• Ceuta : les migrants quittent l’enclave et racontent le déchaînement de violence des derniers jours
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    Ceuta : les migrants quittent l’enclave et racontent le déchaînement de violence des derniers jours
    Samedi, à la tombée de la nuit, des migrants continuaient de quitter Ceuta. À raison de quelques dizaines de personnes par demi-heure. Le plus fort de la crise migratoire est passé, alors que 50 000 personnes ont franchi illégalement la frontière cette semaine. Du jamais vu dans l’histoire de l’enclave espagnole. De retour en territoire marocain, les candidats à l’émigration pointent la violence qu’ils ont subie sur place et qui a eu raison de leur rêve d’Europe.
    Un policier demande à un jeune homme où il veut aller. Des autocars attendent les migrants à leur sortie de Ceuta pour des rapatriements aux quatre coins du royaume. « Moi je vais à Tanger, je rentre chez moi », répond, soulagé, l’un de ceux qui viennent de franchir la frontière espagnole en sens inverse. « On est partis dans l’espoir de changer nos vies, on pensait trouver un pays meilleur. Ça, c’est la blessure laissée par un club de golf. Ce sont les gens de Ceuta qui m’ont fait ça », raconte un jeune homme qui montre une ecchymose sur son épaule.
    À côté de lui, Ilham, une vacancière originaire de Toulouse. « Je suis venue exprès pour voir ce qu’il se passe réellement. Moi, mon cœur il est serré, l’armée espagnole, ils ont regroupé des enfants pour les faire revenir au Maroc. Je vous jure, je les ai vus les frapper », raconte-elle. Mustapha a 17 ans. Il décrit des scènes de chasse à l’homme. Il a dû se réfugier dans une forêt pour fuir les militaires et des habitants de Ceuta. « On a vraiment souffert. Cette violence qu’on a subie, ça nous a atteints psychologiquement. C’est pour ça qu’on a quitté cet endroit », raconte-t-il. Les témoignages de migrants se recoupent et décrivent le déchaînement de violence qu’a connu Ceuta ces derniers jours.

    #covid-19#migrant#migration#maroc#espagne#ceuta#crisemigratoire#sante#santementale#violence

  • Comment le Portugal tente de soigner les esprits des migrants face aux traumatismes de l’exil - InfoMigrants
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    Comment le Portugal tente de soigner les esprits des migrants face aux traumatismes de l’exil
    Par RFI Publié le : 23/07/2026
    Au Portugal, les migrants sont plus que jamais indispensables à l’économie, mais leur santé mentale reste fragilisée par les traumatismes de l’exil et la montée des discours xénophobes. De Lisbonne à Almeirim, la société civile se mobilise pour mieux les accompagner.
    Dans le centre Ismaili de Lisbonne, une petite équipe de six femmes prépare ses actions sur le terrain. Leur objectif : recueillir des informations sur la santé mentale et le bien‑être des personnes migrantes dans le cadre du projet What Health (Quelle santé, en français). Au programme, aller à la rencontre des populations immigrées dans la rue, mais aussi profiter des fêtes et des événements des diasporas pour proposer leurs questionnaires.
    "La santé mentale, c’est un sujet extrêmement complexe, et donc tabou pour beaucoup, explique Sofia Peyssonneau, chargée de développement communautaire de la fondation Aga Khan, travaillant sur le projet What Health. On ne peut pas se contenter d’organiser des événements intitulés “santé mentale”. Il faut trouver d’autres stratégies. Par exemple, lorsqu’il y a une fête d’une diaspora, nous demandons à y tenir un stand. Nous proposons un bilan de santé grâce aux médecins de l’équipe, puis les participants remplissent un questionnaire sur la santé mentale."
    Sur le terrain, ce sont ces médiatrices issues de l’immigration qui portent ce travail de longue haleine. Elles viennent du Népal, de Chine, d’Inde, du Bangladesh ou encore du Pakistan. Diplômées dans leur pays d’origine, parfois médecins, elles veulent améliorer les conditions de vie de leurs pairs en participant à la collecte de données et à la sensibilisation. "Il y a un besoin d’améliorer les choses, car les migrants au Portugal ont des difficultés d’accès aux services de santé et la santé mentale reste très taboue", explique Pabitra Neupane, médiatrice culturelle pour l’association Nialp et travaillant sur le projet What Health. Des membres de l’équipe de What Health organisent un jeu de rôle pour préparer les personnes étrangères aux rendez-vous avec les institutions lors d’une fête de la diaspora pakistanaise au Portugal à Lisbonne. Elles profitent de l’occasion pour présenter un questionnaire lié au bien-être et à la santé mentale.
    Financé notamment par l’Union européenne, What Health doit mener, jusqu’en 2029, un vaste travail de recherche sur la santé mentale des migrants afin de favoriser une meilleure prise en charge. Après la collecte de témoignages, l’équipe d’enquêtrices interrogera des médecins pour cerner les lacunes du système, avant de les former à une approche intégrant les dimensions culturelles. Certains praticiens ainsi formés, accompagnés par les enquêtrices, iront ensuite au contact des communautés migrantes pour les sensibiliser à la santé mentale et expliquer les parcours de soins disponibles.
    Depuis la fin des années 1990, le Portugal est passé d’un pays d’émigration à un pays d’immigration. "Dans un premier temps, le pays a accueilli surtout des migrants des pays lusophones, comme le Brésil et le Cap-Vert, puis des citoyens d’Europe de l’Est", rappelle Mario Ribeiro, doctorant et coordinateur de l’Observatoire des migrations. À partir du milieu des années 2010, sont arrivés des réfugiés syriens et afghans, des travailleurs venus du sous-continent indien et des retraités européens, dans un contexte de vieillissement démographique et de besoin accru de main-d’œuvre."Nous avons besoin de travailleurs migrants pour l’agriculture, le tourisme ou encore l’accompagnement des personnes âgées", souligne-t-il. "Si l’on va dans les champs de l’Alentejo ou du Ribatejo, la majorité des récoltes est réalisée par des travailleurs migrants." La présence de ces nouveaux publics impose une adaptation des services, notamment dans le domaine de la santé mentale.
    En effet, nombre de personnes arrivent au Portugal traumatisées, soit par des parcours de migration violents et déshumanisants, soit à cause des conflits qui leur ont fait fuir leur pays. À Almeirim, une ville à environ 80 km à l’est de Lisbonne, Cátia Sequeira, qui coordonne un centre local d’aide et d’insertion des migrations (Claim), a notamment accompagné des réfugiés syriens et ukrainiens marqués par la guerre. "Certaines personnes sursautaient au simple bruit d’une chasse d’eau parce qu’il leur rappelait les bruits des bombardements", raconte-t-elle.
    Face à ces situations, l’association Pro Abraçar qui gère le Claim d’Almeirim a développé Cuidar+, un accompagnement psychologique et social pour aider les personnes à retrouver des repères. "Il fallait créer un espace où l’on peut les écouter. Il y a aussi beaucoup de violence domestique et de violences plus complexes. Nous avons instauré un climat de confiance et cultivons une grande proximité avec nos usagers, ce qui nous permet d’intervenir lorsque des situations plus délicates surviennent." Avec l’arrivée de nouveaux publics, souvent non lusophones, le système de santé s’est aussi ajusté. "Le premier défi reste toujours celui de la barrière de la langue", note Mario Ribeiro. Des services d’interprétariat téléphonique et des médiateurs interculturels ont été mis en place pour faciliter la communication entre soignants et patients migrants. Un travail de médiation prolongé par le projet What Health, mais aussi des organisations comme l’ONG Conselho português para os refugiados (CPR - le Conseil portugais pour les réfugiés, en français).
    Au CPR, un accueil qui prend en compte les différences culturelles
    À Loures, le centre d’accueil des réfugiés géré par le CPR constitue une autre porte d’entrée vers les soins, pensée pour les personnes en demande du statut de réfugié. Dès leur arrivée, les réfugiés sont logés et accompagnés pendant toute la première phase de leur procédure d’asile. « Ils sont toujours évalués dans les premières 48 heures, avec un bilan psychosocial qui prend en compte la santé physique, mais aussi une première évaluation de la santé mentale », détaille Catarina Baptista, directrice de ce centre et psychologue de formation. Ce tri initial permet d’identifier rapidement les situations les plus urgentes. "Notre équipe de psychologues réalise ensuite une analyse plus approfondie, en individuel ou en groupe selon la situation de la personne", ajoute la directrice du centre. Le CPR a aussi signé un protocole avec l’hôpital psychiatrique Júlio de Matos, à Lisbonne, pour garantir un accès plus rapide aux consultations de psychiatrie. Pour Catarina Baptista, le fait de proposer des soins dans un cadre habitué aux réfugiés est déterminant : "Le soutien est ici pensé de façon culturellement sensible. Dans de nombreux hôpitaux, on voit encore des difficultés à accéder à des services de traduction ou à comprendre des comportements qui varient selon les cultures. Cette incompréhension entrave le diagnostic et la continuité des soins, alors même que la loi sur l’asile oblige le pays à garantir l’accès à la santé."
    Si les acteurs de terrain multiplient les initiatives, le contexte politique et économique pèse lourdement sur la santé mentale des migrants. Depuis une réforme entrée en vigueur en 2025, les personnes en situation irrégulière doivent payer plus de 100 euros pour se rendre à l’hôpital, une somme hors de portée pour beaucoup, qui craignent aussi de perdre une journée de salaire. "Le fait que ces personnes, qui sont en cours de régularisation, doivent payer, les conduit souvent à renoncer à se soigner, pointe Cátia Sequeira. Beaucoup cessent d’aller à l’hôpital parce qu’elles ont entendu un ami dire qu’il a eu un passage aux urgences et a reçu une facture. Alors, elles attendent d’être au bout du rouleau et quand elles arrivent ici, nous devons souvent appeler directement les urgences." Ces impératifs financiers nourrissent le mal-être auquel s’ajoute souvent l’isolement. Nombre de travailleurs migrants vivent loin de leurs proches. L’équipe de Cátia Sequeira rend ainsi régulièrement visite aux personnes hospitalisées, un accompagnement non prévu dans ses missions officielles, mais qu’elle juge indispensable pour que "personne ne se sente seul".
    Au niveau européen, la situation se tend aussi avec le nouveau Pacte sur les migrations, qui prévoit une accélération des procédures d’asile et des mécanismes de tri à la frontière. Catarina Baptista du CPR s’inquiète du risque que les personnes aient "moins de temps pour faire valoir leurs droits et accéder à un accompagnement digne". Dans ce climat, la montée du parti d’extrême droite Chega et la banalisation du discours anti‑immigration au Portugal ont des effets directs sur la santé psychique. Toutes les participantes au projet What Health constatent un changement de regard en un peu plus d’un an. "Le racisme augmente. Quand je suis arrivée en 2022, les gens étaient accueillants. Maintenant, si on est voilée, on est discriminée. On m’a déjà refusé l’entrée dans un bus", témoigne la docteure Sabera Parvin, l’une des enquêtrices de terrain du projet mené par la fondation Aga Khan et Nialp.
    Pour les acteurs associatifs, cette hostilité représente aussi une forme de violence psychologique. "Nous avions le sentiment que la communauté locale avait progressivement accepté ces nouveaux habitants. Puis, il a fallu recommencer à lutter contre les préjugés et la désinformation. Le parti Chega a fini par saper le travail que nous avions déjà accompli", observe Cátia Sequeira, de l’association Pro Abraçar. Catarina Baptista du CPR explique en quoi ces discours violents touchent plus particulièrement les réfugiés : "Un processus de retraumatisation se met en place : je quitte mon pays parce que je ne m’y sens pas le bienvenu, et j’arrive dans un autre pays où je ne me sens pas le bienvenu non plus. C’est une nouvelle couche de traumatisme qui s’ajoute à un traumatisme préexistant. La confiance envers les institutions et les personnes censées aider diminue, ce qui rend les gens encore plus vulnérables." L’ONG porte d’ailleurs le projet "Do Cuidado ao Auto‑Cuidado" (Du soin au soin de soi, en français), qui vise à faire profiter de leur expertise d’autres structures et professionnels du système d’asile aux questions de santé mentale. "Ce projet a deux grands objectifs : d’un côté, former des équipes culturellement sensibles et informées des traumatismes ; de l’autre, les aider à se protéger elles‑mêmes du stress secondaire lié à l’exposition à la souffrance", explique Katarina Batista. Là encore, l’enjeu rejoint celui de What Health : prendre soin des personnes migrantes, c’est aussi prendre en compte celles et ceux qui les accompagnent pour que le système d’accueil reste humain.

    #Covid-19#migrant#migration#portugal#sante#santementale#immigrayion#asile#humanitaire#diaspora

  • « Infiniment merci, j’avais besoin d’être écouté » : à Paris, une unité dédiée à la prise en charge psychiatrique des migrants - InfoMigrants
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    « Infiniment merci, j’avais besoin d’être écouté » : à Paris, une unité dédiée à la prise en charge psychiatrique des migrants
    Par Romain Philips Publié le : 01/07/2026
    Située en plein coeur de Paris, Capsys est une unité hospitalière dédiée à la prise en charge psychiatrique des exilés. Ici, une équipe accompagne les patients à surmonter les traumatismes de l’exil et les difficultés de la précarité en France.
    Reportage : Une béquille sous chaque bras, Jérôme*, 34 ans et originaire du Congo-Brazzaville, entre lentement dans la salle de consultation. Par petits pas, il avance délicatement ses pieds au sol, son sac à dos pend sur son épaule gauche. Il le dépose sur la chaise puis fixe son interlocutrice. « Merci de me recevoir aujourd’hui, j’ai besoin d’aide ». Depuis son arrivée en France en décembre 2025, il peine à joindre les deux bouts. « Je suis traumatisé et j’ai de fortes pertes de mémoire », admet-il dans un français parfait. « J’oublie les casseroles sur le feu, j’ai même failli me faire renverser plusieurs fois par des voitures ». Et subitement, le Congolais s’effondre en larmes : « J’ai l’impression que mon cerveau me lâche ».
    « Prenez votre temps », lui répond Francesca Carrani en lui tendant un mouchoir pour épancher ses larmes. Depuis janvier, elle officie en tant que psychiatre à l’unité Capsys, spécialisée dans le traitement psychologique des exilés. C’est la première fois qu’elle reçoit Jérôme en consultation. La professionnelle cherche à découvrir l’origine du traumatisme.Rapidement, son patient évoque des cauchemars, des cris en pleine nuit. « Je revois tout ce qu’il s’est passé », dit-il. Jérôme marque une pause. Cherche ses mots. Puis montre sur ses jambes les cicatrices, traces des coups reçus. Et les larmes reprennent. « On m’a battu, ligoté et traîné au sol puis laissé là, comme pour mort, sur un trottoir ». Victime d’un passage à tabac pour son engagement politique dans l’opposition de son pays, c’est la raison pour laquelle il a pris la fuite vers la France.
    « Vous avez vécu beaucoup de choses, c’est normal que votre cerveau ait du mal à rester concentré », explique la psychiatre. « La perte de mémoire est un symptôme de cet état de stress post-traumatique », ajoute-t-elle. Aujourd’hui, Jérôme cherche encore une raison de croire en l’avenir et admet avoir plusieurs fois eu « des idées noires ». Il marque une nouvelle pause, se masse la nuque, dont il se plaint de fortes douleurs.La première fois qu’il a envisagé le suicide, c’est lorsqu’il a perdu sa fille, alors âgée d’à peine quelques années, d’une maladie. « Les médicaments étaient sur la table, j’allais le faire. Mais j’ai pensé à mes autres enfants, c’est ce qui m’a fait renoncer », soulève le père de famille. Et il s’interroge : « Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Je ne sais même plus combien de fois j’en ai pleuré dans ma vie ».
    Comme lui, ils sont des centaines chaque année à franchir la porte de Capsys, l’unité du pôle Psychiatrie Précarité du groupe hospitalier universitaire (GHU) de Paris. Financé par l’agence régionale de santé d’Ile-de-France, ce service, lancé en 2021, est spécialisé dans la prise en charge psychiatrique des exilés.Ici, deux psychiatres, une psychologue, un infirmier et des interprètes reçoivent tous les jours des exilés - qu’ils soient sans-papiers ou en règle - venus d’Ile-de-France. Ils tentent de venir en aide à cette population pour qui l’angoisse et la tristesse viennent souvent s’ajouter à un parcours migratoire traumatisant. « C’est un peu la clinique du désespoir », résume lapidairement Andrea Tortelli, psychiatre et cheffe de l’unité. « Ce qu’on fait ici, c’est les aider à tenir ».
    Mais la précarité des patients, qu’elle soit financière, sociale ou administrative, rend la tâche difficile. L’équipe médicale tente de prendre en charge un concentré colossal de désespoir et le moral « en dent de scie » des patients. « On commence à les suivre, ils vont mieux. Mais rapidement, il y a toujours quelque chose qui tombe comme un refus de titre de séjour ou d’asile, une perte de logement, une famille qui se retrouve à la rue. Et là, c’est la rechute. On recommence à zéro », détaille la psychiatre.
    Pour Marie*, la rechute a eu lieu quand elle a reçu une photo de sa fille, l’œil rouge ensanglantée après s’être fait frapper à l’école. Cette Guinéenne de 35 ans suivie depuis plus d’un an n’a pas vu ses enfants depuis près de cinq ans. Mariée de force à son cousin qui la maltraitait, elle a pris la fuite vers la France en laissant ses filles chez sa sœur, au Nigeria.Mais faute de papiers, elle n’a jamais pu leur rendre visite ou les faire venir en France. En mai dernier, après une demande d’asile rejetée, elle a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour pour raisons médicales, ayant été opérée du cœur. Elle dispose également d’une carte d’invalidité. Des documents qui lui permettent enfin d’être en situation régulière en France, mais pas de voyager.D’un ton faible, elle raconte être envahie par ses pensées. « Je ne dors plus. Seulement une ou deux heures, puis je me réveille. La journée, je ne fais rien. Je suis épuisée », raconte Marie, d’une voix chevrotante. Sous sa casquette, ses yeux noircis par les cernes témoignent de son quotidien. Le regard perdu vers le sol, elle répète, comme pour se convaincre elle-même : « Ca va. Ca va. Ca va ».
    En fin de consultation, les médecins peuvent prescrire un traitement : antidépresseurs, anxiolytiques ou somnifères. Ce sera le cas pour Marie, afin de l’aider avec son stress et ses insomnies. Le Capsys dispose d’une petite pharmacie pour les migrants qui ne peuvent pas se faire rembourser. « Avec ces traitements, on fait aussi beaucoup de prévention car sans prise en charge, de nombreuses pathologies déjà existantes risqueraient de s’aggraver », explique Andrea Tortelli.
    Après quelques semaines de traitements, les patients se portent mieux. « On voit énormément de personnes arrivées dans un piètre état, puis aller beaucoup mieux au fur et à mesure des séances », raconte Mosadiq Safi, l’un des interprètes de l’unité. Arrivé en France en 2017, depuis un pays qu’il ne veut pas divulguer craignant pour sa famille, il a obtenu l’asile. « Mais avant cela, j’ai vécu à la rue, j’ai connu l’angoisse et l’attente d’un recours devant la CNDA [Cour nationale du droit d’asile, ndlr]. Et à l’époque, un endroit comme Capsys n’existait pas », dit-il.
    Preuve de l’intérêt d’un tel dispositif : la patientèle ne cesse de grandir. « Chaque année, on accompagne de plus en plus de monde. L’année dernière, c’était 1 000 patients. Si on continue à ce rythme, on en aura près de 1 500 cette année », se réjouit Andrea Tortelli. Le budget alloué à l’unité a même récemment été presque doublé.
    « On a quasiment deux nouveaux patients par jour », ajoute la psychiatre. « La demande est là mais on est obligé de faire du tri car on est débordé ». Elle rappelle que « le seul critère, c’est l’argument clinique ». « Jamais le statut administratif ne sera un critère », insiste-t-elle devant un emploi du temps plein à craquer sur plusieurs mois.
    Car aujourd’hui, malgré l’enveloppe budgétaire, l’unité de soin tourne avec la moitié de ses effectifs. « Il nous manque un médecin, deux infirmiers et tous les postes d’assistants sociaux sont vacants », résume la cheffe. En cause ? La difficulté du métier. « Il y a une fatigue importante qu’il faut encaisser. On accueille la détresse des gens et on doit être à la hauteur », détaille Andrea Tortelli. La salle d’attente, elle, est pleine. Merveille*, une Congolaise, en sort pour son rendez-vous. Ce sont de bonnes nouvelles qu’elle vient apporter. Elle a retrouvé son mari dont elle avait été séparée en Grèce, et sa procédure Dublin prend fin. Elle espère donc demander l’asile en France. Ici, elle a vécu à la rue, dans des hôtels ou dans des gymnases après des opérations de « mises à l’abri ». « J’ai aussi subi des actes de tortures sur la route de l’Europe », glisse-t-elle succinctement. « Venir ici m’a vraiment aidé à surmonter (sic) », explique-t-elle à InfoMigrants.De l’autre côté du couloir, après près d’une heure d’entretien, Jérôme rattrape ses béquilles et se prépare à s’en aller. « Rien que d’avoir été écouté m’a aidé. Ma douleur à la nuque s’est dissipée. Infiniment merci, j’avais besoin d’être écouté. Vous êtes un remède », glisse-t-il à Francesca Carrani en partant. Son prochain rendez-vous sera dans le courant de l’été

