• Palestine : la résistance comme thérapie
    Entretien avec Samah Jabr , psychiatre et psychothérapeute palestinienne
    paru dans lundimatin#288, le 17 mai 2021
    https://lundi.am/Palestine-la-resistance-comme-therapie

    Un spectre hante le monde, celui de la Palestine. Comme chaque fois qu’une phase de crise aiguë a fait réapparaître cette question dans le champ médiatique, il faut être attentif à la fois à la singularité du moment et aux processus longs. Se garder d’abord de considérer qu’il y aurait eu quelque chose comme une situation normale, que seraient venus déranger des « heurts », des « affrontements », des « bombardements », des « roquettes », « un bilan qui s’alourdit » faisant craindre « un embrasement dans toute la région »... Tenter enfin de penser la Nakba, la « catastrophe » ou le « désastre » des Palestiniens, comme le fait « que les choses continuent comme avant ».

    (...) Il faut éviter d’interpréter cette réaction uniquement à travers le référenciel islamique des groupes de résistance. Dans les groupes de résistances de Gaza, on parle d’un front. Les plus populaires sont le Hamas et le Jihad islamique, mais il y a aussi des groupes moins connus, dont l’orientation politique ne comporte pas de référence à l’Islam – certains sont d’inspiration marxiste, d’autres nationalistes arabes... Et quand la décision a été prise de déclencher une riposte, ça a été fait par un « front commun des brigades ». Dans leur communiqué, ils évoquent non seulement l’attaque contre la mosquée mais aussi le nettoyage éthnique de Jérusalem-est. Ils parlent également des événements de la porte de Damas... Ce front compte des gens du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine, marxiste) et des éléments rattachés au Fatah (mais qui ne sont plus considérés comme membres du Fatah)... C’est un front plus large que les mouvements islamistes.

    Mais maintenant, les médias veulent faire croire qu’il s’agit seulement du Hamas. Quand il y a eu une réponse verbale et politique des groupes de résistance, Nethanyahou a répondu : c’est seulement le Hamas qui nous concerne à Gaza... Clairement, ils cherchent à réduire le conflit à ses aspects religieux. Et bien sûr, ça facilite les confusions, ça permet de dire qu’il s’agit seulement de combattre un mouvement islamiste, etc. (...)

    #Samah_Jabr

  • Israel assassine un dangereux... handicapé :

    Nous sommes tou-te-s #Ibrahim_Abu_Thuraya
    UJFP, le 20 décembre 2017
    http://www.ujfp.org/spip.php?article6073

    Ibrahim Abu Thurayya : an icon of dignity and defiance
    Shahd Abusalama, Electronic Intifada, le 18 décembre 2017
    https://electronicintifada.net/blogs/shahd-abusalama/ibrahim-abu-thurayya-icon-dignity-and-defiance
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    Israel emprisonne une dangereuse... adolescente :

    La jeune activiste palestinienne #Ahed_Tamimi arrêtée par l’armée israélienne à la suite d’une vidéo virale
    Luc Vinogradoff, Le Monde, le 20 décembre 2017
    http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/12/20/la-jeune-activiste-palestinienne-ahed-tamimi-arretee-par-l-armee-israelienne

    Free Ahed Tamimi !
    Samidoun, le 18 décembre 2017
    http://samidoun.net/2017/12/free-ahed-tamimi

    Israeli forces detain cousin of Ahed Tamimi, extend detention of Ahed and her mother
    Ma’an, le 20 décembre 2017
    http://www.maannews.com/Content.aspx?ID=779655
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    Deux courtes vidéos :

    L’humiliation est le trauma le plus répandu en Palestine (2 minutes)
    #Samah_Jabr, Siné Mensuel, Décembre 2017
    https://www.youtube.com/watch?v=fNbqmFQlKnc

    Pour #Jérusalem (8 minutes)
    #Fairouz (1967)
    https://www.youtube.com/watch?v=Nu2qxiFRJrQ

    #Palestine, vite fait avant de partir en vacances...

