• "Se regrouper pour pouvoir parler de la disparition de nos proches" : au #Maroc, un millier de mères et sœurs mobilisées pour leurs #disparus

    Des mères et sœurs marocaines de disparus animent depuis bientôt dix ans une #association pour faire entendre leurs voix dans un pays où l’exil est souvent criminalisé. Au fil des années, leur association a regroupé près d’un millier de proches de disparus sur leur route vers l’Europe, dans différentes zones frontalières : Balkans, Atlantique, Méditerranée… Rencontre avec cinq femmes qui ne lâchent pas leur combat, à #Rabat.

    Sous l’œil des locaux et des touristes étrangers assis en terrasse, des barques de pêche flottent lentement dans le port de Rabat. Deux plages de sable fin, où des adolescents courent vers l’eau, encadrent d’un côté et de l’autre l’embouchure dominée par la Kasbah des Udayas, berceau de la capitale marocaine. Une petite fille portant dans son dos deux ailes de papillon rose sautille de rocher en rocher. Un couple se tient droit, immobile, le regard vers l’horizon. Tout au bout de leur regard, tout au bout de cet estuaire du #fleuve_Bouregreg : l’#Atlantique.

    “C’est d’ici, en partant de cette #rivière, que mon frère est sorti du pays, vers l’océan”, souffle Hafida Labiad, le regard cerné de noir. Son visage calme recèle un espoir, ou un tourment, impossible à faire taire : "Il y a des rumeurs sur le fait que lui et ses compagnons de route auraient pu être récupérés par les secours espagnols et portugais". C’était il y a cinq ans. Dix-sept autres personnes ont disparu sur le même bateau.

    Des embarcations de fortune tentent parfois de prendre la mer depuis les zones côtières autour de Rabat, malgré la surveillance et les interceptions régulières des autorités marocaines. Soixante-dix mille tentatives ont été interceptées sur l’ensemble du territoire marocain en 2025, selon les autorités.

    Après la disparition de son frère, #Hafida_Labiad a co-construit le collectif des familles marocaines de disparus aux côtés de #Hassan_Ammari. Celui-ci préside l’#Association_Marocaine_d’Aide_aux_Migrants_en_Situation_Vulnérable (#AMSV), créée en 2017 et basée à Oujda, qui regroupe aujourd’hui en son sein les familles de disparus réunies au fil des années par Hafida.

    986 familles réunies par l’association

    "Pour ne pas vivre seules la situation, l’association nous a regroupées pour pouvoir parler de la disparition de nos proches", explique Fatima Al-Kazar, qui arbore un haut à fleurs bleues. Son fils, Ashraf Charabi, a disparu il y a cinq ans en Algérie avec trois autres personnes.

    Pour mettre en lien et organiser les familles, des groupes #whatsapp ont été créés. Il en existe treize, organisés par territoires de disparition : "Les disparus en Turquie, en Algérie, dans la Méditerranée, dans l’Atlantique, au Maroc, sur la route des Balkans, en Libye…", déroule Hassan Ammari. "Au total, nous sommes à 986 familles".

    Hafida Labiad, qui est présente dans tous les groupes au vu de son rôle d’animatrice, est particulièrement concernée par celui sur les routes de l’Atlantique - depuis la disparition de son frère. Avec le collectif, "Il n’est pas question de ma seule souffrance : on partage la #souffrance entre les familles, mais aussi le #partage des informations", résume-t-elle.

    Un #guide illustré, un livre "contre l’#oubli"

    Le collectif a édité, en 2024, un "Guide illustré : à la recherche d’un disparu ou d’un détenu aux frontières". Il y est écrit comment contacter la police, le ministère des affaires étrangères, le Croissant rouge ou la Croix rouge selon les pays… Cet outil qui n’existait pas auparavant permet de contrer le #désarroi : quand une disparition survient, "nous ne savons pas où aller, ce qu’on peut faire... Les informations qui nous arrivent sont parfois fausses ou sont de l’escroquerie”, explique Fatima Al-Kazar. Grâce à ce guide destiné à toute famille concernée, "on peut mieux se repérer".

    L’association diversifie les moyens de diffusion. Imane El Bouastaoui, jeune femme discrète à la voix douce, lunettes de soleil rectangulaires remontées sur son foulard couleur parme, est l’autrice d’un livre, "Entre les vagues et l’absence". L’ouvrage raconte la quête de son frère disparu lors d’une traversée vers les îles Canaries. Il est préfacé par l’association, qui a aidé à son édition. "C’est un #livre contre l’oubli", en dit Imane. "Énormément de ces disparitions tombent dans l’oubli. Moi, je ne veux pas que mon frère et ses amis soient oubliés. Je voulais que ce roman soit un miroir, et une mémoire, pour les autres familles".

    Elle rencontre l’association un an après la disparition de son frère dans l’Atlantique. Celui-ci était parti d’Algérie, au milieu d’un groupe de 42 personnes. "Le disparu reste souvent un chiffre. Moi, je ne veux pas qu’il soit un #chiffre, je veux qu’il soit un #nom." Il s’appelait Mohammed El Boustaoui. "Mon roman donne à voir un nom, une famille, un être humain". Écrire est aussi une façon de ’répondre au silence des structures officielles’", complète la jeune femme.

    Mobilisations face au Parlement et au ministère des affaires étrangères

    Au Maroc, les #familles de disparus décrivent en effet le #tabou qui règne autour des disparitions, tant le fait de prendre la route de l’exil est mal considéré. Hafida s’en souvient : lorsqu’elle a tenté en 2022 de déposer, pour l’association, une déclaration collective de disparitions à la police marocaine, "ils nous ont dit : ’Votre proche, c’est lui qui s’est enfui du pays. Ce n’est pas un disparu’. On était criminalisés. Cela m’a mise en colère".

    Dans la foulée, l’association s’est mobilisée face à ce refus de prise en compte des autorités. Des familles sont venues de Beni Mellal, de Oujda, de Marrakech, de Berkane… jusqu’à Rabat. "On était quasiment 80 familles représentées", raconte Hafida. Ensemble, elles ont tenu un #sit-in devant le Parlement à la façade rouge, situé sur une grande avenue de la capitale. Au milieu de cette avenue se trouve une fine esplanade, éclatante au soleil, cernée de hauts palmiers et de quelques bancs : celle-ci fait office de lieu de rassemblement pour les manifestations. "Malheureusement, ce jour-là, les familles ont été frappées par les forces de l’ordre", raconte Hafida.

    Pas de quoi les décourager cependant. "Après, on s’est dirigé en groupe vers le ministère des affaires étrangères pour y déposer notre déclaration. Ensuite, l’association s’est chargée du suivi avec le ministère", expose Hafida Labiad. Un an après, en 2023, nouveau rendez-vous ici à Rabat : cette fois, pour un sit-in devant le siège de la délégation de l’Union européenne (UE). Une représentante est venue à leur rencontre, à laquelle les familles ont pu remettre une lettre contenant leurs revendications pour obtenir l’aide de l’UE quant aux recherches de leurs proches disparus et au processus d’identification. Les familles ont aussi pu se rendre au siège du CICR (comité international de la Croix-Rouge) au Maroc.

    Malgré ces #mobilisations, "on voit peu de changement dans nos relations avec les autorités et la police". Une victoire tout de même, avec le ministère marocain des affaires étrangères : "Eux reconnaissent désormais qu’il s’agit de disparitions". Grâce à ce canal ouvert avec ce ministère, en 2025, le consulat du Maroc en Espagne, basé à Almeria, a demandé de lui-même des informations sur les disparus recensés par l’association, pour procéder à d’éventuelles identifications de corps retrouvés en Espagne. Depuis, les familles attendent des nouvelles.

    #Identification des corps : quand le collectif ouvre les portes

    S’engager dans des procédures d’identification reste un parcours du combattant : l’association permet de donner du poids aux familles pour obtenir la prise en charge de leur test #ADN. Le cas de Fatema Mesdar l’illustre bien. Son fils Oussama Lamari a disparu avec 33 autres personnes, à bord d’un bateau parti des côtes tunisiennes. Seuls deux corps auraient été retrouvés.

    Mais cela, les familles marocaines ne l’ont appris que trois mois après le naufrage. "Cette absence d’informations, c’est aussi parce que les passeurs s’en sont mêlés. Le jour où on l’a appris, il était trop tard, les corps allaient être enterrés [dans la ville de] Menzel Bourguiba…", raconte Fatema, habillée tout en rose pâle, le regard doux. "On attend encore de connaître leur identité : le premier corps a été identifié, mais le deuxième toujours pas, alors qu’il y avait deux passeports retrouvés”.

    Pendant des semaines, avant de connaître l’association, Fatema avait mené ses recherches en solitaire. "Je suis allée de Casablanca à Tunis, toute seule, en avion. J’y suis restée 45 jours. Je menais mes recherches isolée sur moi-même, dans l’obscurité". Plusieurs familles finissent par lui dire de ne pas rester seule et une femme l’oriente vers l’association, à laquelle Fatema Mesdar confie tous ses documents et vidéos obtenues lors de ses recherches en Tunisie sur le naufrage. Elle commence à participer à des ateliers regroupant les familles. "On m’a donné la parole. Pour la première fois je me suis sentie soulagée, écoutée. C’étaient des moments forts émotionnellement."

    Ce soutien lui a donné l’énergie de relancer ses recherches, auprès d’autres institutions, appuyée désormais par l’association. Fatema est retournée en Tunisie, mais cette fois, en portant la parole de tout un groupe. "Aucune porte ne m’a été fermée, parce que je portais la parole de tout un collectif. Toutes les structures m’ont reçue et écoutée. J’ai été à Djerba, à Sfax, auprès de la gendarmerie, la police, le ministère de l’Intérieur, les gardes-côtes tunisiens… On m’a accueillie partout. J’ai même pu faire mon test ADN gratuitement."

    Au-delà de son cas, Fatema Mesdar bataille désormais pour améliorer les #procédures_d’identification pour toutes les familles de disparus. Mais aussi pour les encourager à transmettre leurs données et leur ADN. "Au début les familles des disparus dans le même bateau que mon fils avaient peur, par rapport aux #passeurs : l’un était en Tunisie et l’autre, un Marocain, en Italie", relate-t-elle. La peur se joue aussi dans la relation aux autorités : "Il faut de la #sensibilisation", insiste Fatema.

    Décès, détenus : quand les #enquêtes_citoyennes aboutissent

    Malgré toutes ces procédures administratives et judiciaires, "j’ai l’impression de n’avoir rien fait pour mon fils. Je me sens coincée", confie Fatema, toujours en attente de réponse. La Tunisie lui a indiqué que son test ne correspondait à aucun corps retrouvé. Côté marocain, elle est toujours en attente. Comme d’autres familles, elles aimeraient pouvoir envoyer ses données en Espagne ou au Portugal, de l’autre côté de la mer. "Je veux juste un cheveu de mon fils, vivant ou mort. Je veux juste aller pleurer sur la tombe de mon fils".

    Le problème, c’est qu’il "n’y a pas de réelle concertation des différentes autorités sur la question de l’identification. Nous avons besoin d’une #base_de_données centralisée", défend Hassan Ammari, le président de l’association. Son équipe a procédé elle-même à l’identification de 56 personnes depuis 2017. Hors des procédures officielles en premier lieu, et avec les moyens du bord - jusqu’à obtenir la validation officielle, in fine, d’un juge qui autorise ainsi la famille à récupérer le corps. Ce travail citoyen de fourmi, aboutissant à des dossiers enfin clôturés, est synonyme de "souffrance, car c’est un processus extrêmement fastidieux".

    D’autres dossiers se concluent par des proches retrouvés en prison. Bouaïcha, membre de l’association depuis un peu plus d’un an, avait perdu la trace de son fils en Algérie il y a sept ans. "En premier lieu, on m’a dit qu’il était mort. Mais j’avais le sentiment qu’il était en vie. Je suis allée seule de Casablanca à Oran, pour ramener mon fils vivant ou mort : je m’étais donné ce défi là". Mais seule, "je ne savais pas où aller, à quelles structures m’adresser, quels discours utiliser", retrace cette femme au sourire mélancolique, des plis rieurs aux coins des yeux, vêtue tout de bleu. "Pendant un mois, de 7 heures du matin à 19 heures, je tapais à toutes les portes, en vain. J’ai aussi gaspillé énormément d’argent dans les transports".

    Depuis sa rencontre avec l’association, elle a pu relancer ses recherches, avec l’appui d’une avocate. Quinze jours après, l’avocate avait identifié la prison où son fils se trouvait en réalité détenu en Algérie, au nom de la loi 08-11, qui rend l’immigration irrégulière pénalement répréhensible de plusieurs années de prison. "Mère d’un disparu, elle est devenue mère d’un détenu", résume Hassan. Sept ans après, "j’ai enfin pu rendre visite à mon fils, en prison" raconte, émue, Bouaïcha. "Pour seulement 15 minutes". Depuis, son fils a aussi réussi à lui envoyer des lettres, et à lui parler une fois par téléphone, grâce à la clémence d’un gardien.

    Rencontrer d’autres familles, "c’est ce qui m’a donné la force de parler de mon fils", malgré cette condamnation qui couvre d’une chape de plomb son histoire. "L’association a été un tournant dans ma vie", conclut Bouaïcha. Aujourd’hui, j’ai trouvé une famille. Une grande famille".

    https://www.infomigrants.net/fr/post/72092/se-regrouper-pour-pouvoir-parler-de-la-disparition-de-nos-proches--au-
    #migrations #mourir_aux_frontières #décès #morts_aux_frontières #femmes #criminalisation

    ping @6donie

  • #Errances_paramédicales. Une perspective féministe sur la #naturopathie

    Une copine consulte une naturopathe pour sa fibromyalgie, une collègue accompagne son père malade d’un cancer avec une plante recommandée par un praticien, une autre s’est formée dans une école quelque temps par curiosité, une quatrième essaie d’en vivre.

    Doctrine historiquement réactionnaire et mystique, la naturopathie s’épanouit aujourd’hui dans le marché du #bien-être et attire particulièrement les #femmes et #minorités_de_genre. Tentative pour injecter quelques enjeux du féminisme dans l’analyse de cette thérapeutique.

    Ce texte est issu du dernier numéro de la revue papier Jef Klak, intitulé « Lait de vache », qui s’intéresse au fait d’ingérer et de digérer.

