• #Intersectionnalité : une #introduction (par #Eric_Fassin)

    Aujourd’hui, dans l’espace médiatico-politique, on attaque beaucoup l’intersectionnalité. Une fiche de poste a même été dépubliée sur le site du Ministère pour purger toute référence intersectionnelle. Dans le Manuel Indocile de Sciences Sociales (Copernic / La Découverte, 2019), avec Mara Viveros, nous avons publié une introduction à ce champ d’études. Pour ne pas laisser raconter n’importe quoi.

    « Les féministes intersectionnelles, en rupture avec l’universalisme, revendiquent de ne pas se limiter à la lutte contre le sexisme. »

    Marianne, « L’offensive des obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité », 12 au 18 avril 2019

    Une médiatisation ambiguë

    En France, l’intersectionnalité vient d’entrer dans les magazines. Dans Le Point, L’Obs ou Marianne, on rencontre non seulement l’idée, mais aussi le mot, et même des références savantes. Les lesbiennes noires auraient-elles pris le pouvoir, jusque dans les rédactions ? En réalité si les médias en parlent, c’est surtout pour dénoncer la montée en puissance, dans l’université et plus largement dans la société, d’un féminisme dit « intersectionnel », accusé d’importer le « communautarisme à l’américaine ». On assiste en effet au recyclage des articles du début des années 1990 contre le « politiquement correct » : « On ne peut plus rien dire ! » C’est le monde à l’envers, paraît-il : l’homme blanc hétérosexuel subirait désormais la « tyrannie des minorités ».

    Faut-il le préciser ? Ce fantasme victimaire est démenti par l’expérience quotidienne. Pour se « rassurer », il n’y a qu’à regarder qui détient le pouvoir dans les médias et l’université, mais aussi dans l’économie ou la politique : les dominants d’hier ne sont pas les dominés d’aujourd’hui, et l’ordre ancien a encore de beaux jours devant lui. On fera plutôt l’hypothèse que cette réaction parfois virulente est le symptôme d’une inquiétude après la prise de conscience féministe de #MeToo, et les révélations sur le harcèlement sexiste, homophobe et raciste de la « Ligue du Lol » dans le petit monde des médias, et alors que les minorités raciales commencent (enfin) à se faire entendre dans l’espace public.

    Il en va des attaques actuelles contre l’intersectionnalité comme des campagnes contre la (supposée) « théorie du genre » au début des années 2010. La médiatisation assure une forme de publicité à un lexique qui, dès lors, n’est plus confiné à l’univers de la recherche. La polémique a ainsi fait entrevoir les analyses intersectionnelles à un public plus large, qu’articles et émissions se bousculent désormais pour informer… ou le plus souvent mettre en garde. Il n’empêche : même les tribunes indignées qui livrent des noms ou les dossiers scandalisés qui dressent des listes contribuent, à rebours de leurs intentions, à établir des bibliographies et à populariser des programmes universitaires. En retour, le milieu des sciences sociales lui-même, en France après beaucoup d’autres pays, a fini par s’intéresser à l’intersectionnalité – et pas seulement pour s’en inquiéter : ce concept voyageur est une invitation à reconnaître, avec la pluralité des logiques de domination, la complexité du monde social.

    Circulations internationales

    On parle d’intersectionnalité un peu partout dans le monde – non seulement en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi en Amérique latine, en Afrique du Sud ou en Inde. Il est vrai que le mot vient des États-Unis : c’est #Kimberlé_Crenshaw qui l’utilise d’abord dans deux articles publiés dans des revues de droit au tournant des années 1990. Toutefois, la chose, c’est-à-dire la prise en compte des dominations multiples, n’a pas attendu le mot. Et il est vrai aussi que cette juriste afro-américaine s’inscrit dans la lignée d’un « #féminisme_noir » états-unien, qui dans les années 1980 met l’accent sur les aveuglements croisés du mouvement des droits civiques (au #genre) et du mouvement des femmes (à la #race).

    Cependant, ces questions sont parallèlement soulevées, à la frontière entre l’anglais et l’espagnol, par des féministes « #chicanas » (comme #Cherríe_Moraga et #Gloria_Anzaldúa), dans une subculture que nourrit l’immigration mexicaine aux États-Unis ou même, dès les années 1960, au Brésil, au sein du Parti communiste ; des féministes brésiliennes (telles #Thereza_Santos, #Lélia_Gonzalez et #Sueli_Carneiro) développent aussi leurs analyses sur la triade « race-classe-genre ». Bref, la démarche intersectionnelle n’a pas attendu le mot intersectionnalité ; elle n’a pas une origine exclusivement états-unienne ; et nulle n’en a le monopole : ce n’est pas une « marque déposée ». Il faut donc toujours comprendre l’intersectionnalité en fonction des lieux et des moments où elle résonne.

    En #France, c’est au milieu des années 2000 qu’on commence à parler d’intersectionnalité ; et c’est d’abord au sein des #études_de_genre. Pourquoi ? Un premier contexte, c’est la visibilité nouvelle de la « #question_raciale » au sein même de la « #question_sociale », avec les émeutes ou révoltes urbaines de 2005 : l’analyse en termes de classe n’était manifestement plus suffisante ; on commence alors à le comprendre, pour les sciences sociales, se vouloir aveugle à la couleur dans une société qu’elle obsède revient à s’aveugler au #racisme. Un second contexte a joué un rôle plus immédiat encore : 2004, c’est la loi sur les signes religieux à l’école. La question du « #voile_islamique » divise les féministes : la frontière entre « eux » et « nous » passe désormais, en priorité, par « elles ». Autrement dit, la différence de culture (en l’occurrence religieuse) devient une question de genre. L’intersectionnalité permet de parler de ces logiques multiples. Importer le concept revient à le traduire dans un contexte différent : en France, ce n’est plus, comme aux États-Unis, l’invisibilité des #femmes_noires à l’intersection entre féminisme et droits civiques ; c’est plutôt l’hypervisibilité des #femmes_voilées, au croisement entre #antisexisme et #antiracisme.

    Circulations interdisciplinaires

    La traduction d’une langue à une autre, et d’un contexte états-unien au français, fait apparaître une deuxième différence. Kimberlé Crenshaw est juriste ; sa réflexion porte sur les outils du #droit qu’elle utilise pour lutter contre la #discrimination. Or aux États-Unis, le droit identifie des catégories « suspectes » : le sexe et la race. Dans les pratiques sociales, leur utilisation, implicite ou explicite, est soumise à un examen « strict » pour lutter contre la discrimination. Cependant, on passe inévitablement de la catégorie conceptuelle au groupe social. En effet, l’intersectionnalité s’emploie à montrer que, non seulement une femme peut être discriminée en tant que femme, et un Noir en tant que Noir, mais aussi une femme noire en tant que telle. C’est donc seulement pour autant qu’elle est supposée relever d’un groupe sexuel ou racial que le droit peut reconnaître une personne victime d’un traitement discriminatoire en raison de son sexe ou de sa race. Toutefois, dans son principe, cette démarche juridique n’a rien d’identitaire : comme toujours pour les discriminations, le point de départ, c’est le traitement subi. Il serait donc absurde de reprendre ici les clichés français sur le « communautarisme américain » : l’intersectionnalité vise au contraire à lutter contre l’#assignation discriminatoire à un groupe (femmes, Noirs, ou autre).

