• Larmes de patrons - Coup de gueule Le Hollandais Volant
    https://lehollandaisvolant.net/?d=2022/08/04/13/21/07-larmes-de-patrons

     On est pris en otage" : un directeur de parc d’attractions écœuré par les demandes des saisonniers https://rmc.bfmtv.com/actualites/economie/travail/on-est-pris-en-otage-un-directeur-de-parc-d-attractions-ecoeure-par-les-d

    C’est marrant, car quand les travailleurs se sentaient pris en otage par le marché du travail saturé et contrôlé par les patrons, BFM et TF1 n’en parlait pas. Maintenant que le rapport de force a changé, c’est ouin-ouin matin, midi et soir.

    Voyons ça du point de vue d’un employé lambda :

    Ceux qui viennent travailler chez nous indiquent leurs conditions à leur arrivée

    Oui ça s’appelle un contrat : tu vois, le truc dans lequel les deux partis indiquent leurs conditions, puis signent.
    On vous a dit que c’était un truc écrit par les RH et à faire signer par les employés ? On vous a menti. Bye bye, au suivant !

    On paie au Smic mais avec des qualités de travail exceptionnelles.

    Voyons quel est le problème ? Ah oui : les quatre premiers mots de ta phrase.
Parce qu’EDF, Orange, Free, Suez, etc. s’en branlent de l’ambiance à ton travail : ce qu’ils veulent c’est qu’on leur paye les factures. Or, c’est pas une bonne ambiance qu’on paye ça, mais avec une partie du salaire.


    Et comme les prix augmentent mais pas le smic, bah les gens vont là où on paye autre chose que le smic.
… et si t’es obligé de fermer, car tu peux pas faire tourner la boutique, désolé pour toi, mais c’est que ton business pue la merde d’un point de vue économique. C’est tout.

    Il y a une bonne ambiance et ceux qui viennent une première saison, reviennent en général d’année en année

    Visiblement pas, car sinon tu serais pas plus en manque cette année que l’an dernier. Et puis franchement, quand vous les patrons faites des vérifications de références sur un CV en contactant les anciens employeurs, bah nous on fait pareil. Une boîte qui paye pas, ou une boîte où les conditions sont merdiques, ça se sait très vite. Et ça marche aussi dans l’autre sens : une boîte qui est prête à payer pour recruter ça se sait également.

    "Avant de commencer ils demandent des jours de congés. Quand on signe un contrat de travail, ils s’en foutent, ils n’ont aucun devoir. Ils viennent deux jours et ne viennent plus sans prévenir. La personne qui signe un contrat de travail en tant que salarié n’a aucun devoir. Il n’a aucune valeur juridique, les gens font ce qu’ils veulent de leur contrat de travail. On est pris en otage.

    Oui ça s’appelle la période d’essai. Tu sais, le truc que tu utilises (toi et tes potes patrons) pour jarter les employés du jour au lendemain.
Autrement tu racontes absolument n’importe quoi. Le contrat est un contrat pour les deux parties et ça a une valeur, justement.

    La première année, vous êtes payés au Smic. La deuxième vous avez 100 euros de plus et encore 100 euros la troisième.

    Bravo ! au train où vont les choses, ça n’est pas une augmentation, ça, c’est juste le SMIC qui suit l’inflation.

    On a une fidélisation pour ceux qui sont venus une première fois et on l’esprit du travail. Vous avez également plus de responsabilités", explique-t-il.

    On a plus de responsabilités. Ok, donc ça mérite un salaire plus élevé, si ne me trompe pas. Du coup la hausse de 100€ dont tu parles, c’est pour les responsabilités en plus ? la fidélité ? ou ton bon cœur ? Un choix possible parmi les trois.

    Car si tu veux la jouer « chuis sympa, je récompense les fidèles et le travail en plus », c’est 3×100 € qu’il faut donner.

    Mais c’est difficile de donner à un jeune de 16-17-18 ans plus que le Smic alors qu’il ne connaît pas du tout le travail

    Très juste.
C’est pour ça qu’il existe l’intérim et la période d’essai.
De là, l’augmentation c’est pas au bout d’un an qu’il faut la donner : c’est au bout d’une semaine. Tu serais surpris de constater où ça mène de récompenser les efforts.

    Enfin ça c’est si on est un formateur, un chef d’équipe. C’est sûr que si t’es un pingouin qui fait du Power-Point / Excel huit heures par jour dans un bureau sans voir qui fait quoi dans ton entreprise, c’est plus difficile de repérer les bons éléments et les branleurs.

    Le rapport s’est inversé" ", déplore Vincent Humbert.

    You goddamn right !

    Comme j’ai dit, quand les travailleurs gueulaient vous n’avez pas voulu écouter. Vous vous êtes même foutus de nous.

    La fête est finie maintenant : vous partagez ou vous crevez.

    Ah et dernière chose : si vos employés se barrent, c’est généralement qu’ils se barrent ailleurs, parce que ailleurs ça paye mieux. Ils traversent des rues, comme Manu leur a dit de faire, tu vois ?

    Ça veut donc dire qu’il existe des patrons qui eux sont moins cons et payent correctement. Je me répète, mais : vous partagez ou vous crevez. Et si c’est pas possible, je me répète encore, c’est que ton business pue et que t’es pas à la hauteur.

    #salarié #salariat #salaires #intérim #business #France #contrat #rh

  • #salariat #esclave #domination #prolétariat #capitalisme #émancipation #anarchisme #anticapitalisme #autogestion

    ★ ESCLAVES SANS CHAÎNES, MAIS ALIÉNÉS

    « L’esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié. » George BERNARD SHAW

    « La conscience de sa propre condition d’esclave est difficile à connaître tant on nous explique et on nous conditionne, au sein de leurs institutions, à penser que nous serions des citoyens et travailleurs libres. Ce système de propriété absolue, organise le fait qu’on ait à vendre notre force de travail physique ou intellectuelle contre de l’argent, et que si vous refusez, vous vivrez dans la misère. Ce système politique organise des élections pour qu’on ait à croire que nous sommes libre, et que si vous n’y participez pas, c’est que vous êtes contre la démocratie (...) »

    https://www.socialisme-libertaire.fr/2022/09/esclaves-sans-chaines-mais-alienes.html

    L’esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié. « La conscience de sa propre condition d’esclave est difficile à connaître tant on nous explique et on nous conditionne, au sein de leurs institutions,...

    ★ POUR EN FINIR AVEC LE SALARIAT, GESTION DIRECTE DE NOS ACTIVITÉS :

    https://www.socialisme-libertaire.fr/2015/08/pour-en-finir-avec-le-salariat-gestion-directe-de-nos-activite

    ★ LE SALARIAT DE KROPOTKINE :

    https://www.socialisme-libertaire.fr/2017/09/le-salariat-de-pierre-kropotkine.html

    ★ LE SALARIAT, C’EST LE VOL :

    https://www.socialisme-libertaire.fr/2017/05/le-salariat-c-est-le-vol.html

  • Non, l’automatisation ne fera pas disparaître le travail. Entretien avec J. S. Carbonell – CONTRETEMPS
    https://www.contretemps.eu/automatisation-travail-machines-industrie-entretien-carbonell

    David Broder – Votre travail résiste à l’idée que nous assistons à un « grand remplacement technologique » du travail humain. Pourquoi ? Et qu’est-ce que les caisses automatiques nous apprennent à ce sujet ?

    Juan Sebastián Carbonell – D’abord, parce que c’est faux ; le remplacement technologique n’a pas lieu. Je prends l’exemple des caisses automatiques, car il y a eu une controverse en France au début des années 2000. La CFDT (Confédération française démocratique du travail) a fait campagne contre elles, en disant qu’elles allaient remplacer les caissières des supermarchés. Les syndicats sont parfois eux-mêmes victimes de cette illusion : la mythologie capitaliste du « grand remplacement » du travail par les machines. Pourtant, vingt ans après leur introduction, les caisses automatiques ne sont présentes que dans 57% des supermarchés en France, et là où elles sont présentes, elles s’ajoutent, et ne remplacent pas, les caisses conventionnelles avec des caissières humaines. Elles ne sont pas non plus toujours aussi automatiques : il y a toujours des caissiers pour surveiller et aider les clients, même si leurs tâches ont changé.

    Le livre tente donc de remettre en question ce sens commun. Pour moi, le problème de la transformation du travail aujourd’hui n’est pas tant que les nouvelles technologies pourraient éventuellement remplacer les travailleur.euse.s, mais qu’elles sont utilisées pour dégrader les conditions de travail, faire stagner les salaires et mettre en place une flexibilisation majeure du temps de travail.

    #travail #salariat #automatisation #machines #capitalisme #délocalisations #livre

  • BALLAST • Un syndicat chez Amazon : comment la gauche doit s’ancrer dans le monde du travail
    https://www.revue-ballast.fr/un-syndicat-chez-amazon-comment-la-gauche-doit-sancrer-dans-le-monde-d

    Fin mars der­nier, les tra­vailleurs et les tra­vailleuses d’un entre­pôt Amazon se pro­non­çaient, à New York, pour ou contre leur rat­ta­che­ment à une orga­ni­sa­tion syn­di­cale. Le ver­dict, favo­rable, a été ren­du public le 1er avril : une pre­mière au sein de l’en­tre­prise de com­merce en ligne, qui n’a pas man­qué de faire part de sa « décep­tion ». Ladite orga­ni­sa­tion — l’ALU — avait vu le jour un an plus tôt, en pleine pan­dé­mie. Le suc­cès de cette cam­pagne syn­di­cale montre de quelle façon la gauche anti­ca­pi­ta­liste pour­rait par­ve­nir à construire un pou­voir populaire de masse : en s’an­crant bien davan­tage sur les lieux de tra­vail. C’est ce qu’avancent les trois auteurs de cet article que nous tra­dui­sons, Costas Lapavitsas, Madhav Ramachandran et Yannis Bougiatiotis. « Le tra­vail sala­rié reste le fon­de­ment de la socié­té capi­ta­liste. La régé­né­ra­tion de la gauche doit être basée sur le ren­for­ce­ment de liens qui se sont effi­lo­chés avec la classe ouvrière. » Une réflexion à mener, pour­suivent-ils, aux États-Unis comme ailleurs.

    #salariat #précariat #travail #syndicalisme #classe_ouvrière

  • Activision Blizzard is making over a thousand QA contractors full-time employees
    https://www.gamedeveloper.com/culture/activision-blizzard-is-making-over-a-thousand-qa-contractors-full-tim

    Activision Blizzard has announced that approximately 1,100 QA contractors are being converted to full-time roles, following a turbulent year that both saw contractors speaking out about poor working conditions at the company and a unionization push by QA workers at subsidiary studio Raven Software.

    According to an Activision Blizzard spokesperson, both Activision Publishing and Blizzard Entertainment are at the heart of this push. All QA contractors in the United States will be converted to full-time status, and the minimum hourly rate for these roles will be increased to $20/hour.

    #jeu_vidéo #jeux_vidéo #ressources_humaines #qa #assurance_qualité #emploi #syndicalisme #activisionn_blizzard #activision_publishing #blizard_entertainment #contractuels #salariat #salaire #raven_software #josh_taub #mike_ybarra #microsoft #rachat #california_department_of_fair_employment_and_housing #national_labor_relations_board

  • #Tribune. Avec ou sans papiers, les #livreurs veulent faire respecter leurs #droits

    Alors que s’ouvre ce 8 mars, le #procès de #Deliveroo pour #travail_dissimulé, des travailleurs #sans-papiers prennent la parole pour « s’associer à ces attaques en #justice ». Ils demandent « le #salariat et le #contrôle_des_données par ceux qui les produisent en pédalant, et non par ceux qui les minent depuis les ordinateurs. »

    Nous avons appris que des procès étaient en cours ou avaient eu lieu, en France et en Europe, contre #Uber, Deliveroo, #Frichti, #Stuart et d’autres. Un grand procès contre Deliveroo pour travail dissimulé s’ouvrira au printemps 2022 à Paris. Nous avons appris qu’un des enjeux de ces procès était de demander la #requalification d’#auto-entrepreneur en #salarié.