    Médecines douces, naturelles, non conventionnelles, complémentaires, alternatives, bordent le système de santé publique. Femmes et minorités de genre sont particulièrement nombreuses à butiner un peu ou beaucoup parmi ces propositions thérapeutiques à portée de main, avec la conscience de chercher quelque chose dans le dos du corps médical.

    Cette #quête s’opère souvent dis­crètement. Les débriefs de couloir et d’arrière-cuisine sont des espaces de confiance féminine où ces questionnements et expériences se partagent, mais les discussions autour des #souffrances de #santé ne se jouent pas sur la place publique. Ce #silence est entretenu par le fait que les #pratiques_thérapeutiques dites naturelles se sont développées loin de la #recherche_scientifique sur la santé et font l’objet de critiques acides de la part du corps médical, qui les qualifient de charlataneries, de #fake_meds, de pratiques sectaires. Alors comment penser le recours important des femmes et des minorités de genre à ces thérapeutiques au statut incertain ?

    Revenir sur l’histoire occidentale de la naturopathie depuis une perspective féministe pourrait nous aider à mettre au jour les enjeux politiques autour de la santé des femmes et des #promesses que certaines médecines naturelles nourrissent à cet endroit.

    #Jésus-Christ et #Bouddha naturopathes

    L’histoire de la naturopathie 1 commence à la fin du XIXe siècle, alors que la #médecine_microbiologique de Pasteur, la compréhension du germe et la généralisation du principe de la #vaccination contribuent à résorber de nombreuses maladies. La prophylaxie mise en place par les États conduit à l’amélioration de l’état de santé général. Parmi les courants hygiénistes qui se développent2, certains portent une vision plus mystique. En Allemagne et en Suisse, un mouvement appelé le #Lebensreform rassemble penseurs, artistes et poètes3 autour d’un projet vitaliste de défense d’un mode de vie proche de la nature, jugé plus sain que celui de la société industrielle, et qui passe par des régimes alimentaires végétariens ou des pratiques du corps comme le #yoga. Le néologisme hellénisant naturopathie apparaît aux États-Unis dans les années 1900. Il désigne « les maux par la nature » tout en jouant avec une image : nature’s path, « le chemin de la nature ». #Benedict_Lust, chiropracteur allemand émigré aux États-Unis, le reprend pour nommer l’école qu’il fonde en 1902 à New York : l’#American_School_of_Naturopathy.

    La doctrine naturopathique essaime en Europe. Autour de praticiens réputés charismatiques, les récits de #guérisons_miraculeuses s’accumulent. En Allemagne, cette doctrine est adoptée par les instituts de #médecine_naturelle qui ouvrent depuis la fin du XIXe siècle (l’Université libre des médecines naturelles de Berlin est fondée en 1892). #Pierre-Valentin_Marchesseau l’adapte pour la France à partir des années 1940. Le « père fondateur » français affirme que « la naturopathie est l’art et la science de préserver, optimiser ou recouvrer sa santé par des moyens naturels. » Auteur prolifique (La Santé sans médicament par la naturopathie, Qu’est-ce que la naturopathie ?, Ni médecin, ni guérisseur, le naturopathe est avant tout un hygiéniste, Jésus-Christ naturopathe), il enseigne à partir des années 1960 et jusqu’aux années 1980 une discipline hygiéniste fondée sur une #mystique_du_corps, tout en commercialisant une gamme d’#aliments_biologiques avec la société #Vitagerminels.

    Dans sa thèse, la sociologue Anahita Grisoni relate qu’au cours du XXe siècle, la naturopathie se développe en plusieurs courants. Plus institutionnalisée en Allemagne, elle se maintient en France comme une pratique marginale surtout présente dans les milieux ruraux. Acclimatée à la pensée New Age4 qui se développe, ses repères idéologiques et ses postures thérapeutiques montrent un goût pour l’orientalisme. Les acteur·ices de ces courants invitent un renouvellement du rapport au corps et à la santé. Récemment, iels se sont structuré·es autour d’écoles agréées, d’associations et de syndicats, et la décrivent désormais comme une médecine manuelle et prescriptive, qui fait la synthèse entre les méthodes naturelles de santé. Au sein du réseau de la naturopathie, certain·es défendent son caractère alternatif et contre-culturel, d’autres l’envi­sagent comme étant complémentaire à la médecine publique et ont obtenu qu’elle soit reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une « médecine non conventionnelle », aux côtés des médecines chinoise et ayurvédique.

    L’expression fait côtoyer toutes sortes de médecines, populaires, savantes ou autochtones, mais la naturopathie a une histoire propre, bien distincte de celle des savoirs empiriques et situés des pharmacopées traditionnelles.

    Un socle idéologique persistant

    Nombre de praticien·nes ne se réfèrent pas aux préceptes posés par les fondateurs. Iels bricolent entre plusieurs manières d’envisager le corps et la santé et entre des pratiques hétérogènes : phytothérapie 5, prescriptions alimentaires, massages, réflexologie, iridologie6.

    Que dire alors d’une thérapeutique aussi plastique dont les pratiques comprennent des références scientifiques à l’anatomie et à la nutrition, mais aussi des notions ésotériques ?

    La thérapeutique est pourtant difficile à saisir sans la situer dans l’histoire doctrinaire qui la balise et lui donne sens. Les programmes des écoles de naturopathie, labellisées par la Féna (Fédération des écoles de naturopathie), comme les présentations des praticien·nes, mentionnent systématiquement un socle idéologique : causalisme, vitalisme, humorisme, hygiénisme, holisme7. Derrière ces mots obscurs et pour certains surannés se dresse une conception du corps héritée des hygiénismes du XIXe siècle. Le corps est mu par une force vitale, principe spirituel et métabolique, qui se réalise dans un équilibre sans cesse menacé par la surcharge et l’accumulation de toxines.

    Les courants hygiénistes vitalistes du XIXe siècle sont animés par un dégoût esthétique des grandes villes, dans lesquelles arrive une population rurale appelée à travailler dans les industries périurbaines. Ces travailleur·ses mal logé·es, paupérisé·es, vulnérables aux épidémies et aux maladies professionnelles, inspirent chez les tenant·es de l’hygiénisme un sentiment de dégénérescence liée à l’urbanité. Iels en conçoivent une vision inquiète du corps, souillé au niveau intestinal comme moral par un environnement et une alimentation produites par la modernité industrielle. Il faut chercher à éviter les poisons, sinon les expurger. La Nature y est une idée forte : elle devient une source de valeurs qui stimule et oriente des programmes thérapeutiques. Maintenir son corps sain, c’est le discipliner par des moyens naturels, comme l’héliothérapie ou l’hydrothérapie8.

    Les courants hygiénistes, creusets des médecines dites naturelles, établissent un lien entre le corps et l’état de l’environnement. La façon dont ils problématisent la santé pose les bases d’une écologie corporelle qui résonne avec les menaces écologiques contemporaines de pollutions du sol et de l’air. Ces médecines s’insèrent aisément dans le très contemporain thème du retour à la terre9.

    Une capture des vulnérabilités

    L’autorité que cette doctrine donne historiquement à la nature devrait activer une alarme féministe. Selon la sociologue Colette Guillaumin, la référence à cette « grande organisatrice et régulatrice des rapports humains10 » est un vieux levier réactionnaire pour légitimer l’ordre social et sexuel. Et à raison : plusieurs des représentant·es les plus visibles et médiatisé·es de la naturopathie associent leur discipline de santé par les moyens « naturels » à un discours nettement traditionaliste, insistant sur la différence sexuelle, assignant les personnes qui y ont recours à leur rôle de genre, diffusant plus ou moins explicitement un rejet de l’homosexualité11. Relire l’émergence de cette thérapeutique à partir de ses principes mystiques et conservateurs donne des sueurs froides.

    Le recours banalisé à la nature ne vaut pas pour autant adhésion à l’idéologie réactionnaire ; il est souvent sélectif et critique. Mais un autre malaise fait son chemin. Dans le monde de la naturopathie, des parcours de reconversion et de formation jusqu’aux usager·es, les femmes sont surreprésentées. Endométriose, fibromyalgie, Covid long, dépression : les souffrances corporelles et psychiques que proposent d’adresser celleux qui exercent ont en commun de faire l’objet d’une mauvaise prise en charge médicale. Les maladies chroniques ou les problèmes gynécologiques, ces souffrances marquées des femmes et minorités de genre, sont mal diagnostiquées et soignées. Ces dysfonctionnements ne révèlent pas une négligence marginale, mais un sexisme structurel qui agit depuis les angles morts de la recherche scientifique jusqu’à la position autoritaire et infantilisante des médecins « sachants », en passant par l’organisation gestionnaire du système médical public.

    Les brochures des naturopathes et praticien·nes des médecines non conventionnelles racontent en creux la solitude, les symptômes mal identifiés ou psychologisés, l’errance médicale. Elles racontent les stress particuliers qui touchent au médicament : les trai­tements aux résultats décevants, la crainte des effets secondaires, le manque de transparence, d’information, de reconnaissance des affects et des compétences des personnes soignées. La confiance a aussi été entamée par les scandales sanitaires comme celui du Médiator12, l’escroquerie du Spasfon13, où les industries pharmaceutiques et les pouvoirs publics ont sciemment mis en danger des gens pour engranger des bénéfices à court terme. Ces brochures disent enfin les vulnérabilités historiquement produites par le milieu médical, autant de « zones d’expérience dévastées », pour reprendre l’expression utilisée par Isabelle Stengers dans son Sorcellerie capitaliste14.

    Au regard du coût des formations (12 995 euros pour la formation de quinze mois à l’Institut supérieur de naturopathie), des consultations (entre 60 et 110 euros), des probiotiques et des compléments alimentaires, de l’acquisition ou de la location de machines (osmoseur, physioscan), la surreprésentation des femmes et minorités de genre parmi les usager·es de ces médecines se traduit par une saisie directe de leurs ressources. L’enjeu est économique, mais aussi clinique. Selon la morale vitaliste dix-neuviémiste que diffusent les médecines naturelles, il ne s’agit pas exactement de prévenir ou de guérir la maladie mais de produire plus de vie. Le programme thérapeutique associé à cette idée est assez opaque : évacuer des toxines (mais que sont-elles exactement ?), dynamiser l’organisme, régénérer les cellules (qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?). Dans ce rapport métaphorisé au corps, la matérialité des maladies s’estompe15. Connaître précisément leur fonctionnement biologique perd de l’intérêt ; la guérissabilité n’est pas nécessairement à l’agenda. Femmes et minorités de genre font ainsi l’expérience d’une autre errance médicale, tout aussi fragilisante, prenant les chemins de traverse enherbés des médecines douces et naturelles, ce qui retarde souvent leur prise en charge médicale.

    L’enjeu de genre autour de l’alimentation est par ailleurs exacerbé. Les médecines naturelles diffusent implicitement ou explicitement une critique de la modernité alimentaire, et avec elle, l’idée selon laquelle on s’intoxiquerait en mangeant mal, que des aliments comme le sucre seraient « meurtriers » quand d’autres prolongeraient la vie16. Le rapport à soi encouragé par ce programme thérapeutique pousse à une amélioration constante de son alimentation et de son hygiène, gage d’une aptitude à la santé et à la vitalité. Chez une population féminine historiquement sujette aux privations et à un contrôle social permanent exercé sur ce qu’elle mange, la discipline de la bonne alimentation est un pipeline menant droit à des conduites à risque, comme l’orthorexie17. C’est également majoritairement aux femmes qu’incombe la responsabilité de l’alimentation des enfants, et pour elles les injonctions sophistiquées à parfaire son alimentation peuvent déboucher sur des préoccupations sans fin. L’essor de thérapeutiques onéreuses et incertaines dans leurs effets cliniques capture ainsi les multiples vulnérabilités féminines.

    Réappropriations féministes de la santé

    Le sexisme structurel du milieu médical a fait ­l’objet d’une longue et intense lutte féministe. Celle-ci a montré comment la professionnalisation et la masculinisation de la médecine en Europe avait dépossédé les femmes de leurs savoirs et du contrôle de leur corps18.].

    Elle a pris pour objet le rapport de pouvoir, paroxystique à ­l’endroit de la gynécologie, haut lieu des violences sexistes et sexuelles et du bafouement du consentement. Pour échapper à la soumission à l’autorité du médecin sachant, des groupes sont nés aux États-Unis et en France dans les années 1970 et ont expérimenté l’autogynécologie19. L’incroyable Our Bodies, Ourselves est publié en anglais en 1971, puis traduit et adapté en France sous le titre Notre corps, nous-mêmes en 197720. Ce manuel a aidé à poser les bases d’une réappropriation féministe des questions de santé, aussi appelée self-help : connaître son corps, s’auto-examiner, se débarrasser de la honte, faire circuler la parole, comprendre et pouvoir reproduire un acte médical, avoir son mot à dire sur les procédures, etc. Des groupes locaux du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) au Planning familial, ces expérimentations nées dans les années 1970 ont propulsé un grand mouvement féministe d’éducation populaire en matière de santé sexuelle et de sexualité, dont les actions récentes contre les violences gynécologiques et obstétricales renouvellent la nécessité21.

    Les luttes écoféministes, en prenant pour thème l’alimentation, la santé, l’environnement ou l’industrie nucléaire, ont aussi largement mis en cause l’association néfaste entre les femmes et la nature. Elles ont retourné cette dévalorisation conjointe pour en faire un élément critique de compréhension de nos expériences individuelles et collectives. Pour les militant·es écoféministes, le fait de « se réapproprier ce qui a été distribué du côté de la féminité22 » relève d’un essentialisme stratégique. Aucune vision idéalisée et harmonieuse des femmes dans la nature ici : les pratiques, les luttes et les écrits écoféministes montrent une mobilisation conflictuelle, instable et renégociable, critique sur les ambiguïtés qu’elle peut recouvrir.

    S’adressant à un ensemble de problématiques de santé des femmes, les médecines naturelles convoquent elles aussi l’association entre femme et nature, mais elles la font basculer sur un versant essentialiste, et non critique. Très empreintes d’une pensée de la différence sexuelle, mettant l’utérus au centre de la vie psychique et subjective des femmes, elles ravivent l’idée tenace que les femmes sont plus « naturelles » que les hommes, qu’elles sont « naturellement spécifiques » pour le dire avec les mots de la sociologue Colette Guillaumin23.
    Sorcières naturopathes et autonomie féministe

    L’antagonisme est fort entre l’histoire des luttes féministes autour de la santé et le développement historique des médecines naturelles. Pourtant en Allemagne, des femmes ont créé un regroupement de naturopathes féministes, le réseau des Frauenweise, les « femmes sages24 ». En Suisse, le Dispensaire des femmes, un centre de santé autogestionnaire autour de la santé sexuelle et reproductive ouvert entre 1978 et 1987, a très tôt mis la naturopathie en pratique. Rina Nissim, membre du Dispensaire et militante du Mouvement de libération des femmes genevois, publie en 1994 Le Manuel de gynécologie naturopathique à l’usage des femmes chez la maison d’édition féministe Mamamélis. Ce manuel est une référence dans les groupes Santé-femmes25 et au-delà. Comment la naturopathie, doctrine et mystique de santé historiquement réactionnaire, aujourd’hui bien plus intégrée au marché du bien-être qu’au militantisme de la santé, a-t-elle pu croiser l’histoire du féminisme ?

