• Ces #bergères en lutte contre le #sexisme en #alpage
    (publié en 2022, je mets ici pour archivage)

    Garde d’enfant en commun, groupe Facebook, projet de syndicat... Confrontées à des #violences_sexistes_et_sexuelles accentuées par l’#isolement en altitude, les bergères s’unissent.

    Sous le soleil qui décline, un troupeau de brebis descend les pentes herbeuses du Jocou, à la limite entre l’Isère et la Drôme. Houlette à la main, un berger ferme la marche. En bas, dans la cabane qui jouxte la bergerie, un petit garçon de deux ans gigote pendant que sa mère lui enfile un pyjama. Soudain, les cloches des brebis retentissent. Marie, 42 ans, bergère de son métier, fourre son fils Côme dans les bras de Frida, sa fille de 12 ans issue d’une première union, et se rue dehors pour barrer la route qui descend dans la vallée. « Je suis obligée de laisser mon fils, heureusement que sa sœur gère », regrette-t-elle en rejoignant le berger, Mathieu, son compagnon et le père du petit Côme. Demain, ce sera au tour de Marie de monter le troupeau, laissant ses enfants à son conjoint.

    L’image du berger — un homme seul sur sa montagne — est tenace. Pourtant, d’après l’enquête des services pastoraux des Alpes menée à l’été 2019, il y a autant de femmes que d’hommes chez les bergers de moins de 35 ans. Au-delà, elles ne représentent qu’un tiers de l’effectif. « En alpage, on est vraiment ramenées à notre condition de femme, de maman, et d’être une proie aux yeux des hommes », affirme Marie.

    Pour la bergère, en activité depuis huit ans, cette défection des femmes est liée aux violences sexistes et sexuelles qu’elles doivent endurer dans le métier, de la part des éleveurs qui les emploient comme de collègues bergers. « Un éleveur m’a dit qu’il me regardait à la jumelle quand je prenais ma douche, qui était dehors. Un jour, un autre m’a touché le sein alors qu’on marchait. Une fois, un mec du village a dit qu’il allait monter me voir la nuit quand il a appris que j’étais la bergère… » énumère-t-elle.

    La situation se complique encore quand un couple de bergers se sépare. Marie se souvient d’une consœur qui a vu les alentours de sa cabane incendiés par son ex-compagnon, berger aussi. Malgré les formations existantes, le métier s’apprend encore souvent sur le tas, au bon vouloir d’un berger en exercice, et les bergères rencontrées témoignent que l’emprise de celui-ci peut être forte. En particulier lorsque la relation professionnelle se double d’une relation amoureuse qui se termine mal. L’un comme l’autre doivent continuer à travailler ensemble jusqu’à la fin de la saison pour toucher leurs salaires, voire à dormir ensemble. Il est impératif de vivre à proximité du troupeau et les logements fournis par l’employeur, des cabanes de montagne, comportent rarement plusieurs pièces.

    « Il y a des profils d’“arrachés” dans le métier et des soucis d’addiction, des gens qui ont le fantasme d’aller s’isoler à la montagne », explique Édith, bergère dans les Pyrénées-Atlantiques. À 41 ans, elle en est à sa deuxième estive, qu’elle passera dans une cabane de femmes. Elle aussi évoque des remarques sexistes et raconte le cas d’une collègue harcelée sexuellement par le berger avec qui elle travaillait : « Ces problématiques sont accentuées par l’isolement et l’altitude. Il n’y a pas de secours à proximité, ni de possibilité de fuite. »

    Sous la crête du Jocou, Marie observe pensivement sa cabane, petite tache en contrebas. « Des fois, je me retourne, je vois ce grand alpage avec ma petite cabane au milieu et je me dis que tout peut m’arriver », lâche-t-elle.

    « On pouponne ou on garde les moutons. Pas les deux. » Cette remarque acerbe, Marie l’a entendue de la bouche du père de Frida ainsi que de certains de ses employeurs quand elle est devenue maman. Elle s’est séparée de son compagnon quand la petite avait trois mois. Depuis, le père récupère sa fille un week-end sur deux ainsi que la moitié des vacances scolaires. Sauf quand il est en alpage. Marie a tenté plusieurs fois d’obtenir une meilleure répartition de la garde, mais la juge lui aurait rétorqué : « Madame, vous saviez que vous faisiez un enfant avec un berger ! », arguant que ledit berger ne peut s’occuper de sa fille, seul en montagne et sans réseau. Tant pis si Marie, pourtant bergère aussi, également en alpage et sans réseau, a du mal à assurer son travail seule avec sa fille à plein temps.

    « Quand tu as un sac à dos de 15 kilos et qu’il faut encore porter ton gosse, tu fais comment ? » interroge-t-elle, amère. Elle a bien essayé de s’en sortir, au prix d’une organisation éreintante. « Parfois, j’ai dû asseoir Frida par terre, lui dire de ne pas bouger et partir à la recherche des brebis. Je la retrouvais en pleurs. Je m’en veux de l’avoir mise dans cette situation. J’aurais dû faire un autre boulot, mais celui-là me plaisait et je voulais montrer que j’en étais capable. » Elle raconte avoir fini l’alpage en arrêt-maladie, « la boule au ventre d’aller au troupeau ».

    Un été, elle a déboursé 400 euros par mois pour embaucher une nounou. Lorsque Frida est entrée en CP, Marie montait garder le troupeau à l’aube, réveillait sa fille au talkie-walkie et redescendait pour l’emmener à l’école. En 2017, elle s’est organisée avec une collègue bergère pour garder à tour de rôle le troupeau et leurs enfants, en mutualisant leurs salaires. Las, après deux estives éreintantes, la bergère a renoncé à son travail jusqu’aux huit ans de Frida.

    « Cette année, c’est le grand luxe ! » s’exclame Marie en désignant la cabane où sa petite famille séjourne cet été. Une cuisine exiguë, une chambre et une salle d’eau. Un cadre somptueux, comparé à cette cabane où elle a passé l’été 2014 avec sa fille, alors âgée de trois ans : « C’était sale, il n’y avait ni douche ni WC, ni lit et certains matelas étaient pleins de crottes de rat. »

    Des conditions de vie semblables à celles de Nadine, 65 ans, quand elle était bergère dans les années 1970. « Le sol était en terre battue, il n’y avait pas de fenêtre, juste un lit, un poêle et une table, se souvient-elle. À cette époque, les bergers venaient souvent de l’assistance publique, élevés à la dure par des paysans. Quand des nouveaux profils sont arrivés, dont les femmes, les éleveurs ne comprenaient pas nos exigences d’un minimum de propreté et de confort dans les cabanes. Ces demandes spécifiques des femmes font bouger les choses pour tout le monde. » Marie abonde : « Quand tu revendiques de meilleures conditions de logement, on te dit que tu es trop proprette pour être bergère. Pour appartenir à la tribu, il faut avoir les cheveux emmêlés, les lacets défaits et trois chiens. Moi, je mets du khôl, et alors ? »

    Bergères guerrières

    Les bergers en difficulté pouvaient déjà joindre Cléopâtre, une ligne téléphonique portée par l’association de soutien aux activités pastorales Aspir, qui offre une écoute, voire une visite en alpage. Mais rien de spécifique aux bergères, jusqu’à ce que le groupe Facebook Bergères guerrières ouvre la boîte de Pandore, en décembre 2020.

    Sophie, 40 ans et bergère en Ariège, est une des femmes qui en est à l’origine : « Il y avait besoin d’un groupe non-mixte. À la base, on n’avait pas vraiment conscience de son importance mais il s’est avéré qu’il y avait besoin d’une plateforme de communication et d’alerte. Il y a énormément d’histoires d’agressions sexuelles. » Une semaine après sa création, une bergère a fait part du harcèlement qu’elle subissait de la part d’un collègue. Aussitôt, plusieurs femmes ont témoigné être victimes du même individu.

    À l’heure actuelle, le groupe Facebook réunit 252 bergères des quatre coins des cimes françaises. Les posts fleurissent, dénonçant les violences sexuelles subies sur un alpage, le sexisme ambiant, les propositions de co-gardes d’enfants… Des bergères réfléchissent à un système qui permettrait aux nouvelles arrivées de se renseigner sur un potentiel employeur ou un potentiel collègue berger avant d’accepter le poste : numéro de téléphone auquel envoyer un SMS, liste noire à faire tourner…

    Pour éviter tout danger, certaines prennent des précautions en amont. C’est le cas de Chloé, 32 ans, bergère depuis 2013 en Belledonne (Isère). Elle travaille chaque été avec sa collègue Valentine. « Si je devais changer d’alpage, j’essaierais de trouver une fille, ou un copain que je connais bien. Un homme que je ne connais pas, c’est hors de question ! » assure-t-elle. Et surtout, elle visiterait les cabanes avant pour éviter les mauvaises surprises.

    Pour créer un rapport de force avec les employeurs réfractaires au code du travail, des bergers et des bergères planchent à la création d’un syndicat. Il en existe déjà dans quelques départements, affiliés à la CGT, mais pas au niveau national. Le 1er mai dernier, plusieurs gardiennes et gardiens de troupeaux des Alpes, des Cévennes et de Provence se sont réunis en Isère pour monter « une organisation syndicale pour défendre l’ensemble des berger.e.s, vacher.e.s, chevrier.e.s salarié.e.s , quels que soit leur nationalité et leur statut, qui travaillent en montagne ou ailleurs, quelle que soit la saison ». Le communiqué, rédigé en écriture inclusive, affirme également son soutien envers « les luttes anticapitalistes, antiracistes et féministes ». Une nouvelle génération de bergères et bergers unis et solidaires, qui tranche avec l’image d’Épinal du berger solitaire.

    https://reporterre.net/Ces-bergeres-en-lutte-contre-le-sexisme-en-alpage
    #genre #montagne #VSS #élevage #résistance

    déjà signalé ici, mais sans le texte complet :
    https://seenthis.net/messages/970457

  • « Il a tracé seul son chemin » : les #abandons en montagne, une forme de #violence_conjugale

    En #randonnée, #alpinisme ou #trail, des femmes se mettent à raconter comment leur ancien compagnon les a laissées seules en pleine montagne. Loin d’être anodins, ces abandons relèvent de mécanismes de domination.

    « Je l’ai vu partir de plus en plus loin, s’enfoncer dans la nuit jusqu’à disparaître complètement. » Presque dix ans après, Tina n’a rien oublié de cet ultra-trail de plusieurs jours dans les Pyrénées avec son ex-compagnon. Lors de la deuxième nuit, elle est épuisée tandis que lui accélère, sans se retourner. « Je me suis sentie trahie, je pleurais de rage, je n’ai pas compris comment il a pu faire passer son désir de compétiteur avant le reste. Ce n’était pas de la peur — la montagne je connais. Mais on était partis à deux, on était censé compter l’un sur l’autre », dit-elle.

    Tina poursuit sa course seule et retrouve plusieurs heures plus tard son ex-compagnon sur une base de vie « comme si de rien n’était ». Profondément marquée par cet abandon, cet épisode a pesé dans sa décision de le quitter quelques mois plus tard. « Je me suis rendu compte que ce n’était pas quelqu’un sur qui je pouvais compter, même dans la vie de tous les jours. En montagne, les personnalités se révèlent plus vite, on ne peut plus se cacher derrière des apparences. »

    Comme Tina, une quinzaine de femmes ont répondu à l’appel à témoignages lancé par Reporterre pour raconter des expériences similaires d’abandon en randonnée, en trail ou en alpinisme. Presque toutes expliquent qu’elles étaient à l’époque dans une relation toxique avec leur ex-partenaire et la quasi-totalité d’entre elles estiment que ces abandons s’inscrivent dans un #continuum_de_violences.

    En février, après la condamnation d’un alpiniste autrichien pour avoir laissé sa compagne près du plus haut sommet du pays, où elle est morte de froid quelques heures plus tard, les témoignages de femmes laissées en montagne se sont multipliés sur les réseaux sociaux sous l’expression « #Divorce_alpin » [1]. En les voyant, Mathilde s’est rendu compte qu’elle n’était pas un cas isolé. « Je me suis sentie reconnue, j’ai compris que ce n’était pas moi le problème, que c’était une #violence_systémique », explique la jeune femme.

    Son ex-compagnon l’a laissée à quelques centaines de mètres du sommet du Mont-Blanc alors qu’ils grimpaient ensemble. « J’étais épuisée, transie de froid et il s’est désencordé pour battre un record sur [l’application] Strava en gardant l’eau et la nourriture avec lui », raconte-t-elle. Mathilde est finalement redescendue avec un groupe d’alpinistes qu’elle ne connaissait pas, croisé à ce moment-là. « Cet épisode a été comme un électrochoc d’une relation que je ne voulais pas voir dysfonctionnelle, je l’ai quitté du jour au lendemain. »

    Ce n’était pas une première : « Il nous mettait souvent en #danger parce que seule la #performance comptait. Moi aussi j’aime les sensations fortes, mais je le suivais naïvement car il avait plus d’expérience et dès que je tentais de freiner, je passais pour la relou trop prudente. »

    Les deux avaient déjà été secourus par le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) lors d’une sortie et Mathilde ne compte plus les fois où elle se mettait à pleurer tant l’engagement dépassait ses limites. « Je ne sais toujours pas pourquoi je continuais à le suivre. Sans doute l’espoir que, cette fois, ce serait différent, qu’il me prendrait en compte. »

    « J’ai fini par appeler les secours »

    Pour Sophie [2], l’évènement remonte à plus de dix ans, dans les Pyrénées. Son conjoint l’a laissée seule avec leur fils de 9 ans en pleine montagne sans eau, ni carte, en pleine montée. « Le matin, il m’avait annoncé une randonnée de quatre ou cinq heures, mais à midi, il m’a dit qu’il fallait encore marcher quatre ou cinq heures. Comme ce n’était pas ce que nous avions convenu, une dispute a éclaté et il est parti », raconte Sophie, qui n’est pas une grande sportive et n’a pas une grande connaissance de la montagne, contrairement à son mari.

    « J’ai eu très #peur, j’ai fini par appeler les secours pour me géolocaliser. Ils ne pouvaient pas nous orienter et ont proposé de venir nous chercher, mais j’ai refusé, nous n’étions pas blessés mais en détresse émotionnelle. » Avec son fils, elle finit par retrouver son chemin et les deux arrivent exténués après dix heures de marche. « Mon conjoint était là, à nous attendre sans voir où était le problème. » Après ça, Sophie a mis un moment à retourner en montagne avec lui. Depuis qu’elle a recommencé, elle prend bien soin de vérifier l’itinéraire, et d’utiliser une application de randonnée indiquant la difficulté du parcours.

    Laurine, elle, n’a pas ressenti de peur immédiate lorsque son ex-compagnon l’a laissée seule en randonnée dans la montagne en Italie il y a trois ans. « Sur le chemin du retour alors que nous étions encore en haut et sans réseau, il a décidé de tracer seul son chemin à travers le flanc de montagne. Je ne pouvais pas le suivre, c’était ma première activité physique depuis mon entorse à la cheville », se souvient-elle. Sportive, malgré sa blessure, elle réussit à rentrer sans encombre. Mais la nuit qui a suivi, elle a été victime d’un viol conjugal.

