• Même à partir de Hongkong, les voyages d’affaires en Chine restent des parcours du combattant
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/11/14/meme-a-partir-de-hongkong-les-voyages-d-affaires-en-chine-restent-des-parcou

    Même à partir de Hongkong, les voyages d’affaires en Chine restent des parcours du combattant
    La Chine a beau annoncer que ses portes sont « grandes ouvertes », et avoir réduit de 2 jours la quarantaine d’entrée, vendredi 11 novembre, les conditions d’accès au pays restent compliquées voire ubuesques pour ceux, étrangers comme Chinois, qui tentent le voyage.
    « N’oublie pas de prendre draps, oreiller, serviettes de toilette, bouilloire électrique (très important), des réserves (chocolat, thé, snacks…), et du frais pour les premiers jours », avait-on conseillé à Paul H., un homme d’affaires occidental qui n’a pas souhaité être identifié, installé à Hongkong depuis vingt ans. Très familier des voyages en Chine, plutôt dans les meilleurs hôtels internationaux des principales grandes villes, il n’y était pas retourné depuis presque trois ans, et avait été ainsi conseillé par un ami qui en revenait.Car, depuis que « la Chine a rouvert », ceux qui y vont, pleins d’enthousiasme à l’idée de pouvoir « enfin revoir leurs équipes », reviennent un peu sous le choc des parcours d’obstacles que sont devenus les voyages en Chine continentale. L’époque pré-Covid-19 des « sauts de puce », où, à partir de Hongkong, on enchaînait en quarante-huit heures réunions, visites d’usines et soirées avec les clients dans plusieurs villes, est un lointain souvenir. Tout comme les allers-retours Hongkong-Shanghaï, qui pouvaient se faire sur la journée, ou les visites à Shenzhen, qu’un train rapide relie à Hongkong en dix-neuf minutes depuis 2018…
    Dix-neuf minutes de train, c’est rapide, sauf qu’il faut désormais ajouter à ce temps de transport plusieurs semaines d’attente pour gagner à la loterie qui donne le droit de traverser la frontière, et dix jours de quarantaine pour les visiteurs non-résidents… Alec L., qui travaille dans une grande entreprise d’électronique, s’était inscrit sur l’application en ligne prévue pour le tirage au sort des passages à Shenzhen, la ville frontière avec Hongkong. Il a enfin eu son jour de chance fin octobre. Mais, en arrivant à la frontière, il lui manquait le certificat écrit de l’un de ses tests anti-Covid.
    Retour à la case départ. « Je retente ma chance tous les jours. Ma valise est prête depuis deux mois maintenant, car les résultats tombent à 20 heures chaque jour, et l’autorisation peut être donnée pour le lendemain », raconte Alec. Aller en Chine en ce moment requiert donc patience, persévérance et même endurance. Si l’accès par avion, lui, ne requiert pas de loterie, les billets sont très rares. Et, pour Pékin, outre la fourniture des tests « habituels », il fallait aussi, jusqu’aux annonces d’assouplissement de vendredi 11 novembre, se tester dans les sept heures avant le décollage. Ce qui impliquait, pour les vols du matin, de passer la nuit à l’aéroport. Un seul test pré-voyage est désormais requis.
    Mais c’est à l’atterrissage que le périple se corse. Car toute arrivée en Chine – pour les étrangers, les Hongkongais ou les Chinois continentaux – commence par un minimum de sept jours en isolement complet, dans un lieu désigné par les autorités et attribué de manière aléatoire à la descente de l’avion. Au bout de sept jours, les personnes, Chinois ou résidents étrangers, qui ont un logement local attitré peuvent rentrer chez elles pour les trois jours supplémentaires d’isolement, sous réserve d’avoir obtenu l’accord préalable de la copropriété, ce qui est loin d’être automatique. Mais les autres, en voyage d’affaires, voient leur quarantaine prolongée de trois jours. Depuis vendredi, ce modèle 7+3 a été remplacé par « 5+3 », un allègement bienvenu qui ne lève pas pour autant nombre de risques et de désagréments.Après des formalités bien rodées, qui se font essentiellement de manière électronique, et une désinfection scrupuleuse des bagages, tous les passagers sont pris en charge. « On monte dans des bus sans savoir où l’on va, raconte une femme qui travaille dans la finance. On découvre à l’arrivée un immeuble neuf, à peine fini. On vous annonce alors trois tarifs, entre 35 et 60 euros par nuit. Mais les numéros de chambre sont ensuite distribués sans aucune prise en compte du prix payé par chacun. »
    Lors de son récent voyage à Pékin, elle s’est ainsi retrouvée dans un deux-pièces avec vue sur la grande muraille, un surclassement inattendu et bienvenu, deux mois après une première quarantaine à Shanghaï « nettement plus pénible ». Parmi les différents témoignages recueillis par Le Monde, un voyageur à Shanghaï mentionne des réveils répétés à 4 heures du matin par un tambourinage sur sa porte en vue du test quotidien, ainsi qu’une visite soudaine par des personnes en « combinaisons Hazmat intégrales, dont on ne croise même pas le regard », pour des prélèvements sur toutes les parois de la chambre, quelques jours avant la fin du séjour.
    « Maintenant, je conseille à ceux qui partent d’emporter des somnifères, des vitamines et des antidépresseurs », affirme un « revenant » de Chine. Depuis sa chambre de 10 m2, au 18e étage d’un immeuble neuf, également situé dans la grande banlieue de Pékin, Paul H. affirme pour sa part qu’il lui est impossible de faire le moindre exercice, faute d’espace pour bouger. Dans la petite salle d’eau, la douche est au-dessus des toilettes, et la seule serviette mise à disposition est de la taille d’un torchon de cuisine. Il faut débarrasser l’ordinateur de la minuscule table quand arrive le plateau-repas, ou manger sur ses genoux.
    Et cela, pendant dix jours, si tout va bien… Alors que toutes ses valises étaient prêtes, lundi 7 novembre, Paul a eu une mauvaise surprise : un cas potentiel avait été identifié dans une chambre située au-dessus ou en dessous de la sienne, partageant certaines tuyauteries d’eau ou d’air conditionné. Il était donc considéré « cas contact potentiel » et ne pouvait plus sortir. Son séjour n’a finalement été prolongé « que » de deux jours.
    Mais tout le monde n’est pas traité de la même façon, selon son « Guanxi », son réseau de relations. « A l’arrivée de l’avion, une berline est venue me chercher pour m’emmener directement au JW Marriott [un hôtel cinq étoiles] », raconte le patron d’une grande marque, qui reste vague sur la manière dont ce traitement de faveur a pu s’organiser. Les dirigeants dans les secteurs jugés stratégiques (électronique, alimentaire…) font normalement partie des nantis à qui les plus gros désagréments sont épargnés.
    Mais même une fois sur le terrain, le stress continue. « A tout moment, on peut être identifié cas contact, et là, on ne maîtrise plus », raconte un homme d’affaires. Lui-même a reçu un appel pendant une réunion, lui indiquant qu’il avait « sans doute croisé un cas contact dans le lobby de son hôtel ». « Par chance, je filais vers une autre province. Mais en arrivant à l’étape suivante, j’ai été contacté par les autorités locales, qui étaient déjà au courant… Quand on sent que l’étau se resserre, le mieux est de quitter la Chine au plus vite », conclut-il.

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  • Covid-19 : après deux ans et demi de restrictions, Taïwan rouvre prudemment ses frontières
    https://www.lemonde.fr/international/article/2022/10/15/apres-deux-ans-et-demi-de-restrictions-taiwan-rouvre-prudemment-ses-frontier

    Covid-19 : après deux ans et demi de restrictions, Taïwan rouvre prudemment ses frontières
    Les autorités ont mis fin jeudi aux quarantaines obligatoires pour les voyageurs arrivant de l’étranger. Mais le port du masque, même en extérieur, reste encore la norme.
    Par Simon Leplâtre(Taïpei, Taïwan, envoyé spécial)
    Lentement, prudemment, Taïwan apprend à vivre avec le Covid. Jeudi 13 octobre, le pays a mis un terme aux quarantaines obligatoires pour les personnes arrivant de l’étranger, la fin officielle de deux ans et demi de fermeture. Environ 48 000 cas de Covid et 80 décès sont actuellement enregistrés par jour pour une population de 23,5 millions d’habitants, soit sa deuxième vague la plus importante après un pic à 80 000 cas quotidiens en mai. Taïwan compte parmi les derniers pays d’Asie à rouvrir ses frontières. Seule la Chine applique encore une politique zéro Covid ultra-stricte.
    Taïwan avait déjà progressivement réduit le nombre de jours de quarantaine : initialement de de quatorze, il était passé à dix, puis à sept en mai et à 3 en juillet, assortis à chaque fois de quelques jours de « surveillance » : obligation de prendre sa température chaque jour et d’éviter les lieux trop fréquentés. Cette pratique reste imposée aux voyageurs pendant sept jours.
    De fait, le pays reste particulièrement prudent : les personnes contacts de patient positif sont encore tenues de s’isoler au moins trois jours, et le nombre d’arrivées sur le territoire taïwanais par semaine est encore limité à 150 000, contre 60 000 jusqu’à fin septembre. Une décision critiquée par les professionnels du tourisme.
    Surtout, le pays n’a pas abandonné toutes les restrictions : le masque est toujours obligatoire dans tous les lieux publics, y compris en extérieur, et il est porté avec discipline. Même dans les salles de sport, la plupart des usagers le portent : « Je l’enlève pour grimper, mais je le remets dès que j’arrive au sol, par respect pour les autres », justifie Mandy Chen, 35 ans, une pratiquante dans une salle d’escalade de New Taipei City. Si les jeunes soutiennent largement l’abandon des restrictions, les générations plus âgées sont divisées. (...)
    Cette approche prudente s’explique en partie par le succès passé de Taïwan à contenir le virus : en 2020, l’île indépendante, dont la Chine revendique la souveraineté, avait été le premier Etat à alerter l’Organisation mondiale de la santé, le 31 décembre 2019, sur le risque de transmission interhumaine, alors que la Chine allait encore prétendre pendant trois semaines que le virus n’était pas contagieux. Les autorités ont rapidement interdit les arrivées depuis le continent, puis imposé une quarantaine de deux semaines à tous les voyageurs quand le virus s’est diffusé au reste du monde. Résultat, pour l’année 2020 Taïwan ne comptait que 7 décès liés au Covid, et son économie enregistrait une croissance de 3 % quand le reste du monde plongeait en récession.
    Ce succès, lié à son insularité et à l’expérience du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003, explique le conservatisme du gouvernement en 2022. « L’approche zéro Covid a eu tellement de succès que beaucoup de gens ont pensé que nous pourrions continuer comme ça avec Omicron, explique Chen Chien-Jen, vice président taïwanais entre 2016 et 2020. Mais le variant Omicron est complètement différent », précise celui qui est redevenu épidémiologue à l’Academia sinica, après sa retraite politique.
    Le variant Omicron et la disponibilité des vaccins ont convaincu la plupart des pays qui gardaient une approche stricte d’apprendre à vivre avec le virus. La vaccination a toutefois commencé lentement à Taïwan, entre problème d’approvisionnement, hésitation d’une population jusque-là protégée. Si bien que Taïwan était encore peu vacciné quand le pays a connu sa première vague, qui a fait 800 morts en mai 2021.
    Pour Chen Chien-Jen, c’est cette vaccination tardive qui explique l’ouverture également tardive de Taïwan : « Notre programme de vaccination a vraiment commencé en mai 2021, six mois après les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. C’est pour cela que nous ouvrons le pays six mois après les autres. Il fallait être prêt à trois niveaux : augmenter la vaccination, et en particulier les doses booster. Ensuite, il fallait distribuer largement des kits de diagnostic rapide [autotests], et enfin, assurer un usage élevé des antiviraux. »
    Voir les graphiques : Covid-19 : les chiffres de l’épidémie en France et dans le monde, en cartes et en graphiques
    Malgré un taux de vaccination élevé, à 87 %, et 73 % avec la dose de rappel, encore 25 % des personnes âgées de plus de 65 ans ne sont pas vaccinées, indique l’épidémiologue. D’où l’importance des tests et des antiviraux pour ces personnes plus vulnérables. Grâce à cette approche, Taïwan ne comptait que 11 766 décès liés au Covid le 14 octobre (contre 155 816 en France au 14 octobre 2022).Pour certains, le gouvernement est toutefois trop conservateur. « De mon point de vue d’expert, le masque ne sert à rien en extérieur. J’encourage les autorités à abolir l’obligation, qui pourrait être remplacée par une politique de masque responsable : c’est une bonne habitude à garder dans les transports en commun, mais cela peut-être volontaire. Ce genre d’obligations entretient une atmosphère de pandémie, or il faut passer à une phase d’endémie », estime Hsiu-Hsi Chen, professeur à l’institut d’épidémiologie et de médecine préventive de l’université nationale de Taïwan (NTU). Selon lui, l’excès de prudence face au virus a aussi des effets négatifs : « Outre les conséquences économiques, il ne faut pas sous-estimer les conséquences psychologiques et sociales de l’isolement ! Beaucoup de personnes âgées continuent d’éviter les activités sociales, cela favorise la dépression et peut aggraver les démences », estime ce chercheur.Simon Leplâtre(Taïpei, Taïwan, envoyé spécial)

    #Covid-19#migrant#migration#taiwan#sante#santementale#frontiere#vaccin#vaccination#restrictionsanitaire

  • Le Sénégal cherche à garder ses meilleurs bacheliers sur ses terres
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/09/19/le-senegal-cherche-a-garder-ses-meilleurs-bacheliers-sur-ses-terres_6142303_

    Le Sénégal cherche à garder ses meilleurs bacheliers sur ses terres
    Avec l’ouverture de deux classes préparatoires, le pays souhaite désormais conserver ses élèves les plus brillants et tenter de casser la dynamique de la fuite des cerveaux.
    Par Mustapha Kessous
    Publié le 19 septembre 2022 à 19h00
    Ils ne verront pas Paris, Lyon ou Valenciennes. Pas cette année. Le Sénégal a décidé de ne pas envoyer ses meilleurs bacheliers dans une classe préparatoire française lors de la prochaine rentrée étudiante. Ce pays d’Afrique de l’Ouest a fait le choix d’ouvrir pour la première fois, le 3 octobre, deux classes préparatoires scientifiques au sein de l’école polytechnique de Thiès, ville située à 70 kilomètres à l’est de Dakar, afin de former 50 élèves directement aux concours d’entrée des grandes écoles.
    « Ce n’est pas une spécificité de notre pays que d’avoir des prépas, c’est donc un véritable changement culturel, note Emile Bakhoum, chef du service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger, rattaché à l’ambassade du Sénégal à Paris. Notre pays gagnera à garder son élite sur ses terres. »
    C’est en 2016 que le Sénégal a signés des conventions avec six lycées français comme Louis-le-Grand et le réseau INSA (Institut national des sciences appliquées). Ces accords prévoient qu’une cinquantaine de jeunes élèves puissent intégrer, chaque année, ces prestigieux établissements – sans passer par Parcoursup – pour les préparer aux grandes écoles. Une fois les meilleurs éléments du pays sélectionnés par l’Etat sénégalais (sur des centaines de demandes), les élus bénéficient d’une aide enviée par tant d’étudiants : ils obtiennent la bourse d’excellence, dont la dotation mensuelle est de 650 euros afin qu’ils puissent se concentrer uniquement sur leurs études.
    C’est le double de la somme allouée à un boursier classique (373 euros à Paris, 297 euros en province), sept fois plus que le salaire minimum au Sénégal. Pour décrocher la « bourse des bourses », il faut une mention bien voire très bien au bac ou un prix au concours général, qui récompense chaque année les meilleurs élèves de première et de terminale. La décision de ne plus envoyer, dès la rentrée prochaine, de boursiers d’excellence en France met en sommeil les conventions « pour au moins un an et on verra pour la suite, explique Emile Bakhoum. Un étudiant, s’il le souhaite, peut toujours tenter d’intégrer une prépa en France, mais ça sera hors convention : il ne bénéficiera donc pas de la bourse d’excellence ».
    Pourquoi le Sénégal cherche-t-il désormais à conserver ses élèves les plus brillants ? « Si l’Etat a décidé de ne plus envoyer de boursiers d’excellence, c’est parce que les bacheliers sont jeunes, très jeunes, entre 17 et 19 ans. Et quand ils arrivent en France, il peut y avoir un problème d’adaptation, souligne le diplomate. Il y a une rupture trop brutale : ils passent de la chaleur familiale à un froid à tous les niveaux avec un risque d’isolement total. »
    Les découvertes d’une autre culture ou d’un nouveau système d’enseignement réputé intraitable et ultra-compétitif s’avèrent, pour certains, difficiles à gérer. « Parmi ces meilleurs élèves, il y en a qui échoue lamentablement à cause du dépaysement et de l’exigence que requièrent ces prépas », assure M. Bakhoum. Etudier dans de prestigieuses écoles françaises peut se faire ainsi au prix de dépression, de sacrifices et de burn-out. « On a eu énormément de remontées faisant état de ces difficultés », ajoute-t-il. Surtout depuis l’affaire Diary Sow, une étudiante, alors en deuxième année de classe préparatoire scientifique au lycée Louis-le-Grand, dans le Ve arrondissement de Paris, qui avait disparu le 4 janvier 2021 avant de réapparaître dix-sept jours plus tard à Dakar. Son absence avait fait couler des litres de larmes et d’encre entre les deux continents, mais cette fuite avait largement contribué à libérer la parole des boursiers d’excellence.Au Sénégal, cette affaire reste un traumatisme. « On ne peut pas nier que l’histoire de Diary Sow a joué dans la prise de décision, ajoute M. Bakhoum. Il est normal que le Sénégal, qui aujourd’hui se veut émergeant, puisse se doter d’outils pour former sa future élite. A Thiès, les élèves pourront bénéficier de la même qualité d’enseignement au Sénégal qu’en France. D’ailleurs, nous avons recruté deux néo-retraités de classes préparatoires françaises qui superviseront l’enseignement. Et en plus, les étudiants resteront non loin de leurs parents. »
    Ouvrir ces deux classes préparatoires a, également, un autre but : tenter de casser la dynamique de la fuite des cerveaux. « Chez nous, on pense que la réussite passe par l’étranger et qu’il faut impérativement partir après le bac », regrette Emile Bakhoum. « Nous prenons la crème de nos bacheliers, nous payons leur scolarité en France dans les meilleures écoles et, à la fin, la plupart des enfants ne reviennent pas au Sénégal. Ce flux migratoire est en défaveur de notre pays et de l’Afrique », constate le professeur Serigne Magueye Gueye. Ainsi, pour le directeur général du campus franco-sénégalais de Dakar, retenir au pays « la crème des bacheliers » permettra à ces jeunes de les protéger de situations de vulnérabilité, de gagner en maturité et de leur donner plus de temps pour forger leur projet de vie. « S’ils partent à l’étranger un peu plus âgé, ils seront plus enclins à revenir au pays, estime M. Gueye. Les plus belles réussites se construisent ici au Sénégal. »