    Le travail à la tâche, le contrôle permanent des GPS et des plateformes, les temps d’attente et de déplacement non-payés, les équipements pour travailler (vélo, tenue, téléphone, électricité…) à la charge des livreurs, les baisses des revenus de livraisons, les accidents non-couverts : nous ne les acceptons pas. Des livreurs sont blessés dans des #accidents de vélo, certains sont morts, sans contrat de travail, sans protection sociale, sans indemnisation, ni couverture des frais médicaux.

    Nous avons également appris que, plus que notre force de pédalage, c’était nos données numériques qui avaient de la valeur. Nous savons que l’utilisation de ces données par les plateformes peut être jugée illégale. Nous avons lu l’article 22 du Règlement Général de Protection des Données : « La personne concernée a le droit de ne pas faire l’objet d’une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, y compris le #profilage, produisant des effets juridiques la concernant ou l’affectant de manière significative de façon similaire ». L’#automatisation des #suppressions_de_comptes peut être et a déjà été jugée illégale en France et en Europe.

    Nous voulons nous associer à ces attaques en justice qui demandent le salariat et le contrôle des données par ceux qui les produisent en pédalant, et non par ceux qui les minent depuis les ordinateurs.

    Mais il nous faut, avant, préciser que notre situation, est à la fois liée et différente. L’#exploitation qui a cours avec les sans-papiers n’est pas qu’une intensification de l’exploitation en général. C’est aussi un autre métier que nous faisons en n’ayant aucun droit.

    Les #plateformes nous mettent en concurrence, entre ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas. Nous sommes accusés de faire baisser les prix. Diviser pour mieux régner. Nous plaidons pour les luttes et rapports de force avec les plateformes se pensent et s’organisent entre travailleurs, avec et sans papiers.

    La situation est connue mais on préfère la rappeler :

    Une fois que tu as attendu trente minutes pour recevoir une commande, que tu sais que ton propriétaire de compte attend son argent (environ un prélèvement de 30% des revenus bruts), tu es obligé d’accepter tous les genres de commandes, la première qui arrive, même si c’est pour deux euros, même si tu ne comprends pas pourquoi ce prix dérisoire, qu’il pleut et que le client habite loin.

    Nous savons que les plateformes rétorquent que ce n’est pas de leur faute si des personnes sous-louent leurs comptes à des sans-papiers. Des voix s’élèvent pour demander des contrôles plus importants dans l’accès aux #comptes. Mais nous savons aussi que cet ordre arrange les plateformes et l’État : une main d’œuvre aussi corvéable, ça ne se trouve pas si facilement.

    Le problème est d’abord celui de la création légale de sans-papiers. Personne ne peut vivre sans droits dans ce monde, à part pour être gravement exploité.

    Dans les procès, les livreurs disent qu’ils ne sont pas leurs propres patrons, qu’il existe un #rapport_de_subordination entre eux et les plateformes.

    Dans notre cas, nous pourrions dire que nous avons cinq patrons : les sociétés des plateformes ; les clients ; les restaurants ; le propriétaire du compte ; et la Préfecture.

    Il faut vraiment savoir que tout le monde fait semblant : l’Obligation à Quitter le Territoire Français, délivré par les Préfectures, n’est pas qu’une décision qui vise à nous expulser, c’est un permis de travailler sur le vélo clandestinement. Régulièrement, nous livrons des repas aux policiers à l’hôtel de police. Pendant le confinement, nous faisons partie des seules personnes qui avaient le droit de circuler dans la ville pour livrer, nous, ceux qui avons le moins le droit de circuler par ailleurs, ou seulement pour être expulsés.

    Le 24 novembre 2021, nous, livreurs avec et sans papiers, avons fait grève tout le jour à Grenoble. Nous allons recommencer.

    Nous voulons créer des contentieux en droit du travail et aussi pour avoir accès à nos données. Les soutiens syndicaux, juridiques, sociaux, informatiques s’organisent. Nous les appelons aussi par cette tribune. Nous collectons nos propres données informatiques et les étudions : nous appelons à nous réapproprier les chiffres que les plateformes génèrent.

    Si des restaurants et des clients faisaient grève avec nous, simplement arrêter les smartphones un temps, se déplacer pour aller chercher un repas, en solidarité des revendications de transformations des conditions de travail et de régularisations, que se passerait-il ?

    Signataires :

    Laye Diakité, Pathé Diallo, Saâ Raphaël Moundekeno, Mohamed Traoré, co-auteurs.

    avec Sarah Mekdjian et Marie Moreau.

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/080322/avec-ou-sans-papiers-les-livreurs-veulent-faire-respecter-leurs-droi

    • Nous voulons créer des contentieux en droit du travail et aussi pour avoir accès à nos données. Les soutiens syndicaux, juridiques, sociaux, informatiques s’organisent. Nous les appelons aussi par cette tribune. Nous collectons nos propres données informatiques et les étudions : nous appelons à nous réapproprier les chiffres que les plateformes génèrent.

      #data

  • "Big quit" ou grande démission : la France contaminée à son tour ? Nathalie Jourdan - latribune.fr
    https://www.latribune.fr/carrieres/recrutement/big-quit-ou-grande-demission-la-france-contaminee-a-son-tour-905363.html

    Le phénomène que les Américains appellent "big quit" ou "great resignation" semble se propager en France, bien que dans des proportions moindres. Décryptage avec des chercheurs de l’EM Normandie qui se sont emparés du sujet.


    Le ministère du travail a comptabilisé plus de 620.000 démissions ou ruptures conventionnelles au troisième trimestre 2021 (Crédits : Shutterstock)

    Le ministère du travail a comptabilisé plus de 620.000 démissions ou ruptures conventionnelles au troisième trimestre 2021 (Crédits : Shutterstock)
    Le virus du big quit (la grande démission en français), qui frappe les Etats-Unis depuis la reprise fulgurante post-Covid, aurait-il traversé l’Atlantique ? Il est sans doute trop tôt pour l’affirmer avec certitude. Il n’empêche. Les statistiques qu’ont compilé six chercheurs ( Jean-Denis Culie, Jean-François Garcia, Vincent Meyer, Xavier Philippe, Thomas Sorreda, Luc Tessier : enseignants chercheurs en gestion des ressources humaines et sociologie du travail ) de l’EM Normandie posent question. Jamais en effet la DARES qui monitore le marché de l’emploi pour le compte du ministère du Travail n’avait enregistré une telle vague de démissions et de ruptures conventionnelles comme l’illustre les courbes verte et rouge du schéma ci-dessous.

    Qu’on en juge. Au troisième trimestre 2021 (données les plus récentes), elle en a comptabilisé 620.000, soit plus de 60.000 démissions de plus qu’à la même période de l’année dernière. La poussée a été particulièrement forte au mois de juillet où la hausse a tutoyé les 20%.

    Dans ces conditions, faut-il parler d’une grande démission à la française ? « Pour l’instant, le phénomène ne concerne que 6% de la population active contre 23% aux Etats-Unis, tempère Vincent Meyer, docteur en science de gestion et enseignant-chercheur à l’EM. « Néanmoins, c’est suffisamment significatif pour mériter attention ».

    Selon le groupe d’experts normands, la reprise vigoureuse du marché du travail ne suffit pas à expliquer le niveau sans précédent des départs. Eux y voient aussi la marque d’une déconnexion croissante entre les aspirations des salariés et les contraintes que leur impose leur hiérarchie.

    Employeur et salariés dans une relation consumériste
    « Les salariés questionnent de plus en plus le sens de leur travail et les modèles managériaux classiques proposés par leurs entreprises », notent-ils dans les premières conclusions de leur étude qui sera finalisée en juin. Le constat rejoint d’ailleurs celui du cabinet américain Cengage Group pour qui l’immense majorité des démissions résulte soit d’un épuisement professionnel, soit d’un manque de soutien managérial.

    Pour Vincent Meyer, le phénomène se cristallise à la faveur de « la taylorisation du travail dans le secteur tertiaire » (Orpea en étant un bon exemple) mais aussi des nouvelles approches des entreprises en matière de ressources humaines. « Le marketing RH se généralise, on parle maintenant d’expérience collaborateur. Cela a pour effet d’installer un rapport consumériste avec les salariés qui adoptent à leur tour une posture consumériste ».

    Gare au social washing
    Dès lors, quelles solutions les entreprises peuvent-elles adopter pour faire face au phénomène ? A entendre les chercheurs de l’EM, les augmentations de salaires ou le développement des marques employeurs ne suffiront pas à fidéliser les salariés. PME comme grands groupes n’échapperont pas à une remise en question. « Le véritable défi est de repenser les modèles managériaux en donnant plus de temps et d’autonomie aux collaborateurs pour permettre des relations humaines plus authentiques au travail », recommandent-ils.

    Mais gare au social washing, prévient Vincent Meyer. L’autonomie ne doit pas rester une promesse sans lendemain. « A quoi sert d’inviter les salariés à se déconnecter si on leur envoie des mails après 21h ou si on leur impose des tunnels de réunions Zoom lorsqu’ils sont en télétravail ? ». Bonnes questions, big quit ou pas.
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     #management #travail #surveillance #santé #france #capitalisme #covid-19 #économie #coronavirus #harcèlement #démissions #Salariat #entreprise #violence

  • FAG. Les mains dans l’asso - RADIORAGEUSES
    http://www.radiorageuses.net/spip.php?article1237

    Cette émission est née d’un atelier autour du travail associatif qui a eu lieu aux Rencontres des Radios Libres de l’été 2020. [...]

    On a participé à un atelier proposé par Flo. Le thème, on vous le donne en mille c’était… le travail associatif !

    Tou.tes les trois, on a en commun d’avoir travaillé ou d’avoir envie de travailler dans le milieu associatif, et surtout de faire de la radio dans des radios associatives.

    On avait envie de faire un compte-rendu de cet atelier qui a de la gueule.
    Parce qu’on évolue dans des milieux anarchistes ou d’extrême gauche où une des bases est l’abolition du salariat, ce qui laisse peu de place pour penser le travail quand on y est confronté ;
    parce qu’on est tou.tes les trois précaires, et que parfois on a besoin de thunes ;
    parce qu’on est tou.tes les trois en lutte contre ce monde de merde, et que travailler dans des assos, ça nous parait souvent moins pire que travailler ailleurs, parce que parfois on en doute ;
    parce que certaines d’entre nous ont eu de sales expériences de salariées associatives ; parce que tou.tes on a des gens autour de nous pour qui le travail associatif c’est la cata ;
    parce qu’on a tou.tes les trois envie de questionner les contextes dans lesquels on vit ; parce que touts les trois on est impliqué.es dans des radios associatives avec des salarié.es et qu’on peut pas vraiment ignorer ce qui s’y passe.

    https://rdzh.poivron.org/210208_FAG_travail-associatif_radio.mp3

    #audio #radio #association #associatif #travail #salariat #capital

  • La garantie d’emploi, un outil au potentiel révolutionnaire | Romaric Godin
    http://www.contretemps.eu/chomage-economie-garantie-emploi-depassement-capitalisme

    L’ouvrage de Pavlina Tcherneva qui inaugure la collection « Économie politique » avance une proposition qui peut paraître a priori insensée : fournir à tous les citoyens qui le souhaitent un travail rémunéré, permettant de vivre décemment. Tout l’intérêt de son propos est de montrer que, précisément, cette proposition n’a rien d’insensé, mais qu’elle est parfaitement réalisable pour peu que l’on se libère de certaines certitudes qui ne sont que des constructions politiques. L’idée que le chômage soit le mode d’ajustement « normal » de l’économie est déjà un choix politique remarquablement déconstruit par l’autrice. Source : (...)

