• Sovranismi digitali - I mini e-book di China Files. No. 2 - China Files
    https://www.china-files.com/sovranismi-digitali-i-mini-e-book-di-china-files-no-2

    Estratto dall’editoriale

    Controllare il proprio territorio per esercitare il proprio potere e per assicurarne la sicurezza da influenze esterne; il concetto cinese di «sovranità» è ormai conosciuto in tutto il mondo, così come le ragione della sua costante sottolineatura da parte della dirigenza di Pechino: rispettare la sovranità, significa di conseguenza non mettere il naso nelle questioni interne del Paese. Proprio in questo periodo, con le critiche piovute sulla Cina a proposito di Xinjiang, Hong Kong e Taiwan, questo concetto è ancora più importante per comprendere le traiettoria che la Cina sta assumendo anche a livello internazionale. Quando il Partito comunista cinese si è trovato di fronte alla vastità della rete e alla sua quasi intrinseca assenza di limiti, di confini fisici, territoriali, la leadership ha traslato il concetto di sovranità al mondo digitale cominciando a diffondere un nuovo mantra, la sovranità digitale (wangluo zhuquan 网络主权) … (l’editoriale di Simone Pieranni prosegue sul mini e-book dedicato ai sottoscrittori)

    #Simone_Pieranni #Chine #Souveraineté_numérique

  • La garantie d’emploi, un outil au potentiel révolutionnaire | Romaric Godin
    http://www.contretemps.eu/chomage-economie-garantie-emploi-depassement-capitalisme

    L’ouvrage de Pavlina Tcherneva qui inaugure la collection « Économie politique » avance une proposition qui peut paraître a priori insensée : fournir à tous les citoyens qui le souhaitent un travail rémunéré, permettant de vivre décemment. Tout l’intérêt de son propos est de montrer que, précisément, cette proposition n’a rien d’insensé, mais qu’elle est parfaitement réalisable pour peu que l’on se libère de certaines certitudes qui ne sont que des constructions politiques. L’idée que le chômage soit le mode d’ajustement « normal » de l’économie est déjà un choix politique remarquablement déconstruit par l’autrice. Source : (...)

  • Projet de #loi sur les #principes_républicains : le niveau des eaux continue de monter

    Il se passe quelque chose d’assez étrange en ce moment : si de nombreux·ses collègues et de nombreuses institutions se sont résolument élevé·es contre les attaques en « #islamo-gauchisme » et autres « #militantismes » lancées de toutes parts dans le sillage de #Frédérique_Vidal, les dispositions concernant les #universités qui ont été introduites dans le projet de loi confortant le respect des principes de la République ne semblent, en revanche, pas émouvoir grand monde.

    Pourtant, nous avons désormais dépassé le seul stade des paroles odieuses sur les plateaux de télévision : le parlement travaille en ce moment à les transformer en #obligations et #interdictions concrètes.

    Peut-être cet intérêt tout relatif de la communauté universitaire s’explique-t-il par le fait que ce sont les étudiant·es qui se trouvent le plus frontalement visé·es. Peut-être est-ce aussi l’effet d’une grande fatigue : le caractère ininterrompu des #attaques contre l’ESR fait qu’il est de moins en moins pertinent de parler de « vagues » réactionnaires, alors qu’il s’agit, en réalité, d’une implacable et continue montée des eaux aux émanations pestilentielles.

    Double discours de la #CPU

    Rien, pas une réaction de la #conférence_des_présidents_d’université (CPU), par exemple, à la suite des deux nouveaux articles introduits le 18 mars 2021 dans le projet de loi confortant le respect des principes de la République, alors que c’est le versant étudiant des #franchises_universitaires qui se trouve remis en question par le parlement, comme nous l’avons déjà expliqué.

    Pire même, le président de la CPU, #Manuel_Tunon_de_Lara a fait le choix de mettre encore un peu d’huile sur le feu : le 16 mars dernier, il a écrit à tou·tes les membres de la commission des lois et membres de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat – dans une lettre qu’Academia s’est procurée, mais que la CPU s’est bien gardée de rendre publique – pour alimenter la grande peur panique en cours :

    « La vraie #menace [écrit Manuel Tunon de Lara] réside dans le risque d’#intrusion des #religions et d’#idéologies diverses dans la #science, le contenu des #enseignements ou des champs de #recherche, au mépris de la #liberté de chaque enseignant d’exprimer sa pensée et de la #liberté des étudiantes et étudiants inscrits d’assister aux enseignements dispensés, et en violation des franchises universitaires ».

    Il apparaît que c’est un véritable double discours que tient la CPU, quand on sait que deux jours plus tard, elle twittait publiquement toute autre chose de sa rencontre avec le président du Sénat, #Gérard_Larcher :

    https://twitter.com/CPUniversite/status/1372593687000125440

    https://twitter.com/mtunondelara/status/1374734620533608452

    Très introduit, le président Tunon de Lara n’hésite jamais à utiliser ses rencontres parlementaires pour sa communication personnelle1. Au vu des éléments dont nous disposons et du ciblage dont les étudiant·es font l’objet, tant d’un point de vue social que politique, on peu s’intérroger sur ce que prépare réellement la CPU à leur endroit.

    Que le nouvel #article_24 sexies du projet de loi confortant le respect des principes de la République subordonne la mise à disposition de locaux aux étudiant·es à la signature d’un « #contrat_d’engagement_républicain » – dont, pourtant, la Commission nationale consultative des droits de l’homme vient solennellement de demander l’abandon – cela ne pose aucun problème à la CPU. Faire des communiqués grandiloquents contre la ministre, elle sait faire. Défendre concrètement les libertés étudiantes – l’un des grands acquis de la #loi_Faure de 1968 – en revanche, elle s’en garde bien. Peut-être même est-elle directement à l’origine de l’autre article du projet de loi qui concerne les étudiant·es, l’#article_24_septies qui, lui, élargit de manière considérable les possibilités, pour les présidences d’établissement, de limiter la #liberté_de_réunion et la #liberté_d’expression des étudiant·es chaque fois qu’elles estiment être en présence d’ « actions de #propagande » et de « #troubles » au « bon fonctionnement du #service_public », comme Academia l’a déjà expliqué.

    Nouvelle vague d’#amendements au Sénat

    Il est désormais presque certain que ces deux articles seront adoptés lors de l’examen en hémicycle du projet de loi par le Sénat, qui commence demain, mardi 30 mars 2021, à 14h30 au Sénat et durera jusqu’au 8 avril.

    Pour cet examen en hémicycle, d’autres amendements ont en outre été déposés ces tout derniers jours. Ces amendements ont une chance moindre d’être adoptés, mais il nous paraît important de les signaler pour rappeler à quel point, au Parlement, les universités sont désormais visées de manière quasi ininterrompue.

    1° Bien sûr, comme plusieurs fois déjà ces trois derniers mois, des élus Républicains sont remontés au front pour faire interdire le port du #voile dans les établissements d’enseignement supérieur. C’est le cas de l’amendement n° 379 du sénateur #Henri_Leroy ou de l’amendement n° 35 du sénateur #Bascher – qui entend d’ailleurs interdire tous

    signes, tenues ou actes qui constitueraient des actes de pression, de provocation, de #prosélytisme ou de propagande, perturberaient le déroulement des activités d’enseignement de recherche ou troubleraient le fonctionnement normal du service public ».

    On signalera tout particulièrement l’amendement n° 487 du sénateur des Bouches-du-Rhône #Stéphane_Ravier, qui recourt allègrement au vocabulaire de l’#extrême_droite pour parler des « #racistes_anti-blancs de l’UNEF«  :

    À l’Université, des professeurs sont empêchés de citer des auteurs ou d’aborder certains thèmes sous la pression de groupes d’élèves. Le rôle des syndicats d’étudiants, les racistes anti-blancs de l’UNEF en tête, qui organisent ou participent à des évènements de ségrégation et de division, n’y est pas pour rien. Il convient donc de rétablir l’enseignement public dans sa vocation de #neutralité, de #laïcité et d’#universalité en interdisant les avancées communautaires, via le port de tenues ou de #signes_religieux ostensibles, au premier rang desquels le #voile_islamique est le plus conquérant.

    2° À côté de ces amendements sur les signes religieux, on trouve plusieurs offensives directement dirigées contre les associations étudiantes que le code de l’éducation désignent comme représentatives et qui, à ce titre, siègent au CNESER. Par un amendement n° 81, vingt-cinq sénateurs et sénatrices de droite se sont en particulier allié·s pour proposer que l’on inscrive dans la loi que ces associations « sont soumises au respect strict de l’ensemble des #valeurs de la République et de la laïcité ». Le retour, donc, des fameuses « valeurs de la République« , dans lesquelles on pourra tout mettre à l’avenir et qui avaient tant agité les #facs en novembre dernier lorsqu’elles avaient surgi dans la loi de programmation de la recherche…

    Le sénateur #Max_Brisson, par ailleurs inspecteur général de l’éducation nationale et plutôt mesuré jusqu’ici dès qu’il s’agissait d’ESR, fait mieux encore : dans un amendement n° 235, il propose rien moins que :

    « Ne peuvent participer aux élections d’associations représentatives d’étudiants les listes dont un ou plusieurs candidats ont tenu dans des lieux publics, par quelque moyen que ce soit, y compris écrit, des propos contraires aux principes de la #souveraineté_nationale, de la #démocratie ou de la laïcité afin de soutenir les revendications d’une section du peuple fondées sur l’#origine_ethnique ou l’#appartenance_religieuse. »

    3° Quant aux sénateurs et sénatrices socialistes, ils et elles ne veulent visiblement pas être en reste, proposant de subordonner le droit à la mise à disposition de locaux dont disposent les étudiant·es au titre des franchises universitaires depuis 1968 à la signature non d’un « #contrat_d’engagement_républicain » comme le prévoit le nouveau #article_24_sexies, mais, grande différence, à une « #charte_d’engagements_réciproques » par laquelle ces étudiant·es s’engageraient à « promouvoir et à faire respecter toutes les valeurs de la République » (amendement n° 109). « Contrat d’engagement républicain » ou « charte d’engagements réciproques », il existe sans doute des différences, mais le problème de principe demeure : voilà donc que l’exercice même d’une liberté – la liberté de réunion des étudiant·es qui est particulièrement protégée sur les campus grâce au versant étudiant des franchises universitaires – se trouvera subordonné à la signature d’un contrat imposant des obligations dont le contenu est, n’en doutons pas, appelé à augmenter tendanciellement.

    C’est bien le niveau des eaux pestilentielles qui monte.

    Encore et encore.

    https://academia.hypotheses.org/32007

    • https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_de_La_Bo%C3%A9tie

      [...]

      Discours de la servitude volontaire.

      Lorsqu’il écrit ce texte, vers 1548, Étienne de La Boétie est un étudiant en droit de 18 ans, à l’université d’Orléans, qui se prépare à une carrière dans la magistrature. Sans doute marqué par la brutalité de la répression d’une révolte antifiscale en Guyenne en 1548, il traduit le désarroi de l’élite cultivée devant la réalité de l’absolutisme.

      Le Discours de la servitude volontaire constitue une remise en cause de la légitimité des gouvernants, que La Boétie appelle « maîtres » ou « tyrans ». Quelle que soit la manière dont un tyran s’est hissé au pouvoir (élections, violence, succession), ce n’est jamais son bon gouvernement qui explique sa domination et le fait que celle-ci perdure. Pour La Boétie, les gouvernants ont plutôt tendance à se distinguer par leur impéritie. Plus que la peur de la sanction, c’est d’abord l’habitude qu’a le peuple de la servitude qui explique que la domination du maître perdure. Ensuite viennent la religion et les superstitions. Mais ces deux moyens ne permettent de dominer que les ignorants. Vient le « secret de toute domination » : faire participer les dominés à leur domination. Ainsi, le tyran jette des miettes aux courtisans. Si le peuple est contraint d’obéir, les courtisans ne doivent pas se contenter d’obéir mais doivent aussi devancer les désirs du tyran. Aussi, ils sont encore moins libres que le peuple lui-même, et choisissent volontairement la servitude. Ainsi s’instaure une pyramide du pouvoir : le tyran en domine cinq, qui en dominent cent, qui eux-mêmes en dominent mille… Cette pyramide s’effondre dès lors que les courtisans cessent de se donner corps et âme au tyran. Alors celui-ci perd tout pouvoir acquis.

      Dans ce texte majeur de la philosophie politique, repris à travers les âges par des partis de colorations diverses, La Boétie oppose l’équilibre de la terreur qui s’instaure entre bandits, égaux par leur puissance et qui se partagent à ce titre le butin des brigandages, à l’amitié qui seule permet de vivre libre. Le tyran, quant à lui, vit dans la crainte permanente : n’ayant pas d’égaux, tous le craignent, et par conséquent, il risque à chaque instant l’assassinat. Elias Canetti fera une peinture similaire du « despote paranoïaque » dans Masse et puissance.
      Graffiti à Genève, 2007.

      Si La Boétie est toujours resté, par ses fonctions, serviteur fidèle de l’ordre public, il est cependant considéré par beaucoup comme un précurseur intellectuel de l’anarchisme13 et de la désobéissance civile. Également, et surtout, comme l’un des tout premiers théoriciens de l’aliénation.

      Pour comprendre les intentions qui conduisent Étienne de La Boétie à écrire le Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un, il faut remonter au drame qui a lieu vers 1548. « En 1539, François Ier, roi de France, tente d’unifier la gabelle. Il impose des greniers à sel près de la frontière espagnole, dans les régions qui en sont dépourvues. En réaction de cette tentative des soulèvements ont lieu. Le premier en 1542, puis le plus grand en 1548 à Bordeaux ». Le connétable de Montmorency rétablit l’ordre de manière impitoyable. Si l’on s’en rapporte à l’écrivain Jacques-Auguste de Thou, ce serait sous l’impression de ces horreurs et cruautés commises à Bordeaux, que La Boétie compose le Discours de la servitude volontaire.

      La Boétie s’attache à démontrer que de petites acceptations en compromis et complaisances, la soumission en vient à s’imposer à soi tel un choix volontaire fait dès les premiers instants. La question avec laquelle il interpelle ses lecteurs touche à l’essence même de la politique : « pourquoi obéit-on ? ». Il met en évidence les mécanismes de la mise en place des pouvoirs et interroge sur ceux de l’obéissance. Il en vient à observer qu’un homme ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même par une imbrication pyramidale.

      Bien que la violence soit son moyen spécifique, elle seule ne suffit pas à définir l’État. C’est à cause de la légitimité que la société lui accorde que les crimes sont commis. Il suffirait à l’homme de ne plus vouloir servir pour devenir libre ; « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres ». À cet égard, La Boétie tente de comprendre pour quelles raisons l’homme a perdu le désir de retrouver sa liberté. Le Discours a pour but d’expliquer cette soumission.

      Tout d’abord La Boétie distingue trois sortes de tyrans : « Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race ». Les deux premiers se comportent comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général ne sont guère meilleurs, puisqu’ils ont grandi au sein de la tyrannie. C’est ce dernier cas qui intéresse La Boétie. Comment se fait-il que le peuple continue à obéir aveuglément au tyran ? Il est possible que les hommes aient perdu leur liberté par contrainte, mais il est quand même étonnant qu’ils ne luttent pas pour regagner leur liberté.

      La première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est qu’il y a ceux qui n’ont jamais connu la liberté et qui sont « accoutumés à la sujétion ». La Boétie décrit dans son Discours : « Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance ».

      La seconde raison, c’est que sous les tyrans les gens deviennent « lâches et efféminés ». Les gens soumis n’ont ni ardeur ni pugnacité au combat. Ils ne combattent plus pour une cause, mais par obligation. Cette envie de gagner leur est enlevée. Les tyrans essaient de stimuler cette pusillanimité et maintiennent les hommes stupides en leur donnant du « pain et des jeux ».

      La dernière raison est sans doute la plus importante, car elle nous dévoile le ressort et le secret de la domination, « le soutien et fondement de toute tyrannie ». Le tyran est soutenu par quelques hommes fidèles qui lui soumettent tout le pays. Ces hommes sont appelés par le tyran pour être « les complices de ses cruautés » ou se sont justement rapprochés du tyran afin de pouvoir le manipuler. Ces fidèles ont à leur tour des hommes qui leur sont obéissants. Ces derniers ont à leur dépendance d’autres hommes qu’ils élèvent en dignité. À ces derniers est donné le gouvernement des provinces ou « le maniement des deniers ». Ce maniement est attribué à ces hommes « afin de les tenir par leur avidité ou par leur cruauté, afin qu’ils les exercent à point nommé et fassent d’ailleurs tant de mal qu’ils ne puissent se maintenir que sous leur ombre, qu’ils ne puissent s’exempter des lois et des peines que grâce à leur protection ».

      Tout le monde est considéré comme tyran. Ceux qui sont en bas de la pyramide, les fermiers et les ouvriers, sont dans un certain sens « libres » : ils exécutent les ordres de leurs supérieurs et font du reste de leur temps libre ce qui leur plaît. Mais « s’approcher du tyran, est-ce autre chose que s’éloigner de sa liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains sa servitude » ? En d’autres termes, ceux qui sont en bas de l’échelon sont bien plus heureux et en quelque sorte bien plus « libres » que ceux qui les traitent comme des « forçats ou des esclaves ». « Est-ce là vivre heureux ? Est-ce même vivre ? », se demande La Boétie. Ces favoris devraient moins se souvenir de ceux qui ont gagné beaucoup auprès des tyrans que de ceux qui, « s’étant gorgés quelque temps, y ont perdu peu après les biens et la vie ».

      Par ailleurs il est impossible de se lier d’amitié avec un tyran, parce qu’il est et sera toujours au-dessus. « Il ne faut pas attendre de l’amitié de celui qui a le cœur assez dur pour haïr tout un royaume qui ne fait que lui obéir. Mais ce n’est pas le tyran que le peuple accuse du mal qu’il souffre, mais bien ceux qui le gouvernent. » Pour achever son Discours, La Boétie a recours à la prière. Il prie un « Dieu bon et libéral pour qu’il réserve là-bas tout exprès, pour les tyrans et leurs complices, quelque peine particulière ».

      [...]

  • On n’a pas signalé ces deux captations d’interventions d’Aude Vidal sur son livre sur Égologie, dont une très longue par @latelierpaysan ici présent !

    Aude VIDAL - ÉGOLOGIE : écologie, individualisme et course au bonheur
    https://www.youtube.com/watch?v=ouEdpD9w5x0

    L’Atelier paysan s’attaque à l’autonomie technique des paysan-nes en leur proposant une alternative concrète : les former à autoconstruire leur matériel agricole.
    Est-ce suffisant pour enrayer l’industrie de la machine, qui impose de remplacer les paysan- nes par des robots, des drones, des capteurs informatiques ?
    Quelles sont les conséquences de ces « solutions technologiques » pour les communautés paysannes, pour l’environnement, pour le modèle alimentaire ?

    Aude Vidal nous parle ici des « alternatives », dans la suite de son ouvrage Egologie : les
    expérimentations écologistes sont-elles le laboratoire d’innovations sociales plus
    respectueuses de l’être humain et de son milieu ? ou accompagnent-elle un recul sur soi et ce sur quoi il est encore possible d’avoir prise dans un contexte de dépossession démocratique et économique ?

    Une belle manière pour l’Atelier paysan de questionner la limite des alternatives : l’expansion de pratiques alternatives peut-elle provoquer de la transformation sociale ? Les pratiques sociales parviennent-elles à infléchir les rapports sociaux ?
    A l’Atelier paysan, dont l’activité centrale est de proposer des alternatives concrètes et immédiates aux paysannes et paysans, nous pensons que non. Nous avons l’intuition qu’il nous faut dans le même temps tenter d’exercer un rapport de force avec les dominants (pour nous l’industrie de la machine et la techno-science).

    Et une autre plus récente :
    https://www.youtube.com/watch?v=lxqPsK2mkAY

    #Aude_Vidal #écologie #politique #écologie_politique #individualisme #libéralisme #bien-être #développement_personnel

    • Égologie. Écologie, individualisme et course au bonheur

      #Développement_personnel, habitats groupés, jardins partagés... : face au désastre capitaliste, l’écologie se présente comme une réponse globale et positive, un changement de rapport au monde appuyé par des gestes au quotidien. Comme dans la fable du colibri, « chacun fait sa part ».
      Mais en considérant la société comme un agrégat d’individus, et le changement social comme une somme de gestes individuels, cette vision de l’écologie ne succombe-t-elle pas à la logique libérale dominante, signant le triomphe de l’individualisme ?

      http://www.lemondealenvers.lautre.net/livres/egologie.html

      #livre

      #souveraineté_alimentaire #liberté_individuelle #alternatives #Nicolas_Marquis #capitalisme #jardins_partagés #classes_sociales #jardinage #justice_environnementale #dépolitisation

    • Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel

      Des ouvrages qui prétendent nous aider dans notre développement personnel, à « être nous-mêmes » ou à « bien communiquer », et des individus qui déclarent que ces lectures ont « changé leur vie » : voilà la source de l’étonnement dont ce livre est le résultat. Comment comprendre ce phénomène ? Comment est-il possible que tant de personnes puissent trouver du sens au monde si particulier du « développement personnel », au point d’en ressentir des effets concrets ?

      Nicolas Marquis prend au sérieux cette expérience de lecture, en cherchant à comprendre ce qui se passe très concrètement entre un lecteur qui veut que quelque chose change dans son existence et un ouvrage qui prétend l’aider en lui parlant de ce qu’il vit personnellement. En procédant à la première enquête sur les lecteurs, il montre en quoi le développement personnel est l’une des institutions les plus frappantes des sociétés individualistes : son succès permet de comprendre les façons dont nous donnons, au quotidien, du sens à notre existence.


      https://www.cairn.info/du-bien-etre-au-marche-du-malaise--9782130628262.htm

    • Le Syndrome du bien-être

      Vous êtes accro à la salle de sport ? Vous ne comptez plus les moutons mais vos calories pour vous endormir ? Vous vous sentez coupable de ne pas être suffisamment heureux, et ce malgré tous vos efforts ? Alors vous souffrez sûrement du #syndrome_du_bien-être. Tel est le diagnostic établi par Carl Cederström et André Spicer.
      Ils montrent dans ce livre comment la recherche du #bien-être_optimal, loin de produire les effets bénéfiques vantés tous azimuts, provoque un sentiment de #mal-être et participe du #repli_sur_soi. Ils analysent de multiples cas symptomatiques, comme ceux des fanatiques de la santé en quête du régime alimentaire idéal, des employés qui débutent leur journée par un footing ou par une séance de fitness, des adeptes du quantified self qui mesurent – gadgets et applis à l’appui – chacun de leurs faits et gestes, y compris les plus intimes... Dans ce monde inquiétant, la bonne santé devient un impératif moral, le désir de transformation de soi remplace la volonté de changement social, la culpabilisation des récalcitrants est un des grands axes des politiques publiques, et la pensée positive empêche tout véritable discours critique d’exister.
      Résolument à contre-courant, ce livre démonte avec une grande lucidité les fondements du culte du corps et de cette quête désespérée du bien-être et de la santé parfaite.

      https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/le-syndrome-du-bien-etre

      #André_Spicer
      #Carl_Cederström

    • Rigolez, vous êtes exploité

      « Vous êtes éreinté ? Votre activité professionnelle vous plonge dans la #dépression ? Vous songez à mettre fin à vos jours ? Nous avons la solution : ri-go-lez ! » Voilà en substance le message de la direction des #ressources_humaines (DRH) du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse au personnel de l’établissement. La solution arrive à point nommé, car la situation menaçait de devenir dramatique…

      Un peu comme France Télécom hier ou la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) aujourd’hui, le #CHU toulousain est confronté à une recrudescence de #suicides de salariés. Le rapport d’un cabinet de conseil établi en 2016 est formel : les quatre personnes ayant mis fin à leurs jours en quelques semaines la même année (dont une dans les locaux du CHU) l’ont fait à cause de leurs #conditions_de_travail. L’année suivante, dans un des 26 000 documents internes révélés par la presse (1), une infirmière en gynécologie décrit ainsi son quotidien : « Mise en danger de la vie des patientes, mauvaise prise en charge de la douleur, dégradation de l’image des patientes (patientes laissées plusieurs minutes souillées de vomis) (…) mauvaise prise en charge psychologique (annonce de cancer faite récemment, pas le temps de discuter). (…) Une équipe épuisée physiquement (même pas cinq minutes de pause entre 13 h 30 et 23 heures) et moralement (sentiment de travail mal fait et de mettre en danger la vie des patients). »

      Les choses n’ont guère progressé depuis. En février 2019, un patient meurt d’une crise cardiaque dans le sas des urgences. L’infirmier de garde cette nuit-là, en poste depuis 10 heures du matin, avait la charge de plus de quinze patients. Il n’a pas eu le temps de faire les gestes de premiers secours (2). Début mai 2019, rebelote au service de soins intensifs digestifs, en pleine restructuration, où un problème informatique a mené à la mort d’un patient.

      Depuis 2015, une soixantaine de préavis de grève ont été envoyés à la direction par les syndicats. Au moins quatorze grèves ont eu lieu (cinq rien qu’en 2019), sans compter les quelque vingt mobilisations collectives, la douzaine d’actions d’envergure et les chorégraphies parodiques de soignants vues six millions de fois sur les réseaux sociaux. « À l’hôpital des enfants, le nombre d’arrêts-maladie des quatre premiers mois de 2019 est de 20 % supérieur à celui de la même période en 2018, nous explique Mme Sandra C., vingt ans d’hôpital public à son actif, dont dix-sept à l’hôpital des enfants de Toulouse. Nous avons l’impression d’être traités comme des numéros par une direction dont le seul but est de faire appliquer les réductions de coûts et la baisse du personnel. Nous avons besoin d’au moins six cents embauches dans tout le CHU, et vite. »

      Embaucher ? Impossible !, rétorque la direction, largement convertie au lean management, le « management sans gras », une doctrine d’optimisation du rendement élaborée par les ingénieurs japonais du groupe Toyota après la seconde guerre mondiale et peaufinée ensuite dans les éprouvettes néolibérales du Massachusetts Institute of Technology (MIT). L’objectif ? Faire produire plus avec moins de gens, quitte à pousser les équipes à bout.

      Des conditions de travail déplorables, des contraintes de rentabilité qui interdisent d’améliorer le sort du personnel, des salariés qui préfèrent mettre fin à leurs jours plutôt que d’endurer leur activité professionnelle ? Il fallait réagir. C’est chose faite grâce à une initiative de la DRH : des séances de rigologie, cette « approche globale permettant une harmonie entre le corps, l’esprit et les émotions », comme on peut le lire dans le « Plan d’actions 2018 pour la prévention des risques psychosociaux et la qualité de vie au travail » du pôle hôpital des enfants du CHU de Toulouse.

      Yoga du rire, méditation de pleine conscience, techniques variées de relaxation et de respiration, sophrologie ludique… la rigologie vise à « cultiver les sentiments positifs et sa joie de vivre ». Sur la page d’accueil du site de l’École internationale du rire (« Bonheur, joie de vivre, créativité »), l’internaute tombe sur la photographie d’un groupe de salariés hilares faisant le symbole de la victoire. S’ils sont heureux, suggère l’image, c’est qu’ils ont tous décroché leur diplôme de « rigologue » à la suite d’une formation de sept jours en psychologie positive, yoga du rire et autres techniques de « libération des émotions », facturée 1 400 euros. Un rigologue estampillé École du rire, le leader du marché, se fera rémunérer entre 1 000 et 3 000 euros la journée. Il pourra éventuellement devenir chief happiness officer, ces responsables du service bonheur dont les entreprises du CAC 40 raffolent (3).

      La souffrance au travail est devenue un marché, et le service public apparaît comme un nouveau terrain de jeu du développement personnel. Ainsi des policiers confrontés à une vague de suicides (vingt-huit en 2019), auxquels le directeur général de la police nationale a envoyé, fin mai, une circulaire incitant les encadrants à favoriser « les moments de convivialité et de partage » comme les barbecues, les sorties sportives ou les pique-niques en famille (4). Ainsi des agents de la SNCF, une entreprise qui compte depuis le début de l’année 2019 un suicide de salarié par semaine. La direction lilloise de la société ferroviaire en pleine restructuration a fait appel au cabinet Great Place to Work (« super endroit pour travailler »), qui lui a conseillé de… distribuer des bonbons aux agents en souffrance, de mettre en place des goûters-surprises ou encore des ateliers de maquillage (5).