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  • En Tunisie, « partir clandestinement est désormais un projet collectif et assumé »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/09/22/en-tunisie-partir-clandestinement-est-desormais-un-projet-collectif-et-assum

    En Tunisie, « partir clandestinement est désormais un projet collectif et assumé »
    Dans un pays instable politiquement, où la situation économique est dégradée et les perspectives faibles, la migration illégale se banalise et touche tous les milieux et toutes les tranches d’âge.
    Par Lilia Blaise(Chebba (Tunisie), envoyée spéciale)
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    Des femmes voilées de noir, un mouchoir entre les mains. Des chaises éparpillées devant les maisons pour les visiteurs venus présenter leurs condoléances. A Bouhajla, dans le centre de la Tunisie, tout dit le deuil de ces familles qui attendent depuis des jours les dépouilles de leurs proches disparus lors du naufrage d’une embarcation clandestine, dans la nuit du 6 au 7 septembre, au large des côtes de Chebba (est).Dans cette ville agricole de 8 000 habitants, où le taux de pauvreté de 32 % représente le double de la moyenne nationale, presque chaque foyer du quartier d’El-Maki a été touché par ce drame, qui a fait treize morts, selon un bilan provisoire. Sept passagers n’ont pas encore été retrouvés. Rawiya Dhifaoui n’arrive toujours pas à croire à la mort de son jeune frère, Mohamed Dhifaoui, 21 ans, dont le corps a été repêché. Ce vendredi 16 septembre, elle se rappelle avec tristesse qu’il aurait dû fêter son anniversaire le lendemain. « Il travaillait dans la réparation de systèmes de climatisation. Il avait du mal à gagner sa vie, car il n’avait pas de contrat fixe, mais on ne s’attendait pas à ce qu’il parte de cette façon », raconte-t-elle. Mohamed lui parlait souvent de ses désirs de migration ; elle lui conseillait d’aller dans les pays du Golfe. « Mais il voulait avoir des papiers et, comme beaucoup d’autres, il était influencé par les réseaux sociaux, car ici tout le monde part vers l’Europe et en fait la publicité sur Facebook, du moment du départ jusqu’à l’arrivée », dit-elle.
    La migration clandestine s’est banalisée et touche tous les milieux et toutes les tranches d’âge, selon cette enseignante. Dans le quartier, deux lycéennes sont parties juste après leur baccalauréat, en juin. Quelques jours après la nouvelle du naufrage, une famille entière avec quatre enfants a tenté une traversée pour faire soigner à l’étranger l’un des fils en situation de handicap. Le phénomène a pris de l’ampleur, ces derniers mois, dans le pays. Depuis le début de l’année, 13 700 migrants tunisiens ont atteint les côtes italiennes, un chiffre en hausse de 18 % sur un an, expliquait, à la mi-septembre, le Forum des droits économiques et sociaux (FTDES), une ONG tunisienne. La marine nationale a empêché les départs de près de 23 217 candidats à l’exil. Le chômage n’est plus l’unique cause de départ chez les jeunes, comme l’explique le chercheur Wael Garnaoui, auteur du livre Harga et désir d’Occident (Nirvana, 346 pages, 19 euros) : « La dégradation de la situation économique et l’incapacité de se projeter dans l’avenir avec l’instabilité politique du pays poussent à fuir, toutes couches socioprofessionnelles confondues. Il y a désormais des personnes avec un emploi, des femmes, et même des familles avec des enfants. » Si certains, comme dans le cas des migrants de Bouhajla, ont encore recours à des réseaux de passeurs, les jeunes des régions côtières se débrouillent désormais seuls pour éviter les escroqueries et les dangers d’un bateau surchargé, selon l’expert Matthew Herbert, auteur de plusieurs rapports sur la migration pour l’ONG Global Initiative. « C’est ce que l’on peut appeler “l’auto-passeur” : un jeune qui va acheter, avec un groupe d’amis, un bateau, ou le louer, trouver le moteur, l’essence et partir avec un GPS pour rejoindre les côtes italiennes », dit-il, ajoutant que ce nouveau phénomène, observé depuis la pandémie, contribue avec les réseaux sociaux « à démystifier la traversée. Le côté tabou ou honteux de partir clandestinement s’efface. C’est désormais un projet collectif et assumé ».
    A Bouhajla, la migration est parfois une question de vie ou de mort, « il n’y a pas une seule famille qui ne parle pas de ça », explique Rawiya Dhifaoui. En août, deux jeunes se sont suicidés après que leurs parents ont refusé de leur donner la somme d’argent nécessaire pour payer une traversée clandestine. Achref Selmi, lui, a réchappé de justesse du naufrage du 6 septembre. Cet homme de 28 ans avait décidé de partir avec sa fiancée, après avoir passé six ans à postuler à des concours pour travailler dans le secteur sécuritaire, sans succès. « J’ai tout essayé, mais on me met à chaque fois sur liste d’attente », explique-t-il. Il était déjà parti clandestinement plus tôt dans l’année. Arrêté dès son arrivée en Italie, il avait été expulsé. Les jambes abîmées par le séjour dans l’eau, il se remémore avec effroi les heures passées en mer, « les cris de ceux qui n’avaient pas de gilet de sauvetage, la peur que quelqu’un me noie sous l’effet de la panique ». Il raconte avec précision son traumatisme, sous le regard effaré de ses parents. « Il avait seulement parlé à sa mère de son projet, mais je le comprends : même s’il travaille en m’aidant dans le café que je tiens, il ne gagne pas assez pour se marier ou fonder une famille. Tout a tellement augmenté », explique son père, Abderrazak Ben Aoun Selmi. Le mari de sa sœur, 42 ans et père de deux enfants, avait pris le même bateau : dernièrement, ses emplois journaliers sur des chantiers ou des marchés ne lui permettaient plus de joindre les deux bouts. Son corps n’a pas été retrouvé.
    Le pays, en récession depuis la pandémie, doit désormais composer avec une inflation de plus de 8 %, nourrie par les répercussions du conflit russo-ukrainien. Tout augmente : les prix du logement (+ 8 % sur un an), ceux de l’alimentation, tout comme le carburant dont les tarifs ont déjà connu quatre hausses depuis le début de l’année. Le nombre de mineurs accompagnés et non accompagnés augmente également chaque année. En 2021, il avait quadruplé par rapport à 2017, selon le FTDES. Les familles misent sur le fait que les mineurs ne peuvent être expulsés avant leurs 18 ans, selon Wael Garnaoui : « Pour les adolescents qui viennent en France, il y a l’espoir qu’ils puissent régulariser leur situation une fois sur place, mais la réalité est qu’ils sont alors pris en charge par l’aide sociale à l’enfance et ne peuvent pas travailler ou s’intégrer dans la société », explique le chercheur, qui est également psychologue clinicien et a reçu de nombreux mineurs tunisiens en consultation, en France. Le marasme économique et social est l’un des talons d’Achille du président tunisien, Kaïs Saïed, qui s’est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021. Le double choc de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine a mis en péril les finances du pays et le gouvernement est en négociation avec le Fonds monétaire international pour tenter d’éviter la banqueroute. Outre le manque de perspectives économiques, la situation politique demeure aussi confuse : des élections législatives sont prévues le 17 décembre sur la base d’une loi électorale controversée instaurée par le président, mais plusieurs partis politiques ont déjà annoncé leur intention de boycotter le scrutin. En attendant, « comme à chaque crise, les mouvements migratoires s’intensifient », explique Wael Garnaoui, qui estime que la perte de confiance est aussi amplifiée par le départ massif des élites. « Lorsqu’un Tunisien voit les médecins et les ingénieurs partir légalement depuis des années et les infrastructures de base se détériorer, il ne croit plus à une amélioration de la situation et veut suivre le mouvement. » Entre 2015 et 2020, plus de 39 000 ingénieurs et près de 3 000 médecins ont quitté le pays légalement, pour aller travailler à l’étranger.

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#ue#pandemie#migrationirreguliere#economie#elite#personnemedical#mineur#santementale

  • Israël veut durcir les règles d’entrée des étrangers en Cisjordanie
    https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/04/israel-veut-durcir-les-regles-d-entree-des-etrangers-en-cisjordanie_6140181_

    Israël veut durcir les règles d’entrée des étrangers en Cisjordanie
    Les mesures, plusieurs fois reportées, devraient entrer en application le 5 septembre.
    Par Clothilde Mraffko(Jérusalem, correspondance)
    Publié aujourd’hui à 19h00, mis à jour à 19h00
    Prévue lundi 5 septembre, l’entrée en vigueur d’une série de mesures décidées par les autorités israéliennes va sévèrement restreindre l’entrée et le séjour des étrangers en Cisjordanie. Elles concernent les conditions d’accès à des visas qui sont limités à ce seul territoire occupé : leurs détenteurs ne peuvent pas circuler en Israël, ne peuvent pas se rendre à Jérusalem ou voyager par l’aéroport de Tel-Aviv. Les nouvelles règles pourraient notamment avoir de lourdes conséquences pour des milliers de conjoints de Palestiniens. (...)
    Famille, travail, bénévolat, études… Les 62 pages du document provisoire publié par le Cogat, l’organe militaire qui gère les affaires civiles des Palestiniens dans les territoires occupés, détaillent un ensemble de règles qui réduit considérablement les possibilités pour les étrangers de rester de longues périodes en Cisjordanie. Ces procédures « donnent autorité à l’armée israélienne pour microgérer la société palestinienne », a dénoncé en juin une pétition portée par l’ONG israélienne de défense des droits humains HaMoked. Un quota de 150 visas étudiants a par exemple été fixé. « Israël bénéficiant lui-même largement du [programme d’échange universitaire] Erasmus +, la Commission considère qu’il devrait faciliter et non entraver l’accès des étudiants aux universités palestiniennes », a réagi l’exécutif européen fin juillet, indiquant avoir exprimé « ses inquiétudes » à l’égard des nouvelles règles lors de réunions bilatérales avec des responsables israéliens.
    Aucun visa ne sera délivré pour des enseignants du primaire et du secondaire ni pour des professeurs invités ayant une double nationalité avec un pays arabe notamment. L’armée fixe en outre un quota pour des enseignants d’université « qui excellent dans des professions essentielles » et seront autorisés à venir pour une durée maximale de vingt-sept mois. « C’est une attaque frontale contre la liberté académique, juge Edouard Jurkevitch, professeur israélien de microbiologie à l’Université hébraïque de Jérusalem, auteur, avec dix autres collègues, d’une lettre en mars demandant à son recteur de protester contre ces mesures auprès du ministère de la défense israélien. (...)
    Les nouvelles procédures auraient dû entrer en vigueur en mai, puis début juillet. Elles ont été reportées au 5 septembre, notamment pour ne pas interférer avec la visite du président américain, Joe Biden, en Israël et en Cisjordanie durant l’été. Washington a engagé des discussions autour d’une exemption de visa pour les Israéliens aux Etats-Unis et négocie en échange l’amendement de certaines règles du Cogat. A quelques jours de l’entrée en application des nouvelles règles, le flou était encore total : une porte-parole de cet organisme a fait savoir au Monde que le document publié « n’était pas encore définitif ; les équipes travaillent activement à le compléter ». La pétition de l’ONG HaMoked déposée auprès de la Cour suprême en juin a été rejetée, au motif que le recours était « prématuré ». Selon le droit international, l’armée israélienne peut intervenir en Cisjordanie occupée uniquement pour servir ses besoins militaires ou pour le bien-être de la population palestinienne sous occupation. Les nouvelles procédures du Cogat ne répondent en rien à ces impératifs, selon les ONG. « La moitié des règles, concernant les conjoints, sert au contrôle démographique, en empêchant ces familles de vivre ici ; et l’autre moitié semble être destinée à isoler la société palestinienne. (...)
    Depuis 2020 et la pandémie de Covid-19, des restrictions de circulation se sont ajoutées et n’ont pas été levées. En plus du stress et du poids financier qu’engendrent ces incertitudes, les conjoints étrangers se sentent souvent mal compris de leurs représentations consulaires, à Jérusalem, où ils ne peuvent se rendre légalement, leur visa n’étant pas valide au-delà du mur de séparation. La solution est d’obtenir une réunification familiale et une carte d’identité palestinienne. La procédure peut prendre des années. Le Cogat affirme que les nouvelles procédures ont « pour but de formaliser les pratiques régissant l’entrée de chaque étranger désirant se rendre » en Cisjordanie. Les principaux concernés craignent de perdre la marge de manœuvre qu’autorise aujourd’hui le flou qui prévaut et leur permet de contester, souvent avec succès, certaines décisions devant les tribunaux israéliens. « Cela impacte la relation que j’ai à la Palestine, résume un jeune chercheur franco-palestinien qui a grandi en Cisjordanie mais n’a qu’un passeport français. A chaque fois que je pars, je ne sais pas si je vais revenir. La Palestine est de moins en moins chez moi : c’est dur psychologiquement. »

    #Covid-19#migration#migrant#israel#santementale#postcovid#circulation#palestine#cisjordanie#visa#regroupementfamilial#territoireoccupe#politiquemigratoire

  • L’isolement d’étudiants français inscrits dans des universités chinoises
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/07/04/l-isolement-d-etudiants-francais-inscrits-dans-des-universites-chinoises_613

