• Les enseignants vivent moins bien aujourd’hui qu’en 1981 (LeMonde.fr)
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2007/01/20/les-enseignants-vivent-moins-bien-aujourd-hui-qu-en-1981_857609_3224.html

    Sur les vingt-cinq dernières années, le pouvoir d’achat des enseignants s’est fortement réduit. Entre 1981 et 2004, les professeurs de collège et lycées et les universitaires ont perdu en moyenne 20 % de leur pouvoir d’achat (hors indemnités), tandis que les professeurs des écoles en perdaient 9 %.

    #éducation #salariat #enseignant·es

  • Chômage : retour sur 40 ans de droits rognés pour les plus précaires | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/chomage-retour-40-ans-de-droits-rognes-plus-precaires/00093071

    Depuis 1979, la logique assurantielle de l’Unédic s’est perdue en route, pénalisant les chômeurs les plus précaires. Une étude de l’Ires constate qu’ils sont beaucoup moins bien indemnisés qu’en 1979, alors que les salariés stables, eux, ont gardé quasiment les mêmes droits. Et la tendance pourrait s’aggraver avec la dernière réforme.

    Les trous dans le filet de protection sociale sont de plus en plus grands. Et les chômeurs, en particulier, ont du souci à se faire. Pour cause de confinement, seule une partie de la réforme de l’assurance chômage, imposée par décret par le gouvernement l’année dernière, a été mise en œuvre. Depuis novembre dernier, les conditions pour toucher une allocation ont été durcies https://www.alternatives-economiques.fr/assurance-chomage-une-reforme-sanglante/00090433 : il faut désormais avoir cotisé plus longtemps (six mois au lieu de quatre) sur une période plus courte (24 mois au lieu de 28) pour y être éligible.

    Autre nouveauté, les indemnités des chômeurs qui avaient les salaires les plus élevés sont désormais dégressives, c’est-à-dire qu’elles diminuent au bout du 7e mois. Là encore, la crise sanitaire a offert un léger sursis aux chômeurs et cette disposition a été suspendue pour le moment. Le deuxième volet de la réforme, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, a de son côté été reporté au 1er septembre. C’est lui qui comporte les éléments les plus restrictifs : la formule de calcul des indemnités a été changée https://www.alternatives-economiques.fr/gouvernement-taxe-chomeurs/00089668 et pénalisera très fortement les travailleurs précaires, ceux qui font de nombreux allers-retours entre emploi et chômage.

    Des discussions sont en cours entre le gouvernement et les partenaires sociaux pour savoir si toutes les modalités de cette réforme seront maintenues ou non après la crise sanitaire. La ministre du Travail fera sans doute des concessions, mais il est peu probable qu’elle renonce complètement à cette réforme. Et ce sont les chômeurs les plus vulnérables qui en feront sans doute les frais https://www.alternatives-economiques.fr/oublies-de-pole-emploi/00092637. Ceux-là mêmes qui ont déjà subi les effets des précédentes réformes de l’assurance chômage.

    En effet, tous les demandeurs d’emploi ne sont pas égaux face au serrage de vis. Les droits des salariés qui se retrouvent au chômage après une longue période d’emploi ont été assez peu rognés par les multiples réformes de l’assurance chômage qui se sont succédé. On ne peut malheureusement pas en dire autant de ceux qui ont connu des périodes d’emploi en pointillé. Et ils sont de plus en plus nombreux…

    C’est ce que montre une récente étude http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020 qui passe au crible 40 ans de réformes de l’assurance chômage. Ce travail, réalisé pour l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires), et soutenu par la CGT, est intéressant à plus d’un titre. « Alors qu’on constate une réduction de la durée des contrats et une forte augmentation des recrutements en contrat de moins d’un mois, les règles d’indemnisation évoluent dans le sens d’une moindre couverture des salariés qui occupent ces types de contrat », constatent les sociologues Mathieu Grégoire et Claire Vivès, ainsi que l’économiste Jérôme Deyris. Démonstration en deux points.

    1/ Jamais aussi peu de chômeurs n’ont été indemnisés

    Officiellement, tout va bien. Fin septembre 2019, dernier chiffre connu, « 70,5 % des demandeurs d’emploi sont indemnisables » 1. C’est Pôle emploi qui le dit, à grand renfort de courbes opportunément orientées vers le haut depuis 2014. Ça tombe bien, 2014 c’est l’année de mise en œuvre de la dernière réforme de l’assurance chômage, celle qui a institué les droits dits « rechargeables »2.

    Concrètement, si un chômeur retrouve un emploi avant d’avoir épuisé ses droits, il ne les perd pas. S’il retourne ensuite au chômage, sa durée d’indemnisation sera plus longue. Un système jugé plus incitatif au retour à l’emploi que le mécanisme précédent. Et l’objectif de cette réforme était notamment d’améliorer la couverture des chômeurs précaires, autrement dit de leur permettre de bénéficier plus facilement d’une indemnité. Ce que semblent confirmer les statistiques de Pôle emploi.

    Sauf qu’« indemnisable » ne veut pas dire « indemnisé ». On peut être indemnisable et ne pas toucher d’allocation chômage. D’ailleurs, parmi les indemnisables, il y a de moins en moins d’indemnisés… Tout cela peut sembler un peu confus. Et il n’est pas exclu que ce soit voulu. Pourquoi ne pas simplement calculer la part des chômeurs indemnisés dans l’ensemble des chômeurs ? C’est ce que faisait la Dares, le service statistique du ministère du Travail, jusqu’en 2016.

    Mais depuis, changement de méthodologie : on compte désormais en plus des indemnisés ceux qui ont droit à une indemnité, mais ne l’ont pas touchée durant le mois, pour diverses raisons (activité réduite, différé d’indemnisation, délai d’attente, sanction, prise en charge par la Sécurité sociale...)3.

    Pour combler ce trou dans la raquette de la statistique publique, Mathieu Grégoire, Claire Vivès et Jérôme Deyris ont reconstitué une série inédite et calculé la part des chômeurs indemnisés depuis 1985. Résultat : loin des 70 % affichés par Pôle emploi quand il parle d’« indemnisables », c’est en fait à peine plus d’un chômeur sur deux qui est indemnisé, que ce soit par l’assurance chômage ou par l’Etat – qui distribue une allocation aux demandeurs d’emploi qui arrivent en fin de droits (ASS). Ce « taux de couverture » n’a jamais été aussi faible qu’en juin 2018, dégringolant à 49,5 %. Le précédent point bas (à 51,8 %) datait de septembre 1998. Depuis, il connaît un léger rebond lié à la baisse du nombre de chômeurs en 2018 et 2019.

    Cette couverture des chômeurs indemnisés a notamment baissé de plus de 20 % entre 2003 et 2019, alors même que la réforme des droits rechargeables de 2014 était censée l’améliorer. En cause, le développement de l’activité partielle notamment, c’est-à-dire des formes de chômage atypique, où l’on est inscrit à Pôle emploi tout en travaillant une partie du temps.

    Et si les frontières entre emploi et chômage sont devenues de plus en plus floues, c’est lié aux transformations du monde du travail sans aucun doute, mais aussi aux nouvelles règles de l’assurance chômage qui vont dans le même sens : « Cette évolution majeure du chômage que représentent ces "chômeurs qui travaillent" dépend à la fois de l’augmentation des "formes atypiques d’emploi" (c’est-à-dire des emplois qui s’éloignent de la norme de l’emploi en CDI à temps plein) et des politiques d’indemnisation incitant à la reprise d’un emploi pour un temps de travail ou une durée de contrat réduits », notent les auteurs.

    Dit autrement, l’assurance chômage n’est plus là simplement pour indemniser les chômeurs, elle doit aussi désormais les « activer », c’est-à-dire les inciter à reprendre un emploi, y compris si celui-ci est mal payé, quitte à le subventionner. « L’idée sous-jacente étant qu’un "petit" emploi (durée de contrat courte, salaire faible, etc.) vaut mieux que pas d’emploi du tout et que tout petit emploi est un "tremplin" vers un meilleur emploi », ajoutent-ils.

    Mais ces « politiques d’activation » sont ambiguës, car en même temps les gestionnaires de l’assurance chômage ne sont pas dupes : encourager à prendre des emplois courts ou mal rémunérés, c’est contribuer à dégrader la norme d’emploi. Et en parallèle, ils expriment la crainte d’enfermer les précaires dans la précarité s’ils leur offrent trop de droits. « Indemniser le chômage, mais pas trop, mais quand même assez : l’indemnisation des périodes en partie chômées et en partie travaillées est sans cesse sur une ligne de crête », résument les chercheurs. Et cette ambiguïté est clairement au détriment de ceux qui sont abonnés à ces emplois en pointillé.

    2/ La chute des droits des salariés à l’emploi discontinu

    C’est l’autre enseignement inédit de cette étude : l’assurance chômage obéit de moins en moins à une logique assurantielle, et de plus en plus à une logique contributive. En clair, ce n’est pas tant la situation actuelle qui compte – le fait d’être au chômage, c’est-à-dire la survenue du risque contre lequel on était assuré – que le passé d’emploi, ou dit autrement le fait d’avoir cotisé plus ou moins longtemps.

