• Considérations sur les temps qui courent (II)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Considerations-sur-les-temps-qui-courent-II

    À la mort de mes grands-parents, à la mort de mes parents et ainsi de génération à génération, c’est bien tout un pan de la vie sociale qui s’écroule soudainement, comme une falaise s’engloutissant dans la mer. Sur la fin, nous avons fait une partie du chemin ensemble, j’ai pu me faire une très vague idée de ce qu’ils avaient connu ; à leur mort, tout ce passé, tout ce vécu qui faisait partie d’eux, s’est à jamais effacé. Nous pourrions ainsi remonter loin dans le temps et nous nous rendrions compte que ce qui a disparu peu à peu ce fut le goût des autres, la vie sociale dans ce qu’elle a de sensible et pour tout dire dans ce qu’elle a d’humain ; cela en dépit de toutes les bourrasques qui l’ont traversée. Nous sommes accrochés à cet aspect sensible du vécu et il disparaît peu à peu. Au fil des ans, la vie sociale se dégrade progressivement. Nous allons vers un isolement de plus en plus grand, vers une absence de vie sociale dans le sens d’une vie avec les autres. Cette vie avec les autres implique un savoir-vivre, que nous avons perdu à la longue, elle implique une manière d’être liée à la conscience d’entrer comme sujet dans une relation avec d’autres sujets. Nous avons tenu bon et puis tout s’est effiloché peu à peu sans que nous en prenions conscience, nous nous sommes retirés en nous-mêmes comme la mer se retire ne laissant plus qu’une plage désertée. (...)

    #sociabilité #absence #isolement #Moyen_Âge #millénarisme #argent #État #pensée #échange #richesse #division #violence #domination

    • L’argent est la continuité de l’État religieux, il en est en quelque sorte l’achèvement, comme la pensée scientifique est l’achèvement de la pensée religieuse ; il n’en est pas la critique, comme la pensée scientifique n’est pas la critique de la pensée religieuse. L’argent parachève la notion d’État comme la pensée scientifique parachève la pensée religieuse.

      À part des allusions seulement de ci de là au fil des textes, est-ce qu’il y a une quelconque preuve (scientifique haha) ou tout du moins démonstration/argumentaire réelle de ça ?

      Parce que juste dit comme ça, ça fait opinion à la va-vite…

      Qu’il y ait tout un progressisme qui voue un culte démesuré à la Science (le scientisme donc), cela est assez clair et il y a plein d’études là dessus. Mais de la à démontrer que la méthode scientifique (notamment la pensée sceptique et rationnelle pour aller vite) elle-même est une religion, c’est une autre paire de manches…

    • C’est vrai que l’affirmation peut paraître abrupte. Par contre, la lecture des « Notes anthropologiques » éclaire vraiment le long cheminement qui a amené cet auteur à cette conclusion. Il y décrit ce que sont devenues nos sociétés dites développées dans lesquelles s’est instauré le seul mode d’échange reconnu comme « objectif » en l’occurrence l’échange marchand qui a permis de prendre cette orientation technologique. La science, la pensée positive, assujetties aux développements technologiques (et non l’inverse) sont devenues en elles mêmes une sorte de « cosmovision » qui est bien aussi biaisée que n’importe quelle autre vision du monde d’origine religieuse. C’est passionnant à lire.

    • Ah mais j’en ai lu une bonne partie, mais à chaque fois cette affirmation revient régulièrement comme un pré-requis, comme un axiome, et qui n’est pas à démontrer.

      Que la pensée rationnelle ait été liée historiquement au progressisme et en est une condition nécessaire, ça parait assez évident. Mais que le progressisme/scientisme est la seule conséquence possible de la rationalité, et que sans animisme, croyance en tels ou tels dieux, etc, on court forcément à la merde qu’on voit maintenant, qu’il ne serait donc pas possible d’avoir une pensée rationnelle/sceptique ET non progressiste ET non économique, je n’en trouve aucune preuve nulle part.

      Je maintiens au contraire que la vraie pensée rationnelle est celle qui ne s’est pas transformé en progressisme puisque celui ci est une croyance, donc irrationnelle, et qu’on peut tendre à cela tout en étant contre l’économie et l’argent, en visant des relations libres fédérés, en prenant en compte les émotions, et même le merveilleux, en ne cherchant pas la grandeur, la croissance, etc, etc.

  • Jami
    https://jami.net

    Un logiciel open-source et décentralisé/distribué pour appels téléphoniques, partage d’écran ou vidéo via Internet. Inclut des fonctionnalités additionnelles comme la messagerie instantanée, le transfert de fichiers et la visioconférence.
    non testé : si quelqu’un a un retour d’expérience ?

    La forge officielle : https://git.jami.net/savoirfairelinux/ring-project

    #jami #téléphonie #open-source #distribué #skype #discord #chat #partage_écran

  • « Les “gilets jaunes” veulent rompre avec le sentiment de dépossession », Ivan Bruneau et Julian Mischi
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/03/les-gilets-jaunes-veulent-rompre-avec-le-sentiment-de-depossession_5404581_3

    Pour les chercheurs Ivan Bruneau et Julian Mischi, le mouvement de contestation sociale traduit le malaise des populations établies dans les communes rurales en rupture avec tout, notamment les organisations politiques absentes de ces zones.

    Tribune. Le mouvement des « #gilets_jaunes » a donné lieu à de nombreuses analyses à chaud, parfois très survolantes, comme celles ayant mis l’accent sur « les frustrations des classes moyennes » ou « l’individualisation des inégalités ». Il nous semble préférable de revenir aux conditions qui rendent possibles la contestation, lesquelles peuvent être en partie communes aux zones urbaines et rurales, comme le sentiment d’injustice fiscale, mais le mouvement est aussi révélateur de la transformation des #conditions_de_vie et de travail des populations rurales et périurbaines. Certains observateurs ont déjà souligné avec justesse l’enjeu de la mobilité et le rôle central de l’automobile dans le monde rural. Au-delà, l’irruption politique des « gilets jaunes » dans l’espace public des petites communes apparaît comme une réaction collective aux multiples formes de #dépossession qu’ils subissent depuis de nombreuses années.

