• Eugénie Bastié, chien de garde de la bourgeoisie, recrutée par France 2 pour les présidentielles
    https://contre-attaque.net/2026/05/05/eugenie-bastie-chien-de-garde-de-la-bourgeoisie-recrutee-par-france-

    Proche de l’Action Française, la chroniqueuse d’extrême droite interrogera les candidats aux présidentielles sur une chaîne financée par notre argent.

    Eugénie Bastié, la bourgeoisie radicalisée

    Antiféministe revendiquée et fervente défenseuse de la bourgeoisie, Eugénie Bastié est aujourd’hui une des figures de proue de la droite extrémisée. Née d’une famille bourgeoise de la périphérie toulousaine, elle intègre les bancs de Sciences Po après une scolarité dans un lycée privé catholique, où elle se rapproche notamment de l’Action Française, un groupuscule royaliste et antisémite. La reproduction sociale a encore de beaux jours devant elle.

    Elle commence sa carrière de propagandiste dans le torchon d’extrême droite Causeur, et rejoint ensuite la rédaction du FigaroVox, une antenne encore plus décomplexée que le grand journal de la droite française. Intervenante régulière sur CNews, chroniqueuse sur Europe 1, la journaliste ratisse depuis des années les médias de Bolloré pour y propager ses idées réactionnaires. Eugénie Bastié est ainsi opposée au droit à l’avortement, et a notamment écrit dans un essai intitulé « Le Porc émissaire : terreur ou contrerévolution » dédié à la critique du mouvement MeToo. Elle y écrivait : « Je crois qu’une main aux fesses n’a jamais tué personne ».

    Bastié rejoint donc « L’Heure de vérité », la grande émission politique de France 2 pour la présidentielle de 2027, financée par le contribuable. Pourtant, pas plus tard qu’en en novembre dernier, la chroniqueuse d’extrême droite mitraillait encore l’audiovisuel public. Elle y dénonçait « le déni et la gabegie » sévissant sur le service public avant d’estimer que la « case privatisation » est inévitable. France 2 va donc payer grassement une militante réactionnaire qui appelle à liquider la chaîne. C’est tout simplement du jamais vu, comme si Bolloré recrutait des militants anticapitalistes appelant à collectiviser sa fortune.

    Le pluralisme n’a qu’à bien se tenir

    La chroniqueuse d’extrême droite ne sera pas seule dans cette émission spéciale présidentielles. Et évidemment, aucune figure de gauche n’y sera représentée. À la place, une brochette de toutous de la classe médiatique complètera un plateau télé décidément bien servile. Pour ne citer que lui, Benjamin Duhamel, fils de Nathalie Saint-Criq et du PDG de France Télévision Patrice Duhamel, et également cousin de l’éphémère Ministre de l’Éducation, Amélie Oudéa-Castera, sera de la partie, avec d’autres membre de sa clique médiatique.

    Cette nomination s’inscrit dans la fascisation à toute vitesse de la télévision publique. Dernier exemple en date le 18 avril, lorsque France Info avait invité Simon Moos pour commenter l’actualité, un influenceur suprémaciste et génocidaire sorti tout droit du réseau social X. Ce dernier qualifiait en février dernier la population de Gaza « d’animaux », et allait même plus loin que le chef de l’armée israélienne : ce dernier avait parlé « d’animaux humains » pour justifier les frappes aveugles sur la bande de territoire palestinien. Il avait rétorqué « animaux suffisait ».

    Le poisson pourrit par la tête

    Depuis deux ans, la nouvelle directrice de France Info se nomme Agnès Vahramian, qui partageait carrément une publication pro-Trump sur les réseaux sociaux avec son compte officiel lors des élections aux USA. France Info, c’est aussi un média dont certaines émissions sont désormais intégralement animées par d’anciens chroniqueurs de Cnews, comme « Le pour et le contre », qui consiste à faire « débattre » des nuances d’extrême droite entre elles. Ces derniers mois, cette chaîne publique a multiplié les fake news grossières, les diffamations contre la France Insoumise et les campagnes de soutien à Quentin Deranque et ses amis néo-nazis.

    À la radio publique, c’est le même scénario. La PDG de Radio France se nomme Sibyle Veil, une énarque qui s’est engagée auprès de Nicolas Sarkozy dès 2007, puis qui a été chargée de « restructurer » les hôpitaux de Paris en pleine vague de restrictions budgétaires dans la Santé. Puis elle a été envoyée dévaster la radio publique à partir de 2018.

    En 2022, Sibyle Veil nomme Adèle Van Reeth à la tête de France Inter. Cette dame est en couple avec un certain Raphaël Enthoven, faux philosophe et vrai propagandiste macroniste, qui a déclaré qu’il préférait voter pour Le Pen que Mélenchon à la dernière élection présidentielle.

    Pourquoi préciser le CV de ces deux dirigeantes ? Car elles ont organisé une grande purge idéologique dans les médias qu’elles dirigent, en licenciant les humoristes se moquant du gouvernement, de la police ou d’Israël, en essayant de liquider les émissions intelligentes et en faisant monter les intervenants les plus médiocres et droitiers. Résultat ? Un effondrement des audiences. Mais leur but n’était pas d’avoir du succès populaire, juste de saturer l’opinion d’idées rances.

    Revenons à France 2. Finalement, avec un profil aussi droitier à un poste clé, le service public confirme son alignement sur l’extrême droite bollorisée. Il semble en effet inimaginable que les pressions politiques exercées sur l’audiovisuel public, notamment au travers de la parodie de commission d’enquête porté par le député d’extrême droite Charles Alloncle, n’aient pas joué dans cette nomination.

    Il y a 10 ans, ce sont les médias qui avaient propulsé l’ascension d’Emmanuel Macron. Reste à voir si le Parti des médias parviendra à faire élire le RN en 2027. En tout cas, il ne ménage pas ses efforts.

  • Un brin de muguet et deux livrets, commandez nos enquêtes au format papier jusqu’au 24 mai
    https://splann.org/campagne-livrets-printemps-2026

    Commandez nos enquêtes sur les #Lycées_Agricoles, l’hôpital, la bétonisation du #littoral et le renouveau minier en Bretagne jusqu’au 24 mai pour les recevoir directement dans votre boîte aux lettres. L’article Un brin de muguet et deux livrets, commandez nos enquêtes au format papier jusqu’au 24 mai est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #La_vie_de_« Splann !_ » #enseignement #hôpital #hôpital_public #livret #mines #privé #public #santé #service_public

  • François Burgat sur X :

    « Pour commenter #Gaza #Beyrouth sur #france_info il n’y a pas que le militant extrémiste du Tagar Frédéric #Encel. Pour "débattre" avec lui (vive le pluralisme) il y a aussi Antoine #Basbous, héritier direct des milices chrétiennes d’extrême droite alliées à Israel pendant la guerre civile libanaise. Merci "les informés". Merci le #service_public :-) »

    https://x.com/frburgat/status/2048688312701861991

    #complicité

  • #Lettre_ouverte d’#Anne_Fraïsse Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry au Président de la république

    Monsieur le Président,

    On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. Malgré nos alertes, le ministre de l’Enseignement Supérieur minimise la situation : « ce n’est pas Zola ».

    Dans mon université, en 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1003 titulaires (576 enseignants et 427 administratifs) pour 23000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables.

    Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50 %, voire 40 % d’encadrement en enseignants titulaires). À toujours entendre parler de déficit ou de sous-dotation, on perd sans doute la conscience de ce que travailler dans une université sous-encadrée veut dire réellement au quotidien. « Recrutez des ATER et des contractuels, c’est moins cher que des titulaires pour un même travail » nous dit-on. Non, pas pour un même travail. Dans un département sous-encadré, les titulaires enseignants doivent recruter des vacataires, organiser leurs emplois du temps, les encadrer ; c’est 10 000, 12 000 heures à distribuer à des personnes qui en font en moyenne 40 ou 50 dans l’année, qui ne connaissent que tardivement les horaires où elles sont disponibles, qui ne peuvent assurer aucune tâche non financée (encadrement des thèses, des mémoires, des stages, organisation des services et des emplois du temps …). Que se passe-t-il quand, à la rentrée, 20 TD de 45 étudiants n’ont pas d’enseignant dans un même département ? Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, ce sont les professeurs et les maîtres de conférences qui assurent ces groupes en plus de leur service, quels que soient le nombre d’heures et le travail supplémentaire, quelles que soient l’amplitude horaire ou l’accumulation des heures dans une même journée. Dans ces départements, la totalité des enseignants titulaires font plus du double de leur service, sans parler de leur temps de recherche. À Montpellier Paul-Valéry, cela représente plus de 16500 heures pour 75 collègues quasiment en double service ou plus. Et cela dure depuis plus de 10 ans. Ce n’est pas « un ressenti », comme le dit Monsieur le Ministre, mais une réalité dure et désespérante pour ceux qui aiment leur travail et le service public. Les tâches administratives sont confiées à des contractuels qu’il faut former et qui s’en vont dès qu’ils trouvent mieux (jusqu’à 1600 euros de prime annuelle en moins qu’ailleurs n’incite pas à s’attarder).

    Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent.

    Mais non, il n’y aura pas de nouveau modèle, répète Monsieur le Ministre qui « n’y croit pas ». Nous restons donc depuis 15 ans le seul pays d’Europe où l’argent de l’État est distribué aux universités sans critères connus, dans la plus totale opacité et injustice. Pour un étudiant de même discipline une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ; seulement des arguments imparables : pas d’argent, pas de postes ; pas de postes, trop d’étudiants ; trop d’étudiants, déficit ; déficit, pas d’argent ; et on reprend la boucle comme des hamsters qui tournent dans leur roue.

    C’est historique, pourquoi changer ? Parce que, Monsieur le Président, les conséquences de ce refus sont funestes. Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, pour ne pas négliger leurs recherches, nos collègues perdent leur santé et parfois leur vie. Et cette année, ils perdent aussi l’espoir de voir s’améliorer leur situation. Aucune création de postes pour cette campagne d’emplois, pas de recrutement de fonctionnaires, qu’importe votre taux d’encadrement, votre nombre d’étudiants ; pas de discussion, pas de négociation, qu’importe l’injustice. Tant pis si les plus pauvres payent pour les plus riches ; c’est le sens de l’histoire. Enfin, le chantage pour ceux qui résistent : si vous laissez des créations dans la campagne d’emplois, vous ne les aurez pas et vous n’aurez pas non plus le renouvellement des postes vacants, libérés par retraite, mutation ou mort. On meurt dans mon université et je me refuse à choisir dans quels départements seront les prochains morts. Notre demande est légitime, nous ne voulons pas y renoncer. Aveuglement, indifférence, mépris, volonté de soumettre sans écouter, c’est ce que vit aujourd’hui ma communauté. Zola dénonçait les injustices d’une société qui pour ménager les plus riches écrasait les plus pauvres. La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le Président.

    Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice. Pouvoir agir et ne rien faire c’est être coupable, vous savez maintenant ce que zéro création de postes veut dire pour une université comme la mienne.

    Permettez-moi, Monsieur le Président, de vous saluer comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : « Morituri te salutant ».

    Anne Fraïsse
    Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry

    https://www.univ-montp3.fr/fr/communiques/lettre-ouverte-danne-fra%C3%AFsse-pr%C3%A9sidente-de-luniversit%C3%A9-de
    #université #France #ESR #facs #conditions_de_travail #décès #suicide #usure #désespoir #indifférence #déficit #sous-dotation #service_public #santé #taux_d'encadrement

  • RATP : le déraillement spectaculaire du T3a révèle la catastrophe de la privatisation
    https://www.revolutionpermanente.fr/RATP-le-deraillement-spectaculaire-du-T3a-revele-la-catastrophe

    Dimanche 16 novembre, le Tramway T3a a percuté un bus de la ligne 27 près de la porte d’Ivry, dans le 13e arrondissement de Paris. La rame a perdu tout adhérence sur le rail lorsqu’elle a roulé sur une « pâte végétale », phénomène récurrent lorsque l’automne bat son plein. Par chance, aucun blessé n’est à déplorer malgré les dégâts spectaculaires de l’incident. Alors que la RATP diligente une enquête interne et « s’excuse pour la gêne occasionnée », le caractère « accidentel » mis en avant par l’entreprise cache bien mal ses responsabilités. Sur X Ahmed Berrahal pointe le « Zéro action de la RATP ». « Après un déraillement, on fait semblant de découvrir le problème ? Les collègues avaient prévenu, personne n’a bougé », dénonce le syndicaliste.

    Pendant des années, le traitement des feuilles mortes – dégagement des rails, contrôle de l’adhérence, nettoyage de la plateforme – relevait de l’expérience des équipes voie de la RATP. Malgré les multiples baisses de budget alloué aux dépenses de maintenance, ce service tenait grâce à des agents expérimentés. Leur connaissance du terrain, leur capacité d’anticipation et leurs méthodes adaptées permettaient d’assurer un minimum la sécurité du réseau. En 2024, la RATP a transféré l’ensemble de la maintenance lourde des infrastructures à Colas Rail : voie, caténaires, génie civil. Depuis, la sécurisation des rails, pourtant essentielle pour le tram, a été largement dégradée, au point qu’il n’y existerai même plus de « plan feuille » lorsque les risques saisonniers atteignent leur pic.

    D’après certains agents, un marché couvrant le nettoyage des voies et plateformes pour les années 2026 à 2031 est prévu. « Pour la période actuelle, rien n’est clair. On ignore si une organisation transitoire existe réellement, ou si elle n’a tout simplement jamais été mise en œuvre », nous explique ainsi un agent de la RATP. L’accident du T3a, où une rame de près de 45 tonnes s’est transformée en une masse incontrôlée, pose de ce point de vue beaucoup de questions. Autrement dit, le réseau a dû affronter cette période critique sans qu’aucun plan ne soit à la hauteur des risques encourus, dans un contexte où la maintenance était en pleine réorganisation.

    https://www.revolutionpermanente.fr/local/cache-vignettes/L647xH364/9067a21c85007d5b7e4b6630af513d-0acad.png?1764360334

    #ratp #service_public #sous-traitance

  • Erner face à Albanese : retour sur une interview « radicale » - Par Pauline Bock | Arrêt sur images
    https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/erner-face-a-albanese-retour-sur-une-interview-radicale

    Ce n’est pas tous les jours que le #service_public français peut se targuer d’interviewer une rapporteuse spéciale de l’ONU, pourtant c’est sur le fait qu’Albanese serait une "voix pro-palestinienne majeure" qu’a choisi d’insister Erner. Un qualificatif que la juriste de formation refuse immédiatement : "Je ne suis pas du tout une voix pro-palestinienne… Je suis pro-droits humains, et c’est ce que je fais en tant que rapporteuse spéciale", dit-elle posément.

    Erner poursuit sur sa lancée atlantiste : les puissances occidentales ont négocié un cessez-le-feu, alors, "d’un point de vue humanitaire, est-ce qu’on ne peut pas déjà se réjouir du cessez-le-feu tel qu’il est adopté aujourd’hui ?" Lorsqu’Albanese explique que "le cessez-le-feu n’a pas été un cessez-le-feu", puisque s’il a "ralenti les bombardements", il y a tout de même eu "presque 300 personnes tuées depuis" et qu’on "a imposé un mot d’ordre pour dire « il y a la paix », mais [qu’]il n’y a pas de paix", Erner choisit de citer... Donald Trump. "Il y a une paix dans la mesure où Trump, vous pouvez le croire ou non, a appelé à ce comité de la paix pour que les morts cessent", dit-il.

    Arrive ensuite l’avalanche de questions rhétoriques dont les médias français ont désormais le secret depuis le 7 octobre 2023.

  • #Complotisme et “#grand_remplacement” : quand un débat de #Franceinfo parodie #CNews
    https://www.telerama.fr/television/complotisme-et-grand-remplacement-quand-un-debat-de-franceinfo-parodie-cnew

    Paul Melun se répand en louanges : « Votre œuvre est émancipatrice, vous démythifiez, c’est une œuvre complète, éclectique, et c’est une œuvre populaire, vous avez fondé l’université populaire. » Michel Onfray est charmé : « Vous avez mis dans le mille. Je n’aime pas les mythes, je suis viscéralement opposé au mensonge. Je suis un radical sur la question de la vérité. » La suite va le prouver. « Est-ce qu’on est dans une forme de nihilisme, de négation de ce que l’on est ? s’enquiert Paul Melun. — Le mythe, c’est qu’il n’y aurait pas de civilisation occidentale. J’ai même vu une historienne dire que le judéo-christianisme n’existe pas. » Cette historienne, Sophie Bessis, montre dans La Civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture que l’expression s’est imposée dans les années 1980 pour effacer deux millénaires d’antisémitisme chrétien. Michel Onfray n’en démord pas. « [Le judéo-christianisme] existe, je l’ai rencontré, je l’ai vu. Je trouve des choses extraordinaires sur la période des pères de l’Église. » Dont l’antijudaïsme patenté n’est guère judéo-chrétien.