    #Covid-19#migrant#migration#france#santementale#psychiatrie

  • La longue quête des familles de migrants disparus en mer en tentant de rejoindre l’Europe : « Je veux juste savoir s’il est encore en vie »
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    La longue quête des familles de migrants disparus en mer en tentant de rejoindre l’Europe : « Je veux juste savoir s’il est encore en vie »
    Par Mustapha Kessous
    Le 4 août 2025, à 5 h 15, Bélédine Engelbert a reçu l’appel d’un inconnu : « C’est toi la grande sœur de Kankeu ? Je suis un de ses amis. Sois forte, mama », a lancé l’homme au bout fil. La veille, lui a-t-il raconté, il est monté avec d’autres à bord d’une petite embarcation surchargée qui a chaviré non loin des côtes de Sfax, en Tunisie. « Pendant le naufrage, Kankeu a crié “Sauvez-moi”. Il n’est plus là », a dit l’inconnu.
    Depuis ce coup de fil, Kankeu, camerounais de 23 ans, n’a plus donné signe de vie. Son WhatsApp est hors ligne. « J’ai mis du temps à me dire qu’il était mort », confie sa sœur. Pourtant, il y a quatre mois, une rumeur lui est remontée, colportée par un voisin : « Demi Giga », son surnom, aurait survécu au naufrage. Il aurait été, par la suite, « jeté par la police tunisienne » dans le désert algérien ou vendu à des trafiquants libyens.Qui croire ? Bélédine Engelbert a décidé de poster la photo de son petit frère sur un compte Facebook consacré aux questions migratoires, en espérant que quelqu’un l’ait vu ou croisé « en Tunisie, en Algérie, en Libye, en Europe, dans une prison ou ailleurs », énumère-t-elle. « Mais toujours rien », dit-elle en soupirant.
    Comme les Engelbert, d’innombrables familles sont à la recherche de leurs proches disparus lors des traversées de la Méditerranée – et de l’océan Atlantique – pour tenter de rejoindre le Vieux Continent. Leurs histoires se ressemblent souvent. Leur attente et leur désarroi aussi. Pour retrouver la trace d’un fils, d’une mère ou d’un cousin, elles se tournent vers les réseaux sociaux et des organisations engagées auprès des exilés comme Alarm Phone, Caminando Fronteras ou l’Association des mères de migrants disparus.
    « Il y en a tellement »
    Plusieurs pages Facebook telles que « L’actualité » (687 000 abonnés), « Diaspo Média » (356 000) ou encore « Marino Dubois officiels 2 » (178 000) diffusent en permanence des « avis de disparition », à la demande des familles. « On exige un minimum d’information sur le disparu : son nom, son âge, la date de la traversée, sa photo, les personnes qui voyageaient avec lui. Sinon, la demande est mise de côté », explique l’un des responsables du compte « L’actualité », qui souhaite rester anonyme.
    « C’est comme si on avait jeté une bouteille à la mer, explique Alhaji Dumbuya, un Sierra-Léonais sans nouvelles de son petit frère depuis le naufrage de son embarcation au large d’Alger, le 18 mai. Moi, j’espère un signe d’une connaissance ou que mon frère tombe sur notre annonce. Je veux juste savoir s’il est encore en vie. »
    Sur ces comptes Facebook, les portraits de disparus s’empilent. Des mères avec leur enfant, des adolescents, des hommes plus âgés. Certains sont recherchés depuis quelques semaines, d’autres depuis plusieurs années. « Il y en a tellement », souffle Marino Dubois, le pseudonyme d’une retraitée française qui documente avec précision les traversées et les vies qu’elles emportent. « J’ai créé ma page [en 2022] pour sensibiliser aux dangers de la migration, mais cette question des disparus m’a dépassé », poursuit Bourama Yaressi, un Malien installé en Italie depuis 2011, fondateur de « Diaspo Média ».
    Ces derniers mois, les naufrages se sont succédé à une cadence infernale. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au moins 1 352 personnes sont mortes ou portées disparues en Méditerranée entre le 1er janvier et le 16 juin. Un bilan qu’elle a déjà qualifié de l’un des « pires débuts d’année » et des « plus meurtriers » depuis 2014, date à laquelle l’institution a commencé à comptabiliser ces drames en mer. En un peu plus d’une décennie, 35 002 exilés ont péri, engloutis avec leur embarcation et leurs rêves.
    « Pour chaque personne disparue, il y a au moins cinq, dix ou davantage de proches affectés par cette absence. C’est un autre aspect de la migration, explique un porte-parole d’Alarm Phone, un réseau de bénévoles. On est saisis chaque jour par des familles venues de toute l’Afrique, mais aussi du Canada, d’Europe ou d’Asie. » Bourama Yaressi est débordé. « J’ai plus de 12 000 messages que je n’ai pas encore lus », se désole-t-il.
    « Traquer ces ombres », comme le dit Marino Dubois, est une quête souvent longue, pleine d’impasses et de fausses rumeurs. « Les familles se retrouvent seules et ne savent pas quoi faire. Nous sommes là pour les accompagner », souligne Helena Maleno, fondatrice de l’ONG Caminando Fronteras, qui suit les routes migratoires menant vers l’Espagne. Il faut déjà établir si le naufrage a bien eu lieu, s’il a été recensé par l’OIM ou s’il s’agit d’un « naufrage invisible », une embarcation qui a sombré sans laisser de traces.
    Commence alors un travail minutieux de vérification : joindre les autorités et les gardes-côtes des pays concernés, interroger les ONG de secours en mer, identifier d’éventuels témoins ou survivants. « On lit les commentaires sous les posts Facebook à la recherche du moindre indice », précise le responsable du compte « L’actualité » déjà cité.Marino Dubois va jusqu’à solliciter les « coxeurs » – ces rabatteurs chargés d’organiser les traversées – pour tenter de reconstituer le parcours d’une embarcation. Alarm Phone, quant à elle, s’appuie sur ses relais en Libye, à Malte, en Tunisie ou en Italie pour s’assurer qu’un disparu ne se trouve pas dans un centre de détention. « Nous aidons les familles à exclure des hypothèses », ajoute un porte-parole de l’ONG.
    De son côté, Helena Maleno incite les familles à déposer systématiquement plainte pour disparition dans le pays d’origine, de transit ou en Espagne. « C’est leur droit et c’est aussi la seule manière de faire exister officiellement la personne disparue, explique-t-elle. Nous proposons qu’elles se fassent accompagner par des avocats de l’ONG. » Selon elle, une plainte peut permettre l’ouverture d’une enquête, mais aussi la diffusion d’un signalement par le biais des réseaux policiers internationaux comme Interpol. « En Espagne, la police se saisit encore timidement de ce sujet malgré la pression des familles et des associations », constate Helena Maleno.
    Parfois, une personne signalée disparue réapparaît au bout de quelques semaines ou de quelques mois : elle était soit détenue, hospitalisée, privée de son téléphone ou ne souhaitait plus donner de ses nouvelles. Son avis de recherche, diffusé sur les réseaux sociaux, est alors supprimé. Mais, le plus souvent, les familles restent sans réponse.Depuis qu’elle a créé son collectif en 2016, Latifa Walhazi, présidente de l’Association des mères de migrants disparus, basée en Tunisie, n’a jamais vu revenir une personne recherchée après une traversée en mer. « Nous suivons près de 250 familles, et j’ai encore des mamans qui m’appellent régulièrement pour avoir des nouvelles d’un enfant disparu en 2011, parfois avant », dit-elle. Pour Latifa Walhazi, le plus difficile est d’aider les familles à accepter l’absence d’un proche. Elle résume un sentiment que partagent les autres ONG et militants. « Je ne dis jamais à une mère que son enfant est mort. Les familles me demanderont toujours : où est le corps ? Et sans corps, le deuil est souvent impossible, souligne-t-elle. A chaque fois qu’une dépouille est retrouvée sur une plage, elles espèrent qu’il s’agit de leur fils ou de leur fille. »

    #Covid-19#migration#migrant#mortalite#disparition#sante#santementale#routemigratoire#migrationirreguliere

  • Côte d’Ivoire : depuis le début de l’année, 670 Ivoiriens ont été rapatriés depuis le Maghreb et le Niger - InfoMigrants
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    Côte d’Ivoire : depuis le début de l’année, 670 Ivoiriens ont été rapatriés depuis le Maghreb et le Niger
    Par La rédaction Publié le : 24/06/2026
    Depuis le début de l’année, 670 migrants ivoiriens sont rentrés dans leur pays d’origine depuis les pays du Maghreb et du Niger, selon le responsable de la direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE). Des retours souvent motivés par les conditions de vie délétères des migrants en Tunisie notamment.
    Environ 670 migrants ivoiriens en provenance du Maghreb ont bénéficié de « retours volontaires » pour rentrer en Côte d’Ivoire depuis le début de l’année 2026, a indiqué mardi 23 juin à Abidjan, Mathieu Bouabré, un responsable de la direction générale des Ivoiriens de l’extérieur (DGIE).
    Selon ce dernier, ces retours se sont effectués en cinq vagues successives depuis janvier, avec une majorité de migrants provenant de pays du Maghreb - Tunisie, Algérie et Maroc - ainsi que du Niger.
    Parmi eux se trouvaient des hommes, des femmes et des enfants. « Il y a [...] même des bébés qui accompagnent leurs parents », a-t-il précisé. Entre 2022 et 2025, près de 8 700 migrants ivoiriens sont rentrés chez eux avec l’appui de l’Organisation internationale des migrations (OIM), selon RFI. Un tiers d’entre eux sont revenus de Tunisie.
    Beaucoup d’Ivoiriens demandent à rentrer au pays à cause de leurs conditions en Tunisie, notamment à Sfax, dans le centre-est du pays, où ils subissent la politique anti-migrants du gouvernement de Kaïs Saïed. Depuis février 2023, date d’un discours présidentiel virulent, le chef de l’État tunisien a multiplié les restrictions pour pousser les migrants hors du pays. On estime que le nombre de migrants irréguliers en Tunisie se situe entre 20 000 et 25 000, d’après les chiffres des ONG.À Tunis, d’ailleurs, le programme de « retour volontaire » mis en place en juillet 2025 par les autorités - sans le concours de l’ONU - s’est intensifié avec des vols quasi journaliers. Près de 5 000 migrants sont retournés dans leur pays d’origine via ce programme en un an.De nombreux retours sont aussi organisés depuis le Niger car le pays est un carrefour migratoire sur la route vers l’Europe. Mais de nombreux exilés restent bloqués dans ce pays et survivent dans des conditions difficiles. Ils finissent par demander un « retour volontaire ».
    Face à ces flux de retours, l’État ivoirien a mis en place un dispositif d’accueil dès l’arrivée à l’aéroport, incluant des opérations de « profilage » impliquant plusieurs structures, notamment les services de sécurité, les ministères techniques et les services sociaux. Ce mécanisme vise à évaluer les besoins des migrants et à faciliter leur réintégration socio-économique.Les autorités ivoiriennes envisagent également la mise en place d’un guichet unique dédié aux migrants de retour. Ce dispositif permettra de centraliser les données, grâce à un système d’identification reposant sur un numéro unique, afin d’assurer un meilleur suivi des bénéficiaires.
    Une fois rapatrié, les migrants, fragiles et polytraumatisés, devront se réinsérer. Une étape qui peut s’avérer difficile car certains sont rejetés par leur famille, d’autres supportent mal l’échec de leur exil.
    Rencontrée par InfoMigrants à Abidjan en mars 2025, Reine a vécu cette mauvaise expérience . Après huit années passées en Tunisie, cette Ivoirienne, mère de trois enfants, n’a reçu que le mépris de sa famille à son retour : « Ça n’a pas été facile. J’ai été rejetée, je n’ai pas eu l’accueil que j’aurais voulu avoir... ».De manière générale, « les Ivoiriens qui rentrent au pays sont dans un état psychique très compliqué. Beaucoup ont subi des sévices, ont été victimes de traite, ont été réduits en esclavage », détaillait aussi en mars 2025, Stéphane Guéla, chargé du programme réintégration de l’OIM à Abidjan

    #Covid-19#migration#migrant#cotedivoire#tunisie#algerie#tunisie#rapatriement#sante#santementale#OIM#trauma