  • Droit du travail : un chauffeur Uber requalifié en « salarié »
    http://www.bonnes-nouvelles.be/site/index.php?iddet=2849&id_surf=&idcat=305&quellePage=999&surf_lang=fr

    Je me sens comme un esclave : je travaille de longues heures chaque jour, sous les ordres d’une application, mais je n’ai pas de quoi me payer un salaire à la fin du mois. » Guillaume* est chauffeur indépendant, ou « limousine » comme on dit chez Bruxelles Mobilité, où il a obtenu sa licence il y a un peu plus de deux ans. Depuis novembre 2018, il « collabore » avec Uber, qui organise le transport rémunéré de citadins dans la capitale et un peu partout dans le monde. À ce stade, il n’a « plus rien à (...)

    #Uber #procès #législation #conducteur·trice·s #GigEconomy #travail

    • Je me sens comme un esclave : je travaille de longues heures chaque jour, sous les ordres d’une application, mais je n’ai pas de quoi me payer un salaire à la fin du mois. »

      Guillaume* est chauffeur indépendant, ou « limousine » comme on dit chez Bruxelles Mobilité, où il a obtenu sa licence il y a un peu plus de deux ans. Depuis novembre 2018, il « collabore » avec Uber, qui organise le transport rémunéré de citadins dans la capitale et un peu partout dans le monde. À ce stade, il n’a « plus rien à perdre », nous explique-t-il. « Mais peut-être, quelque chose à gagner ». À savoir : devenir salarié de la multinationale.

      Début juillet, Guillaume a introduit une demande de qualification de sa relation avec la plateforme d’origine américaine auprès de la Commission administrative de règlement de la relation de travail (CRT). Quand la nature de votre relation avec votre donneur d’ordre ou votre employeur vous apparaît comme suspecte, cet organe est là pour analyser votre cas et décider, si au regard de la législation locale, vous êtes salarié ou indépendant.

      « Je ne gagne pas ma vie décemment »

      Guillaume, sur papier, appartient à la seconde catégorie de travailleurs (les deux seules existant en droit du travail belge). Il a enregistré une société en personne physique, son véhicule lui appartient, il a obtenu seul les autorisations nécessaires pour exercer son métier. « Avec Uber, je ne connais que les inconvénients de ce statut, en aucun cas les avantages. Je ne gagne de toute façon pas ma vie décemment, donc j’ai décidé d’aller jusqu’au bout », poursuit le trentenaire.

      Une démarche concluante puisque Le Soir a appris que la CRT lui avait donné raison à travers une décision longue de 12 pages rendue le 26 octobre dernier : Uber est bien, selon la Commission qui dépend du SPF Sécurité sociale, l’employeur de Guillaume. Précisément, la CRT conclut après un examen approfondi que « les modalités d’exécution de la relation de travail sont incompatibles avec la qualification de #travail_indépendant ».

      Pour aboutir à cette conclusion – la question est épineuse et fait débat dans bon nombre de pays européens ainsi qu’aux États-Unis (lire ci-contre) –, plusieurs éléments contractuels ont été analysés. Notamment ceux qui concernent la #liberté_d’organisation_du_travail et d’organisation du #temps_de_travail de Guillaume, deux démarches inhérentes au #statut_d’indépendant. Deux leitmotivs aussi utilisés par Uber depuis son lancement : l’entreprise estime, en effet, que la #flexibilité de ses chauffeurs ainsi que leur #liberté de prester quand ils le souhaitent et pour qui ils le souhaitent est à la base de sa « philosophie ».

      « Je ne peux pas refuser une course »

      « La réalité est bien différente », détaille Guillaume. « Uber capte quasi tout le marché à Bruxelles et, si je suis connecté à l’#application, je n’ai pas le #droit_de_refuser une course. Si je le fais, Uber abaisse ma “#cotation”. Si je le fais trois fois de suite, Uber me vire », détaille Guillaume. Qui précise qu’il lui est également impossible de jongler entre plusieurs plateformes. « Si je suis sur deux applications et que j’accepte une course pour un autre opérateur et qu’Uber me demande d’être disponible, je suis obligé de refuser la course. Au final, comme expliqué, cela me porte préjudice. »

      Guillaume, en outre, ne connaît pas son itinéraire avant d’accepter de prendre en charge un client. « On peut m’envoyer à 10 kilomètres. Soit un long trajet non rémunéré pour un trajet payé de 1.500 mètres. » S’il choisit de dévier du chemin imposé par la plateforme, par bon sens ou à la demande d’un client pressé, le chauffeur se dit également régulièrement pénalisé. Chez Uber, le client est roi. Quand ce dernier commande une course, l’application lui précise une fourchette de #prix. « Évidemment, si je prends le ring pour aller jusqu’à l’aéroport, le prix de la course augmente car le trajet est plus long, mais le client peut très facilement réclamer à Uber la différence tarifaire. Même s’il m’a demandé d’aller au plus vite. » Dans ce cas de figure, la différence en euros est immédiatement déduite de la #rémunération de Guillaume.

      La CRT estime que le chauffeur ne peut pas influer sur la manière dont Uber organise un #trajet, qu’il « n’a aucune marge de manœuvre quant à la façon dont la prestation est exercée. (…) En cas de non-respect de l’#itinéraire, si le prix de la course ne correspond pas à l’estimation, il peut être ajusté a posteriori par Uber, le passager peut alors obtenir un remboursement mais le chauffeur ne sera payé que sur base du prix annoncé à ce dernier. (…) A aucun moment, un dialogue direct entre le chauffeur et le passager n’est possible. (…) De telles modalités obligent le chauffeur à fournir une prestation totalement standardisée. »

      Un chantier dans le « pipe » du gouvernement

      Guillaume n’est pas naïf, ses représentants qui l’ont accompagné dans la démarche administrative – le syndicat CSC via sa branche dédiée aux indépendants #United_Freelancers et le collectif du secteur des taxis – ne le sont pas non plus. Il sait que l’avis de la CRT est « non contraignant » pour Uber mais qu’elle a de lourdes implications pour son cas personnel. À moins d’être requalifié comme « salarié » par l’entreprise elle-même (un recommandé a été envoyé à ce titre aux différentes filiales impliquées en Belgique), il ne peut désormais plus travailler pour Uber.

      De son côté, Uber explique qu’il « n’a pas encore pas encore reçu le point de la vue de la CRT » mais qu’il « estime que la justice bruxelloise a déjà tranché en 2019 le fait que ses chauffeurs étaient indépendants » (un procès a opposé l’entreprise au secteur des #taxis et lui a donné raison, mais ce dernier a fait appel et le jugement n’a pas encore été rendu). La société américaine pourrait d’ailleurs attaquer la décision en justice. L’anglaise #Deliveroo avait opté pour cette démarche en 2018 après que le même organe a acté en 2018 qu’un de ses #coursiers indépendants était en réalité salarié de la plateforme (l’audience aura lieu en septembre de cette année).

      « Notre priorité est de faire réagir les autorités. Uber, comme d’autres plateformes, doit occuper ses travailleurs selon une qualification conforme à la réalité du travail. Soit les #prestataires sont véritablement indépendants et devraient, dès lors, pouvoir fixer leurs prix, leurs conditions d’intervention, choisir leurs clients, organiser leur service comme ils l’entendent… Soit Uber continue à organiser le service, à fixer les prix et les règles, à surveiller et contrôler les chauffeurs, et ceux-ci sont alors des travailleurs salariés », cadrent Martin Willems, qui dirige United Freelancers et Lorenzo Marredda, secrétaire exécutif de la CSC Transcom.

      Au cabinet du ministre en charge du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS), on confirme avoir déjà analysé les conclusions de la CRT et la volonté de débuter rapidement un chantier sur le sujet avec les partenaires sociaux. « Nous allons nous attaquer à la problématique des #faux_indépendants des #plateformes_numériques, comme décidé dans l’accord de gouvernement. L’idée est bien d’adapter la loi de 2006 sur la nature des #relations_de_travail. Cela pourrait passer par une évaluation des critères nécessaires à l’exercice d’une #activité_indépendante, par un renforcement des critères également. Mais il s’agit évidemment d’une matière qui doit être concertée », précise Nicolas Gillard, porte-parole.

      * Le prénom est d’emprunt, les décisions de la CRT sont anonymisées quand elles sont publiées.

      Des pratiques désormais similaires chez les taxis

      A.C.

      Selon le collectif des Travailleurs du taxi et la #CSC-Transcom, les problèmes constatés chez Uber sont actuellement également une réalité chez d’autres acteurs du secteur, en l’occurrence les #centrales_de_taxis. « Les taxis indépendants sont très dépendants des centrales. Et depuis leur #numérisation, il y a vraiment un glissement des pratiques. Les chauffeurs de taxi indépendants ne savent pas non plus où on les envoie avant d’accepter une course », explique Michaël Zylberberg, président du collectif. « La dernière version de l’application #Taxis_Verts est un clone de celle d’Uber. Au début, il y a cette idée de #concurrence_déloyale mais, comme le problème n’a pas été réglé, les centrales tendent à copier les mauvaises habitudes des plateformes. Cela est très inquiétant pour les travailleurs, qui perdent progressivement leur #autonomie », ajoute Lorenzo Marredda, secrétaire exécutif de la CSC-Transcom.

      Des décisions dans d’autres pays

      Mis en ligne le 13/01/2021 à 05:00

      Par A.C.

      Lors de son introduction en Bourse en 2019, Uber expliquait collaborer avec 3 millions de chauffeurs indépendants dans le monde. Fatalement, face à une telle masse de main-d’œuvre, qui se plaint souvent de #conditions_de_travail et de #rémunération indécentes, procès et interventions des législateurs ponctuent régulièrement l’actualité de l’entreprise. Ces derniers mois, trois décisions retiennent particulièrement l’attention.

      En #Suisse

      Plusieurs cantons sont en plein bras de fer avec la plateforme américaine. A #Genève et à #Zurich, les chauffeurs Uber sont désormais considérés comme des salariés. Les caisses d’#assurances_sociales réclament des sommes très importantes à l’entreprise, qui refuse jusqu’à présent de payer les #cotisations_sociales employeurs réclamées.

      En #France

      La# Cour_de_cassation a confirmé en mars dernier que le lien entre un conducteur et l’entreprise est bien un « #contrat_de_travail ». Les arguments utilisés se rapprochent de ceux de la CRT : la plus haute juridiction du pays a jugé que « le chauffeur qui a recours à l’application Uber ne se constitue pas sa propre clientèle, ne fixe pas librement ses tarifs et ne détermine pas les conditions d’exécution de sa prestation de transport ». Une #jurisprudence qui permet d’appuyer les demandes de #requalification des chauffeurs indépendants de l’Hexagone.

      En #Californie

      Une loi contraint, depuis le 1er janvier 2020, Uber et #Lyft à salarier ses collaborateurs. Les deux entreprises refusant de s’y plier ont investi environ 200 millions de dollars pour mener un référendum citoyen sur la question qu’ils ont remporté en novembre dernier, avec un texte baptisé « #proposition_22 ». Qui introduit pour les dizaines de milliers de chauffeurs concernés un #revenu_minimum_garanti et une contribution à l’#assurance_santé.