    Les campagnes françaises sont bien sûr diverses mais elles se caractérisent en général par la surreprésentation en leur sein des catégories populaires relevant du salariat (#ouvriers et #employés) ou du #travail_indépendant (petits artisans, commerçants et agriculteurs). La part considérable des actifs faiblement diplômés contraste avec la faible présence des classes supérieures et des professions intellectuelles, qui résident surtout dans les métropoles. Cette #ségrégation_sociospatiale s’explique par la pression du marché immobilier, mais aussi par le fait que les emplois intellectuels et de direction se concentrent dans les grandes villes alors que les activités de fabrication ou de logistique se déploient désormais essentiellement dans les périphéries rurales et périurbaines. Une telle distance spatiale entre classes sociales, sur fond de séparation entre « travail intellectuel » et « travail manuel », nourrit la mobilisation des « gilets jaunes », qui insistent sur le mépris dont ils se sentent victimes. C’est leur vécu et leur rapport au #travail qui alimentent le rejet de ce qu’ils perçoivent comme l’arrogance d’élites nationales et régionales ne connaissant pas leur quotidien, leurs pratiques, leurs savoirs.

    La distance spatiale entre classes sociales s’est renforcée

    Ainsi, au sein même des territoires ruraux, la distance spatiale entre classes sociales s’est renforcée dans la dernière période. Les dirigeants des entreprises résident de moins en moins sur place. Auparavant les cadres des usines ou des entreprises publiques étaient fréquemment des individus issus de familles « du coin » qui avaient connu une promotion interne et s’engageaient dans la #vie_locale. Rarement d’origine populaire, les nouveaux responsables, davantage mobiles, sont désormais seulement de passage à la tête des établissements en proie à des réorganisations managériales. Plus diplômés, ils connaissent peu le travail réalisé concrètement dans les ateliers et services, travail qu’ils n’ont jamais exercé directement. Vivant le plus souvent dans les #métropoles régionales ou à Paris, ils s’investissent peu dans la vie des communes contrairement à leurs prédécesseurs. Ils ne vont pas prendre part aux activités sportives avec les autres salariés ou fréquenter les mêmes commerces. Leurs enfants ne vont pas à l’école du bourg avec ceux des familles populaires. Ce sont en quelque sorte des citadins de passage, leur distance avec les #classes_populaires_locales est indissociablement sociale et spatiale.

    Le phénomène est général, il s’observe tant dans les usines que dans les établissements bancaires, hospitaliers ou encore scolaires. Symbole de ces mutations favorisant l’éloignement des figures intellectuelles du quotidien des classes populaires rurales : les enseignants des nouvelles générations s’insèrent de plus en plus rarement dans les petites communes où ils sont nommés. Tout comme les médecins ou cadres administratifs des collectivités locales, ils sont nombreux à venir chaque jour des zones urbaines pour exercer sur place. Pour les administrés, il en résulte un sentiment de dépossession à l’aune duquel on peut comprendre leur sensibilité à la violence du discours expert et à la #domination_culturelle des élites politiques nationales.

    Ce sentiment de dépossession est renforcé par l’évolution de la structuration politique des territoires. Les processus récents de fusion des communautés de communes constituent la dernière étape d’une évolution de plus longue durée marquée par l’éloignement du pouvoir décisionnel. Depuis une vingtaine d’années, le développement des structures intercommunales, de leurs budgets et de leurs compétences a accentué à la fois l’influence des « communes-centres » et le rôle des élus dirigeant ces assemblées, présidents et vice-présidents en particulier. La #distance_sociale entre la population et ces « grands élus » nourrit le sentiment de ne pas avoir d’emprise sur les décisions affectant la vie quotidienne, et ce d’autant plus que les enjeux communautaires sont peu discutés au niveau communal.

    Délitement des partis politiques, notamment de gauche

    La raréfaction des débats publics liés à l’élaboration des politiques locales prend place dans un affaiblissement plus général des mécanismes représentatifs. Les campagnes pour les élections municipales se font parfois sans réunion publique, et aujourd’hui les projets de « commune nouvelle » (regroupement de communes) peuvent être réalisés sans consultation de la population. La participation des habitants est peu sollicitée dans l’ensemble, et cette fragilisation de « la démocratie locale » n’est pas compensée par la présence de relais partisans.

    En effet, le délitement des partis politiques, et notamment des organisations de gauche (PCF, PS, PRG), est plus accentué dans ces zones rurales. Si les classes populaires peuvent encore s’appuyer sur des réseaux syndicaux, même fragilisés, elles ne disposent plus de relais proprement politiques. Certes le Front national a connu une forte progression électorale ces dernières années dans les campagnes mais le soutien dans les urnes ne se traduit quasiment jamais par un développement militant de l’organisation, qui a, par exemple, de grandes difficultés à constituer des listes pour les élections municipales. Cette crise des #sociabilités_militantes explique aussi probablement le rôle que jouent les barrages des « gilets jaunes », lieux de rencontres et de discussions, interclassistes et politiquement divers.

    Ivan Bruneau et Julian Mischi ont codirigé avec Gilles Laferté et Nicolas Renahy « Mondes ruraux et classes sociales » (EHESS, 2018)

  • « Le sentiment de pauvreté met en évidence une insécurité sociale durable et une vision dégradée de son avenir », Nicolas Duvoux, Propos recueillis par Anne Chemin
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/21/qui-se-sent-pauvre-en-france_5400777_3232.html

    « Le sentiment de pauvreté met en évidence une insécurité sociale durable et une vision dégradée de son avenir »
    Pour le sociologue Nicolas Duvoux, la pauvreté monétaire est un indicateur d’inégalité, alors que la pauvreté subjective, qui concerne environ 13 % de la population, est un indicateur d’insécurité.

