• Marlène Schiappa au tribunal par Sébastien Fontenelle | Politis
    http://www.politis.fr/articles/2022/07/marlene-schiappa-au-tribunal-44661

    quand elle découvre les tweets d’Isabelle Saint-Saëns, la ministre, moins « #ToujoursCharlie » qu’à son accoutumée, porte aussitôt plainte pour « injure publique envers un membre d’un ministère », et demande à l’impertinente militante la coquette somme de « 10 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi du fait de la publication des propos poursuivis ».

    #migrants #justice #répression #ordure

    • #Marlène_Schiappa et la politique des ordures

      La ministre poursuit une militante, qui l’a traitée d’ordure, pour « injure publique ». On peut traiter des Roms ou des exilé·es comme des ordures, à condition que ce soit la politique du pays. C’est une question complémentaire qui est aujourd’hui posée à la justice. Des êtres humains n’ont-ils pas le droit de traiter d’ordures celles et ceux qui traitent comme des ordures d’autres êtres humains ?

      Le 19 août 2020, un jeune soudanais, Abdulfatah Hamdalla, est trouvé mort sur la plage de Sangatte, dans le Pas-de-Calais. Wajdi (c’est son surnom) avait essayé de traverser la Manche avec des pelles en guise de rames, mais le bateau gonflable avait chaviré ; son compagnon avait réussi à gagner la côte à la nage ; pas lui. Il était en France depuis un an et demi, mais l’asile venait de lui être refusé. Il voulait donc tenter sa chance en Angleterre. Or à Calais, c’est la politique répressive de la France, en même temps que de la Grande-Bretagne, qui rend la traversée de la Manche si dangereuse. Migreurop l’affirme avec force : Abdulfatah Hamdallah est « victime des politiques migratoires européennes ».

      « Depuis 1999, au moins 275 personnes [sont] mortes dans cette zone transfrontalière : mortes noyées en tentant de traverser la Manche ou de monter à bord d’un ferry dans le port de Calais, mortes écrasées par la cargaison d’un camion dans lequel elles s’étaient cachées, électrocutées par les caténaires de l’Eurostar ou tout simplement victimes des défaillances dans l’accès aux soins ou de l’absence de dispositifs d’accueil ». Comme en Méditerranée, même si c’est à moins grande échelle, les morts se multiplient ; pourtant, sous couvert de lutte contre les passeurs, en même temps qu’aux exilé·es, c’est au militant·es solidaires qui leur apportent une aide que s’en prend l’État.

      Il n’empêche : le jour-même, Marlène Schiappa, alors ministre déléguée auprès du ministre de l’intérieur chargée de la citoyenneté, sur Twitter, faisant part de son « immense tristesse », en profitait pour justifier la politique gouvernementale : « Ce drame insupportable nous mobilise encore plus avec Gérald Darmanin contre les passeurs qui profitent de la détresse d’êtres humains ! » Et qu’importe si cette tragédie n’implique aucun passeur ?

      En réponse, Marlène Schiappa était bien sûr taxée d’hypocrisie. La sociologue et écrivaine Kaoutar Harchi s’exclamait ainsi : « Se servir d’un drame humain pour justifier la poursuite d’un programme politique anti-migrant à l’origine du drame survenu et de tous ceux à venir, c’est d’un cynisme »…

      L’avocate engagée Caroline Mécary dit en substance la même chose : « Quelle tartufferie chère Marlène Schiappa qui avez : - Cautionné la loi Asile et Immigration ! – Démantelé les camps de migrants sans jamais proposer de solution alternative ! – Criminalisé les associations de secours en mer. #OnVousVoit ! »

      Dans les deux cas, Isabelle Saint-Saëns, militante de longue date aux côtés des migrants, accompagne son retweet d’un mot cinglant : « ordure ! » Et c’est encore ce mot qu’elle répète une troisième fois (mais au pluriel), en découvrant que Priti Patel, l’homologue britannique de Gérald Darmanin, également en charge de la politique migratoire, retweete Marlène Schiappa : « Il s’agit de la perte bouleversante et tragique d’une jeune vie. Cet horrible incident nous rappelle brutalement l’existence des odieux gangs criminels et des passeurs qui exploitent les personnes vulnérables. En travaillant ensemble, nous sommes déterminés à les arrêter. » C’est le même discours, sur le même ton.