    Figure centrale de cette jonction, Rina Nissim raconte cette réappropriation féministe de la naturopathie comme une façon hétérodoxe de pratiquer la doctrine sans hériter de ses aspects réactionnaires. Elle propose de redéfinir la santé des femmes en valorisant leur autonomie ; la promesse est séduisante.

    « Pour moi, ce qui est central c’est qu’on se réapproprie sa santé, qu’on ait envie de reprendre un petit peu les choses en main. Or, je prétends que la médecine par les plantes, la phytothérapie, c’est une chose que chacune peut se réapproprier, c’est du niveau de la cuisine. Si une femme ose mettre du romarin sur son plat pour le rendre plus digeste, si elle prend du bicarbonate de soude qu’elle met dans la fondue pour diminuer l’acidité de ce plat, je prétends qu’elle est à deux doigts de faire une recette populaire pour la toux de son fils et qu’il suffit de peu pour qu’elle fasse aussi une petite préparation pour elle-même. Alors, si on peut lui rendre accessible cette possibilité et en même temps l’aider à se rendre compte qu’un certain nombre de ses maladies sont liées à sa position sociale, à savoir à son oppression en tant que femme, si on arrive à lui faire prendre conscience de cela et qu’à la fois on lui donne un ou deux outils simples et efficaces, il peut se passer quelque chose de sensationnel. Et cela, c’est féministe. C’est le but de mon travail26. »

    Les luttes féministes sur la santé fabriquent des dispositions collectives : être indocile par rapport au contrôle autoritaire exercé par l’institution médicale, sentir le besoin de se réapproprier son corps, savoir qu’une connaissance empirique de soi est possible et peut aiguiller les choix de santé, avoir du goût pour l’expérimentation à plusieurs.

    La naturopathie réinventée de cette façon depuis le féminisme voudrait la placer comme un cadre qui favorise ces dispositions. Elle se définit comme une pratique empirique de soi : observer ce que ça fait de manger ceci, d’arrêter de manger cela, ce qui marche par rapport à un état, une souffrance physique ou psychique. La façon dont cette naturopathie féministe cherche à hacker sa propre doctrine réactionnaire peut être un malentendu fécond, une façon de la voler à sa propre histoire. Mais il faut mesurer le risque pris, et s’interroger honnêtement sur les bénéfices de cette confusion.

    Les positions de Rina Nissim résonnent avec ce qu’Ivan Illich appelle l’autonomie-santé, qui renvoie au fait de trouver les conditions d’une indépendance vis-à-vis du système médical et pharmaceutique industriel. Elle défend le projet d’une médecine populaire qui s’appuie sur les savoirs locaux et les relais féminins de transmission, pour bâtir une alternative à une médecine patriarcale. Savoirs et pratiques locales sont valorisées comme des viviers de pratiques alternatives supposées échapper « aux impasses et nuisances perçues dans la médecine officielle27 ».

    Ce féminisme de la santé met fondamentalement au centre la posture de santé et la responsabilité de l’usager·e. Et dans l’idée attrayante d’une santé qui passe par des comestibles et des gestes accessibles et quotidiens, la valeur que prend la nature tient à une promesse de simplicité. Or les pratiques thérapeutiques liées aux plantes et à l’alimentation sont extrêmement complexes à mettre en œuvre et à maîtriser. Plus critiquement encore, la plupart des gros enjeux de santé qui touchent les femmes et les minorités de genre, handicapées, malades chroniques, etc., ne peuvent pas être résolus par des moyens à portée de main. Tandis que la pandémie de Covid-19 a vu les femmes surexposées au risque de Covid long, les représentant·es des médecines naturelles valorisaient des solutions qui masquaient les enjeux vitaux et diffusaient des conceptions validistes et individualistes de la santé. L’éloge de l’autonomie par l’alternative peut s’articuler insidieusement à la destruction néolibérale du système de santé publique et au définancement d’associations de santé comme le Planning familial. Il fonctionne à merveille avec le marché du bien-être et la capture mercantile des vulnérabilités28.

    Une question forte demeure : quelle autonomie voulons-nous porter ? La valorisation du self-help, liant autonomie et pouvoir autour de sa propre santé, prend un sens particulier au sein des groupes Santé-femmes, qui portent une pratique féministe communautaire pensant ensemble santé individuelle et environnement sociopolitique. Le self-help réduit l’impuissance que charrient les problèmes de santé. Pour autant, il ne peut pas défaire seul l’association entre savoir et pouvoir que le corps médical monopolise et qui cimente son fonctionnement sexiste et patriarcal.

    Si les compositions politiques expérimentées dans l’autogynécologie et les groupes Santé-femmes sont un modèle d’autonomie, d’autres interprétations féministes et d’autres compositions politiques sont possibles et semblent même nécessaires. L’anthropologue mexicaine Denisse Guerrero Márquez, activiste au sein du collectif Nuestra Salud Feminista, propose de bâtir une épidémiologie féministe29 qui nous permettrait de penser les processus santé-maladie30 dans un cadre stratégique qui ne soit pas celui de l’alternative, mais celui d’une réappropriation féministe d’une science médicale pluralisée et conflictualisée. Un tel projet mettrait au centre d’autres questions : comment accéder à la littérature médicale et aux données scientifiques, nous former tout en travaillant à les mettre en perspective collectivement31 ?

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    Quelques ressources :

    « Ne plus subir le médical. Discussion avec des membres d’un groupe “Santé-femmes”, propos recueillis par Naïké Desquesnes, Z : Revue itinérante d’enquête et de critique sociale 2016 (n° 10), Éditions de la dernière lettre, p. 180-185 ; le documentaire Regarde, elle a les yeux grand ouverts de Yann Le Masson (1980). L’Auto-examen, un geste de santé, édité par le Centre de santé des femmes de Montréal (Éditions du remue-ménage),
    la brochure S’armer jusqu’aux lèvres à lire ici, et enfin l’ouvrage de Lucile Queré, Un corps à nous. Luttes féministes pour la réappropriation du corps, Presses de Sciences Po, 2023.

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    Notes :
    Cette histoire s’appuie sur la thèse de sociologie rédigée par Anahita Grisoni, « Sous les pavés, la terre : culte du bien-être et nouveaux métiers. La naturopathie en transformation à la conquête du marché », éditions EHESS, 2011. ↩
    Voir dans ce numéro l’entretien avec Hourya Bentouhami, « La nation est obsédée par la manière dont les gens mangent », p. 26, ainsi que Ni Dieu ni maître, ni viande ni alcool, p. 52. ↩
    Parmi eux, on peut citer Adolf Just, Louis Kuhne, Karl Wilhelm Diefenbach, Hugo Höppener ou encore Gustav Gräser, mais aussi Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie. ↩
    Courant spirituel occidental apparu dans les années 1960, le New Age est un syncrétisme entre les spiritualités et médecines orientales, intégrant des éléments du bouddhisme et des médecines savantes, essentiellement chinoises et ayurvédiques reprenant les notions de réincarnation, de karma, de chakras et d’énergie. La médecine ayurvédique, originaire d’Inde, est fondée sur la théorie selon laquelle les maladies résultent d’un déséquilibre des forces vitales (prana), et vise à rétablir l’équilibre de l’organisme. ↩
    Nom donné aux diverses pratiques de santé qui impliquent l’usage de plantes. ↩
    La réflexologie est une pratique de santé utilisant le massage de zones censées correspondre à des organes ou fonctions physiologiques. L’iridologie est le nom d’une pratique fondée sur l’observation de l’iris. ↩
    Le causalisme suppose que nos symptômes résultent d’une cause qu’il faut considérer en priorité. Le vitalisme envisage la vie comme de la matière animée d’une force vitale. L’humorisme vient de la médecine d’Hippocrate qui envisage la santé comme variant selon l’équilibre des humeurs (le sang, la bile, l’atrabile, la lymphe). Les thérapies holistiques prétendent soigner en tenant compte de la « globalité de l’être humain ». ↩
    L’hydrothérapie désigne un ensemble de pratiques qui mobilisent l’eau, le bain dérivatif ou le bain de siège. L’héliothérapie prône l’exposition corporelle totale à la lumière du soleil pour guérir les maladies. ↩
    « Naturopathie et écofascisme. Quand l’extrême-droite se mêle de santé et d’environnement », Ruptures, printemps 2007. ↩
    Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, côté-femmes éditions, 1992, p.61. ↩
    On peut citer plusieurs de ces figures charismatiques à la tête de modèles économiques juteux. Irène Grosjean prône le bain de siège, l’alimentation crue, les purges, le jeûne en même temps que les thérapies de conversion, et responsabilise les femmes des violences sexistes et sexuelles qu’elles subissent. Thierry Casasnovas tient des positions masculinistes hostiles aux droits reproductifs, et désinforme au sujet de la contraception et de l’avortement. Le collectif l’Extracteur mène une veille sur ces réseaux traditionalistes, voir le site du collectif . ↩
    Voir la BD Mediator – Un crime chimiquement pur d’Irène Frachon, Éric Giacometti et François Duprat. Delcourt, 2023. ↩
    Voir le livre Pilules roses de Juliette Ferry-Danini sur le Spasfon, majoritairement prescrit aux femmes sans qu’aucun résultat clinique n’ait été prouvé. ↩
    Isabelle Stengers et Philippe Pignard, La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, La Découverte, 2005. ↩
    Susan Sontag, La Maladie comme métaphore, Christian Bourgois, 2009. ↩
    Le sociologue Gilles Tétart décrit la valeur de certains aliments, comme le miel ou la gelée royale, perçus comme pouvant rendre le corps plus vivant. Voir « Consommer la nature et parfaire son corps. Les produits apicoles », Études rurales, 165-166, 2003, p. 9-31. ↩
    Trouble alimentaire caractérisé par une volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains. ↩
    Silvia Federici, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Entremonde, 2014 ; Barbara Ehrenreich et Deirdre English, Sorcières, sages-femmes et infirmières. Une histoire des femmes et de la médecine, éd. Cambourakis, 2015 [1976 ↩
    L’autogynécologie recouvre un spectre de pratiques qui va de la gynécologie médicale – contraception, traitement de pathologies gynécologiques, dépistage du cancer du sein par l’autopalpation, avortement, traitement de la ménopause, sexualité – à la réappropriation du corps et des représentations qui y sont liées. ↩
    Un groupe féministe l’a tout récemment repris et réécrit. Notre corps, nous-mêmes, Hors d’atteinte, 2020. ↩
    Le collectif Stop-VOG anime aujourd’hui cette lutte en levant le silence autour des violences commises par le médecin Émile Daraï, officiant à l’hôpital Tenon. Leur site. ↩
    Expression utilisée par Émilie Hache, dans Reclaim, Anthologie de textes écoféministes, Cambourakis, 2016, p. 25. ↩
    « Du fait que les femmes sont une propriété matérielle concrète, se développe sur elles (et contre elles) un discours de la Nature. On les crédite (comme le croient certaines optimistes), on les accuse (en fait) d’être des êtres naturels, immergés dans la Nature et d’être mues par elle. Des choses vivantes, en quelque sorte. », ibid., p. 80. ↩
    À retrouver ici. ↩
    Groupe de femmes se réunissant afin de mieux connaître leur corps, prendre soin de leur santé et trouver plus d’autonomie, fabriquant ce faisant une auto-expertise collective. ↩
    Catherine Fussinger, Séverine Rey et Marilène Vuille, « S’approprier son corps et sa santé. Entretien avec Rina Nissim », Nouvelles Questions féministes, no 25, Éditions Antipodes, 2006, p. 98-116. ↩
    C’est une expression du collectif Cabrioles. Voir « L’autodéfense sanitaire. Entretien avec le collectif Cabrioles », propos recueillis par Aliènor Bertrand, Patrick Giraudoux et Arnaud Macé dans Les Temps des pandémies, Belin, 2023. ↩
    Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise, Presses universitaires de France, 2014, et Katie Thornton, « L’industrie des médecines alternatives voit dans le Covid long une opportunité commerciale », disponible ici. ↩
    Denisse Guerrero Márquez, « Approches théoriques et conceptuelles pour une épidémiologie féministe », traduction effectuée par le collectif Cabrioles, à lire ici ↩
    Expression utilisée par Denisse Guerrero Márquez. ↩
    Un grand merci au collectif Cabrioles dont je reprends ici les pistes et questions posées.

    https://www.jefklak.org/errances-paramedicales

    #santé #féminisme #médecine_non_conventionnelle #phytothérapie#massages #réflexologie #iridologie #nutrition #ésotérisme #anatomie #Fédération_des_écoles_de_naturopathie (#Féna) #causalisme #vitalisme #humorisme #hygiénisme #holisme #corps #toxines #dégénérescence #villes #urbanité #modernité #industrialisation #corps #héliothérapie #hydrothérapie #écologie_corporelle #retour_à_la_terre #vulnérabilités #nature #homophobie #sexisme #solitude #Médiator #Spasfon #industrie_pharmaceutique #probiotiques #compléments_alimentaires #sucre #hygiène #orthorexie #gynécologie #autogynécologie #self-help #Mouvement_pour_la_liberté_de_l’avortement_et_de_la_contraception (#MLAC) #planning_familial #éducation_populaire #santé_sexuelle #écoféminisme #essentialisme #Frauenweise #Dispensaire_des_femmes #Rina_Nissim #luttes_féministes #naturopathie_féministe #autonomie-santé #médecine_populaire #alternative #médecine_patriarcale #patriarcat #validisme #individualisme #autonomie #santé_publique #Denisse_Guerrero_Márquez #Nuestra_Salud_Feminista #épidémiologie_féministe

    déjà signalé ici par @lyco :
    https://seenthis.net/messages/1103951

    • #Anthroposophie et #écofascisme, par #Peter_Staudenmaier

      L’anthroposophie est la religion ésotérique fondée par #Rudolph_Steiner dont les avatars tentaculaires et pseudo-scientifiques infiltrent aussi bien le tissu institutionnel et politique de l’écologie que les milieux de l’agriculture, éducation et médecine alternatives. Son histoire est indissociable du #totalitarisme_raciste.