    L’isolement d’étudiants français inscrits dans des universités chinoises
    Une centaine d’étudiants français attendent un visa pour regagner les formations où ils étaient inscrits avant la crise sanitaire. Depuis deux ans et demi, ils suivent leurs cours à distance, la nuit, dans des conditions parfois drastiques.
    Par Soazig Le Nevé
    Publié le 04 juillet 2022 à 15h00 - Mis à jour le 04 juillet 2022 à 16h32
    Pour eux, les cours à distance n’ont jamais pris fin et ressemblent à un cauchemar : décalage horaire oblige, ils se connectent sur leurs ordinateurs au milieu de la nuit, dans des conditions de contrôle parfois drastiques. Depuis deux ans, une petite centaine d’étudiants français attendent qu’un visa leur soit délivré pour retrouver les campus chinois où ils sont censés étudier.En février 2020, Cédric (aucun des étudiants interrogés n’a souhaité donner son nom) a pris le tout dernier avion pour la France, via Shanghaï, avant que ne ferme la ville de Chengdu, dans le centre du pays. C’est là qu’il avait commencé sa licence d’informatique, six mois plus tôt. « On nous avait laissé le choix entre nous isoler dans l’établissement, dans des conditions très spartiates, et rentrer dans notre pays », raconte le porte-parole du collectif européen EU Students China, qui regroupe 77 Français dont 25 inscrits dans un cursus entièrement chinois – les autres suivant un échange universitaire en partenariat avec un établissement français.
    Deux ans plus tard, l’étudiant, qui avait d’abord regagné le foyer parental à Versailles, a fini par prendre un studio à Pau, « où les loyers sont moins chers », pour poursuivre ses études à distance. « Depuis deux ans, je dors la journée et vis la nuit, narre-t-il. Les conditions de validation des cours sont strictes, avec caméra ouverte et lumière dans le visage. » Pour contrôler l’attention, à intervalles réguliers, le professeur demande à l’assemblée à distance de taper un nombre sur les claviers. Lorsque les cours en présentiel ont repris pour les Chinois, les étudiants étrangers ont dû suivre des cours hybrides, filmés dans la classe.
    La politique zéro Covid est devenue une question d’ego pour le président Xi Jinping, selon Steven, inscrit en master à l’université de technologies du Zhejiang, sans jamais avoir pu s’y rendre. « C’était la première fois que la Chine pensait prouver au monde qu’elle allait gérer une crise mieux que quiconque, en fermant des villes. Cette politique va se poursuivre pour ne surtout pas donner raison aux Occidentaux », prédit le jeune homme, marié depuis cinq ans à une Chinoise, rencontrée lorsqu’elle était étudiante en France. Rentrée dans sa famille, c’est elle qui consulte l’intranet de l’université pour donner ses notes à Steven, car l’interface reste inaccessible depuis l’étranger.Pour payer son loyer, l’étudiant travaille trente-sept heures par semaine dans la maintenance informatique, un rythme de vie qui l’oblige à suivre les cours en différé, après ses heures de travail et le week-end, puisqu’il lui faut impérativement dormir la nuit. « Les professeurs lisent des PowerPoint, écrivent au tableau sans se filmer, ne répondent plus à mes mails… Je m’accroche, mais le plus dur, c’est le moral, confie-t-il. Je fais partie de cette université parce que j’ai mon numéro d’étudiant, mais c’est tout ce que j’ai. »De son côté, l’université du Zhejiang assure au Monde dans un message écrit qu’elle reste en attente de « mises à jour du gouvernement » pour se prononcer sur un retour éventuel des Français sur le campus. « Nous espérons que cela ne prendra pas trop de temps », ajoute le message.
    La psychiatre Magali Briane a sondé une trentaine de jeunes du collectif via deux questionnaires qu’elle avait déjà dispensés auprès d’étudiants en France, pendant, et après le confinement. « Près de 80 % présentent des troubles anxieux et environ 75 % des troubles dépressifs. Ce sont des résultats vraiment alarmants, souligne-t-elle. Ils vivent une perturbation de leur rythme social et biologique, notamment de leur sommeil, ce qui est facteur de vulnérabilité. » S’ajoute une dimension anxiogène liée aux frais engagés et à l’absence d’équivalence de diplômes à laquelle certains se trouvent confrontés.
    Le désarroi est d’autant plus grand que des étudiants d’autres nationalités ont obtenu un laissez-passer, comme les Russes et les Pakistanais, mais aussi les ressortissants des îles Salomon. Des pays qui entretiennent de bonnes relations économiques avec la Chine. Les Indiens, qui représentent le plus fort contingent, avec 23 000 étudiants, « se mobilisent énormément sur les réseaux sociaux et ont obtenu le soutien direct de leur gouvernement pour négocier », relève Cédric, qui espère que son collectif éveillera l’intérêt et l’action des autorités françaises et européennes.Alerté au mois de mai, l’ambassadeur de France à Pékin s’est entretenu en visioconférence avec le collectif, sans qu’il y ait de suites concrètes. Le retour en Chine s’apparente à un parcours d’obstacles : un accord politique au plus haut niveau, suivi d’une mise en œuvre par l’ambassade de Chine à Paris pour négocier des accords aériens pour chacune des destinations. Tout cela restant soumis au fait que les étudiants puissent trouver un vol à des tarifs avoisinant les 6 000 euros et que leurs universités soient bien disposées à les recevoir. « L’incitation est assez faible pour un établissement qui ne compte qu’un ou deux Français et peut considérer que les risques de contamination et difficultés pour les faire revenir l’emportent sur les avantages qu’il y a à les accueillir », décrypte une source proche du dossier.Une fois sur place, rien ne garantit que les cours seront en présentiel, la plupart des universités poursuivant le distanciel, avec des étudiants confinés sur les campus. « Même les expatriés les plus capés qui sont en Chine depuis des décennies frisent le burn-out, avertit Christophe-André Frassa, sénateur des Français établis à l’étranger. Vous vous faites tester dans le hall de votre immeuble et si vous êtes positif, vous ne pouvez même pas remonter chez vous chercher un manteau : vous partez directement au centre de confinement. » S’il dit comprendre « l’impatience des étudiants français, tout à fait légitime », il estime que le risque est trop élevé que des villes se referment brutalement.Cédric et Steven se disent pourtant prêts à accepter les conditions sanitaires drastiques de la stratégie zéro Covid. De même que Sonia, étudiante en médecine près de Shanghaï, qui n’a accédé à aucun laboratoire de travaux pratiques depuis qu’elle a quitté le pays, en janvier 2020. Elle reçoit en moyenne 200 pages de cours par jour, qu’elle tente d’assimiler. « On espérait un dialogue diplomatique en faveur d’une réciprocité des visas entre étudiants français et chinois, expose-t-elle. Une grosse cinquantaine d’étudiants, c’est très peu comparé aux Chinois en France, qui sont actuellement autour de 30 000 [plus de 45 000, en réalité]. »Sollicité par Le Monde, Lu Shaye, ambassadeur de Chine en France, n’a pas donné suite. Pour toute réponse, ses services renvoient vers un entretien que le diplomate a accordé le 23 juin au nouveau site Livre noir, animé par des bénévoles qui revendiquent une « approche différente des grands médias dominants ». Lu Shaye y assure que « la Chine souhaite toujours la bienvenue aux étudiants étrangers y compris français ». Il les encourage, « s’ils en ont besoin », à s’adresser à l’ambassade, qui tiendra « des statistiques » et rendra « un rapport au gouvernement chinois » en vue de « faciliter » leur retour.

    #Covid-19#migrant#migration#france#chine#sante#santementale#zerocovid#etudiantetranger#frontiere#retour

  • Shanghai Wrestles With Mental Health Impact of Lockdown - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2022/06/29/world/asia/shanghai-lockdown-china.html

    ‘Very Fragile’: Shanghai Wrestles With Psychological Scars of Lockdown
    The lockdown fueled anxiety, fear and depression among the city’s residents. Experts have warned that the mental health impact of the confinement will be long-lasting.
    BEIJING — June, for Shanghai, was supposed to be a time of triumph. After two months of strict lockdown, the authorities had declared the city’s recent coronavirus outbreak under control. Businesses and restaurants were finally reopening. State media trumpeted a return to normalcy, and on the first night of release, people milled in the streets, shouting, “Freedom!”

    Julie Geng, a 25-year-old investment analyst in the city, could not bring herself to join. “I don’t think there’s anything worth celebrating,” she said. She had spent part of April confined in a centralized quarantine facility after testing positive and the feeling of powerlessness was still fresh.

    “I feel there is no basic guarantee in life, and so much could change overnight,” she said. “It makes me feel very fragile.”

    The lockdown had plunged Shanghai into chaos and suffering. Sealed in their homes, residents were unable to buy food, denied medical care or separated from their children. Social media overflowed with their fury and desperation. Now the worst is ostensibly over. But in this city of 25 million, many are just beginning to take stock of what they endured, what they lost and what they expect from the future.
    Some residents are confronting the precarity of rights they once took for granted: to buy food and to expect privacy in their own homes. Some are grieving relationships that fractured under the stresses of lockdown. Many people remain anxious about the weeks they went without pay or whether their businesses will survive.
    Hanging over it all is a broader inability to put the ordeal fully behind them, as China still holds to its goal of eliminating the virus. The authorities announced recently that every district in the city would briefly lock down each weekend until the end of July for mass testing.“We are seeing a lot of symptoms of post-traumatic stress, though many people may not recognize them,” said Chen Jiejun, a Shanghai psychologist. Some people felt chest pain, or could not focus at work, she said.“How do you go from this trust that has been broken, and rebuild it in a way that will allow you to feel stable and safe again?”Health officials worldwide have warned of the pandemic’s toll on mental well-being. Anxiety and depression increased 25 percent globally in the first year of the outbreak, according to the World Health Organization.
    But China’s epidemic controls are singularly restrictive, with locked down residents sometimes physically sealed in their homes, unable to receive emergency medical care. Prescriptions, including for mental health conditions, went unfilled. People infected with the virus were sent to hastily constructed makeshift hospitals, some of which lacked showers or were brightly lit at all hours.The apparent arbitrariness of admission or discharge policies fed feelings of helplessness; some people were sent to the facilities in the middle of the night, or unable to leave despite testing negative. Others said that officials entered their homes with disinfectant while they were away and damaged their property.Ms. Geng, the investment analyst, was ordered to a makeshift hospital after testing positive. She refused, citing her diagnosis of a mood disorder, she said; eventually, officials sent her to a quarantine hotel instead. Still, she was shaken by her lack of control.
    During the lockdown, calls to mental health hotlines in Shanghai surged. Queries from the city for psychological counseling, on the search engine Baidu, more than tripled from a year ago. One survey of city residents found 40 percent at risk of depression. When restrictions in some neighborhoods loosened slightly in late April, more than 1,000 people lined up outside the Shanghai Mental Health Center one morning.At a government news conference in May, Chen Jun, the chief physician at the Shanghai Mental Health Center, said anxiety, fear and depression were inevitable under an extended lockdown. For most people the feelings would be temporary, he said.But other experts have warned that the effects will be long-lasting. An editorial this month in the medical journal The Lancet said the “shadow of mental ill-health” would linger over China’s culture and economy “for years to come.” It continued: “The Chinese government must act immediately if it is to heal the wound its extreme policies have inflicted.”

    The long-term fallout of the containment policies was already becoming clear in the inquiries that Xu Xinyue, a psychologist, received in recent weeks.

    When the pandemic began two years ago, said Ms. Xu, who volunteers for a national counseling hotline, many callers were scared of the virus itself. But recent callers from Shanghai had been more concerned with the secondary effects of China’s controls — parents anxious about the consequences of prolonged online schooling, or young professionals worried about paying their mortgages, after the lockdown pummeled Shanghai’s job market.
    Others were questioning why they had worked so hard in the first place, having seen how money could not ensure their comfort or safety during lockdown. They were now saving less and spending more on food and other tangible objects that could bring a sense of security, Ms. Xu said.
    “Money has lost its original value,” she said. “This has upended the way they always thought, leaving them a bit lost.”The lockdown also transformed interpersonal relationships. Under Shanghai’s policies, just one confirmed case could lead to tighter controls on an entire building or neighborhood. Some residents who fell ill said they were shamed in their housing complexes’ group chats.Before the lockdown, Sandy Bai, a 48-year-old resident, considered her next-door neighbor a friend. They swapped eggs when the other was short and asked after each other’s parents. But one day after the city shut down, Ms. Bai returned from walking her dog — technically not allowed, but she had slipped out because her dog was sick — to find that her neighbor had reported her to the police, she said.
    Interactions between strangers also seem to point to a frayed social fabric. After officials at one testing site told residents they could not be tested — and therefore could not move freely about the city — a resident smashed a table and injured a worker.Li Houchen, a blogger and podcaster, compared Shanghai residents to easily startled birds, on edge because they had exhausted their ability to cope with stress.“There is also a tense feeling on the newly reopened streets and in people’s behavior, that at any moment you could be watched, interfered with, interrupted or driven away,” he wrote in an essay widely shared on WeChat.There are few avenues for release of that tension. In addition to limited resources for mental health — national medical insurance does not cover counseling — censors have erased many critical social media posts from the lockdown. State media has glossed over residents’ residual anger and fear, encouraging “positive energy” and holding Shanghai up as yet another example of the success of the zero Covid strategy.Anna Qin, an education consultant in her 20s, has started going to the office and the gym again. She walks and bicycles around the city, delighting in feeling her feet on the pavement.But the fact that such mundane things now feel so special is just a reminder of how much the city was forced to sacrifice“We’re glad it’s opening up again, but also there’s no acknowledgment of what we went through,” she said.“Now it’s closed, now it’s open, and we have no control. And now we’re supposed to be happy.”

    #covid-19#migrant#migration#chine#shangai#zerocovid#strategiesanitaire#etranger#resident#confinement#depistage#sante#santementale

  • En Chine, la poursuite des mesures drastiques contre le Covid-19 pousse la population à vouloir s’exiler
    https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/20/en-chine-la-poursuite-des-mesures-drastiques-contre-le-covid-19-pousse-la-po

    En Chine, la poursuite des mesures drastiques contre le Covid-19 pousse la population à vouloir s’exiler. Les recherches sur les conditions d’émigration ont explosé sur Internet, mais le gouvernement de Pékin multiplie les mesures de restriction au départ.
    Par Simon Leplâtre(Shanghaï, correspondance) et Frédéric Lemaître(Pékin, correspondant)
    Au fil des semaines, Sam, Shanghaïen de 27 ans, a vu son anxiété monter. « Il y a vraiment une pression mentale à ne pas pouvoir sortir de chez soi. Travailler en ligne est compliqué, et le fait de ne pouvoir rencontrer personne… je me sens déprimé », soupire le jeune homme, confiné depuis le 16 mars. Au stress de l’isolement s’ajoute une inquiétude spécifique à l’approche drastique adoptée par la Chine, dans sa politique zéro Covid : « J’ai peur parce qu’ils peuvent m’embarquer à tout moment : il suffit d’un cas positif dans mon bâtiment, et je serai envoyé en centre d’isolement. Ils peuvent venir à minuit, aucune discussion n’est possible. Et, en plus, il faut laisser sa porte ouverte pour que des équipes viennent asperger votre intérieur de désinfectant… On n’a même pas la liberté de rester chez soi. » Alors Sam a décidé de quitter son pays : « Parce que je pense que les années à venir vont être très difficiles en Chine. »Depuis le début du confinement de Shanghaï, il y a huit semaines, les recherches en ligne au sujet des procédures d’émigration ont explosé. Le 17 mai, le sujet a été mentionné cent millions de fois sur WeChat, le réseau social dominant en Chine, contre cinq à vingt millions de fois par jour, en février. Sur le moteur de recherche Baidu, les demandes concernant l’émigration ont aussi explosé : la question « Combien coûte la procédure d’émigration vers l’Australie ? » arrive en tête des demandes. Devant ce regain d’intérêt pour l’exode, les autorités chinoises ont décidé, jeudi 12 mai, de « mettre en place une politique de migration stricte », précisant que les « sorties non essentielles » du territoire étaient limitées pour les ressortissants chinois, officiellement pour limiter les retours, et donc les risques d’importer le virus. Seuls sont tolérés les voyages à l’étranger pour raison professionnelle ou d’étude, ce qui peut entraîner des situations kafkaïennes pour les couples mixtes.
    Depuis mars 2020, la Chine a annulé 98 % des vols internationaux. Les rares billets disponibles le sont à des prix prohibitifs. Dès août 2021, Pékin avait limité les sorties du territoire aux facteurs « nécessaires ». Résultat, en 2021, la Chine n’a enregistré que soixante-quatorze millions d’entrées et de sorties de son territoire – 79 % de moins qu’en 2019 – et délivré seulement trois cent trente-cinq mille passeports au premier semestre 2021, soit 2 % du total délivré sur la première moitié de 2019.
    Cet état d’exception, qui se prolonge alors que le reste du monde a abandonné la plupart des restrictions liées au Covid, est de plus en plus frustrant pour la classe moyenne supérieure chinoise, habituée à voyager. D’où une explosion des demandes pour les services d’aide à l’émigration. « J’ai été contacté par des dizaines de personnes, depuis avril, mais cela ne veut pas dire que tous vont effectivement émigrer, tempère M. Wang (un pseudonyme), fondateur d’une petite entreprise de conseil en émigration pour les Chinois. Le processus est long : il faut évaluer le profil du client, vérifier les documents qu’il nous soumet avant de décider quel projet peut lui convenir. En général, on compte trois à six mois avant de signer un contrat. »L’intérêt pour l’étranger n’est pas nouveau : des millions de Chinois aisés envoient leurs enfants étudier dans les pays anglo-saxons ou cherchent à mettre en sécurité une partie de leurs avoirs. D’après l’ONU, la diaspora chinoise compte soixante millions de membres, dont 10,7 millions sont encore citoyens de la République populaire de Chine.Dans certaines villes, comme Sydney, en Australie, ou Vancouver, au Canada, cet afflux de capitaux chinois a fait exploser les prix de l’immobilier. « Avant le Covid, la moitié de mes clients demandaient s’ils pouvaient continuer à gagner leur vie en Chine, en ayant une porte de sortie, un visa ou un passeport étranger. Les motivations ont aussi changé : avant, l’éducation des enfants était la principale raison, la sécurité de la propriété privée venait ensuite, la qualité de vie et de l’air en troisième, et enfin la sécurité politique, pour des hommes d’affaires qui pouvaient craindre des campagnes anticorruption. Mais cette fois, c’est différent : les gens veulent partir parce qu’ils ne supportent plus les restrictions », explique cet agent.Encore faut-il y parvenir : Sam a contacté un agent et lancé, mi-2020, une demande de visa pour le Canada, en tant que travailleur qualifié. Malgré un diplôme d’analyste financier dans une université américaine, il est sur liste d’attente. « A l’époque, je voyais ça plutôt comme une sécurité, mais je n’étais pas déterminé à partir. Cette fois, avec le confinement, je veux vraiment m’en aller », témoigne-t-il. L’annonce du resserrement des restrictions aux voyages par l’administration de l’immigration l’inquiète : « Je dois renouveler mon passeport en septembre, et je ne sais même pas si je pourrai. » Dans la province du Hunan, dans le centre de la Chine, certaines localités ont ordonné à tous les détenteurs de passeport de les remettre à la police « jusqu’à la fin de la pandémie ». Une obligation qui touche de plus en plus de fonctionnaires, de membres du Parti communiste ou de cadres travaillant dans les entreprises publiques.D’autres ont repoussé leur projet de départ, après l’annonce des autorités de l’immigration. « Ce qui constitue un voyage essentiel n’est pas défini, à dessein. Cela crée de l’incertitude. Et cela fonctionne : nous avons abandonné l’idée de partir pour l’instant », témoigne Simon, un citoyen chinois qui a grandi en Allemagne. Il a tenté de quitter Shanghaï, fin mars, juste avant le confinement. « Je suis résident permanent en Allemagne, mais ma femme, chinoise, avait besoin de demander un visa Schengen. Nous n’avons pas eu le temps. On avait aussi envisagé d’aller en Thaïlande ou au Vietnam avec un visa de tourisme dans un premier temps, mais ce serait considéré comme non essentiel. »Investisseur en Chine pour un fonds de capital-risque allemand, Simon craint une fuite des cerveaux et des capitaux. « Jusqu’ici, j’étais plutôt optimiste sur les perspectives du marché chinois, mais, désormais, je conseille à notre fonds de quitter le pays : je ne vois pas de scénario favorable pour la Chine ces deux prochaines années. » L’annonce, le 14 mai, que la Chine renonçait à accueillir la Coupe d’Asie de football en juin 2023 a douché les espoirs de ceux qui croyaient à une réouverture prochaine du pays.Sur les réseaux sociaux, une nouvelle expression est apparue début avril : le run xue, un jeu de mots avec un caractère qui se prononce comme run, « courir » en anglais, et xue, « l’étude » en chinois : une sorte de philosophie de la fuite. Sous ce mot-clé, les internautes chinois discutent de l’anxiété du quotidien confiné, de la liberté retrouvée dans le reste du monde et des conditions pour quitter le pays.« Les témoignages sur les réseaux sociaux montrent clairement que, pour une partie des Chinois, les confinements ne font pas partie du contrat implicite qui les lie au Parti communiste, commente un diplomate occidental. Cela laissera des séquelles politiques, comme l’arrestation puis la mort du docteur Li, à Wuhan en 2020. Partir n’est pas un acte facile, mais on verra sans doute des départs dans les mois à venir. De même que certains Chinois vivant à l’étranger vont hésiter ou renoncer à rentrer. » Jeudi 19 mai, un de ses collègues était exceptionnellement en retard à un rendez-vous : « Désolé, j’étais à un pot de départ d’un collaborateur de l’ambassade présent depuis douze ans. Sa femme chinoise n’en peut plus. Ils ont décidé de partir en Europe. »