    « Affirmer un principe de contributivité c’est accorder de "petits" droits à ceux qui ont de petits emplois et de "gros" droits à ceux qui ont le plus d’emplois », précisent les auteurs. L’assurance chômage a désormais tendance à assurer une protection d’autant plus forte que l’emploi est continu, et d’autant moins forte que l’emploi est fragmenté et réduit dans sa durée. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

    Pour le démonter, Mathieu Grégoire, Claire Vivès et Jérôme Deyris ont construit un simulateur capable de retracer l’évolution des droits pour des profils particuliers de salariés. Leur objectif était de mesurer l’effet des différentes réformes intervenues depuis 1979 pour différents types de parcours. Résultat, les salariés dits stables, ceux qui se retrouvent au chômage après une longue période d’emploi, ont gardé peu ou prou les mêmes droits depuis quarante ans, et ceci malgré le nombre impressionnant de réformes intervenues entre-temps.

    « Dans le cas banal d’un salarié au Smic qui perd son emploi et demeure quinze mois au chômage avant de trouver un autre emploi, l’indemnisation totale n’a, sur quarante ans, jamais varié de plus de 5 % à la hausse ou de 2,5 % à la baisse par rapport à 1979 », écrivent les auteurs.

    Les grands perdants sont les salariés précaires. Et parmi eux, particulièrement ceux qui alternent régulièrement les périodes de chômage et d’emploi. « Par exemple, un salarié à l’emploi discontinu alternant un mois d’emploi et deux mois de chômage a, durant les années 2000 et 2010 une indemnisation variant entre 50 et 60 % de son niveau de 1979. Dans les années 1990 son indemnisation était nulle. Avec les règles de 2019, elle chute en dessous de 40 % du niveau de 1979. »

    Ceux qui ont eu un emploi stable avant d’être au chômage et d’enchaîner ensuite les emplois précaires sont un peu moins pénalisés. « Les salariés ayant connu des périodes d’emploi stables cumulent pendant celles-ci des droits qui permettent ensuite d’atténuer les effets de la discontinuité. A l’inverse, les allocataires qui connaissent des trajectoires strictement discontinues n’ont pas généré ces droits susceptibles de les protéger et peuvent même parfois se trouver "prisonniers" de petits droits. »

    Et de conclure : « Toutes les simulations montrent ainsi une inversion de logique qui s’opère entre les plus précaires et les plus stables. Pour ces derniers, davantage de chômage signifie davantage d’indemnisation. Pour les premiers, c’est l’inverse : davantage de chômage se traduit par moins d’indemnisation. Pour les plus stables, c’est encore une logique de revenu de remplacement qui domine. Pour les plus précaires, c’est au contraire une fonction de prime à l’emploi qui devient prééminente. »

    Si la réforme de 2019 devait être appliquée en intégralité, les auteurs prédisent une « accentuation radicale » de ces tendances déjà à l’œuvre. La nouvelle règle de calcul du montant des allocations, qui doit être appliquée en septembre prochain, est particulièrement pénalisante pour les salariés à l’emploi discontinu. https://www.alternatives-economiques.fr/chomage-paie-t-plus-travail/00088190

    Avant la réforme, le montant de l’allocation chômage était calculé par rapport à un salaire journalier de référence (SJR) et non pas à partir d’un revenu mensuel. Pour établir une indemnité mensuelle, l’assurance chômage multipliait par 30 (jours) une allocation journalière brute qui correspondait à 80 % de ce qu’avait perçu la personne par jour en travaillant. En gros, on divisait les rémunérations perçues les douze derniers mois par le nombre de jours travaillés sur la même période.

    Après la réforme, le mode de calcul change : on prend la somme des rémunérations perçues sur deux ans (et non plus un an) et on la divise par le nombre de jours travaillés (comme précédemment) et de jours chômés, ce qui est nouveau. Concrètement, si le demandeur d’emploi a connu des périodes chômées les deux dernières années, le montant de son allocation va diminuer, même s’il pourra la percevoir plus longtemps.

    Au total, les salariés à l’emploi discontinu seront perdants, comme le montre le simulateur des auteurs : « Certes, nous observons une plus grande continuité des droits liée à un allongement de la durée d’indemnisation pour certaines configurations (…) mais cette meilleure couverture dans la durée est très loin de compenser l’effondrement des montants perçus, contrairement à ce que le gouvernement avançait. »

    Autre effet mis en valeur par cette étude : la réforme devrait rendre plus compliqué le cumul entre une allocation et un salaire. Résultat, de nombreux allocataires auparavant indemnisés dans le cadre de l’activité réduite pourront ne plus l’être. De quoi faire baisser encore la part des chômeurs indemnisés. Mais on ne le verra pas, car le ministère du Travail ne calcule plus ce chiffre…

    1. Chiffre qui concerne les catégories A, B et C. Cette part est de 68,5 % pour l’ensemble des chômeurs inscrits à Pôle emploi, c’est-à-dire avec les catégories D et E en plus.

    2. Entrés en vigueur en octobre 2014, les droits rechargeables permettaient à un chômeur indemnisé qui retrouve un emploi, même de courte durée, de ne pas perdre le bénéfice de ses anciens droits acquis. Il n’a pas à se réinscrire, ni à faire recalculer ses droits. Il n’a pas à sortir du système d’assurance chômage et à repartir de zéro. Pour en bénéficier, il fallait avoir travaillé au moins 150 heures (soit un mois) pendant la période d‘indemnisation, mais cette borne est passée à 180 jours, soit six mois depuis le 1er novembre. Autant dire que ce droit devient virtuel, surtout pour celles et ceux qui ont de petites durées d’indemnisation.

    3. L’Unédic et Pôle emploi ne publient plus le taux de chômeurs indemnisés, comme avant, mais seulement leur nombre absolu et la part des chômeurs indemnisés parmi les chômeurs indemnisables. Et ces chiffres sont nettement moins promus qu’avant. Charge à l’utilisateur de la statistique publique de refaire lui-même le calcul pour obtenir ce taux. Fin février 2020, sur 6,6 millions d’inscrits à Pôle emploi, 3,7 millions étaient « indemnisables » dont 3 millions réellement « indemnisés ».

    https://seenthis.net/messages/859288
    https://seenthis.net/messages/858232

    Les canons sont rouillés. La catégorie « #chômeur_atypique » (non dite dans ce rapport) émerge, 45 après celle d’#emploi_atypique.

    #travail #salariat #histoire_sociale #revenu #économie #précarisation #emploi #droit_au_chômage #Chômage #chômeurs #travailleurs_précaires #chômage_atypique #emploi_discontinu #intermittents_de_l'emploi #droits_sociaux #indemnisation_du_chômage #prime_à_l'emploi #activation_des_dépenses_passives #Unedic #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit

  • 40 ans de réformes de l’assurance-chômage : la réduction des droits touche d’abord les plus précaires, entretien avec Mathieu Grégoire réalisé par Catherine Petillon
    https://www.franceculture.fr/economie/40-ans-de-reformes-de-lassurance-chomage-la-reduction-des-droits-touch

    Depuis quarante ans, le chômage s’est beaucoup transformé : il a augmenté mais s’est aussi modifié, avec la montée en puissance de l’emploi atypique et la multiplication des contrats courts. Qu’en est-il de la couverture du chômage ?
    [...]
    Qu’avez-vous observé sur cette période de 40 ans de réformes de l’assurance-chômage ?

    L’objet de cette étude était de s’intéresser aux droits des chômeurs à l’assurance-chômage et à l’indemnisation sur une longue période, afin de comprendre comment ont évolué ces droits, en particulier pour les salariés à l’emploi discontinu — comme les intérimaires, les intermittents, les travailleurs de l’hôtellerie ou de la restauration, les personnes en contrats courts. En somme, tous ceux qui alternent de l’emploi et du chômage, que ce soit à des rythmes très saccadés ou plus lents.

    Ces profils nous intéressaient plus particulièrement car ils ont été mis en avant lors des réformes de 2009 et 2014. Et ce sont leurs droits qui ont été remis en cause en 2017, puis très profondément avec la réforme de 2019.
    Grâce à un simulateur de droits nous avons pu comparer pour différents cas-types les effets de chaque réforme.

    Quels sont les principaux enseignements ?

    Le temps long montre des évolutions assez profondes dont les négociateurs n’ont pas forcément conscience quand ils travaillent, réforme après réforme, à modifier les droits. Or c’est intéressant, en particulier pour la dernière réforme, car cela contredit l’affirmation récurrente selon laquelle les règles de 2019 consisteraient simplement à revenir sur des droits plus généreux, accordés après la crise de 2008. Et qu’il ne s’agirait en somme que d’un retour à la normale.

    Or ce qu’on montre, c’est qu’en 40 ans, pour les salariés en emploi discontinu, jamais l’indemnisation n’a été aussi basse que celle qui est prévue dans le décret de 2019.

    Les conditions sont toujours plus restrictives ?