    Nicolas Duvoux est professeur de sociologie à l’université Paris-VIII-Vincennes Saint-Denis, chercheur au Cresppa-LabToP. Il est l’auteur, avec Adrien Papuchon, de « Qui se sent pauvre en France ? Pauvreté subjective et insécurité sociale », un article de la Revue française de sociologie, 2018/4, p. 607-645

    Quelles sont les différentes définitions de la #pauvreté et que nous apprennent-elles ?

    La question de savoir qui sont les « pauvres » a été très débattue dans les sciences humaines et sociales. En France est considéré comme pauvre tout individu vivant dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian : en 2016, cela représente 1 026 euros par mois pour une personne isolée, soit 14 % de la population. La pauvreté touche aujourd’hui de manière disproportionnée les enfants (19,8 %), les jeunes adultes (19,7 % des 18-29 ans) et les familles monoparentales (34,8 %). C’est un indicateur d’inégalité, qui mesure l’écart avec les revenus médians ou intermédiaires.

    Il y a aussi la pauvreté en conditions de vie – elle est en baisse du fait, notamment, de l’amélioration de la qualité des logements. Enfin, il y a le fait d’être « assisté » par la collectivité, c’est-à-dire de percevoir une aide sociale, notamment le revenu de solidarité active (#RSA). Inspirée par les analyses du sociologue allemand Georg Simmel, cette approche qui s’est déployée dans un ­contexte de développement du #chômage_de_masse met l’accent sur les formes institutionnelles de la pauvreté : l’intervention des pouvoirs publics assigne l’individu à l’identité de pauvre.

    Vous venez de publier, avec Adrien Papuchon, un article dans la « Revue française de sociologie » qui évoque la « #pauvreté_subjective ». Cette notion permet-elle de mieux comprendre le mouvement des « gilets jaunes » ?

    Tandis que la #pauvreté_monétaire relative indique la part des ­revenus qui sont éloignés des revenus intermédiaires ou médians, le sentiment de pauvreté, qui concerne environ 13 % de la population, met en évidence une #insécurité_sociale durable et une vision dégradée de son avenir. La pauvreté monétaire est un indicateur d’inégalité, alors que la pauvreté subjective est un indicateur d’insécurité. L’apport principal de cette mesure subjective de la pauvreté est de remettre en cause la vision la plus commune de la pauvreté qui, en se centrant sur les situations d’éloignement prolongé du marché du travail, néglige la forte proportion d’actifs parmi les personnes qui se jugent pauvres.

    Les données du baromètre d’opinion de la direction de la ­recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques montrent qu’un tiers des personnes qui se sentent pauvres sont en emploi. La moitié d’entre elles sont des employés et ouvriers en emploi ou au chômage, centre de gravité des #classes_populaires. Des #retraités modestes et de petits #indépendants apparaissent aussi surreprésentés.

    Ces catégories modestes mais non pauvres, subalternes mais non démunies, sont aujourd’hui dans une situation de tension et mal protégées : leur sentiment de pauvreté est attaché à un pessimisme pour l’avenir. C’est sans doute une des explications de l’irruption de populations « invisibles » à l’occasion du mouvement des « #gilets_jaunes ».

    Que nous apprend la notion de « pauvreté subjective » sur la complexité du monde social ?

    Cette notion nous invite à utiliser la perception de soi et la ­#dimension_subjective d’un phénomène comme la pauvreté pour accéder aux structures qui déterminent la position des ­individus. Ainsi, notre propos n’est pas de compléter la mesure objective de la pauvreté par une mesure subjective, encore moins d’opposer les deux, mais de dépasser la dualité de l’objectif et du subjectif.

    La réflexion en termes de #classes_sociales a toujours fait la part à cette dualité (Marx parlait de classes « en soi » et « pour soi ») et un des paradoxes des sociétés contemporaines est précisément le désajustement entre une forte augmentation des #inégalités socio-économiques et une faible ­conscience de classe, y compris chez ceux qui la subissent.

    Dans ce contexte, il nous semble important de renouveler l’approche de la structure sociale en intégrant ces deux dimensions plutôt que de présupposer que la perception de soi est une illusion qui masque les déterminations sociales ou, au contraire, que la subjectivité donne un accès direct au monde social. Il faut travailler les chevauchements et les désajustements entre les dimensions : ainsi des hommes seuls se disent pauvres même quand ils ne le sont pas et, même pauvres au sens monétaire, sont préservés dans leur identité quand ils sont en couple. A rebours, les familles monoparentales sont à la fois pauvres objectivement et subjectivement. Le #temps joue un rôle majeur dans l’articulation de ces dimensions.

    #sociologie_des_sentiments #assistés #pauvres

    • « Gilets jaunes » : « La perspective d’une réunification d’un bloc populaire inquiète les politiques », Nicolas Duvoux, propos recueillis par Sylvia Zappi
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/02/07/gilets-jaunes-la-perspective-d-une-reunification-d-un-bloc-populaire-inquiet

      Pour le sociologue Nicolas Duvoux, le mouvement de protestation a fait renaître une #conscience_de_classe parmi les couches populaires.

      Nicolas Duvoux est professeur de sociologie à l’université Paris-VIII. Il a codirigé, avec Cédric Lomba, l’ouvrage collectif Où va la France populaire ? (Presses universitaires de France, 120 p., 9,50 €), qui montre que la fragmentation du monde ouvrier est le principal facteur de son désarmement identitaire et politique.

      On ne parle plus aujourd’hui de classe ouvrière, mais de classes populaires. Pourquoi ?

      Parce que la réalité et la représentation sociales de ces groupes ont changé. Le monde ouvrier, depuis trente ans, a connu de très fortes évolutions avec l’accès à l’éducation, la tertiarisation des emplois et leur féminisation. L’image sociologique de ce monde-là au sortir de la seconde guerre mondiale était celle de l’ouvrier masculin qualifié de Billancourt. Il incarnait le groupe et lui donnait sa force.
      C’était un univers soudé autour d’une forte centralité professionnelle et d’un mouvement social et politique capable d’agréger l’ensemble, pourtant disparate, même pendant les « trente glorieuses ». Cette unité n’existe plus. Les classes populaires sont aujourd’hui constituées de groupes éclatés.