    #service_public

    • Je l’ai écouté dimanche, c’est le rdv dominical des émissions politiques le grand jury etc... le dimanche d’avant tous les invité.e.s étaient d’extrême droite dont Chenu sur france-inter.
      Bompard je l’aime bien, il a du répondant tout en restant calme face à ses contradicteurs et ce dimanche des contradictrices. Déjà du temps de Carine Bécard s’était du lourd, celle-ci a quitté son poste après 24 ans de maison ronde, elle est partie faire du pinard en Bourgogne.
      https://www.telerama.fr/radio/france-inter-alexandra-bensaid-reprend-l-emission-questions-politiques-le-d
      Sa remplaçante Alexandra Bensaid vient du même service et a gardé les inénarrables françoise fressoz, nathalie saint cricq... Avant ou après l’extrait Mamdani, elles sont revenues à la charge avec le concert de jeudi soir à la Philharmonie. Bompard leur a coupé le sifflet en leur disant qu’elles oubliaient les victimes palestiniennes.
      https://seenthis.net/messages/1145395
      55 minutes d’émission et ce n’est pas de l’impro, dîtes vous qu’elles se concertent pour poser leurs questions. Et tout ça avec notre argent comme dirait leur collègue de CNews.
      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/questions-politiques/questions-politiques-du-dimanche-09-novembre-2025-4638400

    • Post-scriptum (très) discret…
      Mot pour mot ce qu’a répondu en direct Manuel Bompard…

      Message à nos auditeurs
      Lors de l’émission Questions Politiques du 9 novembre 2025, dont le député Manuel Bompard (LFI) était l’invité, plusieurs questions posées par Alix Bouilhaguet (France Télévisions) sur Zohran Mamdani, élu maire de New York, ont suscité des interrogations de nos auditeurs.

      Nous souhaitons apporter les précisions suivantes :

      ----

      Alix Bouilhaguet :

      « Il a repris en son temps le slogan “Mondialiser l’intifada” »

      « Si si, il l’a utilisé, il l’a repris à son compte, pas récemment je vous l’accorde »

      « Il l’a repris à son compte il y a quelque temps. »

      Mamdani n’a jamais prononcé publiquement cette expression.

      Il a, un temps, refusé de la désavouer, expliquant qu’il n’était pas à l’aise avec « l’idée d’interdire certains mots » et qu’il la comprenait comme « l’expression d’une demande de droits égaux pour les Palestiniens ».

      Pendant la campagne des primaires pour la mairie de New York à l’été 2025, il a pris ses distances avec cette expression, déclarant qu’il « décourageait » ses partisans de l’utiliser.

      ----

      Alix Bouilhaguet :

      « Quand on lui demande de condamner le 7 octobre, bien souvent il botte en touche, il répète que le problème, c’est l’occupation d’Israël. »

      On ne peut pas dire qu’il « botte en touche ».

      On ne peut pas dire qu’il n’a pas condamné le 7 octobre, car dès 2023 il a dénoncé des « crimes de guerre ».

      Il dénonçait encore le 7 octobre 2025 des « crimes de guerre horribles ».

      ----

      Alix Bouilhaguet :

      « Il lève des fonds pour l’UNRWA, c’est une agence onusienne accusée de collusion avec le Hamas. C’est pas un problème aussi ? »

      Il est exact que l’UNRWA est « accusée » de liens avec le Hamas, mais il aurait fallu préciser que ces accusations sont portées principalement par Israël et les États-Unis.

      Un rapport de l’ONU dirigé par Catherine Colonna a conclu que l’UNRWA a des « problèmes de neutralité », mais qu’Israël n’a pas apporté la preuve de ses accusations.

      Neuf employés de l’UNRWA qui « pourraient avoir été impliqués » dans les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, selon l’enquête interne des Nations unies qui portait sur dix-neuf personnes, ont été licenciés.

      Radio France et France Télévisions

      Manuel Bompard : « Il me semble évident qu’avant Noël, il y aura une nouvelle motion de censure » | France Inter
      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/questions-politiques/questions-politiques-du-dimanche-09-novembre-2025-4638400

    • La déontologie journalistique de Alix Bouilhaguet, hum,hum...
      https://mediateur.radiofrance.com/chaines/france-inter/questions-politiques-du-9-novembre-retour-sur-les-erreurs-fac

      L’émission « Questions politiques » du 9 novembre 2025, au cours de laquelle Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, était invité, a suscité de nombreuses réactions d’auditeurs et a fait l’objet d’une saisine de La France insoumise, notamment auprès de la médiation de Radio France.
      Plusieurs erreurs factuelles dans les interventions de la journaliste Alix Bouilhaguet (France Télévisions) ont été relevées au cours de cette émission, coproduite par France Inter et Franceinfo TV.
      À la suite de cette saisine, la direction de l’information de France Inter a procédé à une vérification complète des faits évoqués. Philippe Corbé, directeur de l’information de France Inter, reconnaît que des erreurs ont été commises et m’a indiqué que les journalistes extérieurs, invités sur l’antenne, s’aligneront désormais sur les procédures de vérification éditoriale appliquées pour toutes les émissions de France Inter. La médiation prend acte de cet engagement et rappelle que la rigueur journalistique reste pleinement garantie par l’ensemble de la rédaction. L’obligation de vérifier les faits avant de les évoquer dans une émission ou un reportage et la rectification des erreurs sont des engagements régis par les principes de déontologie journalistique au sein de Radio France. Ces règles ne sont pas des formalités : elles fondent la crédibilité du service public et la confiance que les auditeurs lui accordent.

      à vérifier si elle sera toujours présente dans l’émission de demain, ses écarts lui vaudraient au moins une mise en quarantaine. Sur france-inter d’autres ont été viré pour moins que ça, cela même après avoir été blanchi par décision de justice.

      Alix Bouilhaguet : Parcours, carrière et influence d’une journaliste française engagée.
      https://francaisnews.fr/alix-bouilhaguet-biographie-carriere
      un portrait écrit par elle même ou par Philippe Corbé ?
      portrait suivant : Charlotte d’Ornellas (sa petite soeur ?)

  • [Émission en direct] #hôpital : destruction programmée, retour sur l’enquête avec Caroline Trouillet et Raphaël da Silva, ce mardi 28 octobre, à 20 h
    https://splann.org/emission-direct-enquete-hopital

    Caroline Trouillet et Raphaël da Silva seront en direct, ce mardi 28 octobre, à 20 h, pour présenter l’enquête au long cours qu’ils cosignent avec Isabelle Jarjaille au sujet de la destruction de l’hôpital public en Bretagne. Une émission à suivre via notre chaîne YouTube. L’article [Émission en direct] Hôpital : destruction programmée, retour sur l’enquête avec Caroline Trouillet et Raphaël da Silva, ce mardi 28 octobre, à 20 h est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #La_vie_de_« Splann !_ » #santé #service_public

  • #Désescalade_numérique

    « Depuis 20 ans, à rebours de toutes les promesses qui accompagnent la #numérisation, le recours massif à internet, au smartphone et aux réseaux sociaux accélère l’effondrement du lien social et la fascisation de la société. Porté par des multinationales hégémoniques, le numérique a servi à démanteler et privatiser les services publics, à accélérer les flux de marchandises et à disqualifier bon nombre de savoir-faire. Nous assistons à une captation des cerveaux et des liens communautaires au bénéfice de ces entreprises. Les soirs d’élections, nous en sommes réduits à croiser les doigts pour que les capacités de surveillance orwelliennes développées ces deux dernières décennies ne tombent pas, prêtes à l’emploi, entre les mains d’un gouvernement d’extrême droite.

    Au niveau de ses chaînes d’approvisionnement et de ses impacts écologiques, l’industrie numérique planétaire, avec sa croissance exponentielle, est une bombe climatique et toxique. Des mines aux data centers en passant par la production de semi-conducteurs, elle asservit une main-d’œuvre précaire, siphonne des quantités colossales d’eau et d’énergie, accumule des montagnes de déchets. En démultipliant et en accélérant toutes ces tendances, le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) promet des lendemains plus sombres encore. En deux mots : la société numérique d’aujourd’hui est insoutenable, celle qui vient s’annonce cauchemardesque.N’attendons plus : il devient urgent de freiner.

    Des #propositions : Pourquoi ? Pour qui ?

    Les menaces que fait peser l’#industrie_numérique sur le vivant, l’emploi ou les libertés fondamentales peuvent sidérer en donnant le sentiment de phénomènes planétaires insaisissables. Pourtant, agir à l’échelle locale, à partir des communautés dans lesquelles nous vivons, est non seulement possible, mais décisif. C’est l’échelle plus efficace pour sortir de l’impuissance et recréer des liens fragilisés par le déferlement technologique. Pour se donner les moyens, progressivement, de reprendre la main sur les objets qui nous entourent et sur nos besoins fondamentaux. C’est dans cette perspective qu’est rédigée cette #boîte_à_outils pour une désescalade numérique. Elle vise à nourrir la réflexion des élu.es et des candidat.es qui élaborent leur programme en vue des prochaines élections municipales. Ce travail inédit est le fruit d’une réflexion collective menée depuis un an par une trentaine d’associations et collectifs spécialisés dans l’analyse des impacts de ces technologies. Nous espérons que ces propositions inspireront votre équipe, que vous y puiserez librement pour composer votre programme, tout en respectant l’esprit d’urgence écologique et de justice sociale qui les anime.

