• Imaginez une nouvelle #technologie
    http://carfree.fr/index.php/2019/11/15/imaginez-une-nouvelle-technologie

    Toute technologie nouvelle porte en elle des risques inhérents qu’il convient sans aucun doute d’appréhender afin que la société humaine dans son ensemble puisse décider en toute connaissance de cause Lire la suite...

    #Fin_de_l'automobile #Insécurité_routière #Pollution_automobile #industrie #monde #pollution #santé #science #sécurité_routière #société

  • La jet-set des escrologistes, par Nicolas Casaux
    https://www.facebook.com/nicolas.casaux/posts/10156947033822523

    Dans le monde anglophone (et parfois aussi dans le monde francophone, pour certains, dont le travail est traduit en français) : George Monbiot, Naomi Klein, Bill McKibben. Dans le monde francophone : Nicolas Hulot, Cyril Dion, Aurélien Barrau, Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Delannoy, Maxime De Rostolan. Il y en a d’autres.

    Habitués des #médias de masse, ils tiennent des #discours qui, malgré quelques différences ou nuances, forment une même et unique perspective, correspondant à la définition grand public de l’écologisme.

    Ladite perspective s’appuie sur une évaluation très partielle de la situation. Sur le plan écologique, elle tend à réduire les nombreux aspects de la #catastrophe en cours à un problème de taux de #carbone dans l’atmosphère (réchauffement climatique), et de « ressources naturelles » que la civilisation (industrielle) doit — condition sine qua non de sa perpétuation, leur ambition principale — s’efforcer de mieux gérer. Que les autres êtres vivants, les autres espèces et les communautés biotiques qu’elles forment possèdent une valeur intrinsèque, ne se réduisent pas à de simples « ressources », est rarement évoqué.

    Sur le plan social, lorsqu’ils soulignent des problèmes, nos #escrologistes pointent du doigt les #inégalités économiques ou le chômage. Certains vont jusqu’à dire du mal du capitalisme, mais ne critiquent en réalité que certains excès du système économique dominant. D’autres fois, ils dénoncent, plus honnêtement, quelque « #capitalisme dérégulé » ou « débridé » (Naomi Klein dans "Tout peut changer"). Mais ils ne parlent que très rarement, voire pas du tout, des injustices fondamentales que constituent la #propriété privée, la division hiérarchique du travail, le #travail en tant que concept capitaliste, des rapports de #domination qu’implique une organisation technique de la #société — la bureaucratie, l’État. Ils n’expliquent jamais, ou très rarement et très timidement, sans rien en tirer, qu’à l’instar de l’État en tant que forme d’organisation sociale, les régimes électoraux modernes n’ont rien de démocratique, qu’ils relèvent plutôt de l’#aristocratie élective, et que leur fonctionnement est clairement verrouillé, garanti et gardé par divers mécanismes coercitifs, y compris par la #violence physique.

    Ils se contentent d’en appeler à une sorte de nouvelle révolution verte, au moyen d’un new deal vert (Green New Deal) qu’agenceraient les gouvernants. Car aux yeux de nos escrologistes, il s’agit toujours de compter, pour sauver la situation — pardon, la #civilisation, mais aussi la planète, prétendument, puisqu’il est possible et souhaitable, d’après eux, de tout avoir — sur les dirigeants étatiques ou d’entreprise. New deal vert censé permettre de créer des tas d’emplois verts, au sein d’entreprises vertes, dirigées par des patrons verts — une exploitation verte, une #servitude verte —, de donner forme à une civilisation industrielle verte dotée de commodités technologiques vertes, smartphones verts, voitures vertes, etc., alimentés par des énergies vertes, et ainsi de suite (on parle désormais, de plus en plus, d’énergies "non-carbonées" plutôt que d’énergies "vertes", ce qui permet, à l’aide d’un autre #mensonge, de faire rentrer le #nucléaire dans le lot ; partout, vous pouvez remplacer "vert" par "non-carboné" ou "zéro carbone", ou "carboneutre", l’absurdité est la même).

    Au bout du compte, leur #réformisme à la noix vise uniquement à repeindre en vert le désastre en cours : repeindre en vert les oppressions, les dominations, les injustices. À faire croire qu’il est possible de rendre verte, durable, la civilisation technologique moderne — une rassurance dont on comprend aisément pourquoi elle est la bienvenue dans les médias de masse, pourquoi elle plait à tous ceux dont c’est la principale ambition. Un mensonge grossier : rien de ce qu’ils qualifient de vert ne l’est réellement. Une promesse creuse et, au point où nous en sommes rendus, criminelle. Affirmer, en 2019, comme le fait Aurélien Barrau dans son livre de promotion de l’écologie, pardon, de l’#escrologie, que ce qu’il faut, c’est "que nous nous engagions solennellement à ne plus élire quiconque ne mettrait pas en œuvre des mesures fermes" (pour tout repeindre en vert), "que les citoyens n’envisagent même plus de choisir pour représentant quiconque ne s’engagerait pas" (à tout repeindre en vert), zut alors.

    On peut croire à tout ça. C’est très con, mais on peut y croire. Surtout lorsqu’on fait partie des puissants, de ceux qui tirent leur épingle du désastre actuel — mais pas seulement, puisque, conditionnement aidant (c’est à ça que servent nos escrologistes) c’est même la religion dominante.

    Mais comment font certains pour continuer à dire que nous voulons tous la même chose, que nous devrions cesser de critiquer ces #éco-charlatans parce que nous voulons comme eux au bout du compte, que nous sommes tous pareils, etc. ?!

    #greenwashing

    • C’est intéressant mais à mettre dans le même sac des écologistes plus soft et des imbéciles heureux ou des suppôts du capitalisme, est-ce qu’on ne fait pas le truc classique de la gauche radicale : se couper des membres et jouer au jeu du plus radical qui se retrouvera tout seul ?

    • @antonin1 : « se couper des membres et jouer au jeu du plus radical qui se retrouvera tout seul »

      Ces gens-là ne sont pas des amis avec qui je fait des trucs, et sans eux, je ne me sens pas seul. Je crois qu’il faut aussi cesser de s’identifier avec les vedettes médiatiques et reconquérir une peu d’autonomie politique...

    • Je pensais surtout à Naomi Klein, pas trop à YAB, Barrau et Hulot, @tranbert. Klein, ses bouquins ont aidé plein de monde à faire le lien entre capitalisme et désastre écologique. D’où mon impression de "plus radical que moi tu meurs" alors que je pense aussi qu’il faut se garder des faux amies et être capable de redire ce en quoi on croit, une écologie juste et radicale.

      http://blog.ecologie-politique.eu/post/Leur-ecologie-et-la-notre

      BALLAST | Naomi Klein : « Le changement climatique génère des conflits »
      https://www.revue-ballast.fr/naomi-klein

      Tandis que les diri­geants du monde se réunissent pour « remé­dier » au pro­blème du chan­ge­ment cli­ma­tique à la Conférence de Paris, dite COP21, nous retrou­vons l’es­sayiste cana­dienne Naomi Klein, auteure des ouvrages phares No Logo et La Stratégie du choc, dans les bureaux de l’un de ses édi­teurs. La presse géné­ra­liste patiente à l’ex­té­rieur. Les élites, nous explique-t-elle, parlent, oui, mais ne font que ça, et tout est entre­pris pour que le grand public n’en­tende rien, ou si peu, à ces vastes enjeux — pour­tant cru­ciaux, et pas seule­ment d’un point de vue éco­lo­gique : et Klein de déplo­rer le mutisme des for­ma­tions sup­po­sé­ment cri­tiques et éman­ci­pa­trices en la matière.

    • @antonin1 : "être capable de redire ce en quoi on croit, une écologie juste et radicale."

      Je ne crois pas que le #Green_New_Deal que soutient #Naomi_Klein entre dans ces catégories...

      Naomi Klein : « Les gens veulent qu’on leur montre un futur où le monde ne s’effondre pas »

      https://www.liberation.fr/debats/2019/11/03/naomi-klein-les-gens-veulent-qu-on-leur-montre-un-futur-ou-le-monde-ne-s-

      Ou alors, j’ai pas tout très bien compris.

    • Je comprends tout à fait la réserve quant à Klein et à son soutien au Green New Deal.
      Par contre, je ne comprends pas qu’elle puisse être placée au même niveau que les autres cités. L’épaisseur de la pensée de Klein est tout de même d’un tout autre niveau que ces autres personnes, individus mis sur le devant de la scène on ne sait comment ni vraiment pourquoi, mais en tout cas pas par la densité de leur contribution intellectuelle, et qui fait que l’on comprend tout à fait qu’ils puissent être désignés à la vindicte à la façon du premier éditocrate venu.

    • Ce que je souhaite signifier : Qu’elle décide de rallier telle ou telle initiative pour laquelle nous considérons qu’elle est une ennemie, c’est une chose. Qu’elle soit considérée comme une escroc intellectuelle en est une autre. Ses raisonnements et ses contributions ne méritent pas d’être mises à la poubelle, comme on se doit de le faire pour le premier escroc venu. L’affrontement n’exclut pas le respect pour les apports intellectuels réels de ses contributions.

    • Je ne sais pas d’où vient le revirement de Klein, qui est d’habitude très critique des manœuvres des gouvernements et des entreprises. Peut-être qu’on a tou·tes en soi quelque chose de soc-dem, une envie de réformes parce qu’on a peur que ce soit pire sans ?

      Barrau est un vrai escroc, en revanche, car son autorité scientifique mise au service d’un raisonnement indigent est gerbante. C’est pour ça qu’à mon avis il est plus coupable que les autres, il se présente comme un penseur (pas comme les autres qui se présentent comme un pilote d’hélico ou gentil colibri) et c’est une pure escroquerie.

      Descola, d’abord signataire de son micro-texte merdique qui dit que c’est la faute de l’être humain, a ensuite exprimé des choses plus complexes sur quel est l’être humain qui exploite comme ça l’autre et son milieu ? Et c’est bien les classes dominantes d’une civilisation occidentale (rejointe par les autres classes dominantes) qui nous fait cette merde, pas « l’être humain » aliéné, plus ou moins exploité et plus ou moins gratifié par le capitalisme industriel.

  • Samuel Hanson ORDWAY Junior, un collapsologue oublié
    http://carfree.fr/index.php/2019/11/12/samuel-hanson-ordway-junior-un-collapsologue-oublie

    Samuel Hanson Ordway Jr. (20 janvier 1900 – 18 novembre 1971), diplômé de la faculté de droit de Harvard, était avocat au barreau de New York de 1925 à 1958. Lire la suite...

    #Argumentaires #Destruction_de_la_planète #Livres #Ressources #Biographie #Collapsologie #consommation #croissance #décroissance #économie #société #usa

  • Vers une modification de la prime d’activité ? - Capital.fr
    https://www.capital.fr/economie-politique/vers-une-modification-de-la-prime-dactivite-1354775

    Ce dispositif, élargi à 700.000 nouveaux bénéficiaires en raison du mouvement des Gilets jaunes, a coûté 800 millions d’euros de plus que prévu à l’Etat en 2019.

    Et si l’Etat décidait de modifier la prime d’activité ? C’est en tout cas ce que souhaite Stella Dupont, députée LREM, dans un rapport publié mercredi, rapporte Les Echos. Elle pointe notamment du doigt l’enrichissement relatif des bénéficiaires de ce dispositif, qui a concerné 4,1 millions de foyers en 2019, soit 700.000 de plus que l’année précédente en raison d’un élargissement décidé après le mouvement des Gilets jaunes.

    Parmi ces foyers, 30% touchent moins de 1.000 euros par mois, contre 41% l’année passée. « Cette évolution peut faire l’objet d’une attention particulière, dès lors que la prime d’activité est désormais davantage tournée vers les personnes percevant un revenu légèrement supérieur au SMIC, que les personnes vivant sous le seuil de pauvreté », note Stella Dupont. Elle propose ainsi « d’ajuster le revenu de solidarité active ou la prime d’activité dès 2020, dans le cadre de la préparation de la mise en place du revenu universel d’activité ».

    Une consultation citoyenne a été lancée début octobre concernant la possible création d’un revenu universel d’activité (RUA). Le principe ? Verser une allocation unique en agglomérant un certain nombre d’aides sociales qui sont, pour l’instant, versées séparément. Stella Dupont suggère ici de permettre aux ménages modestes de bénéficier d’un lissage de leurs aides, sans donner plus de détails à ce sujet. Reste à voir ce que l’exécutif décidera, alors que la prime d’activité lui a coûté 9,6 milliards d’euros en 2019, soit 800 millions de plus que ce qui était prévu.

    Le détail est là
    https://www.lesechos.fr/economie-france/social/la-prime-dactivite-coutera-800-millions-deuros-de-plus-que-prevu-cette-anne
    mais je n’y ait pas accès, si quelqu’un.e...

    Et voilà, avec la contre réforme du chômage, celle annoncée du revenu universel d’activité, la baisse des APL, la #prime_d'activité, qui est depuis sa création le pivot de la gestion du salaire/revenu des précaires, risque elle aussi d’être restructurée à loisirs.

    #précaires #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit

    • Il me semble que c’est tout à fait l’inverse : faire que le plus grand nombre soit précisément prisonnier de la « société de travail » (copyright Jospin, 1998).

      Cette réforme éventuelle de la prime d’activité se ferait dans et contre le principe même de la prime d’activité, d’autant plus élevée que l’on gagne davantage de salaire (mais pas trop, sinon on en a pas). On la touche pas si on est pas assez méritant (ce qu’atteste un salaire ou un chiffre d’affaires faible). L’argument de l’ex-socialiste Dupont c’est que la modification de la prime d’activité concédée suite à une mobilisation #Gilets_Jaunes (dont un des énoncés majeur était « on n’arrive pas à vivre de notre travail », laissant pour l’essentiel de côté le #RSA et le chômage, pourtant constitutifs de ces situations...) coûte certes non seulement trop cher mais qu’elle est également inéquitable au regard de ceux qui en touchent moins ou pas du tout, ce qui est le cas par construction, dès l’origine.

      #société_de_travail

  • #MeToo dans le cinéma : l’actrice Adèle Haenel brise un nouveau tabou
    https://www.mediapart.fr/journal/france/031119/metoo-dans-le-cinema-l-actrice-adele-haenel-brise-un-nouveau-tabou

    L’actrice Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » lorsqu’elle était âgée de 12 à 15 ans. Son récit est conforté par de nombreux documents et témoignages. Mediapart retrace son long cheminement, de la « prise de parole impossible » au « silence devenu insupportable ». Le cinéaste conteste « catégoriquement » les faits.

    D’abord, il y a eu la « honte », profonde, tenace, indélébile. Puis la « colère », froide, qui ne l’a pas quittée pendant des années. Et enfin l’apaisement, « petit à petit », parce qu’il a bien fallu « traverser tout cela ». En mars 2019, la #colère s’est ravivée, « de manière plus construite », à l’occasion du documentaire de la chaîne HBO sur #Michael_Jackson https://www.franceinter.fr/emissions/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-21-mars-2019, qui révèle des témoignages accablants accusant le chanteur de #pédocriminalité, et met à jour une mécanique d’emprise.