      #néo-esclavage #ordres #Bruxelles_Mobilité #sous-traitance #travailleur_indépendant #salariat #salaire #Commission_administrative_de_règlement_de_la_relation_de_travail (#CRT) #Belgique #droit_du_travail

  • Non, le patronat en France n’est pas composé majoritairement de petits entrepreneurs qui galèrent
    FRUSTRATION : https://www.frustrationmagazine.fr/mythe-petit-patronat
    https://lh6.googleusercontent.com/T1LOh049at1tPgY-SxZ8F9TR6WMO2zFcuLDy-ylGNncnpiLxo8EjLvpOIef4q

    Non, l’emploi du secteur privé n’est pas concentré sur les petites structures, au contraire : les grosses entreprises (plus de 5000 salariés) concernent plus de monde que les TPE-PME (de 1 à 500 salariés). En France, selon l’INSEE, près de la moitié des salariés travaillent pour des entreprises comptant plus de 250 salariés (voir le schéma ci-dessous). On est loin du bistrot du coin de la rue… En France, 243 grandes entreprises (c’est à dire de plus de 5000 salariés) embauchent à elles seules 30% des salariés ! Quand Muriel Pénicaud et avant elle Myriam El Khomri racontent que leurs lois réduisent le Code du travail pour les petits patrons angoissés qui galèrent, elles oublient de dire que les 243 plus grosses entreprises de France vont aussi recueillir les fruits de leurs œuvres.

    En dehors de ces 243 géantes, la France n’est pas constituée d’une masse de petits boulangers, coiffeuses et restauratrices endettées qui triment pour offrir un emploi au reste des gens, loin de là. La répartition est la suivante : les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI, de 250 à 4999 salariés) représentent 23,7% de l’emploi et les PME (Petites ou Moyennes entreprises, moins de 250 salariés) embauchent 28,8% des salariés. Enfin, 19,9% des salariés français travaillent pour une micro-entreprise (moins de 10 salariés) : deux tiers de ces micro-entreprises n’ont aucun salarié, formant une masse de gens qui sont leurs propres employeurs. Ces “auto-entrepreneurs” constituent une entreprise seulement de manière juridique, alors qu’ils subissent le même lien de subordination que les salariés, sur les plateformes Uber ou Deliveroo par exemple. Ils n’ont ainsi aucun attribut du patronat et leur situation peut se révéler très précaire.

    #salariat #précariat #patronat #foutage-de-gueule

  • Donc depuis hier au milieu de centaines d’appels à rouvrir les #librairies et signer des pétitions pour les sauver, y’a des libraires qui expliquent que ça va aller.
    Peut-être qu’une parole de concernée par la culture ET la santé réussira à se faire entendre ?
    Courage à tou-te-s <3

    " Merci d’arrêter d’appeler à rouvrir les librairies. Les employé-es des librairies sont fatiguées par un travail physique épuisant et ne veulent pas être exposées inutilement au virus. Les appels d’animateur.trices radios, bédéistes, écrivain-es etc ne connaissent pas la réalité des employé.e.s. Ce qui pose notamment la question de qui a accès à la parole (spoiler : pas nous). Nous sommes sur les rotules. Nous savons travaillé comme des dingues depuis la fin du confinement. Les librairies sont pleines à craquer.
    Tout le monde dit que c’est une bonne chose mais pas du tout. On nous touche, les distances de sécurité ne sont absolument pas respectées, les gens ne se lavent pas toujours les mains, certains baissent leur masque pour nous parler. Non ce n’est pas un commerce essentiel et oui, c’est un haut lieu de rencontre entre les gens et donc de contamination. Quant à ceux.celles qui parlent de la Culture avec un grand C. C’est un mythe. La Culture, ce sont des femmes très mal payées, pour la plupart ultra diplômées et donc (très) frustrées.
    Dans la librairie où je travaille certaines ont des doctorats, aucune n’est contente de venir travailler pour cette paye, soit le SMIC. Une petite librairie où le droit du travail n’est pas respecté. On est debout toute la journée,rien n’est prévu question ergonomie, on n’a pas de salle de pause. Je ne détaille pas le reste (bien plus grave) par souci d’anonymat. Et l’inspection du travail ne vient pas. Pas d’inspection du travail, pas de droit du travail. Pas de possibilité non plus de prendre des congés payés en enchaînant les CDD.
    Si vous voulez arrêter notre confinement, payez-nous ! Car voilà le nerf de la guerre.Sinon, laissez-nous tranquille, nous avons besoin de repos. Ce boulot est trop méconnu. Il s’agit d’un travail de manutentionnaire. Et de caissière. Et d’agent.e Amazon (chercher et remettre les livres en rayon). plus d’une tonne de colis en une seule journée), avons sérieusement mal au dos (bonjour les rendez-vous chez l’ostéopathe), des ongles de pied noirs (chariot de plus de 100 kg qui nous roule dessus). Sans compter les micro agressions de la part des client.e.s. Le tout avec le sourire bien sûr (d’ailleurs merci au masque de nous permettre de cacher notre exaspération).
    De toute façon ce confinement est un confinement de classe (je sais, c’est un gros mot mais ce serait bien qu’on parle un peu plus de classe).
    Alors que les cadres télé-travaillent, les livreurs et autres sont sur les routes. Et puis qui a besoin qu’une librairie reste ouverte ? Ceux qui ont les moyens. Quant à la survie de la librairie ? Celle-ci a fait des chiffres d’affaire de dingue (dignes de Noël) depuis la fin du 1er confinement (sans que jamais cela se répercute sur le salaire des salarié.e.s) et nous travaillons déjà à un système de collecte des commandes par les client.e.s. Nous avons travaillé aujourd’hui, retravaillerons la semaine prochaine de manière quasi-normale avec le rideau fermé mais n’avons pas besoin que des hordes de client.e.s nous contaminent. Toutes les librairies ne sont pas en difficulté. Certaines se portent très bien. Et enfin il y a un virus qui circule oui ou non ? Alors ne dîtes plus « j’aurais adoré être libraire » car non vous n’auriez pas aimé être manutentionnaire-caissière au SMIC, avec 10% seulement de votre temps consacré à parler littérature. Ne signez pas de pétition appelant à la réouverture des librairies. Laissez-nous récupérer. On se réjouissait tellement de pouvoir souffler un peu et d’avoir le temps de lire tout ce que nous devons conseiller. Merci. Une libraire épuisée.

    Source sur twi : https://twitter.com/FacheeLa/status/1322590249055326212

    #confinement_de_classe #precariat #salariat #culture

  • Les enseignants vivent moins bien aujourd’hui qu’en 1981 (LeMonde.fr)
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2007/01/20/les-enseignants-vivent-moins-bien-aujourd-hui-qu-en-1981_857609_3224.html

    Sur les vingt-cinq dernières années, le pouvoir d’achat des enseignants s’est fortement réduit. Entre 1981 et 2004, les professeurs de collège et lycées et les universitaires ont perdu en moyenne 20 % de leur pouvoir d’achat (hors indemnités), tandis que les professeurs des écoles en perdaient 9 %.

    #éducation #salariat #enseignant·es

  • Chômage : retour sur 40 ans de droits rognés pour les plus précaires | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/chomage-retour-40-ans-de-droits-rognes-plus-precaires/00093071

    Depuis 1979, la logique assurantielle de l’Unédic s’est perdue en route, pénalisant les chômeurs les plus précaires. Une étude de l’Ires constate qu’ils sont beaucoup moins bien indemnisés qu’en 1979, alors que les salariés stables, eux, ont gardé quasiment les mêmes droits. Et la tendance pourrait s’aggraver avec la dernière réforme.

    Les trous dans le filet de protection sociale sont de plus en plus grands. Et les chômeurs, en particulier, ont du souci à se faire. Pour cause de confinement, seule une partie de la réforme de l’assurance chômage, imposée par décret par le gouvernement l’année dernière, a été mise en œuvre. Depuis novembre dernier, les conditions pour toucher une allocation ont été durcies https://www.alternatives-economiques.fr/assurance-chomage-une-reforme-sanglante/00090433 : il faut désormais avoir cotisé plus longtemps (six mois au lieu de quatre) sur une période plus courte (24 mois au lieu de 28) pour y être éligible.

    Autre nouveauté, les indemnités des chômeurs qui avaient les salaires les plus élevés sont désormais dégressives, c’est-à-dire qu’elles diminuent au bout du 7e mois. Là encore, la crise sanitaire a offert un léger sursis aux chômeurs et cette disposition a été suspendue pour le moment. Le deuxième volet de la réforme, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, a de son côté été reporté au 1er septembre. C’est lui qui comporte les éléments les plus restrictifs : la formule de calcul des indemnités a été changée https://www.alternatives-economiques.fr/gouvernement-taxe-chomeurs/00089668 et pénalisera très fortement les travailleurs précaires, ceux qui font de nombreux allers-retours entre emploi et chômage.

    Des discussions sont en cours entre le gouvernement et les partenaires sociaux pour savoir si toutes les modalités de cette réforme seront maintenues ou non après la crise sanitaire. La ministre du Travail fera sans doute des concessions, mais il est peu probable qu’elle renonce complètement à cette réforme. Et ce sont les chômeurs les plus vulnérables qui en feront sans doute les frais https://www.alternatives-economiques.fr/oublies-de-pole-emploi/00092637. Ceux-là mêmes qui ont déjà subi les effets des précédentes réformes de l’assurance chômage.

    En effet, tous les demandeurs d’emploi ne sont pas égaux face au serrage de vis. Les droits des salariés qui se retrouvent au chômage après une longue période d’emploi ont été assez peu rognés par les multiples réformes de l’assurance chômage qui se sont succédé. On ne peut malheureusement pas en dire autant de ceux qui ont connu des périodes d’emploi en pointillé. Et ils sont de plus en plus nombreux…

    C’est ce que montre une récente étude http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020 qui passe au crible 40 ans de réformes de l’assurance chômage. Ce travail, réalisé pour l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires), et soutenu par la CGT, est intéressant à plus d’un titre. « Alors qu’on constate une réduction de la durée des contrats et une forte augmentation des recrutements en contrat de moins d’un mois, les règles d’indemnisation évoluent dans le sens d’une moindre couverture des salariés qui occupent ces types de contrat », constatent les sociologues Mathieu Grégoire et Claire Vivès, ainsi que l’économiste Jérôme Deyris. Démonstration en deux points.

    1/ Jamais aussi peu de chômeurs n’ont été indemnisés

    Officiellement, tout va bien. Fin septembre 2019, dernier chiffre connu, « 70,5 % des demandeurs d’emploi sont indemnisables » 1. C’est Pôle emploi qui le dit, à grand renfort de courbes opportunément orientées vers le haut depuis 2014. Ça tombe bien, 2014 c’est l’année de mise en œuvre de la dernière réforme de l’assurance chômage, celle qui a institué les droits dits « rechargeables »2.

    Concrètement, si un chômeur retrouve un emploi avant d’avoir épuisé ses droits, il ne les perd pas. S’il retourne ensuite au chômage, sa durée d’indemnisation sera plus longue. Un système jugé plus incitatif au retour à l’emploi que le mécanisme précédent. Et l’objectif de cette réforme était notamment d’améliorer la couverture des chômeurs précaires, autrement dit de leur permettre de bénéficier plus facilement d’une indemnité. Ce que semblent confirmer les statistiques de Pôle emploi.

