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    France : les députés approuvent l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux »
    Par La rédaction Publié le : 06/05/2026
    Adoptée par l’Assemblée nationale, mardi, cette proposition de loi permet d’enfermer en centre de rétention administrative (CRA) des étrangers jugés « dangereux » pour une durée de 7 mois (210 jours). Le texte doit encore passé devant le Sénat fin mai.
    De 180 à 210 jours. Les députés français ont adopté mardi 5 mai, un texte visant à allonger la durée maximale de rétention administrative pour des étrangers en situation irrégulière et jugés « dangereux ». La proposition de loi, portée par Charles Rodwell (Renaissance, parti présidentiel) et soutenue par le gouvernement, a été validée par 345 députés allant du centre au Rassemblement national (extrême droite), contre 177 députés à gauche.
    Que contient-elle ? Cette loi permet d’enfermer en centre de rétention administrative (CRA) des étrangers pour une durée de sept mois, si les personnes visées cumulent trois critères :
    L’étranger doit faire l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire (OQTF). Il doit avoir été condamné par le passé à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes. Il représente une menace « réelle, actuelle et d’une particulière gravité » pour l’ordre public.
    Actuellement, la durée maximum de rétention est de 90 jours, ou 180 jours pour ceux condamnés pour terrorisme. Pour cette dernière catégorie, le texte porte aussi ce seuil à 210 jours. Cette proposition de loi doit maintenant être examinée par le Sénat fin mai.
    L’été dernier, une disposition d’allongement similaire avait été censurée par le Conseil constitutionnel, qui l’avait jugée disproportionnée. Ce qui a poussé des élus à la présenter de nouveau, avec une formulation plus restrictive tenant compte des observations des Sages. Elle ne concernera « que quelques dizaines de personnes par an », selon le député Charles Rodwell.Cet allongement à 210 jours a surtout été vivement soutenu et poussé par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, après le meurtre en 2024 de l’étudiante Philippine, alors que le suspect, un Marocain, sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF) venait de sortir de rétention.
    « [La victime] habitait ma circonscription et il y a un an et demi, j’ai pris un engagement auprès de sa famille » de porter un texte « transpartisan » trouvant « un juste équilibre entre la protection des libertés publiques et le renforcement de la sécurité des Français », a déclaré Charles Rodwell, élu des Yvelines.Pour rappel, les étrangers en situation irrégulière peuvent être enfermés dans un centre de rétention administrative (CRA) en vue de leur expulsion - s’il existe un risque qu’ils s’y soustraient. En effet, selon le droit français - et européen - l’enfermement d’un étranger en CRA est une mesure qui ne doit être utilisée qu’en dernier recours, « dans les cas où l’administration n’a pas d’autres moyens moins attentatoires aux libertés pour réaliser l’expulsion », rappelle La Cimade, association de défense de droits des étrangers.
    Être en situation irrégulière est une irrégularité administrative, et pas un délit, selon le droit français.Les réactions ont été nombreuses. « C’est une loi de communication », qui valide « le principe de la prison sans le procès », a fustigé la socialiste Céline Hervieu. Pour l’écologiste Stella Dupont, cette mesure « ne permettra pas davantage d’expulsions », écrit-elle sur X. « Le plus souvent, les blocages viennent du refus du pays d’origine de reconnaître son ressortissant. Et sans cette reconnaissance, aucune expulsion n’est possible. La priorité est donc de renforcer la négociation et la diplomatie avec ces pays, pas de maintenir enfermées ces personnes ad vitam aeternam. »
    Le texte s’attaque aussi plus particulièrement à la menace terroriste. Il porte la création d’une « injonction d’examen psychiatrique » à la main du préfet, pour forcer certaines personnes à s’y soumettre.
    Elles devront avoir montré une adhésion à « des théories incitant ou faisant l’apologie d’actes de terrorisme », et avoir eu des « agissements susceptibles d’être (...) liés à des troubles mentaux ». Après cet examen, le préfet pourra prononcer une hospitalisation forcée.
    Cela permettra d’intervenir « avant le passage à l’acte », s’est félicité Eric Martineau (MoDem, centre). La députée écologiste Léa Balage El Mariky a, au contraire, dénoncé une « dérive majeure » transformant « les psychiatres en agents de sécurité intérieure » et « le soin en contrôle ».La proposition de loi prévoit également la création d’une « rétention de sûreté terroriste », permettant de placer sous certaines conditions des étrangers dans un centre de soins après une peine de prison, comme pour certains autres crimes.
    Des mesures « très concrètes » que Charles Rodwell espère voir adoptées définitivement avant la fin des travaux parlementaires cet été. Plus de 16 000 personnes ont été retenues dans des CRA en 2024, selon la Cimade. Ce nombre grimpe à 40 000 si l’on inclut les étrangers enfermés en CRA à Mayotte (22 300 en 2024) et dans les Outre-mer (Guadeloupe, Réunion, Guyane…).