    En France, la logique est toute différente, dès lors que l’intersectionnalité est d’abord arrivée, via les études de genre, dans le champ des sciences sociales. La conséquence de cette translation disciplinaire, c’est qu’on n’a généralement pas affaire à des groupes. La sociologie s’intéresse davantage à des propriétés, qui peuvent fonctionner comme des variables. Bien sûr, on n’oublie pas la logique antidiscriminatoire pour autant : toutes choses égales par ailleurs (en l’occurrence dans une même classe sociale), on n’a pas le même salaire selon qu’on est blanc ou pas, ou la même retraite si l’on est homme ou femme. Il n’est donc pas ou plus possible de renvoyer toutes les explications à une détermination en dernière instance : toutes les #inégalités ne sont pas solubles dans la classe. C’est évident pour les femmes, qui appartiennent à toutes les classes ; mais on l’oublie parfois pour les personnes dites « non blanches », tant elles sont surreprésentées dans les classes populaires – mais n’est-ce pas justement, pour une part, l’effet de leur origine supposée ? Bien entendu, cela ne veut pas dire, à l’inverse, que la classe serait soluble dans une autre forme de #domination. En réalité, cela signifie simplement que les logiques peuvent se combiner.

    L’intérêt scientifique (et politique) pour l’intersectionnalité est donc le signe d’une exigence de #complexité : il ne suffit pas d’analyser la classe pour en avoir fini avec les logiques de domination. C’est bien pourquoi les féministes n’ont pas attendu le concept d’intersectionnalité, ni sa traduction française, pour critiquer les explications monocausales. En France, par exemple, face au #marxisme, le #féminisme_matérialiste rejette de longue date cette logique, plus politique que scientifique, de l’« ennemi principal » (de classe), qui amène à occulter les autres formes de domination. En 1978, #Danièle_Kergoat interrogeait ainsi la neutralisation qui, effaçant l’inégalité entre les sexes, pose implicitement un signe d’égalité entre « ouvrières » et « ouvriers » : « La #sociologie_du_travail parle toujours des “#ouvriers” ou de la “#classe_ouvrière” sans faire aucune référence au #sexe des acteurs sociaux. Tout se passe comme si la place dans la production était un élément unificateur tel que faire partie de la classe ouvrière renvoyait à une série de comportements et d’attitudes relativement univoques (et cela, il faut le noter, est tout aussi vrai pour les sociologues se réclamant du #marxisme que pour les autres. »

    Or, ce n’est évidemment pas le cas. Contre cette simplification, qui a pour effet d’invisibiliser les ouvrières, la sociologue féministe ne se contente pas d’ajouter une propriété sociale, le sexe, à la classe ; elle montre plus profondément ce qu’elle appelle leur #consubstantialité. On n’est pas d’un côté « ouvrier » et de l’autre « femme » ; être une #ouvrière, ce n’est pas la même chose qu’ouvrier – et c’est aussi différent d’être une bourgeoise. On pourrait dire de même : être une femme blanche ou noire, un garçon arabe ou pas, mais encore un gay de banlieue ou de centre-ville, ce n’est vraiment pas pareil !

    Classe et race

    Dans un essai sur le poids de l’#assignation_raciale dans l’expérience sociale, le philosophe #Cornel_West a raconté combien les taxis à New York refusaient de s’arrêter pour lui : il est noir. Son costume trois-pièces n’y fait rien (ni la couleur du chauffeur, d’ailleurs) : la classe n’efface pas la race – ou pour le dire plus précisément, le #privilège_de_classe ne suffit pas à abolir le stigmate de race. Au Brésil, comme l’a montré #Lélia_Gonzalez, pour une femme noire de classe moyenne, il ne suffit pas d’être « bien habillée » et « bien élevée » : les concierges continuent de leur imposer l’entrée de service, conformément aux consignes de patrons blancs, qui n’ont d’yeux que pour elles lors du carnaval… En France, un documentaire intitulé #Trop_noire_pour_être_française part d’une même prise de conscience : la réalisatrice #Isabelle_Boni-Claverie appartient à la grande bourgeoisie ; pourtant, exposée aux discriminations, elle aussi a fini par être rattrapée par sa couleur.

    C’est tout l’intérêt d’étudier les classes moyennes (ou supérieures) de couleur. Premièrement, on voit mieux la logique propre de #racialisation, sans la rabattre aussitôt sur la classe. C’est justement parce que l’expérience de la bourgeoisie ne renvoie pas aux clichés habituels qui dissolvent les minorités dans les classes populaires. Deuxièmement, on est ainsi amené à repenser la classe : trop souvent, on réduit en effet ce concept à la réalité empirique des classes populaires – alors qu’il s’agit d’une logique théorique de #classement qui opère à tous les niveaux de la société. Troisièmement, ce sont souvent ces couches éduquées qui jouent un rôle important dans la constitution d’identités politiques minoritaires : les porte-parole ne proviennent que rarement des classes populaires, ou du moins sont plus favorisés culturellement.

    L’articulation entre classe et race se joue par exemple autour du concept de #blanchité. Le terme est récent en français : c’est la traduction de l’anglais #whiteness, soit un champ d’études constitué non pas tant autour d’un groupe social empirique (les Blancs) que d’un questionnement théorique sur une #identification (la blanchité). Il ne s’agit donc pas de réifier les catégories majoritaires (non plus, évidemment, que minoritaires) ; au contraire, les études sur la blanchité montrent bien, pour reprendre un titre célèbre, « comment les Irlandais sont devenus blancs » : c’est le rappel que la « race » ne doit rien à la #biologie, mais tout aux #rapports_de_pouvoir qu’elle cristallise dans des contextes historiques. À nouveau se pose toutefois la question : la blanchité est-elle réservée aux Blancs pauvres, condamnés à s’identifier en tant que tels faute d’autres ressources ? On parle ainsi de « #salaire_de_la_blanchité » : le #privilège de ceux qui n’en ont pas… Ou bien ne convient-il pas de l’appréhender, non seulement comme une compensation, mais aussi et surtout comme un langage de pouvoir – y compris, bien sûr, chez les dominants ?