      Historien et écologiste social, engagé dans le mouvement anarchiste, le mouvement vert, et le mouvement coopératif aux États-Unis et en Allemagne, Peter Staudenmaier est professeur à l’université de Marquette (Wisconsin).

       » En juin 1910, Rudolf Steiner, le fondateur de l’anthroposophie, commença une tournée d’exposés en Norvège par une conférence devant un public nombreux et attentif. Le cycle de conférences était intitulé « La mission des âmes nationales en relation à la mythologie germano-nordique ». Dans les conférences d’Oslo, il présenta sa théorie des « âmes de peuple » ou « nationales » (#Volksseelen en allemand, la langue natale de Steiner) et accorda une attention particulière aux questions mystérieuses de « l’#esprit_nordique ». Les « #âmes_nationales » de l’Europe du Nord et Centrale appartiennent, expliqua Steiner, aux peuples « germano-nordiques », le groupe ethnique le plus spirituellement avancé du monde, qui avait été à l’avant-garde de la plus élevée des cinq « races- racines » historiques. Cette cinquième race-racine supérieure, raconta Steiner à ses auditeurs d’Oslo, était bien sûr la race « #race_aryenne ».

      Si cette cosmologie particulière semble étrangement similaire aux mythes teutons de Himmler et Hitler, la ressemblance n’est pas fortuite. L’anthroposophie et le national socialisme ont tous deux des racines profondes dans la confluence des nationalismes, populismes de droite, romantismes proto-environnementalistes, et #spiritualismes_ésotériques qui caractérisaient une grande partie de la culture allemande et autrichienne à la fin du dix-neuvième siècle. Mais le lien entre la pseudo-religion stratifiée racialement et la montée des nazis va bien au-delà de simples parallèles philosophiques. L’anthroposophie a eu une influence concrète sur l’« aile verte » du #fascisme allemand. En outre, la politique réelle de Steiner et de ses disciples a toujours montré une ligne profondément réactionnaire.

      Pourquoi l’anthroposophie, en dépit de ses éléments racistes évidents et son passé de compromission, continue-t-elle à jouir d’une réputation progressiste, tolérante, éclairée et écologique ? Les détails des enseignements de Steiner ne sont pas bien connus en dehors du mouvement anthroposophique, et dans ce mouvement la longue histoire de l’implication idéologique dans le fascisme est en général refoulée ou carrément niée. De plus, de nombreux anthroposophes ont individuellement gagné du respect pour leur travail dans l’éducation alternative, dans l’agriculture biologique, et dans le mouvement écologiste. Néanmoins, il est regrettable que la collaboration anthroposophique avec une racine spécifiquement “écologiste” du fascisme persiste au XXIe siècle.

      Les groupes anthroposophiques organisés sont souvent mieux connus à travers leur vaste réseau d’institutions publiques. Les plus populaires d’entre elles sont probablement le mouvement des #écoles_Waldorf, avec des centaines d’écoles dans le monde, suivi par le mouvement d’#agriculture_biodynamique, qui est particulièrement actif en Allemagne et aux États-Unis. D’autres entreprises anthroposophiques bien connues comprennent les produits cosmétiques et pharmaceutiques #Weleda et le label #Demeter pour les produits alimentaires sains. La communauté nouvel-âge de #Findhorn en Écosse possède aussi une forte composante anthroposophique. Les anthroposophes ont joué un rôle important dans le développement des #Verts allemands et l’ancien ministre de l’intérieur allemand, #Otto_Schilly, un des plus importants fondateurs des Verts, est un anthroposophe.

      Compte tenu de cette vaste visibilité publique, il est peut-être surprenant que les fondements idéologiques de l’anthroposophie ne soient pas mieux connus. Les anthroposophes eux-mêmes, cependant, considèrent leur doctrine hautement ésotérique comme une « #science_occulte » propre à une élite éclairée spirituellement. Le nom même d’anthroposophie suggère à beaucoup d’étrangers une orientation humaniste. Mais l’anthroposophie est à bien des égards une vision du monde anti-humaniste, et des humanistes comme Theodor Adorno et Ernst Bloch s’y sont opposés dès le début. Son rejet de la raison au profit de l’expérience mystique, sa subordination des actions humaines à des forces surnaturelles, et son modèle complètement hiérarchisé du développement spirituel, tout cela montre que l’anthroposophie est contraire aux valeurs humanistes. »

      https://www.ccmm.asso.fr/anthroposophie-et-ecofascisme-par-peter-staudenmaier
      #ésotérisme #racisme #humanisme

      Le texte téléchargeable en pdf :
      https://jf.bizzart.biz/ArticlesPDF/PS_EcofascismeV2.pdf

  • La vita degradante nel Cpr in Albania che il governo voleva nascondere

    Proteste, autolesionismo e tentativi di suicidio: il “registro degli eventi critici” ottenuto da Altreconomia mostra che cosa succede nel centro di #Gjadër. Il modello da replicare per Roma e Bruxelles è un buco nero di sofferenza

    C’è un documento che il Governo Meloni ha in mano da oltre un anno ma ha tentato in tutti i modi di tenere nascosto all’opinione pubblica. È il racconto della sofferenza quotidiana vissuta dalle oltre 500 persone trasferite all’interno del Centro di permanenza per il rimpatrio (Cpr) di Gjadër in Albania a partire dall’11 aprile 2025.

    Proteste, atti di autolesionismo, tentativi di impiccagione e risse: ben 54 “eventi critici” nei primi 48 giorni di funzionamento che mostrano che cos’è davvero quel “modello albanese” oggi elevato a esempio da replicare.

    Altreconomia ha ottenuto il “registro degli eventi critici”, il documento in cui gli operatori dell’ente gestore Medihospes, la cooperativa che ha vinto l’appalto da oltre 133 milioni di euro, annotano tutto ciò che succede nel Cpr. Leggerlo è come analizzare la “scatola nera” della detenzione amministrativa, quella che rende possibile togliere la libertà per 18 mesi alle persone senza documenti.

    Domenica 13 aprile 2025, due giorni dopo il primo trasferimento di 40 cittadini stranieri nel Cpr albanese, alle 11.30 un ospite compie atti di autolesionismo perché vuole un “dosaggio superiore della terapia in atto”. Passano poche ore e alle 15.30 un altro, per lo stesso motivo, si ferisce. Sono le 16 quando due ospiti arrivano “a una colluttazione fisica”. Un’ora dopo gli operatori annotano un “atto vandalico” contro gli infissi dell’unità abitativa sempre per avere più medicine. Ed è il motivo che spinge un altro ospite -sono le 19- a tagliarsi. Alle 22.35 un trattenuto minaccia di “recidersi la carotide con pezzo di vetro, residuo degli atti di vandalismo contro gli infissi”. Motivo? Avere più psicofarmaci. Passa un’ora e scoppia una protesta in cui “vengono divelte le grate della recinzione perimetrale”. A mezzanotte e mezza torna la calma ma dura solo trenta minuti. All’una un ospite “compie nuovamente atti di autolesionismo”. Otto annotazioni in 24 ore.

    Il 17 aprile uno dei reclusi “simula tentativo di strangolamento con il lenzuolo in uso stretto al collo” e il mediatore “lo convince a desistere”. Alle 16 un altro “con un residuo di filo tenta di cucirsi le labbra, perforandosi quello superiore e quello inferiore con un filo elettrico”. Poco dopo l’uomo arriva “a una violentissima colluttazione” con un secondo ospite. Rifiuta le medicazioni del personale e accusa il compagno di volerlo uccidere. Alle 21.20 uno dei trattenuti dà fuoco ai vestiti “provocando l’accensione dell’allarme antincendio” e meno di trenta minuti dopo un altro “crea con i lenzuoli monouso una corda simulando uno strangolamento”.

    La struttura allora è aperta da sette giorni e il totale degli eventi critici è già a quota 25. Poi il ritmo cala ma l’intensità e la gravità no. Il 23 aprile alle 13 un ospite “con uno straccio procuratosi da residui di vestiario cerca di suicidarsi”, mezz’ora dopo un altro “tenta di strangolarsi con materiale improvvisato”. Alle 17.30 alcuni ospiti “vengono sorpresi all’interno della loro cella mentre preparano una corda”. Trenta minuti dopo un altro tenta di impiccarsi. Un mese dopo la “scena” è la stessa. È il 26 maggio quando un ospite per protesta “crea una corda con materiale improvvisato minacciando di impiccarsi”, mentre un altro, verso le 21.40, ingoia due pile. “Atto dimostrativo per protestare contro la lunga permanenza nei Cpr (da nove mesi circa)”, annota l’ente gestore. Viene trasferito in ospedale dove vengono rimosse le batterie. Dall’11 aprile al 28 maggio 2025 il bilancio, come detto, è di 54 annotazioni in 48 giorni, la maggior parte per autolesionismo (22), tentativi di suicidio (12) e proteste dei reclusi (11).

    Dati e informazioni che il governo non voleva a tutti i costi far conoscere. Tanto da impugnare la sentenza del Tar del Lazio che il 13 novembre 2025 aveva riconosciuto in poche righe il diritto di Altreconomia -assistita in giudizio dagli avvocati dell’Associazione per gli studi giuridici per l’immigrazione (Asgi) Salvatore Fachile, Federica Remiddi e Anna Pellegrino- di poterli visionare. Il 23 marzo 2026 il Consiglio di Stato ha chiuso la partita, confermando la sentenza di primo grado e smontando la linea del Viminale che contestava la violazione della privacy dei reclusi.

    Nel 2025 il 25% di chi è transitato in un Cpr è stato rimpatriato. Nonostante questo il totale delle persone deportate lo scorso anno è cresciuto rispetto al 2024

    Dopo il verdetto abbiamo chiesto il registro degli eventi critici di tutti gli undici Cpr attivi: siamo in attesa di una risposta su quelli più recenti di Gjadër che ci mancavano, mentre su quelli in Italia l’esito è stato incredibilmente negativo. Alla privacy si è aggiunta la scusa dell’ordine pubblico: far conoscere ciò che succede oltre quelle mura alimenterebbe le proteste all’esterno e all’interno. E così sono stati inviati solo i dati consolidati senza la descrizione degli eventi. Anche se depotenziati dalla mancanza della descrizione, bastano comunque per capire che il centro albanese non è un’eccezione.

    Al Cpr di Palazzo San Gervasio (PZ) Officine sociali ha annotato 79 eventi critici in 87 giorni, da gennaio a marzo 2026. Sempre la cooperativa siciliana nel Cpr di Macomer, in provincia di Nuoro, tra il 20 gennaio 2025 e il 23 marzo 2026 ne registra 159 di cui 79 gesti anticonservativi e 21 scioperi della fame. Tra gennaio 2024 e aprile 2026 a Bari sono stati 521 mentre a Brindisi (48 posti) 59 gli atti di autolesionismo, 29 le risse e 17 gli ingerimenti di corpi estranei.

    Ai dati sulla sofferenza quotidiana si aggiungono poi quelli paradossali sul numero di persone che vengono effettivamente rimpatriate dopo il periodo di detenzione: nel 2025 sono state meno del 25% ed è la percentuale più bassa da quando nel 2014 la Ong ActionAid ha iniziato a elaborare i dati. Nonostante questo il governo è riuscito ad aumentare leggermente i dati sui rimpatri che tra il 2024 e il 2025 sono passatida 5.414 a 6.097. La necessità del Cpr è pura propaganda.

    Sono trascorsi due anni da quando la Cooperativa sociale Medihospes si è aggiudicata il bando per gestire i centri in Albania da oltre 133 milioni di euro senza aver ancora firmato il contratto che solitamente si finalizza entro 60 giorni

    La stessa che ha costretto a un viaggio inutile le 536 persone che sono state trasferite nella struttura albanese dall’11 aprile 2025 al 20 aprile 2026 solo per dimostrare all’opinione pubblica che quei centri erano attivi. Tranne cinque persone egiziane rimpatriate direttamente da Tirana a Il Cairo il 9 maggio 2025, come ricostruito da Altreconomia, tutte le altre sono tornate in Italia per poi essere liberate o rimpatriate a costi spropositati e in una zona grigia del diritto sotto tanti profili. In primis quello dell’appalto affidato a Medihospes: a due anni dall’aggiudicazione del bando, la Cooperativa non ha infatti ancora firmato il contratto che solitamente si finalizza entro 60 giorni. Non solo. Secondo quanto comunicato dalla prefettura di Roma a marzo 2026, trascorso un anno di operatività delle strutture, è stata fatta una sola visita ispettiva il 10 maggio 2025.

    Ma la zona grigia è soprattutto la base giuridica su cui per oltre un anno il governo ha continuato a portare persone a Gjadër nonostante fosse pendente un ricorso davanti alla Corte di giustizia dell’Unione europea proprio sulla legittimità del funzionamento di un Cpr posto fisicamente al di fuori del territorio nazionale e più in generale sulla validità del protocollo siglato tra Italia e Albania il 6 novembre 2023.

    La Corte si pronuncerà entro l’estate e stabilirà se è possibile considerare, secondo il diritto dell’Ue, i territori albanesi una “zona di frontiera” tanto quanto lo è, ad esempio, Lampedusa: se i giudici decideranno di sì, il “modello Albania” potrebbe allora funzionare come previsto fin dall’inizio con i trasferimenti delle persone dalle acque internazionali al territorio albanese sotto giurisdizione italiana. Il tutto è rinforzato dalle nuove norme del Patto sulla migrazione e l’asilo, in vigore dal 12 giugno, che eleva la detenzione amministrativa a strumento principe di “gestione” del fenomeno migratorio. Oltre al nuovo pacchetto di regole già approvate è in corso il trilogo tra Consiglio, Parlamento e Commissione sul nuovo Regolamento sui rimpatri.

