• Défense et illustration des libertés académiques : un eBook gratuit

    Mediapart propose sous la forme d’un livre numérique téléchargeable gratuitement les actes du colloque de défense des libertés académiques organisé par #Éric_Fassin et #Caroline_Ibos. Témoignant d’une alliance entre #journalistes et #intellectuels face à l’#offensive_réactionnaire contre le droit de savoir et la liberté de chercher, il sera présenté lors du débat d’ouverture de notre Festival, samedi 25 septembre.

    Dans un passage trop ignoré de ses deux conférences de 1919 réunies sous le titre Le Savant et le Politique, Max Weber plaide pour une sociologie compréhensive du #journalisme. Lui faisant écho à un siècle de distance, ce livre numérique à l’enseigne de La savante et le politique témoigne d’une alliance renouvelée entre intellectuels et journalistes, dans une #mobilisation commune en défense du #droit_de_savoir et de la #liberté_de_dire, de la #liberté_de_chercher et du #droit_de_déranger.

    Constatant que le journaliste, échappant « à toute classification sociale précise », « appartient à une sorte de #caste de #parias que la “société” juge toujours socialement d’après le comportement de ses représentants les plus indignes du point de vue de la #moralité », Max Weber en déduisait, pour le déplorer, que « l’on colporte couramment les idées les plus saugrenues sur les journalistes et leur métier ». Dans une réminiscence de son projet inabouti de vaste enquête sur la #presse, présenté aux « Journées de la sociologie allemande » en 1910, il poursuit : « La plupart des gens ignorent qu’une “œuvre” journalistique réellement bonne exige au moins autant d’“intelligence” que n’importe quelle autre œuvre d’intellectuels, et trop souvent l’on oublie qu’il s’agit d’une œuvre à produire sur-le-champ, sur commande, à laquelle il faut donner une efficacité immédiate dans des conditions de création qui sont totalement différentes de celles des autres intellectuels ».

    Ce plaidoyer en défense de l’artisanat du métier n’empêchait pas la lucidité sur les corruptions de la profession, avec un constat sans âge qui peut aisément être réitéré et actualisé : « Le #discrédit dans lequel est tombé le journalisme, ajoutait en effet Weber, s’explique par le fait que nous gardons en mémoire les exploits de certains journalistes dénués de tout sens de leurs #responsabilités et qui ont souvent exercé une influence déplorable. » De tout temps, le journalisme est un champ de bataille où s’affrontent l’idéal et sa négation, où la vitalité d’une discipline au service du public et de l’#intérêt_général se heurte à la désolation de sa confiscation au service d’intérêts privés ou partisans, idéologues ou étatiques. Tout comme, dressée contre les conservatismes qui voudraient l’immobiliser et la figer dans l’inéluctabilité de l’ordre établi, la République elle-même ne trouve son accomplissement véritable que dans le mouvement infini de l’émancipation, dans une exigence démocratique et sociale sans frontières dont l’égalité naturelle est le moteur.

    C’est ce combat qui réunit ici des journalistes et des intellectuels, le journal en ligne que font les premiers et le colloque qu’ont organisé les seconds. Si Mediapart publie en eBook, après l’avoir diffusé dans son Club participatif, les actes du colloque La savante et le politique organisé les 7-10 juin 2021 par Éric Fassin et Caroline Ibos, c’est tout simplement parce qu’à travers des métiers différents, avec leurs légitimités propres, leurs procédures universitaires pour les uns et leurs écosystèmes économiques pour les autres, intellectuels et journalistes sont aujourd’hui confrontés à la même menace : la fin de la #vérité. De la vérité comme exigence, recherche et audace, production et #vérification, #confrontation et #discussion. L’#assaut lancé contre les libertés académiques, sous prétexte de faire la chasse aux « pensées décoloniales » et aux « dérives islamo-gauchistes », va de pair avec l’offensive systématique menée contre l’#information indépendante pour la marginaliser et la décrédibiliser, la domestiquer ou l’étouffer.

    Les adversaires que nous partageons, qui voudraient nous bâillonner ou nous exclure en nous attribuant un « #séparatisme » antinational ou antirépublicain, sont en réalité les vrais séparatistes. Faisant sécession des causes communes de l’#égalité, où s’épanouit l’absence de distinction de naissance, d’origine, de condition, de croyance, d’apparence, de sexe, de genre, ils entendent naturaliser les #hiérarchies qui légitiment l’#inégalité de #classe, de #race ou de #sexe, ouvrant ainsi grand la porte aux idéologies xénophobes, racistes, antisémites, ségrégationnistes, suprémacistes, sexistes, homophobes, négrophobes, islamophobes, etc., qui désormais ont droit de cité dans le #débat_public. S’ils n’en ont pas encore toutes et tous conscience, nul doute que la nécrose des représentations médiatique et politique françaises à l’orée de l’élection présidentielle de 2022 leur montre déjà combien ils ont ainsi donné crédit aux monstres de la #haine et de la #peur, de la guerre de tous contre tous.

    Pour entraver ce désastre, nous n’avons pas d’autre arme que notre liberté, et la #responsabilité qui nous incombe de la défendre. Liberté de penser, d’informer, de chercher, de dire, de révéler, d’aller contre ou ailleurs, d’emprunter des chemins de traverse, de réfléchir en marge ou en dehors, de créer sans dogme, d’imaginer sans orthodoxie. Si la chasse aux dissidences et aux mal-pensances est le propre des pouvoirs autoritaires, elle est aussi l’aveu de leur faiblesse intrinsèque et de leur fin inévitable, quels que soient les ravages momentanés et désastres immédiats de leurs répressions.

    La richesse, la vitalité et la force des contributions de ce livre numérique ne témoignent pas seulement d’une résistance au présent. Elles proclament ce futur de l’#émancipation qui germe sur les ruines d’un ordre agonisant.

    Pour télécharger l’eBook :
    https://static.mediapart.fr/files/defense_et_illustration_des_libertes_academiques.epub

    https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/230921/defense-et-illustration-des-libertes-academiques-un-ebook-gratuit

    #livre #Caroline_Ibos #livre #liberté_académique #libertés_académiques #recherche #université #ESR #islamo-gauchisme

  • Inégalités sexuelles : cette année, les femmes commencent à se masturber le 14 août
    https://www.letemps.ch/societe/inegalites-sexuelles-cette-annee-femmes-commencent-se-masturber-14-aout

    Une enquête dans 17 pays montre que les hommes se masturbent trois fois plus que les femmes. Pourquoi cet écart et comment le résoudre ? Réponses de deux spécialistes romandes

    D’accord, le sondage a été commandé par Womanizer https://www.womanizer.com/fr , une marque de sex-toys qui fonctionnent à air pulsé, sans contact. Mais au-delà de l’intérêt commercial, le constat demeure. Dans 17 pays interrogés en juillet dernier – de l’Australie aux Etats Unis, en passant par la Suisse, Hongkong, la Russie ou la Corée du Sud –, l’écart masturbatoire entre les sexes est de 62%. Ce qui permet aux commanditaires de déclarer le 14 août Journée mondiale de la masturbation égalitaire, puisque, à partir de cette date, les femmes commencent seulement à se donner du plaisir, tandis que les hommes se régalent depuis janvier.

    Il y a toutefois un progrès, note la marque. L’an dernier, l’écart était de 68% https://blog.womanizer.com/equal-masturbation-day et cette journée a eu lieu le 5 septembre… Honte, méconnaissance, manque de disponibilité, une sexothérapeute et une sexologue expliquent les raisons de cette discrimination et comment la dépasser.

    Chouchou des magazines féminins
    Un tabou ? Pourtant, si l’on tape « masturbation féminine » dans un moteur de recherche, les sites se bousculent pour expliquer ses bienfaits et comment exceller en la matière https://www.femmeactuelle.fr/amour/sexo/masturbation-femme-techniques-27287 . La masturbation détend grâce aux endorphines, atténue les douleurs et permet une meilleure concentration, recensent les observateurs. De plus, elle développe la connaissance de soi, permet de guider les partenaires et augmente la fréquence des orgasmes, précise Santé Magazine https://www.santemagazine.fr/psycho-sexo/le-blog-sexo-de-daisy-et-marine/8-conseils-de-femmes-pour-se-masturber-170626 qui conseille de faire durer la phase du « j’y suis presque » pour rendre l’apothéose plus intense. « Tétaniser volontairement ses jambes, sa ceinture abdominale, ses bras ou ses pieds » mène aussi à l’extase.

    Encore un conseil pour faire la différence ? Se chauffer. Musique, bain, bougies. Et ce préliminaire qui vient de l’Inde. « Réveillez Muladhara chakra en appuyant avec vos deux mains en triangle, six centimètres en dessous du nombril pendant environ trois minutes. Cette zone dégagera les énergies du plancher pelvien. »

    La Suisse parmi les derniers
    La lecture de ce qui précède vous embrase ?
    Calmez votre joie. En Suisse, lorsque les hommes se masturbent 174 fois par an, les femmes ne s’offrent ce plaisir que 49 fois. Le fossé masturbatoire est donc de 72%, ce qui fixe notre journée égalitaire au 20 septembre et nous place proche du Japon, beau dernier, avec son M-Day le 8 octobre – les USA sont les plus progressistes avec une Journée fixée au 28 juin. Pour enfoncer le pieu – si l’on ose dire –, 15% des Suisses voient dans la masturbation féminine « quelque chose de dégoûtant et d’indécent ». Par contre, 33,9% d’entre eux estiment qu’il est plus acceptable pour les femmes d’utiliser des sex-toys, contre 6,3% pour les hommes.

    « Je ne suis pas étonnée par ce dernier chiffre, commente Zoé Blanc-Scuderi, sexologue à Lausanne. Les hommes se méfient souvent des sex-toys qu’ils considèrent comme des concurrents. C’est un contresens, puisqu’il faut le dire et le répéter : la très grande majorité des femmes ont besoin d’une stimulation clitoridienne pour avoir un orgasme et, dès lors, si elles se caressent ou se stimulent avec des sex-toys pendant que les hommes les pénètrent, leurs partenaires ne doivent pas voir dans ce geste une incompétence de leur part. »
    Tout plaisir féminin est clitoridien

    La trentenaire, fondatrice de Sexopraxis https://www.sexopraxis.ch , précise encore le tir : « Dès lors et contrairement à l’idée reçue, les caresses manuelles et le cunnilingus ne sont pas des préliminaires. Pour les femmes, ces pratiques sont centrales. »

    Béatrice Devaux Still https://ds-seminaires.com i, sexothérapeute à la soixantaine épanouie, va encore plus loin. « Tout plaisir féminin est clitoridien. Même durant la pénétration, ce sont les bulbes du clitoris qui sont stimulés. D’ailleurs, la femme est faite pour l’extase puisque, avec le clitoris, elle est la seule à avoir un organe dont l’unique fonction est de procurer du plaisir ! »

    Au départ, l’Eglise était pour
    Mais alors, si la jouissance est inscrite dans le corps des femmes, pourquoi sont-elles si timides lorsqu’il s’agit de se l’auto-administrer ? « Parce que l’orgasme féminin, dont la puissance a été évaluée comme étant sept fois supérieure à l’orgasme masculin, fait peur et a été condamné par l’Eglise et le patriarcat, tous deux effrayés par cette prise de liberté », répond Béatrice Devaux Stilli.

    Une peur relativement récente, continue la spécialiste. Dans les premiers temps de la religion, le plaisir féminin était favorisé, car on estimait que si la femme jouissait, ses enfants seraient en bonne santé. L’Eglise a aussi postulé que le plaisir partagé était un ciment du couple, comment en témoigne le Cantique des Cantiques. Malheureusement, avec la Réforme et le regard plus culpabilisant sur le sexe, les femmes ont été sommées de préférer le devoir au désir et, désormais, « se toucher » est devenu sale.

    Le rôle des parents…
    « Aujourd’hui, les parents ont un rôle à jouer pour inverser la tendance, invite Zoé Blanc-Scuderi. Lorsque les enfants commencent à se masturber, les parents peuvent les encourager tout en leur faisant juste comprendre qu’il y a des moments et des lieux pour cette activité. » Malheureusement, surtout chez les petites filles, les parents condamnent souvent cette exploration, regrettent les deux spécialistes.

    Mais plus qu’à la honte, la jeune sexologue attribue au manque de connaissance la faible activité masturbatoire des femmes : « Déjà, on ne nomme pas la vulve de son vrai nom, mais on lui donne des appellations enfantines ou vulgaires. Une vulve est une vulve, comme un pénis est un pénis. Ensuite, beaucoup de femmes n’ont jamais observé leur sexe, alors que les hommes le connaissent bien puisqu’ils sont habitués à le manipuler quand ils s’habillent, urinent, se grattent, etc. Dans mon atelier Check ta chatte https://www.sexopraxis.ch/check-ta-chatte , de nombreuses femmes découvrent leur anatomie pour la première fois ! »
    … et celui de l’école

    L’école n’est pas étrangère au phénomène, ajoute Béatrice Devaux Stilli. « Durant les cours d’éducation sexuelle, les MST ou les grossesses indésirées sont évoquées, mais jamais la masturbation. » « A leur décharge, les spécialistes n’ont que deux séances d’une heure et demie par cursus scolaire pour tout expliquer, nuance Zoé Blanc-Scuderi. Mais c’est vrai que la masturbation n’est pas un sujet à l’école. »

    Condamnation morale et manque de connaissance expliquent donc le fossé masturbatoire entre les sexes. Et ce n’est pas tout. « Les hommes et les femmes n’ont pas le même imaginaire, note l’aînée des spécialistes. Les femmes voient l’amour comme une communion entre deux êtres. Se masturber, ça va un moment, ensuite elles se lassent. Tandis que pour les hommes, le plaisir, c’est avant tout le corps, et comme ils sont visuels plus que fantasmatiques, le porno les allume plus facilement avec, parfois, des dérives en la matière. »

    Addiction et sphincters
    Il y a donc une juste masturbation ? « Oui, mais le critère n’est pas la fréquence, c’est la souffrance, répond Zoé Blanc-Scuderi. Si des personnes se sentent bien en se masturbant deux ou trois fois par jour, aucun problème pour moi. C’est quand elles se sentent débordées que le problème commence à se poser. »

    Un dernier conseil pour que les femmes prennent du plaisir, à plusieurs ou en solitaire ? « Travailler les sphincters, répond Béatrice Devaux Stilli. Dans l’inspire, bloquer les sphincters et tenir dix secondes. On sent tout de suite l’énergie monter. Si les femmes font cet exercice 30 fois par jour, leur plaisir pourrait bien exploser ! »

    Les Etats-Unis, grands champions
    Avec une Journée mondiale de la masturbation égalitaire agendée au 28 juin, les Etats-Unis sont le pays le plus progressiste en matière de masturbation féminine. Il est suivi de la Nouvelle-Zélande (2 juillet), la Corée du Sud (9 juillet), Hongkong et la Russie (23 juillet), l’Italie (3 août), le Canada (7 août), l’Allemagne et l’Espagne (14 août), la France (18 août), l’Australie et l’Autriche (22 août), le Royaume-Uni (29 août), Taïwan (5 septembre), la Suisse (20 septembre), Singapour (27 septembre) et le Japon (8 octobre).