      « Au départ, nous explique Mme Corinne Cosseron, directrice de l’École internationale du rire et importatrice du concept de rigologie en France, je me suis formée pour plaisanter, comme un gag, au yoga du rire, une technique mise au point par un médecin indien, qui s’est rendu compte que ses patients joyeux guérissaient mieux que les sinistres. Le rire permet de libérer des hormones euphorisantes qui luttent contre la douleur », explique cette ancienne psychanalyste qui évoque les endorphines (« un antidouleur naturel qui agit comme une morphine naturelle »), la sérotonine (« la molécule du bonheur »), la dopamine (celle de la motivation) ou encore l’ocytocine (« l’hormone de l’amour »). « C’est un grand shoot gratuit. Beaucoup de grandes entreprises ont commencé à faire appel à nous (SNCF, Total, Suez, Royal Canin, Danone, etc.), car le rire répare point par point tout ce que les effets du stress détruisent. Non seulement le salarié va aller mieux (il ne va pas se suicider, il n’ira pas voir chez le concurrent), mais, en plus, l’entreprise va gagner en productivité. Donc c’est du gagnant-gagnant. »

      Novateur, le CHU de Toulouse a vu se mettre en place des séances de « libération émotionnelle » et de « lâcher-prise » dans le service des soins palliatifs dès 2017. Dans le cadre de ses propositions d’actions 2018-2019 pour prévenir les risques psychosociaux et pour la qualité de vie au travail, la DRH propose désormais d’élargir son offre à d’autres unités sous tension, comme l’hôpital des enfants, où, au mois de mars dernier, deux grèves ont éclaté pour protester contre le projet de réduction du nombre de lits et d’intensification du travail des soignants.

      On soumet ce projet de lâcher-prise à M. Florent Fabre, 31 ans, infirmier au service des urgences psychiatriques. Sa première réaction est de laisser éclater un long rire, générant probablement un apport non négligeable en bêta-endorphines — ce qui lui permet de dire avec une voix parfaitement détendue : « C’est grotesque et indécent. » Pour ce soignant, qui a participé à la lutte victorieuse des salariés de son service, lesquels ont arraché deux postes supplémentaires d’infirmier à l’issue de deux mois de grève durant le printemps 2019, « le niveau du mépris social affiché par la direction du CHU ainsi que par les cadres régionaux de l’agence régionale de santé est totalement aberrant. Dès lors qu’il s’agit d’entendre qu’il y a un vrai manque de soignants, le dialogue se rompt. La santé des agents hospitaliers est le moindre de leurs soucis ». Contactée, la direction du CHU a refusé de répondre à cet appel à embaucher, qu’elle qualifie de « théories de la CGT [Confédération générale du travail] ». « On assume totalement ce document de proposition de rigologie », nous a précisé le directeur de la communication avant de nous raccrocher au nez. On ne rigole plus.

      « Mais, s’agace Mme Maguy Mettais, la pharmacienne chargée de la prévention des risques psychosociaux, avez-vous déjà testé la rigologie ? Ça serait peut-être intéressant que vous essayiez une séance, non ? C’est génial, vous verrez. » Adeptes du journalisme total, nous acceptons la proposition. « Alors, vous mettez les mains droit devant vous et vous expirez en faisant “chah” ! On le fait ensemble ? C’est parti ! Après on met les bras sur le côté et on fait “chou” ! Et un dernier, les bras levés vers le ciel et on va faire un grand “chiii” sur le temps d’expiration. » Docile, nous nous exécutons, pour la bonne cause. « Au final, ce qui est rigolo, c’est que ça fait chah-chou-chi… Comme si ça faisait “salsifis” [elle éclate de rire]. Voilà, j’avais envie de vous le faire découvrir, ça peut être bien avant d’écrire votre article. »

      https://www.monde-diplomatique.fr/2019/07/BRYGO/60014

      #rire #thérapie_du_rire

      –—

      Pour rappel, les #formations dédiées au personnel de l’#Université_Grenoble_Alpes :
      1. Gestion de #conflits (formation mise sous le thème « #efficacité_professionnelle »)
      2. Mieux vivre ses #émotions dans ses #relations_professionnelles (aussi mise sous le même thème : #efficacité_professionnelle)
      https://seenthis.net/messages/882135

    • La démocratie aux champs. Du jardin d’Éden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs

      On a l’habitude de penser que la démocratie moderne vient des Lumières, de l’usine, du commerce, de la ville. Opposé au citadin et même au citoyen, le paysan serait au mieux primitif et proche de la nature, au pire arriéré et réactionnaire.
      À l’opposé de cette vision, ce livre examine ce qui, dans les relations entre les cultivateurs et la terre cultivée, favorise l’essor des valeurs démocratiques et la formation de la citoyenneté. Défi le alors sous nos yeux un cortège étonnant d’expériences agricoles, les unes antiques, les autres actuelles ; du jardin d’Éden qu’Adam doit « cultiver » et aussi « garder » à la « petite république » que fut la ferme pour Jefferson ; des chambrées et foyers médiévaux au lopin de terre russe ; du jardin ouvrier au jardin thérapeutique ; des « guérillas vertes » aux jardins partagés australiens.
      Cultiver la terre n’est pas un travail comme un autre. Ce n’est pas suer, souffrir ni arracher, arraisonner. C’est dialoguer, être attentif, prendre une initiative et écouter la réponse, anticiper, sachant qu’on ne peut calculer à coup sûr, et aussi participer, apprendre des autres, coopérer, partager. L’agriculture peut donc, sous certaines conditions, représenter une puissance de changement considérable et un véritable espoir pour l’écologie démocratique.

      https://www.editionsladecouverte.fr/la_democratie_aux_champs-9782359251012démocratiques

    • La #durabilité en pratique(s) : gestion et appropriation des #principes_durabilistes véhiculés par les #écoquartiers

      Dans cette contribution, il est question de la durabilité comme objet, dans sa dimension heuristique, en tant que moyen de compréhension voire d’explication des initiatives individuelles, collectives et politiques ainsi que des dynamiques. Il s’agit tout d’abord de se pencher sur la manière dont la durabilité est mobilisée et signifiée, aussi bien sur l’horizon du pensable qui l’accompagne que sur les « manières de faire » qu’elle véhicule, parmi des acteurs divers, pris dans des jeux d’échelles, d’intérêts et dans des engagements parfois contradictoires. Politiquement, la mise en œuvre de la durabilité se décline dans des contextes, pour des raisons et à des finalités diverses que peuvent être la transformation des comportements individuels, la modification de la législation et des cadres réglementaires nationaux et locaux, la redéfinition des stratégies communautaires, etc. Entre pratiques, éthique, fiscalité individuelle d’un côté et enjeux techniques, politiques et sociétaux de l’autre, ces multiples mobilisations de la durabilité rendent cette notion évasive, voire équivoque. Au-delà d’un recensement et d’une classification de cette multiplicité d’usage et de traduction « en pratiques » de la durabilité, c’est sur la base des multiples tensions qui caractérisent ces manières de voir, comprendre, mobiliser et opérationnaliser la durabilité que nous cherchons à venir éclairer les pratiques leurs implications mais aussi leurs conséquences. Pour ce faire nous nous appuyons sur les 37 entretiens (15 avec les concepteurs, 22 avec les habitants) réalisés lors d’une enquête menée en 2012 et 2013 sur l’écoquartier de Lyon Confluence dans le cadre de la thèse de doctorat de Matthieu Adam. Nous analysons les discours portant sur la durabilité. Ceux-ci ont toujours une portée normative et performative mais peuvent aussi être considérés en tant qu’embrayeur de sens permettant de saisir les modalités de réactions, passives (acceptation) et/ou actives (refus, adaptation, contre-proposition, etc.) face à cette quête de durabilité. En analysant les pratiques, les manières d’être, les attitudes ainsi que les représentations d’une part liées à l’injonction de durabilité et d’autre part à sa mise en pratique, nous mettrons au débat des éléments portant tant sur les décalages entre intentions et actions que sur les moyens utilisés pour tenter de les lever. De plus, en changeant de focale, l’analyse fine des discours permet de tirer des enseignements sur le développement durable en tant que valeur et idéologie dominante du projet urbain mais aussi en tant que modalités pratiques quotidiennes.

      https://books.openedition.org/cse/124

      #Georges-Henry_Laffont #Matthieu_Adam

  • Sur la frontière gréco-turque, à l’épicentre des tensions

    L’Union européenne entend sanctionner la politique de plus en plus expansionniste de la Turquie, qui ravive en Grèce les souvenirs des conflits du passé. Ligne de rupture, mais aussi d’échanges entre Orient et Occident, la frontière gréco-turque ne respire plus depuis la crise sanitaire. De #Kastellorizo à la #Thrace en passant par #Lesbos, les deux pays ont pourtant tant de choses en commun, autour de cette démarcation qui fut mouvante et rarement étanche.

    Petite île aux confins orientaux de la Grèce, Kastellorizo touche presque la #Turquie. Le temps s’écoule lentement dans l’unique village, logé dans une baie profonde. En cette fin septembre, de vieux pêcheurs jouent aux cartes près des enfants qui appâtent des tortues dans les eaux cristallines. Devant son café froid, M. Konstantinos Papoutsis observe, placide, l’immense côte turque, à guère plus de deux kilomètres, et la ville de Kaş, son seul horizon. « Nous sommes une île touristique tranquille, assure cet homme affable qui gère une agence de voyages. Je l’ai répété aux touristes tout l’été. » Attablée autour de lui, la poignée d’élus de cette commune de cinq cents âmes reprend ses propos d’un air débonnaire : « Il n’y a aucun danger à Kastellorizo ! »

    Un imposant ferry, qui paraît gigantesque dans ce petit port méditerranéen, vient animer le paysage. Parti d’Athènes vingt-quatre heures plus tôt, il manœuvre difficilement pour débarquer ses passagers, parmi lesquels une cinquantaine d’hommes en treillis et chapeaux de brousse. Les soldats traversent la baie d’un pas vif avant de rejoindre les falaises inhabitées qui la dominent. « C’est une simple relève, comme il y en a tous les mois », commente M. Papoutsis, habitué à cette présence.

    Selon le #traité_de_Paris de février 1947 (article 14), et du fait de la cession par l’Italie à la Grèce du Dodécanèse, les îles dont fait partie Kastellorizo sont censées être démilitarisées. Dans les faits, les troupes helléniques y guettent le rivage turc depuis l’occupation par Ankara de la partie nord de Chypre, en 1974, précisent plusieurs historiens (1). Cette défense a été renforcée après la crise gréco-turque autour des îlots disputés d’Imia, en 1996. La municipalité de Kastellorizo refuse de révéler le nombre d’hommes postés sur ses hauteurs. Et si les villageois affichent un air de décontraction pour ne pas effrayer les visiteurs — rares en cette période de Covid-19 —, ils n’ignorent pas l’ombre qui plane sur leur petit paradis.

    Un poste avancé d’Athènes en Méditerranée

    Kastellorizo se trouve en première ligne face aux menaces du président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui veut redessiner les cartes et imposer son propre #partage_des_eaux. Depuis les années 1970, les #îles du #Dodécanèse font l’objet d’un #conflit larvé entre ces deux pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La Turquie conteste la souveraineté grecque sur plusieurs îles, îlots et rochers le long de sa côte. Surtout, elle est l’un des rares pays, avec notamment les États-Unis, à ne pas avoir signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer (dite #convention_de_Montego_Bay, et entrée en vigueur en 1994), et ne reconnaît pas la revendication par la Grèce d’un plateau continental autour de ses îles. Athènes justifie dès lors leur #militarisation au nom de la #légitime_défense (2), en particulier depuis l’occupation turque de Chypre et en raison d’une importante présence militaire à proximité : la marine et l’armée de l’air turques de l’Égée sont basées à İzmir, sur la côte occidentale de l’Asie Mineure.

    Si proche de la Turquie, Kastellorizo se trouve à 120 kilomètres de la première autre île grecque — Rhodes — et à plus de 520 kilomètres du continent grec. Alors que l’essentiel de la #mer_Egée pourrait être revendiqué par Athènes comme #zone_économique_exclusive (#ZEE) (3) au titre de la convention de Montego Bay (voir la carte ci-contre), ce lointain îlot de neuf kilomètres carrés lui permet de facto de jouir d’une large extension de plusieurs centaines de kilomètres carrés en Méditerranée orientale. Or, faute d’accord bilatéral, cette ZEE n’est pas formellement établie pour Ankara, qui revendique d’y avoir librement accès, surtout depuis la découverte en Méditerranée orientale de gisements d’#hydrocarbures potentiellement exploitables. À plusieurs reprises ces derniers mois, la Turquie a envoyé dans le secteur un bateau de recherche sismique baptisé #Oruç_Reis, du nom d’un corsaire ottoman du XVIe siècle — surnommé « #Barberousse » — né à Lesbos et devenu sultan d’Alger.

    Ces manœuvres navales font écho à l’idéologie de la « #patrie_bleue » (#Mavi_Vatan). Soutenue par les nationalistes et les islamistes, cette doctrine, conçue par l’ancien amiral #Cem_Gürdeniz, encourage la Turquie à imposer sa #souveraineté sur des #zones_disputées en #mer_Noire, en mer Égée et en #Méditerranée. Ces derniers mois, M. Erdoğan a multiplié les discours martiaux. Le 26 août, à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Manzikert, en 1071, dans l’est de la Turquie, où les Turcs Seldjoukides mirent en déroute l’armée byzantine, il avertissait la Grèce que toute « erreur » mènerait à sa « ruine ». Quelques semaines plus tard, le 21 octobre, lors d’une rencontre avec les présidents chypriote et égyptien à Nicosie, M. Kyriakos Mitsotakis, le premier ministre grec conservateur, accusait la Turquie de « fantasmes impérialistes assortis d’actions agressives ».

    Sous pression en août dernier, Athènes a pu compter sur le soutien de la République de Chypre, de l’Italie et de la France, avec lesquelles elle a organisé des manœuvres communes. Ou encore de l’Égypte, avec laquelle elle vient de signer un accord de partage des #zones_maritimes. Déjà en conflit ouvert avec son homologue turc sur la Syrie, la Libye et le Caucase, le président français Emmanuel Macron s’est résolument rangé aux côtés d’Athènes. « C’est un allié précieux que l’on voudrait inviter à venir sur notre île », déclare l’adjoint à la municipalité de Kastellorizo, M. Stratos Amygdalos, partisan de Nouvelle Démocratie, le parti au pouvoir. À la mi-septembre 2020, la Grèce annonçait l’acquisition de dix-huit Rafale, l’avion de combat de Dassault Aviation.

    « Erdoğan se prend pour Soliman le Magnifique. Mais il perd du crédit dans son pays, la livre turque s’effondre. Alors il essaie de redorer son image avec des idées de conquêtes, de rêve national… », maugrée de son côté M. Konstantinos Raftis, guide touristique à Kastellorizo. La comparaison entre le sultan de la Sublime Porte et l’actuel président turc revient fréquemment dans ce pays qui fit partie de l’Empire ottoman durant quatre siècles (de 1430, date de la chute de Salonique, à l’indépendance de 1830). La résistance hellénique a forgé l’identité de l’État grec moderne, où l’on conserve une profonde suspicion à l’égard d’un voisin encombrant, quatre fois plus riche, six fois plus grand et huit fois plus peuplé. Cette méfiance transcende les clivages politiques, tant le #nationalisme irrigue tous les partis grecs. Athènes voit aujourd’hui dans la doctrine de la « patrie bleue » une politique expansionniste néo-ottomane, qui fait écho à l’impérialisme passé.

    À l’embouchure du port de Kastellorizo, la silhouette d’une mosquée transformée en musée — rare vestige de la présence ottomane — fait de l’ombre à un bar à cocktails. L’édifice trône seul face aux vingt-six églises orthodoxes. La Constitution précise que l’orthodoxie est la « religion dominante » dans le pays, et, jusqu’en 2000, la confession était inscrite sur les cartes d’identité nationales. La suppression de cette mention, à la demande du gouvernement socialiste, a provoqué l’ire de la puissante Église orthodoxe, plus de 95 % des Grecs se revendiquant alors de cette religion. « Pendant toute la période du joug ottoman, nous restions des Grecs. Nos ancêtres ont défendu Kastellorizo pour qu’elle garde son identité. Nous nous battrons aussi pour qu’elle la conserve », s’emballe soudainement M. Raftis.

    Son île a dû résister plus longtemps que le reste du pays, insiste le sexagénaire. Après le départ des Ottomans, Kastellorizo, convoitée par les nations étrangères pour sa position géographique aux portes de l’Orient, a été occupée ou annexée par les Français (1915-1921), les Italiens (1921-1944), les Britanniques (1944-1945)… L’îlot n’est devenu complètement grec qu’en 1948, comme l’ensemble des îles du Dodécanèse. Depuis, il arbore fièrement ses couleurs. Dans la baie, plusieurs étendards bleu et blanc flottent sur les balcons en encorbellement orientés vers la ville turque de Kaş (huit mille habitants). Le nombre de ces drapeaux augmente quand la tension s’accroît.

    Trois autres grands étendards nationaux ont été peints sur les falaises par des militaires. En serrant les poings, M. Raftis raconte un épisode qui a « mis les nerfs de tout le monde à vif ». À la fin septembre 2020, un drone d’origine inconnue a diffusé des chants militaires turcs avant d’asperger ces bannières d’une peinture rouge vif, évoquant la couleur du drapeau turc. « C’est une attaque impardonnable, qui sera punie », peste l’enfant de l’île, tout en scrutant les quelques visages inconnus sur la promenade. Il redoute que des espions viennent de Turquie.

    « Les #tensions durent depuis quarante ans ; tout a toujours fini par se régler. Il faut laisser la Turquie et la Grèce dialoguer entre elles », relativise pour sa part M. Tsikos Magiafis, patron avenant d’une taverne bâtie sur un rocher inhabité, avec une vue imprenable sur Kaş. « Les querelles sont affaire de diplomates. Les habitants de cette ville sont nos frères, nous avons grandi ensemble », jure ce trentenaire marié à une Turque originaire de cette cité balnéaire. Adolescent, déjà, il délaissait les troquets de Kastellorizo pour profiter du bazar de Kaş, du dentiste ou des médecins spécialisés qui manquent au village. Les Turcs, eux, ont compté parmi les premiers touristes de l’île, avant que la frontière ne ferme totalement en mars 2020, en raison du Covid-19.

    À Lesbos, les réfugiés comme « #arme_diplomatique »

    À 450 kilomètres plus au nord-ouest, au large de l’île de Lesbos, ce ne sont pas les navires de recherche d’hydrocarbures envoyés par Ankara que guettent les Grecs, mais les fragiles bateaux pneumatiques en provenance de la côte turque, à une dizaine de kilomètres seulement. Cette île montagneuse de la taille de la Guadeloupe, qui compte 85’000 habitants, constitue un autre point de friction, dont les migrants sont l’instrument.

    Depuis une décennie, Lesbos est l’une des principales portes d’entrée dans l’Union européenne pour des centaines de milliers d’exilés. Afghans, Syriens, Irakiens ou encore Congolais transitent par la Turquie, qui accueille de son côté environ quatre millions de réfugiés. En face, le rivage turc se compose de plages peu touristiques et désertes, prisées des passeurs car permettant des départs discrets. Les migrants restent toutefois bloqués à Lesbos, le temps du traitement de leur demande d’asile en Grèce et dans l’espoir de rejoindre d’autres pays de l’espace Schengen par des voies légales. Le principal camp de réfugiés, Moria, a brûlé dans des conditions obscures le 8 septembre, sans faire de victime grave parmi ses treize mille occupants.

    Pour M. Konstantinos Moutzouris, le gouverneur des îles égéennes du Nord, ces arrivées résultent d’un calcul stratégique d’Ankara. « Erdoğan utilise les réfugiés comme arme diplomatique, il les envoie lorsqu’il veut négocier. Il a une attitude très agressive, comme aucun autre dirigeant turc avant lui », accuse cette figure conservatrice locale, connue pour ses positions tranchées sur les migrants, qu’il souhaite « dissuader de venir ».

    Il en veut pour preuve l’épisode de tension de mars 2020. Mécontent des critiques de l’Union européenne lors de son offensive contre les Kurdes dans le nord de la Syrie, le président turc a annoncé l’ouverture de ses frontières aux migrants voulant rejoindre l’Europe, malgré l’accord sur le contrôle de l’immigration qu’il a passé avec Bruxelles en mars 2016. Plusieurs milliers de personnes se sont alors massées aux portes de la Grèce, à la frontière terrestre du Nord-Est, suscitant un renforcement des troupes militaires grecques dans ce secteur. Dans le même temps, à Lesbos, une dizaine de bateaux chargés de réfugiés atteignaient les côtes en quelques jours, déclenchant la fureur d’extrémistes locaux. « Nous ne communiquons plus du tout avec les autorités turques depuis », affirme M. Moutzouris.

    Athènes assume désormais une ligne dure, quitte à fermer une partie de sa frontière commune avec la Turquie aux demandeurs d’asile, en dépit des conventions internationales que la Grèce a signées. Le gouvernement a ainsi annoncé mi-octobre la construction d’un nouveau #mur de 27 kilomètres sur la frontière terrestre. Au début de l’année 2020, il avait déjà déclaré vouloir ériger un #barrage_flottant de 2,7 kilomètres au large de Lesbos. Un ouvrage très critiqué et jugé illégal par les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains. Un projet « absurde », juge M. Georgios Pallis, pharmacien de l’île et ancien député Syriza (gauche). Plusieurs sources locales évoquent une suspension de la construction de ce barrage. Le gouvernement, lui, ne communique pas à ce sujet.

    « Les réfugiés payent la rupture du dialogue gréco-turc », déplore M. Pallis entre deux mezze arrosés de l’ouzo local, près du port bruyant de Mytilène, dans le sud de l’île. « Des retours forcés de migrants sont organisés par les gardes-côtes grecs. » En septembre, le ministre de la marine se targuait, au cours d’une conférence de presse, d’avoir « empêché » quelque dix mille migrants d’entrer en 2020. Un mois plus tard, le ministre de l’immigration tentait, lui, de rectifier le tir en niant tout retour forcé. À Lesbos, ces images de réfugiés rejetés ravivent un douloureux souvenir, analyse M. Pallis : « Celui de l’exil des réfugiés d’Asie Mineure. » Appelé aussi en Grèce la « #grande_catastrophe », cet événement a fondé l’actuelle relation gréco-turque.

    Au terme du déclin de l’Empire ottoman, lors de la première guerre mondiale, puis de la guerre gréco-turque (1919-1922), les Grecs d’Asie Mineure firent l’objet de #persécutions et de #massacres qui, selon de nombreux historiens, relèvent d’un #génocide (4). En 1923, les deux pays signèrent le #traité_de_Lausanne, qui fixait les frontières quasi définitives de la Turquie moderne et mettait fin à l’administration par la Grèce de la région d’İzmir-Smyrne telle que l’avait décidée le #traité_de_Sèvres de 1920 (5). Cet accord a aussi imposé un brutal #échange_de_populations, fondé sur des critères religieux, au nom de l’« #homogénéité_nationale ». Plus de 500 000 musulmans de Grèce prirent ainsi le chemin de l’Asie Mineure — soit 6,5 % des résidents de Lesbos, selon un recensement de 1920 (6). En parallèle, le traité a déraciné plus de 1,2 million de chrétiens orthodoxes, envoyés en Grèce. Au total, plus de 30 000 sont arrivés dans l’île. Ils ont alors été péjorativement baptisés les « #graines_de_Turcs ».

    « Ils étaient chrétiens orthodoxes, ils parlaient le grec, mais ils étaient très mal perçus des insulaires. Les femmes exilées de la grande ville d’İzmir étaient surnommées “les prostituées”. Il a fallu attendre deux générations pour que les relations s’apaisent », raconte M. Pallis, lui-même descendant de réfugiés d’Asie Mineure. « Ma grand-mère est arrivée ici à l’âge de 8 ans. Pour s’intégrer, elle a dû apprendre à détester les Turcs. Il ne fallait pas être amie avec “l’autre côté”. Elle n’a pas remis les pieds en Turquie avant ses 80 ans. »

    Enfourchant sa Vespa sous une chaleur accablante, M. Pallis s’arrête devant quelques ruines qui se dressent dans les artères de #Mytilène : d’anciennes mosquées abandonnées. L’une n’est plus qu’un bâtiment éventré où errent des chatons faméliques ; une autre a été reconvertie en boutique de fleuriste. « Les autorités n’assument pas ce passé ottoman, regrette l’ancien député. L’État devrait financer la reconstruction de ces monuments et le développement du tourisme avec la Turquie. Ce genre d’investissements rendrait la région plus sûre que l’acquisition de Rafale. »

    En #Thrace_occidentale, une population musulmane ballottée

    Dans le nord-est du pays, près de la frontière avec la Turquie et la Bulgarie, ce passé ottoman reste tangible. En Thrace occidentale, les #mosquées en activité dominent les villages qui s’élèvent au milieu des champs de coton, de tournesols et de tabac. La #minorité_musulmane de Grèce vit non loin du massif montagneux des #Rhodopes, dont les sommets culminent en Bulgarie. Forte d’entre 100 000 et 150 000 personnes selon les autorités, elle se compose de #Roms, de #Pomaks — une population d’origine slave et de langue bulgare convertie à l’#islam sous la #domination_ottomane — et, majoritairement, d’habitants aux racines turques.

    « Nous sommes des citoyens grecs, mais nous sommes aussi turcs. Nous l’étions avant même que la Turquie moderne existe. Nous parlons le turc et nous avons la même #religion », explique M. Moustafa Moustafa, biologiste et ancien député Syriza. En quelques mots, il illustre toute la complexité d’une #identité façonnée, une fois de plus, par le passé impérial régional. Et qui se trouve elle aussi au cœur d’une bataille d’influence entre Athènes et Ankara.

    Rescapée de l’#Empire_ottoman, la minorité musulmane a vu les frontières de la Grèce moderne se dessiner autour d’elle au XXe siècle. Elle fut épargnée par l’échange forcé de populations du traité de Lausanne, en contrepartie du maintien d’un patriarcat œcuménique à Istanbul ainsi que d’une diaspora grecque orthodoxe en Turquie. Principalement turcophone, elle évolue dans un État-nation dont les fondamentaux sont la langue grecque et la religion orthodoxe.

    Elle a le droit de pratiquer sa religion et d’utiliser le turc dans l’enseignement primaire. La région compte une centaine d’écoles minoritaires bilingues. « Nous vivons ensemble, chrétiens et musulmans, sans heurts. Mais les mariages mixtes ne sont pas encore tolérés », ajoute M. Moustafa, dans son laboratoire de la ville de #Komotini — aussi appelée #Gümülcine en turc. Les quelque 55 000 habitants vivent ici dans des quartiers chrétiens et musulmans érigés autour d’une rivière méandreuse, aujourd’hui enfouie sous le béton. M. Moustafa n’a presque jamais quitté la Thrace occidentale. « Notre minorité n’est pas cosmopolite, nous sommes des villageois attachés à cette région. Nous voulons juste que nos descendants vivent ici en paix », explique-t-il. Comme de nombreux musulmans de la région, il a seulement fait ses études supérieures en Turquie, avant de revenir, comme aimanté par la terre de ses ancêtres.

    À cent kilomètres de Komotini, la Turquie demeure l’« État parrain » de ces musulmans, selon le traité de Lausanne. Mais l’influence de celle que certains nomment la « mère patrie » n’est pas toujours du goût de la Grèce. Les plus nationalistes craignent que la minorité musulmane ne se rapproche trop du voisin turc et ne manifeste des velléités d’indépendance. Son statut est au cœur de la discorde. La Turquie plaide pour la reconnaissance d’une « #minorité_turque ». La Grèce refuse, elle, toute référence ethnique reliée à une appartenance religieuse.

    La bataille se joue sur deux terrains : l’#éducation et la religion. À la fin des années 1990, Athènes a voulu intégrer la minorité dans le système d’éducation publique grec, appliquant notamment une politique de #discrimination_positive et offrant un accès facilité à l’université. Les musulmans proturcs plaident, eux, pour la création de davantage d’établissements minoritaires bilingues. Sur le plan religieux, chaque partie nomme des muftis, qui ne se reconnaissent pas mutuellement. Trois représentants officiels sont désignés par la Grèce pour la région. Deux autres, officieux, le sont par les musulmans de Thrace occidentale soutenus par Ankara, qui refuse qu’un État chrétien désigne des religieux.

    « Nous subissons toujours les conséquences des #crises_diplomatiques. Nous sommes les pions de leur jeu d’échecs », regrette d’une voix lasse M. Moustafa. Le sexagénaire évoque la période qui a suivi le #pogrom dirigé principalement contre les Grecs d’Istanbul, qui avait fait une quinzaine de morts en 1955. Puis les années qui ont suivi l’occupation du nord de #Chypre par la Turquie, en 1974. « Notre minorité a alors subi une violation de ses droits par l’État grec, dénonce-t-il. Nous ne pouvions plus passer le permis de conduire. On nous empêchait d’acheter des terres. » En parallèle, de l’autre côté de la frontière, la #peur a progressivement poussé la communauté grecque de Turquie à l’exil. Aujourd’hui, les Grecs ne sont plus que quelques milliers à Istanbul.

