• Quelle rentrée ?
    –-> Tiré de ce billet : Au delà de la crise sanitaire : redonner une mission à l’Université et du sens à notre métier

    Il est probable que ni la rentrée universitaire, ni le premier semestre, ni l’année académique dans son ensemble ne pourront se dérouler de manière ordinaire. La circulation durable du Covid 19, plus ou moins prononcée selon les régions, et le risque de rebond épidémique, impliquent des mesures et des précautions sanitaires qui heurtent les conditions habituelles de l’enseignement dans les universités de masse françaises.

    Nous sommes à la croisée des chemins. Soit les présidences d’université et les cadres de « l’administration administrante » prennent seuls les choses en main, soit la communauté universitaire se ressaisit collectivement de ses métiers et de ses pratiques. Soit priorité est don-née au maintien à tout prix des calendriers, au basculement vers l’enseignement à distance compris avant tout comme enseignement numérique, au court-termisme appelé par le manage-ment dans l’urgence, à la gouvernance par injonctions bureaucratiques, à l’enseignement et la certification d’agrégats virtuels, à la gestion de flux estudiantins par des tableaux Excel con-fondus avec le réel, soit on renoue avec des pratiques maîtrisées et réflexives de nos métiers et on réfléchit à ce que signifie un service public d’enseignement supérieur et de recherche : accueil des étudiants pour la transmission de savoirs et de savoir-faire irrigués par la recherche ; préservation d’une pluralité éducative et pédagogique, y compris à distance, avec le recours à une large palette de supports, incluant le numérique mais aussi le plus classique enseignement par correspondance ; concertations collectives dans les instances collégiales des universités pour décider et mettre en œuvre les enseignements.

    Les moyens d’organiser la rentrée sont nombreux et méritent d’être discutés :
    définir collectivement en juin-juillet l’organisation de l’année universitaire 2020-2021, en prévoyant des plans modulables ;
    décaler les rentrées universitaires générales (début octobre ? plus tard ?) pour se donner le temps des ajustements pratiques en fonction de l’évolution sanitaire, potentiellement variable selon les régions, notamment pour ce qui concerne l’accueil des nouveaux étudiants de L1 ;
    découpler l’enseignement et la certification au premier semestre, voire « dé-semestrialiser » l’année universitaire ;
    différencier l’accueil des étudiants en fonction à la fois de leurs effectifs et de leur degré de maturité (à l’instar de l’enseignement élémentaire ou secondaire). Cette mesure, qui implique un effort budgétaire, pourrait notamment permettre d’accueillir les étudiants de première année dans le cadre d’un enseignement hybride au 1er semestre, « en présentiel » et à distance ;
    proposer des solutions à géométrie variable tenant compte des contraintes pratiques selon les universités : enseignement par roulement pour les TD (réduisant la moitié des effectifs sur sites) ; dédoublement (ou plus) des cours en amphis…
    reporter d’un an la mise en œuvre du LMD 4 dans les universités concernées afin d’éviter, au mieux un lancement chaotique des nouvelles maquettes dans un contexte de profondes et nombreuses incertitudes [7].

    La liste n’est pas close. Ces mesures doivent évidemment être accompagnées des moyens nécessaires, surtout en termes de postes, dans une Université qui manque déjà cruellement de titulaires [8].

    Qu’une institution fasse preuve de sa capacité à faire face à l’urgence ne démontre en rien que cette institution n’est pas en crise. L’exemple de l’hôpital avec lequel nous avions établi il y a quelques mois un parallèle avec l’université le démontre : les personnels soignants ont agi avec courage et abnégation face au Covid 19 sans jamais renoncer à leur constat sur la situation catastrophique de l’hôpital public. Il en va de même pour l’enseignement supérieur : la réponse au malaise universitaire n’est pas, ne peut pas être, la LPPR telle qu’elle a été pensée jusqu’à présent. Les solutions sont à trouver dans l’université elle-même : en réinvestissant nos institutions, en réaffirmant nos missions de service public, en retrouvant du sens aux métiers de la formation et de la recherche.

    La bureaucratie autoritaire et la mise en œuvre à marche forcée de l’enseignement et de l’évaluation numériques ne sauraient être l’horizon imposé aux communautés universitaires. En un tel climat d’incertitude sur ce que sera la rentrée, le risque est réel aujourd’hui d’une certaine passivité de la communauté universitaire vis-à-vis des décisions qui touchent à son avenir. La difficulté d’anticiper ce qu’il sera possible ou non de faire, la soumission à un fonctionnement vertical, sans concertation ou à travers des informations partielles, rend possible un état de sidération et une atomisation. Le surcroît de tâches produit par le confinement et la fermeture des établissements favorisent en outre une gestion de la situation au jour le jour, rendant plus difficile la réflexion critique et la projection dans l’avenir.

    Pourtant, nous avons collectivement démontré que nous tenions à maintenir le lien avec nos étudiants, que nous parvenions à le faire souvent, et à l’occasion que nous savions être inventifs pour contourner les injonctions abstraites à une évaluation myope. L’expérience récente montre que c’est bien la communauté universitaire qui peut ouvrir les possibles afin de remplir au mieux sa mission de service public. C’est à partir de ce constat, non à partir des injonctions du Ministère de tutelle et de la Conférence des présidents d’université, que pourra être inventé quelque chose d’utile, tout comme c’est à partir des personnels des hôpitaux, liés et unis par l’expérience radicale qu’ils traversent actuellement ensemble, que pourra s’effectuer une réforme de notre système de santé. À nous de nous saisir collectivement de cette possibilité à tous les niveaux, dans les départements, dans les UFR, dans les conseils centraux, dans les laboratoires pour ne pas nous laisser dicter notre avenir par celles et ceux qui ont cessé de lui appartenir.

    http://www.sauvonsluniversite.fr/spip.php?article8727
    #rentrée_2020 #université #facs #septembre_2020 #enseignement #pédagogie #conseils #astuces #alternative

  • Les universités, l’#enseignement_à_distance et le #Covid-19 (1/2)

    Alors que nos universités vivent depuis quelques semaines un des psychodrames dont elles ont malheureusement l’habitude au sujet des modalités d’examen ou de contrôle des connaissances à appliquer cette année, il peut être utile de prendre le temps de réfléchir quelques instants à la situation inédite à laquelle les universitaires sont confrontés et, surtout, à la manière dont cette crise va modifier, en profondeur, les métiers universitaires et l’université toute entière.

    En premier lieu, il faut remarquer et apprécier une véritable révolution spirituelle chez bon nombre de collègues, hier réticents et même hostiles à l’idée d’enseigner en ligne, de se faire enregistrer et diffuser, et qui semblent s’être convertis très rapidement à ces nouvelles méthodes, au point d’exiger, aux quatre coins de la France, l’organisation d’#examens en ligne afin de sanctionner les cours en ligne ! Alors qu’il y a quelques semaines, beaucoup refusaient catégoriquement de se laisser filmer en cours, considérant qu’il s’agissait d’une insupportable atteinte à leur liberté de parole ou d’enseignement, ils défendent aujourd’hui avec véhémence la conversion de l’université au tout numérique, examen compris, ce qui n’a pourtant jamais été envisagé même par les plus numériques d’entre nous. Étonnant revirement. Bien sûr, il convient d’interpréter ce nouvel amour pour ce qu’il est, c’est-à-dire un simple flirt passager lié aux circonstances particulières du confinement et la manifestation d’une addiction à l’examen et à la sélection qui frappe beaucoup d’universitaires.

    Toutefois, pour quelqu’un qui s’est battu presque dix ans pour développer la politique de #pédagogie_numérique de son université, cela reste un phénomène plaisant à observer. Naturellement, comme souvent, les nouveaux convertis se montrent imprudents, excessifs et bien trop zélés. Leur amour naissant les fait oublier bien des enjeux, comme la protection de la vie privée ou le nécessaire respect de l’#égalité entre étudiant∙es. Il convient, maintenant qu’ils ont la foi, de les faire réfléchir sur l’outil hier haï et aujourd’hui vénéré. Il y a urgence car si la conversion totale au numérique est une vue de l’esprit confiné, la réflexion sur ces outils désormais popularisés mais toujours méconnus doit désormais s’envisager dans une perspective de profonde rénovation de l’université que la crise sanitaire a complètement bouleversé au point de rendre un retour à la situation antérieure difficilement envisageable.

    Des #limites de l’enseignement numérique

    Une des premières choses qu’il convient de rappeler est le fait que l’équation « #cours_présentiel = #cours_à_distance » n’a jamais été vraie. Il y a une différence de nature entre les deux et il faut davantage envisager leur complémentarité plutôt que de les croire substituables. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’établir une hiérarchie entre ces deux formes d’enseignement ! Dans certains cas, l’enseignement à distance se montre plus efficace que l’enseignement présentiel : il permet aux étudiant∙es de travailler en fonction de leur propre emploi du temps, ils peuvent revoir les interventions enregistrées, les utiliser pour apprendre puis réviser, poser leurs questions au milieu de la nuit ou en plein dimanche avec l’espoir de recevoir une réponse, rarement immédiate mais dans un délai raisonnable.

    Ainsi, dans mon université, après avoir créé une préparation estivale à distance pour les étudiant∙es souhaitant passer l’examen d’accès aux CRFPA (les centres de formation pour les futurs avocats), nous avons pu dématérialiser quasiment l’intégralité des préparations, même durant l’année universitaire, avec des résultats très concluant. Les préparations s’adressent à des étudiant∙es titulaires d’un Master 1 ou en passe de l’être et souhaitant entreprendre la carrière d’avocat. Avec un public très motivé, capable de travailler en parfaite #autonomie et ayant un temps limité pour préparer l’examen, la #dématérialisation des enseignements offre bien des avantages, pour le préparateur comme pour le préparant. Le programme est un indéniable succès qui a permis à l’université de devenir en quelques années le plus grand centre de préparation à cet examen en France. Pour autant, ce qu’il est possible de faire pour des programmes de préparation n’est pas nécessairement reproductible pour des enseignements de licence ou de maîtrise. Dans ces cas, la présence de l’enseignant demeure nécessaire pour stimuler les étudiant∙es, motiver ceux qui ne le sont pas ou plus, réorienter ceux qui sont perdus, orienter ceux qui survolent, c’est-à-dire enseigner en veillant à ne jamais laisser des étudiant∙es décrocher mais en s’efforçant aussi de ne pas frustrer les meilleurs. La recherche de ce fragile équilibre n’est pas vaine, dans un amphi ou dans une classe. Tous ceux qui ont eu l’occasion d’enseigner et qui ont senti une vocation, non à se mettre en scène, mais dans le fait de transmettre, le savent. Sans lieu, sans classe, sans amphi, tout cela disparaît et n’est pas remplacé. Il n’y a pas lieu de recenser ici les innombrables différences entre l’enseignement à distance et en présence de l’enseignant mais il convient de comprendre qu’elles sont de toute nature. Ainsi, par exemple, il n’est pas absurde de s’interroger sur la disparition ou la transformation du sentiment d’#empathie derrière un écran et l’effet que cela peut avoir sur le processus de #transmission. Quiconque connait le métier est à même de voir les innombrables différences entre ces méthodes s’il fait l’effort d’y réfléchir.

    Ensuite, même si dans certains cas l’enseignement à distance peut être utile et efficace, il suppose des #outils qui ne peuvent être improvisés en quelques jours ou en quelques semaines ! La construction d’un cours en ligne est un travail conséquent, que l’universitaire ne peut, en général, mener seul, sauf à réduire son enseignement à quelques vidéos mal cadrées dans lesquels on le voit en contrejour parler pendant des heures avec un mauvais micro ou à des documents à imprimer de plusieurs centaines de pages balancés en vrac aux étudiant∙es. L’attention d’un auditeur en amphi est déjà limitée à quelques dizaines de minutes ; devant un ordinateur, chez lui, c’est pire ! Le pouvoir de l’éloquence, les effets de manche et même, pour l’étudiant, le fait de pouvoir s’adresser à son voisin pour quelques secondes de détente disparaissent en ligne, ce qui rend le cours bien plus monotone et difficile à suivre, quel que soit l’intérêt de l’étudiant pour le propos de l’enseignant. Il convient donc de concevoir des #outils_pédagogiques qui prennent en compte ces limites et qui s’adaptent à cette réalité. La conversion en quelques jours et dans l’urgence de centaines d’enseignements en cours en ligne est une entreprise vouée à l’échec malgré l’enthousiasme de certains collègues et, si cette solution imparfaite permet malgré tout de sauver l’année en cours, elle ne saurait être considérée comme un modèle pour l’avenir ni comme une base sérieuse pour mettre en place un contrôle des connaissances discriminant.