    #Sexualité #Femmes #USA #masturbation #égalité #famille #morale #sexe #plaisir #sphincters #école #éducation #plaisir #égalité

    • Je lis certains commentaires, et c’est en particulier celui de « metaldemort » qui m’a fait voir la lumière. Je ne comprenais pas pourquoi je ne comprenais pas ce débat sur le transactivisme et sur les féministes qui sont toutes transphobes par définition (je simplifie, désolé). Et j’ai compris. Je ne suis pas assez intelligent.

      Aujourd’hui, si l’on ne veut pas être transphobe (même seulement « par défaut ») il y a un moment où l’on doit se poser la question des termes que l’on emploie, de qui ils excluent, de qui ils invalident, ce qu’ils empêchent de dire et de voir. Faire évoluer, complexifier les définitions - la catégorie femme « biologique » devenant cisfemme, ou femme cis - ne dépouille alors personne de quoi que ce soit. L’expérience de vie autrefois caractérisée sous le terme femme, caractérisée par une approche désormais plus que datée centrée sur des critères « biologiques » dépassés devient désormais cisfemme, tandis que le terme « femme » va désigner l’ensemble des personnes socialement considérées comme femmes dans le patriarcat, qui ne répondent pas toutes aux actuelles différentes définitions biologiques.

      Parce que cela n’a jamais été ni aujourd’hui, ni hier, ni auparavant, sur cette stricte et seule base « biologique » telle que nous la connaissons aujourd’hui que les femmes ont été et sont traitées comme femmes (et pour cause : au XIXeme siècle et auparavant, aucune femme ne pouvait être définie par son caryotype XX : les femmes n’en étaient pas moins déjà pleinement et légitimement des femmes, même si certaines étaient bien XX et d’autres non...).
      Cela ne me semble pas vide de tout sens, et permettre de recouvrir le vécu des femmes cis comme celui des femmes trans, les renforçant toutes des combats menés contre l’oppression commune, tout en ménageant les spécificité indubitables de leurs vécus respectifs -, et déborde donc les seules personnes dotées d’ovaires ou de caryotype XX - ou n’importe quelle autre définition biologique. Le terme femme inclus alors toutes les femmes, y compris les femmes trans, et aussi les femmes intersexe.
      (De fait, autre précision dans les définitions : si vous n’êtes pas une personne intersexe - des femmes le sont, des hommes aussi, et des personnes trans et non binaire itou - vous êtes aussi une femme dyadique).

    • Je ne suis pas assez intelligent pour comprendre. C’est ça la lumière que j’ai vue. Je suis ébloui. Et je n’ai plus qu’à laisser le débat avoir lieu sans moi. Je ne suis pas équipé pour suivre. C’est tout.

      Le commentateur t’explique que ce n’est pas à cause du sexe que les femmes sont des femmes, mais à cause du patriarcat (ou d’autre chose, j’ai dit que je n’étais pas assez intelligent alors je vais pas dire quoi-quand-ou). Et donc que le sexe est extérieur à la condition féminine. Et là, tu te dis que bon, en effet, t’es un dinosaure, t’as loupé des tas d’épisodes, et tu ne peux juste pas comprendre. Je l’admets. Je ne peux pas suivre. Dans d’autres domaines, la philo par exemple, je sais que je ne peux pas discuter avec des gens comme Kant ou Descartes. Ben là, ça me fait pareil.

       :-)

  • Un évêque américain poussé à la démission après que ses données de localisation ont été exploitées contre lui Par Emma Confrere
    https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/un-eveque-americain-pousse-a-la-demission-apres-que-ses-donnees-de-localisa

    Un média catholique s’est retrouvé en possession de données personnelles recueillies via l’application de rencontres gay Grindr.

    Des données personnelles ont entraîné la démission d’un haut responsable de l’Église catholique américaine. Si cette affirmation paraît saugrenue, c’est pourtant ce qui est arrivé à Jeffrey Burrill, secrétaire général de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB). À la suite de la divulgation de ses données personnelles, il s’avérerait être un utilisateur fréquent de l’application de rencontres gay, Grindr. Or, en tant qu’évêque, il doit respecter le célibat sacerdotal, c’est-à-dire ne pas se marier ni avoir d’activité sexuelle.


    L’évêque américain, Jeffrey Burill, aurait utilisé l’application de rencontres gay Grindr, en dépit du célibat sacerdotal imposé par l’Église. IdeaLabProduction / stock.adobe.com

    Un média catholique à l’origine de l’affaire
    Sa démission intervient après des allégations de « comportement inapproprié » portées à l’USCCB par une newsletter catholique, intitulée The Pillar . Le média indique que Jeffrey Burrill aurait visité des bars gays dans plusieurs villes entre 2018 et 2020, tout en utilisant l’application Grindr.

    L’article explique comment The Pillar est arrivé à de telles conclusions. Le média a eu accès aux données de géolocalisation que collecte Grindr sur ses utilisateurs via leurs smartphones, et qui sont ensuite revendues à des data brokers, ou courtiers en données. On ignore comment The Pillar a obtenu ces informations : en les achetant auprès d’un data broker, ou bien en les obtenant de la part d’un tiers ?

    Aux États-Unis, il n’est pas illégal d’acheter de tels fichiers. Aucune loi fédérale de protection des données personnelles, sur le modèle du RGPD européen, n’existe dans ce pays. Cette affaire soulève de brûlantes questions sur le respect de la vie privée et le rôle de mouchard que peut jouer un simple téléphone connecté à Internet.

    Revente des données personnelles
    Les données personnelles revendues aux data brokers sont anonymisées, puis compilées pour créer des profils marketing exploités par les annonceurs afin de cibler leurs campagnes publicitaires.

    Grindr affirme avoir partagé une variété de données personnelles avec des partenaires publicitaires dans le passé, comme des identifiants d’appareil, des données de localisation, des informations de connexion ou encore l’âge et le sexe de l’utilisateur. Mais la société affirme qu’ils ont arrêté de fournir des informations sur l’emplacement, l’âge et le sexe des usagers dès avril 2020, suite à un changement de leurs conditions d’utilisation.

    On ignore comment The Pillar a réussi à faire le lien entre les données anonymisées de Grindr et l’évêque Jeffrey Burrill. Des zones d’ombre persistent donc dans cette affaire. Pour le révérend James Martins, prêtre jésuite et défenseur de l’inclusion des LGBT+ dans l’Église catholique, les prêtres devraient « évidemment tenir leurs promesses de célibat », mais les journalistes catholiques, eux, « ne devraient pas utiliser des moyens immoraux pour les espionner », affirme-t-il auprès de l’agence AP.

  • En ce 8 mars, que l’universalisme se décline au féminin !
    8 mars 2021 Par Paul B. Preciado
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/080321/en-ce-8-mars-que-l-universalisme-se-decline-au-feminin

    Célébrons la Journée des droits des femmes en brisant la logique binaire et hiérarchique qui fait des femmes des sujets politiques subalternes. Luttons pour la réversibilité des genres et pour l’abolition des inscriptions administratives de la différence sexuelle et de genre.

    Si vous êtes un homme cisgenre, si on vous a assigné le genre masculin à la naissance et que vous croyez encore en votre masculinité comme si c’était quelque chose de naturel, célébrez la Journée des droits des femmes en renonçant à vos privilèges cis et binaires et sortez habillé en femme.

    Procurez-vous une jupe et des talons. Si vous êtes plutôt du genre streetwear, portez votre pantalon jogging et vos baskets habituelles et concentrez-vous sur les détails : mascara noir, rouge à lèvres et vernis à ongles. Donnez-vous du temps, appréciez le processus de transformation, recherchez la beauté et la délicatesse qui autrement vous sont interdites.

    Ne faites pas comme les autres hommes lorsqu’ils se déguisent en femme pour les enterrements de vie de garçon et les bizutages à l’université. Ne cherchez pas à ridiculiser, à agresser ou à exorciser. Que s’habiller en femme ne soit pas une tradition patriarcale dégradante, mais un rite d’émancipation exaltant. Incarnez avec amour et respect ce code historique que vous avez appris à la fois à désirer sexuellement et à mépriser politiquement. Honorez la féminité.

    Abjurez votre privilège masculin binaire et sortez dans la rue, avec joie et curiosité, habillé en femme. Soyez, à un carrefour, une travailleuse du sexe à côté de la travailleuse du sexe, soyez l’infirmière qui normalement s’occuperait de vous et occupez-vous d’autres femmes, soyez une caissière de supermarché à côté d’une autre caissière de supermarché, soyez une adolescente parmi des adolescentes à la sortie de l’école, soyez une vieille femme parmi des vieilles femmes.

    Aimez les femmes, non pas comme des objets sexuels, mais comme des sujets politiques. Faites de la position féminine une position socialement et politiquement désirable.

    Célébrons la Journée des droits des femmes en mettant fin à l’interdiction de choisir, pour une personne à qui on a assigné le genre masculin à la naissance, la position sociale de femme et l’esthétique féminine dans le cadre de conventions et de rituels historiques binaires. La Journée des droits des femmes est aussi le jour du travesti.

    Que toutes les institutions de la nation honorent les femmes invisibles qui assurent les processus culturels de production et de reproduction. Que le président de la République, un homme cis, binaire et hétérosexuel, fasse le discours de la Journée des droits des femmes habillé en femme et qu’il le fasse avec le même respect avec lequel il pourrait s’habiller en militaire pour honorer les soldats « tués pour la patrie ».

    Laissez le ministre de la justice, un homme cis, binaire et hétérosexuel, entrer dans la prison des femmes habillé en femme. Laissez DSK donner une conférence au FMI habillé comme une femme de ménage, non pas pour la ridiculiser, mais pour l’honorer. Laissez Polanski lui-même jouer dans son prochain film habillé comme une adolescente en jupe d’école, chaussettes courtes et petites chaussures en cuir verni. Mais qu’il le fasse non pas pour se moquer d’elle ou pour être ridiculisé à son tour, mais pour apprendre à aimer ce qu’il a détruit.

    Laissez le boucher, l’avocat, le pompier, le banquier, le médecin, le chauffeur de taxi, le chauffeur de bus, le pharmacien, le policier, le médecin, l’électricien, le facteur, l’enseignant, le psychanalyste, le présentateur du journal télévisé, le DJ, l’écrivain, le directeur de théâtre, les membres de l’Académie française… sortir dans la rue habillés en femme.

    Que tous les petits machos qui gardent les entrées des bâtiments pour bien vérifier que leurs sœurs et leurs cousines sortent dans la rue « décemment habillées » s’habillent eux-mêmes avec les vêtements de femmes qui à la fois les attirent et les effraient.

    Que les rues de toutes les villes soient remplies de femmes et seulement de femmes pour que, pendant un jour, l’égalité entre les corps règne. Que l’universalisme se décline au féminin.

    Un véritable féminisme commence par la reconnaissance de la féminité comme une position sociale et politique souhaitable et accessible pour un corps auquel on a assigné le genre masculin.

    La transphobie d’État, la transphobie institutionnelle et la transphobie féministe essentialiste sont des formes de féminicide cognitif : des pratiques qui perpétuent la haine des femmes en refusant à une personne à laquelle on a assigné le genre masculin à la naissance la possibilité de se situer, politique et sexuellement, dans une position sociale féminine. La Journée des droits des femmes est aussi la journée de la femme trans.

    Tant que tous les enfants auxquels on a attribué le genre masculin à la naissance par des diagnostics normatifs et binaires ne pourront pas s’habiller en rose s’ils le souhaitent dès l’école maternelle et se donner des noms féminins s’ils le souhaitent sans être agresse·é·s, pathologise·é·s ou criminalise·é·s, il n’y aura pas de liberté de genre et sexuelle. La Journée des droits des femmes est aussi la journée de la petite fille trans.

    Détruisons le binarisme normatif et hiérarchique d’abord par la reconnaissance de la liberté d’incarner tout code social de genre indépendamment du genre qui nous est attribué à la naissance et, ensuite, immédiatement après, par le rejet des processus administratifs d’attribution de genre qui commencent à la naissance et se perpétuent tout au long de la vie jusqu’à leur inscription sur l’acte de décès.

    Que tous les garçons du monde puissent être des filles. Que tous les hommes puissent être des femmes. Que toutes les femmes puissent être ce qu’elles auront envie d’être.

    Bonne journée trans du 8 mars. Et bonne journée de la fin du binarisme du genre normatif.

    Je voie ici une grande invisibilisation des femmes. Le 8 mars est la journée de lutte pour les droits des femmes et pas la fête du déguisement pour les hommes sous la houlette du groupe LVMH. Il y a tellement de paradoxes et d’incohérence dans ce texte.
    Le fait qu’un homme (Paul B.Préciado se revendique etre un homme) prenne la parole au nom des femmes.
    Le fait qu’il s’adresse aux hommes cis en leur demandant de se déguisé, car ces hommes sont cis, et même si il se défend de l’effet carnavale il est impossible de ne pas le prendre comme tel. C’est d’ailleur insultant pour les trans puisque leur transgenrisme est réduit à un déguisement que pourrait adopté des hommes cis pour des manifestations et je trouve que son idée de Polansky travesti en gamine est inopérante. C’est comme si elle demandait aux blanc·hes de se peindre la face en noir en hommage aux victimes de la negrophobie. Comme si les racistes n’utilisaient pas largement cet argument de l’hommage pour enfoncer des stéréotypes racistes. Ceci met plutot à jour que le travestissement est une appropriation et une humiliation pour les dominées, comme si les hommes qui se disent se sentir être des femmes avaient la moindre idée de ce qu’est se sentir etre une femme.

    Le fait de renommé la journée de lutte pour les droits des femmes, la journée trans et du non binarisme, est une incroyable invisibilisation et une négation des femmes et de leurs besoins. Qu’est ce que ca apporte aux femmes que DSK se fétichise en cliché de femme de ménage et comment serait il possible de différencié une « véritable hommage aux travailleuses » d’une exhibition de fétichisme sexuelle ou d’une caricature injurieuse de Naffisatou Diallo ?

    Le fait de croire qu’un petit garçon qui aime le rose est une petite fille trans et appartiens de fait au groupe des femmes, comme si les femmes avaient le gout du rose, comme si c’etait le fait de porté du rose qui faisait la féminité.

    Le fait de réduire la lutte pour les droits des femmes à une cause cosmétique alors qu’on fait de la pub pour le groupe LVMH. D’ailleurs les droits ici défendus sont ceux des hommes à porter des jupes et du maquillage, comme si les hommes n’avaient pas le droit de faire cela et comme si le capitalisme dont fait partie le groupe LVMH ne produisait pas déjà des mannequins hommes en jupe, maquillées.

