• Reprise des écoles : A #Grenoble, message d’une enseignante de maternelle à une amie...
    07.05.2020

    Bonjour,

    Nous sommes en train d’organiser le retour en #classe prévu le 25 mai.
    Les conditions de #reprise vont être très contraignantes pour nous comme pour les enfants et il est important que vous soyez au courant de certains #impératifs.

    En effet, vos enfants ne vont pas être regroupés par classe, donc pas forcément avec leur enseignante respective et leurs camarades. Les enfants des soignants et du personnel de gestion de la crise seront accueillis de droit tous les jours. En raison des limitations des #effectifs, les autres enfants se verront ou pas (nous espérons pouvoir répondre à toutes les demandes) proposer 1 ou 2 jours d’accueil par semaine.

    La répartition se fera en fonction de critères bien précis afin de répondre au #protocole_sanitaire imposé par le Gouvernement.

    Les activités des enfants vont être individuelles, sans #aucun_contact les uns avec les autres, les adultes compris. Il leur sera interdit de circuler dans la classe et de #toucher au matériel qui ne leur est pas attribué. Aucun adulte, ni aucun enfant n’a le droit de toucher le matériel des autres ou d’utiliser un #matériel_collectif (pas de correction, pas de #jeux de ballons, pas de jeux de société, etc).

    Les groupes ne se rencontreront pas dans l’école (les entrées et sorties différentes, les #récréations_décalées, les #repas dans les classes, ni les #siestes).
    Afin que le matériel reste individuel, nous allons créer des #barquettes au nom de votre enfant. Les adultes eux-mêmes, n’auront pas le droit d’y toucher après les avoir mises en place et laisser plusieurs jours sans y toucher.
    Tous les #jouets des classes seront supprimés.

    Votre rôle pour les enfants qui pourront revenir en classe (pour le
    moment nous n’avons pas suffisamment d’informations pour vous dire si votre enfant pourra revenir en classe) :
    – Expliquer à vos enfants les conditions d’ouverture de l’école (ils ne doivent pas s’approcher de leurs camarades et des adultes) ;
    – Respecter les #gestes_barrières ;
    – Ne pas toucher le matériel qui n’est pas dans sa #barquette_individuelle ;
    – Prendre tous les matins la #température de votre enfant et le garder à la maison en cas de symptôme (toux, éternuement, essoufflement, mal de gorge, fatigue, troubles digestifs, sensation de fièvre, etc) .
    – Interdiction d’envoyer son enfant à l’école si l’élève ou un membre de sa famille présente les mêmes #symptômes cités ci-dessus.

    En toute transparence, nous nous devons de vous informer de ces conditions de reprise très particulières.

    L’#enseignement_à_distance sera le même que celui dispensé en classe.

    Bien cordialement,

    L’équipe enseignante

    #déconfinement #le_monde_d'après #école #réouverture_des_écoles #organisation

    L’école de demain, cette #prison pour #enfants...

    • Petite géographie de l’#espace_carcéral... euh je veux dire de l’#espace_scolaire.

      Alors que nous allons réouvrir les établissements scolaires, je m’interroge, en « bonne » géographe que je suis, sur l’espace scolaire tel qu’il va être donné à pratiquer par les élèves ces prochains jours.

      J’ai lu, relu, lu une dizaine de fois le protocole sanitaire. #Rubalise. Je n’avais jamais lu autant de fois en si peu de pages un mot que je n’avais jamais employé jusque-là.

      Mise à l’écart du mobilier scolaire + rubalise. Nous ne pourrons plus accéder aux #manuels, nous ne pouvons faire de #photocopies, les #salles_informatiques et les #tablettes sont interdites. Pour faire cours dans les disciplines où les élèves n’ont pas leur propre #manuel_scolaire, nous allons nous amuser.

      Pas grave, j’ai de l’imagination. On va utiliser les #jeux_de_société que j’ai et qui portent sur l’histoire. Ces derniers jours, j’avais repris les règles de « Bruges », parfait pour réviser la ville au Moyen Âge. Ah non, je n’ai pas le droit de prêter du matériel. Faire un plateau fabriqué à coup de photocopies ? Ah non, pas de photocopies. Bon, je range Bruges, Carcassonne, Notre Dame, Agricola, et les Mystères de l’Abbaye. 5 idées sympas pour réviser le Moyen Âge. Rubalise.