    Sauf qu’« indemnisable » ne veut pas dire « indemnisé ». On peut être indemnisable et ne pas toucher d’allocation chômage. D’ailleurs, parmi les indemnisables, il y a de moins en moins d’indemnisés… Tout cela peut sembler un peu confus. Et il n’est pas exclu que ce soit voulu. Pourquoi ne pas simplement calculer la part des chômeurs indemnisés dans l’ensemble des chômeurs ? C’est ce que faisait la Dares, le service statistique du ministère du Travail, jusqu’en 2016.

    Mais depuis, changement de méthodologie : on compte désormais en plus des indemnisés ceux qui ont droit à une indemnité, mais ne l’ont pas touchée durant le mois, pour diverses raisons (activité réduite, différé d’indemnisation, délai d’attente, sanction, prise en charge par la Sécurité sociale...)3.

    Pour combler ce trou dans la raquette de la statistique publique, Mathieu Grégoire, Claire Vivès et Jérôme Deyris ont reconstitué une série inédite et calculé la part des chômeurs indemnisés depuis 1985. Résultat : loin des 70 % affichés par Pôle emploi quand il parle d’« indemnisables », c’est en fait à peine plus d’un chômeur sur deux qui est indemnisé, que ce soit par l’assurance chômage ou par l’Etat – qui distribue une allocation aux demandeurs d’emploi qui arrivent en fin de droits (ASS). Ce « taux de couverture » n’a jamais été aussi faible qu’en juin 2018, dégringolant à 49,5 %. Le précédent point bas (à 51,8 %) datait de septembre 1998. Depuis, il connaît un léger rebond lié à la baisse du nombre de chômeurs en 2018 et 2019.

    Cette couverture des chômeurs indemnisés a notamment baissé de plus de 20 % entre 2003 et 2019, alors même que la réforme des droits rechargeables de 2014 était censée l’améliorer. En cause, le développement de l’activité partielle notamment, c’est-à-dire des formes de chômage atypique, où l’on est inscrit à Pôle emploi tout en travaillant une partie du temps.

    Et si les frontières entre emploi et chômage sont devenues de plus en plus floues, c’est lié aux transformations du monde du travail sans aucun doute, mais aussi aux nouvelles règles de l’assurance chômage qui vont dans le même sens : « Cette évolution majeure du chômage que représentent ces "chômeurs qui travaillent" dépend à la fois de l’augmentation des "formes atypiques d’emploi" (c’est-à-dire des emplois qui s’éloignent de la norme de l’emploi en CDI à temps plein) et des politiques d’indemnisation incitant à la reprise d’un emploi pour un temps de travail ou une durée de contrat réduits », notent les auteurs.

    Dit autrement, l’assurance chômage n’est plus là simplement pour indemniser les chômeurs, elle doit aussi désormais les « activer », c’est-à-dire les inciter à reprendre un emploi, y compris si celui-ci est mal payé, quitte à le subventionner. « L’idée sous-jacente étant qu’un "petit" emploi (durée de contrat courte, salaire faible, etc.) vaut mieux que pas d’emploi du tout et que tout petit emploi est un "tremplin" vers un meilleur emploi », ajoutent-ils.

    Mais ces « politiques d’activation » sont ambiguës, car en même temps les gestionnaires de l’assurance chômage ne sont pas dupes : encourager à prendre des emplois courts ou mal rémunérés, c’est contribuer à dégrader la norme d’emploi. Et en parallèle, ils expriment la crainte d’enfermer les précaires dans la précarité s’ils leur offrent trop de droits. « Indemniser le chômage, mais pas trop, mais quand même assez : l’indemnisation des périodes en partie chômées et en partie travaillées est sans cesse sur une ligne de crête », résument les chercheurs. Et cette ambiguïté est clairement au détriment de ceux qui sont abonnés à ces emplois en pointillé.

    2/ La chute des droits des salariés à l’emploi discontinu

    C’est l’autre enseignement inédit de cette étude : l’assurance chômage obéit de moins en moins à une logique assurantielle, et de plus en plus à une logique contributive. En clair, ce n’est pas tant la situation actuelle qui compte – le fait d’être au chômage, c’est-à-dire la survenue du risque contre lequel on était assuré – que le passé d’emploi, ou dit autrement le fait d’avoir cotisé plus ou moins longtemps.

    « Affirmer un principe de contributivité c’est accorder de "petits" droits à ceux qui ont de petits emplois et de "gros" droits à ceux qui ont le plus d’emplois », précisent les auteurs. L’assurance chômage a désormais tendance à assurer une protection d’autant plus forte que l’emploi est continu, et d’autant moins forte que l’emploi est fragmenté et réduit dans sa durée. Ce qui n’a pas toujours été le cas.

    Pour le démonter, Mathieu Grégoire, Claire Vivès et Jérôme Deyris ont construit un simulateur capable de retracer l’évolution des droits pour des profils particuliers de salariés. Leur objectif était de mesurer l’effet des différentes réformes intervenues depuis 1979 pour différents types de parcours. Résultat, les salariés dits stables, ceux qui se retrouvent au chômage après une longue période d’emploi, ont gardé peu ou prou les mêmes droits depuis quarante ans, et ceci malgré le nombre impressionnant de réformes intervenues entre-temps.

    « Dans le cas banal d’un salarié au Smic qui perd son emploi et demeure quinze mois au chômage avant de trouver un autre emploi, l’indemnisation totale n’a, sur quarante ans, jamais varié de plus de 5 % à la hausse ou de 2,5 % à la baisse par rapport à 1979 », écrivent les auteurs.

    Les grands perdants sont les salariés précaires. Et parmi eux, particulièrement ceux qui alternent régulièrement les périodes de chômage et d’emploi. « Par exemple, un salarié à l’emploi discontinu alternant un mois d’emploi et deux mois de chômage a, durant les années 2000 et 2010 une indemnisation variant entre 50 et 60 % de son niveau de 1979. Dans les années 1990 son indemnisation était nulle. Avec les règles de 2019, elle chute en dessous de 40 % du niveau de 1979. »

    Ceux qui ont eu un emploi stable avant d’être au chômage et d’enchaîner ensuite les emplois précaires sont un peu moins pénalisés. « Les salariés ayant connu des périodes d’emploi stables cumulent pendant celles-ci des droits qui permettent ensuite d’atténuer les effets de la discontinuité. A l’inverse, les allocataires qui connaissent des trajectoires strictement discontinues n’ont pas généré ces droits susceptibles de les protéger et peuvent même parfois se trouver "prisonniers" de petits droits. »

    Et de conclure : « Toutes les simulations montrent ainsi une inversion de logique qui s’opère entre les plus précaires et les plus stables. Pour ces derniers, davantage de chômage signifie davantage d’indemnisation. Pour les premiers, c’est l’inverse : davantage de chômage se traduit par moins d’indemnisation. Pour les plus stables, c’est encore une logique de revenu de remplacement qui domine. Pour les plus précaires, c’est au contraire une fonction de prime à l’emploi qui devient prééminente. »

    Si la réforme de 2019 devait être appliquée en intégralité, les auteurs prédisent une « accentuation radicale » de ces tendances déjà à l’œuvre. La nouvelle règle de calcul du montant des allocations, qui doit être appliquée en septembre prochain, est particulièrement pénalisante pour les salariés à l’emploi discontinu. https://www.alternatives-economiques.fr/chomage-paie-t-plus-travail/00088190

    Avant la réforme, le montant de l’allocation chômage était calculé par rapport à un salaire journalier de référence (SJR) et non pas à partir d’un revenu mensuel. Pour établir une indemnité mensuelle, l’assurance chômage multipliait par 30 (jours) une allocation journalière brute qui correspondait à 80 % de ce qu’avait perçu la personne par jour en travaillant. En gros, on divisait les rémunérations perçues les douze derniers mois par le nombre de jours travaillés sur la même période.

    Après la réforme, le mode de calcul change : on prend la somme des rémunérations perçues sur deux ans (et non plus un an) et on la divise par le nombre de jours travaillés (comme précédemment) et de jours chômés, ce qui est nouveau. Concrètement, si le demandeur d’emploi a connu des périodes chômées les deux dernières années, le montant de son allocation va diminuer, même s’il pourra la percevoir plus longtemps.

    Au total, les salariés à l’emploi discontinu seront perdants, comme le montre le simulateur des auteurs : « Certes, nous observons une plus grande continuité des droits liée à un allongement de la durée d’indemnisation pour certaines configurations (…) mais cette meilleure couverture dans la durée est très loin de compenser l’effondrement des montants perçus, contrairement à ce que le gouvernement avançait. »

    Autre effet mis en valeur par cette étude : la réforme devrait rendre plus compliqué le cumul entre une allocation et un salaire. Résultat, de nombreux allocataires auparavant indemnisés dans le cadre de l’activité réduite pourront ne plus l’être. De quoi faire baisser encore la part des chômeurs indemnisés. Mais on ne le verra pas, car le ministère du Travail ne calcule plus ce chiffre…

    1. Chiffre qui concerne les catégories A, B et C. Cette part est de 68,5 % pour l’ensemble des chômeurs inscrits à Pôle emploi, c’est-à-dire avec les catégories D et E en plus.

    2. Entrés en vigueur en octobre 2014, les droits rechargeables permettaient à un chômeur indemnisé qui retrouve un emploi, même de courte durée, de ne pas perdre le bénéfice de ses anciens droits acquis. Il n’a pas à se réinscrire, ni à faire recalculer ses droits. Il n’a pas à sortir du système d’assurance chômage et à repartir de zéro. Pour en bénéficier, il fallait avoir travaillé au moins 150 heures (soit un mois) pendant la période d‘indemnisation, mais cette borne est passée à 180 jours, soit six mois depuis le 1er novembre. Autant dire que ce droit devient virtuel, surtout pour celles et ceux qui ont de petites durées d’indemnisation.

    3. L’Unédic et Pôle emploi ne publient plus le taux de chômeurs indemnisés, comme avant, mais seulement leur nombre absolu et la part des chômeurs indemnisés parmi les chômeurs indemnisables. Et ces chiffres sont nettement moins promus qu’avant. Charge à l’utilisateur de la statistique publique de refaire lui-même le calcul pour obtenir ce taux. Fin février 2020, sur 6,6 millions d’inscrits à Pôle emploi, 3,7 millions étaient « indemnisables » dont 3 millions réellement « indemnisés ».

    https://seenthis.net/messages/859288
    https://seenthis.net/messages/858232

    Les canons sont rouillés. La catégorie « #chômeur_atypique » (non dite dans ce rapport) émerge, 45 après celle d’#emploi_atypique.

    #travail #salariat #histoire_sociale #revenu #économie #précarisation #emploi #droit_au_chômage #Chômage #chômeurs #travailleurs_précaires #chômage_atypique #emploi_discontinu #intermittents_de_l'emploi #droits_sociaux #indemnisation_du_chômage #prime_à_l'emploi #activation_des_dépenses_passives #Unedic #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit

  • 40 ans de réformes de l’assurance-chômage : la réduction des droits touche d’abord les plus précaires, entretien avec Mathieu Grégoire réalisé par Catherine Petillon
    https://www.franceculture.fr/economie/40-ans-de-reformes-de-lassurance-chomage-la-reduction-des-droits-touch

    Depuis quarante ans, le chômage s’est beaucoup transformé : il a augmenté mais s’est aussi modifié, avec la montée en puissance de l’emploi atypique et la multiplication des contrats courts. Qu’en est-il de la couverture du chômage ?
    [...]
    Qu’avez-vous observé sur cette période de 40 ans de réformes de l’assurance-chômage ?