      Vendredi 8 juillet 2022, Isabelle Saint-Saëns est convoquée au tribunal : comme le rapporte dans Politis Sébastien Fontenelle, Marlène Schiappa a déposé plainte contre elle pour « injure publique envers un membre d’un ministère », en demandant à la retraitée militante 10 000 euros en réparation du préjudice subi. Il est vrai que les trois tweets de ce compte suivi par 1300 abonnés ont totalisé 5 likes et 1 partage... Gageons donc que le procès donnera associera davantage le mot « ordure » au nom de la ministre : c’est le célèbre effet Streisand. Mais n’est-ce pas le but recherché ? Si l’admiratrice de Cyril Hanouna désire la publicité à tout prix, s’agit-il bien d’une injure ?

      Selon l’article 29 alinéa 2 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure. » Il n’y aurait donc pas injure, à l’inverse, quand le mot qui offense, loin d’être une insulte gratuite, s’avère une critique politique de faits qui ont à voir avec l’ordure. Si je me pose la question, c’est que j’ai écrit en 2014, dans Roms & riverains, sur la politique de l’ordure menée par la France à l’égard des migrant·es roms, que les politiques publiques condamnent à vivre dans des conditions sanitaires sordides, près de décharges, sans ramassage d’ordures ni toilettes. « Ce n’est pas un hasard si “les Roms” sont aussi couramment associés, avec toute la violence de ce que nous avons qualifié de politique scatologique, aux décharges publiques, aux excréments et aux ordures. À peine bons à jeter, ils sont constitués en figure économique du déchet. »

      Le traitement de ces populations sur le mode du rebut participe, écrivais-je alors, d’une « politique de la race » : « C’est une politique qui justifie de traiter des êtres humains de manière inhumaine sans pour autant se sentir moins humain. Si “les Roms” étaient pleinement humains, alors, il faudrait se conduire à leur égard avec humanité ; mais puisqu’on les traite comme on le fait, et d’autant qu’on le sait, c’est bien qu’ils ne le sont pas tout à fait. Montesquieu avait pareillement démonté la folle rationalité de l’esclavage dans L’Esprit des lois : “Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.” La déshumanisation des Roms est ainsi la condition nécessaire pour sauvegarder notre humanité malgré ce que nous leur faisons. »

      Dans cette politique de la race, il ne s’agit pas seulement des Roms. Les pratiques de harcèlement par les pouvoirs publics « ne leur sont pas réservées ; par exemple, on les connaissait déjà dans la “jungle” de Calais – et pour les mêmes raisons : à force de tracasseries, il s’agit de décourager les migrants, dans l’espoir qu’ils renoncent et finissent par partir sans qu’il soit besoin de les expulser. » C’est ce que j’appelais ironiquement « l’auto-expulsion » : une politique de persécution à l’encontre des exilé·es, de la jungle de Calais à la Porte de la Chapelle, où leurs tentes sont lacérées, leurs sacs de couchage confisqués et leurs visages aspergés de gaz au poivre. La puissance publique a pris au pied de la lettre la formule qui lui était naguère opposée : « immigration jetable ».

      En France, il est donc permis de traiter des êtres humains comme des ordures. En revanche, celles et ceux qui mènent cette politique veulent interdire qu’on les traite d’ordures : ils voudraient n’en être pas comptables. On peut poursuivre une militante pour le mot « ordure », mais pas un ou une ministre pour une politique de l’ordure. La question s’est posée à propos de Manuel Valls : lorsqu’il a été poursuivi pour ses propos racistes tenus sur les Roms alors qu’il était ministre de l’Intérieur, la justice a considéré qu’ils ne posaient pas problème, puisqu’ils reflétaient la politique de la France. Je m’interrogeais alors : « Faut-il en conclure que la politique de l’État, par définition, ne saurait être raciste ? Ou bien qu’elle peut l’être impunément, parce que le gouvernement de la France serait au-dessus des lois ? » Peut-on traiter des gens comme des ordures, à condition que ce soit la politique du pays ?