    En particulier, si le regard « orientaliste » exotise l’autre et l’érotise en même temps, la #sexualisation n’est pas réservée aux populations noires ou arabes (en France), ou afro-américaines et hispaniques (comme aux États-Unis), bref racisées. En miroir, la #blanchité_sexuelle est une manière, pour les classes moyennes ou supérieures blanches, de s’affirmer « normales », donc de fixer la #norme, en particulier dans les projets d’#identité_nationale. Certes, depuis le monde colonial au moins, les minorités raciales sont toujours (indifféremment ou alternativement) hypo- – ou hyper- –sexualisées : pas assez ou bien trop, mais jamais comme il faut. Mais qu’en est-il des majoritaires ? Ils se contentent d’incarner la norme – soit d’ériger leurs pratiques et leurs représentations en normes ou pratiques légitimes. C’est bien pourquoi la blanchité peut être mobilisée dans des discours politiques, par exemple des chefs d’État (de la Colombie d’Álvaro Uribe aux États-Unis de Donald Trump), le plus souvent pour rappeler à l’ordre les minorités indociles. La « question sociale » n’a donc pas cédé la place à la « question raciale » ; mais la première ne peut plus servir à masquer la seconde. Au contraire, une « question » aide à repenser l’autre.

    Les #contrôles_au_faciès

    Regardons maintenant les contrôles policiers « au faciès », c’est-à-dire fondés sur l’#apparence. Une enquête quantitative du défenseur des droits, institution républicaine qui est chargée de défendre les citoyens face aux abus de l’État, a récemment démontré qu’il touche inégalement, non seulement selon les quartiers (les classes populaires), mais aussi en fonction de l’âge (les jeunes) et de l’apparence (les Arabes et les Noirs), et enfin du sexe (les garçons plus que les filles). Le résultat, c’est bien ce qu’on peut appeler « intersectionnalité ». Cependant, on voit ici que le croisement des logiques discriminatoires ne se résume pas à un cumul des handicaps : le sexe masculin fonctionne ici comme un #stigmate plutôt qu’un privilège. L’intersectionnalité est bien synonyme de complexité.

    « Les jeunes de dix-huit-vingt-cinq ans déclarent ainsi sept fois plus de contrôles que l’ensemble de la population, et les hommes perçus comme noirs ou arabes apparaissent cinq fois plus concernés par des contrôles fréquents (c’est-à-dire plus de cinq fois dans les cinq dernières années). Si l’on combine ces deux critères, 80 % des personnes correspondant au profil de “jeune homme perçu comme noir ou arabe” déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années (contre 16 % pour le reste des enquêté.e.s). Par rapport à l’ensemble de la population, et toutes choses égales par ailleurs, ces profils ont ainsi une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés. »

    Répétons-le : il n’y a rien d’identitaire dans cette démarche. D’ailleurs, la formulation du défenseur des droits dissipe toute ambiguïté : « perçus comme noirs ou arabes ». Autrement dit, c’est l’origine réelle ou supposée qui est en jeu. On peut être victime d’antisémitisme sans être juif – en raison d’un trait physique, d’un patronyme, ou même d’opinions politiques. Pour peu qu’on porte un prénom lié à l’islam, ou même qu’on ait l’air « d’origine maghrébine », musulman ou pas, on risque de subir l’#islamophobie. L’#homophobie frappe surtout les homosexuels, et plus largement les minorités sexuelles ; toutefois, un garçon réputé efféminé pourra y être confronté, quelle que soit sa sexualité.

    Et c’est d’ailleurs selon la même logique qu’en France l’État a pu justifier les contrôles au faciès. Condamné en 2015 pour « faute lourde », il a fait appel ; sans remettre en cause les faits établis, l’État explique que la législation sur les étrangers suppose de contrôler « les personnes d’#apparence_étrangère », voire « la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère ». Traiter des individus en raison de leur apparence, supposée renvoyer à une origine, à une nationalité, voire à l’irrégularité du séjour, c’est alimenter la confusion en racialisant la nationalité. On le comprend ainsi : être, c’est être perçu ; l’#identité n’existe pas indépendamment du regard des autres.

    L’exemple des contrôles au faciès est important, non seulement pour celles et ceux qui les subissent, bien sûr, mais aussi pour la société tout entière : ils contribuent à la constitution d’identités fondées sur l’expérience commune de la discrimination. Les personnes racisées sont celles dont la #subjectivité se constitue dans ces incidents à répétition, qui finissent par tracer des frontières entre les #expériences minoritaires et majoritaires. Mais l’enjeu est aussi théorique : on voit ici que l’identité n’est pas première ; elle est la conséquence de #pratiques_sociales de #racialisation – y compris de pratiques d’État. Le racisme ne se réduit pas à l’#intention : le racisme en effet est défini par ses résultats – et d’abord sur les personnes concernées, assignées à la différence par la discrimination.

    Le mot race

    Les logiques de domination sont plurielles : il y a non seulement la classe, mais aussi le sexe et la race, ainsi que l’#âge ou le #handicap. Dans leur enchevêtrement, il est à chaque fois question, non pas seulement d’#inégalités, mais aussi de la #naturalisation de ces hiérarchies marquées dans les corps. Reste que c’est surtout l’articulation du sexe ou de la classe avec la race qui est au cœur des débats actuels sur l’intersectionnalité. Et l’on retrouve ici une singularité nationale : d’après l’ONU, les deux tiers des pays incluent dans leur recensement des questions sur la race, l’#ethnicité ou l’#origine_nationale. En France, il n’en est pas question – ce qui complique l’établissement de #statistiques « ethno-raciales » utilisées dans d’autre pays pour analyser les discriminations.

    Mais il y a plus : c’est seulement en France que, pour lutter contre le racisme, on se mobilise régulièrement en vue de supprimer le mot race de la Constitution ; il n’y apparaît pourtant, depuis son préambule de 1946 rédigé en réaction au nazisme, que pour énoncer un principe antiraciste : « sans distinction de race ». C’est aujourd’hui une bataille qui divise selon qu’on se réclame d’un antiracisme dit « universaliste » ou « politique » : alors que le premier rejette le mot race, jugé indissociable du racisme, le second s’en empare comme d’une arme contre la #racialisation de la société. Ce qui se joue là, c’est la définition du racisme, selon qu’on met l’accent sur sa version idéologique (qui suppose l’intention, et passe par le mot), ou au contraire structurelle (que l’on mesure à ses effets, et qui impose de nommer la chose).

    La bataille n’est pas cantonnée au champ politique ; elle s’étend au champ scientifique. Le racisme savant parlait naguère des races (au pluriel), soit une manière de mettre la science au service d’un #ordre_racial, comme dans le monde colonial. Dans la recherche antiraciste, il est aujourd’hui question de la race (au singulier) : non pas l’inventaire des populations, sur un critère biologique ou même culturel, mais l’analyse critique d’un mécanisme social qui assigne des individus à des groupes, et ces groupes à des positions hiérarchisées en raison de leur origine, de leur apparence, de leur religion, etc. Il n’est donc pas question de revenir aux élucubrations racistes sur les Aryens ou les Sémites ; en revanche, parler de la race, c’est se donner un vocabulaire pour voir ce qu’on ne veut pas voir : la #discrimination_raciste est aussi une #assignation_raciale. S’aveugler à la race ne revient-il pas à s’aveugler au racisme ?