    Surtout, l’enjeu de demain transcende largement le problème d’aujourd’hui et devrait nous convaincre, collectivement, à engager une réflexion approfondie sur notre avenir. Pense-t-on sérieusement que, passée la crise actuelle, nous allons revenir au monde d’hier, avec les amphis bondés, les couloirs noirs de monde, les nez qui coulent et les gorges qui raclent par centaines en hiver dans des espaces mal aérés ? Les comptoirs administratifs pris d’assaut, les files d’étudiant∙es se pressant autour de l’enseignant à la fin du cours, les cocktails de fin d’année où l’on égare son verre et récupère celui du voisin, les rentrées chaotiques avec les étudiant∙es perdus, errant de salles en salles à la recherche de leur enseignant, tout cela risque d’être impossible dans le monde de demain. La fin du confinement n’annonce pas la fin de la #distanciation_sociale ou de l’impérieuse nécessité de respecter des règles d’hygiène minimales actuellement impossibles à imaginer dans le contexte universitaire. Trop d’étudiant∙es, aucun moyen, des locaux vétustes et des habitudes bien ancrées risquent de faire de la rentrée et de toutes les rentrées prochaines un insoluble #casse-tête.

    Un nouveau modèle universitaire

    C’est dans ce cadre que l’outil pédagogique numérique mérite d’être étudié. Bien pensées, les formations à distance peuvent représenter un appui à l’intégration à l’université pour de nombreux étudiant∙es mais aussi des méthodes d’approfondissement particulièrement efficaces ; elles peuvent aussi être étudiée afin de désengorger considérablement les locaux universitaires permettant alors de consacrer les mètres carrés libérés à des actions davantage personnalisées. Ainsi, par exemple, il est possible d’imaginer que certains cours en présentiel ne soient accessibles qu’après avoir finalisé un parcours numérique d’apprentissage. Il n’est pas nécessaire d’imaginer des tests ou des examens discriminants : le simple suivi sérieux du cours peut suffire à s’assurer de la motivation et à exclure les plus dilettantes des séances en présentiel.

    Naturellement, des dispositifs d’appui aux étudiant∙es en difficulté numérique ou ayant besoin d’un suivi plus dense doivent se développer. Cette diversification plaide pour une multiplication des classes aux #effectifs_restreints. En revanche, l’enseignement classique, les cours dans les gigantesques amphis, serait progressivement abandonné au profit de #conférences_numériques accessibles à un nombre encore plus important d’auditeurs dans des conditions de sécurité et d’hygiène garanties. Ces conférences pourraient se tenir en public, avec un auditoire restreint mais, diffusées à grande échelle, elles permettraient à tous d’y accéder simplement. Ces nouvelles méthodes d’apprentissage pourraient également favoriser l’#entraide au sein de la communauté étudiante en valorisant l’échange entre étudiant∙es de niveaux différents. Le tuteur étudiant pourrait être rémunéré, le libérant ainsi de la nécessité de trouver des financements pour ses longues études en dehors de l’université. Ces nouveaux circuits économiques, peu exploités en France avant le doctorat, auraient pour effet de renforcer la communauté universitaire, multipliant les liens entre l’institution et son public.

    Dans ce nouveau monde universitaire, le mandarin avide de cours d’amphi mais avare d’échanges et fuyant l’étudiant comme la peste n’aurait plus vraiment sa place – qui s’en plaindra ? – contrairement à l’enseignant affable et humain, privilégiant le dialogue au monologue. Cela suppose, dans de nombreuses disciplines, une transformation radicale du rapport de l’enseignant-chercheur avec son université et ses étudiant∙es. Ainsi, par exemple, s’il doit pouvoir bénéficier d’un lieu de travail adapté au sein des locaux universitaires, l’enseignant doit, en contrepartie, accepter un temps de présence plus important au sein de la faculté au bénéfice exclusif des étudiant∙es. Le bureau de l’enseignant pourrait ainsi se transformer en lieu de production et de transmission du savoir, accessible aux étudiant∙es comme aux collègues. Aujourd’hui, le bureau universitaire, denrée rare dans certaines universités, est le plus souvent un simple espace utile pour expédier les trop nombreuses tâches administratives qui pèsent sur les épaules de nombreux enseignant∙es-chercheur∙es investis dans leurs universités et organiser quelques rendez-vous pour traiter les cas d’étudiant∙es un peu atypiques et suffisamment téméraires pour demander un entretien. La culture de la porte ouverte n’existe pratiquement pas.

    Plus généralement, ce nouveau modèle permettrait de mettre fin à l’illusion selon laquelle l’égalité serait respectée en offrant à tous le même régime. Il privilégierait, au contraire, une approche fondée sur la diversité et la confrontation avec l’étudiant, envisagé dans sa singularité et non comme un simple atome d’une masse informe dont il s’agirait de trier le bon grain de l’ivraie. Cette adaptation de l’institution à ses étudiant∙es ne saurait naturellement être totale mais au contraire centrée sur ce que l’université a réellement à offrir, c’est-à-dire le fruit du travail des chercheurs qui sont le véritable cœur de l’institution universitaire.

    https://academia.hypotheses.org/23645

    #université #facs #France #enseignement_distanciel #confinement #coronavirus #ESR #témoignage

    • Marianne veut anticiper les bons et les mauvais côtés du #téléenseignement à la #rentrée

      Pour dédoubler les enseignements — cours magistraux et travaux dirigés — à la rentrée 2020, il faut des locaux et des enseignant·es. Difficile de gérer les locaux, plus simple de recruter des enseignant·es ?


      https://academia.hypotheses.org/23577

    • #LaFacÀDistance – ou imaginer notre pédagogie en #télé-enseignement

      Nous le pressentions depuis des semaines, notre ministre confirme : la rentrée universitaire de l’automne sera au moins en partie en distanciel.

      Nous avons besoin de nous y préparer dès maintenant. Pour cela, quelques éléments à garder en tête d’abord :

      Oui, nous n’avons pas envie de le faire, parce que nous aimons enseigner en présence de nos étudiant∙es. Cela peut même être au cœur de notre pratique et identité professionnelles, voire la raison pour laquelle nous avons choisi ce métier. Il faut prendre le temps d’acter ce renoncement sous contraintes et de faire le deuil de ce qui aurait pu être.
      Oui le passage au distanciel pose énormément de questions politiques (mainmise d’entreprises privées par les outils choisis, accroissement de certaines inégalités – pas toutes –, instrumentalisation au service de la néolibéralisation en cours à l’université avec plus de précariat, moins de protection des personnels, risques psycho-sociaux etc.). N’oublions cependant pas que l’enseignement à distance est là pour améliorer la sécurité sanitaire des étudiant∙es, d’abord, et des personnels, pas seulement enseignantes. Et n’oublions pas non plus le travail acharné depuis des années en pédagogie critique du supérieur pour faire de l’enseignement à distance qui ait un vrai sens pédagogique et émancipateur1. Jeter l’anathème sur l’enseignement à distance dans son ensemble, non.
      Ce que nous avons fait au second semestre est un atterrissage en catastrophe : transférer en quelques jours des enseignements conçus pour être en présentiel en distanciel. Sans savoir pour combien de temps (@6amart6), sans avoir le temps d’être formé·es à cela ou d’y avoir réfléchi, avec les outils que nous avions sous la main, que nous prenions en main, en devant en changer, etc. Ce n’est donc pas du distanciel, c’est de la gestion d’urgence. Nous avons là un peu plus de temps pour réfléchir à nos enseignements de la rentrée et pour pouvoir les concevoir différemment. Nous pouvons prendre le temps de les penser en distanciel (surtout les CM). Nous pouvons les construire de manière flexible permettant l’alternance de phases en distanciel et en présentiel, sachant que nous n’aurons pas la main sur les dates d’éventuels reconfinements. Nous pouvons intégrer la possibilité d’un retour en présentiel, ce que @melpicard appelle les « penser à l’envers.
      Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons rien à apprendre de l’expérience de ce semestre (full disclosure : ma charge d’enseignement mensuelle est presque en totalité au premier semestre, donc vous en savez en général plus que moi). Voir ce qu’en dit Michelle Miller ici : https://www.chronicle.com/article/5-Takeaways-From-My-Covid-19/248713 et les liens très intéressants de l’article.
      Enfin, tout ne dépend pas de nous. Beaucoup de nos étudiant·es n’ont pas d’ordinateur personnel (ou insuffisant) ; iels n’ont pas de lieu où travailler, pas de connexion stable, etc. Si nous pouvons et devons continuer de faire pression sur nos établissements pour que cela soit intégré (par l’emprunt d’ordi, par des envois et financements de clefs 4G comme cela a été fait, pour l’intégration des salles informatiques dans les équipements à rouvrir, avec règles de distanciation sociale, etc.), si nous pouvons et devons concevoir des dispositifs pédagogiques flexibles, avec des roues de secours pour un maximum de configuration
      J’insiste sur ce point : nous, enseignant∙es-chercheru∙ses, n’avons pas les moyens de résoudre ce problème matériel. Sachons distinguer ce que nous pouvons et devons faire, ce que nous devons faire remonter, et ce qui n’est hélas pas dans nos mains – nous en serons plus efficace ou plus satisfait∙es et moins en burnout.

      Nos étudiant·es savent quels sont leurs besoins et viennent d’avoir l’expérience de ce semestre en distanciel de catastrophe. Demandons-leur ce qui a marché et ce qui ne convient pas (sachant que les besoins et problèmes sont différents en fonction des gens, des disciplines, des niveaux, des établissements…) et mettons nos idées en commun (#entraide #KropotkinFoerever). En nous rappelant que sur cette question comme sur beaucoup de questions pédagogiques, il n’y a pas de solution magique et que chacune doit être adaptée à nos situations d’enseignement.

      Je restitue donc ici la discussion qui a eu lieu sur Twitter, en grande partie sous l’hashtag #LaFacADistance (merci @6amart6), en remerciant très sincèrement toutes les personnes qui y ont participé, listées ci-dessous. J’ai essayé d’attribuer au maximum les idées, parfois collectives ou dialogiques, et de les créditer quand leurs auteur·es m’en ont donné la permission, en citant les tweets en les éditorialisant a minima. Mes excuses, vous étiez tant que j’ai très probablement oublié des gens dans la multitude des belles réponses.

      Pour chacun.e d’entre nous
      1. Créér et maintenir la relation enseignant·e / étudiant·e

      Des rencontres (pouvant être visio) en petit groupe pour faire connaissance et instaurer la relation de confiance, notamment avec les nouveaux et les L1 (@Chouyo)
      Des horaires de permanence hebdomadaire aussi en visio, pour garder un maximum de contact et être accessible à celleux qui rencontreraient des problèmes. Et quand ces permanences sont pour répondre aux questions sur le cours, laisser un peu de temps pour « digérer » (@FrançoisLevrier) !
      Des tchats dédiés, pour comprendre collectivement les difficultés et ne pas hésiter à en parler pour ajuster (@GoLuluGogo)
      Les liens importants et adresse mail de contact dispo et visibles partout, tout le temps. (@Chouyo)
      Une vidéo d’accueil du cours, en particulier pour les L1
      Des accusés de réceptions des travaux, permettant de limiter le stress (@mcbd, @Chouyo, @WritingRg)

      2. Accompagner la création d’un collectif

      pour des L1 en particulier, mais pour les autres aussi, il faut favoriser le contact entre étudiantEs voire le travail de groupe, y compris sur les rendus (éventuellement en optionnel, @edragone18). Ce n’est déjà pas toujours évident en présentiel mais c’est gage d’entraide et donc de ne pas uniquement se reposer sur les enseignant·es. Cela aide aussi à la motivation (@GoLuluGogo). Cela peut aller avec un outil de type réseau social dans l’ENT (@melpicard) et selon plusieurs modalités : rendre un devoir commun, partager une lecture, échanger dessus, partager des incompréhensions, se relire (@ChRabier). L’idée est d’avoir un relais à l’enseignant·e et que le cours vive entre étudiant·es. De favoriser la cohésion et l’aide pour la réussite de toustes (@GoLuluGogo).

