• Le #Cambodge surveille de près la construction d’une clôture à la #frontière

    Le Cambodge surveille la construction d’une #clôture_frontalière par la #Thaïlande à #Battambang, dénonçant une initiative unilatérale susceptible d’affecter la souveraineté et les accords de délimitation existants.

    Le gouvernement cambodgien a indiqué suivre de près la construction unilatérale par la Thaïlande d’une clôture le long de la frontière, dans la province de Battambang. Objectif affiché : s’assurer du respect de la #souveraineté et de l’#intégrité_territoriale du Cambodge, tout en rappelant que la délimitation entre les bornes 52 et 54 est déjà achevée.

    Un haut responsable cambodgien, ayant requis l’anonymat, a précisé que le segment frontalier situé entre les bornes 52 et 59, dans le district de #Kamrieng (province de Battambang), avait été finalisé et approuvé par les deux pays en mars 2008, avec une ligne frontalière définie de manière rectiligne.

    Des repères temporaires installés récemment

    Selon ce responsable, des groupes de travail conjoints ont procédé en novembre 2025 à des mesures sur le terrain et à l’installation de bornes temporaires, espacées de 50 mètres, afin de matérialiser précisément la ligne frontalière.

    « Concernant la construction de la clôture, les experts cambodgiens en matière de frontières surveillent et examinent attentivement la situation afin de garantir que les travaux entre les bornes 52 et 54 ne portent pas atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Cambodge », a-t-il déclaré.

    Un rappel des engagements bilatéraux

    Le responsable a également évoqué la position du Cambodge exprimée lors d’une réunion trilatérale tenue le 7 mai aux Philippines, réunissant le Premier ministre Hun Manet et son homologue thaïlandais Anutin Charnvirakul. Phnom Penh y a réaffirmé son engagement à appliquer strictement et intégralement l’accord de cessez-le-feu du 27 décembre, notamment son troisième point portant sur la poursuite sans délai de la délimitation des frontières.

    Des travaux côté thaïlandais relayés par les médias

    Ces déclarations interviennent dans un contexte de couverture médiatique en Thaïlande faisant état de la construction d’une nouvelle clôture le long de certaines portions de la frontière entre les deux pays, notamment dans la province de #Chanthaburi.

    Le média thaïlandais Khaosod rapporte que les travaux sont en cours entre les bornes 52 et 54, dans le district de #Pong_Nam_Ron, sur une distance d’environ 1 310 mètres à proximité d’un point de passage frontalier permanent. La clôture serait constituée de fondations en béton et de grillage métallique, pour une hauteur d’environ 170 centimètres.

    Une protestation officielle de Phnom Penh

    Début avril, le ministère cambodgien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a officiellement protesté contre cette construction, entamée selon lui le 2 avril. Phnom Penh considère ces travaux comme illégitimes, estimant qu’ils contreviennent au mandat de la Commission mixte de délimitation des frontières (JBC) et qu’ils affectent l’emplacement des bornes temporaires installées conjointement par les deux pays le 6 décembre.

    https://vietnam-aujourdhui.info/2026/05/12/le-cambodge-surveille-de-pres-la-construction-dune-cloture-a-la
    #murs #barrières

  • Et si les USA nous débranchaient : « Il faut repenser notre rapport à la technologie », analyse la présidente de l’April - L’Humanité - 2026-04-30

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12440180

    https://www.humanite.fr/social-et-economie/economie-numerique/et-si-les-usa-nous-debranchaient-il-faut-repenser-notre-rapport-a-la-techno

    Pour sortir de notre dépendance au numérique états-unien, remplacer un Google par un équivalent européen est voué à l’échec. Il faut penser d’autres modèles non prédateurs, à l’image du logiciel libre, nous explique Magali Garnero, présidente de l’April (Association pour la promotion du logiciel libre) et membre de Framasoft.

    Face à l’hégémonie des multinationales américaines (et chinoises) dévoreuses de nos données et privatrices de nos libertés, le logiciel libre est un levier essentiel pour reconquérir notre indépendance numérique, économique et démocratique. Mais cette indépendance ne se décrète pas du jour au lendemain, elle se construit par des choix politiques successifs, des questionnements technologiques et une éducation populaire au numérique. C’est pourquoi l’April se bat, depuis 1996, pour promouvoir et défendre le logiciel libre. Ce n’est pas qu’une question de code ou de licence : c’est un choix de société.

    En garantissant la liberté d’utiliser, d’étudier, de modifier et de partager les outils numériques, on brise les monopoles des acteurs privés sur nos infrastructures. Contrairement aux logiciels privateurs, où l’utilisateur est un simple consommateur captif, le libre place les personnes au centre, en leur redonnant le contrôle sur leurs matériels et leurs données. Cette autonomie est d’abord technique : avec un logiciel libre, une communauté, une entreprise ou un État peut adapter un outil à ses besoins spécifiques, sans dépendre de la bonne volonté d’un éditeur et en améliorant les compétences locales. Mais elle est aussi politique : en refusant l’opacité des algorithmes et la surveillance de masse, le libre permet de construire un numérique transparent et interopérable, où les décisions ne sont pas prises dans l’ombre de conseils d’administration lointains.

    On entend que, pour être souverain, « il faudrait un Google européen ». Est-ce faire fausse route ?

    Il est vrai que souhaiter une « licorne européenne », un champion capable de rivaliser avec les géants états-uniens, est une réponse récurrente face à la domination des géants de la big tech. Malheureusement, cette approche reproduit exactement les mêmes erreurs : centralisation, extraction de données, modèle économique de capitalisme de surveillance. La vraie alternative ne réside pas dans la création d’un nouveau monopole, mais dans la promotion d’un modèle sobre et respectueux des droits fondamentaux.

    Le logiciel libre, couplé à des formats ouverts et à des infrastructures décentralisées (les réseaux partagés ou les clouds autohébergés), offre une voie crédible. Ce modèle permet de réduire l’empreinte écologique du numérique, en évitant les data centers surdimensionnés et les algorithmes énergivores. Il favorise aussi la résilience : en distribuant les données et les services, on limite les risques de censure arbitraire ou de panne généralisée.

    Quel rôle les services publics et la commande publique devraient-ils jouer à ce sujet ?

    Les services publics ont une responsabilité majeure dans la construction de cette autonomie numérique. En tant que premiers financeurs et utilisateurs de solutions logicielles, ils doivent orienter le marché vers des solutions libres et interopérables. La commande publique doit systématiquement privilégier les logiciels libres, non seulement pour des raisons économiques (éviter les surcoûts de licence, les dépendances), mais aussi pour garantir la pérennité des données et la transparence des algorithmes.

    Des exemples positifs existent : la gendarmerie nationale française bénéficie d’une distribution personnalisée, la ville d’Échirolles prône une utilisation raisonnée des ressources informatiques et l’État français propose un catalogue de logiciels libres à son administration et, plus récemment, un espace de travail ouvert et souverain pour les agents de l’État, LaSuite numérique.