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  • Au Danemark, dans le centre d’Avnstrup, antichambre des expulsions pour les familles sans papiers - InfoMigrants
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    Au Danemark, dans le centre d’Avnstrup, antichambre des expulsions pour les familles sans papiers
    Le Danemark a adopté une politique d’expulsion systématique des étrangers déboutés de l’asile ou ayant perdu leur droit au séjour dans le pays. Les personnes sont poussées à coopérer avec les autorités pour quitter le pays par leurs propres moyens. Celles qui refusent sont envoyées en centre d’expulsion en vue d’un retour négocié ou contraint dans leur pays. Comme dans le centre d’expulsion d’Avnstrup, que la rédaction d’InfoMigrants a pu visiter.
    Pour atteindre le centre d’expulsion d’Avnstrup, à Hvalsø, il faut quitter Copenhague et rouler pendant une cinquantaine de kilomètres vers l’ouest. En avançant sur la route, les zones urbaines se dissipent et les paysages ruraux s’installent. La région est réputée pour la beauté de la forêt de Bidstrup et ses chemins de randonnée.
    C’est au milieu de ces bois que s’élèvent les bâtiments en briques du centre d’expulsion de d’Avnstrup. Cet ancien sanatorium, entré en fonction en 1940, est devenu un centre d’accueil pour demandeurs d’asile dans les années 1990. Géré par la Croix-Rouge, il sert aujourd’hui de centre d’expulsion et est dédié aux familles d’étrangers. Les hommes seuls qui doivent quitter le Danemark sont, eux, hébergés dans le centre de Kærshovedgård (région du Midtjylland), géré par l’administration pénitentiaire. En cette fin mars 2026, 185 personnes sont hébergées à Avnstrup. Une partie sont « dublinées ». Elles sont entrées en Europe par un autre pays que le Danemark et doivent y retourner pour y effectuer leur demande d’asile. Ces « dublinés » ont été identifiés lors de la « phase 1 » de la demande d’asile : le premier examen de la situation.
    D’autres sont envoyés dans le centre durant l’examen de leur demande d’asile - examen appelé « phase 2 ». Généralement ces personnes ont commis un délit et doivent quitter le pays après avoir effectué leur peine. La dernière catégorie d’étrangers vivant dans le centre est celle des personnes à qui l’asile a été refusé en phase finale - la « phase 3 ». Avnstrup compte environ un tiers de résidents pour chacun de ces trois cas de figure.
    Au sein de l’Union européenne (UE), le Danemark est le seul pays à avoir fait le choix d’établir sur son territoire des centres d’expulsions. Après avoir accueilli plusieurs milliers de réfugiés dans les années 1980 et 1990, Copenhague défend désormais une politique très restrictive sur l’immigration. Celle-ci repose notamment sur l’obligation de quitter le territoire danois en cas de réponse négative à la demande d’asile ou de fin du droit au séjour. Cette mission d’expulsion et rapatriement incombe à l’agence danoise des retours (Hjemrejsestyrelsen) créée en 2020 et placée sous l’autorité du ministère de l’Immigration et de l’Intégration.
    En cas de réponse négative à une demande d’asile, les personnes étrangères sont incitées à coopérer avec les autorités pour rentrer dans leur pays par leurs propres moyens. Elles peuvent alors rester dans le centre d’hébergement où elles se trouvent et bénéficier d’une aide financière pour monter un projet dans leur pays. Si elles refusent de coopérer, elles doivent alors quitter leur centre d’hébergement et sont placées dans un centre d’expulsion : Avnstrup ou Kærshovedgård.
    Des solutions de départ sont de nouveau proposées régulièrement aux personnes retenues dans les centres. Si la coopération est impossible, l’issue peut être un départ forcé. Des moments extrêmement difficiles à vivre pour les familles du centre. « Cela arrive quatre à cinq fois par an. Les agents viennent généralement très tôt le matin et emmènent les gens [...] C’est terrible, dans ces moments-là, les murs du centre tremblent », raconte Helle Jørgensen, la responsable du centre d’Avnstrup pour la Croix-Rouge.
    À Avnstrup, les étrangers sont libres de leurs mouvements. Mais ils ont l’obligation de confirmer leur présence deux fois par jour auprès du personnel de l’agence danoise du retour qui possède un bureau dans le centre, explique depuis son bureau Helle Jørgensen. Ils ont la possibilité de quitter le centre durant deux jours, deux fois par mois, à condition d’obtenir une permission spéciale des autorités danoises.
    Même l’accès à la nourriture est différencié selon le statut administratif des personnes. Les demandeurs d’asile en phase 1 de la procédure reçoivent des repas préparés alors que ceux en phase 2 et 3 ont le droit de préparer leur repas. « Normalement, les personnes [en attente de la réponse de leur demande d’asile] reçoivent de l’argent de poche pour cela mais, ici, les personnes déboutées ne peuvent pas posséder d’argent donc les gens commandent en ligne les ingrédients dont ils ont besoin pour cuisiner et cela leur est livré dans le centre », détaille Helle Jørgensen.
    Une rigoureuse distinction qui frôle parfois l’absurde. « Nous avons accueilli récemment 20 femmes auparavant hébergées à Kærshovedgård. Là-bas, elles mangeaient dans une cafétéria des repas qui leur étaient servis. En arrivant ici, l’administration ne voulait pas du tout que leur confort de vie s’améliore. Donc nous recevons deux fois par semaine des repas surgelés pour ces 20 femmes uniquement, alors que le reste des résidents peut cuisiner », rapporte la responsable. « Les conditions [de vie] sont censées être aussi dures que possible, aussi intolérables que possible, c’est le mot que [les responsables] utilisent, pour essayer de pousser les gens à partir. Mais sans franchir la ligne qui consisterait à violer leurs droits », dénonce Eva Singer, du Danish Refugee Council.
    Et cette période de détention dans le centre peut durer des mois, voire des années. Car certains profils sont inexpulsables, faute de relations diplomatiques avec le pays d’origine, d’accord du pays européen de première entrée, de reconnaissance des autorités du pays d’origine. Anna* fait partie des étrangers inexpulsables que les autorités danoises refusent malgré tout de régulariser. Cette Cubaine de 54 ans erre depuis 15 ans dans le système d’asile danois et vit dans le centre d’Avnstrup depuis un an et demi. Puisque les autorités cubaines refusent de la reconnaître, elle ne peut pas être expulsée vers le pays. Mais elle n’est pas libre pour autant, elle est « tolérée » au Danemark et est contrainte de vivre dans le centre d’Avnstrup alors que sa fille et ses trois petits enfants vivent légalement au Danemark. « Je dois pointer auprès des services de l’immigration deux fois par jour. Je ne peux rien faire de ma vie. J’ai perdu ma famille, j’ai perdu le contact avec mes amis. Je suis très angoissée et anxieuse », confie-t-elle à InfoMigrants depuis la chambre d’une amie. Pour les étrangers contraints de vivre dans cet entre-deux, tout est prévu. Le centre possède sa propre école et sa propre crèche. Un café, une clinique, un psychologue et de nombreuses activités sont accessibles aux adultes, tous privés du droit de travailler et de toute aide financière de l’État. Après quelques années, les enfants peuvent également sortir du centre et fréquenter les écoles locales. Devant la petite école du centre, quelques vélos ont été jetés par terre à la hâte. On entend les cris des enfants en récréation depuis l’arrière du bâtiment. Pour la vingtaine d’élèves de l’école et leurs parents, les cartables et les horaires de l’école donnent un semblant de normalité au quotidien, en attendant le départ