      3. Les cours eux-mêmes

      Un syllabus clair et complet pour chaque cours (@melpicard)
      Prendre un maximum de groupes de TD associés quand on fait le cours d’amphi pour permettre du face-à-face (oui, collègues PR, vous aussi). Car, comme le souligne @GoLuluGogo, les TD auront une vraie fonction de lien social. Sans lien et sans confiance mutuelle, le distanciel est pénible pour les enseignant·es et les étudiant·es.
      Enregistrer une partie du cours par oral (@edragone18) pour aller avec le PDF et/ou les diapos
      L’explication des cours en version vidéo (@49Lyloo05), en se rappelant des contraintes de connexion de certains étudiant·es et des difficultés à charger des fichiers lourds, ainsi que des recommandations des études de pédagogie sur le fait qu’il faut éviter des vidéos longues (<15 mn), inefficaces sur le plan de la transmission et de la rétention des informations. Bien cibler donc.
      Un mélange entre éléments synchrones (nécessaires, @adelinedurandm) et asynchrones
      La mise à disposition de tous les documents nécessaires numérisés (dont les ouvrages)
      Offrir des exercices d’application pour la mise en pratique du cours et pas une simple lecture (@edragone18)
      Donner un temps indicatif pour certains travaux et cours (prévoir 15min d’écoute pour cette capsule, 25 si prise de notes etc.) (@Chouyo)
      Donner des documents et des travaux facultatifs, pour celleux qui peuvent, veulent, voire en ont besoin, ainsi que des ressources supplémentaires en libre accès (@edragone18)
      Si possible, une barre de progression de la tâche/cours par rapport au déroulé du semestre. (@Chouyo)

      4. Les examens

      Construire les examens en fonction (@anthropolegiste) : par exemple en valorisant les questions métacognitives, comme « qu’est-ce que ma matière peut vous apporter »« quelle est votre opinion sur le sujet du cours ? » comme les questions de réflexion (@claireplacial)

      5. De la souplesse et de l’attention aux plus vulnérables

      Des créneaux, rendus, dispositifs de secours pour être le plus flexibles possibles, pour que les étudiant·es ne fassent pas les frais de pannes de connexion, souci matériel, maladie, mise en quarantaine subite, etc.
      De manière plus générale, augmentation des boucles rétroactives ! Isolé·es, les étudiant·es ont encore plus besoin de retours de la part des enseignants et de motivation/réconfort. (@stperret, @49Lyloo05). Voir qui décroche, n’ose pas poser de question, ne parvient pas à se connecter pour pouvoir agir de manière ciblée.
      Être particulièrement attentif.ve aux étudiant·es handicapé·es (@adelinedurandm) et intégrer leurs besoins dans le design du cours (voir par exemple les enjeux d’accessibilités pour les étudiant·es sourd·es, si on n’a pas de vrais moyens mis sur les sous-titres, aveugles et mal-voyant·es sur les diapos (@Anne-GE).
      Être aussi attentif.ves aux étudiant·es plus vulnérables : étudiant·es étranger·es, de première génération etc.
      Prendre en compte l’impact psychologique de la situation sur les étudiant·es y compris du retour en présentiel, dans ce qui peut aussi être un lieu nouveau (@adelinedurandm, @Angryotterr)
      S’assurer que les étudiant·es en fracture numérique puissent recevoir les cours et participer au cours le plus possible (@edragone18, @6amart6).

      À l’échelle de l’équipe pédagogique :

      De la coordination, de la coordination, de la coordination

      Un calendrier clair et donné à l’avance (sur un ou deux mois dans l’idéal, voire plus) pour les dates de cours, de TD, les dates de rendus, etc., partagé (@stperret, @gaydrian_smith, @adelinedurandm, @Angryotterr, @edragone18, @Anne_GE, @WritingRg) et UTILISE par les membres de l’équipe et partagé avec les étudiant·es
      Une attention collective donnée à la charge de travail globale des étudiant·es (@FrancoisLevrier)

      À l’échelle de l’établissement

      Travailler avec les services informatiques et les services d’appui pédagogiques pour le choix des outils, les questions d’équipement, de connexion, de soutien logistique, etc.
      Idem pour les questions d’accessibilité (sous-titres, question des illustrations etc.)
      Se mettre en lien avec les services handicap pour travailler à l’accessibilité (@adelinedurandm)
      Demander que l’université propose un outil de communication collective (libre) pour ses étudiant-es (un Mattermost par ex.) ; sans quoi celleux qui ne sont pas sur facebook vont être complètement écarté·es d’un groupe « promo ». (@Anne_GE)
      Demander que l’université ait réglé leurs logiciels sur les prénoms d’usage. (@Anne_GE)

      Et beaucoup, énormément, à la folie, toujours plus, jamais assez, de bienveillance (@stperret, @edragone18)

      Enfin, la plupart de ces belles idées sont des pratiques que nous enseignant·es devrions DE TOUTE FACON, adopter en temps dit normal et en présentiel…

      Pour compléter ce rapide panorama de propopositions, nous vous invitons à continuer à faire vos propositions #LaFacÀDistance sur la plateforme ci-dessous.

      Merci de votre aide !

      Formulaire à idées :
      https://framaforms.org/lafacadistance-1589008071

      https://academia.hypotheses.org/23546

      #rentrée_2020 #rentrée_universitaire #septembre_2020

    • À distance, il n’y a pas d’école

      Sous la condition du « confinement », l’univers numérique a connu une énorme expansion. Même les plus réticents et beaucoup de ceux qui étaient exclus de l’utilisation des nouvelles technologies –généralement des personnes âgées– ont fait leur initiation. La vie à distance a forcé l’intégration dans l’écosystème numérique.

      L’expérience en cours la plus notable et la plus importante est l’enseignement à distance, qui fait sortir l’école de son enceinte protectrice et la fait entrer dans l’intimité du foyer. Le dispositif de l’enseignement à distance implique un danger auquel nous sommes tous exposés aujourd’hui, presque sans protection : une expansion significative du panoptique numérique (qui permet de tout voir et d’exercer une surveillance). Mais la question fondamentale dans cette expérience est de savoir si elle est réussie sur le plan niveau didactique (plus précisément, quel niveau de réussite a été atteint), et quelles conclusions peut-on en tirer. Il est évident que les résultats diffèrent grandement, en fonction des disciplines, des enseignants et des élèves. Je ne me fonderai pas sur des expériences particulières, les réflexions que je propose se situent sur un plan moins empirique.

      Je commencerai par la question de la transparence : l’école a été protégée tant qu’elle a bénéficié de l’état hermétique de la classe, que la porte de la salle de classe a été fermée, créant un espace discontinu, sans intrusions extérieures (espace qui pouvait être utopique ou oppressant aussi bien). Ce temps est révolu depuis longtemps et la salle de classe, qui reflète l’ouverture de l’école dans son ensemble, n’est plus un espace autarcique. La transparence, qui auparavant avait déjà donné lieu à une discussion sur la nécessité ou non de la moduler, connaît désormais, avec le confinement, une nouvelle étape : elle est devenue totale et absolue. À la maison, chacun peut regarder les « performances » des enseignants, évaluer leurs manières de faire et « apprécier » leur vidéogénie. Un certain degré de technophobie était encore toléré tant que l’enseignant exerçait dans sa classe ; dans l’enseignement à distance, ce n’est pas possible, et les arguments pour légitimer cette technophobie ne semblent plus recevables.

      Mais la question la plus importante qui ressort de cette expérience exceptionnelle — qui a peut-être pour effet de montrer combien l’école est une institution indispensable et capable d’alimenter la dernière utopie à laquelle nous avons droit — est celle de l’école comme lieu de construction du collectif et de la centralité de la classe en tant que communauté. Le modèle de la communauté éducative a une très grande signification politique.

      Un autre aspect important est celui de l’attention. Comme nous le savons, le plus grand défi de l’école est celui de l’attention : comment gagner et fixer l’attention des élèves, ces « sujets numériques » qui vivent sous le régime du fractionnement de l’attention ? Le grand combat de l’école, ces dernières années, a consisté à se doter de rituels spécifiques qui servent de dispositifs attentionnels, afin de récupérer ce que l’on appelle généralement « l’attention conjointe » (ou attention partagée), mode qui désigne le fait que l’attention de quelqu’un (dans la circonstance, un élève) est attirée sur l’objet qui lui est indiqué par la personne (dans la circonstance, le professeur) qui joue un rôle de guide.

      Or l’attention conjointe est intrinsèquement liée à la présence. C’est un fait bien connu de nos jours que les enfants et les adolescents n’échouent pas à l’école parce qu’on leur y enseignerait des choses difficiles à apprendre, mais parce que ce qu’ils apprennent à l’école ne les intéresse pas. C’est pourquoi les situations d’enseignement doivent être analysées du point de vue d’une écologie de l’attention. La salle de classe doit être conçue comme un écosystème d’attention. Est-il possible de créer cet écosystème dans l’enseignement à distance ? Dans son livre sur la figure du pédagogue Joseph Jacotot, Le maître ignorant, le philosophe français Jacques Rancière décrit et analyse une action pédagogique visant essentiellement à « l’émancipation intellectuelle ». La fonction essentielle du maître (potentiellement ignorant) n’est pas d’expliquer les contenus, mais d’exercer sur les élèves la capacité d’attention, soit par un ordre imposé, soit en stimulant leur désir. Toute l’expérience de l’enseignement, dit Rancière, doit tendre à « l’habitude et au plaisir que l’on éprouve en observant et en fixant avec attention » (attention : ad-tendere, tendre vers). C’est pourquoi la salle de classe est le lieu d’une expérience unique, irremplaçable, capable parfois de procurer une expérience euphorique, tant au « maître » qu’aux élèves.

      https://academia.hypotheses.org/23475

    • #As_It_Used_To_Be

      Depuis 2001, le « 48 Hour Film Project » est une compétition annuelle qui invite de jeunes réalisateurs à réaliser un court-métrage à contraintes (en 48h, en tirant au sort genre, personnage, objet, réplique). Après avoir remporté la victoire à Paris en 2011 avec le film « Casse-gueule », #Clément_Gonzalez a rencontré le succès à nouveau avec « As it used to be » en 2012 (mise en ligne 2013), qui développe en deux séquences et 8’13’’ quelques puissantes images associées à l’enseignement à distance (EAD) dans les universités. Le concours se tient dans une centaine de centres urbains du monde entier ; c’est à Johannesburg que Clément Gonzalez et son « Collectif 109 » ont tourné « As it used to be », dont la carrière a débuté de façon foudroyante par une avalanche de programmations et de récompenses1, avant de ressurgir en 2020 par la grâce d’une généralisation brutale et massive de l’EAD dûe aux mesures de confinement.

      L’Université de Johannesburg prête son architecture brutaliste aux décors de cette courte histoire de near future, comme l’ont fait ensuite les structures de la Bibliothèque Nationale de France dans la série Tripalium (Arte, 2016), ou auparavant les célèbres Espaces d’Abraxas de Noisy-le-Grand dans de nombreux films, de Brazil (1985) à Hunger Games (2012). L’Université de Johannesburg est d’ailleurs également réputée pour avoir lancé les premiers diplômes 100% à distance d’Afrique du Sud en 2017 et 20182 – et ses étudiant·es se sont fortement mobilisé·es en avril dernier pour faire entendre la voix des moins bien équipé·es des leurs3.)