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    « Ceux qui restent » : À Mbour, le deuil « en silence » des enfants de migrants disparus en mer
    Auteur : AFP
    « Depuis lors, je suis devenu silencieux », murmure Fallou, 12 ans, dans une évocation déchirante de la mort de sa mère sénégalaise après le naufrage de la pirogue qui l’emmenait vers l’Europe. La jeune Sokhna est, elle, tourmentée par des rêves où réapparaît son père migrant disparu en mer, au point qu’elle évite de passer devant l’océan et ses fantômes traumatiques.
    On les appelle « ceux qui restent » : ces orphelins doivent composer face à l’attente insoutenable et le deuil impossible des « absents-présents », leurs parents morts en mer ou dont on n’a plus jamais eu de nouvelles après la disparition de leur embarcation.Le nombre de ces morts et disparus - et de leurs enfants - se chiffre au moins « à des milliers » au Sénégal ces dernières années, indique à l’AFP Saliou Diouf, fondateur de l’association « Boza Fii » qui lutte contre l’oubli des personnes migrantes disparues.
    Dans la ville portuaire de Mbour (ouest), les vies abîmées et la parole sensible de ces enfants s’écoutent derrière les murs des maisons. Le tabou entoure encore le choix de partir de leurs parents. La peur des familles de se confier aussi, dans un contexte où les autorités ont essentiellement une approche répressive pour empêcher les départs de pirogues, arrêter les passeurs, et secourir régulièrement des embarcations à la dérive."J’ai beaucoup pleuré... et puis après je me suis dit que c’est la volonté divine", souffle à l’AFP dans une diction hachée Fallou, silhouette agitée de spasmes, en évoquant la mort de sa mère.A Tefees, quartier de pêcheurs, aux ruelles de sable et maisonnettes précaires, Fallou et son frère de neuf ans sont heureux de se retrouver, appuyés l’un contre l’autre dans la chambre et seule pièce de vie de leur grand-mère, Ndeye Ndiaye.
    Leur vie a basculé quand leur mère, Awa, âgée d’une trentaine d’années, est décédée au Maroc en 2024, après le naufrage d’une pirogue.Depuis ce drame, « je suis devenu silencieux », lâche Fallou. Le garçon « n’en parle pas avec sa grand-mère ni avec ses amis », seulement avec son père lors de ses visites. « Il me raconte que ma mère était une bonne personne... ». Comme souvent dans les familles où la mère migrante a disparu, la famille s’est disloquée : le père est retourné vivre dans sa famille, les enfants sont restés avec leur grand-mère. Mais acculée par le dénuement, elle a dû séparer les frères, confiant le plus jeune à son parrain.Awa n’avait pas informé sa mère de son projet, mais elle déplorait souvent de la voir « se fatiguer » et voulait lui « venir plus en aide »
    "Elle m’a simplement dit qu’elle devait aller à Dakar", la capitale, relate Ndeye. Mais un soir, Awa l’appelle : « Maman, j’ai pris une pirogue pour rejoindre l’Europe et je voudrais que tu pries pour moi ».
    Deux semaines d’angoisse plus tard, un appel leur annonce son décès dans un hôpital au Maroc."On ne m’a pas rapporté son corps et j’en suis toujours là...", murmure Ndeye, qui ne peut retenir ses larmes. « Voir des enfants, des innocents comme eux, devoir vivre sans mère, ça vous affecte au plus profond de vous ».
    En 2024, au moins 10.457 migrants sont morts ou disparus « à la frontière occidentale euro-africaine » en tentant de rejoindre l’Espagne via la périlleuse route Atlantique, selon Caminando Fronteras, le nombre le plus élevé enregistré depuis le début du recensement en 2007 opéré par cette association.Poussés par le désespoir face au manque d’opportunités dans leur pays (chômage, disparition des ressources halieutiques, etc...) et du fait que l’Europe restreint les visas et contrôle drastiquement ses frontières, les candidats à l’exil sont forcés de recourir à des embarcations clandestines, souvent vétustes et surchargées.
    « Souvent les familles n’obtiennent pas assez d’informations pour faire leur deuil », souligne Saliou Diouf. « L’acceptation de la disparition se fait très difficilement ». Les enfants apprennent parfois la nouvelle brutalement dans la rue ou chez des voisins. Certains se débattent entre une attente insupportable, le refus d’accepter le décès, ou la colère. C’est le cas de Sokhna, 11 ans, visage d’ange assombri par un regard douloureux. Sa mère Fatou Ngom, son frère et sa soeur vivotent à Mbour dans une chambre et une cour louée à plusieurs familles. Le père, Assane, est porté disparu depuis que la pirogue qui le transportait a pris feu au large des côtes en 2022. On a simplement rapporté à Fatou qu’il « faisait partie des victimes ».
    Fatou explique que Sokhna a depuis des moments « d’absence », notamment en classe, et du retard dans sa scolarité. « Des fois la nuit, elle fait des rêves, elle crie +papa » plusieurs fois" dans la chambre où toute la famille vit.Même si leur relation semble complice, Sokhna explique sans détour que sa mère, encore accablée par le chagrin et qui a beaucoup de mal à parler de la disparition de son mari, ne la « comprend pas » quand elle veut lui parler de son père."Quand je rêve de lui et que j’ai peur parce que j’ai vraiment l’impression qu’il me parle, le lendemain je vais voir ma grand-mère", confie Sokhna. « Elle me raconte quand mon père courtisait ma mère, et des histoires sur lui... »."Je pense toujours à mon père quand je vois la mer", souffle-t-elle. C’est sa grand-mère, voyant son chagrin, qui a dit à Sokhna d’éviter de circuler par la plage et son alignement de pirogues.
    Contrairement à sa soeur qui garde son chagrin enfoui, Boubacar, 14 ans, a du mal à retenir son émotion en racontant ce jour de 2022 : « ma famille est venue trouver ma mère ; elle préparait du café. Ils ont dit +Assane est mort dans la pirogue+ ; elle était en état de choc, elle s’est mise à pleurer, et nous aussi »."Mon père voulait nous construire une maison. Avant d’y arriver, Dieu a pris son âme...".
    « Je pense souvent à lui, surtout quand ma mère n’a pas l’argent pour la dépense quotidienne parce que c’est lui qui nous aidait à vivre », sanglote-t-il. A 14 ans, l’adolescent travaille déjà régulièrement après l’école dans un atelier de menuiserie métallique pour aider sa mère.Ces orphelins doivent tenter de se reconstruire dans des familles brisées et qui tombent dans une précarité encore plus prégnante (réduction du nombre de repas, déscolarisation des enfants, endettement...). Nombre d’entre eux grandissent trop vite, éprouvés par les responsabilités.
    Près de Boubacar, sa soeur Coumba, cinq ans, pieds nus, vêtements élimés, s’amuse à dessiner sur un tableau accroché au mur de la cour. La fillette a grandi sans presque connaître son père."C’est elle qui me fait pleurer parce qu’elle me demande toujours des nouvelles de son père", confie Fatou. « Je lui réponds qu’il est en voyage »."Elle peut devenir folle si on lui explique maintenant...", renchérit Boubacar.La douce Amy Dramé n’a pas non plus dit la vérité à ses enfants de dix, six et trois ans. Son mari - qui avait vu tous ses collègues pêcheurs acculés par la pauvreté tenter la traversée - l’a appelée depuis un bateau le 10 août 2024."Il m’a demandé des nouvelles des enfants, et de prier pour lui ; c’est la dernière fois que j’ai eu des nouvelles", dit-elle, bouleversée.Un mois après, les autorités les ont informés que la pirogue avait échoué au Cap-Vert, sans survivants.
    Amy continue à dire à ses enfants que leur père est en campagne de pêche. « Ce sont des enfants... », lâche-t-elle. « Ils prennent tout le temps mon téléphone pour regarder des vidéos de leur père ; ils ne vont pas l’oublier... ».Tenter de briser ce silence, c’est l’objectif d’un programme pionnier au Sénégal de prise en charge psycho-sociale de ces enfants, débuté en 2024.Plus d’une cinquantaine d’orphelins sont accompagnés par l’ONG internationale Délégation diocésaine des Migrations du Sénégal (DDM Sénégal) et le Collectif des victimes de l’émigration irrégulière au Sénégal (Coves), qui ont entamé ce travail après avoir constaté la souffrance des femmes de disparus et leurs enfants, particulièrement due au « deuil ambigu » lié à l’incertitude sur le décès."On a constaté que beaucoup de leurs enfants souffraient aussi, d’une manière différente, plus en silence, avec beaucoup de colère", explique Jordi Balsells, directeur de la DDM.L’ONG fait trois tournées par an dans d’autres régions du Sénégal, et mène des accompagnements à domicile.Dans le centre de Mbour, dans un bâtiment baigné de lumière, alors que leurs mères travaillent dans un atelier de couture pour avoir une source de revenus supplémentaire, les enfants - tous orphelins de pères migrants - sont reçus en thérapie.Si en apparence plusieurs chahutent en patientant, cela masque souvent une attitude fragile.
    Babacar Ndiaye, 12 ans, submergé par l’émotion, ne parviendra pas à se confier sur la disparition de son père mareyeur en 2024 dans le chavirement d’une pirogue au large de Mbour."Sache que si tu veux parler, on est là", lui dit doucement Tesa Reimat Corbella, médecin spécialisée dans le deuil, qui s’occupe de l’accompagnement psycho-social.
    A l’inverse, son frère de neuf ans, Pape Balla, dégage une assurance étonnante. Il se confie tout en ne lâchant pas deux figurines de crocodile et de lama."Mon père ne voulait pas partir mais c’est celui qui a organisé le voyage qui l’a forcé !", lance-t-il, manière à lui de faire face à cet abandon qu’il ne comprend pas. « Ca me fait mal qu’il ait disparu ; je voulais qu’il reste avec nous... ».
    « J’ai des amis au quartier qui ont vécu la même chose mais on n’en discute pas », ajoute Pape, qui raconte aussi des souvenirs aux côtés du père. « Il m’achetait souvent des ballons et ça me manque... ».
    A l’instar de Babacar, Bambi Diop, 10 ans, ne pourra d’abord n’articuler que quelques mots : « je veux pas parler de mon père... ».
    Avec sollicitude, la psychothérapeute Katy Faye prend Bambi par les épaules et tente de calmer son accès de larmes."Quand je pars en classe je pense à lui", lâche Bambi finalement, expliquant que c’est souvent son père qui la déposait à l’école.La fillette reste en partie dans le déni, affirmant à l’AFP que son père vit dans une autre ville du Sénégal et qu’il va « bien ». Des mots qui surprendront sa mère, qui assure que sa fille « sait » que son père est décédé dans un naufrage en 2024.Pour Tesa Reimat Corbella, le principal défi, « c’est de casser le silence » entourant la disparition. « Il faut commencer à donner des mots à ce qui s’est passé, pouvoir parler avec les enfants du souvenir de qui était leur père, et travailler avec le parent qui est resté ».
    Elle se réjouit que l’ONG ait réussi à créer « un espace sûr, où ils peuvent partager avec les autres enfants ». « Le fait qu’ils acceptent ce qui est arrivé et qu’ils peuvent en parler sans peur, sans honte, c’est le plus important ».
    Mais il y a « encore beaucoup de travail », reconnaît-elle. « Quand les enfants sortent de cet espace, à l’école ou dans la rue il y a encore de la stigmatisation ».Acteur de la société civile et spécialiste depuis 20 ans des questions migratoires, Mamadou Diop Thioune regrette que le soutien économique et psycho-social à ces familles ne soient « pas pris en compte dans (nos) politiques publiques ».Il pointe le manque d’information des autorités, d’outils et de personnel formé, alors que les « conséquences sociales » pour le Sénégal de ces disparitions d’exilés « sont dramatiques ».Au centre DDM, une lumière douce de fin de journée apaise l’atmosphère. Les enfants alignés sur des matelas au sol sont fascinés par le film d’animation « Kirikou et la Sorcière », sous le regard de Tesa et ses collègues.
    La société sénégalaise doit être davantage « sensibilisée sur la situation des disparus et de leurs familles », martèle Tesa. « C’est important de redonner une dignité aux personnes disparues, des gens qui étaient partis chercher une vie meilleure », plaide-t-elle.
    « Il faut qu’on puisse parler de ce sujet sans cacher ces enfants et ces familles ».

    #Covid-19#migration#migrant#senegal#mortalite#sante#santementale#migrationirreguliere#psychosocial

  • « Les préfectures créent des sans-papiers » : à Paris, un rassemblement pour protester contre les dysfonctionnements administratifs - InfoMigrants
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    « Les préfectures créent des sans-papiers » : à Paris, un rassemblement pour protester contre les dysfonctionnements administratifs
    Par Yanis Ben Mohamedi
    Le collectif « Bouge ta pref’ » a appelé mercredi 10 juin, à des rassemblements partout en France pour dénoncer les dysfonctionnements et bugs informatiques liés à l’Anef, la plateforme permettant aux étrangers de réaliser leurs demandes de papiers. Les conséquences : des familles se retrouvent en situation irrégulière à cause des délais et du manque de communication. À cela s’ajoute un impact de plus en plus grave sur la santé mentale de ces personnes. Une centaine de manifestants se sont retrouvés place de la Nation à Paris, devant le siège de la Direction générale des étrangers de France (DGEF).
    La pluie ne les a pas découragés : ils étaient une centaine à se réunir à proximité de la place de la Nation à Paris mercredi 10 juin à 15h30. Bénévoles d’associations, étudiants, sans-papiers… Ils ont tous répondu à l’appel du collectif « Bouge ta pref’ » pour dénoncer les dysfonctionnements administratifs liés aux demandes de renouvellement de titre de séjour, sur l’Anef, plateforme censée permettre aux étrangers de réaliser leur démarche administrative sur Internet, mettant fin aux rendez-vous en préfecture. Mise en place en 2016, cette plateforme charrie son lot de bugs en tout genre. Et leurs conséquences sont immenses : expiration du droit au séjour, perte du logement, de l’emploi...
    Laurence, bénévole au Secours catholique et à l’association Respect du droit des étrangers à Saint-Denis, est venue partager le témoignage et les sentiments de personnes qu’elle encadre. « Je suis ici pour protester contre les délais démesurés, et les pertes de droits dont ils sont victimes en conséquence de ces délais. Actuellement à Saint-Denis, il y a entre 6 et 7 mois qui s’écoulent entre le moment du rendez-vous et la délivrance pour le renouvellement du titre de séjour. Et pour la régularisation, ça peut durer 3 ans », dénonce-t-elle. « Certaines personnes ayant fait leurs demandes en 2023 et 2024 n’ont toujours pas eu de réponse. Les gens sont bloqués : ils ne peuvent pas contacter les préfectures, ils ne peuvent pas y entrer, et ne peuvent même pas les approcher », ajoute-t-elle, indignée.
    Chancelline est journaliste, originaire du Congo, elle aussi veut faire entendre sa voix. Elle raconte que dans son pays, elle a été violée et a subi une tentative d’excision et qu’elle est arrivée en France en 2021. « Moi j’ai eu de la chance : les associations m’ont soutenue et assistée dans mes démarches et des personnes haut placées, que je connais grâce à mon travail de journaliste, ont contribué à accélérer ma demande de régularisation », observe-t-elle. « Par exemple, on m’avait donné une mauvaise adresse où envoyer mon dossier, et ce sont des bénévoles du Secours catholique qui m’ont aidée. »
    En tête du groupe, Chancelline lance des slogans comme « Retirer la circulaire Retailleau » ou encore « Abrogation Darmanin Retailleau » - en référence aux deux ex-ministres de l’Intérieur qui ont durci les lois sur l’immigrations en France - sous les yeux attentifs des forces de l’ordre chargées d’accompagner le rassemblement.Un peu plus loin dans le cortège, plus discret et silencieux, Yanick avance en boitant, le regard déterminé dissimulé sous sa casquette bleue. « Je suis originaire de Centrafrique. J’ai été sous OQTF [Obligation de quitter le territoire français, ndlr] après ma première demande de titre de séjour. J’ai été gravement malade et je me suis retrouvé à l’hôpital. C’est le personnel qui m’a aidé dans la démarche pour avoir un titre de séjour. Avant ça, j’étais complétement perdu, je vivais à la rue, isolé et seul. Ça m’obsédait tellement que j’en avais des pertes de mémoire et d’équilibre », raconte-t-il dans un souffle. Aujourd’hui, il est venu avec l’une des aides-soignantes qui l’a pris en charge, fière de voir autant de gens mobilisés pour ce rassemblement. Nombreuses sont les pancartes et banderoles aux messages comme « Préfecture : Prise de RDV impossible ? », « Personne n’est illégal-e, personne n’est inégal-e » ou encore « Egalité des droits ».
    Le propriétaire de cette dernière s’appelle Juan. Originaire du Venezuela, et malgré son mariage à une Française, il est confronté aux mêmes problèmes administratifs. Il s’exprime en anglais, langue dans laquelle il est plus à l’aise qu’en français, avec un sourire désemparé. Aujourd’hui, il risque donc de se retrouver en situation irrégulière à cause des délais sans être tenu au courant de l’avancée de sa procédure. « Parler de colère et de solitude serait un euphémisme », assène-t-il. « J’aimerais au moins pouvoir échanger avec un humain : les réponses sont automatisées. C’est injuste car nous n’avons aucune explication au cours de la procédure. »
    Une fois arrivés au bout du parcours, les manifestants se font plus bruyants. Un micro s’est mis à passer de main en main. Et Fatoumata Koné, l’adjointe au maire de Paris en charge des Solidarités, de la lutte contre les inégalités et contre l’exclusion s’est jointe au cortège. « Je suis de plus en plus saisie sur la question de la difficulté de l’accès aux rendez-vous pour renouveler les titres de séjour », nous confie-t-elle. « Certaines personnes me demandent de les mettre en relation avec des bénévoles pour les accompagner : il y a une crainte du rendez-vous à la préfecture ».
    Un constat étayé par les témoignages de médecins, qui ont fait état auprès de l’ONG Amnesty International de terribles angoisses des exilés qu’ils reçoivent, liées au renouvellement des papiers. Et outre l’occupation de tout l’espace mental, la précarité administrative peut raviver des traumatismes ou couper l’accès aux soins. Des bénévoles expliquent que des migrants se retrouvent dans des états de stress constants voir dépressifs, et que certains menacent de mettre fin à leur jour au vu du désespoir et du sentiment d’abandon et de solitude qu’ils connaissent.
    De leurs côtés, certaines préfectures comme celle des Bouches-du-Rhône argue dans un communiqué d’une augmentation du nombre de demandes qui allongerait les délais. Suite à une réunion avec les syndicats et organisations patronales le 26 mai, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est engagé à améliorer la régularisation des personnes sans-papiers, mais seulement pour les métiers en tension.
    Aujourd’hui en France, plusieurs centaines de milliers de personnes sont en attente de régularisation

    #Covid-19#migration#migrant#france#prefecture#droit#sante#santementale#regularisation#politiquemigratoire

