du travail est renforcée par la séparation entre travail salarié (masculin) et domestique (féminin). Ce dernier sera non seulement dévalorisé, mais surtout invisibilisé [2]. Les femmes ne seront cependant pas toutes écartées de la sphère salariale qui deviendra l’affaire des plus pauvres d’entre elles. Les travailleuses sont reléguées aux emplois les moins bien valorisés, car considérés comme étant des tâches ne relevant d’aucune qualification acquise, sinon de qualités féminines innées. L’écart salarial augmente. Si au XIVe siècle, les femmes perçoivent la moitié de la paye d’un homme à travail égal, au XVIe siècle elles ne reçoivent qu’un tiers du salaire de leurs homologues masculins [3].

    À partir du XIXe siècle, le travail des femmes en dehors de la sphère domestique est érigé en source de dysfonctionnement et de pathologies sociales. Il est accusé d’entrainer la pauvreté, l’immoralité, la dénatalité et la décadence sociale. Les ouvrières des ateliers sont particulièrement ciblées. En parallèle, le modèle de la famille nucléaire s’impose comme vertu avec au centre, la figure du père, pourvoyeur de revenus, et de la mère, ménagère et pourvoyeuse des soins dans le foyer. La critique du travail salarié des femmes est accompagnée de mesures spécifiques [4]. Le Code civil (1830) donne à la femme mariée le même statut qu’aux mineurs : elle ne peut pas gagner de l’argent, faire des économies ou réaliser des transactions économiques sans la permission de son mari. Pour exercer un travail salarié, elle doit obtenir l’autorisation de son époux. C’est lui qui signe le contrat de travail et qui, jusqu’en 1900, perçoit son salaire. Ce n’est qu’en 1958 qu’une réforme du Code civil supprime la notion de puissance maritale [5].

    Ces mesures précarisent les travailleuses sans pour autant empêcher leur présence dans le monde salarial : à la veille de la Première Guerre mondiale, près d’un employé sur trois est une femme [6]. La discrimination des femmes sur le marché de l’emploi est renforcée durant l’entre-deux-guerres et atteint son apogée durant la crise des années 1930. En 1933 et 1935, le gouvernement diminue les salaires des femmes fonctionnaires et des institutrices ; en 1934, il suspend l’embauche des femmes dans le service public (exception faite du service de nettoyage) [7]. L’arrêté royal de décembre 1934 autorise le ministre du Travail à « contingenter dans chaque branche d’industrie le pourcentage de femmes […] en vue du remplacement éventuel des excédents par des chômeurs involontaires » [8]. En 1935, il interdit le cumul des époux dans la fonction publique. Ces arrêtés royaux provoquent une forte mobilisation féminine et, en 1937, ces mesures sont abrogées. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement met en place un ensemble de mesures pour encourager le retour des femmes au foyer : la mère au foyer se voit attribuer une allocation (1948-1957), la réforme fiscale introduit le cumul des revenus des époux (1962-1988) [9], pénalisant le travail des femmes et renforçant son statut de salaire d’appoint.

    La proportion des femmes dans la population active ne retrouve son niveau d’avant 1914 (30 %), qu’en 1970 [10]. Elle remonte de manière continue jusqu’à nos jours pour atteindre 36,6 % en 1990 et 47,8 % en 2018 [11]. Ces chiffres n’impliquent pas pour autant la fin des inégalités. En effet, la part des femmes sur le marché de l’emploi augmente dans un contexte marqué par la progression des contrats précaires, des emplois flexibles et, comme développé dans les articles de B. Bauraind et d’A. Dufresne (dans ce numéro), d’une réduction de la part salariale dans le revenu national ainsi que des réductions de dépenses publiques (ce qui aura de forts impacts sur les femmes, responsables des soins au sein de la famille).

    L’écart salarial entre hommes et femmes s’est progressivement réduit, en particulier grâce au combat des femmes. Et c’est plus précisément les ouvrières de la Fabrique Nationale Herstal qui, avec leur grève de 1966, ont marqué un tournant important dans l’histoire des inégalités salariales, et par conséquent dans l’histoire des femmes.
     
    La grève des ouvrières de la FN Herstal
    Lors de la signature du Traité de Rome (1957), instituant la Communauté économique européenne, le principe de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes devient une « valeur » fondatrice des institutions européennes. Or, le Traité de Rome vise une intégration économique entre les pays signataires [12], non une union politique ou sociale. À ce titre, les enjeux sont multiples. Parmi les six pays signataires, la France réclame un article portant sur l’égalité salariale entre femmes et hommes. En effet, contrairement à certains de ses partenaires, la France avait adopté des dispositions législatives diminuant cet écart [13]. Elle craint de ce fait une ouverture à la concurrence du marché défavorable pour les secteurs à forte main-d’œuvre féminine [14].

    Le Traité de Rome établit un délai de 5 ans aux pays signataires pour instaurer l’égalité salariale. Or, 10 ans après sa signature, en Belgique comme ailleurs, aucune loi n’a été adoptée pour contrecarrer ces inégalités. Ce n’est que par les négociations salariales que les travailleuses pouvaient espérer une hausse de leurs revenus. Dans le secteur des fabrications métalliques, les négociations signées en 1962 ramenaient l’écart des salaires à 15 %, c’est-à-dire que les femmes gagnaient 85 % du salaire des hommes. En 1966, une nouvelle convention est en cours de négociation pour les années 1966-1968. Les discussions sont difficiles et elles visent une réduction des écarts, mais pas une disparition des inégalités. C’est dans ce contexte que le 16 février 1966, 3.000 ouvrières de la FN Herstal entament une grève en revendiquant « À travail égal, salaire égal ». En effet, la direction de la FN attend la conclusion de l’accord national avant de lancer les négociations au sein de l’entreprise et affirme qu’à la FN, il n’existe pas de distinction entre les hommes et les femmes. Or, les compétences des femmes y sont sous-évaluées, elles sont payées à la production et sont exclues de toute possibilité de promotion interne [15].

    Le 18 février, un projet d’accord sectoriel est conclu prévoyant un rattrapage des salaires étalé sur deux ans, pour atteindre 90 %, puis 93 % et enfin 96,7 %. Cet accord ne représente que 20 % de l’augmentation exigée par les femmes de la FN. Elles décident donc de continuer la grève. Dès la fin de la deuxième semaine de grève, faute de pièces, plus de 5.000 hommes sont mis en chômage technique. Le conflit fait tache d’huile dans d’autres usines du pays et dépasse les frontières. Le 25 avril, des délégations belges et européennes participent à la marche sur Liège en soutien aux grévistes [16]. Un comité « À Travail égal, salaire égal » est lancé pour soutenir la grève et dénoncer plus largement les discriminations sexistes.

    Le 4 mai, après 12 semaines de grève, syndicats et direction signent un accord. Les femmes obtiennent une augmentation salariale moindre que celle revendiquée, mais supérieure à celle proposée au départ par la direction. L’accord n’inclut pas les demandes concernant les conditions de travail et introduit la lutte contre l’absentéisme des femmes. Mais, au-delà de la question concernant les conquêtes immédiates, cette grève est devenue l’une des plus importantes de l’histoire de la Belgique. Non seulement par sa durée, mais surtout par ses répercussions sociales et politiques. La mobilisation des ouvrières a propulsé sur la scène belge, mais aussi internationale, la revendication de l’égalité salariale. Ce combat aura des répercussions jusqu’au parlement européen où une réunion extraordinaire est organisée pour évaluer l’application de l’article 199 du Traité de Rome concernant l’égalité salariale. En Belgique, les organisations syndicales sont poussées à repenser la place des femmes au sein de leurs structures et dans les négociations collectives. Enfin, cette grève accélère la publication de l’arrêté royal du 24 octobre 1967, qui sépare la réglementation du travail des enfants de celle des femmes adultes. Le principe de l’égalité salariale défini par le Traité de Rome est confirmé, mais sans donner de repères interprétatifs concernant ce qu’on entend par « travail de valeur égale ». C’est l’une des raisons pour lesquelles, comme nous le verrons plus loin, les inégalités salariales persistent. Enfin, l’arrêté royal ouvre le droit aux actions en justice pour cause d’inégalité salariale. Cependant, les syndicats ne feront jamais usage de cet outil juridique pour mettre en œuvre l’égalité salariale [17].
     
    La grève des ouvrières de Bekaert-Cockerill (Fontaine-L’Évêque)
    Le 3 novembre 1982, les 31 ouvrières de la fabrique de clous et de fils d’acier Bekaert-Cockerill, entament une grève. Elles protestent contre la signature d’une convention imposant la réduction du temps de travail des femmes.
     
    En effet, quelques mois plus tôt, en avril, ouvriers et ouvrières entament une grève contre un plan de restructuration. Après 9 semaines de grève et devant l’échec des négociations, la commission paritaire régionale réunit son bureau de conciliation. Les négociations débouchent sur un accord signé par les deux parties (syndicale et patronale) avec la caution du conciliateur social, représentant du ministère du Travail. Seules les femmes seront touchées par la restructuration : 28 ouvrières (non-chefs de ménage) doivent passer à mi-temps. En effet, lors des négociations, tous les efforts se sont concentrés sur la sauvegarde des emplois masculins, ce qui en dit long sur la conception de l’emploi des femmes en tant que salaire d’appoint [18].
     
    Tant la Direction de l’entreprise que les responsables syndicaux et le représentant du ministère du Travail décident d’ignorer la loi de 1978, qui impose l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes dans le cadre de l’emploi et des relations économiques en général. Pour les ouvrières, cet accord implique de passer d’un contrat à durée indéterminée à temps plein à un contrat à mi-temps valable pour la durée de la convention, perdant donc, aussi, les avantages sociaux liés à leur ancienneté [19]. Le 18 octobre, le syndicat organise une assemblée générale (AG) pour valider la convention. Les ouvrières dénoncent une discrimination scandaleuse : les postes des femmes seront remplacés par des hommes. Elles demandent à leurs « camarades » de rejeter cette convention, mais très peu d’hommes se solidarisent [20]. Sur les 226 personnes présentes à l’AG, 60 votent contre (toutes les femmes et seulement 29 hommes), 40 s’abstiennent et 126 hommes votent à faveur de la convention, décidant ainsi du sort des ouvrières. La convention est signée et la solidarité ouvrière, brisée [21]. Mais, loin de se laisser abattre, le 3 novembre, les femmes partent en grève, sans le soutien des syndicats, qui considèrent leurs revendications (d’égalité) trop « extrémistes ». Certaines d’entre elles installent un piquet de grève. Mais elles ne parviennent pas à retenir leurs camarades hommes, qui décident de reprendre le travail. Après 20 jours de grève, la convention est abandonnée et une nouvelle convention est signée. Cette fois-ci, 13 femmes seront licenciées. Et ce seront plus précisément celles qui ont participé aux piquets de grève [22]. Elles seront remplacées par 23 hommes.
     
    L’ouverture du marché de l’emploi aux femmes… comme armée de réserve et avec un salaire d’appoint  
    C’est le contexte de la fin des années 1960 marqué par une pénurie de main-d’œuvre et une forte conflictualité sociale qui pousse le gouvernement à encourager l’entrée des femmes dans le salariat. Ainsi, le Plan du travail de 1971-1975 vise à faciliter la combinaison du travail salarié et de la vie de famille pour les femmes, tout en les orientant massivement vers des secteurs d’activité dits féminins. Le contrat de travail à temps partiel est présenté comme un outil privilégié à cette fin. L’État investit dans la création de crèches [23].

    La crise structurelle qui surgit en 1973 [24] et les politiques mises en place pour y répondre marquent un point d’inflexion dans l’organisation du travail. Le retour des femmes sur le marché de l’emploi se passe donc dans un contexte de blocage salarial, d’augmentation du chômage et de multiplication des emplois précaires [25]. En outre, l’ouverture du salariat aux femmes ne concerne que certains secteurs considérés comme « féminins » et donc moins bien rémunérés. La multiplication des contrats à temps partiel s’impose au nom de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale des femmes (toujours tenues pour seules responsables du bien-être familial). Elles sont ainsi massivement considérées comme une main d’œuvre d’appoint ne méritant donc qu’un salaire d’appoint. Et c’est précisément cette question qui sera soulevée et combattue par une nouvelle grève historique : celle des ouvrières de l’usine Bekaert-Cockerill.
     
    La persistance des inégalités salariales
    De nos jours, des scandales comme celui qui fut mis en lumière par les ouvrières de Bekaert-Cockerill semblent peu probables. Cependant, lorsqu’on observe les statistiques, on s’aperçoit que le travail des femmes continue à être considéré comme un travail d’appoint et donc payé comme tel. En effet, si on aborde le salaire d’un point de vue collectif, on observe qu’en 2014 (dernières données statistiques pour la Belgique), l’écart salarial entre les hommes et les femmes est de 7,6 % en salaire horaire brut moyen et de 20,6 % en salaire annuel brut moyen (ce qui s’explique par une différence de temps de travail, nous y reviendrons plus bas) [26]. Alors que les femmes sont actuellement plus instruites et plus diplômées que les hommes, elles sont moins payées, plus exposées aux exclusions de chômage [27] et bien plus pauvres quand vient le temps de la retraite, car à moindre salaire, moindre pension. Sans prendre en considération les régimes de pension extralégaux (ce qui ferait augmenter cet écart [28]), la pension moyenne des femmes est 24,8 % inférieure à celle des hommes.
     
    Tableau 1. Évolution des écarts salariaux hommes-femmes entre 2010 et 2014
    Voir l’article https://www.investigaction.net/fr/inegalites-salariales-entre-femmes-et-hommes-un-combat-toujours-dact 

    D’autres inégalités relevant de la division internationale du travail  
    Le salaire exprime non seulement une division sociale et sexuelle du travail, mais aussi une division internationale du travail. L’inégalité salariale selon l’origine nationale des travailleur.euse.s, manque dans cette analyse. En effet, la discrimination sur le marché de l’emploi frappe encore plus fortement les migrant.e.s. Mais tout.e.s ne connaissent pas le même sort : les Allemand.e.s, les Françai.se.s, les États-Unien.ne.s et les Néerlandai.se.s qui travaillent en Belgique gagnent en moyenne plus que les Belges (notamment les hommes). Au contraire, les personnes de nationalité hors UE-27 (hormis les États-Unien.ne.s) accusent un important écart salarial par rapport aux Belges. Les salaires horaires bruts sont les plus faibles pour les travailleur. euse. s originaires des pays du Maghreb et du reste de l’Afrique, et ils le sont encore plus pour les femmes originaires de ces pays qui gagnent respectivement 10 % et 8 % de moins que leurs compatriotes masculins [29].
     
    L’écart salarial en salaires horaires  
    Comment expliquer que malgré une loi interdisant les discriminations salariales, les femmes gagnent 8 % en moins que les hommes par heure de travail ? En effet, cet écart est dû notamment aux discriminations directes et indirectes (les femmes sont majoritairement concentrées dans des emplois moins bien rémunérés).

    Dans nos sociétés, certains emplois sont considérés comme plus qualifiés que d’autres, et donc mieux rémunérés. Au tournant du XXe siècle, les salaires échappent largement aux négociations collectives. Les hiérarchies salariales suivent divers critères comme l’âge ou le sexe. Les femmes constituent donc une catégorie à part. Avec l’essor des conventions collectives, dans l’entre-deux-guerres, des grilles salariales sont élaborées selon la qualification et la pénibilité. Les débats sont ardus quant à la manière de mesurer la qualification. La reconnaissance d’une qualification est le fruit de rapports de force et de négociations entre représentants syndicaux et patronaux, représentés par des hommes. Ces négociations, officialisées par des conventions collectives, reflètent donc des hiérarchisations sociales dont celles concernant le genre. Les métiers masculins sont les premiers à être requalifiés, alors que le travail « féminin » sera largement considéré comme relevant de qualités féminines innées et donc, non qualifié. Ainsi, même au sein d’un même secteur, les emplois considérés plus qualifiés sont souvent largement masculins, comme c’est le cas pour le secteur du nettoyage où les hommes sont concentrés là où les salaires sont plus élevés tels que le nettoyage industriel ou le lavage de vitres.

    Il en va de même pour la reconnaissance de la pénibilité dont la notion est largement définie en fonction de critères masculins. Les facteurs de risques encourus par les femmes demeurent donc occultés, comme les gestes répétitifs ou les tâches liées au nettoyage et aux services à la personne [30].

    Mais le fait qu’hommes et femmes n’occupent pas les mêmes emplois n’explique pas tout. À l’intérieur d’un même secteur, on observe également des écarts de salaire entre hommes et femmes. Ceci s’explique par ce qu’on appelle des « discriminations directes » s’appuyant sur des stéréotypes que certain.e.s croient dépassés. L’un d’entre eux concerne la maternité, ou plutôt le soupçon de maternité. Celui-ci constituerait une des sources principales de discrimination à l’embauche (des postes mieux rémunérés), mais aussi aux promotions et à l’attribution des primes. En effet, la maternité irait de pair avec l’absentéisme, une moindre mobilité et donc, de moins bonnes performances.

    Il est certain que les mères sont plus nombreuses que les pères à prendre des congés pour s’occuper des enfants et, comme elles prennent en charge la majorité du travail domestique, elles sont donc moins « disponibles » que les hommes pour ce qui concerne leur carrière professionnelle. Cependant, une étude menée en France, comparant les salaires entre des hommes et des femmes qui n’ont jamais interrompu leur carrière et qui ont entre 39 et 49 ans (à priori, ne présentant plus la probabilité de maternité), montre que les hommes gagnent en moyenne 17 % en plus que les femmes. En effet, même celles qui ne sont pas mères restent soupçonnées de moindre performance que les hommes [31]. Elles ont donc moins accès aux promotions et aux primes.

    Comme le montre le tableau 2, les compensations salariales individuelles ne font que renforcer ces discriminations, maintes fois voilées par des opinions pointant des complexes relevant des femmes elles-mêmes (sensées ne pas oser négocier leur salaire) plutôt que des discriminations directes.


     
    L’interruption de carrière liée à la maternité est aussi un facteur explicatif de l’écart salarial. Les femmes cumulent moins d’ancienneté, ce qui a des répercussions sur leur possibilité de promotion sur un marché de l’emploi où elles sont en désavantage par rapport aux hommes.