      Le charisme des deux acteurs du film, l’intelligence et l’émotion de cet aperçu de la passion d’enseigner font dire à Clément Gonzalez que le court-métrage, depuis le début, a rencontré l’adhésion aussi bien des étudiant·es que des professeur·es. Il confie également qu’un projet d’extension en long métrage est en écriture depuis quelque temps. Le moment ne serait pas mal choisi pour développer un récit de contre-dystopie, où des voix persévèrent à résonner entre les murs des amphis.

      https://academia.hypotheses.org/23598
      https://vimeo.com/57814889

      #court-métrage #film

    • Les universités, l’enseignement à distance et le Covid-19 (2/2)

      Mettre fin à une lente et longue dérive

      Ces dernières années, deux phénomènes ont progressivement fait perdre son sens à l’université et l’ont profondément pervertie. D’une part, la complexification administrative due notamment à l’augmentation des effectifs étudiant∙es conjugué à la réduction du personnel administratif, a eu pour effet de développer la fonction administrative de l’enseignant-chercheur, au détriment de ses deux véritables fonctions, l’enseignement et la recherche. Cette nouvelle fonction administrative est évidemment mal assurée par un personnel qui n’a pas été formé à cela et qui vit cet investissement nécessaire le plus souvent comme une punition ou une calamité. Cela a pour conséquence d’augmenter les tensions entre la composante administrative de l’université et la composante pédagogique et de diminuer, encore, la qualité du service surtout dans les grandes universités au sein desquelles les personnels se connaissent mal. D’autre part, la croyance, de plus en plus ancrée dans l’esprit des étudiant∙es, des enseignant∙es et de la société en général, selon laquelle le diplôme universitaire permet d’accéder à l’emploi, a entrainé une modification de la nature de l’enseignement et des diplômes universitaires, pensés comme de plus en plus professionnalisant et techniques et reflétant de moins en moins l’activité de recherche dans la discipline concernée. Le tissu économique, l’État et désormais de nombreux étudiant∙es voudraient que l’on sorte de l’université prêt·e à l’emploi, ce qui est difficilement envisageable dans la mesure où la plupart des futurs métiers des étudiant∙es universitaires ne sont pas représentés dans les athénées. Si le diplôme peut parfois permettre d’accéder à une profession, cela reste marginal et surtout cela ne saurait être considérée comme un élément décisif pour juger de la pertinence d’un enseignement universitaire.

      Le monde de l’entreprise a un intérêt à la transformation des universités en de gigantesques centres de formation professionnelle, car cela permet de réduire les coûts de la formation interne des entreprises. Le savoir technique est enseigné par des fonctionnaires, les stages sont financés par l’argent public et l’employeur peut donc embaucher des travailleurs prêts à l’emploi. Le risque d’une rapide obsolescence des formations trop techniques est ignoré au profit d’une incessante critique de l’incapacité de l’université à s’adapter à la réalité économique… Le transfert du coût de la formation interne des entreprises à la collectivité nationale, à travers notamment l’institutionnalisation du stage, n’est jamais mentionné et les universitaires sont au contraire invités à remercier gracieusement les entreprises pour leur sacrifice qui consiste à accueillir une main d’œuvre jeune, motivée et… pratiquement gratuite ! Loin de pouvoir leur demander des comptes, les universités sont sommées de se plier aux desideratas de ces gentils philanthropes. Si la loi d’encadrement des stages a permis de mettre fin à certains abus trop criants pour être ignorés, elle n’a pas eu pour effet de modifier le système en profondeur ou de changer les rapports déséquilibrés qui se sont progressivement installés au profit du monde économique.

      Surtout, ces deux évolutions concomitantes, l’augmentation de la charge administrative et l’injonction du prêt à l’emploi, ont perverti le travail de l’universitaire qui n’exerce plus que marginalement le métier qu’il a pourtant choisi et pour lequel il a été formé plusieurs années. Avec moins de temps à consacrer à ses recherches et contraint d’enseigner un savoir de plus en plus éloigné d’elles, il subi, comme de nombreux fonctionnaires, une lente dérive qui l’éloigne de ce qu’il est ou plutôt de ce qu’il voulait être. L’irruption massive du numérique, si elle est aussi pensée à cet effet, peut constituer un moyen efficace pour aider l’université à sortir de cette situation désolante et à se retrouver.
      L’informatique au service du renouveau universitaire

      Certes, il ne s’agit pas du remède universel capable de guérir miraculeusement tous les maux ! L’outil informatique demeure un simple instrument qui peut servir le pire comme le meilleur. Il peut toutefois permettre de concilier des impératifs apparemment contradictoires comme la nécessaire diminution de la fréquentation des sites universitaires et l’augmentation de l’audience des universités. Il favorise aussi le travail de divulgation et de diffusion des travaux de recherche dont tout chercheur doit aujourd’hui se préoccuper. Ainsi, les revues universitaires, les éditions de facultés qui ont progressivement disparu ou qui vivotent ici ou là doivent devenir de puissants vecteurs de diffusion des travaux des universitaires, non en direction uniquement de leur propre communauté scientifique, mais également en s’adressant au plus grand nombre. La recherche étant financée par des fonds publics, il va de soi que le savoir produit doit être distribué gratuitement ou à des coûts très modiques, ce que permet l’approche numérique. A contrario, l’existence des centaines et parfois des milliers de revues, propriétés de grands groupes privés mais qui vivent uniquement grâce au travail des chercheurs, principalement fonctionnaires, et concentrent aujourd’hui l’essentiel des publications scientifiques dans plusieurs domaines, mérite d’être profondément remis en question. Des initiatives en ce sens existe déjà et doivent être massivement développées.
      De même, la production de matériel pédagogique par les universitaires ne peut continuer, comme aujourd’hui, à alimenter un marché privé très rentable, massivement financé par l’impôt puisqu’essentiellement destiné à vendre des produits réalisés par des fonctionnaires dans le cadre de leur fonction mais qui débouche sur la vente de manuels forts chers pour les bourses étudiantes. Là encore, l’outil numérique est à même d’escamoter ce modèle économique étrange au profit d’une vision moins naïve permettant de rendre à l’université ce qui est à l’université tout en offrant à l’étudiant l’outil sans lequel ses études s’avèrent impossible et qu’il est aujourd’hui obligé d’acheter à un éditeur privé.

      A contrario, comme les universités en font douloureusement l’expérience depuis plus de dix ans, l’outil numérique ne peut se substituer à l’existence d’une administration universitaire importante pour ne pas dire pléthorique. La diminution conséquente du personnel administratif par rapport à la masse d’étudiant∙es en constante augmentation a conduit au recours au traitement informatique des données dans un nombre toujours croissant de domaines, des inscriptions à la saisie des notes jusqu’à la délivrance des diplômes. Tout, ou presque, a été dématérialisé. Si ce processus présente d’indéniables avantages qu’il convient d’exploiter pour l’avenir, il ne doit paradoxalement pas être accompagné d’une réduction massive des effectifs administratifs et doit au contraire servir à développer des fonctions essentielles progressivement délaissées.

      Il en va de la survie même de l’administration universitaire dont le travail ne peut se réduire, pour des milliers de fonctionnaires, à la saisie informatique de données. Ce travail à la chaine aussi abrutissant que dévalorisant doit être subdivisé et le plus possible délégué ou partagé avec l’ensemble de la communauté universitaire : personnels administratifs, enseignant∙es mais aussi étudiant∙es. Cette tâche ingrate mais nécessaire doit être évidemment compensée à la hauteur de sa pénibilité. Aux côtés de cette administration fortement dématérialisée et déconcentrée, il faut reconstruire une administration qui soit un véritable soutien aux usagers comme aux enseignant∙es. Cela ne signifie pas rétablir une hiérarchie interne qui n’a pas de raison d’être entre l’administration et les pédagogues mais au contraire mettre l’ensemble de l’université, enseignant∙es et administrations, au service des étudiant∙es et plus généralement de la fonction universitaire.

      Il faut un personnel formé, qualifié, comme il en existe dans des milliers d’entreprises prestataires de service qui se soucient du niveau de satisfaction de leurs usagers et se préoccupent de leurs employés. Ainsi, par exemple, les universités doivent se doter de réels services de ressources humaines, avec un suivi des carrières, une capacité à proposer à chaque employé des possibilités d’évolution, des informations utiles sur la formation professionnelle, etc. Aujourd’hui, les services d’orientation pour les étudiant∙es sont quasiment inexistants alors que l’univers de l’enseignement supérieur n’a jamais été aussi complexe. Également, les directions des relations extérieures doivent être renouvelée et renforcée, en particulier au service des étudiant∙es qui souhaitent avoir une expérience à l’étranger et pour lesquels si peu est fait. La liste des services à repenser est longue et il ne s’agit pas ici de la dresser avec exhaustivité. Il convient, dans un premier temps, simplement d’admettre que si beaucoup de choses peuvent aujourd’hui être traitées exclusivement par mail et par tableur, comme les inscriptions ou le suivi académique, d’autres ne peuvent pas l’être et ne pourront jamais l’être. Il faut cesser de faire comme si dans le simple objectif non avoué de réduire, toujours plus, les dépenses et donc le personnel. Le chantier de reconstruction de l’administration universitaire est immense et la route est longue mais il faut s’y engager pour espérer redonner à l’université sa fonction et par là-même, son prestige.
      Le nerf de la guerre : le diplôme national

      Rien ne sera cependant possible sans une réflexion profonde sur la place des titres et diplômes que délivrent les universités et qui se sont progressivement substitués au chercheur, à la recherche et à l’enseignement, pour devenir le véritable moteur de l’université. Il convient de les considérer pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire de simples accessoires d’une entreprise plus noble et bien plus complexe que la distribution des distinctions : la transmission du savoir universitaire. Le titre ou le diplôme ne donne pas de travail, tout au plus qualifie-t-il pour un emploi mais dans la majeure partie des cas il n’est là que pour attester de la formation reçue par le diplômé. Il n’a pas d’autre valeur que celle qu’il certifie, à savoir la qualité de l’enseignement. Or, l’université ne sait véritablement et efficacement former que par la transmission du savoir qu’elle produit et dont elle est dépositaire. Ce savoir est parfois très pratique, y compris dans des champs disciplinaires qui pourraient paraître improductifs, mais il demeure intimement lié à l’activité du chercheur. Ce lien indissoluble entre recherche, enseignement et diplôme doit être restauré et conduire à l’abandon de l’idée selon laquelle l’université pourrait tout enseigner. Elle ne doit plus être vue comme le prolongement naturel de l’éducation nationale, destinée à accueillir toute la jeunesse française, prétendument capable de tout enseigner et de tous les former. A contrario, elle doit s’ouvrir à nouveau sur la société et s’adresser à tous, jeunes et moins jeunes, indépendamment de la question de la délivrance d’un titre national qui viendrait systématiquement sanctionner ses formations. L’univers de la formation aujourd’hui regorge de méthodes de certifications et autres techniques qui attestent de l’enseignement ou de la formation reçue, de manière plus souple, moins contraignante et souvent bien plus pertinente que les diplômes nationaux. Les universités doivent investir massivement ce champ afin de valoriser les domaines de recherche de ses enseignant∙es-chercheur∙es et au contraire délaisser les multiples formations pour lesquelles elles n’ont d’autres compétence que leur capacité à faire appel à des formateurs extérieurs ou à forcer leurs propres enseignant∙es.