    On constate une inversion complète de la hiérarchie de l’indemnisation au cours de la période. En 1979, l’assurance-chômage fonctionne vraiment comme une assurance : les personnes les plus exposées au chômage sont les plus indemnisées. Mais à la fin des années 2000, pour les plus précaires, c’est une autre logique qui l’emporte : les chômeurs sont d’autant plus indemnisés qu’ils sont en emploi. Selon une logique cette fois de compte-épargne ; à chaque fois qu’ils travaillent, ils gagnent des droits supplémentaires.
    Concrètement, cela se traduit par une course-poursuite durant laquelle ils travaillent, acquièrent des droits, deviennent éligibles à l’assurance chômage, puis épuisent leurs droits, en gagnent de nouveaux et ainsi de suite. Ils remplissent leurs comptes et le consomment successivement.

    Autrement dit, l’indemnisation du chômage s’est beaucoup transformée pour inciter les salariés les plus précaires à l’emploi, davantage que pour leur assurer un revenu de remplacement pendant les périodes de chômage.
    Avec l’idée qu’il vaut mieux un mauvais emploi que pas du tout. Et les dispositifs comme l’activité réduite sont d’ailleurs une manière d’inciter à accepter des emplois dans des conditions dégradées.

    Pour ce type de travailleurs, c’est une évolution continue dans le temps ?

    L’un des résultats qui nous a surpris, c’est la stabilité totale et absolue sur quarante ans des droits des “salariés stables” — c’est-à-dire le cas d’une personne en emploi pendant une longue période, qui se retrouverait au chômage pendant 15 mois et puis retrouverait un emploi. Cette situation là donne lieu à des variations infimes. Et ça, je ne pense pas que les négociateurs en aient une conscience entière quand ils négocient à chaque réforme, les conditions d’indemnisation de l’assurance-chômage. Cela montre une forme d’impensé de la négociation, à savoir que cette figure du salariat, on n’y touche pas. Ce sont les travailleurs plus à la marge qui vont connaître des variations régulières et très importantes de leur indemnisation.

    C’est plus vrai encore depuis la réforme de 2019 ?

    Pour les salariés stables, encore une fois, cela ne change rien à ce qui existe depuis depuis 1979, à quelques exceptions près comme des mesures de dégressivité pour les hauts revenus. En revanche, pour les salariés en emploi discontinu, c’est une révolution. Cela constitue un effondrement historique de leurs droits. Notamment parce que le calcul du salaire journalier de référence prend en compte non plus simplement le salaire, mais aussi la performance d’emploi. Par exemple, un travailleur payé au Smic mais au chômage la moitié du temps considéré verra son salaire journalier divisé par deux. Cela a des effets extrêmement forts sur les droits des salariés en emploi discontinu et cela introduit encore plus l’idée de compte épargne.

    Vous avez conçu un simulateur d’indemnisation qui permet de mesurer les effets des réformes pour chaque cas type pour une période de 60 mois. Pourquoi choisir une durée si longue ?

    Les personnes en intermittence d’emploi ne sont pas souvent éligibles au chômage de façon claire. lls le deviennent au bout d’un certain temps, puis consomment leurs droits ; comme ils travaillent, ils finissent par redevenir éligibles, et ainsi de suite. Ils sont dans une intermittence de l’emploi, mais aussi de l’indemnisation. Or ne regarder qu’une seule période de droit, c’est ne pas considérer les périodes durant lesquelles les personnes ne sont pas indemnisées, ni celles durant lesquelles elles le sont à nouveau.. C’est pourquoi nous avons considéré systématiquement les parcours sur 60 mois.

    Un autre intérêt de la simulation est de mesurer la diversité des profils. Car quand on parle des salariés à l’emploi discontinu, il est essentiel de bien distinguer ceux qui ont eu un emploi stable auparavant, et ressemblent plus à des chômeurs “standard” ; et ceux qui entrent sur le marché du travail ou alors vivent en permanence dans l’intermittence de l’emploi. Ces deux cas sont désignés de la même façon, comme des précaires. En réalité, leur traitement par l’assurance-chômage est radicalement différent.

    Vous insistez aussi sur ce qu’on appelle le taux de couverture. Pourquoi est-ce important, et quel usage politique est fait de cette indicateur ?

    Le taux de couverture est simplement la part des chômeurs qui perçoivent une indemnisation. Ce taux de couverture, il a fallu qu’on le reconstitue parce que les données n’étaient pas disponibles, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Et on a constaté que la part des salariés indemnisés chute de façon très importante à partir de 2003, pour arriver en 2018 à la part des chômeurs indemnisés, la plus basse de toute l’Histoire depuis 1985.
    Et pourtant, la surprise c’est qu’à partir de 2016 les publications officielles se sont intéressées à un nouvel indicateur, le seul publié depuis : la part des chômeurs non pas indemnisés, mais indemnisables. C’est le cas quand on est inscrit à Pôle emploi.
    Or cet indicateur pose un certain nombre de questions puisqu’il prend en considération des gens qui ne sont pas forcément indemnisés et même sont parfois en emploi.
    Par exemple, quelqu’un qui a travaillé à temps plein durant le mois considéré mais reste inscrit à Pôle emploi, ce qui est de plus en plus courant, sera considéré comme couvert par l’assurance-chômage, dont on se félicitera alors des performances positives.

    Même si les deux indicateurs sont intéressants, cela pose un gros problème si le nouveau taux de couverture officiel occulte d’une certaine manière à la réalité, quand même beaucoup plus crue, qui est que l’indemnisation du chômage n’a jamais concerné une proportion aussi faible de chômeurs qu’à la fin des années 2010. On peut aussi penser, et c’est l’un des résultats de la simulation, que la réforme de 2019 baissera encore le nombre d’indemnisations.

    Quelle évolution des droits à l’assurance chômage ? (1979-2020) - Mathieu GREGOIRE, Claire VIVES, Jérôme DEYRIS - IRES
    http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020
    https://seenthis.net/messages/858232
    #toctoc
    #Mathieu_Grégoire #Chômage #chômeurs #précaires #salariat #travailleurs_précaires #allocation_chômage #taux_de_couverture #non_indemnisation #droits_des_chômeurs #assurance_chômage #Unedic #droit_au_chômage #précarisation #activité_réduite #intermittents_de_l'emploi #emploi_intermittent #emploi_discontinu #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit #revenu #économie #emploi #histoire_sociale

  • En France, les salaires les plus élevés sont au plus haut depuis 50 ans, Romaric Godin
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280520/en-france-les-salaires-les-plus-eleves-sont-au-plus-haut-depuis-50-ans

    L’Insee publie une étude sur les plus hauts salaires en 2017. Les 0,1 % les mieux payés captent la plus grande part de la masse salariale depuis un demi-siècle. Ceux qui en profitent sont des hommes, parisiens et âgés.

    Le confinement, on s’en souvient, avait posé avec acuité la question de la valorisation relative des métiers au regard de leur utilité. Ce jeudi 28 mai, l’Insee a publié une étude sur les hauts salaires qui permet de prendre conscience des métiers qui sont le plus récompensés par le marché du travail et de l’évolution relative des salaires.

    Cette étude permet d’abord de quantifier les montants et la population des plus hauts salaires. Les 1 % les mieux payés des salariés du secteur privé touchaient en 2017 une rémunération de plus de 8 680 euros net par mois, soit 4,5 fois le salaire médian et 7,5 fois le salaire minimum.

    Ces 1 % représentent 163 000 salariés et ils sont à 23 % soit des cadres administratifs et commerciaux, soit des ingénieurs et des cadres techniques. Ces 46 % des 1 % ne représentent que 14 % de l’ensemble des salariés du secteur privé. Viennent ensuite les dirigeants salariés des entreprises, comme les présidents, les directeurs généraux ou les gérants (17 % des 1 % les mieux payés, contre 2 % de l’ensemble des salariés) et les cadres financiers (12 % des 1 % les mieux payés, contre 2 % de l’ensemble des salariés du privé).

    Globalement, et sans surprise, on voit donc que ce sont les fonctions permettant l’organisation globale de la production qui sont le mieux valorisées par les salaires. C’est une situation relativement classique. Mais la situation évolue à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des salaires. Or, l’Insee développe cette hiérarchie en donnant les chiffres pour les 0,1 % les mieux payés et même pour les 1 000 plus hauts salaires du secteur privé en France. Les premiers sont en moyenne payés plus de 22 860 euros net par mois, les seconds, les 1 000 premiers de la hiérarchie salariale, sont payés plus que 89 530 euros par mois.


    Salaires planchers des hauts salaires en 2017. © Insee

    Or, au fur et à mesure que l’on monte dans cette hiérarchie, la part des cadres « opérationnels » diminue au profit des fonctions administratives et financières. Les dirigeants salariés sont les plus représentés dans les deux catégories, avec 24 % du « top 0,1 % » et 29 % du « top 1 000 ». Les « cadres d’état-major » des grandes entreprises de plus de 500 salariés, autrement dit l’échelon directement inférieur à celui des dirigeants, ne représentent que 9 % de l’ensemble des 1 % les mieux payés, mais 15 % du « top 0,1 % » et 16 % du « top 1 000 ». Leur part dans l’ensemble de la population des salariés du privé est pourtant négligeable.