    Enfin, si on observe l’écart salarial en fonction du statut, on remarque que chez les employé.e.s l’écart salarial s’élève à 22 % ; parmi les ouvrier.e.s, il est de 19 % alors que chez les fonctionnaires contractuel.le.s il n’est que de 2 %, et qu’il est même négatif chez les fonctionnaires statutaires (-5 %). Dans ce sens, le chiffre global de l’écart salarial de 8 % cache des différences significatives en fonction du statut [32]. En effet, étant donné les réglementations existantes contre les discriminations, l’État devrait être exemplaire. Cependant, cette égalité salariale s’accompagne d’une inégalité statutaire : alors qu’il y a autant de travailleuses que de travailleurs dans la fonction publique, seuls 48 % des femmes sont des fonctionnaires statutaires contre 61 % des hommes. Inversement, elles sont surreprésentées parmi le personnel contractuel [33]. Enfin, si dans le secteur privé les écarts sont plus importants, c’est notamment parce que, outre les discriminations indirectes, les compensations salariales individuelles favorisent les discriminations directes. Dans ce sens, la tendance à la sous-traitance des emplois publics et l’augmentation des fonctionnaires contractuel.le.s ne peuvent qu’accroître les inégalités salariales.
     
    L’écart salarial en salaires annuels
    Si on observe l’écart salarial sur une base annuelle, il se creuse encore. Au bout d’une année, les femmes gagnent 21 % en moins que les hommes. Cet écart s’explique par la surreprésentation des femmes dans l’emploi à temps partiel. En effet, en 2014, 43,9 % des travailleuses occupent un temps partiel, contre 9,6 % des travailleurs. Les raisons pour lesquelles les femmes travaillent à temps partiel ne sont pas les mêmes que celles des hommes. Selon l’enquête sur les forces de travail, pour 49 % des travailleuses à temps partiel, la combinaison entre vie professionnelle et vie privée constitue la raison principale de ce « choix », alors que cette même raison n’est invoquée que pour 23 % des hommes travaillant à temps partiel [34].

    Graphique 1. Écarts de salaires horaires bruts moyens (en €) et écarts salarial entre emplois à temps plein et à temps partiel et selon le sexe (2014)

    



    Enfin, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, les travailleur.euse.s à temps partiel occupent majoritairement des emplois moins bien rémunérés que les travailleur.euse.s à temps plein. Dans ce sens, les femmes qui travaillent à temps partiel cumulent deux désavantages majeurs : en tant que femmes et en tant que travailleuses à temps partiel (voir graphique 1). De plus, l’écart des salaires correspondant aux contrats de travail à temps plein et à temps partiel a crû ces dernières années en Belgique. Ceci a un impact majeur sur l’écart salarial entre les hommes et les femmes. De cette façon, si entre 2010 et 2014, les écarts de salaires ont légèrement diminué, l’écart salarial calculé sur base annuelle diminue bien plus lentement que celui basé sur les salaires horaires (voir tableau 1).
     
    Les hiérarchies sociales exprimées dans les salaires
    Les rapports salariaux sont des rapports d’exploitation, car le salaire n’est jamais égal à la valeur créée par le.s travailleur.euse.s. Le salariat s’est constitué sur la base même du surtravail, une partie de la valeur créée par le travailleur qui ne lui est pas reversée. Et dans ce même mouvement, il a impliqué une division entre un travail considéré comme « producteur » (de richesses) et un travail considéré comme « reproducteur » (de la force de travail, c’est-à-dire, des travailleur.euse.s). Les femmes ont été reléguées à ce travail dit « reproductif », considéré comme n’étant pas créateur de valeur et donc, non rémunéré.

    Loin d’être des victimes passives, le combat des femmes pour l’égalité (politique, sociale, sexuelle et économique) n’est pas neuf. Mais, dans une société patriarcale, leurs revendications tardent à être reconnues. Si depuis les années 1970, elles sont appelées à participer massivement au monde salarial, c’est plus pour servir de laboratoire à la précarisation de l’ensemble du salariat que comme travailleuses à part entière. Cependant, leur entrée dans des espaces plus reconnus par cette société (capitaliste et patriarcale) a facilité leur organisation et leur visibilité, accélérant de la sorte la reconnaissance de leurs revendications. Le combat n’est pas terminé. Le chemin est encore long pour parvenir à une égalité femmes-hommes. Égalité qui, bien évidemment, n’empêchera pas d’autres inégalités, propres à une société divisée en classes sociales. Néanmoins, l’égalité des salaires impliquerait une moindre exploitation du travail salarié des femmes, mais aussi une transformation plus globale des rapports de genre, dont le salaire n’en est qu’une expression. En ceci, la grève féministe internationale convoquée le 8 mars dans plus d’une quarantaine de pays marquera surement un tournant dans l’histoire de cette lutte.

    Notes
    [1] . Nous reprenons le concept défini par K. Marx. Dans ce sens, le travail salarié est un travail fourni pour autrui en échange d’un salaire qui est toujours inférieur à la valeur apportée par ce travail. Le profit de l’employeur vient de la partie de travail non payé. Ce temps travaillé gratuitement est désigné comme « exploitation ». Karl Marx, « Le Capital. Livre I », Éditions sociales, 2016.
    [2] . Lire à ce propos, Silvia Federici, « Point zéro : propagation de la révolution. Salaire ménager, reproduction sociale, combat féministe », Racine de iXe, 2016 et « El patriarcado del salario », Fabricantes de sueños, Madrid, 2018. Pour une synthèse sur les rapports de genre durant la période de formation du capitalisme, Natalia Hirtz « Le sauvage, le vagabond et la sorcière. Aux racines du capitalisme », Gresea Échos n°95, 2018.
    [3] . Silvia Federici, « Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive », Ed. Entremonde. Senonevero, 2017.
    [4] . Éliane Gubin et Claudine Marissal dans, Éliane Gubin et Catherine Jacques (dir.), « Encyclopédie d’histoire des femmes. Belgique, XIXe-XXe siècles », Ed. Racine, 2018, pp. 559-563.
    [5] . Le Code civil belge (et ses reformes) est disponible dans http://www.droitbelge.be/codes.asp#civ.
    [6] . Éliane Gubin dans, Éliane Gubin et Catherine Jacques (dir.) 2018, op.cit. p. 570.
    [7] . Éliane Gubin et Claudine Marissal, 2018 op.cit.
    [8] . Éliane Vogel-Polsky, « La construction sociosexuée du droit du travail en Belgique », dans, Yota Kravaritou, « Le sexe du droit du travail en Europe », Kluwer Law International, 1996.
    [9] . Éliane Gubin et Claudine Marissal, 2018 op.cit.
    [10] . Éliane Gubin, 2018, op.cit, p.573.
    [11] . Estimation modélisée, Organisation internationale du travail, https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SL.TLF.CACT.FE.ZS.
    [12] . La CEE fut fondée par l’Italie, la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Allemagne de l’Ouest.
    [13] . À propos de ces dispositifs législatifs en France, lire, Rachel Silvera « Un quart en moins. Des femmes se battent pour en finir avec les inégalités de salaires », La Découverte, 2014.
    [14] . Hélène Périvier, « Le Traité de Rome et l’égalité », 2017, https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/le-traite-de-rome-et-legalite
    [15] . Marie-Thérèse Coenen, « La grève des femmes de la FN en 1966. Une première en Europe, POL-HIS, 1991.
    [16] . Ibid.
    [17] . Marie-Thérèse Coenen, « Comment faire une société égalitaire quand l’inégalité est partout ? Les leçons de la grève des travailleuses de la FN », https://www.carhop.be/images/societe_egalitaire_2016.pdf.
    [18] . Éliane Vogel-Polsky, « La construction socio-sexuée du droit du travail en Belgique », dans, Yota Kravaritou, « Le sexe du droit du travail en Europe », Kluwer Law International, 1996.
    [19] . Ibid.
    [20] . Écouter l’émission « Un jour dans l’info : Femmes des années 80 ». RTBF dans https://www.rtbf.be/info/societe/detail_un-jour-dans-l-info-femmes-des-annees-80?id=9999497
    [21] . Éliane Vogel-Polsky, 1996, op. cit.
    [22] . Émission RTBF, op. cit.
    [23] . Éliane Gubin et Claudine Marissal, 2018 op.cit.
    [24] . Si on observe la croissance réelle du PIB mondial depuis 1950 jusqu’à nos jours, on remarque, à partir de 1973, une croissance globale moins forte à celle de la période antérieure (1950-1973) ainsi que l’apparition des crises (conjoncturelles) successives et de plus en plus profondes. https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/ny.gdp.mktp.kd.zg
    [25] . Voir les articles précédents de ce même numéro : A.Dufresne, pour le blocage salarial, C. Leterme pour le chômage et B. Bauraind pour ce qui concerne la réorganisation du monde du travail.
    [26] . Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, « L’écart salarial entre les femmes et les hommes en Belgique Rapport 2017 », http://statbel.fgov.be/sites/default/files/2017-12/Rapport%20Ecart%20salarial%202017.pdf Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 2017, op. cit.
    [27] . La réforme sur la limitation du droit à l’allocation de chômage d’insertion et la diminution de la limite d’âge (voir l’article de C. Leterme, dans ce même numéro) a mené à des exclusions massives dont 2/3 sont des femmes. Vie féminine, « La précarité des femmes en chiffres », 2015, http://www.viefeminine.be/IMG/pdf/La_precarite_des_femmes_en_chiffres.pdf
    [28] . Ceci se doit au fait que12 % d’hommes et 9 % de femmes bénéficient d’un régime de pension extralégal. De plus, la contribution patronale moyenne pour les femmes est 37 % inférieure à celle des hommes.
    [29] . Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 2017, op. cit.
    [30] . Voir Mélanie Mermoz, « Compte pénibilité. La santé des femmes dans l’angle mort », L’Humanité Dimanche, février 2016 ; Cécile Andrzejewski « Invisible pénibilité du travail féminin » ; Le Monde Diplomatique, décembre 2017 ; ou Laurent Vogel, « Femmes et maladies professionnelles. Le cas de la Belgique », ETUI, 2011.
    [31] . Dominique Meurs, Ariane Pailhé et Sophie Ponthieux « Enfants, interruptions d’activité des femmes et écart de salaire entre les sexes », Revue de l’OFCE, 2010. Cité dans Rachel Silvera, 2014, Op.cit.
    [32] . Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, 2017, Op. cit.
    [33] . Ibid.
    [34] . Ibid.

    Source : http://www.gresea.be/Inegalites-salariales-entre-femmes-et-hommes

    #Histoire #Femmes #Ouvrières #Salaires #travail #luttes #discriminations #discriminations_salariales #égalité #exploitation #capitalisme

  • La brochure #LO : « Contre le grand capital, le camp des travailleurs » (élections européennes 2019) est en ligne (format pdf)
    https://www.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/documents/brochure-avril-2019.pdf
    La seule liste d’extrême-gauche, internationaliste, anti-souverainiste ; la seule liste communiste révolutionnaire ; la seule liste non-réformiste ; la seule liste qui exprime les intérêts de classe des exploités.


    Sommaire :
    Les raisons de voter #Lutte_Ouvrière aux #élections_européennes https://www.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/documents/brochure-avril-2019.pdf

    - Contre la domination du grand capital (2)
    – Salariés ou retraités, embauchés, précaires ou au chômage, vous tous qui vivez de votre travail, exprimez vos exigences ! (3) #retraite
    – Augmentations massives des #salaires, des #pensions et des allocations Indexation de leur montant sur la hausse des prix (5)
    – Interdiction des #licenciements (7)
    – Imposer le #contrôle_des_travailleurs sur la marche des entreprises (8)
    – Plus que Macron, combattre le système capitaliste 9Un système économique en faillite (11)
    – Engager le combat contre la #classe_capitaliste (12)
    – Le rôle déterminant des #travailleurs (13)
    – Les élections européennes : une occasion d’affirmer nos intérêts de classe 16
    – L’#Union_européenne (17)
    – Quitter l’Union Européenne pour retrouver de la #souveraineté ? Une diversion et un mensonge (18) #souverainisme
    – Il faut renverser le #capitalisme (19)
    – La nécessité d’un #parti_révolutionnaire (21)
    – L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes (22)

    Quelques-unes de nos positions https://www.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/documents/brochure-avril-2019.pdf

    - #Fiscalité : « L’#impôt saigne le malheureux » (26)
    – Le #protectionnisme ne protège pas les travailleurs (27)
    – La #mondialisation, base économique du communisme (29)
    – Contre l’oppression des femmes (30) #féminisme
    #Migrants : des travailleurs qui doivent avoir le droit de circuler et de s’installer pour gagner leur pain (31)
    – Le #terrorisme, produit de l’ordre capitaliste mondial (33)
    #Écologie : la véritable menace contre l’#environnement et la planète, c’est le capitalisme (34)

    Version audio : https://presse.lutte-ouvriere.org/media/audioLO/Brochures/2019-04-brochure.mp3

  • Contrats courts : « On n’apparaît nulle part », Amandine Cailhol, Mathilde Frénois, Correspondante à Nice et Gurvan Kristanadjaja
    https://www.liberation.fr/france/2019/03/28/contrats-courts-on-n-apparait-nulle-part_1718018

    Réservé à certains secteurs, le CDD d’usage permet aux employeurs d’embaucher temporairement sans payer de #prime_de_précarité. « Ration » donne la parole à trois « permittents », à commencer par un chef cuisinier abonné aux extras.

    Cela représente une belle pile de paperasse. Au cours des dix dernières années, Nicolas Durot-Pouchtajevitch a travaillé successivement pour trois traiteurs de la région parisienne. Mais sur la période, le chef cuisinier, tout juste 40 ans, a signé des centaines de contrats. Autour de 2 500, estime-t-il, soit un pour chaque journée de travail, souvent même deux par jour, lorsqu’il enchaînait deux missions. Des contrats d’usage, plus exactement. Aussi appelés « #extras », ces CDD sont réservés à certains secteurs, dont la #restauration. Leur but : permettre aux employeurs d’embaucher temporairement du renfort, sans payer de prime de précarité. Sauf que, souvent, le temporaire dure. Mais la situation de ces salariés « permittents », qui alternent CDD et chômage, reste précaire.

    Lui parle de contrats d’« usure ». Après un « burn-out », il dénonce un « esclavage moderne ». Il raconte les appels de dernière minute, les doubles journées au cours desquelles la durée de travail journalière maximale (11 heures pour les cuisiniers) est largement dépassée. « Les pauses pour pisser, ça n’existe plus. Pour tout faire, on doit arriver une heure en avance », raconte Nicolas. Une heure de travail gratuite. Puis c’est la course : « Décharger le matériel, l’installer, cuisiner, gérer le personnel, les relations clients. » Les heures supplémentaires sont légion, mais pas majorées. Pour six heures de travail, il empoche 80 euros net.

    Faire des extras, au départ, était pourtant un choix. « Je voulais plus de flexibilité que dans la restauration classique. Et j’aimais le défi de ces missions », explique le chef. Mais cette liberté a des limites. « Refuser un contrat, c’est risquer de ne pas être rappelé ». Mieux vaut faire profil bas, malgré la dégradation des #conditions_de_travail : « Un hiver, on travaillait sous des tentes, il faisait zéro degré et j’ai osé demander des chauffages. La semaine suivante, on ne m’a pas donné de mission. »
    Les choses se gâtent encore lorsqu’il demande un CDI. Après cinq ans de mini-CDD chez un premier traiteur - et alors qu’il réalise presque l’équivalent d’un temps plein -, il réclame ce sésame, synonyme de sécurité professionnelle et de sérénité personnelle. « Résultat : ils ont baissé mon activité, puis m’ont mis à la porte. » Rebelote, plus tard, chez un second employeur. Même requête d’un CDI, même coup de balai. Un troisième, « avec insistance », lui suggère de devenir #autoentrepreneur, puis lui impose de baisser ses tarifications. Face à ce « salariat déguisé » et ce « chantage à l’emploi », il finit par jeter l’éponge fin 2018.

    En dix ans, Nicolas Durot-Pouchtajevitch assure n’avoir vu qu’une fois un médecin du travail, uniquement parce que cela avait été exigé par un client dans le cadre d’une prestation. « Le matin, on est à un endroit, le soir à un autre, mais on n’apparaît nulle part, même pas sur les registres du personnel, car tous les jours on est licencié. Même les syndicats ne nous connaissent pas », pointe le cuisinier. Autre galère, il n’a jamais réussi à se faire indemniser un arrêt maladie : « J’ai envoyé 84 fiches de paye à la Sécu. Mais mon employeur n’a pas complété l’attestation, arguant que je ne faisais pas partie de l’effectif de l’entreprise, que j’étais au #chômage. »

    Au chômage, il l’était, en effet. Du moins au sens de Pôle Emploi, qui le classait alors dans la catégorie C des demandeurs d’emploi, celle regroupant les personnes en activité réduite de plus de 78 heures par mois. Lui dépassait largement ce plancher. Les bons mois, il tournait à 250 heures. Bien suffisant pour ouvrir des droits à #Pôle_Emploi et bénéficier d’allocations, notamment pendant les mois creux, l’été. En 2017, il a, en plus des 26 000 euros net de salaires perçus, encaissé 6 000 euros d’allocations. « Je n’ai aucun complexe à avoir perçu cet argent. A Paris, il n’y a pas moyen de vivre avec les #salaires de la restauration. Surtout quand, comme moi, on est père célibataire et qu’il faut financer un mode de garde, le soir et les jours fériés », explique Nicolas.

    Sans complexe, il n’est pas moins critique contre ce « système d’assistanat qui permet aux employeurs de disposer de bras pas chers et dociles ». Lui réclame de meilleurs salaires, la sécurité de l’emploi, une véritable couverture sociale. Et ne croit pas au bonus-malus, cette modulation des cotisations sociales des employeurs pour limiter le recours à aux CDD : « C’est une bêtise. En 2012, une surtaxe similaire a été instaurée. En fin de chaîne, les employeurs ont répercuté les coûts sur les salariés en réduisant le nombre d’intervenants ou les heures payées. Et une fois de plus, les #permittents ont été les maltraités du système. »

    Adel Yedes, 59 ans, Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)

    « J’ai commencé les CDD en 1993 dans une boîte de sondages. J’étais enquêteur avec des contrats soit hebdomadaires, soit à la journée. Parfois, j’en avais plusieurs dans une même semaine. Mon dossier avec mes centaines de contrats et quelques documents fait 8,5 kilos. Quand je l’ai envoyé à mon avocat, il a halluciné. D’un point de vue pécuniaire, je n’avais pas de soucis. Avec un CDD d’usage, on reste sur les listes de chômeurs : si je ne travaille pas assez ou si je pars en vacances, Pôle Emploi compense la perte de revenus. Mais cette situation est #précaire. Surtout depuis que les dossiers pour Pôle Emploi se sont informatisés. Ce n’était plus à nous d’apporter les papiers, mais au patron de les envoyer par Internet. Il y avait toujours un problème et on recevait les indemnités avec des mois de retard. Et puis quand il n’y a plus de travail, c’est « au revoir et merci ». Il est difficile d’avoir un avenir. J’avais un stress continuel : dès qu’il y a un dossier à remplir, qu’on nous demande une fiche de paie à la #banque ou pour louer un appartement, on a peur. On me traite comme un clochard parce que, sur ma fiche de paie, il y a écrit « vacataire ».