      Comment se définit alors ce monde populaire ?

      Par ce qui l’unifie encore, à savoir sa position #subalterne dans le monde socio-économique et la contrainte économique qu’il subit – celle des travailleurs qui ont des emplois d’exécutants et qui reçoivent des ordres. Ces modes de vie sont aussi un marqueur commun. Les classes populaires ont ainsi un attachement aux #sociabilités_locales et un fort sentiment d’appartenance au groupe, un sens du #collectif qu’on ne perd pas.
      Mais dans cet ensemble, des différenciations importantes sont apparues. On n’a pas la même vision du monde selon qu’on a un emploi stable ou #précaire, selon qu’on réside dans une commune reléguée ou incluse dans une métropole, selon qu’on habite dans un petit pavillon ou dans un grand ensemble en banlieue, si on est en couple avec deux salaires ou une mère célibataire, si l’on appartient à une minorité visible ou non, etc.
      Ce qu’il y a derrière cette appellation de classes populaires n’est donc pas un bloc homogène, mais un continuum qui va des strates les plus précaires – les #allocataires des minima sociaux – jusqu’aux frontières inférieures des classes moyennes – ouvriers et employés qualifiés.

      Comment ces écarts se traduisent-ils au quotidien ?

      Par de petites variations de revenu ou de position sociale qui finissent par faire de grandes différences. Ainsi, la gestion des budgets familiaux n’est pas la même. Quand on est parmi les catégories les plus modestes, on trouve des conduites d’adaptation à la #pauvreté. Certains, quand ils reçoivent leur salaire, mettent tout de suite de côté l’argent du loyer, réflexe qui assure au ménage qu’au moment des arbitrages à faire, ils ne seront pas réalisés sur un poste qui entraîne des dettes. D’autres ménages ayant des revenus presque identiques ne peuvent anticiper et vont se mettre dans le rouge.

      Cet éclatement a affaibli l’identité collective. Comment ?

      L’exigence d’#égalité, cette vision du monde social fondatrice dans la manière dont les catégories populaires se perçoivent elles-mêmes – l’opposition entre le « nous » qui souffrons, qui exécutons les ordres, qui subissons, versus « eux », les puissants, les dominants, les élites –, existe toujours.
      Mais cet ethos égalitaire a changé ces dernières années sous l’influence de ce que le sociologue Olivier Schwartz appelle la « conscience sociale triangulaire ». Les classes populaires s’identifient toujours comme un « nous », mais il y a désormais deux « eux » : ceux d’en haut, les #riches, et ceux d’en bas, les #assistés, ceux qu’on appelle les « cas soc » [cas sociaux]. Cette tension, qui est une nouveauté majeure, divise le groupe en opposant les catégories stabilisées, qui ont un emploi, et les plus paupérisés, qu’on stigmatise.

      Le mouvement des « gilets jaunes » a-t-il réduit cette fracture ?

      Le premier effet de cette mobilisation a été de faire réapparaître les classes populaires dans l’espace social. Le sentiment d’invisibilité, l’injustice, l’impression que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde, ont formé un cocktail qui a été le moteur de cette explosion. On a vu que la revendication de dignité – « Pourquoi, en suivant les règles du jeu, on ne s’en sort pas ? » – a été très fortement portée sur les ronds-points et cette exigence constitue un facteur d’unité nouvelle.
      Ce mouvement a aussi fait réémerger la frontière principale entre le « eux » des élites et le « nous » du peuple. La stigmatisation des assistés ou des #immigrés s’est peu fait entendre sur les barrages, comme si la conscience de classe se réunifiait. La question est désormais de voir si les tensions internes entre les segments les plus stables et les assistés, apparues ces dernières années, vont reprendre le dessus ou si un bloc populaire unifié face aux élites va se reconstituer. La perspective de cette réunification peut inquiéter, et l’on comprend que les politiques cherchent à recréer des clivages au sein du monde populaire, comme l’a fait le président de la République en stigmatisant « ceux qui déconnent » en ouverture du grand débat national.

  • Excellente analyse de Samuel Hayat sur le mouvement en cours, qui offre des points de comparaison historiques et des instruments précieux (au premier rang desquels le concept d’"économie morale", emprunté à E. P. Thompson) pour penser son caractère inédit, son unité ("surprenante", écrit l’auteur, au regard de son horizontalité avérée), ses dangers, ses possibles. Mobiliser le concept d’’économie morale" me paraît d’autant plus pertinent que ce terme éclaire les stratégies discursives et la grille de lecture (économie domestique, bon sens, « bons comptes » faisant les « bons amis »...) appliquées par l’élite européenne en place (totalement inféodée par ailleurs aux règles de l’économie financiarisée) à la gestion de la crise grecque - et qui lui ont permis d’imposer au Sud de l’Europe des plans d’austérité sévère avec le consentement d’une part conséquente de leurs opinions publiques. Le hiatus entre cette « économie morale » et l’économie financiarisée (radicalement a-morale et destructrice de solidarités) est bien au coeur de notre époque, et le stratagème développé par ces élites pour rendre la crise grecque intelligible (et les plans d’austérité acceptables) est bien le signe que les principes de fonctionnement de l’économie financiarisée ne « font pas discours » (ni société) - ne peuvent inspirer et nourrir aucun discours proprement politique (sinon évidemment le discours de la prédation et de la guerre des possédants contre ceux qui ont peu ou n’ont rien : mais ce sont précisément des choses « qu’on ne dit pas », des choses « qui ne peuvent pas se dire »). A travers le mouvement des « gilets jaunes », cette même « économie morale » (qui apparaît beaucoup plus comme une idéologie relativement indéfinie que comme un modèle économique) se retourne aujourd’hui contre ceux qui étaient parvenus avec succès à en mobiliser les termes (qu’on se souvienne des « proverbes campagnards » sur la dette cités aussi bien par Hollande que Schäuble, Sarkozy ou Merkel pour justifier les mémorandums). Un enjeu majeur de la période, concernant la participation d’une part croissante de militant.e.s de gauche à ce mouvement (voir le texte de Tristan Petident publié hier sur son profil FB), serait probalement de saisir dans quel sens et par quels biais il est aujourd’hui possible d’orienter cette « économie morale » largement indéfinie dans le sens d’une économie sociale, écologique, non-fondée sur la division entre « nationaux » et « étrangers ». Ma conviction est que cette compréhension et ce travail ne pourront émerger que dans la pratique et la participation, et non dans le retrait et l’observation en surplomb.

    Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir

    Difficile de ne pas être saisi par le mouvement en cours. Tout y est déconcertant, y compris pour qui se fait profession de chercher et d’enseigner la science politique : ses acteurs et actrices, ses modes d’action, ses revendications. Certaines de nos croyances les mieux établies sont mises en cause, notamment celles qui tiennent aux conditions de possibilité et de félicité des mouvements sociaux. D’où sinon la nécessité, du moins l’envie, de mettre à plat quelques réflexions issues de la libre comparaison entre ce que l’on peut voir du mouvement et des connaissances portant sur de tout autres sujets. A côté des recherches sur le mouvement en cours, espérons que l’éclairage indirect que donne la confrontation à d’autres terrains pourra dire quelque chose de différent sur ce qui a lieu.

    https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir/amp/?__twitter_impression=true

    #giletsjaunes #gilets_jaunes #Thompson #économie_morale #finance #mobilisation #peuple #solidarités #sociabilités

    • Les gilets jaunes ou le retour de « l’économie morale », Benjamin Coriat, prof des universités, membre du C.A. du collectif des Economistes atterrés, 18 décembre 2018
      https://www.liberation.fr/debats/2018/12/18/les-gilets-jaunes-ou-le-retour-de-l-economie-morale_1698590

      Les gilets jaunes ou le retour de « l’économie morale »
      Tribune. Plusieurs semaines après son irruption sur la scène publique, le mouvement des gilets jaunes, même s’ils étaient moins nombreux à Paris samedi 15 décembre, continue d’intriguer, d’interroger. Chacun sent bien qu’il vient de loin. « Sans-culottes » qui s’ignorent disent les uns, quand d’autres, soucieux avant tout de discréditer le mouvement, n’y lisent que du simple « poujadisme ».

      Je voudrais suggérer ici une autre lecture encore. En défendant l’idée que l’importance des gilets jaunes tient d’abord au fait que contre la dictature du « libre » marché, ils apparaissent comme porteurs, et ce n’est pas rien, de ce retour de « l’économie morale », qui animait les émeutiers du XVIIIe siècle, économie morale dont le sort semblait depuis longtemps scellé.

      Les #émeutiers du XVIIIe siècle, dont le mouvement a magnifiquement été étudié et analysé par le grand historien anglais Edward P. Thompson (voir son ouvrage les Usages de la #coutume, éd. EHESS, 2018), défendaient une idée forte et essentielle. Marché ou pas marché, rien, jamais, ne doit contrevenir à un principe aussi simple que fondamental : celui du #droit_à_l’existence. Rien, jamais, aucune règle, ne doit contrevenir aux droits de la personne à vivre dignement : se sustenter, se loger, se chauffer, se soigner, s’éduquer et éduquer ses enfants. Cet ensemble simple et basique - le droit à l’existence et le #droit de le #défendre -, c’est ce que Thompson a désigné sous le nom d’« économie morale », pour l’opposer aux dogmes de l’économie libérale de marché qui cherchait alors à s’imposer. Economie morale contre économie libérale de marché, l’affrontement fut long et récurrent. Jusqu’à ce que, appuyée chaque fois que nécessaire sur la loi martiale et le feu des carabines contre les manifestants, l’économie libérale de marché finisse par l’emporter et organiser nos sociétés.

      Nous voici deux siècles plus tard. Et la cause semble entendue. Au point que, au nom du marché, les discours les plus cyniques sont désormais tenus calmement par nos gouvernants. Ainsi la suppression de l’ISF (qui favorise surtout les 1 % les plus riches), la « flat tax » (qui concerne cette fois les 10 % les plus riches) : c’est pour le bien du peuple qu’on y procède nous est-il asséné sans rire, car telle est la loi de l’économie libérale de marché. Il faut gaver les riches pour que des miettes « ruissellent » sur le peuple.

      Mais voilà. Les choses sont allées si loin, le cynisme des possédants et de leurs mandants au sein de [sic] l’#Etat a atteint de tels niveaux que, venue du fond des âges, l’économie morale, les principes de #justice qui la fonde et le peuple qui la porte resurgissent et réoccupent le devant de la scène. Cette fois non sur les places de marché des villages, mais, le symbole est peut-être plus fort encore, à chaque #rond-point ou presque. De nouveau, c’est le droit à l’existence tel qu’en lui-même qui se dresse. Au-delà de la taxe sur les carburants, tout revient : le droit de se chauffer, de se nourrir, d’éduquer et de vêtir ses enfants. La lutte pour le droit à l’existence, telle qu’en elle-même, est de retour…[...]