    Ces conflits pèsent encore sur l’évolution de la Thrace occidentale. « La situation s’est améliorée dans les années 1990. Mais, maltraités par le passé en Grèce, certains membres de la minorité musulmane se sont rapprochés de la Turquie, alimentant une méfiance dans l’imaginaire national grec. Beaucoup de chrétiens les considèrent comme des agents du pays voisin », constate M. Georgios Mavrommatis, spécialiste des minorités et professeur associé à l’université Démocrite de Thrace, à Komotini.
    « Ankara compte des milliers d’#espions dans la région »

    Une atmosphère de #suspicion plane sur cette ville, sous l’emprise de deux discours nationalistes concurrents. « Les gens de l’extrême droite grecque nous perçoivent comme des janissaires [soldats de l’Empire ottoman]. Erdoğan, lui, nous qualifie de soydas [« parents », en turc] », détaille d’une voix forte Mme Pervin Hayrullah, attablée dans un café animé. Directrice de la Fondation pour la culture et l’éducation en Thrace occidentale, elle se souvient aussi du passage du président turc dans la région, fin 2017. M. Erdoğan avait dénoncé les « discriminations » pratiquées par l’État grec à l’égard de cette communauté d’origine turque.

    Une chrétienne qui souhaite rester anonyme murmure, elle, que « les autorités grecques sont dépassées. La Turquie, qui est bien plus présente sur le terrain, a davantage de pouvoir. Ankara compte des milliers d’espions dans la région et donne des millions d’euros de budget chaque année au consulat turc de Komotini ». Pour Mme Hayrullah, qui est proche de cette institution, « le consulat ne fait que remplir une mission diplomatique, au même titre que le consulat grec d’Edirne [ville turque à quelque deux cents kilomètres, à la frontière] ». L’allure du consulat turc tranche avec les façades abîmées de Komotini. Surveillé par des caméras et par des gardes en noir, l’édifice est cerné de hautes barrières vertes.

    « La Grèce nous traite bien. Elle s’intéresse au développement de notre communauté et nous laisse exercer notre religion », vante de son côté M. Selim Isa, dans son bureau calme. Le président du comité de gestion des biens musulmans — désigné par l’État grec — est fier de montrer les beaux lustres et les salles lumineuses et rénovées d’une des vingt mosquées de Komotini. « Mais plus les relations avec la Turquie se détériorent et plus le consulat étend son influence, plus il revendique la reconnaissance d’une minorité turque », ajoute M. Isa, regard alerte, alors que l’appel du muezzin résonne dans la ville.

    À l’issue du sommet européen des 10 et 11 décembre, l’Union européenne a annoncé un premier volet de #sanctions contre la Turquie en raison de ses opérations d’exploration. Des mesures individuelles devraient cibler des responsables liés à ces activités. Athènes plaidait pour des mesures plus fortes, comme un embargo sur les armes, pour l’heure écarté. « C’était une proposition-clé. Nous craignons que la Turquie s’arme davantage. Sur le plan naval, elle est par exemple en train de se doter de six #sous-marins de type #214T fournis par l’#Allemagne, explique le diplomate grec Georgios Kaklikis, consul à Istanbul de 1986 à 1989. M. Erdoğan se réjouit de ces sanctions, qui sont en réalité minimes. » Le président turc a réagi par des #rodomontades, se félicitant que des pays « dotés de bon sens » aient adopté une « approche positive ». Bruxelles assure que d’autres mesures pourraient tomber en mars 2021 si Ankara ne cesse pas ces actions « illégales et agressives ».

    https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/PERRIGUEUR/62666
    #Grèce #Turquie #frontière #asile #migrations #réfugiés
    #Oruc_Reis #murs #Evros #barrières_frontalières #histoire

    ping @reka

    –—

    #terminologie #mots #vocabulaire :
    – "Le traité (de Lausanne) a déraciné plus de 1,2 million de chrétiens orthodoxes, envoyés en Grèce. Au total, plus de 30 000 sont arrivés dans l’île. Ils ont alors été péjorativement baptisés les « #graines_de_Turcs »."
    – "Les femmes exilées de la grande ville d’İzmir étaient surnommées “les prostituées”."

    –-> ajoutés à la métaliste sur la terminologie de la migration :
    https://seenthis.net/messages/414225

    ping @sinehebdo

  • Les origines néolibérales de l’antiglobalisme

    « Globalistes » contre « Nationalistes », cette nouvelle ligne de fracture politique masque la vérité : les nationalistes populistes cherchent moins à défendre un modèle social qu’à s’affranchir des contraintes internationales imposés par les règles du #libre-échange. Leur but est en réalité d’aller vers plus de #capitalisme, et de contester le droit des nations non-blanches à intégrer équitablement le jeu du libre-échange mondial.

    Depuis que Trump a installé le conflit entre les « nationalistes » et les « globalistes » comme l’antagonisme politique central, il a été repris en chœur par tous les « populistes » sans exception, de Farage à Orban en passant par Salvini et Bolsonaro. Marine Le Pen a ainsi déclaré dans un récent entretien accordé à Breitbart (le média auparavant dirigé par Bannon) : « Le globalisme est un esprit post-national […] Il porte en lui l’idée que les #frontières doivent disparaître, y compris les protections que ces frontières apportent habituellement à une #nation. Elle repose sur l’idée que ce sont les #marchés tout puissants qui décident de tout. Ce concept de globalisme est poussé par des technocrates qui ne sont jamais élus et qui sont les personnes typiques qui dirigent les choses à Bruxelles dans l’Union européenne. Les gens qui croient aux nations – les nationalistes – c’est exactement le contraire. Ils croient que les nations sont le moyen le plus efficace de protéger la #sécurité, la #prospérité et l’#identité nationales pour s’assurer que les gens prospéreront dans ces nations. »

    À l’intérieur de cette opposition, le « nationalisme » est implicitement compris comme la défense des populations attaquées par la #globalisation_économique, le retour de la #souveraineté de l’#Etat-nation et le « #protectionnisme ». Dans un entretien accordé l’an passé au Figaro, #Emmanuel_Todd estimait qu’un renversement était en train de se produire, aux États-Unis avec le protectionnisme de #Trump : « Une génération avait mis à bas, avec le néolibéralisme de Reagan, la société qu’avait instaurée l’#Etat-providence rooseveltien ; une nouvelle génération d’Américains est en train de balayer aujourd’hui le modèle des années 1980 » ; et au #Royaume-Uni, avec le #Brexit où, alors que « Thatcher était une figure du néolibéralisme aussi importante que Reagan, […] notre plus grande surprise a été de voir la #droite conservatrice assumer le Brexit et discuter à présent ses modalités, et même s’engager à tâtons dans un #conservatisme de “gauche” ».

    Mais la rupture produite par les populistes va-t-elle effectivement dans le sens annoncé par Todd, d’une limitation du #libre-échange, d’un recul du néolibéralisme et d’un #conservatisme_social ? Rien n’est moins sûr dès que l’on s’intéresse à la provenance de ce #nationalisme_anti-globaliste.

    De Thatcher au Brexit : nations souveraines et #libre_entreprise

    Avant d’être soutenu par une partie des ouvriers britanniques déclassés, le Brexit trouve ses origines dans l’#euroscepticisme du Parti conservateur britannique dont la figure de proue a été… #Thatcher. C’est son célèbre discours devant le Collège de l’Europe à Bruges en septembre 1988 qui a fait émerger le think-tank du « Groupes de Bruges » réunissant des Tories eurosceptiques dont #Alan_Sked et #Nigel_Farage, et dont bientôt sortirait le #UKIP conduisant le Royaume-Uni au Brexit. Thatcher tançait dans son discours le « super-État européen exerçant une nouvelle domination depuis Bruxelles », elle opposait l’Europe existante de la #communauté_économique_européenne, celle de la #bureaucratie, du #centralisme et du #protectionnisme à l’#Europe de la #libre-entreprise, du #libre-échange et de la #déréglementation qu’elle appelait de ses vœux.

    Il fallait surtout en finir avec le protectionnisme à l’égard du monde extra-européen de façon à réconcilier les nations européennes avec les « marchés réellement globaux ». La critique de l’Europe ne portait cependant pas seulement sur les contraintes pesant sur la #libre_entreprise, la recherche d’une identité européenne transcendante faisait aussi courir le risque d’une disparition des #identités_nationales avec leurs coutumes et leurs traditions. Contre ce « méga-État artificiel », il fallait concevoir l’Europe comme une « famille de nations ».

    Le libre-échange d’une part et le nationalisme d’autre part que Thatcher opposait à la bureaucratie régulatrice de Bruxelles, n’étaient du reste pas séparés, mais bien d’un seul tenant : « Je n’eus d’autre choix, affirme-t-elle dans ses mémoires, que de brandir le drapeau de la #souveraineté_nationale, de la #liberté_du_commerce et de la #liberté_d’entreprise – et de combattre ». On se situe donc à mille lieux d’un nationalisme qui chercherait à s’établir en rempart contre la #mondialisation économique et le libre-échange : c’est au contraire la récupération de la #souveraineté_nationale qui, en s’affranchissant des contraintes supranationales européennes, doit permettre aux peuples de se réconcilier avec le libre-échange mondialisé.

    Or cette position nationale-néolibérale, qui veut faire de la nation britannique l’actrice directe de son inscription dans la #mondialisation_économique, est celle de tous les principaux brexiters, Farage en tête, mais aussi de tous les défenseurs d’un « hard brexit » parmi l’establishment Tory, de #Boris_Johnson à #Jacob_Ress-Mogg en passant par #Steven_Baker et #Dominic_Rabb. Au deuxième semestre 2018, une enquête de Greenpeace a révélé que #David_Davis, l’ancien secrétaire au Brexit de #Theresa_May, #Owen_Paterson, l’ancien secrétaire à l’agriculture et à l’environnement de David Cameron, et #Shanker_Singham, un expert commercial de l’Institute of Economic Affairs, s’étaient rendus en Oklahoma au cours d’un voyage financé par le lobby agro-industriel américain pour préparer avec des membres de l’administration Trump un accord commercial bilatéral post-Brexit, prévoyant notamment l’importation en Angleterre de #poulet lavé au chlore et de #bœuf aux hormones.

    Paterson, en déplorant qu’un tel accord soit impossible dans le cadre actuel des réglementations de l’Union européenne, a tweeté qu’il était essentiel que « le Royaume-Uni ait le contrôle de ses tarifs et de son cadre réglementaire ». C’est peu de dire qu’on est loin du « #conservatisme_de_gauche » … Au contraire, comme l’avait anticipé Thatcher, la récupération de la souveraineté nationale face à l’#Union_européenne est le moyen de plus de #déréglementation et de libre-échange.

    Anti-globalisme et libre-échangisme mondialisé chez #Rothbard

    Qu’en est-il aux États-Unis ? « La génération qui est en train de balayer le modèle des années 1980 » est-elle, à la différence du Royaume-Uni, en rupture avec le néolibéralisme de Reagan ? La droite radicale qui a contesté l’héritage de Reagan pour finalement aboutir à l’élection de Donald Trump s’est construite au tournant des années 1990 dans les marges du Parti républicain. Réunissant des « paléo-libertariens » autour de #Murray_Rothbard et #Lew_Rockwell et des « paléo-conservateurs » autour de Patrick Buchanan, ce mouvement s’appelait « paléo » parce qu’il revendiquait un retour à la #Droite_originaire (#Old_Right) du Parti républicain entre les années 1930 et 1950 qui défendait l’#isolationnisme et les intérêts de la nation américaine (#America_First) contre l’#interventionnisme_militaire, mais aussi la #liberté_individuelle, le gouvernement minimal et la propriété privée contre le #New_Deal et le #Welfare_state. Il s’était formé pour contester la prise du pouvoir sous #Reagan puis l’hégémonie sous Bush des néoconservateurs et leur imposition du #Nouvel_ordre_mondial. Leur critique s’est incarnée dans les campagnes des primaires républicaines de #Buchanan en 1992 et 1996.

    Ce que ciblaient les paléo dans le Nouvel ordre mondial, c’était un super-étatisme internationaliste, un système mondial de Welfare-warfare state, où l’importation de la « démocratie globale » partout dans le monde par l’interventionnisme américain sous l’égide de l’ONU se conjuguait à un gouvernement économique mondial de type keynésien. Les termes de « globalisme » et de globaloney étaient utilisés notamment par Rothbard au début des années 1990 pour décrier ce système et ils étaient empruntés au vocabulaire de la Old Right pour qui ils désignaient déjà ce complexe internationaliste de l’interventionnisme extérieur onusien et de la perspective d’un New Deal global que ses membres critiquaient dans les politiques de Franklin Roosevelt et Harry Truman.

    Rothbard puisait notamment son inspiration chez un historien révisionniste de la Seconde Guerre mondiale dont il avait été proche, Harry Elmer Barnes. De plus, dans les années 1970, alors que la Guerre du Vietnam était encore en cours, des anti-impérialistes avec qui il collaborait avaient déjà remis au goût du jour la critique du globalisme. Lorsque la globalisation économique se concrétisa dans la première moitié des années 1990 avec l’Alena puis la création de l’OMC, ces nouveaux éléments devinrent partie intégrante de sa critique et les nouvelles cibles de l’attaque contre le « globalisme ». Rothbard dénonçait l’Alena comme du « commerce bureaucratique réglementé » conçu par « un sinistre Establishment centriste dont le dévouement à la liberté et au libre-échange s’apparente à celui de Leonid Brejnev ». L’Alena entraînait en particulier une harmonisation des législations vers le haut qui allait contraindre les entreprises américaines à se soumettre aux normes environnementales et au droit du travail contraignants des législations canadiennes et mexicaines contrôlées par des syndicalistes et des socialistes.

    Tout ce « mercantilisme » ne signifiait rien d’autre selon lui que la spoliation que les élites politiques mondiales opéraient sur le libre-échange véritable au détriment de la masse des gens qui ne pouvaient en jouir directement. Il alertait sur la perte de souveraineté que représentait l’Alena qu’il comparait au « super-étatisme de la Communauté européenne » car cet accord imposait la mise sur pied d’« institutions d’un super-gouvernement internationaliste arrachant la prise de décision des mains des Américains ». Face à cette « politique globaliste » (globalist policy), une « nouvelle coalition populiste » et « un nouveau nationalisme américain » devaient être définis : il fallait abroger l’Alena, se retirer de toutes les agences gouvernementales supranationales (ONU, OIT, UNESCO, etc.), stopper l’aide au développement et durcir les conditions d’immigration qui provoquaient l’élargissement de l’État social, au nom d’authentiques marchés libres.

    Comme chez Thatcher, on est à l’opposé d’une critique du libre-échange ; le nationalisme est au contraire là aussi un moyen de sauver le libre-échange mondialisé qui est confisqué par les institutions supranationales bureaucratiques et socialisantes – en un mot « globalistes ».

    Lorsque les populistes s’attaquent au « globalisme », ils emboîtent le pas d’une critique qui ne visait pas à l’origine la mondialisation des échanges de biens et de services, mais au contraire le super-étatisme des élites politiques mondiales qui parasitent le fonctionnement du libre-échange mondialisé. Une distinction conceptuelle s’impose donc entre le « globalisme » et le « mondialisme », puisque dans les cas des héritages de Thatcher ou de Rothbard, l’anti-globalisme va de pair avec un mondialisme libre-échangiste absolument revendiqué.
    Anti-globalisme et hiérarchie des nations de Buchanan à Trump

    Aux États-Unis, après la seconde campagne de Buchanan pour les primaires républicaines de 1996, les premiers doutes des libertariens ont cependant laissé place à la rupture avec les paléo-conservateurs autour de la question du protectionnisme et des barrières tarifaires. La rupture fut définitivement consommée en 1998 avec la publication du livre de Buchanan The Great Betrayal. How American Sovereignty and Social Justice Are Being Sacrified to the Gods of the Global Economy. C’est dans ce livre que Buchanan affirme son attachement au « nationalisme économique » et qu’il fait du « conflit » entre les « nationalistes » et les « globalistes » le « nouveau conflit de l’époque qui succède à la Guerre froide »[1], définissant la ligne que reprendront littéralement Bannon et Trump. Soutenant le protectionnisme industriel, il déplace le contenu de l’anti-globalisme dans le sens de la défense des intérêts économiques nationaux contre la mondialisation du libre-échange.

    Cependant, l’opposition simple entre le nationalisme économique à base de protectionnisme industriel et le libre-échange illimité mérite d’être approfondie. D’abord, Buchanan est toujours resté un adversaire résolu de l’État-providence et The Great Betrayal est surtout une défense de l’économie américaine pré-New Deal où l’existence de barrières tarifaires aux importations a coïncidé avec une période de croissance. Pour autant, cette période a été marquée par de fortes inégalités économiques et sociales.

    Ensuite, dans le cas de Trump, l’usage qu’il fait du protectionnisme est pour le moins pragmatique et ne relève pas d’une position de principe. Lorsqu’il a baissé drastiquement fin 2017 l’impôt sur les sociétés, il a montré que sa défense de l’emploi américain ne convergeait pas nécessairement avec la « justice sociale ». Ciblant certaines industries correspondant à son électorat comme l’automobile, il se sert surtout des barrières tarifaires aux importations comme d’une arme parfois purement psychologique et virtuelle, parfois effective mais temporaire, dans une guerre commerciale qui peut aboutir à davantage de libre-échange.

    Dans l’USMCA (United States-Mexico-Canada Agreement), l’accord de l’Alena renégocié, si 75% des composants d’une automobile devront être fabriqués aux États-Unis pour qu’elle soit exemptée de barrières douanières (contre 62, 5% avec l’Alena), en revanche le marché laitier canadien sera davantage ouvert aux fermiers américains, tandis que Trump a récemment supprimé les barrières aux importations d’acier et d’aluminium venant du Mexique et du Canada, pour inciter ces pays à ratifier l’USMCA. S’il continue de se servir des droits de douane punitifs dans la guerre commerciale avec la Chine, il a recherché davantage de libre-échange avec l’Union européenne.

    Enfin, lorsque des journalistes demandèrent à Buchanan de quel économiste il s’inspirait, il répondit qu’il s’agissait de Wilhelm Röpke[2], l’un des principaux fondateurs de l’ordo-libéralisme, la forme prise par le néolibéralisme en Allemagne qui inspira la politique économique de Ludwig Erhardt sous Adenauer. Or Röpke n’était pas un thuriféraire, mais bien au contraire un opposant farouche au « nationalisme économique » et au « protectionnisme » qui représentait des fléaux pour l’ordre économique international qu’il cherchait à construire[3]. Cependant, il estimait que le libre-échange mondial ne pouvait intégrer les nations postcoloniales, car il n’avait été possible avant la première guerre mondiale que parmi le cercle des nations occidentales partageant un même ordre de valeurs culturelles et religieuses.

    Cette insistance sur des conditions extra-économiques morales et spirituelles au développement économique fait qu’il revendique une « troisième voie » appelée « économie humaine » entre le libre-échange purement fondé sur la concurrence et la social-démocratie. En cohérence avec cette « économie humaine », il s’engagea publiquement en faveur du maintien de l’apartheid en Afrique du Sud parce que les Noirs sud-africains se situaient « à un niveau de développement qui excluaient la véritable intégration spirituelle et politique avec les Blancs hautement civilisés »[4].

    Son nationalisme n’était finalement pas dirigé contre le libre-échange, mais pour un ordre hiérarchique international fondé sur des conditions de développement économiques différenciées, ne laissant pas aux nations non blanches les moyens d’intégrer le libre-échange mondial. Lorsque Buchanan tempête contre l’immigration et la reconquista économique mexicaine menaçant la culture américaine, il se situe effectivement dans le sillage de la position nationale-néolibérale de Röpke. Dans un débat télévisé en vue des élections européennes de 2019, Marine Le Pen promettait elle aussi, du reste, d’opposer au « capitalisme sauvage » une « économie humaine ».

    Lorsque des universitaires ou des commentateurs, y compris à gauche, insistent sur les aspects économiques positifs pour les populations, du nationalisme anti-globaliste, ils se méprennent absolument sur les origines comme sur les politiques menées par les populistes nationalistes. Ceux-ci revendiquent la récupération de la souveraineté nationale et critiquent les règles transnationales de la globalisation économique, non pour protéger leur modèle social et le droit du travail de leur population, mais pour s’affranchir de ce qui resterait en elles de contraintes environnementales ou sociales, et s’en servir comme tremplin vers plus de capitalisme et de libre-échange, ou pour contester le droit des nations non-blanches à intégrer équitablement le jeu du libre-échange mondial. Dans cette bataille, ce sont les national-néolibéraux qui affrontent les globalistes néolibéraux, dans une course qui pousse le monde dans une direction toujours plus mortifère, et ne comporte pas le moindre aspect positif.

    https://aoc.media/analyse/2019/10/28/les-origines-neoliberales-de-lantiglobalisme

    #nationalisme #globalisme #anti-globalisme #néolibéralisme #néo-libéralisme #populisme #discours_de_Bruges #industrie_agro-alimentaire #boeuf

    ping @karine4

  • AIBD - Indignation de passagers sénégalais après des contrôles à l’embarquement faits par des policiers français et espagnols : la #souveraineté sénégalaise à rude épreuve !

    Des témoignages de passagers qui ont transité cette semaine par l’Aéroport Blaise Diagne de #Diass font état d’une situation inédite au niveau du contrôle préalable à l’embarquement. Pour la plupart en route pour des pays européens, ils ont remarqué selon certains qui ont bien voulu témoigner à Dakaractu, un contrôle a posteriori effectué par des éléments qui semblaient appartenir à des polices étrangères. En effet, après le contrôle des sociétés habituelles et connues à l’#AIBD, des policiers étrangers et principalement français et espagnols se chargeaient en dernier lieu, de vérifier la paperasse des passagers.

    Dakaractu qui a cherché à en savoir plus, a câblé quelques hauts gradés de la sécurité intérieure du pays. Selon un responsable c’est deux coopérants espagnols qui étaient à l’AIBD. Il a ainsi écarté toute présence de policiers français sur le périmètre du contrôle aéroportuaire. Un fait infirmé par les témoignages des passagers qui confirment bien l’enseigne de la #police française sur les tenues des agents avec le drapeau tricolore à l’appui.

    Une situation inédite qui a révulsé plus d’un passager qui ne se sont pas privés de commenter « cette bizarrerie ». D’autant plus que personne n’imagine voir un jour des policiers sénégalais préposés au contrôle dans un aéroport Européen, quel que puisse être le pays.

    Mais du côté de notre interlocuteur au niveau de la sécurité intérieure toujours, on se défend en indiquant que « ces deux agents étaient dans ce que l’on appelle dans le jargon de la sécurité publique, des « #mentors ». Leur présence entre dans le cadre d’un #accord nommé #programme_opérationnel_conjoint entre l’État et l’Union européenne, a-t-il renseigné en outre. Ils devraient selon lui, former de jeunes policiers sénégalais à certaines méthodes de #dissimulation. Sauf que selon nos sources de l’aéroport du côté des passagers, il n’y avait nulle part trace de policiers sénégalais près des « fameux mentors » en mission de #formation. Quoi de plus logique ?

    Du côté des passagers qui ont câblé Dakaractu on pense vraiment qu’un aéroport mais aussi le port restent des symboles de la #souveraineté_nationale d’un pays. De petites choses que l’État sénégalais « minimise », se plaignent nos interlocuteurs, mais qui donnent encore raison aux activistes qui pensent que le « Sénégal est toujours sous le joug de l’impérialisme français ».

    https://www.dakaractu.com/AIBD-Indignation-de-passagers-senegalais-apres-des-controles-a-l-embarque
    #aéroport #asile #migrations #frontières #contrôles_frontaliers #externalisation #Sénégal #contrôles_d'identité #police #France #Espagne #officiers_de_liaison_immigration (#OLI)

    ping @rhoumour @karine4 @_kg_

  • De Gaulle et l’OTAN, 1966 : L’épiphanie de la France Libre – par Eric Juillot
    https://www.les-crises.fr/de-gaulle-et-l-otan-1966-l-epiphanie-de-la-france-libre-par-eric-juillot

    « La France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à disposition de l’OTAN[1]. » C’est par ces mots très […]

    #Histoire #7_mars #Charles_de_Gaulle #OTAN #Souveraineté_nationale #Histoire,_7_mars,_Charles_de_Gaulle,_OTAN,_Souveraineté_nationale

  • Bulletin Nyeleni N°41 : Au-delà de la terre – Territoire et souveraineté alimentaire

    La terre a toujours été un bien très contesté. Le contrôle des terres et des ressources liées reflète les relations de pouvoir d’une région, d’un pays et constitue un indicateur des injustices sociales existantes. En même temps, ces ressources sont centrales dans la question des droits, des moyens d’existence et de l’identité de petits producteurs alimentaires. Depuis le début, elles ont été au cœur du mouvement pour la souveraineté alimentaire.

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/25/bulletin-nyeleni-n41-au-dela-de-la-terre-territoire-et-

    #international #souveraineté

  • Mostra virtuale «L’anello forte» | Archivio di Stato di Torino
    https://archiviodistatotorino.beniculturali.it/gli-eventi/anello-forte-archivissima-2020

    Dal 5 all’8 giugno 2020 a Torino torna Archivissima, il Festival degli Archivi, quattro giorni per scoprire, raccontare, approfondire i patrimoni culturali, le collezioni, la storia degli Archivi. Il Festival 2020, ideato e sostenuto da Promemoria, è organizzato dall’Associazione culturale Archivissima in collaborazione con il Polo del ‘900. L’edizione 2020 sarà dedicata alle donne protagoniste di storie di cambiamento e trasformazione.

    L’Archivio di Stato di Torino partecipa al Festival
    organizzando una mostra virtuale per raccontare come le donne in tutte le epoche abbiano contribuito alla costruzione dello Stato,
    conquistando col tempo nuovi spazi di espressione e di azione. Questo processo è testimoniato sia nei documenti prodotti dall’amministrazione pubblica (prima e dopo l’Unità, in epoca monarchica e repubblicana), sia nelle carte di soggetti privati che l’Archivio accoglie in ragione della loro importanza storica e civile.

    La mostra, il cui titolo si ispira al libro di Nuto Revelli pubblicato nel 1985, accompagna il visitatore alla scoperta delle vicende di donne di potere e donne di cultura, operaie e studiose , attraverso le riproduzioni di pergamene, manoscritti, fotografie conservati in Archivio.

    Alcuni racconti sono diventati dei podcast ascoltabili liberamente, che resteranno a disposizione del pubblico anche oltre la fine del Festival, brevi narrazioni delle vite, “leggermente fuori fuoco”, di queste protagoniste della nostra storia.

    Dame che governano
    documenti danno voce a quattro donne di condizione non ordinaria – erano principesse di casa Savoia – che hanno potuto vivere la politica in modo attivo, per decenni o anche solo per un attimo. Quattro dame che – coerentemente con la visione del mondo in cui erano cresciute, una visione di lunga durata dal Medioevo al pieno Ottocento – accettano ciò che ci si aspetta da loro: un matrimonio che serve a rafforzare i rapporti tra dinastie, e deve generare un erede per garantire la continuità della stirpe. Quattro dame che, in un contesto sfavorevole, possono comunque esprimere una loro personalità o esercitare un ruolo politico in prima persona. Due di esse si ritrovano in una condizione insolita, riservata alle ereditiere o alle vedove: l’esercizio della sovranità, in prima persona o come reggenti per mariti assenti o figli minorenni, in situazioni precarie e tra pesanti contestazioni. Altre esercitano un ascendente sui mariti e orientano le loro scelte politiche, assumono il ruolo di mecenati, costruendo reti di idee e rapporti culturali, o si dedicano alla beneficienza, uno dei pochi campi in cui viene loro riconosciuta una certa autonomia.

    #archive #turin #exposition_viruelle #féminisme @cdb_77 @wizo

  • Law Enforcement Descended On Standing Rock A Year Ago And Changed the DAPL Fight Forever
    https://theintercept.com/2017/10/27/law-enforcement-descended-on-standing-rock-a-year-ago-and-changed-the-

    “Unceded land is land that was never given over or conceded; it’s essentially stolen land,” Nick Estes, a Lakota historian, told The Intercept. Cannonball Ranch, specifically, was “illegally settled,” Estes said, and acquired as private property through squatters’ rights.

    Only an act of Congress can abridge a treaty, opening unceded territory for non-native settlement, Estes said — but that never happened with this particular land, the status of which remains disputed. Disputes over unceded land have arisen before — most notably over the Black Hills, which resulted in a 1980 Supreme Court decision that offered a monetary settlement as reparation for the settled land — but no actual land restitution. Indigenous people have refused to take that money.