    #Covid-19#migrant#migration#chine#sante#emigration#restrictionsanitaire#confinement#etranger#retour#immigration#visa#anxiete#santementale#europe#etatsunis#australie#passeport#pandemie

  • Remboursement des consultations de psychologue : une volonté d’« effacer Freud et cette place qu’il avait acquise dans l’histoire de notre temps »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/04/29/remboursement-des-consultations-de-psychologue-une-volonte-d-effacer-freud-e

    Remboursement des consultations de psychologue : une volonté d’« effacer Freud et cette place qu’il avait acquise dans l’histoire de notre temps »
    Tribune
    Michel Normand Psychologue clinicien, psychanalyste, docteur en psychopathologie, ex-enseignant à la Faculté de psychologie de Nantes
    Les mesures de soutien psychique prévues pour aider les plus fragiles à faire face aux conséquences de la pandémie réduisent le praticien au rôle de technicien paramédical, s’insurge, dans une tribune au « Monde », le psychologue clinicien Michel Normand.
    Lors des Assises de la santé mentale [organisées en septembre 2021], on avait souligné les effets psychiques de la pandémie. Depuis, nous savons que ces bouleversements ont induit une augmentation de sujets anxieux, angoissés et déprimés. Ils ont pour corollaire le besoin de soin psychique, trop souvent restreint aux traitements pharmacologiques.Avec la mise en œuvre du « chèque psy » pour les étudiants, les pouvoirs publics avaient commencé à répondre à cette demande qui va de l’aide psychologique à la psychothérapie, en favorisant l’accès aux psychologues. En clôture de ces journées, le chef de l’Etat avait voulu aller plus loin en annonçant le remboursement par l’Assurance-maladie des consultations de psychologue. Ce qui est désormais effectif pour tous les Français dès l’âge de 3 ans.
    S’il faut saluer cette mesure attendue depuis des décennies, tant par les usagers que par la profession, celle-ci suscite néanmoins la défiance voire l’opposition de la plupart des psychologues. Loin d’être « une forme de paradoxe », pour reprendre la formule prononcée alors par le président Macron, cette opposition a sa justification et sa cohérence.
    En effet, cette prise en charge est prévue sous conditions : les patients seront adressés par prescription médicale dans le cadre d’un forfait de consultations. La première séance étant facturée 40 euros et les suivantes 30 euros chacune, le tout renouvelable l’année suivante, si besoin.
    Cette mesure ne fait que reprendre et étendre celle qui était en expérimentation depuis 2018 dans certains départements et qui avait déjà suscité les critiques des psychologues, qui dénoncent non seulement les conditions financières qui leur sont faites, mais aussi les principes et la méthode d’un tel dispositif.Les psychologues concernés doivent se soumettre d’abord à un cahier des charges, prévu par le ministère de la santé avec la direction générale de la santé, et s’engager ensuite par une convention avec la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM). Ce cahier des charges prévoit l’obligation d’en passer par une formation spécifique – véritable habilitation – et de se conformer strictement à la prescription du médecin (la convention CPAM précise que le psychologue ne doit pas faire la promotion d’un « dispositif qui lui est propre »).Le dispositif prévu est constitué d’une série d’étapes, dont la première est le passage obligé par le médecin, qui, à l’aide de questionnaires, évalue l’état du patient et le classe à partir d’un score obtenu sur des échelles chiffrées : dépression légère, modérée ou sévère. C’est à partir de cette grille de classements que le médecin prescrit au patient une psychothérapie de soutien ou une psychothérapie dite « structurée » et lui indique le psychologue répondant à la forme de psychothérapie qu’il a choisie.La psychothérapie est réduite à un traitement médical comme un autre. Ce qui revient à assujettir le psychologue à la tutelle médicale et à nier la spécificité de sa discipline, qui appartient aux sciences humaines. Chaque psychothérapie est prévue pour un nombre limité de séances et donne lieu à une évaluation réalisée par le psychologue selon les grilles de questions susnommées et transmises au « médecin évaluateur ». Bien que ces données soient confidentielles, elles entrent dans un dossier médical.Ainsi, par ce protocole, le psychologue est assigné à un rôle déterminé : celui d’un technicien paramédical exerçant sous le contrôle d’un médecin (généraliste ou psychiatre) et exécutant sa prescription selon les modalités que la médecine scientifique applique aux maladies organiques, en conformité avec les recommandations de la Haute Autorité de santé, qui prennent la forme d’injonctions. Nous sommes là devant l’aboutissement d’une volonté délibérée qui se manifeste depuis une vingtaine d’années, au gré de la succession des rapports sur la santé mentale et la psychiatrie. Au nom du « parcours de soins coordonnés », la psychothérapie est réduite à un traitement médical comme un autre. Ce qui revient à assujettir le psychologue à la tutelle médicale et à nier la spécificité de sa discipline, qui appartient aux sciences humaines. Il ne s’agit pas ici de la simple défense d’une corporation, mais de saisir la dimension politique et éthique qui est en jeu. Déjà, le passage obligé par le médecin, sa lourdeur administrative et le coût supplémentaire qu’il engendre (ajoutés à la faible rémunération du psychologue) sont autant d’obstacles à l’application de ces mesures.De plus, appliquées dans le domaine de la vie psychique, ces pratiques standardisées non seulement sont controversées, mais elles contreviennent à ses propres méthodes d’intervention. De plus, elles portent gravement atteinte à sa liberté et à la responsabilité de son action, comme à celles de la personne en souffrance, qui ne peut plus s’adresser au psychologue de son choix.Une telle conjoncture, si elle devait persister, sera fatale pour la découverte freudienne qu’est la thérapie par la parole. Celle qui engage autant celui qui parle que celui qui écoute, dans une relation qui ne peut être que particulière, en dehors de tout schéma préétabli. Il aura donc fallu le temps d’une génération pour que les décideurs politiques, administratifs et médicaux en viennent à effacer Freud et cette place qu’il avait pourtant acquise dans l’histoire de notre temps. Ce refoulement ne sera pas sans conséquences pour la population. Dans l’après-coup de la pandémie, attendons-nous à un retour de ce désir refoulé parmi les sujets parlants que nous sommes. Ce qui rend nécessaire plus que jamais la rencontre, l’écoute singulière de leurs souffrances et les retrouvailles avec le lien social dont la psychanalyse a dévoilé les fondements : ceux du rapport à l’autre qui constitue le « parlêtre », selon le beau mot de Jacques Lacan.
    Michel Normand(Psychologue clinicien, psychanalyste, docteur en psychopathologie, ex-enseignant à la Faculté de psychologie de Nantes)

    #Covid-19#migrant#migration#sante#france#santementale#psychologie#pandemie#therapie#accesauxsoins

    • à partir du moment où des prestations sont remboursées par la sécu, donc par les cotisations des gens, c’est totalement normal que les praticiens payées comme ça soient conventionnés selon tel ou tel norme précis (après définir quels critères c’est autre chose, mais le fait même qu’illes doivent être conventionnés c’est normal), sinon n’importe quel charlatan (certains diraient, comme beaucoup de psys) pourraient se faire payer à l’œil comme ça

      tout comme si yavait une sécu sociale de l’alimentation, les producteurices payables avec cette sécu devraient être conventionnés (que du bio, etc, normes à définir collectivement), et non pas n’importe quel aliment

  • L’humeur de la planète sondée grâce aux réseaux sociaux
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/04/26/l-humeur-de-la-planete-sondee-grace-aux-reseaux-sociaux_6123724_1650684.html

    L’humeur de la planète sondée grâce aux réseaux sociaux
    Une vaste étude, portant sur l’état affectif de 11 millions de personnes dans 100 pays pendant le premier confinement, illustre l’émergence de sciences sociales dites computationnelles, aux fondements épistémologiques encore fragiles.
    Par Laure Belot
    Publié le 26 avril 2022 à 12h00 - Mis à jour le 26 avril 2022 à 12h00

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    L’intelligence artificielle va-t-elle devenir un outil banal pour sonder de façon massive et en temps réel les citoyens ? De plus en plus de chercheurs s’y attellent. Ainsi, l’exceptionnelle situation pandémique de 2020, pendant laquelle plus de 4 milliards de personnes ont été confinées, a permis à une équipe pluridisciplinaire de scientifiques du MIT (Etats-Unis), de l’Académie des sciences de Pékin et du Max Planck Institute de Berlin de réaliser une étude inédite : suivre, à l’aide des réseaux sociaux Twitter et son équivalent chinois Weibo, l’état affectif de 11 millions de personnes de 100 pays sur cinq mois, du 1er janvier au 31 mai 2020.
    La publication qui en découle, « Preuve globale de l’altération des sentiments exprimés pendant la pandémie du Covid-19 » (Nature Human Behaviour, 17 mars), représente, mappemondes à l’appui, l’évolution du « bien-être » de ces populations, l’hypothèse étant que ce bien-être est corrélé à ce que l’on exprime en ligne : plus on se plaint, moins on se sent bien dans la vie, et vice-versa. Afin d’éviter la pollution de certaines campagnes politiques, les scientifiques se sont limités, pour constituer cette énorme base de données de 650 millions de messages géolocalisés et anonymisés, à ceux qui ne se référaient pas directement au Covid-19.
    Comme on pouvait s’y attendre, la baisse du moral est nette sur la période étudiée, accentuée notamment après le 11 mars, date à laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que la crise liée au Covid-19 relevait d’une pandémie. En moyenne, cette plongée est presque cinq fois plus importante en amplitude que le passage « d’un dimanche, journée habituellement la plus heureuse de la semaine, à un lundi », précise Nicolas Guetta-Jeanrenaud, un des auteurs, étudiant-chercheur au MIT. Des pays tels l’Australie, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Colombie ont été particulièrement affectés, bien plus que la Tunisie et la Grèce, par exemple. La France se situe dans la moyenne.
    Pour mesurer la capacité de récupération des populations face à ce fléau, les chercheurs ont identifié un indicateur fort disparate, le nombre de jours après lequel le moral revient à mi-parcours. Ce délai est d’à peine 1,2 jour pour les messages géolocalisés en Israël contre 14 en France et 29 en Turquie. Au terme des cinq mois étudiés, d’ailleurs, seuls 18 % des pays n’ont pas récupéré leur niveau de moral exprimé en janvier 2020, 35 % y sont tout juste et 46 % l’ont dépassé. « Ces résultats ne doivent pas être interprétés par la seule résilience émotionnelle des populations », commente l’étude. Dans cette période, où la perspective de trouver un vaccin était encore lointaine, « ces indicateurs reflètent tout autant la sévérité de la pandémie que les mesures de santé publique prises localement ».Enfin, ces économistes, sociologues et data scientists (statisticiens de la donnée) ont cherché à qualifier l’impact du premier confinement sur le moral. La forte hétérogénéité des résultats obtenus « a particulièrement surpris l’équipe, reconnaît Nicolas Guetta-Jeanrenaud. Nous n’avons pas trouvé de différences statistiquement significatives ». A l’échelle d’un pays, les citoyens ont donc exprimé des sentiments contradictoires, allant tout autant du gain de sécurité à la perte de liberté ou à la crainte de voir disparaître un emploi. Par contre, une tendance plus précise est apparue : plus un pays avait des citoyens qui se sentaient malheureux avant la période du Covid-19, plus les réactions au confinement étaient exacerbées.
    Les auteurs soulignent d’emblée les limites de l’étude. « Nous savons que tout le monde n’est pas sur Twitter et Weibo et que le bien-être des citoyens est un concept subjectif, qui ne possède pas de mesure standardisée, reconnaissent-ils. Nous savons également que ce type d’analyse, naissante, ne permet pas encore de faire le lien avec la santé mentale. » Pour autant, estiment-ils, de telles recherches peuvent apporter une aide complémentaire à la décision pour les puissances publiques.
    Au-delà même de ces résultats, que préfigure une telle recherche ? « Nous sommes au tout début d’une nouvelle discipline intitulée “computational social sciences”. Les sciences sociales sous stéroïdes, dopées par les données et les algorithmes », commente le pionnier français Guilhem Fouetillou, à la fois professeur-chercheur au Médialab de Sciences Po et fondateur de Linkfluence, une entreprise qui, depuis quinze ans, décrypte les tendances sur le Web et les réseaux sociaux pour des entreprises ou des institutions.
    Tenter d’analyser les données massives pour donner du sens à ce qui se trouve en ligne n’est pas une nouveauté. « Cela a été initié par des physiciens et sociologues tels Albert-Laszlo Barabasi et Duncan Watts, au tournant du XXIe siècle, pour modéliser le Web, se souvient Guilhem Fouetillou. Les sciences sociales ont essayé de s’en emparer pour avoir un discours sur la société, il y a une décennie. C’est maintenant que ce type d’analyse est technologiquement plus accessible. »Ainsi, les paroles en ligne de ces 11 millions de citoyens écrites posément ou sous le coup de l’émotion pendant ces cinq mois ont pu être analysées par une technique de traitement du langage naturel récente et en accès libre, le Bidirectional Encoder Representation from Transformers (BERT). Il s’agit d’« un réseau de neurones profonds, qui prend en compte la syntaxe globale de la phrase et pas seulement les occurrences de mots positifs ou négatifs », explique Nicolas Guetta-Jeanrenaud. Google a entraîné cette intelligence artificielle sur Wikipédia, entre autres, et l’a rendue publique en 2018. D’où la possibilité de travailler sur des messages en 65 langues. »
    Ce n’est pas tout. Outre la mise à disposition par Amazon, Google et Facebook de plates-formes de traitement, pour entraîner les algorithmes d’apprentissage supervisé (appelé aussi machine learning), certains Gafam proposent de stocker les données sur leur cloud et « même d’acheter du temps de calcul comme un service », précise Guilhem Fouetillou. Ces moyens nouveaux posent désormais à tout chercheur une question centrale, quand il veut manipuler des données : faut-il le faire si c’est faisable ? « Le risque est de pencher vers la quantophrénie [le gigantisme pour le gigantisme des données], poursuit Guilhem Fouetillou. Il y a quelques années, beaucoup d’études ont été réalisées par des data scientists qui ont multiplié les corrélations sans que l’interprétation apporte de la valeur ajoutée, faute de causalité. »En France, plusieurs nouveaux projets de recherche multidisciplinaires se dessinent. Ainsi, le mathématicien Pedro Ramaciotti Morales, chercheur au médialab de Sciences Po et au Learning Planet Institute (ex-CRI), s’apprête, explique-t-il, à diriger « une équipe spécialisée en modèles mathématiques, modèles sociaux et informatiques afin de mener des recherches à large échelle sur le comportement en ligne, les dynamiques d’opinion, la polarisation et les algorithmes de recommandation ». Il va aussi codiriger un projet financé par le McCourt Institute (fondé par Sciences Po et l’université de Georgetown à Washington), « destiné à produire de la recherche applicable à la gouvernance des technologies, dont les grandes plates-formes du Web, comme les Gafam, qui regroupent une partie considérable des dynamiques sociales et politiques ».Aujourd’hui encore, ajoute Guilhem Fouetillou, « tel un macroscope », les approches analytiques utilisées peuvent être parfois déformantes ou posséder des angles morts. « Nous savons bien décrire les données du Web social, mais nous ne savons pas encore en quoi elles décrivent ou non le monde, estime-t-il. Il nous faut construire un véritable cadre interprétatif de ces données. L’épistémologie de la donnée sociale n’est pas encore établie. »