    « Ce qui me faisait oublier ce genre de stress, c’est que je sentais que j’avais des responsabilités. Comme j’étais chef d’équipe puis superviseur, j’avais des réunions avec les chefs, je faisais des commandes, je gérais entre 2 et 3 millions d’euros de timbres, je planifiais le travail, je dépannais les ordinateurs. Ça me donnait une petite assurance.

    « Je suis devenu quelqu’un qui a signé un CDI le 18 janvier 2018. Un an plus tôt, une grande enquête de cinq ans se terminait dans la boîte de sondages pour laquelle je travaillais. Tout le monde avait peur, moi y compris. Mais l’entreprise n’a pas réussi à me faire partir car j’étais syndicaliste CFDT. C’est là que j’ai préparé mon dossier pour les prud’hommes. Mon CDD est devenu un CDI. Quand on a eu le jugement, j’étais encore en poste mais il n’y avait pas de boulot pour moi. Je suis resté quelques mois à la maison et finalement je suis parti avec une enveloppe. Si c’était à refaire, avec une famille et des enfants, ce serait non. Quand j’ai commencé, j’étais célibataire, jeune et sans responsabilité. Maintenant, je recherche un emploi et je ne reprendrai pas ce type de CDD. C’est fini. »

    Aurélie*, 28 ans, technicienne dans l’audiovisuel

    « Je suis intermittente du spectacle et en CDD d’usage depuis huit ans. Quand j’entends que nous sommes l’une des principales cibles du gouvernement, comme nous l’avons déjà été largement précédemment, ça me fait rire. Quand on connaît les conditions d’attribution du complément de salaire que Pôle Emploi nous attribue… Mon indemnisation Pôle Emploi est de 67 euros par jour non travaillé, ce qui est plutôt correct. Mais cette aide est désormais soumise à des conditions tellement nombreuses que je ne la touche plus. Je suis considérée comme une #intermittente qui « travaille trop ». Résultat, je ne perçois rien de Pôle Emploi le mois M si j’ai beaucoup travaillé le mois M-1, car on estime qu’il doit me rester de l’argent du mois précédent. Je ne vois pas ce que le gouvernement veut prendre de plus, puisqu’il ne donne déjà quasiment plus rien. Désormais, nous ne sommes indemnisés que si nous ne sommes pas en #carence.

    « En réalité, je ne peux pas vraiment me plaindre de ma situation, car en six ans à France Télés, j’ai eu trois propositions d’embauche sérieuses que j’ai déclinées. Je ne peux qu’assumer mes choix. Mais ce qui est devenu dur, au-delà du fait que les contrats tombent parfois du jour pour le lendemain, c’est que depuis près de deux ans, nous devons déclarer tous nos frais avec une facture pour chaque dépense. Depuis environ un an, nous devons aussi les rentrer dans un logiciel, ce qui est un vrai boulot de secrétariat, en plus des diverses réservations que nous avons toujours eues à gérer. Et je ne parle même pas des versements de salaire divisés en autant de contrats que nous avons signés, et des remboursements de frais que je ne contrôle jamais. Je me dis que si un versement est oublié, tant pis pour moi, c’est le prix à payer pour garder une vie sociale plutôt que de passer mon temps à faire de la comptabilité.

    « Dans le regard des gens, il persiste l’idée que nous sommes bien payés par nos employeurs et grassement indemnisés par Pôle Emploi. C’était davantage vrai avant. Même si je ne suis pas malheureuse aujourd’hui, je ne peux que constater que mon salaire annuel a largement baissé depuis six ans, alors que je travaille un peu plus qu’avant. Mais la liberté que ce statut offre reste primordiale pour moi… Jusqu’à quand ? »

    *Le prénom a été modifié.

    #CDD_d’usage

  • LA SOUS REMUNERATION DES FEMMES PARMI LES ARTISTES-AUTEURS AFFILIES EST GENERALE ET ENCORE PIRE QUE CELLE OBSERVEE CHEZ LES SALARIES - CAAP
    http://caap.asso.fr/spip.php?article335

    A la base, il y a autant d’hommes que de femmes parmi les artistes-auteurs

    Si l’on considère l’ensemble des artistes-auteurs (affiliés ou non), on constate qu’il y a à peu près autant de femmes que d’hommes (47% de femmes en 2011 et 48,7% en 2013, source MDA-SS). Parmi les affiliés, globalement la proportion de femmes chute à 40%. (« affiliés » c’est-à-dire uniquement les artistes-auteurs ayant des revenus supérieurs au seuil d’affiliation ou ayant été affiliés à titre dérogatoire par la commission professionnelle ad hoc).

    • Dans tous les domaines de la création, les femmes ont des revenus très fortement inférieurs à ceux des hommes.

    Les graphes rouges ci-dessous sont extraits d’un document de l’IRCEC fondé sur les statistiques fournies par la MDA-sécurité sociale et l’AGESSA portant sur les revenus 2011 des artistes-auteurs affiliés.

    Les chiffres présentés seraient évidemment très différents s’ils concernaient l’ensemble des artistes-auteurs et non uniquement ceux qui ont les revenus les plus hauts. Il est donc important de garder à l’esprit qu’il s’agit d’une sous-population (les affiliés) et non de la population totale des artistes-auteurs.

    Pour autant, le constat est affligeant, quelle que soit leur proportion dans la population d’affiliés observée, les femmes ont systématiquement un revenu moyen très inférieur à celui des hommes.

    #inégalités #salaires #revenus #femmes #art #artistes-auteurices (svp) #visualisation

    • Parmi les salariés en France, les hommes gagnent en moyenne 25% de plus que les femmes. Parmi les artistes-auteurs affiliés, les hommes gagnent en moyenne 50% [1] de plus que les femmes. L’inégalité hommes femmes est donc deux fois plus forte chez les artistes-auteurs que chez les salariés...

      Au delà du pourcentage global de 50%, l’inégalité de traitement observée par catégorie professionnelle montre une disparité notable allant de 116% pour les auteurs compositeurs à 25% pour les graphistes et les dessinateurs.

  • Assistantes maternelles : un droit au chômage réduit... au nom de la lutte contre la précarité ! | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/article-sans-titre-668050

    Ces professionnelles, comme les autres #salariés_multi-­employeurs, sont pourtant dans le viseur du gouvernement et des négociateurs de la réforme #Unédic. En effet, la lettre de cadrage gouvernementale publiée en septembre 2018 souligne que « les règles de l’activité conservée peuvent conduire, dans certains cas, les personnes à bénéficier d’un #revenu global très proche d’une activité à temps plein en cumulant revenus d’activité et revenus du chômage. Cette situation (…) mérite d’être corrigée afin d’inciter davantage les personnes à privilégier les revenus d’activité ».

    Une assistante maternelle qui perd un contrat, mais en conserve un ou deux autres bénéficie de l’allocation de retour à l’emploi (ARE) sur le contrat perdu qui s’ajoute à son ou ses salaires (son activité conservée). Quand elle retrouve un contrat, il s’agit alors d’une « activité reprise ». Son ARE est alors calculée en fonction de celle-ci. « Le mode de calcul est trop complexe pour qu’on puisse savoir si la somme calculée est bonne. Nous avons fréquemment des #indus à rembourser », explique Émilie Ferbos. Selon le gouvernement, il faudrait revenir sur ce système car, permettant de cumuler l’ARE et les #salaires, il n’inciterait pas à rechercher un nouvel emploi à temps plein. Cette analyse fait bondir l’assistante maternelle. « Comme si nous n’avions qu’à traverser la rue pour trouver de nouveaux contrats ! Nous sommes obligés d’attendre que des parents nous contactent et la demande varie beaucoup dans l’année : si vous perdez un contrat en hiver, c’est souvent très difficile de le remplacer avant la rentrée suivante », détaille-t-elle. En zone rurale, c’est presque mission impossible !
    La publication de cette lettre de cadrage lourde de menaces pour les salariés multi-­employeurs et particulièrement les assistantes maternelles a suscité une levée de boucliers. Fin septembre, la FGTA-FO a réagi en lançant notamment une pétition contre « la suppression de l’indemnisation pour activités réduites des assistantes maternelles », qui a rassemblé plus de 63 000 signatures. « Nous savons maintenant qu’il n’y aura pas de suppression, mais un changement de mode de calcul, celui-ci pourrait faire perdre 30 euros à 300 euros, selon les hypothèses évoquées, alors qu’en moyenne les assistantes maternelles touchent 900 euros par mois », déclare Véronique Delaitre. Le risque est fort que certaines professionnelles jettent l’éponge et quittent la profession.

    #droit_au_chômage #assistantes_maternelles

  • « Macron promet 100 euros et c’est la #CAF qui doit gérer »
    https://www.liberation.fr/france/2019/02/20/macron-promet-100-euros-et-c-est-la-caf-qui-doit-gerer_1710632

    Pour les syndicats, la véritable revendication porte surtout sur les #salaires qui n’ont pas été - ou très peu - revalorisés depuis 2010. « Des collègues touchent la prime d’activité. On finit par être nous-mêmes des allocataires de la CAF », pointe le délégué FO de Gironde. « Il y avait un gros espoir placé sur la prime Macron. Ça permettait aux collègues de tenir. Elle ne vient pas, ils ont du mal à comprendre, et on sent qu’ils ne vont pas tarder à débrayer », reconnaît Laurine Roth, représentante syndicale CFDT en Seine-Saint-Denis. « Ils sont à bout », affirme Audrey Granet (CGT).

  • Syndicalisme et gilets jaunes - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/Syndicalisme-et-gilets-jaunes.html

    Le 6 décembre, une intersyndicale rédige un communiqué qui se résume à l’ouverture de négociations et à la condamnation des violences. Le lendemain, Philippe Martinez estime qu’une « convergence des luttes est impossible au niveau national », tout en continuant de rappeler que « quand on livre des migrants à la police, ce ne sont pas les valeurs de la #CGT » [3], et appelle à une journée de grève sept jours plus tard, un vendredi, en marge des mobilisations des #gilets_jaunes prévus le samedi. Si aujourd’hui « gilets jaunes » et confédérations manifestent tant de méfiance réciproque, c’est que les syndicalistes n’apparaissent plus comme des porte-paroles des problématiques matérielles, ni même de l’exploitation salariale. À l’inverse, les gilets jaunes sont soupçonnés d’un amateurisme problématique dans ses formes comme dans ses revendications, accusés d’avoir déserté les rangs syndicaux, de se mobiliser trop tard et « hors cadre ».

    Un #syndicalisme qui s’éloigne des aspirations salariales

    Cette incapacité des confédérations syndicales à se joindre à l’un des plus grands mouvements sociaux depuis Mai 68 met bien en lumière l’affaiblissement qui frappe le syndicalisme hexagonal. Avec 8% en moyenne de la population salariale syndiquée, la France est le pays qui a connu le déclin le plus rapide et le plus brutal depuis trente ans en Occident [4]. L’étiologie du déclin syndical français est bien documentée par les sociologues et les politistes : disparition de bastions ouvriers, hausse du #chômage, #précarisation de l’emploi, tertiarisation de l’activité, etc. [5]

    Les organisations syndicales sont confrontées à des transformations majeures de l’économie auxquelles est venue s’ajouter une complexification substantielle du travail de représentation. Les élus du personnel et les militants syndicaux doivent désormais siéger dans un nombre croissant d’instances, dans et hors des entreprises [6]. En ce sens, à mesure que les règles juridiques et économiques gagnaient en subtilité dérogatoire, les militants syndicaux ont été happés par la nécessité d’intensifier leur formation, s’éloignant géographiquement et socialement, des bases qu’ils étaient censés représenter [7]. La question de la #représentativité n’a fait qu’accentuer la déconnexion entre les organisations syndicales et les salariés : par les prérogatives qu’elles permettent, les élections professionnelles sont devenues des enjeux essentiels des confédérations syndicales qui concentrent désormais une partie substantielle de leurs préoccupations et de leurs mobilisations militantes. Enfin, depuis une dizaine d’années, le monde syndical rencontre une série de transformations majeures qui l’emporte dans une course effrénée à l’adaptation de nouveaux dispositifs de régulation du #travail et de l’#emploi : loi de représentativité syndicale en 2008, Loi Rebsamen en 2015, Loi El Khomri en 2016, ordonnances Macron en 2017, les syndicats passent désormais une partie substantielle de leur temps à s’adapter à un cadre normatif qui n’a de cesse de réduire leurs marges de manœuvre.

    Dans le même temps, leur voix et leur expertise en matière d’action publique semblent définitivement exclues de la fabrique des réformes sectorielles (dans l’énergie, le travail ou encore les transports) depuis la fin des années 1990 [8]. Désormais, le pouvoir syndical est morcelé à la faveur de la négociation d’entreprise qui met en concurrence les salariés entre eux. Depuis son arrivée au pouvoir, E. Macron n’a fait que contribuer à exacerber cette déconnexion par la mise en place des Comités sociaux et économiques (CSE) qui prévoient de transformer les syndicalistes en managers sociaux [9].

    Les gilets jaunes, substitut des luttes au travail ?

    Le mouvement des Gilets Jaunes met donc bien en lumière ici un symptôme de ces différentes transformations du syndicalisme : sous l’effet de la professionnalisation du travail syndical, les responsables syndicaux semblent désormais en décalage par rapport à des aspirations pourtant proches du cœur de leur travail revendicatif, défendues par nombre de travailleurs pauvres, de retraités modestes ou de jeunes intérimaires qui composent les rangs des Gilets jaunes [10]. Le caractère extra-professionnel de cette #mobilisation éclaire un autre aspect de la situation de faiblesse dans laquelle sont placés désormais les syndicats : foyer historique de la contestation, le monde du travail ne semble désormais plus en mesure de mobiliser suffisamment pour obtenir des conquêtes sociales élémentaires comme des hausses générales de #salaire. Ce combat déserte le lieu de travail, à mesure que l’#entreprise se complexifie (sous-traitance, éclatement des statuts d’emploi, éloignement des centres de décision, distance sociale des nouvelles générations de cadres) et se fait désormais sur des ronds-points, des péages d’autoroute, aux abords des villes. Quand ce mouvement se décide à manifester sur Paris, les centrales syndicales peinent à sortir de leurs cortèges habituels [11], conduisant à l’invisibilité mentionnée plus haut.

    La conflictualité professionnelle en France est pourtant loin d’être anecdotique : des recherches montrent une résurgence de la contestation au travail depuis la fin des années 1990 qui s’accentue tout au long des années 2000 [12], faisant de la France l’un des pays les plus conflictuels du continent européen [13]. En dépit de leur déclin respectif et commun, l’industrie et les syndicats demeurent ainsi les principaux secteurs et acteurs des mobilisations professionnelles en ce début de millénaire. Pour autant, cette tendance globale à la hausse cache des disparités qui permettent de formuler des hypothèses d’un glissement de la conflictualité professionnelle hors de l’entreprise, dont les gilets jaunes seraient une des illustrations. Bien qu’on observe une hausse continue de la conflictualité sur la période, celle-ci ne parvient jamais à rassembler autant de participants qu’autrefois, et réunit principalement des salariés du secteur public lors de journées de grandes mobilisations [14]. Le nombre de Journées Individuelles Non Travaillées dans le secteur privé a ainsi nettement baissé, passant de plus de trois millions dans les années 1970 à un nombre variant de 250000 à 500000 durant la décennie 1990 et 2000, tandis que les mobilisations ont été écourtées : les cessations du travail inférieures à deux jours augmentent tandis que celles qui leur sont supérieures diminuent, les salariés privilégiant des formats de lutte plus indirects, comme le #débrayage, la pétition, la #grève_perlée ou celle du zèle.

    En fait, la conflictualité contemporaine du travail est autant le produit de la tertiarisation de l’économie que de la #segmentation progressive du marché du travail et de la précarisation des conditions d’emploi [15] qui semblent caractériser nombre de gilets jaunes [16]. Les conditions de mobilisations au travail se sont dégradées à mesure que l’emploi se transformait et se raréfiait, rendant l’implication dans la lutte de plus en plus coûteuse, aussi bien à titre collectif qu’individuel, en particulier pour les salariés dont les revenus sont les plus bas : ces derniers préfèrent souvent « la débrouillardise » au syndicalisme pour s’informer ou se défendre [17]. Le recours aux Prudhommes concerne ainsi près de 94% d’individus « ordinaires » et vise dans 8 cas sur 10 à contester le motif de la rupture [18]. Enfin, cette inertie doit surtout s’apprécier à l’aune de la création des ruptures conventionnelles qui connaît une croissance ininterrompue depuis leur apparition en 2008. Or ces contrats sont moins le résultat d’une conciliation « à l’amiable » que bien souvent un « exit » financier et institutionnel d’une multitude de situations conflictuelles [19]. En en complexifiant le recours aux prudhommes et en complexifiant le recours à cette juridiction, les ordonnances Macron finissent par étouffer les dernières voies possibles de justice au travail [20]. En occupant les ronds-points, les gilets jaunes continueraient-ils la lutte professionnelle par « d’autres moyens » ?

    Une convergence impossible ?

    Les rares données d’enquête disponibles à ce jour tendent, malgré leur inévitable fragilité, à corroborer cette hypothèse : parmi les gilets jaunes rencontrés par les sociologues, près d’un sur deux (44%) a déjà participé à une #grève, un taux particulièrement élevé quand on sait que seul un tiers des Français déclare avoir engagé une telle démarche au cours de leur carrière professionnelle (« Les salariés et la grève », Sondage BVA daté du 18 avril 2018.). [...]

    #revenu

    • Toulouse. Les ouvriers de Carrefour supply chain en grève et des gilets jaunes en soutien
      http://www.revolutionpermanente.fr/Toulouse-Les-ouvriers-de-Carrefour-supply-chain-en-greve-et-des

      Face à une nouvelle preuve de mépris de Carrefour qui refuse aux #ouvriers une prime, ceux-ci ont décidé de se mettre en #grève, rejoints par des gilets jaunes venus en soutien sur le piquet pour bloquer les livraisons.

      Ce n’est pas la première fois que les #Gilets_Jaunes se rendent sur le site de Logidis, à Colomiers, filiale et centre d’achat de Carrefour. En effet, depuis le début du mouvement, le site a déjà été bloqué à plusieurs reprises contre le géant de la #grande_distribution, qui licencie les salariés par milliers, et reçoit des millions de CICE.

      Cette fois-ci néanmoins, le contexte est différent, car ce sont les ouvriers qui ont décidé de se mettre en grève « #contre_la_vie_chère, pour l’augmentation des #salaires et la préservation de nos emplois », selon la CGT. En effet, alors que le gouvernement, pour calmer la colère sociale, en a appelé à quelques primes exceptionnelles que pourraient verser les employeurs, la direction de Carrefour a tout bonnement refusé d’en accorder à ses salariés.