      C’est une question complémentaire qui est aujourd’hui posée à la justice. Des êtres humains n’ont-ils pas le droit de traiter d’ordures celles et ceux qui traitent comme des ordures d’autres êtres humains ? Il s’agit pourtant bien d’un discours politique des premiers sur les seconds, retournant l’abjection subie par les exilé·es contre les politiques qui la leur font subir. Les juges pourraient donc se montrer sensibles à l’évolution de la langue : aujourd’hui, on utilise souvent le verbe « traiter » comme un intransitif absolu : « il me traite », autrement dit, « il m’injurie » – mais aussi : « il me traite mal ». C’est mettre sur le même plan traiter de et traiter comme. En revanche, si la justice devait donner raison à la ministre, permettant de traiter comme tout en interdisant de traiter de, alors, il conviendrait qu’elle réponde à une autre question : comment peut-on qualifier, sans encourir les foudres judiciaires, les responsables d’une politique de la race qui traite de manière inhumaine des êtres humains sans pour autant se sentir moins humains ? Quels autres mots sont-ils adéquats pour dire, avec justesse et justice, cette abjection politique ? Car enfin, peut-on pratiquer une politique de l’ordure sans être ou devenir soi-même une #ordure ?

      https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/080722/marlene-schiappa-et-la-politique-des-ordures

      #Schiappa #Isabelle_Saint_Saëns

  • Partir sans passeport d’Ukraine...

    8 mars, #Marlène_Schiappa : « Ceux qui sont partis sans passeport, il y aura évidemment de la souplesse, ce sont après tout des gens qui fuient la guerre, on ne va pas les bloquer avec des formalités administratives. L’humanité c’est de ne pas ajouter des formalités aux formalités. »
    30 mars, journal de 8h, France Inter, entre 1.06.10 et 1.07.50
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-7-9/le-7-9-du-mercredi-30-mars-2022

    Préfecture de Lozère : pour avoir un titre de séjour protection temporaire, des réfugiées ukrainiennes entrées en France sans passeport biométrique sont invitées à retourner à la frontière ukrainienne chercher un tampon Schengen.
    Après insistance auprès de la préfecture, elles obtiennent un titre de séjour de trente jours : mais, pour le prolonger, elles devront fournir d’ici un mois un certificat de domicile en Ukraine
    Leur ville de provenance, Kharkiv, est sous les bombes
    ci-dessous 1) Le bâtiment de la faculté d’économie de l’Université nationale de Kharkiv 2) photo du 25/3/22

    [via @isskein qui a lu sur une liste associative]
    https://www.facebook.com/isabelle.saintsaens/posts/10225963117369551

    #France #passeport #réfugiés_ukrainiens #Ukraine #asile #migrations #réfugiés #mensonge #Schiappa #les_sans_passeport #formalités_administratives #humanité #titre_de_séjour #protection_temporaire #administration #passeport_biométrique #tampon_Schengen #certificat_de_domicile #migrations #asile #réfugiés #protection_temporaire

    ping @karine4

  • Schiappa annonce une « unité de contre-discours républicain » sur les réseaux sociaux
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/schiappa-annonce-une-unite-de-contre-discours-republicain-sur-les-reseaux-s

    Lundi, l’entourage de Marlène Schiappa avait insisté sur la nécessité pour l’État de ne pas être absent du net et d’organiser « un contre-discours » pour répondre aux propos haineux. « On voit se développer des discours d’islamistes sur la toile, de victimisation systématique, sans que personne ne les démente », souligne la ministre dans son interview, en ajoutant que le gouvernement veut porter « un discours de contre-propagande ».