    « Cet épisode me fait réaliser aujourd’hui à quel point j’étais dans une relation toxique. Avec le recul et en voyant tous les témoignages de femmes laissées en montagne, j’ai réalisé que cet abandon préparait le terrain pour le viol qui suivrait. Cela fait partie d’un système de violences. »

    Un constat partagé par des associations spécialisées. L’Union nationale des familles de féminicides estime aussi que cette pratique est bien une violence conjugale. « Abandonner sa compagne dans un endroit isolé ne relève pas d’un désaccord sur le rythme, d’une blague. C’est une #mise_en_danger pour punir, humilier ou affirmer sa domination. Ce n’est pas de l’amour. C’est une violence. »

    Une analyse que rejoint la sociologue Johanna Dagorn, chercheuse à l’université de Bordeaux. L’expression « Divorce alpin », largement reprise sur les réseaux sociaux, lui paraît d’ailleurs problématique : « Cela sonne presque exotique, alors qu’il s’agit de quelque chose de dramatique. »

    Mettre en #insécurité pour humilier

    Dans ses recherches, elle identifie des mécanismes similaires au-delà de la montagne : « abandonner sa compagne dans un milieu isolé, que ce soit en montagne ou sur le bord d’une route, c’est la mettre en insécurité pour l’humilier et affirmer une forme de domination, explique-t-elle. Ces comportements s’inscrivent dans une logique de contrôle coercitif, visant à montrer à l’autre qu’elle peut être laissée seule, vulnérable. » Et en montagne, cette violence prend une dimension particulière : « C’est un milieu où l’on est peu de choses, où la solidarité est essentielle. »

    Elle décrit un mécanisme en plusieurs temps : d’abord une mise sous tension — accélérer, distancer — puis l’abandon, avant une phase de #minimisation ou de #déni : « Ne pas donner d’explication, c’est banaliser ce qu’il s’est passé et nier la peur de l’autre. »

    Pour Johanna Dagorn, l’argument de la #performance_sportive ne tient pas : « Si l’objectif est uniquement la performance, on part avec des personnes du même niveau. Ici, il y a une intention de rabaisser, de montrer à l’autre qu’elle n’est pas à la hauteur. » Ces actes s’inscrivent ainsi dans un continuum de violences : « Dans la quasi-totalité des cas d’abandons sur l’autoroute que j’ai étudiés, il existait déjà d’autres formes de violences. »

    L’éternelle seconde de cordée

    Cette lecture en termes de violences conjugales peut aussi être éclairée par une analyse des rapports de pouvoir à l’œuvre dans ces situations. Ainsi, pour la sociologue Rozenn Martinoia, « celui qui décide d’abandonner exerce un pouvoir sur l’autre ». Ce #pouvoir repose autant sur des ressources que sur des perceptions. « Les femmes ont souvent été moins formées et surtout plus amenées à douter d’elles-mêmes », souligne-t-elle.

    Dans ce contexte, l’abandon vient renforcer une #asymétrie déjà installée : « On minore les compétences des femmes et elles finissent par intérioriser une forme d’infériorité. » Et en montagne, cet effet est accentué par l’#isolement, le danger et l’engagement physique, car « c’est un milieu où les personnalités se révèlent vite, parfois sans témoin ».

    Face à ces inégalités, les groupes de femmes en #non-mixité se développent de plus en plus. Lead The Climb, Premières de cordée, Girls in Bleau, Copines de rando, Pyr’elles, Womens mountain club… « Ces espaces permettent de renforcer leur confiance et leur compétence et d’expérimenter le rôle de leader. » Ce qui montre encore une fois que ce sont aux femmes de s’adapter.

    https://reporterre.net/Il-a-trace-seul-son-chemin-les-abandons-en-montagne-une-forme-de-violenc
    #montagne #domination #sexisme #genre #femmes #abandon #humiliation

  • Sexisme en entreprise : ces « justifications » qui sont extraites de jugements condamnant des situations réelles…

    Harcèlement Sexuel

    C’est à partir d’un travail de recension de près de 100 jugements et arrêts des juridictions judiciaires et administratives ces dernières années, ainsi que de décisions rendues par le Défenseur des droits, relatives au sexisme dans le monde du travail, qu’on peut mettre en évidence cette « jurisprudence de l’inacceptable en entreprise ». À VOMIR !

    « Je n’ai fait que raconter des histoires osées à caractère sexuel…
    « C’était pour rire…
    « l’humour grivois, c’est la culture gauloise…
    « mes blagues déplacées sont ma technique de management…
    « je ne pensais pas que cela aurait pu la heurter…
    « je ne la visais pas elle en particulier, c’était pour tous les collègues…
    « la salariée a cassé l’ambiance par son absence de sens de l’humour… »
    Tous les termes en italiques sont extraits des décisions analysées…

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/07/27/sexisme-en-entreprise-ces-justifications-qui-s

    #feminisme #sexisme #travail

  • #Errances_paramédicales. Une perspective féministe sur la #naturopathie

    Une copine consulte une naturopathe pour sa fibromyalgie, une collègue accompagne son père malade d’un cancer avec une plante recommandée par un praticien, une autre s’est formée dans une école quelque temps par curiosité, une quatrième essaie d’en vivre.

    Doctrine historiquement réactionnaire et mystique, la naturopathie s’épanouit aujourd’hui dans le marché du #bien-être et attire particulièrement les #femmes et #minorités_de_genre. Tentative pour injecter quelques enjeux du féminisme dans l’analyse de cette thérapeutique.

    Ce texte est issu du dernier numéro de la revue papier Jef Klak, intitulé « Lait de vache », qui s’intéresse au fait d’ingérer et de digérer.

    Médecines douces, naturelles, non conventionnelles, complémentaires, alternatives, bordent le système de santé publique. Femmes et minorités de genre sont particulièrement nombreuses à butiner un peu ou beaucoup parmi ces propositions thérapeutiques à portée de main, avec la conscience de chercher quelque chose dans le dos du corps médical.

    Cette #quête s’opère souvent dis­crètement. Les débriefs de couloir et d’arrière-cuisine sont des espaces de confiance féminine où ces questionnements et expériences se partagent, mais les discussions autour des #souffrances de #santé ne se jouent pas sur la place publique. Ce #silence est entretenu par le fait que les #pratiques_thérapeutiques dites naturelles se sont développées loin de la #recherche_scientifique sur la santé et font l’objet de critiques acides de la part du corps médical, qui les qualifient de charlataneries, de #fake_meds, de pratiques sectaires. Alors comment penser le recours important des femmes et des minorités de genre à ces thérapeutiques au statut incertain ?

    Revenir sur l’histoire occidentale de la naturopathie depuis une perspective féministe pourrait nous aider à mettre au jour les enjeux politiques autour de la santé des femmes et des #promesses que certaines médecines naturelles nourrissent à cet endroit.

    #Jésus-Christ et #Bouddha naturopathes

    L’histoire de la naturopathie 1 commence à la fin du XIXe siècle, alors que la #médecine_microbiologique de Pasteur, la compréhension du germe et la généralisation du principe de la #vaccination contribuent à résorber de nombreuses maladies. La prophylaxie mise en place par les États conduit à l’amélioration de l’état de santé général. Parmi les courants hygiénistes qui se développent2, certains portent une vision plus mystique. En Allemagne et en Suisse, un mouvement appelé le #Lebensreform rassemble penseurs, artistes et poètes3 autour d’un projet vitaliste de défense d’un mode de vie proche de la nature, jugé plus sain que celui de la société industrielle, et qui passe par des régimes alimentaires végétariens ou des pratiques du corps comme le #yoga. Le néologisme hellénisant naturopathie apparaît aux États-Unis dans les années 1900. Il désigne « les maux par la nature » tout en jouant avec une image : nature’s path, « le chemin de la nature ». #Benedict_Lust, chiropracteur allemand émigré aux États-Unis, le reprend pour nommer l’école qu’il fonde en 1902 à New York : l’#American_School_of_Naturopathy.

    La doctrine naturopathique essaime en Europe. Autour de praticiens réputés charismatiques, les récits de #guérisons_miraculeuses s’accumulent. En Allemagne, cette doctrine est adoptée par les instituts de #médecine_naturelle qui ouvrent depuis la fin du XIXe siècle (l’Université libre des médecines naturelles de Berlin est fondée en 1892). #Pierre-Valentin_Marchesseau l’adapte pour la France à partir des années 1940. Le « père fondateur » français affirme que « la naturopathie est l’art et la science de préserver, optimiser ou recouvrer sa santé par des moyens naturels. » Auteur prolifique (La Santé sans médicament par la naturopathie, Qu’est-ce que la naturopathie ?, Ni médecin, ni guérisseur, le naturopathe est avant tout un hygiéniste, Jésus-Christ naturopathe), il enseigne à partir des années 1960 et jusqu’aux années 1980 une discipline hygiéniste fondée sur une #mystique_du_corps, tout en commercialisant une gamme d’#aliments_biologiques avec la société #Vitagerminels.

    Dans sa thèse, la sociologue Anahita Grisoni relate qu’au cours du XXe siècle, la naturopathie se développe en plusieurs courants. Plus institutionnalisée en Allemagne, elle se maintient en France comme une pratique marginale surtout présente dans les milieux ruraux. Acclimatée à la pensée New Age4 qui se développe, ses repères idéologiques et ses postures thérapeutiques montrent un goût pour l’orientalisme. Les acteur·ices de ces courants invitent un renouvellement du rapport au corps et à la santé. Récemment, iels se sont structuré·es autour d’écoles agréées, d’associations et de syndicats, et la décrivent désormais comme une médecine manuelle et prescriptive, qui fait la synthèse entre les méthodes naturelles de santé. Au sein du réseau de la naturopathie, certain·es défendent son caractère alternatif et contre-culturel, d’autres l’envi­sagent comme étant complémentaire à la médecine publique et ont obtenu qu’elle soit reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une « médecine non conventionnelle », aux côtés des médecines chinoise et ayurvédique.

    L’expression fait côtoyer toutes sortes de médecines, populaires, savantes ou autochtones, mais la naturopathie a une histoire propre, bien distincte de celle des savoirs empiriques et situés des pharmacopées traditionnelles.

    Un socle idéologique persistant

    Nombre de praticien·nes ne se réfèrent pas aux préceptes posés par les fondateurs. Iels bricolent entre plusieurs manières d’envisager le corps et la santé et entre des pratiques hétérogènes : phytothérapie 5, prescriptions alimentaires, massages, réflexologie, iridologie6.

    Que dire alors d’une thérapeutique aussi plastique dont les pratiques comprennent des références scientifiques à l’anatomie et à la nutrition, mais aussi des notions ésotériques ?

    La thérapeutique est pourtant difficile à saisir sans la situer dans l’histoire doctrinaire qui la balise et lui donne sens. Les programmes des écoles de naturopathie, labellisées par la Féna (Fédération des écoles de naturopathie), comme les présentations des praticien·nes, mentionnent systématiquement un socle idéologique : causalisme, vitalisme, humorisme, hygiénisme, holisme7. Derrière ces mots obscurs et pour certains surannés se dresse une conception du corps héritée des hygiénismes du XIXe siècle. Le corps est mu par une force vitale, principe spirituel et métabolique, qui se réalise dans un équilibre sans cesse menacé par la surcharge et l’accumulation de toxines.

    Les courants hygiénistes vitalistes du XIXe siècle sont animés par un dégoût esthétique des grandes villes, dans lesquelles arrive une population rurale appelée à travailler dans les industries périurbaines. Ces travailleur·ses mal logé·es, paupérisé·es, vulnérables aux épidémies et aux maladies professionnelles, inspirent chez les tenant·es de l’hygiénisme un sentiment de dégénérescence liée à l’urbanité. Iels en conçoivent une vision inquiète du corps, souillé au niveau intestinal comme moral par un environnement et une alimentation produites par la modernité industrielle. Il faut chercher à éviter les poisons, sinon les expurger. La Nature y est une idée forte : elle devient une source de valeurs qui stimule et oriente des programmes thérapeutiques. Maintenir son corps sain, c’est le discipliner par des moyens naturels, comme l’héliothérapie ou l’hydrothérapie8.

    Les courants hygiénistes, creusets des médecines dites naturelles, établissent un lien entre le corps et l’état de l’environnement. La façon dont ils problématisent la santé pose les bases d’une écologie corporelle qui résonne avec les menaces écologiques contemporaines de pollutions du sol et de l’air. Ces médecines s’insèrent aisément dans le très contemporain thème du retour à la terre9.

    Une capture des vulnérabilités

    L’autorité que cette doctrine donne historiquement à la nature devrait activer une alarme féministe. Selon la sociologue Colette Guillaumin, la référence à cette « grande organisatrice et régulatrice des rapports humains10 » est un vieux levier réactionnaire pour légitimer l’ordre social et sexuel. Et à raison : plusieurs des représentant·es les plus visibles et médiatisé·es de la naturopathie associent leur discipline de santé par les moyens « naturels » à un discours nettement traditionaliste, insistant sur la différence sexuelle, assignant les personnes qui y ont recours à leur rôle de genre, diffusant plus ou moins explicitement un rejet de l’homosexualité11. Relire l’émergence de cette thérapeutique à partir de ses principes mystiques et conservateurs donne des sueurs froides.

    Le recours banalisé à la nature ne vaut pas pour autant adhésion à l’idéologie réactionnaire ; il est souvent sélectif et critique. Mais un autre malaise fait son chemin. Dans le monde de la naturopathie, des parcours de reconversion et de formation jusqu’aux usager·es, les femmes sont surreprésentées. Endométriose, fibromyalgie, Covid long, dépression : les souffrances corporelles et psychiques que proposent d’adresser celleux qui exercent ont en commun de faire l’objet d’une mauvaise prise en charge médicale. Les maladies chroniques ou les problèmes gynécologiques, ces souffrances marquées des femmes et minorités de genre, sont mal diagnostiquées et soignées. Ces dysfonctionnements ne révèlent pas une négligence marginale, mais un sexisme structurel qui agit depuis les angles morts de la recherche scientifique jusqu’à la position autoritaire et infantilisante des médecins « sachants », en passant par l’organisation gestionnaire du système médical public.

    Les brochures des naturopathes et praticien·nes des médecines non conventionnelles racontent en creux la solitude, les symptômes mal identifiés ou psychologisés, l’errance médicale. Elles racontent les stress particuliers qui touchent au médicament : les trai­tements aux résultats décevants, la crainte des effets secondaires, le manque de transparence, d’information, de reconnaissance des affects et des compétences des personnes soignées. La confiance a aussi été entamée par les scandales sanitaires comme celui du Médiator12, l’escroquerie du Spasfon13, où les industries pharmaceutiques et les pouvoirs publics ont sciemment mis en danger des gens pour engranger des bénéfices à court terme. Ces brochures disent enfin les vulnérabilités historiquement produites par le milieu médical, autant de « zones d’expérience dévastées », pour reprendre l’expression utilisée par Isabelle Stengers dans son Sorcellerie capitaliste14.

    Au regard du coût des formations (12 995 euros pour la formation de quinze mois à l’Institut supérieur de naturopathie), des consultations (entre 60 et 110 euros), des probiotiques et des compléments alimentaires, de l’acquisition ou de la location de machines (osmoseur, physioscan), la surreprésentation des femmes et minorités de genre parmi les usager·es de ces médecines se traduit par une saisie directe de leurs ressources. L’enjeu est économique, mais aussi clinique. Selon la morale vitaliste dix-neuviémiste que diffusent les médecines naturelles, il ne s’agit pas exactement de prévenir ou de guérir la maladie mais de produire plus de vie. Le programme thérapeutique associé à cette idée est assez opaque : évacuer des toxines (mais que sont-elles exactement ?), dynamiser l’organisme, régénérer les cellules (qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?). Dans ce rapport métaphorisé au corps, la matérialité des maladies s’estompe15. Connaître précisément leur fonctionnement biologique perd de l’intérêt ; la guérissabilité n’est pas nécessairement à l’agenda. Femmes et minorités de genre font ainsi l’expérience d’une autre errance médicale, tout aussi fragilisante, prenant les chemins de traverse enherbés des médecines douces et naturelles, ce qui retarde souvent leur prise en charge médicale.

    L’enjeu de genre autour de l’alimentation est par ailleurs exacerbé. Les médecines naturelles diffusent implicitement ou explicitement une critique de la modernité alimentaire, et avec elle, l’idée selon laquelle on s’intoxiquerait en mangeant mal, que des aliments comme le sucre seraient « meurtriers » quand d’autres prolongeraient la vie16. Le rapport à soi encouragé par ce programme thérapeutique pousse à une amélioration constante de son alimentation et de son hygiène, gage d’une aptitude à la santé et à la vitalité. Chez une population féminine historiquement sujette aux privations et à un contrôle social permanent exercé sur ce qu’elle mange, la discipline de la bonne alimentation est un pipeline menant droit à des conduites à risque, comme l’orthorexie17. C’est également majoritairement aux femmes qu’incombe la responsabilité de l’alimentation des enfants, et pour elles les injonctions sophistiquées à parfaire son alimentation peuvent déboucher sur des préoccupations sans fin. L’essor de thérapeutiques onéreuses et incertaines dans leurs effets cliniques capture ainsi les multiples vulnérabilités féminines.

    Réappropriations féministes de la santé

    Le sexisme structurel du milieu médical a fait ­l’objet d’une longue et intense lutte féministe. Celle-ci a montré comment la professionnalisation et la masculinisation de la médecine en Europe avait dépossédé les femmes de leurs savoirs et du contrôle de leur corps18.].