    #propriété_privée #standing_rock #no_dapl #souveraineté

  • Organizing amidst Covid-19


    Organizing amidst Covid-19: sharing stories of struggles
    Overviews of movement struggles in specific places

    Miguel Martinez
    Mutating mobilisations during the pandemic crisis in Spain (movement report, pp. 15 – 21)

    Laurence Cox
    Forms of social movement in the crisis: a view from Ireland (movement report, pp. 22 – 33)

    Lesley Wood
    We’re not all in this together (movement report, pp. 34 – 38)

    Angela Chukunzira
    Organising under curfew: perspectives from Kenya (movement report, pp. 39 – 42)

    Federico Venturini
    Social movements’ powerlessness at the time of covid-19: a personal account (movement report, pp. 43 – 46)

    Sobhi Mohanty
    From communal violence to lockdown hunger: emergency responses by civil society networks in Delhi, India (movement report, pp. 47 – 52)
    Feminist and LGBTQ+ activism

    Hongwei Bao
    “Anti-domestic violence little vaccine”: a Wuhan-based feminist activist campaign during COVID-19 (movement report, pp. 53 – 63)

    Ayaz Ahmed Siddiqui
    Aurat march, a threat to mainstream tribalism in Pakistan (movement report, pp. 64 – 71)

    Lynn Ng Yu Ling
    What does the COVID-19 pandemic mean for PinkDot Singapore? (movement report, pp. 72 – 81)

    María José Ventura Alfaro
    Feminist solidarity networks have multiplied since the COVID-19 outbreak in Mexico (movement report, pp. 82 – 87)

    Ben Trott
    Queer Berlin and the Covid-19 crisis: a politics of contact and ethics of care (movement report, pp. 88 – 108)
    Reproductive struggles

    Non Una Di Meno Roma
    Life beyond the pandemic (movement report, pp. 109 – 114)
    Labour organising

    Ben Duke
    The effects of the COVID-19 crisis on the gig economy and zero hour contracts (movement report, pp. 115 – 120)

    Louisa Acciari
    Domestic workers’ struggles in times of pandemic crisis (movement report, pp. 121 – 127)

    Arianna Tassinari, Riccardo Emilia Chesta and Lorenzo Cini
    Labour conflicts over health and safety in the Italian Covid19 crisis (movement report, pp. 128 – 138)

    T Sharkawi and N Ali
    Acts of whistleblowing: the case of collective claim making by healthcare workers in Egypt (movement report, pp. 139 – 163)

    Mallige Sirimane and Nisha Thapliyal
    Migrant labourers, Covid19 and working-class struggle in the time of pandemic: a report from Karnataka, India (movement report, pp. 164 – 181)
    Migrant and refugee struggles

    Johanna May Black, Sutapa Chattopadhyay and Riley Chisholm
    Solidarity in times of social distancing: migrants, mutual aid, and COVID-19 (movement report, pp. 182 – 193)

    Anitta Kynsilehto
    Doing migrant solidarity at the time of Covid-19 (movement report, pp. 194 – 198)

    Susan Thieme and Eda Elif Tibet
    New political upheavals and women alliances in solidarity beyond “lock down” in Switzerland at times of a global pandemic (movement report, pp. 199 – 207)

    Chiara Milan
    Refugee solidarity along the Western Balkans route: new challenges and a change of strategy in times of COVID-19 (movement report, pp. 208 – 212)

    Marco Perolini
    Abolish all camps in times of corona: the struggle against shared accommodation for refugees* in Berlin (movement report, pp. 213 – 224)
    Ecological activism

    Clara Thompson
    #FightEveryCrisis: Re-framing the climate movement in times of a pandemic (movement report, pp. 225 – 231)

    Susan Paulson
    Degrowth and feminisms ally to forge care-full paths beyond pandemic (movement report, pp. 232 – 246)

    Peterson Derolus [FR]
    Coronavirus, mouvements sociaux populaires anti-exploitation minier en Haïti (movement report, pp. 247 – 249)

    Silpa Satheesh
    The pandemic does not stop the pollution in River Periyar (movement report, pp. 250 – 257)

    Ashish Kothari
    Corona can’t save the planet, but we can, if we listen to ordinary people (movement report, pp. 258 – 265)
    Food sovereignty organising

    Dagmar Diesner
    Self-governance food system before and during the Covid-crisis on the example of CampiAperti, Bologna (movement report, pp. 266 – 273)

    URGENCI
    Community Supported Agriculture is a safe and resilient alternative to industrial agriculture in the time of Covid-19 (movement report, pp. 274 – 279)

    Jenny Gkougki
    Corona-crisis affects small Greek farmers who counterstrike with a nationwide social media campaign to unite producers and consumers on local level! (movement report, pp. 280 – 283)

    John Foran
    Eco Vista in the quintuple crisis (movement report, pp. 284 – 291)
    Solidarity and mutual aid

    Michael Zeller
    Karlsruhe’s “giving fences”: mobilisation for the needy in times of COVID-19 (movement report, pp. 292 – 303)

    Sergio Ruiz Cayuela
    Organising a solidarity kitchen: reflections from Cooperation Birmingham (movement report, pp. 304 – 309)

    Clinton Nichols
    On lockdown and locked out of the prison classroom: the prospects of post-secondary education for incarcerated persons during pandemic (movement report, pp. 310 – 316)

    Micha Fiedlschuster and Leon Rosa Reichle
    Solidarity forever? Performing mutual aid in Leipzig, Germany (movement report, pp. 317 – 325)
    Artistic and digital resistance

    Kerman Calvo and Ester Bejarano
    Music, solidarities and balconies in Spain (movement report, pp. 326 – 332)

    Neto Holanda and Valesca Lima [PT]
    Movimentos e ações político-culturais do Brasil em tempos de pandemia do Covid-19 (movement report, pp. 333 – 338)

    Margherita Massarenti
    How Covid-19 led to a #Rentstrike and what it can teach us about online organizing (movement report, pp. 339 – 346)

    Dounya
    Knowledge is power: virtual forms of everyday resistance and grassroots broadcasting in Iran (movement report, pp. 347 – 354)
    Imagining a new world

    Donatella della Porta
    How progressive social movements can save democracy in pandemic times (movement report, pp. 355 – 358)

    Jackie Smith
    Responding to coronavirus pandemic: human rights movement-building to transform global capitalism (movement report, pp. 359 – 366)

    Yariv Mohar
    Human rights amid Covid-19: from struggle to orchestration of tradeoffs (movement report, pp. 367 – 370)

    Julien Landry, Ann Marie Smith, Patience Agwenjang, Patricia Blankson Akakpo, Jagat Basnet, Bhumiraj Chapagain, Aklilu Gebremichael, Barbara Maigari and Namadi Saka,
    Social justice snapshots: governance adaptations, innovations and practitioner learning in a time of COVID-19 (movement report, pp. 371 – 382)

    Roger Spear, Gulcin Erdi, Marla A. Parker and Maria Anastasia
    Innovations in citizen response to crises: volunteerism and social mobilization during COVID-19 (movement report, pp. 383 – 391)

    Breno Bringel
    Covid-19 and the new global chaos (movement report, pp. 392 – 399)

    https://www.interfacejournal.net/interface-volume-12-issue-1

    #mouvements_sociaux #résistance #covid-19 #confinement #revue #aide_mutuelle #Espagne #résistance #Irlande #Kenya #impuissance #sentiment_d'impuissance #faim #violence #Delhi #Inde #féminisme #Wuhan #Pakistan #PinkDot #LGBT #Singapour #solidarité_féministe #solidarité #Mexique #care #Berlin #Allemagne #queer #gig_economy #travail #travail_domestique #travailleurs_domestiques #Italie #Egypte #travailleurs_étrangers #Karnataka #distanciation_sociale #migrations #Suisse #route_des_Balkans #Balkans #réfugiés #camps_de_réfugiés #FightEveryCrisis #climat #changement_climatique #décroissance #Haïti #extractivisme #pollution #River_Periyar #Periyar #souveraineté_alimentaire #nourriture #alimentation #CampiAperti #Bologne #agriculture #Grèce #Karlsruhe #Cooperation_Birmingham #UK #Angleterre #Leipzig #musique #Brésil #Rentstrike #Iran #droits_humains #justice_sociale #innovation #innovation_sociale

    ping @isskein @karine4

  • Covid-19, la #frontiérisation aboutie du #monde

    Alors que le virus nous a rappelé la condition de commune humanité, les frontières interdisent plus que jamais de penser les conditions du cosmopolitisme, d’une société comme un long tissu vivant sans couture à même de faire face aux aléas, aux menaces à même d’hypothéquer le futur. La réponse frontalière n’a ouvert aucun horizon nouveau, sinon celui du repli. Par Adrien Delmas, historien et David Goeury, géographe.

    La #chronologie ci-dessus représente cartographiquement la fermeture des frontières nationales entre le 20 janvier et le 30 avril 2020 consécutive de la pandémie de Covid-19, phénomène inédit dans sa célérité et son ampleur. Les données ont été extraites des déclarations gouvernementales concernant les restrictions aux voyages, les fermetures des frontières terrestres, maritimes et aériennes et des informations diffusées par les ambassades à travers le monde. En plus d’omissions ou d’imprécisions, certains biais peuvent apparaitre notamment le décalage entre les mesures de restriction et leur application.

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=64&v=mv-OFB4WfBg&feature=emb_logo

    En quelques semaines, le nouveau coronavirus dont l’humanité est devenue le principal hôte, s’est propagé aux quatre coins de la planète à une vitesse sans précédent, attestant de la densité des relations et des circulations humaines. Rapidement deux stratégies politiques se sont imposées : fermer les frontières nationales et confiner les populations.

    Par un processus de #mimétisme_politique global, les gouvernements ont basculé en quelques jours d’une position minimisant le risque à des politiques publiques de plus en plus drastiques de contrôle puis de suspension des mobilités. Le recours systématique à la fermeture d’une limite administrative interroge : n’y a-t-il pas, comme répété dans un premier temps, un décalage entre la nature même de l’#épidémie et des frontières qui sont des productions politiques ? Le suivi de la diffusion virale ne nécessite-t-il un emboîtement d’échelles (famille, proches, réseaux de sociabilité et professionnels…) en deçà du cadre national ?

    Nous nous proposons ici de revenir sur le phénomène sans précédent d’activation et de généralisation de l’appareil frontalier mondial, en commençant par retrouver la chronologie précise des fermetures successives. Bien que resserrée sur quelques jours, des phases se dessinent, pour aboutir à la situation présente de fermeture complète.

    Il serait vain de vouloir donner une lecture uniforme de ce phénomène soudain mais nous partirons du constat que le phénomène de « frontiérisation du monde », pour parler comme Achille Mbembe, était déjà à l’œuvre au moment de l’irruption épidémique, avant de nous interroger sur son accélération, son aboutissement et sa réversibilité.

    L’argument sanitaire

    Alors que la présence du virus était attestée, à partir de février 2020, dans les différentes parties du monde, la fermeture des frontières nationales s’est imposée selon un principe de cohérence sanitaire, le risque d’importation du virus par des voyageurs était avéré. Le transport aérien a permis au virus de faire des sauts territoriaux révélant un premier archipel économique liant le Hubei au reste du monde avant de se diffuser au gré de mobilités multiples.

    Pour autant, les réponses des premiers pays touchés, en l’occurrence la Chine et la Corée du Sud, se sont organisées autour de l’élévation de barrières non-nationales : personnes infectées mises en quarantaine, foyers, ilots, ville, province etc. L’articulation raisonnée de multiples échelles, l’identification et le ciblage des clusters, ont permis de contrôler la propagation du virus et d’en réduire fortement la létalité. A toutes ces échelles d’intervention s’ajoute l’échelle mondiale où s‘est organisée la réponse médicale par la recherche collective des traitements et des vaccins.

    Face à la multiplication des foyers de contamination, la plupart des gouvernements ont fait le choix d’un repli national. La fermeture des frontières est apparue comme une modalité de reprise de contrôle politique et le retour aux sources de l’État souverain. Bien que nul dirigeant ne peut nier avoir agi « en retard », puisque aucun pays n’est exempt de cas de Covid-19, beaucoup d’États se réjouissent d’avoir fermé « à temps », avant que la vague n’engendre une catastrophe.

    L’orchestration d’une réponse commune concertée notamment dans le cadre de l’OMS est abandonnée au profit d’initiatives unilatérales. La fermeture des frontières a transformé la pandémie en autant d’épidémies nationales, devenant par là un exemple paradigmatique du nationalisme méthodologique, pour reprendre les termes d’analyse d’Ulrich Beck.

    S’impose alors la logique résidentielle : les citoyens présents sur un territoire deviennent comptables de la diffusion de l’épidémie et du maintien des capacités de prise en charge par le système médical. La dialectique entre gouvernants et gouvernés s’articule alors autour des décomptes quotidiens, de chiffres immédiatement comparés, bien que pas toujours commensurables, à ceux des pays voisins.

    La frontiérisation du monde consécutive de la pandémie de coronavirus ne peut se résumer à la seule somme des fermetures particulières, pays par pays. Bien au contraire, des logiques collectives se laissent entrevoir. A défaut de concertation, les gouvernants ont fait l’expérience du dilemme du prisonnier.

    Face à une opinion publique inquiète, un chef de gouvernement prenait le risque d’être considéré comme laxiste ou irresponsable en maintenant ses frontières ouvertes alors que les autres fermaient les leurs. Ces phénomènes mimétiques entre États se sont démultipliés en quelques jours face à la pandémie : les États ont redécouvert leur maîtrise biopolitique via les mesures barrières, ils ont défendu leur rationalité en suivant les avis de conseils scientifiques et en discréditant les approches émotionnelles ou religieuses ; ils ont privilégié la suspension des droits à grand renfort de mesures d’exception. Le risque global a alors légitimé la réaffirmation d’une autorité nationale dans un unanimisme relatif.

    Chronologie de la soudaineté

    La séquence vécue depuis la fin du mois janvier de l’année 2020 s’est traduite par une série d’accélérations venant renforcer les principes de fermeture des frontières. Le développement de l’épidémie en Chine alarme assez rapidement la communauté internationale et tout particulièrement les pays limitrophes.

    La Corée du Nord prend les devants dès le 21 janvier en fermant sa frontière avec la Chine et interdit tout voyage touristique sur son sol. Alors que la Chine développe une stratégie de confinement ciblé dès le 23 janvier, les autres pays frontaliers ferment leurs frontières terrestres ou n’ouvrent pas leurs frontières saisonnières d’altitude comme le Pakistan.

    Parallèlement, les pays non frontaliers entament une politique de fermeture des routes aériennes qui constituent autant de points potentiels d’entrée du virus. Cette procédure prend des formes différentes qui relèvent d’un gradient de diplomatie. Certains se contentent de demander aux compagnies aériennes nationales de suspendre leurs vols, fermant leur frontière de facto (Algérie, Égypte, Maroc, Rwanda, France, Canada, entre autres), d’autres privilégient l’approche plus frontale comme les États-Unis qui, le 2 février, interdisent leur territoire au voyageurs ayant séjournés en Chine.

    La propagation très rapide de l’épidémie en Iran amène à une deuxième tentative de mise en quarantaine d’un pays dès le 20 février. Le rôle de l’Iran dans les circulations terrestres de l’Afghanistan à la Turquie pousse les gouvernements frontaliers à fermer les points de passage. De même, le gouvernement irakien étroitement lié à Téhéran finit par fermer la frontière le 20 février. Puis les voyageurs ayant séjourné en Iran sont à leur tour progressivement considérés comme indésirables. Les gouvernements décident alors de politiques d’interdiction de séjour ciblées ou de mises en quarantaine forcées par la création de listes de territoires à risques.

    Le développement de l’épidémie en Italie amène à un changement de paradigme dans la gestion de la crise sanitaire. L’épidémie est dès lors considérée comme effectivement mondiale mais surtout elle est désormais perçue comme incontrôlable tant les foyers de contamination potentiels sont nombreux.

    La densité des relations intra-européennes et l’intensité des mobilités extra-européennes génèrent un sentiment d’anxiété face au risque de la submersion, le concept de « vague » est constamment mobilisé. Certains y ont lu une inversion de l’ordre migratoire planétaire. Les pays aux revenus faibles ou limités décident de fermer leurs frontières aux individus issus des pays aux plus hauts revenus.

    Les derniers jours du mois de février voient des gouvernements comme le Liban créer des listes de nationalités indésirables, tandis que d’autres comme Fiji décident d’un seuil de cas identifiés de Covid-19. Les interdictions progressent avec le Qatar et l’Arabie Saoudite qui ferment leur territoire aux Européens dès le 9 mars avant de connaître une accélération le 10 mars.

    Les frontières sont alors emportées dans le tourbillon des fermetures.

    La Slovénie débute la suspension de la libre circulation au sein de l’espace Schengen en fermant sa frontière avec l’Italie. Elle est suivie par les pays d’Europe centrale (Tchéquie, Slovaquie). En Afrique et en Amérique, les relations avec l’Union européenne sont suspendues unilatéralement. Le Maroc ferme ses frontières avec l’Espagne dès le 12 mars. Ce même jour, les États-Unis annonce la restriction de l’accès à son territoire aux voyageurs issu de l’Union européenne. La décision américaine est rapidement élargie au monde entier, faisant apparaitre l’Union européenne au cœur des mobilités planétaires.

    En quelques jours, la majorité des frontières nationales se ferment à l’ensemble du monde. Les liaisons aériennes sont suspendues, les frontières terrestres sont closes pour éviter les stratégies de contournements.

    Les pays qui échappent à cette logique apparaissent comme très minoritaires à l’image du Mexique, du Nicaragua, du Laos, du Cambodge ou de la Corée du Sud. Parmi eux, certains sont finalement totalement dépendants de leurs voisins comme le Laos et le Cambodge prisonniers des politiques restrictives du Vietnam et de la Thaïlande.

    Au-delà de ces gouvernements qui résistent à la pression, des réalités localisées renseignent sur l’impossible fermeture des frontières aux mobilités quotidiennes. Ainsi, malgré des discours de fermeté, exception faite de la Malaisie, des États ont maintenus la circulation des travailleurs transfrontaliers.

    Au sein de l’espace Schengen, la Slovénie maintient ses relations avec l’Autriche, malgré sa fermeté vis-à-vis de l’Italie. Le 16 mars, la Suisse garantit l’accès à son territoire aux salariés du Nord de l’Italie et du Grand Est de la France, pourtant les plus régions touchées par la pandémie en Europe. Allemagne, Belgique, Norvège, Finlande, Espagne font de même.

    De l’autre côté de l’Atlantique, malgré la multiplication des discours autoritaires, un accord est trouvé le 18 mars avec le Canada et surtout le 20 mars avec le Mexique pour maintenir la circulation des travailleurs. Des déclarations conjointes sont publiées le 21 mars. Partout, la question transfrontalière oblige au bilatéralisme. Uruguay et Brésil renoncent finalement à fermer leur frontière commune tant les habitants ont développé un « mode de vie binational » pour reprendre les termes de deux gouvernements. La décision unilatérale du 18 mars prise par la Malaisie d’interdire à partir du 20 mars tout franchissement de sa frontière prend Singapour de court qui doit organiser des modalités d’hébergement pour plusieurs dizaines de milliers de travailleurs considérés comme indispensables.

    Ces fermetures font apparaitre au grand jour la qualité des coopérations bilatérales.

    Certains États ferment d’autant plus facilement leur frontière avec un pays lorsque préexistent d’importantes rivalités à l’image de la Papouasie Nouvelle Guinée qui ferme immédiatement sa frontière avec l’Indonésie pourtant très faiblement touchée par la pandémie. D’autres en revanche, comme la Tanzanie refusent de fermer leurs frontières terrestres pour maintenir aux États voisins un accès direct à la mer.

    Certains observateurs se sont plu à imaginer des basculements dans les rapports de pouvoirs entre l’Afrique et l’Europe notamment. Après ces fermetures soudaines, le bal mondial des rapatriements a commencé, non sans de nombreuses fausses notes.

    L’accélération de la frontiérisation du monde

    La fermeture extrêmement rapide des frontières mondiales nous rappelle ensuite combien les dispositifs nationaux étaient prêts pour la suspension complète des circulations. Comme dans bien des domaines, la pandémie s’est présentée comme un révélateur puissant, grossissant les traits d’un monde qu’il est plus aisé de diagnostiquer, à présent qu’il est suspendu.

    Ces dernières années, l’augmentation des mobilités internationales par le trafic aérien s’est accompagnée de dispositifs de filtrage de plus en plus drastiques notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les multiples étapes de contrôle articulant dispositifs administratifs dématérialisés pour les visas et dispositifs de plus en plus intrusifs de contrôle physique ont doté les frontières aéroportuaires d’une épaisseur croissante, partageant l’humanité en deux catégories : les mobiles et les astreints à résidence.

    En parallèle, les routes terrestres et maritimes internationales sont restées actives et se sont même réinventées dans le cadre des mobilités dites illégales. Or là encore, l’obsession du contrôle a favorisé un étalement de la frontière par la création de multiples marches frontalières faisant de pays entiers des lieux de surveillance et d’assignation à résidence avec un investissement continu dans les dispositifs sécuritaires.

    L’épaisseur des frontières se mesure désormais par la hauteur des murs mais aussi par l’exploitation des obstacles géophysiques : les fleuves, les cols, les déserts et les mers, où circulent armées et agences frontalières. À cela s’est ajouté le pistage et la surveillance digitale doublés d’un appareil administratif aux démarches labyrinthiques faites pour ne jamais aboutir.

    Pour décrire ce phénomène, Achille Mbembe parlait de « frontiérisation du monde » et de la mise en place d’un « nouveau régime sécuritaire mondial où le droit des ressortissants étrangers de franchir les frontières d’un autre pays et d’entrer sur son territoire devient de plus en plus procédural et peut être suspendu ou révoqué à tout instant et sous n’importe quel prétexte. »

    La passion contemporaine pour les murs relève de l’iconographie territoriale qui permet d’appuyer les représentations sociales d’un contrôle parfait des circulations humaines, et ce alors que les frontières n’ont jamais été aussi polymorphes.

    Suite à la pandémie, la plupart des gouvernements ont pu mobiliser sans difficulté l’ingénierie et l’imaginaire frontaliers, en s’appuyant d’abord sur les compagnies aériennes pour fermer leur pays et suspendre les voyages, puis en fermant les aéroports avant de bloquer les frontières terrestres.

    Les réalités frontalières sont rendues visibles : la Norvège fait appel aux réservistes et retraités pour assurer une présence à sa frontière avec la Suède et la Finlande. Seuls les pays effondrés, en guerre, ne ferment pas leurs frontières comme au sud de la Libye où circulent armes et combattants.

    Beaucoup entretiennent des fictions géographiques décrétant des frontières fermées sans avoir les moyens de les surveiller comme la France en Guyane ou à Mayotte. Plus que jamais, les frontières sont devenues un rapport de pouvoir réel venant attester des dépendances économiques, notamment à travers la question migratoire, mais aussi symboliques, dans le principe de la souveraineté et son autre, à travers la figure de l’étranger. Classe politique et opinion publique adhèrent largement à une vision segmentée du monde.

    Le piège de l’assignation à résidence

    Aujourd’hui, cet appareil frontalier mondial activé localement, à qui l’on a demandé de jouer une nouvelle partition sanitaire, semble pris à son propre piège. Sa vocation même qui consistait à décider qui peut se déplacer, où et dans quelles conditions, semble égarée tant les restrictions sont devenues, en quelques jours, absolues.

    Le régime universel d’assignation à résidence dans lequel le monde est plongé n’est pas tant le résultat d’une décision d’ordre sanitaire face à une maladie inconnue, que la simple activation des dispositifs multiples qui préexistaient à cette maladie. En l’absence d’autres réponses disponibles, ces fermetures se sont imposées. L’humanité a fait ce qu’elle savait faire de mieux en ce début du XXIe siècle, sinon la seule chose qu’elle savait faire collectivement sans concertation préalable, fermer le monde.

    L’activation de la frontière a abouti à sa consécration. Les dispositifs n’ont pas seulement été activés, ils ont été renforcés et généralisés. Le constat d’une entrave des mobilités est désormais valable pour tous, et la circulation est devenue impossible, de fait, comme de droit. Pauvres et riches, touristes et hommes d’affaires, sportifs ou diplomates, tout le monde, sans exception aucune, fait l’expérience de la fermeture et de cette condition dans laquelle le monde est plongé.

    Seuls les rapatriés, nouveau statut des mobilités en temps de pandémie, sont encore autorisés à rentrer chez eux, dans les limites des moyens financiers des États qu’ils souhaitent rejoindre. Cette entrave à la circulation est d’ailleurs valable pour ceux qui la décident. Elle est aussi pour ceux qui l’analysent : le témoin de ce phénomène n’existe pas ou plus, lui-même pris, complice ou victime, de cet emballement de la frontiérisation.

    C’est bien là une caractéristique centrale du processus en cours, il n’y a plus de point de vue en surplomb, il n’y a plus d’extérieur, plus d’étranger, plus de pensée du dehors. La pensée est elle-même confinée. Face à la mobilisation et l’emballement d’une gouvernementalité de la mobilité fondée sur l’entrave, l’abolition pure et simple du droit de circuler, du droit d’être étranger, du droit de franchir les frontières d’un autre pays et d’entrer sur son territoire n’est plus une simple fiction.

    Les dispositifs de veille de ces droits, bien que mis à nus, ne semblent plus contrôlables et c’est en ce sens que l’on peut douter de la réversibilité de ces processus de fermeture.

    Réversibilité

    C’est à l’aune de ce constat selon lequel le processus de frontiérisation du monde était à déjà l’œuvre au moment de l’irruption épidémique que l’on peut interroger le caractère provisoire de la fermeture des frontières opérée au cours du mois de mars 2020.

    Pourquoi un processus déjà enclenché ferait machine arrière au moment même où il accélère ? Comme si l’accélération était une condition du renversement. Tout se passe plutôt comme si le processus de frontiérisation s’était cristallisé.

    La circulation internationale des marchandises, maintenue au pic même de la crise sanitaire, n’a pas seulement permis l’approvisionnement des populations, elle a également rappelé que, contrairement à ce que défendent les théories libérales, le modèle économique mondial fonctionne sur l’axiome suivant : les biens circulent de plus en plus indépendamment des individus.

    Nous venons bien de faire l’épreuve du caractère superflu de la circulation des hommes et des femmes, aussi longtemps que les marchandises, elles, circulent. Combien de personnes bloquées de l’autre côté d’une frontière, dans l’impossibilité de la traverser, quand le moindre colis ou autre produit traverse ?

    Le réseau numérique mondial a lui aussi démontré qu’il était largement à même de pallier à une immobilité généralisée. Pas de pannes de l’Internet à l’horizon, à l’heure où tout le monde est venu y puiser son travail, ses informations, ses loisirs et ses sentiments.

    De là à penser que les flux de data peuvent remplacer les flux migratoires, il n’y qu’un pas que certains ont déjà franchi. La pandémie a vite fait de devenir l’alliée des adeptes de l’inimitié entre les nations, des partisans de destins et de développement séparés, des projets d’autarcie et de démobilité.

    Alors que le virus nous a rappelé la condition de commune humanité, les frontières interdisent plus que jamais de penser les conditions du cosmopolitisme, d’une société comme un long tissu vivant sans couture à même de faire face aux aléas, aux zoonoses émergentes, au réchauffement climatique, aux menaces à même d’hypothéquer le futur.