  • « C’est l’instabilité qui les casse » : un rapport documente l’impact des démarches sur la santé mentale des travailleurs étrangers en France - InfoMigrants
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    « C’est l’instabilité qui les casse » : un rapport documente l’impact des démarches sur la santé mentale des travailleurs étrangers en France
    Par Romain Philips Publié le : 02/06/2026
    Dans un rapport publié ce mardi 2 juin, Amnesty International documente la détresse des étrangers en France dans leurs démarches pour se faire régulariser ou renouveler leur titre de séjour. Face aux multiples obstacles, des professionnels de santé témoignent de « l’effondrement » de leurs patients."J’ai des soucis dans la tête, je ne suis pas concentré sur mon travail. Je me réveille parfois la nuit en criant ’qu’est-ce que je fais ici ?’. Parfois je ne dors pas et après je me lève à cinq ou six heures pour aller au travail. La tête ne peut pas être tranquille", explique Sekou, Malien et ouvrier dans le bâtiment.
    Lamiya, une ressortissante algérienne raconte, elle, son « angoisse ». « Ca me réveillait la nuit. Je rentrais à la maison, j’étais stressée. À la maison, je suis seule, personne ne me voit, c’est là que je sors mes émotions. [Mais] une fois, ça m’est [quand même] arrivé de pleurer devant ma fille. Je n’étais pas bien ».Malik, un Camerounais ouvrier dans le bâtiment, a fait la dure expérience de perdre ses droits à cause d’un trop long délai pour le renouvellement de son titre de séjour. « Ça me fait encore mal d’en parler. [À la préfecture] j’étais choqué, j’avais les larmes aux yeux. Parce que je n’étais plus en situation régulière, [mon employeur] m’a suspendu. C’était la pire période de mon année, je n’oublierai pas », témoigne-t-il.
    Tous ces témoignages sont issus du dernier rapport d’Amnesty international, publié mardi 2 juin, sur l’impact de « la précarité des titres de séjour » sur la santé mentale des travailleurs étrangers en France. Selon l’ONG, sur les 27 personnes rencontrées, « 26 ont décrit différents symptômes indicateurs d’une santé mentale fragile qui, selon elles, découlent directement de l’instabilité de leur droit au séjour, des processus de renouvellement des cartes de séjour, du fait de vivre sous documents provisoires et du risque constant de se retrouver en situation irrégulière ».
    Toutes les personnes interrogées ont confié ressentir des symptômes tels que des crises d’angoisse, une profonde anxiété, des troubles du sommeil. « Et à ces troubles, s’ajoutent aussi une importante fatigue physique et mentale, des crises de larmes, des douleurs au corps », ajoute le rapport. Certaines personnes ont également confié que leur précarité administrative les a déjà mené à la dépression pouvant aller jusqu’à des idées suicidaires.
    « La première cause de stress, c’est l’accès à un statut administratif »
    Pour dresser ce constat, Amnesty International a aussi interrogé plusieurs psychiatres, psychologues et professionnels de santé. « Quand les personnes arrivent en consultation, la première cause de stress qu’elles évoquent, c’est l’accès à un statut administratif », explique la psychiatre Tortelli, membre de Capsys, unité dédiée à la santé mentale des personnes exilées en situation de précarité en Ile-de-France. « Sur le plan psychique, c’est l’instabilité qui les casse », ajoute-t-elle.
    Une instabilité notamment due à la durée des titres de séjour « vie privée et familiale » : un an lors d’une première demande, deux à quatre ans lors d’un renouvellement. Car en France, chaque renouvellement est un parcours ponctué de nombreuses difficultés : « Créneaux introuvables en préfecture, plateforme en ligne défaillante, timbre fiscal de 250 euros à payer à chaque renouvellement... », énumère le rapport.
    Directeur médical de l’association Parcours d’Exil, le docteur Daculsi observe au quotidien « l’effondrement de ses patients » quand vient l’heure du renouvellement. « Souvent les premiers mois, ils redorment, reprennent goût à la vie, se réinvestissent dans des relations sociales. Et au moment des procédures, on a l’impression de repartir à zéro. Je le vois avec des patients plutôt stabilisés, qui, au moment des procédures pour les renouvellements, s’effondrent comme un château de cartes », témoigne-t-il dans le rapport.
    « C’est toute leur vie qui s’effondre comme un château de cartes »
    Ces procédures traumatisent car, note le rapport, « les personnes cherchant à renouveler leur carte de séjour se heurtent à une absence totale de réponse de l’administration ». Ainsi, sans réponse ni possibilité de parler directement aux services préfectoraux, « certaines personnes se retrouvent prises au piège d’une situation d’irrégularité qui s’installe dans la durée ». Certaines personnes n’obtiennent pas leur titre de séjour à temps, sombrant ainsi dans l’irrégularité. Elles risquent donc de tout perdre « ce qui peut les amener à s’endetter pour survivre et subvenir aux besoins de leur famille ». « Et cette vulnérabilité économique affecte encore davantage leur santé mentale », argumente le rapport.
    Depuis la mise en place de la dématérialisation des procédures, de nombreuses ONG et médias – dont InfoMigrants – documentent la galère des migrants dans leur démarche.Dans une interview accordée à InfoMigrants en mars 2026, l’avocat Maitre Alexandre Delavay, faisait le même constat : « Il y a aussi les personnes en règle qui n’arrivent pas à renouveler leur titre de séjour. Et là, c’est toute leur vie qui s’effondre car de leur situation administrative dépend tout le reste. En l’espace de quelques mois, vous pouvez être un ressortissant étranger parfaitement inséré en France et tout perdre à cause d’un embouteillage au sein des préfectures et d’un manque de moyens humains au sein de ces préfectures ».
    Amnesty International réclame, elle aussi, des mesures urgentes. Car au delà de l’impact sur la santé mentale, cet enfer administratif peut être responsable de problèmes de santé plus graves. Notamment car les périodes de renouvellement reviennent sans cesse : « Cela peut entraîner des retards de diagnostic ou de traitement sur des problèmes de santé chroniques et graves »."Des patients ont déjà reporté des rendez-vous chez le cardiologue à cause de leurs papiers. Les personnes peuvent oublier ou reporter un rendez-vous médical important mais jamais un rendez-vous en préfecture", explique un médecin généraliste au centre de santé de Blosne, à Rennes, cité dans le rapport. Pour tenter de répondre au problème, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé vendredi 10 avril un « plan global » pour que les étrangers en situation régulière ne se retrouvent pas privés de leurs droits lors du renouvellement de leurs titres de séjour. « L’objectif, c’est de diviser par deux le temps de traitement des titres de séjour : 55 jours en moyenne, contre 117 l’année dernière », explique le ministre. Ce texte de cinq pages souligne « la priorité » que constitue « la lutte contre les ruptures de droits » lors du renouvellement des cartes de séjour, « en particulier pour ceux qui relèvent de l’immigration professionnelle ». Dans son instruction, le ministère de l’Intérieur préconise également d’automatiser le renouvellement des attestations.

    #Covid-19#migration#migrant#france#droit#prefecture#titredesejour#sante#santementale

  • De la Libye à l’Europe, la logistique déshumanisante des migrants : « Tenir un centre de détention, c’est comme contrôler un puits de pétrole »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/21/de-la-libye-a-l-europe-la-logistique-deshumanisante-des-migrants-tenir-un-ce

    De la Libye à l’Europe, la logistique déshumanisante des migrants : « Tenir un centre de détention, c’est comme contrôler un puits de pétrole »
    Par Allan Kaval (Lampedusa [Italie], envoyé spécial)
    Reportage« Migrants en Méditerranée, la mécanique du silence » (4/4). Exploités, rançonnés et violentés en Libye, les exilés qui survivent à la traversée sont invisibilisés et tombent parfois aux mains de mafias liées aux entreprises agricoles. Mais « ce qui compte, c’est que les arrivées irrégulières baissent », résume-t-on à Rome.
    Officiellement, le centre de détention de Lampedusa (Italie) n’est pas un centre de détention. Certes, ceux qui y séjournent ne peuvent pas en sortir, mais ils ne seraient en aucun cas des détenus. Sur l’île italienne, on parle d’un « hotspot », terme qui, en anglais, peut désigner un lieu où prolifère un virus, une menace, un ennemi. En l’occurrence, l’enclos, encaissé dans un paysage de maisons basses, de mauvaises herbes et d’ordures, sert de base logistique, invisible pour la plupart des insulaires et des touristes. Le sable blanc de la spiaggia dei Conigli (la « plage des Lapins ») se trouve à dix minutes en voiture. Elle compte parmi les préférées des utilisateurs de Tripadvisor. Les touristes s’y baignent, dans l’eau où d’autres se noient.
    Les exilés ayant survécu à la traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’île, voisine de la Tunisie et de la Libye, sont regroupés derrière des balustrades de métal pour être interrogés, identifiés et enregistrés, avant d’être envoyés sur la terre ferme, « une chaîne de montage », décrit une ancienne employée. Là, ils poursuivent une itinérance commencée au Bangladesh, en Gambie ou dans le sud du Soudan. Beaucoup traînent les cicatrices des tortures et des viols, la douleur de l’esclavage, les traces morales de l’humiliation héritées de l’ordre de terreur qui règne pour eux en Afrique du Nord.
    Quand on évoque la somme de toutes les douleurs qui s’accumulent de l’autre côté de la mer, Imad Dalil, le directeur de ce centre de détention de fait tenu par la Croix-Rouge italienne, se montre ému. « La migration ne se raconte pas et sa violence ne peut pas être comprise, elle ne peut qu’être vécue », lâche-t-il, assis à une table de bois installée à l’extérieur. Derrière cet ancien travailleur social italo-marocain, un décor de véhicules de police et d’hommes en uniforme et lunettes de soleil qui attendent la fin de leur garde, absorbés par leurs écrans. « Leurs interventions se comptent sur les doigts d’une main », assure Imad Dalil.
    La préfecture d’Agrigente n’autorise qu’exceptionnellement les journalistes à accéder au « hotspot ». Le portail métallique entrouvert fixe une limite à ne pas franchir. Les « migrants » ne sont que de lointaines silhouettes parmi les logements préfabriqués.
    Mais voici qu’une jeune femme africaine sort. Elle se dirige, accompagnée par une employée, vers une camionnette servant de clinique gynécologique. Violences et esclavage sexuels font rage dans les prisons libyennes ; parfois, des exilées arrivent enceintes de leurs tortionnaires, elles peuvent alors être évacuées vers la Sicile pour avorter. A Lampedusa, pour être examinées, elles doivent passer devant une rangée de policiers désœuvrés. Lorsque l’on fait remarquer à Imad Dalil que ces derniers sont employés par un ministère de l’intérieur qui équipe les éléments armés de Tripoli chargés de maintenir les exilés en Libye, là même où sont commis les abus traités dans la camionnette, il acquiesce : « Nous essayons de créer un îlot d’humanité dans un océan d’horreur. »
    A 1 kilomètre à vol d’oiseau du « hotspot » se trouve le sanctuaire de la patronne de l’île, la Madonna di Porto Salvo (« la Madone du port sûr »). Avant la colonisation, en 1843, les marins des deux rives pouvaient s’y ravitailler, entre la tombe d’un saint et celle d’un marabout. Dans l’église, Giuseppe Fragapane, membre de la paroisse, reste interloqué : « Les migrants sont devenus des “paquets Amazon”. » Il se rappelle le temps, avant la pandémie, où un trou dans la clôture du « hotspot » permettait des rencontres aujourd’hui impossibles.
    Certains, comme lui, en gardent un souvenir heureux. D’autres délirent à propos de Tunisiens mangeurs de chats et de chiens. Pour sa part, Giuseppe Fragapane espère que le pape Léon XIV, qui doit visiter l’île le 4 juillet, se rendra au sanctuaire. L’enceinte abrite l’image d’un esclave chrétien du XVIe siècle, captif des Barbaresques. Selon la légende, il s’échappa, lors d’une escale sur l’île, avec un radeau poussé par une voile ornée de l’image de la Vierge de Lampedusa. Par des chemins inconnus, la Madone du port sûr est aussi arrivée jusqu’au Brésil, célébrée par des esclaves africains et leurs descendants.
    L’île, perdue entre les mondes, est équidistante de Palerme, ancienne capitale de l’émirat de Sicile entre le IXe et le XIe siècle, et de Tripoli, qui fut l’une des grandes cités de l’Empire romain. Là-bas, à 300 kilomètres, au-delà de l’horizon bleu visible de la plage de la Madone, située dans le prolongement du sanctuaire, survivent toujours des esclaves. En Libye, la servitude est une condition qui peut être imposée aux étrangers en situation irrégulière. La raison du plus fort y règne et les plus forts sont souvent ceux que les Européens soutiennent, pour maintenir les exilés de l’autre côté de la mer. Une autre logistique du corps humain y règne.
    « Cela dépasse l’imagination », constate Gatdet KachJaani, un ressortissant sud-soudanais joint à Tripoli. « A tout moment, n’importe quel étranger peut être capturé par les autorités officielles ou des hommes en uniforme qui travaillent avec les trafiquants. Ils m’ont fait trimer sur des chantiers, tôt le matin jusqu’à tard dans la nuit, pour rien, pendant des semaines. Certains sont utilisés dans les champs. C’est de l’esclavage. » Caché quelque part à Tripoli après avoir été intercepté deux fois en mer par des Libyens, il a été, depuis son arrivée en Libye, en 2023, détenu douze fois dans neuf centres de détention différents, connus pour les exactions qui y sont commises. Les prisons officielles coexistent avec des centres de torture clandestins tenus par des groupes qui bénéficient de certaines porosités avec les autorités et d’une impunité générale leur permettant de capturer à leur guise des migrants dans les rues de la capitale libyenne.
    Là, la valeur économique des corps étrangers – d’Afrique, d’Asie du Sud ou du Moyen-Orient – est extraite de manière différente. « Vous êtes tabassé, torturé, tandis qu’un homme vous filme, puis il vous force à envoyer les images à votre famille restée au pays pour qu’elle paye », raconte un exilé d’Afrique de l’Est, à Tripoli, passé par une de ces oubliettes. Cette forme d’extorsion peut rapporter jusqu’à 10 000 dollars (8 587 euros) par supplicié. « Un jour, ils ont compris qu’ils n’avaient rien à tirer de moi et que je pourrais mourir sur place. Mais ils ne veulent pas de cadavres sur les bras. Alors, avec deux autres, ils m’ont abandonné dans une décharge. Ensuite, nous avons réussi à nous échapper grâce à d’autres Africains qui travaillaient là. » Rappelant la vocation extractive d’un pays producteur de gaz et de pétrole, une source libyenne qui a souhaité garder l’anonymat résume : « C’est simple, tenir un centre de détention, c’est comme contrôler un puits de pétrole. »
    De tels récits sont innombrables, cités à longueur d’enquêtes journalistiques et de rapports officiels depuis le début des années 2010. Le dernier rapport onusien sur la question, publié en février et intitulé simplement « Business as usual » (« la routine habituelle »), documente une nouvelle fois un « modèle économique ». Pour ses auteurs, « l’esclavage, le travail forcé, l’emprisonnement, l’extorsion et le trafic de migrants vulnérables ont généré des revenus considérables pour des individus, des groupes et des institutions étatiques, et ont encouragé la poursuite de ces violations ».
    Le texte cite le cas d’un enfant appartenant à un groupe de 250 Touareg et Haoussa du Niger et du Nigeria arrêtés en Libye, vendu pour 190 dollars (163 euros) à un fermier du sud du pays. Les violences sexuelles sont aussi monnaie courante, commises contre des enfants et des adultes, comme ce fut le cas pour une femme violée deux fois devant ses filles, dont le témoignage figure dans le rapport. Les entités armées chargées de maintenir les exilés dans le pays, où ce « modèle économique » prospère, sont soutenues par l’Italie et l’Union européenne.
    A Rome, les autorités ont parfaitement conscience des violations systématiques commises avec l’assentiment général ou la complicité de leurs partenaires, ce qu’elles ne contestent pas. « La collaboration avec les Libyens et les Tunisiens est inconditionnelle. Ce qui compte, c’est que les arrivées irrégulières baissent. On ne rentre pas illégalement en Italie », revendique une source de l’exécutif.
    L’illégalité, toutefois, ne se cantonne pas de l’autre côté de la mer. En Italie, la production agricole repose en partie sur des ouvriers, les « braccianti » – « ceux qui n’ont que leurs bras » –, Africains ou venus d’Asie du Sud, prisonniers de mécanismes criminels s’apparentant à de la traite d’êtres humains. « Nous sommes en train de créer une catégorie d’humains subalternes », dénonce Marco Omizzolo, professeur à l’université Sapienza, à Rome, et spécialiste des mafias agricoles. Le gouvernement de Giorgia Meloni (issue des rangs du parti post-fasciste Fratelli d’Italia) a mis en place un programme censé délivrer près de 400 000 permis de travail sur cinq ans. Il reste perclus de dysfonctionnements et d’abus.
    Pour ceux qui, en l’absence de voies légales, continuent de traverser la mer, la mort continue de rôder. Mais, à Lampedusa, une logistique des corps permet de la rendre le moins visible possible. En août, l’ancienne maire, Giusi Nicolini, connue pour son approche positive de la migration lorsqu’elle était en fonctions, entre 2012 et 2017, s’est révoltée contre la tenue d’un DJ set sous les murs du cimetière. Vingt-trois cadavres ignorés, dont celui d’une enfant en bas âge, s’y trouvaient, morts dans un naufrage. Le très actif maire adjoint d’extrême droite, Attilio Lucia, lui a répondu : « Lampedusa, ce n’est pas seulement l’immigration, c’est aussi le tourisme ! » L’île a officiellement présenté une candidature à l’inscription au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco de ce qui serait sa « culture de l’accueil ».
    Dans un établissement prisé des policiers pour le café du matin et qui organise des karaokés le soir, sur la rue principale du bourg, Giusi Nicolini est abattue : « Je ne reconnais plus mon île. La cruauté semble avoir vaincu. » Les patrons du bar comptent parmi ceux que le développement du tourisme a enrichis. Ils disent craindre de ne plus pouvoir se rendre à Dubaï (Emirats arabes unis) à l’avenir, du fait de la guerre en cours au Moyen-Orient. La cité émiratie était en effet devenue l’hivernage le plus prisé des entrepreneurs du tourisme insulaire, descendants de colons misérables.
    Tandis que Giusi Nicolini buvait son café, le visage figé dans une expression de tristesse, des corps pourrissaient au cimetière de l’île. A défaut de place dans l’unité de stockage réfrigérée de la morgue, plusieurs cercueils contenant des cadavres en décomposition d’exilés décédés en mer deux semaines plus tôt chargeaient l’air d’une odeur épaisse de mort. Ils devaient être évacués vers des cimetières siciliens en suivant un parcours discret organisé par les autorités. Les corps avaient été déchargés d’une vedette des gardes-côtes sur le quai Favaloro, point d’arrivée historique des vivants et des tués de la migration. Ce coin du port de Lampedusa, interdit au public, doit bientôt être renommé en hommage au pape François. Samedi 16 mai, 55 personnes originaires du Cameroun, de Côte d’Ivoire, de Gambie, de Guinée, du Mali, du Nigeria et de Sierra Leone y ont touché terre. Une petite fille ivoirienne âgée de quelques semaines se trouvait parmi eux. Elle est morte d’hypothermie sur l’île dans les heures qui ont suivi.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#hotspot#libye#tunisie#meditarranee#sante#droit#santementale#politiquemigratoiire

  • Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du milieu carcéral »
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    Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du milieu carcéral »
    Par Oscar Korbosli, Julia Pascual (Lyon, envoyée spéciale) et Camille Millerand (Photos)
    Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en rétention n’a jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement s’allongent et que les conditions se dégradent.
    Quand Imed Dridah est sorti de la maison d’arrêt de Bonneville (Haute-Savoie), il lui restait deux mois de peine à purger pour une affaire de « recel de choses volées », dit-il. Cet Algérien de 35 ans, déjà condamné pour des « trucs comme de la détention de stupéfiants », a été placé sous bracelet électronique. Début mai, il se rend au service pénitentiaire d’insertion et de probation pour se faire retirer le bracelet. Il est arrêté lorsqu’il en sort.
    Sa carte de résident de dix ans avait expiré pendant son incarcération, et, faute de l’avoir renouvelée, ce père de trois enfants français se trouvait en situation irrégulière. Il a été envoyé au centre de rétention administrative (CRA) 2 de Lyon-Saint-Exupéry, où nous l’avons rencontré en accompagnant le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus, qui a exercé son droit de visite parlementaire, mercredi 13 mai. Autour d’Imed Dridah, ils sont plusieurs à témoigner de situations semblables, parmi les 118 hommes actuellement retenus. D’après la cheffe du CRA, la commandante divisionnaire Sandrine Battin, « tous ont des profils TOP [trouble à l’ordre public]. Ils sortent soit de prison, soit de garde à vue ».
    Ainsi, Nader Aouini a été contrôlé dans la rue. A cette occasion, la police a découvert que ce Tunisien de 39 ans, marié à une Française, avait une interdiction du territoire français depuis sa condamnation, en 2024, « à cause d’une bagarre où [il s’est] défendu avec un couteau ». Ramzy (toutes les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur anonymat), un Algérien de 38 ans – et « neuf condamnations au casier pour stupéfiants, vols ou violences » – faisait, lui, l’objet d’un arrêté d’expulsion depuis 2022, remonté lors d’un contrôle policier.
    Selon le rapport publié le 19 mai par les associations présentes en CRA pour de l’assistance juridique aux retenus, dont Forum réfugiés, La Cimade ou le Groupe SOS Solidarités, 29 % des plus de 16 000 personnes retenues dans l’Hexagone en 2025 sortaient de prison. Un niveau inédit. Après avoir été stable entre 2014 et 2017 (autour de 8 %), cette proportion s’est fortement accrue en 2018 (13 %) et les années suivantes, fruit d’une politique amorcée par Gérard Collomb lorsqu’il était ministre de l’intérieur (2017-2018), en réponse au double meurtre terroriste commis par une personne en situation irrégulière à la gare de Marseille Saint-Charles, en octobre 2017.
    Dans une circulaire d’août 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur (2020-2024), avait indiqué aux préfets que « la rétention [devait] être prioritairement destinée aux [étrangers en situation irrégulière] auteurs de troubles à l’ordre public, y compris lorsque l’éloignabilité ne [paraissait] pas acquise ». Selon le ministère de l’intérieur, 90 % des personnes en rétention relèvent désormais de profils « TOP ».
    Les associations y voient un détournement de la finalité des CRA. En 2025, seules 36 % des personnes enfermées ont été expulsées, contre 39 % en 2024, soit « un niveau historiquement bas, inférieur même à celui observé pendant la période de crise sanitaire ». Certains étrangers sont placés en rétention plusieurs fois « sans aucune perspective d’éloignement, dénonce Elodie Jallais, de Forum réfugiés. La menace à l’ordre public l’emporte sur tout, sans que cette notion soit définie ». « Les CRA apparaissent de plus en plus comme une extension du milieu carcéral, observe également Cédric Castes, le référent police aux frontières du syndicat Un1té. Et l’accumulation de profils à risque complexifie fortement la gestion quotidienne des centres. »
    Au CRA de Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai, en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, « de plus en plus de problèmes psy », tandis qu’un infirmier du service médical aborde des transferts vers les urgences psychiatriques « plusieurs fois par mois » de retenus « qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont schizophrènes ». Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également de ce contexte lourd.
    Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui, des « jeunes de 20 ans » qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un coretenu, survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures, au nez et à l’orbite. Un Chilien, Roberto Vega, dit avoir été changé de bâtiment après avoir été volé et agressé.
    Des hommes se plaignent aussi des violences de la part de policiers. Selon le rapport interassociatif, au CRA de Vincennes, les juristes du Groupe SOS Solidarités ont accompagné, en 2025, « le dépôt de 81 plaintes auprès du procureur de la République ». Parmi elles, « 26 visaient directement les fonctionnaires du CRA ou des escortes, dont 21 avec un certificat médical corroborant les violences ».
    La durée de la rétention, elle, ne cesse de s’allonger, à la fois sous l’effet de l’évolution législative (en 2018, la durée maximale a été portée à quatre-vingt-dix jours), mais aussi des profils des retenus, plus difficilement expulsés. Près d’un tiers d’entre eux sont des Algériens, alors que la brouille diplomatique entre Paris et Alger fait que 6 % à peine sont, in fine, renvoyés. De même, les personnes sortant de prison affichent un taux d’éloignement inférieur à la moyenne et une durée d’enfermement plus longue (environ quarante-huit jours).
    « Enfermer plus longtemps ne permet pas d’éloigner les personnes, constate ainsi Justine Girard, de La Cimade. Les expulsions ont principalement lieu les premiers jours d’enfermement. » Mercredi 20 mai, le Sénat devait pourtant examiner une proposition de loi – portée par les députés Charles Rodwell (Renaissance, Yvelines), Gabriel Attal (Renaissance, Hauts-de-Seine) et Michel Barnier (Les Républicains, Paris) et déjà votée par l’Assemblée nationale en première lecture le 2 décembre 2025 – qui porterait à deux cent dix jours la durée maximale d’enfermement pour les étrangers « les plus dangereux ». Il s’agit de ceux condamnés pour des actes de terrorisme et ceux qui ont été « définitivement condamnés pour des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans d’emprisonnement ».
    « C’est de la pure démagogie car on mettra moins de personnes en CRA, donc on fera moins d’éloignements », prédit un cadre de la police, sous le couvert de l’anonymat. En outre, estime-t-il, « en plaçant des personnes pendant sept mois, ça va devenir plus dangereux pour tout le monde ». « Le travail en CRA, à l’origine, c’est d’identifier quelqu’un et l’éloigner rapidement, rappelle un autre policier, en poste au CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). On n’est pas formés pour gérer une logique carcérale, mais pour exécuter une procédure administrative. » « Les centres n’ont pas été conçus pour des rétentions longues, dénonce à son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. Ils s’usent vite, subissent des dégradations. » En avril, l’élue a visité le centre de rétention administrative de Coquelles (Pas-de-Calais), et dans un courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment l’« indignité totale » des douches et l’« infestation » de chambres par des punaises de lit.
    Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite, une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes. Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale. Au CRA 2 de Lyon-Saint-Exupéry, Gérald Darmanin avait vanté l’édification d’un bâtiment modèle lors de son inauguration en 2022. Depuis, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté y a épinglé, en 2023, des conditions indignes. Les cours de promenade ne sont plus que des grandes cages vides : les tables de ping-pong ont été enlevées, les ballons retirés. Deux après-midi par semaine, une association organise ici des jeux de société et des activités artistiques. « On regarde pour [faire venir] un intervenant pour des activités physiques », explique la cheffe de l’établissement, alors que la durée moyenne de rétention est de cinquante jours. « La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. « En prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule », ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. « Les gens s’ennuient, et, surtout, l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse », prolonge Elodie Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement. Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA de Lyon.

    #Covid-19#migration#migrant#CRA#france#retention#sante#santementale#droit#politiquemigratoire

  • Les « repats », ces Français qui s’installent sur les terres d’origine de leur famille : « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France »
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    Les « repats », ces Français qui s’installent sur les terres d’origine de leur famille : « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France »
    par Hélène Brunet-Rivaillon
    Avec ses immeubles modernes et ses commerces de style occidental, le quartier Victor-Hugo de Marrakech est très prisé des expatriés. Inès (toutes les personnes citées par un seul prénom ont requis l’anonymat), 28 ans, originaire de Tours, nous a donné rendez-vous dans un salon de thé situé à deux pas du lycée français. Derrière les vitrines, les viennoiseries jouxtent les pâtisseries marocaines. La femme est élégamment vêtue. Elle porte un hidjab de couleur crème. Lorsqu’elle entre, un serveur l’accueille poliment, lui désigne une table et lui tend délicatement la carte. Ce traitement, elle dit l’avoir rarement reçu en France, en dehors des commerces tenus par des personnes racisées, comme elle. « Parfois, on nous assurait que c’était complet, alors qu’il y avait des tables libres, déplore-t-elle. Et, si on insistait, on nous installait tout au fond de la salle. »
    Ce genre de discriminations, elle confie en avoir vécu en nombre en France, son pays de naissance. Pour fuir ces injustices à répétition, elle s’est installée au Maroc à l’été 2025, avec son mari et leurs deux fils. Le couple de Français a, un temps, imaginé vivre à Londres, avant d’être découragé par le coût de la vie. Bahreïn et Dubaï (Emirats arabes unis) ont également été envisagés pour l’exil. Ils ont finalement jeté leur dévolu sur le pays d’origine de leurs familles.En quelques jours, ils ont trouvé un appartement et inscrit leur fils aîné dans une école trilingue privée. Leur parcours est loin d’être un cas isolé. Comme eux, d’autres Français de parents immigrés font, en quelque sorte, le chemin inverse, et élisent domicile dans le pays de leur famille, le plus souvent en Europe, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Ils se définissent eux-mêmes comme des « repats » – pour « repatriés », bien qu’il s’agisse en réalité de Français qui s’expatrient.
    Si ce phénomène de « repatriation » a récemment été identifié par des chercheurs, il est encore difficile d’en mesurer l’ampleur. « Les études migratoires sont un champ de recherche pluridisciplinaire très axé sur les migrations qui arrivent en France, ou les migrations en général qui partent depuis les “Sud”, explique Brenda Le Bigot, géographe à l’université Gustave-Eiffel. Les travaux sur les migrations qui partent de France ou des “Nord” sont encore peu nombreux. Depuis une dizaine d’années, on constate l’émergence d’un sous-champ de recherche au sein des études migratoires dites “privilégiées”, dans lequel s’inscrivent des travaux sur les Français qui partent de France. »
    Entre deux bouchées de flan à la pistache dans son salon de thé de Marrakech, Inès, la Tourangelle diplômée d’un master en ressources humaines, raconte son ras-le-bol des discriminations en France, notamment en entreprise. Elle a parfois senti que le fait d’être issue de l’immigration et de confession musulmane limitait ses chances d’être recrutée.
    Et elle conserve le souvenir douloureux d’une pratique ouvertement stigmatisante. « Dans le cadre de mon bachelor, j’ai fait une alternance dans une entreprise de rénovation de l’habitat, relate-t-elle. Je devais recruter des commerciaux et j’ai eu à faire quelque chose d’illégal. On m’avait donné une grille de critères complètement discriminants : pas de femmes, pas d’Arabes, pas de Noirs. Comme ils ciblaient les personnes âgées, on devait recruter ce qu’ils appelaient le “bon petit-fils”. Le candidat idéal, c’était le blondinet, blanc, qui s’appelle Jules. »
    Las de vivre dans un pays dans lequel ils se sentaient régulièrement rejetés, voire en danger, Inès et sa famille ont opté pour le départ. « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France, mais parce que nous nous sentions détestés dans un pays que nous aimons », tient à préciser la Marrakchie d’adoption. Combien sont-ils à opter pour la même démarche ? Les statistiques ethniques étant interdites en France, il n’existe pas de chiffres précis. « Le phénomène existe et pourrait être amené à s’amplifier dans les années à venir », constate simplement Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et auteur du livre Le Diplomate et les Français de l’étranger. Comprendre les pratiques de l’Etat envers sa diaspora (Les Presses de Sciences Po, 2024).
    Abdel est un homme pressé. En marchant d’un pas vif dans les ruelles de la médina de Marrakech, entre deux rendez-vous d’affaires, il répond en arabe aux commerçants qui l’interpellent, en français ou en anglais, pour lui proposer leurs marchandises. « Ici, ils me prennent encore pour un touriste, c’est dingue ! », dit-il en riant. Devant un thé à la menthe, dans un café de la place des Epices, il déroule son parcours : fils de parents marocains d’un milieu aisé, il a grandi à Paris et étudié dans une grande école de commerce.Avec sa femme, française, et leurs enfants, ils ont posé leurs valises au Maroc, il y a un peu plus d’un an. Et, cette fois, pas pour des vacances, mais pour une durée indéterminée. « C’était devenu vraiment difficile, se désole l’entrepreneur de 49 ans. Mon fils de 16 ans s’est pris deux contrôles au faciès dans la même semaine, devant sa copine. Il a vécu ça de façon très humiliante. En France, tu peux faire tous les efforts du monde, tu resteras toujours, au mieux, le petit Arabe sympa, au pire, le voyou dont il faut se méfier. C’est fatigant, on ne te prend jamais vraiment au sérieux. »
    En décembre 2024, alors que le déménagement est en cours, une information vient confirmer la décision de la famille. Le Monde révèle qu’Emmanuel Macron a employé le terme « rabzouz » pour parler des Français d’origine maghrébine et qu’il a tenu des propos jugés racistes, tels que : « Le problème des urgences dans ce pays, c’est que c’est rempli de Mamadou [des propos démentis par la présidence de la République, le 20 décembre 2024]. » « J’ai voté Macron deux fois, moi ! Ça fait mal !, s’emporte Abdel. J’étais écœuré de lire ça, écœuré ! Si même au sommet de l’Etat on se permet ça, c’est qu’il n’y a aucun espoir. » La famille s’est faite à sa nouvelle vie, le plus dur ayant été de se séparer d’amis à Paris, notamment pour les deux adolescents. Mais Abdel est certain d’avoir pris la bonne décision : « Venir ici, c’était mettre les enfants en sécurité, assure-t-il. Le fait de ne plus vivre avec la crainte que mon fils soit traité de sale Arabe, ça n’a pas de prix. »
    Les préoccupations liées aux enfants sont au cœur de nombreux parcours de repats, motivés par le désir de les protéger et celui de leur faire découvrir le pays de leurs ascendants, tout en contribuant à son développement économique. Diana, ingénieure qualité de 43 ans, a emménagé il y a quelques mois à Cotonou, au Bénin, le pays de ses parents, avec ses enfants. Par téléphone, elle dépeint le racisme subi par son aîné, dès la maternelle, dans le petit village de la région lyonnaise où ils vivaient.« Un jour, il devait avoir 4 ou 5 ans, il m’a confié que personne n’avait voulu jouer avec lui, car il était l’intrus, celui qui n’est pas comme les autres, se remémore-t-elle. Là, on se dit qu’on fait partie des minorités visibles, et que c’est quelque chose qu’il va falloir gérer. C’est la première claque dans la figure. Je connais ces remarques, parfois j’en laisse passer, alors que je ne devrais pas, pour ne pas gaspiller d’énergie. Mais quand ça touche à nos enfants, c’est autre chose. » Un autre jour, en rentrant de l’école, le petit garçon rapporte qu’un enfant lui a dit qu’il était « marron comme du caca ».
    Diana estime aussi que son fils, en primaire, est puni plus souvent et plus sévèrement que ses camarades. « Donc, j’ai sorti mes enfants du public pour les mettre dans le privé. Et, lors de l’entretien avec la directrice, je me suis assurée qu’elle avait une bonne manière de traiter la différence. » Hélas, malgré une gestion satisfaisante des questions d’égalité au sein de l’école, son fils n’échappe pas aux remarques haineuses. « Rentre dans ton pays ! », lui lance, un jour, un élève. Le sentiment que la parole raciste s’est libérée entre les deux tours des élections législatives de 2024 achève de convaincre Diana de partir : « Je ne voulais pas vivre comme aux Etats-Unis où, à chaque fois que ton gamin noir est dehors, tu pries pour qu’il rentre. »
    Ce qu’elle décrit fait écho à la notion développée par la journaliste d’origine congolaise Douce Dibondo dans son essai La Charge raciale. Vertige d’un silence écrasant (Fayard, 2024). Cette « charge », qui est due à la seule couleur de peau des personnes qui la supportent, pèse parfois dès l’école maternelle. Elle englobe à la fois les microagressions que constituent certains regards, le fait d’être constamment interrogé sur ses origines ou soumis au désir des autres de toucher sa chevelure crépue, mais aussi les violences physiques.
    Selon une enquête de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme publiée le 9 avril, en partenariat avec l’institut de sondage IFOP, 80 % des personnes « perçues comme “noires” » disent avoir été exposées aux violences et aux discriminations raciales, de même que 70 % des personnes « perçues comme “arabes” » et 60 % des « métis ». Entre la progression de l’extrême droite et la désignation récurrente de boucs émissaires par certains médias, pour les personnes racisées, le climat est lourd.Si se prémunir contre les discriminations est au cœur de ces mouvements, c’est loin d’en être le seul moteur. Kara Diaby a grandi dans l’Oise et vit aujourd’hui à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le pays d’origine de ses parents. Diplômé d’une école de commerce à Marseille, il a rapidement eu le sentiment d’un plafond de verre l’empêchant d’évoluer professionnellement. Il a accepté des emplois en Afrique – au Cameroun, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Fort de ces expériences, il lance en 2020 une newsletter pour aider les repats, tandis que le monde, qui traversait la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, était bouleversé par la mort de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis, et le mouvement de révolte Black Lives Matter, amplifié par ce drame. Beaucoup de gens s’interrogent sur d’autres possibles. Et le succès de la newsletter est immédiat.
    Kara Diaby crée alors le réseau Repat Africa, qui rassemble environ 500 personnes (des membres de la diaspora et des repats), dont l’objectif est de favoriser les migrations et les investissements vers l’Afrique : « Si les gens sont inquiets du racisme que leurs enfants subissent à l’école, ils ont aussi envie de leur faire découvrir le pays d’origine de la famille. » Cette repatriation n’est donc pas uniquement réactionnelle, elle est aussi portée par des enjeux intimes de redécouverte des racines.
    Repat Africa compte aujourd’hui des membres aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Suisse et en France, et des résidents en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin. Ensemble, ils mutualisent leurs compétences et leurs réseaux, et investissent dans des projets d’entreprises. Au même titre que le retour aux sources, le business et le désir d’entreprendre sont assez présents dans les discours des repats de tous horizons. Néanmoins, une forme de douleur omniprésente revient toujours dans les discussions, comme si les repats balançaient sans cesse d’un pied sur l’autre. Une douleur alimentée par le sentiment d’un déni de francité.Dans un livre astucieusement intitulé La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane (Seuil, 2024), Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin évoquent, chez les musulmans, la quête d’un « droit à l’indifférence », dont ils jouissent en quittant la France. Autrement dit, la possibilité de pratiquer leur religion et d’arborer des signes religieux sans être regardé, jugé ou discriminé.
    Pour un bon nombre des personnes interrogées par Le Monde, l’envie de partir date de 2015. « De fait, la période post-attentats a été vécue comme une période d’augmentation des actes et discours islamophobes », écrivent les auteurs. Le traitement de l’actualité par les chaînes d’information, en particulier CNews, citée par plusieurs repats, est aussi parfois vécu par les Français musulmans comme une forme de harcèlement.
    Le fait de ne pas être considéré comme tout à fait français, voire pas français du tout, figure aussi parmi les arguments récurrents. Les parents de Mélanie Pinto, journaliste française trentenaire, ont quitté le Portugal et émigré en France dans les années 1970, pour fuir la dictature salazariste. Ils ont eu leurs deux filles après leur arrivée. Pourtant, « toute ma vie, en France, on m’a dit que j’étais portugaise », s’agace Mélani Pinto. Elle se rappelle, par exemple, une remarque inappropriée à l’issue d’un entretien d’embauche concluant. « Le recruteur m’avait dit : “Comme je vois beaucoup de monde, envoie-moi un mail la semaine prochaine et signe "la Portugaise", pour que je ne t’oublie pas.” » Elle en était ressortie en larmes.
    Dans un premier temps, en 2014, elle a quitté la France pour vivre au Canada. « Au Québec, pour la première fois de ma vie, j’étais la Française », se souvient-elle. Quatre ans plus tard, elle réalise son rêve de s’installer au Portugal, le pays de ses grands-parents, qu’elle ne connaissait que comme vacancière : « J’ai fait beaucoup d’efforts pour connaître l’histoire et la politique du pays et pour me perfectionner dans la langue. » Elle a aussi fondé une famille là-bas, avant d’emménager à Tanger, au Maroc, le pays de son mari, où elle vit en ce moment. « Mon fils est né à Lisbonne, il est portugais », ajoute-t-elle, fièrement.
    Sané Lou Cissokho a 32 ans. Elle est née d’une mère « française du nord de la France, blonde aux yeux bleus », comme elle le précise, et d’un père sénégalo-mauritanien. « Je ne suis qu’à un quart sénégalaise, et pourtant, au Sénégal, les gens ne m’ont jamais fait sentir que je n’étais pas des leurs. En France, quand j’étais plus jeune et que je prenais le métro tôt le matin, dès que j’entrais, je me sentais regardée parce que j’étais la seule métisse ou la seule racisée. » Elle a aussi dû supporter les préjugés : « Dans les magasins, j’étais suivie par le vigile, alors que je n’ai jamais rien volé de ma vie ! »Elle s’apprête actuellement à s’installer au Sénégal : « Quand j’étais plus jeune, je disais que, quand je serai à la retraite, je partirai. Et, en 2024, j’ai eu un déclic en arrivant en vacances à Dakar, j’ai eu la sensation d’être là où je devais être. » « Il faut qu’on arrête de voir l’Afrique comme un fardeau qu’on porte, alors qu’il y a plein de belles opportunités », ajoute-t-elle. Elle a créé Cubkids, un site où les enfants noirs et métissés peuvent se voir dans des personnages qui leur ressemblent, dont la déclinaison sur TikTok compte à ce jour plus de 200 000 abonnés.
    Le projet de départ vers la terre d’origine est reçu diversement par les familles. « Mes grands-parents n’ont pas compris, admet Inès. Parce que, pour eux, la France est encore un eldorado. Ils sont encore extrêmement reconnaissants envers la France. Ils se sont dit : “On a fait le chemin inverse pour vous, et vous, vous voulez retourner là-bas.” Pour eux, c’est inconcevable. » Les parents de Mélanie Pinto ont, eux aussi, manifesté leur incompréhension : « Que vas-tu faire au Portugal ? On a quitté le Portugal pour te donner une chance, une autre éducation. Que vas-tu faire là-bas ?, relate la journaliste. Ils n’ont pas du tout compris. Mon père l’a pris personnellement. » Sceptique dans un premier temps, la famille de Kara Diaby est aujourd’hui fière de sa réussite, en particulier depuis des apparitions remarquées sur TV5 Monde et Canal+ Afrique.
    Si tous les repats interrogés par Le Monde assurent avoir gagné en qualité de vie, ils reconnaissent aussi que tout n’est pas toujours simple. La question de la carrière et celle des ressources se posent, en général, en amont de la décision de quitter la France. Ceux qui le peuvent conservent leur emploi à distance, en télétravail. C’est souvent le cas des free-lances. Et une bonne partie de ces repats incluent un objectif entrepreneurial dans leur projet global, comme les membres de Repat Africa.Pour autant, même en débarquant avec une double culture et des diplômes solides, les choses ne sont pas forcément aisées. « J’ai l’impression que, même sur le continent africain, c’est plus facile pour des personnes blanches de trouver des opportunités que pour les gens de la diaspora, se désole Kara Diaby. Il y a du colorisme, les gens plus clairs, métis, semblent plus crédibles. Donc, vous vous installez en Afrique en pensant que ça va être plus facile, alors que, parfois, c’est encore pire qu’en France. »
    A tout cela peuvent s’ajouter des problèmes de reconnaissance de diplômes universitaires ou de compétences à adapter. Inès est titulaire d’un master en ressources humaines, mais exercer dans sa branche au Maroc ne se fait pas en un claquement de doigts. « Je suis formée en France, donc je connais la réglementation et le code du travail français, rappelle-t-elle. Pour moi, ce serait plus simple de travailler pour une entreprise française, car, pour travailler dans une entreprise marocaine, il faudrait que je me mette à jour sur la réglementation locale. »
    Les questions de sécurité, de couverture sociale, de coût de l’éducation et de limites à la liberté d’expression font partie des aspects qui compliquent leurs expériences. « La circulation est complètement freestyle [anarchique] ici, dit Abdel. Et puis on ne peut pas faire de vannes sur le roi devant n’importe qui, alors qu’en France se foutre de la gueule des politiques est un sport national ! » Christian Lequesne confirme le fait que l’adaptation comprend une part de compromis, voire des renoncements : « Les pays d’origine des parents ne sont pas toujours des démocraties libérales. En France, l’éducation est très tournée vers les valeurs démocratiques, donc il faut aussi supporter le fait de vivre dans des régimes semi-autoritaires. »
    Parmi les autres aspects plus ou moins difficiles à gérer, il y a aussi le fait de ne pas toujours se sentir complètement appartenir aux communautés locales, faute de références communes. « En France, nous ne sommes pas vraiment considérés comme des Français, et, là, on ne nous considère pas comme des Marocains, se désole Inès. C’est très dur à vivre. Ici, les gens sont très patriotes. Mais nous, nous ne nous sentons légitimes à être patriotes ni dans un pays ni dans l’autre. »Diana insiste, pour sa part, sur le risque de s’enfermer dans une bulle, à l’image des expatriés, notamment en raison de son pouvoir d’achat. « On peut avoir un chauffeur pour une centaine d’euros par mois. Mais le salaire minimum se situe entre 45 et 50 euros », illustre-t-elle. Chacun s’arrange aussi pour s’organiser avec des systèmes de santé qui peuvent être peu performants, parfois en s’acquittant de frais élevés. Sané Lou Cissokho relativise : « Ma santé mentale et mon bien-être passent avant les aides que je pourrais avoir en France. Si mon mental va bien, j’ai moins de risques de développer des maladies. » De Cotonou, Diana résume la situation complexe des repats en citant la phrase préférée de son père : « Même si le pays ne vaut rien, rien ne vaut le pays. »