    Le fait de réclamer la totale indifférenciation selon les sexes pause aussi une infinité de problèmes aux femmes. Abolition de toute statistique, toute politique spécifique, impossibilité de soins médicaux appropriés...
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    Les femmes sont discriminées en raison de leur sexe, pas de leur genre. Les hommes dans le patriarcat cherchent à s’approprier la puissance reproductive des femmes, c’est à dire leur capacité à enfanter. Le genre est une technique d’oppression mais il n’est pas la raison de cette oppression. L’oppression des femmes trouve son origine dans la biologie, dans leur uterus, potentiellement porteur de progéniture. Contrairement à l’oppression raciste qui elle ne repose sur aucune réelle différence biologique car si il n’y a qu’une seule espèce humaine, l’humanité est par contre bien une espèce sexuée. Le genre est la forme que prend l’expression de la différence de valence des sexes. Lorsque les jupes, talons et maquillages étaient des attributs masculins ils étaient jugés virils et n’avaient rien de féminin en soi. Les hommes jugés pas assez viriles, subissent les effets de la misogynie, du fait que ce qui est associé aux femelles humaine est de faible valeur. Il ne s’agit pas de nié ces souffrances, mais elles ne sont pas centrales dans le féminisme qui est la lutte pour la cause des femmes et pas la lutte pour la cause des individus féminisés, même si parfois ces causes peuvent se joindre et s’entendre. Il ne s’agit pas de nié les discriminations subit par les trans. Les femmes trans, les hommes homosexuels, et les hommes mal classé sur l’échelle de la virilité subissent eux aussi la misogynie, mais pas parcequ’ils sont des femmes, parcequ’ils ressemblent à ce que le patriarcat attribut aux femmes. Pour le patriarcat, les hommes trans, les lesbiennes et les femmes mal classées sur l’échelle de la féminité restent des femmes et subissent aussi la misogynie, par exemple par la négation de leur sexualité, des viols punitifs et leur invisibilisation.

    Le vocabulaire « assigné » est aussi une récupération et une invisibilisation des luttes des intersexes qui ne sont pas des trans et n’ont pas les mêmes problématiques qui se rapprochent aussi des questions liées au validisme.

    Ce que propose P.B.P ici est une révolution cosmétique sans profondeur et totalement individualiste. Ce n’est ni émancipatreur pour les femmes, ni pour les homosexuels, ni pour les intersexes qui sont invisibilisées et instrumentalisées quand ielles ne sont pas enjoint à se conformé à des stéréotypes sexistes qui se trouvent renforcés.

    Preciado ne croit d’ailleurs par réellement à son discours car si il est vraiment un homme comme le revendique les trans, alors il aurai pu avoir la décence de ne pas mansplanner le 8 mars.

  • #Intersectionnalité : une #introduction (par #Eric_Fassin)

    Aujourd’hui, dans l’espace médiatico-politique, on attaque beaucoup l’intersectionnalité. Une fiche de poste a même été dépubliée sur le site du Ministère pour purger toute référence intersectionnelle. Dans le Manuel Indocile de Sciences Sociales (Copernic / La Découverte, 2019), avec Mara Viveros, nous avons publié une introduction à ce champ d’études. Pour ne pas laisser raconter n’importe quoi.

    « Les féministes intersectionnelles, en rupture avec l’universalisme, revendiquent de ne pas se limiter à la lutte contre le sexisme. »

    Marianne, « L’offensive des obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité », 12 au 18 avril 2019

    Une médiatisation ambiguë

    En France, l’intersectionnalité vient d’entrer dans les magazines. Dans Le Point, L’Obs ou Marianne, on rencontre non seulement l’idée, mais aussi le mot, et même des références savantes. Les lesbiennes noires auraient-elles pris le pouvoir, jusque dans les rédactions ? En réalité si les médias en parlent, c’est surtout pour dénoncer la montée en puissance, dans l’université et plus largement dans la société, d’un féminisme dit « intersectionnel », accusé d’importer le « communautarisme à l’américaine ». On assiste en effet au recyclage des articles du début des années 1990 contre le « politiquement correct » : « On ne peut plus rien dire ! » C’est le monde à l’envers, paraît-il : l’homme blanc hétérosexuel subirait désormais la « tyrannie des minorités ».

    Faut-il le préciser ? Ce fantasme victimaire est démenti par l’expérience quotidienne. Pour se « rassurer », il n’y a qu’à regarder qui détient le pouvoir dans les médias et l’université, mais aussi dans l’économie ou la politique : les dominants d’hier ne sont pas les dominés d’aujourd’hui, et l’ordre ancien a encore de beaux jours devant lui. On fera plutôt l’hypothèse que cette réaction parfois virulente est le symptôme d’une inquiétude après la prise de conscience féministe de #MeToo, et les révélations sur le harcèlement sexiste, homophobe et raciste de la « Ligue du Lol » dans le petit monde des médias, et alors que les minorités raciales commencent (enfin) à se faire entendre dans l’espace public.

    Il en va des attaques actuelles contre l’intersectionnalité comme des campagnes contre la (supposée) « théorie du genre » au début des années 2010. La médiatisation assure une forme de publicité à un lexique qui, dès lors, n’est plus confiné à l’univers de la recherche. La polémique a ainsi fait entrevoir les analyses intersectionnelles à un public plus large, qu’articles et émissions se bousculent désormais pour informer… ou le plus souvent mettre en garde. Il n’empêche : même les tribunes indignées qui livrent des noms ou les dossiers scandalisés qui dressent des listes contribuent, à rebours de leurs intentions, à établir des bibliographies et à populariser des programmes universitaires. En retour, le milieu des sciences sociales lui-même, en France après beaucoup d’autres pays, a fini par s’intéresser à l’intersectionnalité – et pas seulement pour s’en inquiéter : ce concept voyageur est une invitation à reconnaître, avec la pluralité des logiques de domination, la complexité du monde social.

    Circulations internationales

    On parle d’intersectionnalité un peu partout dans le monde – non seulement en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi en Amérique latine, en Afrique du Sud ou en Inde. Il est vrai que le mot vient des États-Unis : c’est #Kimberlé_Crenshaw qui l’utilise d’abord dans deux articles publiés dans des revues de droit au tournant des années 1990. Toutefois, la chose, c’est-à-dire la prise en compte des dominations multiples, n’a pas attendu le mot. Et il est vrai aussi que cette juriste afro-américaine s’inscrit dans la lignée d’un « #féminisme_noir » états-unien, qui dans les années 1980 met l’accent sur les aveuglements croisés du mouvement des droits civiques (au #genre) et du mouvement des femmes (à la #race).

    Cependant, ces questions sont parallèlement soulevées, à la frontière entre l’anglais et l’espagnol, par des féministes « #chicanas » (comme #Cherríe_Moraga et #Gloria_Anzaldúa), dans une subculture que nourrit l’immigration mexicaine aux États-Unis ou même, dès les années 1960, au Brésil, au sein du Parti communiste ; des féministes brésiliennes (telles #Thereza_Santos, #Lélia_Gonzalez et #Sueli_Carneiro) développent aussi leurs analyses sur la triade « race-classe-genre ». Bref, la démarche intersectionnelle n’a pas attendu le mot intersectionnalité ; elle n’a pas une origine exclusivement états-unienne ; et nulle n’en a le monopole : ce n’est pas une « marque déposée ». Il faut donc toujours comprendre l’intersectionnalité en fonction des lieux et des moments où elle résonne.

    En #France, c’est au milieu des années 2000 qu’on commence à parler d’intersectionnalité ; et c’est d’abord au sein des #études_de_genre. Pourquoi ? Un premier contexte, c’est la visibilité nouvelle de la « #question_raciale » au sein même de la « #question_sociale », avec les émeutes ou révoltes urbaines de 2005 : l’analyse en termes de classe n’était manifestement plus suffisante ; on commence alors à le comprendre, pour les sciences sociales, se vouloir aveugle à la couleur dans une société qu’elle obsède revient à s’aveugler au #racisme. Un second contexte a joué un rôle plus immédiat encore : 2004, c’est la loi sur les signes religieux à l’école. La question du « #voile_islamique » divise les féministes : la frontière entre « eux » et « nous » passe désormais, en priorité, par « elles ». Autrement dit, la différence de culture (en l’occurrence religieuse) devient une question de genre. L’intersectionnalité permet de parler de ces logiques multiples. Importer le concept revient à le traduire dans un contexte différent : en France, ce n’est plus, comme aux États-Unis, l’invisibilité des #femmes_noires à l’intersection entre féminisme et droits civiques ; c’est plutôt l’hypervisibilité des #femmes_voilées, au croisement entre #antisexisme et #antiracisme.

    Circulations interdisciplinaires

    La traduction d’une langue à une autre, et d’un contexte états-unien au français, fait apparaître une deuxième différence. Kimberlé Crenshaw est juriste ; sa réflexion porte sur les outils du #droit qu’elle utilise pour lutter contre la #discrimination. Or aux États-Unis, le droit identifie des catégories « suspectes » : le sexe et la race. Dans les pratiques sociales, leur utilisation, implicite ou explicite, est soumise à un examen « strict » pour lutter contre la discrimination. Cependant, on passe inévitablement de la catégorie conceptuelle au groupe social. En effet, l’intersectionnalité s’emploie à montrer que, non seulement une femme peut être discriminée en tant que femme, et un Noir en tant que Noir, mais aussi une femme noire en tant que telle. C’est donc seulement pour autant qu’elle est supposée relever d’un groupe sexuel ou racial que le droit peut reconnaître une personne victime d’un traitement discriminatoire en raison de son sexe ou de sa race. Toutefois, dans son principe, cette démarche juridique n’a rien d’identitaire : comme toujours pour les discriminations, le point de départ, c’est le traitement subi. Il serait donc absurde de reprendre ici les clichés français sur le « communautarisme américain » : l’intersectionnalité vise au contraire à lutter contre l’#assignation discriminatoire à un groupe (femmes, Noirs, ou autre).

    En France, la logique est toute différente, dès lors que l’intersectionnalité est d’abord arrivée, via les études de genre, dans le champ des sciences sociales. La conséquence de cette translation disciplinaire, c’est qu’on n’a généralement pas affaire à des groupes. La sociologie s’intéresse davantage à des propriétés, qui peuvent fonctionner comme des variables. Bien sûr, on n’oublie pas la logique antidiscriminatoire pour autant : toutes choses égales par ailleurs (en l’occurrence dans une même classe sociale), on n’a pas le même salaire selon qu’on est blanc ou pas, ou la même retraite si l’on est homme ou femme. Il n’est donc pas ou plus possible de renvoyer toutes les explications à une détermination en dernière instance : toutes les #inégalités ne sont pas solubles dans la classe. C’est évident pour les femmes, qui appartiennent à toutes les classes ; mais on l’oublie parfois pour les personnes dites « non blanches », tant elles sont surreprésentées dans les classes populaires – mais n’est-ce pas justement, pour une part, l’effet de leur origine supposée ? Bien entendu, cela ne veut pas dire, à l’inverse, que la classe serait soluble dans une autre forme de #domination. En réalité, cela signifie simplement que les logiques peuvent se combiner.

    L’intérêt scientifique (et politique) pour l’intersectionnalité est donc le signe d’une exigence de #complexité : il ne suffit pas d’analyser la classe pour en avoir fini avec les logiques de domination. C’est bien pourquoi les féministes n’ont pas attendu le concept d’intersectionnalité, ni sa traduction française, pour critiquer les explications monocausales. En France, par exemple, face au #marxisme, le #féminisme_matérialiste rejette de longue date cette logique, plus politique que scientifique, de l’« ennemi principal » (de classe), qui amène à occulter les autres formes de domination. En 1978, #Danièle_Kergoat interrogeait ainsi la neutralisation qui, effaçant l’inégalité entre les sexes, pose implicitement un signe d’égalité entre « ouvrières » et « ouvriers » : « La #sociologie_du_travail parle toujours des “#ouvriers” ou de la “#classe_ouvrière” sans faire aucune référence au #sexe des acteurs sociaux. Tout se passe comme si la place dans la production était un élément unificateur tel que faire partie de la classe ouvrière renvoyait à une série de comportements et d’attitudes relativement univoques (et cela, il faut le noter, est tout aussi vrai pour les sociologues se réclamant du #marxisme que pour les autres. »

    Or, ce n’est évidemment pas le cas. Contre cette simplification, qui a pour effet d’invisibiliser les ouvrières, la sociologue féministe ne se contente pas d’ajouter une propriété sociale, le sexe, à la classe ; elle montre plus profondément ce qu’elle appelle leur #consubstantialité. On n’est pas d’un côté « ouvrier » et de l’autre « femme » ; être une #ouvrière, ce n’est pas la même chose qu’ouvrier – et c’est aussi différent d’être une bourgeoise. On pourrait dire de même : être une femme blanche ou noire, un garçon arabe ou pas, mais encore un gay de banlieue ou de centre-ville, ce n’est vraiment pas pareil !

    Classe et race

    Dans un essai sur le poids de l’#assignation_raciale dans l’expérience sociale, le philosophe #Cornel_West a raconté combien les taxis à New York refusaient de s’arrêter pour lui : il est noir. Son costume trois-pièces n’y fait rien (ni la couleur du chauffeur, d’ailleurs) : la classe n’efface pas la race – ou pour le dire plus précisément, le #privilège_de_classe ne suffit pas à abolir le stigmate de race. Au Brésil, comme l’a montré #Lélia_Gonzalez, pour une femme noire de classe moyenne, il ne suffit pas d’être « bien habillée » et « bien élevée » : les concierges continuent de leur imposer l’entrée de service, conformément aux consignes de patrons blancs, qui n’ont d’yeux que pour elles lors du carnaval… En France, un documentaire intitulé #Trop_noire_pour_être_française part d’une même prise de conscience : la réalisatrice #Isabelle_Boni-Claverie appartient à la grande bourgeoisie ; pourtant, exposée aux discriminations, elle aussi a fini par être rattrapée par sa couleur.

    C’est tout l’intérêt d’étudier les classes moyennes (ou supérieures) de couleur. Premièrement, on voit mieux la logique propre de #racialisation, sans la rabattre aussitôt sur la classe. C’est justement parce que l’expérience de la bourgeoisie ne renvoie pas aux clichés habituels qui dissolvent les minorités dans les classes populaires. Deuxièmement, on est ainsi amené à repenser la classe : trop souvent, on réduit en effet ce concept à la réalité empirique des classes populaires – alors qu’il s’agit d’une logique théorique de #classement qui opère à tous les niveaux de la société. Troisièmement, ce sont souvent ces couches éduquées qui jouent un rôle important dans la constitution d’identités politiques minoritaires : les porte-parole ne proviennent que rarement des classes populaires, ou du moins sont plus favorisés culturellement.