    « Ça m’a fait changer de perspective sur ce que j’avais vécu, explique l’actrice Adèle Haenel, parce que je m’étais toujours forcée à penser que ça avait été une histoire d’amour sans réciprocité. J’avais adhéré à sa fable du “nous, ce n’est pas pareil, les autres ne pourraient pas comprendre”. Et puis il a aussi fallu ce temps-là pour que je puisse, moi, parler des choses, sans en faire non plus un drame absolu. C’est pour ça que c’est maintenant. »

    Ce matin d’avril 2019, la comédienne prend le temps de choisir chaque mot pour raconter. Elle marque de longues pauses, reprend. Mais la voix n’hésite pas. « Je suis vraiment en colère, dit-elle. Mais la question ce n’est pas tant moi, comment je survis ou pas à cela. Je veux raconter un abus malheureusement banal, et dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible. » Raconter s’est imposé comme une nécessité, parce que « la poursuite du silence était devenue insupportable », parce que « le silence joue toujours en faveur des coupables ».

    Adèle Haenel a décidé de poser publiquement les mots sur ce qu’elle « considère clairement comme de la #pédophilie et du #harcèlement_sexuel ». Elle accuse le réalisateur Christophe Ruggia de comportements sexuels inappropriés entre 2001 et 2004, alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans, et lui de 36 à 39 ans. À Mediapart, l’actrice dénonce « l’emprise » importante du cinéaste lors du tournage du film Les Diables, puis un « harcèlement sexuel permanent », des « #attouchements » répétés sur les « cuisses » et « le torse », des « baisers forcés dans le cou », qui auraient eu lieu dans l’appartement du réalisateur et lors de plusieurs festivals internationaux. Elle ne souhaite pas porter l’affaire devant la justice qui, de manière générale, selon elle, « condamne si peu les #agresseurs » et « un #viol sur cent ». « La #justice nous ignore, on ignore la justice. »

    Contacté par Mediapart, Christophe Ruggia, qui a refusé nos demandes d’entretien, n’a pas souhaité répondre à nos questions précises. Mais il a fait savoir, via ses avocats, Jean-Pierre Versini et Fanny Colin, qu’il « réfut[ait] catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure ». « Vous m’avez fait parvenir cette nuit [le 29 octobre au soir, dans la foulée du coup de fil de son avocat – ndlr] en 16 points un questionnaire fleuve sur ce qu’aurait été la relation professionnelle et affective que j’ai entretenue, il y a plus de quinze ans avec Adèle Haenel dont j’ai été le “découvreur” de son grand talent. La version, systématiquement tendancieuse, inexacte, romancée, parfois calomnieuse que vous m’avez adressée ne me met pas en mesure de vous apporter des réponses », a-t-il réagi dans une déclaration écrite. https://www.mediapart.fr/journal/france/031119/metoo-dans-le-cinema-l-actrice-adele-haenel-brise-un-nouveau-tabou/prolonger

    Notre enquête, menée pendant sept mois, auprès d’une trentaine de personnes, a permis de rassembler de nombreux documents et témoignages confortant le récit de l’actrice, dont des lettres dans lesquelles le réalisateur lui fait part, entre autres, de son « amour », qui « a parfois été trop lourd à porter ». Plusieurs personnes ont tenté, sur le tournage, puis au fil des années, d’alerter sur l’attitude du réalisateur avec la comédienne, sans être entendues, selon elles.

    Christophe Ruggia, 54 ans, est devenu l’une des voix du #cinéma indépendant français, autant – sinon plus – par ses engagements militants, que par sa filmographie https://www.imdb.com/name/nm0749439. Il a notamment défendu la cause des réfugiés, des intermittents ou encore du cinéaste Oleg Sentsov, emprisonné cinq ans en Russie. Coprésident de la #Société_des_réalisateurs_de_films (#SRF) jusqu’en juin, il est décrit par ceux qui le côtoient comme une « pasionaria qui veut sauver le monde », « un réalisateur d’une intensité permanente », dont les films mettent en scène des enfants aux itinéraires cabossés.

    C’est dans son deuxième long métrage, Les Diables (2002) https://www.imdb.com/title/tt0291131/fullcredits/?ref_=tt_ov_st_sm, qu’Adèle Haenel a fait ses débuts. Aujourd’hui, à seulement trente ans, elle affiche déjà deux césars et seize films au Festival de Cannes, sous la direction de cinéastes prestigieux tels que les frères Dardenne, Céline Sciamma, André Téchiné, Bertrand Bonello ou Robin Campillo.

    L’histoire commence en décembre 2000. Adèle Haenel a onze ans, ses journées se partagent entre sa classe de cinquième à Montreuil (Seine-Saint-Denis), ses cours de théâtre et ses entraînements de judo. En accompagnant son frère à un casting, c’est elle qui décroche le rôle pour Les Diables. « La gosse était exceptionnelle, il n’y en avait pas deux comme elle », se souvient Christel Baras, la directrice de casting du film, restée amie avec sa recrue.

    À l’époque, la fillette, comme ses parents, est sur un petit nuage. « C’était un conte de fées, c’était complètement hallucinant que cela nous tombe dessus », résume son père, Gert. « Je me sens gonflée d’une importance nouvelle, je vais peut-être faire un film », écrira la comédienne dans ses carnets personnels, rédigés a posteriori, en 2006, et que Mediapart a pu consulter. Elle y évoque la « nouveauté », le « rêve », le « privilège » d’« être seule sur scène, au centre de l’attention de tous ces adultes », « de sortir du lot ». Sa « passion » du théâtre. Et ses « petites discussions avec Christophe [Ruggia] », qui la « raccompagnait dans sa voiture », « [l’]invitait toujours à manger au restaurant », alors qu’elle avait « eu honte la première fois » parce qu’elle n’avait pas assez d’argent pour payer.

    « Pour moi, c’était une sorte de star, avec un côté Dieu descendu sur Terre parce qu’il y avait le cinéma derrière, la puissance et l’amour du jeu », explique aujourd’hui l’actrice. Sa #famille – classes moyennes intellectuelles –, « devient tout d’un coup exceptionnelle », se souvient-elle. « Et moi je passe du statut d’enfant banal à celui de promesse d’être “la future Marilyn Monroe”, selon lui. » À la maison, Ruggia est reçu « avec tous les honneurs ». « C’était un bon réalisateur, de gauche, il venait de faire Le Gone du Chaâba, un très bon film. On lui faisait confiance », raconte sa mère, Fabienne Vansteenkiste.

    Le scénario des Diables, dérangeant et ponctué de scènes de nudité, ne rebute pas les parents. Le film met en scène l’amour incestueux de deux orphelins fugueurs, Joseph (Vincent Rottiers) et sa sœur Chloé (Adèle Haenel), autiste, muette et allergique au contact physique. Il aboutit à la découverte de l’amour physique par les deux préadolescents. #Christophe_Ruggia n’a jamais fait mystère du caractère en partie autobiographique de ce film, « un compromis entre une dure réalité vécue par [ses] deux meilleurs amis et la [sienne] », a-t-il dit dans la presse.

    La performance des deux jeunes acteurs à l’écran a été obtenue grâce à un travail de six mois en amont du tournage. Ces exercices particuliers, menés par le cinéaste et son assistante réalisatrice – sa sœur Véronique Ruggia –, étaient destinés à « les mettre en confiance pour qu’ils puissent jouer des choses difficiles : l’autisme, l’éveil à la sensualité, la nudité, la découverte de leur corps, expliquait-il à l’époque (TéléObs, 12 septembre 2002). Tous les trois, nous avons développé des connivences extraordinaires ». Au total, de la préparation à la promotion du film, c’est « près d’une année où les enfants sont détachés de leur famille, analysait-il alors. Les liens sont alors très forts ». Plusieurs proches de l’actrice en sont persuadés, « l’emprise » du metteur en scène s’est nouée dans ce « #conditionnement » et cet « #isolement ». « Emprise » qui aurait ensuite ouvert la voie, selon l’actrice, à des faits plus graves, après le tournage.

    Parmi les vingt membres de l’équipe du film sollicités, certains disent « ne pas avoir de souvenirs » de ce tournage ancien ou bien n’ont pas souhaité répondre à nos questions. D’autres assurent n’avoir « rien remarqué ». C’est le cas, par exemple, du producteur Bertrand Faivre, de l’acteur Jacques Bonnaffé (présent quelques jours sur le tournage), ou de la monteuse du film, Tina Baz. Restée proche du cinéaste, cette dernière le décrit comme « respectueux », « d’une affection formidable », « avec un investissement absolu dans son travail » et une « relation paternelle sans ambiguïté » avec Adèle Haenel.

    À l’inverse, beaucoup dépeignent un réalisateur à la fois « tout-puissant » et « infantile », « immature », « étouffant », « vampirisant », « accaparant », « invasif » avec les enfants, s’isolant dans une « bulle » avec eux. Neuf personnes décrivent une « emprise », ou bien un fort « ascendant » ou encore un rapport de « manipulation » du cinéaste avec les deux comédiens, qui le percevaient comme « le Père Noël ».

    Sur le tournage, qui débute le 25 juin 2001, Christophe Ruggia aurait réservé un traitement particulier à #Adèle_Haenel, âgée de douze ans, « protégée », « soignée », « trop couvée », selon plusieurs témoignages recueillis. « C’était particulier avec moi, confirme l’actrice. Il jouait clairement la carte de l’amour, il me disait que la pellicule m’adorait, que j’avais du génie. J’ai peut-être cru à un moment à ce discours. »

    « J’ai toujours vu leur grande proximité », atteste l’acteur #Vincent_Rottiers – resté ami avec le cinéaste. Il se souvient qu’« Adèle n’arrêtait pas de le coller, comme une première de la classe avec son prof » et que « Christophe prenait plus de temps avec elle, la mettait en conditionnement ». « Il n’y en avait que pour elle, au point que j’étais parfois jaloux. Mais je me disais que c’était spécial parce qu’elle jouait une autiste. Avec le recul, je le vois autrement. »

    #Éric_Guichard, le chef opérateur, n’a constaté aucun « geste déplacé » mais dit avoir « rarement » vu « une relation si fusionnelle » entre le cinéaste et la jeune comédienne, qui était « habitée par son rôle », « subjuguée par Christophe, très investie » et « ne se confiait qu’à lui ». Il décrit un « ascendant évident » de Ruggia, mais qu’il a placé « au niveau de la fabrication d’un film de cinéma » et attribué « à la difficulté du personnage d’Adèle ».

    Pour la comédienne Hélène Seretti, engagée comme coach des acteurs sur le tournage et qui n’a jamais perdu le contact avec Adèle Haenel, le cinéaste « collait trop » la fillette. « Il était tactile, mettait ses bras sur ses épaules, lui faisait parfois des bisous. Il lui demandait par exemple : “Et toi tu prends quoi à manger ma chérie ?” », se remémore-t-elle. Petit à petit, je me suis dit que ce n’était pas une relation qu’un adulte devrait avoir avec un enfant, je ne le sentais pas clair, ça me gênait. » « Pas tranquille », elle dit être restée « en alerte ». Mais elle est cantonnée à un rôle de « nounou », loin du plateau. « Christophe Ruggia avait un rapport privilégié avec les deux enfants, donc il m’avait clairement dit : “Tu ne t’en occupes pas, j’ai travaillé des mois avec eux pour préparer ce tournage.” Quand il préparait les scènes, il me tenait à l’écart », prétend-elle.

    Dexter Cramaix, qui travaillait à la régie, se souvient des relations entre le réalisateur et ses deux jeunes acteurs comme n’étant « pas à la bonne place », « trop affectives » et « exclusives », « au-delà du purement professionnel ». « Entre nous, on se disait que quelque chose n’était pas normal, qu’il y avait un souci. On dit souvent des metteurs en scène qu’ils doivent être amoureux de leurs actrices, mais Adèle avait douze ans. »

    Le réalisateur Christophe Ruggia sur le tournage du film "Les Diables" (2002). Le réalisateur Christophe Ruggia sur le tournage du film "Les Diables" (2002).
    Laëtitia, la régisseuse générale du film – qui a quitté le tournage sur la fin, après un « burn-out » –, confirme : « Les rapports qu’entretenait Christophe avec Adèle n’étaient pas normaux. On avait l’impression que c’était sa fiancée. On n’avait quasiment pas le droit de l’approcher ou de parler avec elle, parce qu’il voulait qu’elle reste dans son rôle en permanence. Lui seul avait le droit d’être vraiment en contact avec elle. On était très mal à l’aise dans l’équipe. »

    Edmée Doroszlai, la scripte (lire notre Boîte noire), explique avoir fait part du même ressenti à l’un de ses collègues : « Je lui ai dit : “Regarde, on dirait un couple, ce n’est pas normal.” » Elle assure avoir « tiré la sonnette d’alarme » en constatant « l’épuisement et la souffrance mentale des enfants ». « Ça allait trop loin. Pour les protéger, j’ai fait arrêter plusieurs fois le tournage et j’ai essayé de contacter la DDASS. » « Il manipulait les enfants », estime le photographe Jérôme Plon, qui a quitté le tournage au bout d’une semaine avec l’impression d’un « fonctionnement quelque peu gourou » et d’un cinéaste prenant « un peu possession des gens ». Inquiet, il dit en avoir parlé « à une amie psychanalyste pour enfants ».

    « Je ne bougeais pas, il m’en voulait de ne pas consentir »

    Comment distinguer, sur un tournage, la frontière subtile entre une attention particulière portée à une enfant qui est l’actrice principale du film, une relation d’emprise et un possible comportement inapproprié ? À l’époque, plusieurs membres de l’équipe peinent à mettre un mot sur ce qu’ils observent. D’autant qu’aucun d’entre eux n’a été témoin de « geste à connotation sexuelle » explicite du cinéaste à l’égard de la comédienne. « J’oscillais tout le temps entre “Ça ne va pas du tout ce qui se passe” et “Il est peut-être juste fasciné”, se rappelle Hélène Seretti, 29 ans alors. J’étais jeune, je ne me faisais pas confiance. Aujourd’hui ce serait différent. »

    La régisseuse, Laëtitia, s’est elle aussi prise à douter : « C’est très compliqué de se dire que le réalisateur pour qui on travaille est potentiellement abusif, qu’il y a manipulation. Je me disais parfois : “Est-ce que j’ai rêvé ? Est-ce que je suis folle ?” Et personne n’aurait l’idée de s’immiscer dans sa relation avec les comédiens, d’oser dire un mot, car cela fait partie d’un processus de création. D’où les possibilités d’abus – qu’ils soient physiques, moraux ou émotionnels – sur les tournages. »

    Deux membres de l’équipe du film affirment à Mediapart avoir été tenus à l’écart après avoir formulé des inquiétudes par rapport à l’actrice. Hélène Seretti raconte qu’elle se serait « mis à dos » le cinéaste en exprimant ses doutes. Un matin, elle saisit l’occasion d’une « sale nuit » passée par la comédienne, après que sa mère l’eut questionnée sur le comportement de Christophe Ruggia, pour s’entretenir avec le cinéaste. « C’était compliqué de vraiment nommer les choses face à lui, j’ai essayé d’expliquer qu’Adèle n’allait pas bien, que ç’allait trop loin, qu’on ne pouvait pas continuer comme ça. Il m’a répondu : “Tu veux foutre en l’air mon film, tu ne te rends pas compte le rapport privilégié que j’ai avec eux.” » À partir de là, elle prétend qu’il ne lui « a plus adressé la parole » et que « la suite du tournage n’a pas été simple ». Elle dit avoir tenté d’évoquer ses craintes auprès de plusieurs membres de l’équipe. « C’est le cinéma, c’est le rapport avec l’acteur » ; « Le réalisateur, c’est le patron », lui aurait-on répondu. « On n’osait pas contester le metteur en scène, j’avais peur et je ne savais pas quoi faire ni à qui m’adresser », analyse-t-elle aujourd’hui.