      Pas grave, j’ai de l’imagination. Si j’utilisais Plickers, c’est top ça, un quizz projeté au tableau, les élèves n’ont qu’à lever le code dans le sens de leur réponse, je photographie de loin leurs réponses, et... ah non, pas de prêt de matériel, mes codes plastifiés ne pourront servir. Rubalise.

      Pas grave, j’ai de l’imagination. Oui, mais voilà, pas d’îlot, chaque élève doit disposer de 4 m2 mais ne peut être positionné face à un autre élève. En langues vivantes, ils doivent pourtant leur faire travailler « la #coopération ». Les nouveaux #protocoles_pédagogiques prévoient aussi qu’en français, les élèves doivent maîtriser la tape sur un clavier. Sans clavier. Sans ordinateur. Sans... tout, sauf des rubans autour d’eux. Rubalise.

      Bon, passons, regardons plus loin, on réfléchira aux « activités » plus tard. C’est la consigne de l’établissement. On ne fait plus cours, on ne fait plus de séquences qui prennent du sens en tant qu’apprentissages, on devra « plus tard » prévoir des « #activités ». L’école est bien moins qu’un centre de loisirs, les activités sont seules maîtres, certes, mais elles seront prévues en dernier. On va les occuper dans leurs 4 m2 entourés de rubans. Rubalise.

      Mais bon, admettons, il y a des circonstances. L’important est certainement de permettre aux élèves de retrouver un lien avec l’école, avec le lieu même qu’est l’école. C’est tout à fait justifié. Mais quel #lien ? Qu’est devenu ce #lieu ?

      Aménagement de la salle de classe :
      mise à l’écart du #mobilier + rubalise
      4 m2 par élève, pas de #face_à_face, pas d’#îlot.
      #sens_de_circulation dans la salle indiqué au moyen de #scotch_au_sol
      interdire la #circulation dans la classe

      Aménagement des couloirs et escaliers :
      rubalise, #marques_au_sol pour #distanciation
      un sens pour l’entrée, un sens pour la sortie
      pas d’accès au #gymnase, pas d’accès aux #vestiaires

      Récréation :
      pas de descente dans la #cour
      #pause en classe (où les élèves n’ont pas le droit de bouger de leur table)
      pas d’#objets, pas de #livres, pas de jeux, rien dans les mains
      rubalise sur les bancs pour en interdire l’accès le matin
      #WC : entrée un à un, sur les 6 points WC de l’établissement, pour un effectif de 1065 élèves
      rubalise dans les #toilettes + affichages consignes de #lavage_des_mains
      pas le droit au repas

      Qu’est-ce donc que ce lieu où tout est mis sous ruban, où il existe des sens circulatoires marqués au sol, où les heures de promenade dans la cour sont limitées dans le temps et dans l’espace, où ces heures doivent se faire sans contact avec les autres prisonniers, euh, je veux dire élèves ?

      Qu’est-ce donc que ce lieu où quelques minutes par jour sont consacrés à un « enseignement » qui n’a que pour but de faire croire aux enfermés qu’ils ont quelques minutes loin de leur routine dans l’espace punitif les privant de leurs mobilités ?

      Rubalise.

      Chaque ligne de plus du protocole m’a glacée. J’ai eu l’impression de relire les travaux d’Olivier Milhaud lorsque, jeunes géographes, nous travaillions et échangions sur nos thèses. Les travaux sur... la #prison.

      « #Surveiller_et_punir », écrivait Michel Foucault.
      « #Séparer_pour_punir », ont écrit les géographes.

      « La prison est une peine géographique : elle punit par l’#espace. Elle tient des populations détenues à distance de leurs proches et les confine dans des #lieux_clos. »

      L’école est en train de devenir une #peine_géographique. On n’y enseignera pas, on y contrôlera des élèves qui, heureux de revenir à l’école pour y retrouver un lieu de savoirs et de #socialisation, vont faire l’expérience brutale de cet #enfermement_par_l'espace. Rubalise.

      #SansMoi

      PS : Je vous recommande fortement la lecture de :
      Olivier Milhaud, 2017, Séparer et punir. Une géographie des prisons françaises, CNRS Editions.
      Marie Morelle, 2019, Yaoundé carcérale : géographie d’une ville et de sa prison, ENS Éditions, disponible en ligne : https://books.openedition.org/enseditions/11445

      https://www.facebook.com/benedicte.tratnjek/posts/10156922338365059

      Texte de #Bénédicte_Tratnjek (@ville_en)

    • Alors, j’essaie de comprendre, pour la reprise...