    L’objet de cette étude était de s’intéresser aux droits des chômeurs à l’assurance-chômage et à l’indemnisation sur une longue période, afin de comprendre comment ont évolué ces droits, en particulier pour les salariés à l’emploi discontinu — comme les intérimaires, les intermittents, les travailleurs de l’hôtellerie ou de la restauration, les personnes en contrats courts. En somme, tous ceux qui alternent de l’emploi et du chômage, que ce soit à des rythmes très saccadés ou plus lents.

    Ces profils nous intéressaient plus particulièrement car ils ont été mis en avant lors des réformes de 2009 et 2014. Et ce sont leurs droits qui ont été remis en cause en 2017, puis très profondément avec la réforme de 2019.
    Grâce à un simulateur de droits nous avons pu comparer pour différents cas-types les effets de chaque réforme.

    Quels sont les principaux enseignements ?

    Le temps long montre des évolutions assez profondes dont les négociateurs n’ont pas forcément conscience quand ils travaillent, réforme après réforme, à modifier les droits. Or c’est intéressant, en particulier pour la dernière réforme, car cela contredit l’affirmation récurrente selon laquelle les règles de 2019 consisteraient simplement à revenir sur des droits plus généreux, accordés après la crise de 2008. Et qu’il ne s’agirait en somme que d’un retour à la normale.

    Or ce qu’on montre, c’est qu’en 40 ans, pour les salariés en emploi discontinu, jamais l’indemnisation n’a été aussi basse que celle qui est prévue dans le décret de 2019.

    Les conditions sont toujours plus restrictives ?

    On constate une inversion complète de la hiérarchie de l’indemnisation au cours de la période. En 1979, l’assurance-chômage fonctionne vraiment comme une assurance : les personnes les plus exposées au chômage sont les plus indemnisées. Mais à la fin des années 2000, pour les plus précaires, c’est une autre logique qui l’emporte : les chômeurs sont d’autant plus indemnisés qu’ils sont en emploi. Selon une logique cette fois de compte-épargne ; à chaque fois qu’ils travaillent, ils gagnent des droits supplémentaires.
    Concrètement, cela se traduit par une course-poursuite durant laquelle ils travaillent, acquièrent des droits, deviennent éligibles à l’assurance chômage, puis épuisent leurs droits, en gagnent de nouveaux et ainsi de suite. Ils remplissent leurs comptes et le consomment successivement.

    Autrement dit, l’indemnisation du chômage s’est beaucoup transformée pour inciter les salariés les plus précaires à l’emploi, davantage que pour leur assurer un revenu de remplacement pendant les périodes de chômage.
    Avec l’idée qu’il vaut mieux un mauvais emploi que pas du tout. Et les dispositifs comme l’activité réduite sont d’ailleurs une manière d’inciter à accepter des emplois dans des conditions dégradées.

    Pour ce type de travailleurs, c’est une évolution continue dans le temps ?

    L’un des résultats qui nous a surpris, c’est la stabilité totale et absolue sur quarante ans des droits des “salariés stables” — c’est-à-dire le cas d’une personne en emploi pendant une longue période, qui se retrouverait au chômage pendant 15 mois et puis retrouverait un emploi. Cette situation là donne lieu à des variations infimes. Et ça, je ne pense pas que les négociateurs en aient une conscience entière quand ils négocient à chaque réforme, les conditions d’indemnisation de l’assurance-chômage. Cela montre une forme d’impensé de la négociation, à savoir que cette figure du salariat, on n’y touche pas. Ce sont les travailleurs plus à la marge qui vont connaître des variations régulières et très importantes de leur indemnisation.

    C’est plus vrai encore depuis la réforme de 2019 ?

    Pour les salariés stables, encore une fois, cela ne change rien à ce qui existe depuis depuis 1979, à quelques exceptions près comme des mesures de dégressivité pour les hauts revenus. En revanche, pour les salariés en emploi discontinu, c’est une révolution. Cela constitue un effondrement historique de leurs droits. Notamment parce que le calcul du salaire journalier de référence prend en compte non plus simplement le salaire, mais aussi la performance d’emploi. Par exemple, un travailleur payé au Smic mais au chômage la moitié du temps considéré verra son salaire journalier divisé par deux. Cela a des effets extrêmement forts sur les droits des salariés en emploi discontinu et cela introduit encore plus l’idée de compte épargne.

    Vous avez conçu un simulateur d’indemnisation qui permet de mesurer les effets des réformes pour chaque cas type pour une période de 60 mois. Pourquoi choisir une durée si longue ?

    Les personnes en intermittence d’emploi ne sont pas souvent éligibles au chômage de façon claire. lls le deviennent au bout d’un certain temps, puis consomment leurs droits ; comme ils travaillent, ils finissent par redevenir éligibles, et ainsi de suite. Ils sont dans une intermittence de l’emploi, mais aussi de l’indemnisation. Or ne regarder qu’une seule période de droit, c’est ne pas considérer les périodes durant lesquelles les personnes ne sont pas indemnisées, ni celles durant lesquelles elles le sont à nouveau.. C’est pourquoi nous avons considéré systématiquement les parcours sur 60 mois.

    Un autre intérêt de la simulation est de mesurer la diversité des profils. Car quand on parle des salariés à l’emploi discontinu, il est essentiel de bien distinguer ceux qui ont eu un emploi stable auparavant, et ressemblent plus à des chômeurs “standard” ; et ceux qui entrent sur le marché du travail ou alors vivent en permanence dans l’intermittence de l’emploi. Ces deux cas sont désignés de la même façon, comme des précaires. En réalité, leur traitement par l’assurance-chômage est radicalement différent.

    Vous insistez aussi sur ce qu’on appelle le taux de couverture. Pourquoi est-ce important, et quel usage politique est fait de cette indicateur ?

    Le taux de couverture est simplement la part des chômeurs qui perçoivent une indemnisation. Ce taux de couverture, il a fallu qu’on le reconstitue parce que les données n’étaient pas disponibles, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Et on a constaté que la part des salariés indemnisés chute de façon très importante à partir de 2003, pour arriver en 2018 à la part des chômeurs indemnisés, la plus basse de toute l’Histoire depuis 1985.
    Et pourtant, la surprise c’est qu’à partir de 2016 les publications officielles se sont intéressées à un nouvel indicateur, le seul publié depuis : la part des chômeurs non pas indemnisés, mais indemnisables. C’est le cas quand on est inscrit à Pôle emploi.
    Or cet indicateur pose un certain nombre de questions puisqu’il prend en considération des gens qui ne sont pas forcément indemnisés et même sont parfois en emploi.
    Par exemple, quelqu’un qui a travaillé à temps plein durant le mois considéré mais reste inscrit à Pôle emploi, ce qui est de plus en plus courant, sera considéré comme couvert par l’assurance-chômage, dont on se félicitera alors des performances positives.

    Même si les deux indicateurs sont intéressants, cela pose un gros problème si le nouveau taux de couverture officiel occulte d’une certaine manière à la réalité, quand même beaucoup plus crue, qui est que l’indemnisation du chômage n’a jamais concerné une proportion aussi faible de chômeurs qu’à la fin des années 2010. On peut aussi penser, et c’est l’un des résultats de la simulation, que la réforme de 2019 baissera encore le nombre d’indemnisations.

    Quelle évolution des droits à l’assurance chômage ? (1979-2020) - Mathieu GREGOIRE, Claire VIVES, Jérôme DEYRIS - IRES
    http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020
    https://seenthis.net/messages/858232
    #toctoc
    #Mathieu_Grégoire #Chômage #chômeurs #précaires #salariat #travailleurs_précaires #allocation_chômage #taux_de_couverture #non_indemnisation #droits_des_chômeurs #assurance_chômage #Unedic #droit_au_chômage #précarisation #activité_réduite #intermittents_de_l'emploi #emploi_intermittent #emploi_discontinu #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit #revenu #économie #emploi #histoire_sociale

  • En France, les salaires les plus élevés sont au plus haut depuis 50 ans, Romaric Godin
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280520/en-france-les-salaires-les-plus-eleves-sont-au-plus-haut-depuis-50-ans

    L’Insee publie une étude sur les plus hauts salaires en 2017. Les 0,1 % les mieux payés captent la plus grande part de la masse salariale depuis un demi-siècle. Ceux qui en profitent sont des hommes, parisiens et âgés.

    Le confinement, on s’en souvient, avait posé avec acuité la question de la valorisation relative des métiers au regard de leur utilité. Ce jeudi 28 mai, l’Insee a publié une étude sur les hauts salaires qui permet de prendre conscience des métiers qui sont le plus récompensés par le marché du travail et de l’évolution relative des salaires.

    Cette étude permet d’abord de quantifier les montants et la population des plus hauts salaires. Les 1 % les mieux payés des salariés du secteur privé touchaient en 2017 une rémunération de plus de 8 680 euros net par mois, soit 4,5 fois le salaire médian et 7,5 fois le salaire minimum.

    Ces 1 % représentent 163 000 salariés et ils sont à 23 % soit des cadres administratifs et commerciaux, soit des ingénieurs et des cadres techniques. Ces 46 % des 1 % ne représentent que 14 % de l’ensemble des salariés du secteur privé. Viennent ensuite les dirigeants salariés des entreprises, comme les présidents, les directeurs généraux ou les gérants (17 % des 1 % les mieux payés, contre 2 % de l’ensemble des salariés) et les cadres financiers (12 % des 1 % les mieux payés, contre 2 % de l’ensemble des salariés du privé).

    Globalement, et sans surprise, on voit donc que ce sont les fonctions permettant l’organisation globale de la production qui sont le mieux valorisées par les salaires. C’est une situation relativement classique. Mais la situation évolue à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des salaires. Or, l’Insee développe cette hiérarchie en donnant les chiffres pour les 0,1 % les mieux payés et même pour les 1 000 plus hauts salaires du secteur privé en France. Les premiers sont en moyenne payés plus de 22 860 euros net par mois, les seconds, les 1 000 premiers de la hiérarchie salariale, sont payés plus que 89 530 euros par mois.


    Salaires planchers des hauts salaires en 2017. © Insee

    Or, au fur et à mesure que l’on monte dans cette hiérarchie, la part des cadres « opérationnels » diminue au profit des fonctions administratives et financières. Les dirigeants salariés sont les plus représentés dans les deux catégories, avec 24 % du « top 0,1 % » et 29 % du « top 1 000 ». Les « cadres d’état-major » des grandes entreprises de plus de 500 salariés, autrement dit l’échelon directement inférieur à celui des dirigeants, ne représentent que 9 % de l’ensemble des 1 % les mieux payés, mais 15 % du « top 0,1 % » et 16 % du « top 1 000 ». Leur part dans l’ensemble de la population des salariés du privé est pourtant négligeable.

    Pour l’anecdote, on remarquera également que les sportifs professionnels, qui ne représentent que 1 % des 1 % les mieux payés, représentent en revanche 11 % du « top 1 000 », soit autant que les cadres de la banque et de la finance.

    En termes de secteur, la situation est la même : plus on avance dans la hiérarchie des salaires, plus on quitte l’économie réelle. L’industrie est ainsi le premier secteur d’activité des 1 % les mieux payés, avec 18 %, mais elle ne représente plus que 7 % des personnes présentes dans le « top 1 000 ». En revanche, les activités des sièges sociaux et les activités financières, qui emploient les unes comme les autres 13 % des salariés du « top 1 % », emploient respectivement 29 % et 22 % des 1 000 personnes les plus payées du secteur privé en France. Ensemble, ces deux secteurs regroupent donc plus de la moitié de ce « top 1 000 ».