    Elle cite en exemple, « la perquisition des locaux de l’association Baraka City [que le gouvernement souhaite désormais dissoudre, ndlr] », qui a donné lieu à des commentaires accusant le gouvernement « d’islamophobie ». « Mais nous sommes dans un État de droit. S’il y a eu une perquisition sous l’autorité du juge, c’est parce qu’il y avait des éléments dans un dossier judiciaire. Nous avons mis plusieurs jours à répondre », par le biais de la porte-parole du ministère de l’Intérieur. « La prochaine fois, il faut que le contre-discours soit prêt, pour défendre nos valeurs. Il y a des exemples en Angleterre, en Allemagne, dont on peut s’inspirer ! », ajoute la ministre.

    Assez connement, je croyais que ça existait déjà et que s’appelerio « les médias ». Ou aussi « les trolls fachos ».

  • Jeudi 21 février, la secrétaire d’État Marlène #Schiappa participera au Grand débat organisé à #Nantes.

    « Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, joue les invitées de marque au Grand débat organisé à Nantes, jeudi 21 février, par la députée Aude Amadou et par le sénateur Ronan Dantec.

    L’événement aura lieu à 19 h 30 à la salle Festive de Nantes-Erdre, 251, route de Saint-Joseph. Sujet sur la table des discussions, ce soir-là : le référendum et la démocratie participative. »

    #GrandDébat

    https://nantes.maville.com/actu/actudet_-nantes.-marlene-schiappa-vient-se-faire-un-grand-debat_loc-

  • Violences sexuelles : La loi Schiappa irrite les associations et les professionnels de la protection de l’enfance
    https://www.20minutes.fr/societe/2322543-20180819-loi-schiappa-associations-professionnels-protection-enfan

    ENFANCE Les acteurs de la protection de l’enfance dénoncent ce dimanche une loi #Schiappa qui « ne protégera pas mieux les enfants » victimes d’abus sexuels…

    Tout ça pour en arriver là… un fiasco total ! Elle a quand même réussi à mettre tout le monde d’accord, ce qui n’est pas rien.

    #viol #enfants #loi #agression_sexuelle #impunité

  • Violences gynéco : des étriers à l’épisio, un rapport douloureux - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/06/28/violences-gyneco-des-etriers-a-l-episio-un-rapport-douloureux_1662694

    Une enquête du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, publiée ce vendredi, met en lumière le sexisme dans le suivi gynécologique et obstétrical. Des cabinets d’examen aux plus hautes instances, les dysfonctionnements persistent.

    Présentez un spéculum vaginal à un homme. Demandez-lui de le toucher, puis de dire ce qu’il ressent. « C’est primitif, effrayant, froid », s’exclame l’air médusé l’un d’entre eux dans le documentaire Paye (pas) ton gynéco, réalisé par Nina Faure (1). L’objectif du court-métrage : mieux faire entendre la voix des femmes victimes de violences gynécologiques et demander des explications aux représentants de la profession. Et là, on n’est pas déçu, quand un ponte affirme que « non, un toucher vaginal n’est pas invasif » ou lorsqu’un gynéco après une auscultation prend la tension (plutôt basse) de la patiente en s’exclamant : « Hé ben, je vous excite pas des masses. » Tellement délicat. Tellement vrai ? Ce docu, disponible depuis le 27 juin, tombe à pic alors que le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (#HCE) saisi par la secrétaire d’Etat à l’Egalité publie ce vendredi un rapport intitulé : « Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical. Des remarques aux violences, la nécessité de reconnaître, prévenir et condamner le sexisme ». Compilant des remarques faites à des parturientes - c’est-à-dire des femmes en train d’accoucher - ou patientes (du style « Vous avez mal pendant les rapports ? Mettez-y un peu du vôtre »), les 170 pages de cet état des lieux assorti de préconisations sont le fruit de neuf mois d’une enquête très attendue après la polémique qui monte depuis près de cinq ans.