    Elle a pris pour objet le rapport de pouvoir, paroxystique à ­l’endroit de la gynécologie, haut lieu des violences sexistes et sexuelles et du bafouement du consentement. Pour échapper à la soumission à l’autorité du médecin sachant, des groupes sont nés aux États-Unis et en France dans les années 1970 et ont expérimenté l’autogynécologie19. L’incroyable Our Bodies, Ourselves est publié en anglais en 1971, puis traduit et adapté en France sous le titre Notre corps, nous-mêmes en 197720. Ce manuel a aidé à poser les bases d’une réappropriation féministe des questions de santé, aussi appelée self-help : connaître son corps, s’auto-examiner, se débarrasser de la honte, faire circuler la parole, comprendre et pouvoir reproduire un acte médical, avoir son mot à dire sur les procédures, etc. Des groupes locaux du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) au Planning familial, ces expérimentations nées dans les années 1970 ont propulsé un grand mouvement féministe d’éducation populaire en matière de santé sexuelle et de sexualité, dont les actions récentes contre les violences gynécologiques et obstétricales renouvellent la nécessité21.

    Les luttes écoféministes, en prenant pour thème l’alimentation, la santé, l’environnement ou l’industrie nucléaire, ont aussi largement mis en cause l’association néfaste entre les femmes et la nature. Elles ont retourné cette dévalorisation conjointe pour en faire un élément critique de compréhension de nos expériences individuelles et collectives. Pour les militant·es écoféministes, le fait de « se réapproprier ce qui a été distribué du côté de la féminité22 » relève d’un essentialisme stratégique. Aucune vision idéalisée et harmonieuse des femmes dans la nature ici : les pratiques, les luttes et les écrits écoféministes montrent une mobilisation conflictuelle, instable et renégociable, critique sur les ambiguïtés qu’elle peut recouvrir.

    S’adressant à un ensemble de problématiques de santé des femmes, les médecines naturelles convoquent elles aussi l’association entre femme et nature, mais elles la font basculer sur un versant essentialiste, et non critique. Très empreintes d’une pensée de la différence sexuelle, mettant l’utérus au centre de la vie psychique et subjective des femmes, elles ravivent l’idée tenace que les femmes sont plus « naturelles » que les hommes, qu’elles sont « naturellement spécifiques » pour le dire avec les mots de la sociologue Colette Guillaumin23.
    Sorcières naturopathes et autonomie féministe

    L’antagonisme est fort entre l’histoire des luttes féministes autour de la santé et le développement historique des médecines naturelles. Pourtant en Allemagne, des femmes ont créé un regroupement de naturopathes féministes, le réseau des Frauenweise, les « femmes sages24 ». En Suisse, le Dispensaire des femmes, un centre de santé autogestionnaire autour de la santé sexuelle et reproductive ouvert entre 1978 et 1987, a très tôt mis la naturopathie en pratique. Rina Nissim, membre du Dispensaire et militante du Mouvement de libération des femmes genevois, publie en 1994 Le Manuel de gynécologie naturopathique à l’usage des femmes chez la maison d’édition féministe Mamamélis. Ce manuel est une référence dans les groupes Santé-femmes25 et au-delà. Comment la naturopathie, doctrine et mystique de santé historiquement réactionnaire, aujourd’hui bien plus intégrée au marché du bien-être qu’au militantisme de la santé, a-t-elle pu croiser l’histoire du féminisme ?

    Figure centrale de cette jonction, Rina Nissim raconte cette réappropriation féministe de la naturopathie comme une façon hétérodoxe de pratiquer la doctrine sans hériter de ses aspects réactionnaires. Elle propose de redéfinir la santé des femmes en valorisant leur autonomie ; la promesse est séduisante.

    « Pour moi, ce qui est central c’est qu’on se réapproprie sa santé, qu’on ait envie de reprendre un petit peu les choses en main. Or, je prétends que la médecine par les plantes, la phytothérapie, c’est une chose que chacune peut se réapproprier, c’est du niveau de la cuisine. Si une femme ose mettre du romarin sur son plat pour le rendre plus digeste, si elle prend du bicarbonate de soude qu’elle met dans la fondue pour diminuer l’acidité de ce plat, je prétends qu’elle est à deux doigts de faire une recette populaire pour la toux de son fils et qu’il suffit de peu pour qu’elle fasse aussi une petite préparation pour elle-même. Alors, si on peut lui rendre accessible cette possibilité et en même temps l’aider à se rendre compte qu’un certain nombre de ses maladies sont liées à sa position sociale, à savoir à son oppression en tant que femme, si on arrive à lui faire prendre conscience de cela et qu’à la fois on lui donne un ou deux outils simples et efficaces, il peut se passer quelque chose de sensationnel. Et cela, c’est féministe. C’est le but de mon travail26. »

    Les luttes féministes sur la santé fabriquent des dispositions collectives : être indocile par rapport au contrôle autoritaire exercé par l’institution médicale, sentir le besoin de se réapproprier son corps, savoir qu’une connaissance empirique de soi est possible et peut aiguiller les choix de santé, avoir du goût pour l’expérimentation à plusieurs.

    La naturopathie réinventée de cette façon depuis le féminisme voudrait la placer comme un cadre qui favorise ces dispositions. Elle se définit comme une pratique empirique de soi : observer ce que ça fait de manger ceci, d’arrêter de manger cela, ce qui marche par rapport à un état, une souffrance physique ou psychique. La façon dont cette naturopathie féministe cherche à hacker sa propre doctrine réactionnaire peut être un malentendu fécond, une façon de la voler à sa propre histoire. Mais il faut mesurer le risque pris, et s’interroger honnêtement sur les bénéfices de cette confusion.

    Les positions de Rina Nissim résonnent avec ce qu’Ivan Illich appelle l’autonomie-santé, qui renvoie au fait de trouver les conditions d’une indépendance vis-à-vis du système médical et pharmaceutique industriel. Elle défend le projet d’une médecine populaire qui s’appuie sur les savoirs locaux et les relais féminins de transmission, pour bâtir une alternative à une médecine patriarcale. Savoirs et pratiques locales sont valorisées comme des viviers de pratiques alternatives supposées échapper « aux impasses et nuisances perçues dans la médecine officielle27 ».

    Ce féminisme de la santé met fondamentalement au centre la posture de santé et la responsabilité de l’usager·e. Et dans l’idée attrayante d’une santé qui passe par des comestibles et des gestes accessibles et quotidiens, la valeur que prend la nature tient à une promesse de simplicité. Or les pratiques thérapeutiques liées aux plantes et à l’alimentation sont extrêmement complexes à mettre en œuvre et à maîtriser. Plus critiquement encore, la plupart des gros enjeux de santé qui touchent les femmes et les minorités de genre, handicapées, malades chroniques, etc., ne peuvent pas être résolus par des moyens à portée de main. Tandis que la pandémie de Covid-19 a vu les femmes surexposées au risque de Covid long, les représentant·es des médecines naturelles valorisaient des solutions qui masquaient les enjeux vitaux et diffusaient des conceptions validistes et individualistes de la santé. L’éloge de l’autonomie par l’alternative peut s’articuler insidieusement à la destruction néolibérale du système de santé publique et au définancement d’associations de santé comme le Planning familial. Il fonctionne à merveille avec le marché du bien-être et la capture mercantile des vulnérabilités28.

    Une question forte demeure : quelle autonomie voulons-nous porter ? La valorisation du self-help, liant autonomie et pouvoir autour de sa propre santé, prend un sens particulier au sein des groupes Santé-femmes, qui portent une pratique féministe communautaire pensant ensemble santé individuelle et environnement sociopolitique. Le self-help réduit l’impuissance que charrient les problèmes de santé. Pour autant, il ne peut pas défaire seul l’association entre savoir et pouvoir que le corps médical monopolise et qui cimente son fonctionnement sexiste et patriarcal.

    Si les compositions politiques expérimentées dans l’autogynécologie et les groupes Santé-femmes sont un modèle d’autonomie, d’autres interprétations féministes et d’autres compositions politiques sont possibles et semblent même nécessaires. L’anthropologue mexicaine Denisse Guerrero Márquez, activiste au sein du collectif Nuestra Salud Feminista, propose de bâtir une épidémiologie féministe29 qui nous permettrait de penser les processus santé-maladie30 dans un cadre stratégique qui ne soit pas celui de l’alternative, mais celui d’une réappropriation féministe d’une science médicale pluralisée et conflictualisée. Un tel projet mettrait au centre d’autres questions : comment accéder à la littérature médicale et aux données scientifiques, nous former tout en travaillant à les mettre en perspective collectivement31 ?

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    Quelques ressources :

    « Ne plus subir le médical. Discussion avec des membres d’un groupe “Santé-femmes”, propos recueillis par Naïké Desquesnes, Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale 2016 (n° 10), Éditions de la dernière lettre, p. 180-185 ; le documentaire Regarde, elle a les yeux grand ouverts de Yann Le Masson (1980). L’Auto-examen, un geste de santé, édité par le Centre de santé des femmes de Montréal (Éditions du remue-ménage),
    la brochure S’armer jusqu’aux lèvres à lire ici, et enfin l’ouvrage de Lucile Queré, Un corps à nous. Luttes féministes pour la réappropriation du corps, Presses de Sciences Po, 2023.

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    Notes :
    Cette histoire s’appuie sur la thèse de sociologie rédigée par Anahita Grisoni, « Sous les pavés, la terre : culte du bien-être et nouveaux métiers. La naturopathie en transformation à la conquête du marché », éditions EHESS, 2011. ↩
    Voir dans ce numéro l’entretien avec Hourya Bentouhami, « La nation est obsédée par la manière dont les gens mangent », p. 26, ainsi que Ni Dieu ni maître, ni viande ni alcool, p. 52. ↩
    Parmi eux, on peut citer Adolf Just, Louis Kuhne, Karl Wilhelm Diefenbach, Hugo Höppener ou encore Gustav Gräser, mais aussi Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie. ↩
    Courant spirituel occidental apparu dans les années 1960, le New Age est un syncrétisme entre les spiritualités et médecines orientales, intégrant des éléments du bouddhisme et des médecines savantes, essentiellement chinoises et ayurvédiques reprenant les notions de réincarnation, de karma, de chakras et d’énergie. La médecine ayurvédique, originaire d’Inde, est fondée sur la théorie selon laquelle les maladies résultent d’un déséquilibre des forces vitales (prana), et vise à rétablir l’équilibre de l’organisme. ↩
    Nom donné aux diverses pratiques de santé qui impliquent l’usage de plantes. ↩
    La réflexologie est une pratique de santé utilisant le massage de zones censées correspondre à des organes ou fonctions physiologiques. L’iridologie est le nom d’une pratique fondée sur l’observation de l’iris. ↩
    Le causalisme suppose que nos symptômes résultent d’une cause qu’il faut considérer en priorité. Le vitalisme envisage la vie comme de la matière animée d’une force vitale. L’humorisme vient de la médecine d’Hippocrate qui envisage la santé comme variant selon l’équilibre des humeurs (le sang, la bile, l’atrabile, la lymphe). Les thérapies holistiques prétendent soigner en tenant compte de la « globalité de l’être humain ». ↩
    L’hydrothérapie désigne un ensemble de pratiques qui mobilisent l’eau, le bain dérivatif ou le bain de siège. L’héliothérapie prône l’exposition corporelle totale à la lumière du soleil pour guérir les maladies. ↩
    « Naturopathie et écofascisme. Quand l’extrême-droite se mêle de santé et d’environnement », Ruptures, printemps 2007. ↩
    Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, côté-femmes éditions, 1992, p.61. ↩
    On peut citer plusieurs de ces figures charismatiques à la tête de modèles économiques juteux. Irène Grosjean prône le bain de siège, l’alimentation crue, les purges, le jeûne en même temps que les thérapies de conversion, et responsabilise les femmes des violences sexistes et sexuelles qu’elles subissent. Thierry Casasnovas tient des positions masculinistes hostiles aux droits reproductifs, et désinforme au sujet de la contraception et de l’avortement. Le collectif l’Extracteur mène une veille sur ces réseaux traditionalistes, voir le site du collectif . ↩
    Voir la BD Mediator – Un crime chimiquement pur d’Irène Frachon, Éric Giacometti et François Duprat. Delcourt, 2023. ↩
    Voir le livre Pilules roses de Juliette Ferry-Danini sur le Spasfon, majoritairement prescrit aux femmes sans qu’aucun résultat clinique n’ait été prouvé. ↩
    Isabelle Stengers et Philippe Pignard, La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, La Découverte, 2005. ↩
    Susan Sontag, La Maladie comme métaphore, Christian Bourgois, 2009. ↩
    Le sociologue Gilles Tétart décrit la valeur de certains aliments, comme le miel ou la gelée royale, perçus comme pouvant rendre le corps plus vivant. Voir « Consommer la nature et parfaire son corps. Les produits apicoles », Études rurales, 165-166, 2003, p. 9-31. ↩
    Trouble alimentaire caractérisé par une volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains. ↩
    Silvia Federici, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Entremonde, 2014 ; Barbara Ehrenreich et Deirdre English, Sorcières, sages-femmes et infirmières. Une histoire des femmes et de la médecine, éd. Cambourakis, 2015 [1976 ↩
    L’autogynécologie recouvre un spectre de pratiques qui va de la gynécologie médicale – contraception, traitement de pathologies gynécologiques, dépistage du cancer du sein par l’autopalpation, avortement, traitement de la ménopause, sexualité – à la réappropriation du corps et des représentations qui y sont liées. ↩
    Un groupe féministe l’a tout récemment repris et réécrit. Notre corps, nous-mêmes, Hors d’atteinte, 2020. ↩
    Le collectif Stop-VOG anime aujourd’hui cette lutte en levant le silence autour des violences commises par le médecin Émile Daraï, officiant à l’hôpital Tenon. Leur site. ↩
    Expression utilisée par Émilie Hache, dans Reclaim, Anthologie de textes écoféministes, Cambourakis, 2016, p. 25. ↩
    « Du fait que les femmes sont une propriété matérielle concrète, se développe sur elles (et contre elles) un discours de la Nature. On les crédite (comme le croient certaines optimistes), on les accuse (en fait) d’être des êtres naturels, immergés dans la Nature et d’être mues par elle. Des choses vivantes, en quelque sorte. », ibid., p. 80. ↩
    À retrouver ici. ↩
    Groupe de femmes se réunissant afin de mieux connaître leur corps, prendre soin de leur santé et trouver plus d’autonomie, fabriquant ce faisant une auto-expertise collective. ↩
    Catherine Fussinger, Séverine Rey et Marilène Vuille, « S’approprier son corps et sa santé. Entretien avec Rina Nissim », Nouvelles Questions féministes, no 25, Éditions Antipodes, 2006, p. 98-116. ↩
    C’est une expression du collectif Cabrioles. Voir « L’autodéfense sanitaire. Entretien avec le collectif Cabrioles », propos recueillis par Aliènor Bertrand, Patrick Giraudoux et Arnaud Macé dans Les Temps des pandémies, Belin, 2023. ↩
    Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise, Presses universitaires de France, 2014, et Katie Thornton, « L’industrie des médecines alternatives voit dans le Covid long une opportunité commerciale », disponible ici. ↩
    Denisse Guerrero Márquez, « Approches théoriques et conceptuelles pour une épidémiologie féministe », traduction effectuée par le collectif Cabrioles, à lire ici ↩
    Expression utilisée par Denisse Guerrero Márquez. ↩
    Un grand merci au collectif Cabrioles dont je reprends ici les pistes et questions posées.

    https://www.jefklak.org/errances-paramedicales

    #santé #féminisme #médecine_non_conventionnelle #phytothérapie#massages #réflexologie #iridologie #nutrition #ésotérisme #anatomie #Fédération_des_écoles_de_naturopathie (#Féna) #causalisme #vitalisme #humorisme #hygiénisme #holisme #corps #toxines #dégénérescence #villes #urbanité #modernité #industrialisation #corps #héliothérapie #hydrothérapie #écologie_corporelle #retour_à_la_terre #vulnérabilités #nature #homophobie #sexisme #solitude #Médiator #Spasfon #industrie_pharmaceutique #probiotiques #compléments_alimentaires #sucre #hygiène #orthorexie #gynécologie #autogynécologie #self-help #Mouvement_pour_la_liberté_de_l’avortement_et_de_la_contraception (#MLAC) #planning_familial #éducation_populaire #santé_sexuelle #écoféminisme #essentialisme #Frauenweise #Dispensaire_des_femmes #Rina_Nissim #luttes_féministes #naturopathie_féministe #autonomie-santé #médecine_populaire #alternative #médecine_patriarcale #patriarcat #validisme #individualisme #autonomie #santé_publique #Denisse_Guerrero_Márquez #Nuestra_Salud_Feminista #épidémiologie_féministe

    déjà signalé ici par @lyco :
    https://seenthis.net/messages/1103951

    • #Anthroposophie et #écofascisme, par #Peter_Staudenmaier

      L’anthroposophie est la religion ésotérique fondée par #Rudolph_Steiner dont les avatars tentaculaires et pseudo-scientifiques infiltrent aussi bien le tissu institutionnel et politique de l’écologie que les milieux de l’agriculture, éducation et médecine alternatives. Son histoire est indissociable du #totalitarisme_raciste.