    Autrement dit, plus on monte dans la hiérarchie des salaires, plus ce sont les fonctions financières et administratives qui sont récompensées. Les très hauts salaires récompensent moins stricto sensu les capacités d’amélioration de la productivité que la valorisation du capital. Cela est finalement assez cohérent avec un système qui fait de cette valorisation sa seule finalité, mais on est également assez loin de l’image classique de la réussite au sein des entreprises où l’on récompenserait « avec justice » les améliorations du système productif. Pour les mieux payés, la production n’est finalement, pour reprendre les mots de Marx, qu’un « mal nécessaire » qu’il ne convient pas de payer à la même hauteur que la valorisation financière ou juridique des profits.

    Part des femmes dans les plus hauts salaires. © Insee

    Structurellement, ce type de choix favorise une population bien précise. Des hommes âgés, résidant dans deux départements, Paris et les Hauts-de-Seine. Là encore, cette tendance s’accentue avec la hiérarchie des salaires. Les hommes sont 82 % de l’ensemble des salariés du « top 1 % » et 91 % du « top 1 000 », alors même que ces derniers ne représentent que 58 % de l’ensemble des salariés du secteur privé. Cette quasi-absence de femmes à ces niveaux de salaire accentue de 4,4 points l’ensemble de l’écart salarial entre les sexes, souligne l’Insee. Hors « top 1 % », cet écart est de 12,4 % ; en incluant ces 1 % les mieux payés, il passe à 16,8 %.

    Sur le plan de l’âge, il peut être logique que les plus âgés soient aussi les mieux payés, mais les chiffres sont là aussi impressionnants. Les plus de 51 ans représentent 25 % des salariés du privé, mais 53 % du « top 1 % » et 60 % du « top 1 000 ». Pas de mise à la retraite anticipée pour les plus riches. Les plus de 60 ans ne représentent que 3 % des salariés du privé, mais 19 % du « top 1 000 ». Autrement dit, les salariés les mieux payés restent plus longtemps en poste…

    Enfin, géographiquement, Paris et les Hauts-de-Seine, qui regroupent 13,1 % des salariés du privé, sont les lieux de travail de 49,8 % du « top 1 % » et de 73,7 % du « top 1 000 ». C’est là encore fort logique, puisque c’est dans ces régions que se regroupent les activités de sièges sociaux et de finance.

    Une évolution favorable des plus hauts salaires

    Comme les mieux payés le sont pour leur capacité de valorisation du capital et se trouvent ainsi fortement liés aux intérêts de ce même capital, leur part dans l’ensemble des salaires n’a pu que progresser fortement au cours des 40 dernières années qui ont fait basculer la balance du pouvoir progressivement vers ces intérêts. C’est ce que confirme l’Insee, qui publie l’évolution de cette part pour chacune des trois catégories depuis 1967, autrement dit au cours des cinq dernières décennies.

    La part réservée aux plus hauts salaires a reculé jusque dans les années 1990, puis elle n’a cessé de remonter. En 2017, la part du « top 1 % » est de 8 % de l’ensemble des salaires versés. Autrement dit, 8 % de la masse salariale du privé est réservée à 1 % des salariés. Ce niveau est du jamais vu depuis 1969 et il est supérieur de 1,2 point au niveau le plus faible de ces 50 dernières années, enregistré en 1996.

    Part des 1 % les plus élevés, des 0,1 % et des 1 % sans les 0,1 % dans la masse salariale totale. © Insee

    Là encore, ce sont les plus riches d’entre les plus riches qui ont davantage tiré leur épingle du jeu. Le « top 0,1 % » capte en 2017 2,3 % de l’ensemble de la masse salariale versée dans le privé, soit 23 fois son poids numérique. Un tel niveau, atteint en 2016, est inédit au cours du précédent demi-siècle, à l’exception de 2007, juste avant la crise financière. En 1967, ils ne captaient que 1,9 % de la masse salariale et ce chiffre est même tombé à 1,3 % en 1980.

    Cette étude est donc intéressante à plus d’un titre. D’abord, elle permet de montrer que le néolibéralisme n’a pas que creusé les écarts entre les salariés et les détenteurs du capital, mais il a aussi creusé l’écart entre les salariés. Au reste, cet écart s’est d’autant plus élargi que les salaires rémunéraient des fonctions « utiles » au capital. D’une certaine façon, cela explique aussi la présence d’un certain nombre de sportifs professionnels dans ce « top 1 000 », dans la mesure où la valeur salariale de ces derniers est directement liée à la valorisation capitalistique des entreprises qui les embauchent puisqu’ils en sont les actifs principaux, non pas tant en tant que joueurs proprement dits qu’en tant que « porteurs d’image ». C’est en effet cette image qui est ensuite à la base de la rentabilité des entreprises qui l’exploitent.

    Dans ce cadre, il convient toujours de relativiser la pression exercée sur les salaires au nom de la « compétitivité ». Comme le montre cette étude, cette pression ne s’exerce que sur la partie basse de la hiérarchie salariale. La partie haute, celle qui rémunère ceux qui sont précisément chargés, directement ou indirectement, d’organiser cette course à la compétitivité-prix, est très largement bénéficiaire de cette politique.

    Pour corriger ces divergences a posteriori , la fiscalité demeure un des moyens les plus efficaces. Si la France a maintenu un niveau d’imposition important sur les hauts revenus, ce dernier est nettement moins progressif que dans les années 1980. À l’époque, le taux marginal d’imposition sur le revenu était de 65 %. Il est aujourd’hui proche, mais en prenant en compte la CSG, qui est un impôt proportionnel payé par l’ensemble des salariés. Autrement dit, l’impôt est bien moins proportionnel aujourd’hui que voilà trente ans. Cela conduit encore une fois à s’interroger sur les choix de l’actuel gouvernement de supprimer l’ISF, un impôt (légèrement) correcteur et sur l’établissement d’une « flat tax » (le PFU) de 30 % sur les revenus du capital, qui constitue un véritable appel d’air pour se faire rémunérer en revenus du capital plutôt qu’en revenus du travail pour les dirigeants, autrement dit pour les plus hauts salaires.

    La hausse des versements de dividendes en 2018 semble confirmer cette situation. Et le choix de baisser l’impôt sur le revenu pour les deux premières tranches apparaît in fine comme une petite compensation de cette opportunité pour les plus riches.

    Mais la question qu’a posée le confinement est bien celle de la correction a priori de ces inégalités. Les données de l’Insee viennent prouver que ce qui est récompensé n’est pas l’utilité sociale des métiers, mais leur utilité pour le capital. Le désarmement de la masse des salariés par les « réformes structurelles », la sous-traitance et le chômage a conduit à réduire la valeur relative de ces salaires et a favorisé celle des cadres les plus importants des entreprises. C’est donc globalement en retrouvant une capacité de peser que ces métiers pourront récupérer la part des salaires qui est allée aux plus hauts revenus. Bref, c’est bien en inversant les politiques en faveur du capital que l’on corrigera cette logique qui favorise une certaine catégorie de citoyens et de métiers au détriment du plus grand nombre et des métiers utiles pour la société.

    #salaire #hauts_salaires #masse_salariale #salariat

  • En Rhénanie-du-Nord-Westphalie et dans le Schleswig-Holstein, des centaines d’employé·es des abattoirs sont contaminé·es par le corona. Or le seuil de reconfinement a été fixé à 50 cas pour 100 000 habitant·es pour une région donnée.
    La question est : le déconfinement était-il prématuré en Allemagne ou la misère sociale de ces personnes venant d’Europe de l’Est pour faire des sales boulots sous-payés explique-t-elle ces foyers de contamination ?

    Le ministre de la santé de Rhénanie-du-Nord-Westphalie « a mentionné l’hébergement du personnel des abattoirs, provenant pour la plupart de Roumanie et de Bulgarie, dans des logements collectifs comme une raison possible de l’apparition de l’épidémie. Il se peut que ces foyers ne répondent pas aux normes d’hygiène requises en cas de pandémie. Il faut maintenant examiner cette question. »
    https://www.tagesschau.de/wirtschaft/coronavirus-fleischbetrieb-101.html
    #Allemagne #corona #abattoirs #migration #Europe_de_l'Est #salariat #précarité #exploitation

  • Peut-on parler de déclassement des enseignants ? (France Culture)
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/la-question-du-jour-emission-du-mercredi-04-mars-2020

    Les enseignants sont invités à se prononcer sur leur métier. C’est l’objectif de la consultation ouverte par le ministère de l’Education Nationale pendant deux semaines. Une consultation qui se clôturera le 17 mars 2020. Perception du métier, formation, carrière... les enseignants pourront s’exprimer de façon anonyme, dans un contexte où la profession attire moins. Pourquoi attire-t-elle moins ? Peut-on parler de déclassement des enseignants ? Que nous enseigne l’histoire à ce propos ?

    Spoiler : La réponse est… oui.

    #éducation #salariat #enseignant·e

  • Le lien unissant un chauffeur et Uber est bien un « contrat de travail », selon la Cour de cassation
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/04/la-cour-de-cassation-confirme-que-le-lien-unissant-un-chauffeur-et-uber-est-

    La plus haute juridiction pénale française a jugé que le chauffeur « qui a recours à l’application Uber ne se constitue pas sa propre clientèle, ne fixe pas librement ses tarifs et ne détermine pas les conditions d’exécution de sa prestation de transport ». Pour la Cour, la possibilité de se déconnecter de la plateforme sans pénalité « n’entre pas en compte dans la caractérisation du lien de subordination ».
    Début 2019, Uber s’était pourvu en cassation après un arrêt de la cour d’appel de Paris qui avait déclaré « contrat de travail » le lien entre un ancien chauffeur indépendant et la plateforme américaine. La cour avait détaillé « un faisceau suffisant d’indices » qui caractérisait selon elle « le #lien_de_subordination » liant le chauffeur à la #plateforme, et donc l’existence d’un contrat de travail de fait.
    Si certains chauffeurs sont attachés à leur statut d’indépendant, de nombreux conducteurs pourront s’appuyer sur cette nouvelle décision pour demander la requalification de leur #contrat avec Uber ou d’autres plates-formes en #contrat_de_travail. En clair, le modèle économique d’#Uber pourrait s’effondrer.

    #salariat #droit_du_travail #jurisprudence

    • Les chauffeurs VTC mobilisés contre Uber et sa « machine à précarité »
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/11/les-chauffeurs-vtc-mobilises-contre-uber-et-sa-machine-a-precarite_6032553_3

      Peu séduits par le salariat, malgré la reconnaissance récente d’une relation de subordination par la justice, les conducteurs demandent à la plate-forme des garanties d’indépendance.

      « On est obligé de travailler avec le “monstre”. » Le « monstre », pour ce chauffeur (qui souhaite garder l’anonymat), s’appelle Uber. Comme une centaine d’autres conducteurs de #VTC, il est venu, vendredi 6 mars, exprimer sa colère contre le fonctionnement de l’application mobile, devant les bureaux de la firme californienne à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
      La mobilisation de la profession connaît un regain depuis la décision de la Cour de cassation, le 4 mars, qualifiant de « fictif » le statut d’indépendant d’un conducteur et reconnaissant du même coup son lien avec Uber comme étant un contrat de travail salarié.

      Le même chauffeur le répète : travailler avec Uber est une « obligation ». Le service est incontournable, captant entre 60 % et 80 % de la clientèle en Ile-de-France. Après avoir obtenu sa licence de VTC en 2015, il s’est endetté de 40 000 euros pour acheter son véhicule, à l’époque où les conducteurs étaient moins nombreux et les tarifs, plus élevés.

      Avant d’arriver à la manifestation, il a pris soin de couper la connexion à Internet sur son smartphone et de désactiver la géolocalisation. « Je ne peux pas me permettre qu’ils voient que j’y participe et suspendent mon compte », explique-t-il.