    La réponse frontalière n’a ouvert aucun horizon nouveau, sinon celui du repli sur des communautés locales, plus petites encore, formant autant de petites hétérotopies localisées. Si les étrangers que nous sommes ou que nous connaissons se sont inquiétés ces dernières semaines de la possibilité d’un retour au pays, le drame qui se jouait aussi, et qui continue de se jouer, c’est bien l’impossibilité d’un aller.

    https://blogs.mediapart.fr/adrien-delmas/blog/280520/covid-19-la-frontierisation-aboutie-du-monde
    #frontières #fermeture_des_frontières #migrations #covid-19 #coronavirus #immobilité #mobilité #confinement #cartographie #vidéo #animation #visualisation #nationalisme_méthodologique #ressources_pédagogiques #appareil_frontalier_mondial #cohérence_sanitaire #crise_sanitaire #transport_aérien #Hubei #clusters #échelle #repli_national #contrôle_politique #Etat-nation #unilatéralisme #multilatéralisme #dilemme_du_prisonnier #mesures_barrière #rationalité #exceptionnalité #exceptionnalisme #autorité_nationale #soudaineté #routes_aériennes #Iran #Italie #Chine #vague #nationalités_indésirables #travailleurs_étrangers #frontaliers #filtrage #contrôles_frontaliers #contrôle #surveillance #marches_frontalières #assignation_à_résidence #pistage #surveillance_digitale #circulations #imaginaire_frontalier #ingénierie_frontalière #compagnies_aériennes #frontières_terrestres #aéroports #fictions_géographiques #géographie_politique #souveraineté #partition_sanitaire #rapatriés #gouvernementalité #droit_de_circuler #liberté_de_circulation #liberté_de_mouvement #réversibilité #irréversibilité #provisoire #définitif #cristallisation #biens #marchandises #immobilité_généralisée #cosmopolitisme #réponse_frontalière

    ping @mobileborders @karine4 @isskein @thomas_lacroix @reka

    • Épisode 1 : Liberté de circulation : le retour des frontières

      Premier temps d’une semaine consacrée aux #restrictions de libertés pendant la pandémie de coronavirus. Arrêtons-nous aujourd’hui sur une liberté entravée que nous avons tous largement expérimentée au cours des deux derniers mois : celle de circuler, incarnée par le retour des frontières.

      https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/droits-et-libertes-au-temps-du-corona-14-liberte-de-circulation-le-ret

    • #Anne-Laure_Amilhat-Szary (@mobileborders) : « Nous avons eu l’impression que nous pouvions effectivement fermer les frontières »

      En Europe, les frontières rouvrent en ordre dispersé, avec souvent le 15 juin pour date butoir. Alors que la Covid-19 a atteint plus de 150 pays, la géographe Anne-Laure Amilhat-Szary analyse les nouveaux enjeux autour de ces séparations, nationales mais aussi continentales ou sanitaires.

      https://www.franceculture.fr/geopolitique/anne-laure-amilhat-szary-nous-avons-eu-limpression-que-nous-pouvions-e

    • « Nous sommes très loin d’aller vers un #repli à l’intérieur de #frontières_nationales »
      Interview avec Anne-Laure Amilhat-Szary (@mobileborders)

      Face à la pandémie de Covid-19, un grand nombre de pays ont fait le choix de fermer leurs frontières. Alors que certains célèbrent leurs vertus prophylactiques et protectrices, et appellent à leur renforcement dans une perspective de démondialisation, nous avons interrogé la géographe Anne-Laure Amilhat Szary, auteure notamment du livre Qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ? (PUF, 2015), sur cette notion loin d’être univoque.

      Usbek & Rica : Avec la crise sanitaire en cours, le monde s’est soudainement refermé. Chaque pays s’est retranché derrière ses frontières. Cette situation est-elle inédite ? À quel précédent historique peut-elle nous faire penser ?

      Anne-Laure Amilhat Szary : On peut, semble-t-il, trouver trace d’un dernier grand épisode de confinement en 1972 en Yougoslavie, pendant une épidémie de variole ramenée par des pèlerins de La Mecque. 10 millions de personnes avaient alors été confinées, mais au sein des frontières nationales… On pense forcément aux grands confinements historiques contre la peste ou le choléra (dont l’efficacité est vraiment questionnée). Mais ces derniers eurent lieu avant que l’État n’ait la puissance régulatrice qu’on lui connaît aujourd’hui. Ce qui change profondément désormais, c’est que, même confinés, nous restons connectés. Que signifie une frontière fermée si l’information et la richesse continuent de circuler ? Cela pointe du doigt des frontières aux effets très différenciés selon le statut des personnes, un monde de « frontiérités » multiples plutôt que de frontières établissant les fondements d’un régime universel du droit international.

      Les conséquences juridiques de la fermeture des frontières sont inédites : en supprimant la possibilité de les traverser officiellement, on nie l’urgence pour certains de les traverser au péril de leur vie. Le moment actuel consacre en effet la suspension du droit d’asile mis en place par la convention de Genève de 1951. La situation de l’autre côté de nos frontières, en Méditerranée par exemple, s’est détériorée de manière aiguë depuis début mars.

      Certes, les populistes de tous bords se servent de la menace que représenteraient des frontières ouvertes comme d’un ressort politique, et ça marche bien… jusqu’à ce que ces mêmes personnes prennent un vol low-cost pour leurs vacances dans le pays voisin et pestent tant et plus sur la durée des files d’attentes à l’aéroport. Il y a d’une part une peur des migrants, qui pourraient « profiter » de Schengen, et d’autre part, une volonté pratique de déplacements facilités, à la fois professionnels et de loisirs, de courte durée. Il faut absolument rappeler que si le coronavirus est chez nous, comme sur le reste de la planète, c’est que les frontières n’ont pas pu l’arrêter ! Pas plus qu’elles n’avaient pu quelque chose contre le nuage de Tchernobyl. L’utilité de fermer les frontières aujourd’hui repose sur le fait de pouvoir soumettre, en même temps, les populations de différents pays à un confinement parallèle.

      Ne se leurre-t-on pas en croyant assister, à la faveur de la crise sanitaire, à un « retour des frontières » ? N’est-il pas déjà à l’œuvre depuis de nombreuses années ?

      Cela, je l’ai dit et écrit de nombreuses fois : les frontières n’ont jamais disparu, on a juste voulu croire à « la fin de la géographie », à l’espace plat et lisse de la mondialisation, en même temps qu’à la fin de l’histoire, qui n’était que celle de la Guerre Froide.

      Deux choses nouvelles illustrent toutefois la matérialité inédite des frontières dans un monde qui se prétend de plus en plus « dématérialisé » : 1) la possibilité, grâce aux GPS, de positionner la ligne précisément sur le terrain, de borner et démarquer, même en terrain difficile, ce qui était impossible jusqu’ici. De ce fait, on a pu régler des différends frontaliers anciens, mais on peut aussi démarquer des espaces inaccessibles de manière régulière, notamment maritimes. 2) Le retour des murs et barrières, spectacle de la sécurité et nouvel avatar de la frontière. Mais attention, toute frontière n’est pas un mur, faire cette assimilation c’est tomber dans le panneau idéologique qui nous est tendu par le cadre dominant de la pensée contemporaine.

      La frontière n’est pas une notion univoque. Elle peut, comme vous le dites, se transformer en mur, en clôture et empêcher le passage. Elle peut être ouverte ou entrouverte. Elle peut aussi faire office de filtre et avoir une fonction prophylactique, ou bien encore poser des limites, à une mondialisation débridée par exemple. De votre point de vue, de quel type de frontières avons-nous besoin ?

      Nous avons besoin de frontières filtres, non fermées, mais qui soient véritablement symétriques. Le problème des murs, c’est qu’ils sont le symptôme d’un fonctionnement dévoyé du principe de droit international d’égalité des États. À l’origine des relations internationales, la définition d’une frontière est celle d’un lieu d’interface entre deux souverainetés également indépendantes vis-à-vis du reste du monde.

      Les frontières sont nécessaires pour ne pas soumettre le monde à un seul pouvoir totalisant. Il se trouve que depuis l’époque moderne, ce sont les États qui sont les principaux détenteurs du pouvoir de les fixer. Ils ont réussi à imposer un principe d’allégeance hiérarchique qui pose la dimension nationale comme supérieure et exclusive des autres pans constitutifs de nos identités.

      Mais les frontières étatiques sont bien moins stables qu’on ne l’imagine, et il faut aujourd’hui ouvrir un véritable débat sur les formes de frontières souhaitables pour organiser les collectifs humains dans l’avenir. Des frontières qui se défassent enfin du récit sédentaire du monde, pour prendre véritablement en compte la possibilité pour les hommes et les femmes d’avoir accès à des droits là où ils vivent.

      Rejoignez-vous ceux qui, comme le philosophe Régis Debray ou l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, font l’éloge des frontières et appellent à leur réaffirmation ? Régis Débray écrit notamment : « L’indécence de l’époque ne provient pas d’un excès mais d’un déficit de frontières »…

      Nous avons toujours eu des frontières, et nous avons toujours été mondialisés, cette mondialisation se réalisant à l’échelle de nos mondes, selon les époques : Mer de Chine et Océan Indien pour certains, Méditerranée pour d’autres. À partir des XII-XIIIe siècle, le lien entre Europe et Asie, abandonné depuis Alexandre le Grand, se développe à nouveau. À partir du XV-XVIe siècle, c’est l’âge des traversées transatlantiques et le bouclage du monde par un retour via le Pacifique…

      Je ne suis pas de ces nostalgiques à tendance nationaliste que sont devenus, pour des raisons différentes et dans des trajectoires propres tout à fait distinctes, Régis Debray ou Arnaud Montebourg. Nous avons toujours eu des frontières, elles sont anthropologiquement nécessaires à notre constitution psychologique et sociale. Il y en a même de plus en plus dans nos vies, au fur et à mesure que les critères d’identification se multiplient : frontières de race, de classe, de genre, de religion, etc.

      Nos existences sont striées de frontières visibles et invisibles. Pensons par exemple à celles que les digicodes fabriquent au pied des immeubles ou à l’entrée des communautés fermées, aux systèmes de surveillance qui régulent l’entrée aux bureaux ou des écoles. Mais pensons aussi aux frontières sociales, celles d’un patronyme étranger et racialisé, qui handicape durablement un CV entre les mains d’un.e recruteur.e, celles des différences salariales entre femmes et hommes, dont le fameux « plafond de verre » qui bloque l’accès aux femmes aux fonctions directoriales. Mais n’oublions pas les frontières communautaires de tous types sont complexes car mêlant à la fois la marginalité choisie, revendiquée, brandie comme dans les « marches des fiertés » et la marginalité subie du rejet des minorités, dont témoigne par exemple la persistance de l’antisémitisme.

      La seule chose qui se transforme en profondeur depuis trente ans et la chute du mur de Berlin, c’est la frontière étatique, car les États ont renoncé à certaines des prérogatives qu’ils exerçaient aux frontières, au profit d’institutions supranationales ou d’acteurs privés. D’un côté l’Union Européenne et les formes de subsidiarité qu’elle permet, de l’autre côté les GAFAM et autres géants du web, qui échappent à la fiscalité, l’une des raisons d’être des frontières. Ce qui apparaît aussi de manière plus évidente, c’est que les États puissants exercent leur souveraineté bien au-delà de leurs frontières, à travers un « droit d’ingérence » politique et militaire, mais aussi à travers des prérogatives commerciales, comme quand l’Arabie Saoudite négocie avec l’Éthiopie pour s’accaparer ses terres en toute légalité, dans le cadre du land grabbing.

      Peut-on croire à l’hypothèse d’une démondialisation ? La frontière peut-elle être précisément un instrument pour protéger les plus humbles, ceux que l’on qualifie de « perdants de la mondialisation » ? Comment faire en sorte qu’elle soit justement un instrument de protection, de défense de certaines valeurs (sociales notamment) et non synonyme de repli et de rejet de l’autre ?

      Il faut replacer la compréhension de la frontière dans une approche intersectionnelle : comprendre toutes les limites qui strient nos existences et font des frontières de véritables révélateurs de nos inégalités. Conçues comme des instruments de protection des individus vivant en leur sein, dans des périmètres où l’Etat détenteur du monopole exclusif de la violence est censé garantir des conditions de vie équitables, les frontières sont désormais des lieux qui propulsent au contraire les personnes au contact direct de la violence de la mondialisation.

      S’il s’agit de la fin d’une phase de la mondialisation, celle de la mondialisation financière échevelée, qui se traduit par une mise à profit maximalisée des différenciations locales dans une mise en concurrence généralisée des territoires et des personnes, je suis pour ! Mais au vu de nos technologies de communication et de transports, nous sommes très loin d’aller vers un repli à l’intérieur de frontières nationales. Regardez ce que, en période de confinement, tous ceux qui sont reliés consomment comme contenus globalisés (travail, culture, achats, sport) à travers leur bande passante… Regardez qui consomme les produits mondialisés, du jean à quelques euros à la farine ou la viande produite à l’autre bout du monde arrivant dans nos assiettes moins chères que celle qui aurait été produite par des paysans proches de nous… Posons-nous la question des conditions dans lesquelles ces consommateurs pourraient renoncer à ce que la mondialisation leur offre !

      Il faut une approche plus fine des effets de la mondialisation, notamment concernant la façon dont de nombreux phénomènes, notamment climatiques, sont désormais établis comme étant partagés - et ce, sans retour possible en arrière. Nous avons ainsi besoin de propositions politiques supranationales pour gérer ces crises sanitaires et environnementales (ce qui a manqué singulièrement pour la crise du Cocid-19, notamment l’absence de coordination européenne).

      Les frontières sont des inventions humaines, depuis toujours. Nous avons besoin de frontières comme repères dans notre rapport au monde, mais de frontières synapses, qui font lien en même temps qu’elles nous distinguent. De plus en plus de personnes refusent l’assignation à une identité nationale qui l’emporterait sur tous les autres pans de leur identité : il faut donc remettre les frontières à leur place, celle d’un élément de gouvernementalité parmi d’autres, au service des gouvernants, mais aussi des gouvernés. Ne pas oublier que les frontières devraient être d’abord et avant tout des périmètres de redevabilité. Des espaces à l’intérieur desquels on a des droits et des devoirs que l’on peut faire valoir à travers des mécanismes de justice ouverts.

      https://usbeketrica.com/article/on-ne-va-pas-vers-repli-a-interieur-frontieres-nationales

  • Crimes of Space | Granta
    https://granta.com/crimes-of-space

    rana dasgupta: I’d like to begin by talking about the shape of the border, which conventionally appears as a line.

    Because of its particular conception of threat – external and internal – Israel has made a disproportionate contribution to state theories of defence and segregation. In Hollow Land (2007), your account of the military, bureaucratic and architectural systems with which the Israeli state organises territories and peoples, you identify a remarkable moment in its evolving conception of ‘border’. You describe the debate surrounding the Bar Lev Line: a chain of fortifications constructed by Israel along the Suez Canal after the 1967 Arab–Israeli War. The Bar Lev Line was supposed to be impregnable, but during the Yom Kippur War of 1973 it was breached in two hours by the Egyptian army.

    This defensive disaster enhanced the influence of Ariel Sharon, principal critic of the Bar Lev Line, who had dismissed it as the Israeli ‘Maginot Line’ – referring to the vast defensive barrier built by France in the 1930s to protect against German invasion. Sharon argued that the border should be thought of not as a line but as a network extending deep into Israeli territory. You summarise his reasoning thus:

    If the principle of linear defence is to prohibit (or inhibit) the enemy from gaining a foothold beyond it, when the line is breached at a single location – much like a leaking bucket of water – it is rendered useless. A network defence, on the other hand, is flexible. If one or more of its strongpoints is attacked and captured, the system can adapt itself by forming new connections across its depth.

    #souveraineté #territoire #israël #forensyc_oceanography

    • There are many borders, and each one produces a different kind of territorial scenario and governing apparatus. The absence of a single line around the state has meant that the border is everywhere. And it goes beyond the organisation of physical space. The border provides a structure to state institutions and bureaucracies based on permits and the control of circulation – who can enter where and when.

  • Pierre Dardot et Christian Laval : « Aucune souveraineté d’Etat au monde ne permettra de prévenir les pandémies », propos recueillis par Nicolas Truong
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/07/pierre-dardot-et-christian-laval-aucune-souverainete-d-etat-au-monde-ne-perm

    Le philosophe Pierre Dardot et le sociologue Christian Laval expliquent que le prétendu « retour » à la souveraineté nationale affiché par Emmanuel Macron est une illusion.

    Pierre Dardot et Christian Laval publieront le 27 août Dominer, une grande « enquête sur la souveraineté de l’Etat en Occident », aux éditions La Découverte (750 pages, 25 euros). Pierre Dardot est philosophe et chercheur à l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, Christian Laval est professeur émérite de sociologie au sein de la même faculté. Ils animent tous deux le groupe d’études et de recherche Question Marx, qui entend contribuer au renouvellement de la pensée critique, et ont notamment publié ensemble La Nouvelle Raison du monde (La Découverte, 2009), Marx, prénom : Karl (Gallimard, 2012) et Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle (La Découverte, 2014).

    Face à la crise sanitaire, le président de la République, Emmanuel Macron, a affirmé vouloir « rebâtir notre souveraineté nationale et européenne ». Est-ce un retour à l’Etat chez ce dirigeant libéral ?

    Pierre Dardot et Christian Laval : Ces déclarations ne marquent pas un « retour » à la souveraineté de l’Etat : Emmanuel Macron n’a jamais abandonné la souveraineté de l’Etat, bien au contraire il l’a mise en œuvre sans discontinuer, à l’instar de ses prédécesseurs, pour imposer ses réformes. Depuis 2017, il n’a cessé d’invoquer l’« Europe souveraine ». Ce qui a changé dans le discours, c’est l’accent mis sur la souveraineté nationale, présentée toutefois comme indissociable de la souveraineté européenne. La différence avec le souverainisme tient à ce que ce dernier oppose la souveraineté de l’Etat-nation au supranational.

    Mais Emmanuel Macron ne s’est nullement « converti » pour autant à la souveraineté de l’Etat. Le « Jupiter » français s’en est toujours réclamé. Le 31 mars, il a indiqué avoir commencé à rebâtir notre souveraineté en menant les réformes qui s’imposaient pour garantir la compétitivité de l’économie (dont le fameux « choc de compétitivité »). Dans son esprit, c’est le sens que prend la souveraineté, nationale comme européenne. C’est la crise actuelle qui l’amène à infléchir son discours sans rien modifier sur l’essentiel.

    Certains souverainistes naïfs tombent dans le piège en le créditant d’un pas sur la bonne voie, quoique insuffisant. Ils partent d’une contradiction a priori entre la souveraineté de l’Etat et le néolibéralisme, qui repose sur un contresens total : le néolibéralisme, dès sa naissance dans les années 1930, a prôné non la dissolution de l’Etat ou le laisser-faire, mais la mise en place d’un Etat fort capable d’imposer la « dépolitisation » de l’économie en soustrayant les règles du droit privé au champ de la délibération publique et au jeu électoral.

    Qu’est-ce que la souveraineté de l’Etat ?

    P. D. et C. L. : Celle-ci n’a rien à voir avec l’indépendance ou l’autonomie. Telle qu’elle s’est construite en Occident, elle signifie que les représentants de l’Etat ont le pouvoir de s’affranchir de toute obligation à l’égard des citoyens (face interne) comme à l’égard des autres Etats ou des organisations internationales (face externe), ils sont « libres à l’égard des lois » (ex legibus solutus), selon la formule classique.

    Cette supériorité à l’égard des normes du droit s’est manifestée tout récemment. Parlement et gouvernement se sont mis d’accord pour ne pas déférer la loi du 23 mars sur l’urgence sanitaire au Conseil constitutionnel avant sa promulgation par le président de la République. Plus grave : le Conseil constitutionnel, gardien de la Constitution, a légitimé la suspension de la Constitution qui prévoit un délai de quinze jours entre le moment où une chambre du Parlement est saisie et celui où elle peut en délibérer. La souveraineté de l’Etat élève l’irresponsabilité au rang de principe. C’est avec ce principe qu’il faut rompre aujourd’hui pour affronter les défis du monde.

    Pourquoi le nationalisme étatiste gagne-t-il aujourd’hui aussi bien la droite que l’extrême droite ?

    P. D. et C. L. : L’actuelle pandémie réveille un certain prurit nationaliste et étatiste qui touche en premier lieu l’extrême droite et la droite la plus dure. Le virus vient de l’étranger, le confinement provoque du chômage, il faut fermer les frontières, ériger les murs, poursuivre les clandestins : c’est déjà le registre de Donald Trump ou de Viktor Orban. Chacun chez soi, donc, comme si la pandémie pouvait être combattue nationalement.

    L’imaginaire des communautés closes sur elles-mêmes peut retrouver une nouvelle force dans cette épreuve. Mais le nationalisme étatiste a un autre argument à faire valoir auprès de l’opinion, qui est lié à la globalisation elle-même. La perte effective d’indépendance industrielle dans un domaine aussi décisif que celui de la santé accroît objectivement la crise sanitaire et attise la colère contre les entreprises multinationales qui ont sacrifié les besoins de protection de la population à la maximisation de leurs profits. Le nationalisme politique va chercher à détourner cette colère à son profit.

    La France, sixième puissance mondiale, n’a-t-elle pas subi une cuisante humiliation avec l’affaire des masques que l’Etat doit aller quémander au régime de Xi Jinping sur les tarmacs chinois ? Les appels aux « sacrifices » au nom de la nation élevée au rang de cause suprême peuvent ainsi venir légitimer la remise en question de tous les droits sociaux, les heures légales de travail, les conditions de sécurité des salariés et des écoliers. Philippe Pétain aimait à lier la défaite de la France et l’esprit de jouissance. Non seulement le monde d’après n’est peut-être pas pour demain, mais, si l’on n’y prend garde, il pourrait ressembler à celui d’avant-hier.

    Une partie de la gauche est également saisie par cette tentation du souverainisme et du protectionnisme afin de contrer le globalisme libéral. Pourquoi est-ce, selon vous, une illusion ?

    P. D. et C. L. : Que la globalisation capitaliste, fortement soutenue par l’Etat, ait entraîné une déstructuration de l’appareil industriel national que nous payons très cher, voilà qui est certain. Mais l’illusion serait de croire que l’on pourrait combattre une pandémie, par définition globale, avec les armes de la souveraineté étatique. Pour se prémunir contre cette illusion, la gauche doit être capable de surmonter son propre enfermement dans l’espace étatico-national, lequel explique le retour régulier des fantasmes nationalistes et protectionnistes de certains de ses dirigeants ou de certains intellectuels.

    C’est évidemment une vieille histoire, celle de la « nationalisation des esprits » dont parlait l’anthropologue Marcel Mauss il y a un siècle. Cette tendance à la nationalisation intellectuelle et culturelle de la gauche était perceptible dès la fin du XIXe siècle, par exemple chez Jules Guesde. Elle s’est aggravée avec le naufrage de l’union sacrée, à laquelle ce dernier a participé en tant que ministre d’Etat de 1914 à 1916, et s’est poursuivie tout au long du XXe siècle. La gauche s’est partout « nationalisée » et du même coup profondément étatisée du fait du jeu politique lui-même. Il n’est donc pas étonnant que cette tendance lourde se manifeste aujourd’hui à la faveur de la crise.
    « La question est de savoir si la gauche sera un jour capable de surmonter la limite étatico-nationale pour affronter les questions globales qui se posent à l’humanité »

    Qu’Emmanuel Macron ignore l’avis du Conseil scientifique mettant en garde contre un déconfinement décidé d’en haut et plaidant pour une « discussion citoyenne » et une « pratique démocratique », voilà qui est conforme au style « jupitérien » adopté dès 2017. Mais Jean-Pierre Chevènement n’a-t-il pas loué Macron d’avoir restauré la verticalité de l’Etat ? Quant à Frédéric Lordon, très critique à l’égard de Macron, il a invoqué un « principe de verticalité » inhérent au social et réhabilité la notion d’imperium dont il faut rappeler qu’elle signifiait à l’origine un pouvoir absolu de commander et de châtier.

    Il faut repousser toute attitude qui tendrait à une opposition autoritaire au néolibéralisme autoritaire. Toute la question est de savoir si la gauche sera un jour capable de surmonter la limite étatico-nationale pour affronter les questions globales qui se posent à l’humanité. Etant donné son inertie intellectuelle et ses réflexes nationalistes, il est permis de douter que, dans ses formes actuelles, elle y parvienne. Pour se montrer à la hauteur, il lui faudrait devenir elle-même une gauche globale. Ce qui, en revanche, n’est pas douteux, c’est qu’aucune souveraineté d’Etat au monde ne permettra de prévenir, outre le retour de pandémies, la catastrophe climatique et la dégradation de la biodiversité.

    Quelles sont les voies de sortie possibles afin de construire le cosmopolitisme dont l’humanité a besoin ? Faut-il relocaliser l’économie et faire de la santé un bien commun ?

    P. D. et C. L. : L’espoir, le seul, vient de la réinvention d’une « politique du monde », selon la belle formule du philosophe Etienne Tassin. Nous l’appelons « cosmopolitique du commun » pour souligner que cette politique doit viser l’institution du monde comme commun. Tout tient en effet à la capacité des citoyens de se ressaisir des décisions sur leur propre vie.

    Il n’est qu’une voie pour y parvenir, l’expérimentation de la démocratie à tous les échelons, du plus local au plus global, par la création et la multiplication d’institutions nouvelles, celles des communs, qui ont pour caractéristiques de faire prévaloir les droits d’usage, le respect des milieux de vie, les règles les plus strictes de la codélibération et de la codécision. Les ZAD, les fablabs, les Amap, les coopératives de production, de consommation ou d’habitants, enfin les expériences innombrables, souvent liées à des luttes locales, ouvrent la voie à une démocratie délibérative et conflictuelle, mise en œuvre par les acteurs eux-mêmes.

    Et la prolifération, aux dernières élections municipales, de listes d’inspiration municipaliste ou communaliste est un autre signe encourageant. « Vivre autrement », « ne pas recommencer comme avant », « penser le monde d’après », autant de formules qui expriment cette imagination aujourd’hui comme jamais. La diminution de l’empreinte écologique, la reviviscence de liens de réciprocité et une vie démocratique plus intense en sont les éléments les plus prometteurs.

    Peut-on n’élaborer cette « politique du monde » qu’à partir d’initiatives locales ?

    P. D. et C. L. : A l’évidence, le local ne suffit pas pour agir contre toutes les menaces qui pèsent sur l’humanité et contrer la puissance du capital global. La démocratie locale doit donc s’articuler à des échelles politiques plus larges. Non pas uniquement à l’échelon national, qui reste incontournable. Les échelles à construire ou à activer sont plurielles, bassins de vie, réseaux de villes, « biorégions », et ce jusqu’au niveau mondial.

    Parmi toutes les leçons qu’il faudra tirer de la pandémie, il y aura celle-ci : la santé publique n’est pas seulement affaire locale, régionale ou nationale, elle est tout cela mais aussi affaire globale. Comment donc instituer la santé comme commun mondial ? Mais aussi, cette autre question : comment instituer le climat comme commun mondial ? La réponse ne pourra venir que de mouvements sociaux capables d’œuvrer à une transnationalisation des pratiques, comme ceux des écologistes, des féministes, des paysans, des peuples autochtones. La construction des institutions politiques indispensables à la survie du monde ne pourra procéder que de coalitions citoyennes aux formes très diverses. Mais de cette architecture mondiale, nul ne peut faire autre chose que d’en faire comprendre la nécessité et d’en conjecturer la possibilité.

    #souveraineté #Etat #compétitivité #économie #néolibéralisme #droit #nationalisme

    • Mais dans certains crânes a germé l’idée que l’expression de cette inquiétude infondée des maires et des élus locaux permettrait de réaliser l’opération d’auto-blanchiment dont ils rêvent. La démagogie électoraliste d’un certain nombre de sénateurs dans la perspective des prochaines élections sénatoriales affirmant la main sur le cœur leur volonté de protéger leurs futurs électeurs en a fourni l’occasion.

      « Profitons de la discussion et du vote de la loi de prolongation de l’état d’urgence, pour faire passer un texte salvateur sous forme d’amendement ». Dans la confusion actuelle, avec un Parlement godillot une modification des textes en forme d’amnistie préventive pourrait être adoptée subrepticement et mettre à l’abri tous ceux qui craignent que leur impéritie, leur négligence, leur désinvolture, leur amateurisme et l’ampleur de la catastrophe qu’ils ont tant aggravée les emmènent dans le box des accusés.

      Premier leurre envoyé par le sénateur Hervé Maurey annonçant à grand son de trompe le dépôt d’une proposition de loi destinée prétendait-il à protéger les maires. Ce texte est à la fois inconstitutionnel et juridiquement inepte :

      « La responsabilité, civile ou pénale, d’un maire ou d’un élu municipal le suppléant ou ayant reçu une délégation, appelé à mettre en œuvre une décision prise, durant l’état d’urgence sanitaire, et en lien avec celui-ci, par l’État ou d’autres collectivités territoriales que la commune, ne peut être engagée que s’il est établi qu’il disposait des moyens de la mettre en œuvre entièrement et qu’il a commis de façon manifestement délibérée une faute caractérisée. »

      Tout d’abord, faire un régime spécial pour un élu afin de l’exonérer de l’application d’une infraction à caractère général concernant tous les citoyens, n’est pas possible. Ensuite la simple lecture de cette proposition démontre qu’elle n’est qu’une paraphrase du texte déjà existant. Pour un acte en lien avec l’état d’urgence sanitaire, l’élu ne pourra pour être condamné que « s’il disposait des moyens de la mettre en œuvre entièrement ». Formidable innovation ! C’est précisément la définition des diligences normales déjà prévues à l’article 121-3 du code pénal (voir plus haut). Et la proposition de poursuivre : « l’élu ne pourra être condamné que s’il a commis une faute caractérisée » !

      Alors pourquoi cette énormité juridique inutile ? La suite nous l’apprend lorsque la presse publie une tribune de 138 députés de la majorité annonçant, la main sur le cœur leur soudaine sollicitude pour les élus locaux et leur volonté de déposer une proposition de loi destinée à les protéger.