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  • Accord « un pour un » : 377 migrants expulsés vers la France et 380 envoyés au Royaume-Uni - InfoMigrants
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    Accord « un pour un » : 377 migrants expulsés vers la France et 380 envoyés au Royaume-Uni
    Par La rédaction Publié le : 13/03/2026
    Selon les dernières données du Home Office, entre août 2025 et mars 2026, 377 migrants ont été renvoyés en France et 380 ont été accueillis au Royaume-Uni dans le cadre de l’accord « one in one out » conclu entre les deux pays. Cela représente 12 renvois par semaine.
    Sept mois après l’entrée en vigueur du traité « one in one out » ("un entrant, un sortant"), le Royaume-Uni est encore loin de renvoyer au moins 50 migrants par semaine. Selon les dernières données du Home Office, 377 personnes ont été renvoyées en France tandis que 380 ont été reçues par le Royaume-Uni, soit une moyenne de 12 transferts par semaine. Cela ne représente que 2% des 18 790 migrants arrivés à bord de petites embarcations depuis l’entrée en vigueur du traité le 6 août 2025.
    Pour rappel, le projet « one in one out » prévoit le renvoi en France de migrants arrivés à bord de « small-boats » au Royaume-Uni. Et en échange, Londres accepte d’accueillir des migrants se trouvant en France, via une route sûre et légale, et exprimant leur volonté de demander l’asile.L’objectif est de dissuader les traversées de la Manche à la petite mer, mais des milliers de demandeurs d’asile ont franchi le détroit depuis le début du dispositif. Rien que depuis le début de l’année, plus de 3 400 personnes sont arrivés au Royaume-Uni.
    Comme l’avait constaté InfoMigrants à Calais, le traité ne décourage pas les migrants. « En France, je n’ai nulle part où aller alors je n’ai pas d’autre choix que de tenter ma chance au Royaume-Uni », racontait à notre rédaction Ahmed*, un Soudanais de 26 ans dont la demande d’asile a été refusée en France. « Peu importe, je vais quand même continuer mon chemin. Je suis venu d’Afrique, j’ai traversé le désert, la mer Méditerranée… J’ai fait trop de route pour arrêter maintenant et avoir peur d’un accord », témoignait de son côté Khaled*, un Soudanais de 18 ans."J’ai fait trop de route pour m’arrêter maintenant" : à Calais, les nouvelles lois britanniques ne dissuadent pas les migrants de rejoindre le Royaume-Uni
    Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur britannique avait, en février dernier, reconnu que le nombre d’expulsions était « relativement faible », tout en rappelant qu’il s’agissait d’un projet pilote et que « ce programme visait à prouver la viabilité de ce nouveau modèle de collaboration avec les Français ».
    Par ailleurs, « des difficultés pratiques se posent quant à la rapidité à laquelle il est possible de retenir les personnes, de les embarquer dans un avion et de les transférer en France », avait expliqué la ministre de l’Intérieur à LBC.
    Le traité fait aussi face à des contestations devant les tribunaux. Jeudi 12 mars par exemple, un juge de la Haute Cour britannique a suspendu le renvoi en France d’un Érythréen devant être expulsé dans le cadre de l’accord franco-britannique.Arrivé au Royaume-Uni le 12 août à bord d’un « small-boat », ce demandeur d’asile érythréen de 31 ans affirme que la France n’apporte pas un soutien suffisant aux victimes de la traite des êtres humains. Et comme il a été reconnu comme victime de traite par les autorités britanniques après avoir été détenu et exploité par une milice en Libye, le juge a suspendu l’expulsion de l’homme après avoir constaté que les personnes de retour dans le cadre du système « un entrant, un sortant » pourraient rencontrer des difficultés pour accéder à un logement en France et qu’elles seraient susceptibles de se heurter à des obstacles pour accéder à leurs droits aux soins de santé dans le système français.Il avait tenté d’obtenir une première l’asile en France, en vain. Ainsi, le juge a estimé qu’il existait un « risque sérieux que la même situation se reproduise s’il était renvoyé en France ». Il a ajouté que cet homme ne serait « pas reconnu comme victime de traite par les autorités françaises car la traite n’a pas eu lieu en France » et qu’il existait un « réel doute » quant à la possibilité pour cet homme d’accéder à un soutien psychologique en temps opportun en France. Pour motiver sa décision de suspendre l’expulsion, il a conclu que le demandeur d’asile érythréen « risquait de subir des dommages à sa santé mentale s’il était transféré de force en France ».