    Des propositions concrètes

    Nous avons cherché des mesures immédiates et applicables qui puissent emporter l’adhésion du plus grand nombre. Certaines d’entre elles visent simplement à limiter la dépendance à l’informatique pour rétablir une sécurité élémentaire face au risque de cyberattaques et de pannes des réseaux (d’électricité, de télécommunication...).D’autres visent à garantir l’accès aux droits sociaux et aux services publics sans numérique. D’autres encore servent à valoriser l’humain et à construire des emplois pérennes à l’échelle des communes. D’autres, enfin, veulent contribuer à limiter les dégâts écologiques et sanitaires du numérique.Certains points de ce programme permettent de réaliser des économies parfois substantielles, d’autres propositions appellent des investissements. Elles nécessitent, de toute façon, d’être adaptées à la taille et aux spécificités de votre commune. »

    https://www.desescaladenumerique.org
    #municipales_2026 #service_public #emplois #travail #vidéo-surveillance #sécurité #écrans_publicitaires #publicité #école #airbnb #data_centers #centres_de_données #exposition_électromagnétique #antennes-relais #sobriété #gafam #dégafamisation

    ping @karine4

  • Services publics : un Français sur deux fait ses démarches en ligne seul - Next
    https://next.ink/204211/services-publics-un-francais-sur-deux-fait-ses-demarches-en-ligne-seul

    Conséquence de ces diverses embûches, près d’une personne sur quatre déclarent avoir déjà renoncé à un droit auquel elle aurait pu prétendre, devant la complexité de la démarche pour l’obtenir. Les personnes qui rencontrent des difficultés ont deux fois plus de chances de renoncer à leur démarche administrative que celles qui n’en rencontrent pas.

    La Défenseure des droits souligne l’ambivalence de la dématérialisation des services publics qui, s’ils facilitent certaines interactions, se transforment aussi en obstacle pour celles et ceux qui préfèrent les interactions directes avec l’administration.

    #droits #dématérialisation #service_public

  • Politiques publiques : passer de l’#IA… à la #dénumérisation

    L’intelligence artificielle et son monde est en train de prendre la main sur les #politiques_publiques, au risque de nous laisser sans échappatoire, alerte Dan McQuillan.

    L’IA prédictive comme générative semble offrir une multitude d’avantages à l’élaboration des politiques publiques : de l’analyse de données complexes à l’optimisation des ressources. Elle semble à la fois être capable d’apporter une vision globale et d’identifier les leviers permettant de la modifier. Recourir à l’IA signifie mettre en place des politiques conduites par les données, ce qui permet d’assurer une forme d’#objectivité, notamment quant il s’agit de rationner le #service_public

    Mais, cette production de solutions politiques semble oublier que l’IA est incapable de résoudre les #problèmes_structurels. Elle propose des #solutions_performatives qui obscurcissent et amplifient les problèmes, explique l’iconoclaste #Dan_MacQuillan dans un article pour la Joseph Rowntree Foundation, une association britannique de lutte contre la pauvreté, qui a initié une réflexion sur l’usage de l’IA pour le #bien_public. Dan McQuillan est maître de conférence au département d’informatique de l’université Goldsmiths de Londres. Il est l’auteur de Resisting AI, an anti-fascist approach to artificial intelligence (Résister à l’IA, une approche anti-fasciste de l’intelligence artificielle, Bristol University Press, 2022, non traduit) dont nous avions déjà parlé.

    McQuillan rappelle que l’IA, par principe, consiste à produire des #corrélations réductrices plutôt que des analyses causales. « La complexité de l’IA introduit une #opacité fondamentale dans le lien entre les #données_d’entrée et les #résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours. Ce phénomène est aggravé dans les applications concrètes, où les résultats apparemment fiables de l’IA peuvent devenir auto-réalisateurs. Un #algorithme d’apprentissage automatique qualifiant une famille de « difficile » peut ainsi créer une #boucle_de_rétroaction entre les membres de la famille et les #services_sociaux. De cette manière, l’IA imite des phénomènes sociologiques bien connus, tels que les #stéréotypes et la #stigmatisation, mais à grande échelle ». Ses inférences au final renforcent les #stratifications_sociales de la société comme pour les rendre acceptables.

    Or, rappelle le chercheur, « une bonne politique doit impérativement être ancrée dans la réalité ». C’est pourtant bien ce lien que rompent les calculs de l’IA, à l’image des #hallucinations. Celles-ci proviennent du fait que l’IA repose sur l’#imitation_du_langage plutôt que sa #compréhension. Le même principe s’applique à toutes les #prédictions ou #classifications que produit l’IA. « Que l’IA soit appliquée directement pour prédire la #fraude aux #aides_sociales ou simplement utilisée par un décideur politique pour « dialoguer » avec une multitude de documents politiques, elle dégrade la #fiabilité des résultats ».

    Des données probantes suggèrent déjà que l’imbrication des #algorithmes dans les solutions politiques conduit à une appréciation arbitraire de l’#injustice et de la #cruauté. Les #scandales abondent, de #Robodebt en Australie à l’affaire des allocations familiales aux Pays-Bas, qui auraient tous pu être évités en écoutant la voix des personnes concernées. Mais l’IA introduit une #injustice_épistémique, où la capacité des individus à connaître leur propre situation est dévaluée par rapport aux abstractions algorithmiques. Si l’IA, comme la #bureaucratie, est présentée comme une forme généralisée et orientée vers un objectif de processus rationnel, elle engendre en réalité de l’#inconscience : l’incapacité à critiquer les instructions, le manque de #réflexion sur les conséquences et l’adhésion à la croyance que l’ordre est correctement appliqué. Pire encore, l’IA dite générative offre la capacité supplémentaire de simuler une large consultation, que ce soit par « l’interprétation » hallucinatoire d’un grand nombre de soumissions publiques ou par la simulation littérale d’un public virtuel et prétendument plus diversifié en remplaçant des personnes réelles par des avatars d’#IA_générative. Une technique, qui, si elle a l’avantage de réduire les coûts, est dénoncée par des chercheurs comme contraire aux valeurs mêmes de l’enquête et de la recherche, rappelait Scientific American. « L’approche technocratique mise en œuvre par l’IA est à l’opposé d’un mécanisme réactif aux aléas de l’#expérience_vécue », explique McQuillan. « L’IA n’est jamais responsable, car elle n’est pas responsable ». Si l’on considère les attributs de l’IA dans leur ensemble, son application à l’élaboration des politiques publiques ou comme outil politique aggravera l’#injustice_sociale, prédit le chercheur. L’apport de l’IA à l’ordre social ne consiste pas à générer des arrangements de pouvoir alternatifs, mais à mettre en place des mécanismes de classification, de #hiérarchisation et d’#exclusion.

    Chaque signalement par l’IA d’un risque de #fraude, d’un classement d’une personne dans une catégorie, mobilise une vision du monde qui privilégie des #représentations_abstraites à la complexité des relations vécues, et ce dans l’intérêt des institutions et non des individus. « Imprégnées des injustices criantes du #statu_quo, les solutions de l’IA tendent inexorablement vers la #nécropolitique, c’est-à-dire vers des formes de prise de décision qui modifient la répartition des chances de vie par des désignations de disponibilité relative. Détourner massivement les individus des parcours éducatifs ou des prestations sociales dont ils ont besoin pour survivre, par exemple, constitue un #filtre_algorithmique pour déterminer qui est bienvenu dans la société et qui ne l’est pas ».

    Le problème, c’est que la pression sur les décideurs politiques à adopter l’IA est immense, non seulement parce que ses #biais viennent confirmer les leurs, mais plus encore du fait des engagements commerciaux et des promesses économiques que représente le développement de ce secteur. Et McQuillan de regretter que cette orientation nous éloigne de l’enjeu éthique qui devrait être au cœur des politiques publiques. La politique s’intéresse de moins en moins aux injustices structurelles de la société. « Un monde où l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques reposent sur l’IA est aussi un monde qui confère un #pouvoir considérable à la petite poignée d’entreprises capables de disposer de ces ressources ». Par essence, « l’adoption de l’IA constitue un engagement en faveur de l’#extractivisme et d’un transfert de contrôle à un niveau qui supplante toute politique réelle ».