      Carrefour supply chain à Colomiers ce sont près de 350 salariés, dont plus de la moitié en intérim, avec des contrats en 3x8, dépassant à peine le SMIC, malgré l’ancienneté de certains ouvriers qui y travaillent depuis plus de 30 ans et qui ne touchent pas plus de 1400 euros. Et des patrons qui refusent même d’accorder de quoi finir l’année plus sereinement.

  • L’#immigration rapporte 3 500 euros par individu chaque année - #Belgique - LeVif
    https://www.levif.be/actualite/belgique/l-immigration-rapporte-3-500-euros-par-individu-chaque-annee/article-normal-17431.html

    Professeur à l’UCL, Frédéric Docquier confiait à la Libre les bienfaits de l’immigration, qui génère « généralement des effets légèrement positifs sur les #salaires, tout en affectant très peu le taux de #chômage ». Une déclaration vérifiée par les données de l’OCDE, qui noterait un impact de + 0.27 % sur les salaires, via l’immigration.

    Si les chiffres sont plutôt bons, ils pourraient être bien meilleurs, car si la Belgique est un des pays européens où les immigrés rapportent le plus, il est également l’un de ceux où leur chômage est le plus conséquent.

    Parmi les immigrés nés hors Europe, il flirterait avec les 14 % pour les immigrés, d’après l’étude de la Banque Nationale de Belgique, parue en décembre 2012, voire 17 % pour l’OCDE. En revanche, seuls 6.7 % des immigrés actifs européens seraient sans emploi.

    « Il y a un énorme potentiel à exploiter, mais (il) se trouve bridé par les #discriminations dans l’accès à l’emploi », poursuivait François Gemenne, en accord avec le rapport parallèle du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le #racisme (CERD), de janvier 2014.

    #Europe

  • Smic : pas de coup de pouce, mais un revenu en hausse.

    Avec de nombreuses infos sur ces #miettes, ce « Smic qui augmente sans rien coûter aux employeurs »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/11/smic-pas-de-coup-de-pouce-mais-un-revenu-en-hausse_5395702_823448.html

    Pour répondre au mouvement des « gilets jaunes », l’exécutif a décidé d’augmenter la prime d’activité de 80 euros et d’intégrer à son calcul l’exonération des cotisations salariales.

    De telles orientations sont discutables parce que « la prime d’activité ne crée aucun droit, contrairement au salaire qui, lui, en crée, notamment pour la retraite et l’assurance-chômage », décrypte Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques. En outre, une hausse du smic se propage aux échelons de rémunérations situés juste au-dessus, dans le public et dans le privé : ces « effets de diffusion » ne se produiront pas avec la mesure présentée lundi par M. Macron.

    Smic et prime d’activité : les annonces d’Emmanuel Macron en 8 questions, Samuel Laurent, Gary Dagorn et Adrien Sénécat, L’iMonde (article pas si pire à part quelques détails occultés, dont l’exclusion de nombreux étrangers, ndc)
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/12/11/smic-et-prime-d-activite-les-annonces-d-emmanuel-macron-en-8-questions_53958

    Avec un graphique présentant ce Dénombrement au niveau national des foyers #allocataires ayant un droit versable à la #PPA par situation familiale http://data.caf.fr/dataset/foyers-allocataires-percevant-la-prime-d-activite-ppa-niveau-national/resource/2e3cc82e-8224-47a2-9563-d0943990c786

    Que faut-il comprendre lorsque le chef de l’Etat parle de « 100 euros par mois » de plus pour un salarié en 2019 ?

    « Cent euros par mois » en plus pour les travailleurs rémunérés au salaire minimal : c’était l’une des annonces phares de l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron, lundi 10 décembre. Mais cette formule, destinée à répondre aux revendications des « #gilets_jaunes », soulève de nombreuses questions. Qui pourra réellement prétendre à cette hausse de pouvoir d’achat ? S’agit-il d’une hausse du salaire minimal ou d’une aide de l’Etat ? Nos précisions en huit questions.
    Un salarié au smic verra-t-il ses revenus augmenter de 100 euros par mois ?
    Les salariés qui gagnent un peu plus que le smic en bénéficieront-ils aussi ?
    Et les salariés à temps partiel ?
    La hausse sera-t-elle automatique ?
    Est-ce l’Etat qui paiera ?
    La hausse de la prime d’activité peut-elle rendre imposable ?
    La prime d’activité est-elle écartée du calcul des droits au chômage et à la retraite ?
    La hausse du smic en 2019 sera-t-elle la plus importante depuis plus de dix ans ?

    1. Un salarié au smic verra-t-il ses revenus augmenter de 100 euros par mois ? C’EST PLUS COMPLIQUÉ

    « Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur », a affirmé Emmanuel Macron, lundi 10 décembre. Derrière cette formule simple se cachent en fait des situations variables. Le chiffre de 100 euros englobe deux mesures différentes, explique une source gouvernementale au Monde : la baisse des cotisations salariales en 2018, qui représente un peu plus de 20 euros par mois pour un salarié au smic à temps plein ; la hausse du montant maximal de la prime d’activité de 80 euros net. Cette aide devait initialement augmenter quatre fois de 20 euros, de 2018 à 2021. Elle devrait finalement augmenter d’environ 60 euros au début de 2019 après une première hausse de 20 euros en octobre 2018.

    Tout le monde ne gagnera pas « 100 euros par mois »
    Selon la même source, le calcul d’Emmanuel Macron ne tenait pas compte de la revalorisation légale du smic de 1,8 % au 1er janvier 2018 (soit environ 20 euros net de plus). Ce qui fait que, dans le meilleur des cas, un salarié au smic pourrait prétendre à un revenu mensuel net d’environ 1 430 euros en 2019 en comptant la prime d’activité, contre 1 307 euros à la fin de décembre 2017.

    Attention, en revanche : si la baisse des cotisations salariales concerne tous les salariés, la prime d’activité est versée sous conditions de revenus, et c’est l’ensemble du foyer qui est pris en compte. Ainsi, un salarié au smic peut ne pas pouvoir prétendre à la prime d’activité à cause des revenus de son conjoint.
    De même, le chiffre de « 80 euros » d’augmentation de la prime d’activité correspond à un montant maximal théorique. Mais celui-là peut être moindre selon la situation réelle des salariés. Il faudra en réalité attendre de connaître les détails des règles de calcul retenues par le gouvernement pour estimer réellement qui gagnera combien en janvier 2019.

    Parmi les pistes évoquées revient également l’idée d’intégrer la prime d’activité à un futur « revenu universel d’activité » souhaité par Emmanuel Macron, dont les contours restent à déterminer. C’est probablement ce qu’évoquait le premier ministre, Edouard Philippe, à l’Assemblée nationale mardi 11 décembre, lorsqu’il a affirmé vouloir verser la prime d’activité à un plus large public que celui actuellement concerné.

    Note : les #étrangers doivent justifier de 5 ans de séjour légal sur le territoire pour ouvrir droit à la prime d’activité ; rien pour les #auto_entrepreneurs ; report de la « négociations » de l’#assurance_chômage et de la #réforme des #retraites

    #sans_papiers #fiscalité #droits_sociaux #annonces #Smic #salaires #prime_d'activité #non recours #revenu #chômeuses #travailleuses_à_temps_partiel #travailleurs_pauvres #précarisation

    https://seenthis.net/messages/742902

  • Smic net = 1200€
    Cotisations salariales = 310€ (santé, retraite)
    Cotisations patronales = 200€ (santé, retraite) (exonération de 410€)

    100 euros de plus de salaire sans que cela coûte plus aux patrons... cela signifie... que les cotisations vont baisser !

    On ne change pas une recette qui fonctionne ! Jouer avec l’argent des caisses de solidarité, c’est fastoche en définitive.

    • Troisième point, le couplet « fermeté » au début de son discours pré-enregistré, où il te dit que la violence c’est mal, et que taper sur les flics, c’est mal.

      Les flics sont payés et équipés pour résister à la violence.

      Et dans son discours, il n’a eu aucun mot pour condamner la violence gratuite contre les manifestants. Celle-ci n’existe pas, tout simplement.
      Ou pire. Un seul casseur parmi les manifestants justifie les violences contre tous.

      Autour de moi, les discussions au sujet des lycéens. C’était ça. « oh mais ils n’ont que ce qu’ils méritent, ils ont brûlé des poubelles ». Un seul qui brûle une poubelle permet de justifier la punition collective. #on_en_est_là des capacités de réflexion de nos contemporains repus (oui, j’en fréquente un certain nombre, je vis dans une grande métropole).

    • Dernier point : on apprend à la fin que le discours a été pré-enregistré en fin d’après-midi. Mais les journalistes, tous, ils se sont tous exprimés, en entretenant le suspens. Mais ils avaient tous pu écouter le discours à l’avance. Et tous, ils savaient déjà ce qu’ils allaient pouvoir faire comme commentaires et comme résumés de l’entretien ; même les infographies étaient prêtes ! Même les experts sur les plateaux étaient déjà fin prêts pour commenter. Seuls les politiques, interrogés par la suite, finalement, ont dû improviser. Peut-être.

      La palme du dispositif incompréhensible au gars, sur M6, qui est dans une rue, dans le froid, et qui parle en duplex avec le présentateur, en plateau. Pourquoi parle-t-il depuis la rue ? On ne le saura pas.

    • Le Président a parlé. Il pense qu’une distribution de monnaie peut calmer l’insurrection citoyenne qui a éclaté. C’est à ceux qui sont dans l’action de dire si cela leur convient.

      Pour notre part, comme parlementaires insoumis, voici ce que nous voyons :

      Premier point

      Une partie considérable de la population n’est concernée par aucune des mesures de Macron.
      Les chômeurs et, parmi eux, surtout les 50% de chomeurs non indemnisés.
      Les salariés à temps partiel et surtout 80 % d’eux, les femmes, qui sont, de surcroit, moins payées que les hommes, à travail égal.
      Les retraités qui touchent plus de 2000 euros restent assujettis à l’augmentation de la CSG. La désindexation des pensions de retraites sur le coût de la vie est maintenue.
      Les fonctionnaires ne sont pas pris en compte.

      Deuxième point

      Toutes les mesures décidées seront payées par les contribuables et les assurés sociaux. Aucune par les riches ni les profits.
      L’exonération des heures supplémentaires sera payée soit par la sécu soit par l’État.
      L’augmentation de la prime d’activité sera payée par les contribuables.
      La suppression de la taxe d’habitation sera payée par l’impôt sur le revenu.
      L’augmentation du smic sera payé par l’impot.

      Troisième point

      Les actionnaires sont bien protégé.
      La prime exceptionnelle versée par les entreprises n’est pas obligatoire. Mais elle est défiscalisé ce qui est un effet d’aubaine là où elle existait déjà.
      L’ISF n’est pas rétabli.
      Le CICE est maintenu.

      Quatrième point

      Aucune des revendications pour davantage de démocratie participative ne reçoit de réponse.

      Cinquième point

      Le budget est désorganisé.
      Au total il s’agit de trouver plus de dix milliards supplémentaires dans le budget de l’État. Le projet de loi de finances est donc totalement désarticulé. Le Premier ministre a déjà annoncé que cela se paierait par des économies supplémentaires c’est-à-dire par des services publics de moins.

      Il faut choisir. Faut-il continuer la politique qui compte sur le ruissellement des riches vers les autres ou bien mettre en place un budget en faveur des besoins connus du peuple et de l’investissement écologique ?

      https://melenchon.fr/2018/12/10/macron-parle-la-revolution-citoyenne-continue

    • Je n’ai pas trouvé l’allocution faussement sentimentale retranscrite par écrit, si vous la voyez passer, merci.
      Quand un chef de gouvernement te parle #amour sur un réseau où nous avons depuis longtemps travaillé à déconstruire cette manipulation relationnelle, je me marre …
      A un 3:00 il te baratine « Je les ai vu ces femmes de courage pour la première fois disant leur détresse » c’est beau comme du Victor Hugo, mais si on est un tout petit peu intéressé par ne serait-ce que ce qui se passe dans la société, y’a euh … des statistiques sur les femmes, les familles monoparentales, leurs salaires et leurs galères qui le disent déjà, et les #femmes sont au premier rang de ces inégalités. Alors aller raconter que c’est la première fois qu’elles « disent leur détresse » me parait démontrer une totale inaptitude au politique, c’est très inquiétant.

      Et si je veux le texte, c’est pour compter le nombre de travail* (9x), je pense que ça tourne autour d’une dizaine de fois. D’autant qu’il tente de diviser en bon #méritocrate ceux qui ne travaillent pas ou autrement et les salariés, les bons esclaves des mauvais.
      Non, parce que le gars sur son vélo UBER va donc lui parler de SMIC … ah ah ah

    • … et donc

      Adresse du Président de la République Emmanuel Macron à la Nation.
      SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.
      Paris – Lundi 10 décembre 2018

      Françaises, Français, nous voilà ensemble au rendez-vous de notre pays et de notre avenir. Les événements de ces dernières semaines dans l’Hexagone et les Outre-mer ont profondément troublé la Nation. Ils ont mêlé des revendications légitimes et un enchaînement de violences inadmissibles et je veux vous le dire d’emblée : ces violences ne bénéficieront d’aucune indulgence.

      Nous avons tous vu le jeu des opportunistes qui ont essayé de profiter des colères sincères pour les dévoyer. Nous avons tous vu les irresponsables politiques dont le seul projet était de bousculer la République, cherchant le désordre et l’anarchie. Aucune colère ne justifie qu’on s’attaque à un policier, à un gendarme, qu’on dégrade un commerce ou des bâtiments publics. Notre liberté n’existe que parce que chacun peut exprimer ses opinions, que d’autres peuvent ne pas les partager sans que personne n’ait à avoir peur de ces désaccords.

      Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. C’est donc désormais le calme et l’ordre républicain qui doivent régner. Nous y mettrons tous les moyens car rien ne se construira de durable tant qu’on aura des craintes pour la paix civile. J’ai donné en ce sens au gouvernement les instructions les plus rigoureuses.

      Mais au début de tout cela, je n’oublie pas qu’il y a une colère, une indignation et cette indignation, beaucoup d’entre nous, beaucoup de Français peuvent la partager et celle-là, je ne veux pas la réduire aux comportements inacceptables que je viens de dénoncer.

      Ce fut d’abord la colère contre une taxe et le Premier ministre a apporté une réponse en annulant et en supprimant toutes les augmentations prévues pour le début d’année prochaine mais cette colère est plus profonde, je la ressens comme juste à bien des égards. Elle peut être notre chance.

      C’est celle du couple de salariés qui ne finit pas le mois et se lève chaque jour tôt et revient tard pour aller travailler loin.

      C’est celle de la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée, qui ne vit même plus, qui n’a pas les moyens de faire garder les enfants et d’améliorer ses fins de mois et n’a plus d’espoir. Je les ai vues, ces femmes de courage pour la première fois disant cette détresse sur tant de ronds-points !

      C’est celle des retraités modestes qui ont contribué toute leur vie et souvent aident à la fois parents et enfants et ne s’en sortent pas.

      C’est celle des plus fragiles, des personnes en situation de handicap dont la place dans la société n’est pas encore assez reconnue. Leur détresse ne date pas d’hier mais nous avions fini lâchement par nous y habituer et au fond, tout se passait comme s’ils étaient oubliés, effacés.

      Ce sont quarante années de malaise qui ressurgissent : malaise des travailleurs qui ne s’y retrouvent plus ; malaise des territoires, villages comme quartiers où on voit les services publics se réduire et le cadre de vie disparaître ; malaise démocratique où se développe le sentiment de ne pas être entendu ; malaise face aux changements de notre société, à une laïcité bousculée et devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance.

      Cela vient de très loin mais c’est là maintenant.

      Sans doute n’avons-nous pas su depuis un an et demi y apporter une réponse suffisamment rapide et forte. Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m’arriver de vous donner le sentiment que ce n’était pas mon souci, que j’avais d’autres priorités. Je sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos. Je veux ce soir être très clair avec vous. Si je me suis battu pour bousculer le système politique en place, les habitudes, les hypocrisies, c’est précisément parce que je crois plus que tout dans notre pays et que je l’aime et ma légitimité, je ne la tire d’aucun titre, d’aucun parti, d’aucune coterie ; je ne la tire que de vous, de nul autre.

      Nombre d’autres pays traversent ce mal vivre qui est le nôtre mais je crois profondément que nous pouvons trouver une voie pour en sortir tous ensemble. Je le veux pour la France parce que c’est notre vocation au travers de l’Histoire d’ouvrir ainsi des chemins jamais explorés pour nous-mêmes et pour le monde.

      Je le veux pour nous tous Français parce qu’un peuple qui se divise à ce point, qui ne respecte plus ses lois et l’amitié qui doit l’unir est un peuple qui court à sa perte.

      Je le veux aussi parce que c’est en pressentant cette crise que je me suis présenté à votre suffrage pour réconcilier et entraîner et que je n’ai pas oublié cet engagement et cette nécessité.

      C’est d’abord l’état d’urgence économique et sociale que je veux décréter aujourd’hui. Nous voulons bâtir une France du mérite, du travail, une France où nos enfants vivront mieux que nous. Cela ne peut se faire que par une meilleure école, des universités, de l’apprentissage et des formations qui apprennent aux plus jeunes et aux moins jeunes ce qu’il faut pour vivre libre et travailler.

      L’investissement dans la Nation, dans l’école et la formation est inédit et je le confirme.

      Nous voulons une France où l’on peut vivre dignement de son travail ? Sur ce point, nous sommes allés trop lentement. Je veux intervenir vite et concrètement sur ce sujet. Je demande au gouvernement et au Parlement de faire le nécessaire afin qu’on puisse vivre mieux de son travail dès le début de l’année prochaine. Le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euros de plus pour l’employeur.

      Je veux renouer avec une idée juste : que le surcroît de travail accepté constitue un surcroît de revenu ; les heures supplémentaires seront versées sans impôts ni charges dès 2019. Et je veux qu’une vraie amélioration soit tout de suite perceptible ; c’est pourquoi je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent, de verser une prime de fin d’année à leurs employés et cette prime n’aura à acquitter ni impôt ni charge.

      Les retraités constituent une partie précieuse de notre Nation. Pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de CSG subie cette année ; l’effort qui leur a été demandé, était trop important et il n’était pas juste. Dès demain, le Premier ministre présentera l’ensemble de ces décisions aux parlementaires.

      Mais nous ne devons pas nous arrêter là. J’ai besoin que nos grandes entreprises, nos concitoyens les plus fortunés, aident la Nation à réussir ; je les réunirai et prendrai des décisions en ce sens dès cette semaine. Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la réforme de l’impôt sur la fortune mais pendant près de 40 ans, il a existé ; vivions-nous mieux durant cette période ? Les plus riches partaient et notre pays s’affaiblissait. Conformément aux engagements pris devant vous, cet impôt a été supprimé pour ceux qui investissent dans notre économie et donc aident à créer des emplois ; et il a été maintenu au contraire pour ceux qui ont une fortune immobilière.