    Lancé sur Twitter en 2014, le hashtag #PayeTonUtérus a fait affleurer plus de 7 000 témoignages de femmes en vingt-quatre heures. Dans la foulée, en 2015, le blog « Je n’ai pas consenti » recense une centaine de témoignages de patientes ayant subi des actes non consentis dans un cadre médical.

    Scandale, toujours cette année-là : des documents de la faculté de médecine de l’université Lyon-Sud révèlent qu’il est attendu, dans le cadre de leur formation, que les étudiants pratiquent des touchers vaginaux sur des patientes « endormies », sans leur consentement donc. Depuis, les témoignages n’ont cessé de se multiplier sur ces violences qui méritent d’être reconnues pour mieux être combattues. L’an passé, le Tumblr et la page Facebook « Paye ton gynéco » se sont créés simultanément, recensant des « témoignages de sexisme et/ou de violences gynécologiques/obstétricales ». Un pic est atteint l’été dernier lorsque la secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène #Schiappa, s’insurge contre le taux exorbitant (et en fait surévalué par la secrétaire d’Etat) d’#épisiotomies pratiquées lors des accouchements : tempête sur les réseaux sociaux.

    C’est dire s’il était temps qu’une enquête au-dessus de tout soupçon fasse le point. Mette au jour toutes ces fois « où les femmes ne sont pas considérées comme des êtres pensants et vivants mais seulement comme des corps » par le monde médical, comme l’explique Margaux Collet, corapporteure de ce travail qui recommande au gouvernement de réaliser la première enquête de santé publique dédiée au suivi gynécologique. Il souligne aussi la nécessité de renforcer la formation initiale et continue des professions médicales et paramédicales en matière de bientraitrance, de respect du consentement et de dépistage des violences sexistes et sexuelles ou encore de faciliter et améliorer les procédures de signalements lorsque violence il y a eu.

    En attendant, zoom sur quelques points de ce rapport.

    Accouchement : episio, c’est toujours trop

    Le chiffre évoqué l’été dernier par Marlène Schiappa avait fait l’effet d’une bombe : 75% de taux d’épisiotomies en France ? « Foutaises ! » avaient scandé les organisations représentatives des gynécologues-obstétriciens. Selon le dernier rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médiale (Inserm), cette intervention clinique - une incision du périnée sur quelques centimètres effectuée pour agrandir la taille de l’orifice vulvaire et faciliter l’expulsion du bébé - concerne 20% des accouchements par voie basse. Ce taux atteint 34,9% pour les primipares (premier accouchement) et descend à 9,8% pour les multipares. Oui mais problème : c’est encore beaucoup trop. Car cette « routine » dite « préventive » ne diminuerait en rien les possibilités de déchirures graves et entraîne des complications non négligeables (pertes importantes de sang, infection). En 2005, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français avait même confirmé l’absence de bénéfices de cette pratique. Certaines maternités ont réduit drastiquement la pratique. C’est le cas du centre hospitalier de Besançon et son fameux 0,3% de taux d’épisiotomies, malgré sa spécialisation dans « l’accueil de grossesses pathologiques et à grands risques ». D’autres en revanche frôlent encore les 45%. Et surtout, sans prévenir en amont les premières concernées. Selon le HCE, une femme sur deux « déplore un manque (16%) ou l’absence totale d’explication (31%) sur le motif de l’épisiotomie ».