    La directrice de casting, Christel Baras, affirme, elle, qu’elle aurait été « évincée » des répétitions, après une remarque à l’été 2001, avant le tournage. « On était dans l’entrée de l’appartement de Christophe [Ruggia]. Adèle était assise sur le canapé plus loin. Il voulait que je m’en aille, que je les laisse. J’étais très mal à l’aise, dérangée, c’était la manière dont il la regardait, ce qu’il disait. Je me suis dit : “Là, ça dérape” », relate-t-elle. « Je n’ai pas imaginé quelque chose d’ordre sexuel à l’époque, précise-t-elle, mais je voyais son emprise sur la gamine. »

    En partant, elle aurait « regardé droit dans les yeux » le cinéaste en le mettant en garde : « C’est une petite fille, une petite fille ! Elle a douze ans ! » Après cet épisode, Christophe Ruggia lui aurait dit qu’il ne la « voulai[t] plus sur le plateau ». Une décision qu’elle a interprétée, quelques années plus tard, avec le recul, comme « un bannissement », parce qu’elle était « dangereuse ». La directrice de casting, à la forte personnalité, a-t-elle été jugée trop envahissante sur le tournage, ou faisait-elle écran à la relation exclusive qu’aurait voulu instaurer le réalisateur avec sa comédienne ?

    Après la sortie du film, le « malaise » de Christel Baras sera en tout cas renforcé quand elle recroisera, « deux ou trois fois », la fillette chez le cinéaste. Notamment un samedi soir, en passant à l’improviste chercher un DVD. « Il était 20 heures/20 h 30, j’étais gênée, et j’ai dit : “Qu’est-ce que tu fous là, Adèle, rentre chez toi, tu as vu l’heure enfin ?” », se souvient-elle. Selon elle, « Adèle était sous emprise, à chaque fois, elle y retournait. » Christel Baras retravaillera ensuite avec le réalisateur sur un autre film https://www.imdb.com/title/tt1814672/fullcredits/?ref_=tt_ov_st_sm, avec des adultes.

    Nos témoins invoquent la posture du « réalisateur tout-puissant » pour expliquer que personne n’ait essayé de s’élever contre son comportement. Les uns racontent avoir eu peur que leur contrat ne soit pas renouvelé ou d’être « blacklistés » dans ce milieu précaire ; les autres disent avoir mis son attitude sur le compte du « rapport particulier du metteur en scène avec ses comédiens », de ses « méthodes de travail » pour « susciter le jeu de ses acteurs ». Et la plupart disent avoir été préoccupés par un tournage qu’ils décrivent comme « difficile », « harassant », « avec peu de moyens financiers » et « six jours de travail par semaine ».

    La mère de l’actrice elle-même s’est questionnée. À Mediapart, Fabienne Vansteenkiste raconte le « malaise » qui l’a envahie lors de sa venue sur le tournage, à Marseille. « Sur le Vieux-Port, Christophe était avec Adèle d’un côté, Vincent de l’autre, ses bras passés par-dessus l’épaule de chacun, à leur faire des bisous. Il avait une attitude bizarre pour un adulte avec un enfant. » Sur le moment, elle ne dit rien, pensant qu’elle ne « conna[ît] pas le milieu du cinéma ». Mais sur la route du retour, inquiète, elle s’arrête à une station essence pour trouver un téléphone et appelle sa fille pour lui demander « ce qui se passe avec Christophe ». « Adèle m’a envoyée sur les roses, sur l’air de “Mais, ma pauvre, tu as vraiment l’esprit mal placé” », se souvient sa mère. La nuit qui suit, la collégienne fera une inhabituelle crise de nerfs. « Je n’étais absolument pas calmable, je criais comme une sorte d’animal, j’étais blessée. Le lendemain j’étais mal à l’aise sur le plateau, on a refait la scène plein de fois alors qu’elle était simple », raconte Adèle Haenel. Hélène Seretti n’a pas oublié cet épisode : « Il y avait une dichotomie en elle, elle sentait le trouble – sans pouvoir encore le nommer –, et en même temps elle répétait qu’elle voulait aller au bout de ce film. »

    C’est après le tournage, achevé le 14 septembre 2001, que la relation exclusive du cinéaste, âgé de trente-six ans, avec l’actrice de douze ans, aurait « glissé vers autre chose », affirme Adèle Haenel. Selon son témoignage, des « attouchements » auraient eu lieu à l’occasion de rendez-vous réguliers, le week-end, dans l’appartement parisien du réalisateur, où la conduisait parfois son père. Christophe Ruggia, qui possède une DVDthèque fournie, prend en main la culture cinématographique de la jeune comédienne, lit les scénarios qu’elle reçoit, la conseille. D’après son récit, le cinéaste « procédait toujours de la même façon » : « des Fingers au chocolat blanc et de l’Orangina » posés sur la petite table du salon, puis une conversation durant laquelle « il dérapait », avec des gestes qui « petit à petit, prenaient de plus en plus de place ». Les souvenirs d’Adèle Haenel sont précis : « Je m’asseyais toujours sur le canapé et lui en face dans le fauteuil, puis il venait sur le canapé, me collait, m’embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine. Il était excité, je le repoussais mais ça ne suffisait pas, il fallait toujours que je change de place. » D’abord à l’autre extrémité du canapé, puis debout vers la fenêtre, « l’air de rien », ensuite assise sur le fauteuil. Et « comme il me suivait, je finissais par m’asseoir sur le repose-pied qui était si petit qu’il ne pouvait pas venir près de moi », détaille-t-elle.

    Pour l’actrice, il est clair qu’« il cherchait à avoir des relations sexuelles avec [elle] ». Elle souligne ne pas se souvenir « quand s’arrêtaient les gestes » du cinéaste, et explique que ses « caresses étaient quelque chose de permanent ». Elle raconte la « peur » qui la « paralysai[t] » dans ces moments : « Je ne bougeais pas, il m’en voulait de ne pas consentir, cela déclenchait des crises de sa part à chaque fois », sur le registre de la « culpabilisation », affirme-t-elle. « Il partait du principe que c’était une histoire d’amour et qu’elle était réciproque, que je lui devais quelque chose, que j’étais une sacrée garce de ne pas jouer le jeu de cet amour après tout ce qu’il m’avait donné. À chaque fois je savais que ç’allait arriver. Je n’avais pas envie d’y aller, je me sentais vraiment mal, si sale que j’avais envie de mourir. Mais il fallait que j’y aille, je me sentais redevable. » Ses parents, eux, « ne se posent pas de questions ». « Je me dis, elle regarde des films, c’est super bien qu’elle ait cette culture cinématographique grâce à lui », se souvient sa mère. Vincent Rottiers explique que lui aussi se rendait « souvent » chez Ruggia, pour parler « cinéma et actualité », parfois « avec des amis » : « C’était devenu la famille, Christophe. Mon père de cinéma. » « Adèle était parfois déjà là quand j’arrivais, je me disais que c’était bizarre, je me posais des questions, mais sans comprendre. » Christophe Ruggia, lui, « réfute catégoriquement » auprès de Mediapart tout « harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement ».

    Selon l’actrice, le réalisateur aurait eu les mêmes gestes dans un autre huis clos : celui des chambres d’hôtel des festivals internationaux, que le cinéaste a écumés avec ses deux jeunes acteurs après la sortie du film, en 2002 : Yokohama (Japon), Marrakech (Maroc), Bangkok (Thaïlande). Photos, étiquette de l’hôtel, programmes, critiques de presse : dans un classeur bleu, la comédienne a tout conservé de cette « promo » au cours de laquelle elle a découvert avec fascination, à treize ans, l’avion, la plage, les buffets luxueux, les flashs qui crépitent, les autographes à signer. Mais elle n’a pas non plus oublié les « stratégies » développées pour échapper à des « attouchements » dans la « promiscuité » des chambres d’hôtel : « Quand je rentrais dans une pièce, je savais où me mettre, de telle sorte qu’il ne vienne pas me coller. » Elle détaille le large rebord de fenêtre de l’hôtel Inter-Continental de Yokohama, en juin 2002, sur lequel elle s’asseyait, « parce qu’[elle] ne voulai[t] pas être sur le lit à côté de lui ». « Mais il venait vers moi, il me collait, il essayait de me toucher, il me disait “je t’aime” », raconte-t-elle. Elle évoque les « déclarations » et les « I love you » de Christophe Ruggia, ouvertement, « dans les fêtes », ses « scènes de jalousie extrêmes ». Mais aussi l’état d’« angoisse » qu’elle ressentait : « Un matin, je me suis réveillée et j’ai commencé à “paranoïer”, je me suis dit : “Je ne me suis pas endormie dans ce lit.” » Sur plusieurs séries de clichés du festival, que Mediapart a retrouvés, on voit le réalisateur en smoking tenir par la hanche l’actrice, robe longue de soirée et dents de lait manquantes.

    Adèle Haenel se rappelle aussi une scène qui se serait déroulée au festival de Marrakech http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=713843.html, en septembre 2002 : le cinéaste aurait piqué une « colère » en découvrant qu’elle avait « mangé le petit chocolat offert par l’hôtel » alors qu’il lui faisait « une déclaration d’amour, dans sa chambre ». « Il m’a mise à la porte, puis l’a rouverte. Il me disait qu’il m’aimait, qu’il était complètement fou. Je me suis retrouvée là-bas avec ce drame. J’ai fait une nuit blanche pour la première fois de ma vie. »

    En juin 2004, âgée de quinze ans, elle part seule avec Christophe Ruggia au festival du film français de Bangkok https://positioningmag.com/16754. Elle se souvient d’avoir encore repoussé sa main qui « serrait [sa] hanche, dans les tuk-tuk ». « Ça l’a énervé, et il voulait que je me sente coupable », raconte-t-elle. Dans une lettre adressée à la comédienne le 25 juillet 2007, le cinéaste revient sur ce « voyage super à plein de moments, mais qui [l’]a complètement déstabilisé » et les « “problèmes” qui [lui] étaient apparus en Thaïlande ». De quels « problèmes » parlait-il ? Questionné sur ce point, Christophe Ruggia n’a pas répondu.

    Cette année-là, il avait écrit un scénario « pour [elle] », dont les personnages principaux s’appelaient « Adèle et Vincent », et qu’il voulait lui « offrir […] le jour de [ses] seize ans », dit-il dans sa lettre. Il explique avoir été « terrifié » à l’idée que la comédienne ne veuille pas participer à ce nouveau film, « à cause de [lui] (vu comment [elle] [l]’avai[t] traité à certains moments là-bas) », écrit-il. Selon l’actrice, le metteur en scène exerçait alors un contrôle important sur elle. Jusqu’à régenter des choses anodines, dit-elle, comme son tic de passer la langue sur sa lèvre. « Il m’avait dit d’arrêter, sur le mode : “C’est trop sexy, tu ne te rends pas compte de ce que tu me fais.” »

    « Christophe Ruggia m’avait confié avoir eu des sentiments amoureux pour Adèle »

    Plusieurs documents et témoignages recueillis par Mediapart confortent le récit d’Adèle Haenel. D’abord les confessions qu’aurait faites Christophe Ruggia lui-même, au printemps 2011, à une ex-compagne, la réalisatrice Mona Achache. « Il m’avait confié avoir eu des sentiments amoureux pour Adèle », lors de la tournée promotionnelle des Diables, explique à Mediapart la metteuse en scène, qui n’est pas une connaissance d’Adèle Haenel. Elle affirme qu’après l’avoir questionné avec insistance, il aurait fini par lui relater une scène précise : « Il regardait un film avec Adèle, elle était allongée, la tête sur ses genoux à lui. Il avait remonté sa main du ventre d’Adèle à sa poitrine, sous le tee-shirt. Il m’a dit avoir vu un regard de peur chez elle, des yeux écarquillés, et avoir pris peur lui aussi et retiré sa main. »

    Mona Achache raconte avoir été « sonnée » et « mal à l’aise » par « sa manière de raconter l’histoire » : « Il se sentait fort, loyal, droit, d’avoir su retirer sa main. Il essayait d’en faire de l’humour en me disant que lui était perdu d’amour et qu’elle le faisait tourner en bourrique. » Face à ses questions, le cinéaste se serait montré « un peu fuyant », « minimisant la chose ». « Il ne se rendait pas compte qu’avoir interrompu son geste ne changeait rien au traumatisme qu’il avait pu causer en amont, se souvient-elle. Il ne remettait pas en question le principe même de ces rendez-vous avec Adèle, ni la genèse d’une relation qui rende possible qu’une enfant puisse être alanguie sur ses genoux en regardant un film. Il restait focalisé sur lui, sa douleur, ses sentiments, sans aucune conscience des conséquences pour Adèle de son comportement général. » « Sidérée », la réalisatrice explique l’avoir quitté brutalement ensuite, sans lui avoir mentionné la raison, et souhaité ne plus le revoir.

    Elle dit avoir « gardé le silence », car il ne lui « semblait pas juste de parler à la place d’Adèle Haenel » d’autant qu’elle ne savait que ce que « Christophe Ruggia avait bien voulu [lui] dire ». À l’époque, elle s’en ouvre tout de même à une amie proche, la cinéaste Julie Lopes-Curval. « On était chez Mona, elle m’a confié qu’il n’avait pas été net avec Adèle Haenel, confirme à Mediapart la réalisatrice. Elle ne m’a pas tout dit, mais elle était gênée de quelque chose. Il y avait un malaise, c’était évident… » Questionné sur le récit de Mona Achache, Christophe Ruggia n’a pas répondu.