    • Un seul exemple qui permet de comprendre l’aura du Bataclan : une part importante de la jeunesse vit dans un bain musical presque constant, en particulier grâce aux outils (iPods et smartphones) qui favorisent l’écoute de la musique en nomadisme. Cette immersion ne touchait que la moitié des ados il y a vingt ans, aujourd’hui elle s’est généralisée. À cette ouverture « vers d’autres mondes que le mien » que procurent les #industries_culturelles s’ajoutent une pratique accrue des sorties (cinéma, concerts, déambulations entre amis dans les centres urbains), un #culte_de_la_fête (tout se célèbre : les anniversaires, les pendaisons de crémaillères, les diplômes, les départs et les retours), et au total une sociabilité plus intense que jamais. Il y a dix ans, le cercle de sociabilité d’un jeune adulte agglomérait les amis de l’école ou du quartier, puis les amis de l’université ou du travail : aujourd’hui le rejoignent les amis d’amis, dont le contact est favorisé par les réseaux sociaux. Plus globalement la facilité d’accès à l’autre, même total inconnu, s’est intensifiée dans ce contexte du « tout » communicationnel des sociétés occidentales.
      L’aridité de l’insertion professionnelle, modulée certes par le niveau de diplôme, mais touchant pourtant presque tous les jeunes, pose un autre signe distinctif. Dans un tel contexte, la jeunesse a imaginé des stratégies de « survie ». On observe l’essor de l’#économie collaborative, pratiquée soit comme consommateur soit comme offreur de service par une partie grandissante des jeunes adultes. Parallèlement, ceux-ci ont développé la multi activité – la capacité à gérer plusieurs jobs en même temps (les « slashers »), à saisir les opportunités d’aides administratives et familiales, et à jongler entre activités rémunératrices et activités bénévoles pour des engagements de prédilection. Plus globalement, est née une propension à la débrouille et à faire feu de tout bois : pas loin d’un art de vivre et en tout cas un art à résister face aux difficultés posées par le monde économique.

      #sociabilité_intense #bain_culturel #Monique_Dagnaud #Olivier_Galland #Sociologie (de les jeunesses)

  • Rien de tel qu’un #banc pour faire marcher les #villes - Terra eco
    http://www.terraeco.net/Rien-de-tel-qu-un-banc-pour-faire,58085.html

    Le célèbre architecte danois Jan Gehl, aux manettes de la revitalisation de quartiers à Londres, New York, São Paulo, Sydney et Copenhague, en a fait l’un des douze critères d’aménagement requis pour atteindre la qualité optimale d’un environnement piétonnier : dans la grande reconquête de la cité par les piétons, s’asseoir est une priorité. N’en déplaise aux pisse-froid, un banc saturé de postérieurs constitue un signe de bonne santé urbaine. Y poser le sien demeure un choix et l’on préfère toujours les endroits accueillants. « Certains prétendent que le banc amène du danger, ils se trompent, tempête l’urbaniste Anne Faure, présidente de l’association Rue de l’avenir. Le banc amène les gens dans la rue, cette présence dissuade certains délits : le banc est un outil d’agrément et de sécurité urbaine ! » Banal et indispensable, le banc brille également par sa gratuité. « L’#espace_public doit être libre et accessible à tout le monde. Si pour vous asseoir vous êtes obligé de vous mettre à une terrasse de café et de consommer, ce n’en est plus un », avance le designer Marc Aurel.

    Depuis vingt ans, ce spécialiste du mobilier urbain cherche des alternatives au banc haussmannien qu’il estime un poil obsolète. Il utilise ainsi de nouveaux matériaux, comme la céramique, plus résistante, belle, moins onéreuse à l’entretien pour des collectivités. Et planche également sur d’autres formes : banquettes ou fauteuils, côte à côte, face à face, en salon, bientôt connectés.

    #banc_public #urbanisme #sociabilité

    • Enceintes, boiteux et ventripotents, eux, ne pourront jamais se passer de pause et donc de bancs. Mieux, les bancs deviendront à terme le refuge des vieux. « Si les personnes âgées ne peuvent pas fractionner leur trajets, c’est bien simple : elles ne sortiront plus et ce sera la catastrophe », s’alarme Anne Faure.

      Dans nombre de quartiers imaginés et construits pour les voitures dans les années 1960 ou 1970, continuer à faire le tour du pâté de maison s’avère souvent une gageure lorsqu’on y voit mal, que le souffle est court, les genoux douloureux et le sac de courses toujours trop lourd. Rester cloîtré parce que le premier banc est à dix minutes, et c’est la perte d’autonomie assurée

      J’éprouve ça durement depuis que je suis malade, le souffle court et vite fatigué ; je coince ma fesse sur des rebords ou des perrons (l’autre jour que j’étais assis, exprès ou pas, on a même descendu un volet roulant manquant de me coincer sous un perron -je suis un rien sourdingue désormais, j’ai pas entendu de suite ;)).
      L’avenue au coin de chez moi qui est mon principal trajet en est quasi dépourvue à part un gros tas vers une place, rien d’autre ailleurs ; il y a un centre d’accueil de sans domiciles proche...

    • Signalons l’existence de mobiliers urbains pouvant communiquer avec les citoyens à travers leurs mobiles grâce à des étiquettes NFC intégrées au béton. Ces bancs sont réalisés par la société Recréation urbaine.

      En activité à Paris sur le mèl de la rue Saint Blaise à Paris.

      La société participe à un débat sur la ville dans le cadre de Netexplo,à l’Unesco à 16:30 ce jeudi.

      https://sanscontact.wordpress.com/2014/03/17/smart-city-quand-la-ville-communique-avec-ses-habitants-grace #banc_public #mobilier_urbain #ville

    • Un peu de mal à voir l’intérêt d’un banc qui m’enverrait des notifications... Même une carte des bancs wtf, pour que les crevards ds mon genre organisent leurs trajets ?? la carte ce serait un outil de gestion par les aménageurs et aussi de critique de cette gestion éventuellement.

  • Blablacar a-t-il tué l’esprit du covoiturage ? - Mediapart
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/89843872188

    Intéressant billet sur un blog de Mediapart qui revient sur l’évolution de Blablacar ces dernières années, mais qui montre que sous principe de sécurité (des profils, des paiements, des relations…), la communauté à certes progressé, mais l’esprit de départ a bien changé. Conducteurs en passe de devenir des taxis et passagers qui paient pour le service comme de purs consommateurs, sans plus participer… Pour l’auteur du site, la raison de ce changement est à trouver dans la sécurisation : impossible de partager des numéros de téléphones (et donc de faire de la microgestion de dernière minute), flicage des échanges, obligation de payer par carte bleu, prix fixé d’avance quelque soit le nombre de covoitureurs, frais variables dans le temps,..