    En fait, explique McQuillan, adopter l’IA dans l’élaboration des politiques publiques revient à soumettre les politiques à des agendas corporatifs et idéologiques plus vastes (à savoir se soumettre à ceux qui ont déjà décidé que l’avenir de la civilisation réside dans l’intelligence artificielle générale (IAG), ceux qui ont décidé que la meilleure réponse à la crise structurelle est de la masquer sous le battage médiatique de l’IA, et ceux qui ont conclu que le meilleur moyen de maintenir les revenus en période de récession mondiale est de remplacer les travailleurs réels par des émulations d’IA de mauvaise qualité). L’impact net de l’IA dans l’élaboration des politiques la rendrait plus précaire et favoriserait l’externalisation et la #privatisation sous couvert d’une #technologie surmédiatisée. Il s’agit d’une forme de « #stratégie_du_choc », où le sentiment d’urgence généré par une technologie prétendument transformatrice du monde est utilisé comme une opportunité pour l’#emprise des entreprises et pour transformer les systèmes sociaux dans des directions ouvertement autoritaires, sans réflexion ni débat démocratique.

    Pour Dan McQuillan, plutôt que de se demander comment l’IA va imprégner l’élaboration des politiques, il faudrait se concentrer sur des politiques publiques qui favorisent la dénumérisation. C’est-à-dire favoriser une stratégie sociotechnique de réduction de la #dépendance à l’échelle computationnelle, de participation maximale des communautés concernées et de reconnaissance accrue du fait que le raisonnement computationnel ne saurait se substituer aux questions politiques exigeant un jugement réfléchi et perspicace. L’IA, en tant qu’appareil de calcul, de concepts et d’investissements, est l’apothéose de la « vue d’en haut », l’abstraction désincarnée du savoir privilégié qui empoisonne déjà nombre de formes d’élaboration des politiques. Pour McQuillan, un pivot vers la « #décomputation » est une façon de réaffirmer la valeur des #connaissances_situées et du contexte sur le seul passage à l’échelle. Contrairement aux prédictions et simulations de l’IA, notre réalité commune est complexe et intriquée, et la théorie ne permet pas de prédire l’avenir. Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas progresser vers des objectifs tels que la justice sociale et une transition juste, mais la dénumérisation suggère de les aborder de manière à la fois itérative et participative. Le véritable travail de restructuration réoriente l’attention des technologies toxiques vers le développement de techniques de #redistribution du #pouvoir_social, telles que les #conseils_populaires et les #assemblées_populaires. Bref, pour sortir de l’enfermement des politiques publiques de l’abstraction qu’impose l’IA, il faut prendre un virage contraire, suggère McQuillan. Un constat qui n’est pas si éloigné de celui que dresse le chercheur Arvind Narayanan quand il invite à limiter l’emprise du calcul sur le social, même s’il est exprimé ici d’une manière bien plus radicale.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/10/07/politiques-publiques-passer-de-lia-a-la-denumerisation
    #intelligence_artificielle #AI

  • L’hôpital s’effondre et les pouvoirs publics regardent ailleurs, suite de notre grande enquête en Bretagne
    https://splann.org/enquete-hopital-bretagne-effondrement

    En Bretagne aussi, le « droit à la santé pour tous » est en soins palliatifs. C’est le constat amer des trois nouveaux volets de notre grande enquête sur la lente agonie hospitalière. Où les tableurs Excel, les consultants privés, la tarification à l’acte et les médecins « intérimaires » ont pris le pas sur une démarche de soins, à la fois respectueuse des patients et des personnels de santé. L’article L’hôpital s’effondre et les pouvoirs publics regardent ailleurs, suite de notre grande enquête en Bretagne est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Santé_publique #hôpital #santé #service_public

  • La mise à mort programmée du système ferroviaire français
    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/090725/la-mise-mort-programmee-du-systeme-ferroviaire-francais

    Cela leur a pris trente ans. Mais ils y sont en train d’y parvenir : le dernier clou dans le cercueil de la SNCF et du système ferroviaire français est en train d’être enfoncé. Selon des informations publiées le 4 juillet par le site l’Informé, les concurrents de l’entreprise publique ferroviaire qui s’apprêtent à exploiter des lignes TGV en France seront dispensés de toute obligation de service public en France.

    [...]

    « Comment s’en étonner. C’est la logique même de l’ouverture à la concurrence. Nous l’avions annoncé depuis des années : le privé va exploiter tout ce qui ce qui est rentable et laisser tout le reste. La SNCF est la vache à lait du privé », constate Julien Troccaz, responsable du syndicat Sud-Rail.

    Le gouvernement – et tous ceux qui l’ont précédé – a décidé d’appliquer à la SNCF la même logique que celle qui a été imposée à EDF lors de l’ouverture des marchés de l’énergie : faire subventionner par le public les profits futurs du privé. Au nom de la concurrence libre et non faussée, les entreprises publiques sont priées de céder à leurs concurrents une partie des bénéfices et des avantages dont elles bénéficient historiquement pour permettre au privé d’exister.

    Dans le cas d’EDF, cela s’est traduit par l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), avec le succès que l’on sait : une explosion des prix, des milliards de bénéfices pour des intermédiaires privés sans aucun profit pour les usagers, la sécurité du système et l’intérêt général. Tout est en place que les mêmes effets se produisent à la SNCF, en pire.

    [...]

    Ce qui pourrait sembler des coups de canifs dans l’organisation ferroviaire française risque, de l’avis de nombreux experts, de mettre tout à terre. Car la SNCF est tenue de respecter la règle d’or, c’est-à-dire d’assurer constamment son équilibre financier. Une clause qui a été imposée par la Commission européenne et qui n’a jamais été contestée par la présidence française – à la différence d’autres États membres –, en contrepartie d’une reprise partielle de la dette de la compagnie ferroviaire.

    Privée d’une partie des recettes des lignes à grande vitesse, qui constituent l’essentiel de son chiffre d’affaires, la SNCF risque de ne pas pouvoir faire face à toutes ses charges. Tous les principes de péréquation territoriale, qui permettaient d’assurer le financement des lignes déficitaires grâce aux lignes rentables, sont ébranlés.

    Désormais, chaque ligne va devoir être rentable par elle-même. Des dessertes considérées comme vitales dans toute la France sont déjà menacées notamment dans le Centre-Val-de-Loire, la Savoie ou une partie de la Bretagne. « Une ligne qui ferme ne rouvre jamais », prévient Bérenger Cernon, ayant en tête des centaines d’exemples de voies ferrées démantelées, converties en pistes cyclables alors qu’elles assuraient auparavant un maillage dense du territoire.

    [...]

    Nombre d’historiens, à commencer par Fernand Braudel, ont souligné le rôle majeur qu’ont joué les chemins de fer pour la cohésion territoriale et sociale de la France moderne. C’est toute cette cohésion qui est en train de se défaire. Après avoir vu disparaître leur palais de justice, leur centre d’impôt, leur hôpital, c’est leur gare qui est appelée à être supprimée dans nombre de villes moyennes. La France, selon les vues de la technostructure partagées par les groupes privés, ce n’est que neuf à dix métropoles : Paris, Strasbourg, Lille, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Marseille et Lyon et Grenoble. En dehors de ces grandes villes, point de salut.

    Tout cela ne peut participer qu’au sentiment de déclassement et d’injustice sociale qui anime la majorité des Français, et fait le lit du populisme d’extrême droite. Mais l’exécutif, comme nombre d’élus politiques, s’en moque. Après tout, dans les gares, il n’y a que « des gens qui ne sont rien ».

  • La profession d’enseignant-chercheur aux prises avec le #nouveau_management_public

    Ce texte se propose d’analyser différents impacts de la #néolibéralisation de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) sur le contenu et les #conditions_de_travail des enseignants-chercheurs (EC). L’analyse s’appuie sur les résultats d’une enquête menée entre 2020 et 2022 sur la nature, les causes et les effets des mutations du #travail des EC. Cette recherche visait dans un premier temps à objectiver les évolutions et à saisir les représentations des acteurs à leur sujet. Le second temps entendait analyser les raisons et les vecteurs de ces évolutions. Outre la mobilisation de sources bibliographiques, trois outils ont servi à recueillir des données. Un questionnaire adressé en ligne aux membres des différentes sections du CNU et aux EC en poste dans cinq établissements (aux tailles, localisations et statuts variés), à l’exception de ceux du domaine de la santé [1] a permis de travailler sur 684 réponses complètes reçues. Des entretiens semi-directifs (de 30 à 90 minutes) ont ensuite été menés avec 108 répondants au questionnaire, avec 5 présidents ou vice-présidents d’université (en poste au moment de l’échange) et avec des représentants de 6 syndicats (SNESup, SNESup école émancipée, CFDT, CGT, FO et Sud) [2]. Des résultats provisoires ont enfin été discutés au cours de 7 séminaires réunissant des EC dans le but d’alimenter la réflexion et l’analyse finale. Le livre Enseignants-chercheurs. Un grand corps malade (Bord de l’eau, 2025) rend compte de façon détaillée des résultats de cette recherche.