    L’articulation entre classe et race se joue par exemple autour du concept de #blanchité. Le terme est récent en français : c’est la traduction de l’anglais #whiteness, soit un champ d’études constitué non pas tant autour d’un groupe social empirique (les Blancs) que d’un questionnement théorique sur une #identification (la blanchité). Il ne s’agit donc pas de réifier les catégories majoritaires (non plus, évidemment, que minoritaires) ; au contraire, les études sur la blanchité montrent bien, pour reprendre un titre célèbre, « comment les Irlandais sont devenus blancs » : c’est le rappel que la « race » ne doit rien à la #biologie, mais tout aux #rapports_de_pouvoir qu’elle cristallise dans des contextes historiques. À nouveau se pose toutefois la question : la blanchité est-elle réservée aux Blancs pauvres, condamnés à s’identifier en tant que tels faute d’autres ressources ? On parle ainsi de « #salaire_de_la_blanchité » : le #privilège de ceux qui n’en ont pas… Ou bien ne convient-il pas de l’appréhender, non seulement comme une compensation, mais aussi et surtout comme un langage de pouvoir – y compris, bien sûr, chez les dominants ?

    En particulier, si le regard « orientaliste » exotise l’autre et l’érotise en même temps, la #sexualisation n’est pas réservée aux populations noires ou arabes (en France), ou afro-américaines et hispaniques (comme aux États-Unis), bref racisées. En miroir, la #blanchité_sexuelle est une manière, pour les classes moyennes ou supérieures blanches, de s’affirmer « normales », donc de fixer la #norme, en particulier dans les projets d’#identité_nationale. Certes, depuis le monde colonial au moins, les minorités raciales sont toujours (indifféremment ou alternativement) hypo- – ou hyper- –sexualisées : pas assez ou bien trop, mais jamais comme il faut. Mais qu’en est-il des majoritaires ? Ils se contentent d’incarner la norme – soit d’ériger leurs pratiques et leurs représentations en normes ou pratiques légitimes. C’est bien pourquoi la blanchité peut être mobilisée dans des discours politiques, par exemple des chefs d’État (de la Colombie d’Álvaro Uribe aux États-Unis de Donald Trump), le plus souvent pour rappeler à l’ordre les minorités indociles. La « question sociale » n’a donc pas cédé la place à la « question raciale » ; mais la première ne peut plus servir à masquer la seconde. Au contraire, une « question » aide à repenser l’autre.

    Les #contrôles_au_faciès

    Regardons maintenant les contrôles policiers « au faciès », c’est-à-dire fondés sur l’#apparence. Une enquête quantitative du défenseur des droits, institution républicaine qui est chargée de défendre les citoyens face aux abus de l’État, a récemment démontré qu’il touche inégalement, non seulement selon les quartiers (les classes populaires), mais aussi en fonction de l’âge (les jeunes) et de l’apparence (les Arabes et les Noirs), et enfin du sexe (les garçons plus que les filles). Le résultat, c’est bien ce qu’on peut appeler « intersectionnalité ». Cependant, on voit ici que le croisement des logiques discriminatoires ne se résume pas à un cumul des handicaps : le sexe masculin fonctionne ici comme un #stigmate plutôt qu’un privilège. L’intersectionnalité est bien synonyme de complexité.

    « Les jeunes de dix-huit-vingt-cinq ans déclarent ainsi sept fois plus de contrôles que l’ensemble de la population, et les hommes perçus comme noirs ou arabes apparaissent cinq fois plus concernés par des contrôles fréquents (c’est-à-dire plus de cinq fois dans les cinq dernières années). Si l’on combine ces deux critères, 80 % des personnes correspondant au profil de “jeune homme perçu comme noir ou arabe” déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années (contre 16 % pour le reste des enquêté.e.s). Par rapport à l’ensemble de la population, et toutes choses égales par ailleurs, ces profils ont ainsi une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés. »

    Répétons-le : il n’y a rien d’identitaire dans cette démarche. D’ailleurs, la formulation du défenseur des droits dissipe toute ambiguïté : « perçus comme noirs ou arabes ». Autrement dit, c’est l’origine réelle ou supposée qui est en jeu. On peut être victime d’antisémitisme sans être juif – en raison d’un trait physique, d’un patronyme, ou même d’opinions politiques. Pour peu qu’on porte un prénom lié à l’islam, ou même qu’on ait l’air « d’origine maghrébine », musulman ou pas, on risque de subir l’#islamophobie. L’#homophobie frappe surtout les homosexuels, et plus largement les minorités sexuelles ; toutefois, un garçon réputé efféminé pourra y être confronté, quelle que soit sa sexualité.

    Et c’est d’ailleurs selon la même logique qu’en France l’État a pu justifier les contrôles au faciès. Condamné en 2015 pour « faute lourde », il a fait appel ; sans remettre en cause les faits établis, l’État explique que la législation sur les étrangers suppose de contrôler « les personnes d’#apparence_étrangère », voire « la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère ». Traiter des individus en raison de leur apparence, supposée renvoyer à une origine, à une nationalité, voire à l’irrégularité du séjour, c’est alimenter la confusion en racialisant la nationalité. On le comprend ainsi : être, c’est être perçu ; l’#identité n’existe pas indépendamment du regard des autres.

    L’exemple des contrôles au faciès est important, non seulement pour celles et ceux qui les subissent, bien sûr, mais aussi pour la société tout entière : ils contribuent à la constitution d’identités fondées sur l’expérience commune de la discrimination. Les personnes racisées sont celles dont la #subjectivité se constitue dans ces incidents à répétition, qui finissent par tracer des frontières entre les #expériences minoritaires et majoritaires. Mais l’enjeu est aussi théorique : on voit ici que l’identité n’est pas première ; elle est la conséquence de #pratiques_sociales de #racialisation – y compris de pratiques d’État. Le racisme ne se réduit pas à l’#intention : le racisme en effet est défini par ses résultats – et d’abord sur les personnes concernées, assignées à la différence par la discrimination.

    Le mot race

    Les logiques de domination sont plurielles : il y a non seulement la classe, mais aussi le sexe et la race, ainsi que l’#âge ou le #handicap. Dans leur enchevêtrement, il est à chaque fois question, non pas seulement d’#inégalités, mais aussi de la #naturalisation de ces hiérarchies marquées dans les corps. Reste que c’est surtout l’articulation du sexe ou de la classe avec la race qui est au cœur des débats actuels sur l’intersectionnalité. Et l’on retrouve ici une singularité nationale : d’après l’ONU, les deux tiers des pays incluent dans leur recensement des questions sur la race, l’#ethnicité ou l’#origine_nationale. En France, il n’en est pas question – ce qui complique l’établissement de #statistiques « ethno-raciales » utilisées dans d’autre pays pour analyser les discriminations.

    Mais il y a plus : c’est seulement en France que, pour lutter contre le racisme, on se mobilise régulièrement en vue de supprimer le mot race de la Constitution ; il n’y apparaît pourtant, depuis son préambule de 1946 rédigé en réaction au nazisme, que pour énoncer un principe antiraciste : « sans distinction de race ». C’est aujourd’hui une bataille qui divise selon qu’on se réclame d’un antiracisme dit « universaliste » ou « politique » : alors que le premier rejette le mot race, jugé indissociable du racisme, le second s’en empare comme d’une arme contre la #racialisation de la société. Ce qui se joue là, c’est la définition du racisme, selon qu’on met l’accent sur sa version idéologique (qui suppose l’intention, et passe par le mot), ou au contraire structurelle (que l’on mesure à ses effets, et qui impose de nommer la chose).

    La bataille n’est pas cantonnée au champ politique ; elle s’étend au champ scientifique. Le racisme savant parlait naguère des races (au pluriel), soit une manière de mettre la science au service d’un #ordre_racial, comme dans le monde colonial. Dans la recherche antiraciste, il est aujourd’hui question de la race (au singulier) : non pas l’inventaire des populations, sur un critère biologique ou même culturel, mais l’analyse critique d’un mécanisme social qui assigne des individus à des groupes, et ces groupes à des positions hiérarchisées en raison de leur origine, de leur apparence, de leur religion, etc. Il n’est donc pas question de revenir aux élucubrations racistes sur les Aryens ou les Sémites ; en revanche, parler de la race, c’est se donner un vocabulaire pour voir ce qu’on ne veut pas voir : la #discrimination_raciste est aussi une #assignation_raciale. S’aveugler à la race ne revient-il pas à s’aveugler au racisme ?

    Il ne faut donc pas s’y tromper : pour les sciences sociales actuelles, la race n’est pas un fait empirique ; c’est un concept qui permet de nommer le traitement inégal réservé à des individus et des groupes ainsi constitués comme différents. La réalité de la race n’est donc ni biologique ni culturelle ; elle est sociale, en ce qu’elle est définie par les effets de ces traitements, soit la racialisation de la société tout entière traversée par la logique raciale. On revient ici aux analyses classiques d’une féministe matérialiste, #Colette_Guillaumin : « C’est très exactement la réalité de la “race”. Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts. [...] Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non, certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale, des réalités. »

    Morale de l’histoire

    A-t-on raison de s’inquiéter d’un recul de l’#universalisme en France ? Les logiques identitaires sont-elles en train de gagner du terrain ? Sans nul doute : c’est bien ce qu’entraîne la racialisation de notre société. Encore ne faut-il pas confondre les causes et les effets, ni d’ailleurs le poison et l’antidote. En premier lieu, c’est l’#extrême_droite qui revendique explicitement le label identitaire : des États-Unis de Donald Trump au Brésil de Jair Bolsonaro, on assiste à la revanche de la #masculinité_blanche contre les #minorités_raciales et sexuelles. Ne nous y trompons pas : celles-ci sont donc les victimes, et non pas les coupables, de ce retour de bâton (ou backlash) qui vise à les remettre à leur place (dominée).

    Deuxièmement, la #ségrégation_raciale que l’on peut aisément constater dans l’espace en prenant les transports en commun entre Paris et ses banlieues n’est pas le résultat d’un #communautarisme minoritaire. Pour le comprendre, il convient au contraire de prendre en compte un double phénomène : d’une part, la logique sociale que décrit l’expression #White_flight (les Blancs qui désertent les quartiers où sont reléguées les minorités raciales, anticipant sur la ségrégation que leurs choix individuels accélèrent…) ; d’autre part, les #politiques_publiques de la ville dont le terme #apartheid résume le résultat. Le #multiculturalisme_d’Etat, en Colombie, dessinerait une tout autre logique : les politiques publiques visent explicitement des identités culturelles au nom de la « #diversité », dont les mouvements sociaux peuvent s’emparer.

    Troisièmement, se battre pour l’#égalité, et donc contre les discriminations, ce n’est pas renoncer à l’universalisme ; bien au contraire, c’est rejeter le #communautarisme_majoritaire. L’intersectionnalité n’est donc pas responsable au premier chef d’une #fragmentation_identitaire – pas davantage qu’une sociologie qui analyse les inégalités socio-économiques n’est la cause première de la lutte des classes. Pour les #sciences_sociales, c’est simplement se donner les outils nécessaires pour comprendre un monde traversé d’#inégalités multiples.

    Quatrièmement, ce sont les #discours_publics qui opposent d’ordinaire la classe à la race (ou les ouvriers, présumés blancs, aux minorités raciales, comme si celles-ci n’appartenaient pas le plus souvent aux classes populaires), ou encore, comme l’avait bien montré #Christine_Delphy, l’#antisexisme à l’antiracisme (comme si les femmes de couleur n’étaient pas concernées par les deux). L’expérience de l’intersectionnalité, c’est au contraire, pour chaque personne, quels que soient son sexe, sa classe et sa couleur de peau, l’imbrication de propriétés qui finissent par définir, en effet, des #identités_complexes (plutôt que fragmentées) ; et c’est cela que les sciences sociales s’emploient aujourd’hui à appréhender.

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    Ce texte écrit avec #Mara_Viveros_Vigoya, et publié en 2019 dans le Manuel indocile de sciences sociales (Fondation Copernic / La Découverte), peut être téléchargé ici : https://static.mediapart.fr/files/2021/03/07/manuel-indocile-intersectionnalite.pdf

    À lire :

    Kimberlé Crenshaw, « Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur » Cahiers du Genre, n° 39, février 2005, p. 51-82

    Défenseur des droits, Enquête sur l’accès aux droits, Relations police – population : le cas des contrôles d’identité, vol. 1, janvier 2017

    Christine Delphy, « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, janvier 2006, p. 59-83

    Elsa Dorlin, La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, La Découverte, Paris, 2006

    Elsa Dorlin, Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination, Presses universitaires de France, Paris, 2009

    Didier Fassin et Éric Fassin (dir.), De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française, La Découverte, Paris, 2009 [première édition : 2006]

    Éric Fassin (dir.), « Les langages de l’intersectionnalité », Raisons politiques, n° 58, mai 2015

    Éric Fassin, « Le mot race – 1. Cela existe. 2. Le mot et la chose », AOC, 10 au 11 avril 2019

    Nacira Guénif-Souilamas et Éric Macé, Les féministes et le garçon arabe, L’Aube, Paris, 2004

    Colette Guillaumin, « “Je sais bien mais quand même” ou les avatars de la notion de race », Le Genre humain, 1981, n° 1, p. 55-64

    Danièle Kergoat, « Ouvriers = ouvrières ? », Se battre, disent-elles…, La Dispute, Paris, 2012, p. 9-62

    Abdellali Hajjat et Silyane Larcher (dir.), « Intersectionnalité », Mouvements, 12 février 2019

    Mara Viveros Vigoya, Les Couleurs de la masculinité. Expériences intersectionnelles et pratiques de pouvoir en Amérique latine, La Découverte, Paris, 2018

    https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/050321/intersectionnalite-une-introduction#at_medium=custom7&at_campaign=10

    #définition #invisibilisation #antiracisme_universaliste #antiracisme_politique #racisme_structurel

    voir aussi ce fil de discussion sur l’intersectionnalité, avec pas mal de #ressources_pédagogiques :
    https://seenthis.net/messages/796554

  • Sexe, genre et nouveaux cadres d’analyse de pathologies humaines

    Lutter contre les inégalités sociales en matière de santé est, aujourd’hui, un enjeu majeur des politiques publiques. Au sein de celles-ci, les inégalités entre les femmes et les hommes dans l’accès au soin et la prise en charge médicale constituent un sujet longtemps ignoré. Si les inégalités de santé liées au statut économique et à l’environnement social et culturel sont de mieux en mieux connues, d’autres restent dans l’ombre.

    Note sur : HCE : Prendre en compte le sexe et le genre pour mieux soigner : un enjeu de santé publique

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/02/25/sexe-genre-et-nouveaux-cadres-danalyse-de-pathologies-h

    #sexe #genre #santé

  • En #France, les recherches sur la #question_raciale restent marginales

    Avec des relents de maccarthysme, une violente campagne politico-médiatique s’est abattue sur les chercheurs travaillant sur les questions raciales ou l’#intersectionnalité en France, les accusant de nourrir le « #séparatisme ». Dans les faits, ces recherches sont pourtant dramatiquement marginalisées.

    « L’université est une matrice intellectuelle, aujourd’hui traversée par des mouvements puissants et destructeurs qui s’appellent le #décolonialisme, le #racialisme, l’#indigénisme, l’intersectionnalité. » Lors de l’examen du projet de loi dit « séparatisme », à l’instar de la députée Les Républicains (LR) #Annie_Genevard, beaucoup d’élus se sont émus de cette nouvelle #menace pesant sur le monde académique.