    D’autres témoignages viennent renforcer celui de l’actrice. Comme les inquiétudes exprimées à deux reprises par Antoine Khalife, qui représentait Unifrance au festival de Yokohama en 2002. D’abord en janvier 2008, au festival de Rotterdam https://iffr.com/nl/2008/films/naissance-des-pieuvres, auprès de la réalisatrice Céline Sciamma, venue présenter son film Naissance des pieuvres, dans lequel Adèle Haenel tient l’affiche. « Je ne le connaissais pas, il me dit : “J’aime beaucoup votre film, par ailleurs j’ai été très soulagé d’avoir des nouvelles d’Adèle Haenel, content de voir qu’elle n’était pas morte”, affirme la cinéaste. Il me dit qu’il s’est beaucoup inquiété pour elle, il me raconte Yokohama avec force détails, Christophe Ruggia qui la faisait danser au milieu de la pièce, qui était déclaratif. Il était marqué. »

    Dix mois plus tard, en marge d’un événement Unifrance à Hambourg, Antoine Khalife s’ouvrira aussi à Christel Baras, lors d’un trajet en voiture. « Il me dit : “Je suis très content de te voir, parce que j’ai toujours été très embêté de quelque chose : j’ai fait la promo des Diables à Yokohama, je n’ai jamais compris ce rapport que Christophe Ruggia avait avec cette jeune actrice. On ne pouvait pas lui parler, pas s’approcher d’elle. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?”, rembobine la directrice de casting. Je me suis dit : “Voilà, je ne suis pas folle.” » Contacté, Antoine Khalife n’a pas souhaité s’exprimer.

    Autre élément : deux lettres adressées par le réalisateur lui-même à la comédienne, en juillet 2006 et juillet 2007, démontrent les sentiments qu’il a nourris à son égard. Dans ces courriers, que Mediapart s’est procurés, Christophe Ruggia évoque son « amour pour [elle] » qui « a parfois été trop lourd à porter » mais qui « a toujours été d’une sincérité absolue ». « Tu me manques tellement, Adèle ! », « Tu es importante à mes yeux », « La caméra t’aime à la folie », écrit-il, en expliquant qu’il devra « continuer à vivre avec cette blessure et ce manque », tout en espérant une « réconciliation ». « Je me suis même demandé plusieurs fois si finalement ce n’était pas moi qui allais arrêter le cinéma. Je me le demande encore parfois, quand j’ai trop mal. »

    Quelque temps plus tôt, en 2005, Adèle Haenel désormais lycéenne, a en effet signifié à Christophe Ruggia qu’elle cessait tout contact avec lui, après un énième après-midi passé à son domicile. « Ce jour-là, je me suis levée et j’ai dit : “Il faut que ça s’arrête, ça va trop loin.” Je ne pouvais pas assumer de dire plus. Jusque-là, je n’avais pas mis les mots, pour ne pas le heurter, pour ne pas qu’il se voie lui-même en train d’abuser de moi. » Selon la comédienne, le réalisateur aurait ce jour-là manifesté de l’embarras. « Il ne se sentait pas bien, il m’avait dit : “J’espère que ça va.” »

    Benjamin, son petit ami pendant les années lycée, confirme : « Il y a eu une rencontre chez Christophe Ruggia qui a changé des autres, qui l’a contrainte à m’en parler. Elle a été perturbée. » La comédienne, qui avait au départ totalement « cloisonné ses deux vies » et cultivait, d’après le jeune homme, « une gêne, un sentiment de honte, de culpabilité » s’agissant de Ruggia, lui relate à cette occasion les « déclarations d’amour culpabilisantes » du réalisateur, son « emprise permanente » et « des scènes où elle avait été mal à l’aise, seule, chez lui ». Le lycéen lui met alors « la pression » pour qu’elle coupe tout lien.

    Pour Adèle Haenel, c’est « l’incompréhension, même maladroite », de son ami qui « a été l’étincelle pour [lui] donner la force de partir ». « J’avais rencontré ce garçon, commencé à avoir une sexualité et la fable de Christophe Ruggia ne tenait plus. »

    À l’époque, l’adolescente, déboussolée, « ne vo[it] pas d’autre issue que la mort de lui ou [elle], ou bien le renoncement à tout ». C’est finalement au cinéma qu’elle renoncera. La comédienne affirme avoir adressé, début 2005, une lettre au metteur en scène, dans laquelle elle lui explique qu’elle ne « veut plus venir chez lui » et qu’elle « arrête le cinéma ». Un courrier qui aurait été écrit avec le sentiment de « renoncer à énormément de choses » et à « une partie d’[elle]-même », confie-t-elle à Mediapart : « J’avais le jeu dans les tripes, c’était ce qui me faisait me sentir vivante. Mais pour moi, c’était lui le cinéma, lui qui avait fait que j’étais là, sans lui je n’étais personne, je retombais dans un néant absolu. »

    De son côté, le réalisateur, qui lui écrira avoir reçu sa lettre « en plein cœur », tente de renouer le contact, via sa meilleure amie, Ruoruo Huang, alors âgée de dix-sept ans. « On a déjeuné ensemble à la Cantine de Belleville, se souvient cette dernière. Moi, je n’étais au courant de rien. Au milieu de la discussion, il m’a dit qu’Adèle ne lui parlait plus, il a essayé d’avoir des nouvelles et implicitement de faire passer un message. »

    Adèle Haenel quitte son agent, ne donne suite à aucun scénario ni casting, et coupe les ponts avec le milieu du cinéma. « J’ai choisi de survivre et de partir seule », résume-t-elle. Cette décision radicale la plonge dans un « énorme mal-être » : dépression, pensées suicidaires, et une « peur » viscérale de croiser le cinéaste. Ce qui arrivera à trois occasions – dans une manifestation aux abords de la Sorbonne en mars 2006, dans une boulangerie en 2010, au Festival de Cannes en 2014 – provoquant chez elle, selon deux témoins, « une panique », « un chamboulement », « une réaction intense ». « J’ai continué à avoir peur en sa présence, c’est-à-dire concrètement : le cœur qui bat vite, les mains qui suent, les pensées qui se brouillent », détaille l’actrice. Elle évoque dix années « à bout de nerfs », où elle ne tenait « presque plus debout ».

    Ses carnets personnels portent la trace de ces angoisses. En 2006, l’adolescente, âgée de dix-sept ans, y relate le « bordel monstrueux dans [sa] tête », et dit avoir besoin d’écrire « pour [se] souvenir, pour clarifier les choses », car elle a « un peu de mal à [se] rappeler exactement ce qui s’est passé ». À l’année 2001, on peut lire : « Je deviens un centre d’intérêt. » Suivi, pour 2002, de ces annotations : « Festival + Christophe chelou => je me sens seule, bizarre. » Puis : « 2003 : j’ai un secret, je ne parle jamais de ma vie. Je suis dans un monde d’adultes. […] 2005 : Je ne vois plus Christophe. » « Parfois je pense que je vais réussir à tout dire […] Je ne peux pas m’empêcher de penser à la mort », écrit-elle en 2006.

    Pourquoi son entourage n’a-t-il pas perçu ces signaux ? Sa famille y a d’abord vu une crise d’adolescence. Son frère Tristan dit avoir mis « l’éloignement » et les « colères » de sa sœur sur le compte de « la puberté », non sans avoir remarqué « quelque chose de bizarre » dans le comportement du réalisateur, et sa disparition soudaine : « À un moment, Christophe n’était juste plus là. » Ses parents soulignent la confiance aveugle faite au réalisateur pendant toutes ces années. Son père dit « avoir pris conscience bien plus tard de l’emprise que Christophe Ruggia avait sur elle. Pour Adèle, il était l’alpha et l’oméga, et tout d’un coup, elle n’a plus rien voulu savoir de lui. Mais c’était difficile de parler avec elle à l’adolescence ». Sa mère explique avoir été absorbée par un travail prenant et les soucis du quotidien : « À l’époque je suis prof, je fabrique aussi des films publicitaires, je m’engage en politique et je ne suis jamais là. »

    « Comme souvent, tout le monde a fermé les yeux »

    C’est en constatant l’effroi de l’adolescente lors d’un appel reçu sur le téléphone de la maison, en février 2005, qu’elle dit avoir « compris » qu’il y aurait « eu un abus ». « Adèle s’est tendue d’un coup, elle m’a dit, terrorisée : “Je ne suis pas là ! Réponds que je ne suis pas là !” Quand elle a vu que c’était une de ses amies, elle s’est détendue et a pris l’appel. Je lui ai demandé : “Tu as eu peur que ce soit Christophe ?” Elle m’a dit : “Oui, mais je ne veux pas en parler.” » « Très inquiète », sa mère essayera plusieurs fois de mettre le sujet sur la table, sans succès.

    « Je me suis sentie si sale à l’époque, j’avais tellement honte, je ne pouvais en parler à personne, je pensais que c’était de ma faute, explique aujourd’hui l’actrice, qui craignait aussi de « décevoir » ou de « blesser » ses parents. « Le silence n’a jamais été sans violence. Le silence est une immense violence, un bâillonnement. »

    La comédienne explique s’être plongée « à fond » dans les études, « pour que plus jamais personne ne pense à [sa] place. J’aurais pu apprendre la boxe thaïe, j’ai fait de la philo ». Durant ce long cheminement, elle dit n’avoir reçu « de soutien de personne » et avoir traversé « la solitude, la culpabilité ». Jusqu’à sa rencontre avec la réalisatrice Céline Sciamma et son retour au cinéma avec Naissance des pieuvres, décrit par nombre de ses proches comme un pas vers la « renaissance ».

    C’est Christel Baras, « malade de ce gâchis et d’avoir recruté Adèle pour le film de Christophe Ruggia », qui la recontacte pour ce film, en 2006. La directrice de casting en est certaine, « c’est un rôle pour Adèle. Avec ce film, on va renouer, tout le reste sera derrière nous, ce ne sera que du positif ». « Là, il n’y a que des femmes, et la réalisatrice est extraordinaire », glisse-t-elle à l’adolescente, qui vient de fêter ses dix-sept ans. « Je suis revenue, fragile, mais je suis revenue », commente Adèle Haenel.

    En acceptant le rôle, la comédienne fait immédiatement part à Céline Sciamma de « problèmes » survenus sur son précédent film et se confie pour la première fois. « Elle me dit qu’elle a envie de faire le film, mais qu’elle veut être protégée, car il lui est arrivé quelque chose sur son film précédent, que le metteur en scène ne s’est pas bien comporté, explique la réalisatrice. Elle ne rentre pas dans les détails, elle s’exprime difficilement, mais elle me parle des conséquences que cela a eues, sa solitude, son arrêt du cinéma. Je comprends que je suis dépositaire d’un secret. »

    Ce « #secret » se dévoile à la fin du tournage de Naissance des pieuvres, auquel participent deux membres de l’équipe des Diables : Christel Baras et Véronique Ruggia, coach des actrices. Céline Sciamma se souvient d’avoir découvert, effarée, que les deux femmes « se demandaient, inquiètes, jusqu’où c’était allé, si Christophe Ruggia avait eu des relations sexuelles avec cette enfant ». « Chacune vivait avec cette question depuis des années, et restait dans le secret et la culpabilité par rapport à cette histoire. Je voyais aussi l’admiration et l’emprise que générait Ruggia, parce que c’est le réalisateur, leur employeur, leur frère, leur ami. » Lors de leur conversation, mi-octobre 2006, Véronique Ruggia se serait « effondrée, très affectée », affirme la réalisatrice. Elle lui aurait demandé « si Adèle avait dit non », ajoutant : « On a le droit de tomber amoureux, mais par contre quand on dit non, c’est non. »

    Céline Sciamma, qui débute alors une relation amoureuse avec Adèle Haenel, dit avoir elle-même « pris complètement conscience de la gravité des faits » en visionnant un soir Les Diables avec l’actrice, qui n’avait jamais pu le revoir. « C’était très impressionnant, se rappelle-t-elle. Adèle pète un plomb, s’évanouit, hurle. C’était d’une douleur… Je ne l’avais jamais vue comme cela. »

    La réalisatrice de 27 ans l’encourage à « ne pas faire silence là-dessus, ne pas rester dans l’impunité, prendre la parole ». « L’idée émerge d’en parler à Christophe Ruggia, mais aussi aux responsables autour de lui, et aux gens qui nous entourent. »

    Adèle Haenel décide de parler : à Hélène Seretti, à Christel Baras, à Véronique Ruggia. Parfois en minimisant la réalité du ressenti, des actes et des conséquences – comme beaucoup de victimes dans ce type d’affaire. Elle se souvient de sa « confusion » en se confiant à Véronique Ruggia. « On a parlé longtemps, chez elle. Je n’étais vraiment pas bien, embarrassée de devoir lui dire cela, je n’arrivais pas trop à parler, et j’ai beaucoup excusé Christophe, en disant : “Non, mais c’est pas grave, il était juste un peu détraqué”, se remémore l’actrice. Véronique était affectée, elle avait honte et culpabilisait je crois, mais il fallait quand même relativiser la gravité de la chose. »

    Contactée, Véronique Ruggia confirme en avoir discuté avec Adèle Haenel et Céline Sciamma. « Je suis tombée des nues », se remémore-t-elle, expliquant avoir compris qu’il n’y avait « pas eu de passage à l’acte ». Elle concède un « trouble » dans ses souvenirs : « Ça m’a tellement choquée que j’ai certainement mis un mouchoir sur la mémoire de plein de choses. Moi, j’ai été traumatisée de cette histoire aussi, d’avoir été là sans voir des choses que peut-être il y avait. » Elle se rappelle que l’actrice lui avait dit « en avoir parlé à Christel [Baras] et avoir posé la question : “Mais que faisaient les adultes sur ce tournage ?”, etc. » « Moi, j’ai découvert beaucoup de choses ce jour-là, dont je n’avais absolument pas eu conscience. » « J’en avais parlé avec mon frère au moment où Adèle m’avait fait ces déclarations-là », indique-t-elle, sans vouloir en dire plus, avant de « discuter avec lui ». « Je préfère qu’il vous parle. » (lire notre Boîte noire)

    Adèle Haenel affirme avoir déposé, en 2008, avec sa compagne Céline Sciamma, un nouveau courrier dans la boîte aux lettres de Christophe Ruggia, dans laquelle elle prétend avoir fait part du problème. « La lettre dénonçait la fiction de Ruggia et racontait les événements dans leur vérité crue et cruelle, confirme la réalisatrice. Adèle décrivait les faits, les gestes, les stratégies d’évitement. Elle le mettait face à ses actes. C’était déflagratoire. » Ce courrier restera sans réponse. Questionné sur ces deux points, Christophe Ruggia n’a pas répondu.

    Six ans plus tard, en 2014 https://www.afcinema.com/Nouveau-Conseil-d-administration-de-la-SRF-pour-2014-2015.html, Céline Sciamma est élue à la tête de la Société des réalisateurs de films (SRF) avec Christophe Ruggia. Elle confie à plusieurs membres de l’association son « malaise », mais ne souhaite pas agir à la place d’Adèle Haenel. De son côté, la comédienne tente de raconter son histoire à des connaissances communes siégeant à la SRF, sans être entendue, selon elle. « Ce qui a aussi longtemps rendu la parole impossible, c’est qu’on me répétait, avant même que je dise quoi que ce soit, que Christophe était “quelqu’un de bien”, qu’il avait “tellement fait pour moi” et que sans lui je ne serais “rien”, relate-t-elle. Les gens ne veulent pas savoir, parce que cela les implique, parce que c’est compliqué de se dire que la personne avec qui on a rigolé, fumé des cigarettes, qui est engagée à gauche, a fait cela. Ils veulent que je sauve les apparences. » L’actrice raconte avoir ainsi essuyé, au fil des années, des remarques oscillant entre le malaise, le déni et la culpabilisation. Des ami·e·s du monde du cinéma, parfois même féministes, fermant la discussion d’un « Tu ne peux pas dire ça » ou « C’est un saint ». Son père l’incitant « à pardonner » et ne surtout pas médiatiser l’affaire.