      Revenir en arrière nous affaiblirait alors même que nous sommes en train de recréer des emplois dans tous les secteurs. Cependant, le gouvernement et le Parlement devront aller plus loin pour mettre fin aux avantages indus et aux évasions fiscales. Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt, c’est la simple justice.

      Vous le voyez, nous répondrons à l’urgence économique et sociale par des mesures fortes, par des baisses d’impôts plus rapides, par une meilleure maîtrise des dépenses plutôt que par des reculs.

      J’entends que le gouvernement poursuive l’ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisie il y a maintenant 18 mois ; nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l’Etat, de l’indemnisation du chômage et des retraites. Elles sont indispensables. Nous voulons des règles plus justes, plus simples, plus claires et qui récompensent ceux qui travaillent.

      Mais aujourd’hui, c’est aussi avec notre projet collectif que nous devons renouer. Pour la France et pour l’Europe. C’est pourquoi le débat national annoncé doit être beaucoup plus large. Pour cela, nous devons avant toute chose, assumer tous ensemble tous nos devoirs. Le devoir de produire pour pouvoir redistribuer, le devoir d’apprendre pour être un citoyen libre, le devoir de changer pour tenir compte de l’urgence de notre dette climatique et budgétaire.

      Pour réussir, nous devons nous rassembler et aborder ensemble toutes les questions essentielles à la Nation. Je veux que soient posées les questions qui touchent à la représentation ; la possibilité de voir les courants d’opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n’appartenant pas à des partis. Je veux que soit posée la question de l’équilibre de notre fiscalité pour qu’elle permette à la fois la justice et l’efficacité du pays. Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face aux changements climatiques : se loger, se déplacer, se chauffer. Et les bonnes solutions émergeront aussi du terrain.

      Je veux que soit posée la question de l’organisation de l’Etat, de la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé depuis des décennies. Et la question du service public dans tous nos territoires.

      Je veux aussi que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter.

      Ces changements de fond qui demandent une réflexion profonde et partagée, imposent un débat sans précédent. Il devra se dérouler au niveau national dans nos institutions, chacun y aura sa part : gouvernement, assemblées, partenaires sociaux et associatifs ; vous y aurez votre part. Je veux en assurer moi-même la coordination, en recevoir les avis, prendre ainsi le pouls vivant de notre pays.

      Mais un tel débat n’est pas seulement affaire de représentants institutionnels ; il doit se dérouler aussi partout sur le terrain et il est des interlocuteurs naturels, des citoyens qui doivent en recevoir les demandes et s’en faire les relais : ce sont les maires ; ils portent la République sur le terrain. C’est pourquoi je rencontrerai moi-même les maires de France, région par région, pour bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la Nation.

      Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l’engagement, nous réussirons.

      Nous sommes à la tâche et je reviendrai m’exprimer devant vous pour vous rendre compte.

      Mon seul souci, c’est vous ; mon seul combat, c’est pour vous.

      Notre seule bataille, c’est pour la France.

      Vive la République, vive la France.

    • Leur opportunisme décomplexé a quelque chose de consternant. Ils se figurent que ça ne se voit pas... parce qu’ils savent qu’il leur suffit d’avoir l’air compatissant pour que leurs mesures économiques abjectes soient présentées par les comédiens qui parlent dans le poste comme des cadeaux aux plus pauvres. Ils démantibulent les protections sociales, et à chaque fois qu’on râle, ils trouvent le moyen d’en faire un peu plus.

      Ce midi, où par malheur je me suis retrouvé à comater 30 minutes devant la télé, j’ai bien pu constater combien ils prenaient tous un malin plaisir à tartiner sur « l’attentat », ce truc qu’on nomme fusillade, et qui, quand il a lieu à Marseille pour un règlement de compte, n’occupe pas plus de 30 secondes de cervelle de journaliste. Là, ce fut de la tartinade, avec l’expert en terrorisme interrogé pendant plusieurs minutes, puis les images de tous les marchés de noël de France et de Navarre, avec les policiers et les militaires en armes (images d’archives ?)...

      Les médias en seconde peau des élites. Et les élites en cyniques décomplexés appliquant leur programme même quand on leur dit que ça suffit. Comment voir les choses autrement ?

    • Ah, merci @simplicissimus, gagné :D La dernière image que cela donne est nettement plus réaliste ! les dauphins y verront un vrai robot les mains à plat enchainant des mots préenregistrés par d’autres robots.

      Et il y a bien 9 travail* (travail, travailleurs) avec une entrée de scène digne d’un dictateur orwellien juste au moment où on commence à ronfler.

      Nous voulons des règles plus justes, plus simples, plus claires et qui récompensent ceux qui travaillent.

      à la niche papa

  • Une situation excellente ? Plate forme d’enquêtes militantes
    http://www.platenqmil.com/blog/2018/12/06/une-situation-excellente

    Vu les événements des derniers jours et ceux qui s’annoncent dans les jours à venir, il est possible que la situation soit excellente (1). Le pouvoir exprimé par les #Gilets_Jaunes a en effet provoqué une crise profonde au sein du gouvernement. Beaucoup de choses restent incertaines, le mouvement est trop récent, trop mouvant et contient trop d’éléments nouveaux pour tirer des conclusions, mais les gilets jaunes sont en train de produire un bouleversement d’ampleur, dans lequel toutes nos forces ont leur mot à dire.
     
    Le samedi 1er décembre a marqué une nouvelle étape de la mobilisation. Alors que l’exécutif faisait le pari d’un affaiblissement, les gilets jaunes ont remonté d’un cran le niveau de la confrontation, déjà bien élevé les semaines précédentes. La manifestation parisienne s’est transformée en une offensive telle qu’on n’en a pas connu depuis bien longtemps. Non seulement les gilets-jaunes étaient plus nombreux, mais ils et elles ont déployé une inventivité particulièrement efficace face à l’encadrement policier. La #révolte débordait de toute part et les techniques répressives habituelles – lacrymogènes, grenades, nasses, matraques ou canons à eaux – ne pouvaient pas y faire grand-chose. Des comités d’action s’improvisaient entre deux boutiques de luxe, on traversait des avenues bordées de sapins de Noël enflammés et des tags recouvraient la Place Vendôme. L’attention a tendance à se focaliser sur Paris, mais les récits qui émergent dans d’autres villes, voire des villages, montrent que le phénomène est bien plus large. Si on peut y voir une continuité avec les formes de réappropriations de la violence dans les cortèges, notamment depuis 2016, il faut reconnaitre qu’un cap a été franchi.
     
    Plus surprenant encore, le début de semaine qui a suivi donne l’impression que le ton est donné et qu’il peut porter plus loin encore. La réaction immédiate et puissante des lycéen.es est de ce point de vue exemplaire. Ils et elles ont repris leur lutte contre la réforme du bac et la sélection en donnant aux blocages l’intensité de l’époque gilet-jauné. Dans les facs, les AG font le plein contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·es étrangers. Et on peut espérer que les #occupations qui se mettent en place s’inspirent elles aussi du climat pour prendre une forme moins autocentrée que ce qu’on a pu connaitre dans la première moitié de l’année. Les ambulancier·es ont carrément envahi la place de la Concorde alors que celle-ci se remettait à peine des émeutes du week-end. Dans le #syndicalisme de combat, des appels à prendre part à la manifestation commencent à voir le jour. En Ile de France, les cheminot·es et les postier·es ont déjà donné le ton, suivis par des secteurs moins attendus comme les cimentiers du Groupe Lafarge, ou par les camarades de Geodis Gennevilliers. Les fédérations trainent un peu, comme à leur habitude, mais certaines appellent à la grève, voire au blocage pour la CGT transport, à partir de lundi.


     
    Au-delà des #luttes les plus visibles, tout un ensemble de micro-évènements échangés de bouche à oreille laissent à penser qu’un parfum de révolution traine dans l’air. Selon les écoles – et sans que ce soit contradictoire – on peut y voir le résultat d’un processus de subjectivisation en pleine émergence ou bien l’ouverture d’une forme de légitimité à passer à l’acte. Dans les deux cas, l’effet produit peut être considérable au-delà d’une temporalité courte. Si le mouvement continue de se renforcer, on voit mal comment des réformes comme celle des #retraites ou de l’#assurance_chômage pourraient être mises sur la table, comme c’était prévu, au début de l’année prochaine. Pour le moment, Macron et son gouvernement continuent dans le cynisme absolu au service des plus riches. Ils se sont contentés de lâcher une ridicule suspension des taxes carburant pour l’année 2019, chiffrée à 4 milliards, ce qui représente une offrande de 6 centimes pour le diesel et de 3 centimes pour l’essence. Super ! Comment peuvent-ils croire qu’un truc aussi insignifiant pourrait faire taire des gilets-jaunes qui depuis vingt jours passent leur semaine sur des ronds-points et leur samedi face aux flics ? Sans compter que la veille, mardi 05 décembre, l’assemblée venait de valider un cadeau dix fois plus gros pour les patrons : une transformation du CICE en baisse des cotisations sociales pour un coût de 40 milliards sur l’année 2018. Un énorme foutage de gueule.
     

     
    On entend souvent que les gilets-jaunes ont bougé, mais on peut aussi penser que c’est nous-mêmes qui avons fait bouger nos #cadres_d’analyse de la situation, après reconnaissance des effets engendrés. Aux premiers jours, on était un peu étonnés que les gilets-jaunes carburent au prix de l’essence. Et pourtant, la taxe carbone, au même titre que la TVA, sont bien des #impôts_non_redistributifs, dont les riches s’acquittent aisément alors que d’autres galèrent. La thématique demeure trop restreinte mais elle a vite été débordée, sur la question des #services_publics ou du retour de l’#ISF (3) par exemple. Et elle peut encore déborder au-delà, jusqu’à rejoindre des enjeux qui nous sont plus familiers. Sur la question des #salaires tout d’abord, qui semble difficilement évitable quand on parle de difficulté à finir le mois. Sur la misère du #travail aussi, qui occupe une place de choix dans le pourrissement de nos quotidiens. Sur les violences policières bien sûr, qui ont viré au défoulement généralisé ces derniers jours. Finalement, depuis le début du mouvement, les #revendications portées partent principalement des #conditions_matérielles_d’existence et c’est leur force. Difficiles à synthétiser, mais englobant tous les aspects, elles pourraient être réunies sous une formule qu’on a beaucoup entendue et qui à le mérite de percuter : « On n’en veut plus de cette vie de merde ».

    Tout ça reste largement imprévisible et des zones d’ombres persistent. Des courants #citoyennistes, #légalistes et #nationalistes traversent bien certains esprits embrumés et nécessitent de poser des #clivages nets. (...)

    #lycéens

  • C’est l’Eure.

    Dans l’Eure, « le réservoir de la colère explose » 23 NOVEMBRE 2018 PAR FRANÇOIS BONNET

    Dans l’Eure, péages d’autoroute et gros ronds-points demeurent bloqués tout ou partie de la journée. Le prix des carburants est oublié. Ouvriers, retraités, intérimaires, artisans, jeunes et vieux disent tous la même chose : une vie de galère avec des revenus de misère et des injustices qu’ils ne veulent plus supporter.

    « Le prix du carburant, pardon, mais je m’en contrefous », assure Line – « Appelez-moi Madame Line », insiste-t-elle. Madame Line est donc arrivée à pied, ce mercredi matin, au rond-point de Gaillon, dans l’Eure, avec son panier à roulettes. Des cakes faits maison et du café. Deux kilomètres de trajet. Une soixantaine de gilets jaunes sont là, sur le rond-point, pour un barrage filtrant. Ça dure depuis samedi. C’est juste à côté de Kiabi, de McDo et d’Auchan. C’est un rond-point dans une zone commerciale comme partout.

    Et là, les Klaxon des poids lourds et des voitures font connaître leur soutien. Les gilets jaunes sont en évidence derrière les pare-brise. On rigole bien. Ça blague autour des braseros, des barbecues et en tapant la converse avec les automobilistes qui attendent. Sans compter ce camionneur qui fait trois fois le tour du rond-point, Klaxon à fond. Lui, il réchauffe les cœurs. Il fait très froid. Depuis samedi, la fatigue s’accumule.

    C’est aussi pour ça que vient Madame Line. La voiture, elle a fait une croix dessus. « Je l’ai depuis deux ans au parking. Faudrait le contrôle technique, j’ai pas les sous, ma voiture réussira pas l’examen et il faudrait que je remette l’assurance, pas possible », précise-t-elle. Adieu la voiture, mais là, sur le rond-point, surgissent plein de nouveaux amis.

    Madame Line est retraitée. 720 euros par mois. Et une vie dont l’horizon au-delà de son logement HLM se résume au Auchan du rond-point de Gaillon et aux quelques sorties organisées quand ses enfants le peuvent. « Charges fixes enlevées, j’ai quoi ? 150, parfois 200 euros par mois », dit-elle.

    « Ben, il y a dix jours, on se connaissait pas », dit Alain. Lui a la quarantaine, c’est un grand costaud qui travaille à quelques kilomètres, au centre technique de Renault. Ça tombe bien, il y a quinze jours, il a loué un vélo électrique pour voir « si ça pouvait le faire pour aller au boulot ». Quinze kilomètres par jour, avec une grande côte. C’est pas évident, conclut-il.

    Une révolte, dit-il, c’est aussi plein de plaisir. Des découvertes, des gens, des horaires qui volent en éclats, une liberté. « Sur le groupe Facebook, on est des centaines. Là, on se relaie, moi je repars au boulot et je reviens ce soir. On se croisait dans la rue et on se disait pas bonjour, là on discute et il y a ce mot : solidarité. On pense pas pareil ? On s’en fout. Il y a des cons, des racistes ? On leur demande de se taire. La solidarité, c’est quand même ce gouvernement qui devrait montrer que cela existe au lieu de nous piétiner. »

    Ce que disent Line et Alain ? C’est ce qu’on pouvait entendre cette semaine sur la dizaine de gros points de blocage visités dans cette partie du département de l’Eure qui va de Vernon à Val-de-Reuil. La hausse des carburants est oubliée depuis longtemps. D’autant que les prix, constatés à l’Intermarché de Gasny vendredi matin, sont dans la fourchette basse. « Les carburants, c’est la goutte qui a fait exploser le réservoir de la colère », assure Smaïn, un « bloqueur » du péage de l’autoroute A13 à Heudebouville.

    Non, sur les ronds-points, on ne parle plus carburant mais des vraies choses qui fâchent : la pauvreté, les jeunes sans horizon ou précaires à l’éternité, les retraités à la ramasse, et soi-même ou bien dans la galère ou pas vraiment assuré des deux ou trois ans qui viennent. La peur de plonger à son tour. Et surtout, les salaires qui ne permettent pas de finir les mois.

    Il y a ce plaisir de se retrouver ensemble. Des gens que rien n’aurait réunis. Des petits gestes. À l’entrée des Andelys, c’est Anaïs qui raconte : « Un vieux dans une caisse pourrie me donne un billet de 5 euros, en fait c’est lui qu’il faudrait aider. » Le gars qui laisse un plateau de charcuterie d’au moins 50 euros à Gaillon. Ce voyageur dans une belle voiture qui, à Fleury-sur-Andelle, tend un billet de 20 euros. Ce boulanger qui a fait une fournée spéciale d’éclairs au chocolat « Soutien au blocage 27 » (le 27, c’est l’Eure).

    « On se bat pour nos jeunes, pour les retraités, pour nos salaires. »

    Partout, sur tous les ronds-points bloqués, les tables sont remplies de victuailles et de matériel avec parfois le groupe électrogène qui tourne. À Vernon, à la sortie de l’A13, une R5 traîne une carriole remplie de bois de chauffage. Aux Andelys, un routier passe un sac de gâteaux. Sur la barrière de péage de Heudebouville, c’est l’entassement de casse-croûte. Et là, ce jeune gendarme qui discute avec les gilets jaunes :
    « Bon, vers quelle heure vous arrêtez le blocage ?
    -- Pourquoi ?
    -- Euh, ça va devenir dangereux après 17 heures. Et puis faut que je rentre nourrir mon chien, soyez sympas.
    -- Votre chien peut attendre.
    -- Non, c’est un gros, il fait trente kilos, faut qu’il ait sa ration à l’heure. Et puis j’ai pas envie d’être rappelé pour ramasser un corps démembré.
    -- Sympa, vous nous portez chance…
    -- Non mais attention, c’est très dangereux les entrées de péage. »

    Et aux Andelys, où le centre des impôts a été bloqué puis fermé, voilà deux femmes gendarmes qui s’avancent sur le rond-point :
    « Alors, on se respecte, pas vrai ? Donc ne mettez pas des photos de nous sur Facebook.
    -- Y’en a déjà de parties, je crois.
    -- Justement, faut arrêter. Regardez, on n’a pas notre calot, on va se faire engueuler par la hiérarchie.
    -- Mettez votre calot, c’est pas mal.
    -- Ben non, regardez la gueule qu’on a avec ça.
    -- OK, on supprime les photos. »

    C’est bien joli de faire la fête et les barbecues merguez-chipo avec de nouveaux amis, mais « ici c’est pas la kermesse de l’école », corrige David. Il est là depuis cinq jours, à Gaillon. Les yeux rougis et creusés par le froid, la fumée, le manque de sommeil, les discussions sans fin. Comme les autres. David résume : « On se bat pour nos jeunes, pour les retraités, pour nos salaires. On nous traite de beaufs, d’illettrés, de sans-dents, on veut du respect, de la moralité et de l’écoute. Et on veut surtout la fin des injustices : Macron supprime l’ISF, les grandes boîtes ne paient pas les impôts, regardez Carlos Ghosn et les paradis fiscaux. »

    À Vernon, Éric, 41 ans, préfère faire dans l’imagé : « C’est quoi l’histoire ? On nous demande de se serrer la ceinture et en plus de baisser notre froc. Ça, c’est un truc pas possible. Donc stop ! » Ouvrier dans une entreprise de traitement des métaux près de Mantes-la-Jolie, il dit y avoir perdu une épaule. En arrêt de travail depuis avril, un accident professionnel et un patron qui ne respecte aucune consigne de sécurité. « On travaille avec des bains de cyanure, d’acides différents, de chrome. Pas de bleus de travail sécurisés, des petits masques de peinture qui ne servent à rien. L’inspection du travail est passée. Et qu’est-ce qu’a fait le patron ? Acheter des hottes de cuisine ! Et là-dessus, en équipe de nuit, j’ai fait une chute. Comment je fais maintenant avec une épaule foutue… »