    Que se passe-t-il donc à l’université ? Alors que des étudiants font aujourd’hui la queue pour obtenir des denrées alimentaires et que certains se défenestrent de désespoir, la classe politique a longuement débattu la semaine dernière de « l’#entrisme » de ces courants intellectuels aux contours pour le moins flous.

    Après les déclarations du ministre de l’éducation nationale Jean-Michel #Blanquer en novembre dernier – au lendemain de l’assassinat de #Samuel_Paty, il avait dénoncé pêle-mêle les « #thèses_intersectionnelles » et « l’#islamo-gauchisme » qui auraient fourni, selon lui, « le terreau d’une fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes » –, Emmanuel #Macron a lui-même tancé, dans son discours des Mureaux (Yvelines), le discours « postcolonial », coupable, selon lui, de nourrir la haine de la République et le « séparatisme ».

    À l’Assemblée, Annie Genevard a invité à se référer aux « travaux » du tout récent #Observatoire_du_décolonialisme qui a publié son manifeste dans un dossier spécial du Point, le 14 janvier. Appelant à la « riposte », les signataires – des universitaires pour l’essentiel très éloignés du champ qu’ils évoquent et pour une grande partie à la retraite – décrivent ainsi le péril qui pèserait sur le monde académique français. « Un #mouvement_militant entend y imposer une critique radicale des sociétés démocratiques, au nom d’un prétendu “#décolonialisme” et d’une “intersectionnalité” qui croit combattre les #inégalités en assignant chaque personne à des identités de “#race” et de #religion, de #sexe et de “#genre”. » « Nous appelons à mettre un terme à l’#embrigadement de la recherche et de la #transmission_des_savoirs », affirment-ils.

    À Mediapart, une des figures de cette riposte, la sociologue de l’art #Nathalie_Heinich, explique ainsi que « nous assistons à la collusion des militants et des chercheurs autour d’une #conception_communautariste de la société ». Ces derniers mois, différents appels ont été publiés en ce sens, auxquels ont répondu d’autres appels. S’armant de son courage, Le Point a même, pour son dossier intitulé « Classe, race et genre à l’université », « infiltré une formation en sciences sociales à la Sorbonne, pour tenter de comprendre cette mutation ».

    Derrière le bruit et la fureur de ces débats, de quoi parle-t-on ? Quelle est la place réelle des recherches sur les questions raciales ou mobilisant les concepts d’intersectionnalité à l’université française ? La première difficulté réside dans un certain flou de l’objet incriminé – les critiques mélangent ainsi dans un grand maelström #études_de_genre, #postcolonialisme, etc.

    Pour ce qui est des recherches portant principalement sur les questions raciales, elles sont quantitativement très limitées. Lors d’un colloque qui s’est tenu à Sciences-Po le 6 mai 2020, Patrick Simon et Juliette Galonnier ont présenté les premiers résultats d’une étude ciblant une quinzaine de revues de sciences sociales. Les articles portant sur la « #race » – celle-ci étant entendue évidemment comme une construction sociale et non comme une donnée biologique, et comportant les termes habituellement utilisés par la théorie critique de la race, tels que « racisé », « #racisation », etc. – représentent de 1960 à 2020 seulement 2 % de la production.

    La tendance est certes à une nette augmentation, mais dans des proportions très limitées, montrent-ils, puisque, entre 2015 et 2020, ils comptabilisent 68 articles, soit environ 3 % de l’ensemble de la production publiée dans ces revues.

    Pour répondre à la critique souvent invoquée ces derniers temps, notamment dans le dernier livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, Race et sciences sociales (Agone), selon laquelle « race » et « genre » auraient pris le pas sur la « classe » dans les grilles d’analyses sociologiques, le sociologue #Abdellali_Hajjat a, de son côté, mené une recension des travaux de sciences sociales pour voir si la #classe était réellement détrônée au profit de la race ou du genre.

    Ce qu’il observe concernant ces deux dernières variables, c’est qu’il y a eu en France un lent rééquilibrage théorique sur ces notions, soit un timide rattrapage. « Les concepts de genre et de race n’ont pas occulté le concept de classe mais ce qui était auparavant marginalisé ou invisibilisé est en train de devenir (plus ou moins) légitime dans les revues de sciences sociales », relève-t-il.

    Plus difficile à cerner, et pourtant essentielle au débat : quelle est la place réelle des chercheurs travaillant sur la race dans le champ académique ? Dans un article publié en 2018 dans Mouvements, intitulé « Le sous-champ de la question raciale dans les sciences sociales française », la chercheuse #Inès_Bouzelmat montre, avec une importante base de données statistiques, que leur position reste très marginale et souligne qu’ils travaillent dans des laboratoires considérés comme périphériques ou moins prestigieux.

    « Les travaux sur la question minoritaire, la racialisation ou le #postcolonial demeurent des domaines de “niche”, largement circonscrits à des revues et des espaces académiques propres, considérés comme des objets scientifiques à la légitimité discutable et bénéficiant d’une faible audience dans le champ académique comme dans l’espace public – à l’exception de quelques productions vulgarisées », note-t-elle soulignant toutefois qu’ils commencent, encore très prudemment, à se frayer un chemin. « Si la question raciale ne semble pas près de devenir un champ d’étude légitime, son institutionnalisation a bel et bien commencé. »

    Un chemin vers la reconnaissance institutionnelle qu’ont déjà emprunté les études de genre dont la place – hormis par quelques groupuscules extrémistes – n’est plus vraiment contestée aujourd’hui dans le champ académique.

    Deux ans plus tard, Inès Bouzelmat observe que « les études raciales sortent de leur niche et [que] c’est une bonne chose ». « Le sommaire de certaines revues en témoigne. Aujourd’hui, de plus en plus, la variable de race est mobilisée de manière naturelle, ce qui n’était vraiment pas le cas il y a encore dix ans », dit-elle.

    Pour #Eric_Fassin, qui a beaucoup œuvré à la diffusion de ces travaux en France, « il y a une génération de chercheurs, ceux qui ont plus ou moins une quarantaine d’années, qui ne sursaute pas quand on utilise ces concepts ». « Il n’y a plus besoin, avec eux, de s’excuser pendant une demi-heure en expliquant qu’on ne parle pas de race au sens biologique. »

    #Fabrice_Dhume, un sociologue qui a longtemps été très seul sur le terrain des #discriminations_systémiques, confirme : « Il y a eu toute une époque où ces travaux-là ne trouvaient pas leur place, où il était impossible de faire carrière en travaillant sur ce sujet. » Ceux qui travaillent sur la question raciale et ceux qui ont été pionniers sur ces sujets, dans un pays si réticent à interroger la part d’ombre de son « #universalisme_républicain », l’ont souvent payé très cher.

    Les travaux de la sociologue #Colette_Guillaumin, autrice en 1972 de L’Idéologie raciste, genèse et langage actuel, et qui la première en France a étudié le #racisme_structurel et les #rapports_sociaux_de_race, ont longtemps été superbement ignorés par ses pairs.

    « Travailler sur la race n’est certainement pas la meilleure façon de faire carrière », euphémise Éric Fassin, professeur à Paris VIII. Lui n’a guère envie de s’attarder sur son propre cas, mais au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, il a reçu des menaces de mort par un néonazi, condamné à quatre mois de prison avec sursis en décembre dernier. Il en avait déjà reçu à son domicile. Voilà pour le climat.

    Lorsqu’on regarde les trajectoires de ceux qui se sont confrontés à ces sujets, difficile de ne pas voir les mille et un obstacles qu’ils ou elles ont souvent dû surmonter. Si la raréfaction des postes, et l’intense compétition qui en découle, invite à la prudence, comment ne pas s’étonner du fait que pratiquement toutes les carrières des chercheurs travaillant sur la race, l’intersectionnalité, soient aussi chaotiques ?

    « La panique morale de tenants de la fausse opposition entre, d’un côté, les pseudo-“décoloniaux/postcoloniaux/racialistes” et, de l’autre, les pseudo-“universalistes” renvoie à une vision conspirationniste du monde de la recherche : les premiers seraient tout-puissants alors que la recherche qui semble être ciblée par ces vagues catégories est, globalement, tenue dans les marges », affirme le sociologue #Abdellali_Hajjat.

    Le parcours de ce pionnier, avec #Marwan_Mohammed, de l’étude de l’#islamophobie comme nouvelle forme de #racisme, ne peut là aussi qu’interroger. Recruté en 2010 à l’université Paris-Nanterre, avant d’avoir commencé à travailler la question de l’islamophobie, il a fini par quitter l’université française en 2019 après avoir fait l’expérience d’un climat de plus en plus hostile à ses travaux.

    « On ne mesure pas encore les effets des attentats terroristes de 2015 sur le champ intellectuel. Depuis 2015, on n’est plus dans la #disputatio académique. On est même passés au-delà du stade des obstacles à la recherche ou des critiques classiques de tout travail de recherche. On est plutôt passés au stade de la #censure et de l’établissement de “listes” d’universitaires à bannir », explique-t-il, égrenant la #liste des colloques sur l’islamophobie, l’intersectionnalité ou le racisme annulés ou menacés d’annulation, les demandes de financements refusées, etc.

    En 2016, il fait l’objet d’une accusation d’antisémitisme sur la liste de diffusion de l’#ANCMSP (#Association_nationale_des_candidats_aux_métiers_de_la_science_politique) en étant comparé à Dieudonné et à Houria Bouteldja. Certains universitaires l’accusent, par exemple, d’avoir participé en 2015 à un colloque sur les luttes de l’immigration à l’université Paris-Diderot, où étaient aussi invités des représentants du Parti des indigènes de la République. Qu’importe que ce chercheur n’ait aucun rapport avec ce mouvement et que ce dernier l’attaque publiquement depuis 2008… « Je suis devenu un indigéniste, dit-il en souriant. Pour moi, c’est une forme de racisme puisque, sans aucun lien avec la réalité de mes travaux, cela revient à m’assigner à une identité du musulman antisémite. »

    Abdellali Hajjat travaille aujourd’hui à l’Université libre de Bruxelles. « Lorsque l’on va à l’étranger, on se rend compte que, contrairement au monde académique français, l’on n’a pas constamment à se battre sur la #légitimité du champ des études sur les questions raciales ou l’islamophobie. Sachant bien que ce n’est pas satisfaisant d’un point de vue collectif, la solution que j’ai trouvée pour poursuivre mes recherches est l’exil », raconte-t-il.

    « Moi, j’ai choisi de m’autocensurer »

    #Fabrice_Dhume, qui mène depuis plus de 15 ans des recherches aussi originales que précieuses sur les #discriminations_raciales, notamment dans le milieu scolaire, a lui aussi un parcours assez révélateur. Après des années de statut précaire, jonglant avec des financements divers, celui qui a été un temps maître de conférences associé à Paris-Diderot, c’est-à-dire pas titulaire, est aujourd’hui redevenu « free lance ».

    Malgré la grande qualité de ses travaux, la sociologue #Sarah_Mazouz, autrice de Race (Anamosa, 2020) a, elle, enchaîné les post-doctorats, avant d’être finalement recrutée comme chargée de recherche au CNRS.

    Autrice d’une thèse remarquée en 2015, intitulée Lesbiennes de l’immigration. Construction de soi et relations familiales, publiée aux éditions du Croquant en 2018, #Salima_Amari n’a toujours pas trouvé de poste en France et est aujourd’hui chargée de cours à Lausanne (Suisse). Beaucoup de chercheurs nous ont cité le cas d’étudiants prometteurs préférant quitter l’Hexagone, à l’image de #Joao_Gabriel, qui travaille sur les questions raciales et le colonialisme, et qui poursuit aujourd’hui ses études à Baltimore (États-Unis).

    Derrière ces parcours semés d’obstacles, combien surtout se sont découragés ? Inès Bouzelmat a choisi de se réorienter, raconte-t-elle, lucide sur le peu de perspectives que lui ouvraient l’université et la recherche françaises.

    Certains adoptent une autre stratégie, elle aussi coûteuse. « Moi, j’ai choisi de m’autocensurer », nous raconte une chercheuse qui ne veut pas être citée car elle est encore en recherche de poste. « Dans ma thèse, je n’utilise jamais le mot “race”, je parle “d’origines”, de personnes “issues de l’immigration”… Alors que cela m’aurait été très utile de parler des rapports sociaux de race. Même le terme “intersectionnalité” – qui consiste simplement à réfléchir ensemble classe-race et genre –, je me le suis interdit. Je préfère parler “d’imbrication des rapports sociaux”. Cela revient au même, mais c’est moins immédiatement clivant », nous confie cette sociologue. « Le pire, c’est parler de “#Blancs”… Là, c’est carrément impossible ! Alors je dis “les Franco-Français”, ce qui n’est pas satisfaisant », s’amuse-t-elle.

    « Oui, il y a eu des générations d’étudiants découragés de travailler sur ces thématiques. On leur a dit : “Tu vas te griller !”… Déjà qu’il est très dur de trouver un poste mais alors si c’est pour, en plus, être face à une institution qui ne cesse de disqualifier votre objet, cela devient compliqué ! », raconte le socio-démographe Patrick Simon, qui dirige le projet Global Race de l’Agence nationale pour la recherche (ANR).

    La #double_peine des #chercheurs_racisés

    L’accès au financement lorsqu’on traite de la « race » est particulièrement ardu, l’important projet de Patrick Simon représentant, à cet égard, une récente exception. « On m’a accusé d’être financé par la French American Fondation : c’est faux. Mes recherches ont bénéficié exclusivement de financements publics – et ils sont plutôt rares dans nos domaines », indique Éric Fassin.

    « Il est difficile d’obtenir des financements pour des travaux portant explicitement sur les rapports sociaux de race. Concernant le genre, c’est désormais beaucoup plus admis. Travailler sur les rapports sociaux de race reste clivant, et souvent moins pris au sérieux. On va soupçonner systématiquement les chercheurs de parti-pris militant », affirme la sociologue Amélie Le Renard, qui se définit comme défendant une approche féministe et postcoloniale dans sa recherche. « Nous avons aussi du mal à accéder aux grandes maisons d’édition, ce qui contribue à renforcer la hiérarchisation sociale des chercheurs », ajoute-t-elle.

    https://www.youtube.com/watch?v=spfIKVjGkEo&feature=emb_logo

    Certains se tournent donc vers des #maisons_d’édition « militantes », ce qui, dans un milieu universitaire très concurrentiel, n’a pas du tout le même prestige… Et alimente le cercle vicieux de la #marginalisation de ces travaux comme leur procès en « #militantisme ».

    Pourquoi les signataires des différentes tribunes s’inquiétant d’un raz-de-marée d’universitaires travaillant sur la race, l’intersectionnalité, se sentent-ils donc assaillis, alors que factuellement ces chercheurs sont peu nombreux et pour la plupart largement marginalisés ?