    Pour l’anecdote, on remarquera également que les sportifs professionnels, qui ne représentent que 1 % des 1 % les mieux payés, représentent en revanche 11 % du « top 1 000 », soit autant que les cadres de la banque et de la finance.

    En termes de secteur, la situation est la même : plus on avance dans la hiérarchie des salaires, plus on quitte l’économie réelle. L’industrie est ainsi le premier secteur d’activité des 1 % les mieux payés, avec 18 %, mais elle ne représente plus que 7 % des personnes présentes dans le « top 1 000 ». En revanche, les activités des sièges sociaux et les activités financières, qui emploient les unes comme les autres 13 % des salariés du « top 1 % », emploient respectivement 29 % et 22 % des 1 000 personnes les plus payées du secteur privé en France. Ensemble, ces deux secteurs regroupent donc plus de la moitié de ce « top 1 000 ».

    Autrement dit, plus on monte dans la hiérarchie des salaires, plus ce sont les fonctions financières et administratives qui sont récompensées. Les très hauts salaires récompensent moins stricto sensu les capacités d’amélioration de la productivité que la valorisation du capital. Cela est finalement assez cohérent avec un système qui fait de cette valorisation sa seule finalité, mais on est également assez loin de l’image classique de la réussite au sein des entreprises où l’on récompenserait « avec justice » les améliorations du système productif. Pour les mieux payés, la production n’est finalement, pour reprendre les mots de Marx, qu’un « mal nécessaire » qu’il ne convient pas de payer à la même hauteur que la valorisation financière ou juridique des profits.

    Part des femmes dans les plus hauts salaires. © Insee

    Structurellement, ce type de choix favorise une population bien précise. Des hommes âgés, résidant dans deux départements, Paris et les Hauts-de-Seine. Là encore, cette tendance s’accentue avec la hiérarchie des salaires. Les hommes sont 82 % de l’ensemble des salariés du « top 1 % » et 91 % du « top 1 000 », alors même que ces derniers ne représentent que 58 % de l’ensemble des salariés du secteur privé. Cette quasi-absence de femmes à ces niveaux de salaire accentue de 4,4 points l’ensemble de l’écart salarial entre les sexes, souligne l’Insee. Hors « top 1 % », cet écart est de 12,4 % ; en incluant ces 1 % les mieux payés, il passe à 16,8 %.

    Sur le plan de l’âge, il peut être logique que les plus âgés soient aussi les mieux payés, mais les chiffres sont là aussi impressionnants. Les plus de 51 ans représentent 25 % des salariés du privé, mais 53 % du « top 1 % » et 60 % du « top 1 000 ». Pas de mise à la retraite anticipée pour les plus riches. Les plus de 60 ans ne représentent que 3 % des salariés du privé, mais 19 % du « top 1 000 ». Autrement dit, les salariés les mieux payés restent plus longtemps en poste…

    Enfin, géographiquement, Paris et les Hauts-de-Seine, qui regroupent 13,1 % des salariés du privé, sont les lieux de travail de 49,8 % du « top 1 % » et de 73,7 % du « top 1 000 ». C’est là encore fort logique, puisque c’est dans ces régions que se regroupent les activités de sièges sociaux et de finance.

    Une évolution favorable des plus hauts salaires

    Comme les mieux payés le sont pour leur capacité de valorisation du capital et se trouvent ainsi fortement liés aux intérêts de ce même capital, leur part dans l’ensemble des salaires n’a pu que progresser fortement au cours des 40 dernières années qui ont fait basculer la balance du pouvoir progressivement vers ces intérêts. C’est ce que confirme l’Insee, qui publie l’évolution de cette part pour chacune des trois catégories depuis 1967, autrement dit au cours des cinq dernières décennies.

    La part réservée aux plus hauts salaires a reculé jusque dans les années 1990, puis elle n’a cessé de remonter. En 2017, la part du « top 1 % » est de 8 % de l’ensemble des salaires versés. Autrement dit, 8 % de la masse salariale du privé est réservée à 1 % des salariés. Ce niveau est du jamais vu depuis 1969 et il est supérieur de 1,2 point au niveau le plus faible de ces 50 dernières années, enregistré en 1996.

    Part des 1 % les plus élevés, des 0,1 % et des 1 % sans les 0,1 % dans la masse salariale totale. © Insee

    Là encore, ce sont les plus riches d’entre les plus riches qui ont davantage tiré leur épingle du jeu. Le « top 0,1 % » capte en 2017 2,3 % de l’ensemble de la masse salariale versée dans le privé, soit 23 fois son poids numérique. Un tel niveau, atteint en 2016, est inédit au cours du précédent demi-siècle, à l’exception de 2007, juste avant la crise financière. En 1967, ils ne captaient que 1,9 % de la masse salariale et ce chiffre est même tombé à 1,3 % en 1980.

    Cette étude est donc intéressante à plus d’un titre. D’abord, elle permet de montrer que le néolibéralisme n’a pas que creusé les écarts entre les salariés et les détenteurs du capital, mais il a aussi creusé l’écart entre les salariés. Au reste, cet écart s’est d’autant plus élargi que les salaires rémunéraient des fonctions « utiles » au capital. D’une certaine façon, cela explique aussi la présence d’un certain nombre de sportifs professionnels dans ce « top 1 000 », dans la mesure où la valeur salariale de ces derniers est directement liée à la valorisation capitalistique des entreprises qui les embauchent puisqu’ils en sont les actifs principaux, non pas tant en tant que joueurs proprement dits qu’en tant que « porteurs d’image ». C’est en effet cette image qui est ensuite à la base de la rentabilité des entreprises qui l’exploitent.

    Dans ce cadre, il convient toujours de relativiser la pression exercée sur les salaires au nom de la « compétitivité ». Comme le montre cette étude, cette pression ne s’exerce que sur la partie basse de la hiérarchie salariale. La partie haute, celle qui rémunère ceux qui sont précisément chargés, directement ou indirectement, d’organiser cette course à la compétitivité-prix, est très largement bénéficiaire de cette politique.

    Pour corriger ces divergences a posteriori , la fiscalité demeure un des moyens les plus efficaces. Si la France a maintenu un niveau d’imposition important sur les hauts revenus, ce dernier est nettement moins progressif que dans les années 1980. À l’époque, le taux marginal d’imposition sur le revenu était de 65 %. Il est aujourd’hui proche, mais en prenant en compte la CSG, qui est un impôt proportionnel payé par l’ensemble des salariés. Autrement dit, l’impôt est bien moins proportionnel aujourd’hui que voilà trente ans. Cela conduit encore une fois à s’interroger sur les choix de l’actuel gouvernement de supprimer l’ISF, un impôt (légèrement) correcteur et sur l’établissement d’une « flat tax » (le PFU) de 30 % sur les revenus du capital, qui constitue un véritable appel d’air pour se faire rémunérer en revenus du capital plutôt qu’en revenus du travail pour les dirigeants, autrement dit pour les plus hauts salaires.

    La hausse des versements de dividendes en 2018 semble confirmer cette situation. Et le choix de baisser l’impôt sur le revenu pour les deux premières tranches apparaît in fine comme une petite compensation de cette opportunité pour les plus riches.

    Mais la question qu’a posée le confinement est bien celle de la correction a priori de ces inégalités. Les données de l’Insee viennent prouver que ce qui est récompensé n’est pas l’utilité sociale des métiers, mais leur utilité pour le capital. Le désarmement de la masse des salariés par les « réformes structurelles », la sous-traitance et le chômage a conduit à réduire la valeur relative de ces salaires et a favorisé celle des cadres les plus importants des entreprises. C’est donc globalement en retrouvant une capacité de peser que ces métiers pourront récupérer la part des salaires qui est allée aux plus hauts revenus. Bref, c’est bien en inversant les politiques en faveur du capital que l’on corrigera cette logique qui favorise une certaine catégorie de citoyens et de métiers au détriment du plus grand nombre et des métiers utiles pour la société.

    #salaire #hauts_salaires #masse_salariale #salariat

  • En Rhénanie-du-Nord-Westphalie et dans le Schleswig-Holstein, des centaines d’employé·es des abattoirs sont contaminé·es par le corona. Or le seuil de reconfinement a été fixé à 50 cas pour 100 000 habitant·es pour une région donnée.
    La question est : le déconfinement était-il prématuré en Allemagne ou la misère sociale de ces personnes venant d’Europe de l’Est pour faire des sales boulots sous-payés explique-t-elle ces foyers de contamination ?