    #Covid-19#migrant#migration#sante#epidemiologie#IA#santementale#pluridisciplinarité#recherche#confinement#emotion

  • A Shanghaï, des enfants séparés de leurs parents, parfois dès l’accouchement, au nom de la politique zéro Covid
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/04/07/covid-19-a-shanghai-des-regles-de-confinement-draconiennes_6120939_3244.html

    A Shanghaï, des enfants séparés de leurs parents, parfois dès l’accouchement, au nom de la politique zéro Covid
    Alors que la plus grande ville de Chine entre dans une deuxième semaine de confinement draconien, l’isolement d’enfants même très jeunes en cas de test positif suscite colère et anxiété. M. Peng est devenu papa d’un petit garçon le 1er avril. Il n’a toujours pas vu son fils. La mère, encore à l’hôpital, a été positive au Covid-19 juste avant l’accouchement. M. Peng (qui ne donne que son nom de famille pour ne pas être reconnu) et son fils ont été négatifs, mais l’enfant a été placé à l’isolement malgré tout. « Je pourrai le récupérer le 8 avril, mais je ne sais même pas comment je pourrai sortir de chez moi et rejoindre l’hôpital, alors que tout est confiné », s’agace-t-il. La mère et l’enfant se trouvent actuellement dans deux départements séparés de la clinique publique du district de Jinshan, dans le sud-est de Shanghaï. Le 2 avril, la publication d’une vidéo prise dans cet hôpital public montrait des dizaines d’enfants, souvent à cinq ou six dans des lits à barreaux de fer : beaucoup de nouveau-nés, certains en larmes, dépenaillés, ou la tête sous une couverture…
    Mardi, une pétition en ligne a circulé quelques heures sur la messagerie WeChat, demandant la fin de cette politique, avant d’être censurée. Le 31 mars, le consulat français de Shanghaï a officiellement protesté, au nom de l’Union européenne, dont la France assure la présidence. Mais l’objectif zéro Covid passe avant tout : les autorités chinoises ne veulent pas voir des parents positifs infecter leur enfant ou l’inverse.
    Après avoir tenté pendant plus de trois semaines de contrôler plusieurs foyers de Covid-19 avec des mesures ciblées, Shanghaï a fini par confiner toute la ville, en commençant par sa partie est, Pudong, le 28 mars, puis tout le reste de la métropole depuis le 1er avril. La ville a déclaré 17 077 cas mercredi, alors que la Chine enregistrait 20 582 cas, un record absolu depuis le début de la pandémie, il y a plus de deux ans, à Wuhan.
    L’arrivée de la vice-première ministre, Sun Chunlan, à Shanghaï samedi a marqué la détermination de Pékin à poursuivre une politique zéro Covid stricte. La vice-première ministre, qui est chargée de la coordination de la lutte contre l’épidémie depuis plus de deux ans, a notamment appelé la ville à mettre en place davantage de centres d’isolement. Shanghaï dispose actuellement de 47 700 lits pour l’isolement et le traitement des patients atteints du Covid, et 30 000 devraient être ajoutés « immédiatement », a déclaré mardi le vice-secrétaire général de Shanghaï. Ces derniers jours, 2 000 membres du personnel médical de l’armée chinoise et 38 000 professionnels de santé des provinces voisines sont arrivés en renfort.
    Mais les conditions de ce confinement suscitent de plus en plus de colère et de frustration parmi la population. Dans certains quartiers, des problèmes d’approvisionnement se multiplient : des résidents affirment avoir faim. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos montrent des résidents emportés de force en confinement par des hommes en combinaison blanche. Quant aux centres de confinement, ils concentrent les critiques : ce sont des gymnases ou des parcs d’exposition où sont alignés de simples lits de camp, parfois agrémentés de quelques cloisons, mais aucun d’entre eux ne dispose de douche et les sanitaires semblent systématiquement insuffisants. Les patients positifs y restent dix à vingt jours en moyenne.
    Le choc de la séparation des enfants vient s’ajouter à ce contexte tendu. Lors d’une conférence de presse lundi, les autorités sanitaires de Shanghaï ont défendu leur choix : « Les personnes infectées doivent être isolées des personnes non infectées », a rappelé Wu Qianyu, une responsable de la commission municipale de la santé de Shanghaï. La ville semble toutefois adapter cette politique, sous la pression combinée des citoyens chinois et des représentations étrangères. Mercredi, Wu Qianyu a indiqué que, « pour des enfants avec des besoins spéciaux positifs, des proches peuvent demander à les accompagner, après avoir signé une lettre reconnaissant les risques encourus », sans préciser ce qui constitue des « besoins spéciaux ».
    La veille, le journal officiel Shanghaï Daily rapportait que le centre d’isolement installé dans le Shanghaï New International Expo Center disposait désormais d’une section d’un millier de lits réservée aux enfants et à leurs parents, quel que soit leur statut : « Pour la petite quantité de patients négatifs, le personnel médical les autorise à rester avec leur enfant, après les avoir informés des risques », explique le journal.Mais, sur le terrain, la confusion règne : Mme Wu, 24 ans, a été positive le 31 mars, avec son mari et leur bébé de 3 mois. Après un bref passage à l’hôpital, la famille a été envoyée à l’isolement dans un hôtel. « J’espérais recevoir un traitement, mais on nous a redit ce matin que, si on était traités à l’hôpital Jinshan, le bébé serait traité séparément », confie-t-elle mercredi, donnant simplement son nom. Son mari a déjà été envoyé en centre d’isolement. « Je suis terrifiée ! Mon bébé a 3 mois, il reconnaît les gens et il ne peut pas me quitter… Je ne vois vraiment pas pourquoi séparer notre bébé si nous sommes tous les trois positifs, mais personne ne nous explique rien. » Ces derniers jours, les groupes de parents sur la messagerie WeChat s’échangent anxieusement des articles et des témoignages pour tenter de faire sens des différentes déclarations.
    L’inquiétude est largement partagée. Mathieu, un Français qui tient lui aussi à rester anonyme, vit à Shanghaï avec sa femme enceinte et sa fille de 19 mois. Lundi soir à 22 heures, ils ont entendu des coups frappés à leur porte : leurs tests, effectués le matin même, étaient « anormaux ». Mais en Chine, les tests de masse sont effectués en mélangeant 10 à 20 échantillons. En cas de résultat positif, le groupe doit être testé à nouveau. Son test est positif : il s’isole dans une chambre et attend. « On est très stressés : ma femme a une grossesse à risque, elle devrait se reposer, mais là, elle s’occupe toute seule de notre fille, qui déborde d’énergie. Il est possible qu’ils viennent me chercher à tout moment pour m’envoyer en centre d’isolement. Ma femme angoisse totalement, elle s’imagine qu’ils vont venir chercher notre fille au milieu de la nuit. C’est le principal problème pour moi : l’état physique et mental de ma femme, et surtout ma fille, envisager qu’elle puisse nous être retirée… Mais ça, c’est hors de question, on ferait tout pour les en empêcher : on ne sépare pas une gamine de 19 mois de ses parents ! »

    #Covid-19#migrant#migration#chine#shangai#sante#expatrie#zerocovid#famille#confinement#restrictionsanitaire#santementale#isolement

  • Le ras-le-bol des Marocains bloqués à l’étranger à cause de la fermeture des frontières
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/01/26/le-ras-le-bol-des-marocains-bloques-a-l-etranger-a-cause-de-la-fermeture-des

    Le ras-le-bol des Marocains bloqués à l’étranger à cause de la fermeture des frontières
    En raison de la propagation rapide du variant Omicron, le pays a fermé ses frontières depuis le 28 novembre 2021. La mesure a été reconduite jusqu’au 31 janvier.
    « Je ne comprends pas. Nous sommes marocains et on nous empêche de rentrer chez nous ! » Voilà deux mois que Hind (qui a souhaité garder l’anonymat) est bloquée en France, sans possibilité de regagner Marrakech où l’attendent sa famille, sa maison, son travail.Cette Franco-Marocaine était venue à Montpellier rendre visite à sa fille étudiante lorsqu’elle a été prise de court par l’annonce, le 28 novembre 2021, de la fermeture des frontières du Maroc en raison de la propagation rapide du variant Omicron dans le monde. Initialement prévue pour deux semaines, la mesure a été reconduite jusqu’au 31 janvier. A l’approche de l’échéance, la quadragénaire navigue en plein brouillard, partagée entre colère et désespoir.S’il y a bien eu des vols de rapatriement annoncés le 13 décembre pour les Marocains retenus à l’étranger via le Portugal, la Turquie et les Emirats arabes unis, cette opération de retour a cessé dix jours plus tard, en raison de la recrudescence de la pandémie au Maroc.« Il n’y a pas eu de rapatriement depuis la France. Quant aux prix des vols depuis Lisbonne, Istanbul et Dubaï, ils étaient exorbitants, rien en dessous de 1 400 euros », poursuit Hind qui, depuis, n’a d’autres choix que de vivre « un peu en cachette » dans la résidence universitaire de sa fille. « Au moins, j’ai un endroit où loger. Je connais des gens dans des situations bien plus dramatiques, qui n’ont plus d’argent, plus de solutions d’hébergement », précise-t-elle.Au Maroc, le désarroi des ressortissants bloqués à l’étranger s’est fait entendre au Parlement, où, par deux fois en janvier, des députés ont interrogé le ministre des affaires étrangères, Nasser Bourita, sur les mesures prises à leur égard. Pour l’heure, l’ouverture des frontières est en « discussion », a répondu, lundi, le ministre : « Le but est l’ouverture des frontières, mais avec la garantie des conditions pour préserver la santé aussi bien des visiteurs que des Marocains », a-t-il déclaré selon des propos repris par l’Agence marocaine de presse (MAP).M. Bourita n’a pas évoqué le rapatriement des Marocains et le ministère des affaires étrangères n’a pas donné suite à nos sollicitations. Aucune information n’a par ailleurs été communiquée quant à leur nombre. Lors du premier confinement en 2020, la situation s’était déjà produite et près de 30 000 personnes avaient été recensées.S’y ajoute le cas des Marocains résidant à l’étranger (5 millions), qui n’ont pas pu revenir au cours des deux mois écoulés. « Même pour le motif le plus impérieux qui soit : le décès d’un proche ! », déplore Achraf (également anonyme), un Marocain résidant en France qui a remué ciel et terre pour que sa cousine puisse assister aux funérailles de son père fin décembre au Maroc.« J’ai appelé l’ambassade, contacté les compagnies aériennes, mais aucune solution. Ma cousine a suivi l’enterrement sur WhatsApp. Je vous laisse imaginer la souffrance et les séquelles psychologiques », souligne-t-il.En dernier recours, certains Marocains s’organisent sur les réseaux sociaux pour affréter des avions privés – ceux-ci n’étant pas soumis aux mêmes conditions que les vols commerciaux qui, eux, sont strictement interdits. « Ces dernières semaines, des petits jets d’une dizaine de places multiplient les rotations, le plus souvent au départ de Malaga [Espagne], à des prix de plus en plus élevés, rapporte Taoufiq Lahrech, promoteur immobilier d’Agadir coincé en France. Le procédé est simple : il suffit d’envoyer la liste des passagers et les copies des passeports à une compagnie privée. A elle de demander l’autorisation auprès du ministère des affaires étrangères. »Pour un retour à moindre coût (400 à 600 euros par personne), il a le projet de faire affréter un charter privé de 170 places. Sur les réseaux sociaux, il n’a aucun mal à rassembler les passagers. Reste à trouver l’affréteur.Selon plusieurs compagnies contactées par Le Monde Afrique, la demande est très forte. « Nous recevons entre dix et quinze appels par jour, confirme Isabelle Clerc, chez Aeroaffaires, qui facture le vol autour de 10 000 euros pour un jet de 8 places. Nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes, car les conditions sont strictes. Les autorisations sont plus facilement délivrées pour les entreprises qui doivent poursuivre leur activité sur le territoire. »
    Sur le site du Médias24, la direction de l’aviation civile rappelle que, depuis le début de la pandémie et à chaque fermeture des frontières, des « vols spéciaux », c’est-à-dire soumis à l’autorisation du ministère des affaires étrangères, restent possibles. Reste que cette possibilité est vécue comme discriminatoire par bon nombre de Marocains. « Il y a donc des Marocains qui peuvent rentrer parce qu’ils ont les moyens et les autres non !, regrette Achraf. C’est du deux poids deux mesures : les règles devraient être les mêmes pour tous. »

    #Covid-19#migrant#migration#maroc#ressortissantetranger#sante#rapatriement#retour#santementale#funeraille#frontiere#omicron#discrimination

  • Pour atteindre le « zéro Covid », Hongkong impose une quarantaine éprouvante aux résidents revenant sur l’île
    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/10/13/pour-atteindre-le-zero-covid-hongkong-impose-une-quarantaine-eprouvante-aux-