    « J’ai tendance à analyser ces débats en termes de rapports sociaux. Quel est le groupe qui n’a pas intérêt à ce qu’émergent ces questions ? Ce sont ceux qui ne sont pas exposés au racisme, me semble-t-il », avance le sociologue Fabrice Dhume, pour qui les cris d’orfraie de ceux qui s’insurgent de l’émergence – timide – de ces sujets visent à faire taire des acteurs qui risqueraient d’interroger trop frontalement le fonctionnement de l’institution elle-même et son propre rapport à la racisation. « Dans ce débat, il s’agit soit de réduire ceux qui parlent au silence, soit de noyer leur parole par le bruit », affirme-t-il.

    « Il y a aussi une hiérarchie implicite : tant que ces recherches étaient cantonnées à Paris VIII, “chez les indigènes”, cela ne faisait peur à personne, mais qu’elles commencent à en sortir… », s’agace-t-il, en référence à une université historiquement marquée à gauche et fréquentée par beaucoup d’étudiants issus de l’immigration ou étrangers.

    Dans ce paysage, les chercheurs eux-mêmes racisés et travaillant sur les discriminations raciales subissent souvent une forme de double peine. « Ils sont soupçonnés d’être trop proches de leur objet. Comme si Bourdieu n’avait pas construit tout son parcours intellectuel autour de questions qui le concernent directement, lui, le fils de paysans », souligne Patrick Simon.

    La sociologue #Rachida_Brahim, autrice de La Race tue deux fois (Syllepse, 2021), raconte comment, lors de sa soutenance de doctorat, son directeur de thèse, Laurent Mucchielli, et le président du jury, Stéphane Beaud, lui ont expliqué qu’en allant sur le terrain racial, elle était « hors sujet ». « Le fait que je sois moi-même d’origine algérienne m’aurait empêchée de prendre de la distance avec mon sujet », écrit-elle.

    Au cours de notre enquête, nous avons recueilli plusieurs témoignages en ce sens de la part de chercheurs et singulièrement de chercheuses qui, pour être restés dans l’institution, ne souhaitent pas citer nommément leur cas (voir notre Boîte noire). « Ce sont des petites remarques, une façon insistante de vous demander de vous situer par rapport à votre sujet de recherche », raconte une chercheuse.

    De la même manière que les féministes ont longtemps dû répondre à l’accusation de confondre militantisme et sciences au sein des études de genres, les chercheurs racisés osant s’aventurer sur un terrain aussi miné que le « racisme systémique » doivent constamment montrer des gages de leur #objectivité et de leur #rigueur_scientifique.

    « Le procès en militantisme est un lieu commun de la manière dont ces travaux ont été disqualifiés. C’est la façon de traiter l’objet qui définit le clivage entre ce qui est militant et ce qui est académique. Sont en réalité qualifiés de “militants” les travaux qui entrent par effraction dans un champ qui ne reconnaît pas la légitimité de l’objet », analyse Patrick Simon.

    Comme les études de genre ont massivement été portées par des femmes, les questions raciales intéressent particulièrement ceux qui ont eu à connaître de près le racisme. Ce qui n’est pas, manifestement, sans inquiéter un monde universitaire encore ultra-majoritairement blanc. « Les chercheurs assignés à des identités minoritaires sont souvent discrédités au prétexte qu’ils seraient trop proches de leur sujet d’étude ; en miroir, la figure du chercheur homme blanc est, de manière implicite, considérée comme neutre et les effets sur l’enquête et l’analyse d’une position dominante dans plusieurs rapports sociaux sont rarement interrogés », souligne de son côté Amélie Le Renard.

    « Il y a eu des générations de chercheurs qui n’ont pas réussi à trouver leur place dans l’institution. Ce qui est intéressant, c’est que certains commencent à émerger et qu’ils appartiennent à des minorités. Et c’est à ce moment-là que des universitaires s’élèvent pour dire “ça suffit, c’est déjà trop”, alors qu’ils devraient dire “enfin !” », insiste Éric Fassin.

    Depuis quelques mois, et le tragique assassinat de Samuel Paty par un islamiste, les attaques à l’encontre de ces chercheurs ont pris un tour plus violent. Ceux qui travaillent sur l’islamophobie s’y sont presque habitués, mais c’est désormais tous ceux qui travaillent sur les discriminations ethno-raciales, la #colonisation, qui sont accusés d’entretenir un #esprit_victimaire et une rancœur à l’égard de l’État français qui armerait le terrorisme.

    « Quand le ministre de l’éducation nationale vous associe à des idéologues qui outillent intellectuellement les terroristes, c’est très violent », affirme une chercheuse qui a particulièrement travaillé sur la question de l’islamophobie et a, dans certains articles, été qualifiée de « décoloniale ».

    « Les termes employés sont intéressants. Qu’est-ce qu’on sous-entend quand on dit que les “décoloniaux infiltrent l’université” ou qu’on reprend le terme d’“entrisme” ? Cela dit que je n’y ai pas ma place. Alors que je suis pourtant un pur produit de l’université », analyse cette maîtresse de conférences d’origine maghrébine, qui ne souhaite plus intervenir dans les médias pour ne pas subir une campagne de dénigrement comme elle en a déjà connu. « C’est terrible parce qu’au fond, ils arrivent à nous réduire au #silence », ajoute-t-elle en référence à ceux qui demandent que le monde académique construise des digues pour les protéger.

    Le grand paradoxe est aussi l’immense intérêt des étudiants pour ces thématiques encore peu représentées dans l’institution. En attendant, l’université semble organiser – avec le soutien explicite du sommet de l’État – sa propre cécité sur les questions raciales. Comme si la France pouvait vraiment se payer encore longtemps le luxe d’un tel #aveuglement.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/080221/en-france-les-recherches-sur-la-question-raciale-restent-marginales?onglet

    #recherche #université #auto-censure #autocensure #assignation_à_identité #neutralité #décolonial

    ping @karine4 @cede

    • La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf

      Pendant ces dernières heures, j’ai pris le temps de tenter une approche purement « comptable » (urgh) concernant la fameuse et néanmoins ridicule polémique à propos de la supposée « gangrène islamogauchiste » qui serait à l’œuvre au sein de nos respectables universités. Ce billet de recherche sera simple, et je vais d’abord dire ce qu’il n’est pas, suite aux quelques échanges bienveillants que j’ai pu avoir avec certain.e.s collègues qui auront le plaisir de se reconnaître – et je les remercie d’ailleurs sincèrement pour leurs remarques.

      Disclaimer, donc (comme on dit en bon français) : cette mini-étude n’a pas pour vocation à consolider les arguments des pourfendeurs de l’islamogauchisme. Il part simplement de l’expression « gangrène » et tend à leur montrer, chiffres à l’appui, qu’on est très très loin d’une explosion de ces concepts qu’ils ne maîtrisent pas (comme « intersectionnalité » ou « décolonial », qui renvoient par exemple tous deux à des positionnements épistémologiques et des fondements théoriques bien précis, n’en déplaisent à ceux qui sont trop fainéants pour n’y voir qu’une bouillasse méprisable, là où se trouve un champ d’intérêt extrêmement fécond et inspirant). En gros, l’idée n’est pas de dire « ne vous alarmez pas, confrères conservateurs, c’est en fait une idéologie marginale« , mais plutôt de dire « 1. il n’y a pas d’idéologie, mais de la recherche et 2. si on s’amusait à la compter, on obtient des résultats ridicules qui n’autorisent ni vos invectives, ni votre inculture sur ces sujets ».

      Et au passage, la grenouille dans le titre (pour être clair), ce sont bien ceux qui accusent l’université de dérives idéologiques. Spoiler : tout est idéologie de toute manière puisque tout peut être politique, et tous les corps de métier sont d’ailleurs traversés par des expériences militantes – et heureusement, c’est ça la démocratie ! Il y a autant de militantisme possible à l’université que dans la culture, le milieu associatif, le journalisme et même (mais si si si) le monde de l’entreprise. Donc cessons d’agiter des fantômes pour nous faire peur, et surtout cessons les chasses aux sorcières qui visent précisément les universitaires – les régimes qui organisent cela n’ont rien de démocratique, et ma crainte principale se loge bien là, d’ailleurs. Ma démarche est donc la suivante : vous voulez du sérieux ? On va faire la base de la démarche scientifique : regarder les faits et compter. Cela ne devrait pas être si compliqué que cela, tout le monde peut suivre.

      Je l’exprime ici, en tant que chercheur : ce que des esprits mal intentionnés et peu curieux nomment « islamogauchisme » constitue un ensemble d’études interdisciplinaires que je vous encourage à aller explorer, au moins par pure curiosité intellectuelle – comme je m’évertue, autant que faire ce peut, à lire un maximum d’approches variées. C’est tout le principe de la recherche. Pour pouvoir effectuer mon étude arithmétique, j’ai choisi d’utiliser quelques mots-clé souvent réexploités pour accuser les universitaires d’islamogauchisme : « décolonial », « intersectionnel », « intersectionnalité », « racisé », « racialisé » – puis, pour la blague, « islamogauchisme » et « islamogauchiste ». Je suis donc allé voir ce que nous donnaient 4 des moteurs de recherche scientifiques les plus utilisés : theses.fr et HAL pour la partie générale, puis CAIRN et Open Edition pour la partie plus directement dédiée aux sciences humaines.

      Pourquoi les sciences humaines et pas la sociologie, arguera l’esprit pingre ? Parce que les études dites intersectionnelles ou décoloniales occupent en fait un champ interdisciplinaire très vaste : on y retrouve les études anglophones, la sociologie, la géographie, la démographie, le droit, les sciences du langage, la philosophie, l’anthropologie, les sciences de l’information et de la communication, l’économie, la psychologie, les études littéraires ou encore les arts. Bref, inutile de taper comme un sourd sur cette pauvre sociologie qui se donne pourtant beaucoup de mal (avec des moyens dérisoires) pour comprendre la société qui nous entoure. Nous autres, scientifiques des SHS, sommes donc toutes et tous coupables, rassurez-vous. Et pourquoi, comme on me l’a demandé, ne pas inclure les expressions « gender studies » ou « écriture inclusive » ? Parce que faut pas non plus exagérer : faites donc une liste de toutes les notions de sciences humaines que vous ne comprenez pas et que donc, par définition, il faudrait arrêter d’étudier, et ça sera plus simple. Et si vous ne comprenez pas pourquoi « race », « postcolonial » ou « islam » n’y figurent pas, j’ai des réponses, mais elles ne sont pas dignes d’un carnet de recherche.

      Voici donc la première partie de cette rapide étude : elle est assez simple, puisqu’elle donne des données plutôt brutes. Pour chaque portail dédié à l’archivage des publications scientifiques, il s’est agi de rentrer simplement les mots-clé pour une simple recherche, puis de les transformer en pourcentage par rapport au total de publications répertoriées. De ce point de vue, on est loin du calcul statistique complexe (je rappelle à mon lectorat que je suis linguiste, que j’ai fait un Bac L à l’époque, et que je fais ce que je peux pour ne pas sombrer). Mais comme les pourfendeurs de l’islamogauchisme brandissent souvent la neutralité de la raison face à des chercheur.e.s qui, selon eux, auraient succombé à l’idéologie et à l’émotion, alors chiche : voici des chiffres, soit les représentants les plus aboutis du mythe de la prétendue neutralité scientifique et de l’objectivité rationnelle. Mieux : des données, de la data. Et le tout dans une infographie avec des couleurs et des dessins.

      Premier à passer sur le grill d’un simple comptage, le portail HAL répertorie un ensemble plutôt impressionnant de références scientifiques déposées. Toutes disciplines confondues, on arrive à un pourcentage excessivement faible concernant les mots-clés proposés. Ironie du sort : la seule publication qui sort lorsqu’on rentre le terme « islamogauchiste » est celle de Pierre-André Taguieff, à qui l’on attribue souvent à tort la naissance de cette expression bien connue des milieux d’extrême-droite (il n’en reste pas moins qu’il a largement participé à sa popularisation et à sa normalisation médiatique, sans être lui-même d’ailleurs sympathisant des milieux d’extrême-droite – je tiens ici à le préciser, avant qu’on ne m’accuse de manœuvre diffamatoire). Il convient également de signaler qu’on retrouve également dans ces publications des travaux qui critiquent justement les études décoloniales et intersectionnelles, ce qui fait monter artificiellement les chiffres – sans compter le fait que certaines publications cumulent plusieurs de ces mots-clés. Bref, pour le dire vite : ce pourcentage de 0,038 % est donc probablement surévalué.

      Sur Theses.fr, on remarque une légère augmentation des résultats en terme de pourcentages. Il faut dire ici, de surcroît, que le portail doctoral en question répertorie à la fois les thèses soutenues et les thèses démarrées, ce qui fait que là aussi, on se retrouve avec un cumul de travaux qui n’en sont pas tous au même stade – ce qui est à la fois heureux et bien normal, quand on connaît le processus doctoral, ses exigences et ses coups du sort. Quoiqu’il arrive, vous me direz (et vous aurez raison) que c’est bien gentil de mélanger des concepts de sciences humaines à des thèses de médecine ou de biologie moléculaire, mais qu’il faut être un peu sérieux – et que si pluridisciplinarité il y a, il faut donc aller regarder plus précisément du côté des domaines de recherche concernés. Je suis entièrement d’accord, donc allons-y.

      Et là, pas de surprise : sur CAIRN comme sur Open Edition, qui totalisent tous deux une masse non négligeable de publications répertoriées et accessibles pour les adeptes des sciences dites « molles » ou « subtiles », évidemment, le pourcentage augmente. Mais vous l’aurez remarqué : le pourcentage sur le total de publications répertoriées est très très loin d’être significatif, tout au contraire : on reste aux alentours des 2%, ce qui montre la faible représentativité des études décoloniales ou intersectionnelles. Et là, autre contre-argument : mais c’est facile de prendre le nombre de publications sur le total ! Evidemment, en 1992, on n’utilisait probablement pas ces notions en France ! Tout juste : attardons-nous donc sur l’évolution de ces mots-clé depuis 2011, histoire d’avoir une représentativité plus fine sur le total de publications. Mais même là, il faut se rendre à l’évidence : on est loin d’une écrasante hégémonie des études intersectionnelles, par exemple.

      CAIRN ne figure pas dans les résultats, tout simplement parce que son moteur de recherche ne permet pas de faire émerger des résultats annuels – sinon je l’aurais fait. Mais déjà, avec HAL, Theses.fr et Open Edition, on remarque les mots-clé incriminés sont bel et bien en augmentation depuis 2011, mais qu’ils rencontrent aussi un certain tassement depuis deux ans – ce qui est à vrai dire plutôt inquiétant, car cela souligne le retard de la France sur des questions de recherche qui sont assez largement investies ailleurs dans le monde (et pas qu’aux Etats-Unis, le grand Satan des néoréacs français) – sans pour autant que cela soit d’ailleurs associé à des postures militantes. Cela étant, le tassement de ces mots-clés depuis 2011 n’a de sens que si on regarde leur pourcentage total par rapport à l’évolution de l’ensemble des publications sur les portails en question. Regardons un peu.