    “Il Regolamento sui rimpatri apre la strada alla detenzione di massa, alla separazione delle famiglie e normalizza gli abusi che abbiamo visto con l’Ice” – Silvia Carta

    Un testo che secondo Silvia Carta, responsabile delle attività di advocacy della Piattaforma per la cooperazione internazionale sui migranti senza documenti (Picum) con sede a Bruxelles, “apre la strada alla detenzione di massa, alla separazione delle famiglie e normalizza gli abusi che abbiamo visto con la famigerata Ice (Immigration and customs enforcement, ndr) negli Stati Uniti, mettendo a rischio innumerevoli vite”. La bozza di partenza approvata a fine marzo 2026 dal Parlamento europeo è problematica sia nel “metodo” con cui è stata varata sia nel merito. Il progetto legislativo sui rimpatri, infatti, era rimasto bloccato per mesi con il Partito popolare europeo (Ppe), i socialisti (S&D) e i liberali di Renew Europe che non riuscivano a raggiungere un accordo sul testo. A inizio marzo qualcosa è cambiato.

    Sono 1.643 le persone rimpatriate dopo essere state rinchiuse in un Cpr nel 2025. Il dato è in netto calo rispetto alle 3.134 del 2023 e 2.526 del 2024

    “Le forze di centrodestra hanno rotto il cosiddetto ‘cordone sanitario’ che fino a quel momento, nel secondo mandato da commissaria di Ursula von der Leyen, aveva scongiurato l’alleanza del Ppe con l’estrema destra”, spiega Carta. I rimpatri sono diventati terreno d’incontro dal Rassemblement national di Marine Le Pen al gruppo Europa delle nazioni sovrane (Esn) -quello dell’ex generale Roberto Vannacci- a cui appartengono anche gli eurodeputati dell’AfD.

    Il nuovo pacchetto di regole trasforma il “Paese d’origine” di una persona in tanti diversi Paesi possibili. “Il menù da cui si può scegliere la destinazione finale della persona tragicamente si amplia”, dice Carta. La persona “irregolare” può essere spostata come una pedina verso uno Stato in cui non ha mai vissuto o da cui non è mai transitata. Può restare su quel territorio, con cui non ha nessun legame, rinchiusa dentro strutture di detenzione -i cosiddetti “return hub”- per mesi fino a che, eventualmente, verrà rimpatriata. “L’aggravante è che a livello giuridico potenzialmente la persona ‘passa’ nelle mani di un altro Stato anche dal punto di vista giurisdizionale”, osserva Carta. È quello che Gianfranco Schiavone, presidente del Consorzio italiano di solidarietà-Ufficio rifugiati di Trieste, descrive come “vendere a Paesi ‘terzi’ i migranti che non vogliamo”.

    Nel testo non mancano i riferimenti alle misure necessarie per individuare le persone “irregolari” da rinchiudere nei centri di detenzione con controlli a tappeto sul territorio. Si prevede la possibilità della confisca dei beni personali e delle perquisizioni nelle “relevant premises”: una definizione molto ampia che potrebbe includere anche le abitazioni privati e le strutture di accoglienza gestite da organizzazioni non profit. “In Europa si è formato un nuovo consenso”, ha dichiarato dopo la votazione di fine marzo Charlie Weimers, il negoziatore svedese del gruppo di destra dei Conservatori e riformisti Europei, aggiungendo che “l’era delle deportazioni è iniziata”. Adesso sappiamo come è andata in Albania.

    https://altreconomia.it/la-vita-degradante-nel-cpr-in-albania-che-il-governo-voleva-nascondere
    #Albanie #Italie #externalisation #migrations #réfugiés #asile #souffrance #eventi_critici #événements_critiques #modèle_albanais #Medihospes #privatisation #rétention #détention_administrative #cpr #suicides #automutilations #violence #efficacité #inefficacité #return_hubs #relevant_premises #renvois #expulsions #déportations

    –-
    ajouté à la métaliste sur l’accord Italie-Albanie:
    https://seenthis.net/messages/1043873

  • [Reportage vidéo] « Je suis traitée pour #dépression et anxiété » : Cécile Weyer, maraîchère, poursuit #maël_de_calan après la perte de son #rsa
    https://splann.org/reportage-video-cecile-maraichere-rsa-finistere

    La date du 15 juin est cochée depuis plus de deux mois dans l’agenda de Cécile Weyer. La maraîchère bio de Guengat, dans le Sud-Finistère, a rendez-vous ce lundi au tribunal judiciaire de Brest. Radiée du RSA, elle s’est portée partie civile contre Maël de Calan dans la procédure pour « harcèlement moral institutionnel » engagée par la #cgt. L’article [Reportage vidéo] « Je suis traitée pour dépression et anxiété » : Cécile Weyer, maraîchère, poursuit Maël de Calan après la perte de son RSA est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Libertés_et_droits_humains #agricultrice #agriculture #agriculture_biologique #bimbamjob #burn_out #cécile_rigard #charlie_renaud #confédération_paysanne #ferme #finistère #ludovic_morin #maraîchage #minima_sociaux #nathan_martin #pauvreté #paysanne #précarité #psychologie #souffrance #travail

  • Santé mentale des jeunes : « On est dans une société qui mange ses enfants »
    https://www.liberation.fr/societe/sante/sante-mentale-des-jeunes-on-est-dans-une-societe-qui-mange-ses-enfants-20

    Après avoir décidé d’estampiller « France Santé » des maisons de santé existantes pour donner l’impression d’augmenter l’#accès_aux_soins, Stéphanie Rist, ministre de la #Santé, a annoncé le 2 juin la relance de la « grande cause nationale » qu’était censée représenter la santé mentale… en 2025. Avec, entre autres, un dispositif prétendument novateur, non pas un nouveau numéro vert pomme, mais un système de « coupe-file » pour déclencher une prise en charge sous quarante-huit heures par un psychologue, un psychiatre ou un pédopsychiatre si un membre du personnel de l’#Education_nationale considère qu’un élève pourrait devenir dangereux pour lui-même ou ses camarades. Le moins qu’on puisse dire est que, sur le terrain, les professionnels sont partagés entre l’incompréhension et la consternation.

    Marie Langlois est psychoclinicienne : « Ce qui m’interpelle, au niveau du dispositif, c’est l’idée que c’est la régulation du Samu qui va être chargée de contacter les psys. J’ai participé à Rouen à l’ouverture du 31 14, numéro d’appel pour gérer les crises suicidaires, et les écoutants, infirmiers en psychiatrie, ou psychologues, sont spécifiquement formés, connaissent le réseau local, savent comment orienter. Ce sont des prises en charge téléphoniques assez longues, complexes, pas un travail de secrétariat téléphonique à pratiquer en urgence, d’autant qu’en aval les centres médico-psychologiques sont blindés, les #psychiatres surchargés. Ça sent vraiment l’effet d’annonce pour paraître novateur, sans jamais sécuriser voire renforcer l’existant. »

    Thierry Baubet, pédopsychiatre, ne décolère pas : « Le terme même de coupe-file est choquant, car qu’est-ce qu’un coupe-file sinon un passe-droit ? En pédopsychiatrie, tous les enfants qu’on reçoit ont besoin de #soins, d’un suivi à long terme, ce n’est pas du superflu, de l’occupationnel… Or que nous demande-t-on là, d’annuler des prises en charge, de les repousser, dans le but de traiter des cas considérés comme plus graves par l’école ? L’évaluation de l’urgence à consulter doit être faite par des gens formés, pas par l’Education nationale qui déciderait que le comportement perturbateur d’un élève nécessite un coupe-file, d’autant que souvent les enfants qui vont mal, qui s’enfoncent dans un épisode délirant, une schizophrénie, sont peu expansifs et ne seront pas remarqués. Et la représentation que semble avoir la ministre de la prise en charge psychiatrique de ces adolescents se réduit à une consultation en urgence, alors qu’en fait il s’agit de prises en charge longues, nécessitant de laisser mûrir une alliance entre le thérapeute et l’adolescent, et d’un suivi de plusieurs mois. Soyons clairs : la pédopsychiatrie, et la santé mentale des jeunes, sont des domaines chroniquement sous-investis. La crise est telle qu’il y a des structures publiques qui ne prennent plus aucun nouveau patient. Ailleurs, les délais d’attente peuvent atteindre un à deux ans ! On paie aujourd’hui un défaut d’investissement historique, les psychiatres pour enfants sont une minorité. Nous sommes actuellement réunis en congrès à Nice et ce qui remonte lorsque nous parlons entre nous, c’est que personne n’a été consulté, aucune société savante, aucun syndicat, pour sortir cet effet d’annonce. Bien sûr qu’il faut améliorer l’articulation entre l’école et le soin, mais pas comme ça, et pas sans les spécialistes de ces sujets. On lance cette initiative alors qu’il existe des solutions, que les urgences pédiatriques, les urgences psychiatriques, le 31 14, les maisons des adolescents, en partenariat avec l’école, existent… mais elles sont sous-dotées, sous financées. Et que dire de la #médecine_scolaire, en déshérence, de la disparition des structures intermédiaires comme les éducateurs de rue, tout un tissu de soutien social qu’on a laissé se déchirer. On est dans une société qui mange ses enfants. »

    #sagoins #psychiatrie #pédopsychiatrie #CMP #alliance_thérapeutique #enfance #souffrance_psychique

    • La souffrance mentale des adolescents est devenue un sujet rabâché, pour lequel on incrimine les écrans ou, six ans plus tard, le confinement de la période Covid.

      Johan Faerber, enseignant en lettres et essayiste, a une analyse très différente, et pointe la responsabilité de réformes ministérielles toxiques : « Alors oui, l’un des problèmes majeurs que nous rencontrons à l’école est le déficit de médecins et d’infirmières scolaires, particulièrement dans les secteurs en difficulté comme le 93. Mais, au-delà de cela, il y a une cause majeure de stress et de mal-être qui impacte la santé mentale des jeunes, c’est la détresse liée à #Parcoursup, qui crée un stress constant chez les élèves, une fragilisation de l’élève par rapport à sa propre expertise, voire même délite la relation de confiance qu’il pouvait avoir avec l’enseignant, dont les notations sont remises en cause par un système qui, pour masquer la pénurie [organisée, ndc] des places dans l’enseignement supérieur, pénalise et repousse des #élèves ayant parfois un parcours honorable voire brillant. Les conséquences sont de plus en plus visibles chaque année depuis le bac Blanquer, avec des élèves fondant en larmes à la remise des notes. On ne mesure pas la violence du système mis en place, cette ère de management émotionnel toxique, cette culture de l’entrepreneuriat entraînant un stress exponentiel pendant les études. Et comme, dans le même temps, il y a de moins en moins d’adultes dans les collèges et les lycées, moins de professeurs, moins d’AESH, la souffrance des adolescents est tue, leur détresse devient une masse opaque dont sont désignés responsables TikTok ou les jeux vidéo alors que le temps passé sur les écrans est juste une manière de tenter de retrouver une certaine liberté, d’échapper à la toxicité du système éducatif actuel. Plutôt que de pondre l’idée d’un coupe-file, il faudrait d’abord se poser la question de la toxicité des réformes accumulées ces dernières années sur la santé mentale des jeunes, mais quel politique veut être mis face à ses responsabilités ? »

    • Ils se plaignent d’avoir des jeunes de plus en plus mal. Ca les embête car ca les rend moins compatibles avec le monde du travail, moins prévisibles.
      Alors qu’ils auraient aimé leur mettre un fusil dans les mains, à tous ceux qui ont eu moins de 10 au BAC. Mais ca va pas le faire non plus, s’ils se retournent contre leur hiérarchie ou contre eux-même.

  • Grandir avec un parent en souffrance psychique | France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/etre-et-savoir/grandir-avec-un-parent-en-souffrance-psychique-6187275
    https://www.radiofrance.fr/pikapi/images/e8cae9c6-1fe6-4df6-a39c-54b04b1151f8/1200x680

    La santé mentale s’est imposée comme un sujet de société ces dernières années. Des malades, à l’instar de Nicolas Demorand dans un livre et désormais un podcast, racontent leur parcours et ces paroles trouvent un écho d’ampleur à travers la société, fissurant le grand silence qui entoure ceux qui souffrent. Mais qu’en est-il de l’entourage et notamment des enfants de ces parents fragiles ? On ne va pas s’étendre mais dans l’équipe d’Etre et Savoir, comme pour tant d’entre vous qui nous écoutez, nous ne connaissons que trop bien le sujet. Et pourtant - c’est fou non ? - nous n’avions jamais pensé à en faire une émission. Parce que c’est intime, douloureux, parce qu’on est très occupées à essayer de surmonter nos problèmes au quotidien – ce qui n’exclut pas la joie de vivre et bien sûr, la réflexion.

    Alors quand le dernier numéro de l’Ecole des parents est arrivé dans nos boites mail avec à la Une, Grandir auprès d’un parent en souffrance psychique on s’est dit qu’il fallait vraiment en parler ! Le riche dossier proposé par la revue explore de nombreux aspects éducatifs liés à la santé mentale des parents comme la solitude et la responsabilisation des enfants. Il est tentant aussi de parler d’une forme de lâcheté de la société, d’une prise en compte bien trop faible du monde éducatif - et, étonnamment, du milieu médical - des problèmes posés par la maladie mentale à l’entourage. Ces articles et entretiens nous engagent à sortir du silence, à faire circuler la parole afin d’aider les familles concernées. Ce qui revient, nous en sommes convaincus, à améliorer l’existence de tous.

    Louise Tourret s’entretient avec ses invitées : Hélène Davtian-Valcke, docteure en psychologie, spécialiste de l’accompagnement de l’entourage de personnes souffrant de trouble psychiatrique, elle a ouvert une consultation au sein de l’Unafam (L’Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques), et est coordinatrice de la communauté de pratiques Étincelles&Co, Frédérique Van Leuven, psychiatre au Campus santé mentale Saint-Bernard à Manage en Belgique, formatrice en thérapie systémique, co-autrice avec Cathy Caulier de Grandir avec des parents en souffrance psychiqueOuverture dans un nouvel onglet (L’Harmattan, 2017), Karine Hendricks, rédactrice en chef de la revue L’école des parents (coéditée par la Fnepe et les éditions érès), le dossier du numéro 659 (printemps 2026) est intitulé "Grandir auprès d’un parent en souffrance psychique"Ouverture dans un nouvel onglet et Julie Timmerman, directrice de la compagnie Idiomécanic théâtre, comédienne, metteuse en scène et autrice, notamment de « Zoé » et du seule en scène « L’art d’être mon père », actuellement en tournée en France et qui se jouera au 11 tout le mois de juillet au Festival d’Avignon (les deux textes sont publiés sous le titre ZoéOuverture dans un nouvel onglet chez C&F éditions).

    https://cfeditions.com/zoe

    Se réapproprier son histoire

    « Il y avait une nécessité d’écrire, analyse Julie Timmerman, pas pour faire ma psychanalyse en public mais pour transmettre une histoire que j’avais déjà digérée en grande partie : à partir de là on peut la transmettre et en faire un objet artistique. Le passage au plateau permet de faire sien un récit qu’on nous a imposé. C’est une manière d’écrire l’histoire et même de la créer parce qu’au-delà des mots et du point de vue que j’emploie, j’invente aussi. L’art pour moi a vraiment cette fonction de survie. »

    #Julie_Timmerman #Zoé #Bipolaires #Souffrance_psychique

  • Derrière l’IA, les sacrifiés du smartphone

    Celia Izoard est journaliste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Autrice de La Ruée minière au XXIème siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (Seuil, 2024), elle a participé à l’élaboration du programme de «  désescalade numérique  » en amont des municipales 2026. Pour Socialter elle a choisi d’analyser le #film Les Sacrifiés du smartphone projeté lors de Numérique en lumière, le festival de films documentaires consacré aux droits humains bafoués dans l’industrie du numérique.