    Est-ce qu’une volonté politique peut suffire si on ne change pas les outils que nous utilisons au quotidien ?

    Des projets comme le « cloud souverain » français, s’ils sont louables dans leur intention, restent souvent limités par l’absence de réflexion sur les usages. À quoi bon héberger des données en France si les agents publics continuent d’utiliser Outlook ou Gmail, divulguant ainsi des informations privées ou professionnelles ? À quoi bon légiférer si des ministères (Éducation, Armée, Santé) signent des contrats avec Microsoft ou Amazon ? La transition vers le logiciel libre ne se fera pas seulement par décret. Elle nécessite un travail d’éducation populaire pour apprendre à utiliser ces logiciels qui offrent la plupart des fonctionnalités dont nous avons besoin.

    Leur ouverture est un gage de qualité, de sécurité et de liberté. Il faut aussi combattre l’idée que le numérique ne peut être que centralisé et marchand. D’autres solutions existent : des messageries instantanées comme Tchap ou Element basées sur le protocole Matrix, des suites bureautiques comme LibreOffice, des gestionnaires de courriel comme ceux proposés par l’initiative Démailnagement, des espaces partagés par l’association Framasoft, des services en ligne hébergés par les membres du collectif Chatons, le navigateur Firefox pour surfer sur le Web, des cartes libres maintenues par OpenStreetMap, des encyclopédies comme Wikipédia… Tous ces outils, souvent plus sobres et plus respectueux, prouvent qu’un autre numérique est possible. Celui du partage et de l’entraide.

    Avec des réseaux sociaux qui, non seulement, vendent leurs utilisateurs aux annonceurs, mais poussent aussi du contenu d’extrême droite, n’y a-t-il pas une vraie urgence ?

    Oui, il est urgent de questionner notre rapport aux réseaux sociaux et aux plateformes. La vie en ligne ne doit pas se réduire à une succession de contenus algorithmiquement imposés, toxiques ou addictifs. Le libre permet de repenser nos usages : des réseaux sociaux fédérés, des espaces de discussion autogérés, des outils qui ne nous traitent pas comme des produits, mais comme des personnes respectables. Car le numérique n’est pas neutre. Il peut être un outil d’émancipation, mais aussi un vecteur de surveillance, de manipulation et de contrôle.

    Les dérives autoritaires, la montée des discours fascisants, la concentration du pouvoir entre les mains de quelques milliardaires nous rappellent l’urgence d’agir. Le logiciel libre, parce qu’il permet de reprendre le contrôle sur nos outils, est une réponse à ces menaces. Il ne s’agit pas seulement de remplacer un outil par un autre, mais de repenser notre rapport à la technologie. Un numérique éthique, c’est un numérique libre, donc accessible et transparent. Où les données ne sont pas une marchandise, mais un bien commun. Où la technique est au service de la personne, et non l’inverse.

    #politique #souveraineté #numérique #GAFAM
    #logiciel_libre

  • #Mégabassines, #data_centers : « La guerre contre l’#eau s’est intensifiée »

    Dans le livre-enquête « Les Assoiffeurs », les journalistes Nicolas Celnik et Fabien Benoit montrent comment certains acteurs privés accaparent, avec la bénédiction de l’État, une ressource de plus en plus rare et de plus en plus polluée.

    DepuisDepuis dix ans, un tiers du territoire français subit des restrictions d’eau et le pays vit désormais au rythme d’épisodes de sécheresse toujours plus longs et plus intenses. Qui demain aura accès à l’eau ? De quelle qualité ? Depuis les années 1980, près de 14 000 captages d’eau potable ont dû fermer en raison de taux de pollution aux pesticides trop importants. Et le scandale de la contamination massive aux PFAS ne fait que commencer…

    À Sainte-Soline, les militants en lutte contre l’accaparement de l’eau par le modèle agricole productiviste ont reçu pour toute réponse du gouvernement un déluge de grenades.

    Dans une enquête fouillée, les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik montrent comment certains acteurs privés, des producteurs de maïs aux promoteurs de data centers, font main basse sur l’eau, avec la bénédiction de l’État.

    Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (Les Liens qui libèrent, 2026) pointe comment certains comptent aussi capitaliser sur la raréfaction de la ressource et sur les inquiétudes concernant la santé. Entretien.

    « Mediapart » : La loi d’urgence agricole qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 mai comporte un important volet sur l’eau. Une fois de plus, le gouvernement veut « sécuriser » l’accès à l’eau pour les agriculteurs et agricultrices irrigant·es, au détriment des autres usagers et usagères, en favorisant notamment la construction de mégabassines.

    Fabien Benoit : On a beaucoup parlé de guerre de l’eau, notamment autour des bassines. Pour nous, il y a surtout une guerre contre l’eau, c’est-à-dire contre cette ressource, pour l’accaparer, pour l’abîmer. Cette loi d’urgence agricole en est un nouvel épisode. Si on met d’ailleurs bout à bout la loi d’orientation agricole qui consacre l’intérêt majeur de l’agriculture, les arrêtés sécheresse qui exonèrent régulièrement les plus gros accapareurs de l’eau, et la révision de la directive-cadre eau européenne qui est sur la table…, on se rend compte que cette guerre contre l’eau s’est intensifiée, au détriment de sa qualité, de sa disponibilité.

    Nicolas Celnik : Il y a dans ce projet de loi deux articles qui entrent en résonance avec notre enquête : l’article 6, qui prévoit que le préfet puisse déroger aux schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) pour des projets d’ouvrage de stockage de l’eau, et l’article 5, qui rend facultative la consultation publique pour construire une bassine. Cela correspond à ce que le chercheur Sylvain Baron appelle la « préfectorialisation de la politique de l’eau ». C’est la volonté de donner aux préfets des moyens de contourner cette démocratie locale de l’eau, qui est certes imparfaite, mais qui reste une expérimentation démocratique vraiment intéressante. Là, on assiste à une « reverticalisation » des politiques de l’eau au nom des intérêts économiques.

    Vous montrez bien dans votre livre comment ceux que vous appelez les « assoiffeurs » parviennent à s’affranchir du droit commun pour faire main basse sur la ressource.

    N. C. : Nous avons cherché à comprendre les stratégies des grands acteurs économiques (agriculture, data centers, embouteilleurs…) qui s’assurent qu’ils bénéficieront de réserves d’eau, même dans des situations de tension sur la ressource. Leur travail de lobbying a été, effectivement, de normaliser des situations d’exception. Alors qu’il existe en France une hiérarchie des usages de l’eau qui priorise la santé humaine, puis les écosystèmes et enfin les enjeux économiques, être parvenu à imposer l’agriculture comme « d’intérêt général majeur » dans la loi inverse cette hiérarchie. On normalise le fait qu’en cas de sécheresse, l’activité économique vaut autant que la préservation de l’environnement. Une mégabassine est présumée dans la loi Duplomb d’intérêt général majeur.