      Mais là patatras, Aurore Bergé mange le morceau. Et confirme dans son intervention calamiteuse que bien sûr il s’agit de protéger les maires (dont on sait qu’ils sont déjà juridiquement couverts) mais c’est pour ajouter : « mais aussi toutes les personnes dépositaires d’une mission de service public ». Mais quelle surprise ! Parce que qu’est-ce qu’une personne dépositaire d’une mission de service public ? On va en citer quelques-unes, comme ça au hasard : Édouard Philippe, Christophe Castaner, Laurent Nuñez Sibeth Ndiaye, Olivier Véran, Agnès Buzyn, Jérôme Salomon, les directeurs des ARS, etc. etc.

      #incurie #important

  • Le défaut peut-il être une qualité ?
    http://www.laviedesidees.fr/Le-defaut-peut-il-etre-une-qualite.html

    À propos de :Jerome Roos, Why not default ? The Political Economy of Sovereign Debt, Princeton. La vague de défauts souverains que le Covid-19 est susceptible d’entraîner représente-t-elle une menace, ou l’occasion de libérer les États du fardeau de la #dette ? Mais au fait, pourquoi les États remboursent-ils leur dette ? Question cruciale en période de pandémie...

    #Économie #souveraineté
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200429_truong-loi.pdf

    • Une faiblesse de la pensée, en particulier de la pensée critique, consiste à considérer les choses d’une manière binaire : c’est soi ça, soit ça. C’est en particulier le cas quand on essaie de comprendre comment fonctionnent les rationalités qui façonnent la manière dont se produit le savoir ou s’exerce le pouvoir. L’idée simpliste qui prévaut comme un réflexe est qu’il ne peut y avoir qu’une seule rationalité à la fois, une seule rationalité qui caractérise un dispositif, une institution ou notre époque.

      C’est ici qu’une méthode d’inspiration foucaldienne peut nous être d’une grande utilité, alors même que ce réflexe binaire est malheureusement très présent dans les lectures et utilisations du travail critique de Foucault. Il est vrai que Foucault tente de situer et décrire des grandes couches de rationalités du savoir et du pouvoir. Il propose ainsi plusieurs séquençages et plusieurs découpages propres à modéliser les rationalités qui peuvent rendre compte de notre actualité. Dans une des dernières modélisations, cela donne un triptyque dont la formulation la plus simple est la suivante : un pouvoir de souveraineté qui se caractérise par le point fixe de la loi codant des interdits et fonctionnant au jugement. Un pouvoir disciplinaire qui impose des conduites selon des règles et fonctionne à la surveillance. Et un pouvoir de régulation qui pilote en temps réel le flux de ce qui arrive et qui fonctionne à la gestion. Foucault s’efforce de distinguer ces trois grandes technologies de pouvoir, aussi en les situant chronologiquement. Ce qui peut donner une lecture mutilée selon laquelle ces trois rationalités s’excluent l’une l’autre et caractérisent chacune une époque relativement précise : la souveraineté d’Ancien Régime, la discipline moderne de la révolution industrielle et la gestion cybernétique postmoderne de la « troisième révolution industrielle » (informationnelle).

      Or, la méthode foucaldienne devrait nous amener à de tout autres réflexions : « Ce qui va changer, c’est la dominante ou plus exactement le système de corrélation entre les mécanismes juridico-légaux, les mécanismes disciplinaires et les mécanismes de sécurité [1]

      L’effort de discrimination des différentes logiques qui structurent notre présent ne doit surtout pas servir à trouver l’Un, à isoler la rationalité qui rend compte de ce que nous sommes, au contraire, il doit servir à permettre une description de l’agencement complexe et mobile de systèmes de pensée et d’action (aux finalités, concepts, moyens, institutions, acteurs etc.) hétérogènes. Non pas simplement pour le plaisir de la connaissance, mais parce que la description de cette complexité permet de repérer des effets d’illusions et d’oppression qui resteraient, sans cela, largement inaperçus ou incompréhensibles.

      Et c’est ainsi qu’il faut aborder la rationalité pénale actuelle. (...)

      #pensée_critique #rationalité #souveraineté #contrôle #gestion-cybernétique #rationalité_pénale

  • [Les Promesses de l’Aube] Promesses depuis son lit : Journée Internationale des #luttes_paysannes
    http://www.radiopanik.org/emissions/les-promesses-de-l-aube/promesses-depuis-son-lit-journee-internationale-des-luttes-paysannes

    Ce mercredi, malgré le confinement, j’aurai des invités : Astrid de la FUGEA et Sébastien de Rencontre des Continents, membres du RESAP et de Agroecology In Action seront là pour parler de la Journée Internationale des Luttes Paysannes et de l’E-mobilisation qui aura lieu le #17_avril, mais aussi des enjeux actuels auxquels sont confrontés les paysans, la #souveraineté_alimentaire et les mobilisations à venir.

    http://www.luttespaysannes.be

    http://www.agroecologyinaction.be

    Le 17 avril, c’est la Journée Internationale des Luttes Paysannes. Comme chaque année, nous nous mobilisons pour les droits des paysan.ne.s du monde entier.

    𝗖𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲, 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲𝗿𝗼𝗻𝘀 𝗰𝗵𝗲𝘇 𝗻𝗼𝘂𝘀, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗽𝗮𝘀 𝗲𝗻 𝘀𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 ! D’une part nous voulons 𝗿𝗲𝗺𝗲𝗿𝗰𝗶𝗲𝗿 𝗰𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗰𝗲𝘂𝘅 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗻𝗼𝘂𝗿𝗿𝗶𝘀𝘀𝗲𝗻𝘁, qui de la fourche à la fourchette (...)

    #mobilisation #mobilisation,luttes_paysannes,souveraineté_alimentaire,17_avril
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/les-promesses-de-l-aube/promesses-depuis-son-lit-journee-internationale-des-luttes-paysannes_087

  • Outbreaks like coronavirus start in and spread from the edges of cities

    Emerging infectious disease has much to do with how and where we live. The ongoing coronavirus is an example of the close relationships between urban development and new or re-emerging infectious diseases.

    Like the SARS pandemic of 2003, the connections between accelerated urbanization, more far-reaching and faster means of transportation, and less distance between urban life and non-human nature due to continued growth at the city’s outskirts — and subsequent trans-species infection — became immediately apparent.

    The new coronavirus, SARS-CoV-2, first crossed the animal-human divide at a market in Wuhan, one of the largest Chinese cities and a major transportation node with national and international connections. The sprawling megacity has since been the stage for the largest quarantine in human history, and its periphery has seen the pop-up construction of two hospitals to deal with infected patients.

    When the outbreak is halted and travel bans lifted, we still need to understand the conditions under which new infectious diseases emerge and spread through urbanization.
    No longer local

    Infectious disease outbreaks are global events. Increasingly, health and disease tend to be urban as they coincide with prolific urban growth and urban ways of life. The increased emergence of infectious diseases is to be expected.

    SARS (severe acute respiratory syndrome) hit global cities like Beijing, Hong Kong, Toronto and Singapore hard in 2003. COVID-19, the disease caused by SARS-CoV-2, goes beyond select global financial centres and lays bare a global production and consumption network that sprawls across urban regions on several continents.

    To study the spread of disease today, we have to look beyond airports to the European automobile and parts industry that has taken root in central China; Chinese financed belt-and-road infrastructure across Asia, Europe and Africa; and in regional transportation hubs like Wuhan.

    While the current COVID-19 outbreak exposes China’s multiple economic connectivities, this phenomenon is not unique to that country. The recent outbreak of Ebola in the Democratic Republic of the Congo, for example, shone a light on the myriad strategic, economic and demographic relations of that country.
    New trade connections

    In January 2020, four workers were infected with SARS-CoV-2 during a training session at car parts company Webasto headquartered near Munich, revealing a connection with the company’s Chinese production site in Wuhan.

    The training was provided by a colleague from the Chinese branch of the firm who didn’t know she was infected. At the time of the training session in Bavaria, she did not feel sick and only fell ill on her flight back to Wuhan.

    First one, then three more colleagues who had participated in the training event in Germany, showed symptoms and soon were confirmed to have contracted the virus and infected other colleagues and family members.

    Eventually, Webasto and other German producers stopped fabrication in China temporarily, the German airline Lufthansa, like other airlines, cancelled all flights to that country and 110 individuals who had been contact traced to have been in touch with the four infected patients in Bavaria were advised by health officials to observe “domestic isolation” or “home quarantine.”

    This outbreak will likely be stopped. Until then, it will continue to cause human suffering and even death, and economic damage. The disease may further contribute to the unravelling of civility as the disease has been pinned to certain places or people. But when it’s over, the next such outbreak is waiting in the wings.
    Disease movements

    We need to understand the landscapes of emerging extended urbanization better if we want to predict, avoid and react to emerging disease outbreaks more efficiently.

    First, we need to grasp where disease outbreaks occur and how they relate to the physical, spatial, economic, social and ecological changes brought on by urbanization. Second, we need to learn more about how the newly emerging urban landscapes can themselves play a role in stemming potential outbreaks.

    Rapid urbanization enables the spread of infectious disease, with peripheral sites being particularly susceptible to disease vectors like mosquitoes or ticks and diseases that jump the animal-to-human species boundary.

    Our research identifies three dimensions of the relationships between extended urbanization and infectious disease that need better understanding: population change and mobility, infrastructure and governance.
    Travel and transport

    Population change and mobility are immediately connected. The coronavirus travelled from the periphery of Wuhan — where 1.6 million cars were produced last year — to a distant Bavarian suburb specializing in certain auto parts.

    Quarantined megacities and cruise ships demonstrate what happens when our globalized urban lives come grinding to a halt.

    Infrastructure is central: diseases can spread rapidly between cities through infrastructures of globalization such as global air travel networks. Airports are often located at the edges of urban areas, raising complex governance and jurisdictional issues with regards to who has responsibility to control disease outbreaks in large urban regions.

    We can also assume that disease outbreaks reinforce existing inequalities in access to and benefits from mobility infrastructures. These imbalances also influence the reactions to an outbreak. Disconnections that are revealed as rapid urban growth is not accompanied by the appropriate development of social and technical infrastructures add to the picture.

    Lastly, SARS-CoV-2 has exposed both the shortcomings and potential opportunities of governance at different levels. While it is awe-inspiring to see entire megacities quarantined, it is unlikely that such drastic measures would be accepted in countries not governed by centralized authoritarian leadership. But even in China, multilevel governance proved to be breaking down as local, regional and central government (and party) units were not sufficiently co-ordinated at the beginning of the crisis.

    This mirrored the intergovernmental confusion in Canada during SARS. As we enter another wave of megaurbanization, urban regions will need to develop efficient and innovative methods of confronting emerging infectious disease without relying on drastic top-down state measures that can be globally disruptive and often counter-productive. This may be especially relevant in fighting racism and intercultural conflict.

    The massive increase of the global urban population over the past few decades has increased exposure to diseases and posed new challenges to the control of outbreaks. Urban researchers need to explore these new relationships between urbanization and infectious disease. This will require an interdisciplinary approach that includes geographers, public health scientists, sociologists and others to develop possible solutions to prevent and mitigate future disease outbreaks.

    https://theconversation.com/outbreaks-like-coronavirus-start-in-and-spread-from-the-edges-of-ci
    #villes #urban_matter #géographie_urbaine #covid-19 #coronavirus #ressources_pédagogiques

    ping @reka

    • The Urbanization of COVID-19

      Three prominent urban researchers with a focus on infectious diseases explain why political responses to the current coronavirus outbreak require an understanding of urban dynamics. Looking back at the last coronavirus pandemic, the SARS outbreak in 2002/3, they highlight what affected cities have learned from that experience for handling the ongoing crisis. Exploring the political challenges of the current state of exception in Canada, Germany, Singapore and elsewhere, Creighton Connolly, Harris Ali and Roger Keil shed light on the practices of urban solidarity as the key to overcoming the public health threat.

      Guests:

      Creighton Connolly is a Senior Lecturer in Development Studies and the Global South in the School of Geography, University of Lincoln, UK. He researches urban political ecology, urban-environmental governance and processes of urbanization and urban redevelopment in Southeast Asia, with a focus on Malaysia and Singapore. He is editor of ‘Post-Politics and Civil Society in Asian Cities’ (Routledge 2019), and has published in a range of leading urban studies and geography journals. Previously, he worked as a researcher in the Asian Urbanisms research cluster at the Asia Research Institute, National University of Singapore.

      Harris Ali is a Professor of Sociology, York University in Toronto. He researches issues in environmental sociology, environmental health and disasters including the social and political dimensions of infectious disease outbreaks. He is currently conducting research on the role of community-based initiatives in the Ebola response in Africa.

      Roger Keil is a Professor at the Faculty of Environmental Studies, York University in Toronto. He researches global suburbanization, urban political ecology, cities and infectious disease, and regional governance. Keil is the author of “Suburban Planet” (Polity 2018) and editor of “Suburban Constellations” (Jovis 2013). A co-founder of the International Network for Urban Research and Action (INURA), he was the inaugural director of the CITY Institute at York University and former co-editor of the International Journal of Urban and Regional Research.

      Referenced Literature:

      Ali, S. Harris, and Roger Keil, eds. 2011. Networked disease: emerging infections in the global city. Vol. 44. John Wiley & Sons.

      Keil, Roger, Creighton Connolly, and Harris S. Ali. 2020. “Outbreaks like coronavirus start in and spread from the edges of cities.” The Conversation, February 17. Available online here: https://theconversation.com/outbreaks-like-coronavirus-start-in-and-spread-from-the-edges-of-ci

      https://urbanpolitical.podigee.io/16-covid19

    • Extended urbanisation and the spatialities of infectious disease: Demographic change, infrastructure and governance

      Emerging infectious disease has much to do with how and where we live. The recent COVID-19 coronavirus outbreak is an example of the close relationships between urban development and new or re-emerging infectious diseases. Like the SARS pandemic of 2003, the connections between accelerated urbanisation, more expansive and faster means of transportation, and increasing proximity between urban life and non-human nature — and subsequent trans-species infections — became immediately apparent.

      Our Urban Studies paper contributes to this emerging conversation. Infectious disease outbreaks are now global events. Increasingly, health and disease tend to be urban as they coincide with the proliferation of planetary urbanisation and urban ways of life. The increased emergence of infectious diseases is to be expected in an era of extended urbanisation.

      We posit that we need to understand the landscapes of emerging extended urbanisation better if we want to predict, avoid and react to emerging disease outbreaks more efficiently. First, we need to grasp where disease outbreaks occur and how they relate to the physical, spatial, economic, social and ecological changes brought on by urbanisation. Second, we need to learn more about how the newly emerging urban landscapes can themselves play a role in stemming potential outbreaks. Rapid urbanisation enables the spread of infectious disease, with peripheral sites being particularly susceptible to disease vectors like mosquitoes or ticks and diseases that jump the animal-to-human species boundary.

      Our research identifies three dimensions of the relationships between extended urbanisation and infectious disease that need better understanding: population change and mobility, infrastructure and governance. Population change and mobility are immediately connected. Population growth in cities - driven primarily by rural-urban migration - is a major factor influencing the spread of disease. This is seen most clearly in rapidly urbanising regions such as Africa and Asia, which have experienced recent outbreaks of Ebola and SARS, respectively.

      Infrastructure is also central: diseases can spread rapidly between cities through infrastructures of globalisation such as global air travel networks. Airports are often located at the edges of urban areas, raising complex governance and jurisdictional issues with regards to who has responsibility to control disease outbreaks in large urban regions. We can also assume that disease outbreaks reinforce existing inequalities in access to and benefits from mobility infrastructures. We therefore need to consider the disconnections that become apparent as rapid demographic and peri-urban growth is not accompanied by appropriate infrastructure development.

      Lastly, the COVID-19 outbreak has exposed both the shortcomings and potential opportunities of governance at different levels. While it is awe-inspiring to see entire megacities quarantined, it is unlikely that such drastic measures would be accepted in countries not governed by centralised authoritarian leadership. But even in China, multilevel governance proved to be breaking down as local, regional and central government (and party) units were not sufficiently co-ordinated at the beginning of the crisis. This mirrored the intergovernmental confusion in Canada during SARS.

      As we enter another wave of megaurbanisation, urban regions will need to develop efficient and innovative methods of confronting emerging infectious disease without relying on drastic top-down state measures that can be globally disruptive and often ineffective. This urges upon urban researchers to seek new and better explanations for the relationships of extended urbanisation and the spatialities of infectious disease - an effort that will require an interdisciplinary approach including geographers, health scientists, sociologists.

      https://www.urbanstudiesonline.com/resources/resource/extended-urbanisation-and-the-spatialities-of-infectious-disease
      #géographie_de_la_santé #maladies_infectieuses

    • Cities after coronavirus: how Covid-19 could radically alter urban life

      Pandemics have always shaped cities – and from increased surveillance to ‘de-densification’ to new community activism, Covid-19 is doing it already.

      Victoria Embankment, which runs for a mile and a quarter along the River Thames, is many people’s idea of quintessential London. Some of the earliest postcards sent in Britain depicted its broad promenades and resplendent gardens. The Metropolitan Board of Works, which oversaw its construction, hailed it as an “appropriate, and appropriately civilised, cityscape for a prosperous commercial society”.

      But the embankment, now hardwired into our urban consciousness, is entirely the product of pandemic. Without a series of devastating global cholera outbreaks in the 19th century – including one in London in the early 1850s that claimed more than 10,000 lives – the need for a new, modern sewerage system may never have been identified. Joseph Bazalgette’s remarkable feat of civil engineering, which was designed to carry waste water safely downriver and away from drinking supplies, would never have materialised.

      From the Athens plague in 430BC, which drove profound changes in the city’s laws and identity, to the Black Death in the Middle Ages, which transformed the balance of class power in European societies, to the recent spate of Ebola epidemics across sub-Saharan Africa that illuminated the growing interconnectedness of today’s hyper-globalised cities, public health crises rarely fail to leave their mark on a metropolis.
      Coronavirus: the week explained - sign up for our email newsletter
      Read more

      As the world continues to fight the rapid spread of coronavirus, confining many people to their homes and radically altering the way we move through, work in and think about our cities, some are wondering which of these adjustments will endure beyond the end of the pandemic, and what life might look like on the other side.

      One of the most pressing questions that urban planners will face is the apparent tension between densification – the push towards cities becoming more concentrated, which is seen as essential to improving environmental sustainability – and disaggregation, the separating out of populations, which is one of the key tools currently being used to hold back infection transmission.

      “At the moment we are reducing density everywhere we can, and for good reason,” observes Richard Sennett, a professor of urban studies at MIT and senior adviser to the UN on its climate change and cities programme. “But on the whole density is a good thing: denser cities are more energy efficient. So I think in the long term there is going to be a conflict between the competing demands of public health and the climate.”

      Sennett believes that in the future there will be a renewed focus on finding design solutions for individual buildings and wider neighbourhoods that enable people to socialise without being packed “sardine-like” into compressed restaurants, bars and clubs – although, given the incredibly high cost of land in big cities like New York and Hong Kong, success here may depend on significant economic reforms as well.

      In recent years, although cities in the global south are continuing to grow as a result of inward rural migration, northern cities are trending in the opposite direction, with more affluent residents taking advantage of remote working capabilities and moving to smaller towns and countryside settlements offering cheaper property and a higher quality of life.

      The “declining cost of distance”, as Karen Harris, the managing director of Bain consultancy’s Macro Trends Group, calls it, is likely to accelerate as a result of the coronavirus crisis. More companies are establishing systems that enable staff to work from home, and more workers are getting accustomed to it. “These are habits that are likely to persist,” Harris says.

      The implications for big cities are immense. If proximity to one’s job is no longer a significant factor in deciding where to live, for example, then the appeal of the suburbs wanes; we could be heading towards a world in which existing city centres and far-flung “new villages” rise in prominence, while traditional commuter belts fade away.

      Another potential impact of coronavirus may be an intensification of digital infrastructure in our cities. South Korea, one of the countries worst-affected by the disease, has also posted some of the lowest mortality rates, an achievement that can be traced in part to a series of technological innovations – including, controversially, the mapping and publication of infected patients’ movements.

      In China, authorities have enlisted the help of tech firms such as Alibaba and Tencent to track the spread of Covid-19 and are using “big data” analysis to anticipate where transmission clusters will emerge next. If one of the government takeaways from coronavirus is that “smart cities” including Songdo or Shenzhen are safer cities from a public health perspective, then we can expect greater efforts to digitally capture and record our behaviour in urban areas – and fiercer debates over the power such surveillance hands to corporations and states.

      Indeed, the spectre of creeping authoritarianism – as emergency disaster measures become normalised, or even permanent – should be at the forefront of our minds, says Sennett. “If you go back through history and look at the regulations brought in to control cities at times of crisis, from the French revolution to 9/11 in the US, many of them took years or even centuries to unravel,” he says.

      At a time of heightened ethnonationalism on the global stage, in which rightwing populists have assumed elected office in many countries from Brazil to the US, Hungary and India, one consequence of coronavirus could be an entrenchment of exclusionary political narratives, calling for new borders to be placed around urban communities – overseen by leaders who have the legal and technological capacity, and the political will, to build them.

      In the past, after a widespread medical emergency, Jewish communities and other socially stigmatised groups such as those affected by leprosy have borne the brunt of public anger. References to the “China virus” by Donald Trump suggest such grim scapegoating is likely to be a feature of this pandemic’s aftermath as well.

      On the ground, however, the story of coronavirus in many global cities has so far been very different. After decades of increasing atomisation, particularly among younger urban residents for whom the impossible cost of housing has made life both precarious and transient, the sudden proliferation of mutual aid groups – designed to provide community support for the most vulnerable during isolation – has brought neighbours together across age groups and demographic divides. Social distancing has, ironically, drawn some of us closer than ever before. Whether such groups survive beyond the end of coronavirus to have a meaningful impact on our urban future depends, in part, on what sort of political lessons we learn from the crisis.

      The vulnerability of many fellow city dwellers – not just because of a temporary medical emergency but as an ongoing lived reality – has been thrown into sharp relief, from elderly people lacking sufficient social care to the low-paid and self-employed who have no financial buffer to fall back on, but upon whose work we all rely.

      A stronger sense of society as a collective whole, rather than an agglomeration of fragmented individuals, could lead to a long-term increase in public demands for more interventionist measures to protect citizens – a development that governments may find harder to resist given their readiness in the midst of coronavirus to override the primacy of markets.

      Private hospitals are already facing pressure to open up their beds without extra charge for those in need; in Los Angeles, homeless citizens have seized vacant homes, drawing support from some lawmakers. Will these kinds of sentiments dwindle with the passing of coronavirus, or will political support for urban policies that put community interests ahead of corporate ones – like a greater imposition of rent controls – endure?

      We don’t yet know the answer, but in the new and unpredictable connections swiftly being forged within our cities as a result of the pandemic, there is perhaps some cause for optimism. “You can’t ‘unknow’ people,” observes Harris, “and usually that’s a good thing.” Sennett thinks we are potentially seeing a fundamental shift in urban social relations. “City residents are becoming aware of desires that they didn’t realise they had before,” he says, “which is for more human contact, for links to people who are unlike themselves.” Whether that change in the nature of city living proves to be as lasting as Bazalgette’s sewer-pipe embankment remains, for now, to be seen.

      https://www.theguardian.com/world/2020/mar/26/life-after-coronavirus-pandemic-change-world
      #le_monde_d'après

    • Listening to the city in a global pandemic

      What’s the role of ‘academic experts’ in the debate about COVID-19 and cites, and how can we separate our expert role from our personal experience of being locked down in our cities and homes?

      This is a question we’ve certainly been struggling with at City Road, and we think it’s a question that a lot of academics are struggling with at the moment. Perhaps it’s a good time to listen to the experiences of academics as their cities change around them, rather than ask them to speak at us about their urban expertise. With this in mind, we asked academics from all over the world to open up the voice recorder on their phones and record a two minute report from the field about their city.

      Over 25 academics from all over the world responded. As you will hear, some of their recordings are not great quality, but their stories certainly are. Many of those who responded to our call are struggling , just like us, to make sense of their experience in the COVID-19 city.

      https://cityroadpod.org/2020/03/29/listening-to-the-city-in-a-global-pandemic

    • Ce que les épidémies nous disent sur la #mondialisation

      Bien que la première épidémie connue par une trace écrite n’ait eu lieu qu’en 430 avant J.-C. à Athènes, on dit souvent que les microbes, et les épidémies auxquels ils donnent lieu, sont aussi vieux que le monde. Mais le Monde est-il aussi vieux qu’on veutbien le dire ? Voici une des questions auxquelles l’étude des épidémies avec les sciences sociales permet d’apporter des éléments de réponse. Les épidémies ne sont pas réservées aux épidémiologistes et autres immunologistes. De grands géographes comme Peter Haggett ou Andrew Cliff ont déjà investi ce domaine, dans une optique focalisée sur les processus de diffusion spatiale. Il est possible d’aller au-delà de cette approche mécanique et d’appréhender les épidémies dans leurs interactions sociales. On verra ici qu’elles nous apprennent aussi beaucoup sur le Monde, sur l’organisation de l’espace mondial et sur la dimension sociétale du processus de mondialisation.

      http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/epidemies-mondialisation.pdf
      #épidémie #globalisation

    • Città ai tempi del Covid

      Lo spazio pubblico urbano è uno spazio di relazioni, segnato dai corpi, dagli incontri, dalla casualità, da un ordine spontaneo che non può, se lo spazio è pubblico veramente, accettare altro che regole di buon senso e non di imposizione. È un palcoscenico per le vite di tutti noi, che le vogliamo in mostra o in disparte, protagonisti o comparse della commedia urbana e, come nella commedia, con un fondo di finzione ed un ombra di verità.
      Ma cosa accade se gli attori abbandonano la scena, se i corpi sono negati allo spazio? Come percepiamo quel che rimane a noi frequentabile di strade e piazze che normalmente percorriamo?

      Ho invitato gli studenti che negli anni hanno frequentato il seminario “Fotografia come strumento di indagine urbana”, ma non solo loro, ad inviarmi qualche immagine che documenta (e riflette su) spazio pubblico, città e loro stessi in questi giorni. Come qualcuno mi ha scritto sono immagini spesso letteralmente ‘rubate’, quasi sentendosi in colpa. Eppure documentare e riflettere è un’attività tanto più essenziale quanto la criticità si prolunga e tocca la vita di tutti noi.

      Appunti di viaggio – Iacopo Zetti Ho avuto modo, per una serie di evenienze, di attraversare Firenze di mattina e di sera. Aspettavo il silenzio ed infatti l’ho ascoltato. Il silenzio non è quello dei luoghi extraurbani. ...
      Inferriata – Eni Nurihana L’inferriata de balcone ricorda sempre di più le sbarre carcerarie 23 marzo 2020, 15:11
      Situazioni di necessità – Chiara Zavattaro Le strade della zona di Sant’Ambrogio a Firenze
      Ora d’aria – Antonella Zola Ho avuto la possibilità di scattare queste foto dopo 10 giorni di quarantena completa, in cui ho rinunciato a qualunque contatto con il mondo esterno. Alla fine sono dovuta uscire ...
      Firenze – Agnese Turchi Firenze - Agnese Turchi
      Nostalgia di Silenzi – Gabriele Pierini
      Il recinto – Laura Panichi In un libro che ho letto in questo periodo di “reclusione”, Haruki Murakami dice che quando si prova ad uscire da una gabbia alla fine si finisce sempre per trovarci ...
      Spazio solidale – Jacopo Lorenzini
      Castagneto Carducci – Cristian Farina Chissà se dall’alto qualcuno si è accorto che ci siamo fermati solo per un attimo Da lontano si scorgano i monumenti fermi nel tempo, quasi come noi, fermi nello spazio
      Firenze, mercoledì 18/03/20 ore 15.30 circa – Leonardo Ceccarelli Firenze, mercoledì 18/03/20 ore 15.30 circa - Leonardo Ceccarelli
      Firenze, marzo 2020 – Giulia D’Ercole Firenze, marzo 2020 - Giulia D’Ercole
      Feriale d’altri tempi – Dario Albamonte La mia fortuna è quella di vivere in campagna e di potermi muovere liberamente e avere molto spazio a disposizione senza varcare i confini di casa mia. Quello che mi ...
      L’architettura è fatta di mattoni e PERSONE – Laura Pagnotelli L’architettura è fatta di mattoni e PERSONE. Esse sono il fine ultimo del costruire, del dare vita a spazi sempre nuovi. Senza la loro presenza, dell’architettura non resta che una scatola vuota, priva ...
      Il traffico di Firenze – Veronica Capecchi Il Traffico di Firenze, oggi è scomparso, e lascia intravedere la città, profondamente diversa e silenziosa. Una città che è sempre viva, oggi priva della sua vitalità, dei suoi rumori, una ...
      Dalla finestra – Lucio Fiorentino Ho sentito dei rumori nella strada sotto la mia finestra e ho immaginato l’atmosfera scura di un film di Bergman, (goffamente) ho cercato di riprodurla Nel palazzo di fronte alla mia ...
      Livorno, 28 marzo – Giulia Bandini Luoghi affollati di ricordi vie trafficate di emozioni ormai vinte dal tempo ma vive nella mente di chi sa sperare forte
      Sesto Fiorentino: la piana senza smog – Alice Giordano Sesto Fiorentino: la piana senza smog - Alice Giordano
      Lari e Pontedera – Silvia Princi Ritorno alle origini – Perignano di Lari (Pi), 23 marzo 2020 La semina del trattore, rappresenta uno dei pochi segni di vitalità umana e meccanica,in questo periodo di quarantena e di ...
      A distanza sociale nel parco: Zurigo – Philipp Klaus A distanza sociale nel parco: Zurigo - Philipp Klaus
      Galleggiare in un mondo irreale – Alessio Prandin

      http://controgeografie.net/controgeografie/citta-ai-tempi-del-covid

    • Coronavirus Was Slow to Spread to Rural America. Not Anymore.