    Le ministre de la santé de Rhénanie-du-Nord-Westphalie « a mentionné l’hébergement du personnel des abattoirs, provenant pour la plupart de Roumanie et de Bulgarie, dans des logements collectifs comme une raison possible de l’apparition de l’épidémie. Il se peut que ces foyers ne répondent pas aux normes d’hygiène requises en cas de pandémie. Il faut maintenant examiner cette question. »
    https://www.tagesschau.de/wirtschaft/coronavirus-fleischbetrieb-101.html
    #Allemagne #corona #abattoirs #migration #Europe_de_l'Est #salariat #précarité #exploitation

  • Peut-on parler de déclassement des enseignants ? (France Culture)
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/la-question-du-jour-emission-du-mercredi-04-mars-2020

    Les enseignants sont invités à se prononcer sur leur métier. C’est l’objectif de la consultation ouverte par le ministère de l’Education Nationale pendant deux semaines. Une consultation qui se clôturera le 17 mars 2020. Perception du métier, formation, carrière... les enseignants pourront s’exprimer de façon anonyme, dans un contexte où la profession attire moins. Pourquoi attire-t-elle moins ? Peut-on parler de déclassement des enseignants ? Que nous enseigne l’histoire à ce propos ?

    Spoiler : La réponse est… oui.

    #éducation #salariat #enseignant·e

  • Le lien unissant un chauffeur et Uber est bien un « contrat de travail », selon la Cour de cassation
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/04/la-cour-de-cassation-confirme-que-le-lien-unissant-un-chauffeur-et-uber-est-

    La plus haute juridiction pénale française a jugé que le chauffeur « qui a recours à l’application Uber ne se constitue pas sa propre clientèle, ne fixe pas librement ses tarifs et ne détermine pas les conditions d’exécution de sa prestation de transport ». Pour la Cour, la possibilité de se déconnecter de la plateforme sans pénalité « n’entre pas en compte dans la caractérisation du lien de subordination ».
    Début 2019, Uber s’était pourvu en cassation après un arrêt de la cour d’appel de Paris qui avait déclaré « contrat de travail » le lien entre un ancien chauffeur indépendant et la plateforme américaine. La cour avait détaillé « un faisceau suffisant d’indices » qui caractérisait selon elle « le #lien_de_subordination » liant le chauffeur à la #plateforme, et donc l’existence d’un contrat de travail de fait.
    Si certains chauffeurs sont attachés à leur statut d’indépendant, de nombreux conducteurs pourront s’appuyer sur cette nouvelle décision pour demander la requalification de leur #contrat avec Uber ou d’autres plates-formes en #contrat_de_travail. En clair, le modèle économique d’#Uber pourrait s’effondrer.

    #salariat #droit_du_travail #jurisprudence

    • Les chauffeurs VTC mobilisés contre Uber et sa « machine à précarité »
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/11/les-chauffeurs-vtc-mobilises-contre-uber-et-sa-machine-a-precarite_6032553_3

      Peu séduits par le salariat, malgré la reconnaissance récente d’une relation de subordination par la justice, les conducteurs demandent à la plate-forme des garanties d’indépendance.

      « On est obligé de travailler avec le “monstre”. » Le « monstre », pour ce chauffeur (qui souhaite garder l’anonymat), s’appelle Uber. Comme une centaine d’autres conducteurs de #VTC, il est venu, vendredi 6 mars, exprimer sa colère contre le fonctionnement de l’application mobile, devant les bureaux de la firme californienne à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
      La mobilisation de la profession connaît un regain depuis la décision de la Cour de cassation, le 4 mars, qualifiant de « fictif » le statut d’indépendant d’un conducteur et reconnaissant du même coup son lien avec Uber comme étant un contrat de travail salarié.

      Le même chauffeur le répète : travailler avec Uber est une « obligation ». Le service est incontournable, captant entre 60 % et 80 % de la clientèle en Ile-de-France. Après avoir obtenu sa licence de VTC en 2015, il s’est endetté de 40 000 euros pour acheter son véhicule, à l’époque où les conducteurs étaient moins nombreux et les tarifs, plus élevés.

      Avant d’arriver à la manifestation, il a pris soin de couper la connexion à Internet sur son smartphone et de désactiver la géolocalisation. « Je ne peux pas me permettre qu’ils voient que j’y participe et suspendent mon compte », explique-t-il.

      Peu de volontaires pour le salariat

      « Uber vend du rêve aux jeunes, promet 4 000 euros de revenu et une indépendance immédiate. C’est possible, mais à un prix exorbitant ! », commente Makram, autre conducteur présent devant les locaux d’Uber à l’appel de l’intersyndicale nationale VTC. Une fois la commission de 25 % déduite de chaque course, le crédit du véhicule remboursé et l’essence payée, Makram estime gagner entre 1 200 et 1 400 euros brut par mois, pour soixante-dix heures hebdomadaires passées dans sa voiture.

      Parmi les reproches adressés à la plate-forme, figurent en première position le manque de transparence sur les courses (dont le tarif estimé et la distance parcourue ne sont pas connus par les chauffeurs avant le départ) et des suspensions de compte considérées comme abusives, sans possibilité de recours.

      « Le lien de subordination avec ces entreprises du numérique est patent depuis des années », constate Otto Landreau, chauffeur inscrit sur plusieurs plates-formes (Bolt, Snapcar, Marcel, Chauffeur Privé) pour éviter les tarifs d’Uber, qu’il juge trop bas.
      Tout en qualifiant la décision de la Cour de cassation de « bonne nouvelle », peu de conducteurs disent pourtant vouloir mettre fin à leur statut d’#auto-entrepreneur et signer un contrat de travail avec l’entreprise américaine. « Je ne veux pas être un salarié sans les avantages et un indépendant avec tous les inconvénients », résume Yahya, conducteur de 44 ans originaire de Lille.

      « En banlieue, on a toujours subi une forme d’esclavage »
      L’intersyndicale et l’Association des chauffeurs indépendants lyonnais (ACIL), deux des principales associations de conducteurs, revendiquent cependant avoir lancé, depuis le début de l’année, plus de cent trente procédures devant la justice prud’homale contre Uber, sur la reconnaissance du lien de subordination.

      Car pour les deux organisations, cela pourrait permettre de négocier plus de garanties pour les indépendants, par exemple en laissant à la charge d’Uber le paiement des cotisations salariales. « Depuis la décision de la Cour de cassation, je reçois plusieurs centaines de demandes d’information par jour. Même si la requalification massive n’est pas l’objectif », assure Mehdi Mejeri, fondateur et président de l’ACIL.

      Près de dix ans après son arrivée à Paris, la perspective tracée par Uber d’un emploi indépendant et rémunérateur a laissé place, pour certains conducteurs, à un sentiment d’avoir été piégé par le modèle.

      « Il y a tout un pan de la population à la merci de cette économie, parce qu’elle ne repose sur rien, estime Mehdi Mejeri. C’est une machine à précarité dont l’Etat peine à suivre les évolutions. » L’application du volet VTC de la loi d’orientation des mobilités (LOM) a été bousculée par la décision de la Cour de cassation. La ministre du travail, Muriel Pénicaud, a annoncé que de nouvelles propositions sur le cadre légal des travailleurs des plates-formes seraient formulées d’ici à l’été.

      Une nouvelle manifestation des conducteurs est prévue à Paris, mercredi 11 mars, devant le ministère des transports, avant une rencontre entre représentants des conducteurs et d’Uber France, le lendemain. « Nous, en banlieue, on a toujours subi une forme d’esclavage. Hier, il était ouvrier, aujourd’hui il est numérique, assène un conducteur d’Ile-de-France, sous couvert d’anonymat. On veut nous résumer à ce statut de salarié, mais ce combat représente bien plus que cela ! »

      #endettement

  • « Imputable à » mais sans responsables ni coupables (Suicide de Christine Renon)

    L’IGEN, cette IGPN de l’Éducation Nationale…

    Le suicide d’une directrice d’école en Seine-Saint-Denis « imputable au service » (LeMonde.fr)
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/01/08/le-suicide-d-une-directrice-d-ecole-en-seine-saint-denis-imputable-au-servic

    Un rapport de l’inspection générale diligenté après le suicide de Christine Renon n’établit aucune « faute » de la part de l’institution, mais il étudie l’ensemble des difficultés dont se plaignait la directrice.

    L’inspection générale dégage toute responsabilité de l’Education nationale dans le suicide de Christine Renon (Mediapart)
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090120/l-inspection-generale-degage-toute-responsabilite-de-l-education-nationale

    Un rapport de l’inspection générale diligenté après le suicide de la directrice d’école Christine Renon en septembre dédouane l’institution de la responsabilité du drame mais l’impute à une série de dysfonctionnements. Au même moment, le ministère publie les résultats d’une consultation laissant apparaître que les directeurs d’école se sentent submergés par leurs tâches administratives. Mais la rue de Grenelle réfute l’existence d’un malaise dans la profession.

    #éducation #salariat #souffrance_au_travail #suicide #responsabilité #enseignant·es

  • Pour l’abolition de la retraite !

    https://lavoiedujaguar.net/Pour-l-abolition-de-la-retraite

    Mon père a attendu toute sa vie sa retraite pour, disait-il, pouvoir enfin faire ce qui lui plaisait. Il n’a pu « profiter » de sa pension et de son temps que pendant quelques mois... Cela pour souligner que, si on ne peut pas profiter de la vie avant l’âge de la retraite, ce n’est pas après que cela sera vraiment possible.