    Traditionnellement ouvrière, cette partie de la vallée de la Seine a un temps bien vécu : automobile, métallurgie, industries chimiques, des entreprises de sous-traitance de partout pour les grands groupes et des logements pas trop chers. Depuis vingt ans, l’histoire n’est plus la même avec les crises, les délocalisations et les plans de licenciements qui se sont empilés. « Du boulot, il y en a encore, dit Kevin, 32 ans, mais faut voir les conditions. Moi, je suis cariste en intérim. En ce moment, c’est chômage : 806 euros par mois. J’ai un loyer de 450 euros, une fille à charge. Eh bien, je marche avec un compte dans le rouge et mes découverts enrichissent la banque ! J’ai calculé l’an dernier : 700 euros de frais bancaires dans l’année. »

    Chantal et Rose viennent prendre le relais sur le rond-point. La première est retraitée, 800 euros par mois, une sortie en voiture tous les quinze jours pour faire le « plein de courses », les habits achetés dans les vide-greniers et des jongleries comptables pour, parfois, se payer un billet de train. « On peut vivre comme cela quelques années mais tout le temps, non, c’est trop dur », commente-t-elle.
    Rose approuve en riant. Son mari est au chômage depuis deux ans. Elle est en intérim – « je prends tout, ménage, caissière, etc. » – au Smic et en ce moment en arrêt maladie avec le dos cassé. « 740 euros d’indemnités, on va pas loin avec ça. Donc pour deux de mes trois gosses, c’est plus d’activités et pas de vacances. »

    Le cahier de doléances de René, soudeur à la retraite
    « Ici, c’est la révolte de la France qui a 1 000 euros par mois, voire moins, pour vivre », dénonce Laurence, auto-entrepreneuse dans le service à la personne. Elle ne se plaint pas, son mari a « un bon travail », mais elle dit connaître des « gens qui bossent et qui vivent au camping ou dans leur voiture ». Alain abonde dans son sens. « Il y avait un espoir avec Macron et il ne se passe rien ou le pire. Il n’écoute personne, il a écrasé tout le monde avec ses ordonnances. “Licencier pour mieux embaucher”, c’était ça son truc. Les embauches, je les vois pas. Je suis depuis vingt-huit ans chez Renault et c’est le contraire qui se passe. »

    À Écouis, sur la grande départementale qui mène vers Rouen, ils sont une dizaine à taper des pieds pour se réchauffer devant le feu rouge. Et voici un petit tract : « Les gilets jaunes ne sortent pas que pour l’essence. » Suit une longue énumération de 27 mesures, impôts, taxes : de l’augmentation du gaz au projet de vignette pour les véhicules polluants ; de la suppression de l’ISF à la fermeture des services dans les hôpitaux ; de l’augmentation de l’âge de la retraite aux suppressions de poste dans l’éducation… Tout y passe. C’est un paysage social apocalyptique qui est dressé avec cette conclusion : « Une fois mort, ça ne s’arrête pas : il faut payer l’enterrement et tout le tralala, soit environ 4 000 euros et plus. »

    René, lui, est bien content. Ça lui rappelle Mai-68, quand il commençait sa carrière d’ouvrier chez Bata, à Vernon, avant de se reconvertir en soudeur spécialisé. Le voilà qui émerge de l’épais brouillard qui noie le rond-point un grand cahier à la main. « Je fais tous les blocages et je demande à chacun d’écrire une mesure qu’il faudrait prendre, vous voulez mettre quoi vous ? »

    Le cahier est feuilleté. Rembourser tous les médicaments. Baisser le prix des mutuelles. Mettre les banques à genoux. Augmenter le Smic. Aider les jeunes pour louer des logements – « C’est vrai qu’à 30 piges, être toujours chez Papa-Maman, c’est la honte », commente René. Que les patrons paient leurs impôts. Ouvrir la gare de Gaillon qui est fermée tous les après-midi et où les distributeurs de billets sont cassés. Annuler les 80 km/h sur les nationales.

    Et ça continue. Sur le rond-point, une jeune femme fait elle aussi l’inventaire. « J’en ai marre de tout, j’en ai marre de rien pouvoir faire avec mes gosses, j’en ai marre de compter en permanence pour finir le mois, j’en ai marre de pas être respectée par le patron, j’en ai marre des conneries des journalistes à la télé. » Et elle fond en larmes. « Excusez, je suis fatiguée. »

    Emmitouflé dans sa grosse veste camouflage, Daniel s’offre un petit moment de politique en filtrant les poids lourds. « Moi, c’est pas le pire, je suis à la retraite depuis quatre ans, 1 300 euros par mois. » Daniel a été délégué syndical et il regrette bien que les syndicats ne soient pas dans le coup. « Pourquoi la CGT n’est pas là ?, demande-t-il. Si les gars à l’usine Renault-Flins arrêtaient le travail, ne serait-ce qu’une journée, ce serait plié. »

    L’ancien syndicaliste expose à qui veut l’entendre son choix d’un « capitalisme régulé et juste ». Les multinationales ont trop de pouvoir, le CAC 40 ne paie pas ses impôts, les jeunes galèrent et doivent compléter leur salaire par le travail au noir. Il se souvient de ce reportage sur Starbucks – « c’est à la mode ça » – qui ne paie pas un sou d’impôt en France. Il est pour l’Europe mais pas celle-là, qui ne « fait rien pour le salarié ». Et il en a assez de se faire marcher dessus : « En 2005, on vote non à la Constitution européenne et, trois ans après, on nous l’impose, c’est la démocratie, ça ? »

    À une quarantaine de kilomètres de là, à Fleury-sur-Andelle, en bordure du plateau agricole du Vexin, c’est une autre syndicaliste qui tient avec une cinquantaine de personnes le rond-point. Leïla travaille dans une usine de sous-traitance automobile qui produit des joints de portière et carrosserie. « Attention, je suis là en tant que citoyenne, prévient-elle. Vient ici qui veut, avec ses idées et ses envies, c’est pas un bataillon syndical et justement ça nous change. »

    « Faut discuter, ouvrir une grande négociation »

    Un de ses collègues de l’usine est à ses côtés, trente ans dans cette boîte, la retraite dans trois ans et il s’inquiète. « Quand je suis rentré, on était 1 800 employés, maintenant on est 400 dont 200 intérimaires. Et la moitié ont été virés », résume Marc. L’usine vient de perdre la fabrication de deux joints, assure-t-il, produits désormais chez des sous-traitants à l’étranger. « Regardez l’usine Renault au Maroc, tout va partir et tous ces jeunes, ils vont devenir quoi ? Moi, je dois aider mon fils et puis aider aussi ma mère qui s’en sort pas, c’est humiliant pour tout le monde. »

    Serge a 20 ans, une grande mèche orange dans les cheveux et un scooter poussif fait de récupérations diverses. « J’ai pas le permis et ici, sans bagnole, ça aide pas. » Jardins, espaces verts : il met des C.V. partout et ne trouve nulle part. « Là, je me dépanne dans un centre équestre, 30 euros la journée, je vais faire quatre, cinq jours ce mois. Mais les retraités n’ont plus de thune, on ne peut plus faire leur jardin, les haies, les arbres. »

    Les retraités, voilà un chef d’entreprise qui veut en parler. À Gaillon, Raphaël a une menuiserie, six salariés et est habitué à tourner avec deux mois de travail d’avance. « J’ai quelques marchés d’entreprise, dit-il, mais l’essentiel de mes clients sont des particuliers et à 80 % des retraités. » Il l’assure et enrage : la CSG, le projet de désindexation des retraites, la hausse du fuel de chauffage, les frais de santé… Voilà que les retraités ont gelé ou différé leurs commandes. « Je vois mon chiffre d’affaires fondre comme neige au soleil. Ça, c’est un truc que le gouvernement n’avait pas prévu mais demandez à tous les artisans, les retraités sont à l’arrêt et on se prend cela en pleine tête. »
    Raphaël a donné la semaine à ses salariés. Tous sur les ronds-points ! « J’ai mis dix-huit ans à construire cette boîte, je les laisserai pas la détruire. C’est une folie, il n’y a plus de pouvoir d’achat et c’est nous, en bout de chaîne, qui tombons. »

    Et après ? Ça discute sur les ronds-points et les péages de l’A13. Bien peu des gilets jaunes disaient vouloir manifester à Paris, samedi. « Ça sent le traquenard, s’il y a des affrontements, on va tout perdre et le gouvernement fera tout pour que ça se passe mal », assure un « bloqueur » du péage d’Heudebouville. À Écouis, le groupe qui tient le feu rouge est bien décidé à y aller : « On va faire opération train gratuit, on va quand même pas polluer pour aller à la capitale ! » Et puis Paris n’est qu’un moment. Sans mesures fermes du gouvernement, les blocages vont continuer, assurent les manifestants.

    « Faut discuter, ouvrir une grande négociation avec les syndicats et annoncer vite l’annulation de certaines taxes. Il faut que les petits Mickeys au pouvoir acceptent de reculer, il n’y a que les idiots qui ne changent pas. D’autant que dans six mois, on vote et là, Macron va comprendre sa douleur », dit l’ancien syndicaliste de Vernon. À Fleury-sur-Andelle, Marc attend une « solution correcte pour tout le monde ». « On veut bien payer si nos impôts servent à quelque chose mais on sait aussi que le petit ne peut pas tout payer. Il faut remettre de l’équilibre, de l’égalité. »

    Sans représentant, sans structure et organisation, les occupants de ronds-points n’en démordent pas. C’est justement l’absence de chefs, de délégués, de revendications précises qui « fout le bazar », assurent-ils. Au pouvoir de se débrouiller avec ça et de trouver la porte de sortie. Voilà un exercice qui sonne déjà comme une revanche pour cette France des mille euros et moins par mois.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/231118/dans-l-eure-le-reservoir-de-la-colere-explose?onglet=full

    #giletsjaunes #eure #blocage

  • Gilets jaunes : une exaspération qui vient de loin...
    http://reformeraujourdhui.blogspot.com/2018/11/gilets-jaunes-une-exasperation-qui.html

    Se loger, se nourrir, s’habiller, régler ses factures d’électricité, gaz et eau, assurances obligatoires, impôts et autres taxes ou forfaits Sécurité sociale de toute sorte, l’addition est de plus en plus lourde en fin de mois pour l’ensemble des salariés et retraités. Et aujourd’hui, le mouvement des Gilets jaunes n’est que le révélateur de ce fort sentiment de régression du pouvoir d’achat qui prédomine depuis de nombreuses années dans la population française… Après la suppression de Impôt de solidarité sur la fortune (près de 5 milliards €) et la mise en place d’une #taxe allégée sur les revenus financiers (près de 4 milliards €) pour les familles les plus riches et dans le même temps la baisse de 5 € des APL pour les ménages modestes, l’augmentation de 6,6% à 8,3% de la CSG (1,7 point de plus, soit une hausse (...)

    #impôts_indirects #recettes #salaires #état

  • Après le #17novembre : défendre notre niveau de vie, c’est se battre pour l’augmentation des salaires, des pensions et des allocations | #editorial de #Lutte_Ouvriere #LO

    https://www.lutte-ouvriere.org/editoriaux/apres-le-17-novembre-defendre-notre-niveau-de-vie-cest-se-battre-pou

    Avec des centaines de milliers de manifestants dans plus de 2000 rassemblements, la mobilisation du samedi 17 novembre a été un succès, malgré le drame de la mort d’une manifestante en Savoie et les blessés sur d’autres lieux de blocage. Des actions ont même continué les jours suivants.

    Ces mobilisations ont rassemblé des manifestants qui, pour beaucoup, vivaient là leur première action collective. Elles ont été organisées à la base, hors des cadres habituels des partis et des directions syndicales. Les ministres qui ont souligné l’absence « d’organisateurs identifiés » déploraient en fait de n’avoir personne avec qui négocier pour stopper le mouvement au plus vite. Pour les classes laborieuses, le problème est inverse : il est de s’engager dans la lutte et de l’organiser sur la base de leurs intérêts.

    Les actions du week-end expriment une colère légitime. Les hausses de prix des carburants les ont déclenchées. Mais c’est la hausse de trop, qui fait déborder un mécontentement bien plus large.

    Des salariés du public ou du privé, des chômeurs et des retraités participant aux blocages l’ont exprimé, en disant qu’ils n’en pouvaient plus des sacrifices et de devoir serrer la ceinture d’un cran de plus pour se déplacer, ne serait-ce que pour aller au boulot ou pour essayer d’en trouver !

    Le monde du travail doit mettre en avant ses propres objectifs et se mobiliser sur ses propres revendications. Le slogan « Macron démission » fait l’unanimité et il y a de quoi vouloir se débarrasser de ce gouvernement des riches !

    Mais s’ils veulent se battre pour leur droit à l’existence, les travailleurs doivent cibler les donneurs d’ordre : cette classe capitaliste pour laquelle Macron est aux petits soins et qui mène la guerre aux travailleurs.

    C’est pour que les actionnaires des grandes entreprises continuent à amasser des milliards de profits que les travailleurs sont contraints à la survie avec des #salaires trop faibles ou des allocations de #chômage, lorsque les patrons prennent la décision de fermer des entreprises pour faire encore plus de profits.

    Dans le mouvement des gilets jaunes, il y a d’autres catégories sociales que les salariés. Patrons du transport ou du BTP, agriculteurs et artisans mettent en avant les revendications contre les taxes, qui correspondent à la défense de leurs intérêts. Ces revendications « antitaxes » cantonnent la mobilisation sur le terrain de l’opposition au gouvernement qui permet aussi à la droite et à l’extrême droite de tenter de jouer leur carte. Tant que l’on ne remet pas en cause les profits de la classe capitaliste, des politiciens comme Le Pen, Dupont-Aignan ou Wauquiez veulent bien faire des discours sur les intérêts du peuple.

    L’#argent_public, l’argent des impôts et des taxes, est de plus en plus consacré directement à la grande bourgeoisie. Ce sont les grandes entreprises du CAC 40 qui engrangent des milliards de subventions et de crédits d’impôts. Et si le gouvernement finit par décharger les petits patrons de la taxe sur les carburants, voire la supprime complètement, il cherchera un autre moyen de prendre dans les poches des travailleurs l’argent que la classe capitaliste exige.

    Le Premier ministre Philippe a affirmé dimanche soir que son gouvernement ne reculerait pas, tout en promettant d’« accompagner ceux dont il entend la souffrance ». Mais les travailleurs ne demandent pas la compréhension ou la charité pour boucler les fins de mois ! Ils exigent de vivre dignement de leur travail, eux qui font tourner toute la société, ou qui l’ont fait tourner avant de se retrouver privés d’emplois ou à la retraite.

    Pour empêcher notre #niveau_de_vie de sombrer, nous devons exiger l’#augmentation_des_salaires, des allocations et des pensions et leur progression au même rythme que les prix. Cela signifie engager une lutte d’ampleur contre le grand patronat et le #gouvernement à son service.

    Les salariés, qui se connaissent, se retrouvent chaque jour dans les entreprises, y sont concentrés, disposent de tous les moyens pour organiser ce combat. Ils disposent d’une arme fondamentale car ils sont au cœur de la production, de la distribution, de toute l’économie. La grève leur permet de toucher les capitalistes là où ils sont sensibles, à la source du #profit !

    Aujourd’hui, demain et les jours suivants, qu’on ait participé ou non aux actions du week-end, il faut continuer à discuter entre travailleurs et se préparer à prendre l’argent qui nous manque chaque mois là où il est, dans les caisses du grand #patronat !

  • Que reste-t-il après avoir payé les factures ? Le pouvoir d’achat miné par les dépenses contraintes
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/11/14/que-reste-t-il-apres-avoir-paye-les-factures-le-pouvoir-d-achat-mine-par-les

    D’où vient le décalage entre ces chiffres, plutôt positifs, et la perception bien moins optimiste d’une partie croissante de l’opinion ? L’explication réside en grande partie dans le poids des dépenses contraintes, qui est proportionnellement très élevé pour les ménages les plus modestes.

    • Selon la Drees, les 10 % les plus modestes doivent ainsi se contenter en moyenne de 180 euros par mois pour financer transport, équipement, loisir ou habillement, alors que les 10 % les plus riches disposent en moyenne de 1 890 euros, c’est-à-dire au moins dix fois plus.

      Beaucoup de statistiques intéressantes.
      Ca devrait intéresser @simplicissimus, je pense.

    • #dépenses_pré-engagées #inégalités #pauvreté #propriété

      Les données présentées dans l’article mentionné ci dessus sont éclairantes. Un complément :

      Pouvoir d’achat : une exaspération à la mesure du décalage entre ressenti et « vérités » statistiques, Elise Barthet, Le Monde

      Les données statistiques sur les revenus et les prix ne permettent pas de saisir les difficultés des Français.

      Pour une fois, statisticiens, économistes et ministres étaient au diapason. Après un début d’année difficile pour les finances des ménages, la fin 2018 s’annonçait, dans les prévisions au moins, relativement faste. « C’est l’heure de la preuve, assurait le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, au Journal du dimanche, le 28 octobre, – la preuve que nous tenons nos promesses. » Celles d’un pouvoir d’achat regonflé par la baisse de la taxe d’habitation et la suppression totale des cotisations salariales à l’automne.

      C’était sans compter la hausse intempestive des cours du pétrole et des taxes sur les carburants. Loin du satisfecit attendu, l’emballement des prix à la pompe a été le détonateur d’un mécontentement qui menace de virer au blocage si les « gilets jaunes » réussissent leur mobilisation, le 17 novembre. Une exaspération à la mesure du décalage entre le ressenti et les « vérités » statistiques. Rarement, l’abîme entre les chiffres et les maux a été aussi profond.

      Car l’Insee et les think tanks de tous bords qui se sont penchés sur la question sont formels : le pouvoir d’achat, passé dans le rouge au premier trimestre (– 0,5 %), devrait bel et bien progresser de 1,7 % au quatrième. Sur l’ensemble de l’année, il croîtrait même de 1,3 %, malgré le rebond de l’inflation, le ralentissement des créations d’emplois et un taux de chômage qui peine à passer sous les 8,9 %.

      Une moyenne qui ne reflète pas la diversité des situations
      Statistiquement parlant, Emmanuel Macron n’a donc pas tort d’affirmer que « le pouvoir d’achat total a augmenté ». Même mesuré par « unité de consommation », c’est-à-dire en tenant compte du fait que la vie en commun permet de partager les dépenses au sein des foyers, l’indicateur est orienté à la hausse. Comment, au vu des chiffres, expliquer le malaise exprimé par les « gilets jaunes » et leurs soutiens ?

      La réponse se trouve en partie dans la définition même du pouvoir d’achat. Calculé par l’Insee, il mesure l’évolution du revenu disponible brut (RDB) des ménages, corrigé du prix de la dépense. En d’autres termes, c’est un indicateur qui agrège les salaires, les revenus du patrimoine (loyers perçus, dividendes) et les prestations (retraites, allocations familiales), puis retranche de tout cela les impôts directs, les cotisations sociales et l’inflation.