    Il ne faut donc pas s’y tromper : pour les sciences sociales actuelles, la race n’est pas un fait empirique ; c’est un concept qui permet de nommer le traitement inégal réservé à des individus et des groupes ainsi constitués comme différents. La réalité de la race n’est donc ni biologique ni culturelle ; elle est sociale, en ce qu’elle est définie par les effets de ces traitements, soit la racialisation de la société tout entière traversée par la logique raciale. On revient ici aux analyses classiques d’une féministe matérialiste, #Colette_Guillaumin : « C’est très exactement la réalité de la “race”. Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts. [...] Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non, certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale, des réalités. »

    Morale de l’histoire

    A-t-on raison de s’inquiéter d’un recul de l’#universalisme en France ? Les logiques identitaires sont-elles en train de gagner du terrain ? Sans nul doute : c’est bien ce qu’entraîne la racialisation de notre société. Encore ne faut-il pas confondre les causes et les effets, ni d’ailleurs le poison et l’antidote. En premier lieu, c’est l’#extrême_droite qui revendique explicitement le label identitaire : des États-Unis de Donald Trump au Brésil de Jair Bolsonaro, on assiste à la revanche de la #masculinité_blanche contre les #minorités_raciales et sexuelles. Ne nous y trompons pas : celles-ci sont donc les victimes, et non pas les coupables, de ce retour de bâton (ou backlash) qui vise à les remettre à leur place (dominée).

    Deuxièmement, la #ségrégation_raciale que l’on peut aisément constater dans l’espace en prenant les transports en commun entre Paris et ses banlieues n’est pas le résultat d’un #communautarisme minoritaire. Pour le comprendre, il convient au contraire de prendre en compte un double phénomène : d’une part, la logique sociale que décrit l’expression #White_flight (les Blancs qui désertent les quartiers où sont reléguées les minorités raciales, anticipant sur la ségrégation que leurs choix individuels accélèrent…) ; d’autre part, les #politiques_publiques de la ville dont le terme #apartheid résume le résultat. Le #multiculturalisme_d’Etat, en Colombie, dessinerait une tout autre logique : les politiques publiques visent explicitement des identités culturelles au nom de la « #diversité », dont les mouvements sociaux peuvent s’emparer.

    Troisièmement, se battre pour l’#égalité, et donc contre les discriminations, ce n’est pas renoncer à l’universalisme ; bien au contraire, c’est rejeter le #communautarisme_majoritaire. L’intersectionnalité n’est donc pas responsable au premier chef d’une #fragmentation_identitaire – pas davantage qu’une sociologie qui analyse les inégalités socio-économiques n’est la cause première de la lutte des classes. Pour les #sciences_sociales, c’est simplement se donner les outils nécessaires pour comprendre un monde traversé d’#inégalités multiples.

    Quatrièmement, ce sont les #discours_publics qui opposent d’ordinaire la classe à la race (ou les ouvriers, présumés blancs, aux minorités raciales, comme si celles-ci n’appartenaient pas le plus souvent aux classes populaires), ou encore, comme l’avait bien montré #Christine_Delphy, l’#antisexisme à l’antiracisme (comme si les femmes de couleur n’étaient pas concernées par les deux). L’expérience de l’intersectionnalité, c’est au contraire, pour chaque personne, quels que soient son sexe, sa classe et sa couleur de peau, l’imbrication de propriétés qui finissent par définir, en effet, des #identités_complexes (plutôt que fragmentées) ; et c’est cela que les sciences sociales s’emploient aujourd’hui à appréhender.

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    Ce texte écrit avec #Mara_Viveros_Vigoya, et publié en 2019 dans le Manuel indocile de sciences sociales (Fondation Copernic / La Découverte), peut être téléchargé ici : https://static.mediapart.fr/files/2021/03/07/manuel-indocile-intersectionnalite.pdf

    À lire :

    Kimberlé Crenshaw, « Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur » Cahiers du Genre, n° 39, février 2005, p. 51-82

    Défenseur des droits, Enquête sur l’accès aux droits, Relations police – population : le cas des contrôles d’identité, vol. 1, janvier 2017

    Christine Delphy, « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, janvier 2006, p. 59-83

    Elsa Dorlin, La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, La Découverte, Paris, 2006

    Elsa Dorlin, Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination, Presses universitaires de France, Paris, 2009

    Didier Fassin et Éric Fassin (dir.), De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française, La Découverte, Paris, 2009 [première édition : 2006]

    Éric Fassin (dir.), « Les langages de l’intersectionnalité », Raisons politiques, n° 58, mai 2015

    Éric Fassin, « Le mot race – 1. Cela existe. 2. Le mot et la chose », AOC, 10 au 11 avril 2019

    Nacira Guénif-Souilamas et Éric Macé, Les féministes et le garçon arabe, L’Aube, Paris, 2004

    Colette Guillaumin, « “Je sais bien mais quand même” ou les avatars de la notion de race », Le Genre humain, 1981, n° 1, p. 55-64

    Danièle Kergoat, « Ouvriers = ouvrières ? », Se battre, disent-elles…, La Dispute, Paris, 2012, p. 9-62

    Abdellali Hajjat et Silyane Larcher (dir.), « Intersectionnalité », Mouvements, 12 février 2019

    Mara Viveros Vigoya, Les Couleurs de la masculinité. Expériences intersectionnelles et pratiques de pouvoir en Amérique latine, La Découverte, Paris, 2018

    https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/050321/intersectionnalite-une-introduction#at_medium=custom7&at_campaign=10

    #définition #invisibilisation #antiracisme_universaliste #antiracisme_politique #racisme_structurel

    voir aussi ce fil de discussion sur l’intersectionnalité, avec pas mal de #ressources_pédagogiques :
    https://seenthis.net/messages/796554