    La retraite est une vaste escroquerie, un miroir aux alouettes, le colifichet que l’on agite aux salariés pour les aider à supporter une réalité économique quotidienne de plus en plus vide de sens pour une majorité d’entre nous. La retraite n’a jamais consisté en une « récompense » d’une vie de labeur et de renonciation : elle ne consiste au final qu’à prendre acte qu’au-delà un certain point la « machine humaine » n’est plus assez rentable, plus assez fiable, plus assez souple, que son taux de pannes devient contre-productif… Ce n’est pas un hasard si l’âge de départ à la retraite correspond en gros à l’espérance de vie en bonne santé…

    Ce qui se joue aujourd’hui dans ce dernier projet en date de réforme des retraites, c’est la détermination de ce seuil de compromission entre les besoins en main-d’œuvre des grands acteurs de l’économie et la soutenabilité de sa charge financière pour les finances d’État (...)

    #retraite #travail #vie #exploitation #capitalisme #salariat #droit #acquis

  • Inscriptions en forte chute aux concours du second degré (Le Café Pédagogique)
    http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2019/11/26112019Article637103518140891709.aspx

    Où l’on apprend que la filière des feignasses privilégié·es peine à recruter.

    Pour l’ensemble des CAPES externes, la baisse est de 7,8 % entre 2020 et 2019, et de 15 % depuis 2016. Pour l’ensemble des CAPET externes, les baisses sont respectivement de 16,6 % et 19,7 %.
    […]
    « La baisse des inscrits confirme la faible attractivité de nos métiers. Nos ministres successifs n’ont rien fait pour enrayer la dévalorisation de nos conditions de travail et nos rémunérations. Ils n’ont rien fait de substantiel, non plus, pour assurer aux étudiant-e-s qui préparent les concours, les meilleures conditions de réussite », écrit le Snes Fsu.

    #éducation #enseignant·es #salariat #conditions_de_travail

  • “Aujourd’hui, je n’ai pas réussi à aller travailler” (Prof en scène)
    https://profenscene.tumblr.com/post/188194344681/lundi-7-octobre

    Aujourd’hui, je n’ai pas réussi à aller travailler.
    […]
    C’est ce que j’ai expliqué au médecin. Parce que ce n’est pas une question de fierté. Il n’est pas normal qu’un professeur de trente-sept ans, au bout d’un mois, ne puisse pas réunir la force nécessaire à aller travailler. Je me suis dit que le problème venait de moi.
    […]
    Et je me déteste d’être dans cet état si tôt dans l’année.
    […]
    En vrai, moi, ce qui me fait tenir, c’est de me raconter des histoires. Je vais au boulot pour sauver telle élève. J’y vais pour mettre en scène telle pièce de théâtre, j’y vais pour transformer telle classe. Des fantasmes grotesques. Mais qui me portent depuis des années.

    Ce matin, je n’avais pas d’histoire assez puissante pour me soutenir.

    […]

    Ce lundi 7 octobre j’ai craqué. C’est peut-être le début de la fin, ce sont peut-être des conditions de travail qui se dégradent chaque jour un peu plus, c’est peut-être - je le souhaite - uniquement passager. […] Parce qu’on fait tous de notre mieux.

    Et il y a des jours où notre mieux, ça ne suffit pas.

    #éducation #collège #salariat #enseignant·es #BurnOut #conditions_de_travail

  • Le suicide de Christine Renon n’a pas eu l’écho qu’il aurait dû avoir (Slate.fr)
    http://www.slate.fr/story/182301/education-nationale-suicide-lettre-christine-renon-directrice-ecole-souffrance

    Le 21 septembre, une directrice d’école mettait fin à ses jours dans son établissement de Pantin. Trois semaines seulement après la rentrée, elle disait être « épouvantablement fatiguée ».
    […]
    Le texte de Christine Renon décrit par le menu ses journées de travail –faire remonter des informations, organiser mille et une choses– et montre son attachement au travail bien fait, la rigueur et puis le découragement, l’accablement devant l’absurdité de sa tâche. Un texte bouleversant, aussi, par sa fin.
    […]
    Ce genre de témoignage concorde avec ce que disent les spécialistes de la souffrance au travail Christophe Dejours et Vincent de Gaulejac : ce n’est pas le harcèlement ou la quantité de boulot qui détruit les individus, mais l’organisation du travail et le manque d’écoute.
    […]
    La question de la distance entre le travail que l’on pense, que l’on sait devoir faire et la capacité à le faire réellement marque les consciences professionnelles. Quel sens a votre travail si la mission dont vous êtes investi·e vous semble empêchée par les mêmes personnes qui vous ont confié la tâche de la remplir ? Autrement dit : comment s’occuper des enfants quand l’administration vous bombarde de mails et de demandes ?
    […]
    À moins d’être passionné·e par les publications syndicales des enseignant·es ou de vivre avec quelqu’un exerçant le métier, il y a peu de chances pour que le public entende parler de l’effet de ces réformes sur le quotidien des profs, notamment en matière de charge de travail.
    […]
    Ces souffrances et ce manque de moyens de communication prospèrent sur une toile de fond bien particulière. D’abord, celui des mauvaises performances de l’école, jugées comme décevantes au regard du classement PISA ou tout simplement alarmantes, si l’on en croit d’autres études internationales comme Pirls en français ou Timss en mathématiques. Ensuite, le caractère injuste de notre école qui reproduit, on le sait, beaucoup trop bien les inégalités sociales. Ces discours de déploration affectent les profs et les personnels encadrants, qui s’en estiment souvent la cible.
    […]
    Mais le corps enseignant est-il vraiment responsable ? En lisant le nouvel ouvrage dirigé par Bernard Lahire, Enfances de classe, on comprend –si ce n’était pas déjà compris– que la mission de l’école en matière de réduction des inégalités semble être un défi impossible à relever pour les profs. N’attribue-t-on pas malgré tout un peu trop facilement l’échec de l’école aux personnes qui passent leur vie professionnelle au sein de l’Éducation nationale et au contact des élèves, ce qu’elles sont les seules à faire ?
    Cette responsabilité ressentie par les enseignant·es est alourdie par la perception de l’école publique par l’opinion comme une institution qui doit être juste, démocratique et presque réparatrice […]
    Pour le dire autrement, la distance entre l’idéal et le possible constitue pour beaucoup une source de souffrance professionnelle.

    #école #éducation #souffrance_au_travail #salariat #enseignant·es #suicide #réformes #perte_de_sens

  • Directrice d’école à Pantin : « Non, ce n’était pas une personne fragile. Ce n’est pas ça » (Libération)
    https://www.liberation.fr/france/2019/09/27/directrice-d-ecole-a-pantin-non-ce-n-etait-pas-une-personne-fragile-ce-n-

    Cet enseignant s’approche pour témoigner, puis recule à mesure qu’il parle, angoissé à l’idée que sa hiérarchie puisse l’identifier dans l’article. « On a reçu des pressions pour qu’on se taise.
    […]
    « Comment se fait-il que l’institution ne soit pas représentée ce soir ? Comment peuvent-ils considérer que ce suicide ne concerne pas l’institution ? » rage une mère d’élève. Ces derniers jours, la colère est venue se mêler à la tristesse. Une ancienne collègue s’avance avec plus d’assurance : « On ne peut pas laisser dire que c’était une dépressive sans enfant, fragilisée par le décès de ses parents. Non ! Christine, c’était une bonne vivante, une rigolote. Physiquement, c’était un roc. Pas du tout la personne chétive et fragile comme ils essaient de faire croire. Mais alors pas du tout. »
    […]
    Tous décrivent une femme engagée et souriante, qui aimait son travail. […] Une battante du quotidien. […] Combien de fois je l’ai vu acheter avec son argent des fournitures scolaires, fatiguée de réclamer.
    […]
    « Cette lettre. C’est exactement ça. Mot pour mot ce que l’on vit tous », dit une enseignante d’une voix à peine audible. « Ce truc de tout faire pour les élèves, avec de moins en moins de moyens… Nous sommes nombreux à le partager. » Elle se reconnaît aussi dans ce sentiment d’impuissance face aux familles en détresse « qui viennent vous trouver parce que l’école est l’une des dernières institutions. On écoute, mais on est désarmé. On est sans moyens ». Les larmes sont au bord des yeux. « C’est difficile à comprendre de l’extérieur mais son geste, c’est un acte militant. Pour qu’on l’écoute enfin. »

    #école #enseignant·es #salariat #suicide_au_travail #burn_out #PasDeVagues #détresse_sociale

  • Education Nationale : quand le travail pousse au suicide
    https://www.franceculture.fr/societe/education-nationale-quand-le-travail-pousse-au-suicide

    Ce drame illustre la souffrance que vivent de nombreux agents des institutions publiques que ce soit dans l’éducation, à l’hôpital, dans la police, dans le travail social. […] On se suicide dans toutes ces institutions que l’on « modernise » : France Télécom, la SNCF, la RATP, etc.
    […]
    Les réformes successives qui y sont mises en œuvre, cette réorganisation permanente, […] produisent deux effets : premièrement, les agents ont l’impression que ces réformes les empêchent de travailler. Deuxièmement, s’ils se sont investis dans l’éducation, dans la santé ou dans le travail social, c’est parce qu’ils croyaient aux missions de l’institution : une bonne pédagogie, prendre soin des malades, etc. Faire bien son travail c’était correspondre aux valeurs de l’institution. Mais à présent, l’organisation, tous ces nouveaux outils de gestion présentés comme devant améliorer les choses en fait les mettent en difficulté, non seulement les empêchent de travailler, mais leur font perdre le sens du travail et les valeurs qu’ils avaient mis au centre de leur choix professionnel.
    […]
    Mais pour moi, au niveau collectif et politique, l’urgence consisterait à les traiter comme des sujets, non pas comme des objets de réforme, comme des sujets individuellement et collectivement capables d’élaborer des réponses aux problèmes qui sont posés.