      Grace Rhodes was getting worried last month as she watched the coronavirus tear through New York and Chicago. But her 8,000-person hometown in Southern Illinois still had no reported cases, and her boss at her pharmacy job assured her: “It’ll never get here.”

      Now it has. A new wave of coronavirus cases is spreading deep into rural corners of the country where people once hoped their communities might be shielded because of their isolation from hard-hit urban centers and the natural social distancing of life in the countryside.

      The coronavirus has officially reached more than two-thirds of the country’s rural counties, with one in 10 reporting at least one death. Doctors and elected officials are warning that a late-arriving wave of illness could overwhelm rural communities that are older, poorer and sicker than much of the country, and already dangerously short on medical help.

      “Everybody never really thought it would get to us,” said Ms. Rhodes, 18, who is studying to become a nurse. “A lot of people are in denial.”

      With 42 states now urging people to stay at home, the last holdouts are the Republican governors of North Dakota, South Dakota, Nebraska, Iowa and Arkansas. Gov. Kristi Noem of South Dakota has suggested that the stricter measures violated personal liberties, and she said her state’s rural character made it better positioned to handle the outbreak.

      “South Dakota is not New York City,” Ms. Noem said at a news conference last week.

      But many rural doctors, leaders and health experts worry that is exactly where their communities are heading, and that they will have fewer hospital beds, ventilators and nurses to handle the onslaught.

      “We’re behind the curve in rural America,” said Senator Jon Tester, Democrat of Montana, who said his state needs hundreds of thousands of masks, visors and gowns. “If they don’t have the protective equipment and somebody goes down and gets sick, that could close the hospital.”

      Rural nurses and doctors, scarce in normal times, are already calling out sick and being quarantined. Clinics are scrambling to find couriers who can speed their coronavirus tests to labs hundreds of miles away. The loss of 120 rural hospitals over the past decade has left many towns defenseless, and more hospitals are closing even as the pandemic spreads.

      Coronavirus illnesses and deaths are still overwhelmingly concentrated in cities and suburbs, and new rural cases have not exploded at the same rate as in some cities. But they are growing fast. This week, the case rate in rural areas was more than double what it was six days earlier.

      Deaths are being reported in small farming and manufacturing towns that barely had a confirmed case a week ago. Fourteen infections have been reported in the county encompassing Ms. Rhodes’s southern Illinois hometown of Murphysboro, and she recently quarantined with her parents, who are nurses, as a precaution after they got sick.

      Rich ski towns like Sun Valley, Idaho, and Vail, Colo., have some of the highest infection rates in the country, and are discouraging visitors and second homeowners from seeking refuge in the mountains. Indian reservations, which grapple daily with high poverty and inadequate medical services, are now confronting soaring numbers of cases.

      In some places, the virus has rushed in so suddenly that even leaders are falling ill. In the tiny county of Early in southwest Georgia, five people have died. And the mayor and the police chief of the county seat, Blakely, are among the county’s 92 confirmed cases. It has been a shock for the rural county of fewer than 11,000 people.

      “Being from a small town, you think it’s not going to touch us,” Blakely’s assistant police chief, Tonya Tinsley, said. “We are so small and tucked away. You have a perception that it’s in bigger cities.”

      That is all gone now.

      “You say, wait a minute, I know them!” she said. “It’s, like, oh my God, I knew them. I used to talk to them. I knew their family. Their kids. It’s a blow to the community each time.”

      Even a single local case has been enough to jolt some people out of the complacency of the earliest days of the virus, when President Trump spent weeks playing down the threat and many conservative leaders brushed it aside as politically driven hysteria.

      In Letcher County, Ky., which got its first case on Sunday, waiting for the disease to arrive has been unnerving. Brian Bowan, 48, likes the daily briefings by Gov. Andy Beshear, a Democrat, and he is glad for the governor’s relatively early actions to close nonessential businesses. Without them, Mr. Bowan said, “we could have a really bad pandemic. We could be like California or New York.”

      In Mississippi, a mostly rural state, the virus had spread to nearly every county by April, with more than 1,000 cases and nearly two dozen deaths reported, causing health care workers to wonder, nervously, when the governor would issue a stay-at-home order. Last week, he finally did, and doctors at the University of Mississippi Medical Center in Jackson breathed a sigh of relief.

      “There was this chatter today at the medical center, people saying ‘Oh thank goodness — we need this to get people to realize how serious this is,’ ” said Dr. LouAnn Woodward, the hospital’s top executive.

      While Americans are still divided on whether they approve of how Mr. Trump has handled the crisis, the virus is uniting nearly everyone in the country with worry — urban and rural, liberal and conservative. More than 90 percent of Americans said the virus posed a threat to the country’s economy and public health, according to a Pew Research Center poll conducted from March 19 to March 24.

      “Some of the petty things that would be in the news and on social media before have sort of fallen away,” said David Graybeal, a Methodist pastor in Athens, Tenn. “There’s a sense that we are really in this together. Now it’s, ‘How can we pull through this and support one another in this social distancing?’ ”

      In Mangum, Okla., a town of 6,000 in the western part of the state, it all started with a visit. A pastor from Tulsa appeared at a local church, but got sick shortly thereafter and became the state’s first Covid-19 fatality.

      Then somebody at the local church started to feel unwell — a person who eventually tested positive for coronavirus.

      “Then it was just a matter of time,” said Mangum’s mayor, Mary Jane Scott. Before realizing they were infected, several people who eventually tested positive for the virus had moved about widely through the city, including to the local nursing home, which now has a cluster of cases.

      Over all in the town, there are now three deaths and 26 residents who have tested positive for the coronavirus — one of the highest infection rates in rural America.

      “You’d think in rural Oklahoma, that we all live so far apart, but there’s one place where people congregate, and that’s at the nursing home,” she said. “I thought I was safe here in Southwest Oklahoma, I didn’t think there would be a big issue with it, and all of a sudden, bam.”

      Mangum now has an emergency shelter-in-place order and a curfew — just like larger towns and cities around the United States.

      Just as New Yorkers have gotten accustomed to Gov. Andrew Cuomo’s daily televised briefings, residents of Mangum have turned to the mayor’s Facebook page, where she livecasts status updates and advisories. On Monday night, it was the recommendation that residents use curbside pickup when going to Walmart, a broadcast that garnered more than 1,000 views in the hour after she posted it.

      “Since we have no newspaper, it’s the only way I know to get the word out,” she told viewers, after inviting them to contact her personally with any questions or concerns.

      She also has encouraged residents to step out onto their lawns each night at 7 p.m. where she leads them in a chorus of “God Bless America.”

      The virus has complicated huge swaths of rural life. Darvin Bentlage, a Missouri rancher, says he is having trouble selling his cattle because auctions have been canceled. In areas without reliable internet access, adults are struggling to work remotely and children are having to get assignments and school updates delivered to their door.

      Rural health providers are also challenged. A clinic in Stockton, Kan., turned to a local veterinarian for a supply of masks and gowns. One rural hospital in Lexington, Neb., was recently down to its last 500 swabs. Another in Batesville, Ind., was having its staff members store their used masks in plastic baggies in case they had to sterilize and reuse them. In Georgia, a peanut manufacturer in Blakely donated a washer and dryer to the local hospital for its handmade masks and gowns.

      The financial strain of gearing up to fight the coronavirus has put much pressure on cash-strapped rural hospitals. Many have canceled all non-emergency care like the colonoscopies, minor surgeries and physical therapy sessions that are a critical source of income.

      Last month, one hospital in West Virginia and another in Kansas shut their doors altogether.

      “It’s just absolutely crazy,” said Michael Caputo, a state delegate in Fairmont, W.Va., where the Fairmont Regional Medical Center, the only hospital in the county, closed in mid-March. “Across the country, they’re turning hotels and sports complexes into temporary hospitals. And here we’ve got a hospital where the doors are shut.”

      For now, there is an ambulance posted outside the emergency room, in case sick people show up looking for help.

      Michael Angelucci, a state delegate and the administrator of the Marion County Rescue Squad, said the hospital’s closure during the pandemic is already being felt.

      On March 23, emergency medics were called to take an 88-year-old woman with the coronavirus to the hospital, Mr. Angelucci said. Instead of making a quick drive to Fairmont Regional, about two minutes away, Mr. Angelucci said that the medics had to drive to the next-nearest hospital, about 25 minutes away. A few days later, she became West Virginia’s first reported coronavirus death.

      https://www.nytimes.com/interactive/2020/04/08/us/coronavirus-rural-america-cases.html?action=click&module=Top%20Stories&pgty
      #cartographie #visualisation

    • Coronavirus in the city: A Q&A on the catastrophe confronting the urban poor

      ‘While all populations are affected by the COVID-19 pandemic, not all populations are affected equally.’

      Health systems in the world’s megacities and crowded urban settlements are about to be put under enormous strain as the new coronavirus takes hold, with the estimated 1.2 billion people who live in informal slums and shanty-towns at particular risk.

      To understand more about the crisis confronting the urban poor, The New Humanitarian interviewed Robert Muggah, principal of The SecDev Group and co-founder of the Igarapé Institute, a think tank focused on urban innovation that has worked with the World Health Organisation to map pandemic threats and is supporting governments, businesses, and civil society groups to improve COVID-19 detection, response, and recovery.

      What has so far been a public healthcare crisis in mostly wealthier cities in East Asia, Europe, and the United States appears likely to become an even graver disaster for countries with far less resources in Latin America, Africa, and South Asia.

      Cities from Lagos to Mumbai to Rio de Janeiro have started locking down, but for residents of crowded slums the unenviable choice is often between a greater risk of catching and spreading disease or the certainty of hunger. Social distancing, self-isolation – handwashing even – are impossible luxuries.

      This interview, conducted by email on 29-30 March, has been edited for length and clarity.
      TNH: A lot has been made about the risks of coronavirus in crowded refugee and displacement camps – from Greece to Idlib. Do you feel the urban poor have been a little neglected?

      Robert Muggah: While all populations are affected by the COVID-19 pandemic, not all populations are affected equally. Lower-income households and elderly individuals with underlying health conditions are particularly at-risk. Among the most vulnerable categories are the homeless, migrants, refugees, and displaced people. In some US cities, for example, undocumented migrants are fearful of being tested or going to the hospital for fear of forcible detainment, separation from their families, and deportation. In densely populated informal settlements and displaced person camps, there is a higher likelihood of infection because of the difficulties of social distancing. The limited testing, detection, isolation, and hospitalisation capacities in these settings mean we can expect a much higher rate of direct and excess mortality. The implications are deeply worrying.

      The COVID-19 pandemic is a totalising event – affecting virtually every country, city and neighbourhood on the planet. It is also laying open the social and economic fault lines in our urban spaces. Predictably, many governments, businesses, and societies are looking inward, seeking to shore up their own health capacities and provide for their populations through aid and assistance. Yet the virus is revealing the extent of economic and social inequalities within many countries, including among OECD members. In the process, it is exposing the deficiencies of the social contract and the ways in which certain people – especially the elderly, poor, homeless, displaced – are systematically at-risk. While media attention is growing, there is comparatively limited investment in protecting refugees and displaced people facing infectious disease outbreaks. As public awareness of the sheer scale of infection, hospitalisation, and case fatalities becomes clearer in lower- and middle-income settings, we can expect this to change; at which point it may be too late.
      TNH: Can you give us a sense of the scale of the problem in the world’s megacities and slums, where social distancing and self-isolation are a fantasy for many?

      Muggah: According to the UN, there are about 33 megacities with 10 million or more people. There are another 48 cities with between five and 10 million. Compare this to the 1950s when there were just three megacities. Most of these massive cities are located in Africa, Asia, and Latin America. Many of them are characterised by a concentrated metropolitan core and a sprawling periphery of informal settlements, including shanty-towns, slums, and favelas. Roughly 1.2 billion people live in densely packed informal settlements characterised by poor quality housing, limited basic services, and poor sanitation. While suffering from stigmas, these settlements tend to be a critical supply of labour for cities, an unsatisfactory answer to the crisis in housing availability and affordability. A challenge now facing large cities is that, owing to years of neglect, informal settlements are essentially “off the grid”, and as such, difficult to monitor and service.

      There are many reasons why large densely populated slums are hotbeds for the COVID-19 pandemic and other infectious disease outbreaks. In many cases, there are multiple households crammed into tiny tenements making social distancing virtually impossible. In Dharavi, Mumbai’s largest slum, there are 850,000 people per square mile. Most inhabitants of informal settlements lack access to medical and health services, making it difficult to track cases and isolate people who are infected. A majority of the people living in these areas depend on the services and informal economies, including jobs, that are most vulnerable to termination when cities are shut down and the economy begins to slow. Strictly enforced isolation won’t just lead to diminished quality of life, it will result in starvation. A large proportion of residents also frequently suffer from chronic illnesses – including respiratory infections, cancer, diabetes, and obesity – increasing susceptibility to COVID-19. These comorbidities will contribute to soaring excess deaths.

      All of these challenges are compounded by the systemic neglect and stigmatisation of these communities by the political and economic elite. Violence has already erupted in Ethiopia, Kenya, India, Liberia, and South Africa as police enforce quarantines. In Brazil, drug trafficking organisations and militia groups are enforcing social distancing and self isolation in lieu of the state authorities. In Australia, Europe, and the United States, racist and xenophobic incidents spiked against people of Asian descent. There is a real risk that governments ramp up hardline tactics and repression against marginalised populations, especially those living in lower-income communities, shanty-towns, and refugee and displaced person camps.
      TNH: How seriously were international aid agencies and other humanitarian actors taking calls to scale up urban preparedness and response before this pandemic, and to what extent is COVID-19 a wake-up call?

      Muggah: The global humanitarian aid sector was aware of the threat of a global pandemic. For more than a decade the WHO, several university and research centres, and organisations such as the CDC, the Wellcome Trust, and the Bill and Melinda Gates Foundation have publicly warned about the catastrophic risks of pandemic outbreaks. The international community experienced a series of jolting wake-up calls with SARS, H1N1, Ebola, and other major epidemics over the past 20 years, though these were typically confined to specific regions and were generally rapidly contained. Although fears of potential outbreaks emerging from China were widely acknowledged, the sheer speed and scale of COVID-19 seems to have caught most governments, and the aid community, by surprise.

      With notable exceptions such as Singapore or Taiwan, there has not been major investment in preparing cities for dealing with pandemics, however. Most attention has been focused on national capacities, and less on the specific capabilities of urban governments, health and social safety-net services. Together with Georgetown University’s Center for Health Sciences and Security, the Igarape Institute highlighted the importance of networks of mayors to share information and strategies in 2018. This call was highlighted by the Global Parliament of Mayors in 2018 and 2019. Starting in March 2020, the Bloomberg Foundation established a mayors network focusing on pandemic preparedness in the US. The Mayors Migration Council, World Economic Forum, and UN-Habitat are also looking to ramp up assistance to cities. What is also needed are systems to support mayors, city managers, and health providers in lower- and middle-income countries.
      TNH: Part of the problem is that cities are unfamiliar territory for humanitarian responders, with many new actors to deal with, from local governments to gangs. What relationships and skill sets do they need to cultivate?

      Muggah: Well before the COVID-19 pandemic, many humanitarian agencies were already refocusing some of their operations toward urban settings. International organisations such as the International Committee of the Red Cross, Médecins Sans Frontières, and Oxfam set up policies and procedures for engaging in cities. There is a growing recognition across the relief and development sectors of the influence and impacts of urbanisation on their operations and beneficiary populations. This is more radical than it sounds. For at least half a century, most aid work was predominantly rural-focused. This was not surprising since most people in developing countries lived in rural or semi-rural areas. This has changed dramatically, however, with more than half of the world’s population now living in cities. Over the next 30 years, roughly 90 percent of all urbanisation will be occurring in lower- and middle-income countries – predominantly in Africa and Asia. The aid community only started to recognise these trends relatively recently.

      Working in urban settings requires changes in how many international and national aid agencies operate. For one, it often depends less on direct than indirect delivery, working in partnership with municipal service providers. It also requires less visible branding and marketing strategies, shoring up the legitimacy of public and non-governmental providers with less focus on the contribution of relief agencies. In some cases, aid agencies are also required to work with, or alongside, non-state providers, including armed groups. For example, in some Brazilian, Colombian, and Mexican cities organised crime and self-defence groups are engaged in social service provision, raising complex questions for aid providers about whether and how to support vulnerable communities. Similar challenges confronted aid agencies working to provide relief in Ebola-stricken villages in eastern DRC.

      A diverse range of skill sets is required to navigate support to cities affected by epidemics, including COVID-19. Some cities may need accounting assistance and expertise in budgeting to help them rapidly procure essential services. Other cities may require epidemiological and engineering capabilities to help develop rapid detection and surveillance, as well as “surge” capacity including emergency hospitals, clinics, and treatment centres. A robust communications and public outreach strategy is essential, particularly since uncertainty can contribute to social unease and even disorder. Moreover, rapid resource injections to help cities provide safety nets to the most vulnerable populations are critical, particularly as existing resources will be redirected to shoring up critical infrastructure and recurrent expenses will be difficult to cover owing to reduced tax revenue.

      TNH: Name three things aid agencies need to do quickly to get to grips with this?

      Muggah: There are a vast array of priorities for aid agencies in the context of pandemics. At a minimum, they must rapidly coordinate with public, private, and non-governmental partners to ensure they are effectively contributing rather than creating redundancy or unintentionally undermining local responses. Humanitarian organisations must also act rapidly, especially in the face of an exponential crisis such as the COVID-19 pandemic. Agencies cannot let perfection be the enemy of the good, and focus on delivering with speed and efficiency, albeit while being mindful of the coordination challenges above. Aid agencies must also be attentive to the health, safety, and wellbeing of their own personnel and partners – they must avoid at all costs becoming a burden to hospital systems that are already overwhelmed by the crisis.

      The first thing aid agencies can do is reach out to frontline cities and assess basic needs and their organizational potential to contribute. A range of priorities are likely, including the importance of ensuring there are adequate tests kits and testing capacities, sufficient trained health professionals, medical supplies (including ICU and ventilation capacities), and related equipment for frontline workers. Providing supplementary capacity as needed is essential. Consider that in South Sudan there are believed to be just two ventilators, and in Liberia there are reportedly only three. Other critical priorities are ensuring the integrity of the local food supply and attention to critical infrastructure. This may involve deploying a surveillance system for monitoring critical supplies, providing supplementary cash and food assistance without disrupting local prices, and ensuring a capability to rapidly address distribution disruption as they arise. Aid agencies can also help leverage resources to settings that are neglected, helping mobilise funds and/or in-kind support for over-taxed public services.
      TNH: Cities like Singapore and Taipei, Hangzhou in China – to an extent Seoul – have had some success in containing COVID-19. What can other cities learn from their approaches?

      Muggah: Cities that are open, transparent, collaborative, and adopt comprehensive responses tend to be better equipped to manage infectious disease outbreaks than those that are not. While still too early to declare a success, the early response of South Korea, Singapore, and Taiwan to the COVID-19 pandemic stands out. Both Taipei and Singapore applied the lessons from past pandemics and had the investigative capacities, testing and detection services, health systems and, importantly, the right kind of leadership in place to rapidly take decisive action. They were able to flatten the pandemic curve through early detection thus keeping their health systems from becoming rapidly overwhelmed.

      Not surprisingly, cities that have robust governance and health infrastructure in place are in a better position to manage pandemics and lower case fatality rates (CFR) and excess mortality than those that do not. Adopting a combination of proactive surveillance, routine communication, rapid isolation, and personal and community protection (e.g. social distancing) measures is critical. Many of these very same measures were adopted by the Chinese city of Hangzhou within days of the discovery of the virus. Likewise, the number, quality, and accessibility (and surge capacity) of hospitals, internal care units, hospital beds, IV solution and respirators can determine whether a city effectively manages a pandemic, or not. The SecDev Group is exploring the development of an urban pandemic preparedness index to help assess health capacities as well as social and economic determinants of health. A digital tool that provides rapid insights on vulnerabilities will be key not just to planning for the current pandemic, but also the next one.
      TNH: You’ve spoken in the past about the need to develop a pandemic preparedness index. INFORM has one and Georgetown Uni has a health security assessment tool. Are these useful? What is missing?

      Muggah: The extent of a city’s preparedness depends on its capacity to prevent, detect, respond, and care for patients. This means having action plans, staff, and budgets in place for rapid response. It also requires having access to laboratories to test for infectious disease and real-time monitoring and reporting of infectious clusters as they occur. The ability to communicate and implement emergency response plans is also essential, as is the availability, quality and accessibility of hospitals, clinics, care facilities, and essential equipment.

      To this end, the Center for Global Health Science and Security at Georgetown University has created an evaluation tool – the Rapid Urban Health Security Assessment (RUHSA) – as a resource for assessing local-level public health preparedness and response capacities. The RUHSA draws from multiple guidance and evaluation tools. It was designed precisely to help city decision-makers prioritise, strengthen, and deploy strategies that promote urban health security. These kinds of platforms need to be scaled, and quickly.

      There is widespread recognition that a preparedness index would be useful. In November of 2019, the Global Parliament of Mayors issued a call for such a platform. It called for funding from national governments to develop crucial public health capacities and to develop networks to disseminate trusted information. The mayors also committed to achieving at least 80 percent vaccination coverage, reducing the spread of misinformation, improving health literacy, and sharing information on how to prevent and reduce the spread of infectious disease. A recent article published with Rebecca Katz provides some insights into what this might look like.
      TNH: All cities are not equal in this. Without a global rundown, do you have particular concerns for certain places – because they are transmission hubs that might be hit worse, or due to existing insecurity and instability?

      Cities are vulnerable both to the direct and indirect effects of COVID-19. For example, cities with a higher proportion of elderly and inter-generational mingling are especially at risk of higher infection, hospitalisation, and case fatality rates. This explains why the pandemic has been so destructive in certain Italian, Spanish, and certain US cities in Florida and New York where there is a higher proportion of elderly and frequent travel and interaction between older and younger populations. By contrast, early detection, prevention, and containment measures such as those undertaken in Japanese, South Korean, and Taiwanese cities helped flatten the curve. Yet even when health services have been overwhelmed in wealthier cities, they tend to have more capable governments and more extensive safety nets and supply chains to lessen the secondary effects on the economy and market.

      Many cities in Africa, South and Southeast Asia, and Latin America are facing much greater direct and indirect threats from the COVID-19 pandemic than their counterparts in North America, Western Europe, or East Asia. Among the most at-risk are large and secondary cities in fragile and conflict-affected countries such as Afghanistan, Colombia, DRC, Iraq, Myanmar, Nigeria, Somalia, South Sudan, Syria, and Venezuela. There, health surveillance and treatment capacities are already overburdened and under-resourced. While the populations tend to be younger, many are facing households that are already under- or malnourished and the danger of comorbidity is significant. Consider the case of Uganda, which has one ICU bed for every one million people (compared to the United States, which has one ICU bed for every 2,800 people). Specific categories of people – especially those living in protracted refugee or internal displacement camps – are among the most vulnerable. There are also major risks in large densely populated cities and slums such as Lagos, Dhaka, Jakarta, Karachi, Kolkata, Manila, Nairobi, or Rio de Janeiro where the secondary effects, including price shocks and repressive police responses, as well as explosive protests from jails, could lead to social and political unrest.
      TNH: The coronavirus itself is the immediate risk, but what greater risks do you see coming down the track for poorer people in urban settings?

      Muggah: The most significant threat of the COVID-19 pandemic may not be from the mortality and morbidity from infections, but the political and economic fallout from the crisis. While not as infectious or lethal as other diseases, the virus is obviously devastating for population health. It is not just people dying from respiratory illnesses and organ failures linked to the virus, but also the excess deaths from people who are unable to access treatment and care for existing diseases. We can expect several times more excess deaths than the actual caseload of people killed by the coronavirus itself. The lost economic productivity from these premature deaths and the associated toll on health systems and care-givers will be immense.

      “The most significant threat of the COVID-19 pandemic may not be from the mortality and morbidity from infections, but the political and economic fallout from the crisis.”

      COVID-19 is affecting urban populations in different ways and at different speeds. The most hard-hit groups are the urban poor, undocumented migrants, and displaced people who lack basic protections such as regular income or healthcare. Many of these people are already living in public or informal housing in under-serviced neighbourhoods experiencing concentrated disadvantage. The middle class will also experience severe impacts as the service economy grinds to a halt, schools and other services are shuttered, and mobility is constrained. Wealthier residents can more easily self-isolate either in cities or outside of them, and usually have greater access to private health alternatives. But all populations will face vulnerabilities if critical infrastructure – including health, electricity, water, and sanitation services – start to fail. Cut-backs in service provision will generate first discomfort and then outright protest.

      Most dangerous of all is the impact of COVID-19 on political and economic stability. The pandemic is generating both supply and demand shocks that are devastating for producers, retailers, and consumers. Wealthier governments will step in to enact quantitative easing and basic income where they can, but many will lack the resources to do so. As income declines and supply chains dry up, panic, unrest, and instability are real possibilities. The extent of these risks depend on how long the pandemic endures and when vaccinations or effective antivirals are developed and distributed. Governments are reluctant to tell their populations about the likely duration, not just because of uncertainties, but because the truth could provoke civil disturbance. These risks are compounded by the fact that many societies already exhibit a low level of trust and confidence in their governments.

      https://www.thenewhumanitarian.org/interview/2020/04/01/coronavirus-cities-urban-poor

    • Les enjeux économiques de la #résilience_urbaine

      La notion de #résilience pour qualifier la capacité d’une ville à affronter un #choc, y compris économique, n’est pas nouvelle, mais elle revêt, en pleine crise du coronavirus, une dimension toute particulière.

      Les villes, en tant que #systèmes_urbains, ont toujours été au cœur des bouleversements que les sociétés ont connus. Pour autant, les fondements du paradigme économique qui gouverne les villes sont restés les mêmes. L’essor des capacités productives exportatrices et l’accroissement des valeurs ajoutées guident encore l’action locale en matière d’#économie.
      Corollaire d’un monde globalisé qui atteint ses limites, la crise sanitaire ébranle ces fondamentaux et en demande une révision profonde. Ainsi, au cœur de la crise, les ambitions de #relocalisation_industrielle, de #souveraineté_économique, d’#autonomie_alimentaire semblent avoir remplacé (au moins temporairement) celles liées à la #croissance et à la #compétitivité.

      https://www.pug.fr/produit/1798/9782706148668/les-enjeux-economiques-de-la-resilience-urbaine
      #livre #Magali_Talandier

    • #Eurasian_Geography_and_Economics is publishing a series of critical commentaries on the covid-19 pandemic, with some urban dimensions.

      These will be collated in issue 61(4) of the journal but will appear online first.

      The first two are currently OA on the journal webpage at: https://www.tandfonline.com/toc/rege20/current?nav=tocList

      Xiaoling Chen (2020) Spaces of care and resistance in China: public engagement during the COVID-19 outbreak, Eurasian Geography and Economics, DOI: 10.1080/15387216.2020.1762690

      As the COVID-19 pandemic continues to unfold, the approach of the Chinese government remains under the spotlight, obscuring the complex landscape of responses to the outbreak within the country. Drawing upon the author’s social media experiences as well as textual analysis of a wide range of sources, this paper explores how the Chinese public responded to the outbreak in complex and nuanced ways through social media. The findings challenge conventional views of Chinese social media as simply sites of self-censorship and surveillance. On the contrary, during the COVID-19 outbreak, social media became spaces of active public engagement, in which Chinese citizens expressed care and solidarity, engaged in claim-making and resistance, and negotiated with authorities. This paper situates this public engagement within a broader context of China’s health-care reforms, calling attention to persistent structural and political issues, as well as the precarious positionalities of health-care workers within the health system.