    F. B. : Et quand on parle de « l’agriculture qui a besoin d’eau », il faut rappeler quelques ordres de grandeur. L’agriculture représente 60 % de la consommation d’eau douce en France, 92 % de cette eau-là va à l’agriculture irriguée. Et les surfaces irriguées en France, c’est 7 à 8 % des surfaces. Donc, 93 % du monde agricole n’a pas besoin de beaucoup d’eau. Ce n’est pas « l’agriculture » qui a besoin d’énormément d’eau mais un certain modèle agro-industriel qui produit de la céréale, dont en bout de chaîne 7 % environ sert finalement à l’alimentation humaine.

    Vous dites que c’est la répression des manifestant·es de Sainte-Soline contre les mégabassines qui vous a donné l’envie de faire ce livre. Pourquoi ?

    F. B. : L’usage extrême de la violence pour réprimer des militants qui défendaient l’eau comme un patrimoine commun, ce qui est inscrit dans la loi, nous a effectivement frappés. L’idée d’accaparement de l’eau était au cœur de cette mobilisation et cela nous a conduits à nous interroger sur les acteurs qui aujourd’hui accaparent cette ressource avec le soutien de l’État.

    N. C. : Concernant l’agriculture, c’était intéressant d’essayer d’enquêter sur le fonctionnement de ce petit monde du lobbying de la FNSEA. Le principal syndicat agricole a un groupe dédié spécialement au lobbying sur la production du maïs, et ce lobby a son propre lobby interne spécialement dédié à l’irrigation du maïs. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de beaucoup d’eau pour le maïs, et en particulier au pic de chaleur, parce que c’est une plante tropicale.

    Ils ont travaillé à diffuser l’idée, notamment dans les médias, qu’il fallait absolument stocker l’eau d’hiver pour l’été parce que sinon l’eau « partirait à la mer ». En fait, d’après les compréhensions du cycle de l’eau, il est au contraire important de laisser l’eau s’infiltrer dans la terre, être stockée dans des zones humides, comme l’expliquent les hydrogéologues. Le lobbying de la FNSEA a aussi consisté à faire travailler le concept de « souveraineté alimentaire », qui signifiait initialement la capacité de manger ce qu’on produit, et qui désigne à présent la capacité de choisir vers qui l’on exporte notre production. Au nom de la « souveraineté alimentaire », on soutient les producteurs de maïs qui exportent pour nourrir le bétail.

    Et vous montrez aussi comment désormais la transition écologique – avec le besoin d’électrifier les usages – sert aussi de prétexte à sécuriser l’accès à l’eau pour les industriels des semi-conducteurs ou des data centers.

    F. B. : Oui, parce qu’on a une transition écologique qui est carbo-réductionniste, c’est-à-dire qui s’intéresse uniquement aux émissions de CO2, en occultant tout le reste. Et, effectivement, l’électrification, comme le numérique, implique une course aux métaux, ce qui veut dire des besoins colossaux en eau.
    C’était important pour nous de déconstruire certaines idées reçues, notamment celle d’une « transition écologique et numérique ».

    Comme si, en soi, le numérique était synonyme de mieux-disant écologique. C’est absolument faux et c’est le fruit d’un récit, forgé depuis des décennies, pour nous faire croire que le numérique s’affranchirait de la matière et de la pression sur les écosystèmes.

    En réalité, depuis les mines, en passant par la production de semi-conducteurs, le fonctionnement des data centers, jusqu’à tous les appareils numériques qu’on a entre nos mains, on a un continuum qui demande beaucoup, beaucoup de matières premières et, à chacune des étapes, énormément d’eau. À un moment, ce n’est plus soutenable.

    Face à ce secteur-là qui est dans une croissance exponentielle, notamment en raison du développement de l’intelligence artificielle (IA), il y a une forme de gouffre hydrique qui se présente devant nous. Il faut se rappeler que le secteur des data centers, c’est 30 % de croissance par an. Aux États-Unis, on construit plus de data centers que de bureaux. Là, le côté systémique est intéressant, car qui pointe le bout de son nez dans cette équation-là ? Ce sont les acteurs industriels de l’eau, qui disent : « Vous n’y arrivez pas, mais on peut vous construire une usine de désalinisation, on peut produire de l’eau pour vous. »

    Effectivement, vous le montrez bien, plus la ressource en eau est dégradée, plus il y a un marché.

    N. C. : Oui, ce sont des sortes d’intérêts bien compris où le secteur des technologies de dépollution de l’eau devient l’acteur qui permet aux autres leur forme d’accaparement. Sans ces « solutions » de traitement de l’eau de plus en plus complexes et chères, on serait obligés de se demander justement comment on utilise l’eau, comment on se la partage. En somme, de questionner les usages de l’eau.

    Là-dessus, nous racontons comment des géants de l’eau comme Veolia, Suez et d’autres, qui faisaient leur business en distribuant l’eau dans les villes, ont été obligés de revoir leur modèle, prenant acte d’un mouvement de remunicipalisation (à la suite de nombreux scandales financiers notamment). Ils se présentent depuis une dizaine d’années comme des champions de la « transition écologique » et de la dépollution. D’après leurs déclarations aux investisseurs, leurs clients ne sont pourtant pas les usagers individuels, vous et moi, qui avons besoin d’eau pure au robinet : leurs principales cibles commerciales sont les infrastructures industrielles, comme les data centers ou les usines de semi-conducteurs, qui ont besoin d’eau très pure pour ne pas corroder leurs équipements, etc.

    Ces procédés sont aussi extrêmement énergivores et ont des effets délétères sur les écosystèmes. L’eau relève d’enjeux éminemment locaux. Ce qui est prélevé ici ne peut pas être compensé en remplissant une nappe à l’autre bout du pays. Et puis derrière, quid de tous les autres effets de l’extraction minière, sur la biodiversité, sur la destruction des terres arables qu’on utilise pour alimenter cette machine ?

    F. B. : Ce solutionnisme technologique est un autre nom pour le business as usual et la destruction du vivant. La réutilisation des eaux grises, qui semble être du bon sens, c’est une façon de ne pas questionner les usages, de les pérenniser, et c’est de l’eau qui n’est pas rendue aux milieux. Donc, cela portera atteinte à la bonne santé des écosystèmes.

    Et puis, on peut dérouler le même raisonnement sur la désalinisation, qui répond à la même logique, avec toujours des conséquences très lourdes d’un point de vue écologique. L’impensé, c’est celui des interdépendances. On ne peut pas traiter le sujet de l’eau isolément, sans traiter celui de la biodiversité, de la santé des milieux, de la santé humaine. Alors que dans le débat public, dans les discours politiques, le sujet a tendance à être traité de manière uniquement technique, comme une question de flux, de stocks. Les industriels de l’eau parlent de « produire de l’eau », comme si on pouvait en fabriquer de toutes pièces, ce qui est complètement inepte.