      Le diplôme national, avec son cadre nécessairement rigide et l’indispensable harmonisation des formations qui le délivrent, doit retrouver sa juste place, c’est-à-dire celle d’un titre donnant accès à des professions, des métiers ou des formations qui ne peuvent être exercés ou suivies par quelqu’un qui n’en serait pas titulaires. Ainsi, la santé, la justice ou encore l’enseignement sont des activités qui peuvent supposer une certaine uniformité du savoir transmis aux futurs acteurs. C’est à la fois lié à la nature de l’activité et à sa prise en charge par la communauté. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer, qu’à l’exception notable de la formation médicale qui peut intégralement avoir lieu au sein de l’université grâce aux centres hospitaliers universitaires, de nombreuses activités réglementées requiert le passage d’examens et de formations à l’extérieur de l’université, comme pour les professions juridiques (avocats, notaires, juges…) ou l’enseignement. En revanche, le diplôme national, n’a, dans de très nombreuses situations, aucune utilité : ainsi des milliers de métiers les plus divers peuvent légalement s’exercer sans devoir exhiber de titre. Malgré cela, le diplôme national s’est progressivement imposé comme la forme normale de certification d’une formation d’enseignement supérieur au détriment de la diversité et surtout de la qualité réelle des formations dispensées. Il ne garantit évidemment aucune forme d’égalité entre étudiant∙es provenant d’établissements universitaires différents mais donne au contraire lieu à des formes de concurrence malsaine entre établissements : certains choisissant de limiter l’attribution du diplôme afin de garantir la « qualité » du titre délivré par l’université tandis que d’autres facilitent cette obtention afin d’attirer des candidats. Le marché de l’emploi n’est pas dupe de cette réalité et sait parfaitement établir sa propre échelle de valeur des formations délivrées par les établissements universitaires. Aussi, faire croire que le diplôme est le même quelle que soit l’université qui le délivre consiste à entretenir une fiction à laquelle plus personne ne croit et qui finit non par valoriser la formation moins qualitative mais à faire perdre son sens au diplôme national.


      *

      La crise actuelle permet de penser le basculement. La fermeture des universités les a inévitablement réduites à ce qu’elles sont essentiellement : une communauté de chercheurs et d’enseignant∙es au service des étudiant∙es. Pour beaucoup, ils se démènent pour permettre à leur enseignement d’exister malgré les circonstances, pour continuer à transmettre mais aussi à apprendre. La transmission et la circulation du savoir résiste alors que tout le reste s’est effondré en quelques heures suivant le confinement. Cela n’aurait pas été possible, le plus souvent, sans l’implication active des services informatiques pédagogiques qui ont dans de nombreux cas remarquablement relevé le défi et ont efficacement épaulé des milliers d’enseignant∙es et d’étudiant∙es. Cette extraordinaire et héroïque résistance de ce qui constitue l’âme de l’université, sa fonction première de sauvegarde et de transmission du savoir, est un trésor sur lequel construire l’avenir.

      https://academia.hypotheses.org/23753

  • Rentrée 2020 : #Vidal à la pêche aux moules

    Voilà près de deux semaines que la rumeur court (https://twitter.com/ChRabier/status/1255538859137478656?s=20]).

    Sur Twitter, on lit des choses comment en réunion d’UFR, on nous a dit qu’on pourrait reprendre avec des TD de 15 ; ou nous ne pourrions pas reprendre en présentiel, ou encore :

    ou encore

    Un doyen nous assure que la veille en comité de direction, rien n’avait filtré, en dépit d’une demande insistante ; un autre collègue le contredit : « Nous, on l’a su sur le mode « j’ai interdiction de vous dire que… », notre Président ayant reçu une lettre cette semaine ». Les échanges allaient bon train, jusqu’à jeudi soir.

    Jusqu’à cette date, nous ne craignions pas des scénarios pour une rentrée de pandémie : présentiel, présentiel mixte, distanciel, rentrées décalées, etc. En bon∙nes professionnel∙les, en effet, nous souhaitons pouvoir anticiper et préparer, afin que la sidération de mars ne devienne pas cafouillage de septembre. Nous tenons à ce que nos étudiant es soient correctement formés, qu’ielles aient accès aux connaissances et aux méthodes que nous souhaitons leur transmettre, quitte à réfléchir plus longuement aux dispositifs qu’il nous faut imaginer et à demander les moyens dont nous – et dont les étudiant∙es – avons besoin.

    En revanche, nous ne souhaitons pas une gestion gouvernementale telle qu’elle a commencé : mesures non-urgentes en lieu et place de gestion de l’épidémie ; défaut de budget supplémentaire pour lutter contre la pandémie et pour continuer à assurer nos missions1 ; communication en lieu et place de consultation et d’administration. Notre énergie n’était-elle pas encore consacrée cette semaine à régler les problèmes d’examens, voire à faire voter les modalités du contrôle de connaissance modifiées par l’état d’urgence sanitaire. Il était temps de disposer de perspectives solides pour la rentrée.

    C’est raté. Faute d’utiliser la voie officielle et hiérarchique, la Ministre jette son dévolu sur le Parisien en édition abonnés pour distiller des « informations » discutables. De quoi mettre nombre d’entre nous, du professeur en mathématiques à la maîtresse de conférences en littérature, en passant par des directeurs d’UFR, « en rage ».

    Le plan de #déconfinement du #MESRI nous était parvenu officiellement mardi 5 mai 2020, soit deux jours avant. Il prévoit que nous serions informé∙es mi-juin des dispositions pour la rentrée. Mi-juin : c’est vraiment limite ; on aurait aimé avoir eu idée des grandes lignes ou des possibilités étudiées dès maintenant. Mais c’est le rôle de l’administration d’informer les agents de l’enseignement supérieur. Ce n’est pas celui d’une journaliste.

    C’est pourtant Le Parisien en mode péage qui publie notre première circulaire de rentrée. Pourquoi Le Parisien ? On ne saura pas, mais la plupart des titres ont, depuis, repris les informations délayées au compte-goutte dans l’interview. L’opération de communication laisse entendre un travail étroit avec les présidences d’universités. Elle a un but : elle vise à court-cuiter toutes les instances universitaires, les directions opérationnelles des UFR et les organisations syndicales, qui ont pourtant voix à porter au chapitre et qui seront en première ligne à la rentrée.

    Que dit Frédérique Vidal ?

    Après des banalités sur les examens – les universités ont fait beaucoup, et elles font toujours beaucoup – et sur les concours en présentiel cet été – masques ou pas masques – la Ministre est interrogée sur les « amphithéâtres bondés ».

    Nous avons demandé aux établissements de prévoir que les #cours_magistraux puissent être offerts à distance. Ils sont en train de regarder si c’est possible. On se prépare à plusieurs scénarios mais avec une ligne : les dates de la rentrée ne seront pas décalées.

    Que faut-il entendre ? Ce qui est non-négociable, ce n’est pas la qualité de la formation, c’est la #date_de_la_rentrée. « Les cours magistraux [seront] offerts à distance » : l’enseignement n’étant pas un #service, les enseignant∙es-chercheur∙ses « n’offrent » pas des cours, mais assurent un #enseignement. Or c’est l’ensemble de la #pédagogie qu’il faut revoir, en concertation. Cela prend du temps et requiert des moyens. Nous n’aurons donc ni l’un ni les autres.

    La question de la journaliste qui suit semble venir directement de la bouche de la Ministre.

    Est-ce que les #cours_à_distance vont rester pour de bon à l’université, même après la crise ?

    Il est déjà classique de proposer des #enseignements_hybrides, où une partie se fait à distance. Que l’on puisse franchir un pas supplémentaire pour les cours magistraux, les équipes y réfléchissent. Mais on n’apprend pas uniquement dans des livres ou sur ordinateur. Il faut des interactions avec les enseignants. C’est essentiel.

    Non : il n’est pas classique de proposer des enseignements hybrides, si cela veut dire suppression de cours magistraux. Certes, nous n’avons pas attendu ce Ministère pour développer des stratégiques pédagogiques sophistiquées, reposant sur l’enquête de terrain2 ou les tutoriels vidéo, par exemple. Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. Les cours magistraux s’avèrent une entrée indispensable à la matière, à la curiosité, aux savoir-faire, des compétences rhétoriques, une entrée d’autant plus réussie qu’ils reposent sur les épaules d’enseignant∙es chevronné∙es. Les travaux dirigés le sont tout autant et demandent souvent davantage de travail, même s’ils sont moins rémunérées. Il faudait donc d’abord nous laisser, nous – enseignant∙es-chercheur∙ses, doyen∙nes de faculté, directions de diplômes – nous laisser organiser une #nouvelle_pédagogie, quitte à aménager les amphithéâtres et les salles de TD, afin qu’étudiant∙es et enseignant∙es soient satisfait∙es de la formation dispensée3.

    Notre trravail repose sur celui — absolument essentiel — des personnels administratifs, et notamment des collègues de la scolarité. Ces personnes — très majoritairement des femmes — ont assuré depuis le début de l’année déjà, et dans des conditions de travail difficile depuis le confinement , un travail remarquable pour que nos étudiant·es connaissent une scolarité aussi normale que possible, en répondant de surcroît aux nombreuses questions qu’ils ou elles pouvaient avoir. Dans un scénario « On ne change pas la date de la rentrée » qui prévoit donc la clôture de Galaxie le 1er juillet, puis la préparation de la rentrée et la finalisation administrative pour les enseignant·es-chercheur·ses pour le 10 juillet, que ces collègues continuent de travaillent sans repos pour assurer un caprice de ministre4.

    Jusqu’à hier soir, nous universitaires n’avions donc aucune idée claire des scénarios que préparait le Ministère. Nous savions déjà que ce n’était pas la note qui faisait la qualité d’un diplôme mais la formation dispensée. Nous savons désormais que ce n’est pas la date de rentrée qui doit prévaloir mais la préparation et la coordination. Nous avons deviné que nous allons préparer cette rentrée seul∙es. Pendant que la Ministre ira visiter les plages.

    Lien :
    Universités : la ministre annonce « des cours à distance à la rentrée », par Christel Brigaudeau, Le Parisien, 7 mai 2020, 20h44 : http://www.leparisien.fr/societe/universite-la-ministre-annonce-des-cours-a-distance-a-la-rentree-07-05-20

    #septembre_2020 #rentrée_2020 #rentrée_universitaire #Frédérique_Vidal #fac #ESR #université #facs #France

    • Universités : la ministre annonce « des cours à distance à la rentrée »

      Afin d’éviter les amphis bondés, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a demandé aux facs de prévoir des dispositifs spéciaux en septembre.

      Alors que s’ouvre la période des examens et concours, les universités planchent déjà sur un autre épineux chantier : celui d’une rentrée universitaire dans laquelle, consignes sanitaires oblige, les amphis bondés n’auront vraisemblablement plus le droit d’exister. Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, annonce avoir demandé aux établissements de faire durer les cours magistraux à distance. Elle revient aussi sur cette fin d’année si particulière pour les jeunes, et si délicate pour les plus précaires.
      Les partiels débutent alors que les universités sont fermées. Quelles formes prennent-ils ?
      FRÉDÉRIQUE VIDAL. Les établissements ont fait des choix différentsselon les disciplines et les facultés. Des examens se font sous forme de remise de devoir ou de rapport à la maison. Certains ont choisi d’organiser des oraux par visioconférence, d’autres proposent des tests en ligne. Dans l’immense majorité des cas les choses ne se feront pas en présentiel.
      Des étudiants s’inquiètent d’une rupture d’égalité dans les partiels télésurveillés. Les universités doivent-elles renoncer à ces dispositifs pour éviter que des jeunes soient lésés pour des questions techniques ou sociales ?
      J’ai demandé qu’on vérifie qu’aucun étudiant ne soit lésé par ces circonstances particulières. Les universités ont identifié les étudiants qui ont du mal à accéder aux ressources en ligne, elles les ont contactés. Parfois, elles ont pris en charge des clés 4G, des prêts d’ordinateurs… Il n’y a que dans la plus grande proximité que l’on peut faire en sorte que les épreuves se déroulent le mieux possible.
      VIDÉO. Confinement : les écoles rouvriront à partir du 11 mai, mais pas les universités
      A quoi vont ressembler les examens et concours prévus cet été en présentiel ?