      « Ce qui ressort de nos enquêtes, c’est que les difficultés commencent à moins de 1 400 euros de revenus par mois. En dessous, ça devient vraiment compliqué de faire certaines dépenses », observe Sandra Hoibian, directrice adjointe du pôle Evaluation et société au Credoc.

      Il s’agit d’une moyenne. Un curseur qui, par définition, ne reflète pas l’infinie diversité des situations personnelles des Français. Dans sa version courante, il ne fait pas la différence entre actifs, chômeurs ou retraités, vivant en ville, en périphérie ou à la campagne, en couple ou célibataire, cadres ou employés, locataires ou propriétaires… Et c’est là que le bât blesse. « Ce n’est pas parce que la France s’enrichit, que tout le monde s’enrichit », observe Sandra Hoibian, directrice adjointe du pôle Evaluation et société au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc).

      L’impact des mesures fiscales le montre. D’après les calculs de l’Institut des politiques publiques, les effets cumulés des réformes de 2018 et 2019 mènent à une perte de revenu disponible pour les 23 % de Français les plus modestes (les célibataires vivant avec moins de 14 370 euros par an et les familles avec deux enfants disposant de 29 960 euros ou moins). En cause, notamment, la hausse des taxes sur les carburants et le tabac, et la désindexation de certaines prestations sociales.

      Si les classes moyennes bénéficient, elles, d’une amélioration d’environ 1 %, leurs gains sont six fois moins importants que pour les très riches (les célibataires qui gagnent plus de 140 400 euros par an et les familles qui disposent de 294 830 euros ou plus). Ces derniers profitent de la réforme de l’impôt sur la fortune et, surtout, du plafonnement à 30 % de la taxation des revenus du capital.

      Mais la #fiscalité n’est pas la seule responsable de la fragmentation des perceptions. L’inflation, cette année, a progressé presque autant que les #salaires. Entre octobre 2017 et octobre 2018, les prix ont crû de 2,2 % en moyenne, avec des variations considérables selon les produits.


      Le beurre, par exemple, a augmenté de 10,9 % sur un an, les pommes de terre de 11,2 %, les légumes frais de 9 %, le tabac de 16,8 %, le gaz de 21 %, le fioul domestique de 30,4 %, le gazole de 22,6 %, l’essence de 14,6 %, les timbres de 8,6 %. Parallèlement, les prix des biens d’équipement, comme les fers à repasser ou les ordinateurs, ont baissé. Mais les lave-linge ne se mangent pas et ne permettent pas (encore) de rouler ou de se chauffer.

      L’Insee a raison de faire remarquer que les prix dans l’alimentation ou l’énergie sont très volatils, preuve en est le reflux actuel des cours du brut. Mais l’envolée des étiquettes sur les produits de consommation courante, même ponctuelle, joue à plein dans l’appréciation qu’a chacun de son pouvoir d’achat.

      Les dépenses « pré-engagées », 61 % des budgets modestes

      Jusqu’à 61 % du budget des plus modestes est, en effet, déjà absorbé en dépenses « pré-engagées » (frais de logement, assurances, cantines, forfaits téléphoniques et audiovisuels), selon une étude publiée en mars 2018 par la direction de la recherche, de l’évaluation et des études statistiques du ministère de la santé et des solidarités (Drees). Le reste à vivre consacré aux dépenses dites « arbitrables » s’en trouve fatalement réduit. D’où l’effet décuplé que peut avoir sur certains foyers la hausse des carburants.


      Il est d’autant plus prégnant qu’« un cercle vicieux s’est mis en place, selon Sandra Hoibian, du Credoc : « Pour accéder à la propriété, les gens ont dû quitter les centres-villes. Ils se sont éloignés de leur travail et dépendent donc de la voiture. » « Ce qui ressort de nos enquêtes, ajoute-t-elle, c’est que les difficultés commencent à moins de 1 400 euros de revenus par mois. En dessous, ça devient vraiment compliqué de faire certaines dépenses. Pour que les personnes interrogées évoquent une réelle amélioration de leur situation, il faut une progression moyenne du pouvoir d’achat de plus de 2 % plusieurs années de suite. » Une situation qui ne s’est plus présentée depuis 2007…

      Pour Jean-Claude Daumas, auteur de La Révolution matérielle, une histoire de la consommation (Flammarion, 2018), la rupture intervient même plus tôt. « Les mesures d’austérité adoptées en 1983, notamment la #désindexation_des_salaires sur les prix, marquent une véritable rupture dans l’évolution des revenus », écrit-il. Le renchérissement de l’immobilier a fait le reste. Il faudrait aujourd’hui 166 années à un ouvrier pour rattraper le niveau de vie d’un cadre supérieur, contre 36 en 1975. Pas étonnant que le pouvoir d’achat soit devenu un totem du mécontentement national.

    • Merci @aude_v. En fait, helloasso a fermé le compte après un an d’inactivité et j’ai fermé le compte bancaire de l’asso dans la foulée. J’ai décidé de faire une pause car je passe beaucoup de temps pour chaque sujet et assez peu de retour. Ça ne m’a pas ouvert non plus de porte pour des propositions de boulot en cartographie.

      En parallèle de mon dernier volet sur le palmier à huile, j’ai commencé une série de peinture « Déforestation-Plantation-Zad » pour monter une expo des œuvres originales. Mais comme ma situation est assez critique, j’ai fait un petit catalogue de ces œuvres (et celles de la série mycorhizes) et proposé à la vente sur l’oiseau bleu. Les photos de la première série sont d’assez mauvaises qualité mais on me dit que ça passe quand même.

  • L’UE « exige que la Suisse accepte la concurrence sur les salaires » Propos recueillis par Romain Clivaz - 15 Octobre 2018 - RTS
    https://www.rts.ch/info/suisse/9918065-l-ue-exige-que-la-suisse-accepte-la-concurrence-sur-les-salaires-.html

    Le conseiller d’Etat socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard regrette la « nouvelle approche » de l’UE sur les mesures d’accompagnement. A ses yeux, il s’agit « d’exiger de la Suisse qu’elle accepte une concurrence sur les salaires ».
    « On a toujours considéré que les mesures d’accompagnement étaient une affaire politique intérieure. On doit constater que c’est maintenant devenu un élément qui est considéré par l’Union européenne comme une sorte de mesure d’entrave au commerce, ce qui est une approche nouvelle et tout à fait inacceptable », regrette Pierre-Yves Maillard lundi dans La Matinale de la RTS.

    A ses yeux, dans ces discussions concernant les mesures d’accompagnement, l’UE veut « exiger de la Suisse qu’elle accepte une concurrence sur les salaires ».

    Position de l’UE « pas rationnelle »
    « Nous avons toujours dit que l’on acceptait la concurrence avec les entreprises européennes, mais que ses conditions ne se font pas sur les salaires (...). Maintenant, l’UE nous dit que l’on doit accepter que des entreprises allemandes ou françaises viennent sur le marché suisse et que l’hypothèse qu’elles travaillent avec leur salaire d’origine et pas avec le salaire suisse doit être un peu relativisée. Qu’il faut admettre qu’il n’y a que 3% des entreprises qui soient contrôlées alors qu’aujourd’hui, on a entre 30 et 50% des entreprises contrôlées », regrette Pierre-Yves Maillard, qui brigue également la tête de l’Union suisse des syndicats en décembre.

    Pour le socialiste vaudois, la position de l’UE « n’est pas rationnelle ». « La Suisse n’a commis aucune entrave aux accords bilatéraux qu’elle a signés (...). La question ici est que l’un des partenaires aimerait aller plus loin. Il s’agit de soumettre à la Cour de justice européenne l’application des accords. Jusqu’à présent, la législation fédérale n’est pas soumise à un contrôle en constitutionnalité », explique-t-il. Pour lui, « on est face à une demande absolument fondamentale, qui demande un débat profond ».

    « Pas contre les juges étrangers »
    Le raisonnement de Pierre-Yves Maillard rejoint-il en partie celui de l’initiative de l’UDC contre les « juges étrangers », soumise au peuple le 25 novembre ? « Non, je suis complètement en défaveur de l’intiative de l’UDC. Elle remet en cause des principes que nous avons nous-même acceptés, notamment le contrôle de la compatibilité de notre législation avec les droits humains, qui est au coeur même de notre Constitution », se défend-il.

    Pour le conseiller d’Etat, « on est dans une affaire de droit économique ». « Je n’ai pas de problème de savoir si c’est un juge étranger ou non (...). Même si l’on confiait ce contrôle au Tribunal fédéral, j’aurais des réserves, car je pense que c’est une des chances qu’a la Suisse de pouvoir, sur des questions économiques et sociales, au moins à l’échelle nationale, trancher par des aspects qui sont politiques », insiste-t-il.

    « Le projet européen a changé »
    Pierre-Yves Maillard, fervent défenseur du « oui » à l’Espace économique européen en 1992, est-il désormais déçu de l’Europe ? « L’Europe a changé dans son projet. Depuis le traité de Maastricht, on voit une évolution qui s’est vraiment orientée sur le marché libre, la volonté d’établir des marchés libéralisés. Et tout l’aspect d’Europe sociale qu’on attendait, qui serait hautement nécessaire, malheureusement, cela ne voit pas le jour », regrette-t-il.

    Et d’ajouter : « Cette idée d’ouverture des marchés était, dans un premier temps, celle des socio-démocrates français et allemands pour attirer les Anglais dans le projet européen. Résultat : on a toujours les marchés libéralisés, mais on n’a même plus l’Angleterre ».

    #travailleurs_détachés #salaires #UE #union_européenne #Suisse #Brexit #tribunaux #maastricht #libéralisation

    • Curieux quand même que ce Conseiller d’Etat ne parle que des travailleurs.e.s détachés Allemands.e.s ou Français.e.s.
      Il aurait pu citer les Roumains.e.s, les Hongrois.e.s, les Polonais.e.s
      Bon, l’essentiel c’est d’en parler.

  • La compagnie saoudienne Ezmil refuse de payer son personnel 5 Octobre 2018 - presstv
    https://www.presstv.com/DetailFr/2018/10/05/576090/Arabie-saoudite-la-police-tire-sur-des-ouvriers

    https://www.youtube.com/watch?v=FK2NW_cSUc0

    Des centaines de fonctionnaires et d’ouvriers d’une compagnie pétrolière saoudienne ont manifesté pour dénoncer le non-paiement de leurs salaires.

    Le mercredi 3 octobre, des centaines de fonctionnaires et d’ouvriers de la compagnie pétrolière Ezmil, affiliée à Aramco, se sont rassemblés dans la ville de Dhahran pour dénoncer le non-paiement de leurs salaires pendant les six derniers mois. Ce rassemblement a été réprimé par la police saoudienne qui a ouvert le feu sur les manifestants.

    Un enregistrement vidéo, publié sur Twitter, montre des ouvriers en train de briser les vitres de voitures.

    Les internautes ont lancé un hashtag. Ils s’insurgent contre la compagnie Ezmil et pointent du doigt le régime saoudien qui a dépensé des milliards de dollars pour la guerre au Yémen, causant ainsi un déficit budgétaire colossal.

     #arabie_saoudite #mbs #travail #économie #salaires #Yemen #guerre

  • 70 % des Français sont favorables à une transparence sur les écarts de salaires par niveaux dans les grandes entreprises Oxfam -02/10/2018 - Communiqué de presse
    http://oxfamfrance.org/communique-presse/justice-fiscale/70-des-francais-sont-favorables-transparence-sur-ecarts-salaires

    Un sondage de l’institut Harris Interactive publié aujourd’hui [1] révèle que 70% des Français sont favorables à ce que les grandes entreprises internationales [2] publient les écarts de salaires par niveaux entre leurs salariés. Par ailleurs, les trois quarts des Français ont le sentiment que les écarts de salaires sont aujourd’hui trop importants dans les grandes entreprises.

    Cette mesure relative à la transparence sur les écarts de salaires par quartile sera débattue par les députés cette semaine dans le cadre de l’examen de la loi PACTE qui reprend aujourd’hui.

    Elle fait l’objet depuis plusieurs semaines d’un rapport de force entre le gouvernement et une coalition de députés appartenant à différents bancs politiques dont plusieurs de la majorité qui souhaitent aller plus loin que ce qui est mis sur la table actuellement.

    Alors que le gouvernement semble vouloir s’en tenir à la publication des salaires médian et moyen, 86 députés ont répondu à l’appel d’Oxfam [3] pour soutenir publiquement la transparence sur les écarts de rémunérations par quartiles et dans tous les pays, une mesure qui consiste à demander aux entreprises de plus de 1 000 salariés de publier dans leur rapport annuel les écarts de rémunération par seuil de 25% pour chaque pays dans lesquels elles sont présentes.

    Pour Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam : « Ce sondage montre bien qu’une grande majorité des Français est préoccupée par la question des inégalités de rémunérations considérées comme trop importantes aujourd’hui dans les grandes entreprises. Le deuxième enseignement, c’est l’adhésion très nette des citoyens – qu’ils s’agissent de salariés du privé comme du public d’ailleurs [4] - pour demander aux décideurs politiques d’adopter une mesure efficace qui permettre d’initier un véritable changement dans les grandes entreprises, et non une énième mesure cosmétique comme celle que propose le Gouvernement.

    Face à un tel plébiscite, le gouvernement ne peut plus ‘faire semblant’ en adoptant une mesure coquille-vide qui ne changera rien à la situation. Rappelons-le haut et fort, la transparence sur les salaires moyens et médians ne permettra pas de suivre l’évolution des écarts de salaires entre les salaires les plus hauts et plus bas. Sans compter qu’en publiant le niveau de salaire agrégé au niveau international, la mesure ne tiendra pas compte des différences de niveaux de vie par pays et faussera les comparaisons. Seule une transparence sur les écarts de salaires au moins par quartiles dans chaque pays permet d’avoir des données véritablement utiles et opérationnelles pour mesurer les écarts de rémunération et aurait un effet incitatif à les réduire. »

    Le 14 septembre lors de l’examen du projet de loi en Commission spéciale, les députés se sont contentés d’adopter l’obligation de publier la rémunération moyenne, une mesure qui s’avère être une vraie coquille vide par rapport aux ambitions affichées initialement. L’amendement présenté par une cinquantaine de députés de la majorité qui reprenait les principales recommandations d’Oxfam en matière de transparence sur les écarts de salaire a finalement été écarté de la discussion.

    Pour Manon Aubry : « La transparence par quartile est déjà appliquée au Royaume-Uni et aux Etats-Unis avec le soutien des organisations du patronat. Il est temps que cette mesure soit adoptée en France quand on sait qu’au sein des groupes du CAC 40, un patron du CAC 40 a gagné en moyenne 280 fois le SMIC annuel. Par ailleurs, Outre-Manche, l’étude d’impact de la mesure a démontré que le coût d’application était minime pour les entreprises. Alors le gouvernement ne peut reculer et doit adopter ce qui était une promesse du Président de la République ! »

    #sondage #France #cac40 #salaires #inégalités #fiscalité #justice_fiscale #travail #femmes #Hommes

    Le sondage : LA TRANSPARENCE DES SALAIRES DANS LES GRANDES ENTREPRISES
    Comment les Français perçoivent ils la proposition de rendre transparents les écarts de salaire par niveau dans les grandes entreprises ?
    https://www.oxfamfrance.org/sites/default/files/rapport_harris_-_la_transparence_sur_les_ecarts_de_salaires_dans_les_gr
    https://twitter.com/harrisint_fr

    Sur le principe, 70% des Français se déclarent favorables à ce que les grandes entreprises publient les écarts de salaires par niveaux entre leurs salariés
    Seriez-vous favorable ou opposé(e) à ce que les grandes entreprises publient les écarts de salaires par niveaux entre leurs salariés ?

    Plus précisément, les salariés du secteur privé s’y déclarent presque aussi favorables que les salariés du secteur public (68% contre 73%)
    Seriez-vous favorable ou opposé(e) à ce que les grandes entreprises publient les écarts de salaires par niveaux entre leurs salariés ?

    De même, 71% des Français soutiennent la transparence sur les écarts de salaires en ce qui concerne les grandes entreprises internationales
    Plus précisément, seriez-vous favorable ou opposé(e) à ce que les grandes entreprises internationales publient les écarts de salaires par niveaux entre leurs salariés ? (Les grandes entreprises internationales sont définies comme employant au moins 1 000 salariés en France, ou au moins 5 000 salariés en France et à l’étranger.)

    À nouveau, les salariés du secteur privé s’y déclarent à peine moins favorables que les salariés du secteur public (71% contre 74%)
    Plus précisément, seriez-vous favorable ou opposé(e) à ce que les grandes entreprises internationales publient les écarts de salaires par niveaux entre leurs salariés ? (Les grandes entreprises internationales sont définies comme employant au moins 1 000 salariés en France, ou au moins 5 000 salariés en France et à l’étranger.)

    Les trois-quarts des Français s’accordent pour juger que les écarts de salaires sont aujourd’hui trop importants dans les grandes entreprises
    Selon vous, les écarts de salaires dans les grandes entreprises sont-ils aujourd’hui... ?

    Les salariés du secteur public expriment encore davantage le sentiment que les écarts de salaires sont aujourd’hui trop importants dans les grandes entreprises
    Selon vous, les écarts de salaires dans les grandes entreprises sont-ils aujourd’hui... ?

    Enquête réalisée en ligne les 25 et 26 septembre 2018 par Harris Interactive.
    Échantillon de 1 862 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus.
    Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes :
    sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).
    Aide à la lecture des résultats détaillés :
    ▪ Les chiffres présentés sont exprimés en pourcentage.
    ▪ Les chiffres en italique sont ceux qui apparaissent significativement au-dessus de la moyenne.
    ▪ Les chiffres suivis d’un astérisque (*) sont à interpréter avec prudence en raison de la faiblesse des effectifs.

  • Demain, les Suisse·sses votent pour/contre l’ #initiative appelée "Initiative pour la #souveraineté_alimentaire" .

    Le site de l’initiative :

    En Suisse, 2 à 3 exploitations agricoles ferment leurs portes chaque jour. En 30 ans, le #revenu_paysan a baissé de 30% et plus de 100’000 emplois ont disparu. La #Suisse dépend de plus en plus des #importations en matière d’alimentation, et notre santé se dégrade face à la perte en qualité de notre #nourriture, toujours plus chargée en intrants chimiques. En outre, la nature pâtit d’une exploitation trop agressive des sols. Même les institutions officielles le disent : en 2008, un rapport de 400 experts, mandatés par la Banque Mondiale, se positionne face au modèle agricole productiviste actuel : « business as usual is not anymore possible ». Face à ce constat alarmant, un changement de cap de nos politiques agricole et alimentaire est indispensable.