    L’eau en bouteille a historiquement construit son modèle économique sur celui de la santé. Les industriels ne voient pas d’un mauvais œil l’inquiétude grandir sur la qualité de l’eau.

    F. B. : Le risque avec l’eau en bouteille, deux mille fois plus énergivore que l’eau du robinet, c’est que cela devienne effectivement une réponse de marché à un problème public, qui est celui de la qualité de l’eau. Et en même temps, l’industrie de l’embouteillage a subi quand même des revers, des polémiques qui font que la pureté supposée des eaux en bouteille en a pris un coup. Un doute est en train de se diffuser autour des eaux en bouteille, avec, évidemment, le cas emblématique de Nestlé, mais pas uniquement.

    Et il y a tout ce qu’on ne veut pas voir quand on parle de qualité de l’eau au sens large, qu’il s’agisse de l’eau en bouteille ou du robinet. Il y a plein de choses qu’on ne tente pas de détecter. Sur la question des PFAS, c’est particulièrement interpellant. On se rend compte qu’on contrôle 20 PFAS depuis janvier 2026, alors que l’EPA américaine parle de 14 000 variétés de PFAS ou qu’une autre agence américaine évoque plutôt 2 millions. Il y aurait sans doute une panique morale totale si on commençait à essayer de détecter tout ça.

    N. C. : Face aux pollutions au PFAS, aux pesticides, on se dit : soit on boit de l’eau en bouteille, soit on « maxifiltre » l’eau qui va arriver au robinet. Et c’est ce qu’on voit en Île-de-France avec le projet du Syndicat des eaux de la région, qui est un projet à 1 milliard pour avoir de l’eau potable pour une partie des communes d’Île-de-France, dont Paris ne fait pas partie. Ce projet mise très majoritairement sur le traitement, alors qu’il serait entre cinq et dix fois moins cher de prévenir plutôt que guérir, d’après certaines études. La régie publique Eau de Paris, par exemple, a essayé de passer des pactes avec les agriculteurs pour avoir moins d’épandage de pesticides, donc ils peuvent se permettre de mettre en place des solutions de traitement moins coûteuses.

    Mais certains y trouvent leur compte. L’entreprise DuPont, qui est une grande émettrice de PFAS, est la même qui vend des membranes de filtration des PFAS pour potabiliser l’eau. Water Europe, qui est le lobby européen des entreprises de traitement de l’eau, dont Suez-Veolia et autres, demande à la Commission européenne 255 milliards sur cinq ans, juste pour investir dans ces technologies de traitement. Il y a un risque de système à deux vitesses, entre les grandes métropoles qui pourront investir dans ces systèmes très coûteux de dépollution de l’eau et des communautés de communes rurales pour lesquelles ce sera beaucoup trop cher.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/080526/megabassines-data-centers-la-guerre-contre-l-eau-s-est-intensifiee
    #centres_de_données #guerre_de_l'eau #privatisation #rareté #pollution #sécheresse #eau_potable #pesticides #PFAS #Sainte-Soline #accaparement #guerre_contre_l’eau #agriculture #préfectorialisation #démocratie #démocratie_locale #reverticalisation #économie #intérêts_économiques #lobbying #santé #écosystèmes #intérêt_général_majeur #loi_Duplomb #irrigation #industrie_agro-alimentaire #répression #résistance #violence #FNSEA #maïs #cycle_de_l’eau #souveraineté_alimentaire #élevage #bétail #transition #numérique #matières_premières #IA #AI #intelligence_artificielle #data_centers #centres_de_données #dépollution #Veolia #Suez #business #remunicipalisation #municipalisation #semi-conducteurs #énergie #techno-solutionnisme #eaux_grises #désalinisation #interdépendances #biodiversité #eau_en_bouteille #Nestlé #qualité #qualité_de_l'eau #pesticides #business #DuPont #filtration #Water_Europe

    • Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau

      Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline, un déluge de grenades s’abat sur les manifestants. Plusieurs personnes restent à terre. Deux tombent dans le coma. Marqués par cet épisode, Fabien Benoit et Nicolas Celnik se lancent dans une vaste investigation et découvrent que les mégabassines ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

      Ils livrent ici les résultats de leur enquête, menée sur plus de deux ans, sur ces entreprises qui ont fait main basse sur l’eau, ces « assoiffeurs » qui ont privatisé ce bien commun et prévoient désormais de tirer profit de la pénurie qui s’annonce, avec le soutien de l’État.

      Cet ouvrage entend mettre à jour les stratégies et plans pensés par ces entreprises pour accroître encore leur emprise en faisant appel au solutionnisme technologique, qui nous enserre collectivement et nous empêche d’enclencher une véritable discussion politique et démocratique sur le partage de l’eau.

      Du lobbying en faveur des mégabassines aux efforts des grands acteurs du numérique pour masquer leur consommation d’eau, en passant par les manœuvres des producteurs de PFAS pour vendre des solutions dépolluantes à des prix exorbitants, ce livre-enquête révèle l’ampleur du dévoiement de la « démocratie de l’eau à la française », court-circuitée par des collusions politiques et jeux de pouvoir.

      https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Les_Assoiffeurs-9791020923691-1-1-0-1.html
      #livre

    • et Veolia c’est qui ? c’est Bolloré.
      Et quels sont les députés qui ont refusé de laisser les premiers m3 d’eau gratuits aux pauvres ? c’est les députés fachos, oups les nazis, oups les députés du parti fondé par des nazis.
      A Toulouse ils te collent du Eau-Toulouse-Metropole mais en fait derrière c’est Véolia Bolloré. Du Moudenc tout craché. Et l’eau est devenue plus cher l’été, tour de passe passe.

  • Ibrahim Traoré n’est pas #Thomas_Sankara
    https://lvsl.fr/ibrahim-traore-nest-pas-thomas-sankara

    Acclamé comme l’artisan d’une rupture avec l’ordre néocolonial, Ibrahim Traoré engage au #Burkina_Faso une politique de reprise en main des ressources et de redéfinition des alliances régionales. Dans le même mouvement, le pouvoir resserre son emprise, dissout partis et organisations, enrôle journalistes et militants. Sa mise en scène panafricaine s’accompagne d’une référence omniprésente à l’icône révolutionnaire Thomas Sankara (1983-1987), qui brouille la compréhension des enjeux du Burkina Faso contemporain.

    #International #FCFA #Ibrahim_Traoré #Sankara_Traoré #souveraineté

  • L’extrême droite européenne toujours plus vassalisée par Washington
    https://lvsl.fr/lextreme-droite-europeenne-toujours-plus-vassalisee-par-washington

    Habituellement champions autoproclamés de l’intérêt national, les partis d’extrême droite européens affichent aujourd’hui un soutien inconditionnel à la nouvelle #guerre menée par les États-Unis et #Israël. Alors qu’ils choisissent la vassalité, ce sont les forces pacifistes qui se révèlent être les véritables défenseurs de la souveraineté.