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  • Plongée au cœur de la rétention administrative en Europe - InfoMigrants
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    Plongée au cœur de la rétention administrative en Europe
    Par RFI Publié le : 13/02/2026
    Les centres de rétention administrative dans lesquels sont placés les migrants sans papiers, en attente d’expulsion, se multiplient en Europe. Au sein de l’Union européenne, seuls 24 % en moyenne de ces retours sont effectifs et les délais de détention s’allongent, jusqu’à 90 jours en France. La sociologue Louise Tassin a eu accès, pendant plusieurs mois, à ces lieux d’enfermement en France, en Italie et en Grèce. Dans son livre « Comme on les enferme », elle en décrypte le fonctionnement, notamment le rôle central des acteurs privés, et les effets, dont celui de rapprocher des étrangers retenus pour des raisons administratives en figures criminelles. Entretien.
    – RFI : Lorsque vous avez accédé, en tant qu’étudiante en sociologie, à ces lieux très fermés au public, qu’avez-vous découvert ?
    Louise Tassin : En arrivant dans le centre de rétention parisien, j’ai eu trois surprises. Alors que je m’attendais à une situation relativement explosive, je me suis trouvée face à des policiers qui plaisantaient, bavardaient, jouaient sur leur téléphone. En fait c’était très routinier. Mais cette routinisation n’était pas dénuée de violence pour autant. Au contraire, elle dit quelque chose de la normalisation de ces lieux.
    Les centres de rétention dans l’Union européenne sont des lieux de violations des droits attestées. Ils ont fait l’objet de condamnations, notamment à l’échelle européenne. Ce qui m’intéressait dans cet ouvrage, c’était moins de documenter une fois de plus ces atteintes au droit que d’essayer de comprendre les conditions qui rendent possibles et acceptables ces abus dans un cadre désormais légalisé, et normalisé.La deuxième surprise, c’est le rôle des acteurs privés, non étatiques, dans ces espaces, notamment en France, mais également en Italie où la gestion est entièrement déléguée à un tiers. À Lampedusa, il s’agit d’une coopérative sociale non lucrative, qui, en réalité, n’a de coopérative et de sociale que le nom, parce qu’elle fonctionne comme une entreprise.La troisième surprise a été de constater à quel point, dans les trois sites que j’ai étudiés, en région parisienne, à Lesbos et à Lampedusa, les expériences des étrangers enfermés se faisaient écho, malgré des conditions matérielles d’enfermement très différentes. Ces personnes ont le sentiment d’être injustement traitées comme des criminels. Il faut rappeler que ces centres de rétention visent à enfermer des étrangers pour un motif uniquement administratif, et non parce qu’ils auraient commis un délit. Or, le fait de les enfermer dans des dispositifs d’allure carcérale, et au fonctionnement carcéral, infléchit le regard que l’on porte sur eux, et tend à les criminaliser.
    – Vous rapportez le cas de cet étudiant, à Paris, interpellé alors qu’il allait faire renouveler sa carte de séjour expirée, et qui pleure, car on l’a « emmené ici dans un truc pour les chiens ». La rétention a un effet déshumanisant ?
    L’animalisation, c’est quelque chose dont j’ai été témoin, à la fois directement et parce qu’on me l’a rapporté. Les personnes qui me l’ont rapporté sont les premières concernées, mais aussi les gens qui travaillent dans ces lieux, et qui, pour certains, notamment ces prestataires privés en France, étaient eux-mêmes choqués.
    Leur situation est particulièrement délicate : l’équipe des sous-traitants, dans le centre sur lequel j’ai travaillé en région parisienne, était constituée presqu’exclusivement d’immigrés et de descendants d’immigrés. Une large partie des équipes a été étrangère et certains ont même été sans papiers au cours de leur trajectoire.
    C’est étonnant à première vue que d’anciens sans-papiers travaillent dans un centre de rétention, mais ça ne l’est qu’en apparence : cela révèle les apories, les contradictions insolubles des politiques migratoires françaises et européennes. La lutte contre l’immigration irrégulière occupe une place centrale sur la scène médiatique et politique, alors qu’en fait, les États membres ont très largement recours à la main d’œuvre précaire et flexible que constituent ces étrangers et ces étrangères.
    – Les prestataires privés jouent un rôle central en France, raconte votre livre. Comment fonctionnent ces centres ?
    Les centres de rétention sont principalement gérés par la police. Ils restent sous la mainmise de l’État. Mais plusieurs intervenants participent à cette gestion. Il y a des associations qui s’occupent du soutien juridique, l’Office français de l’intégration et l’immigration également en France, une équipe médicale et des prestataires privés. Ces derniers sont officiellement assignés à des tâches subalternes qui relèvent de l’intendance quotidienne - buanderie, restauration, nettoyage, gestion de l’hébergement et enfin ce qu’on appelle l’accueil.
    Cette notion d’accueil, dans le cas spécifique du centre que j’ai étudié, font que les prestataires de services occupent une position centrale à la fois dans l’espace et dans l’organisation du dispositif : ce sont eux qui font l’intermédiaire entre les étrangers - qui sont dans une zone d’enfermement circonscrite - et l’ensemble du reste du personnel. Derrière ces tâches subalternes, ils participent finalement de façon plus ou moins formalisée à la mise en œuvre du droit et du contrôle.
    Ils servent d’intermédiaires, d’interprètes, de médiateurs, ils participent à la prévention des désordres et au bon fonctionnement du centre. Ce qui, évidemment, au vu de leur situation, les place dans des situations compliquées. Et ce qui pose un certain nombre de questions, car on observe une forme de transfert informel de prérogatives qui sont traditionnellement régaliennes à des acteurs précarisés qui n’ont, ni les moyens, ni la formation dont bénéficient les acteurs publics.
    Vous êtes allée en Grèce, à Lesbos, où la situation est très différente. Au fil des années, la situation est passée d’une délégation totale aux associations et aux habitants de l’île, à un enfermement ultra contrôlé.
    Entre 2012 et 2015, ce qui est très frappant sur l’île, c’est que les étrangers ne sont pas pris en charge. Il y a un ping-pong de responsabilité qui s’opère entre les garde-côtes et la police locale. Si bien que les personnes qui débarquent sont renvoyées d’une instance à l’autre et finissent par demander elles-mêmes à être arrêtées. Car c’est le seul moyen d’obtenir une obligation à quitter le territoire qui, de facto, constitue une autorisation à y être pendant un mois, et représente la seule manière de quitter l’île en prenant un ferry pour le continent. C’est donc l’île elle-même qui devient une prison à ciel ouvert.
    Et c’est cette situation un peu flottante qui a permis à des collectifs locaux d’aider les migrants à la fois de l’intérieur des lieux d’enfermement et de l’extérieur. Parce qu’il y avait quand même des lieux d’enfermement un peu improvisés : sur le port, dans une ancienne prison, dans un hangar. La situation à Lesbos disait quelque chose à la fois du caractère central de l’enfermement et en même temps de l’improvisation dans laquelle ces centres, et plus généralement la question des migrations, étaient gérés, alors même qu’il s’agissait déjà d’une réalité chronique depuis maintenant des décennies.Mais effectivement, cette improvisation a paradoxalement permis aux acteurs militants de proposer des alternatives, comme le centre Pikpa dans lequel, pendant des années, des personnes migrantes ont été accueillies par des acteurs locaux, sans moyens mais avec beaucoup de volonté.
    – Aujourd’hui, Lesbos abrite le plus grand centre de rétention d’Europe, et l’un des plus sophistiqués, prévu pour 5 000 personnes. Les capacités augmentent beaucoup ?
    Absolument, mais à Lesbos ce nouveau centre doit ouvrir depuis 2022, donc, il y a toujours un peu d’incertitude. C’est un centre controversé notamment parce qu’il a été ouvert au milieu de la forêt, dans une zone classée Natura 2000. En fait, quand on voit ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis, avec l’ICE, avec les grands centres de rétention privatisés qui sont ouverts et que Donald Trump appelle de ses vœux, on a toujours tendance à penser que c’est un peu loin. Et quand on regarde ce qui se passe déjà en ce moment dans l’Union européenne, notamment à ses frontières, et notamment en Grèce, on voit qu’on n’en est pas loin : nous avons en effet des centres immenses, très militarisés, très sécurisés, dotés de nombreuses technologies de pointe. On peut s’interroger sur leurs conséquences à long terme.
    Il y a quelque chose de très surprenant dans le livre : certains prestataires du privé et responsables publics disent que les centres de rétention administratifs ne servent à rien. Pourquoi cette conclusion ?
    Il est vrai que ça a été une grande surprise de me rendre compte à quel point les personnes qui travaillent elles-mêmes au sein de ces lieux sont également critiques de leur inefficacité relative. Il faut savoir que les centres de rétention administrative sont un dispositif coûteux dans l’Union européenne qui ne répond pas, ou peu, aux objectifs qu’ils se fixent.
    Dans l’Union européenne, moins de 30% des personnes qui ont écopé d’une mesure d’expulsion du territoire européen sont de facto expulsées. Et c’est par ailleurs un dispositif aux conséquences, comme on l’a déjà dit, problématiques en termes de d’atteinte aux droits.
    Je pense à un des hauts gradés rencontré dans un centre de rétention. Nous parlions des violences, des actes de détresse, des tentatives de suicide qui sont nombreuses parce que ces centres de rétention sont émaillés de tensions quasi quotidiennes. Quand je lui ai demandé ce qui pouvait être amélioré, il m’a répondu très clairement : « Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr qu’il faille le noter, mais ce qu’il faudrait, c’est supprimer les CRA [centres de rétention administrative, ndlr] régulariser tout le monde. Mais ça ce n’est pas rationnel. » Je laisse aux lecteurs le soin de s’interroger sur le degré de rationalité de cette idée et/ou de celle continuer à perpétrer l’existence de ces centres de rétention

    #Covid-19#migration#migrant#detention#retention#CRA#politiquemigratoire#sante#santementale#droit