    #école #enseignant·es #salariat #suicide_au_travail #burn_out #PasDeVagues #maltraitance #management #organisation_paradoxante

  • Suicide d’une directrice d’école : « Dans sa lettre, elle met des mots sur notre quotidien » (Libération)
    https://www.liberation.fr/france/2019/09/26/suicide-d-une-directrice-d-ecole-dans-sa-lettre-elle-met-des-mots-sur-not

    C’est difficile et beaucoup de collègues craquent. Après la lettre, l’administration a mis en place une soi-disant cellule d’écoute. Les premiers mots étaient pour nous rappeler notre devoir de réserve, de discrétion. En insistant sur le fait que ce courrier était une pièce de justice, qu’il fallait la remettre à la police et ne pas la diffuser. C’est vraiment ça qui compte ? »

    #école #enseignant·es #salariat #suicide_au_travail #burn_out #PasDeVagues

  • Silence, on meurt (Laurence De Cock, Blog Médiapart)
    https://blogs.mediapart.fr/laurence-de-cock/blog/260919/silence-meurt-0

    Et alors la question qui vrille l’estomac plus encore que le dégout est assez évidente : Qu’est-ce qui est suffisamment puissant et froid pour parvenir à éteindre le soleil ?
    […]
    La réponse tient en une phrase : « Je remercie l’institution de ne pas salir mon nom ».

    #école #enseignant·es #salariat #suicide_au_travail #burn_out #PasDeVagues

  • “Et encore je ne vais pas me plaindre”

    La lettre de la directrice qui s’est suicidée sur son lieu de travail ce week-end à Pantin commence par « Aujourd’hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée après seulement trois semaines de rentrée ». Plus loin, on lit « et encore je ne vais pas me plaindre » et son courrier se termine par le souhait que l’Institution ne salisse pas son nom.

    Ce soir j’ai la chiale parce qu’épuisé·es nous le sommes tou·tes à seulement une poignée de jours de la rentrée, parce que comme elle nous aimons notre métier et nous essayons de bien le faire, pire de le faire comme on nous le demande. Jusqu’à l’absurde. Parce le quotidien professionnel décrit dans sa lettre fait écho au nôtre, à celui des autres fonctionnaires qui assurent leurs missions de services publics, notamment auprès des plus fragiles. Et, évidemment, parce qu’il·elles furent en première ligne pour ce qui est de la perte de sens et du management innovant au quotidien des salarié·es du privé, à celles et ceux qui se vendent à la mission, à la journée, à la course, à celles et ceux qui doivent justifier sans cesse de n’avoir pas pu travailler suffisamment pour survivre dignement.

    J’ai la chiale parce que oui, on n’ose plus se plaindre, dire ce qu’on vit, dire l’épuisement, dire la perte de sens, dire ses conditions de travail, publier sa fiche de salaire. Parce que oui, il y a toujours plus précaire, plus pauvre, plus oppressé·e, plus exploité·e. Alors on ferme sa gueule et on dit merci pour le peu qui nous reste, le peu qu’on nous concède jusqu’au prochain coup de rabot.

    J’ai la chiale parce que sa mort est inutile. Tragiquement inutile. Rien ne changera. Parce qu’au mieux, ils nous fileront 300 balles. Brut. À condition qu’on bosse plus en juillet. Ils nous feront un grenelle, un numéro vert, une putain de cellule d’écoute qui n’entendra rien. Rien de la souffrance au travail qui est une souffrance sociale, qui est une souffrance systémique dans un système qui porte un nom : l’ultra-libéralisme autoritaire. Dernier masque du capitalisme qu’on n’ose plus nommer.

    J’ai la chiale parce que sa souffrance sera déchirée par les chiens qu’ils soient éditorialistes appointé·es ou haters des réseaux sociaux, je les entends déjà les « ahah épuisée après 2 mois de vacances, ouhou sur son lieu de travail, quel manque d’éthique… ».

    J’ai la chiale parce que je sais qu’ils ont gagné déjà les managers de l’entreprise France parce que je suis triste au lieu d’être en colère.

    Honte à eux pour ce qu’ils nous font subir.
    Honte à nous de les laisser faire.

    #PasDeVague #SuicideDeProf #SouffranceTravail #salariat

    PS : un compte twitter a commencé le recensement macabre des suicides d’enseignant·es, c’est ici : https://twitter.com/angry_prof39/status/1176381430148083712

  • Les chasses à l’homme

    Chasse aux esclaves fugitifs, aux Peaux-Rouges, aux peaux noires ; chasse aux pauvres, aux exilés, aux apatrides, aux Juifs, aux sans-papiers : l’histoire des chasses à l’homme est une grille de lecture de la longue histoire de la violence des dominants. Ces chasses ne se résument pas à des techniques de #traque et de #capture : elles nécessitent de tracer des lignes de #démarcation parmi les êtres humains pour savoir qui est chassable et qui ne l’est pas. Aux #proies, on ne refuse pas l’appartenance à l’espèce humaine : simplement, ce n’est pas la même forme d’#humanité. Mais la relation de chasse n’est jamais à l’abri d’un retournement de situation, où les proies se rassemblent et se font chasseurs à leur tour.
    Si la chasse à l’homme remonte à la nuit des temps, c’est avec l’expansion du #capitalisme qu’elle s’étend et se rationalise. En Occident, « de vastes chasses aux pauvres concourent à la formation du #salariat et à la montée en puissance d’un pouvoir de #police dont les opérations de traque se trouvent liées à des dispositifs d’#enfermement… Le grand #pouvoir_chasseur, qui déploie ses filets à une échelle jusque-là inconnue dans l’histoire de l’humanité, c’est celui du #capital. »


    https://lafabrique.fr/les-chasses-a-lhomme
    #exploitation #chasse #chasses #chasse_à_l'homme #livre

    En lien avec la question des #migrations, voici le petit extrait du mémoire de master de Sarah Bachellerie (pas encore soutenu), où elle cite le livre de #Grégoire_Chamayou :

    #asile #réfugiés

  • La Democrazia del Reddito Universale

    Come ricordano anche gli altri saggi compresi in questo volume, l’idea di un diritto alla «sussistenza», al «minimo vitale», non è certo nuova. Fu già sostenuta da Russel, dai Fabiani e, andando a ritroso, argomenti in suo favore li ritroviamo in Hegel, in Kant, in Thomas Paine e altri ancora 1 . Si potrebbe anzi affermare che esista un legame profondo tra questa idea e quella di «comunità politica», come già attestavano l’uso dei pranzi in comune nelle antiche Sparta e Atene 2 o l’introduzione della lex frumentaria 3 nella Roma repubblicana. «A tutti i pasti consumati insieme invitiamo la libertà. Il posto rimane vuoto, ma il piatto rimane in tavola», così René Char ricostruisce, richiamando proprio l’antico rito del consumo collettivo di risorse sociali, l’inebriante esperienza, che solo pochi sono riusciti a vivere nel ’900 4 , dell’affacciarsi della libertà in uno spazio pubblico, libertà che finirà poi irrigidita e snaturata nei canali stretti della democrazia parlamentare. Rielaborando questa tradizione «politica» la teoria democratica ha connesso strettamente, sopratutto nel corso degli anni ’70, i concetti di reddito «di base» e di cittadinanza. In una visione lineare e progressiva della citizenship.

    https://www.bin-italia.org/la-democrazia-del-reddito-universale

    Pour télécharger le #livre :


    http://www.bin-italia.org/UP/pubb/Democrazia.pdf

    #revenu_universel #rdb #revenu_de_base #économie #démocratie #travail #post-fordisme #salariat #travail_salarié #temps #citoyenneté

    ping @albertocampiphoto

  • Comment Macron va contraindre les salariés à « capitaliser » leurs retraites en leur laissant croire qu’ils ont le choix.

    Réforme des retraites - Et à la fin, c’est la banque qui gagne | Le Club de Médiapart
    https://blogs.mediapart.fr/ugictcgt/blog/220719/reforme-des-retraites-et-la-fin-cest-la-banque-qui-gagne

    Jean-Paul Delevoye veut donc pousser les salariés à travailler plus longtemps en introduisant un « âge d’équilibre » de départ assorti d’un dispositif de décote/surcote. Les salariés auront donc la liberté d’arbitrer leur départ en retraite, une liberté totalement illusoire, puisque sous contrainte d’une pénalisation financière. Macron qui avait pourtant promis de ne pas toucher à l’âge de la retraite a donc trouvé par ce biais tordu le moyen de reculer l’âge de départ. Pour des générations de salariés nés après 1963, la perspective de la retraite s’éloigne donc aussi sûrement qu’elle l’a fait lors des précédentes réformes dites paramétriques.