  • Conversations de femmes actives en milieu rural

    Les femmes des territoires ruraux européens travaillent, vivent, créent, innovent, se transforment et changent leur environnement. Elles brisent les stéréotypes qui les limitent, essayent de changer l’image qui les caractérise à tort.
    Plus de 150 femmes impliquées dans le projet NetRaw sont originaires de 3 pays européens, 3 régions différentes. Elles ont des parcours d’éducation et de travail complètement différents, des expériences et des compétences, elles ont participé à un certain nombre d’activités dans l’éducation, la recherche, le réseautage et la co-conception. Elles ont apporté leurs multiples connaissances et leurs idées et ont laissé un impact positif retentissant.
    Le résultat le plus intéressant du projet est l’émergence du fait que les femmes rurales aujourd’hui, contrairement aux stéréotypes plus larges qui existaient à leur sujet, ont beaucoup progressé. Elles sculptent un présent créatif, plein d’idées, d’efforts, de travail, de participation, d’action, d’innovation, de solidarité sociale, de valeurs et de sourires.
    Elles ont construit des réseaux locaux de dialogue qui génèrent de nouvelles idées et propositions. Elles sont prêtes à apprendre, à partager, à agir par elles-mêmes, à fournir des solutions. Ensemble avec d’autres femmes, ensemble avec des personnes positives au sein de leur réseaux, elles exploitent et promeuvent l’essentiel et les valeurs, elles recherchent encore plus un futur créatif.
    Dans cette exposition, résultat du projet NetRaw, nous voyageons en faisant un périple à travers le parcours de vie de 12 femmes et collectivités de femmes des territoires ruraux européens. A travers leurs regards nous pouvons voir un présent et un futur créatifs, basés sur leurs valeurs, leur capacité de changement, la coopération et la solidarité. Dans cette exposition, nous sommes les témoins oculaires d’un dialogue ouvert, honnête et productif entre ces femmes qui agissent comme ambassadrices de leurs territoires.
    A travers leurs portraits, leurs vies et leurs propositions, ces 12 femmes et collectifs de femmes, développent une conversation à deux, ouverte et fluide, sur la diversité, le bien-être, la coopération, l’audace, la créativité et les droits des femmes.
    De même elles nous invitent à participer à ce dialogue en y répondant…

    http://www.ruralactivewomen.eu/photo-exhibition

    thèmes :
    #diversité
    #bien-être
    #audace
    #créativité
    #droits_des_femmes
    #collectifs_de_femmes

    #exposition #photographie #femmes #femmes_rurales #rural #récit
    ping @nepthys

    • NetRAW project : #Network_for_Rural_Active_Women

      Le programme européen de recherche et de formation intitulé NetRaw : Network for Rural Active Women project (Erasmus + partenariat Stratégique, Éducation des adultes ) a pour objectif principal de capitaliser des pratiques, donner accès à des ressources de formation et d’accompagnement aux femmes rurales habitant dans les espaces ruraux méditerranéens (Espagne, France, Grèce).

      En effet, les espaces ruraux méditerranéens sont en profondes mutations depuis la fin du 20ième siècle. Ils sont passés d’espaces de mono activité agricole à des territoires en transition écologique, culturelle, sociale et entrepreneuriale. Dans ce contexte les relations entre ruraux et urbains les rapports sociaux de sexe présents sur ces territoires (émancipation des femmes, reconnaissance de leurs droits en tant qu’entrepreneures) se sont transformés. Malgré ces transformations, des stéréotypes sur les femmes rurales sont encore très prégnants dans les imaginaires collectifs, associant les femmes à une image désuète (la campagne ringarde).

      Face à ces constats, l’Université de Grenoble Alpes, (CERMOSEM, pilote de ce projet), en lien avec trois partenaires (Grains d’ici en Ardèche, Resilience Earth en Catalogne, Ergani Center en Thessalonique), a construit, en collaboration principale avec le collectif local de femmes rurales ardéchois les Odettes, un programme de recherche-formation collaborative. Axé sur trois champs principaux, il permettra : d’analyser les pratiques réciproques des collectifs de femmes rurales en Europe ; d’identifier les stéréotypes de genre (médias) ; d’élaborer des outils de communication pour faire changer le regard sur les femmes rurales.

      Les partenaires ont choisi une méthodologie de recherche-action collaborative et participative visant à relater les transformations actuelles. Un des objectifs principal est de créer un réseau de femmes rurales européennes en s’appuyant sur la capitalisation de pratiques communes autour de la création de médias positifs sur les évolutions en cours (médias écrits, sonores, vidéos, web documentaires, expositions photos).

      Pour conforter ce travail collaboratif, la réalisation d’une recherche sur le thème « Femmes rurales et médias » , d’un portefeuille de compétences européennes, de supports pédagogiques visuels et numériques (web documentaire, MOOC) seront réalisés et serviront d’appui aux renforcements des capacités des femmes (formation, accompagnement). L’ensemble se concrétisera dans un lieu d’innovation sociale et territoriale nommé le « Women Living Lab Européen ».

      https://www.pacte-grenoble.fr/programmes/netraw-project

      #ruralité #genre #imaginaires #représentation #invisibilité #invisibilisation #production_agricole #agriculture #monde_paysan #sexualisation_des_activités_agricoles

    • Gender and Rural Geography

      Gender and Rural Geography explores the relationship between gender and rurality. Feminist theory, gender relations and sexuality have all become central concerns of geographical research and significant progress has been made in terms of our understanding of both the broad relationship between gender and geography and the more detailed differences in the lives of men and women over space. The development of feminist perspectives and the study of gender relations in geography, has, however, been fairly uneven over the discipline. Both theoretical and empirical work on gender has tended to be concentrated within social and cultural geography. Moreover it has been directed largely towards the urban sphere.

      https://www.routledge.com/Gender-and-Rural-Geography/Little/p/book/9780582381889
      #géographie_rurale #livre #Jo_Little

  • Tristan Mendès France sur Twitter : « Pour ceux qui ne le savent pas déjà, il y a une grosse différence entre »écolier" et « écolière » dans les résultats de recherche sur Google Image. https://t.co/jxqG8HOZMA" / Twitter
    https://twitter.com/tristanmf/status/1309020160217546752

    Pour ceux qui ne le savent pas déjà, il y a une grosse différence entre « écolier » et « écolière » dans les résultats de recherche sur Google Image.

  • JOHANNE ST-AMOUR : "À la Une, en gros plan, on voit des souliers rouges à talons hauts de trente centimètres, derrière, une boîte rouge sur laquelle sont écrits les mots : fille de joie, maîtresse, femme de mauvaise vie, cagneuse, débauchée, escorte, belle de nuit…

    Plus loin, une servante en petite tenue, un plat prêt à servir entre les mains et un regard de côté coquin, aussi une femme de ménage à quatre pattes, bas résille, lavant le plancher le visage crispé qui suggère qu’elle est déjà en extase sexuelle : voilà les images que Radio-Canada publiait pour accompagner son article sur la marginalisation des « travailleuses du sexe ». (1)
    (...)
    #PROSTITUTION #PROPAGANDE #ÉTAT-PROXÉNÈTE #SEXUALISATION DU TRAVAIL DOMESTIQUE
    http://sisyphe.org/spip.php?article5575

  • Manuel de cinéphilie antisexiste
    http://www.laviedesidees.fr/Laura-Mulvey-Fetichisme-et-Curiosite.html

    À propos de : Laura Mulvey, Fétichisme et Curiosité, Brook. #MeToo a soulevé la question de la violence dans les milieux du #cinéma, mais aussi celle de l’imagerie qui affecte la représentation des corps. La notion de « male gaze » et la possibilité d’un regard féminin émancipateur permettent de déconstruire la machine à fantasmes.