    #International #Donald_Trump #Etats-Unis #Extrême-droite #Iran #Italie #Meloni #Nethanyahou #paix #souveraineté

  • #la_suite numérique de l’État : critique des critiques
    https://framablog.org/2026/03/19/la-suite-numerique-de-letat-critique-des-critiques

    Framasoft prend rarement #position sur la politique numérique de l’État. La dernière fois où nous l’avions fait, c’était il y a 10 ans, en 2016, dans un article intitulé « Pourquoi #Framasoft n’ira plus prendre le thé au Ministère de l’Éducation … Lire la suite­­

    #Enjeux_du_numérique #G.A.F.A.M. #Logiciel_libre #Outils_émancipateurs #Commun_numérique #dinum #docs #Etat #histoire_de_l'informatique #lasuite #Logiciel #souveraineté_numérique #tchap

  • European companies tell European Union what American tech companies have been trying to: We are not truly in the position to ... | - The Times of India
    https://timesofindia.indiatimes.com/technology/tech-news/european-companies-tell-european-union-what-american-tech-companies-have-been-trying-to-we-are-not-truly-in-the-position-to-/articleshow/129609252.cms

    A European carmaker also said moving away from existing infrastructure would require additional time and investment. Many European companies, especially those with international operations, have built their digital systems on US platforms. According to businesses and industry experts, replacing those systems would involve retraining employees, rewriting software, renegotiating contracts, and managing operational disruptions. Several companies also say comparable European alternatives remain limited.Multinational companies have spent decades building their processes, productivity, and “sometimes even their business model on tech bricks that come from the US,” said Francesca Musiani of the French National Centre for Scientific Research.She noted that private companies find it harder to justify decisions based on sovereignty or national security if the alternatives increase costs or reduce performance. “They are in a global competition logic where any operational slowing down can be translated into losing market share,” Musiani added.

    #Souveraineté #Francesca_Musiani

  • L’administration fiscale dit non à #Microsoft et choisit #Linux !
    https://www.generation-nt.com/actualites/fisc-choisit-linux-abandonne-windows-2072130

    La Direction générale des Finances publiques (#DGFiP) accélère sa rupture avec l’écosystème Microsoft. Loin d’être un simple effet d’annonce, l’#administration #fiscale envisage très sérieusement une #migration de ses #postes de travail de #Windows vers Linux. Une décision radicale pilotée par son #DSI Tomasz Blanc, qui vise à renforcer sa #souveraineté, prolonger la vie de son matériel et parachever une stratégie #open-source initiée il y a vingt ans.

  • The Looming Taiwan Chip Disaster That Silicon Valley Has Long Ignored - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2026/02/24/technology/taiwan-china-chips-silicon-valley-tsmc.html

    Un long et très intéressant article sur les questions d’autonomie stratégique (ce que d’aucuns appellent souveraineté numérique). Il n’y a pas que l’Europe qui est inter-dépendante.

    Federal officials have for years tried to wean Silicon Valley from its dependence on Taiwan, an island democracy roughly the size of Maryland that makes 90 percent of the world’s high-end computer chips.

    In secret briefings held in Washington and Silicon Valley, national security officials warned executives from companies like Apple, Advanced Micro Devices and Qualcomm that China was making plans to retake Taiwan, which Beijing has long considered a breakaway territory. A Chinese blockade of Taiwan, the officials said, could choke the supply of computer chips made on the island and bring the U.S. tech industry to its knees.

    Two presidents have tried persuading the industry to change. President Joseph R. Biden Jr. offered financial grants worth billions to improve the domestic production of chips. After that didn’t work, President Trump threatened billions in tariffs to essentially accomplish the same thing.

    But warnings, gifts and threats have made little difference. The U.S. tech industry has stubbornly refused to shift where it gets most of its chips, which power things like smartphones, laptops and the giant data centers that run artificial intelligence.

    Now, there is increasing concern that inaction by some of Silicon Valley’s most important companies risks destabilizing the global economy. Those worries, drawn into focus by recent live-fire drills conducted by the Chinese military in waters surrounding Taiwan, have prompted dire warnings from White House officials.

    “The single biggest threat to the world economy, the single biggest point of single failure, is that 97 percent of the high-end chips are made in Taiwan,” Treasury Secretary Scott Bessent said last month at the World Economic Forum in Davos, Switzerland, slightly overstating industry estimates. “If that island were blockaded, that capacity were destroyed, it would be an economic apocalypse.”

    #Souveraineté_numérique #Autonomie_stratégique #géopolitique #Inter-dépendance

  • Souveraineté numérique : entre protection de l’identité et tendances autoritaires
    https://journals.openedition.org/ticetsociete/10599

    La notion de souveraineté numérique s’est imposée au cours de la deuxième décennie du XXIᵉ siècle en réaction aux critiques croissantes de la mondialisation et à l’aggravation des inégalités sociales et économiques. Les déséquilibres dans la répartition des richesses, l’intensification des tensions internationales, la montée du populisme nationaliste et les crises migratoires ont favorisé l’essor de discours protectionnistes, en particulier dans les sphères économique et sécuritaire. Les concepts de déglobalisation (Bello, 2003) et de démondialisation (Sapir, 2011) ont ainsi gagné en visibilité, parfois instrumentalisés par des régimes autoritaires pour invoquer le principe de souveraineté accolé à « l’ordre westphalien », fondement des relations internationales depuis le XVIIᵉ siècle reposant essentiellement sur la non-ingérence dans les affaires internes d’un État et la reconnaissance de l’autorité étatique sur un territoire donné. Progressivement, les enjeux liés à la souveraineté industrielle et alimentaire, puis avec la pandémie de Covid-19, à la souveraineté vaccinale, se sont inscrits dans les priorités de partis politiques aux orientations diverses, y compris les plus populistes. C’est dans le sillage de ces transformations que la souveraineté numérique s’est vite propagée aux quatre coins du globe, chaque force ou régime politique lui attribuant une signification spécifique selon ses intérêts et ses stratégies.

    #Souveraineté_numérique #Indépendance_numérique

  • Internet va-t-il exploser ?

    Xavier de la Porte explore la transformation radicale de l’Internet russe depuis les années 2010, avec l’éclairage de Francesca Musiani, chercheuse au CNRS. Cette analyse révèle comment la Russie a progressivement isolé son Internet du reste du monde au nom de la « souveraineté numérique ».

    Jusqu’au début des années 2010, l’Internet russe était comparable aux modèles occidentaux, caractérisé par une forte dynamique entrepreneuriale. Des plateformes comme VKontakte (créé en 2006) et le moteur de recherche Yandex (1997) témoignaient de cette vitalité. Le basculement s’opère avec les manifestations de décembre 2011 contre le régime de Poutine, organisées notamment via les réseaux sociaux. Face à cette contestation, le pouvoir prend conscience du potentiel subversif d’Internet et engage une reprise en main méthodique. Comme l’explique Francesca Musiani, cette prise de conscience est double : défensive pour se protéger d’Internet, mais aussi offensive pour en faire un outil de contrôle.