    L’initiative pour la souveraineté alimentaire soutient une #agriculture qui, dans un espace rural vivant et créateur d’emplois, produit une #alimentation_saine et de proximité permettant des prix, des conditions de travail et des salaires justes ; elle participe par ailleurs à un commerce international équitable et une exploitation durable des ressources.

    Pour une une alimentation saine et de proximité
    Aujourd’hui, quelques grandes entreprises dominent le système alimentaire et mobilisent des terres agricoles, avec pour seul objectif le prix le plus bas, sans tenir compte des aspects sociaux et environnementaux. L’accès aux ressources (terre, eau, semences et biodiversité) est la base d’une agriculture paysanne qui produit une alimentation socialement juste et écologique : naturellement sans OGM !
    Pour une agriculture diversifiée et sans #OGM !
    Le rôle premier de l’agriculture est de nourrir la population avec une alimentation saine tout en préservant les ressources naturelles. La souveraineté alimentaire place les besoins de l’être humain au centre des enjeux alimentaires et agricoles plutôt que de répondre aux seules attentes du marché.
    Pour des #prix, des #salaires et des #conditions_de_travail justes
    Depuis 2000, les prix des produits agricoles ont diminué de 12% pour les paysan·ne·s alors qu’ils ont augmenté de 5% pour les consommateurs·trices. Plus de transparence dans la formation des prix, des marges et dans la gestion des quantités produites, permettra d’obtenir des prix rémunérateurs pour les paysan·ne·s, des conditions de travail justes et harmonisées pour les salarié·e·s agricoles et des prix accessibles à la consommation.

    Pour un commerce international équitable !
    Les changements climatiques, l’augmentation du prix du pétrole, la spéculation sur les aliments et les crises politiques affecteront de manière croissante le marché global. La souveraineté alimentaire contribue à la réduction de la dépendance aux marchés internationaux en valorisant l’agriculture locale, au Nord comme au Sud. Les importations doivent respecter les critères sociaux et environnementaux et les exportations ne doivent pas nuire aux marchés agricoles d’autres régions.
    Pour la santé, la nature et le climat !
    Pour garantir une alimentation diversifiée et un système alimentaire durable, il faut des fermes en nombre et de toutes tailles. Elles doivent fournir une large gamme de produits, selon des modes de production variés. L’équilibre doit être conservé tant dans nos champs que dans nos assiettes. Moins de viande mais plus locale, issue d’animaux bien traités et nourris avec de l’herbe et des fourrages locaux. Moins de transports inutiles et de gaspillage alimentaire et plus de produits frais !

    Pour la création d’#emplois dans un espace rural vivant
    #Paysannerie, artisanat de transformation, commerce et consommation de proximité font vivre l’#espace_rural. Les structures locales de production, de transformation, de stockage et de distribution doivent être encouragées, favorisant un tissu social et économique fort. La traçabilité des produits est ainsi garantie tout en créant des places de travail. Un gage d’avenir pour les jeunes générations !


    https://initiative-souverainete-alimentaire.ch

    Curieuse de voir les résultats des urnes demain...

    • Les Suisses balaient les deux initiatives alimentaires, mais plébiscitent le vélo

      - Les deux initiatives agricoles ont été nettement rejetées dimanche dans les urnes. Selon les résultats définitifs, l’initiative pour des aliments équitables est refusée à 61,30% et l’initiative pour la souveraineté alimentaire à 68,37%.

      – Seuls quatre cantons romands ont accepté ces textes, Neuchâtel, Genève, Vaud et le Jura, alors que Fribourg, le Valais, Berne et toute la Suisse alémanique ont dit non.

      https://www.rts.ch/info/suisse/9861213-les-suisses-balaient-les-deux-initiatives-alimentaires-mais-plebiscitent

    • La peur au ventre

      Le verdict est net et sans appel. Avec respectivement 61% et 68% de non, les deux initiatives pour des aliments équitables et pour la souveraineté alimentaire ont été rejetées par le peuple. En clair : ces textes ont fait le plein de voix dans le camp progressiste, mais ont peiné à dépasser le clivage politique gauche-droite. On continuera à avoir sur nos étals des tomates récoltées en Espagne ou en Italie dans des conditions semi-esclavagistes, qui enrichissent des circuits mafieux, et autre céréales qui sentent le glyphosate.

      On relèvera tout d’abord la présence d’un énorme #Röstigraben. Car quatre cantons romands ont accepté ces textes : Genève, Vaud, Jura et Neuchâtel. A des majorités souvent plus que confortables. Ce qui s’explique sans doute par le fait qu’Uniterre, le syndicat paysan alternatif qui avait lancé le second texte, est présent surtout dans la partie francophone de la Suisse. Le discours d’une agriculture plus durable a pu se frayer un chemin porté par ces milieux qui ont su incarner une alliance entre producteurs et consommateurs. Un résultat d’autant plus remarquable que ce sur ce genre de sujets de société, on était habitué à un vote plus progressiste outre-Sarine. En l’occurrence, en Suisse alémanique, les lobbies agroalimentaires dominants ont pesé, seuls, de tout leur poids.

      Deuxième facteur : un électorat urbain plus marqué en terres romandes. Le fameux clivage villes-campagne a sans doute aussi joué : on voit qu’en ville de Zurich, ce sont près de 47% de oui qui sortent des urnes, et même 52% en ville de Berne.

      On regrettera à cet égard que le Parti socialiste ne se soit guère investi dans la campagne, assurant un service que l’on peut qualifier de minimum et ait laissé aux Verts le soin de défendre leur texte maison. Dommage, cela aurait pu contribuer à infléchir le résultat en contrant la propagande populiste distillée par leur conseiller fédéral Alain Berset qui – sans aller jusqu’à brandir la pénurie de foie gras, comme l’a fait le PLR – a tout de même feint de s’inquiéter pour le panier de la ménagère, arguant que les pauvres n’ont pas les moyens de manger bio, alors que le problème est peut être davantage à chercher du côté des revenus trop bas. Bref, à emboucher les trompettes de la peur dans lesquelles soufflaient à pleins poumons des milieux de l’économie soucieux des bénéfices engrangés par les géants de l’agroalimentaire.

      Mais ce n’est que partie remise. Les formations bourgeoises ont assuré la bouche en cœur que la législation actuelle serait suffisante. Reste que l’article constitutionnel largement adopté l’an passé sur la sécurité alimentaire sera sacrifié plus souvent qu’à son tour sur l’autel du dieu Mo-loch libre-échangiste. L’Union suisse des paysans – déjà échaudée par les frasques de l’inénarrable Johann Schneider-Ammann – n’avait d’ailleurs pas donné de mots d’ordre.

      Rendez-vous est donc pris : la question d’une agriculture durable et moins industrielle reviendra inéluctablement sur le tapis. Le vote de ce week-end a montré que la question du mode de production agricole est une préoccupation centrale des Suisses.

      https://lecourrier.ch/2018/09/23/la-peur-au-ventre

  • Comprendre la doctrine Macron sur les revenus des salariés, retraités, chômeurs Olivier Passet - 4 Septembre 2018 - Xerfi
    http://www.xerficanal-economie.com/emission/Olivier-Passet-Comprendre-la-doctrine-Macron-sur-les-revenus-de

    Sur le papier, il y a une doctrine derrière les arbitrages budgétaires du gouvernement : privilégier les revenus du travail à ceux de l’inactivité. Et effectivement, lorsque l’on regarde les contours du projet de loi de finance 2019, c’est bien les revenus de la dépendance et certaines aides sociales que rogne en priorité le gouvernement.
     
    Des choix en ligne avec la doctrine 
Les pensions de retraites, l’ensemble des prestations familiales et les aides personnalisées au logement (APL), ne seraient pas indexées sur l’inflation. Elles ne progresseraient que de 0,3% en 2019 et 2020. Ce coup de frein n’est pas anecdotique. Dans un contexte où l’inflation devrait se situer entre 1,5 et 2% en 2019, le pouvoir d’achat de ces prestations sera sérieusement laminé. De l’ordre de 1,5%. Un nouveau coup dur pour les retraités notamment. La dégressivité des allocations chômage devrait également être posée sur la table des négociations avec les partenaires sociaux. Là, ce sont les chômeurs cadre qui sont en première ligne. Le gouvernement devrait encore poursuivre sa cure d’amaigrissement des emplois aidés non marchands. Après une baisse de 120 000 en 2018, leur contingent devrait encore diminuer de 25 000 en 2019. Autrement dit, l’emploi aidé non marchand est considéré comme un dispositif inefficace qui s’assimile à du chômage déguisé, ou plus crûment à de l’inactivité rémunérée. Seuls seront sanctuarisés le RSA, le minimum vieillesse, l’allocation pour les adultes handicapés, c’est-à-dire les aides ciblées sur les plus vulnérables. Conformément au modèle beveridgien.

    VIDEO https://player.vimeo.com/video/287073249

    A contrario, le gouvernement entend booster le pouvoir d’achat des salariés en supprimant les cotisations salariales sur les heures sup. C’est un transfert de 2 milliards à destination des actifs en emploi. La prime d’activité, qui fournit un complément de revenu aux travailleurs pauvres, incitant le retour à l’emploi sur des mini-jobs sera elle aussi revalorisée.

     
Les choix opérés sont donc bien en ligne avec la doctrine. Et derrière cette doctrine il y a deux idées-forces : 1/ le chômage a un fort contenu volontaire en France. Les entreprises souffriraient de l’étroitesse de l’offre de travail ; 2/la rémunération trop généreuse des personnes en situation de dépendance, des 16 millions de retraités notamment, mais aussi des juniors (à travers l’érosion des allocations familiale, de l’allocation de rentrée scolaire, de la prime de naissance, du complément de libre choix du mode de garde), à quoi s’ajoute une assurance chômage qui couvre à proportion du dernier salaire induit un charge sur le coût du travail, qui nuit à la compétitivité du travail.
     
    Un raisonnement contestable 
La première assertion concernant le caractère massif du chômage volontaire est très contestable. Elle ne mérite pas qu’on s’y attarde. Elle n’est pas attestée empiriquement. Cette composante est minoritaire, et il est clair qu’après 10 ans de croissance molle, la réduction du chômage passe d’abord par un raffermissement de l’activité. Les années récentes ont montré que la job machine, loin d’être bloquée, s’anime dès que l’activité dépasse 1 à 1,5% de croissance.

     
La seconde assertion en revanche est beaucoup plus recevable. Oui, le financement des différentes formes de dépendance (senior, junior) induit un coût pour l’ensemble des agents économiques parmi les plus élevés des pays développés. Oui, son financement pèse in fine sur le coût du travail. Et oui, il existe un certain nombre de travaux convergents attestant que le coin socialo-fiscal élevé en France, pèse négativement sur le niveau de l’emploi. Les cotisations retraites sont certes du revenu différé, voire le chômage. Elles pourraient en théorie diminuer les revendications salariales des salariés. C’est vrai dans un monde parfait. Ce mécanisme joue certes en France, mais partiellement du fait de la rigidité des salaires, à laquelle participe le Smic.
     
Ceci étant dit, il ne suffit pas de diminuer les revenus de la dépendance pour booster l’emploi. Encore faut-il un choc simultané et significatif de diminution du coût du travail. Or ce n’est pas le cas. Même si la réforme du CICE entraine un double chèque en 2019, cette baisse n’est pas extrapolable et n’affectera pas le comportement d’embauche. Encore faut-il aussi que l’impact négatif sur l’activité de la réduction du pouvoir d’achat des dépendants soit compensé par un moteur externe puissant, où une dynamique cyclique robuste. Et là encore ce n’est pas le cas. Bref, comme souvent en économie, le timing compte autant que la doctrine. Et là paradoxalement, le gouvernement est en train d’enrayer une job machine qui paraissait pourtant bien repartie.

    #en_marche #revenus #Emploi #salaires #travail #Retraité #Chômeurs, #Aides sociales #croissance #doctrine

  • Face au manque de bras, l’Europe de l’Est se tourne vers les robots, Marie Charrel, Le Monde, 10.08.2018
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/10/face-au-manque-de-bras-l-europe-de-l-est-se-tourne-vers-les-robots_5341133_3

    La région, où le taux de chômage est au plus bas, est confrontée à une pénurie criante de main-d’œuvre, alors que les salaires ont augmenté.

    Alors que la France lutte pour résorber le #chômage de longue durée [ ben voyons...] , la République tchèque, elle, fait face à un problème d’une tout autre nature : elle n’a jamais autant manqué de bras. En juillet, le taux de chômage était de seulement 3,1 %, selon les données publiées jeudi 9 août par le Pôle emploi tchèque. C’est le plus bas niveau de l’Union européenne. Sur le même mois, le nombre de postes vacants a culminé au niveau historique de 310 000, en hausse de 65 % sur un an. Il est désormais supérieur à celui des demandeurs d’emploi (231 565 personnes).

    La situation n’est pas propre à Prague. « Les difficultés de recrutement sont criantes dans toute l’Europe centrale et de l’Est, alors que les usines tournent à plein régime », explique Grzegorz Sielewicz, économiste spécialiste de la région pour Coface, à Varsovie. En Hongrie et en Pologne, le taux de chômage est également inférieur à 4 %. Par ailleurs, il est tombé à 4,5 % en Roumanie en juin, et il dépasse à peine 5,5 % en Slovénie, selon Eurostat. Une tendance liée à la bonne santé économique de ces pays, comme à la démographie. Depuis les années 1990, plus de 20 millions de personnes ont quitté la région, soit près de 5,5 % de la population. A cela s’ajoute la chute de la natalité, qui accentue le déclin de la force de travail.

    Lire aussi : En Europe de l’Est, la pénurie de main-d’œuvre inquiète les entreprises

    Pour attirer les candidats, les entreprises ont augmenté les salaires. Ils ont progressé de plus de 30 % en Roumanie et de 20 % Hongrie depuis 2010. En République tchèque, ils ont bondi de 7 % en 2017 et devraient croître encore de 7,8 % cette année, d’après les prévisions de la Société générale. Le salaire minimal polonais est passé de 1 750 zlotys (410 euros) en 2016 à 2 000 zlotys bruts (470 euros) aujourd’hui. Et ce, au profit du pouvoir d’achat des salariés, dont le niveau de vie s’approche lentement des standards de l’Europe de l’Ouest.

    « Toute la difficulté est qu’à un certain point, la hausse des #salaires menace la rentabilité des entreprises les plus fragiles », souligne Pavel Sobisek, économiste chez UniCredit, à Prague. A terme, elle risque également de dégrader la compétitivité et les perspectives de croissance de la région, dont le modèle économique repose encore largement sur la faiblesse des coûts de main-d’œuvre.

    « Potentiel d’automatisation élevé »

    Pour faire face à ces contraintes, les entreprises explorent désormais une autre voie : les robots. « Dans l’industrie, elles sont de plus en plus nombreuses à développer l’#automatisation des procédés et des chaînes de production pour compenser le manque de main-d’œuvre », observe M. Sielewicz. Selon lui, les importations de robots industriels dans la région devraient croître de 20 % par an au cours des années à venir.

    Le constructeur automobile Skoda, fleuron de l’économie tchèque, est en pointe sur le sujet. Depuis quelques mois, il déploie des robots 100 % autonomes pour transporter les composants dans son usine de Vrchlabi (nord). Afin de tenir son plan de croissance – produire 2 millions de véhicules en 2025, contre 1,2 million en 2017 –, le groupe a développé un ambitieux programme de numérisation et d’automatisation.

    « Si nous voulons continuer à grandir, c’est la seule option, avec l’immigration », déclarait en mars Bernhard Maier, le PDG de Skoda. « Le potentiel d’automatisation est également élevé dans certains pans de l’industrie agroalimentaire, notamment le traitement de la viande et des produits laitiers », note Jakub Borowski, économiste au Crédit Agricole, à Varsovie.

    Lire aussi : Robotisation : « Emploi transformé ne veut pas dire emploi menacé »

    Il y a de la marge. En moyenne, l’industrie polonaise dispose de 32 robots pour 10 000 employés, selon la Fédération internationale de robotique. C’est moins que la moyenne mondiale, à 74. La République tchèque (101), mais surtout la Slovaquie (135) et la Slovénie (137) sont mieux équipées. Elles dépassent la France (132), même si elles sont encore loin derrière l’Italie (185) et l’Allemagne (309), qui détient le record en Europe. « Cette mutation tirera l’investissement privé ces prochaines années, ajoute M. Borowski. Mais elle se fera sur le long terme, et toutes les entreprises n’y auront pas accès. »

    Car, pour beaucoup de TPE et de PME, les coûts liés à ces équipements sont trop élevés. « Robotiser implique une révolution dans le pilotage et la conception des modes de production à laquelle beaucoup d’entrepreneurs ne sont pas prêts », résume Jakub Borowski. D’autant que le pic de croissance lié au rattrapage post-crise est désormais passé. Le léger tassement de l’activité attendu cette année pourrait décourager les investissements. En outre, le travail humain reste irremplaçable dans certains secteurs, notamment dans des services et de l’agriculture.

    Crispations sur l’immigration

    Pour soutenir malgré tout le mouvement, les gouvernements tchèque et polonais soutiennent l’innovation et multiplient les plans en faveur de « l’industrie 4.0 », le concept à la mode pour désigner la nouvelle génération d’usines intelligentes et connectées. Une partie du patronat local appelle aussi les autorités à agir pour augmenter la participation des femmes au marché du travail, par exemple en développant les infrastructures pour la petite enfance. Certains, plus timides, plaident aussi pour une meilleure intégration de la communauté rom, importante en Hongrie ou en Roumanie, et souvent mise à l’écart de l’emploi. Cependant, le sujet, largement tabou, suscite des crispations.

    Lire aussi : La « révolution des robots » s’impose dans les usines : En 2016, le marché mondial des robots industriels a bondi de 16 % par rapport à l’année précédente, un niveau inédit.

    Tout comme la piste de l’immigration. Si la Pologne et la République tchèque ont, à l’image de la Hongrie, fermé leur porte aux réfugiés du Proche et du Moyen-Orient (officiellement pour des raisons de sécurité), elles ont en revanche assoupli leurs conditions d’accueil pour les travailleurs ukrainiens. Le ministre tchèque du travail a promis en mai d’accélérer encore les procédures permettant d’accorder des visas de long terme aux Ukrainiens, qui sont déjà plus de 70 000 dans le pays.

    En Pologne, ils dépassent le million, et le nombre de permis de travail qui leur ont été délivrés l’an passé a crû de 81 %. « Ceux accordés aux Biélorusses ont également progressé de 116 % », ajoute Grzegorz Sielewicz. Fin juillet, le gouvernement polonais a annoncé un prochain accord avec les Philippines, afin d’accueillir des travailleurs de ce pays d’Asie jugé « culturellement proche »,car catholique.

    #emploi