    #Arts #femmes #sexisme #émotions
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200213_cinesex.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200213_cinesex.pdf

  • EMMA BECKER OU LE TRIOMPHE DE LA BECASSE – Révolution Féministe
    https://revolutionfeministe.wordpress.com/2019/12/22/emma-becker-ou-le-triomphe-de-la-becasse

    Du livre d’Emma Becker à « l’art du bordel », toutes ces « œuvres » et émissions ont des points communs : elles portent un regard critique sur le modèle abolitionniste, présenté à chaque fois comme défavorable aux personnes prostituées. Ensuite elles décrivent la réalité de la prostitution de façon tendancieuse, comme si elle pouvait être considérée comme un travail semblable à un autre, sans jamais s’attarder sur la dangerosité de ce système de violence et d’exploitation. Enfin, elles présentent le modèle réglementariste comme enviable et plus favorable aux personnes prostituées. On retrouve à chaque fois, la mise en avant des nouvelles égéries de la légalisation des bordels, que ce soit Emma Becker ou Zahia Dehar, des femmes jeunes, séduisantes, intellectuellement tout juste capables de répéter en boucle un discours qu’elles ne paraissent pas maîtriser elles-mêmes. Ces nouvelles apologistes du réglementarisme en matière de prostitution sont dûment et complaisamment interviewées par de grands journalistes du service public, à des heures de grande écoute. La prostitution entre ainsi tout naturellement dans le paysage audiovisuel français, l’exploitation sexuelle s’invite dans les grands médias, forte de ses jeunes et jolies ambassadrices, et de la complicité des journalistes.

    Ces coups médiatiques ne sont pas sans effet sur l’opinion publique, on assiste à une véritable pornographisation de l’espace public, processus au cours duquel les médias s’approprient les images et les codes de la pornographie et de la prostitution, les femmes sont en quelques sortes incitées à adopter ces codes, qui sont présentés comme normaux voire tendance. Cette idéologie hautement patriarcale se répand dans le champ social, et tend à banaliser, voire à légitimer la prostitution au niveau idéologique, la sexualité inspirée de la pornographie est présentée comme la norme, et la prostitution comme une activité glamour qui peut même permettre d’accéder rapidement à la reconnaissance sociale, à la possession de biens matériels, ou encore à une autonomie vis-à-vis de la famille pour les jeunes.

    La banalisation de la prostitution rejoint les thématiques de la contrainte à l’hétérosexualité et de l’hyper-sexualisation, les femmes doivent être convaincues que la « vraie » féminité suppose l’objectivation de leur corps, corps qui se doit d’être disponible, si ce n’est soumis sexuellement aux hommes.

    #prostitution #féminisme #sexualité #sexualisation #femmes

  • #Glosswitch (#Victoria_Smith) : Le féminisme dit « pro-sexe » fait le sale boulot du patriarcat
    https://tradfem.wordpress.com/2019/12/28/le-feminisme-dit-pro-sexe-fait-le-sale-boulot-du-patriarcat

    Le féminisme peut être effrayant pour toute femme qui a grandi sous le patriarcat. Vous êtes habituée à un ensemble de règles très fixes : être passive, se soumettre aux autres, respecter l’autorité masculine, craindre la violence des hommes, ne jamais transgresser. C’est triste, mais au moins vous savez à quoi vous en tenir. Puis arrive le féminisme et ces certitudes disparaissent – ou du moins c’est ce qui se passait avant. Les choses sont différentes maintenant.

    Il fut un temps où le mot « féministe » était en soi transgressif. Aujourd’hui, les gens s’y objectent rarement. Amère ironie : la phrase « je suis féministe mais » est devenue une expression utilisée pour renforcer la domination masculine. « Je suis féministe mais je n’ai rien contre l’objectification, le travail non payé, le harcèlement sexuel, ou me faire traiter de conne ! » Cela suggère que nous sommes revenues au point de départ. Le féminisme aurait ramé dans tous ces enjeux pour réaliser, en fin de compte, que les adultes avaient raison dès le départ. Tous ces trucs que nous qualifions d’oppression ? C’est maintenant TRÈS cool à nos yeux.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://l.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.newstatesman.com%2Flifestyle%2F2014%2F03%2Fsex-
    #poupée_barbie #pornographie #pro-sexe #sexualisation #objectification_sexuelle #patriarcat #culture_du_viol

  • La “#Pudicizia”, scultura e segreti

    La “Pudicizia” è opera dello scultore veneziano #Antonio_Corradini (1688-1752) e si trova nella cappella #Sansevero (conosciuta anche come chiesa di Santa Maria della Pietà o “Pietatella”), a Napoli.

    Il progetto iconografico della cappella Sansevero, che si trova nelle vicinanze di piazza San Domenico Maggiore, è il parto della fantasia esoterica di Raimondo di Sangro (1710-1771), illuminista, alchimista, massone e letterato campano.

    Egli volle restaurare questa costruzione sacra risalente agli inizi del XVII secolo per farne la cappella funeraria dei componenti del proprio aristocratico casato, del quale, contestualmente, intendeva celebrare il valore, la nobiltà e le virtù.

    In quegli spazi trasfuse il suo messaggio segreto che è sempre stato oggetto di disparati tentativi d’interpretazione.

    Tra le opere che di Sangro commissionò per decorare gli spazi della cappella gentilizia, tre sono le più importanti: il “Cristo velato” (capolavoro di Giuseppe Sanmartino), il “Disinganno” (di Francesco Queirolo) e, appunto, la “Pudicizia” di Corradini, artista di fama europea.

    La statua, un’allegoria della Sapienza, è dedicata a Cecilia Gaetani dell’Aquila d’Aragona, madre del di Sangro, la quale morì quando il figlio non aveva compiuto ancora un anno.

    Il velo che aderisce con grande naturalezza alle flessuosità del corpo è realizzato con straordinaria maestria.

    Dietro quel velo è nascosto il dolore del figlio.

    E tanti altri suoi segreti che non saranno probabilmente mai rivelati.


    http://www.italianways.com/la-pudicizia-scultura-e-segreti
    #art #histoire_de_l'art #sculpture #voile

  • La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation
    https://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=239

    Contrairement à l’impression première que l’on a, la conversation n’est pas une activité à laquelle on se livre spontanément ou inconsciemment. Il s’agit d’une activité structurée, ne serait-ce que par son ouverture, ses séquences et sa fermeture, et elle a besoin d’être gérée par les participant-e-s.