      Historien et écologiste social, engagé dans le mouvement anarchiste, le mouvement vert, et le mouvement coopératif aux États-Unis et en Allemagne, Peter Staudenmaier est professeur à l’université de Marquette (Wisconsin).

       » En juin 1910, Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie, commença une tournée d’exposés en Norvège par une conférence devant un public nombreux et attentif. Le cycle de conférences était intitulé « La mission des âmes nationales en relation à la mythologie germano-nordique ». Dans les conférences d’Oslo, il présenta sa théorie des « âmes de peuple » ou « nationales » (#Volksseelen en allemand, la langue natale de Steiner) et accorda une attention particulière aux questions mystérieuses de « l’#esprit_nordique ». Les « #âmes_nationales » de l’Europe du Nord et Centrale appartiennent, expliqua Steiner, aux peuples « germano-nordiques », le groupe ethnique le plus spirituellement avancé du monde, qui avait été à l’avant-garde de la plus élevée des cinq « races- racines » historiques. Cette cinquième race-racine supérieure, raconta Steiner à ses auditeurs d’Oslo, était bien sûr la race « #race_aryenne ».

      Si cette cosmologie particulière semble étrangement similaire aux mythes teutons de Himmler et Hitler, la ressemblance n’est pas fortuite. L’anthroposophie et le national socialisme ont tous deux des racines profondes dans la confluence des nationalismes, populismes de droite, romantismes proto-environnementalistes, et #spiritualismes_ésotériques qui caractérisaient une grande partie de la culture allemande et autrichienne à la fin du dix-neuvième siècle. Mais le lien entre la pseudo-religion stratifiée racialement et la montée des nazis va bien au-delà de simples parallèles philosophiques. L’anthroposophie a eu une influence concrète sur l’« aile verte » du #fascisme allemand. En outre, la politique réelle de Steiner et de ses disciples a toujours montré une ligne profondément réactionnaire.

      Pourquoi l’anthroposophie, en dépit de ses éléments racistes évidents et son passé de compromission, continue-t-elle à jouir d’une réputation progressiste, tolérante, éclairée et écologique ? Les détails des enseignements de Steiner ne sont pas bien connus en dehors du mouvement anthroposophique, et dans ce mouvement la longue histoire de l’implication idéologique dans le fascisme est en général refoulée ou carrément niée. De plus, de nombreux anthroposophes ont individuellement gagné du respect pour leur travail dans l’éducation alternative, dans l’agriculture biologique, et dans le mouvement écologiste. Néanmoins, il est regrettable que la collaboration anthroposophique avec une racine spécifiquement “écologiste” du fascisme persiste au XXIe siècle.

      Les groupes anthroposophiques organisés sont souvent mieux connus à travers leur vaste réseau d’institutions publiques. Les plus populaires d’entre elles sont probablement le mouvement des #écoles_Waldorf, avec des centaines d’écoles dans le monde, suivi par le mouvement d’#agriculture_biodynamique, qui est particulièrement actif en Allemagne et aux États-Unis. D’autres entreprises anthroposophiques bien connues comprennent les produits cosmétiques et pharmaceutiques #Weleda et le label #Demeter pour les produits alimentaires sains. La communauté nouvel-âge de #Findhorn en Écosse possède aussi une forte composante anthroposophique. Les anthroposophes ont joué un rôle important dans le développement des #Verts allemands et l’ancien ministre de l’intérieur allemand, #Otto_Schilly, un des plus importants fondateurs des Verts, est un anthroposophe.

      Compte tenu de cette vaste visibilité publique, il est peut-être surprenant que les fondements idéologiques de l’anthroposophie ne soient pas mieux connus. Les anthroposophes eux-mêmes, cependant, considèrent leur doctrine hautement ésotérique comme une « #science_occulte » propre à une élite éclairée spirituellement. Le nom même d’anthroposophie suggère à beaucoup d’étrangers une orientation humaniste. Mais l’anthroposophie est à bien des égards une vision du monde anti-humaniste, et des humanistes comme Theodor Adorno et Ernst Bloch s’y sont opposés dès le début. Son rejet de la raison au profit de l’expérience mystique, sa subordination des actions humaines à des forces surnaturelles, et son modèle complètement hiérarchisé du développement spirituel, tout cela montre que l’anthroposophie est contraire aux valeurs humanistes. »

      https://www.ccmm.asso.fr/anthroposophie-et-ecofascisme-par-peter-staudenmaier
      #ésotérisme #racisme #humanisme

      Le texte téléchargeable en pdf :
      https://jf.bizzart.biz/ArticlesPDF/PS_EcofascismeV2.pdf

  • #tourisme et virilisme
    https://laviedesidees.fr/Tourisme-et-virilisme

    En se concentrant sur la station balnéaire de Lloret de Mar en #Espagne, une anthropologue étudie les sociabilités masculines dans un contexte où l’alcool, la fête et le sexe structurent les imaginaires. Quand « tourisme » rime avec « virilisme »…

    #Société #sexisme #masculinité

  • Rapport 2026 sur l’état des lieux du #sexisme en #France : la menace masculiniste

    Le Haut Conseil à l’Egalité a publié ce matin son rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France, consacré à la menace masculiniste.

    Un an après avoir constaté une forte polarisation de la société sur les questions d’égalité et de sexisme, le rapport 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France attire l’attention sur une dynamique préoccupante : certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s’inscrivent dans des logiques d’adhésion et de mobilisations idéologiques collectives.

    Le baromètre 2026 du HCE s’appuie sur une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3061 personnes âgées de 15 ans et plus, représentative de la population française. Le questionnaire a été enrichi de questions ciblées permettant d’évaluer l’adhésion aux thèses masculinistes. Ce rapport a été mené, piloté et rédigé par la commission « Stéréotypes et rôles sociaux » du HCE, co-présidée par Muriel Reus et Pascal Huguet, accompagnés par Didier Chavrier et Céline Piques, corapporteur et corapportrice.

    Le rapport identifie deux formes de sexismes, le sexisme paternaliste et le sexisme hostile. Le sexisme paternaliste est un sexisme faussement bienveillant du quotidien qui légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes. Le sexisme hostile est un sexisme violent, se traduit par une hostilité envers les femmes et peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes.

    Quelques chiffres :

    – Pour le #sexisme_paternaliste, on compte environ 7,5 millions d’hommes et 5 millions de femmes : les hommes sont majoritaires, mais les femmes véhiculent elles aussi ces normes.

    – En France, 17% des personnes de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, adhèrent au #sexisme_hostile.

    - La question de l’#âge : plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème social. Chez les jeunes, l’écart entre femmes et hommes est très élevé, mais il se réduit avec l’âge parce que la reconnaissance globale des #discriminations recule.

    Le rapport souligne également que les réseaux sociaux apparaissent comme des espaces de cristallisation et d’amplification des discriminations et des violences faites aux femmes et minorité de genre. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes.

    Enfin, le HCE est la première institution publique française à consacrer, dans le cadre de son rapport annuel, une analyse spécifiquement dédiée aux masculinismes. Il s’agit d’un système idéologique structuré qui imprègne désormais les jeunes générations par un bombardement massif de contenus numériques. Les adultes ne sont pas épargnés par la diffusion des discours masculinistes, qui peuvent légitimer le passage à l’acte, banaliser des violences et, dans ses formes les plus extrêmes, aller jusqu’à l’apologie du viol et du meurtre. C’est une menace à d’ordre public et un enjeu de sécurité nationale.

    Le Haut Conseil à l’Egalité formule donc 25 #recommandations, et parmi elles :

    – Rendre les séances d’#EVARS obligatoires et donner un cadre et des moyens pour les appliquer.

    – Renforcer les contrôles de l’#ARCOM et de #PHAROS et créer une catégorie autonome “masculinisme” dans les signalements pour suivre le phénomène.

    - Rendre transparent les #algorithmes afin de redonner aux utilisateurs le contrôle de leur expérience en ligne.

    – Intégrer le "#terrorisme_misogyne" dans les doctrines de sécurité.

    - Confier au Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), avec des moyens humains et financiers dédiés, la mission d’Observatoire national du masculinisme et des radicalisations sexistes.

    https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-2026-sur-letat-des-lieux-du-sexisme-en-france-la-m

    #rapport #masculinisme

    déjà sur seenthis
    https://seenthis.net/messages/1163753
    https://seenthis.net/messages/1155085

    ... mais je remets ici pour des raisons d’archivage

  • La loi contre le sexisme a trois ans  : pourquoi si peu de plaintes  ?

    Le sexisme dans l’espace public est une réalité quotidienne, banale et dramatique. C’est ce qu’il ressort des centaines de témoignages recueillis dans le cadre d’un appel lancé par l’asbl Vie Féminine. Pourtant, depuis trois ans, il existe dans notre pays une loi contre le sexisme. Mais son anniversaire se fête en demi-teinte ; la législation reste en effet controversée. Mal connue, difficilement applicable, souvent réduite à la lutte contre le harcèlement de rue – alors qu’elle concerne « l’espace public » au sens large –, la loi gagnerait à être améliorée : c’est l’avis d’associations féministes et de femmes politiques qu’axelle a interviewées dans le dossier dont cet article est extrait.

    https://www.axellemag.be/loi-contre-sexisme-peu-de-plaintes

    #sexisme #belgique

  • « On veut simplement la justice » : les lycéennes de Jardin d’Essai s’unissent après la diffusion d’une liste sexiste
    Ce mercredi 6 mai, une vague d’indignation a submergé le lycée Jardin d’Essai aux Abymes. Réunies dès l’aube, des centaines d’élèves ont dénoncé la diffusion virale de listes sexistes et dégradantes, marquant un point de rupture face au harcèlement en ligne.
    https://rci.fm/guadeloupe/infos/Societe/veut-simplement-la-justice-les-lyceennes-de-Jardin-dEssai-sunissent-apres-la

    Des jeunes lycéennes du Jardin d’essai ont été inscrites sur une liste dégradante par de jeunes garçons
    Des lycéens en classe de terminale ont élaboré une liste dans laquelle, ils classsent leurs camarades féminines en des catégories ignobles : « Deux Ballons d’or », « On bande quand ? », « pue de la chatte », etc. Diffusé sur les réseaux sociaux, ce classement suscite une vive indignation. Selon nos informations, des enquêteurs se sont rendus au sein de l’établissement et plusieurs plaintes ont été déposées, dont celle du proviseur du lycée.
    https://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faits-divers/des-jeunes-lycennes-du-jardin-dessai-ont-ete-inscrites-sur

    Lycée Jardin d’Essai : des lycéennes manifestent après la diffusion d’une liste sexiste en ligne
    Une liste classant et humiliant près de 80 lycéennes a circulé sur les réseaux sociaux, provoquant colère et indignation. Ce mercredi matin (6 mai), des élèves du lycée Jardin d’Essai, aux Abymes, se sont mobilisées pour dénoncer ces violences sexistes et réclamer des sanctions.
    https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/lycee-jardin-d-essai-des-lyceennes-manifestent-apres-la-diffusion-

    #sexisme

  • Machtmissbrauch und Sexismus im Klinikalltag: „Meine Chefs überlegten, wer das Recht der ersten Nacht an mir vollziehen dürfte“
    https://www.tagesspiegel.de/politik/meine-chefs-uberlegten-wer-das-recht-der-ersten-nacht-an-mir-vollziehen

    Discipline rigide et esprit hierarchique sont la bsse des comportements musogynes et sexistes dans le monde médical.

    19.4.2026 von Clara Wollmann - Sexistische Kommentare, bedrohliche Gesten, Wutausbrüche: Drei Ärztinnen und eine männliche Hebamme schildern ihre Erfahrungen. Aktuelle Zahlen zeigen: Sie sind damit nicht allein.

    Respektloser und herablassender Umgangston, öffentliches Bloßstellen, Mobbing: Fast die Hälfte der Ärztinnen und Ärzte erlebt Machtmissbrauch.

    Das zeigt eine aktuelle Befragung des Marburger Bundes. 13 Prozent der Befragten erfahren demnach sexuelle Belästigung.

    Hier berichten vier Betroffene aus ihrem Arbeitsalltag.

    Paula Träger (Name geändert), 33 Jahre, Anästhesie-Pflegekraft und Medizinstudentin, Mecklenburg-Vorpommern

    Ich habe vor dreizehn Jahren meine Ausbildung zur Krankenpflegekraft angefangen. Auszubildende stehen in der Hierarchie ganz unten und machen die unangenehmste Arbeit: zu jeder Klingel gehen, den Patienten von der Toilette holen.

    Ab dem ersten Tag hörte ich abfällige Kommentare. Die männlichen Ärzte nannten mich „Süße“ oder „Mädel“, andere Auszubildende auch „Mäuschen“.

    Täglich hörte ich sexistische Kommentare, wie „Die Hose sitzt heute aber besonders eng“.

    Ein Arzt bot an: „Wir können kurz in dieses Zimmer verschwinden.“

    Im Operationssaal sagte ein Arzt zu einer OP-Schwester, als sie Sekret absaugte: „Bei mir kannst du auch mal saugen.“

    Seit der Ausbildung arbeite ich als Anästhesie-Pflegekraft. Einmal verlangte ein Oberarzt, dass ich gleichzeitig die Narkose eines Patienten betreuen und mich um Patienten im Aufwachraum kümmern sollte.

    Er drängte mich in einen kleinen Nebenraum, zog die Tür hinter sich zu und sagte mir deutlich, dass er hier der Oberarzt sei und die Entscheidungen treffe.

    Paula Träger, Anästhesie-Pflegekraft und Medizinstudentin

    Ich sagte, dass mir das zu viel Verantwortung sei und ich fürchtete, einen Patienten zu vernachlässigen. Der Arzt drängte mich in einen kleinen Nebenraum, zog die Tür hinter sich zu und sagte mir deutlich, dass er hier der Oberarzt sei und die Entscheidungen treffe. Ich fühlte mich körperlich so bedrängt, dass ich mich fügte.

    Später meldete ich die Situation dem Direktor. Doch der machte mir klar, dass, müsste er sich entscheiden, er auf der Seite des Arztes und nicht einer ersetzbaren Pflegekraft stehe. Ich sollte mich mehr in Demut üben, als die Kompetenz des Oberarztes anzuzweifeln.

    Die Chirurgie ist sehr männerdominiert. 2024 waren 70 Prozent der Medizinstudierenden weiblich, aber unter den Oberärzten in der Chirurgie weniger als 30 Prozent Frauen.

    Die Ungleichheit spüre ich deutlich. Es herrscht das Vorurteil, Frauen wären zu schwach und ihr Blutdruck zu niedrig, um mehrere Stunden im OP-Saal zu stehen. In zehn Jahren bin ich nie umgekippt. Trotzdem beeinflusst das, wie Medizinstudierende gefördert werden. Männer dürfen oft mitarbeiten, denn sie könnten anpacken, während die Frauen häufiger danebenstehen und zuschauen.

    Ich kenne aber auch echte physische Hindernisse: Die Operationsgeräte sind für Männerhände gemacht. Für Frauen sind die Zangen schwerer zu benutzen, weil die Griffe zu groß sind. Diesen Nachteil gleichen Frauen durch mehr Übung und mehr Leistung aus. Das bleibt aber unbemerkt.