  • France : deux nouveaux décrets réforment l’AME, une « offensive contre l’accès aux soins », dénonce Médecins du Monde - InfoMigrants
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    France : deux nouveaux décrets réforment l’AME, une « offensive contre l’accès aux soins », dénonce Médecins du Monde
    Par La rédaction Publié le : 10/02/2026
    Deux nouveaux décrets encadrant l’Aide médicale d’État (AME) ont été publiés au Journal officiel. Le premier indique qu’il faudra désormais fournir des documents d’identité officiels munis d’une « photo d’identité », le second vise à « moderniser les systèmes informatiques de l’État ». Pour le gouvernement, ces mesures visent à lutter contre la fraude dans les dossiers déposés. Pour les associations, au contraire, ces décrets sont un nouvel obstacle dans le parcours déjà semé d’embûches des sans-papiers en France.
    Dimanche 8 février, deux décrets modifiant l’Aide médicale d’État (AME) ont été publiés au Journal officiel. Le premier indique qu’il faudra désormais obligatoirement fournir des documents d’identité officiels munis d’une « photo d’identité ».
    Or, jusqu’ici, faute de documents d’identité, il était possible de fournir « tout autre document de nature à attester l’identité du demandeur et celle des personnes à sa charge ». « Plus d’un tiers des personnes que nous accueillons dans nos centres n’ont pas de pièce d’identité avec photo pour cause de papiers perdus, volés, confisqués ou impossibles à renouveler », alerte Matthias Thibeaud, représentant de Médecins du Monde (MdM).
    « Ce décret aggrave un non-recours déjà massif à l’AME, retardant ou empêchant les soins, dégradant l’état de santé des personnes concernées, avec un impact direct sur la santé publique. Sans parler du coût réel du non-recours : exclure aujourd’hui, c’est hospitaliser plus cher demain », prévient encore MdM dans un communiqué publié mardi. « Cela s’inscrit dans une offensive sans précédent contre l’accès aux soins ».
    Le deuxième décret « modernise les systèmes informatiques de l’État afin que tous les fonctionnaires en charge du dossier [des consulats notamment, ndlr] puissent y avoir accès », a développé le Premier ministre français Sébastien Lecornu.Pour l’heure, pas question de toucher au panier de soins de l’AME, régulièrement dans le viseur de la droite et de l’extrême droite. Le Premier ministre estime qu’il « faudra sans doute » le réformer, mais « les choses ne sont pas prêtes » à ce stade, a-t-il indiqué.
    Pour le gouvernement, ces deux décrets renforcent « la lutte contre la fraude » dans les dossiers déposés, « avec des perspectives d’économies de 180 millions d’euros ». La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen a, elle, accusé Sébastien Lecornu « d’aggraver un des facteurs d’attractivité migratoire dont le coût exorbitant pour les finances publiques (plus d’1,3 milliard d’euros) n’est plus tolérable. » L’Aide médicale d’État représente effectivement 1,3 milliard d’euros par an des dépenses de l’Assurance maladie. Mais contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, ce montant n’est pas « exorbitant », il correspond à environ 0,4 % des dépenses de santé (appelées ONDAM estimés à 270 milliards d’euros en 2026). Cette proportion est stable depuis des années. Et donc une goutte d’eau dans le budget de l’État.
    Rappelons aussi que Sébastien Lecornu avait reçu peu après son arrivée à Matignon en septembre 2025 les auteurs d’un rapport de 2023 sur l’Aide médicale d’État. Dans ce document, les auteurs, l’ancien ministre socialiste Claude Evin et le haut-fonctionnaire Les Républicains Patrick Stefanini, défendaient globalement l’AME parlant « d’un dispositif sanitaire utile, maîtrisé pour l’essentiel ».
    De manière plus générale, l’AME est une aide sociale qui garantit aux étrangers en situation irrégulière présents depuis au moins trois mois sur le territoire français la prise en charge de certains soins médicaux. C’est la seule aide dont peuvent bénéficier les sans-papiers en France. Les soins concernés sont remboursés par l’État, mais sur une base tarifaire de la Sécurité sociale. Cela signifie que le migrant a souvent un « reste à charge ».
    Exemple : si un sans-papiers a besoin d’une couronne dentaire à 500 euros et que la base de remboursement est de 100 euros, le migrant devra payer de sa poche 400 euros. Surtout, l’AME répond à un impératif humanitaire et sanitaire : permettre aux plus vulnérables de se soigner avant d’engorger un système hospitalier déjà sous pression. « Si on ne permet pas aux étrangers de se soigner, ils vont tomber malades. Et s’ils tombent malades, il y a de grandes raisons que la population tombe malade elle aussi […] Si les étrangers n’ont plus accès à l’AME, ils vont sursaturer l’hôpital public », s’était ému en 2024 Mathieu Quinette, coordinateur du programme mineurs non accompagnés de Médecins du Monde.
    Pourtant, la droite et l’extrême droite souhaitent réduire, voire supprimer l’AME au nom d’un supposé « appel d’air migratoire ». Depuis les années 2000, le panier de soins auxquels ont droit les étrangers sans-papiers a été réduit. Les sans-papiers ne peuvent plus profiter des « cures thermales », de « frais d’hébergement enfants et adolescents handicapés », des « examens bucco-dentaires pour les enfants », ou encore de « parcours de procréation médicalement assistée (PMA) ». Ces soins restent intégralement à la charge du patient.Hormis cette liste, le bénéficiaire de l’AME peut accéder à tous les autres soins (médecine générale, dentiste, ophtalmologue...), comme n’importe quel assuré social. Mais dans la réalité du quotidien, le niveau de prise en charge de l’AME se révèle insuffisant pour couvrir les frais réels d’un soin, comme celle d’une paire de lunettes. « C’est un vrai problème pour les lunettes des enfants, par exemple. Deux verres simples de lunettes d’enfant doivent coûter environ 200 euros. Si le tarif 100 % de la sécurité sociale est de 60 euros. Comment les parents vont-ils trouver le reste de la somme ? », avait expliqué en 2022 Didier Maille, coordinateur du pôle social du Comede (Comité pour la santé des exilé.e.s) à Paris.

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  • Migrants africains : « Ces personnes font face à de la violence institutionnelle et psychique », selon une psychologue - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69737/migrants-africains--ces-personnes-font-face-a-de-la-violence-instituti

    Migrants africains : « Ces personnes font face à de la violence institutionnelle et psychique », selon une psychologue
    Par RFI Publié le : 10/02/2026
    Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d’autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l’Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l’hôpital Avicenne reçoit des migrants atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d’exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l’hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#santementale#violence#trauma#routemigratoire

  • Accord « un pour un » : des migrants enfermés au Royaume-Uni avant leur renvoi vers la France dénoncent des traitements dégradants - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69062/accord-un-pour-un--des-migrants-enfermes-au-royaumeuni-avant-leur-renv