      Nous préparons sous l’égide des autorités sanitaires un vade-mecum de consignes qui doivent être scrupuleusement suivies par les organisateurs des épreuves. Par exemple, il faudra sans doute prévoir des salles avec plusieurs entrées et un parcours particulier pour que les candidats puissent rejoindre leur place, sans se croiser. Il y aura un minimum d’un mètre entre chaque table et la possibilité pour les étudiants qui ont des besoins particuliers, pour des raisons de santé par exemple, de composer à l’écart. Ces consignes pourront être adaptées en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.
      C’est-à-dire ?
      Les organisateurs de concours sont en train de préparer les épreuves, notamment en ce qui concerne le choix de lieux qui permettent l’application de ces consignes et de préserver la sécurité des candidats et des surveillants.
      Les étudiants devront-ils composer masqués ?
      Ils devront porter un masque pour entrer dans les salles. Ensuite, l’espacement des tables leur permettra de l’enlever s’ils le souhaitent.
      Les amphis bondés qu’on connaît dans plusieurs formations, comme en droit, vont-ils perdurer en septembre ?
      Nous avons demandé aux établissements de prévoir que les cours magistraux puissent être offerts à distance. Ils sont en train de regarder si c’est possible. On se prépare à plusieurs scénarios mais avec une ligne : les dates de la rentrée ne seront pas décalées.
      Est-ce que les cours à distance vont rester pour de bon à l’université, même après la crise ?
      Il est déjà classique de proposer des enseignements hybrides, où une partie se fait à distance. Que l’on puisse franchir un pas supplémentaire pour les cours magistraux, les équipes y réfléchissent. Mais on n’apprend pas uniquement dans des livres ou sur ordinateur. Il faut des interactions avec les enseignants. C’est essentiel.
      Ceux qui avaient prévu des études à l’étranger à la rentrée pourront-ils partir ?
      On ne sait pas ce que vont faire l’ensemble des universités dans le monde à la rentrée de septembre. Nous devons être prudents et envisager d’organiser les mobilités hors espace européen plutôt au 2e semestre qu’au premier. Cependant, là où existent des partenariats entre universités et si les sites partenaires sont ouverts et accessibles en toute sécurité, les mobilités devraient pouvoir se tenir.

      Combien d’étudiants sont en difficulté financière ?
      Les Crous nous indiquent qu’environ 10 % ont perdu leur job du fait du Covid-19. Plus généralement, 20 % d’étudiants sont en situation de précarité, et 40 % touchent des aides de l’Etat. Depuis le début de la crise, plusieurs paliers d’aides supplémentaires ont été mis en place. Par exemple, 7 millions d’euros ont été distribués directement par les établissements depuis mars. Comme l’a annoncé le Premier ministre, une aide supplémentaire de 200 euros par étudiant en difficulté du fait de la crise va être versée dans les prochaines semaines.
      Qui pourra en bénéficier ?
      Elle concerne ceux, boursiers ou non boursiers, qui étaient en stage rémunéré obligatoire ou en emploi au 1er mars, et qui travaillaient au moins 32 heures par mois, ainsi que les étudiants ultramarins isolés en métropole. Il faudra, pour en bénéficier, se connecter sur le site etudiant.gouv.fr, à partir de mardi. On estime qu’elle pourrait toucher 400 000 étudiants.
      Cette aide sera-t-elle reconduite pendant l’été ?
      Je ne peux pas vous le dire. Pour l’instant, il faut que les étudiants se saisissent de ce guichet, qui représente 80 millions d’euros.
      L’étudiant qui avait tenté de s’immoler devant le Crous de Lyon, pour protester contre la précarité étudiante, est sorti du coma. Avez-vous eu de ses nouvelles ?
      Nous prenons de ses nouvelles, notamment par l’université et par le Crous. Je suis évidemment extrêmement soulagée, pour lui et sa famille.

      http://www.leparisien.fr/societe/universite-la-ministre-annonce-des-cours-a-distance-a-la-rentree-07-05-20

      #paywall (eh oui...)

  • UNIS cancels all courses in 2020

    The management at UNIS has carried out a thorough analysis of what “new” normal situation we can aim for this fall. An important element of this analysis has been safety. UNIS will make every effort to ensure that those already present at the institution can be here with minimal risk of Covid-19 infection. UNIS’s corporate social responsibility is also emphasized in this context.

    The management has therefore decided that no ordinary admission to any scheduled courses for summer and autumn 2020 will be conducted. In other words, these courses are cancelled. The main emphasis for the remainder of 2020 will be to attend to the students and staff already at UNIS today, as well as the admission of a small number of individual students (guest master- and guest PhD students) who may come to Svalbard and perform fieldwork for their theses in a safe manner.

    The risk of Covid-19 infection is kept at such a low level that it is likely that we can keep UNIS open throughout the fall semester. This will enable us to continue our research activities and mentoring graduate and post-graduate individual students who are developing a research career at UNIS, as well as carrying out important development tasks at the institution.

    UNIS manages a portfolio of research projects of about NOK 40 million in 2020. We will do our very best to ensure progress on our research deliveries. The same applies to securing long time series with observations for monitoring climate, environment and natural hazards. This must be done within infection protection measures at any given time.

    We will strengthen our HSE work with a health care worker in a one-year temporary position to ensure training in – and compliance with – infection protection measures, and to provide training and follow-up for staff and students. As long as we have no Covid-19 infection on the island, the room for manoeuvre is greater than what we utilize today. Opportunities for switching between home office and work office in the Svalbard Science Centre will be assessed on an ongoing basis. This assessment becomes possible with a professional health worker at the institution.

    Despite these challenging times, UNIS will continue to contribute to important education in -and research on – Arctic conditions in the year ahead. And we will continue to contribute to the social development of Longyearbyen and Svalbard in line with the overall goals of Norwegian Svalbard policy. Among other things, we will further develop the Arctic Safety Centre so that we can offer relevant education in Arctic safety, practical courses for the local business community and be a competence centre for the local community in Longyearbyen.

    And when we have put behind us all the challenges we now face, we have all become effective users of digital meeting places, which will save a great deal of time and improve the quality of life for busy families and contribute to a better climate with less travel activity.


    https://www.unis.no/unis-cancels-all-courses-in-2020
    #septembre_2020 #rentrée_2020 #rentrée_universitaire #coronavirus #covid-19 #université #Norvège

    • Cambridge University moves all lectures online until summer 2021

      Institution first to announce virtual teaching for next academic year.

      https://i.guim.co.uk/img/media/1db0d69bd86163f5b01f53c52c99135281479521/0_8_3500_2101/master/3500.jpg?width=605&quality=45&auto=format&fit=max&dpr=2&s=23e323cfc52f4f17

      Cambridge has become the first university to set out measures for the full 2020-21 academic year, announcing that it will move all “face-to-face lectures” online for the duration. The institution added that it was “likely” social distancing would continue to be required.

      The university said lectures would continue virtually until summer 2021, while it may be possible for smaller teaching groups to take place in person if it “conforms to social-distancing requirements”.

      A spokesman said: “The university is constantly adapting to changing advice as it emerges during this pandemic. Given that it is likely that social distancing will continue to be required, the university has decided there will be no face-to-face lectures during the next academic year.

      “Lectures will continue to be made available online and it may be possible to host smaller teaching groups in person, as long as this conforms to social-distancing requirements. This decision has been taken now to facilitate planning, but as ever, will be reviewed should there be changes to official advice on coronavirus.”

      All teaching at the university was moved online in March. Exams are being carried out virtually.

      It comes after the Office for Students (OfS), the higher education regulator, urged universities not to promises students that everything will return to normal in the autumn term if this is not the case.

      Addressing a virtual education select committee on Monday, Nicola Dandridge, chief executive at the OfS, said students should be told what kind of experience they will receive in advance of accepting offers.

      https://www.theguardian.com/uk-news/2020/may/19/cambridge-university-moves-all-lectures-online-until-summer-2021

      #Cambridge #UK #Angleterre

  • Imaginer la suite – édito #3 de la #Confinée_Libérée

    La conférence de presse d’#Edouard_Philippe du 19 avril s’est grandement approchée de l’absurde. Tout juste avons-nous pu en tirer une confirmation : ce gouvernement navigue à vue et son utilité est incertaine. Depuis le début de la crise du #Covid-19, le mieux qu’il fasse (trop rarement hélas) c’est de relayer les analyses et décisions de personnes compétentes (chercheur·ses, médecin·es, soignant·es, etc.) auprès d’autres, qui devront les mettre en œuvre. Le plus souvent, malheureusement, il est une force de #nuisance, qui empêche que les #bonnes_décisions soit prises.

    Les enseignant·es du primaire et secondaire ont appris les modalités de la #reprise_des_classes en lisant dans la presse les compte-rendus de l’intervention de Jean-Michel #Blanquer à l’Assemblée : “la profession n’en peut plus de découvrir par surprise ce qui se décide sans elle” dénonce Stéphane Crochet, comme bien d’autres.

    A l’#université, là encore ce sont les verrous hiérarchiques et l’incapacité à prendre des décisions claires qui pénalisent tant les travailleur·ses que les étudiant·es. A ce titre, le silence de #Frédérique_Vidal est éloquent : elle profite du #confinement pour faire passer discrètement des mesures qui renforcent les dynamiques de #précarisation et de #privatisation de l’université et de la recherche (https://universiteouverte.org/2020/04/15/appel-solennel-a-cesser-de-prendre-toute-mesure-non-urgente-en-pe).

    Alors que de nombreux·ses étudiant·es vivent actuellement dans des conditions terribles (https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/21/a-villeneuve-d-ascq-les-etudiants-a-l-abandon_6037293_3224.html), le ministère et la majorité des présidences continuent à faire #comme_si_de_rien_n’était. Il faut que des examens se tiennent à distance, coûte que coûte, et peu importe que cela ajoute aux souffrances des étudiant·es qui affrontent les situations les plus difficiles et que les #inégalités flambent. Refusons les #examens_en_ligne et signons la pétition nationale (https://universiteouverte.org/2020/04/08/non-aux-examens-en-ligne-qui-creusent-les-inegalites-dans-lenseig) !

    Les travailleur·ses sont également malmené·es par cette “gouvernance” qui en fait de simples pions. Comment pour les #écoles, #collèges et #lycées, les conditions du #déconfinement dans les #facs et labos sont pour le moins floues ce qui laisse craindre le pire, tant sur les plans sanitaires que sociaux. Pour connaître les difficultés rencontrées par les #précaires et y faire face collectivement, des outils de recueil de #témoignages (https://universiteouverte.org/2020/04/09/allo-precaire-confine%c2%b7e) et une #enquête en ligne (https://universiteouverte.org/2020/04/21/enquete-militante-sur-les-conditions-de-vie-et-de-travail-des-doc) ont été mises en place.

    Dans cette période difficile, il est plus que jamais nécessaire de prendre soin les un·es des autres, ainsi que de nos collectifs militants. Nous continuons à organiser la #solidarité, notamment avec des caisses qui permettent une #solidarité_économique (https://universiteouverte.org/2020/04/13/la-confinee-liberee-reprend-son-souffle), mais également avec des #distributions_alimentaires, qui se multiplient à Saint-Denis (https://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/aide-alimentaire-etudiant-es-paris8), Paris (https://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/solidarite-alimentaire), Lyon (https://www.helloasso.com/associations/association-lyf/formulaires/3) ou encore Bordeaux (https://www.leetchi.com/c/solidarite-continuite-alimentaire-bordeaux).

    Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer ce que seront l’université et la #recherche dans les prochains mois. Dans quelles conditions la #rentrée 2020 pourra-t-elle avoir lieu ? Comment organiserons-nous nos #luttes après le déconfinement, alors que “l’#urgence_sanitaire” se prolongera, et interdira sans doute les rassemblements ? Quelles stratégies de luttes collectives pourrons-nous élaborer avec les autres secteurs, en particulier les autres services publics ?
    D’ores et déjà, il nous faut reprendre les discussions au sein de nos collectifs pour préparer une rentrée universitaire et sociale à la hauteur des défis qui nous font face ! A défaut de nous réunir rapidement pour une troisième coordination nationale, nous ferons en sorte, dans les prochaines semaines, d’échanger tou·tes ensemble grâce aux outils numériques.