      Les accusateurs d’islamogauchisme pourront se réjouir et pointer du doigt une tendance à la hausse ; cela dit, on remarque une dynamique différente en fonction du portail. Là où le nombre de thèses marque une augmentation qui reste régulière, par exemple, on ne peut que constater la faiblesse des pourcentages par an. C’est sur Open Edition que ce type de courbe reste le plus intéressant à analyser : on voit une évolution croissante, bien que timide, de l’intérêt pour les sujets que permettent d’analyser les études intersectionnelles et décoloniales, quelle que soit la discipline d’ancrage. Mais attention aussi : sur Open Edition, on se bat à coups de revues scientifiques notamment, et en regardant sur ce portail, vous trouverez une évolution nette des publications scientifiques qui critiquent en fait les études décoloniales et intersectionnelles – en d’autres termes, l’augmentation de publication n’est pas tant dû à l’ancrage épistémologique dans ces champs, mais aux débats interdisciplinaires qui surgissent en raison de leurs méthodes ou de leurs concepts. En bref, cette évolution montre plus une vitalité des débats (tiens tiens) qu’une homogénéisation des épistémologies et des méthodologies.

      Que dire après tout cela ? Qu’avant de juger un terme sur de simples rumeurs colportées sur une chaîne de télé trop racoleuse ou un réseau social trop électrique, il suffit d’aller lire. Parce que lire reste encore la meilleure réponse à apporter à l’ignorance, aux idées reçues, aux raccourcis commodes, aux paresses intellectuelles ou aux ignorances légitimes. Ne pas savoir, ce n’est pas grave : nous sommes toutes et tous ignares sur bien des sujets. Ne pas savoir et prétendre que l’on a pas besoin de savoir pour se faire une idée, c’est non seulement bête à manger du foin et dommage en général, mais c’est surtout dangereux pour nos fragiles régimes démocratiques – et surtout pour l’indépendance de la recherche. Au final, on a le droit de questionner, de débattre et de discuter autour de ces questions (et encore heureux) : mais faisons-le dignement.

      PS : Au passage, ce n’est plus la peine de commander une étude au CNRS concernant l’islamogauchisme, du coup.

      PS bis : Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec ma démarche, bien entendu. Depuis la première publication de cette mini-étude sur Twitter, j’ai eu quelques messages un peu vifs : ceux qui disent que l’islamogauchisme n’aiment pas mes chiffres et m’accusent de ne pas mesurer « l’impact » par exemple, ou encore de ne pas vouloir voir la réalité derrière les chiffres (???). Et celles et ceux qui pensent qu’il ne faut pas donner du grain à moudre avec des chiffres. J’ai envie de répondre que dans ce genre de situation, il peut y avoir une pluralité de méthodes et de démarches, et que rien ne leur empêche de concorder à des moments opportuns. En tout cas, c’est ma modeste contribution, et ma modeste démarche.

      https://sysdiscours.hypotheses.org/352

      déjà signalé par @marielle ici :
      https://seenthis.net/messages/904269

  • Dysphorique toi-même !
    https://lundi.am/Dysphorique-toi-meme

    Nous ne nous résignerons jamais à cette lobotomisation de la psychanalyse. Nous pensons que la psychanalyse peut retrouver le fil tranchant de son histoire précisément en se laissant réveiller par les interpellations venues des groupes de personnes qu’elle a trop souvent insultées toutes ces dernières décennies. Après les mouvements féministes dans les années 1970, les mouvements gays et lesbiens dans les années 1990 (en France autour du PaCS [6]), la question trans est aujourd’hui au cœur de ces processus par lesquels nos sociétés reviennent à des interrogations fondamentales sur ce que c’est qu’avoir un corps, un désir, être sexué, etc. Toutes ces questions sont celles que la psychanalyse a pris en charge depuis son origine. Loin de venir avertir ce vaste processus d’expérimentation collective du haut des vérités dont elle serait chargée, la psychanalyse doit profiter de cette situation pour éclairer ce qui nous arrive et se laisser en retour éclairer par elle. Elle a bien une capacité critique au regard de ce qui se passe aujourd’hui, mais non pas parce qu’elle pourrait énoncer les limites transcendantales des libertés humaines, mais parce qu’elle peut donner un sens parfois plus précis à certaines de ces libertés – et en particulier, en l’occurrence, à l’idée d’un sexe qui n’est pas nécessairement masculin ou féminin. Sacha sera notre guide, notre silencieux Virgile, dans ces enfers du sexe et du corps.

    #sexe #corps #psychanalyse #trans

  • Brésil | Une sculpture de vulve géante pour débattre du genre | La Presse
    https://www.lapresse.ca/arts/arts-visuels/2021-01-05/bresil/une-sculpture-de-vulve-geante-pour-debattre-du-genre.php

    L’œuvre baptisée Diva a été créée sur une montagne de la commune d’Agua Preta, à 130 km de Recife, la capitale de l’État de Pernambuco par la plasticienne Juliana Notari, 45 ans.

    Composée d’une excavation de 6 mètres de profondeur recouverte de béton et de résine, elle a nécessité le travail de plus de vingt personnes pendant près de onze mois, selon l’artiste.

    « Avec Diva, j’utilise l’art pour lancer le dialogue sur les questions traitant des problématiques de genre d’un point de vue féminin », explique l’artiste dans un billet publié sur son compte Facebook. « Ces questions sont de plus en plus urgentes », ajoute-t-elle.

    Selon le communiqué de présentation de l’œuvre, Diva « souligne les questionnements en suspens dans la poétique de l’artiste, qui depuis 2003 travaille avec l’anatomie féminine et cherche à provoquer une discussion autour des tabous sexuels imposés aux femmes ».

    La création de cette œuvre dans un Brésil qui a connu ces dernières années une poussée ultraconservatrice dans de larges secteurs de la société, ayant notamment conduit à l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, a créé la polémique.

    • Les règles arrivent au moment de la puberté, généralement entre 10 et 16 ans, chez les personnes qui ont un utérus. Ces saignements (du sang coule depuis l’utérus jusqu’à la sortie du vagin) ont lieu 1 fois/mois et durent généralement quelques jours. En pratique, ça peut être très différent selon les personnes : certains vont avoir des cycles très réguliers, d’autres non, certaines vont avoir des règles qui durent 4 jours, d’autres 7…
      Quand une personne a ses règles, ça signifie que son utérus peut accueillir une grossesse, donc qu’elle peut être enceinte. Ça veut dire qu’à partir du moment où tu as eu tes premières règles, le jour où tu souhaites avoir des relations sexuelles, il est important de te renseigner sur les moyens de contraception et de t’en procurer pour ne pas tomber enceint.e sans l’avoir voulu (ce n’est pas le cas pour tous les types de relations sexuelles, mais c’est toujours bien d’être informé.e au maximum !)
      Aujourd’hui, on parle peu des règles en public, c’est encore un sujet tabou, alors que ce n’est ni sale ni honteux ! Parfois, quand les règles arrivent et que personne ne nous a expliqué comment ça fonctionne, ça peut être impressionnant, on peut se sentir seul.e. Si tu as des questions mais que ne te sens pas à l’aise pour en parler à ta famille, tu peux t’adresser à l’infirmier.e scolaire, ou encore appeler le numéro vert gratuit 0800 08 11 11.
      Même si avoir ses règles est rarement agréable, le côté positif c’est qu’aujourd’hui, plein de protections périodiques différentes existent, il y a plus d’options qu’avant pour choisir celles qui te conviennent le mieux : les serviettes jetables ou lavables, les tampons, les culottes et les coupes menstruelles, les éponges, le flux instinctif libre… Tu peux faire ton choix en fonction de la situation, de si tu es plus à l’aise ou non avec le sang et le fait de mettre tes doigts dans ton vagin, du prix, de l’envie de faire moins de déchets pour la planète… Quoi que tu choisisses, renseigne-toi bien sur les produits et la manière de les utiliser car il y a des précautions à prendre pour ta santé !
      Plein d’info avec Sexy soucis ici : https://www.facebook.com/watch/?v=659175124786150

  • Andrea-DWORKIN-Heartbreak-The-Political-Memoir-of-a-Feminist-Militant.pdf
    http://www.feministes-radicales.org/wp-content/uploads/2010/11/Andrea-DWORKIN-Heartbreak-The-Political-Memoir-of-a-Feminist-M

    Anita

    (...) what was wrong with prostituting ?
    I told her about my own experiences in the trade, especially about the #dissociation that was essential to doing the deed. You had to separate your mind from your body. Your con­sciousness had to be hovering somewhere near the ceiling behind you or on the far side of the room watching your body. No one got through it without having that happen. I also told her that she’d begin to hate men; at first manipulating them would seem like power, but eventually and inevitably the day would come when one perceived them as coarse and brutal, smelly, dirty bullies. She had said that she liked sex and that she had had sex with the guy who was now trying to pimp her. I told her that the sex with Abbie’s friend was a setup to make her more pliant and that in prostituting one lost the ability to feel, so if one liked sex it was the last thing, not the first thing, that one should do. I told her that most people thought that women prostituted in order to get money for drugs, but it was the other way around; the prostitution became so vile, so ugly, so hard, that drugs provided the only soft: landing, a kind of embrace - and on the literal level they took away the pain, physical and mental.

    #prostitution #misandrie #sexe #drogue

  • #Culture_du_viol #viol #chantage #témoignages #couple.

    C’est sur le chantage au #sexe dans les couples #hétéros, mais pas seulement.
    Peut être trop dur pour des personnes concernées.
    https://threadreaderapp.com/thread/1306293920943550464.html

    J’ai une meuf dans mes DM qui veut que je publie son témoignage. Je ferai ça quand elle aura fini de l’écrire de manière anonyme. Je suis en colère.

    Sondage :

    Avez-vous déjà refusé du sexe à votre partenaire homme dyacishet et la conséquence était qu’il boude ou soit fâché ?
    Je reçois plusieurs témoignages en DM donc je vais les mettre sous ce tweet ainsi que ceux que j’ai déjà posté. Si vous voulez témoigner de manière anonyme, mes DM sont ouverts. Je lis tous vos témoignages et vous envoie mon soutien 🧡

    • Wow, c’est hyper rude effectivement :/ ...

      Sinon, pour ma culture : dyachishet

      https://www.wattpad.com/612145742-guide-de-survie-en-territoire-dyacishets-qu%27est-ce

      Dyacishet est la contraction de « dyadique » (contraire d’intersexe) « cisgenre » (contraire de transgenre) et « hétérosexuel » (personne attirée par d’autres genre que le siens) que l’on peut aussi abréger en D6-7 ou surnommer « brocolis ». Pourquoi brocolis ? Car il y a des gens qui n’aiment pas les brocolis, pourtant les brocolis ne subissent pas d’oppression systémique, exactement comme les dyacishets

    • Je suis incapable de lire toutes ces histoires atroces.
      ll y a quelques jours, je suis intervenue auprès d’un homme qui ne réalise pas qu’il viole sa femme depuis 20 ans « qui ne dit rien » quand il la force, je lui ai dit que cela s’appelait un viol et que pour elle ça doit être horrible et qu’il faut qu’il lui demande pardon pour toutes ces années d’ignorance et ce qu’elle a vécu.
      #courage à toutes ces victimes de la #culture_du_viol

  • Sur et sous les rencontres en ligne. Analyse des multiples usages sociaux des sites de rencontres en ligne #numérique #Internet #rencontres #sexe

    https://sms.hypotheses.org/25214

    Petite topographie des sites de rencontres

    Match, Meetic, Okcupid, GrindR, Tinder, Happn, Bumble… Vous connaissez au moins l’un de ces sites ou application mobile. Objets d’un stigmate social au moment de leur création, les sites de rencontres se sont depuis démocratisés. Le succès est tel que ce marché a vu émerger de nombreux sites spécialisés, dont certains ont été déclinés en applis mobiles. Les rencontres en ligne sont ainsi devenues des rencontres à part. Elles bousculent les pratiques et les représentations, notamment par la privatisation de la rencontre : « spécifiquement et très explicitement consacrés à l’appariement de partenaires, les nouveaux services (…) font de la rencontre une pratique distincte, c’est-à-dire spatialement et temporellement circonscrite et dotée d’une finalité explicite ».

    Dans un récent travail de recherche, Marie Bergström a mené une enquête se plaçant à la fois du côté des concepteurs des sites (recensement des sites, analyse quantitative et qualitative des plateformes de rencontres, étude de la communication et de la publicité des entreprises) et des utilisateurs (analyse des annonces et des comportements de contacts, entretiens biographiques avec des inscrit(e)s). Elle a notamment constaté que les transformations démographiques sont à l’origine de nouvelles normes qui déterminent les usages des sites de rencontres. Retour sur les usages sociaux d’une pratique inédite (...)

  • Tous les corps sont désirables | Cécile Kiefer
    http://cqfd-journal.org/Tous-les-corps-sont-desirables

    Dans une société qui exclut les corps qu’elle considère comme dysfonctionnels, la question de l’assistanat sexuel divise. Entre ceux qui associent ce service à de la prostitution et ceux qui considèrent qu’il rentre dans le cadre de la compensation du handicap, des voix s’élèvent et avancent d’autres arguments — ou affirment que ce débat est avant tout un écran de fumée. Tour d’horizon. Source : CQFD

  • Aux Pays-Bas, les cartes d’identité ne mentionneront plus le sexe des citoyens - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/international/au-pays-bas-les-cartes-d-identite-ne-mentionneront-plus-le-sexe-des-citoy

    Une inscription jugée « inutile ». Le sexe des citoyens néerlandais ne sera plus mentionné sur leur carte d’identité d’ici quelques années, annonce la ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Science Ingrid van Engelshoven.

    Dans une lettre adressée au parlement et consultée samedi par l’AFP, la ministre, également chargée de l’Emancipation, a fait part de son intention de supprimer l’inscription du sexe sur les cartes d’identité « à partir de 2024-2025 ».

    Ingrid van Engelshoven souhaite « limiter dans la mesure du possible la mention inutile du sexe », qui restera cependant mentionné sur les passeports, rendu obligatoire par l’Union européenne.

    « Les Pays-Bas ne seraient pas le premier État membre à posséder une carte d’identité sans mention de genre. La carte d’identité allemande ne mentionne pas de sexe », écrit la ministre.
    « Façonner sa propre identité »

    Ingrid Van Engelshoven estime que les citoyens doivent pouvoir « façonner leur propre identité et la vivre en toute liberté et sécurité ».

    « C’est une excellente nouvelle pour les personnes qui éprouvent jour après jour des problèmes avec cette catégorie de genre sur leur carte d’identité », ont déclaré des organisations néerlandaises de défense des droits des homosexuels et autres minorités sexuelles.

    #genre #individualisation_du_genre

    cc @tetue puisqu’on avait parlé des mentions utiles et des mentions inutiles du genre.

  • MARIE-ÉLAINE BOUCHER, historienne, dans Le Journal de Montréal, 29 juin, revient sur l’origine et l’ancrage matériel du mot "femme" :

    "Des propos récemment tenus par J. K. Rowling, auteure des romans Harry Potter, suivis d’un texte paru récemment dans Le Devoir, écrit par l’écrivaine et journaliste Nassira Belloula (https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/581295/que-cache-la-cabale-contre-j-k-rowling), ont suscité une controverse qui revient régulièrement : est-il inacceptable de dire qu’une vraie femme est de sexe femelle ?