      Injonction du ministère : finir le programme en retirant un chapitre ou deux
      Injonction du rectorat depuis le 16 mars : interdiction de voir de nouvelles connaissances et notions, ne faire que des approfondissements de ce qui a été vu avant fermeture
      => Donc, on finit le programme sans faire de nouveaux chapitres... 🤔

      Injonction du ministère : faire les compétences de type « pratiquer différents langages » avec des croquis de synthèse à produire en géographie
      Injonction de l’établissement : interdiction des manuels, interdiction des photocopies, interdiction de toucher les cahiers pour les corriger, interdiction d’aller en salle informatique ou d’utiliser les tablettes, interdiction d’utiliser les téléphones personnels, interdiction de fournir le moindre fond de cartes en gros
      => Donc, on fait des croquis de synthèse sans documents, sans fonds de cartes, tout en faisant des connaissances déjà vues en réussissant à finir le programme sans avoir le droit de le faire... 🤔

      Je veux bien plein de choses, mais là je ne suis pas sûre de comprendre ce qu’on attend de moi...

      https://www.facebook.com/benedicte.tratnjek.2/posts/261127465252876

      Toujours @ville_en

  • Combien de temps le « barrage contre le FN » peut-il tenir ?

    Impératif, certes, mais pas indiscutable : l’appel à s’opposer inconditionnellement à Marine Le Pen lors du second tour ne doit pas éluder que ce « barrage contre le FN » ne fait que retarder son avènement. Du moins tant qu’on ne sort pas de l’impasse libérale.

    Inséparable de la banalisation de ses idées, la banalisation des résultats électoraux du Front national est tout aussi frappante. De fait, on est aujourd’hui très loin du choc d’avril 2002 et des manifestations qui avaient suivi. Le FN s’est institutionnalisé et ses récents résultats électoraux ont installé l’idée que sa candidate serait nécessairement au second tour, au point que son score apparaisse même « décevant » relativement aux prévisions.

    Cette réédition du 21 avril, quoiqu’inattendue dans son casting, réédite le classique appel à « faire barrage au FN », selon lequel on peut ne considérer le dilemme du second tour que sous l’angle du désaveu sans ambiguïté qu’il faut opposer au post-fascisme du Front national, en atteignant une part de voix la plus élevée possible (en écartant donc aussi l’éventualité du vote blanc). Le dilemme est alors instantanément réglé : la simple morale commande de voter pour l’opposant de Marine Le Pen, quel qu’il soit. Ce n’est plus le vote utile, c’est le vote indispensable comme le fut celui de 2002.

    Quinze ans après le 21 avril 2002
    Dès lors, le discours tardif, confus et peu explicatif de Jean-Luc Mélenchon dimanche soir, dont le principal message a été son refus de donner de consigne de vote pour le second tour, a contribué à déchaîner l’indignation contre cette attitude irresponsable et une ambiguïté difficilement compréhensible dans ces circonstances. L’intention de s’abstenir exprimée par de nombreux « insoumis » (mais pas seulement), notamment via le hashtag #SansMoiLe7Mai, a alimenté le reproche de ne pas voir la profonde différence entre ces deux maux et de ne pas saisir la nécessité d’être dans l’opposition à Emmanuel Macron plutôt qu’à Marine Le Pen.

    Pour autant, vilipender et culpabiliser sans autre forme de procès ceux qui expriment la difficulté, voire le refus de se soumettre à l’injonction républicaine empêche de saisir les motifs de ces résistances, qui présentent des formes variables allant du malaise à la colère, et de considérer ce qu’elles disent de la situation politique. Il semble d’abord que l’on mesure mal le degré auquel le quinquennat a porté le sentiment de trahison, d’humiliation et d’écœurement chez les Français qui attendent que la gauche de gouvernement non seulement qu’elle soit de gauche, mais aussi ne multiplie pas les compromissions et les capitulations. Or Macron représente, pour eux, une pure production du PS hollandien et de sa conversion libérale, autant que l’assurance d’une totale absence de changement dans les orientations du pays.