    Titre un peu piège à clics mais 3 épisodes intéressants qui font le lien entre la stratégie de repli sécuritaire russe et la souveraineté numérique européenne.

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/serie-internet-va-t-il-exploser

    #Xavier_de_la_Porte #internet #securitaire #souveraineté_numérique #Russie #podcast

  • #transition_écologique : contre l’inaccessible #Autonomie_locale, réhabiliter l’échelle nationale
    https://lvsl.fr/transition-ecologique-contre-linaccessible-autonomie-locale-rehabiliter-lechell

    La notion de « retour à la localité » est un élément récurent du discours politique. Pour les tenants de cette vision, l’enjeu serait de revenir à un approvisionnement local pour notre consommation quotidienne : alimentation, vêtements, matériaux de construction, produits du quotidien. Et pour bien des mouvements écologistes, réaliser « l’autonomie des territoires » est un mot d’ordre peu contesté. Pourtant, cet horizon s’inscrit en faux avec la réalité d’une très forte interdépendance nationale. Qui, défaite, ouvrirait la voie au marché globalisé plutôt qu’à « l’autonomie des territoires ». Entre un échelon local où peu de choses sont produites et un échelon global où rien ne peut l’être démocratiquement, l’échelon national est-il injustement décrié par les tenants de la transition écologique (...)

    #Uncategorized #Écologie #Les_armes_de_la_transition_écologique #Les_enjeux_du_rail #Stratégies_industrielles_et_de_défense #échelle_nationale #Localisme #nation #résilience #souveraineté

  • The fake Saudi prince who fooled a nation’s elite
    https://www.ft.com/content/7301398d-4bfc-4411-a542-2fc73ddb14c9

    Hours before Lebanon’s parliament voted for a new prime minister last year, a group of MPs received a call from a mysterious Saudi prince.

    Over speakerphone, the royal warned the bloc against nominating incumbent Najib Mikati, saying these were “instructions from the Saudi royal court”.

    The MP who took the call told his colleagues he often spoke to the prince, according to Ahmed al-Kheir, one of the parliamentarians present.

    It was an effective intervention, according to Kheir, helping convince some of the group to change their votes in favour of Nawaf Salam, who went on to win and become prime minister. (Salam would have won regardless.)

    But the man on the phone was no Saudi royal. Rather, officials and lawyers claim, he was an impoverished, 40-something auto repair worker from northern Lebanon who, at the behest of a powerful local sheikh, pulled off an audacious political scam that has stunned the country.

    […]

    “The Abu Omar case exemplifies how much the political elite have surrendered to the decisions of foreign powers: they’d do anything just by hearing the Saudi accent,” said Sami Atallah, founding director of Beirut-based The Policy Initiative think-tank.

    “They’re so desperate for signals and nudges from their benefactors that they’re not even verifying that information, let alone challenging or questioning it.”

    • Comme il s’agit de « notre camp » (celui des Européens, des Américains et des Israéliens), l’article est construit de cette façon :
      – on ne donne des noms de personnalités sunnites concernées par l’escroquerie qu’à la toute fin, mais en se focalisant sur les aspects anecdotiques, voire amusants (l’accent, l’origine sociale du gars, la curiosité de demandes très locales…), mais en n’interrogeant pas ces députés pour savoir si c’est habituel, pour eux, de voter en fonction des ordres de la famille royale saoudienne, et quelles décisions politiques ils ont prises réellement en fonction des ordres de l’individu en question ; par exemple, l’article commence par indiquer que des députés sunnites ont changé leur vote lors de l’élection présidentielle, mais ensuite on ne cherchera jamais à savoir qui sont ces députés ;
      – quand on aborde le problème de la dépendance aux puissances étrangères, c’est explicité par des activistes des droits civiques (notamment Sami Atallah, du LCPS), mais l’article prend bien soin d’en faire un problème général qui touche tous les camps ; alors qu’ici, c’est clairement un camp qui est pris en flagrant délit. Il n’y a d’ailleurs aucune citation d’un opposant de ce camp-là pour savoir ce qu’il en penserait.

      C’est classique :
      – quand ça touche notre camp, on en fait un problème politique général et on évite d’impliquer explicitement telle(s) décision(s) politique(s) ; on insiste sur les aspects anecdotiques ;
      –quand ça touche l’autre camp, on dénonce explicitement les coupables, on interroge les députés de notre camp pour dénoncer haut et fort les ingérences (iraniennes, autrefois syriennes…) et réclamer que les députés impliqués démissionnent ou soient emprisonnés.

  • Souveraineté numérique (1/3) : face à la menace Donald Trump, le réveil des pays européens ? - France 24
    https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20260129-souverainet%C3%A9-num%C3%A9rique-1-3-menace-donald-trump-r%C3%A9v

    La faute à Donald Trump, à son discours agressif à l’égard de l’Europe et à son obsession pour le Groenland. « Le débat sur le ’découplage’ technologique avec les États-Unis n’est pas neuf, mais ce qui change aujourd’hui, c’est la probabilité que le problème se matérialise brutalement à travers des sanctions extraterritoriales prises par Washington contre l’Europe, des restrictions d’accès à certaines technologies ou encore des pressions réglementaires. L’urgence vient du fait que les tensions géopolitiques, comme au Groenland, peuvent s’exacerber en quelques mois et pousser les États-Unis à tirer profit de la dépendance européenne qui s’est façonnée sur des dizaines d’années », affirme Francesca Musiani, directrice du Centre Internet et société au CNRS.

    « Les menaces américaines pouvaient sembler un peu comiques auparavant, mais les Européens ont réalisé, notamment avec ce qui s’est produit au Venezuela, que Donald Trump était tout à fait sérieux quand il proférait des mises en garde », ajoute Christophe Grosbost, directeur de la stratégie de l’Innovation Makers Alliance, interrogé sur France 24.

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    Les États-Unis disposent de moyens de pression numérique sur les citoyens européens aussi
    40:02

    Pour cet expert, si Donald Trump passait à l’acte après les menaces et demandait par exemple aux Big Tech – ces géants américains du numérique, tels que Meta, Google ou Amazon – « de couper complètement les accès européens à leurs services, nos sociétés et économies seraient complètement désorganisées. Ce serait dramatique. »

    Notamment pour le bon fonctionnement des États. « La dépendance technologique est sans doute la plus critique pour les institutions publiques parce qu’elles concentrent à la fois des données sensibles, des fonctions régaliennes et une obligation de continuité de service », estime Francesca Musiani, qui a travaillé sur les problématiques de souveraineté numérique.
    L’"inertie administrative et politique" européenne

    Étant donné que les administrations traitent tous les documents avec des logiciels de Microsoft, puis stockent les données sur des serveurs hébergés par des géants américains, tout changement vers des systèmes « made in Europe » doit être entrepris avec précaution. Sinon les utilisateurs des services publics, c’est-à-dire les citoyens, peuvent être affectés.