    D’autres ont, depuis, proposé leur aide. « J’ai honte, je n’ai pas pris la mesure, pas compris. Qu’est-ce qu’on peut faire ? », a demandé plus récemment la réalisatrice Catherine Corsini, actuelle coprésidente de la SRF. La cinéaste explique à Mediapart avoir « appris il y a deux ans qu’Adèle avait voulu dénoncer un comportement inapproprié de Christophe Ruggia auprès de membres de la SRF », qui ne savaient pas quoi faire. « Pour beaucoup, c’était inimaginable. Et il était difficile d’intervenir sans savoir ce qu’Adèle Haenel voulait faire. Céline Sciamma souffrait de la situation. » Lorsqu’elle a eu vent, en avril, du témoignage de l’actrice en détail et de sa « souffrance », elle a été « bouleversée ». « Comme souvent, tout le monde a fermé les yeux ou n’a pas posé de questions. Cela doit chacun nous interroger individuellement. »

    Année après année, le réalisateur sera réélu au conseil d’administration de la prestigieuse SRF et en sera plusieurs fois le coprésident ou vice-président entre 2003 https://www.afcinema.com/IMG/pdf/Lettre_AFC_124.pdf et 2019. Il cosignera par exemple le communiqué https://www.la-srf.fr/article/affaire-weinstein-un-vent-de-changement-est-en-train-de-souffler se félicitant du « vent de changement » après l’affaire #Harvey_Weinstein, ou celui https://www.la-srf.fr/article/perplexit%C3%A9-autour-de-la-gestion-de-crise-de-la-cin%C3%A9math%C3%A8que-fr s’interrogeant sur les « prises de position » de la Cinémathèque française après la polémique autour de ses rétrospectives de #Roman_Polanski, accusé de viols, et #Jean-Claude_Brisseau, condamné pour harcèlement sexuel.

    #Adèle_Haenel et #Céline_Sciamma affirment avoir alerté une autre personne : le producteur de Ruggia, #Bertrand_Faivre, le 8 décembre 2015, en marge de la remise du prix de l’IFCIC http://www.ifcic.fr/infos-pratiques/communiques-de-presse/8-decembre-2014-le-12eme-prix-ifcic-de-la-jeune-societe-de-production-independ, au China Club, à Paris. Ce soir-là, le producteur engage la conversation sur Les Diables. Il s’étonne que l’actrice ne parle jamais de ce premier film aux journalistes. Il se félicite surtout d’avoir, au festival de Marrakech, protégé la fillette d’un photographe réclamant une séance photo seul avec elle. « Il se vantait de m’avoir sauvée du comportement potentiellement pédophile de ce photographe. Du coup, c’est sorti d’une traite, je lui ai rétorqué : “Il se trouve que non, tu ne nous as pas protégés !” Puis j’ai dit que Christophe Ruggia s’était mal comporté avec moi », se rappelle l’actrice, à l’époque âgée de vingt-six ans.

    Haenel comme Sciamma n’ont pas oublié le trouble du producteur : « sidéré », « perturbé », « il n’en revenait pas », « il disait : “Ce n’est pas possible.” » « Si, elle vient de te le dire extrêmement clairement, entends-la, lui répond, dans un aparté, Céline Sciamma, selon son témoignage. Maintenant tu sais. Il va falloir que tu te poses les questions. »

    « Dans ma situation actuelle, je ne peux pas accepter le silence »

    Questionné par Mediapart, Bertrand Faivre se souvient d’avoir été « stupéfait » de « la colère » et de la « violence » d’Adèle Haenel, mais soutient que rien « d’explicite » n’a été formulé et que Céline Sciamma aurait « minimisé les choses ». « Je sors de cette discussion en me disant qu’un truc grave s’est passé entre Christophe et Adèle, mais je n’y mets pas de connotation sexuelle. » En rentrant, il en fera part à sa femme, puis dit avoir questionné plus tard Christophe Ruggia : « Il m’a envoyé balader, m’a dit que oui ils s’étaient embrouillés, mais que cela ne me regardait pas. Je ne suis pas allé chercher plus loin. » Il dit avoir « recroisé plusieurs fois » Adèle Haenel par la suite et constaté « sa froideur » à son égard, mais qu’elle n’a plus évoqué le sujet.

    S’agissant des faits portés à sa connaissance, il assure « tomber des nues ». « C’est un tournage qui a été difficile, intense, il y avait beaucoup de fatigue, beaucoup d’heures, et un trou de 1,1 million de francs dans le budget [168 000 euros – ndlr] », reconnaît-il. Mais il affirme que « personne ne [lui] a signalé de problème avec Christophe Ruggia » sur le tournage, et que lui-même, présent « régulièrement » sur le plateau puis aux festivals de Yokohama et Marrakech, n’avait « rien remarqué qui [le] choque ».

    « Je suis peut-être dans un déni inconscient, mais pour moi, il y avait zéro #ambiguïté. Il était très proche d’Adèle et Vincent. Ils sont restés liés plusieurs années après le tournage, j’ai interprété cela comme un réalisateur qui fait attention à ne pas laisser tomber les enfants après le film, parce que le retour à leur vie normale peut être difficile. » S’il concède que la méthode de travail de Ruggia avec les enfants était « particulière », il explique que le réalisateur avait « tourné avec beaucoup d’enfants avant », ce qui inspirait « confiance ».

    Éric Guichard, le chef opérateur, s’est lui aussi demandé avec insistance pourquoi Adèle Haenel « faisait l’impasse sur Les Diables dans les médias ». Il dit avoir obtenu la réponse « en 2009 ou 2010 », de la bouche d’« une personne du tournage ». « J’ai compris de cette conversation qu’il y avait eu des soucis avec Christophe, des attouchements après le tournage. »

    De son côté, le comédien Vincent Rottiers s’est « posé des questions » sur la rupture des contacts entre Ruggia et l’actrice. « Je ne comprenais pas. Je me disais qu’elle avait sa carrière maintenant. » Le 5 juin 2014 , lors d’une avant-première d’Adèle Haenel https://www.forumdesimages.fr/les-programmes/toutes-les-rencontres/les-combattants, au Forum des images, à Paris, il la questionne explicitement. « Je lui ai dit : “Pourquoi tu es partie ? Il s’est passé un truc de grave, de la pédophilie ? Dis-moi et on règle ça !” Je voulais qu’elle réagisse, j’ai prêché le faux pour savoir le vrai. Je n’ai pas eu ma réponse, elle est restée silencieuse », explique-t-il. Trois jours après, la comédienne a retranscrit cette conversation précisément dans une nouvelle lettre à Christophe Ruggia jamais envoyée, que Mediapart a pu consulter. Elle y relate en détail les faits qu’elle dénonce, en posant les mots « pédophilie » et « abus de quelqu’un en situation de faiblesse ».

    Un décalage existe parfois entre ce qu’Adèle Haenel estime avoir exprimé et ce qu’ont compris ses interlocuteurs. Au fil du temps en tout cas, pour qui voulait bien tendre l’oreille, l’actrice n’a pas caché, dans les médias, que Les Diables avaient été une épreuve douloureuse. En 2010, dans un entretien https://www.youtube.com/watch?v=Qr0lQZ0Esb0&app=desktop

    consacré au film, elle insiste sur le danger de la « mainmise » du réalisateur « qui t’a amenée vers la lumière, qui t’a amenée la connaissance », son pouvoir de « façonner un acteur », d’autant plus « quand il est petit ». « Ils ne se rendent pas compte qu’ils dépassent les bornes de ce qu’ils doivent faire chez quelqu’un, lâche-t-elle. […] Pour moi, ce genre de choses ne m’arrivera plus, parce que maintenant j’ai du vécu dans ce genre de relation […] et puis j’ai fait des études. » Deux ans plus tard, elle confie http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19342240&cfilm=36320.html qu’elle « ne p[ouvait] plus regarder le film, c’était trop bizarre ». En 2018, elle évoque dans Le Monde une expérience « traumatique » https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/10/12/adele-haenel-le-jeu-sacre_5368257_4497186.html, « incandescente, folle, tellement intense qu’après [elle a] eu honte de ce moment-là ». « Il a fallu faire en sorte de continuer à vivre pour se construire », ajoute-t-elle.

    Quand explose le mouvement #MeToo, à l’automne 2017, nombre de ses proches ont « immédiatement » pensé à Adèle Haenel. Ils se sont demandé si la comédienne allait sauter le pas « pour se libérer de cette histoire ». « C’est peut-être le moment », lui a glissé Céline Sciamma. Mais l’actrice n’est pas prête. Même refus un an plus tard, lorsqu’elle fait la une du magazine du Monde https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/10/12/adele-haenel-le-jeu-sacre_5368257_4497186.html. « La journaliste me demandait : “Qu’est-ce qu’il s’est passé sur Les Diables ?”, se souvient Christel Baras. J’ai appelé Adèle : “Tu en parles ou pas ?” Elle m’a dit non. » « Je ne savais pas comment en parler, et le fait que cela se rapproche d’une affaire de pédophilie rendait la chose plus compliquée qu’une affaire de harcèlement », explique aujourd’hui la comédienne.

    Le déclencheur viendra au printemps 2019. Avec le documentaire consacré à Michael Jackson https://www.youtube.com/watch?v=R_Ze8LjzV7Q

    , mais aussi en découvrant que Christophe Ruggia préparait un nouveau film dont les héros portent les prénoms de ceux des Diables. « C’était vraiment abuser. Ce sentiment d’impunité… Pour moi, cela voulait dire qu’il niait complètement mon histoire. Il y a un moment où les faux-semblants ne sont plus supportables », relève-t-elle. La comédienne redoute aussi que les actes qu’elle dit avoir subis ne se reproduisent à l’occasion de ce nouveau film, intitulé L’Émergence des papillons, et qui met en scène deux adolescents.

    Le scénario, que Mediapart s’est procuré, ne manque pas d’interroger. Il y est notamment question de violences conjugales, de « relations toxiques », de harcèlement au lycée, d’une liaison entre un adulte et une mineure et d’« une affaire de viol sur mineure ». Comme les autres films du réalisateur, ce long-métrage est « partiellement autobiographique, fortement inspiré de son adolescence », peut-on lire dans le dossier de demande de financement obtenu par Mediapart.

    Dans sa note d’intention, Ruggia décrit des personnages issus de « souvenirs réels [qui] se mêlent aux souvenirs racontés, fantasmés, réarrangés en fonction de son inconscient, de ses peurs ou de ses colères ». « Les prénoms, c’était un clin d’œil, un hommage aux Diables », explique à Mediapart le producteur Bertrand Faivre. Il dit avoir « gelé le projet, par précaution », en juillet, deux semaines après avoir appris l’existence de notre enquête. Il explique qu’il ne « travaillera plus avec Christophe Ruggia ».

    Le 18 septembre, à l’occasion de la sortie du film Portrait de la jeune fille en feu, dans lequel Adèle Haenel tient l’affiche, le réalisateur a posté sur son compte Facebook une photo d’elle issue du film, accompagné d’un cœur. Questionné sur le sens de cette publication, alors qu’il avait – d’après sa sœur – connaissance des accusations de l’actrice, Christophe Ruggia n’a pas répondu, s’en tenant à son démenti global. https://www.mediapart.fr/journal/france/171019/violences-sexuelles-l-actrice-adele-haenel-accuse-le-cineaste-christophe-ruggia/prolonger

    Pour Céline Sciamma, dans cette affaire, l’asymétrie de la situation aurait dû alerter : « Christophe Ruggia n’a rien caché. Il a publiquement déclaré son amour à une enfant dans des mondanités. Certaines personnes ont acheté sa partition de l’amoureux éconduit, qu’on allait plaindre parce qu’il avait le cœur brisé, qu’il avait tout donné à une jeune fille qui était en train de moissonner tout cela. »

    Adèle Haenel dit mesurer « la force folle, l’entêtement » qu’il lui a fallu, « en tant qu’enfant », pour résister, « parce que c’était permanent ». « Ce qui m’a sauvée, c’est que je sentais que ce n’était pas bien », ajoute-t-elle. L’actrice estime que son ascension sociale lui a en partie permis de briser le silence. « Même s’il est difficile de lutter contre le rapport de force imprimé depuis la jeune adolescence et contre le rapport de domination hommes-femmes, le rapport de force social, lui, s’est inversé. Je suis puissante aujourd’hui socialement alors que lui n’a fait que s’amoindrir », dit-elle

    La comédienne envisage sa prise de parole publique comme un nouvel « engagement politique », après son coming out https://vimeo.com/88660859

    sur la scène des César, en 2014. « Dans ma situation actuelle – mon confort matériel, la certitude du travail, mon statut social –, je ne peux pas accepter le silence. Et s’il faut que cela me colle à la peau toute ma vie, si ma carrière au cinéma doit s’arrêter après cela, tant pis. Mon engagement militant est d’assumer, de dire “voilà, j’ai vécu cela”, et ce n’est pas parce qu’on est victime qu’on doit porter la honte, qu’on doit accepter l’impunité des bourreaux. On doit leur montrer l’image d’eux qu’ils ne veulent pas voir. »

    Si l’actrice en parle publiquement aujourd’hui, insiste-t-elle, « ce n’est pas pour brûler Christophe Ruggia » mais pour « remettre le monde dans le bon sens », « pour que les bourreaux cessent de se pavaner et qu’ils regardent les choses en face », « que la honte change de camp », « que cette exploitation d’enfants, de femmes cesse », « qu’il n’y ait plus de possibilité de double discours ».

    Un constat partagé par la réalisatrice Mona Achache, pour qui il ne s’agit pas de « régler des comptes » ou « lyncher un homme », mais de « mettre au jour un fonctionnement abusif ancestral dans notre société ». « Ces actes découlent du postulat que la normalité siège dans la domination de l’homme sur la femme et que le processus créatif permet tout prolongement de ce principe de domination, jusqu’à l’abus », analyse-t-elle.

    Comme elle, Adèle Haenel entend aussi soutenir, par son témoignage, les victimes de #violences_sexuelles : « Je veux leur dire qu’elles ont raison de se sentir mal, de penser que ce n’est pas normal de subir cela, mais qu’elles ne sont pas toutes seules, et qu’on peut survivre. On n’est pas condamné à une double peine de victime. Je n’ai pas envie de prendre des Xanax, je vais bien, je veux relever la tête. » « Je ne suis pas courageuse, je suis déterminée, ajoute-t-elle. Parler est une façon de dire qu’on survit. »

  • #Visas : les ratés de la #sous-traitance à des #sociétés_privées

    En quelques années, la #France a généralisé la #délégation à des entreprises privées de ses services de délivrance des visas. Difficultés à obtenir un rendez-vous, bugs informatiques, surcoût : les demandeurs se plaignent de nombreux dysfonctionnements résultant de cette nouvelle donne, qui, par ailleurs, pose de sérieuses questions en matière de #protection_des_données personnelles.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/021119/visas-les-rates-de-la-sous-traitance-des-societes-privees
    #migrations #privatisation #VFS_global
    ping @etraces

  • Bayonne, entre stupeur et tremblements
    https://lemediapresse.fr/societe/bayonne-entre-stupeur-et-tremblements

    Lundi 28 octobre, Claude Sinké, un ancien candidat FN de 84 ans, tentait d’incendier la mosquée de Bayonne et blessait gravement deux fidèles de 74 et 78 ans. Des habitants du quartier et des musulmans de Bayonne mettent en cause les médias et les discours de haine distillés depuis des mois. 