    On montrera d’abord comment la mise en œuvre des principes du nouveau management public (#NMP) dans l’ESR a entraîné simultanément un alourdissement et un appauvrissement des tâches d’enseignement, de recherche et d’administration incombant aux EC. On abordera ensuite les effets de #surcharge et de #débordements du travail que produisent ces transformations du travail des EC ainsi que les impacts que cela engendre sur leur #moral, leur #engagement et leur #santé.

    Le travail des EC alourdi et appauvri sous l’effet de la #néo-libéralisation et du NMP

    La #néo-managérialisation de l’ESR a démarré dans les années 1990, sans qu’il s’agisse d’une #rupture absolue avec une #université qui aurait jusque-là échappé aux logiques capitalistes dominantes. Parlons plutôt d’une évolution marquée par l’adoption et l’adaptation des principes du néolibéralisme. Promus par la Société du Mont Pèlerin fondée en 1947, puis mis en œuvre à partir des années 1980 (par Thatcher et Reagan), ces principes prônent une réduction des missions et des coûts des services publics s’appuyant sur une gestion comparable à celle des entreprises privées. Il s’agit de rationaliser leur organisation et de réduire leurs budgets, d’instaurer une mise en concurrence interne (entre établissements, départements, équipes et collègues) et externe (avec des organisations privées fournissant des services de même nature), de viser leur rentabilité et de mesurer leur performance. Cela a conduit à favoriser le fonctionnement en mode projet, la diversification des financements en valorisant les #PPP (partenariats public/privé), l’évaluation sur #indicateurs_quantitatifs, les #regroupements… Les objectifs fixés étant l’#efficacité plutôt que l’#équité, l’#efficience plus que l’#utilité_sociale, la #rentabilité avant la qualité de service.

    Ce programme s’applique donc dans l’ESR français à partir des années 1990. En 1998, le #rapport_Attali « Pour un système européen d’enseignement supérieur » répond à une commande de #Claude_Allègre (ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie de 1997 à 2000) qui entend « instiller l’#esprit_d’entreprise dans le système éducatif » (Les Échos, 3 février 1998), une #orientation qui constitue une injonction à visée performative. Dans les établissements, et notamment les #universités_publiques, cette orientation va être conduite par des équipes comptant de plus en plus de technocrates et de managers formés et rompus à l’exercice du NMP qui entendent faire fonctionner une logique inscrite dans la droite ligne du « processus de production, de diffusion et de légitimation des idées néo-managériales en France depuis les années 1970 [3] »

    Le rapport Attali propose un cadre européen inspiré d’orientations de l’OCDE. Lors de la célébration du 800e anniversaire de la Sorbonne, toujours en 1998, les dirigeants français, allemand, britannique et italien lancent un appel pour « un cadre commun de référence visant à améliorer la lisibilité des diplômes, à faciliter la mobilité des étudiants ainsi que leur employabilité ». Dès 1999, 25 autres pays européens signent cet appel et donnent naissance au « #processus_de_Bologne » destiné à créer un Espace européen de l’enseignement supérieur avant 2010. En mars 2000, l’Union européenne rejoint ce projet, qui débouche sur la #stratégie_de_Lisbonne proposant de créer un « #marché_de_la_recherche ». C’est dans ce contexte qu’intervient la #bureaucratisation_néolibérale de l’ESR français qui va transformer la « #gouvernance » de l’ESR, ainsi que le travail et les conditions de travail de ses salariés, dont celles des EC.

    Parallèlement à la dégradation des #taux_d’encadrement (notamment en licence [4], avec des variations entre disciplines et établissements) et aux baisses d’effectifs et de qualification des personnels d’appui, les EC assument des tâches liées à l’enseignement de plus en plus nombreuses, diverses et complexes. Il s’agit notamment d’un travail d’#ingénierie_pédagogique de plus en plus prenant, d’une coordination de plus en plus fréquente d’équipes pédagogiques comprenant des précaires en nombre croissant (dont ils doivent aussi assurer le recrutement et le suivi), de réponses aux injonctions à la « #professionnalisation » (impliquant de faire évoluer les contenus de formation, en réécrivant les maquettes de diplôme en « compétences » [5], en multipliant le nombre de #stages à encadrer et en travaillant sur les #projets_professionnels des étudiants), d’une #complexification de l’#évaluation des étudiants due à la #semestrialisation, à des délais de correction raccourcis, à la « #concurrence » du web et désormais de l’IA et d’une prise en charge d’activités de #marketing et de #communication destinées à vanter, voire à « vendre », les diplômes, les parcours, l’établissement.

    - « On subit une accumulation de #micro-tâches, qui devient chronophage même si c’est souvent des bonnes idées. Par exemple, l’université nous demande de présenter les masters en faisant venir d’anciens étudiants, ce qu’on fait déjà deux fois pour les étudiants de L3 et aux journées portes ouvertes. Ils nous demandent de faire une présentation de plus pour diffuser plus largement sur des plateformes et toucher un public plus large. […] Autre exemple, on nous demande de refaire un point sur les capacités d’accueil de nos masters, et il faut refaire le travail. […] En fait, toute l’année on nous demande des #petits_trucs comme ça. » (PU en sciences de l’éducation et de la formation, en université).

    Une même dynamique opère du côté de la recherche, les activités sont aussi accrues et diversifiées dans un contexte de raréfaction des personnels d’appui, notamment en lien avec la #concurrence aiguisée entre chercheurs, entre labos, entre UFR, entre établissements. Cette évolution c’est aussi la baisse des #budgets_récurrents et la chasse aux #financements, en répondant à des #appels_à_projets émanant de institutions publiques (ANR, ministères, UE) ou d’acteurs privés, la course aux #publications dans les revues classées, en anglais pour certaines disciplines, la multiplication des #évaluations par les établissements, les agences (AÉRES puis #HCÉRES…), les tutelles, le ministère, l’œil rivé sur les classements, notamment celui de Shanghai.

    - « Une partie du temps, on est plus en train de chercher des budgets et de faire du #reporting que de faire la recherche elle-même. Sans compter qu’il faut publier pour être valorisé. Il y a des collègues dont on se demande ce qu’ils publient, parce que leur temps de recherche en fait, c’est du temps d’écriture, mais on ne sait pas sur quoi. » (PU en civilisation américaine en université).
    - « Si on regarde les laboratoires, il y a beaucoup de chercheurs et peu de personnels associés. Nécessairement, les EC doivent faire face à plus de tâches administratives. Et d’autre part, il y a des choses qui ont été formatées, il faut remplir des fichiers, des indicateurs, cela fait beaucoup de tâches administratives à réaliser. » (PU en électronique en IUT).

    À cela s’ajoutent les activités de sélection, de recrutement et de management des étudiants et des doctorants sur des plateformes aux performances discutables (#ParcoursPlus, #Mon_master, Adum), des ATER, des postdocs et des enseignants vacataires et contractuels, ainsi que de titulaires lorsqu’il faut siéger en comité de sélection quand des postes de MCF et PU (Professeur d’Université) sont ouverts. Il faut ici souligner la #surcharge spécifique pesant sur les #femmes, notamment PU, compte tenu des règles de parité (un COS doit compter au moins de 40% de membres de chacun des deux genres) et des inégalités de #genre dans les carrières [ 7].

    Les EC doivent aussi prendre en charge des activités d’information, d’évaluation et de valorisation à destination de divers instances et organismes, dans des délais souvent courts, au moyen d’outils numériques plus ou moins fiables et compatibles. Ces comptes à rendre portent en particulier sur la qualité des cursus, les débouchés professionnels et les taux d’insertion des diplômés, les coûts en heures et en masse salariale des cours, des TD et des TP, les résultats en termes de présence aux examens, de notes, de diplômés, d’abandons en cours de cursus…

    – « Je me sens être très gestionnaire, animatrice, gentille organisatrice une grande partie de mon temps. C’est quelque chose que je n’avais pas du tout anticipé en entrant dans ce métier, parce que je ne pensais pas avoir autant de #charges_administratives. […] Dès la 3è année après mon recrutement, j’étais directrice des études, à faire des emplois du temps, recruter des vacataires, travailler un petit peu le contenu de leurs interventions, mais je devais surtout faire des RH, essayer que ça convienne à chacun, récupérer les papiers qu’on lui demandait pour qu’il soit payé, etc. » (MCF en sociologie en IUT).

    On a ainsi assisté à un double mouvement d’alourdissement er d’appauvrissement du travail des EC sous les effets combinés des injonctions à la professionnalisation (la #loi-LRU de 2007 a ajouté « l’orientation et l’insertion » aux missions de l’ESR) et aux attentes des tutelles en la matière ainsi que des normes budgétaires strictes et des critères « d’#excellence » qui concrétisent l’essor des logiques et des modes de gestion du NMP et la #managérialisation de l’ESR (comparable à ce qu’a connu l’Hôpital,). Il en découle un ressenti fréquent de #perte_de_sens et un #malaise profond.