    Le #capitalisme a inventé les #pollutions_invisibles. Des perturbations imperceptibles par nos sens et qui pourtant sont des menaces existentielles  : la #radioactivité, la #pollution_chimique, le #réchauffement_climatique. Cette #invisibilité est la clé de son #impunité  : pas vu pas pris, comme on dit. Capitalisant sur ces pollutions invisibles, l’#économie_numérique, elle, a fait un pas de plus en inventant les #pollutions_inimaginables.

    J’appelle pollutions inimaginables ces impacts qui sont non seulement imperceptibles aux sens, mais aussi à l’#imagination. Prenez par exemple ces petites étoiles féériques qui dansent devant mes yeux quand j’ouvre mon navigateur  : l’intelligence artificielle générative (IAG). Si je clique, mon courrier va s’écrire, mon texte va se traduire, mon image va s’animer. Qui peut se représenter le concentré de #ressources_naturelles, de #souffrances et d’#exploitation humaines, de #produits_chimiques, d’#énergie qu’il y a derrière ces petites étoiles  ?

    Pour le saisir, il faudrait pouvoir faire apparaître, dans une seule pensée, ce qui rend possible l’IA. Il faudrait faire surgir dans l’imagination les #mines gagnées sur la forêt tropicale birmane, indienne ou congolaise, les usines métallurgiques crachant le feu, les étendues grises de #résidus_toxiques, les galettes de #silicium issues du #travail_forcé du #Xinjiang, les entrepôts de #data_centers carburant au charbon, à l’#eau de nappes presque épuisées, etc. C’est long d’expliquer tout ça, de le rendre présent à l’esprit – à l’esprit qui justement est tenté d’économiser sa pensée, là, d’un clic, pour gagner du temps.

    D’où vient la #puissance_de_calcul instantanée d’une appli d’IA  ? D’entrepôts de données où s’empilent des millions de #serveurs où sont concentrés des milliards de #circuits_électroniques, contenant eux-mêmes des centaines de milliers de #cartes_graphiques qui concentrent à leur tour des dizaines de milliards de #transistors.

    Le principal fabricant de serveurs informatiques destinés aux data centers est l’entreprise taïwanaise #Foxconn, alias #Hon_Hai_Precision_Industry, qui emploie plus d’un million de personnes en #Chine. C’est le sous-traitant historique d’#Apple, de #Microsoft, de #HP, de #Sony – le fabricant d’à peu près tous les #objets_électroniques que nous avons tenus entre nos mains depuis les années 2000. Aujourd’hui, Foxconn fournit toute la galaxie de l’IA en serveurs, de #Nvidia à #OpenAI, en passant par les data centers d’#Amazon.

    En 2010, Foxconn s’est fait connaître au monde par une épidémie de #suicides  : 17 ouvriers de sa méga-usine d’iPhone de Shenzhen se sont jetés par les fenêtres, 14 sont morts. Depuis ce temps, les balcons des dortoirs ont été condamnés. Mais les jeunes continuent d’arriver de leurs campagnes pour se retrouver coincés dans ses chaînes de production. Le désespoir de ces vies gâchées est le sujet du film Les Sacrifiés du smartphone [titre original Complicit] (2017), qui a été projeté récemment à Paris à l’occasion du festival de cinéma «  Numérique en lumière  : une autre réalité  ».

    Les réalisatrices Heather White et Lynn Zang ont filmé pendant trois ans la vie d’#ouvrières de Foxconn. Arrivées à 18 ans, Xiao, Ya et Fan ont travaillé plusieurs années pendant douze à seize heures par jour. Puis tout s’est arrêté – littéralement. Elles ont contracté des troubles neurologiques, des paralysies, à force d’astiquer les cartes graphiques, les led, les écrans, avec des solvants et des détergents  : benzène, méthanol, xylènes, trichloroéthylène...

    Selon la Global Electronics Association, un objet électronique peut nécessiter 1 000 produits chimiques différents. Foxconn nie toute #responsabilité. Comme les milliers d’ouvrières et d’ouvriers malades des toxiques utilisés dans l’électronique, Xiao, Ya et Fan n’osent pas rentrer chez elles, pour ne pas faire de peine à leurs parents, qui avaient tout misé sur elles.

    Sur mon écran, les petites étoiles de fée se remettent à clignoter.

    https://www.socialter.fr/article/les-sacrifies-du-smartphone-documentaire-intelligence-artificielle-ouvrier
    #IA #AI #intelligence_artificielle #travail #conditions_de_travail

  • « Ils sont à l’os » : un rapport alarme sur la souffrance des inspecteurs du travail
    https://www.franceinfo.fr/enquetes-franceinfo/enquete-ils-sont-a-l-os-un-rapport-alarme-sur-la-souffrance-des-inspecteu

    Parmi les causes de cette #souffrance_au_travail : une baisse drastique des effectifs sur la période 2015-2021. Le rapport explique que « le principal contributeur aux économies d’emplois a été l’#inspection_du_travail qui a perdu 16% de ses effectifs, soit près de 740 postes ». Ils sont descendus à 1 604 inspecteurs en mars 2024, même si 200 agents ont été recrutés en 2025. Le rapport estime que cette augmentation notable des recrutements s’avère très largement insuffisante à pallier les besoins. En effet, « malgré les recrutements durant cette période, la situation de sous-effectifs s’aggrave. »

    Les sous-effectifs entraînent une surcharge de #travail qui se manifeste par des troubles du sommeil, des #burn_out et du stress, selon les témoignages recueillis. Le rapport liste aussi une vingtaine d’alertes pour danger grave imminent, tentatives de suicide et #suicides d’agents entre 2018 et 2023 dans différents départements. Il n’est pas toujours évident de lier ce geste fatal à une souffrance au travail. Pour autant, à Paris, l’enquête #CHSCT réalisée en 2022 après le suicide d’un agent du ministère du Travail constate que ce dernier a été particulièrement confronté à de la souffrance humaine. Son dernier secteur d’affectation, considéré comme difficile, est marqué par une forte précarité des salariés et une forte demande sociale. En Seine-Saint-Denis, là aussi à la suite du suicide d’un fonctionnaire en 2022, l’enquête du CHSCT identifie « une problématique de manque de soutien post-incident de cet agent suite à des confrontations avec des employeurs ». Ces situations inquiètent leurs représentants syndicaux notamment au regard de ce qu’il se passe dans une autre administration, la direction des Finances publiques où l’on dénombre 19 suicides et 21 tentatives en 2025, d’après Le Monde.

    [...]

    Parmi les principaux facteurs de risques identifiés, les trois quarts des personnes interrogées soulèvent des problématiques de soutien managérial. En particulier lorsque les inspecteurs sont en conflit avec des employeurs contrôlés. Les entretiens menés par les auteurs du rapport avec les agents qui contrôlent les entreprises agricoles ont fait ressortir des violences très fortes avec les personnes contrôlées. Le rapport rappelle que des sangliers pendus ont été retrouvés devant les locaux de l’inspection du travail dans le Lot-et-Garonne en 2024, mais aussi en Dordogne.

    #agriculture

  • #Josep_Rafanell_i_Orra : « Hériter d’un monde complètement en #ruine »

    Contre la #dépossession de nos rapports au monde qu’accélère le libéral-fascisme contemporain, le psychologue et écrivain propose de retisser des formes communales par la pratique d’#enquêtes, et dans l’espoir de nourrir de futurs #soulèvements.

    Son livre Fragmenter le monde (Divergences) (https://www.editionsdivergences.com/livre/fragmenter-le-monde), sorti en 2017 après les grandes mobilisations contre la loi « travail », avait réussi à tenir en une même proposition la #colère contre le #contrôle des chômeuses et chômeurs, les occupations contre les projets d’infrastructures et l’éloge de véritables politiques de #soin.

    Depuis lors, le psychologue et écrivain Josep Rafanell i Orra n’a cessé de défendre une approche sensible et politique des #communs. À distance du sens mou et galvaudé que prend parfois ce mot, il voit dans leurs formes auto-organisées et émancipatrices la promesse d’une #résistance et d’une #protection contre les #violences du #capitalisme.

    Auteur de plusieurs ouvrages (En finir avec le capitalisme thérapeutique. Soin, politique et communauté aux éditions La Découverte ; Petit Traité de cosmo-anarchisme chez Divergences), il a aussi animé Les Communaux, collectif d’enquêtes autour des #hospitalités et des pratiques du soin. Il participe aujourd’hui à la création de la revue À bas bruit (https://abasbruit.org) qui veut donner à voir et à entendre « des formes d’#entraide, d’attention à la #vulnérabilité, du soin porté aux milieux de vie, des #luttes et des résistances contre l’#atomisation et ses fusions identitaires ».

    Dans cet entretien, il analyse certains traits du #libéral-fascisme contemporain et défend la pratique d’enquêtes comme manière de témoigner de formes d’#entraide mais aussi de contribuer à la création de nouveaux #liens et #alliances.

    Mediapart : Que vous apprennent les pratiques de soin envers les personnes vulnérables, migrant·es à la rue, mineur·es isolé·es, personnes souffrant de troubles psychiques, en situation de dépendance, etc. ?

    Josep Rafanel i Orra : Disons que le soin ne se résume pas à s’occuper des personnes vulnérables. C’est aussi prendre en compte la vulnérabilité de l’instauration de #mondes_relationnels. C’est-à-dire porter notre attention à la précarité des milieux à partir desquels peuvent avoir lieu des rencontres de soin.

    Lors d’une intervention dans un foyer d’aide médicalisée, j’ai été très ému de voir des personnes aux corps atteints par des maladies neurodégénératives ou par des formes d’autisme très chronicisées, qui semblaient imperméables à des modalités relationnelles. Des corps assignés à un statut d’anormalité dans des institutions, elles-mêmes invisibilisées, souvent à la lisière des villes.

    Face à ces personnes, vous devez aiguiser vos perceptions, vous mettre dans la disposition de presque anticiper des émergences relationnelles, de vous en saisir pour vous embarquer dans leurs modes d’existence si singuliers. C’est de la question de l’animation des rapports entre les êtres qu’il s’agit, en désertant des liens déjà déterminés, prescrits, dans lesquels nous enferment les institutions.

    Quels liens faites-vous entre ce que vous avez observé et la montée des discours identitaires et xénophobes ?

    Le #fascisme qui est déjà là n’est pas le fascisme historique qu’on a connu – cela a déjà été dit maintes fois –, avec les formes canoniques du rassemblement fusionnel autour du « grand leader », des foules au pas de l’oie sur le Reichstag. Il faut plutôt parler de « libéral-fascisme ».

    Celui-ci est lié à des dispositifs de pouvoir qui s’enracinent dans la tradition libérale, qui depuis longtemps conduisent à une expérience d’atomisation. En somme à une défaite de la #communauté. Songeons aux mondes paysans dont [l’écrivain et médecin italien – ndlr] Carlo Levi, par exemple, décrivait l’extermination culturelle juste après la Seconde Guerre mondiale dans son magnifique Le Christ s’est arrêté à Eboli. La disparition du monde paysan, c’est la fin d’un univers composé de rapports entre des humains mais aussi avec des êtres-autres. Il s’agit là de #cosmologies_génératives de la communauté loin des logiques de la reproduction sociale.

    Comment définissez-vous le libéral-fascisme ?

    La défaite des communautés qui étaient capables de composer des mondes disparates. Une sorte d’esseulement qui nous enferme dans un état de préoccupation, qui est aussi un emprisonnement dans nous-même et qui appelle à des #fusions_identitaires.

    Bien sûr, c’est là le terreau du Rassemblement national, mais pas seulement. Ces fusions identitaires se manifestent de façon chaotique. Si dans les années 1930, le fascisme avait capturé les classes sociales – en neutralisant leurs divisons –, aujourd’hui, on est dans de nouvelles coordonnées : dans le délitement et l’implosion du « sujet » de classe, de son identité. C’est la marchandise qui exerce son hypnotisme tyrannique sur les masses d’atomisés, y compris, et surtout, au travers de la #marchandisation_de_soi dans notre âge des réseaux : la #surexposition_de_soi comme condition d’existence.

    Le libéral-fascisme, qui se traduit par une atomisation qui fait masse, fabrique des individus qui ne peuvent se reconnaître que dans le semblable, pour lesquels tout ce qui est étranger devient une intrusion. D’où la #haine universelle du migrant, celui qui nous ramène toujours à la #différence.

    Donc atomisation et monde hyperconnecté ne sont en rien incompatibles : être présent au monde, c’est se soumettre à des #régimes_de_représentation qui absentent du monde. Il n’est pas étonnant que ça conduise à des formes insensées de #prédation : il faut détruire ce qui diffère, ce qui pourrait nous faire différer.

    Donc le libéral-fascisme naît de la défaite des #communautés. Celles-ci subsistaient même dans les #classes_sociales, et cela malgré la violence de leur formation. Avec des liens d’entraide, de #solidarités, de formes d’#hospitalité... Dans le chaos de la #désaffiliation_sociale, il ne semble rester que la fusion identitaire renforcée par les régimes universels des #connexions.

    Comment conjurer ces périls ?

    Dans les ruines où nous vivons – ruines du « social », de ses institutions, des scènes du politique, des anciens projets de l’émancipation – d’autres choses deviennent possibles qui ne sont pas de l’ordre de la répétition. Je suis malgré tout optimiste.

    Est-ce qu’il faut précipiter l’écroulement ? Ou est-ce qu’il faut trouver des manières d’hériter de ce monde ruiné ? Les deux en même temps. Malgré l’exaltation que l’on peut éprouver lors de processus insurrectionnels, que je partage, force est de constater qu’il y a trop de #souffrances. Nous pouvons nous demander comment hériter de ce qui amortissait la #brutalité_capitaliste.