    #Société #Islam #Islamophobie #Pays_Basque #Terrorisme

  • Agustín García Calvo et La Société du bien-être

    Tomás Ibáñez

    https://lavoiedujaguar.net/Agustin-Garcia-Calvo-et-La-Societe-du-bien-etre

    La Société du bien-être suivie de « Dieu et l’Argent »
    et « Plus de rails, moins de routes »

    Parlant de Castoriadis il y a déjà quelques années, Edgar Morin n’hésita pas à le qualifier de véritable « Titan de la pensée », mon sentiment est que cette expression qui me semble on ne peut plus heureuse dans ce cas pourrait s’appliquer tout aussi bien à Agustín García Calvo.

    Peu connu en France, mais auréolé d’un indéniable prestige dans la mouvance contestataire d’outre Pyrénées, Agustín García Calvo est probablement le penseur le plus original et le plus créatif de tous ceux qui ont agité la pensée espagnole au cours du dernier demi-siècle.

    Expulsé en 1965 de sa chaire à l’Université de Madrid pour avoir attisé les révoltes étudiantes et avoir inspiré le groupe des jeunes « Acrates », il ne la récupéra qu’à la mort du dictateur, après un long exil à Paris. C’est de ce séjour en France que datent des textes devenus célèbres tels que La Commune antinationaliste de Zamora ou le Communiqué urgent contre le gaspillage. (...)

    #García_Calvo #société #argent #Luis_Bredlow #État #Capital #développement #progrès #réalité #abstraction #individu #peuple #pouvoir

  • C’est la #uber #économie, stupide !
    http://carfree.fr/index.php/2019/10/28/cest-la-uber-economie-stupide

    Les libéraux sont incroyables. En plein débat sur la sécurité dans les #trains suite au droit de retrait massif des cheminots il y a moins de 15 jours, le gouvernement Lire la suite...

    #Alternatives_à_la_voiture #Insécurité_routière #Transports_publics #libéralisme #privatisation #sécurité_routière #sncf #société #TER #transports #transports_en_commun

  • Vers une société contributive de #pair_à_pair – 3
    https://framablog.org/2019/10/28/vers-une-societe-contributive-de-pair-a-pair-3

    Et si le pair-à-pair devenait le modèle et le moteur d’une nouvelle organisation sociale ? – Troisième volet de la réflexion de Michel #bauwens (si vous avez raté le début, c’est par ici). Source : Blueprint for #P2P Society par Michel Bauwens … Lire la suite­­

    #Contributopia #Internet_et_société #Big_society #Brest #Collaboration #Partenaire #pourvoyeur #societe

  • Montres et rationalité capitaliste
    https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-emission-du-vendredi-25-octobre-2019

    Le monde que le spectacle donne à voir « est le monde de la marchandise dominant tout ce qui est vécu », et le spectacle lui-même est le moment où « la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale » (Guy Debord, 1967).

    #capitalisme #société-du-spectacle

  • Using Fear of the “Other,” Orbán Reshapes Migration Policy in a Hungary Built on Cultural Diversity

    In summer 2015, more than 390,000 asylum seekers, mostly Muslim, crossed the Serbian-Hungarian border and descended on the Keleti railway station in Budapest. For Hungarian Prime Minister Viktor Orbán and his Fidesz party, the arrival of these asylum seekers was not a humanitarian issue but a Muslim invasion threatening the national security, social cohesion, and Christian identity of the Hungarian nation. In the four years since this episode, the fear of the “other” has resulted in a string of anti-immigrant actions and policies.

    For example, barbed wire fences were constructed to deter asylum seekers from entering Hungarian territory. Transit zones on the same Serbian-Hungarian border followed, and since the end of March 2017, anyone applying for asylum in Hungary can only do so from a transit zone and is detained there for the duration of the asylum procedure. Conditions there have been grim. The Hungarian Helsinki Committee (HHC) contends rejected asylum seekers inside the transit zones are denied food, to the point of starvation.

    Furthermore, the Orbán government is fighting anti-immigrant battles not just at the border, but also in Brussels. Under the EU burden-sharing scheme, Hungary was supposed to accept 1,294 refugees. However, the prime minister said that while Hungarians have “no problems” with the local Muslim community, any EU plan to relocate asylum seekers, including many Muslims, would destroy Hungary’s Christian identity and culture. In his attempt to quash admissions, Orbán signaled that his party may split with Europe’s main conservative group and join an anti-immigrant, nationalist bloc in the EU Parliament led by Italy’s Matteo Salvini. Finally, Hungary’s latest anti-immigrant law criminalizes assistance to unauthorized migrants by civil-society organizations and good Samaritans.

    These anti-immigrant sentiments are relatively new. Given Hungary’s geopolitical location, immigration and emigration have been a reality since the birth of the country. At times, Hungary has been quite a multicultural society: for example, during the Habsburg Empire, Hungarians coexisted with Germans, Slavs, Italians, Romanians, and Jews originating in Germany, Poland, and Russia. Later, in the aftermath of World War II, significant population movements greatly modified the ethnic map of Eastern and Central Europe, and many ethnic Hungarians ended up in neighboring countries, some of whom would return later.

    Yet, it is strange to write about multicultural Hungary in 2019. Despite population movements in the postwar and communist eras and significant refugee arrivals during the Yugoslav wars in the late 1980s and throughout the 1990s, the country has only recently been grappling with the arrival of migrants and asylum seekers from beyond Europe. Now several years out from the 2015-16 European migrant and refugee crisis, the Orbán administration continues to pursue policies to limit humanitarian and other arrivals from beyond Europe, while welcoming those of Hungarian ancestry. Hungarian civil society has attempted to provide reception services for newcomers, even as the number of asylum seekers and refugees has dwindled: just 671 asylum seekers and 68 refugees were present in Hungary in 2018, down from 177,135 and 146, respectively, in 2015.

    This article examines historical and contemporary migration in Hungary, from its multicultural past to recent attempts to criminalize migration and activities of those who aim to help migrants and asylum seekers.

    Immigrants and Their Reception in Historic Hungary

    In the 11th century, the Carpathian Basin saw both organized settlement of certain peoples and a roaming population, which was in reaction to certain institutional changes in the medieval Hungarian kingdom. Historians note that newcomers came to historic Hungary searching for a better life: first across the entire Carpathian Basin and later in the Danube Valley. In the 12th century, Hungarian King Géza II invited Saxons to settle in Transylvania and later, when the Teutonic Knights were expelled from Burzenland (in modern-day Romania), they were welcomed in Brasov. The aftermath of the Tartar invasion in 1241 was followed by settlement of immigrants from Slovakia, Poland, and Russia. Ethnic minority groups fleeing Bulgaria settled between the Duna and Tisza rivers, while Romanians found new homes in Transylvania. King Bela IV erected new cities populated predominantly by German, Italian, and Jewish immigrants hailing from Central Europe and Germany.

    The 15th century saw a large settlement of Southern Slavs. The desertification of Transdanubia (the part of Hungary west of the Danube River) was remedied with a settlement of Croats and large groups of Serbians. When the medieval Kingdom of Hungary fell to the Ottoman Empire in 1526, some of the Southern Slavs moved to the parts under the Ottoman occupation voluntarily, while those who participated in the conquest were dispatched by the Ottoman rulers. At the same time, large number of ethnic Hungarians fled north and settled in the area of contemporary Slovakia.

    The next large group, of Germans, arrived in the 18th century during the Habsburg dynasty. The German settlement was part of the Habsburg population policy aimed at filling the void left by the Hungarians who perished during Ottoman rule, especially in the southern territories, around Baranya County and the Banat region. Germans also settled in Pest, Vecees, Buda, Esztergom, and the Pilis Mountains. By 1790, an estimated 70,000 ethnic Germans lived in Southern Hungary.

    While German immigrants were largely welcomed in 18th century Hungary, the same cannot be said about Romanians. During the reign of Empress Maria Theresa, Hungarian nobility voiced serious concerns about the rapid increase of the Romanian population. The nobles thought Romanians would ruin Transylvania.

    The Habsburg administration did not want to repeat the mistakes of the Ottomans and decided to control population movement along the Serbian border. A census conducted in the 13 villages of the Tisza region and 24 villages along the Maros river identified 8,000 border guards on duty. Despite these precautions, large-scale emigration from Serbia continued during the Habsburg era, with approximately 4,000 people crossing over to Hungary.

    Jews were the largest immigrant group in Hungary in the 19th century. Some came from the western territories of the Habsburg Empire—Germany, Bohemia, and Moravia—while others fled persecution in Russia. The arrival of Jews to the Hungarian territory was viewed favorably by Emperor Franz Josef I and Hungarian liberal politicians. Well-heeled Jewish families acquired noble status and rose in the aristocratic ranks, and many became patrons of the arts. At the beginning of World War I, an estimated 1 million Jews lived within the boundaries of what is present-day Hungary. However, the early appreciation of the contributions of the Jewish people did not last. Anti-Semitic sentiments flared up, culminating in the notorious Tiszaeszlár affair, in which Jews were accused of kidnapping and murdering Christian children in order to use their blood as part of religious rituals. Later, the violent repression known as the White Terror (1919-21) victimized many Jews, who were blamed by the right-wing camp for the severe sanctions placed on Hungary under the Treaty of Trianon in the aftermath of World War I.

    Refugees During and After World War II

    During World War II, Hungary was well disposed towards refugees, especially from Poland. Prime Minister Pál Teleki gave refugee status to some 70,000 Polish soldiers and nearly 40,000 civilians when Hitler invaded Poland. Ninety-one refugee camps for military personnel and 88 camps for civilians were established. A joint effort by Hungarian and international aid organizations and the Red Cross resulted in the establishment of the Committee for Hungarian-Polish Refugee Affairs. As the war escalated, most Polish officers and soldiers departed Hungary to join the Polish Home Army fighting Germany alongside Britain and France. In late 1940, a group of French refugees arrived in Hungary. By 1942, there were 600 French refugees in the country.

    The immediate post-WWII period—with its ensuing peace treaties, evictions, and forced settlements—resulted in considerable population movements, significantly modifying the ethnic map in Eastern and Central Europe. Some 200,000 ethnic Germans were evicted from Hungary, and 73,000 Slovaks left as part of what was described as a “population exchange.” Judit Juhász estimated that in the three years following the end of the war more than 100,000 people left Hungary. At the same time, 113,000 ethnic Hungarians were resettled in Hungary from Czechoslovakia, 125,000 from Transylvania, 45,500 from Yugoslavia, and 25,000 from the Soviet Union. Technically, ethnic Hungarians coming to Hungary were not considered migrants, but rather returning citizens.

    When the communist regime took over in 1947, the borders were closed and the government prohibited migration. Illegal departure from the country and failure to return from abroad became a crime. The borders opened briefly in 1956 when nearly 200,000 people fled Hungary during the uprising against the communist government. Most went to nearby Austria, but 38,000—mainly students and scientists—were airlifted to the United States, in a mobilization sponsored by the U.S. government and National Academy of Sciences. Their integration into American society was relatively easy due to their young age and high educational attainment. The Hungarian government tried to encourage the refugees to return by offering them amnesty, but only about 147 decided to return to Hungary from the United States.

    Migration in the Post-Socialist Period

    Although Hungary allowed some refugees to settle in its territory—Greeks after World War II, Chileans after the fall of the Allende government, and Kurds during the Iran-Iraq war—the country did not witness a large number of asylum seekers until the late 1980s, just months before the fall of communism in Hungary in 1989. Starting in mid-1987, ethnic Hungarians, discriminated by the Ceausescu regime, fled Romania to seek refuge in Hungary. By the beginning of 1988, some 40,000 Romanian citizens, primarily of Hungarian ancestry, arrived. By the fall of the same year, the number doubled, an exodus the author witnessed firsthand.

    For the most part, the central government left the responsibility for assisting refugees to private and municipal authorities. The Hungarian Red Cross opened a special information bureau in Budapest and mounted a national relief appeal called Help to Help. Twelve million forints (the equivalent of approximately US $250,000 at the time) were raised, including 1 million from foreign donations. Assistance programs were established in Budapest and in Debrecen, a town on the border with Romania, where most of the refugees came first. Local Red Cross chapters, municipal and county agencies, and local churches—especially the Hungarian Reformed Church—were also involved in the relief program. The assistance included cash grants, job placements, and Hungarian language training for ethnic Romanians. Clothing, blankets, dishes, and utensils were also provided. When the author visited Debrecen in 1988, most refugees were kept in school dormitories as housing in socialist Hungary was scarce.

    At the time, there was no formal procedure to separate refugees from other migrants. Many of the service providers interviewed by the author indicated that ethnic Hungarians and Baptist Romanians were persecuted and therefore were bona fide refugees, while all others were fleeing because of deteriorating economic conditions. The majority fleeing Romania were skilled workers and professionals. Very few ethnic Hungarian peasants from Transylvania migrated to Hungary, and neither did the cultural leaders of the Hungarian community in Romania. Additionally, the sudden arrival of asylum seekers and migrants from Romania was followed by a considerable return of ethnic Hungarians and ethnic Romanians to Romania.

    Refugees from the Yugoslav Wars

    In the summer of 1991, war broke out on Hungary’s southern border between Croatia and Serbia. Hungarian border guards faced large groups of civilians fleeing the fighting. Most were from the Baranyi triangle, an area of Croatia near Vukovar. More than 400,000 refugees fled to countries outside the former Yugoslavia’s borders. Germany admitted the largest number, 200,000, followed by Hungary, with 60,000. However, by late 1994 the refugee population registered in Hungary had dwindled to fewer than 8,000 people. The situation changed in 1995. New ethnic cleansing and renewed combat in Bosnia sent more refugees to Hungary in the spring and summer of 1995, and the Hungarian government reopened a refugee camp that had been long closed.

    The total number of refugees registered in Hungary between 1988 and 1995 reached more than 130,000 people and transformed the country from a refugee-producing country to a refugee-receiving country. However, up until the 2015-16 European refugee and migrant crisis, 75 percent of immigrants and refugees who entered the country post-1988 were ethnic Hungarians. This phenomenon has significantly influenced the development of Hungarian refugee law and policy.