    – « Il faut se bagarrer pour trouver à garder du #sens au métier. Ça c’est très clair. […] On nous impose les choses, donc effectivement, il y a une perte de sens, enfin je ne sais pas si c’est une perte de sens mais on a une perte de la maîtrise de notre métier. »(MCF HDR en didactique de l’histoire en Inspé).
    - « Quand j’ai démarré au début des années 2000, j’avais l’impression d’être en phase avec mon travail et peut-être plusieurs de mes collègues aussi. J’ai l’impression qu’il y avait une sorte de vision collective partagée. Cette vision collective partagée, je la sens moins parce que je sens des #découragements, je sens des #lassitudes. Le partage de la mission de chercheur, c’est plus compliqué et le partage de la vision de la mission d’enseignement pour moi, elle est galvaudée. » (MCF HDR en chimie en université).

    Le #moral et la santé des EC pâtissent des #surcharges et débordements vécus par les EC.

    La détérioration des situations de travail vécue par les EC produit des effets à la fois sur leur état moral, leur #engagement_professionnel et leur état de santé. Les surcharges combinées au sentiment de ne plus pouvoir faire leur travail correctement sont à l’origine de nombreuses #souffrances. Leur travail a été peu à peu alourdi par une accumulation de tâches dont une partie tient à la #procédurisation qui concrétise « la #bureaucratisation_néolibérale ». Cela nourrit un important « #travail_caché », invisibilisé et non rémunéré, qui conduit à la fois à accroître et à hacher l’activité.

    Il en découle des #surcharges_temporelles (extension de la durée du travail professionnel), des #surcharges_mentales (dues à l’accumulation de sujets et de préoccupations) et des #surcharges_cognitives (liées aux changements récurrents de registres d’activité).

    - « L’université française s’écroulerait si nous ne consentions pas à faire un travail parfois considérable gratuitement ou presque. » (PU en langue et civilisation)

    L’#intensification_du_travail qui passe par un accroissement du travail invisible, ou plus justement invisibilisé, des EC, implique des débordements fréquents de leur vie professionnelle sur leur #vie_personnelle (aussi bien du point de vue du temps que de celui des lieux). Ce phénomène a été aggravé par l’usage d’outils (téléphone mobile, micro-ordinateur, tablette) et de dispositifs techniques (mails, réunions et cours à distance, remontées de datas, recherches sur le web) qui favorise le travail en tout lieu et à tout moment, et donc le brouillage des frontières entre travail et hors-travail.

    - « Je pense que tous les collègues font un peu comme moi, le temps d’écriture des articles est pris surtout sur le samedi et le dimanche, donc sur le temps personnel, en fait. Parfois, les conjoints ont du mal à s’y faire, mais moi non, mon conjoint est un chercheur. Globalement, on travaille tous les jours. Sinon, ça ne passe pas. Ou alors, on ne fait que de l’enseignement et on écrit un article par an. » (PU en histoire du droit en université).

    Le débordement temporel et spatial est un fait massif difficile à mesurer pour les EC car ceux-ci, comme tous les enseignants, ont toujours travaillé à la fois sur leur lieu de travail et à leur domicile ou en vacances (pour préparer des cours, corriger des copies et des mémoires, lire et écrire des travaux scientifiques, tenir des RV et réunions à distance).

    La porosité des frontières entre lieux de travail et de vie, entre temps de travail et hors-travail est ambivalente. D’un côté, elle permet aux EC de choisir où et quand ils travaillent, à l’inverse de la plupart des salariés. Cette souplesse d’organisation procure un sentiment de liberté, et une liberté réelle, qui facilite la conciliation entre obligations professionnelles et activités personnelles, domestiques, familiales. Mais, c’est aussi un piège qui met en péril la vie personnelle et familiale en impliquant une absence de limite aux temps et aux espaces consacrés au travail. Ce risque est d’autant plus grand que ce sont souvent les activités de recherche (à la fois les plus appréciées et les plus empêchées au quotidien) qui trouvent place en dehors des lieux et temps de travail. Beaucoup d’EC en viennent alors à accepter, voire à rechercher, ces débordements du travail pour retrouver le plaisir de faire ce qu’ils aiment dans un contexte plus favorable qu’au bureau (environnement calme et agréable) et à l’abri de sollicitations multiples (passages, appels téléphoniques, mails urgents, etc.). Ne peut-on évoquer ici une forme d’#aliénation, voire de « #servitude_volontaire » ? Cela rappelle ce que différentes enquêtes ont montré chez des cadres du secteur privé qui, en travaillant chez eux, y compris le soir, le week-end ou en congé, retrouvent comme ils le disent une « certaine continuité temporelle » et un « cadre spatial favorable à la #concentration ».

    - « Il faut avoir le #temps de faire sa recherche, on est dans une espèce de course à l’échalote permanente. Moi, j’ai eu beaucoup de chance, je ne veux pas cracher dans la soupe, j’ai pu travailler sur ce que je veux, et après à moi de trouver de l’argent. Mais, c’est un métier où ça peut être très dangereux si on ne trouve pas son équilibre. Moi, ça m’a coûté certaines choses au niveau personnel [un divorce !] parce qu’il est arrivé un moment donné où je ne dormais plus la nuit parce que je voyais tout ce que je n’avais pas eu le temps de faire. J’ai eu besoin de faire un travail sur moi pour me ressaisir et me dire que si je n’avais pas fait ça ou ça, ce n’était pas si grave, personne n’est mort à cause de ça, on se détend. J’ai eu de la chance, j’ai refait ma vie avec quelqu’un qui est professeure des écoles donc avec un rythme peu différent ». (MCF en chimie en université).

    Les inégalités de prise en charge des tâches domestiques, familiales et éducatives entre femmes et hommes, auxquelles n’échappent pas les EC, conduisent à exposer de nombreuses EC à des difficultés spécifiques (contribuant aux inégalités de déroulement de carrière à leur détriment), d’autant que la façon d’exercer le métier, de gérer les relations avec les étudiants et de prendre des responsabilités est aussi marquée par des différences de genre.

    – « Cette intensification du temps de travail s’est encore accrue au moment de mon passage PU, avec certains moments de l’année où pour pouvoir conduire mon activité et honorer mes engagements professionnels, je dois sacrifier tous mes week-ends sur une longue période. […] Il me semble que cette intensification tient aussi à une division sexuée du travail présente dans nos composantes : nombre de mes collègues hommes ayant longtemps refusé de prendre des responsabilités, en tous les cas les responsabilités chronophages et peu qualifiantes dans les CV ». (MCF en communication).
    – « Les femmes sont plus touchées que les hommes car elles assument les responsabilités de care pour les étudiants mais aussi pour leurs proches descendants ou ascendants de manière très déséquilibrée par rapport aux hommes. La charge mentale des femmes EC est très lourde. Concilier maternité et ESR (et donc espérer voir évoluer sa carrière) est mission impossible sauf pour celles qui ont un conjoint ou un réseau personnel sur lesquels s’appuyer. L’explosion des publications émanant d’EC masculins pendant la pandémie en est un bon exemple ». (MCF en anglais).

    Ces débordements s’inscrivant dans un contexte de dégradation de la qualité du travail et des conditions de sa réalisation contribuent à nourrir un sentiment d’#insatisfaction. C’est aussi de la #désillusion et diverses #souffrances_morales mais aussi physiques qui découlent de cette combinaison mortifère entre surcharges, débordements et insatisfaction.

    - « Moi, j’ai beaucoup de désillusions sur mon métier. Beaucoup d’#amertume, en fait. […] Quand on est enseignant-chercheur, on démarre, on est à fond, on en veut, etc. On a plein d’envies, on a plein d’ambition, puis on arrive dans la réalité et on prend un gros coup dans la figure et ça t’arrête net. Parce qu’on te colle tout de suite une responsabilité. […] Et tout ça pour un salaire de m… ! […] Moi je trouve que former des gens comme on les forme pour faire ça, c’est du gâchis franchement. » (Vice-présidente d’une université en poste).

    Ce qui mine et fait mal, comme l’évoquent de nombreux EC quand ils décrivent l’évolution de leur métier, c’est en particulier l’impression de devoir travailler toujours plus avec toujours moins de moyens disponibles, et donc pour un résultat dégradé ; ils ont le sentiment d’un « #travail_empêché » (comme le nomme Yves Clot) parce qu’ils se sentent empêchés de faire un travail de qualité comme ils savent et voudraient le faire ; ils ont des doutes sur la réalité de ce qu’ils font par rapport à ce qu’ils attendent de leur travail et ce qu’ils pensent que doit être le #service_public.