    En Allemagne, « les autorités du Land de Schleswig-Holstein viennent d’abandonner Microsoft pour des solutions en licence libre [pour marquer leur défiance envers les États-Unis, NLDR], et ça n’a pas été facile », souligne Joachim Selzer, l’un des porte-parole pour « l’autodéfense numérique » du Chaos Computer Club, le plus ancien et le plus important groupe européen d’"hacktivistes". Un mois après avoir coupé le cordon ombilical avec le géant américain, l’administration de cette région du Nord est encore en train de corriger les bugs qui subsistent.

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    10:56

    Ces difficultés à faire la bascule expliquent en grande partie « l’inertie administrative et politique à abandonner les technologies américaines », prévient Frans Imbert-Vier, PDG de la société de conseil en technologie UBCOM et chantre de l’indépendance technologique.

    Une inertie qui peut avoir des conséquences en cascade. « Le problème avec les institutions est que leur dépendance engage tout l’écosystème. Une fois que l’administration utilise un outil, elle l’impose indirectement à ses partenaires, ses prestataires et aux citoyens », assure Francesca Musiani.

    « L’exemple doit venir d’en haut », poursuit cette spécialiste. Sinon, l’administration joue sans le vouloir le jeu des Big Tech américaines. Celles-ci peuvent ainsi cimenter leur emprise sur le quotidien numérique de tous les acteurs publics et privés, donnant in fine davantage de crédibilité aux menaces trumpistes de couper les vivres numériques à l’Europe.

    Mais bouter Teams ou Slack hors de l’administration française peut-il suffire ? « C’est plus un symbole qu’autre chose. Cela marque au moins la volonté de réduire l’exposition à l’écosystème américain dès qu’une alternative européenne, même imparfaite, existe », note Francesca Musiani.

    Pour elle, c’est déjà un grand pas car « le discours sur la souveraineté numérique peinait à se matérialiser jusqu’à présent ».

    #Francesca_Musiani #Europe #Souveraineté_numérique

  • The ‘big bazooka’: How Europe could hit the U.S. tech industry if the Greenland trade war blows up - Fast Company
    https://www.fastcompany.com/91479422/the-big-bazooka-how-europe-could-hit-the-us-tech-industry-if-the-greenl

    Unlike the brash, geopolitics-altering Truth Social posts that twist the world on its axis, any European response would likely be much more subtle, though no less significant, experts argue.

    “There will be no ‘slamming of the door,’ as banning major U.S. platforms would anger a lot of European consumers, disrupt businesses, and undermine Europe’s own digital economy,” says Francesca Musiani, senior researcher at the French National Center for Scientific Research—not to say what it would do to the U.S. president’s blood pressure. “Subtler strategies give Europe some room to keep the market open but make success inside it progressively harder.”

    Musiani adds, “If a trade war between Europe and the United States were to spill into the tech sector, it probably would unfold more like a slow, grinding campaign: legal, relentlessly procedural, and very expensive for American firms.” Such a war would likely be waged through the European Union’s comprehensive tech-focused laws, including the Digital Markets Act and Digital Services Act; both were passed in 2022 but more recently began being enforced.

    Europe is also considering a handful of other legislative packages, including a Digital Networks Act, which would govern telecommunications providers, and an amended Cybersecurity Act proposed this week.
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    The continent’s proclivity for cracking down on tech has already prompted plenty of noise from Trump allies, who have called it “foreign censorship.” But enactment and enforcement could be ramped up significantly if European legislators deemed it necessary. “Nothing would be framed as retaliation, rather as ‘consumer protection’ or ‘competition,’ but the targets would be obvious,” Musiani says.

    Indeed, long before Trump stepped up his rhetoric on acquiring Greenland, Europe had been considering implementing taxation on tech firms operating in Europe. That would likely be the next lever to pull, Musiani believes, including “digital services taxes that could expand or be harmonized across more member states, hitting online advertising, cloud services, and marketplaces.”

    #Francesca_Musiani #Souveraineté_numérique #Europe

  • #Los_Angeles contre l’#ICE. La bataille pour la #souveraineté_urbaine à Los Angeles

    À Los Angeles, la résistance des habitants et des pouvoirs publics à la politique anti-migrants manifeste l’ampleur du #militantisme_populaire. On voit s’engager là une lutte majeure pour la #souveraineté_territoriale.

    La crise de la souveraineté

    Au cours de l’été 2025, Los Angeles a été le théâtre d’une bataille exceptionnelle : une grande ville américaine a ouvertement contesté la légitimité du gouvernement fédéral à exercer une souveraineté unilatérale sur son territoire. Lorsque l’administration Trump a déployé 4 700 soldats de la Garde nationale et marines pour faire respecter la loi sur l’immigration par des expulsions massives, marquant le premier déploiement de ce type sans le consentement du gouverneur (préfet) depuis les années 1960, la ville n’a pas capitulé. Au contraire, une coalition composée de militants locaux, de syndicats, d’élus et d’organisations de la société civile a organisé une résistance territoriale soutenue, clamant que l’autorité fédérale n’avait aucun droit légitime sur leurs quartiers.

    Du 6 juin à la mi-juillet 2025, plus de 40 manifestations ont éclaté dans 15 zones distinctes du comté. Un seul rassemblement au Grand Park a attiré 30 000 participants. Les comités de #défense_communautaire se sont multipliés, six d’entre eux ayant été créés dans la seule banlieue tranquille de Pasadena.

    Alors que les autorités fédérales ont arrêté 2 792 immigrants pendant cette période, les manifestants ont riposté : plus de 850 militants ont été arrêtés pour avoir entravé les opérations de l’agence fédérale, Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le 10 juillet, l’une des organisations les plus puissantes politiquement de la ville, la Fédération du travail du comté de Los Angeles, a organisé la première formation à grande échelle sur la résistance non violente. L’événement a attiré des dirigeants politiques et civiques, dont le maire, ainsi que 1 500 participants issus de syndicats et d’organisations communautaires de tout le comté.

    Il ne s’agissait pas simplement d’une manifestation ponctuelle. C’était une bataille pour déterminer qui détient l’#autorité_légitime pour décider qui a le « droit d’avoir des droits » pour résider sur le territoire urbain. En tant que telle, elle représentait un défi direct à la revendication du gouvernement fédéral de souveraineté sur tout l’espace situé dans les limites juridictionnelles du pays.

    Les militants immigrés locaux ont mené la résistance. Soutenus par une large coalition, ils ont développé des stratégies spatiales inédites qui ont transformé les quartiers immigrés vulnérables en zones défendues où les forces fédérales ne pouvaient opérer sans être détectées et sans rencontrer une résistance organisée.

    Refuser la #légitimité_fédérale : l’économie morale de l’#appartenance

    La résistance reposait sur un rejet fondamental du droit du pouvoir fédéral à déterminer arbitrairement les conditions d’appartenance territoriale à la nation. Los Angeles County compte 4,8 millions d’habitants Latinos concentrés dans des quartiers densément peuplés et interconnectés à l’est, au sud-est et au sud de la région. Des habitants ont spontanément affronté les agents fédéraux, exigeant la libération des amis, voisins et étrangers sur la base d’une « économie morale » d’#appartenance_locale.