    Pour atteindre le « zéro Covid », Hongkong impose une quarantaine éprouvante aux résidents revenant sur l’île. Longtemps considéré comme l’un des plus libres de la planète, le territoire est en train de se couper du reste du monde.
    Depuis fin août, les résidents de Hongkong qui rentrent de France, du Royaume-Uni, des Etats-Unis ainsi que de vingt-trois autres pays ne sont admis dans la région administrative spéciale de Chine qu’au terme de vingt et un jours d’une quarantaine éprouvante tant pour leur santé morale et physique que pour celle de leurs finances. Le voyageur doit en effet rester enfermé dans une chambre d’hôtel – l’un des trente-cinq « DQH » (« hôtels conçus pour quarantaine ») habilités par le gouvernement – sans la moindre sortie à l’air libre autorisée. Le nombre de personnes qui souhaitent rentrer à Hongkong étant bien supérieur à l’offre disponible, les délais s’allongent, les prix grimpent. Certains hôtels, surtout bas de gamme, abusent de ce filon en proposant des chambres non seulement minuscules mais aussi sales, voire insalubres. Au cours de ce séjour, le voyageur (nécessairement vacciné et ayant déjà été testé au moins deux fois au cours des quarante-huit heures qui précèdent son arrivée à l’hôtel) doit se soumettre à six tests obligatoires, qui ont lieu avec des précautions qui semblent dignes d’un laboratoire de haute sécurité. Pour les gens qui voyagent seuls, ces visites leur offrent néanmoins les seuls contacts humains de tout leur séjour, même si ces intervenants aux allures de cosmonaute ont la réputation d’être peu causants. Même la livraison des plateaux-repas est organisée de sorte à éviter toute interaction entre le personnel et les personnes placées en quarantaine. Certains hôtels exigent que ces derniers attendent deux minutes avant d’ouvrir leur porte pour laisser au personnel le temps de quitter l’étage. Une porte ouverte trop tôt ou trop longtemps, un pied posé dans le couloir ont provoqué des sanctions. « Sortir de la chambre sera considéré comme une violation des règles de quarantaine et donc un délit, passible de peines allant jusqu’à six mois de prison et 25 000 dollars de Hongkong [environ 2 800 euros] d’amende », précise le site du gouvernement.Dans la plupart des hôtels, il est en outre impossible d’ouvrir la fenêtre, ce qui accentue le sentiment de claustrophobie, les migraines, les réactions aux moisissures… « Entre la valse des plateaux-repas et l’air conditionné non-stop, on sort de là aussi pâteux et vaseux que d’un mauvais voyage en avion, qui aurait duré vingt et un jours », témoigne un jeune homme en quarantaine qui n’avait pas les moyens de s’offrir un hôtel de bon standing.Surfant sur cette niche, des entreprises se sont créées pour livrer tapis de course et vélos d’intérieur, alors que les tutos et les groupes d’entraide en tout genre sont apparus en ligne pour aider à passer cette épreuve. On y apprend l’importance de structurer ses journées, mais aussi comment élaborer un minibowling avec la réserve de bouteilles d’eau livrées en début de séjour et une orange, ou comment faire sa lessive dans la bouilloire électrique… Pour soulager leurs clients captifs, certains hôtels subventionnent une « Happy hour » sur Zoom le vendredi soir.
    La rigueur extrême dont use le gouvernement pour gérer la situation se répercute sur les compagnies aériennes, qui peuvent être suspendues pendant plusieurs semaines si elles importent un certain nombre de cas parmi leurs passagers. Par conséquent, les contrôles à l’embarquement sont devenus particulièrement tatillons. Certains passagers ont été laissés sur le tarmac pour un prénom mal orthographié, un test PCR ayant dépassé de quelques minutes le délai de soixante-douze heures ou faute d’avoir pu fournir la preuve (traduite en anglais) de la certification ISO du laboratoire qui avait réalisé leur test… Récemment, à la suite du test positif d’une hôtesse de l’air arrivée de Los Angeles, tout l’équipage du vol a été mis en quarantaine pour trois semaines dans le centre de quarantaine du gouvernement, Penny Bay. La menace d’être envoyé à Penny Bay pèse d’ailleurs désormais comme une épée de Damoclès sur n’importe quel citoyen de Hongkong. Car le gouvernement peut décider, ou non, d’isoler certains cas contacts…Le gouvernement justifie cette approche radicale par son ambition de « zéro Covid », en ligne avec le régime de Pékin mais en contraste avec la quasi-totalité des pays développés.Vendredi 8 octobre, un employé de l’aéroport a été testé positif, alors que Hongkong n’avait pas enregistré un seul nouveau cas de Covid-19 depuis cinquante et un jours. Depuis la première apparition du virus à Hongkong en janvier 2020, sur les 12 251 qu’a connus l’île, seuls 213 ont entraîné le décès des patients, pour 7,3 millions d’habitants.Ces mesures ne sont justifiées par aucune étude scientifique et dénoncées par plusieurs médecins. La chambre de commerce européenne de Hongkong a, en outre, à plusieurs reprises, averti des effets dévastateurs de cette quarantaine sur l’économie locale et sur l’image de Hongkong. Son président, Frederik Gollob, a déclaré, début octobre, qu’à cause de ces mesures, de nombreuses entreprises européennes envisageaient à présent de quitter Hongkong.Des exemptions sont toutefois prévues par la loi, notamment pour certains hommes d’affaires de haut niveau et pour les diplomates. L’apparition de l’actrice australienne Nicole Kidman, en train de faire du shopping à Central mi-août, deux jours après son arrivée à Hongkong pour le tournage d’une série, a fait scandale.
    A Canton, de l’autre côté de la frontière chinoise, c’est un « centre international de santé », un camp de quarantaine de la taille de quarante-six terrains de foot et d’une capacité de 5 000 chambres qui devrait remplacer d’ici peu les quarantaines obligatoires à l’hôtel. Et les Hongkongais redoutent que leur gouvernement, de plus en plus soucieux de faire comme la Chine, ne reprenne l’idée.

    #Covid-19#migrant#migration#hongkong#chine#sante#santementale#quarantaine#test#resident#retour#santepublique#zerocovid#frontiere#hotel#economie#exemption

  • HCR - Le HCR plaide pour un accès équitable aux soins de santé mentale de qualité pour les réfugiés
    https://www.unhcr.org/fr/news/press/2021/10/6163e0d8a/hcr-plaide-acces-equitable-soins-sante-mentale-qualite-refugies.html

    Le HCR plaide pour un accès équitable aux soins de santé mentale de qualité pour les réfugiés
    À l’approche de la Journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, appelle la communauté internationale à renforcer la qualité du soutien en matière de santé mentale pour les réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et les apatrides.« Le Covid-19 a eu un effet dévastateur sur les personnes contraintes de fuir », rappelle Sajjad Malik, directeur de la Division de la résilience et des solutions du HCR. « La durée prolongée de la pandémie et ses impacts sanitaires, économiques et sociaux néfastes exacerbent le stress et l’anxiété ressentis par de nombreuses personnes déplacées. Alors que les moyens de subsistance et les fragiles systèmes de soutien social s’effondrent, ils ont plus que jamais besoin d’aide pour surmonter la crise et reconstruire leur vie. »
    Les équipes du HCR rapportent une augmentation du nombre de personnes sollicitant une aide pour des problèmes d’anxiété et de dépression. Dans la région du Kurdistan irakien, les psychologues qui interviennent dans les camps de réfugiés ont signalé une forte augmentation des séances de conseil tant en personne qu’à distance. Au Pérou, au cours des sept premiers mois de l’année, le nombre d’appels et d’orientations vers des services de santé mentale et de soutien psychosocial a augmenté de 100 % par rapport à la même période l’année dernière.Avant la pandémie, l’accès aux soins de santé mentale était déjà limité. Les mesures de confinement liées au Covid-19 ont mis les services de santé à rude épreuve. Le HCR et ses partenaires ont maintenu les services pour les personnes qui en avaient le plus besoin grâce à un travail de proximité adapté et à la fourniture de médicaments essentiels. En 2021, la fourniture régulière des prestations est progressivement rétablie. Avec l’augmentation des besoins, l’accès à des soins de santé mentale de qualité reste toutefois difficile.
    « Revenir à une configuration équivalente à celle d’avant la pandémie n’est pas suffisant. Des efforts plus importants sont nécessaires pour garantir que les réfugiés, les personnes déplacées et les apatrides puissent accéder aux services de santé mentale et de soutien psychosocial dans les mêmes conditions que les ressortissants nationaux », poursuit Sajjad Malik. « Compte tenu de l’augmentation des besoins, nous réitérons notre appel à la communauté internationale en faveur d’un soutien accru afin de maintenir et de renforcer ces activités qui sauvent des vies. » Le HCR ne cesse de plaider pour une intégration par les États des services de santé mentale dans les soins de santé primaires, qui devraient être rendus accessibles à tous.Depuis le début de la pandémie, le HCR a fourni des services de santé mentale et de soutien psychosocial à plus de 850 000 personnes contraintes de fuir. L’organisation s’est également employée à former des intervenants de première ligne afin qu’ils soient outillés pour intégrer la santé mentale et le bien-être psychosocial dans les programmes d’éducation des réfugiés et aider les personnes souffrant de troubles mentaux graves ou complexes.

    #Covid-19#migrant#migration#sante#santementale#bienetre#suivipsychosocial#santeprimaire#inclusion#UNHCR#pandemie#vulnerabilite

  • L’équilibre fragile de la santé mentale en Ukraine | The Storyteller
    https://storyteller.iom.int/fr/stories/lequilibre-fragile-de-la-sante-mentale-en-ukraine

    L’équilibre fragile de la santé mentale en Ukraine
    Kiev, 7 octobre 2021 - Alors que la pandémie de COVID-19 progresse, et après huit années de conflit dans l’est de l’Ukraine, les difficultés de la vie quotidienne des Ukrainiens restent flagrantes ; les conséquences sur la santé mentale des plus vulnérables sont, elles, moins visibles. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) aide activement les personnes souffrant de problèmes de santé mentale depuis un certain temps, en mettant en place une ligne téléphonique gratuite de soutien psychologique gérée par quatre opérateurs, sept psychologues et un psychiatre. Plus de 3 400 consultations ont été dispensées au cours de la première année de fonctionnement de la ligne. Les personnes qui appellent sont originaires de toute l’Ukraine, mais la plupart sont des femmes des régions de Donetsk et de Louhansk, touchées par le conflit. Seuls 30 pour cent des appelants durant la première année étaient des hommes.
    « La culture du recours à des professionnels de la santé mentale et du soutien psychosocial commence seulement à se développer en Ukraine. Les hommes sont nettement plus hésitants que les femmes car ils expriment rarement leurs sentiments, essayant plutôt de masquer leur stress », a déclaré Anh Nguyen, chef de mission de l’OIM en Ukraine.
    Les psychologues de la ligne d’assistance téléphonique de l’OIM viennent en aide aux personnes vulnérables vivant dans des endroits éloignés et isolés dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Beaucoup d’entre elles, notamment les personnes âgées, n’ont personne à qui parler lorsque leurs enfants et leurs voisins partent pour trouver du travail et se mettre à l’abri.
    Pour encourager davantage d’hommes à solliciter de l’aide, l’OIM a lancé une nouvelle campagne destinée aux hommes et aux garçons, intitulée « Commence à parler, tu te sentiras mieux ».« Nous voulons montrer qu’il est normal de chercher une aide professionnelle quand on ressent de l’anxiété, de la peur ou de la dépression. Il est important de reconnaître à temps les symptômes de problèmes psychologiques et de ne pas tout garder pour soi », a déclaré M. Nguyen.Le récent lancement public à Kiev comprenait un jeu de Jenga géant, composé de tuiles portant des messages tels que « Je m’en sortirai », « Tu dois être fort », « Je suis juste fatigué », « Laissez-moi tranquille ». Au fur et à mesure que les blocs sont retirés et que la tour s’effondre, des messages cachés apparaissent, montrant ce qui se passe réellement : « Je n’arrive pas à dormir », « Cela n’a pas de fin », « J’ai peur », « Je ne peux plus supporter cela ».
    Les psychologues de la ligne d’assistance téléphonique de l’OIM viennent en aide aux personnes vulnérables vivant dans des endroits éloignés et isolés dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Beaucoup d’entre elles, notamment les personnes âgées, n’ont personne à qui parler lorsque leurs enfants et leurs voisins partent pour trouver du travail et se mettre à l’abri.
    L’installation de rue fait partie d’une campagne publique financée par le Bureau de la population, des réfugiés et des migrations (PRM) du Département d’État américain.

    #Covid-19#migrant#migration#ukraine#sante#santementale#OIM#vulnerabilite#crise#PRM#conflit#personnedeplacee

  • La voie du relèvement : les migrants à Djibouti reçoivent un soutien crucial en matière de santé mentale | The Storyteller
    https://storyteller.iom.int/fr/stories/la-voie-du-relevement-les-migrants-djibouti-recoivent-un-soutien-cr

    La voie du relèvement : les migrants à Djibouti reçoivent un soutien crucial en matière de santé mentale. Obock, 7 octobre 2021 - Après avoir risqué sa vie pour rentrer chez lui depuis le Yémen, Kofi* est arrivé sur les côtes de Djibouti, l’air profondément désorienté et agité. Incapable de s’exprimer de manière cohérente, il ne semblait pas avoir conscience de ce qui l’entourait et marchait simplement dans un état d’hébétude. Âgé d’à peine 20 ans, ce jeune migrant éthiopien avait prévu de rejoindre le Royaume d’Arabie saoudite pour y chercher du travail. Mais ses espoirs ont été anéantis par les restrictions aux frontières liées à la COVID-19 qui l’ont empêché d’atteindre sa destination. Il s’est retrouvé bloqué au Yémen, où son état mental s’est dégradé. Il a voulu rentrer chez lui en Éthiopie et a traversé le golfe d’Aden à bord d’un bateau contrôlé par des passeurs pour atteindre la Corne de l’Afrique. Situé sur les rives de la mer Rouge et du golfe d’Aden, et à proximité de la Somalie et de l’Éthiopie, Djibouti est un point de passage important pour les migrants de la région. Comme Kofi, des milliers de migrants empruntent chaque année la « route de l’Est » via le golfe d’Aden à la recherche de meilleures opportunités économiques dans les pays du Golfe, notamment en Arabie Saoudite. Selon le rapport de l’OIM intitulé « A Region on the Move », fin de 2020, plus de 400 migrants en moyenne étaient bloqués chaque mois en Somalie et à Djibouti, et on estime que 32 700 migrants étaient bloqués au Yémen. Là-bas, les migrants ont un accès extrêmement limité aux abris, aux soins de santé, à la nourriture et à l’eau, et sont victimes de violations des droits de l’homme, notamment d’enlèvements, d’exploitation et de détention arbitraire. Ces risques existaient avant la pandémie, mais ils ont augmenté au cours des 18 derniers mois, la crise aggravant les inégalités. Ayant peu d’options pour rentrer chez eux, les migrants qui empruntent cet itinéraire contactent souvent des passeurs pour la traversée maritime vers Djibouti et la Somalie, sans aucune garantie d’arriver à bon port. Les passeurs utilisent des embarcations de petite taille, en mauvais état et surchargées, qui peuvent facilement chavirer. Parfois, certains jettent les migrants par-dessus bord pour réduire le poids. Entre mai 2020 et août 2021, plus de 15 000 migrants sont arrivés à Djibouti en provenance du Yémen, selon la Matrice de suivi des déplacements de l’OIM. Toutefois, ce chiffre n’inclut pas ceux qui sont morts en chemin. Sur la plage d’Obock, à Djibouti, l’unité médicale mobile de l’OIM a approché Kofi et le petit groupe de migrants qui avaient voyagé depuis le Yémen avec lui. L’équipe mobile leur a dispensé les premiers soins et donné de la nourriture et de l’eau, mais l’état mental et physique de Kofi a nécessité son évacuation vers le centre de réponse pour les migrants de l’OIM situé plus à l’intérieur des terres.

    #Covid-19#migrant#migration#djibouti#yemen#ethiope#sante#santementale#frontiere#pandemie#OIM#routemigratoire

  • Le soutien psychosocial aide les migrants de retour au Ghana à reconstruire leur vie | The Storyteller
    https://storyteller.iom.int/fr/stories/le-soutien-psychosocial-aide-les-migrants-de-retour-au-ghana-recons

    Le soutien psychosocial aide les migrants de retour au Ghana à reconstruire leur vie.
    Après cinq années passées en Libye, le retour de Dotse au Ghana ne s’est pas passé comme il l’espérait - un premier combat contre des problèmes de santé mentale.« Il m’a fallu beaucoup d’efforts pour panser mes plaies à mon retour. J’étais désorienté à mon arrivée et je ne me souviens de rien de ce qui s’est passé », dit-il. Un autre migrant de retour, Lincoln, a été confronté à des obstacles similaires. « Je me suis senti abandonné ».
    Aujourd’hui, les choses sont différentes pour les deux hommes, qui font partie des plus de 1 800 migrants de retour que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a aidés à rentrer volontairement au Ghana depuis 2017 dans le cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants, financée par le Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique.Certains migrants font l’expérience de la stigmatisation, de l’exploitation, de la violence et de la vie dans des conditions inhumaines lorsqu’ils voyagent, en particulier lorsqu’ils utilisent des moyens irréguliers, mais la décision de rentrer chez soi n’est pas facile à prendre. Les attentes sont élevées, et la pression peut mettre à rue épreuve leur santé mentale, entravant leur bonne réintégration dans leurs communautés.« Lorsque l’OIM a appelé, cela m’a donné l’assurance psychologique que, oui, il y a un certain soutien », confie Lincoln. Dotse est lui aussi reconnaissant de l’aide apportée par l’OIM pour répondre à sa détresse. « Grâce au soutien psychosocial, je suis une meilleure personne et je me sens en bien meilleure santé et plus heureux ».
    L’OIM suit les migrants à leur retour au Ghana et les guide dans leur réintégration. Un plan complet pour les migrants de retour englobe les besoins économiques, sociaux et psychosociaux, et peut également inclure l’identification d’activités génératrices de revenus, le logement, l’éducation ou la formation pour développer des compétences commerciales et autres. A ce jour, plus de 800 migrants de retour ont bénéficié de cette approche innovante et globale.« L’OIM reconnaît l’importance de la santé mentale des migrants de retour pour assurer une réintégration réussie et durable dans leur communauté d’origine », déclare Pooja Bhalla, chargée de projet de l’OIM pour l’initiative conjointe UE-OIM.
    « Pour gérer efficacement le processus complexe de réintégration, y compris la dimension psychosociale, l’OIM a élaboré les instructions permanentes pour le retour et la réintégration, en collaboration avec le gouvernement ghanéen », explique Mme Bhalla. Les instructions ont été lancées en septembre 2020 afin de garantir une approche cohérente de la gestion des retours au Ghana puis de la réintégration des migrants. Depuis, plus de 80 acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux de la migration ont été formés à travers le Ghana. Les influenceurs communautaires sont également un canal pour informer sur la nécessité du bien-être psychosocial des migrants de retour.
    Robert Ketor est l’assistant psychosocial et psychologue clinicien de l’OIM qui offre des services de soutien psychosocial, y compris un suivi virtuel. Avec l’épidémie de COVID-19, une grande partie du soutien psychosocial de l’OIM aux migrants de retour a été dispensé par visioconférence et par téléphone.Après de nombreuses séances de thérapie virtuelles, Robert a récemment rencontré Dotse pour la première fois depuis son arrivée à l’aéroport international de Kotoka à Accra.« Quand je me souviens de l’état dans lequel il est arrivé au Ghana, et que je le regarde maintenant, je dirais qu’il y a eu une grande amélioration de sa santé générale et surtout de sa santé mentale. »Pour certains migrants de retour, la thérapie de groupe, les discussions de groupe ou les activités psychosociales collectives sont des premières étapes importantes, et pour d’autres, les séances individuelles sont une meilleure option. L’OIM organise également des formations sur les premiers secours psychologiques pour les acteurs de la migration et les membres de la communauté afin qu’ils puissent fournir une première assistance psychologique de base.