    Nous parlerons indifféremment de conversations, de dialogues ou de discussions pour faire référence à tout échange oral. Nous les caractériserons par le fait qu’aucun scénario n’en a été fixé à l’avance et que ces conversations sont en principe égalitaires, à la différence des entretiens dirigés, des cérémonies ou des débats. Nous allons donc nous intéresser à la gestion du dialogue mixte au regard du genre des personnes impliquées. Ainsi, nous verrons que les pratiques conversationnelles sont dépendantes du genre et nous en chercherons les conséquences sur le déroulement de la conversation.

    La conversation est une forme fondamentale de communication et d’interaction sociale et, à ce titre, elle a une fonction des plus importantes. Elle établit et maintient des liens entre les personnes, mais c’est aussi une activité « politique », c’est-à-dire dans laquelle il existe des relations de pouvoir. Dans une société où la division et la hiérarchie des genres est si importante, il serait naïf de penser que la conversation en serait exempte. Comme pratique sur laquelle nous fondons notre vie quotidienne, elle ne peut que refléter la nature genrée de la société. Nous nous demanderons si, au-delà du fait d’être un miroir de la société, elle ne réactive et ne réaffirme pas à chaque fois les différences et les inégalités de genre.

    #femmes #genre #conversation
    @mona

  • Vincennes : l’école qui interdit les shorts va instaurer « une tenue vestimentaire conforme » (Le Parisien)
    http://www.leparisien.fr/vincennes-94300/vincennes-l-ecole-qui-interdit-les-shorts-va-instaurer-une-tenue-vestimen

    « Cela ne répond pas du tout à la question, remarque la maman d’une fillette qui porte des shorts. Cette formulation générale ne garantit pas que nos enfants puissent en porter. Ce n’est pas indécent ! On est en train de sexuer le port du short pour des fillettes de 9 ans ! » Une autre mère réagit : « Je ne suis pas rassurée. La généralité ne veut rien dire. Là, on autorise une directrice à passer un temps important à vérifier la tenue adéquate ».

    Pour plusieurs parents, le problème est ailleurs. « La directrice m’a clairement expliqué qu’il y avait un risque hygiénique de propagation de gastro quand une petite portait un short. Elle m’a dit aussi qu’il fallait se préparer au monde du travail et au collège où ce ne sera pas autorisé. » On est loin de l’innocence de l’enfance. « Certaines petites ont eu des remarques sur leur débardeur ou leurs sandalettes, ajoute une autre maman. Si un homme avait une attitude comme celle-ci, il serait inquiété par les autorités. »

    #éducation #école #tenue_vestimentaire #short #sexisme_ou_pas

    • Ouah c’est du lourd ici ! À l’école primaire en plus !
      Mais c’est logique, à partir du moment où sous couvert de laïcité la majorité des gens pensent que l’école a un droit de regard sur la façon dont les élèves s’habillent, ça a d’autres conséquences après. Comme une porte ouverte en somme ! L’éducation nationale est une institution totalitaire selon moi dans les allégeances qu’elle exige de la part d’enfants à des valeurs racistes (interdiction du voile) ou capitalistes (exemple de l’adaptation au monde de l’entreprise) ou sexistes (sexualisation des corps des jeunes filles, voile).
      Le principe devrait être aucun droit de regard sur la tenue.

    • D’accord avec @ninachani. D’ailleurs j’ai toujours eu du mal à comprendre que les anarchistes n’aient pas immédiatement et unanimement (car je sais que certains le sont) été solidaires des femmes voilées stigmatisées pour leur tenue. Cela relève avant tout de la liberté de s’habiller comme on veut, et si on accepte une limite là, alors on devrait savoir que cette limite va peu à peu s’étendre à d’autres populations que les « gens qui décident » voudront stigmatiser...

    • En fait c’est toujours le même schéma. C’est comme pour les prélèvements Adn qui devaient servir en première intention à établir des fichiers de pédophiles. L’état choisit un groupe social qui provoque l’animosité du groupe majoritaire et explique que le contrôle, la privation de liberté vont être limités à ces groupes uniquement. Les majoritaires sont d’accord et même soulagés. Ils se sentent protégés, entendus dans leurs peurs. Et une fois cette brèche ouverte on étend de plus en plus le groupe concerné. Quand on voit par exemple maintenant les délits qui peuvent mener à un prélèvement adn et à un fichage, on est loin, très très loin du dangereux pédophile qui a servi de caution à la base !

  • Le choc des mots ? elles méritent bien mieux que ces phrases bateau. Va-t-on encore les comparer à Anjelina Jolie comme ce fut le cas lors de la mort au combat de Asia Ramazan Antar ? Ce sont avant tout des guerrières, des combattants d’un collectif pour l’humanité contre l’état islamique.

    Des belles contre la bête | Making-of
    https://making-of.afp.com/des-belles-contre-la-bete

    J’aime bien photographier ces combattantes. C’est une façon de les faire entrer dans l’Histoire. Le fait qu’il s’agisse de femmes change forcément le regard qu’on porte sur une personne armée. Il apporte une forme de beauté à l’image. La différence avec les combattants est subtile, mais bien présente. Les hommes dégagent le plus souvent une impression de force, de virilité avec leurs armes. Avec les femmes, il y a plus de délicatesse.

    #kurdes #combattantes #afp #sexisme #ei #daech

    • Je pense qu’il y a de jeunes stagiaires pas très entouré·es, ça sent le devoir scolaire voire propagandiste, dommage que ça sonne si faux.

      J’en ai rencontré qui ont beaucoup de mal à s’ajuster au quotidien d’une vie familiale. La vie militaire leur manque d’autant plus qu’elle leur a offerte une liberté introuvable dans la société, avec ses traditions. Elles disent qu’au front elles étaient très libres, qu’elles étaient maîtresses de leur destin. J’en ai rencontré qui une fois revenues à la vie civile ont refusé de se marier. Pour ne pas perdre la liberté conquise au combat.

    • Et en plus, les combattantes kurdes trouvent le temps de faire le ménage et de prendre soin d’elles :

      Pour autant que j’ai pu en juger, ces dernières sont plus soignées et semblent mieux organisées que celles de leurs homologues masculins. Quand vous visitez leurs quartiers, vous voyez tout de suite qu’il est occupé par des femmes, même si c’est sur un terrain de guerre. C’est beaucoup plus propre et bien tenu qu’un campement d’hommes.