    Accord « un pour un » : des migrants enfermés au Royaume-Uni avant leur renvoi vers la France dénoncent des traitements dégradants
    Par La rédaction Publié le : 07/01/2026
    Selon The Guardian, quatre-vingts migrants placés en centre de rétention au Royaume-Uni en vue de leur renvoi en France affirment avoir subi des traitements dégradants de la part des autorités britanniques. Des plaintes balayées par le Home Office.
    Selon une information du média britannique The Guardian, quatre-vingts migrants placés en centre de rétention au Royaume-Uni en vue de leur renvoi en France affirment avoir subi des traitements dégradants de la part des autorités britanniques. Leurs doléances ont été rassemblées dans un document intitulé : « Rapport sur les conditions de détention et le traitement au centre de rétention administrative d’Harmondsworth ».
    Dans le cadre de l’accord « un pour un » signé cet été entre Londres et Paris pour tenter de freiner les traversées illégales de la Manche, les autorités britanniques ont désormais la possibilité d’arrêter directement les migrants arrivés via « small boats » sur le sol britannique et de les placer en centre de rétention. Selon les termes de l’accord franco-britannique, Londres a ensuite 14 jours pour expulser les migrants vers la France.
    Dans leur rapport consulté par The Guardian, les migrants, originaires du Soudan, d’Afghanistan et d’Iran notamment, appellent les instances de l’ONU à enquêter sur leur traitement, affirmant avoir subi « peur, humiliation et détresse psychologique » à Harmondsworth depuis leur arrivée au Royaume-Uni. Ils accusent le Home Office – ministère de l’Intérieur britannique - de les soumettre à une détention arbitraire, de leur refuser l’accès à un avocat. Ils dénoncent aussi un accès limité à des soins médicaux, des traitements dégradants et des préjudices psychologiques.
    « De nombreux incidents impliquant des personnes dont la santé mentale est fragile, y compris des tentatives d’automutilation, ont été recensés », rapporte le Guardian qui cite des extraits du rapport. Des détenus signalent avoir été placés à l’isolement ou dans des unités disciplinaires. « Ce climat engendre une peur, un désespoir et une incertitude constante. » Le centre de rétention d’Harmondsworth n’a pas bonne presse. En 2024, Charlie Taylor, l’inspecteur en chef des prisons l’avait déjà épinglé dans un rapport. « Les conditions ici sont les pires que nous ayons vues dans un centre de détention pour migrants », avait-il déclaré. Pour rappel, au Royaume-Uni, les centres de rétention sont sous-traités à des entreprises privées (comme Mitie) - contrairement à la France où c’est l’Etat qui est en charge de ces structures.
    La plainte des 80 migrants a été balayée par le Home Office. « Nous ne reconnaissons pas les allégations concernant les conditions de détention à Harmondsworth. Nous considérons le bien-être des personnes détenues sous notre responsabilité comme étant de la plus haute importance », a déclaré un porte-parole du ministère de l’Intérieur, toujours selon le Guardian. Et de préciser : "La protection des frontières britanniques est notre priorité absolue. [L’accord « un pour un »] signifie que nous pouvons désormais renvoyer directement en France ceux qui arrivent à bord de petites embarcations, frappant ainsi au cœur même du modèle économique des réseaux criminels."
    La diffusion de cette plainte coïncide avec l’entrée en vigueur de nouveaux pouvoirs gouvernementaux : désormais, les policiers britanniques pourront procéder à des fouilles lors de l’arrivée au port des migrants secourus dans la Manche. Les agents seront habilités à demander aux exilés de retirer leur manteau et leurs gants afin de confisquer les téléphones portables, et de fouiller leur bouche pour récupérer des cartes SIM dissimulées. Le but : récupérer d’éventuelles informations sur les réseaux de trafiquants et démanteler les organisations mafieuses.
    Selon les données du Home Office, 41 472 exilés ont atteint le Royaume-Uni en 2025 après avoir traversé la Manche depuis la France à bord de petites embarcations. Il s’agit du deuxième nombre d’arrivées le plus élevé jamais enregistré depuis le début des relevés en 2018 par le gouvernement britannique. L’accord « un pour un » a jusqu’ici débouché sur le retour forcé vers la France de 193 personnes (et l’admission par le Royaume-Uni de 195 autres), selon les dires du ministre de la Sécurité des frontières Alex Norris le 16 décembre et la BBC. Malgré le durcissement de la politique migratoire britannique, les exilés dans le nord de la France ne comptent pas changer leurs plans et souhaitent souvent, coûte que coûte, rejoindre l’Angleterre. Déjà, parce qu’ils ne connaissent pas toujours l’existence des réformes anglaises. Ensuite, parce que beaucoup ne renonceront pas à leur objectif si près du but, alors qu’ils ne sont qu’à quelques kilomètres des côtes britanniques.

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#politiquemigratoire#sante#santementale#retention#detention

  • « Beaucoup de gens rentrent dans le camp, mais personne n’en sort » : à Mayotte, plus de 800 migrants vivent dans des conditions insalubres - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/68875/beaucoup-de-gens-rentrent-dans-le-camp-mais-personne-nen-sort--a-mayot

    « Beaucoup de gens rentrent dans le camp, mais personne n’en sort » : à Mayotte, plus de 800 migrants vivent dans des conditions insalubres
    Par Romain Philips Publié le : 22/12/2025