    #Covid-19#migrant#migration#ghana#OIM#sante#santementale#psychosocial#retour#reintegration#therapievirtuelle#assistancepsychologique

  • A Lesbos, un an après les incendies du camp de Moria, le nouveau site « reste une prison »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/09/09/a-lesbos-le-camp-moria-2-0-reste-une-prison_6094021_3210.html

    A Lesbos, un an après les incendies du camp de Moria, le nouveau site « reste une prison"
    « Je vois encore les flammes qui ont détruit le camp de Moria… Et les scènes qui ont suivi. Durant des jours, nous étions abandonnés à nous-mêmes sur des tronçons de route. Nous dormions sur l’asphalte, sans eau, sans nourriture », raconte Abo Khaled, un Syrien de 27 ans. Entre le 8 et le 9 septembre 2020, deux incendies successifs ont englouti le camp insalubre de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, qui accueillait à l’époque près de 13 000 personnes, soit quatre fois sa capacité officielle, et où les violences entre groupes ethniques explosaient.Un an plus tard, dans le nouveau camp de Mavrovouni, construit à la hâte sur un ancien site de tir de l’armée pour reloger les demandeurs d’asile, il ne reste plus que quelque 3 700 migrants. La réunification de certaines familles, la relocalisation, notamment des 400 mineurs non accompagnés, dans d’autres pays européens (un engagement pris par certains gouvernements après les incendies), la réduction des arrivées sur les îles grecques de 84 % en un an, mais aussi la pratique illégale des refoulements de migrants en mer Egée, ont réduit leur nombre.
    Mais pour Daouda, un Burkinabé, qui a déjà passé deux ans à Lesbos, dans l’attente d’une réponse à sa demande d’asile, « ce camp reste une prison comme l’était Moria. Les habitants l’ont surnommé “Moria 2.0”. Parce qu’en apparence les conditions de vie sont meilleures, mais ce n’est qu’une illusion ». « Nous sommes parqués comme des moutons, nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Nous n’étudions pas, nous ne travaillons pas, nous dormons dans des tentes où nous étouffons l’été et où nous gelons l’hiver… », poursuit le trentenaire.
    Pour Konstantinos Psykakos, chef de mission pour Médecins sans frontières (MSF) à Lesbos, « Moria n’existe plus, mais l’idée derrière la création de ce camp, conçu au départ pour enfermer les réfugiés et décourager les candidats de l’autre côté de la rive turque de venir, perdure ». Dans la clinique psychiatrique de MSF, le nombre de consultations explose, plus de 90 % des patients souffrent de dépression. « Avec la pandémie, l’isolement des réfugiés a été renforcé. Ils ne peuvent pas sortir facilement de la structure, accéder aux hôpitaux, à une aide juridique, et les enfants ne vont pas à l’école », résume l’humanitaire.Des travaux ont été réalisés pour mettre l’électricité et l’eau dans l’enceinte, des conteneurs ont été installés, note Astrid Castelein, la représentante à Lesbos du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. « Mais, pour la sixième année d’affilée, une grande partie des demandeurs d’asile, dont 32 % sont des enfants, va passer l’hiver dans des tentes non chauffées, déplore-t-elle. Des camps avec des tentes ne peuvent pas être une solution permanente ! » En juillet, la Cour européenne des droits de l’homme a constaté que le camp de Mavrovouni était bien en dessous des standards européens et a appelé la Grèce à prendre des mesures.
    Outre ces conditions précaires dans le camp de Lesbos, les ONG s’inquiètent du durcissement incessant de la politique migratoire grecque. Depuis l’accord passé entre l’Union européenne (UE) et la Turquie en 2016, le plus grand centre d’hébergement des réfugiés d’Europe semblait être surtout conçu pour dissuader les migrants de venir. Et cette politique n’a fait que s’appesantir.En juin, le ministère des migrations a signé un décret désignant la Turquie comme un « pays sûr » pour la plupart des demandeurs d’asile, notamment pour les Afghans, qui constituent plus de 60 % des réfugiés sur les îles grecques de la mer Egée. Cette décision devrait permettre d’accélérer les procédures de renvois. « Mais, depuis mars 2020, la Turquie n’a réadmis aucun réfugié que la Grèce souhaitait renvoyer, explique Alkisti Agrafiotis, avocate pour le Conseil grec des réfugiés à Lesbos. Ces exilés se retrouvent donc coincés sur les îles. Perdus dans les limbes juridiques, ils ne peuvent aller ni en Turquie ni sur le continent grec et ils n’ont aucune perspective d’avenir. »Sur les cinq îles grecques face à la Turquie disposant de « hotspots » pour identifier les réfugiés, le gouvernement grec a également prévu la construction de centres « contrôlés » et fermés. Le premier doit être inauguré dans quelques jours sur l’île de Samos. « L’idée est de toujours plus isoler et ségréguer les réfugiés. A Lesbos, ce centre doit être construit à côté d’une décharge au beau milieu de nulle part », constate, amer, Konstantinos Psykakos.
    Pour la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, « tant que les politiques grecques et européennes mettent l’accent sur la dissuasion plutôt que sur les besoins de protection, les nouveaux centres risquent de reproduire les mêmes problèmes ». L’incendie de Moria, ajoute-t-elle, « a montré l’urgence de repenser la manière dont les Etats membres de l’UE gèrent la question des migrants et des demandeurs d’asile ». Avec la crainte d’un afflux de réfugiés venus d’Afghanistan, le ministre des migrations grec, Notis Mitarachi, ne compte pourtant pas lâcher du lest : « La Grèce ne redeviendra pas, comme en 2015, la porte d’entrée des réfugiés en Europe. »

    #Covid-19#migrant#migration#grece#turquie#UE#hotspot#moria#samos#sante#santementale#isolement#asile#refugie#politiquemigratoire#droit

  • Les agences des Nations Unies saluent la relocalisation de 4 000 demandeurs d’asile et réfugiés vulnérables depuis la Grèce et encouragent la mise en place d’un mécanisme européen prévisible et systématique | Organisation internationale pour les migrations
    https://www.iom.int/fr/news/les-agences-des-nations-unies-saluent-la-relocalisation-de-4-000-demandeurs-das
    https://www.iom.int/sites/default/files/styles/highlights/public/press_release/media/1-iom_greece_relocation_france_2021.jpg?itok=3SGv0A4z

    L’OIM, l’Organisation internationale pour les migrations, le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, ont salué aujourd’hui (24 juin) la relocalisation de 43 demandeurs d’asile à bord de deux vols vers la France. Leur arrivée dans le cadre du programme de relocalisation de l’Union européenne (UE) géré par le gouvernement grec porte à plus de 4 000 le nombre total de personnes relocalisées depuis la Grèce vers d’autres pays européens.
    À ce jour, l’action collective entre la Grèce, les gouvernements européens, les Nations Unies, les agences de l’UE et les partenaires non gouvernementaux a permis de relocaliser 4 008 personnes - dont des enfants et des adultes vulnérables - depuis le début de l’initiative financée par l’UE en avril 2020. Parmi eux se trouvaient 1 628 réfugiés reconnus, 1 531 demandeurs d’asile et 849 enfants non accompagnés.
    Le programme de relocalisation a donné lieu à une coopération de haut niveau sur le terrain malgré les défis présentés par la COVID-19 et contribue à renforcer le système de protection de l’enfance en Grèce, en particulier pour les enfants non accompagnés. Les Nations Unies sont prêtes à soutenir davantage de relocalisations par le biais d’un processus systématique et normalisé pour ceux qui en ont besoin, notamment les enfants non accompagnés. Sous la direction du Ministère grec de la migration et de l’asile et par l’intermédiaire du Secrétaire spécial pour la protection des mineurs non accompagnés, les agences des Nations Unies, le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) et le Service de l’asile grec ont coordonné un processus d’identification et de traitement des enfants afin de s’assurer que les relocalisations se font dans le meilleur intérêt de chaque enfant.
    Des équipes spécialisées de médecins, d’infirmiers, de travailleurs sociaux, d’assistants juridiques, de psychologues, d’accompagnateurs, d’interprètes et de représentants autorisés œuvrent sans relâche pour fournir des soins et une préparation aux individus les plus vulnérables qui sont relocalisés. Après l’incendie de septembre 2020 à Moria, ces équipes ont étendu la gestion du processus à l’île de Lesbos où les réfugiés reconnus ont été relocalisés directement depuis l’île en coordination avec le Secrétaire général de la politique migratoire de la Grèce.
    «  Les États européens font preuve d’une solidarité vitale avec les communautés de Grèce en relocalisant les réfugiés et les demandeurs d’asile vulnérables, et ces efforts doivent devenir la norme et être étendus  », a déclaré Mireille Girard, représentante du HCR en Grèce. «  La relocalisation montre que pour aider les pays côtiers à gérer les arrivées, une approche multilatérale est nécessaire - ce n’est qu’en travaillant ensemble et en partageant la responsabilité que nous pouvons relever les défis communs et garantir des solutions pour les réfugiés et les demandeurs d’asile les plus vulnérables.  »

    #Covid-19#migrant#migration#grece#OIM#HCR#sante#santementale#droit#relocalisation#camp#grece#moria#lesbos#refugie#protection#enfant

  • Sydney in lockdown, borders shut and hardly anyone vaccinated. How long can Australia go on like this? - CNN
    https://www.cnn.com/2021/06/27/australia/sydney-lockdown-australia-covid-pandemic-intl-cmd/index.html

    Sydney in lockdown, borders shut and hardly anyone vaccinated. How long can Australia go on like this?
    Australia was celebrated for its initial response to the Covid-19 pandemic, and for getting its economy more or less back on track long ago.
    But with that security has come complacency, particularly in the federal government, which failed to secure enough vaccine doses to prevent the regular “circuit breaker” lockdowns that come every time a handful of cases emerge, or even the longer restrictions that Sydney is experiencing now. Australia’s borders, controlled by strict quarantine measures, have been all but shut for more than a year.
    Now Australians, who basked in their early successes, are wondering how much longer this can go on. We can’t leave the country, people can’t come in, and we end up periodically in lockdowns, which cost a friggin’ fortune," said Powditch. People have been accepting that this is a diabolically difficult situation, but once we start watching the rest of the world open up, we’re going to turn to anger over the way things like vaccines have been rolled out here."Already there are signs that Australians are getting weary of these sporadic disruptions to their lives. On Sunday, large crowds were seen on Bondi Beach, despite the stay-at-home orders. While outdoor exercise is allowed, images from Bondi showed people bathing in the winter sun and sitting on benches with drinks.
    A 48-hour lockdown was also imposed in parts of Australia’s Northern Territory, including its capital, Darwin, after four Covid-19 cases were linked to a worker at a gold mine. He is believed to have become infected during an overnight stay at a quarantine hotel in Brisbane. Now painstaking efforts to trace all 900 workers who have left the mine for cities across Australia over recent days are under way, as the country relies heavily on a robust track-and-trace system to keep clusters contained.
    Australia has recorded just 910 deaths in its population of 25 million, one of the lowest per capita death tolls in the developed world, and cases have remained low as well.While it beat much of the world in getting its economy back up and running, its tourism sector has taken a massive hit, its universities are struggling without the fees international students usually bring and some Australians, who travel abroad in relatively high numbers, are starting to feel the itch to go on holidays overseas.
    Even New Zealand — the only country with which Australians had an open travel corridor — announced a three-day suspension of quarantine-free travel between the nations starting Saturday because of the outbreaks.
    Australia has fully vaccinated just over 4% of its population, compared with more than 46% in the US and 47% in the UK, according to Our World in Data. Its rates are more comparable with Indonesia and India, which, like much of the developing world, were left out of the agreements with pharmaceutical companies that secured hundreds of millions of vaccine doses for most of the rich world.
    Compounding the problem is hesitancy towards Covid-19 vaccines in Australia. One survey by The Sydney Morning Herald and The Age, with research firm Resolve Strategic, found 15% of adults surveyed were “not at all likely” and 14% were “not very likely” to take a vaccination in the months ahead. Australian officials have said they hope to reach herd immunity — the point at which about 80% of the population is vaccinated — before reopening its borders. Prime Minister Morrison earlier said that may not be until mid-2022. More recently, he was even unable to commit to a Christmas 2022 reopening.In a question to the Prime Minister, journalists on Channel 9’s Today program on Thursday suggested that Morrison and his slow vaccine rollout were responsible for the ongoing lockdowns.
    Morrison replied by saying an increase in supply “will really kick in next month in July,” and that 600,000 Pfizer doses were due in next week.
    The government has also been criticized for leaving about 36,000 Australians stranded overseas. Caps on arrivals to the country have made booking seats on flights difficult and expensive, and the cost of quarantine is in the thousands of dollars. It’s the responsibility of the person arriving to foot the bill.
    It’s just as hard for some living in Australia to get out. If someone from overseas has Australian citizenship or permanent residence, they need a government exemption to leave the country.The result is not just holidays lost, but lost time with family and friends.At the last census in 2016, around half the people living in Australia were either born abroad or had at least one parent born overseas.One Brisbane resident from Canada, who is working in a hospital in health care, is hoping a speedier vaccine program will mean fewer border controls and, hopefully, a trip back home.
    “I’m originally from Canada, and don’t know when I will see my family again. Honestly, I think at least 2 years,” the health care worker wrote in a message to CNN."We’re so frustrated! The vaccination process is ridiculous. I’m a health care worker in the top list of people and there was so much confusion. We were told to email and that we’d be contacted when our appointment was ... then we’re told just to show up because that program was actually not recording anything," she said."It’s still only open to [people age] 50+ even though spreaders are averaging 20-30 years of age. We’re sick of lockdowns, knowing the vaccine is out there."And for some residents with strong ties abroad, there are more serious implications to this global isolation.
    Katerina Vavrinec, a 34-year-old from the Czech Republic living in Sydney, said she has sought counseling for mental health issues arising from the separation from her friends and family, and the anxiety that has come with it. She hasn’t been to her home city of Prague for three years.
    “Keeping borders shut is going to have a huge impact on people’s mental health,” she said, pointing to the high number of Australians with family ties overseas. "So this is going to have huge impact on the mental health of millions of people."Vavrinec is on maternity leave and due to return to work in just over a week, though she’s not sure what that will look like in lockdown. But she’s found a silver lining."I’m actually quite happy that we’re in lockdown because I’ve been quite frustrated with the indefinite border closures. So I’m hoping that the lockdown forces people to realize that completely isolating Australia from rest of the world is not going to get us out of this."

    #COvid-19#migrant#migration#australie#nouvellezelande#sante@confinement#frontiere#circulation#santementale#confinement#quarantaine#retour#famille

  • Aide médicale vitale pour les personnes déplacées du Tigré | The Storyteller
    https://storyteller.iom.int/fr/stories/aide-medicale-vitale-pour-les-personnes-deplacees-du-tigre

    Aide médicale vitale pour les personnes déplacées du Tigré. Mekele, Tigré - « Je suis enceinte, je suis déplacée, mais je suis toujours en vie », se lamente Lete en caressant son ventre. Elle attend son examen prénatal dans une clinique mobile de l’OIM à Mekele, la capitale de la région du Tigré, en Ethiopie.Lete fait partie des plus de 1,7 million de déplacés internes touchés par la crise dans le nord de l’Éthiopie, qui a débuté après une flambée de violence dans la région du Tigré en novembre 2020. « J’ai marché 90 kilomètres depuis ma ville natale d’Adwa, dans le centre du Tigré, avec mes enfants. Étant enceinte, c’était extrêmement difficile. J’étais seule avec mes enfants, j’ai dû abandonner mon mari et nous ne l’avons pas revu depuis. À mi-chemin de notre voyage, des gens nous ont aidés et nous ont laissés monter dans leur voiture pour aller à Mekele », raconte-t-elle.
    Lete fait partie des centaines de déplacés internes qui reçoivent un soutien médical de l’équipe mobile de santé et de nutrition de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui travaille actuellement dans des sites de déplacement de fortune qui étaient autrefois des écoles. Chaque jour, l’équipe - composée de deux agents de santé, deux infirmiers, deux sages-femmes et deux psychologues - se rend sur différents sites à Mekele. Selon la Matrice de suivi des déplacements de l’OIM, plus de 1,7 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en raison du conflit actuel dans le nord de l’Ethiopie. Les établissements de santé sont débordés. De nombreuses personnes déplacées, notamment des femmes, des enfants, des nouveau-nés et des personnes handicapées, ont besoin de produits de première nécessité tels que de la nourriture et un abri. En outre, la menace de la COVID-19 accroît les craintes car de nombreuses personnes vivent dans des sites de fortune surpeuplés où les conditions d’hygiène sont mauvaises. Les pluies actuelles risquent d’aggraver la situation en provoquant davantage de déplacements dus aux inondations et en augmentant les cas de diarrhée aqueuse et de paludisme.