    #salariat #retraite #capitalisation #répartition #spoliation

  • Pénurie, punition et privatisation (En Marche dans l’Éducation)

    1000 postes non pourvus dans le 1er degré à la rentrée [1] car depuis quelques années ce métier n’attire plus [2].
    En effet, contrairement à ce qui se dit dans les diners en ville (profs feignants, vacances, etc.), le métier s’est intensifié [3] et a été nettement dévalorisé financièrement [4] comme le montrent les rapports internationaux [5].
    Et quelles sont les décisions de ce gouvernement pour rendre ce métier plus attrayant alors que les conditions de travail se durcissent ?
    –> Punir davantage les enseignant·es en rendant plus difficiles leurs conditions de salarié·es :
    – remettre en place le jour de carence non payé [6]
    – réduire leurs congés d’une semaine [7]
    – faire une réforme des retraites qui les pénalisera fortement [8].

    Une gestion de RH idéologique, anti-profs, absurde.
    Des choix politiques dont l’objectif à court terme est de tuer le mammouth pour laisser le champ libre aux acteurs marchands [9].

    [NB : ce déficit en recrutement sera comblé par l’embauche de vacataires non-formés sur des contrats précaires et moins payés.]
    [Note anti-trolls : Dire cela n’est pas dire que les autres salarié·es ne sont pas impacté·es ni que d’autres métiers ne sont pas pénibles et davantage encore.]

    [1] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/06/26062019Article636971318188510795.aspx
    [2] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/09/10/01016-20140910ARTFIG00404-education-nationale-crise-de-recrutement.php
    [3] http://www.slate.fr/story/106523/prof-sacerdoce
    [4] http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/10/15102012Article634858803492393831.aspx
    [5] https://www.liberation.fr/checknews/2018/09/11/les-profs-francais-sont-ils-moins-bien-payes-que-leurs-homologues-europee
    [6] http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2018/01/17012018Article636517700230222938.aspx
    [7] https://www.humanite.fr/education-blanquer-sen-prend-aux-vacances-des-profs-673818
    [8] https://www.capital.fr/votre-retraite/reforme-des-retraites-ou-en-est-on-aujourdhui-1338441
    [9] http://www.slate.fr/story/77312/privatiser-ecole-france-pas-tout-fait-une-fiction

    #éducation #salariat #enseignant·es #recrutement #précarisation #secteur_marchand

  • La DRH de l’académie de Montpellier : “ Pensez à l’euthanasie si les reconversions ne vous conviennent pas ” (France 3 Occitanie)
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/drh-academie-montpellier-pensez-euthanasie-si-reconvers

    Ces propos ont été tenus sur le ton de l’humour devant un parterre d’une cinquantaine de professeurs de gestion-administration dont les postes devraient disparaître dans la nouvelle réforme. Problème : la scène s’est déroulée au lycée Jean Moulin à Béziers où il y a eu 6 suicides en 11 ans.

    #éducation #salariat #management #EcoleDeLaConfiance

  • Grève du bac, un mouvement social inédit (Revue de presse)

    La perspective de mener un mouvement revendicatif au moment des épreuves du baccalauréat a été longtemps tabou, tant pour les syndicats que pour l’immense majorité des enseignant·es, notamment militant·es. Pour les premiers, ils y voyaient un mode revendicatif condamné à l’impopularité, pour les seconds qui sont souvent parmi les plus impliqué·es pour la réussite des élèves c’était un “crève-cœur” que de l’envisager.

    Cette année le pas a été franchi [1]. D’abord par un appel à la grève de la surveillance parti du terrain et relayé ensuite par des syndicats qui craignaient un décalage avec la base. Ce mouvement a eu peu d’effet car la surveillance a pu être assurée par d’autres personnels de l’Éducation Nationale (hiérarchie locale, administratifs, précaires). Mais il a été l’occasion de mobilisations devant les établissements ou rectorats localement [2]. Les chiffres des grévistes annoncés par le ministère calculés avec une grande mauvaise foi [3] font passer, à tort, une montée forte de l’exaspération pour un mouvement ultra-minoritaire.
    Des appels à la rétention des notes[4], voire à la grève des corrections, remontent maintenant d’AG d’établissements [5][6] et commencent à être repris par certains syndicats, cette étape sera plus difficile à négocier médiatiquement car les effets sur les candidats seront réels.

    D’après les remontés de collègues du secondaire se dessine un mouvement inédit porté par des enseignant·es habituellement peu mobilisé·es et éloigné·es des syndicats. Une "radicalisation" sans doute à associer à la dynamique des "stylos rouges", cousins lointains des "gilets jaunes" [7].

    Les raisons de l’exaspération sont notamment :
    – la perte notable de pouvoir d’achat de la profession sur une génération, et sur la dernière décennie de rigueur budgétaire, associée à un sentiment de déclassement ;
    – Le #ProfBashing permanent des médias et du personnel politique en dépit de conditions de travail ressenties comme de plus en plus dures, ainsi que ce qui s’apparente à la dénonciation incessante de leur incompétence tandis que les rapports internationaux pointent le manque de formation initiale et continue ;
    – le durcissement des conditions sociales (retraites, congés) alors que le métier ne séduit plus et peine à recruter et que les démissions s’envolent.

    [1] Grève du bac : une session 2019 sous tension sans être pour autant menacée (Le Monde)
    https://www.lemonde.fr/education/article/2019/06/14/greve-du-bac-une-session-2019-sous-tension-sans-etre-pour-autant-menacee_547

    A l’appel d’une intersyndicale opposée à la réforme de l’examen, des enseignants n’excluent pas une grève de la surveillance au premier jour des épreuves écrites, lundi 17 juin.

    [2] Le rectorat de Toulouse face aux profs et aux parents (La Dépêche)
    https://www.ladepeche.fr/2019/06/14/le-rectorat-de-toulouse-face-aux-profs-et-aux-parents,8256331.php

    [3] Surveillance du bac : le taux de grévistes était-il de 5,4%, comme le dit le ministère de l’Education nationale ? (France Info)
    https://www.francetvinfo.fr/societe/education/reforme-du-bac/surveillance-du-bac-le-taux-de-grevistes-etait-il-de-5-4-comme-le-dit-l

    La « grève de la surveillance » a débuté le 17 juin, premier jour des épreuves du baccalauréat de l’édition 2019. Le ministère de l’Education nationale reconnaît que son calcul est basé sur l’ensemble des enseignants, même ceux qui ne surveillent pas les épreuves.

    [4] Bac 2019 : Quelle sera l’ampleur du mouvement de rétention des notes par les profs en colère ? (20 minutes)
    https://www.20minutes.fr/societe/2546043-20190622-bac-2019-ampleur-mouvement-retention-notes-profs-colere

    Après la grève de la surveillance le jour de l’épreuve de philo, les profs fourbissent de nouvelles armes. Plusieurs collectifs d’enseignants en colère, qui dénoncent la réforme du lycée, ont appelé leurs collègues à la rétention des notes du bac.

    [5] Comment je me suis « radicalisé » : un professeur de philosophie explique pourquoi il bloquera les notes du baccalauréat (France 3 Occitanie)
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/comment-je-me-suis-radicalise-professeur-philosophie-ex

    Contre la réforme Blanquer, en Occitanie, des professeurs rentrent en désobéissance civile. Ils ont décidé de geler les notes du baccalauréat.

    [6] La grève des examens tourne à celle des corrections (Le Café Pédagogique)
    http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/06/20062019Article636966253952915897.aspx

    [7] Les « stylos rouges » s’inspirent des « gilets jaunes » (Le Figaro)
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/01/03/01016-20190103ARTFIG00230-les-stylos-rouges-s-inspirent-des-gilets-jaunes.p

    Pour séduire davantage le grand public et trouver un second souffle, des enseignants ont créé un collectif de revendications sociales sur Internet… sans leurs syndicats.

    #éducation #enseignant·es #salariat #mouvement_social #baccalauréat

  • La précarité grandit chez les professeurs (L’Humanité)
    https://www.humanite.fr/la-precarite-grandit-chez-les-professeurs-673605

    Le dernier bilan social publié la semaine dernière par le ministère de l’Éducation nationale montre une forte hausse du nombre d’enseignants contractuels et des démissions…

    #éducation #salariat #enseignant·es #précarité #conditions_de_travail

  • En #Belgique aussi, des #Médias sous influence
    https://lemediapresse.fr/international/en-belgique-aussi-des-medias-sous-influence

    En Belgique, aucun milliardaire n’est à la tête des principaux journaux francophones du pays. Pourtant, la majorité des titres de #Presse a tout autant tendance à se ranger du côté de l’ordre établi. Entre emprise de la publicité, précarisation de la profession de journaliste et logiques gestionnaires, tour d’horizon d’un secteur sous influence.

    #International #Arnault #Bolloré #Critique_des_médias #DH #droit_du_travail #oligarques #précarité #salariat #SudPresse #Wallonie