    Plus que jamais, nous avons besoin de la force de nos imaginations. C’est pourquoi la Confinée Libérée vous propose une dystopie où la réalité rejoint la fiction : découvrez les Chroniques d’une apocalypse universitaire annoncée (https://universiteouverte.org/2020/04/20/chroniques-dune-apocalypse-annoncee-prologue). Bonne lecture !

    https://universiteouverte.org/2020/04/22/imaginer-la-suite-edito-3-de-la-confinee-liberee
    #septembre_2020 #examens #le_monde_d'après #rentrée_2020

  • Boston University Is First To Announce It May Postpone Its Fall Term Until January 2021

    Boston University appears to be the first American college or university to announce that it may not re-open its campus until January 2021. If public health officials deem it unsafe for students to congregate, the campus could remain closed until the start of next year.

    BU, a private residential research university with 33,000 students that traces its roots to 1839, revealed its contingency plan on BU Today, a news site managed by its communications department. Since it closed its campus on Sunday, March 22, BU president Robert Brown has convened five working groups who are all contributing to a COVID-19 “Recovery Plan.” They include a group that is examining remote learning and another focused on residential life.

    The BU Today article says the January start date would happen in the “unlikely event” that health officials advise that social distancing should extend through the fall. But it is still significant that a major U.S. university is making public the possibility that face-to-face classes could be delayed for as long as nine months. BU has also canceled all its in-person summer classes.

    Richard Ekman, president of the non-profit Council of Independent Colleges, says that some of the 659 colleges in his group have begun quietly to consider whether they too will have to postpone campus openings. Some are discussing start date delays of a month. Others are looking at more extended closures. “They’re all waiting to get better health information,” he says.

    Roughly one third of those small colleges have cash reserves that would be depleted in less than half a year if they were not able to collect tuition and other revenue from enrolled students. “If they had no income for six months, those schools would be in trouble,” he says.

    Even if colleges can reopen in the fall, enrollments are likely to be down since many families have taken a huge financial hit and students may opt to delay college or to attend less expensive public or community colleges.

    At BU, the working groups are also examining what will have to happen when on-campus classes can finally resume. “[T]his is not going to be as simple as flipping a switch and getting back to business as usual,” says BU President Brown. “Starting that planning now is a necessity.”

    https://www.forbes.com/sites/susanadams/2020/04/13/boston-university-is-first-to-announce-it-may-postpone-its-fall-term-until-january-2021/#1b030ce84bd5

    #septembre_2020 #janvier_2021 #université #USA #Etats-Unis #ouverture #Boston #septembre_2020 #rentrée_2020 #rentrée_universitaire
    Le #déconfinement... c’est pas pour tout de suite tout de suite...

    • Boston University admits classrooms may stay empty in fall

      University sets focus on 2021 and ponders idea of overhauling residential experience.

      Boston University (BU) is telling its community to prepare for the possibility of no on-campus instruction this fall, a blunt warning its president calls a necessary admission of reality, to allow for proper planning.

      The mindset, said the BU president, Robert A. Brown, is helping his staff keep their focus on the preparations that matter most at a time of great uncertainty across higher education, the nation and the world.

      “Facing up to that fact, I think, is important at this time,” Dr Brown, a former provost at the nearby Massachusetts Institute of Technology, who has led BU since 2005, said in an interview.

      It is nevertheless raising anxiety, he admitted, at a time when students, faculty and almost everyone in society is eager for a return to normalcy, while trying to assess the relative costs of a bunkered civilisation.

      For the most part, US universities are still consumed by the unexpected challenges of moving their entire spring semester operations online, while perhaps talking in general terms about evaluating options for the fall.

      A professor of chemical engineering, Dr Brown said he took a hard look at the realities of fighting Covid-19 and the necessary conditions for normal close human contact.

      He concluded that the nation’s current progress against Covid-19 meant that BU could not realistically host on-campus courses this summer and possibly this fall. As a result, it is keeping classrooms closed through this summer while holding out a fall reopening as a possibility. That position clears the way, he said, for BU to seriously begin reimagining the concept of a residential campus once the pandemic eases enough to allow some in-person instruction, with promises to set out specific details.

      In practical terms, Dr Brown said, BU’s assessment process means considering tactics such as reconfiguring classrooms to hold far fewer students, with course time divided into online components and smaller in-class periods.

      In somewhat more abstract terms, he said, the process means gaining a greater appreciation for faculty-student interactions and considering how to take the best possible advantage of them when they can occur.

      By examining details such as touching doorknobs and sharing bathrooms, Dr Brown said, BU’s planners will unavoidably have to ask themselves what level of ongoing infection rate is acceptable while awaiting a vaccine. “That really is the fundamental question,” he said, “because it’s not going to be zero.”

      The pressures on higher education, as with much of the rest of the economy, are substantial. US colleges and universities are especially vulnerable, Moody’s Investors Service said in a global analysis, because they rely so heavily on state funding, foreign students and endowment investments that have been hurt by paralysed economies.

      The US institution with the biggest endowment, Harvard University, has just joined the growing number of campuses that have frozen spending, announcing a hold on hiring, salaries and capital spending, with pay cuts for top executives. Its president, Lawrence Bacow, has acknowledged being consumed by the need to decide about the fall semester while “a tremendous amount of uncertainty” remains globally.

      Dr Brown said he, too, cannot predict the shape of the fall semester, owing to major medical questions such as the future availability of widespread testing for Covid-19.

      But he suggested that US colleges could be clearer to their communities about what simply isn’t possible at this point, and what some of their main choices look like, even while he admitted that broaching the idea of spending the fall semester outside classrooms appears to have amplified fears at BU in the short term.

      “There’s a risk with it,” he acknowledged. “And I think a lot of universities say: ‘Well, there’s a real risk of giving uncertainty by saying you don’t know the answer and exposing yourself.’”

      https://www.timeshighereducation.com/news/boston-university-admits-classrooms-may-stay-empty-fall

      #coronavirus #covid-19

    • Here’s a List of Colleges’ Plans for Reopening in the Fall

      The coronavirus pandemic has left higher-education leaders facing difficult decisions about when to reopen campuses and how to go about it. The Chronicle is tracking individual colleges’ plans. Currently the vast majority say they are planning for an in-person fall semester.

      Here’s our list of colleges that have either disclosed their plans or set a deadline for deciding. New additions include Abilene Christian, Arizona State, Bradley, Central Michigan, Coastal Carolina, Drake, Fairfield, Harding, High Point, Kansas State, McMurry, New Mexico State, Northern Arizona, Norwich, Tarleton State, and Willamette Universities; Bowdoin, Manhattanville, Mount Holyoke, Oberlin, and Roanoke Colleges; and the Universities of Buffalo, Massachusetts at Amherst, Nevada at Reno, and Toledo.

      Tell us your college’s plans or if they are different than reported below. Use this form and provide a relevant link if you want your institution to be included.

      https://www.chronicle.com/article/Here-s-a-List-of-Colleges-/248626?cid=wcontentgrid_hp_1b
      #liste

  • Scénarios de #déconfinement de l’#école à l’#université : #septembre, est-ce si loin ? Une synthèse à J+21

    Si l’heure est à l’espoir d’un déconfinement, les modalités de ce dernier sont loin d’être connues. Tant que le remède miracle, le vaccin ou même des tests sérologiques fiables (pour vérifier la fameuse immunité de groupe) ne seront pas disponibles, la situation ne pourra en rien revenir à la « normale ». Aussi, envisager la rentrée, même en septembre, passe par une multitude de scénarios à rêver en amont, afin d’imaginer quel arc narratif nous allons emprunter dans quelques mois : autrement dit, se reposer sur un retour à la normal me semble aussi illusoire que d’imaginer les pires des scénarios (dans lequel nous sommes d’ailleurs en ce moment !).

    Pour ma part et à ce jour dimanche 5 avril (J+21 de confinement), je suivrai donc le scénario sans plus d’aide médicale que celle que nous avons maintenant. C’est le scénario le plus pessimiste. Mais il peut se mélanger avec d’autres événements positifs qui viendraient l’assouplir. Je ne parlerai pas des évaluations, examens ou concours, j’évoquerai juste l’organisation concrète et matérielle des retours en classe à partir d’une revue de presse et informations en provenance de contacts en Europe (Belgique, Italie, Espagne) et en Chine.
    Que savons-nous des zones qui commencent le déconfinement scolaire dans le primaire et le secondaire (Chine principalement) ?

    Voilà trois semaines qu’élèves et étudiant-es ont été plongé-es de force dans une « école / université à la maison » et déjà, beaucoup espèrent ardemment un retour dans des salles de classe. Alors que la Chine a pris des mesures drastiques face au Covid-19 depuis fin janvier, où en sommes-nous deux mois après ? Sur un territoire qui fait 15 fois la France et dont la population est 20 fois plus importante, toutes les zones ne sont pas touchées de la même façon. En particulier Wuhan identifiée comme « community spread of covid », ressemble fort à certaines zones européennes actuelles. Il faut savoir qu’en dehors du Hubei (province de Wuhan), les cas ont été présumés tracés et pistés, une doctrine appliquée également à Taïwan ou Hong Kong par ex. Je laisse en tirer les conclusions sur le statut de Paris et la France dans cette configuration.

    Des éléments venus de Chine donnent déjà quelques indications sur ce qui est possible en ce qui concerne les réouvertures d’écoles[1]. Regardons d’abord quelques informations données par la presse en français (Euronews, 17 mars) à propos d’une école (primaire apparemment) située dans une zone à faible taux de contamination (donc l’Ile de France et le Grand Est, ne rêvez pas trop). On y retrouve ces éléments d’organisation de classe :

    https://www.youtube.com/watch?v=GLO80bdw6vI&feature=emb_logo

    Un autre article en anglais (repris par la BBC, 17 mars) précise encore les modalités de reprise avec des repas servis individuellement, des bus scolaires avec des trajets adaptés, et une rentrée placée sous le signe de l’apprentissage des gestes de protection.

    Les campus sont également fermés pour éviter des contaminations extérieures ce qui signifie concrètement que les lycéens sont en internat et que des universités ont actuellement à disposition des dortoirs – cités universitaires en Chine.

    D’après mes informations directes croisées et lectures d’articles (cf. liens indiqués), certain-es lycéen-nes de zones épargnées sont de retour en classe et doivent prioritairement :

    Porter des masques
    Maintenir la distanciation sociale
    Manger à des horaires différents
    Prendre leur température trois fois par jour
    Respecter très strictement les gestes barrière (ainsi que leur famille)

    Par ailleurs, les enseignant-es font cours avec des masques. Comme vous l’avez sûrement déjà vu, les citoyen-nes chinois-es sont suivis par QR-codes qui leur permettent l’accès aux bâtiments et commerces en fonction de leur « certificat de santé ». Ces mesures s’appliquent aussi pour l’accès aux écoles et campus.

    On comprend donc que la politique chinoise repose principalement sur la prévention avec trois mesures principales : port du masque, distanciation sociale et surveillance constante de la température. On peut ajouter suivi par certificat, qui est une mesure structurelle du régime, pour l’heure pas envisagée par la France.
    Cela semble facile ? Non. Car soumis à conditions. Tour d’horizon

    En effet, la doctrine chinoise de réouverture implique qu’il n’y ait eu AUCUN cas ajouté en 30 jours. Cette simulation par ordinateur (en date du 29 février 2020) explique comment un virus (pas forcément le Covid, et on sait que le Covid est très virulent) se propage en milieu scolaire. On en a vu de très belles, je préfère celle-ci, plus explicite et concrète. C’est très simple. Elle présente quatre scénarios possibles en cas d’ouverture d’une école et un seul cas importé :

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=yVDVtAoC-FM&feature=emb_logo

    sans masque ni mesure,
    avec masque,
    avec confinement des cas,
    avec confinement des cas et des autres élèves.

    Dans tous les cas, tout le monde se retrouve contaminé à J+7 environ et la conclusion est : on ne peut pas ouvrir l’école sans risque de contaminer tout le monde.