    Refugee and Asylum Law since 1989

    The 1951 Geneva Convention Relating to the Status of Refugees constitutes the foundation of Hungarian refugee law. Hungary became a party to the Refugee Convention in early 1989—the first East bloc country to do so—and it also ratified the 1967 Protocol. Although its accession to the Refugee Convention signaled that Hungary was willing to accept the international definition of refugee, Hungary conditioned its ratification on a narrow definition of those who qualify as refugees, recognizing only those who fear persecution in Europe. According to Maryellen Fullerton, “known as the geographic reservation, this provision allows Hungary to limit its obligations under the Convention to a small (and totally European) subset of all the refugees in the world.”

    Refugees who came to Hungary in the late 1980s and in the 1990s entered a country “with an undeveloped refugee policy and a patchwork of legislation and government decrees concerning refugees and migrants,” according to Fullerton. Legal scholars indicate that the government’s attempt to establish a modern refugee system was affected by a powerful preference for protecting refugees of Hungarian ancestry. This preference has permeated both existing law and the administration of the refugee system, resulting in a de facto law of return. While there is nothing intrinsically wrong with wanting to protect fellow co-ethnics—many countries, including Israel, Germany, France, and Poland, among others, have similar laws—what seems objectionable is the desire to accomplish this goal by misusing the refugee process. Ethnic Hungarians who entered Hungary seeking refuge were not only channeled into the refugee system but were also eligible for Hungarian citizenship within one year, and all the rights that citizenship accords, while others who needed refuge were mainly provided temporary protection status. They received food, shelter, and other necessities, although in recent years these too are becoming scarce, but they lacked any substantial legal protection.

    Since joining the European Union in 2004, Hungary has broadly transposed the relevant EU asylum-related directives into national legislation. In June 2007, the Law on Asylum was adopted and the Office of Immigration and Nationality became responsible for asylum and statelessness determination procedures, the provision of reception services, and (very) limited integration services to asylum seekers and refugees, respectively. Three years later, in December 2010, amendments to the legislation relevant to asylum seekers and refugees were enacted. The maximum length of administrative detention from six to 12 months and the detention of up to 30 days of families with children were introduced. While the minimum standards of refugee protection were implemented—at least on paper in the early 2000s—xenophobic attitudes towards refugees, especially Muslims, are on the rise and the protection for asylum seekers and refugees is virtually nonexistent. At the same time, support for ethnic Hungarian refugees such as those from Venezuela, is flourishing.

    Weaponizing Xenophobia: No to Muslim Refugees

    During the 2015-16 European migrant and refugee crisis, the European Union asked Hungary to find homes for 1,294 refugees. Rather than accepting the EU decision, the Hungarian government spent approximately 28 million euros on a xenophobic anti-immigrant campaign. The government called on voters to defend Christian values and Hungarian national identity in order to stop Hungary from becoming a breeding ground for terrorism. The fear that Muslim women will bear many children and the local population will be outnumbered, somehow diluted or “discolored” by Muslims and multiculturalism was palpable in pro-government media. By the end of 2015, a total of 391,384 refugees and asylum seekers entered Hungary through its southern border, most intent on transiting the country to get elsewhere in Europe. This means that the government spent around 70 euros per refugee on a campaign of intolerance, in a country where the monthly welfare check is around the same amount. Undoubtedly this amount could have been used more effectively either to provide transitional assistance to refugees or to facilitate integration of asylum seekers who wanted to settle in Hungary. Attracting migrants to stay would been in line with Fidesz’s strategic goal to stop the long-declining Hungarian birth rate and the aging of the Hungarian society.

    Instead, Hungary decided to go a step further and in September 2015 amended its Criminal Code to make unauthorized crossing of the border closure (fence), damaging the border closure, and obstruction of the construction works related to the border closure punishable by three to ten years imprisonment. The Act on Criminal Proceedings was also amended with a new fast-track provision to bring the defendant to trial within 15 days after interrogation, or within eight days if caught in flagrante. With these new provisions, the Hungarian government declared a “state of crisis due to mass migration,” during which these criminal proceedings are conducted prior to all other cases. Between September 2015 and March 2016, 2,353 people were convicted of unauthorized border crossing. These people generally remained in immigration detention pending removal to Serbia, which Hungary deemed a safe country to which asylum seekers could return. HHC argued that Serbia could not be regarded as safe third country as it recognized virtually no asylum seekers. Applications for a stay of proceedings referring to the nonpenalization principle of the 1951 Convention were systematically dismissed on the grounds that “eligibility for international protection was not a relevant issue to criminal liability.” In order to gain the public’s support for criminalizing migration and rejecting the European Union’s request to admit a few hundred refugees, the Hungarian government organized a national referendum.

    The Referendum

    On October 2, 2016, the citizens of Hungary were asked a simple question: “Do you want the European Union to prescribe the mandatory settlement of non-Hungarian citizens in Hungary without the consent of the National Assembly?”

    Voter turnout was only 39 percent, far short of the 50 percent participation required to make the referendum valid under Hungarian law. Never one to let facts get in the way of politics, Orbán, whose eurosceptic Fidesz party has more support than all opposition parties combined, said in a televised speech:

    “The European Union’s proposal is to let the migrants in and distribute them in mandatory fashion among the Member States and for Brussels to decide about this distribution. Hungarians today considered this proposal and they rejected it. Hungarians decided that only we Hungarians can decide with whom we want to live. The question was ‘Brussels or Budapest’ and we decided this issue is exclusively the competence of Budapest.”

    Orbán decided that the 3.3 million Hungarians who voted “no” in the referendum spoke for all 10 million Hungarians. After his speech, there were fireworks over the Danube river in the colors of the Hungarian flag.

    In order to prevent the European Union from sending refugees to Hungary, Orbán proposed a constitutional amendment to reflect “the will of the people.” It was presented to the Parliament on October 10, 2016, but the bill was rejected by a narrow margin. The far-right Jobbik party, which contends that some of the new arrivals pose a national security threat, sealed the bill’s rejection by boycotting the vote. However, it held out a lifeline to Orbán by indicating that it would support the ban if Orbán scrapped a separate investor visa scheme under which foreigners could effectively buy the right to live in Hungary (and move freely within the Schengen area) in exchange for buying at least 300,000 euros in government bonds with a five-year maturity. Some 10,000 Chinese utilized this scheme, at this writing, to move to Hungary, as did smaller numbers of affluent investors from Russia and the Middle East.

    The Orbán government feared that the referendum alone would not deter potential asylum seekers from trying to enter Hungary. In order to ensure that the situation from the summer of 2015 would not be repeated, the government begun to further strengthen the borders and to close existing refugee camps.

    Border Hunters

    In 2016, the Hungarian police started recruiting 3,000 “border hunters” to join some 10,000 police and soldiers patrolling a 100-mile-long, four-meter-high, razor-wire-topped fence erected on Hungary’s southern borders with Serbia and Croatia to keep refugees out. The recruitment posts were scattered all over Budapest, including the Keleti railway station that became a de facto refugee camp for tens of thousands of people fleeing violence in the Middle East in 2015. Today, the thousands of police and border hunters deal with fewer than 200 refugees who reach Hungary’s southern border with Serbia every day.

    The border hunters must have a high school diploma and receive six months of training. They earn approximately HUF 200,000 (US $709) a month, and receive other perks: housing and clothing allowances, and discount on travel and cell phones. During a recruiting fair in early October 2016, a pack of teenagers ogled a display of machine guns, batons, and riot gear. A glossy flier included a picture of patrols in 4x4s, advanced equipment to detect body heat, night-vision goggles, and migrant-sniffing dogs.

    At a swearing-in ceremony in Budapest for border hunters in spring 2017, Orbán said Hungary had to act to defend itself. The storm has not died, it has only subsided temporarily, he said. There are still millions waiting to set out on their journey in the hope of a better life (in Europe).

    Refugee Camp Closures

    Erecting fences and recruiting border hunters to keep refugees out is one strategy; closing existing refugee camps is another. Beginning in December 2016, Orbán moved to close most refugee camps. The camp in Bicske operated as a refugee facility for more than two decades. In the little museum established by refugees on the premises of the reception center one could see artifacts, coins, and paintings from many parts of the world: several countries in Africa, the Middle East, Bosnia, Kosovo, and Afghanistan, to name a few. However, in December 2016, the camp was shut down as part of the wave of closures. When the author visited the camp a few days before it closed, 75 individuals, hailing from Cuba, Nigeria, Cameroon, Iraq, Pakistan, and Afghanistan, lived there.

    At the time of the author’s visit, Bicske, which can house as many as 460 refugees, was operating well below capacity. The number of asylum applicants also decreased dramatically. According to HHC data, in October 2016, 1,198 refugees registered for asylum in Hungary compared with 5,812 in April 2016. As of October 2016, there were 529 asylum seekers staying in Hungarian refugee reception facilities: 318 at open reception centers such as Bicske and 211 in detention centers.

    The refugees who the author spoke with, including a couple from Nigeria and a young family from Cuba among others, were no terrorists. Jose and his family fled persecution in Cuba in hopes of reuniting with his elderly mother, who had received permission to stay in Budapest a couple of years earlier. Jose is a computer programmer and said he was confident that he would have no problem finding a job. In addition to his native Spanish, he speaks English, and was also learning Hungarian. The Nigerian couple fled northern Nigeria when Boko Haram killed several members of their family. They told the author mean no harm to anybody; all they want is to live in peace.

    When the camp in Bicske closed, the refugees were relocated to Kiskunhalas, a remote camp in southern Hungary, some 2 ½ hours by train from Budapest. The Bicske camp’s location offered its residents opportunities to access a variety of educational and recreational activities that helped them adjust to life in Hungary. Some refugees commuted to Budapest to attend classes at the Central European University (CEU) as well as language courses provided by nongovernmental organizations (NGOs). Bicske residents often attended events and met with Hungarian mentors from groups such as Artemisszió, a multicultural foundation, and MigSzol, a migrant advocacy group. Christian refugees were bused to an American church each Sunday morning. Moving the residents to Kiskunhalas has deprived them of these opportunities. The Hungarian government offers very few resources to refugees, both to those in reception facilities awaiting decisions on their cases and those who have received asylum, so it is clear that access to the civil-society organizations helping refugees prepare for their new lives is important.

    Magyar abszurd: Assistance to Venezuelan Refugees of Hungarian Ancestry

    While third-country nationals—asylum seekers or labor migrants—receive virtually no assistance from the government, ethnic Hungarians from faraway places such as Venezuela continue to enjoy a warm welcome as well as financial assistance and access to programs aimed at integrating them speedily.

    Recently, Hungary accepted 300 refugees from Venezuela. The Hungarian Charity Service of the Order of Malta led the resettlement effort. The refugees must prove some level of Hungarian ancestry in order to qualify for the resettlement scheme. About 5,000 Hungarians emigrated to Venezuela in the 20th century, mostly after World War II and in 1956.

    By Hungarian law, everyone who can prove Hungarian ancestry is entitled to citizenship. As Edit Frenyó, a Hungarian legal scholar, said, “Of course process is key, meaning political and administrative will are needed for successful naturalization.” According to media reports, the Venezuelan refugees are receiving free airfare, residency and work permits, temporary housing, job placement, and English and Hungarian language courses.

    Apparently, the refugees have been directed not to talk about their reception, perhaps in an effort to bolster the official narrative: an ethnonational story of homecoming, in which they are presented as Hungarians, not refugees or migrants. As Gergely Gulyás, Chancellor of the Republic of Hungary, declared, “We are talking about Hungarians; Hungarians are not considered migrants.” Frenyó posits that the Hungarian government must present the refugees as Hungarians seeking to come home to avert political backlash and to make sure the controversial immigration tax law is not levied on the Malta Order.

    Anti-Refugee Policy and the Role of Civil Society: Views on the Ground

    In contradiction to the government’s anti-refugee policies of recent years, civil-society organizations and civilians offered assistance to refugees who descended on the Keleti railway station in summer 2015. As Migration Aid volunteers recount, volunteers brought toys and sweets for the refugee children and turned the station into a playground during the afternoons. However, when Migration Aid volunteers started to use chalk to draw colorful pictures on the asphalt as a creative means to help children deal with their trauma, the Hungarian police reminded the volunteers that the children could be made liable for the “violation of public order.”

    In contrast to civil society’s engagement with children, the Hungarian government tried to undermine and limit public sympathy towards refugees. Hungarian state television employees were told not to broadcast images of refugee children. Ultimately, the task of visually capturing the everyday life of refugee families and their children, as the only means to bridge the distance between the refugees and the receiving societies, was left to volunteers and Facebook activists, such as the photo blog Budapest Seen. Budapest Seen captured activities at the train station, at the Slovenian and Serbian border, and elsewhere in the country, where both NGO workers and regular citizens were providing much needed water, food, sanitary napkins for women, diapers for babies, and medical assistance.

    Volunteers came in droves also in Debrecen, among them Aida el-Seaghi, half Yemeni and half Hungarian medical doctor, and Christina, a trained psychotherapist, and several dozen others who communicated and organized assistance to needy refugees through a private Facebook page, MigAid 2015.

    There were many other volunteer and civil-society groups, both in Budapest and Debrecen, who came to aid refugees in 2015. Among them, MigSzol, a group of students at the Central European University (CEU), Menedék (Hungarian Association for Migrants), established in January 1995 at the height of the Balkan wars, HHC, Adventist Development and Relief Agency, and several others.

    At the time of writing, many of these organizations are no longer operational as a result of the “Stop Soros” bill, passed in June 2018, which criminalizes assistance to irregular migrants, among other things. However, organizations such as the HHC continue to provide legal aid to migrants and refugees. Many volunteers who worked with refugees in 2015 continue their volunteer activities, but in the absence of refugees in Hungary focused their efforts on the Roma or the homeless. In interviews the author conducted in spring 2019, they expressed that they stand ready should another group of asylum seekers arrive in Hungary.

    Acknowledgments

    This article was prepared using funding from the European Union’s Horizon 2020 Research and Innovation Program under grant agreement No. 770330.

    Sources

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    https://www.migrationpolicy.org/article/orban-reshapes-migration-policy-hungary

    #réfugiés #asile #migrations #Hongrie #xénophobie #anti-réfugiés #islamophobie #société_civile #solidarité #zones_de_transit #nourriture #camps_de_réfugiés #peur #histoire #milices #frontières #fermeture_des_frontières

    ping @isskein

  • Hors Normes
    http://otir.net/dotclear/index.php/post/2019/10/21/Hors-Normes

    Hors Normes

    Je ne pourrai pas vous parler de ce film mais j’espère cependant que vous irez le voir.

    Il s’agit du nouveau film de Eric Toledano et Olivier Nakache qui met en scène Vincent Cassel et Reda Kateb à la tête de deux associations de réinsertion de jeunes de banlieues pour les former à la mission d’encadrer des enfants et adolescents autistes.

    Le film sort sur les écrans français cette semaine, et je ne le verrai pas moi-même.

    Mais il y est question de ces enfants et adultes avec #autisme et ceux-là, je les connais comme ma poche.

    Ces adultes accompagnants je les connais comme ma poche.

    Ces images de la diversité à tous points de vue d’humanité et de mélanges de confessions religieuses avec des signes évidents dans le pays de la réprobation publique de ces signes ostentatoires me parlent (...)