    #Covid-19#migrant#migration#france#repats#afrique#diaspora#integration#dsicrimination#sante#santementale

  • L’odyssée sans fin d’Issa Omar, migrant rescapé d’un naufrage dans la Manche, puis « tombé dans l’oubli »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/15/l-odyssee-sans-fin-d-issa-omar-migrant-rescape-d-un-naufrage-dans-la-manche-

    L’odyssée sans fin d’Issa Omar, migrant rescapé d’un naufrage dans la Manche, puis « tombé dans l’oubli »
    Par Julia Pascual
    Récit Le Somalien de 32 ans est l’un des deux survivants du pire naufrage au large de Calais, le 24 novembre 2021. Hanté par le drame, cantonné à une situation administrative précaire, sans aucun accompagnement social ni psychologique, il vit de la charité.
    « On peut me considérer comme un SDF. » Issa Omar n’hésite pas longtemps quand il s’agit de qualifier sa situation. « Je n’ai pas de vie stable, je n’ai pas d’argent, je n’ai nulle part où aller. Ma vie est en suspens », résume d’un air désabusé ce Somalien de 32 ans, qui a survécu au pire naufrage jamais survenu dans le détroit du Pas-de-Calais, le 24 novembre 2021. Cette nuit-là, 31 personnes, des Kurdes d’Irak en majorité, sont mortes noyées, près de la ligne de démarcation des eaux entre l’Angleterre et la France. Ils tentaient de rejoindre le Royaume-Uni à bord d’un canot pneumatique, parti d’une plage aux alentours de Dunkerque. Et si Mohammed, un autre homme, originaire d’Irak, a également survécu au naufrage, il a disparu au bout de quelques mois et n’a plus jamais donné de nouvelles. Des 33 passagers qui avaient embarqué à bord de la petite embarcation de 8 mètres, seul Issa Omar peut encore témoigner.
    La nuit, le jeune homme est réveillé par des cauchemars, qui sont autant de réminiscences, saturées de cris, de la longue nuit du naufrage. Un visage en particulier le hante, celui de Halima, une victime somalienne. « Je la vois tout le temps », dit-il. Il entend ses supplications, aussi. « J’ai essayé de la hisser deux fois sur le bateau, mais je n’ai pas réussi. » Elle est morte noyée. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, Issa Omar a vu les gens autour de lui disparaître les uns après les autres, en dépit de leur gilet de sauvetage. Il se souvient de cette femme kurde et de ses trois enfants, de deux Egyptiens, de deux Afghans, d’un Vietnamien, d’un Ethiopien… Il ne les connaissait pas avant de prendre la mer à leurs côtés, ce soir de novembre. Au bout de quelques heures en mer, ils ont commencé à écoper le bateau, dans la panique, les hurlements et les pleurs, tandis que l’eau glaciale engourdissait leurs membres.
    Issa Omar relate les appels désespérés passés aux familles et aux secours, les tentatives vaines d’attirer l’attention, dans la nuit noire, avec la lumière des téléphones. Et lui qui essayait de garder son calme. Jusqu’à ce que le bateau chavire. « Ça a été l’expérience la plus brutale et terrifiante de ma vie », confie-t-il dans un témoignage écrit, rendu public par une commission d’enquête britannique qui s’est penchée sur les conditions du drame. Il doit nager pour s’extirper du bateau qui s’est retourné sur lui, parvient à retirer sa veste et ses chaussures pour alléger son poids. « Je me suis accroché à l’épave jusqu’à ce que le soleil se lève. »
    A l’aube, Issa Omar affirme qu’une quinzaine de personnes se tiennent encore à ce qui reste du canot. « Je ne me souviens pas avoir parlé avec qui que ce soit, ceux qui étaient en vie étaient à moitié morts. Je pouvais voir des corps flotter autour de nous dans l’eau. » Il se met à nager. Il pense : « Au moins, si je meurs en nageant, je ne le sentirai pas. » Il revoit une femme à ses côtés, hurler et chercher ses enfants, déjà morts. « Elle avait perdu la tête. » Lui implore Dieu d’achever son supplice. Sa peau est brûlée par le sel. Il n’est pas tout à fait 14 heures quand un chalutier boulonnais aperçoit enfin l’embarcation naufragée, les deux survivants et une partie des corps.
    Lorsque Issa Omar se confie au Monde, ce jour de février 2026, installé dans le cabinet d’avocats qui le représente comme partie civile dans l’instruction ouverte au tribunal de Paris sur les circonstances du naufrage, il vient d’apprendre les conclusions rendues par la commission d’enquête publique britannique. Ces dernières confirment ce que l’instruction pénale française, toujours en cours, a d’ores et déjà établi : les secours français, pourtant contactés à de très nombreuses reprises par les occupants du canot la nuit du 24 novembre 2021, ne sont pas intervenus, les laissant se noyer. Ils n’ont en outre pas répondu à l’appel d’urgence « Mayday », diffusé par les garde-côtes britanniques, également appelés au secours, alors qu’un navire de la marine nationale, le Flamant, se trouvait à environ quinze minutes de navigation du point de coordonnées. « Pour le moment [le Flamant] s’occupe d’[un autre cas] », avait justifié le centre de secours français, le Cross Gris-Nez (Pas-de-Calais). Sans que cette affirmation puisse être étayée. L’enquête britannique a aussi établi que les secours français ont ordonné à un pétrolier de poursuivre sa navigation, alors qu’il est probable qu’il avait repéré le canot en détresse.
    Cette nuit-là, tous les acteurs du sauvetage en mer ont minimisé le danger encouru par Issa Omar et ses compagnons d’infortune. « Des gens qui disent qu’ils se noient, qu’ils vont mourir, qu’il y a beaucoup de femmes et d’enfants, des femmes enceintes… et quand on arrive, ce n’est pas le cas, c’est plutôt classique », a justifié un garde-côte anglais, qui a traité plusieurs appels du canot, cette nuit-là. « Souvent, [les migrants] appellent et crient au danger alors qu’ils n’ont rien », avait aussi déclaré un militaire des secours français, auditionné dans l’enquête pénale. En France, sept personnes – cinq militaires du Cross et deux officiers qui étaient à bord du Flamant – sont toujours mises en examen pour non-assistance à personne en danger. Elles contestent avoir commis une quelconque infraction le 24 novembre 2021. « L’atrocité de ce qu’Issa a vécu et sa souffrance nous obligent et renforcent la nécessité d’identifier, poursuivre et juger toutes les personnes responsables de ce drame », souligne l’avocat Matthieu Chirez, qui défend le Somalien.
    Les mois qui ont suivi le naufrage ont consisté en une longue convalescence en fauteuil roulant pour Issa Omar. Seuls survivants, Mohammed et lui sont d’abord placés sous surveillance policière, tenus à l’écart de la presse. Tandis que le premier disparaît bientôt des radars, le second est orienté, à sa sortie d’hôpital, vers un centre d’hébergement du 17e arrondissement de Paris, tenu par l’association Emmaüs Solidarité. C’est un établissement qui accueille plus de 200 hommes, des « grands exclus », qui présentent pour beaucoup des problématiques d’addiction et de longues périodes de vie à la rue.
    Issa en garde un souvenir pénible. « J’étais entouré de gens malades, qui avaient des problèmes mentaux. Il y avait souvent des morts. Je n’ai pas supporté de rester dans cet endroit. » « Ce n’est pas un centre adapté pour un jeune réfugié, convient le directeur général d’Emmaüs Solidarité, Lotfi Ouanezar. Mais c’était la seule place disponible. Issa Omar n’a pas eu d’accompagnement social, il était méfiant et avait peur d’être poursuivi. » « J’avais peur pour ma vie », répète le Somalien, qui n’a jamais consulté de psychologue, en dépit de la manifestation d’un syndrome dépressif et de troubles de la mémoire et du sommeil. Il fait des allers-retours dans la structure entre 2022 et la fin de l’année 2024. Sa santé n’est pas bonne. L’homme est asthmatique et explique avoir développé un diabète post-traumatique. Il finit par contacter un compatriote, agent de sécurité en province, qui accepte de l’héberger. Au total, une vingtaine de personnes l’auraient accueilli lors de son errance en France, notamment des réfugiés somaliens qu’il a connus en Italie, où il a vécu avant d’arriver, fin 2021, sur le littoral nord.
    « Toute ma vie a été une galère », résume Issa Omar. Né en 1993 à 90 kilomètres de Mogadiscio, il n’a que 13 ans lorsque son père, gouverneur de sa commune et membre de la minorité marginalisée madhiban, est exécuté par la milice islamiste Chabab, en pleine guerre civile. La mère décide de quitter le pays avec ses cinq enfants, pour rejoindre le Yémen. Issa Omar est l’aîné des garçons. Il y est scolarisé, y apprend à parler l’arabe, à nager aussi. Plus tard, il y travaille comme taxi, mais aussi en tant que mécanicien ou encore agent de propreté dans un hôpital.
    En 2014, la guerre civile éclate, qui oppose les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, aux forces gouvernementales et à une coalition de pays arabes dirigée par l’Arabie saoudite. La famille, établie dans une zone passée sous contrôle houthiste, doit fuir, encore, cette fois vers un camp de réfugiés en Ethiopie. En tant qu’homme adulte, Issa est empêché de quitter le pays. Il raconte cependant avoir refusé de participer à l’effort de guerre et avoir été incarcéré pendant six mois, période au cours de laquelle il est régulièrement battu. « En janvier 2015, un avion de combat [saoudien] a bombardé la prison où j’étais retenu (…). Les murs de ma cellule se sont effondrés », écrit-il à la commission d’enquête britannique. Plusieurs personnes décèdent dans ce raid aérien. Blessé, souffrant de plusieurs fractures, Issa Omar est transféré dans un hôpital de Sanaa, puis transporté par avion en Iran, où il demeure hospitalisé deux mois.
    « Je n’ai plus envie de vivre »
    On est en 2015, et Issa Omar profite de l’exode des Syriens pour prendre lui aussi le chemin de la Turquie. S’ensuivent des mois d’existence précaire dans le pays, notamment à Ankara, à vivre sous une tente. Issa Omar glane quelque argent en travaillant au noir comme agent de nettoyage dans un restaurant. Sans perspective, il reprend la route en septembre 2016 aux côtés de Syriens, rejoint Izmir, sur la côte ouest de la Turquie, traverse la mer Egée pour accoster sur l’île grecque de Leros. Il y est maintenu dans un camp, puis transféré sur le continent, où il poursuit son exil, périlleux, à travers les Balkans occidentaux.
    Arrivé en Italie, il gagne la Sicile, où des compatriotes sont employés et logés par un agriculteur. Il y demeure plusieurs années, mais, là encore, n’entrevoit aucune perspective de régularisation ni d’intégration véritable. A la sortie de la crise sanitaire, en novembre 2021, avec sept amis somaliens, il quitte le pays en direction de Calais, avec l’intention de demander l’asile au Royaume-Uni. « Je voulais y établir ma vie, être formé, aider ma famille », justifie-t-il. Il paye sa traversée 1 300 euros, échoue deux fois à prendre la mer. Jusqu’au soir du 23 novembre.
    Après le naufrage, alors qu’Issa et Mohammed étaient hospitalisés ensemble, le second se serait vu offrir, par des passeurs impliqués dans la tragique traversée, de l’argent et la garantie de rejoindre le Royaume-Uni en échange de son silence. « Issa a refusé car il a une responsabilité morale vis-à-vis de ceux qu’il a vus mourir. Il est devenu leur voix », croit savoir un Somalien qui le fréquente et qui a souhaité rester anonyme.
    Issa Omar n’a plus le Royaume-Uni en ligne de mire. Il ne sait pas davantage s’il veut rester en France. Il a le sentiment d’être « tombé dans l’oubli ». L’homme a un titre de séjour précaire qu’il doit renouveler tous les six mois et qui ne l’autorise pas à travailler. Il ne parle pas français, dépend de la charité et de distributions alimentaires pour se nourrir, et il lui arrive de passer des nuits à la rue, quand il n’est pas hébergé par des connaissances, dans une ville dont il veut taire le nom. Il craint que des passeurs impliqués dans la tragédie du 24 novembre 2021 ne le retrouvent pour le contraindre au silence. « Je n’ai plus envie de vivre », « Je retiens mes envies de me jeter d’un pont », dit-il parfois, tant l’existence qu’il mène lui est douloureuse. En 2024, Nikolaï Posner, alors membre de l’association d’aide aux migrants Utopia 56, a entrepris de le soutenir. A l’époque, le Somalien avait perdu jusqu’à son droit au séjour, faute d’avoir entrepris des démarches administratives. « On aurait pu imaginer que l’Etat français lui offre une protection qui lui permette de s’insérer, y compris au regard des défaillances des autorités la nuit du naufrage, mais rien, regrette M. Posner. C’est comme si les morts et les survivants étaient un détail de l’histoire. » Sur une des autorisations provisoires de séjour qui a été délivrée à Issa Omar par la Préfecture de police de Paris, un papier gris perforé, il est inscrit la référence de son dossier, en capitales d’imprimerie : « RESCAPE000 ».