    Ils étaient aux alentours de 400 suite à la destruction de leur précédent camp en octobre dernier. Dorénavant, ce sont plus de 800 migrants africains qui vivent dans des conditions difficiles dans le campement de Tsoundzou 1. Et ce, en pleine saison des pluies. « Depuis que la saison des pluies a débuté, c’est encore plus dur de vivre ici », raconte à InfoMigrants Kennedy Kighana. Ce Congolais de 28 ans arrivé à Mayotte en septembre témoigne du quotidien dans le campement établi à Tsoundzou 1, aux abords du village Coallia, un lieu réservé à l’hébergement d’urgence et l’insertion, à l’est de Mayotte. « Quand il se met à pleuvoir fort, ce n’est pas beau à voir. L’eau monte, coule de partout, les gens se réveillent la nuit, trempés », dit-il. Les bâches qui recouvrent les tentes cèdent sous la force des trombes d’eau larguées par le climat tropical de l’île, la cuisine se fait à même le sol et les habitants vivent dans une proximité préoccupante.
    Comme Kennedy Kighana, plus de 800 migrants vivent dans des conditions difficiles dans ce campement de fortune. « Selon notre dernier recensement, il y a 837 personnes ici », assure celui qui se présente comme le représentant du camp. Parmi elles, on retrouve des ressortissants de divers pays d’Afrique des Grands Lacs - RDC, Rwanda, Tanzanie... - mais aussi des Soudanais, Yéménites et Afghans. La plupart sont des demandeurs d’asile et sont donc en attente de l’examen de leur dossier.
    Et le temps passé dans cette précarité affecte durement la situation mentale de certains. « Ici, on a des gens dans des états psychologiques difficiles à cause de la vie que nous menons. Ils sont livrés à eux-mêmes, ne travaillent pas et n’occupent pas leurs journées. Ils sont bloqués dans le camp et réfléchissent à leur condition. Ça crée des troubles mentaux, c’est certain », raconte Kennedy.
    Auparavant, la plupart vivaient à moins d’un kilomètre d’ici, dans un coin de forêt de Tsoundzou 2, un quartier voisin, avant que ce lieu de vie ne soit détruit en octobre dernier. Cette opération avait été présentée à l’époque par le préfet comme « la plus grosse mise à l’abri réalisée depuis 24 mois à Mayotte ». Ce jour-là, sur les plus de 1 200 personnes recensées, 402 avaient été prises en charge par les autorités. Une grande partie des migrants, portant à bout de bras le plus d’affaires possible, se sont réinstallés plus loin sur la route. Et depuis, le camp ne fait que grossir. « On manque cruellement d’espace, ce n’est pas un lieu approprié pour vivre. Il y a la mangrove et la mer juste à côté », ajoute Kennedy Kighana. Certaines cabanes ont dû être surélevées pour éviter les dégâts lors des trop grandes marées.
    Plusieurs associations interviennent ponctuellement dans ce camp, comme la Croix-Rouge ou Solidarités International. Un cadre d’une ONG, qui s’est exprimé anonymement auprès de l’AFP, explique que son association a installé un mécanisme de pompage d’eau de rivière, un accès jugé rudimentaire et fragile en saison des pluies. Cinq sanitaires ont également été apportés et les habitants ont accès quelques heures par jour à deux citernes d’eau. Mais cela « reste totalement insuffisant » pour le nombre de personnes réfugiées dans ce camp, insiste Kennedy Kighana.
    Il salue tout de même l’installation d’un accès à l’eau car de nombreux migrants ont été agressés lorsqu’ils sortaient chercher de l’eau à l’extérieur du camp. De manière générale, les habitants de Tsoundzou 2 sont régulièrement victimes d’agressions lorsqu’ils quittent le camp. « Que ce soit quand on va chercher de la nourriture, des bambous pour les constructions ou faire une petite course, de nombreux habitants ont été violentés », témoigne le représentant.
    Ces camps constituent un sujet très sensible dans le 101e département français, confronté à une forte pression migratoire. En 2024, la présence d’un camp au stade de Cavani, à Mamoudzou, avait déclenché l’installation de barrages par des « collectifs citoyens » pendant plus d’un mois. La même année, les locaux de l’association Solidarité Mayotte, accompagnant les demandeurs d’asile, avaient été incendiés
    Paradoxalement, ce sont aussi ces tensions qui perturbent la résolution des dossiers d’asile. La fermeture de la préfecture par ces groupes a provoqué le « rallongement de la liste d’attente pour les premières demandes d’asile » ou rendu difficile « les renouvellements d’attestation de demande d’asile », indique Solidarité Mayotte, l’association en charge de l’asile sur l’île. Ainsi, « les demandeurs d’asile et les bénéficiaires de la protection internationale, ne pouvant renouveler leurs documents, se retrouvent bloqués dans les démarches d’accès aux droits et d’insertion professionnelle ». L’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) également évoque « des fermetures contraintes des services préfectoraux qui ont affecté l’activité d’enregistrement des demandes d’asile ».
    « Le problème, c’est la lenteur du processus de l’asile », estime le représentant du camp qui attend lui-même une réponse à sa demande de protection internationale. Et d’ajouter : « C’est pour cela qu’on est les uns sur les autres car beaucoup de gens rentrent dans ce camp mais absolument personne n’en sort ». Pour éviter que le campement ne progresse trop sur la voie publique, la préfecture a publié un arrêté, le 12 novembre dernier, interdisant la construction d’habitations informelles sur trois kilomètres le long de la route du camp. Certains nouveaux arrivants redoutent donc de voir leurs abris détruits à tout moment. « Mais pour aller où ? Les gens n’ont nulle part où aller », s’interroge Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme sur l’île, dénonçant une situation « catastrophique ». Les possibilités d’hébergement à Mayotte sont effectivement minimes, voire inexistantes, surtout depuis que le cyclone Chido, fin 2024, a détérioré ou détruit plus de « 68 % des logements collectifs et 36 % des logements résidentiels en dur », chiffre la préfecture. Ainsi, plusieurs habitants ont été sensibilisés, lors de maraudes de la préfecture et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), à avoir recours à un « retour volontaire » vers leur pays d’origine.