    Je parle ici de ces institutions (hôpital, psychiatrie, école, travail social, etc.) qui nous permettent encore d’avoir prise sur la vulnérabilité des mondes ordinaires qui ont vécu la destruction d’un #contrat_social. Celui qui voulait que l’inscription de nos projets de vie dans l’économie (avec son lot d’exploitations, de destructions des milieux de vie donnant malgré tout lieu à des luttes et des résistances) avait comme contrepartie la garantie d’une appartenance au monde social.

    C’est-à-dire ?

    J’ai beaucoup travaillé en Seine-Saint-Denis, notamment dans des dispositifs médico-sociaux, psychiatriques, assistenciels... C’est là où les plus précaires, les plus vulnérables échouent. C’est là où des gens parfois survivent. C’est là où ils parviennent à refabriquer de nouveaux modes d’existence, malgré la déliquescence des institutions, et malgré les contraintes qu’elles imposent.

    J’en arrive alors à quelque chose d’essentiel : à une certaine conception de l’enquête. Elle est tout à la fois témoignage, intervention pour rendre visible l’invisible mais encore contribution à la création de nouveaux liens et à des alliances.

    Je pense à celles et ceux qui font exister des pratiques d’hospitalité avec des migrants à la rue, ou qui soignent et résistent aux pratiques de ségrégation dans un hôpital psychiatrique, ou qui tentent de réparer ou instaurer de nouveaux liens dans un service de protection de l’enfance parfaitement ignoré, ou qui font exister des mutualisations et des formes d’entraide dans une association de quartier. Je pense à toutes celles et ceux qui défont les frontières des institutions pour introduire un « dehors » imprévisible qui permet de sortir de l’asphyxie identitaire.

    L’enquête peut être alors définie ainsi : faire exister ce qui me fait à mon tour exister, autrement. D’où vient celui qui enquête ? Qu’est-ce qui l’autorise à aller voir ce que les autres font ? Aller dans un « ailleurs », c’est pouvoir faire retour, quelque part. Et pouvoir raconter. Tâche infinie de la traduction. Et alors on cesse d’être un « témoin modeste », neutre, nous met en garde #Donna_Haraway [philosophe états-unienne – ndlr]. On est un itinérant, un passeur. Et d’autres le sont pour nous. Et c’est alors qu’on retisse des formes communales, des arrière-paysages invisibilisés. Dans l’actuel régime de visibilité de la dystopie qui nous aveugle, ces arrière-paysages peuvent nourrir les futurs soulèvements.

    Pour finir, je voudrais ajouter quelque chose aussi qui est pour moi de la plus grande importance : c’est de ne pas se laisser tétaniser par la catégorie de la #domination. La domination entraîne fatalement la quête d’une reconnaissance : celle que vous accorderont vos maîtres, avec des hiérarchies entre les dominés. Je préfère parler plutôt de luttes contre la #dépossession de nos rapports au monde. La dépossession ouvre toujours à la possibilité de formes de #réappropriation qui dépendent, non pas de la nostalgie d’un monde perdu, mais de notre actualité. Bref, qui ouvre à de nouvelles créations.

    On pourrait conclure avec la belle idée de Tim Ingold [anthropologue britannique, à lire dans un prochain épisode – ndlr] : il nous faut pouvoir laisser en héritage le passé à venir.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/291225/josep-rafanell-i-orra-heriter-d-un-monde-completement-en-ruine
    #ruines

  • La médecine soigne-t-elle vraiment tout le monde ?

    En fin d’études, les médecins prêtent le serment d’Hippocrate, s’engageant à soigner toute personne sans distinction. Mais dans les faits, est-ce vraiment le cas ? Pourquoi certaines personnes sont-elles moins bien prises en charge que d’autres ? Est-ce la faute des médecins eux-mêmes — ou celle d’un système qui trie, hiérarchise, invisibilise en permanence ? Quels effets produit cette médecine qui peine à accueillir les #corps_minoritaires ?

    https://www.binge.audio/podcast/encoreheureux/la-medecine-soignent-elles-vraiment-tout-le-monde

    #médecine #discriminations #soins #tri #invisibilisation #hiérarchisation #minorités
    #audio #podcast

  • Le #Conseil_de_l'Europe #critique l’#externalisation des procédures d’asile

    Le Conseil de l’Europe estime que le #renvoi de migrants vers des #pays-tiers pour y traiter leur demande de protection présente de nombreux #risques.

    Michael O’Flaherty, Commissaire aux droits de l’homme au Conseil de l’Europe, a récemment déclaré dans un communiqué que la perspective d’envoyer des demandeurs d’asile vers des pays tiers pouvait entraîner « un #traumatisme grave et des #souffrances prolongées ».

    Ce commentaire fait suite à un projet de loi actuellement en discussion au sein de l’UE pour donner à ses États membres davantage de pouvoirs pour refuser d’accueillir un demandeur d’asile si ce dernier peut être envoyé dans un autre pays considéré comme sûr.

    Cette disposition des « #pays-tiers_sûrs » viendrait étoffer le nouveau #Pacte_européen_sur_l'immigration_et_l'asile, qui a été signé l’année dernière. Sa mise en oeuvre est en cours et doit être transcrite dans le droit national des pays de l’UE d’ici juin 2026.

    La gestion migratoire, un thème devenu une priorité pour l’UE

    En attendant, des amendements pourraient donner le droit aux Etats d’envoyer des demandeurs d’asile vers des pays tiers avec lesquels ils n’ont que peu ou pas de liens.

    Certains gouvernements y voient un moyen de #dissuasion pour lutter contre l’immigration clandestine.

    Une personne pourrait par exemple être renvoyée vers un pays sûr parce qu’elle y avoir fait escale dans un aéroport ou parce qu’elle y a séjourné avant d’atteindre l’UE.

    Cette dispositions s’étendrait également aux cas de mineurs non accompagnés, qui jusqu’à présent étaient exemptés des mesures d’expulsion dans toute l’UE.

    Des #accords avec des pays tiers

    Michael O’Flaherty, du Conseil de l’Europe, y voit le risque d’exposer des demandeurs d’asile à la torture, à la détention arbitraire et de mettre leur vie en danger.

    Le Conseil de l’Europe a exhorté à plusieurs reprises les gouvernements européens à prendre en considération les préjudices que ces renvois pourraient causer, notamment « un accès limité à l’aide juridique et des garanties de protection incertaines ».

    Le Conseil souligne par ailleurs que l’idée d’expulser des migrants dans le cadre d’accords de coopération avec des pays tiers soulève des questions éthiques. Il appelle les États membres à « respecter leurs obligations en matière de droits de l’homme et de démocratie ».

    L’exemple américain

    Dans sa déclaration, le Conseil de l’Europe compare également la direction prise par l’UE aux politiques controversées de l’administration de Donald Trump. Les Etats-Unis expulsent désormais des personnes en situation irrégulière vers des pays tiers aussi éloignés que le Soudan du Sud, l’Eswatini, le Salvador et le Rwanda. Or la plupart de ces personnes n’ont aucun lien avec ces pays de destination.

    En Europe, la déclaration fait également référence à la tentative avortée du #Royaume-Uni d’externaliser une partie de son système d’asile vers le #Rwanda. L’ambition a finalement été abandonnée l’année dernière après l’arrivée au pouvoir des du parti travailliste.

    Le texte cite également les efforts controversés de l’#Italie pour envoyer des demandeurs d’asile en #Albanie, qui n’est pas un pays membre de l’UE. Sous la Première ministre d’extrême-droite Giorgia Meloni, l’Italie a ouvert deux centres d’asile en Albanie afin de traiter les demandes d’une partie des migrants secourus par les garde-côtes italiens dans les eaux internationales.

    La justice italienne s’est opposée à la démarche et les deux centres peinent à fonctionner. Le gouvernement italien entend malgré tout poursuivre son projet en adaptant son arsenal législatif sur l’asile et la liste des pays d’origine considérés comme sûrs.

    D’autres pays de l’UE, tout comme le Royaume-Uni « ont manifesté leur intérêt pour cette approche », souligne également la déclaration..

    L’influence limitée du Conseil de l’Europe

    Les questions soulevées par le Conseil de l’Europe n’ont toutefois aucune incidence directe sur l’UE.

    Alors que l’Union européenne est une entité politique et économique qui compte actuellement 27 États membres, le Conseil de l’Europe est un organisme totalement distinct qui réunit 46 pays. Son rôle est de défendre les droits de l’homme et la démocratie. Il ne peut, dans la pratique, qu’émettre des recommandations.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67135/le-conseil-de-leurope-critique-lexternalisation-des-procedures-dasile

    #asile #migrations #réfugiés #return_hubs

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    ajouté à la métaliste sur les tentatives de différentes pays européens d’#externalisation non seulement des contrôles frontaliers (https://seenthis.net/messages/731749), mais aussi de la #procédure_d'asile dans des #pays_tiers :
    https://seenthis.net/messages/900122

  • #Payer_la_terre. À la rencontre des premières nations des #Territoires_du_Nord-Ouest_canadien

    En 2015, Joe Sacco s’est rendu par deux fois dans les territoires du Nord-Ouest du Canada, au-dessous de l’Arctique. Il est allé à la rencontre des Denes, un peuple autochtone. L’auteur nous raconte l’histoire de ce peuple, ses traditions, restées intactes pour certaines, les premières rencontres avec les Anglais.
    Pendant longtemps, les peuples indigènes du Grand Nord, vivant sur des terres non propices à la colonisation agricole, restèrent livrés à eux-mêmes, jusqu’à ce que la découverte de pétrole et d’or incite le gouvernement à officialiser son autorité sur eux, comme sur leurs terres. À cette période, les autorités s’appropriaient les territoires, non plus par les massacres, mais cliniquement, méthodiquement, et de façon administrative – grâce à des traités.
    En lisant ceux-ci, on n’échappe pas à l’impression que les « Indiens » ont donné la terre où ils vivaient en échange de la promesse d’une annuité de quelques dollars, de quelques outils et de médailles pour ceux qui se disaient leurs chefs. Aujourd’hui, la fracturation hydraulique ajoute la pollution à la spoliation initiale.

    https://www.futuropolis.fr/9782754818551/payer-la-terre.html
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Joe_Sacco #Canada #peuples_autochtones #Dene
    #nature #forêt #nomadisme #environnement #montagne #animaux #humilité #fracturation_hydraulique #fracking #pétrole #Territoires_du_Nord-Ouest #industrie_pétrolière #Compagnie_de_la_Baie_d'Huston #extractivisme #conflits #résistance #travail #alcoolisme #drogue #alcool #argent #éducation #champs_pétroliers #exploitation_minière #développement #gaz_naturel #Sahtu #Mackenzie_Valley_Land_and_Water_Board #missionnaires #Eglise_catholique #religion #spiritualité #communauté #mines #uranium #ski-doo #fourrures #or #Traité_8 #Traité_11 #René_Fumoleau #oralité #tradition_orale #Wunk_Sheek #Fraternité_indienne_des_Territoires_du_Nord-Ouest #Denedeh #affaire_Paulette #François_Paulette #justice #combat_juridique #gazoduc #prise_de_conscience #identité #Fort_Simpson #Nation_dene #diamants #prospection #droits_miniers #accords_territoriaux #quantum #autonomie_gouvernementale #Fraternité_indienne #logement #harcèlement_policier #Hire_North #Accord_tlicho #colonisation #sédentarisation #genre #langue #violence_domestique #maltraitance #abus_sexuels #suicide #scolarisation #évangélisation #pensionnats #assimilation #acculturation #pensionnats_autochtones #christianisation #châtiments_physiques #commission_de_vérité_et_conciliation #viols #travail_salarié #excuses #génocide_culturel #souffrance #traumatisme #dédommagement #inceste #colère #déculturation #parentalité #Trout_lake #aides_sociales #revendication_territoriale #différend_territorial #Colombie-Britannique #Yukon #Fort_Liard #mer_de_Beaufort #Inuvik #racisme #identité #violence_relationnelle #Dene_Nahjo #Idle_No_More #déracinement #capitalisme #genre #dépossession #mine_Giant #complexe_d'infériorité

    • ’My work is not finished’ : #François_Paulette named officer of Order of Canada

      Denesuline elder has long advocated for Indigenous and treaty rights

      Denesuline Elder François Paulette has many accomplishments under his belt. He’s an educator, activist, spiritualist, father, grandfather, former chief, and a traditional knowledge holder.

      Now he can add one more title to his name — officer of the Order of Canada.

      The national order recognizes people who have made extraordinary contributions to the country. Paulette is among 120 people — six from the North — who are being honoured this year. He is being recognized for his longtime contributions to treaty and Indigenous rights and his promotion of circumpolar health research.

      “My biggest job has always been protecting the Earth and the water. And that’s always for the future of the children. And also the rights of Indigenous people, treaty rights,” he said.

      But Paulette, who is a member of the Smith’s Landing First Nation, said he’s not one for medals and awards. When he learned he was an Order of Canada recipient, he said he had to think about whether or not to accept the honour. He ultimately decided to do it for his 10 grandchildren.

      “It’s not in my blood to get recognition, at least from the Canadian government or the Crown for the work I’ve done, because my work is all about protecting Mother Earth and working on rights of Indigenous people,” he said.

      For Paulette, one of his proudest accomplishments is moving back to his home community where he and his wife built a log home and raised their children in a contemporary-traditional lifestyle.

      “It was a sense of renewal for me,” he said.

      Paulette was born in April 1949, near Fort Fitzgerald, Alta, and lived there until his community was relocated to Fort Smith, N.W.T., by the federal government beginning in 1959.

      Paulette said he’s also proud of his work negotiating outstanding Crown treaty obligations.

      In 1969, Paulette was one of the founding members of the Indian Brotherhood of the Northwest Territories — renamed the Dene Nation in 1978 — which was formed in opposition to The White Paper. That federal document proposed terminating existing treaties and assimilating Indigenous people in Canada.

      A turning point for the Dene

      In 1971, Paulette became the youngest chief in the territory at that time. The following year, he was part of the Paulette Case, something he said was a “turning point for the Dene.”

      In that case, Paulette and 16 other chiefs from the Mackenzie Valley, challenged the Canadian government to recognize Indigenous title to over 1,165,494 square kilometres of land in the N.W.T. They filed a caveat arguing the Dene didn’t surrender their rights or land when they signed Treaty 8 and Treaty 11 and sought to prevent construction of the proposed Mackenzie Valley Gas Pipeline.