    Mandy Mangler, 49 Jahre, Chefärztin für Gynäkologie und Geburtsmedizin, Berlin

    PD Dr. med. Mandy Mangler, Chefärztin der Gynäkologie und Geburtshilfe vom Auguste-Viktoria-Klinikum in Berlin-Schöneberg, aufgenommen am 21. April 2020. Foto: Kitty Kleist-Heinrich

    © Tsp/Kitty Kleist-Heinrich

    Heute bin ich Chefärztin und froh, dass ich nicht so geworden bin wie meine früheren Chefs. Ihr Verhalten gegenüber jungen Ärzten war herablassend. Sie haben geschrien, sie haben uns beleidigt, bis manche geweint haben.

    Ich erinnere mich an einen Operationskurs: Wir jungen Ärztinnen operierten gemeinsam. Das wurde gefilmt und für ein Publikum übertragen. Dem cholerischen Oberarzt ging es nicht schnell genug. Er brüllte, hob die Hand und holte aus, so als wolle er uns schlagen.

    Ein anderes Mal operierte ich als junge Assistenzärztin neben meinem Chef und einem Oberarzt. Die beiden scherzten und redeten über mich, als wäre ich nicht da. Sie sagten, ich sei ja noch so jung. Wie das wohl früher gewesen wäre, wer von ihnen „das Recht der ersten Nacht“ an mir hätte vollziehen dürfen.

    Das war eine pure Machtgeste. Es ging nicht darum, welcher Arzt Sex mit mir haben wollte, sondern darum, dass sie diese Überlegungen anstellen konnten, während ich danebenstand.

    Wenn ich sexistische Kommentare gehört habe, war ich hin- und hergerissen zwischen dem Gefühl, dass ich es unmöglich finde, und dem Wissen, dass das meine Vorgesetzten sind.

    Mandy Mangler, Chefärztin für Gynäkologie und Geburtsmedizin

    Die Medizin ist extrem hierarchisch aufgebaut. Und manche nutzen ihre Macht aus. Im Operationssaal herrscht Druck. Choleriker lassen den an anderen aus, die in der Hierarchie unter ihnen stehen. Kollegen, die etwas dagegen tun könnten, tolerieren das.

    Wenn ich sexistische Kommentare gehört habe, war ich hin- und hergerissen zwischen dem Gefühl, dass ich es unmöglich finde, und dem Wissen, dass das meine Vorgesetzten sind. Sie können mich fördern oder entlassen.

    Ärzte und medizinisches Fachpersonal diskutieren über die Vorbereitung auf eine Lungenoperation Doctors and medical professionals discuss preparing for lung surgery with futuristic hologram technology in a modern hospital setting LicenseRF ,model released, Symbolfoto Copyright: xZoonar.com/WosunanxPhotostoryx 24145132 ,model released, Symbolfoto ,property released
    Ärztinnen berichten über herabwürdigende Behandlung durch Vorgesetzte (Symbolbild).

    © Imago/Zoonar/Wosunan Photostory

    In den letzten Jahren hat sich vieles verbessert, aber in manchen Abteilungen ist der Ton unverändert. Da werden Ärzte in der Frühbesprechung gefeuert. Instrumente fliegen aus Wut durch den OP-Saal.

    Wenn das in meiner Abteilung passieren würde, würde ich das nicht dulden und mit dem Kollegen sprechen. Wir brauchen eine Kommunikation auf Augenhöhe.

    Damals haben wir jungen Ärzte uns gegen den cholerischen Oberarzt gewehrt. Zunächst haben wir sein Verhalten dem Chefarzt gemeldet. Doch der hat mit den Schultern gezuckt und gesagt, wir wüssten doch, wie der Kollege sei. Dann haben wir die Frauenbeauftragte eingeschaltet und die den Klinikvorstand. Der Oberarzt wurde schließlich freigestellt.

    Marlene Hoffmann (Name geändert), 30 Jahre, Anästhesie-Ärztin in Weiterbildung, Nordrhein-Westfalen

    Ich liebe meine Arbeit als Anästhesistin und Notärztin. Aber der Sexismus begleitet mich wie ein Grundrauschen. Mal werde ich „Schätzchen“, mal „Puppe“ gerufen. Wenn eine Kollegin und ich das Notarzteinsatzfahrzeug fahren, nennen die Kollegen das „den Hühnerwagen“.

    Ich fühle mich wohler, wenn ich etwas Wimperntusche und Rouge trage. Dann höre ich: „Heute in den Farbtopf gefallen?“ Viele Kolleginnen schminken sich darum nicht mehr.

    Ich muss ständig beweisen, dass ich die Ärztin bin.

    Marlene Hoffmann, Anästhesie-Ärztin

    Ich schlucke so etwas oft herunter, weil es zu mehr Eskalation führt. Sobald ich etwas gegen die Kommentare sage, kommt zurück: „Da ist jemand zickig“ oder „Hast du deine Tage?“

    Es sind diese Kleinigkeiten, die jedes Mal meine Grenze überschreiten und Energie rauben. Dazu kommt: Ich muss ständig beweisen, dass ich die Ärztin bin. Wir tragen zwar alle die gleiche Kleidung, trotzdem wird nur mein Kollege als „Arzt“ bezeichnet, auch wenn ich verantwortlich bin. Dieses Vorurteil steckt noch tief in den Köpfen, bei Patienten wie bei Kollegen.

    Mich belastet auch, wie im Team über das Thema Mutterschaft gesprochen wird. Ich habe noch keine Kinder. Aber ich sehe, wie schwer meine Kolleginnen ihren Beruf mit Familie vereinbaren können.

    Wir hatten zum Beispiel lange keinen Stillraum, obwohl das gesetzlich vorgeschrieben ist. Die Frauen gingen zum Abpumpen auf die Toilette. Das letzte Mal, als wir darüber gesprochen haben, haben die Kollegen gesagt: „Dann wollen wir aber auch ein Männerzimmer haben.“

    Als ich mich für Raum eingesetzt habe, fragte mich mein Chef, warum. Ich habe gesagt, mir sei es wichtig, dass es diese Strukturen gebe – auch für mich, falls ich mal ein Kind bekomme. Daraufhin hat er zu mir gesagt: „Da habe ich einen ganz einfachen Tipp für Sie: Werden Sie einfach nicht schwanger.“

    Mich ärgert dieser Kommentar bis heute. Es ist übergriffig, dass mein Chef mir Ratschläge zur Familienplanung gibt. Ich habe darüber nachgedacht, sein Verhalten zu melden, aber es nicht getan. Ich glaube nicht, dass solche Meldungen viel bewirken. Durch den Ärztemangel wird er noch lange mein Chef bleiben. Ich bin abhängig von ihm und habe Angst, dass er denkt, wer so einen Kommentar nicht abkönne, könne keine Oberärztin werden.

    Tobias Richter, 27 Jahre, Hebamme und Medizinpädagoge, Berlin

    Tobia Richter

    © privat

    Strenge Disziplin, die zum Machtmissbrauch einlädt, spielt in diesem Beruf und in der Ausbildung traditionell eine große Rolle. Früher mussten sich alle in einer Reihe aufstellen, dann wurden ihre Fingernägel und ihre Kleidung kontrolliert.

    Das ist vorbei, ich habe von 2015 bis 2018 meine Hebammenausbildung gemacht. Aber auch ich habe erlebt, wie vorgesetzte Hebammen ihre Macht ausspielten. Wenn wir Auszubildenden etwas vor einer Patientin gesagt haben, taten sie manchmal so, als hätten sie uns nicht gehört. Machten wir einen Fehler, wurden wir vor den Patientinnen gemaßregelt und runtergemacht.

    Im Kreißsaal herrscht oft Stress. Manche Ärzte lassen den an den Hebammen aus. Gleichzeitig werden sie auch von Begleitpersonen oder Gebärenden bedrängt. Ich habe dazu 2023 eigene Zahlen erhoben: 92 Prozent der Hebammen berichteten von Gewalt, 80 Prozent darunter verbal und körperlich.

    Meine Kolleginnen bekommen später anzügliche Nachrichten von Männern, die bei der Geburt anwesend waren.

    Tobias Richter, Hebamme und Medizinpädagoge

    Als Mann erlebe ich zwar keine sexistischen Kommentare. Aber meine Kolleginnen hören oft Sätze wie „Schätzchen, jetzt stell dich nicht so an“. Oder sie bekommen später anzügliche Nachrichten von Männern, die bei einer Geburt anwesend waren.

    Manchmal lehnen Frauen es ab, von mir betreut zu werden, weil ich ein Mann bin. Meistens liegt das an ihrem kulturellen oder religiösen Hintergrund. Weibliche Hebammen haben mir auch schon vorgeworfen, dass ich mich in die weibliche Geburtshilfe einmischen würde. Männliche Ärzte sind deutlich akzeptierter.

    Mittlerweile arbeite ich in einem sehr kollegialen Team und bilde Hebammen aus. Mir ist wichtig, dass diese mir vertrauen und sich an mich wenden können, wenn etwas sie belastet. Der Umgang ist nun viel wertschätzender.

    #iatrocratie #sexisme

  • Comment faire encore #confiance à la #justice (quand on est féministe)

    La justice française est sous-financée, sexiste, épuisante pour les victimes. Alors pourquoi continuer à la défendre ? Voilà dont on discute avec maître Élodie Tuaillon-Hibon, avocate au barreau de Paris depuis 23 ans. Elle défend des femmes victimes de #violences_sexuelles, des militantes, des syndicalistes. Elle connaît les failles de l’intérieur, et pourtant elle n’a pas renoncé.

    Faut-il toujours porter plainte ?
    Pourquoi les enquêtes sur les VSS sont-elles si mal menées ?
    Qu’est-ce qu’une « mauvaise victime » ?
    Faut-il fermer toutes les #prisons ?
    Un épisode pour comprendre ce qui dysfonctionne, et ce qui vaut la peine d’être sauvé.

    https://podcasts.360.audion.fm/en/renverser-la-table/comment-faire-encore-confiance-a-la-justice-quand-on-est-feminis
    #podcast #audio #féminisme #sexisme #VSS

  • « Politiser Loana, c’est rappeler qu’elle avait, très tôt, été abandonnée à des violences dont nous continuons de sous-estimer l’ampleur et la gravité »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/26/politiser-loana-c-est-rappeler-qu-elle-avait-tres-tot-ete-abandonnee-a-des-v

    Tribune

    Alice Gayraud

    Ancienne responsable du plaidoyer de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants

    L’enfance de la candidate du « Loft », morte le 25 mars à 48 ans, avait été marquée par l’inceste, rappelle l’ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise Alice Gayraud, citant le journaliste Paul Sanfourche. Les 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année ont trois fois plus de risque de subir des violences tout au long de leur vie, souligne-t-elle dans une tribune au « Monde ».

    #enfance_violée
    #continuum_traumatique
    #VSS
    #loft_story
    #sexisme_institutionnel
    #M6

    • Loana, 25 ans d’humiliation en direct (ASI)

      "Loana a 23 ans. Depuis cinq ans, elle est go-go-dancer." C’est sur ce commentaire en voix off, accompagné d’un zoom-dézoom sur la poitrine de la jeune femme qui danse, que la France découvre Loana Petrucciani, plus connue sous son seul prénom, le 26 avril 2001, dans le premier épisode de Loft Story. La deuxième image est un plan de coupe sur ses fesses. Avant même de voir son visage, le programme présente à la France entière le corps de la jeune femme. Loana, pour M6 qui diffuse l’émission, c’est des seins et des fesses avant tout.

      Dans ce portrait qui dure quelques minutes, Loana raconte avoir dû travailler très tôt, dû à l’hospitalisation de sa mère, qui l’a laissée "avec tout à gérer : le loyer, les factures", à 17 ans. "Je véhicule une certaine image, grande, blonde, sexy, et paillettes et strings, puisque je travaille en boîte de nuit", résume-t-elle. "Mais en réalité, je suis très introvertie. Je suis timide, réservée, pudique." On découvre une jeune femme attachante, qui regrette de ne pas avoir pu faire des études, adore son chien, est "fidèle en amitié et idéaliste en amour", selon la voix off. Une fille sympa, un peu naïve comme on peut l’être à 23 ans, pleine d’espoir malgré un parcours déjà cabossé. Les producteurs de Loft Story, racontait le journaliste Paul Sanfourche dans notre émission dédiée à la série inspirée de l’émission, "ont tout de suite compris le potentiel de femme-objet de Loana" et étaient dès les débuts "extrêmement avides d’exploiter son image télévisuelle".

      Et son image n’a pas cessé d’être exploitée depuis. En février 2024, elle était invitée par Cyril Hanouna sur le plateau de Touche pas à mon poste, et témoignait de l’agression sexuelle qu’elle a subie. L’ancienne star du Loft, multi-traumatisée, y balbutiait sous les moqueries des chroniqueurs et les rires du public. "Viol, agressions, addictions : Loana se livre en exclusivité !" scandait le bandeau de TPMP tandis que Loana se noyait, en direct, dans ses propres mots. L’Arcom avait ensuite mis C8 en demeure pour atteinte à la dignité humaine.

      Loana Petrucciani a été retrouvée morte à 48 ans, le 25 mars 2026, seule chez elle, à Nice. Ce sont ses voisins qui ont appelé la police. Ses proches ne l’avaient pas vue depuis des jours, voire des semaines, et ne s’en étaient apparemment que peu inquiétés. Son chien a été retrouvé mort auprès d’elle. C’est dans l’isolement, les addictions et une solitude extrême que cette femme, lessivée par deux décennies de violences médiatiques, s’est éteinte.

      Le même jour, Hanouna et sa clique de charognards apprenaient la nouvelle en direct dans Tout beau tout neuf. "On apprend en direct un drame", annonçait Hanouna. "Drame épouvantable, Cyril", renchérissait Gilles Verdez. "Beaucoup d’émotions, évidemment, quand on la recevait... On est très secoués, c’est absolument tragique." Hanouna raconte une "anecdote" : "Elle m’avait appelé en me disant : « Je veux bien venir sur le plateau, mais j’ai perdu toutes mes dents. »" Il explique avoir fait intervenir "un pote dentiste en urgence", ce pour quoi elle l’a "beaucoup remercié" ensuite. Quel hommage touchant... Le chroniqueur Jordan De Luxe ajoute que "Loana était malheureusement beaucoup dans le passé, elle ne parlait que du passé." La faute à qui ? Depuis le 16 avril 2001, les médias ont refusé à Loana le droit d’être autre chose que la "go-go-dancer" de 23 ans qu’ils avaient adoré filmer et exploiter sous toutes les coutures. Et lorsqu’elle a cessé d’être cette femme-objet, on l’a rabaissée jusque dans sa mort : cette semaine, Charlie Hebdo a publié une caricature dégoulinante de sexisme, de classisme, de grossophobie et de toxicophobie. M6, la chaîne qui l’a rendue célèbre, a diffusé dans son JT les images de son corps transporté sur une civière.

      En 48 ans, Loana aura vécu vingt-trois ans d’anonymat et de galères - son enfance a été marquée par la violence et l’inceste -, deux mois de célébrité soudaine dans le Loft, et vingt-cinq ans à en payer le prix. Une vie broyée par l’humiliation patriarcale en direct.

      https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/loana-25-ans-dhumiliation-en-direct

    • Coucou @inadvertance, ça me fait pas du tout marrer de voir arrêt sur images cité pour parler de patriarcat. Il y a longtemps, j’étais jeune et naïve et j’ai eu l’idée et du contenu de cette émission de télévision et de son titre et je devais m’associer à Alain Jaubert, grand pote de Schneiderman et créer une maison de production. Au lieu de cela, j’ai vu apparaitre l’émission 6 mois plus tard sans que personne ne m’y ait jamais associé, même pas crédité au générique bien évidemment. Jaubert s’est défaussé en disant que l’idée était dans l’air et m’a proposé un contrat chez TéléEurope mais j’ai été viré au bout de quelques jours parce que j’étais enceinte et que la réalisatrice m’en a voulu car elle n’arrivait pas à avoir un enfant. La direction de TéléEurope m’a menacé de ruiner ma carrière (ce qui a été fait avec succès) si j’allais porter plainte aux prudhommes (j’ai pourtant seulement été à la CGT). Voila bien l’ambiance des patriarches de mai68 qui tenaient la culture télévisuelle comme leur pré carré et suçaient les idées des jeunes femmes avant de jeter le citron. wala wala, je garde une petite dent vois tu :)

    • Aussi longtemps que l’enfance restera tenue à l’écart de l’analyse des violences patriarcales, nous continuerons de découvrir trop tard des vies ravagées avant même qu’elles ne commencent. Et de les raconter comme des tragédies individuelles.