    Beaucoup des EC interrogés durant l’enquête se demandent ce qu’est devenu leur travail, quel sens ils peuvent encore lui donner et quel avenir attend l’université (et plus largement l’ESR). Si la plupart acceptent que le cœur de leur métier dépasse largement les seules activités de base d’enseignement et de recherche, ils doutent de plus en plus de pouvoir faire ce métier, auquel ils sont attachés, dans les règles de l’art telles qu’ils les conçoivent, et en particulier avec l’attention requise et les résultats voulus.

    - « Je pense que le métier d’enseignant-chercheur au-delà des 35 heures, ce n’est pas trop quelque chose de nouveau. Un chercheur, je pense qu’il a toujours beaucoup travaillé le soir. Mais peut-être que maintenant, on n’arrive plus à trouver le temps de tout faire ce qu’on nous demande. Et peut-être que ça, c’est nouveau ». (PU en biologie en IUT).
    – « J’ai vraiment du mal à croire qu’on puisse faire les trois choses ensemble. C’est-à-dire à la fois avoir une activité de recherche de haut niveau, avoir un investissement dans l’enseignement qui permet, enfin selon le critère qui est le mien, de renouveler ses cours extrêmement régulièrement pour ne pas se répéter, et en plus avoir des fonctions administratives ». (MCF en histoire en université).

    Cela fait émerger des questions majeures : à quoi et à qui sert aujourd’hui le travail des EC ? Sont-ils en mesure de réaliser des enseignements et des recherches de qualité ? Que devient le service public de l’ESR ? Ces questionnements rejoignent les trois dimensions majeures du sens du travail énoncées : son utilité vis-à-vis de ses destinataires, le respect de leurs valeurs éthiques et professionnelles, et le développement de leurs capacités.

    – « Il faut se bagarrer pour trouver à garder du sens au métier. Ça c’est très clair. […] On nous impose les choses, donc effectivement, il y a une perte de sens, enfin je ne sais pas si c’est une perte de sens mais on a une perte de la maîtrise de notre métier. » (MCF HDR en didactique de l’histoire en Inspé).

    Les différentes évolutions que nous venons de décrire peuvent s’interpréter comme les signes d’un risque de #déprofessionnalisation, un processus à la fois lent et peu visible prenant la forme d’une remise en cause ce qui fonde leurs « gestes professionnels » et de leur #identité_professionnelle ». Ce dont on parle ici ne concerne pas seulement tel ou tel individu, mais le groupe professionnel des EC à travers trois aspects.

    Le premier élément est une déqualification liée au fait que les EC sont de plus en plus souvent chargés de tâches ne correspondant ni au contenu, ni au niveau de leurs savoirs et de leurs objectifs. La deuxième dimension concerne la perte d’#autonomie à rebours de la #liberté_académique et de l’autonomie affirmées dans les textes. Le troisième aspect est le sentiment massivement exprimé durant l’enquête de l’#inutilité d’une part croissante du travail réalisé par rapport à ce que les EC voudraient apporter à leurs étudiants, et plus largement à la société qui finance leurs salaires, ce qui touche au cœur de l’identité fondant leur profession.

    La managérialisation de l’ESR alimente ce risque de déprofessionnalisation en enrôlant les EC dans les évolutions de leur travail et de leurs conditions de travail qui leur déplaisent, en les conduisant à faire - et pour ceux qui ont des responsabilités à faire faire à leurs collègues - ce qui les fait souffrir et que, pour partie, ils désapprouvent. C’est sans doute une des réussites du NMP que d’obtenir cette mobilisation subjective, comme la nomme la sociologue Danièle Linhart.

    La question de la déprofessionnalisation des EC mérite sans aucun doute d’être approfondie en termes de causes, de manifestations et d’effets. En l’état actuel de l’analyse, c’est une hypothèse à creuser dans le cadre d’un questionnement sur les impacts - et l’efficience - des modes de gestion impulsés par le nouveau management public et la bureaucratisation néolibérale.

    Si cette enquête ne suffit évidemment pas à établir un diagnostic global sur la santé des EC, elle permet néanmoins de mettre à jour des réalités peu connues et alarmantes. Ainsi, le terme épuisement est souvent revenu : il est employé spontanément par 45 répondants au questionnaire (dont 31 femmes). Il est évoqué 10 fois en réponse à la question : « Rencontrez-vous ou avez-vous rencontré des difficultés pour concilier vos différents activités professionnelles (enseignement, recherche, tâches administratives) ? Si oui, lesquelles ? ». Le stress, lui, est explicitement abordé dans 35 réponses (29 femmes) sans compter celles qui parlent du stress des étudiants et des Biatss. 17 répondants (dont 13 femmes) parlent de burn-out. Dans 7 de ces 17 cas, les répondants témoignent de burn-out subi par eux-mêmes ou par un membre de leur équipe au cours des dernières années. Les autres évoquent le risque ou la peur d’en arriver là. Les deux verbatims suivants illustrent l’importance de cette question.

    – « Il y a 20 ans, les réunions pouvaient durer 1 heure, 1 heure et demie. Aujourd’hui, il n’y a pas une réunion du CHSCT qui dure moins de 3 ou 4 heures. Parce qu’il y a un nombre incroyable de remontées au niveau des enseignants-chercheurs. […] Dans notre département, il y a eu pas moins de trois burn-out cette année, avec des arrêts maladie, des demandes de collègues de se mettre à mi-temps. » (PU, élu CGT).
    – « Je pense qu’il faut faire très, très attention. On est sur un fil raide. Ça peut basculer d’un côté comme de l’autre. Et je pense qu’on doit arrêter un peu le rythme, les gens sont fatigués, épuisés, donc il faut qu’on trouve un moyen de minimiser un peu les appels à projets. C’est sur ça qu’on se bat. Les garder, mais en faire moins. […] Bien sûr qu’on manque de moyens et bien sûr qu’il faut qu’on fasse comprendre à notre fichu pays que l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement. Je crois à ça profondément. » (Présidente d’une université en poste au moment de l’entretien).

    Pour conclure

    La profession des EC ressent assez largement un #malaise mettant en cause leur activité, voire leur carrière. Face à cela, la plupart des réponses sont aujourd’hui individuelles, elles passent pour certains par différentes formes de #surengagement (débouchant parfois sur du #stress, des #dépressions ou du #burn-out), pour d’autres (et parfois les mêmes à d’autres moments de leur carrière) à des variantes de désengagement (vis-à-vis de certaines tâches) pouvant aller jusqu’à diverses voies d’Exit (mises en disponibilité, départs en retraite avant l’âge limite, démissions très difficiles à quantifier). Les solutions collectives ont été assez décrédibilisées, notamment après l’échec du mouvement anti-LRU. De nouvelles pistes restent à imaginer et à construire pour ne pas continuer à subir les méfaits de la néo-libéralisation de l’ESR et trouver des alternatives aux dégradations en cours.

    [1] La situation des MCF-PH et des PU-PH à la fois EC à l’université et praticiens en milieu hospitalier étant très particulière.

    [2] Les verbatims présentés dans cette communication sont extraits des réponses au questionnaire ou des entretiens.

    [3] Bezès P. (2012). « État, experts et savoirs néo-managériaux, les producteurs et diffuseur du New Public Management en France depuis les années 1970 », Actes de la recherche en Sciences Sociales, n° 3, p. 18.

    [4] La massification de l’accès au bac s’est traduite par une très forte hausse du nombre d’élèves et étudiants inscrits dans l’ESR. Sur les 4 dernière décennies, ce nombre a plus que doublé en passant d’un peu moins de 1,2 million (à la rentrée 1980) à près de 2,8 millions (à la rentrée 2020). Le nombre d’EC n’a pas suivi !

    [5] Les diplômes universitaires doivent désormais figurer dans le Répertoire national des certifications professionnelles (le RNCP) conçu dans la logique des compétences.

    [6] Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé de l’enseignement supérieur.

    [7] En dépit des principes d’égalité professionnelle, les femmes sont infériorisées dans l’ESR. Parmi les MCF, seul le domaine droit, science politique, économie et gestion (DSPEG) est à parité avec 51% de femmes et 49% d’hommes. Les femmes sont sur-représentées (58%) en Lettres, Langues et Sciences humaines (LLSH) et sous-représentées (34%) en Sciences et Techniques (ST). Du côté des PU, les femmes sont 29% (contre 45% parmi les MCF) même si ce pourcentage a augmenté ces dernières années. Les femmes sont minoritaires parmi les PU dans les trois domaines, y compris là où elles sont majoritaires parmi les MCF : elles sont 36% en DSPEG, 45% en LLSH et 21% en ST. Et les écarts de statut ne sont pas les seules inégalités de genre entre EC.

    https://blogs.alternatives-economiques.fr/les-economistes-atterres/2025/06/17/crise-de-l-esr-contribution-2-la-profession-d-enseign
    #ESR #enseignement #recherche #new_public_management