    L’Agence chinoise de contrôle commun des mécanismes de prévention (traduction approximative) a répondu à des questions de journalistes lors d’une conférence de presse au sujet des réouvertures d’écoles (31 mars) :

    https://www.youtube.com/watch?v=KObIkhAOwmA&feature=emb_logo

    Elle signale à la 12e minute que c’est le contrôle de la pandémie qui permettra ces réouvertures (notamment à travers l’hébergement et la mise en place des mesures de précautions).

    Les écoles doivent être prêtes à une potentielle apparition de cas et faire remonter les informations en temps réel. Au sujet des masques, le port serait plutôt recommandé en classe et pas en plein air.

    À la 20e minute, une journaliste pose la question de la réouverture des universités, en particulier pour les personnels et étudiant-es qui doivent faire des manipulations en laboratoire. En réponse, à partir du 1er avril, des universités vont rouvrir progressivement en fonction des régions.

    L’approche recommandée est « layered » c’est-à-dire graduelle : d’abord reviendront « les graduates et les scientifiques liés à des projets ». Aussi, les retours des étudiant-es seront conditionnés au degré de « risque » de leur région d’études et d’origine (ceux en provenance de régions fort frappées devront attendre). C’est apparemment ce groupe-témoin qui va servir à mettre en place des protocoles de protection avec des règles très strictes, liées aussi aux besoins scientifiques des recherches. Mais l’ouverture de l’université suit la même logique que les écoles primaires et secondaires : elles ne peuvent rouvrir que si l’épidémie est « controlled », que les « school arrangements have been prepared » et que les « safe guarding manners are in place »[2].

    Le responsable rappelle aussi de façon très stricte le besoin impérieux des universités et localités de préparer en amont des « plans de réponse d’urgence » spécifiques et différents des écoles (i.e. une fois un cas identifié : que fait-on ?).

    Aussi, alors que la rentrée universitaire devait avoir lieu ce printemps en Chine, très peu d’universités ont annoncé des ouvertures, et dans des conditions très strictes et limitées, on le voit. Tout se passe en distanciel et probablement en sera-t-il ainsi pour le semestre entier, en particulier pour les premiers cycles. Nous devons également en Europe il me semble envisager cette option même pour septembre, sachant que les campus français, souvent multi-sites et en ville, ne sont pas compatibles avec une isolation de la population étudiante (et qui travaille à côté).

    Côté italien (dans un article de La Stampa, du 3 avril), il est surtout question dans la presse des examens et du bac, avec des sessions complémentaires envisagées en septembre.

    En Espagne, les annonces restent encore à court terme et mentionnent juste le fait que les cours en présentiel ne reprendront pas cette année dans trente établissements (voir El Pais, en date du 3 avril).

    En Belgique, pour l’heure, ce sont aussi les modalités d’examens qui occupent. À l’Université catholique de Louvain (UCL), elles sont adaptées, avec le maintien d’examens sur place en amphi mais à capacités réduites (1 étudiant sur 3) et si aucune solution n’est possible (update 6/04) et un panachage examens en ligne (plus d’infos prévues le 20 avril). L’année scolaire serait prolongée jusqu’au 10 juillet (idée abandonnée finalement, update : 6/04).

    En France, c’est aussi la question des examens (MCCC) et du bac qui concentre toute l’attention. Seuls deux articles récents évoquent une suite, l’un en revenant surtout sur le fait que « rien ne sera comme avant » (par @Manuel_MC et @cauthemayou) : c’est vrai, mais un peu vague. L’autre s’intéresse aux problèmes juridiques et d’organisation liés à la numérisation massive des enseignements avec un entretien avec Olivier Faron, l’administrateur général du CNAM, organisme d’enseignement supérieur à distance (1er avril). Dans cet article, O. Faron revient aussi sur un point faible de la numérisation du supérieur, l’absence d’offre concertée (et on l’a tristement constaté avec la multiplication de plateformes privées pour « l’école à la maison ») :

    « L’enjeu majeur qui est devant nous est de savoir comment notre offre de formation au niveau national peut être déclinée en ligne de façon régulée et concertée. Nous avons besoin d’un plan de numérisation de nos ressources de l’ESR. Il y a de très belles réalités (FUN, les UNT ; etc.), mais elles ne sont pas coordonnées. L’offre globale dont nous avons besoin n’existe pas. »

    Cette lacune impliquerait selon lui d’éditorialiser nos offres d’enseignement et de coordonner une offre nationale (type CNED). Ce vœu pieux me paraît ici trop ambitieux pour être mis en place cet été et dans un contexte de crise.

    Autre point aveugle, on ne dispose que de très peu d’informations sur les collègues enseignant-es qui ont fait cours aux enfants de soignant-es ces dernières semaines, alors qu’ils sont un groupe-témoin très important pour les scénarios futurs de réouverture.
    Comment réduire des classes et des groupes ? comment échelonner les horaires ? en avant les fictions !

    On peut se mettre à imaginer plein de pistes de solutions, plus ou moins réalisables, plus ou moins efficaces. Il y a fort à parier que les municipalités seraient des acteurs importants dans cette réorganisation potentiellement totale. Il se peut que la rentrée soit étrangement fractionnée, soit avec des zones de vacances qui n’iraient plus jusqu’à C mais jusqu’à M ou Z par régions ou zones ! (ce serait le « retour progressif » évoqué par Blanquer le 3 avril et l’approche « layered » chinoise).

    On pourrait imaginer aussi des écoles à mi-temps (2 jours ½) ou des groupes en présence une semaine sur deux (reste le problème des fratries qui ne seraient pas synchrones) et des scénarios aussi différents si des transports collectifs scolaires sont nécessaires (le ramassage en campagne qui brasse toutes les écoles au petit matin).

    Dans les lycées, le maintien du groupe classe serait une mesure importante pour éviter la dissémination des élèves (finies les options, retour aux filières, désolée pour la réforme de Blanquer) ainsi que des salles dédiées pour éviter la dispersion des cas. Mais comment empêcher de toute façon des contaminations intra-familiales ?

    On peut imaginer aussi comme cela se fait dans des lycées français à l’étranger (voir l’organisation par exemple du Lycée français de Kyoto avec le CNED) : des cours à distance avec des périodes en présentiel en groupe tutoré.

    En lieu et place de la cantine, si des réductions de services sont à envisager, des casse-croutes maison en classe (beaucoup ont connu cela dans l’ancien temps, quand les services de cantine n’étaient pas disponibles partout) ou services en plateau individuels (version chinoise). Imaginons en France les horaires décalés : les 6e arrivent à 8h, les 5e à 8h20, etc. comme les récréations, etc. On évite ainsi que les élèves se croisent dans les espaces communs… mais tout cela serait-il suffisant ? que faire pour les élèves dont la santé est la plus fragile ou dont les parents sont particulièrement à risque ?

    Et question ultime : comment évaluer équitablement les acquis dans ce contexte ? Un article du 24 mars publié sur le site du WBFO (Toronto Buffalo – National Public Radio) à propos des conditions « stressantes » de travail en ligne (« école à la maison » mais aussi « université à la maison ») évoque aussi le problème de l’évaluation de ce qui a été « enseigné » pendant la période d’apprentissage à distance. Comment savoir ce qui a été acquis ? ne faudrait-il pas tout simplement reprendre le trimestre manqué depuis le départ ? c’est, avec le bac et les examens, la grande question traitée actuellement. Mais elle ne doit pas masquer le risque que la reprise – même tardive – n’en soit pas une complètement et qu’il faille en plus décaler le sacro-saint programme pour aider ceux qui n’ont pas bénéficié de l’illusoire « continuité pédagogique ». La question risque de se reposer en septembre.
    Et dans le supérieur ? peut-on imaginer une rentrée Covid ?

    Pour imaginer la transposition de ces contraintes à l’Université, on peut légitimement s’interroger sur des modalités de reprise en cas d’absence de solution médicale (vaccin, traitement efficace, tests dont les résultats je le rappelle ne sont pas pérennes, sauf à tester la sérologie pour l’immunité). Parmi les quelques pistes à imaginer, comment casser les énormes cohortes en amphi ? le problème de manque de place en TD ? On verra peut-être arriver des formations en alternance (5 semaines en présentiel, 5 semaines à distance ?) ou des cours magistraux à distance avec des TD en présentiel, en tout cas, s’il n’y a pas de déblocage radical, difficile d’imaginer des emplois du temps à l’identique pour 2020-21.

    À ce jour, 5 avril, soit J+21 de confinement, la ministre Frédérique Vidal ne s’est prononcée sur presque rien. Chaque université compose selon ses moyens et compétences : on peut être sûr qu’il n’y aura aucune harmonisation nationale des diplômes obtenus cette année, les commissions CFVU se réunissant actuellement sur Zoom pour valider les nouvelles modalités de MCCC. Et cette validation, aussi urgente soit-elle, n’est qu’une étape minime face à la rentrée qui nous attend en septembre.

    Autre problème très pratique, si les écoles primaires et du secondaire n’ouvrent pas entièrement ou suivant des échelons progressifs (à partir de critères inconnus, évidemment), comment les parents d’élèves (qui sont aussi enseignant-es) pourront-ils travailler ? si tout le monde reprogramme ses événements en septembre/octobre, comment allons-nous faire entrer en trois mois en un seul, alors que déjà nos semestres impairs sont toujours surchargés, épuisants et entièrement consacrés à l’intégration des étudiant-es et la mise en œuvre de l’année ?

    Pour avoir fait à de nombreuses reprises des maquettes de licence (et master récemment), et travaillé à mutualiser au maximum des cours pour répondre aux demandes de réduction budgétaires, je mesure à quel point les mesures de prévention sanitaire vont à l’encontre des modèles que nous avons récemment mis en place (notamment dans mon UFR avec des blocs transversaux et complémentaires partagés par plusieurs départements).

    Je présume, qu’à l’image du début de crise, c’est la cacophonie qui va régner, au prétexte des adaptations nécessaires à chaque situation. Le problème est la surcharge de stress qui va s’ajouter à des injonctions dont nous savons d’expérience qu’elles aiment à être contradictoires et sans moyens supplémentaires (le fameux : « faites plus avec moins, et surtout débrouillez-vous »).

    Il est évident que les établissements en zones rurales et urbaines ne seront pas soumis aux mêmes restrictions, que les IUT et les PACES ne rentrent pas dans les mêmes schémas d’enseignement. Tout ceci n’est pour l’heure que fiction, parmi tant d’autres : mais c’est en imaginant le plus de scénarios possibles, et surtout les plus critiques (le retour à la normale étant le scénario nécessitant le moins d’imagination), que l’on s’approchera d’une version possible de la réalité prochaine. Ceux de l’Éducation nationale et de l’ESR en tout cas se développent aujourd’hui, après trois semaines de confinement, dans le plus grand des secrets (sûrement pour ne pas nous « paniquer »). Blanquer annonce encore une rentrée en mai. On se demande vraiment comment.

    De mon côté, si je devais penser à une seule chose en septembre, c’est préparer des services en pensant d’ores et déjà aux cours qui pourraient passer à distance, et de se compiler fictivement des petits syllabus d’avance… juste au cas où. Car à l’heure actuelle, on ne voit pas comment une rentrée normale pourrait avoir lieu.

    Magali Nachtergael
    Maîtresse de conférences en littérature, arts et culture contemporaine
    Université Sorbonne Paris Nord
    Ancienne directrice du département de littérature
    Autrice de maquettes de licence et master

    [1] A ce stade, je ne fais pas de distinguo radical entre école et université, le concept de regrouper des gens dans des salles pendant plusieurs heures étant le même, avec des contraintes variées.

    [2] Pour l’instant les étudiants à l’étranger (1.2 – 1.4 millions) sont bloqués et ils seront avisés de leur possible retour dès que la situation le permettra. Leur situation inquiète beaucoup le gouvernement chinois, et la mobilité étudiante est un enjeu majeur de cette crise sanitaire.

    https://academia.hypotheses.org/22143
    #septembre_2020 #le_monde_d'après #éducation #confinement #rentrée_2020 #rentrée_universitaire