      Peu de volontaires pour le salariat

      « Uber vend du rêve aux jeunes, promet 4 000 euros de revenu et une indépendance immédiate. C’est possible, mais à un prix exorbitant ! », commente Makram, autre conducteur présent devant les locaux d’Uber à l’appel de l’intersyndicale nationale VTC. Une fois la commission de 25 % déduite de chaque course, le crédit du véhicule remboursé et l’essence payée, Makram estime gagner entre 1 200 et 1 400 euros brut par mois, pour soixante-dix heures hebdomadaires passées dans sa voiture.

      Parmi les reproches adressés à la plate-forme, figurent en première position le manque de transparence sur les courses (dont le tarif estimé et la distance parcourue ne sont pas connus par les chauffeurs avant le départ) et des suspensions de compte considérées comme abusives, sans possibilité de recours.

      « Le lien de subordination avec ces entreprises du numérique est patent depuis des années », constate Otto Landreau, chauffeur inscrit sur plusieurs plates-formes (Bolt, Snapcar, Marcel, Chauffeur Privé) pour éviter les tarifs d’Uber, qu’il juge trop bas.
      Tout en qualifiant la décision de la Cour de cassation de « bonne nouvelle », peu de conducteurs disent pourtant vouloir mettre fin à leur statut d’#auto-entrepreneur et signer un contrat de travail avec l’entreprise américaine. « Je ne veux pas être un salarié sans les avantages et un indépendant avec tous les inconvénients », résume Yahya, conducteur de 44 ans originaire de Lille.

      « En banlieue, on a toujours subi une forme d’esclavage »
      L’intersyndicale et l’Association des chauffeurs indépendants lyonnais (ACIL), deux des principales associations de conducteurs, revendiquent cependant avoir lancé, depuis le début de l’année, plus de cent trente procédures devant la justice prud’homale contre Uber, sur la reconnaissance du lien de subordination.

      Car pour les deux organisations, cela pourrait permettre de négocier plus de garanties pour les indépendants, par exemple en laissant à la charge d’Uber le paiement des cotisations salariales. « Depuis la décision de la Cour de cassation, je reçois plusieurs centaines de demandes d’information par jour. Même si la requalification massive n’est pas l’objectif », assure Mehdi Mejeri, fondateur et président de l’ACIL.

      Près de dix ans après son arrivée à Paris, la perspective tracée par Uber d’un emploi indépendant et rémunérateur a laissé place, pour certains conducteurs, à un sentiment d’avoir été piégé par le modèle.

      « Il y a tout un pan de la population à la merci de cette économie, parce qu’elle ne repose sur rien, estime Mehdi Mejeri. C’est une machine à précarité dont l’Etat peine à suivre les évolutions. » L’application du volet VTC de la loi d’orientation des mobilités (LOM) a été bousculée par la décision de la Cour de cassation. La ministre du travail, Muriel Pénicaud, a annoncé que de nouvelles propositions sur le cadre légal des travailleurs des plates-formes seraient formulées d’ici à l’été.

      Une nouvelle manifestation des conducteurs est prévue à Paris, mercredi 11 mars, devant le ministère des transports, avant une rencontre entre représentants des conducteurs et d’Uber France, le lendemain. « Nous, en banlieue, on a toujours subi une forme d’esclavage. Hier, il était ouvrier, aujourd’hui il est numérique, assène un conducteur d’Ile-de-France, sous couvert d’anonymat. On veut nous résumer à ce statut de salarié, mais ce combat représente bien plus que cela ! »

      #endettement

  • « Imputable à » mais sans responsables ni coupables (Suicide de Christine Renon)

    L’IGEN, cette IGPN de l’Éducation Nationale…

    Le suicide d’une directrice d’école en Seine-Saint-Denis « imputable au service » (LeMonde.fr)
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/01/08/le-suicide-d-une-directrice-d-ecole-en-seine-saint-denis-imputable-au-servic

    Un rapport de l’inspection générale diligenté après le suicide de Christine Renon n’établit aucune « faute » de la part de l’institution, mais il étudie l’ensemble des difficultés dont se plaignait la directrice.

    L’inspection générale dégage toute responsabilité de l’Education nationale dans le suicide de Christine Renon (Mediapart)
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090120/l-inspection-generale-degage-toute-responsabilite-de-l-education-nationale

    Un rapport de l’inspection générale diligenté après le suicide de la directrice d’école Christine Renon en septembre dédouane l’institution de la responsabilité du drame mais l’impute à une série de dysfonctionnements. Au même moment, le ministère publie les résultats d’une consultation laissant apparaître que les directeurs d’école se sentent submergés par leurs tâches administratives. Mais la rue de Grenelle réfute l’existence d’un malaise dans la profession.

    #éducation #salariat #souffrance_au_travail #suicide #responsabilité #enseignant·es

  • Pour l’abolition de la retraite !

    https://lavoiedujaguar.net/Pour-l-abolition-de-la-retraite

    Mon père a attendu toute sa vie sa retraite pour, disait-il, pouvoir enfin faire ce qui lui plaisait. Il n’a pu « profiter » de sa pension et de son temps que pendant quelques mois... Cela pour souligner que, si on ne peut pas profiter de la vie avant l’âge de la retraite, ce n’est pas après que cela sera vraiment possible.

    La retraite est une vaste escroquerie, un miroir aux alouettes, le colifichet que l’on agite aux salariés pour les aider à supporter une réalité économique quotidienne de plus en plus vide de sens pour une majorité d’entre nous. La retraite n’a jamais consisté en une « récompense » d’une vie de labeur et de renonciation : elle ne consiste au final qu’à prendre acte qu’au-delà un certain point la « machine humaine » n’est plus assez rentable, plus assez fiable, plus assez souple, que son taux de pannes devient contre-productif… Ce n’est pas un hasard si l’âge de départ à la retraite correspond en gros à l’espérance de vie en bonne santé…

    Ce qui se joue aujourd’hui dans ce dernier projet en date de réforme des retraites, c’est la détermination de ce seuil de compromission entre les besoins en main-d’œuvre des grands acteurs de l’économie et la soutenabilité de sa charge financière pour les finances d’État (...)

    #retraite #travail #vie #exploitation #capitalisme #salariat #droit #acquis

  • Inscriptions en forte chute aux concours du second degré (Le Café Pédagogique)
    http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2019/11/26112019Article637103518140891709.aspx

    Où l’on apprend que la filière des feignasses privilégié·es peine à recruter.

    Pour l’ensemble des CAPES externes, la baisse est de 7,8 % entre 2020 et 2019, et de 15 % depuis 2016. Pour l’ensemble des CAPET externes, les baisses sont respectivement de 16,6 % et 19,7 %.
    […]
    « La baisse des inscrits confirme la faible attractivité de nos métiers. Nos ministres successifs n’ont rien fait pour enrayer la dévalorisation de nos conditions de travail et nos rémunérations. Ils n’ont rien fait de substantiel, non plus, pour assurer aux étudiant-e-s qui préparent les concours, les meilleures conditions de réussite », écrit le Snes Fsu.

    #éducation #enseignant·es #salariat #conditions_de_travail

  • “Aujourd’hui, je n’ai pas réussi à aller travailler” (Prof en scène)
    https://profenscene.tumblr.com/post/188194344681/lundi-7-octobre

    Aujourd’hui, je n’ai pas réussi à aller travailler.
    […]
    C’est ce que j’ai expliqué au médecin. Parce que ce n’est pas une question de fierté. Il n’est pas normal qu’un professeur de trente-sept ans, au bout d’un mois, ne puisse pas réunir la force nécessaire à aller travailler. Je me suis dit que le problème venait de moi.
    […]
    Et je me déteste d’être dans cet état si tôt dans l’année.
    […]
    En vrai, moi, ce qui me fait tenir, c’est de me raconter des histoires. Je vais au boulot pour sauver telle élève. J’y vais pour mettre en scène telle pièce de théâtre, j’y vais pour transformer telle classe. Des fantasmes grotesques. Mais qui me portent depuis des années.

    Ce matin, je n’avais pas d’histoire assez puissante pour me soutenir.

    […]

    Ce lundi 7 octobre j’ai craqué. C’est peut-être le début de la fin, ce sont peut-être des conditions de travail qui se dégradent chaque jour un peu plus, c’est peut-être - je le souhaite - uniquement passager. […] Parce qu’on fait tous de notre mieux.

    Et il y a des jours où notre mieux, ça ne suffit pas.

    #éducation #collège #salariat #enseignant·es #BurnOut #conditions_de_travail

  • Le suicide de Christine Renon n’a pas eu l’écho qu’il aurait dû avoir (Slate.fr)
    http://www.slate.fr/story/182301/education-nationale-suicide-lettre-christine-renon-directrice-ecole-souffrance

    Le 21 septembre, une directrice d’école mettait fin à ses jours dans son établissement de Pantin. Trois semaines seulement après la rentrée, elle disait être « épouvantablement fatiguée ».
    […]
    Le texte de Christine Renon décrit par le menu ses journées de travail –faire remonter des informations, organiser mille et une choses– et montre son attachement au travail bien fait, la rigueur et puis le découragement, l’accablement devant l’absurdité de sa tâche. Un texte bouleversant, aussi, par sa fin.
    […]
    Ce genre de témoignage concorde avec ce que disent les spécialistes de la souffrance au travail Christophe Dejours et Vincent de Gaulejac : ce n’est pas le harcèlement ou la quantité de boulot qui détruit les individus, mais l’organisation du travail et le manque d’écoute.
    […]
    La question de la distance entre le travail que l’on pense, que l’on sait devoir faire et la capacité à le faire réellement marque les consciences professionnelles. Quel sens a votre travail si la mission dont vous êtes investi·e vous semble empêchée par les mêmes personnes qui vous ont confié la tâche de la remplir ? Autrement dit : comment s’occuper des enfants quand l’administration vous bombarde de mails et de demandes ?
    […]
    À moins d’être passionné·e par les publications syndicales des enseignant·es ou de vivre avec quelqu’un exerçant le métier, il y a peu de chances pour que le public entende parler de l’effet de ces réformes sur le quotidien des profs, notamment en matière de charge de travail.
    […]
    Ces souffrances et ce manque de moyens de communication prospèrent sur une toile de fond bien particulière. D’abord, celui des mauvaises performances de l’école, jugées comme décevantes au regard du classement PISA ou tout simplement alarmantes, si l’on en croit d’autres études internationales comme Pirls en français ou Timss en mathématiques. Ensuite, le caractère injuste de notre école qui reproduit, on le sait, beaucoup trop bien les inégalités sociales. Ces discours de déploration affectent les profs et les personnels encadrants, qui s’en estiment souvent la cible.
    […]
    Mais le corps enseignant est-il vraiment responsable ? En lisant le nouvel ouvrage dirigé par Bernard Lahire, Enfances de classe, on comprend –si ce n’était pas déjà compris– que la mission de l’école en matière de réduction des inégalités semble être un défi impossible à relever pour les profs. N’attribue-t-on pas malgré tout un peu trop facilement l’échec de l’école aux personnes qui passent leur vie professionnelle au sein de l’Éducation nationale et au contact des élèves, ce qu’elles sont les seules à faire ?
    Cette responsabilité ressentie par les enseignant·es est alourdie par la perception de l’école publique par l’opinion comme une institution qui doit être juste, démocratique et presque réparatrice […]
    Pour le dire autrement, la distance entre l’idéal et le possible constitue pour beaucoup une source de souffrance professionnelle.

    #école #éducation #souffrance_au_travail #salariat #enseignant·es #suicide #réformes #perte_de_sens