      Xuefei Ren (2020) Pandemic and lockdown: a territorial approach to COVID-19 in China, Italy and the United States, Eurasian Geography and Economics, DOI: 10.1080/15387216.2020.1762103

      Three months into the Covid-19 crisis, lockdown has become a global response to the pandemic. Why have so many countries resorted to lockdown? How is it being implemented in different places? Why have some places had more success with lockdowns and others not? What does the effectiveness of lockdowns tell us about the local institutions entrusted with enforcing them? This paper compares how lockdown orders have been implemented in China, Italy, and the U.S. The analysis points to two major factors that have shaped the enforcement: tensions between national and local governments, and the strength of local territorial institutions.

    • Pourquoi Bergame ? Le virus au bout du territoire

      La région de #Bergame en Italie a été l’un des foyers les plus actifs du coronavirus en Europe. Marco Cremaschi remet en cause les lectures opposant de manière dualiste villes et campagnes et souligne la nécessité de repenser la gouvernance de ces territoires d’entre-deux.

      L’urbanisme a de longue date et durablement été influencé par les épidémies. Depuis le Moyen Âge, la peste et le choléra ont contribué à sédimenter un ensemble de critiques dirigées contre la densité et la promiscuité caractéristiques du mode de vie urbain. Particulièrement prégnante aux débuts de la recherche urbaine au XIXe siècle, sous l’influence du mouvement hygiéniste (Barles 1999), cette hypothèse anti-urbaine a régulièrement refait surface au gré des crises sanitaires. C’est ainsi presque naturellement qu’elle a été réactivée en lien avec la diffusion mondiale du Covid-19, y compris au cœur des sciences sociales.

      Selon certains géographes, la cause de la pandémie serait ainsi à chercher dans la « métropolisation du monde » (Faburel 2020), concept catch-all qui désigne à la fois la densification, le surpeuplement, la promiscuité des modes de vie uniformisés et la surmodernité ; en somme, tout ce qui nous aurait éloignés de la « nature ». Pourtant, si l’on exclut les situations de surpeuplement extrême de quelques mégapoles des pays en développement, rien n’indique que la densité de population soit un bon indicateur des relations humaines et en dernière analyse de la propagation des maladies. En effet, comme l’a déjà amplement montré la critique faite à la thèse « écologique » (Offner 2020), les caractéristiques de l’environnement physique ne reflètent que marginalement la culture et les modes de vie. Ce n’est qu’au niveau de la coprésence physique, telle qu’on la trouve dans les transports en commun, que la densité de la population conduit directement à une intensification des contacts humains.

      Cet article ne prétend pas avancer d’hypothèses épidémiologiques relatives aux modes socio-spatiaux de transmission du Covid-19 : en la matière, la prudence est de mise en raison de la modestie des éléments empiriques disponibles. Son objet est plutôt de proposer une description du territoire bergamasque à l’aune des grilles de lecture contemporaines de l’urbain et des grands modèles interprétatifs mobilisés actuellement dans le débat public – et d’en souligner ainsi les limites. Ni métropole, ni campagne, la région de Bergame en Italie a en effet été l’un des foyers les plus actifs du virus en Europe, et les conséquences de l’épidémie y ont été dramatiques.

      Cette description montre les limites des modèles interprétatifs binaires et suggère d’analyser, au-delà des causes de la pandémie, l’influence indirecte de la « formation socio-territoriale » (Bagnasco 1994), c’est-à-dire de la manière dont une société évolue et change dans les structures de la longue durée, bien plus probante que la densité ou la présumée uniformisation métropolitaine.
      Un entre-deux territorial

      La crise a commencé officiellement le dimanche 23 février à l’hôpital d’Alzano, à six kilomètres de Bergame : deux cas de Covid-19 sont identifiés. En dix jours, la situation s’est dégradée au-delà des prévisions les plus alarmistes. Au mois de mars, 5 400 décès ont été répertoriés dans la province, contre 900 en moyenne les trois années précédentes (Invernizzi 2020). La mortalité a donc été multipliée par six ; dans certaines municipalités, comme Alzano et Nembro, elle est même dix fois supérieure à la moyenne.

      Située au cœur de la Lombardie, région la plus riche et la plus urbanisée d’Italie (et l’une des plus riches d’Europe), à cinquante kilomètres au nord-est de Milan, la province de Bergame rassemble en 2020 un peu plus d’un million d’habitants (dont 120 000 seulement dans la ville-centre). Elle est marquée par une situation d’entre-deux territorial : ce n’est ni une métropole ni une simple ville moyenne environnée d’un pays rural ; ce n’est ni une centralité ni une périphérie marginale ; son économie prospère est fortement industrielle, à la fois ancrée localement et insérée dans les réseaux économiques mondiaux.

      Le modèle de développement bergamasque résiste aux grilles de lecture opposant de manière dualiste villes et campagnes, métropoles mondialisées et ancrage local, densité et dispersion. Il ne peut être qualifié de « périurbain », en raison de la vitalité de ses centres secondaires ; il est sensiblement plus dense que la città diffusa du nord-est de l’Italie, vaste région sans centre dominant parsemée de maisons individuelles et de petites entreprises (Indovina 1990) ; et son industrialisation est bien plus ancienne et ses entreprises plus grandes et plus robustes que ceux des « districts industriels » de l’Italie centrale (Rivière et Weber 2006).

      La population, en faible croissance depuis trois décennies, est moins âgée que la moyenne de la région. Un fort attachement territorial s’adosse à une faible mobilité géographique : environ trois quarts des habitants sont nés dans des municipalités voisines ou dans la région. Mais depuis l’après-guerre, le développement économique fulgurant a suscité une immigration de main-d’œuvre, notamment depuis l’étranger (environ 7 % de la population est d’origine étrangère en 2016). L’émergence de nouveaux besoins, liés notamment au vieillissement de la population (aides à domicile, soignants), a entraîné plus récemment une diversification des origines nationales des habitants.

      Une urbanisation par bandes linéaires

      Dans les communes de Alzano et Nembro, et en général dans la vallée Seriana, le bâti est dense [1], à peu près cinquante habitants par hectare (Lameri et al. 2016), mais entrecoupé de nombreux espaces ouverts, souvent des jardins avec des potagers, tandis que les champs interstitiels encore cultivés au début des années 2000 ont presque complètement disparu. Sur la bande d’en haut, les flancs des collines, les anciens pâturages, cèdent la place aux bois en expansion. À l’exception des centres-villes anciens, où les maisons sont adossées les unes aux autres tout au long d’une rue principale, les bâtiments sont presque toujours érigés sur des parcelles individuelles et organisées selon des bandes parallèles au fond de la vallée, dans un espace particulièrement étroit.

      L’urbanisation du territoire bergamasque témoigne d’un mélange de connaissances anciennes et de techniques récentes qui permettent de mettre en valeur chaque centimètre carré. Chaque maison exploite ainsi les plis des règles de construction et la pente de la vallée, sur la base d’un savoir local difficile à standardiser : un garage accessible depuis la rue du bas, la cour depuis celle située au-dessus, un étage supplémentaire sous les combles.

      Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses personnes ont restauré la cabane de leurs grands-parents dans la bande urbanisée près des pâturages et ont construit la maison de leurs enfants dans la bande inférieure, en investissant les fruits du travail industriel : c’est la génération qui était jeune pendant les trente glorieuses qui est aujourd’hui décimée par le virus, avec les conséquences dramatiques en matière de mémoire et de perte culturelle que l’on peut imaginer (Barcella 2020).

      Il ne s’agit donc pas d’une ville linéaire, mais d’une organisation urbaine par bandes linéaires. Les rues sont les repères de ce ruban urbain, qui fait l’effet d’un code-barres vu d’en haut : si vous le « coupez » perpendiculairement, vous y rencontrez en premier la zone habitée la plus ancienne, disposée tout le long de ce qui était autrefois la route romaine puis vénitienne ; en parallèle, se trouvent l’ancienne et la nouvelle route départementales, en alternance avec les fossés industriels du XIXe siècle.

      De la première mondialisation à la métropole régionale

      L’industrialisation commence au milieu du XIXe siècle : des protestants suisses et des industriels milanais trouvent dans la vallée des ressources en eau bon marché et s’approprient et complètent le réseau médiéval de canaux (Honegger fit l’histoire du textile, l’Italcementi celle du béton ; les usines de papier de Pigna, aujourd’hui propriété du groupe Buffetti, y ont déménagé en 1919 en provenance de Milan). Ces industries s’installent dans le lit majeur du fleuve et occupent l’autre rive, souvent inondée jusqu’au milieu du XXe siècle. Le coût environnemental de ce développement est considérable : destruction de terres agricoles, pollution croissante, exploitation de la nappe phréatique.

      Entre Nembro et Albino, on peut observer le cœur du système productif bergamasque : des centaines de petites et moyennes entreprises se juxtaposent et font travailler près de 4 000 employés. C’est un système totalement intégré dans les réseaux de production mondiaux : l’entreprise Acerbis, par exemple, transforme la matière plastique en réservoirs et composants pour motos ; Persico produit les coques des bateaux de la Coupe de l’America ; Polini Motori est spécialisée dans les kits de mise à niveau pour les cycles et les motos.

      Ces entreprises génèrent un trafic incessant de voitures et de camions qui encombrent l’ancienne route nationale de Val Seriana, l’autoroute qui relie Cene à Nembro et atteint Seriate, et l’autoroute qui relie Venise à Milan. Depuis 2009, un tramway relie la vallée à la gare de Bergame et transporte environ 13 000 passagers par jour.

      Le mode de vie y dépend donc autant du réseau familial organisé dans le voisinage, autour du palier ou de l’autre côté de la rue, que de l’enchevêtrement des autoroutes et des lignes aériennes qui traversent la région et mènent presque partout en quelques heures : Bergamo Orio al Serio est en effet le siège du hub italien de Ryanair et le troisième aéroport du pays, 17 millions de passagers par an et des liaisons avec le monde entier.
      Le système territorial bergamasque face au Covid-19

      L’hypermobilité (Verdeil 2020) est une des clés pour comprendre l’effet de la pandémie sur ces municipalités qui sont en même temps villageoises et métropolitaines : un exemple tragique est l’itinéraire de vacances d’un couple, elle d’Alzano, lui de Nembro, parti en vacances à La Havane le 29 février et terrassé par la maladie à Madrid le 19 mars (Nava 2020).

      Mais les contacts humains dépendent de nombreux autres facteurs, comme l’interdépendance (Baratier 2020) liée aux formes sociales et culturelles. En effet, la forme des établissements humains (la sociabilité, l’organisation spatiale, les institutions) a une influence importante, et la densité n’est plus la bonne mesure. Il semble que la sociabilité augmente les contacts sociaux qui répandent le virus, tandis que les nœuds infrastructuraux les démultiplient sur des échelles territoriales variées. Toutefois, les institutions de ces territoires n’ont aucune capacité de gouverner les effets croisés de ces différents facteurs. Du point de vue territorial, cette pandémie est une nouvelle manifestation de la discontinuité entre le politique et le territoire, qui s’était déjà manifestée bien avant le coronavirus.

      On pourrait même émettre l’hypothèse contraire, selon laquelle le modèle métropolitain est plus efficace dans la gestion de distances sociales et sa gouvernance plus résiliente face au risque de propagation liée à la sociabilité de province : les distances physiques sont mieux respectées, les institutions ont un accès privilégié aux réseaux mondiaux, et si les nœuds de transports y sont plus fréquentés, la mobilité des habitants des campagnes s’étale sur des échelles bien plus vastes.

      Comme nous ne disposons pas de données stabilisées, nous ne savons pas si la crise du virus s’ajoute à la déconnexion entre la sociabilité individualiste, les réseaux technologiques indifférents à l’environnement et les institutions, ou si elle est générée par cette déconnexion. Ce qui est certain, c’est que la région de Bergame additionne et multiplie les risques et les limites qui sont propres à la sociabilité paysanne, aux nœuds infrastructuraux urbains et aux institutions métropolitaines.

      Une fois l’urgence passée, cette crise devrait conduire à ouvrir une réflexion critique sur la gouvernance de ces territoires intermédiaires. L’examen des éléments proposés ci-dessus montre que la densité, la concentration, la promiscuité ne sont pas des indicateurs suffisants de l’uniformité du modèle de développement ; il indique également le rôle à multiples facettes des formations socio-territoriales.

      Si on doit reconnaître que le monde est urbain, comme l’a montré Henri Lefebvre, on peut sans doute questionner la métropole sans ignorer la variété de projets de métropolisation ou de rapprochement de la nature dans les différentes régions du monde. On n’a pas encore une explication exhaustive des causes de l’origine du virus, et encore moins de sa propagation : les hypothèses sous examen considèrent les déséquilibres environnementaux, les maladies pulmonaires, la capacité de réponse, les modèles de santé autant que la proximité et la distance physique. Tout résumer sous l’étiquette de métropolisation risque de ressusciter la mythologie des grandes explications, quand les spécificités des territoires réclament l’accompagnement des sociétés locales par l’étude et la compréhension de leur diversité.

      Bibliographie

      Angel, S., Parent, J., Civco D. L. et Blei, A. M. 2012. Atlas of Urban Expansion, Cambridge : Lincoln Institute of Land Policy.
      Bagnasco, A. 1994. Fatti sociali formati nello spazio : cinque lezioni di sociologia urbana e regionale, Milan : Franco Angeli.
      Baratier, J. 2020. « Pandémie, résilience, villes : deux ou trois choses que nous savons d’elles », Linkedin [en ligne], 29 mars.
      Barcella, P. 2020. « Cartolina da Bergamo. Perché proprio qui ? », La Rivista del Mulino, 2 mars.
      Barles, S. 1999. La Ville délétère, Ceyzérieu : Champ Vallon.
      Faburel, G. 2020. « La métropolisation du monde est une cause de la pandémie », Reporterre [en ligne], 28 mars.
      Indovina, F. 1990. La città diffusa, Venise : Quaderno Iuav-DAEST.
      Invernizzi, I. 2020. « Coronavirus, il numero reale dei decessi : in Bergamasca 4.500 in un mese », L’Eco di Bergamo, 1er avril.
      Lameri, M. et al. 2016. Trampiù : studio delle esternalita’ territoriali generate dall’ipotesi di prolungamento della linea tranviaria T1 da Albino a Vertova, Bergame : TEB.
      Nava, F. 2020. « Mancata zona rossa nella bergamasca : storia di un contagio intercontinentale, da Alzano Lombardo a Cuba, passando per Madrid », TPI, The Post International, 31 mars.
      Offner, J.-M. 2020. Anachronismes urbains, Paris : Presses de Sciences Po.
      Rivière, D. et Weber, S. 2006. « Le modèle du district italien en question : bilan et perspectives à l’heure de l’Europe élargie », Méditerranée, n° 106, p. 57-64.
      Verdeil, E. 2020. « La métropolisation, coupable idéale de la pandémie ? », The Conversation [en ligne], 9 avril.

      https://www.metropolitiques.eu/Pourquoi-Bergame-Le-virus-au-bout-du-territoire.html

    • Rethinking the city: urban experience and the Covid-19 pandemic

      Whilst the full effects of the Covid-19 pandemic are yet to be seen, the near-global lockdown of urban centres has been a jarring experience for city-dwellers. But how does the rapid spreading of the virus change our perception of the city? Here, Ravi Ghosh argues that these conditions prompts us to see the city differently, and sets us the urgent task of extending the right to the city to all its inhabitants.

      Whilst the full effects of the Covid-19 pandemic are yet to be seen, the near-global lockdown of urban centres has been a jarring experience for city-dwellers. The optimisation narrative has been stopped in its tracks. The speed, number, and efficiency of available urban experiences are now fixed somewhere close to zero. And even the things we do to escape this logic of urban gratification — to calm the pace of everyday life — are now increasingly unavailable; without culture, community, and recreation, people are beginning to wonder what they’re actually doing here, squashed into crowded cities across the world. But, as the peak of the pandemic approaches in many countries, there are more profound forces at play beyond just the individual’s loss of activity and communication.

      To be isolating in the city is to embody an agonising contemporary paradox: that, although the coronavirus is now moving rapidly through regions like New York State and London, the connectivity, medical resources, and infrastructure in these centres means that local health prospects may actually be higher than in less infected areas. Having already spread along the avenues of globalisation — holidaying, business travel, and international supply chains — the virus is now recreating a familiar Western narrative: that of the city under siege. Whether via cabinet-war-room style depictions of central government, or makeshift hospitals in the triangle of London, Birmingham, and Manchester, cities will inevitably emerge as defiant symbols of human endeavour and resilience, irrespective of the harm their cramped organisation may also have caused.

      But what of this desire for an active city? In Urban Revolution (1970), Henri Lefebvre uses a rough axis (marked from 0 to 100% urbanisation) to imagine the city space. It starts with the political city — marked by bureaucratic power — before progressing through mercantile and industrial phases. Postindustrial society is termed ‘urban’, at which point the city undergoes a process of ‘implosion-explosion’ as it approaches the end of the axis. This rampant expansion of the ‘urban fabric’ which Lefebvre describes will evoke nostalgia to anyone living in a major hub, but unable to enjoy it:

      the tremendous concentration (of people, activities, wealth, goods, objects, instruments, means, and thought) of urban reality and the immense explosion, the projection of numerous disjunct fragments (peripheries, suburbs, vacation homes, satellite towns) into space.

      For Lefebvre, these ideas were both a loose historical commentary and a starting point for his own socialist reimagining of ‘complete urbanisation’. This is apt given the current lockdown; the current pandemic may well be an acid test for society’s infrastructure and economic model. Watching from behind closed doors as they mobilise in tandem offers an historically unique, often painful perspective. Flaws are revealed gradually, and with great cost to human life. However painful these may be now, in time they could offer a unique opportunity to remake society with the lessons learned.

      Perhaps most relevant to our current situation is Lefebvre’s broad understanding of the urban fabric; he includes vacation homes, motorways, suburbs, and even countryside supermarkets in his definition. In normal circumstances, these structures are self-sustaining and peripheral, but what we see in the current crisis is the power of individuals to balloon the city by flocking to its fringes — often at the expense of fellow citizens. When movement is coded with infection, urbanisation suddenly becomes a form of domination. Under this kind of siege, it’s better to sit tight than to flee.

      It’s interesting to see this being acknowledged by some sections of the media, even if the socio-cultural consequences remain largely unexplored. The New York Times states that to make meaningful per capita comparisons for Covid-19 cases, its data focuses upon ‘metropolitan areas’ rather than cities or countries, as they more accurately account for ‘the regions where the virus might spread quickly among families, co-workers or commuters’. The statistics for the New York area therefore include nearby suburbs in Westchester, Long Island, and northern New Jersey. And although there’s no immediate way of determining whether people are moving out of necessity or choice, a fairly obvious distinction can be made between displaced workers moving from Delhi, for example, and those in prosperous Western centres — where movement is contingent on financial stability. The pushback against needless migration is mostly anecdotal, seen through viral images of angry placards in British seaside towns, and local news stories of overwhelmed health services. The pandemic has caused a retreat into the familiarity of nation states: not just in the literal sense of repatriation, but also as a means of civic organisation, internal governance, and statistical monitoring. What some call ‘de-globalisation’ reveals what we already know: that not all nations, governments, or health services are created equal — and that this applies to sub-national groupings too. Spatial inequality will play a huge role in determining the eventual death map of the pandemic.

      In such strangely out-of-time situations, what constitutes the normal is thrown into sharp relief. Activities normally taken for granted are judged by how easily they can be replicated while upholding their essential values — which in our current time usually means a relocation to the internet. What emerges is a familiar gulf between the professional and the social. Whereas for most office-based employees, work can continue with the assistance of specialised software, communications, and adaptable management structures, the integrity of social relationships suffers far more when human contact is removed.

      We feel an acute yearning for companionship, not just because we miss our friends more than we miss our bosses, but because for the most part, the means of reproducing social intimacy online are far inferior to those which ensure the fulfilment of economic roles. That video calling is the go-to for both spheres demonstrates this; it’s somehow the optimal social medium, but exists alongside far more complex tools within the work of work, especially in highly adapted corporate industries. The overlap is somewhat inevitable given that work needs a social element to function, but it’s still grimly remarkable that to evoke all the tenderness and multiplicity of friendships, the best we’ve come up with is drinking a beer while watching someone else do the same on our phones.

      It’s tempting to read the digitalisation of work as a direct transposition of the relations of production. This may be roughly the case, but in reality, there are obvious (and often welcome) differences between urban work culture and the current isolation, which speak to Lefebvre’s earlier ideas on ‘everyday life’ (not to mention that work has been at least partially online for decades). By theorising new forms of alienation within modernity — the unpaid labour of the daily commute, for example — Lefebvre in many ways anticipated common qualms about 21st century work life. These are familiar to us, now mostly expressed in the pithy, resigned idiom of being ‘chained to the desk’, ‘meetings that could be an email’, and the general exhaustion of 24/7 communications. The lockdown has stripped back many of these rituals, revealing that much of face-to-face professional life is made up of parade, gesture, formality, and convention — even if there is enjoyment to be found in the structure and atmosphere of the office. Doing more online, and crucially, from not-the-office may be a lasting result from the current changes.

      As William Davies has recently suggested, rather than viewing the pandemic as a crisis of capitalism, ‘it might better be understood as the sort of work-making event that allows for new economic and intellectual beginnings’. While this is not the dawning of Lefebvre’s ‘urban utopia’, conceiving of digitalisation as a form of urban progression does point to potential improvements in everyday life, even if the existing internet hierarchy hardly favours citizens. As Joe Shaw and Mark Graham from Oxford Internet Institute argue in a 2017 paper, in order to democratise the city space, we need to understand contemporary urbanisation “as a period where the city is increasingly reproduced through digital information’. They focus on Google’s ability to control the reproduction of urban space through features like maps and email: ‘this is a power to choose how a city is reduced to information, and to control the manner in which it is translated into knowledge and reintroduced to material everyday reality’. Companies are utterly dominant in this area, though the relocation of work and social relations to the digital space — coupled with an overdue revaluation of critical work, a recognition of the service industry’s precarity, and an increase in corporate responsibility — could provide a turning point for some urban hierarchies. The case for universal low-cost internet will be made with renewed urgency after the pandemic; access to accurate information has suddenly become a matter of life and death. If the oft-mentioned global solidarity outlasts the pandemic, then meaningful progress could be made against tech monopolies, resource inequality, and climate breakdown.

      For all the difficulties of the lockdown, it does refine our appreciation of what came before. Social existence is naturally incidental and unpredictable — there’s a kind of randomised joy borne of living amongst others. In the city, this effect is amplified. As Lefebvre says of the city’s streets, they are ‘a place to play and learn….a form of spontaneous theatre, I become spectacle and spectator, and sometimes an actor’. There’s certainly a romantic optimism here, but as isolation brings longing, the words feel ever sincerer. A recent Financial Times article contained an amusing vignette on an empty London:

      The bankers have disappeared and new tribes with different uniforms have taken over: builders in black trousers and dusty boots; security guards in high-vis jackets pacing outside empty lobbies; and trim young men and women in lycra running or cycling through the empty streets.

      The reality, of course, is that these people were always there; it’s just that not everyone notices them. The task beyond the pandemic will be extending this right to the city to all: remaking the structures of everyday life so that they empower all citizens, and harnessing digital urbanisation rather than existing at its mercy. Extending our current social contract — which shows we are prepared to live differently to protect the vulnerable — will be a powerful first step.

      https://www.versobooks.com/blogs/4648-rethinking-the-city-urban-experience-and-the-covid-19-pandemic

    • In Dense Cities Like Boston, Coronavirus Epidemics Last Longer, Northeastern Study Finds

      An analysis by Northeastern University researchers and colleagues finds that in crowded cities — like Boston — coronavirus epidemics not only grow bigger, they also tend to last longer.

      The paper, based on data from Italy and China, looks at how quickly an epidemic peaks depending on how crowded a location is.

      “In urban areas, we tend to see long, broad epidemics — for example, Boston,” says lead co-author Samuel Scarpino from the Network Science Institute at Northeastern. “And in comparatively more suburban or rural areas we tend to see sharp, quick, burst-y epidemics.”

      Scarpino says it’s key for Massachusetts to have uniform rules across the state, because movement from one area to another — say, from a town where restaurants are closed to one where they’re open — can help spread the virus. Here are some edited excerpts of our conversation, beginning with how he sums up the research just out in the journal Nature Medicine:

      Scarpino: What we report in the paper is that the structure of communities affects both the height and the duration of COVID-19 epidemics.

      Carey Goldberg: So more dense areas will have not just more cases, but a more prolonged course?

      Right. In urban areas, we’re likely to have larger outbreaks — in terms of total number, even in terms of percentage of the population — and they will be much longer, lasting weeks and weeks or months, as we’ve seen in Boston, New York City, London and many places around the world.

      However, in rural areas, or areas that have population structures that are much more tightly knit — as opposed to a looser collection of households in neighborhoods, as we have spread out across Boston — you get sharp, intense outbreaks. They can be overwhelming in terms of the resources available for caring for patients, and quite dramatic in terms of their effects on the population.

      Think about the outbreak in rural Maine that was sparked by a super-spreading event at a wedding, and how it quickly swept through the population.

      Why do these insights about community structure and its effect on transmission matter?

      In many rural areas that are at risk of these intense outbreaks, there’s much lower health care coverage and often, especially in the United States, a lot more complacency around mask-wearing and physical distancing. These areas are largely protected because they’re isolated. However, if cases show up — as we’ve seen in places like rural Maine — the outbreaks can be quite severe and rapid.

      Also, in the more dense areas, you’re going to have cases that move around throughout the population, throughout the different neighborhoods of the city. You’re going to have outbreaks go quiet in some areas, and then become louder in other areas.

      And this process can be very, very prolonged, and can make the types of intervention measures that you need to deploy either quite severe or quite complicated, because they have to be very specifically tailored to what’s happening at the really local level within the larger cities.

      So what does this mean for policy?

      Well, in related work we show that having policies that are different across a city can lead people to move out of their neighborhoods, to go to parks or to go to restaurants with different dining restrictions, or to go to venues with different limits on capacity. And that interacts with the structure of the city to spread the outbreak much more rapidly, kind of accelerating the pace and tempo of cases.

      So that really suggests that because the outbreak is going to be so long-lasting, you really either need to focus on driving it completely out or you need to have policies that will protect all of the places with lower rates of cases while intervening in a targeted way in the places with much higher rates of cases.

      So what you don’t want to do is put in tougher measures in hot-spots, because then you’re just going to drive people out to other places where they’re going to spread it even more.

      Exactly. In the state of Massachusetts, where we have the governor relaxing measures in a fairly extreme fashion in some areas and not in other areas, you are likely to have a situation where you’re just moving the infection around and putting other communities at risk.

      So having a more intermediate level of control that’s more uniformly distributed across space is much better epidemiologically.

      But that’s not what the state is doing.

      The state in many ways is really doing almost the opposite of what our paper suggests in terms of the ways in which you need to focus on controlling COVID-19, and also related work that shows this sort of patchwork of different policies really creates quite a bit of risk.

      It seems incredibly important to have hyper-local information, because in the structure you describe, the spread happens at the level of households or neighborhoods, and then you have just a bit of crossover to other places, and that’s how it just keeps going.

      That is the implication of our work and many other studies that show that COVID-19, from an epidemiological perspective, is an amalgamation of local transmission that’s happening in households, in restaurants, in occasional longer-distance transmission that moves it into new areas. So you need to have really hyper-localized information around where the cases are occurring and to find out where the cases are coming from.

      And that, unfortunately, is one of the things that we’re still not getting clear guidance on from the state: Where are the cases coming from? So that we can understand how we need to intervene.

      Without that data, we really aren’t armed with the right kinds of information to both stop the spread and to try and implement measures that will maximally control COVID-19 while having the least possible effects on our economic health, mental health and societal health.

      https://www.wbur.org/commonhealth/2020/10/06/coronavirus-lasts-longer-cities-boston

  • Banques et bâtiments publics incendiés : en Iran, la contestation s’attaque aux symboles du régime
    https://www.bastamag.net/Banques-et-batiments-publics-incendies-en-Iran-la-contestation-s-attaque-a

    Un temps éclipsé par les tensions avec les États-Unis, le soulèvement populaire a vite repris contre le régime iranien. Face à la censure de l’information, plusieurs membres du collectif « La Chapelle debout », qui suivent la situation de près, décrivent dans ce texte l’état de la mobilisation et la situation dans le pays. Ils en appellent à la solidarité avec les Iraniens et Iraniennes en lutte. Depuis l’élimination, le 3 janvier à Bagdad, du général iranien Qassem Solemaini, le monde entier craint une (...) #Débattre

    / #Luttes_sociales, #Solidarités_internationales, #Proche_et_Moyen_Orient, #Souveraineté_populaire, A la (...)