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  • France : les députés approuvent l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux » - InfoMigrants
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    France : les députés approuvent l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux »
    Par La rédaction Publié le : 06/05/2026
    Adoptée par l’Assemblée nationale, mardi, cette proposition de loi permet d’enfermer en centre de rétention administrative (CRA) des étrangers jugés « dangereux » pour une durée de 7 mois (210 jours). Le texte doit encore passé devant le Sénat fin mai.
    De 180 à 210 jours. Les députés français ont adopté mardi 5 mai, un texte visant à allonger la durée maximale de rétention administrative pour des étrangers en situation irrégulière et jugés « dangereux ». La proposition de loi, portée par Charles Rodwell (Renaissance, parti présidentiel) et soutenue par le gouvernement, a été validée par 345 députés allant du centre au Rassemblement national (extrême droite), contre 177 députés à gauche.
    Que contient-elle ? Cette loi permet d’enfermer en centre de rétention administrative (CRA) des étrangers pour une durée de sept mois, si les personnes visées cumulent trois critères :
    L’étranger doit faire l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire (OQTF). Il doit avoir été condamné par le passé à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes. Il représente une menace « réelle, actuelle et d’une particulière gravité » pour l’ordre public.
    Actuellement, la durée maximum de rétention est de 90 jours, ou 180 jours pour ceux condamnés pour terrorisme. Pour cette dernière catégorie, le texte porte aussi ce seuil à 210 jours. Cette proposition de loi doit maintenant être examinée par le Sénat fin mai.
    L’été dernier, une disposition d’allongement similaire avait été censurée par le Conseil constitutionnel, qui l’avait jugée disproportionnée. Ce qui a poussé des élus à la présenter de nouveau, avec une formulation plus restrictive tenant compte des observations des Sages. Elle ne concernera « que quelques dizaines de personnes par an », selon le député Charles Rodwell.Cet allongement à 210 jours a surtout été vivement soutenu et poussé par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, après le meurtre en 2024 de l’étudiante Philippine, alors que le suspect, un Marocain, sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF) venait de sortir de rétention.
    « [La victime] habitait ma circonscription et il y a un an et demi, j’ai pris un engagement auprès de sa famille » de porter un texte « transpartisan » trouvant « un juste équilibre entre la protection des libertés publiques et le renforcement de la sécurité des Français », a déclaré Charles Rodwell, élu des Yvelines.Pour rappel, les étrangers en situation irrégulière peuvent être enfermés dans un centre de rétention administrative (CRA) en vue de leur expulsion - s’il existe un risque qu’ils s’y soustraient. En effet, selon le droit français - et européen - l’enfermement d’un étranger en CRA est une mesure qui ne doit être utilisée qu’en dernier recours, « dans les cas où l’administration n’a pas d’autres moyens moins attentatoires aux libertés pour réaliser l’expulsion », rappelle La Cimade, association de défense de droits des étrangers.
    Être en situation irrégulière est une irrégularité administrative, et pas un délit, selon le droit français.Les réactions ont été nombreuses. « C’est une loi de communication », qui valide « le principe de la prison sans le procès », a fustigé la socialiste Céline Hervieu. Pour l’écologiste Stella Dupont, cette mesure « ne permettra pas davantage d’expulsions », écrit-elle sur X. « Le plus souvent, les blocages viennent du refus du pays d’origine de reconnaître son ressortissant. Et sans cette reconnaissance, aucune expulsion n’est possible. La priorité est donc de renforcer la négociation et la diplomatie avec ces pays, pas de maintenir enfermées ces personnes ad vitam aeternam. »
    Le texte s’attaque aussi plus particulièrement à la menace terroriste. Il porte la création d’une « injonction d’examen psychiatrique » à la main du préfet, pour forcer certaines personnes à s’y soumettre.
    Elles devront avoir montré une adhésion à « des théories incitant ou faisant l’apologie d’actes de terrorisme », et avoir eu des « agissements susceptibles d’être (...) liés à des troubles mentaux ». Après cet examen, le préfet pourra prononcer une hospitalisation forcée.
    Cela permettra d’intervenir « avant le passage à l’acte », s’est félicité Eric Martineau (MoDem, centre). La députée écologiste Léa Balage El Mariky a, au contraire, dénoncé une « dérive majeure » transformant « les psychiatres en agents de sécurité intérieure » et « le soin en contrôle ».La proposition de loi prévoit également la création d’une « rétention de sûreté terroriste », permettant de placer sous certaines conditions des étrangers dans un centre de soins après une peine de prison, comme pour certains autres crimes.
    Des mesures « très concrètes » que Charles Rodwell espère voir adoptées définitivement avant la fin des travaux parlementaires cet été. Plus de 16 000 personnes ont été retenues dans des CRA en 2024, selon la Cimade. Ce nombre grimpe à 40 000 si l’on inclut les étrangers enfermés en CRA à Mayotte (22 300 en 2024) et dans les Outre-mer (Guadeloupe, Réunion, Guyane…).

    #Covid-19#migration#migrant#france#CRA#sante#droit#santementale#politiquemigratoire

  • Au Danemark, dans le centre d’Avnstrup, antichambre des expulsions pour les familles sans papiers - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70658/au-danemark-dans-le-centre-davnstrup-antichambre-des-expulsions-pour-l

    Au Danemark, dans le centre d’Avnstrup, antichambre des expulsions pour les familles sans papiers
    Le Danemark a adopté une politique d’expulsion systématique des étrangers déboutés de l’asile ou ayant perdu leur droit au séjour dans le pays. Les personnes sont poussées à coopérer avec les autorités pour quitter le pays par leurs propres moyens. Celles qui refusent sont envoyées en centre d’expulsion en vue d’un retour négocié ou contraint dans leur pays. Comme dans le centre d’expulsion d’Avnstrup, que la rédaction d’InfoMigrants a pu visiter.
    Pour atteindre le centre d’expulsion d’Avnstrup, à Hvalsø, il faut quitter Copenhague et rouler pendant une cinquantaine de kilomètres vers l’ouest. En avançant sur la route, les zones urbaines se dissipent et les paysages ruraux s’installent. La région est réputée pour la beauté de la forêt de Bidstrup et ses chemins de randonnée.
    C’est au milieu de ces bois que s’élèvent les bâtiments en briques du centre d’expulsion de d’Avnstrup. Cet ancien sanatorium, entré en fonction en 1940, est devenu un centre d’accueil pour demandeurs d’asile dans les années 1990. Géré par la Croix-Rouge, il sert aujourd’hui de centre d’expulsion et est dédié aux familles d’étrangers. Les hommes seuls qui doivent quitter le Danemark sont, eux, hébergés dans le centre de Kærshovedgård (région du Midtjylland), géré par l’administration pénitentiaire. En cette fin mars 2026, 185 personnes sont hébergées à Avnstrup. Une partie sont « dublinées ». Elles sont entrées en Europe par un autre pays que le Danemark et doivent y retourner pour y effectuer leur demande d’asile. Ces « dublinés » ont été identifiés lors de la « phase 1 » de la demande d’asile : le premier examen de la situation.
    D’autres sont envoyés dans le centre durant l’examen de leur demande d’asile - examen appelé « phase 2 ». Généralement ces personnes ont commis un délit et doivent quitter le pays après avoir effectué leur peine. La dernière catégorie d’étrangers vivant dans le centre est celle des personnes à qui l’asile a été refusé en phase finale - la « phase 3 ». Avnstrup compte environ un tiers de résidents pour chacun de ces trois cas de figure.
    Au sein de l’Union européenne (UE), le Danemark est le seul pays à avoir fait le choix d’établir sur son territoire des centres d’expulsions. Après avoir accueilli plusieurs milliers de réfugiés dans les années 1980 et 1990, Copenhague défend désormais une politique très restrictive sur l’immigration. Celle-ci repose notamment sur l’obligation de quitter le territoire danois en cas de réponse négative à la demande d’asile ou de fin du droit au séjour. Cette mission d’expulsion et rapatriement incombe à l’agence danoise des retours (Hjemrejsestyrelsen) créée en 2020 et placée sous l’autorité du ministère de l’Immigration et de l’Intégration.
    En cas de réponse négative à une demande d’asile, les personnes étrangères sont incitées à coopérer avec les autorités pour rentrer dans leur pays par leurs propres moyens. Elles peuvent alors rester dans le centre d’hébergement où elles se trouvent et bénéficier d’une aide financière pour monter un projet dans leur pays. Si elles refusent de coopérer, elles doivent alors quitter leur centre d’hébergement et sont placées dans un centre d’expulsion : Avnstrup ou Kærshovedgård.
    Des solutions de départ sont de nouveau proposées régulièrement aux personnes retenues dans les centres. Si la coopération est impossible, l’issue peut être un départ forcé. Des moments extrêmement difficiles à vivre pour les familles du centre. « Cela arrive quatre à cinq fois par an. Les agents viennent généralement très tôt le matin et emmènent les gens [...] C’est terrible, dans ces moments-là, les murs du centre tremblent », raconte Helle Jørgensen, la responsable du centre d’Avnstrup pour la Croix-Rouge.
    À Avnstrup, les étrangers sont libres de leurs mouvements. Mais ils ont l’obligation de confirmer leur présence deux fois par jour auprès du personnel de l’agence danoise du retour qui possède un bureau dans le centre, explique depuis son bureau Helle Jørgensen. Ils ont la possibilité de quitter le centre durant deux jours, deux fois par mois, à condition d’obtenir une permission spéciale des autorités danoises.
    Même l’accès à la nourriture est différencié selon le statut administratif des personnes. Les demandeurs d’asile en phase 1 de la procédure reçoivent des repas préparés alors que ceux en phase 2 et 3 ont le droit de préparer leur repas. « Normalement, les personnes [en attente de la réponse de leur demande d’asile] reçoivent de l’argent de poche pour cela mais, ici, les personnes déboutées ne peuvent pas posséder d’argent donc les gens commandent en ligne les ingrédients dont ils ont besoin pour cuisiner et cela leur est livré dans le centre », détaille Helle Jørgensen.
    Une rigoureuse distinction qui frôle parfois l’absurde. « Nous avons accueilli récemment 20 femmes auparavant hébergées à Kærshovedgård. Là-bas, elles mangeaient dans une cafétéria des repas qui leur étaient servis. En arrivant ici, l’administration ne voulait pas du tout que leur confort de vie s’améliore. Donc nous recevons deux fois par semaine des repas surgelés pour ces 20 femmes uniquement, alors que le reste des résidents peut cuisiner », rapporte la responsable. « Les conditions [de vie] sont censées être aussi dures que possible, aussi intolérables que possible, c’est le mot que [les responsables] utilisent, pour essayer de pousser les gens à partir. Mais sans franchir la ligne qui consisterait à violer leurs droits », dénonce Eva Singer, du Danish Refugee Council.
    Et cette période de détention dans le centre peut durer des mois, voire des années. Car certains profils sont inexpulsables, faute de relations diplomatiques avec le pays d’origine, d’accord du pays européen de première entrée, de reconnaissance des autorités du pays d’origine. Anna* fait partie des étrangers inexpulsables que les autorités danoises refusent malgré tout de régulariser. Cette Cubaine de 54 ans erre depuis 15 ans dans le système d’asile danois et vit dans le centre d’Avnstrup depuis un an et demi. Puisque les autorités cubaines refusent de la reconnaître, elle ne peut pas être expulsée vers le pays. Mais elle n’est pas libre pour autant, elle est « tolérée » au Danemark et est contrainte de vivre dans le centre d’Avnstrup alors que sa fille et ses trois petits enfants vivent légalement au Danemark. « Je dois pointer auprès des services de l’immigration deux fois par jour. Je ne peux rien faire de ma vie. J’ai perdu ma famille, j’ai perdu le contact avec mes amis. Je suis très angoissée et anxieuse », confie-t-elle à InfoMigrants depuis la chambre d’une amie. Pour les étrangers contraints de vivre dans cet entre-deux, tout est prévu. Le centre possède sa propre école et sa propre crèche. Un café, une clinique, un psychologue et de nombreuses activités sont accessibles aux adultes, tous privés du droit de travailler et de toute aide financière de l’État. Après quelques années, les enfants peuvent également sortir du centre et fréquenter les écoles locales. Devant la petite école du centre, quelques vélos ont été jetés par terre à la hâte. On entend les cris des enfants en récréation depuis l’arrière du bâtiment. Pour la vingtaine d’élèves de l’école et leurs parents, les cartables et les horaires de l’école donnent un semblant de normalité au quotidien, en attendant le départ

    #Covid-19#migrant#migration#danemark#politiquemigratoire#expulsion#droit#sante#santementale

  • Accord « un pour un » : 377 migrants expulsés vers la France et 380 envoyés au Royaume-Uni - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70369/accord-un-pour-un--377-migrants-expulses-vers-la-france-et-380-envoyes

    Accord « un pour un » : 377 migrants expulsés vers la France et 380 envoyés au Royaume-Uni
    Par La rédaction Publié le : 13/03/2026
    Selon les dernières données du Home Office, entre août 2025 et mars 2026, 377 migrants ont été renvoyés en France et 380 ont été accueillis au Royaume-Uni dans le cadre de l’accord « one in one out » conclu entre les deux pays. Cela représente 12 renvois par semaine.
    Sept mois après l’entrée en vigueur du traité « one in one out » ("un entrant, un sortant"), le Royaume-Uni est encore loin de renvoyer au moins 50 migrants par semaine. Selon les dernières données du Home Office, 377 personnes ont été renvoyées en France tandis que 380 ont été reçues par le Royaume-Uni, soit une moyenne de 12 transferts par semaine. Cela ne représente que 2% des 18 790 migrants arrivés à bord de petites embarcations depuis l’entrée en vigueur du traité le 6 août 2025.
    Pour rappel, le projet « one in one out » prévoit le renvoi en France de migrants arrivés à bord de « small-boats » au Royaume-Uni. Et en échange, Londres accepte d’accueillir des migrants se trouvant en France, via une route sûre et légale, et exprimant leur volonté de demander l’asile.L’objectif est de dissuader les traversées de la Manche à la petite mer, mais des milliers de demandeurs d’asile ont franchi le détroit depuis le début du dispositif. Rien que depuis le début de l’année, plus de 3 400 personnes sont arrivés au Royaume-Uni.
    Comme l’avait constaté InfoMigrants à Calais, le traité ne décourage pas les migrants. « En France, je n’ai nulle part où aller alors je n’ai pas d’autre choix que de tenter ma chance au Royaume-Uni », racontait à notre rédaction Ahmed*, un Soudanais de 26 ans dont la demande d’asile a été refusée en France. « Peu importe, je vais quand même continuer mon chemin. Je suis venu d’Afrique, j’ai traversé le désert, la mer Méditerranée… J’ai fait trop de route pour arrêter maintenant et avoir peur d’un accord », témoignait de son côté Khaled*, un Soudanais de 18 ans."J’ai fait trop de route pour m’arrêter maintenant" : à Calais, les nouvelles lois britanniques ne dissuadent pas les migrants de rejoindre le Royaume-Uni
    Shabana Mahmood, la ministre de l’Intérieur britannique avait, en février dernier, reconnu que le nombre d’expulsions était « relativement faible », tout en rappelant qu’il s’agissait d’un projet pilote et que « ce programme visait à prouver la viabilité de ce nouveau modèle de collaboration avec les Français ».
    Par ailleurs, « des difficultés pratiques se posent quant à la rapidité à laquelle il est possible de retenir les personnes, de les embarquer dans un avion et de les transférer en France », avait expliqué la ministre de l’Intérieur à LBC.
    Le traité fait aussi face à des contestations devant les tribunaux. Jeudi 12 mars par exemple, un juge de la Haute Cour britannique a suspendu le renvoi en France d’un Érythréen devant être expulsé dans le cadre de l’accord franco-britannique.Arrivé au Royaume-Uni le 12 août à bord d’un « small-boat », ce demandeur d’asile érythréen de 31 ans affirme que la France n’apporte pas un soutien suffisant aux victimes de la traite des êtres humains. Et comme il a été reconnu comme victime de traite par les autorités britanniques après avoir été détenu et exploité par une milice en Libye, le juge a suspendu l’expulsion de l’homme après avoir constaté que les personnes de retour dans le cadre du système « un entrant, un sortant » pourraient rencontrer des difficultés pour accéder à un logement en France et qu’elles seraient susceptibles de se heurter à des obstacles pour accéder à leurs droits aux soins de santé dans le système français.Il avait tenté d’obtenir une première l’asile en France, en vain. Ainsi, le juge a estimé qu’il existait un « risque sérieux que la même situation se reproduise s’il était renvoyé en France ». Il a ajouté que cet homme ne serait « pas reconnu comme victime de traite par les autorités françaises car la traite n’a pas eu lieu en France » et qu’il existait un « réel doute » quant à la possibilité pour cet homme d’accéder à un soutien psychologique en temps opportun en France. Pour motiver sa décision de suspendre l’expulsion, il a conclu que le demandeur d’asile érythréen « risquait de subir des dommages à sa santé mentale s’il était transféré de force en France ».