    #Covid-19#migrant#migration#ethiope#tigre#sante#personnedeplacee#santementale#vulnerabilite#urgence#humanitaire#crise

  • L’OIM intensifie sa réponse sanitaire alors que la deuxième vague de COVID-19 frappe Cox’s Bazar | Organisation internationale pour les migrations
    https://www.iom.int/fr/news/loim-intensifie-sa-reponse-sanitaire-alors-que-la-deuxieme-vague-de-covid-19-fr
    https://www.iom.int/sites/default/files/styles/highlights/public/press_release/media/pbn_15_06_2021_edited_0.jpg?itok=Q6-zVDru

    Cox’s Bazar - Tandis qu’une deuxième vague de COVID-19 ravage l’Asie du Sud, dont le Bangladesh, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) travaille en étroite collaboration avec le gouvernement et la communauté humanitaire afin d’accélérer la fourniture d’un large éventail de services d’aide aux réfugiés rohingyas et aux communautés d’accueil.
    Suite à une recrudescence des cas de COVID-19 en mai, les autorités locales ont imposé un confinement strict dans cinq camps de réfugiés rohingyas dans les sous-districts de Teknaf et Ukhiya, à Cox’s Bazar. La campagne de vaccination des plus de 900 000 réfugiés rohingyas vivant dans ces camps est en préparation, mais la date de lancement n’a pas encore été confirmée.
    Afin de renforcer la surveillance et la détection précoce, l’OIM gère, depuis début 2020, deux centres de traitement des infections respiratoires aiguës sévères à l’intérieur des camps de réfugiés. Suite aux recommandations du gouvernement et du secteur de la santé en mai dernier, l’OIM a rapidement augmenté sa capacité de 120 lits à 173. Les deux centres de santé, ainsi que 10 autres établissements de santé, collectent des échantillons de cas suspects de COVID-19 et fournissent des conseils sur la prévention et le traitement. Les échantillons sont transportés pour être testés au laboratoire officiel de Cox’s Bazar au sein de l’Institut de recherche en épidémiologie et contrôle des maladies (IEDCR). Les résultats sont attendus dans les 48 heures.
    Pour le seul mois de mai, 2 293 échantillons ont été prélevés dans ces établissements et transportés pour être analysés  : 133 patients dont les tests étaient positifs ont été admis par la suite et 73 contacts ont été placés en quarantaine. Depuis le début de l’intervention, ces établissements ont admis près de 900 patients. Pour améliorer le diagnostic précoce et la surveillance, l’OIM a récemment ouvert six sites supplémentaires de collecte d’échantillons sentinelles de COVID-19, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé. A cette fin, 15 travailleurs sanitaires, dont six médecins, sept assistants médicaux, une sage-femme et un infirmier ont reçu une formation approfondie sur la collecte, le transport et la biosécurité des échantillons de COVID-19. L’OIM fait partie de l’équipe d’investigation et de réponse rapide mise en place par le secteur de la santé pour suivre l’identification des cas de COVID-19 et la recherche des contacts dans les camps. Depuis le début de la pandémie, ces équipes ont mis en œuvre la campagne de sensibilisation «  No Mask, No Entry  » (pas de masque, pas d’entrée) mobilisant tous les prestataires de services pour s’assurer que les mesures de prévention de la COVID-19 sont respectées dans les points de services humanitaires.
    Dans le cadre de ses mesures de prévention et de contrôle des infections, l’OIM gère également trois installations de décontamination ambulatoires afin de réduire le risque de transmission au sein du personnel et des bénéficiaires. En outre, des équipes distribuent régulièrement des équipements de protection individuelle aux établissements de santé soutenus par l’OIM. Un centre de quarantaine comprenant 93 abris pour les contacts des cas de COVID-19 a également été récemment établi dans les camps. Ce centre, qui offre de la nourriture, des examens de santé et une orientation vers d’autres services de soutien, a jusqu’à présent placé 114 contacts en quarantaine.
    Dans le cadre des activités de communication des risques et de participation communautaire de l’OIM, 350 travailleurs sanitaires communautaires organisent régulièrement des séances de promotion de la santé par le biais de visites à domicile et de séances dans les cours intérieures. En outre, une unité de transport et d’orientation dédiée est chargée de transporter les cas suspects et confirmés de COVID-19, les personnes décédées et celles qui sont sorties de l’hôpital. Afin d’atténuer la détresse et les inquiétudes des patients, les équipes de santé mentale et de soutien psychosocial de l’OIM, basées dans les établissements de santé, viennent en aide tous les patients atteints de COVID-19 en leur donnant des conseils individuels axés sur l’impact de la pandémie, le bien-être psychosocial et les stratégies d’adaptation. Le soutien à la réponse de l’OIM à la COVID-19 à Cox’s Bazar est fourni par le Service de l’UE à la protection civile et opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO), le Bureau de la population, des réfugiés et des migrations (PRM) du Département d’Etat américain, le Département des affaires étrangères et du commerce de l’Australie (DFAT), le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) et la Banque mondiale.

    #Covid19#migrant#migration#bangladesh#rohingyas#coxsbazaar#sante#santementale#despitage#OIM#refugie#OMS#psychosocial#bienetre

  • « Brûler » les frontières sans se brûler : le périple d’Adem, jeune migrant tunisien
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/06/16/bruler-les-frontieres-sans-se-bruler-le-periple-d-adem-jeune-migrant-tunisie

    « Brûler » les frontières sans se brûler : le périple d’Adem, jeune migrant tunisien. Il a envoyé une photo de lui sur WhatsApp devant la tour Eiffel, accompagné d’un petit mot. « A Paris, depuis trois jours. » La dernière fois qu’on avait croisé Adem*, c’était l’été dernier, à la terrasse d’un fast-food de Mahdia, dans l’est de la Tunisie, par une nuit chaude et suffocante. Cet ancien employé de la base nautique d’un hôtel trois-étoiles avait raconté sa vie de « harrag », de « brûleur » de frontières en arabe. A l’époque, le jeune homme de 25 ans préparait son cinquième départ vers l’île italienne de Lampedusa. Avec six amis, il a finalement réussi à rejoindre, le 27 août 2020 vers 17 heures, sans passeport ni visa, ce bout de terre considéré comme la porte d’entrée de l’Europe.

    Depuis le début de l’année, près de 2 000 Tunisiens ont pris le large comme lui, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Et d’après le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), plus de 100 personnes sont mortes, entre janvier et avril. « Moi, j’ai brûlé sans me brûler », dit Adem.

    Qu’il semble loin le jour où le jeune Tunisien a mis les pieds à Lampedusa… Arrêté à son arrivée sur l’île, il a été placé avec ses compagnons en quarantaine dans un bateau, Covid oblige. Pour éviter une expulsion plus rapide, Adem ne dit pas à ceux qui l’interrogent qu’il était l’unique pilote du pneumatique, c’est l’une des leçons qu’il a retenues de ses précédentes tentatives.Transféré dans un centre de rétention à Bari après l’isolement sanitaire, il pense reconnaître un visage familier, celui d’un officiel tunisien qu’il a croisé lors de sa première tentative, en 2014. « Je lui ai dit cash : “La dernière fois, vous m’avez expulsé, qu’est-ce que vous avez gagné ? Je veux simplement vivre. Je ne suis pas un voleur.” Il s’est comporté comme un homme. Il n’a pas signé mon avis d’expulsion. » Au terme d’un mois en rétention, Adem est relâché avec un laissez-passer par les autorités italiennes. Officiellement, il a quelques jours pour quitter le territoire.
    Le jeune homme a longtemps rêvé de ce précieux sésame. Certes, il entre en Europe par la plus petite des portes, mais l’essentiel est ailleurs : une nouvelle vie s’ouvre après des années d’incertitude. Une fois libéré, il rejoint Palerme où réside une de ses tantes et trouve un travail d’ouvrier agricole. Dans les serres, il arrache des mauvaises herbes, mange de la poussière en cueillant des tomates et des aubergines aux côtés d’autres sans-papiers. Après des semaines sans salaire, son patron consent à lui verser 10 euros par jour, le double de ce qu’il gagnait quand il conduisait des jet-skis pour les touristes à Mahdia. « Au bout de plusieurs mois, je touchais 35 euros parce que j’avais plus d’expérience. Ce travail m’a cassé le dos. Je ne peux plus voir une tomate et une aubergine », lâche-t-il dans un éclat de rire.
    Avec l’argent accumulé, il a pu s’offrir quelques vêtements et financer le voyage jusqu’à Vintimille, dernier stop avant la France. Le reste, il l’a envoyé à ses parents. Mais avant d’arriver à la frontière, le jeune Tunisien a dû traverser la Botte en bus, plus discret que le train, en passant de grandes villes en grandes villes. Durant ce voyage, il lui faut éviter à tout prix le contrôle de police.
    Une fois arrivée à Vintimille, début mai, une autre difficulté l’attend : traverser la frontière sans se faire repérer. Là-bas, il rencontre des passeurs. Tunisiens, Marocains, Français… le migrant a l’embarras du choix. « Il y a un vrai marché et des arnaques aussi. Tout le monde veut profiter de nous, surtout les Français », assure-t-il. Il rencontre deux frères tunisiens en qui il a très vite confiance. Prix réclamé ? 200 euros. Il part de nuit à travers les sentiers : 20 km à se cacher de la police, des voitures, parfois en traversant un tunnel… « J’ai eu peur », confie-t-il.
    Aujourd’hui, Adem est hébergé chez des Tunisiens dans une lointaine banlieue. Ce sont des amis d’amis qui ont été, comme lui, sans-papiers avant d’être régularisés. Par solidarité, ils ont accepté de le loger sans contrepartie. Le jeune homme a déjà trouvé un emploi, au noir forcément : « Dès que je suis arrivé, j’ai cherché du travail. Je me suis rendu dans les quartiers arabes de la ville pour me renseigner et devant les chantiers.
    Après plus de deux heures à raconter son histoire presque en apnée, il tient à préciser que « l’immigration, c’est psychologiquement difficile. La solitude est terrible. » De son périple, il retient une rencontre avec une femme, originaire de Sfax, une ville située non loin de la sienne. « Son mari vit en France, mais elle n’a pas pu obtenir de papiers pour le rejoindre. Alors, elle a pris le bateau avec ses deux bébés sous le bras. Ça m’a choqué, raconte-t-il ému. Tout le monde peut être un jour un migrant. »Adem sait que la France n’est pas un eldorado. S’il avait eu le choix, il serait resté en Tunisie. « J’aime mon pays, je n’aurai jamais pensé le quitter. Je veux juste travailler quelques années, aider ma famille et y retourner un jour », se promet-il. Il a conscience aussi que les sans-papiers peuvent être mal vus. Alors, il ne demande qu’une chose : « Qu’on me donne ma chance. Je ne suis pas venu vendre de la drogue. Je vais tout faire pour être la meilleure personne possible. On se doit de présenter la meilleure image parce que d’autres vont venir derrière nous. »

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#italie#france#sante#santementale#parcoursmigratoire#migrationirreguliere#

  • Le nombre de déplacés internes, dus aux conflits et au climat, atteint des records
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/20/le-nombre-de-deplaces-internes-dus-aux-conflits-et-au-climat-atteint-des-rec

    Le nombre de déplacés internes, dus aux conflits et au climat, atteint des records. A la fin 2020, 55 millions de personnes vivaient en exil dans leur propre pays, un record. Près de 41 millions de nouveaux déplacements internes ont été enregistrés l’an dernier, dont les trois quarts en raison de catastrophes environnementales. Elles ont quitté leur foyer et leurs terres pour fuir des guerres, des tempêtes, des épisodes de sécheresse ou de violentes moussons. A la fin 2020, 55 millions de personnes vivaient en exil dans leur propre pays, un record, alerte l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), dans son bilan annuel publié jeudi 20 mai. Parmi ces populations, 48 millions de personnes ont été poussées au départ en raison de conflits et de violences, et 7 millions du fait de catastrophes environnementales – un chiffre probablement sous-estimé.
    Cette structure basée à Genève, qui dépend du Conseil norvégien pour les réfugiés, comptabilise également le nombre de nouveaux déplacements internes intervenus dans l’année, qui peuvent concerner plusieurs fois les mêmes personnes, dont certaines finissent par rentrer chez elles. L’an dernier, près de 41 millions de nouveaux déplacements ont été enregistrés dans 149 pays, soit le chiffre le plus élevé depuis dix ans (+ 20 % par rapport à 2019). Les trois quarts des départs (31 millions) sont dus à des catastrophes environnementales.« Ces nouveaux chiffres sont choquants. La hausse, année après année, du nombre de personnes déplacées montre que l’on ne trouve pas de solutions pour ces gens », regrette Alexandra Bilak, la directrice de l’IDMC. Elle note que les déplacés internes ne suscitent pas la même attention politique que les réfugiés, deux fois moins nombreux. Pourtant, rappelle-t-elle, ces déplacements entraînent « des chocs répétés sur des populations souvent précaires, des déracinements, des traumatismes, des vies brisées ». La pandémie de Covid-19 n’a pas forcément augmenté le nombre de personnes déplacées, mais elle a accru leur vulnérabilité et leur insécurité alimentaire. « Moins de personnes ont cherché des abris d’urgence après des catastrophes, par peur d’être contaminées », ajoute Alexandra Bilak.

    #Covid-19#migrant#migration#sante#vulnerabilite#personnedeplacee#migrantinterne#deracinement#exil#traumatisme#santementale#conflit#environnement#statistiques

  • L’OIM fournit une aide au retour à 160 migrants bangladais depuis la Libye | Organisation internationale pour les migrations
    https://www.iom.int/fr/news/loim-fournit-une-aide-au-retour-160-migrants-bangladais-depuis-la-libye
    https://www.iom.int/sites/default/files/styles/highlights/public/press_release/media/photo_2_in_dhaka_edited_0.jpg?itok=ycslm7j0

    Dhaka - En étroite coordination avec le gouvernement du Bangladesh, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a facilité le retour en toute sécurité de 160 migrants bangladais bloqués en Libye grâce à son programme de retour humanitaire volontaire.L’avion a quitté Benghazi, en Libye, le 4 mai et a atterri en toute sécurité à l’aéroport international Hazrat Shajalal de Dhaka le lendemain. Les migrants étaient bloqués en Libye en raison de la COVID-19 et de la situation difficile en matière de sécurité dans le pays. L’OIM a œuvré en étroite collaboration avec les autorités libyennes et l’Ambassade du Bangladesh en Libye pour aider ces personnes à rentrer chez elles. Avant le départ, les migrants ont subi des examens de santé et l’OIM leur a fourni une aide au transport avant le départ, des services de conseil et un examen de protection. Ils ont également reçu des équipements de protection individuelle (EPI) et ont passé des tests de COVID-19 (PCR) avant d’entamer leur retour au Bangladesh.
    « La pandémie de COVID-19 en Libye a déclenché une série d’événements qui a conduit à une perte importante des moyens de subsistance pour des milliers de migrants. Le programme de retour humanitaire volontaire de l’OIM est la seule voie sûre et régulière pour les migrants qui veulent quitter la Libye et rentrer chez eux de manière sûre, régulière et digne », a déclaré Federico Soda, chef de mission de l’OIM en Libye. « Ces opérations sont compliquées et rendues possibles par la collaboration tripartite entre l’OIM, l’ambassade du Bangladesh en Libye et les autorités libyennes à Benghazi. Cette collaboration est soutenue financièrement par l’Union européenne. »
    A Dhaka, les responsables du gouvernement bangladais et le personnel de l’OIM ont accueilli et aidé les migrants à l’aéroport international Hazrat Shahjalal, où ils ont reçu une aide en espèces pour leur transport ultérieur vers leurs destinations respectives.
    Les migrants de retour recevront chacun une subvention de réintégration pour les aider à se réinsérer dans leurs communautés. Cette aide à la réintégration est particulièrement importante pour les migrants qui, dans certains cas, ont subi des traumatismes physiques et psychologiques lorsqu’ils étaient bloqués en Libye.« Notre priorité est d’offrir à ceux qui souhaitent rentrer dans leur pays un moyen sûr et digne pour le faire, et de soutenir leur réintégration. Pour ce faire, nous continuons à travailler de manière étroite et constructive avec le gouvernement du Bangladesh, et je les remercie pour leurs efforts continus », a déclaré Giorgi Gigauri, chef de mission de l’OIM au Bangladesh.Selon l’un des migrants de retour, « la vie en Libye était très dangereuse car les affrontements se poursuivaient ; j’ai décidé de rentrer dans mon pays car je ne gagnais pas assez d’argent. C’était très difficile de rester là-bas. »
    #Covid-19#migrant#migration#libye#bengladesh#sante#retour#rapatriement#santementale#traumatisme
    Le programme de retour humanitaire volontaire de l’OIM est souvent considéré comme une bouée de sauvetage pour les migrants bloqués qui choisissent de rentrer chez eux et de reconstruire leur vie. Depuis 2015, plus de 2 900 migrants bangladais sont rentrés de Libye grâce à ce programme, qui fait partie de l’initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants, plus vaste.