    “L’équipe a certes élargi son champ d’inscrits, mais considérablement (...)

    #sharevolution #économie_collaborative #transition #sociabilité #innovation

  • A Lyon, reconquérir les rues pour reconquérir notre #sociabilité
    http://www.rue89lyon.fr/2014/06/16/lyon-reconquerir-les-rues-pour-reconquerir-notre-sociabilite

    Pas de bancs, pas de fleurs, pas de végétation, pas de couleurs, pas d’appropriation par les habitants, de moins en moins même…

    « C’est la puissance publique qui fait la #rue désormais » constate Nicolas Soulier.

    La #privatisation a réduit non seulement nos espaces de sociabilité, mais également nos espaces d’existence.

    Cela me rappelle Les tyrannies de l’intimité de Richard Sennett qu’évoquait il y a longtemps Pierre Mounier (auteur du blog Homo Numericus), où ce dernier soulignait la même dés-appropriation de la rue en évoquant les caméras qui les surveillent :

    « Autre­ment dit, la caméra de sur­veillance envoie un mes­sage poli­tique clair aux citoyens : la rue n’est pas à vous ; elle est contrô­lée par un pou­voir dont le siège est caché et ailleurs.

    #ville #urbanisme

  • Quand on ne veut pas comprendre la déconnexion… parce qu’on vit de la connexion
    http://blog.tcrouzet.com/2014/05/12/quand-on-ne-veut-pas-comprendre-la-deconnexion-parce-quon-vit-de-la-c

    Si je me suis pas déconnecté pour retrouver mes amis ou à cause d’une soudaine réaction allergique aux machines, alors pourquoi ? Je vois au moins trois raisons, de plus en plus claires à mesure que ma période de jeûne s’éloigne.

    Vivre pleinement en ligne implique une présence de tous les instants, qui peut conduire au burn-out numérique (c’était mon cas). On peut ressentir une profonde fatigue, et je comprends l’envie de se reposer (un fantasme inaccessible pour beaucoup de gens). Rien que de très ordinaire comme désir. Les vidéos de vacances buzzent plus que les vidéos sur la déconnexion, mais pour les mêmes raisons.

    Nous sommes curieux. Nous avons envie de visiter d’autres villes, d’autres pays, d’autres planètes… Quand on passe sa vie sur le Net (que je compare à un territoire), on peut aspirer à d’autres paysages (surtout quand on se limite à Facebook et Twitter).

    La pleine présence en ligne serait contradictoire avec l’expérience optimale. En tous cas, c’est indéniable pour moi. Hyperconscience, hapax existentiel, sentiment océanique… le Net est un tue-l’amour en ce domaine (et le besoin des pionniers du Net de s’adonner à la médiation n’est pas étranger à ce phénomène). Je crois que de plus en plus de gens perçoivent un manque existentiel lié à notre mode de vie actuel sur le Net, manque que j’imagine lié aux écrans, en tout cas aux limitations de nos interfaces (souvent elles réduisent le champ perceptif plus qu’elles ne l’élargissent, tout en comprimant le temps).

    Je ne comprends vraiment pas en quoi le monde déconnecté est plus vertueux ou plus « authentique » que le monde connecté. Les études de Daniel Miller et de toute l’anthropologie numérique vont dans ce sens : la connection est une forme de sociabilité. Il y a plein de manière d’être sociable et les mondes connectés et déconnectés ne fonctionnent pas de manière binaire. Les burn-out numériques ne sont pas du à la « connexion » mais plus à une mauvaise gestion de celle-ci. De plus, il n’y a aucun problème à pouvoir déconnecter, cette possibilité est essentielle. Le jour où on ne pourra plus se déconnecter il faudra s’inquiéter mais cela n’a rien à voir avec une quelconque « meilleur situation » du monde déconnecté au monde connecté. C’est différent et nos sensibilités différent à ce propos, les expériences ne sont pas les mêmes.

    #internet #sociabilité #déconnexion #connexion #Miller

  • L’essor de la sociabilité numérique ne réduit pas la sociabilité de face-à-face | INSEE

    http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?id=4290&reg_id=0

    Entre 2006 et 2011, les rencontres avec les proches ont gardé à peu près la même fréquence tandis que les contacts à distance sont devenus plus fréquents ; le développement des technologies de l’information et de la communication (notamment Internet, téléphone portable, SMS, réseaux sociaux...) rend les contacts à distance sans doute plus faciles aujourd’hui.
    La sociabilité reste plus orientée vers la famille, surtout pour les contacts à distance : 65 % des personnes ont des contacts avec leur famille au moins une fois par semaine, contre 54 % pour les contacts avec les amis. Cependant, ce sont les contacts à distance avec les amis qui ont le plus progressé (+ 8 points pour les contacts hebdomadaires avec les amis, contre + 2 points pour les contacts avec la famille). Les rencontres avec la famille sont, quant à elles, aussi fréquentes qu’avec les amis (la moitié des personnes voient leur famille au moins une fois par semaine, niveau équivalent à ce qui est observé pour les amis).
    Les principales différences observées en 2006 entre les catégories de personnes restent vraies en 2011. Ainsi, la sociabilité des jeunes est plus tournée vers les amis que vers la famille : les trois quarts des personnes de 16 à 30 ans voient leurs amis au moins une fois par semaine alors que seule la moitié d’entre elles voit leur famille aussi régulièrement. Après 30 ans, la fréquence des rencontres avec les amis est globalement stable alors que l’on rencontre sa famille de plus en plus souvent en vieillissant : après 75 ans, 60 % des personnes voient leur famille au moins une fois par semaine. Avec l’âge les contacts à distance tendent également à augmenter.
    Les cadres voient moins souvent leurs proches amis et leur famille que les autres catégories, mais ils ont les contacts à distance les plus fréquents. C’est également le cas pour les personnes les plus aisées et pour celles qui résident dans l’agglomération parisienne.