    #Covid-19#migration#migrant#france#royaumeuni#accordmigratoire#migrationirreguliere#routemigratoire#sante#santementale

  • Plongée au cœur de la rétention administrative en Europe - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69823/plongee-au-coeur-de-la-retention-administrative-en-europe

    Plongée au cœur de la rétention administrative en Europe
    Par RFI Publié le : 13/02/2026
    Les centres de rétention administrative dans lesquels sont placés les migrants sans papiers, en attente d’expulsion, se multiplient en Europe. Au sein de l’Union européenne, seuls 24 % en moyenne de ces retours sont effectifs et les délais de détention s’allongent, jusqu’à 90 jours en France. La sociologue Louise Tassin a eu accès, pendant plusieurs mois, à ces lieux d’enfermement en France, en Italie et en Grèce. Dans son livre « Comme on les enferme », elle en décrypte le fonctionnement, notamment le rôle central des acteurs privés, et les effets, dont celui de rapprocher des étrangers retenus pour des raisons administratives en figures criminelles. Entretien.
    – RFI : Lorsque vous avez accédé, en tant qu’étudiante en sociologie, à ces lieux très fermés au public, qu’avez-vous découvert ?
    Louise Tassin : En arrivant dans le centre de rétention parisien, j’ai eu trois surprises. Alors que je m’attendais à une situation relativement explosive, je me suis trouvée face à des policiers qui plaisantaient, bavardaient, jouaient sur leur téléphone. En fait c’était très routinier. Mais cette routinisation n’était pas dénuée de violence pour autant. Au contraire, elle dit quelque chose de la normalisation de ces lieux.
    Les centres de rétention dans l’Union européenne sont des lieux de violations des droits attestées. Ils ont fait l’objet de condamnations, notamment à l’échelle européenne. Ce qui m’intéressait dans cet ouvrage, c’était moins de documenter une fois de plus ces atteintes au droit que d’essayer de comprendre les conditions qui rendent possibles et acceptables ces abus dans un cadre désormais légalisé, et normalisé.La deuxième surprise, c’est le rôle des acteurs privés, non étatiques, dans ces espaces, notamment en France, mais également en Italie où la gestion est entièrement déléguée à un tiers. À Lampedusa, il s’agit d’une coopérative sociale non lucrative, qui, en réalité, n’a de coopérative et de sociale que le nom, parce qu’elle fonctionne comme une entreprise.La troisième surprise a été de constater à quel point, dans les trois sites que j’ai étudiés, en région parisienne, à Lesbos et à Lampedusa, les expériences des étrangers enfermés se faisaient écho, malgré des conditions matérielles d’enfermement très différentes. Ces personnes ont le sentiment d’être injustement traitées comme des criminels. Il faut rappeler que ces centres de rétention visent à enfermer des étrangers pour un motif uniquement administratif, et non parce qu’ils auraient commis un délit. Or, le fait de les enfermer dans des dispositifs d’allure carcérale, et au fonctionnement carcéral, infléchit le regard que l’on porte sur eux, et tend à les criminaliser.
    – Vous rapportez le cas de cet étudiant, à Paris, interpellé alors qu’il allait faire renouveler sa carte de séjour expirée, et qui pleure, car on l’a « emmené ici dans un truc pour les chiens ». La rétention a un effet déshumanisant ?
    L’animalisation, c’est quelque chose dont j’ai été témoin, à la fois directement et parce qu’on me l’a rapporté. Les personnes qui me l’ont rapporté sont les premières concernées, mais aussi les gens qui travaillent dans ces lieux, et qui, pour certains, notamment ces prestataires privés en France, étaient eux-mêmes choqués.
    Leur situation est particulièrement délicate : l’équipe des sous-traitants, dans le centre sur lequel j’ai travaillé en région parisienne, était constituée presqu’exclusivement d’immigrés et de descendants d’immigrés. Une large partie des équipes a été étrangère et certains ont même été sans papiers au cours de leur trajectoire.
    C’est étonnant à première vue que d’anciens sans-papiers travaillent dans un centre de rétention, mais ça ne l’est qu’en apparence : cela révèle les apories, les contradictions insolubles des politiques migratoires françaises et européennes. La lutte contre l’immigration irrégulière occupe une place centrale sur la scène médiatique et politique, alors qu’en fait, les États membres ont très largement recours à la main d’œuvre précaire et flexible que constituent ces étrangers et ces étrangères.
    – Les prestataires privés jouent un rôle central en France, raconte votre livre. Comment fonctionnent ces centres ?
    Les centres de rétention sont principalement gérés par la police. Ils restent sous la mainmise de l’État. Mais plusieurs intervenants participent à cette gestion. Il y a des associations qui s’occupent du soutien juridique, l’Office français de l’intégration et l’immigration également en France, une équipe médicale et des prestataires privés. Ces derniers sont officiellement assignés à des tâches subalternes qui relèvent de l’intendance quotidienne - buanderie, restauration, nettoyage, gestion de l’hébergement et enfin ce qu’on appelle l’accueil.
    Cette notion d’accueil, dans le cas spécifique du centre que j’ai étudié, font que les prestataires de services occupent une position centrale à la fois dans l’espace et dans l’organisation du dispositif : ce sont eux qui font l’intermédiaire entre les étrangers - qui sont dans une zone d’enfermement circonscrite - et l’ensemble du reste du personnel. Derrière ces tâches subalternes, ils participent finalement de façon plus ou moins formalisée à la mise en œuvre du droit et du contrôle.
    Ils servent d’intermédiaires, d’interprètes, de médiateurs, ils participent à la prévention des désordres et au bon fonctionnement du centre. Ce qui, évidemment, au vu de leur situation, les place dans des situations compliquées. Et ce qui pose un certain nombre de questions, car on observe une forme de transfert informel de prérogatives qui sont traditionnellement régaliennes à des acteurs précarisés qui n’ont, ni les moyens, ni la formation dont bénéficient les acteurs publics.
    Vous êtes allée en Grèce, à Lesbos, où la situation est très différente. Au fil des années, la situation est passée d’une délégation totale aux associations et aux habitants de l’île, à un enfermement ultra contrôlé.
    Entre 2012 et 2015, ce qui est très frappant sur l’île, c’est que les étrangers ne sont pas pris en charge. Il y a un ping-pong de responsabilité qui s’opère entre les garde-côtes et la police locale. Si bien que les personnes qui débarquent sont renvoyées d’une instance à l’autre et finissent par demander elles-mêmes à être arrêtées. Car c’est le seul moyen d’obtenir une obligation à quitter le territoire qui, de facto, constitue une autorisation à y être pendant un mois, et représente la seule manière de quitter l’île en prenant un ferry pour le continent. C’est donc l’île elle-même qui devient une prison à ciel ouvert.
    Et c’est cette situation un peu flottante qui a permis à des collectifs locaux d’aider les migrants à la fois de l’intérieur des lieux d’enfermement et de l’extérieur. Parce qu’il y avait quand même des lieux d’enfermement un peu improvisés : sur le port, dans une ancienne prison, dans un hangar. La situation à Lesbos disait quelque chose à la fois du caractère central de l’enfermement et en même temps de l’improvisation dans laquelle ces centres, et plus généralement la question des migrations, étaient gérés, alors même qu’il s’agissait déjà d’une réalité chronique depuis maintenant des décennies.Mais effectivement, cette improvisation a paradoxalement permis aux acteurs militants de proposer des alternatives, comme le centre Pikpa dans lequel, pendant des années, des personnes migrantes ont été accueillies par des acteurs locaux, sans moyens mais avec beaucoup de volonté.
    – Aujourd’hui, Lesbos abrite le plus grand centre de rétention d’Europe, et l’un des plus sophistiqués, prévu pour 5 000 personnes. Les capacités augmentent beaucoup ?
    Absolument, mais à Lesbos ce nouveau centre doit ouvrir depuis 2022, donc, il y a toujours un peu d’incertitude. C’est un centre controversé notamment parce qu’il a été ouvert au milieu de la forêt, dans une zone classée Natura 2000. En fait, quand on voit ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis, avec l’ICE, avec les grands centres de rétention privatisés qui sont ouverts et que Donald Trump appelle de ses vœux, on a toujours tendance à penser que c’est un peu loin. Et quand on regarde ce qui se passe déjà en ce moment dans l’Union européenne, notamment à ses frontières, et notamment en Grèce, on voit qu’on n’en est pas loin : nous avons en effet des centres immenses, très militarisés, très sécurisés, dotés de nombreuses technologies de pointe. On peut s’interroger sur leurs conséquences à long terme.
    Il y a quelque chose de très surprenant dans le livre : certains prestataires du privé et responsables publics disent que les centres de rétention administratifs ne servent à rien. Pourquoi cette conclusion ?
    Il est vrai que ça a été une grande surprise de me rendre compte à quel point les personnes qui travaillent elles-mêmes au sein de ces lieux sont également critiques de leur inefficacité relative. Il faut savoir que les centres de rétention administrative sont un dispositif coûteux dans l’Union européenne qui ne répond pas, ou peu, aux objectifs qu’ils se fixent.
    Dans l’Union européenne, moins de 30% des personnes qui ont écopé d’une mesure d’expulsion du territoire européen sont de facto expulsées. Et c’est par ailleurs un dispositif aux conséquences, comme on l’a déjà dit, problématiques en termes de d’atteinte aux droits.
    Je pense à un des hauts gradés rencontré dans un centre de rétention. Nous parlions des violences, des actes de détresse, des tentatives de suicide qui sont nombreuses parce que ces centres de rétention sont émaillés de tensions quasi quotidiennes. Quand je lui ai demandé ce qui pouvait être amélioré, il m’a répondu très clairement : « Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr qu’il faille le noter, mais ce qu’il faudrait, c’est supprimer les CRA [centres de rétention administrative, ndlr] régulariser tout le monde. Mais ça ce n’est pas rationnel. » Je laisse aux lecteurs le soin de s’interroger sur le degré de rationalité de cette idée et/ou de celle continuer à perpétrer l’existence de ces centres de rétention

    #Covid-19#migration#migrant#detention#retention#CRA#politiquemigratoire#sante#santementale#droit

  • France : deux nouveaux décrets réforment l’AME, une « offensive contre l’accès aux soins », dénonce Médecins du Monde - InfoMigrants
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    France : deux nouveaux décrets réforment l’AME, une « offensive contre l’accès aux soins », dénonce Médecins du Monde
    Par La rédaction Publié le : 10/02/2026
    Deux nouveaux décrets encadrant l’Aide médicale d’État (AME) ont été publiés au Journal officiel. Le premier indique qu’il faudra désormais fournir des documents d’identité officiels munis d’une « photo d’identité », le second vise à « moderniser les systèmes informatiques de l’État ». Pour le gouvernement, ces mesures visent à lutter contre la fraude dans les dossiers déposés. Pour les associations, au contraire, ces décrets sont un nouvel obstacle dans le parcours déjà semé d’embûches des sans-papiers en France.
    Dimanche 8 février, deux décrets modifiant l’Aide médicale d’État (AME) ont été publiés au Journal officiel. Le premier indique qu’il faudra désormais obligatoirement fournir des documents d’identité officiels munis d’une « photo d’identité ».
    Or, jusqu’ici, faute de documents d’identité, il était possible de fournir « tout autre document de nature à attester l’identité du demandeur et celle des personnes à sa charge ». « Plus d’un tiers des personnes que nous accueillons dans nos centres n’ont pas de pièce d’identité avec photo pour cause de papiers perdus, volés, confisqués ou impossibles à renouveler », alerte Matthias Thibeaud, représentant de Médecins du Monde (MdM).
    « Ce décret aggrave un non-recours déjà massif à l’AME, retardant ou empêchant les soins, dégradant l’état de santé des personnes concernées, avec un impact direct sur la santé publique. Sans parler du coût réel du non-recours : exclure aujourd’hui, c’est hospitaliser plus cher demain », prévient encore MdM dans un communiqué publié mardi. « Cela s’inscrit dans une offensive sans précédent contre l’accès aux soins ».
    Le deuxième décret « modernise les systèmes informatiques de l’État afin que tous les fonctionnaires en charge du dossier [des consulats notamment, ndlr] puissent y avoir accès », a développé le Premier ministre français Sébastien Lecornu.Pour l’heure, pas question de toucher au panier de soins de l’AME, régulièrement dans le viseur de la droite et de l’extrême droite. Le Premier ministre estime qu’il « faudra sans doute » le réformer, mais « les choses ne sont pas prêtes » à ce stade, a-t-il indiqué.
    Pour le gouvernement, ces deux décrets renforcent « la lutte contre la fraude » dans les dossiers déposés, « avec des perspectives d’économies de 180 millions d’euros ». La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen a, elle, accusé Sébastien Lecornu « d’aggraver un des facteurs d’attractivité migratoire dont le coût exorbitant pour les finances publiques (plus d’1,3 milliard d’euros) n’est plus tolérable. » L’Aide médicale d’État représente effectivement 1,3 milliard d’euros par an des dépenses de l’Assurance maladie. Mais contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, ce montant n’est pas « exorbitant », il correspond à environ 0,4 % des dépenses de santé (appelées ONDAM estimés à 270 milliards d’euros en 2026). Cette proportion est stable depuis des années. Et donc une goutte d’eau dans le budget de l’État.
    Rappelons aussi que Sébastien Lecornu avait reçu peu après son arrivée à Matignon en septembre 2025 les auteurs d’un rapport de 2023 sur l’Aide médicale d’État. Dans ce document, les auteurs, l’ancien ministre socialiste Claude Evin et le haut-fonctionnaire Les Républicains Patrick Stefanini, défendaient globalement l’AME parlant « d’un dispositif sanitaire utile, maîtrisé pour l’essentiel ».
    De manière plus générale, l’AME est une aide sociale qui garantit aux étrangers en situation irrégulière présents depuis au moins trois mois sur le territoire français la prise en charge de certains soins médicaux. C’est la seule aide dont peuvent bénéficier les sans-papiers en France. Les soins concernés sont remboursés par l’État, mais sur une base tarifaire de la Sécurité sociale. Cela signifie que le migrant a souvent un « reste à charge ».
    Exemple : si un sans-papiers a besoin d’une couronne dentaire à 500 euros et que la base de remboursement est de 100 euros, le migrant devra payer de sa poche 400 euros. Surtout, l’AME répond à un impératif humanitaire et sanitaire : permettre aux plus vulnérables de se soigner avant d’engorger un système hospitalier déjà sous pression. « Si on ne permet pas aux étrangers de se soigner, ils vont tomber malades. Et s’ils tombent malades, il y a de grandes raisons que la population tombe malade elle aussi […] Si les étrangers n’ont plus accès à l’AME, ils vont sursaturer l’hôpital public », s’était ému en 2024 Mathieu Quinette, coordinateur du programme mineurs non accompagnés de Médecins du Monde.
    Pourtant, la droite et l’extrême droite souhaitent réduire, voire supprimer l’AME au nom d’un supposé « appel d’air migratoire ». Depuis les années 2000, le panier de soins auxquels ont droit les étrangers sans-papiers a été réduit. Les sans-papiers ne peuvent plus profiter des « cures thermales », de « frais d’hébergement enfants et adolescents handicapés », des « examens bucco-dentaires pour les enfants », ou encore de « parcours de procréation médicalement assistée (PMA) ». Ces soins restent intégralement à la charge du patient.Hormis cette liste, le bénéficiaire de l’AME peut accéder à tous les autres soins (médecine générale, dentiste, ophtalmologue...), comme n’importe quel assuré social. Mais dans la réalité du quotidien, le niveau de prise en charge de l’AME se révèle insuffisant pour couvrir les frais réels d’un soin, comme celle d’une paire de lunettes. « C’est un vrai problème pour les lunettes des enfants, par exemple. Deux verres simples de lunettes d’enfant doivent coûter environ 200 euros. Si le tarif 100 % de la sécurité sociale est de 60 euros. Comment les parents vont-ils trouver le reste de la somme ? », avait expliqué en 2022 Didier Maille, coordinateur du pôle social du Comede (Comité pour la santé des exilé.e.s) à Paris.

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    Migrants africains : « Ces personnes font face à de la violence institutionnelle et psychique », selon une psychologue
    Par RFI Publié le : 10/02/2026
    Les drames liés à la migration africaine, et particulièrement la migration irrégulière, font souvent la une des journaux sur le continent. On ne compte plus les témoignages de personnes de retour dans leur pays, soit rapatriées, soit secourues en mer, dans le désert ou issues d’autres routes migratoires. Mais on parle rarement de toutes celles et ceux qui parviennent à rejoindre l’Europe, notamment la France, et arrivent très traumatisés par leur voyage. À Bobigny, tout près de Paris, l’hôpital Avicenne reçoit des migrants atteints de graves troubles psychiques liés à leur parcours d’exil. La psychologue clinicienne française Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky travaille au centre psychiatrique de l’hôpital. Elle est la grande invitée Afrique de Sidy Yansané.

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