    #Covid-19#migrant#migration#france#mayotte#OFII#OFPRA#politiquemigratoire#asile#sante#santementale#droit#camp

  • « En France, toute ma vie aurait été un combat » : ces jeunes cadres musulmans partis s’installer à Dubaï
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/12/02/en-france-toute-ma-vie-aurait-ete-un-combat-ces-jeunes-cadres-musulmans-part

    « En France, toute ma vie aurait été un combat » : ces jeunes cadres musulmans partis s’installer à Dubaï
    Par Charlotte Bozonnet
    Entre opportunités professionnelles et tolérance religieuse, l’émirat séduit de jeunes actifs fatigués du bruit politique et médiatique autour de l’islam en France. Comme souvent à Dubaï (Emirats arabes unis), rendez-vous a été pris dans un mall, ces vastes centres commerciaux climatisés, où l’on vient faire ses courses, flâner, déjeuner, tout en échappant à la chaleur extérieure. Celui de Mirdif, une zone résidentielle de Dubaï, accueille une classe moyenne supérieure d’expatriés et de nationaux.
    Mathieu (qui n’a pas souhaité donner son nom), un Français de 35 ans, y vit avec sa femme et leurs deux enfants de 4 ans et 5 ans. « Ça fait presque dix ans que je suis arrivé à Dubaï ; pour nous, c’est un bon compromis entre l’identité occidentale et la culture arabe et musulmane », explique le jeune cadre, souriant, assis dans un élégant salon de thé. Rien ne prédestinait ce Toulousain, élevé dans une famille catholique, à faire sa vie dans l’émirat. C’est sa conversion à l’islam, en octobre 2011, alors qu’il est en deuxième année de prépa (économique et commerciale), qui a tout changé. Sa décision découlait de longs mois de réflexion et de recherche sur les religions. Elle n’a pas été facile à accepter par ses parents, par sa mère surtout, inquiète de cette conversion à un moment où les journaux parlaient tous de départs massifs de jeunes radicalisés en Syrie. Elle lui a surtout semblé difficile à vivre dans la société. « Jusque-là, je me disais que les musulmans se victimisaient. Mais quand je suis passé de l’autre côté de la barrière, je me suis pris une grosse claque », assure-t-il.
    Diplômé de l’ISC Paris, une école de commerce, Mathieu décroche un premier boulot à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il se retrouve à faire ses prières sous les escaliers de sécurité du parking. Une expérience qui vient s’ajouter à ce qu’il vit comme des micro-agressions de tous les jours. « C’est un peu schizophrénique, on a l’impression de ne pas pouvoir être nous-mêmes. Je me suis dit : si je reste en France, je vais passer ma vie à me battre et je n’ai pas les épaules pour ça. » Il part rejoindre un ami installé à Abou Dhabi avec 4 000 euros en poche, mais c’est finalement à Dubaï que les opportunités professionnelles sont les plus nombreuses. Le début n’est pas évident. Il compte chaque dirham, le temps de se faire une place. Aujourd’hui, il a un bon poste dans une agence de marketing et gagne 6 000 euros par mois. Il a bien entendu les critiques régulièrement formulées sur les Emirats arabes unis : le système politique autoritaire, l’obligation de quitter le pays sous un mois quand on perd son travail, le prix exorbitant des écoles, mais il a trouvé une tranquillité sur ce territoire cosmopolite (la population compte plus de 90 % d’expatriés). « Ma famille me dit que j’ai bien fait de partir ! »
    Combien sont-ils à faire comme lui ? A quitter la France parce que, en tant que musulmans, ils ne s’y sentent plus bien ? Aucun chiffre n’existe. Publié en 2024, le livre La France, tu l’aimes mais tu la quittes (Seuil), dans lequel Mathieu a témoigné, avait mis un coup de projecteur sur le phénomène, sans le quantifier.
    « Impossible à dire. Personnellement, je me suis mise à travailler sur le sujet parce que, dans le cadre de mes recherches, de plus en plus de personnes se sont mises à m’en parler », souligne Margot Dazey, chargée de recherche au CNRS, rattachée au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (université de Lille).
    La sociologue, dont les travaux portent sur l’islam en France, a mené une série d’entretiens auprès de vingt-sept expatriés français, hommes et femmes, âgés de 31 à 46 ans, avec un revenu supérieur à 3 000 euros par mois et diplômés au minimum d’un master 1. Tous se reconnaissent de confession musulmane, mais avec des niveaux de pratique très disparates. « Au cœur de leur décision de partir, il y a un même sentiment de frustration. Jeunes actifs, ils sont en pleine mobilité sociale ascendante, mais n’arrivent pas à avoir le statut correspondant à leur position, en raison du racisme et des discriminations, explique-t-elle. Quand ils arrivent à l’étranger, ils vivent souvent une mise en cohérence entre ce qu’ils sont et la façon dont ils sont considérés. »
    Si la pratique religieuse est une des raisons qui poussent au départ, elle est loin d’être la seule. Descendant d’une famille immigrée – du Maroc par ses grands-parents paternels et du Portugal par ses grands-parents maternels –, Sofiane (les témoins cités par un seul prénom ont préféré modifier leur identité) est venu fin 2023 à Dubaï, où il travaille dans le secteur du conseil. Le trentenaire est le premier de sa famille à avoir fait des études supérieures. Après un cursus en droit, il a intégré l’école de commerce française Skema, en 2019, et c’est en 2021, pendant un stage à Dubaï, qu’il découvre l’émirat, « un déclic ». « Il y a ici des opportunités professionnelles très importantes, de bons salaires, un sentiment de sécurité, une qualité de vie. Surtout, il n’y a pas de “bruit” autour de ton nom ou de ton origine. La question, c’est qu’est-ce que tu as déjà fait dans ta vie ?
    En France, le jeune homme a eu l’impression d’être irrémédiablement renvoyé à ses origines ou à une pratique religieuse supposée. « C’est fou parce que je suis la troisième génération à être en France, je suis français, j’ai grandi dans des valeurs plutôt catholiques, et pourtant j’ai toujours eu des réflexions, dès le collège », raconte Sofiane. « Ce sentiment est nourri à la fois par ce qu’ils vivent au quotidien, les expériences de discrimination vécues par eux-mêmes ou par leurs proches, mais aussi par une ambiance étouffante où ils ont le sentiment d’être montrés du doigt dans les médias et par une partie de la classe politique », poursuit Margot Dazey, qui identifie des « points de bascule à l’origine de la décision de partir : le moment des stages, quand on part à l’étranger et qu’on s’aperçoit que ça peut être différent ailleurs, mais aussi le moment où on a des enfants ou on projette de fonder une famille ».
    Fraîchement installée à Dubaï, Meryem, 40 ans, salariée dans une entreprise de la tech, vivait à Paris avec son mari et ses deux enfants. Si le projet de partir en expatriation en famille était bien présent, la destination de Dubaï n’était pas sur la liste. Mais la proposition de son employeur cochait pas mal de cases, tant pour son intérêt professionnel que des conditions de vie offertes. Elle a aussi ouvert de nombreuses réflexions au sein du couple. « Depuis deux ans, nous avons arrêté de regarder les informations pour protéger notre santé mentale, explique Meryem. Et encore, je ne suis pas une musulmane visible, je ne porte pas de signes d’appartenance religieuse. J’admire la force mentale des jeunes femmes voilées qui supportent des regards malveillants au quotidien. »
    Née de parents marocains immigrés dans le sud de la France – son père a travaillé comme ouvrier agricole, sa mère comme femme de ménage –, Meryem n’a pas été victime de racisme pendant sa jeunesse. « Mais je vois bien la différence lorsque j’accompagne mes parents au sein de l’administration. Ils sont résidents en France depuis cinquante ans, paient leurs impôts, mais sont toujours considérés comme des immigrés et assez souvent traités avec condescendance. » Elle est aussi peinée de voir se gommer un héritage culturel familial : « Je me suis surprise à conseiller à mes enfants de ne pas parler arabe à l’école. Je n’aurais pas eu cette réflexion si ma langue maternelle avait été l’italien. » Plusieurs épisodes récents remontent à la surface, comme la réflexion de cette maîtresse, sortie de nulle part, « il a dû vous voir manger le couscous avec les doigts », ou de ce petit garçon, à propos du prénom de son fils, « il s’appelle comme le chef du Hamas ».
    Meryem sait bien que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, qu’il y a à Dubaï d’autres problématiques, mais « on ne subit pas le racisme ordinaire, nos enfants apprennent l’arabe, obligatoire à l’école. Cela me fait plaisir de pouvoir leur transmettre ce que mes parents m’ont transmis. C’est une richesse », explique la quadragénaire, pour qui « la situation politique [en France] a contribué à [s]a décision de partir ».
    Car, dans l’expatriation, toutes les destinations ne se valent pas. « Certaines obéissent à des motivations surtout religieuses, comme le Royaume-Uni ou le Canada, quand d’autres, telles que les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite, attirent plutôt pour des raisons d’opportunités économiques, sécuritaires et fiscales », analyse Arnaud Lacheret, directeur du campus de Skema à Dubaï et auteur de plusieurs ouvrages sur l’immigration, dont Les Intégrés (Le Bord de l’eau, 2023), pour qui le rôle du facteur discriminatoire dans le choix de partir est surestimé.
    Le départ, Leïla, 26 ans, employée dans l’industrie du luxe, et son compagnon, cadre dans l’industrie agroalimentaire, le prévoient d’ici à trois ans. Immigrée de troisième génération – ses grands-parents sont arrivés d’Algérie au moment de l’indépendance –, la jeune femme a grandi dans un univers privilégié : parents cadres, quartier cossu, bac + 5. Elle était l’une des rares filles maghrébines et de confession musulmane de sa classe, mais n’a pas de souvenir de discrimination pendant sa scolarité.
    Autour d’elle, le discours était celui de l’assimilation : s’intégrer, ne pas déranger et réussir. « Ma grand-mère me disait toujours : “Ne parle pas de politique, sois discrète.” La religion, c’était à la maison. On ne se cachait pas, mais presque ! J’ai même étudié dans un collège privé catholique, c’est dire à quel point nos parents voulaient nous intégrer », explique-t-elle. Maintenant en CDI, dans le secteur qu’elle souhaitait, Leïla ressent une forme de découragement. « T’as beau avoir les codes, le bagage académique, rien n’y fait. On nous renverra toujours à nos origines, à notre religion. C’est triste et je n’aurais jamais pensé en arriver là. » Le choix de la destination n’est pas encore arrêté : ce sera Dubaï ou un autre pays du Golfe, pourquoi pas Riyad, en Arabie saoudite, considéré comme le Dubaï d’il y a quinze ans en matière de perspectives de développement économique. « En tout cas, un endroit qui allie opportunités de carrière et melting-pot culturel », souligne-t-elle.

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