    #lien_social
    #sociabilité
    #famille
    #amitié

  • Mon ordinateur, mon sosie - Rough Type
    http://www.roughtype.com/?p=4039

    La BBC évoque - http://www.bbc.co.uk/news/technology-25033172 - un nouveau brevet de Google pour la « génération automatisée de suggestions pour des réactions personnalisées dans les réseaux sociaux ». « Traduction : à ce stade, nous avons tellement d’informations sur vous, nous vous connaissons mieux que vous mêmes, de sorte que vous pouvez nous laisser gérer vos réseaux sociaux pour vous. » Les réseaux sociaux impliquent des modes de comportements différents... Pour les maîtriser à mesure qu’ils se démultiplient, pourquoi ne pas utiliser un algorithme. Ainsi, si un de vos collègue change d’emploi ou si un ami à un enfant, des algorithmes pourraient se charger de le féliciter à votre place ou de remercier ceux qui ont posté sur votre mur ou ceux qui ont répondu à votre e-mail ! Nous voici proche d’aboutir à (...)

    #reseauxsociaux #sociabilité

  • De l’histoire urbaine en Afrique
    http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-de-kinshasa-a-lagos-la-ville-africaine-14-de-l%

    Notre émission aujourd’hui est consacrée à l’histoire de l’urbanisme en Afrique. Pendant longtemps on a pensé que l’urbanisation du continent était contemporaine du contact avec les Européens. Ce mythe typique d’une vision coloniale a évidemment été déconstruit ces dernières années, par les chercheurs, archéologues, historiens, qui ont établi que des métropoles importantes se sont bien développées en Afrique bien avant notre ère. Nous parlerons de ces questions avec Catherine Coquery-Vidrovitch, (...)

    • Emission Culturesmonde, sur #France_Culture

      A l’occasion de l’exposition La ville africaine à Dijon, jusqu’au 14 décembre, Culturesmonde voyage cette semaine de Dakar à Johannesburg, de Nairobi à Lagos. Nous tenterons de comprendre tout au long de cette semaine ce qui se joue dans ces #métropoles que l’on décrit déjà comme les futures géantes du XXIe siècle... Quelle place y tient l’innovation technologique (nous en avons parlé la semaine dernière), la jeunesse, la culture, l’interculturalité, et la diversité linguistique...

      Et pour commencer cette semaine, notre émission aujourd’hui est consacrée à l’#histoire de l’#urbanisme en #Afrique. Pendant longtemps on a pensé que l’urbanisation du continent était contemporaine du contact avec les Européens. Ce mythe typique d’une vision coloniale a évidemment été déconstruit ces dernières années, par les chercheurs, archéologues, historiens, qui ont établi que des métropoles importantes se sont bien développées en Afrique bien avant notre ère.

      Nous parlerons de ces questions avec Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, professeur émérite à l’université Paris-Diderot. Avec elle nous demanderons notamment quelles ont été les ruptures et les continuités dans l’Afrique urbaine, entre la période pré-coloniale, la période coloniale, l’ère des indépendances et les dernières années. Nous entrerons dans le détail de ces analyses historiques avec le cas particulier du Nigéria, où nous appellerons Gérard Chouin, directeur de l’Institut français de recherche en Afrique, l’IFRA. Ses recherches l’ont amené à démontrer que le phénomène urbain dans la région du Golfe de Guinée a été massif au tournant l’an 1000, jusqu’à la période du contact avec les Européens.

      Que peuvent nous apprendre ces recherches archéologiques ? Si des villes importantes se sont développées, comment expliquer leur déclin et leur quasi-disparition ?

      Direction… Dijon aussi dans cette émission, avec Sébastien Godret, commissaire de l’exposition La ville africaine.

      http://rf.proxycast.org/m/media/296096201420.mp3?c=culture&p=CULTURES+MONDE_11701&l3=20131118&l4=&medi

      Et également : « De Kinshasa à Lagos : la ville africaine (2/4) - Les lieux de sociabilité urbaine »
      http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-de-kinshasa-a-lagos-la-ville-africaine-24-les-l

      Nous allons nous intéresser ce matin à la ville comme espace de #sociabilité.

      Quels sont, aujourd’hui, les grands lieux de rencontres qui structurent les rapports sociaux dans les villes africaines ? Que ce soit à la gare routière d’Abidjian ou dans les cabarets de BilBil du Nord du Cameroun, autour de la pratique de sa foi, du sport, de la danse, la musique, ou encore du cinéma ; quels sont les lieux où se construisent les rapports sociaux, politiques, et culturels ? Que nous disent les « petites histoires des rencontres et des relations quotidiennes » sur le continent africain ? Que nous disent-elles sur les rapports interethniques, sur les rapports hommes/femmes, riches/pauvres, citadins/migrants ?

      http://rf.proxycast.org/m/media/296096201420.mp3?c=culture&p=CULTURES+MONDE_11701&l3=20131119&l4=&medi

      #colonialisme #audio #radio

  • La découverte sociale contre la sociabilité - The New Inquiry
    http://thenewinquiry.com/blogs/marginal-utility/social-discovery-vs-sociability

    Dans « L’amour au temps des algorithmes », Dan Slater estime que la rencontre en ligne devient une découverte sociale. Mais n’est-ce pas là l’effet de la rationalisation de la sociabilité par les algorithmes, interroge Rob Horning pour The New Inquiry. Que se passe-t-il quand nos rencontres sont médiées par des entreprises, des algorithmes ? Que devient notre autonomie individuelle ? La sociabilité est-elle désormais guidée par nos relations sociales ? Or, ce qui rend la sociabilité agréable, estime (...)

    #sociabilité