    Aujourd’hui, des théoriciennes en sciences sociales, des personnes s’identifiant comme trans ou comme non binaires, ainsi que des militants, au motif de reconnaître l’existence des personnes trans et de respecter leurs droits, voudraient que le sens du mot femme soit modifié pour que ce dernier n’ait rien à voir avec le sexe des personnes qu’il sert à désigner, et tout à voir avec l’auto-identification : il faudrait que quiconque fait de « femme » son « identité de genre » soit reconnu comme une femme. (...)

    https://www.journaldemontreal.com/2020/06/29/est-on-femme-par-son-sexe-ou-par-son-genre
    #transgenrisme #étymologie #effacementdesfemmes #JK_Rowling #sexe #genre #NassiraBelloula

  • Sur et sous les rencontres en ligne. Analyse des multiples usages sociaux des sites de rencontre en ligne #numérique #Internet #rencontres #sexe

    https://sms.hypotheses.org/25214

    Match, Meetic, Okcupid, GrindR, Tinder, Happn, Bumble… Vous connaissez au moins l’un de ces sites ou application mobile. Objets d’un stigmate social au moment de leur création, les sites de rencontres se sont depuis démocratisés. Le succès est tel que ce marché a vu émerger de nombreux sites spécialisés, dont certains ont été déclinés en applis mobiles. Les rencontres en ligne sont ainsi devenues des rencontres à part. Elles bousculent les pratiques et les représentations, notamment par la privatisation de la rencontre : « spécifiquement et très explicitement consacrés à l’appariement de partenaires, les nouveaux services (…) font de la rencontre une pratique distincte, c’est-à-dire spatialement et temporellement circonscrite et dotée d’une finalité explicite ».

    Dans un récent travail de recherche, Marie Bergström a mené une enquête se plaçant à la fois du côté des concepteurs des sites (recensement des sites, analyse quantitative et qualitative des plateformes de rencontres, étude de la communication et de la publicité des entreprises) et des utilisateurs (analyse des annonces et des comportements de contacts, entretiens biographiques avec des inscrit(e)s). Elle a notamment constaté que les transformations démographiques sont à l’origine de nouvelles normes qui déterminent les usages des sites de rencontres. Retour sur les usages sociaux d’une pratique inédite (...)

  • [Hot lips] Textes entremélés
    http://www.radiopanik.org/emissions/hot-lips/textes-entremeles

    Hot Lips se déconfine !

    Avec trois auteurs.autrices, et troix voix, qui se répondent :

    Les Somnambules d’Eymeric Jacquot

    Ecrits d’Amour de Cécile Sauvage

    Journal Intime de Lydia Vazquez

    Avec pour musique Le projet Tina Wants de Milan Cohen, notamment Deadly Sane et De Cantel

    #amour #sexe #lectures #érotisme #amour,sexe,lectures,érotisme
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/hot-lips/textes-entremeles_09003__1.mp3

  • IVG : en Pologne, la lutte d’Anja Rubik contre l’obscurantisme - Le monde bouge - Télérama.fr
    https://www.telerama.fr/monde/ivg-en-pologne,-la-lutte-danja-rubik-contre-lobscurantisme,n6611524.php

    MENACES SUR L’IVG EN EUROPE – En Pologne, le sida, la syphilis et les grossesses précoces explosent. En cause, les assauts des ultra-conservateurs au pouvoir pour limiter l’IVG et pénaliser l’éducation sexuelle. Mais des citoyens relèvent la tête, comme Anja Rubik et ses campagnes d’information devenues virales sur le Net.

    La vidéo affiche cinq cent cinquante-huit mille vues sur YouTube. On y voit la top-modèle polonaise Anja Rubik, 36 ans, faux airs de Debbie Harry et d’Uma Thurman, assise dans une chambre qui pourrait être celle d’une ado, murs recouverts de photos, guitare électrique dans un coin. « Quand je pense à mes propres expériences… J’ai commencé vers 7 ou 8 ans, raconte la jeune femme. Je jouais avec mon ours en peluche […]. Je ne me souviens pas vraiment de cette période, mis à part de cet ours. » De quoi parle Anja Rubik, aux côtés de l’éducatrice sexuelle Natalia Trybus et du youtubeur Maciej Dabrowski ? De masturbation. Pas de ricanements gênés ni de sous-entendus graveleux, le ton de la discussion est bienveillant et décontracté.

    À l’image de #sexedpl (Sex Education Poland), la vaste campagne que la jeune femme a organisée dans son pays natal. Son but : promouvoir l’éducation sexuelle, et même la rendre « cool », dans une Pologne gouvernée par les ultraconservateurs du parti Droit et Justice (PiS), et où la mainmise de l’Église sur la vie privée, et publique, est plus forte que jamais. Le pari, lancé en 2017, était osé. Moins de trois ans plus tard, #sexedpl est devenu un phénomène culturel aux multiples facettes : des campagnes sur Internet, des vidéos éducatives imaginées en association avec Netflix, de multiples interventions dans des festivals de musique et de cinéma, et un livre qui caracole en tête des ventes.

    #Education_sexuelle #Médias_sociaux #Pologne

  • Meet the Bee With a Body That’s Half Male, Half Female
    https://www.smithsonianmag.com/smithsonian-institution/meet-bee-body-s-half-male-half-female-180974553

    So-called gynandromorphs are rare, but they can teach us a lot about development and evolution

    The face of a sweat bee (Megalopta amoena) that is half female (viewer’s left, bee’s right) and half male (viewer’s right, bee’s left) (Chelsey Ritner / Utah State University)

    n the spring of 2018, Erin Krichilsky stumbled upon the most baffling bee she’d ever seen.

    While the right side of its face sported a stout, rugged jawline trimmed with teeny teeth—characteristics normally found on a female—the left half of the insect’s mug had the delicate, wispy features of a male. A quick skim of the rest of the bee’s body revealed much of the same: a she on the right, a he on the left. It was as if someone had cleaved a male bee and a female bee in two and stitched half of each together.

    Peering into the microscope at the 4-millimeter-long insect, Krichilsky—then a research assistant at the Smithsonian Tropical Research Institute (STRI) in Panama—realized she’d found something extraordinary. “It was this super cool individual that wasn’t anything like what I was used to seeing,” she recalls. “It was a very exciting day.”

    This mysterious insect, described recently in the Journal of Hymenoptera Research, was an exceedingly rare gynandromorph—an animal that is anatomically half male, half female—the first one ever identified in the species Megalopta amoena, a type of sweat bee found in Central and South America.

    Unlike hermaphrodites, which often outwardly appear male or female but have the reproductive organs of both, gynandromorphs boast entire bodies that are sexual mosaics. Because of their rarity in nature, these sex-split individuals are poorly understood. Still, researchers have documented gynandromorphs in creatures ranging from butterflies and crustaceans to reptiles and birds—all with literally mixed results.

    One other Megalopta gynandromorph has shown its face to scientists before: a male-female hybrid in a closely related sweat bee species called Megalopta genalis, identified in 1999. In the two decades since, STRI researchers have collected and analyzed tens of thousands of other bees without uncovering a second example—making the new Megalopta amoena specimen’s recent and serendipitous appearance a welcome encore act, says Krichilsky.

    The team didn’t analyze the bee’s genes to confirm its gynandromorph status. But the insect’s asymmetrical anatomy was kind of a dead giveaway, says study author Adam Smith, a biologist at George Washington University.

    Generally speaking, bees, wasps and ants—which belong to the group Hymenoptera—live in matriarchal societies in which females “do all the things that make bees interesting,” Smith says. “They collect pollen, build nests, take care of the kids.” As such, evolution has equipped these ladies with traits compatible with their endless list of chores: strong jaws capable of digging into wood; thick, hairy hindlegs that can snare and transport pollen; and a sharp-tipped stinger for defense.

    Males, however, “do nothing useful except mate,” Smith says, and have the feeble physique to match.

    Though the researchers aren’t sure how exactly this bizarre bee came to be, studies in similar insects might provide some hints. Several years ago, another team of scientists led by University of Sydney bee expert Benjamin Oldroyd analyzed the genes of several honeybee gynandromorphs and found that the male-female hybrids were likely the result of a developmental mishap.

    In humans, biological sex is determined by two sex chromosomes—one from mom and one from dad. Inheriting two X’s yields a female, while an X paired with a Y creates a male. But bees do things a little differently. All fertilized eggs, which carry genetic material from a mother and a father, hatch female bees. Unfertilized eggs, however, can still yield offspring: fatherless males that carry only one set of chromosomes from their mothers—half of what’s found in females. Sex, in other words, is determined by the quantity of genetic information in a bee’s cells.

    A sweat bee (Megalopta amoena) that is half female (right side of the body) and half male (left side of the body). Females of this species have bigger jaws, thicker and hairier legs and stingers. (Chelsey Ritner / Utah State University)

    On very, very rare occasions, a second sperm can sneak its way into an already-fertilized egg—a would-be female—and start copying itself, Oldroyd explains. This creates two asymmetrical lineages that each populate their own half of the growing embryo: One arising from the union of the egg and the first sperm that develops as female, and another, born out solely from the second, freewheeling sperm. Because this second sperm never partners up with its own egg, the chromosome count in its lineage stays low, creating only male cells.

    These double fertilization events seem to explain at least some honeybee gynandromorphs, though male-female hybrids in other species can manifest in other ways. Another explanation might involve a cell in a typical female embryo making a mistake while copying itself, generating one female cell and one male cell instead of two female cells. Those new cells would then go on dividing independently, yielding two sexually divergent lines.

    Either or neither of these scenarios may have played out in the new Megalopta bee, which has since been immortalized in the STRI’s collections. Without dissecting the specimen and analyzing its genome, researchers can’t tell.

    Before the Megalopta bee died, though, Krichilsky and her colleagues decided to perform a different sort of test: tracking its daily sleep cycle. When they plopped the insect in an activity monitor, they found it woke up a little earlier to forage for food than typical males and females of its species.

    With only one specimen to study, the team can’t draw firm conclusions about this behavioral quirk. “Maybe it’s weird because it’s a gynandromorph,” Smith says. “Or it’s just weird because it’s weird.”

    Still, the team’s findings are notable simply because they include any behavioral data at all, says Sydney Cameron, an entomologist at the University of Illinois at Urbana-Champaign who wasn’t involved in the study. Most gynandromorphs are discovered only after they’ve died and been stowed in museum collections, making it impossible to know how they navigated their surroundings and social relationships in life. Though this specimen can’t speak for all gynandromorphs, Cameron says, its actions are interesting to document.

    Ehab Abouheif, a biologist at McGill University who wasn’t involved in the study, stresses the importance of not dismissing gynandromorphs as “freaks of nature.” Species can only survive and persist if their populations are diverse. In this light, unusual individuals aren’t errors to be written off—they’re fodder for adaptation.

    Many, if not most, gynandromorphs are likely infertile, and probably aren’t founding new species themselves. But developmental changes that blur the anatomical lines between sexes can still drive evolution in other contexts, Smith says. In some parasitic bees, for instance, females have lost many of the usual traits that feminize other species, and can appear almost male.

    This sort of sexual fluidity “probably happens more often than we’re aware of” in nature, Krichilsky says. “There are some niches occupied by a more typically female or male. Maybe [some individuals] can occupy something in between, or both—or become a whole new organism.”

    Unusual though they are, gynandromorphs “are still bees, just like other bees,” she says. “And we can learn a lot from them.”

    #gynandromorphe #abeille #sexe #entomologie #tératologie
    cc @sinehebdo

  • DEEP WATERS | Alice Heit(2019) on Vimeo
    https://vimeo.com/402158206/df33d33310


    Plunging into the mysterious territory of feminine sexual pleasure, Deep Waters concerns the « fountains » which sometimes gush forth at the moment of sexual climax. Little is known about this phenomenon, even by women themselves....
    Disconnected from our bodies and our desires by centuries of patriarchal oppression, the land of feminine pleasures has remained very much « terra incognita ».

    Deep Waters opens the door on rare and precious spaces where where words are freed and shared...

    Travelling through our imagination, we allow ourselves to explore, to play; and thus to nourish and reestablish a rich and joyful feminine sexuality, rediscovering it’s full depth.

  • #Sarah_Ditum : Pourquoi autant d’hypocrisie à gauche en matière de sexe ?
    https://tradfem.wordpress.com/2020/02/26/pourquoi-autant-dhypocrisie-a-gauche-en-matiere-de-sexe

    Il existe une théorie favorite des #progressistes, selon laquelle le conservatisme est une sorte de pathologie, nourrie par un surcroît de susceptibilité au dégoût. Plus une personne s’inquiète d’une contamination au sens propre par une cuvette souillée ou un visage couvert de plaies, plus elle risque de se sentir anxieuse face à des contaminants métaphoriques comme l’immigration ou les relations homosexuelles.

    Ce qui est intéressant dans cette théorie, c’est moins son degré de véracité (elle l’est un peu, peut-être), que l’énergie mise par les progressistes à tenter de la vérifier : elles et ils se font un point d’honneur de rester imperméables à toute répulsion, de se refuser à porter le moindre jugement.

    En ce qui concerne le sexe, le langage moral de la gauche définit toute critique comme une sorte de pathologie individuelle, d’où la dérive des mots en « -isme » vers ceux en « -phobie ». Et si le concept d’homophobie comprend l’importante vérité selon laquelle l’opposition aux rapports homosexuels est mêlée à une aversion irrationnelle pour les liaisons « contre nature », l’extension du suffixe « phobie » à d’autres contextes est incroyablement trompeuse.

    Par exemple, le mot « #putophobie » implique que la critique de la prostitution en tant qu’industrie et la violence faite aux femmes en prostitution proviennent toutes deux de la même racine mentalement malsaine ; comme si les féministes qui soulignent que le sexe tarifé est une violation misogyne travaillaient de concert avec les hommes qui commettent cette violation.

    C’est une insinuation qui est évidemment absurde, dès lors qu’elle peut être dissociée de la présomption selon laquelle les réactions négatives à tout ce qui concerne le sexe doivent inévitablement découler d’un malaise au sujet de la saleté morale. Mais la peur du malaise est notre point de départ, et cette peur du malaise est le seul point qu’on nous autorise à atteindre. Être progressiste, comme le dit le slogan, c’est tolérer tout sauf l’intolérance. Il en est ainsi de la notion de « kinkphobie » : qu’est-ce qui, à part la répulsion, pourrait inciter quiconque d’entre nous à critiquer ce que quiconque tient à faire au lit ? Rien du tout, tant que nous refusons d’accepter qu’un comportement personnel puisse avoir des conséquences sociales.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://unherd.com/2020/02/why-are-liberals-so-hypocritical-about-sex/?tl_inbound=1&tl_groups%5b0%5d=18743&tl_period_type=3
    #système_prostitutionnel #féminisme #sexe