      Dire cela, c’est refuser de faire de Loana une exception, un « destin brisé » que l’on contemple avec émotion sans en tirer la moindre conséquence politique. Car le parcours de Loana est celui de milliers de femmes. Cent soixante mille enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France. Combien de ces filles deviendront, sans protection ni prise en charge, des femmes exposées à de nouvelles violences ?

      Politiser Loana, ce n’est donc pas opposer l’inceste à la téléréalité, ni minimiser la violence produite par l’exposition médiatique. C’est rappeler qu’une femme dont on dit aujourd’hui qu’elle a « mal fini » est aussi quelqu’un qui, très tôt, avait été abandonné à des violences dont nous continuons de sous-estimer l’ampleur et la gravité.

      L’enjeu politique se niche dans notre manière de dater la violence. Et dans la manière dont nous nous donnons, ou non, les moyens de la prévenir.

      https://justpaste.it/ls4c3

      #media #télévision #enfance

    • Ah oui, grave, seul l’individu moustachu à gauche exerce l’autorité du savoir tandis que les autres se vautrent lamentablement dans les erreurs classiques. Je me questionne toujours sur comment le patriarcat reste totalement invisible à ceux qui en ont les privilèges. C’est comme si c’était indolore pour les tenant+es du patriarcat de ne jamais ressentir la blessure ou l’humiliation qu’ils infligent.
      Je dois réfreiner la colère suscitée par ce genre de représentation, pour que cela ne me submerge pas, ne salisse pas mon clavier et que je puisse profiter des leçons que le patriarche moustachu prodigue. Mais je t’assure que c’est vraiment pénible et pouvoir au moins l’exprimer (ici sur seenthis) et savoir que d’autres femmes le ressentent c’est un soulagement nécessaire ! Merci @jacotte
      Ça me fait penser au dessin du monde diplo avec les deux hommes qui tiennent le journal que tu avais dénoncé.

      Bien évidemment tout ce petit monde est blanc comme neige.

      Contenu : Thomas Wagner
      Développement : Alexandre Macé
      Design : Valentine Michel

      #sexisme #patriarcat

    • « Jean-Marc Écolo » est un personnage « non-jouable ». Mais il a réponse à tout et surtout à tous·tes. La transmission de son « savoir » est donc très verticale. Il nous faudra donc subir patiemment ses arguments pour les retransmettre (plus ou moins verticalement) à notre tour au cours de quelque dîner entre ami·e·s ou entre membres de la famille. Avec le risque de passer pour un·e pénible... Toute cette mise en scène pour ça, c’est ça que je trouve pénible. Et ça ne donne pas vraiment envie de jouer.

      #moustachu #nous_sachons #clickbait

      Ceci dit, les articles de « Bonpote » (shameless autopromo ?) mis en lien sont bien documentés mais ça aurait pu être présenté sous forme d’une infographie qui aurait permis de sélectionner les thématiques argumentaires. Bon, ok, c’était moins vendable.

  • Rapport 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste

    Publié le 21/01/2026

    https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-2026-sur-letat-des-lieux-du-sexisme-en-france-la-m

    Le Haut Conseil à l’Egalité a publié ce matin son rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France, consacré à la menace masculiniste.

    Un an après avoir constaté une forte polarisation de la société sur les questions d’égalité et de sexisme, le rapport 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France attire l’attention sur une dynamique préoccupante : certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s’inscrivent dans des logiques d’adhésion et de mobilisations idéologiques collectives.

    Le baromètre 2026 du HCE s’appuie sur une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3061 personnes âgées de 15 ans et plus, représentative de la population française. Le questionnaire a été enrichi de questions ciblées permettant d’évaluer l’adhésion aux thèses masculinistes. Ce rapport a été mené, piloté et rédigé par la commission « Stéréotypes et rôles sociaux » du HCE, co-présidée par Muriel Reus et Pascal Huguet, accompagnés par Didier Chavrier et Céline Piques, corapporteur et corapportrice.

    Le rapport identifie deux formes de sexismes, le sexisme paternaliste et le sexisme hostile. Le sexisme paternaliste est un sexisme faussement bienveillant du quotidien qui légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes. Le sexisme hostile est un sexisme violent, se traduit par une hostilité envers les femmes et peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes.

    Quelques chiffres :

    Pour le sexisme paternaliste, on compte environ 7,5 millions d’hommes et 5 millions de femmes : les hommes sont majoritaires, mais les femmes véhiculent elles aussi ces normes.

    En France, 17% des personnes de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, adhèrent au sexisme hostile.

    La question de l’âge : plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème social. Chez les jeunes, l’écart entre femmes et hommes est très élevé, mais il se réduit avec l’âge parce que la reconnaissance globale des discriminations recule.

    Le rapport souligne également que les réseaux sociaux apparaissent comme des espaces de cristallisation et d’amplification des discriminations et des violences faites aux femmes et minorité de genre. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes.

    Enfin, le HCE est la première institution publique française à consacrer, dans le cadre de son rapport annuel, une analyse spécifiquement dédiée aux masculinismes. Il s’agit d’un système idéologique structuré qui imprègne désormais les jeunes générations par un bombardement massif de contenus numériques. Les adultes ne sont pas épargnés par la diffusion des discours masculinistes, qui peuvent légitimer le passage à l’acte, banaliser des violences et, dans ses formes les plus extrêmes, aller jusqu’à l’apologie du viol et du meurtre. C’est une menace à d’ordre public et un enjeu de sécurité nationale.

    Le Haut Conseil à l’Egalité formule donc 25 recommandations, et parmi elles :

    Rendre les séances d’EVARS obligatoires et donner un cadre et des moyens pour les appliquer.

    Renforcer les contrôles de l’ARCOM et de PHAROS et créer une catégorie autonome “masculinisme” dans les signalements pour suivre le phénomène.

    Rendre transparent les algorithmes afin de redonner aux utilisateurs le contrôle de leur expérience en ligne.

    Intégrer le "terrorisme misogyne" dans les doctrines de sécurité.

    Confier au Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), avec des moyens humains et financiers dédiés, la mission d’Observatoire national du masculinisme et des radicalisations sexistes.

    https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/sites/hce/files/2026-01/HCE-2026-STER-Rapport_Sexisme--v05.pdf

    #sexisme #machisme #masculinisme #éducation

  • Permis de conduire : les stéréotypes de genre influencent-ils les taux de réussite ?
    https://theconversation.com/permis-de-conduire-les-stereotypes-de-genre-influencent-ils-les-tau

    Alors que les femmes réussissent aussi bien que les hommes l’épreuve théorique du permis de conduire, pourquoi ont-elles en France un taux de réussite de 10 points inférieur à celui des hommes à l’épreuve pratique du permis B ? Pourquoi réussissent-elles mieux l’épreuve théorique (70 %) que l’épreuve pratique (56 %) ? Pourquoi les hommes réussissent-ils mieux l’épreuve pratique alors qu’ils composent ensuite 86 % des conducteurs de moins de 24 ans tués sur la route ?

    (...)

    Les résultats de l’étude montrent que le fait d’être une femme affecte positivement à la fois la probabilité d’obtenir une information sur le volume horaire mais également le nombre d’heures proposées. Une auto-école propose en moyenne un nombre d’heures de conduite plus élevé de près de 2 heures aux femmes qu’aux hommes.
    En conclusion, il s’avère effectivement que le sexe de l’apprenti influence les appréciations des formateurs avant même le début de la phase d’apprentissage, les amenant à déterminer la durée et le contenu des apprentissages en fonction de croyances socialement partagées sur les compétences des hommes et des femmes au volant.

    #genre #sexisme #stéréotype #croyance

  • « Il s’est transformé de façon très insidieuse, sans que je le voie » : le désarroi des parents face à leur fils masculiniste
    https://www.lemonde.fr/intimites/article/2026/02/21/un-soir-mon-fils-me-dit-c-est-quand-meme-ton-role-de-nous-servir-le-desarroi

    Le #masculinisme progresse dans toutes les couches de la société française, selon le dernier « Rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France », publié en janvier par le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes. On y apprend notamment que 23 % des hommes de plus de 15 ans adhèrent au « sexisme hostile », défini comme « un sexisme violent, qui se traduit par une hostilité envers les femmes et peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes ».

    Chez les 15-24 ans, le baromètre du sexisme – outil statistique sur lequel s’appuient les auteurs – indique que l’écart de genre s’est encore creusé : 81 % des femmes de 15 à 24 ans considèrent qu’il est « désavantageux d’être une femme dans la société actuelle », contre 57 % des hommes du même âge, tandis que 23 % des hommes de 15 à 24 ans pensent qu’il est désavantageux d’être un homme, contre 10 % des femmes du même âge. Mais le rapport insiste sur le fait que la progression du sexisme est loin de ne concerner que la jeunesse : plus l’âge augmente, moins il est perçu comme un problème social. « Certains ados sont peut-être perdus, mais les hommes de 40-50 ans ne sont pas plus doués quand il s’agit de la sphère intime et affective », insiste Aziga Billot, psychiatre à Toulouse et chercheuse au Centre de ressources en santé mentale pour la prévention des processus de radicalités violentes d’Occitanie.

    Une vague antiféministe comme nous en avons vécu d’autres, par le passé ? « Le masculinisme n’a rien de nouveau, on peut le faire remonter à l’Antiquité, analyse Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute et autrice du livre Le Péril masculiniste (HarperCollins, 256 pages, 19,90 euros ; version numérique 12,99 euros). Mais nous sommes face à une forme très radicale, avec l’apparition de #gourous qui vendent une image de la masculinité complètement faussée à des ados en pleine construction identitaire… Ça, c’est très nouveau. »

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  • Association Pour une M.E.U.F.
    https://www.pourunemeuf.org/quisommesnous

    Pour une M.E.U.F. (Pour une Médecine Engagée Unie et Féministe) est une association loi 1901 qui regroupe des soignant·es engagé·es dans la lutte contre le sexisme et toutes les autres discriminations dans le domaine de la santé et du soin. L’association a été fondée en 2017. Elle est financée par vos dons et adhésions.

  • Il y a quelques jours, un collègue masculin a fait une blague sexiste…

    Quand je lui ai dit que je ne la trouvais pas drôle et que cette phrase me semblait misogyne, il m’a répondu : « Relax, c’était juste une blague. »

    par Tova Leigh, sur Facebook

    Et c’est exactement ça le problème.

    La misogynie ne s’affiche généralement pas ouvertement.
    La plupart du temps, elle s’immisce avec un sourire.

    C’est la « blague » qui est censée vous faire rire.
    Le « commentaire » présenté comme inoffensif.
    C’est le moment où l’on attend de vous que vous ravaliez votre malaise pour que personne d’autre ne se sente mal à l’aise.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/06/02/des-propos-juges-sexistes-et-offensants-mais-non-sanctionnes/#comment-71417

    #feminisme #sexisme

  • écoute présentement le très récent entretien accordé par Gardin à Schneidermann — bien que le journaliste ne montre évidemment aucune hostilité à l’encontre de l’humoriste la causerie n’est pas très fluide, ça bafouille pas mal, Gardin semble un peu hébétée, elle se demande visiblement ce qu’elle fiche là. La conversation tourne beaucoup autour de la mise au placard de l’artiste suite à son fameux sketch pourtant parfaitement construit et en tout cas injustement controversé ; bien qu’en relative sécurité dans le programme « Arrêt sur images » Gardin ne se « défend » pas très bien, ce qui est parfaitement compréhensible puisqu’il est bien plus difficile de se justifier quand on est confrontée à des polémiques absurdes que ce le serait face à des accusations ne serait-ce qu’un tout petit peu fondées. Sans doute faudrait-il répondre à l’absurde par de l’absurde ou par de la démesure, ce que sa sidération face à la situation lui interdit de faire — bref ; ce dialogue n’est pas un monument d’éloquence et c’est un peu dommage.

    Maintenant il y a tout de même un truc qui turlupine la vieille Garreau : iels étaient deux, non, à jouer dans ce sketch ? Alors pourquoi diantre tout le monde est-il tombé sur le paletot de Gardin, et à peu près personne sur celui de Lompret ? Parce que suite à la saynète il n’a été banni de nulle part, lui, Lompret, il signe encore des contrats, il n’y a pas un pélo qui lui a demandé de faire un mea culpa, on ne l’a pas taxé de toutes les horreurs possibles et imaginables ? Alors pourquoi ?

    Ne cherchez pas midi à quatorze heures : comme d’habitude la réponse commence par « miso- » et se termine par « -gynie », évidemment.

    Après les ceusses se demandent pourquoi on devient des sales c****s.

  • Santé sexuelle : Sidaction s’alarme de la montée en puissance des discours masculinistes auprès des jeunes - Public Sénat
    https://www.publicsenat.fr/actualites/sante/sante-sexuelle-sidaction-salarme-de-la-montee-en-puissance-des-discours-

    31 % des 16-34 ans « se sentent plus puissants » sans préservatif

    66 % des jeunes hommes âgés de moins de 34 ans connaissent au moins un influenceur dit « masculiniste », et 37 % disent consulter ces contenus. Parmi ceux au fait de ces publications, plus d’un tiers les considère rassurantes sur leur manière « d’être un homme » (38 %), assure qu’elles leur donnent « une autre vision que celle portée par les féministes » (48 %), ou affirme qu’elles les ont inspirés à « mettre en pratique des conseils pour devenir un homme meilleur » (34 %). Plus alarmant encore, la moitié d’entre eux pense que ces discours disent « enfin la vérité » (51 %).

    • Les hommes et le masculinisme : péril sur la santé sexuelle - Sidaction
      https://www.sidaction.org/communique/sondage-opinionway-les-hommes-et-le-masculinisme

      Les résultats de l’enquête montrent que les hommes perçoivent un climat d’hostilité à leur encontre. 52% des hommes (16-59 ans) trouvent que la société s’acharne sur eux et 36% pensent qu’il est plus difficile d’être un homme qu’une femme dans la société française aujourd’hui. Pour 6 hommes sur 10, les médias caricaturent les hommes depuis Metoo (58%). Les répondants adoptent un discours victimaire : plus d’un homme sur 2 considère que les hommes sont trop souvent accusés de #violences_sexuelles exagérées ou mensongères (53%).

      La #virilité reste un marqueur normatif puissant. Un homme sur deux juge important d’être viril (51%) et ils sont autant à déplorer que les hommes ne le soient plus suffisamment (46%).

      Selon Florence Thune, directrice générale de Sidaction, « le sondage nous révèle que la virilité continue de jouer un rôle déterminant dans la construction identitaire des hommes. Et ce n’est pas sans conséquence sur leurs comportements sexuels puisqu’ils sont bien trop nombreux (40%) à penser qu’être un homme, c’est oser prendre des risques, y compris sexuels ».

      La virilité intervient directement dans la décision de porter un #préservatif ou non. 31% des 16-34 ans se sentent plus puissants quand ils ne portent pas de préservatif ou estiment que les femmes doivent respecter les hommes qui refusent d’en porter (32%). 1 jeune sur 6 pense que le préservatif est un signe de faiblesse (16%).

      Plus préoccupant encore : un homme sur dix (11%, et un jeune homme de 25-34 ans sur cinq, 18%) affirme comprendre le “#stealthing”, soit le fait qu’un homme retire son préservatif sans prévenir son/sa partenaire s’il estime qu’on le lui a imposé. Chez ceux qui adhèrent aux théories masculinistes, ils sont 34% à caut cautionner cette pratique répréhensible (+23 points par rapport à la moyenne).

      « Ces croyances envers les discours masculinistes fragilisent la prévention, augmentent les prises de risque, et déstabilisent profondément la culture du consentement, pourtant centrale dans la lutte contre le VIH et les autres infections sexuellement transmissibles » indique Florence Thune. « Il est inquiétant de voir qu’un tiers des jeunes hommes pensent que demander explicitement le #consentement « gâche la spontanéité » (37% pour les 16-34 ans) et ou qu’un homme ne peut être tenu responsable si la femme ne dit pas clairement “non” (35% pour les 16-34 ans) ».