    Absence de consentement : violences ordinaires

    Refuser de poser un stérilet à une nullipare (qui n’a jamais eu d’enfant) en bonne santé. Introduire un spéculum sans informer la patiente en amont. Palper les seins sans demander l’autorisation. Imposer la position du décubitus dorsal (allongée sur le dos, les pieds dans les étriers) pour un examen gynécologique sans même proposer la position latérale (qui existe). Réaliser un frottis sur des femmes jeunes, au premier rendez-vous, sans nécessité médicale. Pratiquer une épisiotomie sans l’accord explicite de la femme qui accouche. Puis la recoudre légèrement plus serrée, de manière à rendre plus étroit le canal vaginal (le fameux « point du mari »)…

    Les témoignages recueillis par le Haut Conseil à l’égalité recouvrent une multitude de pratiques mais soulèvent une unique problématique : celle des violences ordinaires. Celle du mépris pour le consentement, aussi. Il y a bien la fameuse loi Kouchner de 2002, qui formule « qu’aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé » du patient. Mais dans les faits, la parole des femmes est trop souvent bafouée par les professionnels de santé. Mais comment leur apprendre à entendre une patiente dire « non, je ne veux pas » ? La question se pose quand on sait que, en moyenne, une femme va avoir 50 consultations gynécologiques et obstétricales au cours de sa vie (#frottis réguliers, renouvellement de #contraception, #IVG…).

    Instances : que d’hommes, que d’hommes

    Bien sûr, si les témoignages de #femmes mal traitées, mal respectées ou mal informées affluent, nul ne songerait à jeter l’opprobre sur celles et ceux qui accompagnent les patientes et parturientes. Un monde d’ailleurs largement féminin.

    Les hommes ne représentent que 2,6% des sages-femmes. Les femmes sont majoritaires (94%) au sein de la gynécologie médicale. Et depuis peu, la #gynécologie-obstétrique est exercée à 51% par des femmes. La parité est donc enfin atteinte.

    Mais c’est au-dessus, là où les impulsions doivent être données ou les sanctions prononcées (lire ci-dessous) que cela se gâte. Près de 90% des membres du Conseil national de l’Ordre des médecins sont des hommes ; ils représentent également 89% des doyens des facultés de médecine ; 74% des membres du bureau du Collège national des #gynécologues et #obstétriciens français et 100% des membres du bureau, du conseil d’administration, des présidents de comité, des présidents et secrétaires des commissions de l’Académie nationale de médecine.

    Autre fait préoccupant, en dépit de l’augmentation importante de la part des femmes dans le secteur médical, les relations entre les deux sexes demeurent empreintes de sexisme : 86% des internes de médecine (95% des femmes et 68% des hommes) déclarent avoir été exposés à du sexisme et près d’un interne sur dix déclare avoir été victime de harcèlement sexuel.

    Avertissements, suspensions, radiations : des plaintes qui se perdent

    C’est peut-être le constat le plus fâcheux relevé par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes : les violences sexistes (remarques sexistes et/ou à connotation sexuelle, harcèlements, agressions, viols) dans le suivi gynécologique et obstétrical font encore trop peu l’objet de signalements et aboutissent rarement à des sanctions ou condamnations. Qui peut s’en étonner ? L’institution a étudié les 104 plaintes portées devant la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins de 2007 à 2016. Sur l’ensemble des poursuites, seules 29% ont conduit à une radiation du professionnel de santé. Pour le reste, on parle d’avertissement, d’interdiction temporaire d’exercer (d’un mois à trois ans), voire d’absence totale de condamnation (22 %). Des chiffres qui concernent uniquement les femmes qui ont osé porter plainte.

    Et toutes les autres ? Celles qui se sont murées dans le silence ? Qui méconnaissent leur droit ? Qui redoutent l’expertise judiciaire car elle comprend un examen gynécologique ?

    Difficile d’évaluer leur nombre. Mais le HCE est clair sur un point : tant que l’Ordre des médecins et des sages-femmes organisera des réunions de conciliation entre les victimes et leur agresseur, « un nombre conséquent de plaintes ne verront jamais le jour ». Pour rappel : ce mode de médiation est formellement interdit par la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Que la France a ratifiée en 2014.

    Le petit documentaire :
    https://www.youtube.com/watch?v=fsRZ59Urc2I


    Et au détour des commentaires on apprend que Nisand donne des conférences sur la sexualité dans les collèges !!!! À l’aide !

    #santé_publique #sexisme #violences_obstétricales #violences_médicales