    Quinze ans après le précédent de 2002, on ne peut ignorer que permettre à Emmanuel Macron d’asseoir son quinquennat sur une légitimité plébiscitaire en escamotant qu’il n’a obtenu les suffrages que de 18% des inscrits au premier tour, c’est lui concéder un blanc-seing sans aucune garantie. Que cette conséquence soit fatale n’enlève rien à l’amertume qu’elle suscite. Amertume, insuffisante, toutefois, pour courir le risque d’un FN au pouvoir, ou d’un" simple" renforcement de celui-ci.

    Front national contre « front républicain » : qui l’emporte à la fin ?
    Plus inquiétant, le retour annoncé de l’appel au « front républicain » perd progressivement de sa capacité à convaincre. Il s’apparente de plus en plus à un chantage sans aucune efficacité contre la progression du FN, tandis qu’il permet aux partis de gouvernement de conserver (de plus en plus mal) le pouvoir. Pouvoir qu’ils exercent en perpétuant les politiques qui, précisément, entretiennent la progression frontiste. Macron, s’il donne l’illusion de ne pas être le pur produit du système, a clairement indiqué qu’il poursuivrait la libéralisation de l’économie et le démantèlement des protections sociales, qu’il était un fervent partisan des politiques institutionnelles et économiques de l’UE, que la transition écologique n’était pas sa priorité et que la crise démocratique était le cadet de ses soucis.

    Autant dire que sa thérapie d’ajustement libéral – « l’économie » doit être plus performante pour ceux qui profitent déjà de la mondialisation heureuse, au prix d’un prévisible surcroît de précarité, de pauvreté et d’inégalités – va s’inscrire, au mieux, dans la continuité des politiques menées depuis quarante ans, au pire (et au plus probable) dans leur aggravation. Sans aucune capacité à résoudre la crise politique globale, et avec le type de conséquences électorales désastreuses dont les exemples se multiplient dans le monde.

    L’élection d’Emmanuel Macron peut alors logiquement apparaître comme un simple sursis de cinq ans, son mandat préparant d’autant mieux l’avènement du FN que sa présidence s’annonce sous le signe d’une grande inconsistance intellectuelle et politique. Du moins si aucun projet politique nouveau, aucune « troisième voie » réellement progressiste ne se consolide rapidement. Or le « barrage au Front national » constitue aussi une digue qui protège le capitalisme financier dans sa forme extrême actuelle… lequel a même réussi à imposer son champion en se passant des partis de gouvernement. Cela ne dispense pas de voter contre Marine Le Pen, mais cela dit aussi l’immense frustration ressentie devant cette situation.

    Sortir de la double impasse politique
    Enfin, le caractère (légitimement) obligatoire du barrage au FN exprime dans ses termes mêmes une désespérante absence de choix. L’alternative entre le néolibéralisme et le post-fascisme, proposée avec un pistolet sur la tempe, donne une idée du déplorable rétrécissement des possibles en politique, résumé par le « voter contre ». Devoir choisir l’un bien qu’il alimente l’autre, lui accorder une caution démocratique est d’autant plus difficile au moment où la campagne de la France insoumise a justement cristallisé l’impérieux besoin d’une remise en cause du « système » politique et économique.

    L’alternative attendue devra ouvrir des brèches dans l’hégémonie culturelle du libéralisme qu’assurent au premier chef les médias institutionnels qui sont, pour la plupart et à des degrés divers, détenus comme des places-fortes par l’idéologie dominante. Ils ont accordé une visibilité considérable au FN, souvent cautionné ses thèmes identitaires et parfois adopté son langage, tout en se montrant incapables de lui opposer une résistance intellectuelle un tant soit peu consistante – en particulier parce que la doxa libérale maintient son déni des apories de son modèle et prohibe toute critique crédible.

    L’amalgame, encore effectué à haute dose lors de cette campagne, entre les programmes voire les idées de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, vise toujours à discréditer l’idée qu’un autre gouvernement soit possible (même le programme de Benoît Hamon a été répudié comme « utopiste »). Ce procédé de disqualification laisse l’électeur devant le choix de l’impasse libérale ou de l’impasse frontiste, l’une conduisant à l’autre. Le « barrage au FN » doit donc cesser d’être l’unique aboutissement électoral proposé ; et il n’y aura pas meilleur moyen de le barrer que de construire une proposition politique radicalement nouvelle, et résolument de gauche.

    Jérôme Latta

    http://www.regards.fr/web/article/front-national-contre-front-republicain-qui-l-emporte-a-la-fin