      Les discours masculinistes s’articulent autour d’une #misogynie importante et une #domination violente. Les représentations à l’égard des femmes restent imprégnées de suspicion et de jugements négatifs : 43% des 16-34 ans pensent qu’une femme qui multiplie les partenaires « ne se respecte pas ». 1 jeune sur 4 pense qu’une femme positive au #VIH ou à une autre #IST est une femme qui a eu trop de partenaires sexuels (25%) ou qu’une femme qui exprime ouvertement son désir sexuel ne cherche pas vraiment à être respectée par les hommes (24%).

      Pour contrer l’influence de ces discours toxiques, dans un contexte où les découvertes de séropositivité chez les 15-24 ans ont augmenté de +41 % en 10 ans (selon les dernières données de Santé Publique France), où les IST augmentent et où l’usage du préservatif recule, Sidaction souligne l’urgence de renforcer l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). Les séances d’EVARS constituent aujourd’hui le levier le plus solide et le plus éprouvé pour lutter contre ces idées reçues, développer l’esprit critique et renforcer la prévention.

      Sidaction, avec Le Planning familial et SOS homophobie ont saisi le tribunal administratif de Paris pour faire respecter la loi de 2001 qui prévoit trois séances annuelles d’éducation à la sexualité pour les élèves, de l’école au lycée. Leur déploiement complet dans les établissements scolaires, conformément aux obligations légales, n’est plus seulement un enjeu éducatif : c’est un impératif de santé publique.

      Rapport OpinionWay détaillé en pdf :
      https://www.opinion-way.com/wp-content/uploads/2025/11/OpinionWay-pour-Sidaction-Les-hommes-et-le-masculinisme-Decembre-2025.p

    • https://www.ladn.eu/nouveaux-usages/your-body-my-choice-la-guerre-des-sexes-est-ouverte

      En détournant le slogan féministe « my body, my choice », le commentateur d’extrême droite Nick Fuentes, 26 ans, illustre la vitalité des thèses masculinistes aux États-Unis.

      https://www.lefigaro.fr/international/ton-corps-mon-choix-qui-est-nick-fuentes-cet-extremiste-americain-dont-le-s

      Nick Fuentes, de son vrai nom Nicholas Joseph Fuentes, est né le 18 août 1995 dans l’Illinois. Il se fait un nom dans le monde politique américain en 2022 lors d’une de ses conférences, nommée America First, dans laquelle il fait l’éloge d’Adolf Hitler en affirmant que les médias ont comparé Vladimir Poutine à l’ancien dictateur allemand « comme si ce n’était pas une bonne chose », rappelle le magazine Rolling Stone .

      https://rapecrisis.org.uk/get-informed/types-of-sexual-violence/what-is-stealthing

      The key points

      The definition or meaning of the word ’stealthing’ is when someone removes a condom during sex without the other person’s consent or lies about having put one on in the first place.
      Stealthing is rape under English and Welsh law. This means that someone who carries it out can be prosecuted for rape.
      Like all rape, stealthing is a very serious crime that carries a maximum sentence of life in prison.
      ’Stealthing’ is a slang word, not a legal term. The legal term for this act is ’rape’.

  • « Dans la bataille autour du Festival de la BD d’Angoulême, ce sont des autrices, souvent jeunes, qui portent la colère »
    Chronique
    auteur

    Michel Guerrin

    Rédacteur en chef au « Monde »

    Pourquoi les auteurs se sacrifient-ils en appelant au boycott de la manifestation en janvier ? En toile de fond figurent la paupérisation du métier (dont les autrices sont les premières victimes), une surproduction d’albums et un affrontement entre art et commerce, observe dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

    est-ce que qu’un ou quelqu’une aurais de quoi franchir le paywall de cet edito misogyne digne de VA svp ?

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/21/festival-de-la-bd-d-angouleme-ce-sont-des-autrices-souvent-jeunes-qui-porten

    • La bataille d’Angoulême cache aussi un bouleversement majeur dans la BD. Ce sont des autrices, souvent jeunes, qui portent la colère, au point que l’on parle non de boycott du festival, mais de « girlcott ». Ce n’est pas rien dans un métier traditionnellement masculin, mais où aujourd’hui les femmes sont autour de 40 %. C’est la journaliste Lucie Servin qui a lancé la fronde en publiant une enquête sur les dérives d’Angoulême dans L’Humanité Magazine du 23 janvier. C’est Anouk Ricard, lauréate du Grand Prix 2025 du festival, qui incarne le boycott, renonçant de fait à l’exposition dont elle doit bénéficier fin janvier. Ce sont 285 autrices qui signent un manifeste dans L’Humanité, dimanche 16 novembre, appelant à ne pas se rendre dans la Charente.

      La liste des doléances, formulée en écriture inclusive et en jargon militant par des « travailleuses de la bande dessinée », va largement au-delà de la direction du festival : établir une charte contre les violences et le harcèlement sexistes et sexuels, être associées aux décisions, promouvoir la diversité, mettre en place sur le site des crèches ou une cantine solidaire, impliquer le public, etc.

      Les autrices se sont affirmées en trois temps forts à Angoulême. En 2016, elles ont dit leur indignation quand fut révélée une liste de 30 auteurs pouvant postuler au Grand Prix – que des hommes. En 2023, elles ont obtenu l’annulation d’une exposition de Bastien Vivès en l’accusant de faire l’apologie de la pédocriminalité dans des albums. Depuis janvier, elles militent aux côtés d’une salariée du festival qui a déposé plainte pour un viol présumé lors de l’édition 2024 et qui fut ensuite licenciée.
      Ce combat touche finalement à la philosophie du festival. Frondeurs et frondeuses veulent un Angoulême qui soit un « bien commun », gratuit et échappant à toute logique marchande, alors que le modèle économique de la manifestation repose pour moitié sur la subvention, mais aussi sur la billetterie et la présence de gros éditeurs payant des stands au prix fort.

      Net recul du marché

      Le combat entre art et commerce, maintes fois répété dans la culture, dit un mal plus profond : une paupérisation des auteurs et des autrices, non sans lien avec une inflation affolante du nombre d’albums publiés en France : 300 en 1983 ; 4 000 il y a dix ans ; autour de 7 000 en 2023. Oui, 7 000, dont beaucoup de mangas, mais, surtout, un public qui est très loin de suivre le mouvement. Et si le marché de la BD a explosé depuis les années 2010, il est en net recul depuis deux ans, creusant un peu plus le fossé entre Astérix en Lusitanie (Hachette, 48 pages, 10,90 euros), en librairie depuis le 23 octobre et qui a dépassé le million d’exemplaires en trois semaines, et l’immense majorité de la production.

      Les responsables de cette inflation sont les écoles d’art, qui ont multiplié les formations à la BD, donnant l’illusion d’un métier facile. Les éditeurs aussi, qui ont publié jusqu’à plus soif des albums médiocres et à bas coût afin de ne pas louper la perle providentielle, mais aux ventes marginales. « On a créé une bulle inflationniste », nous dit le scénariste Benoît Peeters. Ce dernier est le coauteur d’une enquête auprès de 1 200 auteurs de BD, qui sortira en janvier, dix ans après la précédente. Elle montrera une inquiétante dégradation de leurs revenus, surtout pour les autrices.

      La fronde d’Angoulême est celle d’un prolétariat culturel, que l’on retrouve ailleurs – les livres en général, le théâtre ou le cinéma –, qui ne veut pas entendre parler de surproduction et demande que la subvention publique corrige la rude loi du marché. C’est tout le contraire qui se profile. Rachida Dati, la ministre de la culture, vient par exemple d’annoncer une réduction de 60 % de la subvention de l’Etat au festival. A partir de là, les autrices accepteront-elles de transiger afin qu’Angoulême ne meure pas ? C’est la question.

  • La féminisation « empêchée » des filières informatiques et numériques en écoles d’ingénieurs - Un découragement scolaire lié aux violences sexistes et sexuelles | Marion Flécher, Éducation & formations, 2025
    https://shs.cairn.info/revue-education-formations-2025-1-page-29

    Les chiffres témoignent en effet du caractère « transgressif » de cette orientation scolaire qui ne revêt pas le même sens pour les garçons et les filles. Alors que les premiers vont être principalement découragés par un membre du corps enseignant (75 % des hommes des filières numériques contre 59 % des femmes) sur des motifs liés à leur niveau scolaire (49 % des hommes ont répondu avoir entendu des arguments du type : « tu n’as pas le niveau, c’est trop difficile », contre 38 % des femmes), les #filles, qui ont de meilleurs résultats scolaires, vont être plus souvent découragées par leur entourage familial (36 % des femmes interrogées contre 20 % des hommes) à travers des arguments qui ont trait à l’hostilité potentielle du milieu (« ce n’est pas un métier de femmes » ; « le milieu où tu vas te retrouver sera hostile »).

    Si les politiques éducatives échouent à créer plus de mixité, c’est donc peut-être parce qu’elles prennent peu en compte le fait que l’entourage familial veut protéger les filles de ce milieu masculin – et qu’il a de bonne raison de le faire. Car si le fait d’être « rares » peut constituer un avantage permettant à certaines femmes de tirer leur épingle du jeu (Collet & Mosconi, 2010 ; Lemarchant, 2017 ; Flécher, 2024), plusieurs travaux soulignent combien il peut être difficile, pour les femmes, de faire leur place dans un entre-soi masculin marqué par l’humour grivois et les blagues à caractère sexuel (Gallioz, 2007 ; Pruvost, 2007 ; Zolesio, 2009).

    [...]

    Conclusion
    Si les #femmes sont globalement sous-représentées dans les filières techniques et scientifiques, toutes les disciplines ne sont pas touchées de la même manière. Pourtant, ce n’est pas par manque de curiosité ou de goût pour la discipline que les femmes se dirigent moins souvent vers les filières les plus techniques et formelles comme la physique ou l’#informatique et le numérique. L’enquête révèle qu’il s’agit bien plutôt d’une affaire de découragements multiples : non seulement les femmes sont moins encouragées (par leur socialisation familiale, les enseignants et enseignantes ou par le manque de figures d’identification féminines) à s’orienter dans ces filières, mais elles y sont même explicitement découragées par leur entourage proche, notamment en ce que ces filières constitueraient un milieu hostile pour les femmes. Cet argument n’est pas complètement sans fondement puisque les situations de #sexisme et de harcèlement sexuel sont effectivement plus fréquentes que dans les autres filières et que les écoles communiquent peu sur les dispositifs de signalement qui existent pour reporter des situations problématiques et pour protéger les femmes des possibles répercussions. Les défis de la féminisation de ces filières sont donc à la fois antérieurs aux choix d’orientation, tant ils sont ancrés dans des #stéréotypes de genre fortement intériorisés, mais résident aussi dans le manque de prise en charge, par les institutions qui forment les femmes à ces disciplines, des violences sexistes et sexuelles [#vss] qui y sévissent et qui semblent continuer à en faire des environnements masculins défavorables aux femmes (Dupuy & Sarfati, 2024). Aussi peut-on raisonnablement supposer que tant que les écoles ne deviendront pas des endroits plus sûrs pour les filles, peu de choses évolueront.

  • L’homme, un hystérique comme un autre (Le Monde diplomatique, octobre 2025)
    https://www.monde-diplomatique.fr/mav/203/A/68764

    Sans doute lassé de la monotonie des affections classiques du système nerveux, Jean- Martin Charcot (1825-1893) se lance dans l’étude de l’#hystérie (du mot grec « utérus ») à partir des années 1870. Si ses observations finissent par le mener dans une impasse, elles lui permettront d’affirmer que ce trouble n’est pas l’apanage des femmes, contrairement à ce qui était proclamé depuis Hippocrate. Elles contribuent aussi à dissiper le soupçon de simulation qui pèse sur les malades en crise. Sommité médicale et personnage mondain, ce précurseur de la neurologie moderne dont Sigmund Freud fut le stagiaire donne chaque mardi à la Salpêtrière des cours cliniques mettant en scène des malades devant un auditoire mêlant médecins, artistes, journalistes ou magistrats. Le texte ci-dessous est un extrait de sa leçon du 13 décembre 1887. MM. Blin, Charcot et Colin, Leçons du mardi à la Salpêtrière. Notes de cours, 1887-1888, Librairie Delahaye et Lecrosnier, Paris, 1889..

    "J’ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur"
    Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu.

    L’étymologie est trompeuse : l’hystérie n’est pas une question d’organe, elle est psychique. Il faut donc aller cherche ailleurs le sexisme de la psychanalyse.

    #hystérie_masculine #psychiatrie #psychanalyse #histoire

    • Oui, c’est très malheureusement payant, comme tout le dossier psychiatrie (qui ne doit pas contenir que des âneries) publié par le MD, et je le trouve pas. Dommage.

      De ce fait, j’ai cherché ailleurs pour me rafraîchir la mémoire quant à l’accusation erronée faite à la psychanalyse à ce propos.

      On trouve par exemple, dans la Revue française de psychanalyse, L’hystérie masculine entre mythes et réalités, par Jean-François Rabain
      https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452294q.image.r=revue+française+de+psychanalyse.f47.pagination.lan

      L’hystérie masculine (féminine), Gérard Pommier
      https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2014-1-page-81

      L’hystérie est le régime de croisière de la névrose, celle des hommes comme celle des femmes, et son importance égale du côté masculin n’est reconnue que depuis peu.

      Socrate, Hamlet, Hegel, Dostoïevski, hystériques :

      L’Hystérie masculine (non signé, sur un site qui parait ... jungien)
      https://www.psychaanalyse.com/pdf/freud_L_Hysterie_masculine.pdf

      Pour clore une liste qui pourrait être bien plus longue, un type sérieux
      L’hystérique invente la psychanalyse, Jacques Sédat
      https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2014-1-page-113

      Mais bien sur on pourra aller répétant au nom d’un scientisme hors de propos (et dont Freud fut lui aussi le jouet à force de vouloir assurer le droit à l’existence de la psychanalyse) que la psychanalyse est un charlatanisme, voire que ce dernier est plus réactionnaire encore que d’autres, en toute ignorance de sa diversité, de ses critiques internes, de ses transformations.

      J’ai publié ce seen car je trouvait rigolo de voir comment la mention d’une étymologie (d’ailleurs mal établie dans ce cas, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Hystérie) pouvait passer pour le fin du fin, comme cela peut être le cas dans divers milieux à propos du travail, sempiternellement ramené au tripalium.

      #névrose #identification_hystérique

    • Ah mais ça reste aussi une insulte, une manière de discréditer des femmes, potentiellement disponible contre toutes les femmes (qu’elles se tiennent à carreau).

      Quant à la psychiatrie du XIXeme, elle concernait nombre de femmes, y compris pauvres (la souffrance psychique comme l’anormalité ne sont pas des luxes de bourgeois).

      Celles qui sortent et celles qui restent. « Carrières asilaires » des femmes internées dans les asiles en France au xixe siècle, Le paradoxe des sureffectifs féminins au xixe siècle
      https://journals.openedition.org/clio/18399#tocfrom1n1

      Le fait notoire est que les #femmes sont dans ces colonnes en proportions plus importantes que les hommes. Je propose d’appeler « paradoxe des sureffectifs féminins » le double fait que les femmes entrent chaque année à l’asile en moins grand nombre que les hommes, avec 46 % à 49 % des effectifs à l’admission, alors qu’elles constituent la majorité des effectifs en traitement, de 51 % à 55 % selon les années. Les sureffectifs se fabriquent à l’asile, et chez les femmes de façon plus particulière.

      Pour ce qui est du fric et de la psychanalyse, il a existé diverses tentatives de tarification variable des séances d’analyse, jusqu’à la gratuité, dès les débuts de celle-ci (en finançant les séances à bas prix par les séances coûteuses). On est bien sûr très loin de ça aujourd’hui, même si de micro réseau de psys ont tenté jusqu’à il y a peu de maintenir de telles pratiques.

    • Le fait que la psychanalyse défende encore l’usage de cette injure misogyne est révélateur du sexisme qui perdure dans la discipline. Dans les branches moins réactionnaires de la psychologie on a abandonné ce diagnostique vague et injurieux pour un vocabulaire plus précis et moins sexiste.