      #lieux_communs

  • Désexualisation et violence contre les femmes en situation de handicapes
    http://prenezcecouteau.tumblr.com/post/131416801137/une-des-attitudes-sociales-communes-est-de

    Une des attitudes sociales communes est de considérer que les personnes handicapées ne sont pas sexuelles - que leur handicap les dépouille de leurs pulsions sexuelles, et qu’en plus le handicap rend les gens intrinsèquement indésirables sexuellement, donc ce n’est pas comme si ils allaient trouver des partenaires qui allaient bien vouloir d’eux. Ces considérations sont de notoriété publique, malgré le fait qu’elles créent des attitudes et des structures sociales extrêmement néfastes.
    Persister à dire que les personnes handicapées ne sont pas sexuelles, par exemple, joue un rôle direct dans le refus de voir l’abus sexuel et la violence commise à l’égard de ces personnes(1). Après tout, clament les gens, ces comportements sont ancrés dans la sexualité (la raison pour laquelle cette croyance continue malgré toutes les évidences du contraire me dépasse), et vu que les personnes handicapées n’ont pas de sexualité, cela signifie qu’ils ne peuvent pas être agressés sexuellement ou abusées - c’est presque comme si les gens croyaient sincèrement que les personnes handicapées sont comme des poupées, avec un grand vide là où leurs organes génitaux devraient être. (On se demande ce qui arrive aux gens qui deviennent handicapé-e-s sur le tard.)

    There’s a common social attitude that disabled people are not sexual — that something about disability strips people of their sex drive, and that, moreover, disability makes people inherently sexually unappealing, so it’s not like they could find partners even if they wanted them. This is accepted as common knowledge, despite the fact that it creates some extremely harmful social attitudes and social structures.
    The insistence that disabled people are not sexual, for example, plays directly into the denial of sexual abuse and violence committed against disabled people. After all, people claim, these behaviours are rooted in sexuality (why this belief persists despite all evidence to the contrary is beyond me), and since disabled people have no sexuality, this means they can’t be assaulted or abused — it’s almost as though people genuinely believe that disabled people are like children’s dolls, with a great big void where their genitals would be. (One wonders what they think happens to people who acquire disabilities later in life.)

    (1)J’en profite pour rappeler quelques statistiques (source) : en France 70% des femmes handicapées seraient victimes de violence, et en Europe les femmes handicapées ont entre 1,5 et 10 % plus de risques d’être maltraitées que les femmes valides.

    –----------
    La note sur les statistiques n’est pas de moi mais de la traductrice du site « prennez ce couteau ». Selon d’autres sources moins fiable et moins recommandables ( http://madame.lefigaro.fr/societe/le-chiffre-de-la-honte-4-femmes-handicapees-sur-5-victimes-de-violen ) ca serait 80% des femmes handicapées qui seraient victimes de violence. Mais de toute facon 70% c’est tellement ahurissant qu’on est pas à 10% près !

    Par rapport au texte, les femmes en général sont traité en objet sexuels mais pas en sujet (sexuel), elles sont déjà dépouillées de pulsion sexuelles. Une femme sur trois subira une agression sexuelle au cours de sa vie et les femmes qui ont des pulsions sexuelles sont durement réprimées avec le mot salope #slut_shaming. Le handicape semble faire un effet démultiplicateur sur ce phénomène (on passe de 1/3 à 7/10 victimes d’agressions sexuel !!!).

    #violence #discrimination #domination #sexualisation #désexualisation #femmes #validisme #handicap

  • Faut-il interdire les débardeurs à l’école ? (L’instit’humeurs)
    http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2012/06/17/faut-il-interdire-les-debardeurs-a-lecole.html

    Les enfants, et plus particulièrement les filles, doivent avoir conscience qu’habillées si légèrement, elles donnent à voir leur corps et que cela est indécent. Je pense moi que le problème est moins dans l’attitude des enfants que dans le regard des adultes. Pour les enfants, le short court, la jupe haute, le débardeur à bretelle ne constituent pas une publicité de leur corps, les enfants n’envoient ni ne reçoivent le message « érotisé » que perçoivent mes collègues. Il y a là une forme de sexualisation du geste de l’enfant qui me semble d’autant exagérée qu’elle réside en l’occurrence non tant dans l’acte lui-même que dans l’œil porté sur lui.

    #éducation #tenue_vestimentaire #sexisme #sexualisation #institution

  • Tree Change Dolls
    http://treechangedolls.tumblr.com

    des poupées repeintes pour faire moins pute <3

    These dolls have been rescued and rehabilitated from op-shops and tip shops around Tasmania. These lil fashion dolls have opted for a “tree change”, swapping high-maintenance glitz ’n’ glamour for down-to-earth style. I hand repaint the dolls faces, mold new shoes, and my Mum sews and knits their clothing.

  • La banalisation du sexe à l’école en débat
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/10/19/01016-20141019ARTFIG00179-la-banalisation-du-sexe-a-l-ecole-en-debat.php

    Selon une étude de l’Association française de promotion de la santé dans l’environnement scolaire et universitaire, un tiers des visiteurs de sites pornographiques sont des ados, dont 75 % ont moins de 12 ans.« Les enfants en danger sont les 12-15 ans, explique le Dr Gisèle George, pédopsychiatre. C’était l’âge des premiers baisers, c’est devenu celui des premières fellations. Les jeunes pensent que cette pratique est un signe d’amour. Ils s’envoient des “sextos”, des images de leur corps nu. Les filles trouvent normal de faire des fellations dans les toilettes ou d’être “prêtée” à des copains. » Pas si simple quand « les copines l’ont fait », de savoir dire non. « Elles le font pour ne pas être au ban du groupe, poursuit le Dr George. C’est une période de changement pubertaire où les enfants ont une perte d’estime d’eux-mêmes et horreur de leur corps. Ils n’ont donc de cesse que de l’agresser. Et pourquoi pas rentabiliser cela en demandant 30 euros ? C’est ainsi que l’engrenage de la prostitution se met en place. »

    #prostitution #enfant #école #éducation

  • ’Sexy Mom’ Tyranny: The Pressure to Look Hot After Baby | TIME Ideas | TIME.com
    http://ideas.time.com/2012/07/30/the-tyranny-of-the-sexy-mom/?iid=op-main-feature

    Jennifer Garner made news recently for wearing a one-piece bathing suit. Yup, in America it’s a big deal when a 40-year-old actress and mother of three does not appear in a bikini with ridiculously toned abs four months after giving birth. “Jennifer Garner Unveils Sexy Post-Baby Body in a Retro Swimsuit!”

    This attitude has a trickle-down effect. A new report published this month in the journal Sex Roles revealed that many 6-to-9-year-old girls already think of themselves as sexual objects. Psychologists showed the girls two paper dolls, one dressed in tight, cleavage-revealing “sexy” clothes and the other wearing a trendy but covered-up outfit. Most girls identified the sexy doll as the one most likely to be popular and the one they wanted to look like. Interestingly, media consumption did not seem to play a role in the doll they picked. But a mother’s self-image did. Those girls with moms who reported self-objectifying tendencies, like worrying about their clothes and appearance many times a day, were more likely to pick the sexy doll.

    #femmes #sexualisation_des_filles #poids #mode