  • L’humiliation : le marteau qui écrase la société palestinienne
    mardi 5 juillet 2016 - par Samah Jabr
    http://www.info-palestine.eu/spip.php?article16104

    Si l’on peut s’attendre à ce que l’exercice d’un contrôle militaire sur un pays occupé inflige une douleur et un traumatisme inévitables aux citoyens de ce pays, l’histoire de la politique israélienne montre qu’elle est allée bien au-delà du besoin « pragmatique » d’un occupant de dominer et soumettre une population locale.

    L’humiliation israélienne des Palestiniens est une fin en soi. L’humiliation est ainsi l’une des plus grosses blessures éprouvées dans le contexte palestinien et pourtant, elle est sous-documentée à un point tel que cette humiliation est considérée comme presque normale.

    En dépit des résolutions des Nations-Unies, l’acquiescement du monde à l’occupation de la Palestine par les précédentes puissances coloniales a dénié aux Palestiniens leur liberté, leur statut de citoyens, et l’exercice de leurs droits humains au niveau international.

    Au niveau de la société, l’occupation a généré des couches d’humiliations en maintenant une inégalité au sein des relations de pouvoir et des perceptions d’un statut culturel. À ces vastes sources de blessures, viennent s’ajouter les expériences personnelles, répétitives, interminables de l’humiliation, qui ne sont épargnées à aucun individu palestinien.

    Les forces israéliennes omniprésentes sont en contact quotidien avec les hommes, les femmes et les enfants palestiniens ; dans ces interactions, l’humiliation et la honte sont typiques. Et on se demande : comment un homme humilié peut-il regarder sa femme dans les yeux et qu’elle se sente protégée et fière ? Comment un parent humilié peut-il promettre un avenir à un petit si celui-ci se trouve entre les mains d’un être humain dont l’esprit a été brisé ?

    Dans un exemple de ce genre, Issa, un homme qui travaillait comme chauffeur pour une organisation médicale, avait transporté un groupe de travailleurs de la santé dans une région isolée, touchée par la violence politique (tous les noms ont été changés pour préserver la confidentialité). Alors qu’il attendait dans son véhicule que ses collègues reviennent, des soldats se sont approchés pour lui demander ce qu’il faisait là. Il a présenté le document approprié attestant que lui et son organisation médicale avaient l’autorisation de venir à cet endroit et il leur a expliqué qu’il attendait ses collègues pour les remmener. Un soldat s’est mis alors à crier sur lui de sorte que tout le monde a pu entendre : « Vous êtes ici pour soigner des chiens ! Venez chez moi pour soigner mon chien qui est malade ! ». Et le conducteur de lui répondre : « Je ne soigne personne. Je suis juste le conducteur de la voiture ». Et en réponse, le soldat a frappé Issa au visage.

    Dans un autre exemple, mon patient Mazen rentrait chez lui de son travail, tard dans la nuit, dans la région du mont Scopus à Jérusalem. Il a été interpellé par trois soldats qui l’ont poussé contre un mur pour une cérémonie d’humiliations qui a consisté à lui donner des coups de pieds et à lui arracher ses vêtements. Ils lui ont demandé les noms de son épouse, de ses sœurs et de sa mère, et ils ont insulté ces femmes avec des épithètes absolument répugnantes. Ils ont insisté pour que Mazen répète ces obscénités jusqu’à ce que finalement, il fonde en larmes. À ce moment, les soldats se sont mis à rigoler.

    Autre exemple, l’armée israélienne avait attaqué une prison palestinienne dans la ville de Jéricho, en mars, et elle a forcé les détenus comme les agents pénitentiaires palestiniens à se dévêtir. Les Israéliens ensuite ont pris des photos des détenus et des gardiens de la prison dans leurs sous-vêtements, et les ont distribuées sur les médias sociaux.

    Forcer les Palestiniens à se dévêtir est en réalité une pratique courante, que l’on voit fréquemment à l’aéroport et aux check-points omniprésents. Les gardes de la sécurité prennent habituellement les foulards et les chaussures des Palestiniennes et les mettent dans un même récipient plastique à l’aéroport pour les passer à la détection mécanique. En fait, j’ai demandé une fois que mes chaussures et mon foulard soient mis dans des casiers séparés pour ne pas salir mon foulard, mais il m’a été répondu que si je ne me conformais pas au « règlement », je ne serai pas autorisée à prendre mon vol.(...)

    #Samah_Jabr