      En psychiatrie américaine (APA) et au niveau international, la notion d’hystérie ne fait plus partie des classifications médicales modernes comme celles du DSM (DSM-V-TR) et de la classification internationale des maladies (CIM-11). Elle y est dispersée dans les catégories trouble de conversion , trouble de la personnalité histrionique et trouble somatoforme . De nombreuses controverses existent quant à l’existence même de l’hystérie en tant que réalité scientifique.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyst%C3%A9rie

      #misogynie #sexisme #hystérie #backlash #déni

    • Sauf que la psychanalyse est précisément un progrès par rapport à la superficialité de la psychologie. Ce que bien évidement l’APA (utilitarisme, orthopédie mentale, une psychanalyse médicalisée, réservée aux médecins ! ) a toujours refusé, faisant régresser aux USA et ailleurs la psychanalyse vers une psychologie comportementaliste (ben oui, Mr Jones, something is happening here and you don’t know what it is).
      On s’en tient aux symptômes, sans analyse des causes, donc y compris des causes sociales, puisqu’il faut contre les visons uniformisantes de « la » psychanalyse insister sur des critiques internes aux catégories dominantes de la psychanalyse, dont le complexe d’Oedipe, cf la sortie du familialisme proposée par Guattari, l’empreinte occidentale, voir les tentatives de psychanalyse décoloniale, hétéronormée, etc.)

      L’orientation prétendument « athéorique » du DSM juge sa classification. Celle-ci relève d’une nomenclature fondamentalement pharmacologique (industrie pharma et santé comme industrie) largement dépendante de son articulation avec le fonctionnement des assurances privées de santé.

      E. Zarifian : « Le symptôme est apparemment univoque pour celui qui ne le considère que d’une manière comptable ; et c’est à cette dimension comptable que conduit l’usage du DSM. La situation devient caricaturale : on réduit la souffrance d’un être unique à un symptôme, décrit dans un catalogue et on ignore son contexte social ou personnel »[41].

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux

      Quant à l’étymologie du terme hystérie, quel que soit par ailleurs son usage injurieux, ne désigne pas nécessairement un élément féminin de l’anatomie, mais une puissance qui agit indépendamment de la conscience.

      sur wiki, à nouveau
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Hystérie

      Peut-être [le terme hystérie se] rattache-t-il à une racine indoeuropéenne concernant « ce qui est en arrière » (→ hysterisis), ce qui se retrouverait en anglais dans out « dehors » ; le sens fait difficulté comme pour le sanskrit úttara « ce qui est au-dessus ». Quant au rapport avec le nom du ventre (uderos en grec, udaram en sanskrit) , il n’est pas éclairci[2].

      Rien n’oblige à adopter une vision organiciste et fonctionnaliste de la psyché, fut il "neuro-scientifique. Tel est l’apport de la psychanalyse avec lequel notre société tente d’en finir.

    • Lire l’inconscient machinique avec Jean_Claude Polack : schizoanalyse et inconscient machinique
      https://chaire-philo.fr/lire-linconscient-machinique-avec-jean-claude-polack-schizoanalyse-et-i

      “La thèse de la schizo-analyse est simple : le désir est machine, synthèse de machine, agencement machinique, — machine désirante. Le désir est de l’ordre de la production, toute production est à la fois désirante et sociale. Nous reprochons donc à la psychanalyse d’avoir écrasé cet ordre de la production, de l’avoir reversé dans la représentation” (L’anti_Oedipe, p. 356).

      #vidéo #schizoanalyse #inconscient_machinique #Félix_Guattari

    • Un inédit du grand méchant Freud : Freud, critique de la raison neurologique (1885-1896)
      https://www.editions-eres.com/ouvrage/5472/freud-critique-de-la-raison-neurologique-1885-1896

      Un ouvrage qui retrace les prémices, le développement et la poursuite de la démarche engagée par Freud dans « Introduction critique à la neuropathologie », traduite et commentée ici.

      En quoi la formation scientifique de Freud le préparait-elle à ouvrir le champ d’une science nouvelle et à quels moyens eut-il recours pour cela ?

      À Paris, Freud engage en 1885, dans l’enthousiasme de sa rencontre avec Charcot, l’écriture d’un texte théorique d’envergure dont le titre envisagé reflète l’audace et l’ambition : « Critique de la raison neurologique ». Il ne put mener le projet à son terme et en offrit une ébauche en 1887 à Wilhelm Fließ qui s‘en fit le conservateur. Ce premier jalon d’un geste théoricien, qui ne devait plus cesser, restera inédit jusqu’à sa publication en 2012, accompagnée d’un texte de Katja Guenther dévoilant son importance et le contexte de de son écriture, dans la revue d’histoire de la psychanalyse Luzifer-Amor.

      Thierry Longé permet au lecteur français de prendre connaissance de ces documents resitués dans l’esprit du temps, les connaissances accumulées et les théories élaborées à l’époque du défrichement freudien d’un champ nouveau de connaissances.
      Il lui offre ainsi la possibilité d’approcher la dimension critique dont Freud use pour penser avec et contre les deux géants de la neurologie de son époque, Theodor Meynert, père de l’anatomie cérébrale viennoise, Jean-Martin Charcot, premier titulaire d’une chaire de neurologie dans le monde.

      L’ « Introduction critique » trouve son prolongement dans le texte, également traduit, de la partie anatomique de l’article sur le cerveau que Freud rédige anonymement pour l’Encyclopédie médicale de Villaret en 1888.

      #neurologie #ontogénèse

  • #Typhaine_D : quand la #justice décortique la violence masculine en ligne

    Neuf hommes ont été jugés, ce 17 septembre, par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, après une vague de #cyberharcèlement subie par l’artiste Typhaine D. Récit.

    Qui aurait pu penser que l’#écriture_inclusive pouvait mener au #tribunal ? Sûrement pas l’artiste Typhaine D. « Au bucher ! Sorcière ! », « Il faut la piquer », « Je déboiterai bien une bonne féministe », « Sale pute de Femen, le seul mot féminin que tu dois connaitre c’est ‘cuisine’ » (sic)… Des messages comme ceux-là, Typhaine D en a reçu des milliers en juillet 2022, après avoir participé à une émission du Crayon.

    Le média en ligne avait publié un très court extrait de la vidéo sur les #réseaux_sociaux – manifestement pour créer la polémique –, dans lequel Typhaine D défendait l’usage de la #Féminine_universelle, une version de la #langue_française féminisée, pensée pour sensibiliser à l’usage excessif du masculin « neutre ». Un extrait, et une vague de harcèlement en ligne. Un an après le début des insultes, des incitations au viol et au meurtre, l’artiste a porté plainte contre X, et onze hommes ont été retrouvés.

    Évolution de la justice

    Les #procès comme celui-ci sont encore peu nombreux en France. Les politiques peinent encore à encadrer les dérives des grandes plateformes – en témoigne la dernière commission d’enquête parlementaire sur TikTok –, et la justice à du mal à suivre le rythme des flots de #haine_en_ligne. D’après une étude Ipsos, 70 % des plaintes déposées pour des faits de #harcèlement_en_ligne n’ont donné lieu à aucune poursuite. Pour pouvoir faire comparaître des prévenus, encore faut-il avoir les moyens de les identifier.

    Fait encore plus rare : lorsqu’elle arrive au commissariat de son quartier pour porter plainte, Typhaine D est directement reconnue par les officiers. Ils avaient repéré la vague de cyberharcèlement, et s’attendaient à ce qu’elle se présente. « Je voudrais remercier l’ensemble des personnes qui ont participé à l’enquête parce que j’ai toujours été prise au sérieux, et ça m’émeut beaucoup », déclare la plaignante lors du procès, étonnée d’avoir été prise au sérieux. Et pour cause : 86 % des plaintes pour des faits de #violences_sexistes_et_sexuelles sont classées sans suite en France.

    Depuis 2020 aussi, le tribunal de Paris est doté d’un pôle contre la haine en ligne. Cette instance décortique les mécanismes spécifiques aux délits en ligne pour les juger au mieux. C’est son vice-président qui sera procureur dans ce procès.

    Des visages derrière les adresses IP

    Onze hommes donc, mais seulement six, ce 17 septembre, sur le banc des prévenus. Trois d’entre eux ne se sont pas présentés et seront jugés en leur absence. Deux étaient mineurs au moment des faits, et seront jugés séparément. Les six présents – d’âges, de professions, de régions différentes –, se parlent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ces hommes, ces « #Monsieur-tout-le-monde », sont les visages de la violence masculine en ligne. Le visage de Typhaine D, les accusés le connaissent par cœur. Ils l’ont eux-mêmes partagé ou commenté sur les réseaux sociaux. Elle, les découvre.

    Tous sont accusés de harcèlement en ligne à caractère sexiste. Plusieurs d’entre eux, qui avaient formulé des appels au suicide ou au meurtre, sont aussi poursuivis pour provocation publique à commettre un #crime. « Quand je disais qu’il fallait la pousser sous un train, c’était du second degré. C’était pas concret, je n’imaginais pas que d’autres pouvaient avoir l’image », se défend Mattéo M., boulanger de 25 ans.

    Certains admettent avoir été entraînés dans le flot d’#insultes. D’autres rejettent la faute sur les réseaux sociaux, qui leur auraient proposé ces vidéos au hasard. Signe que la justice commence à prendre conscience des mécanismes des violences sexistes, le président et le procureur soulignent le fonctionnement des #algorithmes : sur les réseaux sociaux, plus on consomme de contenus sexistes, plus on nous en propose.

    Chacun des accusés donne l’impression de s’être senti protégé par l’#anonymat que procure #internet. « Il y a cet effet de meute sur les réseaux : face à un discours clivant, il y a un #effet_de_groupe, on a l’impression que notre #responsabilité est diminuée », reconnaît Robin K., 31 ans. Lui, admet avoir été pris dans une #bulle_numérique pendant des années, avoir consommé et commenté des contenus sur les réseaux sociaux à longueur de journée, ne minimise pas les faits, et soigne ses traumatismes d’enfance en thérapie depuis un an.

    Son avocat souligne cette évolution qui ne transparaît pas chez les autres prévenus : « Plus de trois ans après les faits, il s’est passé des choses dans sa vie. (…) À l’époque, il était bloqué dans une sphère négative. Les sociologues qui travaillent sur le sujet documentent très bien ce phénomène. »

    Du #sexisme au #masculinisme

    L’une des circonstances aggravantes des accusations qui pèsent sur les prévenus, c’est le caractère sexiste du harcèlement. Dehors, sur le parvis du tribunal, une petite centaine de militant·es et de personnalités publiques – l’actrice Anna Mouglalis, la députée Sandrine Rousseau, la sénatrice Laurence Rossignol ou encore le fondateur de Mouv’Enfants Arnaud Gallais – sont venu·es, à l’appel des collectifs féministes, soutenir la plaignante. Les réseaux sociaux servent à ça aussi.

    À l’intérieur de la salle d’audience, l’ambiance est plutôt à la négation des violences sexistes. « Salope », « sorcière », « demie folle » (sic)… Malgré la dimension misogyne indéniable des insultes utilisées, tous les accusés le martèlent : ils ne sont pas sexistes. « ‘Folle’, ça n’a pas de connotation sexiste. On dira aussi d’un homme qu’il est fou », conteste une avocate de la défense.

    Jonathan L., 38 ans, affirme qu’il soutient les femmes : la gestion de la salle de sport dont il est propriétaire, il l’a « même confiée à une femme, qui travaille mieux que certains hommes ». Il se présente comme un amoureux de la littérature, et justifie son commentaire – « Au bucher ! Sorcière ! » – par la défense de langue française, en réaction à l’#écriture_féministe prônée par Typhaine D. Ses livres de chevet ? Des manuels d’entrepreneurs, la biographie de Jean-Luc Mélenchon, et le dernier livre de Philippe De Villiers.

    Allant à rebours des arguments de la défense, le procureur souligne plusieurs fois l’importance de considérer la dimension sexiste des insultes, et demande même au tribunal de l’étendre à certains prévenus qui n’étaient pas concernés par cette circonstance aggravante. Il requiert, pour tous, des peines d’emprisonnement de plusieurs mois assorties d’un sursis, et des amendes allant de 1 000 € à 3 000 €.

    À travers l’examen de l’attitude de chacun des prévenus, il semble se dessiner l’échelle du continuum des violences sexistes. L’un d’eux, Tommy P., 40 ans, minimise l’ampleur des féminicides et pointe du doigt le #féminisme lors de sa garde-à-vue : « C’est pas les bonnes femmes qui sont féminicidées », « les Femen devraient faire un tour en prison », « l’hypocrisie est un mot féminin »… Sur les six accusés présents, c’est le seul qui ne formulera pas de remords. Son code pénal à lui : les règles d’utilisation de Facebook, qu’il assure respecter.

    Au cours de sa déposition, on découvre qu’il passe énormément de temps en ligne, à poster des messages sur des groupes Facebook, qu’il vit seul avec sa mère, et qu’il est passionné d’armes à feu. La mouvance masculiniste incel ne sera pas évoquée, mais son ombre plane au-dessus de l’audience. Un frisson parcours la salle. C’est Me De Filippis-Abate, avocate de Typhaine D, qui mettra des mots sur la réaction épidermique de beaucoup de femmes du public après la déposition de Tommy P. : « Je pense que toutes les femmes ici ont peur que ce monsieur nous tue. »

    https://www.politis.fr/articles/2025/09/justice-affaire-typhaine-d-quand-la-justice-decortique-la-violence-masculine
    #masculin_neutre #condamnation

  • Deuxième #rapport Le #sexisme dans la #publicité française
    (sorti en 2023, ici pour archivage)

    Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) publie le deuxième rapport de son Observatoire de la Publicité Sexiste intitulé Le sexisme dans la publicité française, 2022-2023. Ce rapport fait suite à une première version publiée en 2021 et montre que les mauvaises pratiques constatées à l’époque restent de mise, voire se renforcent. L’autorégulation publicitaire est un échec : la publicité française contribue à perpétuer les stéréotypes et les injonctions de genre les plus ridicules et les plus violentes.

    De mars 2022 à mars 2023, R.A.P. a mis en ligne un formulaire permettant aux citoyen·nes de dénoncer et documenter des #publicités_sexistes subies dans leur quotidien. En un an, sur 285 contributions provenant de toute la France, 87 % ciblent le genre féminin. L’analyse précise de ces contributions montre que les techniques et les mises en scène observées entre 2019 et 2020 restent utilisées par le secteur publicitaire. Les secteurs d’activité les plus représentés sont ceux de l’#habillement et de la #parfumerie (55 %) ainsi que l’#hygiène et la #beauté (18,5 %) qui constituent à eux seuls presque trois-quart des publicités jugées sexistes dans l’échantillon. Cette prédominance annonce déjà le rôle de l’esthétisme et de l’apparence dans le « #publisexisme ».

    L’ensemble des #stéréotypes et #injonctions_sexistes véhiculés par la publicité est majoritairement propagé par les #images, quoique des #slogans sexistes continuent d’être diffusés. Des #femmes_sexualisées, y sont représentées dans des postures de #séduction et/ou de #soumission. Elles y apparaissent en général comme mises à nues, fragmentées, infantilisées, érotisées, et réduites à être traités comme des objets plutôt que comme des sujets, Les #corps représentés répondent aux mêmes #normes_discriminantes (#minceur, #blanchité, #jeunesse, #épilation) et/ou irréalistes (par l’emploi de mannequins et le recours systématique à la #retouche_photographique) que précédemment. Quand, parfois, des corps moins normés sont représentés, c’est pour être soumis à de semblables traitements sexualisants. Les #hommes restent dans le rôle du sachant, fort et protecteur. Autres éléments, le modèle du #couple est systématiquement hétéronormé et le partage des tâches toujours aussi genré.

    Face à ces #abus persistants, le rapport conclut que les mesures censées réguler l’industrie publicitaire sont insuffisantes : mentions légales, chartes de bonne conduite et instances d’ « autorégulation » échouent à filtrer ou contrebalancer ces campagnes. C’est pourquoi R.A.P. préconise la création d’une autorité indépendante, dotée de réels pouvoir de régulation ; l’inscription de l’interdiction du sexisme publicitaire dans la loi ; l’#interdiction de la #représentation_des_corps (entiers ou morcelés, humains ou humanoïdes, réalistes ou caricaturés) en publicité. « Face à un publisexisme qui se perpétue et s’accommode de toutes les chartes ou comités d’éthique, il nous faut des lois. Si la publicité prétend nous transmettre des informations sur des produits, ce sont les produits qu’elle doit montrer », déclare Jeanne Guien, porte parole de R.A.P.

    https://antipub.org/rapport-sexisme-dans-la-publicite-francaise-2
    #France