    #Lucarnes #cinéma #diversité #société

  • Nos belles valeurs et les mots du gentil Monsieur Blanquer mettent les musulmans sous clé
    http://www.slate.fr/story/182844/societe-voile-mere-sortie-scolaire-jean-michel-blanquer-julien-odoul-islamopho

    « Si Monsieur Blanquer tenait une boîte de nuit, Monsieur Odoul en serait le videur. »

    Énorme charge sur fond de colère glaciale de ⁦Claude Askolovitch !

    Le ministre de l’Éducation nationale ne veut pas qu’on le confonde avec l’extrême droite quand il sonne la charge courtoise contre les mamans voilées.

  • Les inégalités moulées Jean-François Nadeau - 7 Octobre 2019 - Le devoir
    https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/564214/les-inegalites-moulees

    La lâcheté complaisante qu’entretient, de longue date, la société à l’égard des inégalités fait en sorte qu’elles semblent aller de soi. Il suffit d’observer le champ fondamental de l’éducation pour s’en convaincre. Malgré ses prétentions, le système québécois ne fournit pas les mêmes chances à l’ensemble des élèves. Le Québec serait même le système d’éducation le plus inéquitable au Canada. C’est du moins ce que nous révélait, il y a quelques jours, une étude pour le moins préoccupante conduite par le Mouvement L’école ensemble.

    Sur la base de données compilées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette étude observe que notre système d’éducation avalise l’existence de programmes sélectifs, selon que l’on fréquente l’école publique ordinaire, l’école des programmes particuliers ou l’école privée. Autrement dit, loin de casser les inégalités, comme il le prétend depuis la Révolution tranquille, notre système d’éducation contribue plutôt à les reproduire en les moulant finement.

    À en croire le discours ambiant, nous vivons dans un monde sans barrières sociales. Tout ne serait qu’une question de volonté, d’ambition et de détermination, que l’on suppose à la base équitablement réparties en chacun. Selon ce mirage savamment entretenu dans nos sociétés, chaque individu serait capable, par ses propres qualités, d’échapper à la loi de la gravité du milieu de vie qui pèse sur lui. Ce rêve waltdysnéesque répète, autrement dit, qu’il suffirait de vouloir pour pouvoir.

    Des gens partis de rien, arrivés là où on ne les attendait pas, servent sans cesse d’exemple pour perpétuer ce mythe de la mobilité sociale. On braque les projecteurs sur ces cas d’exception, comme s’il s’agissait d’une preuve universelle que tout est possible à chacun. On soutient de la sorte l’idée généreuse — mais surtout trompeuse — qu’il demeure bel et bien possible de changer de situation sociale, dans un monde qui continue en vérité de sécréter plus d’inégalités que de possibilités.

    S’il faut rêver pour changer le monde, le monde ne se change pas qu’en rêvant. La perpétuation du monde tel qu’il est — c’est-à-dire un monde foncièrement inégal — se fait selon les modalités de cette inertie sociale entretenue sous le couvert d’un récit fantasmé où chacun serait libre de choisir sa trajectoire.

    L’infériorité de la formation de larges portions de la population continue d’être présentée comme si elle découlait d’une simple affaire de capacités et de goûts pour les études, qu’elle serait pour ainsi dire naturelle, fruit d’un choix librement consenti. On se conforte de la sorte à l’idée que l’éducation constitue une affaire individuelle qui n’est pas circonscrite, au préalable, par une appartenance à un milieu, à une classe sociale, à des revenus familiaux. Et on juge ainsi acceptable que des familles d’ouvriers engendrent surtout des ouvriers et des familles d’avocats surtout des avocats.

    La mobilité sociale, sauf cas d’exception, n’est pas la règle dans notre monde. Si on trouve bel et bien des individus parvenus à échapper aux lois de la statistique, cela ne change pas pour autant le fait que les enfants des classes populaires sont à majorité voués à un destin moins favorisé que ceux qui appartiennent à un monde doré.

    Le principe théorique de l’accessibilité pour tous à l’école a maquillé des formes d’exclusion qui se sont mutées en se camouflant derrière le mince paravent de cette démocratisation opérée à l’orée des années 1960. Bien que tous les enfants fréquentent désormais l’école, les barrières sociales demeurent, ce dont témoignent les inégalités de notre système d’éducation, saigné pendant des années par les scalpels des politiques d’austérité.

    La capacité de manier des concepts, des faits et des raisonnements n’est pas innée. Cela nécessite un entraînement soutenu, durant de longues années. Avant même d’acquérir cette capacité, il faut être en mesure de se donner les moyens de surmonter des difficultés qui entravent son acquisition. Le manque de temps, le manque d’argent, le manque d’espace, un milieu familial défavorable aux études continuent d’expliquer, en large partie, l’insuffisance des résultats obtenus par notre système d’éducation.

    Peut-on changer le tissu social seulement en réformant l’école de l’intérieur ? Depuis des années, l’école québécoise n’arrête pas de se trouver chamboulée. Les réformes de l’éducation sont pour ainsi dire permanentes. L’une chasse l’autre. On en perd vite le compte, à moins d’être un spécialiste. Et encore. Le ministre Jean-François Roberge vient d’en lancer une énième, comme si c’était la principale action qu’encourageait sa fonction.

    Se gargariser ainsi de réformes à n’en plus finir, n’est-ce pas là le signe d’une fuite en avant, celle d’un État qui manque d’abord à son devoir de changer les conditions socio-économiques qui permettraient d’amenuiser, à la base, les différences entre les enfants et leurs parents ?

    Quand on y pense, l’école ne peut suffire à elle seule à briser les inégalités puisqu’elle en est aussi, au final, le triste produit.

    #inégalités (et ses #reproductions) #société #barrières_sociales #sélection #réformes #éducation #école #mobilité_sociale #exclusion #exclusions

  • Sounds From Dangerous Places, de Peter Cusack
    http://liminaire.fr/entre-les-lignes/article/sounds-from-dangerous-places-de-peter-cusack

    Peter Cusack est un artiste, musicien, compositeur et improvisateur anglais qui s’intéresse plus particulièrement aux #Sons dans l’environnement. Il conduit parallèlement à son activité de musicien, des travaux assidus sur notre relation au sonore, en réalisant par le biais de son travail d’enregistrement de terrain, l’empreinte acoustique de lieux, naturels ou industriels, frappés par des catastrophes. En 1998, Cusack a lancé le projet Your Favorite London Sound, dont l’objectif était de demander aux (...) #Entre_les_lignes / #Art, #Écriture, #Inventaire, #Récit, Sons, #Vidéo, #Voix, #Numérique, #Livre, #Lecture, #Information, #Absence, #Fantôme, #Silence, #Dérive, #Mémoire, #Solitude, Société, #Politique, #Nature, #Russie, #Londres, #Ville, (...)

    #Société #Paysage
    https://www.crisap.org/people/peter-cusack
    https://www.youtube.com/watch?v=uJVKaAS9lBA


    http://writing.upenn.edu/epc/authors/goldsmith
    https://favouritesounds.org
    https://sounds-from-dangerous-places.org
    https://liminaire.fr/mot/zoo-project

  • #Maroc : la journaliste #Hajar_Raissouni condamnée à un an de #prison ferme pour « #avortement_illégal »

    Les proches de la jeune femme dénoncent un procès politique lié à sa famille, à ses opinions et au journal dans lequel elle travaille.

    La tension est palpable, ce lundi 30 septembre, dans la salle d’audience du tribunal de #Rabat, au Maroc, où le #procès de Hajar Raissouni, accusée d’« avortement illégal » et de « débauche », approche de la fin. La journaliste de 28 ans au voile bleu orné de petits motifs blancs s’entretient avec son avocat. Les prévenus sont amenés à la barre. Au premier rang, sa sœur, nœud rouge dans ses cheveux noirs lâchés sur les épaules, a le regard anxieux. Le jugement tombe : un an de prison ferme pour Hajar Raissouni et son fiancé ; deux ans pour le médecin, ainsi que l’interdiction d’exercer son métier pendant deux années supplémentaires ; huit mois avec sursis pour la secrétaire ; et un an avec sursis pour l’anesthésiste.

    La décision du juge à peine prononcée, des proches fondent en larmes avant de crier le prénom « Hajar » et de lever les bras, les doigts en V. C’est ce même signe qu’adressera Hajar Raissouni à sa famille et aux journalistes entre la porte de sortie du tribunal et le véhicule des forces de l’ordre qui la ramène en prison. Une photo volée de ce moment fera le tour des #réseaux_sociaux marocains, où s’exprime un large soutien pour la jeune femme.
    Un jugement « dur et injuste »

    La défense avait plaidé la libération des prévenus. Abdelmoula El Marouri, avocat de la journaliste, sort de la salle d’audience les yeux humides. C’est avec la même amertume que Myriam Moulay Rchid, avocate du médecin, part précipitamment du tribunal de Rabat, sans vouloir commenter l’affaire tant qu’elle n’a pas « consulté le jugement ». La semaine dernière, elle avait présenté des éléments médicaux expliquant que Hajar Raissouni ne pouvait pas être enceinte au moment de la consultation gynécologique. Les deux avocats ont annoncé qu’ils feraient appel dès le lendemain du jugement.

    « Le jugement est dur et injuste », estime Souleymane Raissouni, oncle de la journaliste et rédacteur en chef du #quotidien_indépendant #Akhbar_Al_Yaoum, dans lequel la jeune femme travaille. La reporter a raconté ne pas avoir avorté mais avoir consulté pour une hémorragie interne, confirmée par son gynécologue. Elle a aussi maintenu avoir été « contrainte à faire un examen médical sans son accord » à la suite de son interpellation. Un acte que ses avocats assimilent à de la « torture ». « Pourquoi ont-ils forcé une femme à ouvrir ses jambes devant un médecin pour fouiller son vagin ? C’est atroce ! », s’indigne Khouloud, un proche de la jeune femme.

    Dans cette photo du site Belpresse, Hajar Raissouni salue ses soutiens et sa famille alors qu’elle quitte un tribunal à Rabat, le 30 septembre.

    Pour Souleymane Raissouni, la réponse est simple : c’est une #affaire_politique. « L’opinion publique marocaine et internationale dit que Hajar est accusée à cause de ses opinions, de ses positions, de celles du journal et de sa famille. Le jugement l’a aujourd’hui confirmé », lance-t-il. Même constat chez Youssef Raissouni, un autre oncle de Hajar Raissouni, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). « Ce verdict s’inscrit dans un contexte marocain caractérisé par un non-respect des lois et des libertés », analyse-t-il une fois l’émotion passée.

    Des lois « obsolètes » et « liberticides »

    Pour Ibtissame Betty Lachgar, militante féministe, ce procès va au-delà du volet politique, « qui est indiscutable ». « C’est le procès d’une journaliste, mais aussi d’une femme qui, encore une fois, est victime de lois rétrogrades et misogynes », explique-t-elle, évoquant les lois qui pénalisent l’avortement et les relations sexuelles hors mariage. Dans ce royaume de 36 millions d’habitants, la justice a poursuivi 14 503 personnes pour « débauche » et 73 pour « avortement » en 2018, selon les chiffres officiels. « Nous sommes dans une #société_conservatrice et patriarcale, où le poids du #religieux freine le changement des #mentalités », analyse encore la féministe, pas du tout surprise du verdict.

    Pendant cette dernière audience, pratiquement personne ne s’était déplacé devant les grilles du tribunal pour manifester en faveur de Hajar Raissouni. L’affaire fait pourtant polémique, notamment après la publication, le 23 septembre, du manifeste des 490 « hors-la-loi », parmi lesquels de nombreuses personnalités marocaines, qui demandent une abrogation de ces lois « obsolètes » et « liberticides ». Sans être venu au procès, le collectif a publié un communiqué dès l’annonce du jugement. « Nous souhaitons exprimer notre inquiétude car cela délivre à notre jeunesse […] un message bien sombre sur l’état de nos libertés individuelles. Plus que jamais, nous demandons que soient abrogées [ces] lois. » Un appel auquel peu de responsables politiques ont répondu pour le moment.

    Théa Ollivier (Rabat, correspondance)

    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/09/30/au-maroc-la-journaliste-hajar-raissouni-condamnee-a-un-an-de-prison-ferme-po

  • Marche citoyenne jusqu’à Matignon pour sauver les terres fertiles de Gonesse
    https://www.bastamag.net/Europacity-Auchan-artificialisation-des-terres-betonnisation-marche-Goness

    Le gouvernement soutient Europacity, gigantesque projet de centre commercial et de loisirs qui recouvrirait 300 hectares de terres agricoles à Gonesse, au nord-est de Paris. « Pour couronner le tout, le gouvernement a décidé d’offrir à Auchan une gare du Grand Paris pour la desserte exclusive de ce projet », dénonce le collectif "Non à Europacity" qui organise une grande marche de Gonesse à Matignon ces 4 et 5 octobre. Voici leur appel. Le saviez-vous ? Le groupe Auchan, associé à l’investisseur (...) ça bouge !

    / #Droit_à_la_terre, #Agriculture, #Société_de_consommation

    #ça_bouge_ !

  • #Absolument_modernes ! de #Jérôme_Meizoz

    Absolument modernes ! est la chronique caustique et navrée de la #modernité suisse des années 1970 et 1980 : le pari sur la #croissance_illimitée, le culte du #marché et de la #technique. Entre satire et récit intime, un certain Jérôme Fracasse conte les #Trente_Glorieuses traversées par son père, ouvrier convaincu de l’« #avenir_radieux ». Documents, slogans et tracts d’époque autant que souvenirs de famille dessinent une période exaltée et ambiguë : la construction de l’#autoroute du Rhône, l’ouverture des #supermarchés, le règne de la #télévision et de la #voiture, le développement massif du #tourisme dans les #Alpes.

    La croyance heureuse du père dans le « #régime_des_promesses », la volonté de s’arracher à un passé de pénurie et le tourbillon de la #société_de_consommation : tels sont les grands traits de cette fresque où drôlerie et gravité sont indissociables.


    https://www.editionszoe.ch/livre/absolument-modernes

    #livre #Suisse #progrès #croissance #modernité

  • Calcul de la #vitesse effective d’un véhicule particulier
    http://carfree.fr/index.php/2019/09/23/calcul-de-la-vitesse-effective-dun-vehicule-particulier

    Un internaute a mis en place une page #internet permettant de calculer la vitesse effective d’un véhicule particulier, dans l’esprit d’Ivan Illich, à savoir en ajoutant au temps de parcours Lire la suite...

    #Fin_de_l'automobile #Ressources #ivan_illich #société #transport

  • Nouvelle adresse, plus jamais de pubs !
    https://joellepalmieri.org/2019/09/17/nouvelle-adresse-plus-jamais-de-pubs

    En cette rentrée scolaire 2019, je vous présente un site Internet, épuré de ses annonces publicitaires, plus lisible, plus agréable à l’oeil et plus facile d’accès. En une adresse simplifiée www.joellepalmieri.org vous avez accès à mes élécubrations écrites sur l’actualité ou sur des sujets qui me tiennent à coeur ici ou ailleurs. Visitez le site … Lire la suite →

    #Humeurs #Média #Société_numérique


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