      In 1973, Supreme Court Justice William Morrow ruled that the chiefs had established a case for claiming rights to the land. While the ability to register the caveat was overturned by the Supreme Court of Canada, Morrow’s findings regarding Indigenous rights were upheld. The case also helped prompt the Berger Inquiry, which led to a moratorium on the proposed gas pipeline.

      “I think that turned the page of how the Dene were to begin to negotiate … Canada’s outstanding obligation to the First Nations,” Paulette said.

      Paulette said he is also proud to have been one of the delegates that travelled to Geneva, Switzerland, in 1977, to begin talks that led to the United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples.

      “That was nice to see that eventually unfold and be recognized by the world.”

      Since then, Paulette has been involved with the Institute for Circumpolar Health Research and is now an adjunct professor at the University of Alberta’s School of Public Health. He has also travelled around the globe speaking to people about Indigenous and treaty rights, spiritualism, healing and environmental protection.

      “If this little token of, this Order of Canada can elevate my profile, I will continue,” he said. “My life in that way is not going to change, my work is not finished.”

      Paulette will be honoured by the Order of Canada at a ceremony in Ottawa later this year.

      https://www.cbc.ca/news/canada/north/francois-paulette-order-of-canada-1.5413265

  • « Vous êtes tous racistes » : la colère antiraciste au sein du mouvement écologiste

    Les mouvements antiracistes et décoloniaux ont exprimé leur déception avec colère au festival #Les_Résistantes. Les collectifs écologistes doivent se « déblanchiser », au risque de ne jamais voir leur alliance se concrétiser.

    « OK, stop. » Les Résistantes, le festival de rencontres des #luttes locales et globales qui se tenait du 7 au 10 août, ont réellement commencé lors de la cérémonie de clôture. Sur scène, une dizaine de militants racisés, la voix tremblante d’émotion et de colère. Sur l’herbe, les festivaliers, des personnes blanches pour la quasi-totalité, dans un silence de plus en plus chargé.

    « On a tous fait le même constat : on est fatigués, on est tristes et en #colère, parce qu’on a vécu beaucoup de #violence, explique une première intervenante de ce collectif informel. Tout cela vient s’ajouter à un quotidien déjà très lourd pour nous. C’est d’autant plus dur de subir ce type d’#agressions dans un #festival où nous étions censés arriver en milieu allié. »

    Une autre enchaîne : « Vous êtes tous racistes. Ceci n’est pas un festival antiraciste. Pour l’instant, il est loin de l’être. » Puis une troisième : « On ne veut pas de vos applaudissements. On ne veut plus de votre #hypocrisie. On a besoin que vous nous assistiez vraiment. » Et une quatrième : « Chaque question que vous posez est centrée sur vous ; c’est trop rarement que vous nous demandez ce qu’on ressent. » Puis, alors que les orateurs descendent en pleurs de l’estrade au milieu d’un silence pesant : « Ce [silence], c’est un sentiment d’#inconfort collectif. Une transformation systémique nécessite un inconfort collectif. [...] Sentez l’inconfort, la transformation antiraciste qui est en train de vous traverser, et j’espère qu’à un moment vous serez des militants antiracistes avec nous. »

    Le rendez-vous semble être fixé avec les mouvements de luttes sociales et environnementales : si, suite à cet appel, les transformations réclamées n’ont pas lieu, la #convergence désirée de longue date entre collectifs sociaux et mouvements antiracistes et décoloniaux pourrait bien ne jamais voir le jour. Si elles engendrent une véritable évolution, elles pourraient devenir l’épisode fondateur de cette alliance qui ne parvient pas à émerger.

    L’un des moments clés pour comprendre ce qui s’est joué lors de ces quatre jours de festival, c’est une table ronde consacrée aux #pesticides comme forme de #colonialisme_chimique. Les membres du Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, dont le #chlordécone, de #Guadeloupe et de #Martinique (#COAADEP), y ont exposé longuement les ravages causés par ce pesticide utilisé de 1972 à 1993 aux #Antilles, principalement pour la production de #bananes, qui continue de polluer les sols et générer des maladies mortelles sur ces territoires.

    Un membre du public a alors fait valoir que la France hexagonale aussi connaissait des enjeux de #pollution aux pesticides, en citant l’exemple de la #loi_Duplomb. « La pétition contre la loi Duplomb a récolté plus de 2 millions de signatures ; personne ne soutient nos actions contre le chlordécone, malgré les nombreux morts qu’il a engendrés », ont répondu les membres du COAADEP, avant de quitter la discussion. « Il y a un manque de visibilité profond de nos luttes », condamne après coup Lilith [], membre du COAADEP. Encore sous le coup de l’émotion, elle dénonce aussi avoir été « mal accueillie » et « infantilisée » par des festivaliers lors de l’arrivée du collectif, engagé depuis le 2 août dans une marche en solidarité avec les victimes de ce pesticide.

    « Pas qu’un enjeu théorique »

    D’autres tensions ont émaillé le festival, amenant un grand nombre de participants racisés à faire part, publiquement, de leur colère et de leur #déception.

    « Ces événements ne sont pas nouveaux, ils illustrent la manière dont les personnes blanches ramènent à leur propre condition les #récits que nous partageons », expose Micheline [], du collectif #Vietnam_Dioxine, en soutien aux victimes de l’#agent_orange, un #défoliant chimique, au #Vietnam.

    Elle ajoute : « Nous livrons notre #émotion liée aux #souffrances engendrées par la #domination_coloniale, et celles-ci sont mises à #distance. Plutôt que de nous poser des questions sur le fond, ou de nous demander comment nous allons, on nous demande des conseils pour faire de l’agriculture au Chili, comme si nous étions des porte-parole du Sud Global. »

    « Il ne suffit pas d’avoir lu Malcom Ferdinand »

    La militante a publié une série de stories sur Instagram pour signaler les violences subies par les intervenants sur des causes similaires lors de ce festival, soulignant notamment que « [leurs] histoires douloureuses ne sont pas écoutées par les Blancs qui se disent antiracistes décoloniaux ». « L’enjeu n’est pas pour autant de critiquer l’organisation, qui a mis en place une commission décoloniale, précise-t-elle toutefois. L’#écologie_antiraciste et décoloniale n’est pas qu’un enjeu théorique : il ne suffit pas d’avoir lu #Malcom_Ferdinand [chercheur en sciences politiques et auteur notamment de « Une Écologie décoloniale » (Seuil, 2019)], c’est avant tout une #pratique_politique, et créer cette commission est déjà un acte politique. »

    Les organisateurs de l’événement avaient en effet souhaité insister sur l’enjeu décolonial et antiraciste, qui était l’un des fils rouges des conférences du festival, au même titre que les luttes féministes, LGBT+, contre les idées d’extrême droite, internationalistes, écologistes, paysannes et sociales.

    « Il y a en ce moment des discussions partout sur le camp, et une assemblée générale autogérée sur le sujet, a expliqué Victor Vauquois, cofondateur du collectif Terres de luttes, dans la soirée du dimanche, après la prise de parole. De son côté, l’organisation va en rediscuter pour prendre à bras le corps le sujet, voir comment réparer et apprendre de nos erreurs pour pleinement contribuer à un front antiraciste, écologique et social. »

    Des pistes pour « #déblanchiser » les collectifs

    Reste que chacun des temps consacrés à la perspective antiraciste et décoloniale a montré l’étendue du chemin à parcourir pour que les différents mouvements de lutte se mettent à la hauteur de ce qui leur est demandé.

    Pour Nabil [], de l’#Assemblée_des_quartiers, un collectif né en 2024 formant les jeunes des quartiers populaires à entrer dans l’arène politique, si l’on veut comprendre pourquoi il y a eu autant de « rendez-vous manqués », il faut souligner le peu d’intérêt porté par les écologistes aux dynamiques des populations racisées.

    « Les gens ici ne connaissent pas nos histoires. Nous, on apprend vos luttes : le Larzac, Notre-Dame-des-Landes, etc. La réciproque n’est pas à la hauteur. Qui, ici, connaît le #Mouvement_des_travailleurs_arabes ou le #MIB ? » interroge-t-il, en référence au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), un mouvement politique né en 1995 dans le sillage de la #Marche_de_1983 (surnommée la « #marche_des_Beurs »). Peu connu dans les courants écologistes, le MIB est pourtant l’un des éléments structurants des collectifs antiracistes et contre les #violences_policières contemporaines, à l’instar du #Comité_Adama.

    Cette #méconnaissance des organisations politiques des quartiers n’est « pas qu’un enjeu moral, elle a des conséquences politiques », observe Tara [], du mouvement #Le_Next_Level, qui réunit des associations concernées par les #discriminations. Selon elle, s’imaginer que les quartiers n’ont pas d’histoire politique revient à penser qu’il incombe aux organisations traditionnelles d’aller politiser leurs habitants — comme s’ils étaient des sujets passifs plutôt que des acteurs politiques à part entière. « Pourquoi il n’y a pas de personnes racisées dans votre mobilisation ? Peut-être, simplement, parce que ce que vous faites n’est pas pertinent pour leurs problématiques, ou que votre manière de la faire les en exclut. »

    Le « #privilège_blanc », l’« #ignorance_blanche »...

    Les ateliers visant à outiller les collectifs militants aux enjeux antiracistes ont fait émerger de nombreuses recommandations pour effectuer cette mise à niveau. Mais la liste est si longue, et touche à tant de domaines, que les intervenants en venaient plutôt à recommander de participer à des formations complètes à l’antiracisme. Alors que plusieurs participantes racisées expliquent avoir déserté des groupes militants parce qu’elles y subissaient des #agressions_racistes, d’autres s’interrogent sur la manière de « déblanchiser » ces mêmes collectifs.

    « Il n’y a pas de recette magique, explique Hortensia [], de la commission soins des Résistantes et animatrice de l’atelier. Cela dépend toujours de votre relation à la personne et de votre position dans un groupe social. Mais vous pouvez commencer par certains éléments, comme vous renseigner sur le privilège blanc », défini par l’universitaire étasunienne Peggy McIntosh comme la possibilité pour les Blancs de garder un statut social élevé qui masque les #inégalités_raciales.

    Elle ajoute : « Vous pouvez vous documenter sur l’ignorance blanche, qui consiste à penser que son récit est universel, ou encore sur le #trauma_racial [un concept selon lequel les #traumatismes liés au racisme engendrent des troubles mentaux], qui permet de mieux comprendre certaines réactions de personnes racisées au sein de votre groupe. »

    « Vous portez nos keffiehs comme si vous les méritiez »

    Tous insistent sur la nécessité de ne pas faire de la « #tokenisation » des personnes racisées, c’est-à-dire d’inclure dans un collectif des personnes racisées simplement comme des faire-valoir, pour leur qualité de personne racisée. Cela peut aboutir, raconte une participante, à lui mettre la pression pour représenter le collectif, dans le but de donner à voir une #inclusivité de façade.

    Celle-ci concerne aussi les espaces du festival baptisés Pinar Selek, Djamila Boupacha, Mahsa Jîna Amini, Ifti Nasim, bell hooks, Angela Davis... Autant de figures « token », dénoncent les militants antiracistes sur de grandes pancartes portées sur scène lors de leurs prises de parole. « En fait, vous adorez nos #symboles, vous portez nos #keffiehs à longueur de journée comme si vous les méritiez ; vous utilisez nos #icônes, nos figures ; mais pendant ce temps, vous nous déshumanisez complètement. »

    Certains rappellent que tant que ces discussions débouchent vers la #culpabilité des personnes blanches à l’égard des #oppressions, ce sont encore les personnes racisées qui portent la « #charge_raciale » et doivent rassurer, voire conforter, les personnes blanches.

    Tarik [], de l’association #A4, qui favorise l’intégration d’exilés dans le milieu agricole, rappelle qu’il y a une différence entre #intégration (qui demande que les personnes racisées fassent des efforts pour se plier aux modes d’organisation) et #inclusion (qui implique de s’approcher, de manière proactive, de la position des autres). Et il interroge : « Nous, on fait l’effort de s’adapter aux modes d’organisation des Blancs, mais vous croyez vraiment que c’est la seule manière de s’organiser ? »

    Lucie [*], activiste pour le climat, pose enfin : « Moi, ce que j’aurais voulu, c’est des #excuses, parfois : qu’on me dise “Pardon, je n’ai pas prêté attention à ce que tu as dit, ou à la personne que tu es”. »

    Ressources recommandées par les intervenants

    Livres :

    – Mécanique du privilège blanc — Comment l’identifier et le déjouer ?, Estelle Depris, Binge Audio, 2024
    – Décolonisons-nous, Frank Lao, JC LAttès, 2023
    – Dans le blanc des yeux — Diversité, racisme et médias, Maxime Cervulle, éditions Amsterdam, 2021
    – La Domination blanche, Solène Brun Claire Cosquer, Textuel, 2024
    – Vous les asiates. Enquête sur le racisme anti-asiatique en France, Linh-Lan Dao, Denoël, 2025
    – Moi et la suprématie blanche, Layla Saad, Marabout, 2021
    – Une Minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-Asiatiques, Ya-Han Chuang, La Découverte, 2021
    – Le Privilège de dénoncer — Justice pour toutes les victimes de violences sexuelles, Kharoll-Ann Souffrant, 2022, Éditions du Remue-ménage
    – La Charge raciale — Vertige d’un silence écrasant, Douce Dibondo, Fayard, 2024
    – Comme nous existons, Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021
    – Le Triangle et l’Hexagone — Réflexions sur une identité noire, Maboula Soumahoro, La Découverte, 2020
    – Le Racisme est un problème de Blancs, Reni Eddo-Lodge, Autrement, 2017
    – Les Femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?, Hanane Karimi, Hors d’atteinte, 2023
    – Entrer en pédagogie antiraciste — D’une lutte syndicale à des pratiques émancipatrices, collectif SUD Éducation 93, Shed Publishing, 2023

    Podcasts :

    – Une histoire du Mouvement des travailleurs arabes, France Culture (série de 4 épisodes)
    – Kiffe ta race, Binge Audio
    – Histoires Crêpues
    – Des Colonisations, Spectre Media
    – Je ne suis pas raciste, mais, Slate

    https://reporterre.net/Vous-etes-tous-racistes-la-colere-antiraciste-au-sein-du-mouvement-ecolo
    #racisme #écologie #décolonial #antiracisme #déshumanisation

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