    Le célèbre historien britannique Edward Palmer Thompson a montré comment qu’au XVIIIe siècle, les foules anglaises ont fait respecter les normes traditionnelles régissant les marchés céréaliers aux marchands qui violaient les attentes communautaires en matière de prix équitables et d’obligations locales (1971).

    Les communautés d’immigrants de Los Angeles ont de la même manière imposé leur propre économie morale d’appartenance aux autorités fédérales qui violaient les attentes communautaires quant à l’appartenance légitime à leurs quartiers. Et c’est cette conception locale de l’appartenance, qui contrastait fortement avec celle de l’administration Trump, qui a déterminé les croyances concernant le droit de résidence et ce qui constituait la légitimité des interventions gouvernementales en matière d’immigration (De Genova 2002 ; Varsanyi 2008).

    Lorsque les agents de l’ICE sont arrivés pour mener leurs raids, ils ont été confrontés à des communautés qui refusaient de reconnaître leur autorité. Ces communautés revendiquaient la présence légitime des immigrants #sans-papiers non pas sur la base du #statut_juridique ou de l’#assimilation_culturelle, mais en affirmant un cadre alternatif de #droits fondé sur la #résidence de longue durée, la #contribution_économique et les #liens_sociaux.

    Le refus de la légitimité fédérale n’était pas exprimé comme une doctrine abstraite par des intellectuels militants. Il était plutôt exercé par les habitants issus de la classe ouvrière à travers une résistance politique. Cela s’est traduit par le blocage des véhicules de l’ICE, l’encerclement des agents procédant à des arrestations, le refus de fournir des informations et la création d’espaces territoriaux où l’application de la loi fédérale devenait pratiquement impossible. La question n’était pas de savoir si la loi fédérale s’appliquait, car techniquement c’était le cas, mais si les communautés accorderaient au gouvernement fédéral la capacité pratique d’exercer cette loi sur leur territoire. Par de telles actions, elles niaient en fait le « monopole de l’usage légitime de la force physique » de l’État sur son territoire, les communautés contestant cette légitimité et créant des conditions et des espaces d’autorité alternatifs (Weber 1946).

    La structure spatiale du Los Angeles latino a créé les conditions qui ont permis une telle contestation. Ces quartiers existaient bien au-delà des mondes moraux et culturels de la classe moyenne « normale » de la région métropolitaine. Des identités territorialisées se sont forgées au fil de décennies de lutte contre la rénovation urbaine, les violences policières et le déplacement économique (Pulido 2006). Les habitants partagent des cadres leur permettant d’identifier les menaces, de désigner leurs ennemis et d’interpréter la résistance comme nécessaire et légitime. Si les raids fédéraux étaient justifiés par la loi, un code moral avait été forgé qui entrait en conflit direct avec leur légitimité.

    La confrontation qui s’est déroulée au parc MacArthur le 7 juillet 2025 illustre bien le conflit qui oppose les deux camps au sujet de la souveraineté. Le parc lui-même revêt une importance symbolique : il est situé au cœur de l’un des quartiers les plus dynamiques de la ville en termes d’immigration, et la plupart des organisations de défense des droits des immigrants, des syndicats locaux importants, la Fédération syndicale du comté et le Centre syndical de l’UCLA se trouvent à moins d’un kilomètre (Milkman 2006 ; Nicholls 2003). La bataille s’est concentrée sur un terrain qui regroupait à la fois l’infrastructure institutionnelle du Los Angeles progressiste et les communautés ouvrières qu’il prétendait représenter.

    Lorsque les soldats de la Garde nationale ont envahi le parc en tenue de combat, la maire Karen Bass est arrivée pour les affronter directement : « Ils doivent partir, et ils doivent partir immédiatement. Ils doivent partir parce que c’est inacceptable ! » La réponse du chef de la police des frontières a clairement montré à tous l’enjeu du conflit : « Je ne travaille pas pour Karen Bass. Vous feriez mieux de vous habituer à nous dès maintenant, car cela deviendra très bientôt la norme. Nous irons où nous voulons, quand nous voulons, à Los Angeles. »

    La question de la souveraineté a été présentée en termes clairs et sans équivoque. Le gouvernement fédéral a revendiqué une autorité illimitée pour opérer n’importe où dans la ville. Les dirigeants politiques de la ville, soutenus par la mobilisation populaire, ont rejeté cette revendication.

    Le pouvoir populaire : de bas en haut

    La résistance est venue d’en bas. Si les élus ont fini par se joindre au combat, la réponse initiale est venue spontanément des quartiers ouvriers immigrés. Le 6 juin, lorsque l’ICE a mené des raids contre Ambiance Apparel dans le quartier de la mode et plusieurs magasins Home Depot, ce sont les travailleurs ordinaires et leurs familles qui ont été les premiers à organiser la défense. Pas les responsables syndicaux, pas les politiciens : les gens eux-mêmes, confrontés à des menaces immédiates pour leurs familles et leurs communautés.

    Quelques heures après les premiers raids, des militants ont créé des réseaux de diffusion WhatsApp reliant les guetteurs sur les lieux de travail. Des foules comptant de dizaines à des centaines de personnes se sont rassemblées sur les sites visés, bloquant physiquement les véhicules de l’ICE pour empêcher les agents de partir avec les membres de la communauté détenus. Il s’agissait d’un véritable activisme populaire : spontané, mené par la communauté, organisé grâce à des réseaux informels et au bouche-à-oreille. Ceux qui possédaient le moins de droits officiels, les immigrants sans papiers menacés d’expulsion, sont devenus l’avant-garde de la résistance.

    La base populaire disposait d’avantages structurels dont ne bénéficiaient pas les acteurs disposant de ressources plus importantes. Des réseaux sociaux denses, comprenant des liens familiaux multigénérationnels, des relations professionnelles, des affiliations religieuses et des associations culturelles, ont créé des réseaux de solidarité qui se recoupaient (Portes et Sensenbrenner 1993 ; Menjivar 2000).

    Ces réseaux populaires ont fourni la base matérielle nécessaire à la mise en place de stratégies territoriales sophistiquées. Les journaliers travaillant dans les magasins Home Depot ont créé des tableaux de service rotatifs à l’aide de Google Docs. Des groupes Signal et Telegram ont coordonné des équipes d’intervention rapide capables de mobiliser des centaines de personnes en quelques minutes. Les militants ont mis au point des techniques de contre-surveillance pour suivre les mouvements des troupes. Rien de tout cela n’a nécessité d’organisation formelle ; cela est né de l’infrastructure relationnelle dense des communautés d’immigrants de la classe ouvrière. La technologie a amplifié l’efficacité des liens sociaux existants plutôt que de créer de nouvelles capacités, ce qui distingue cette mobilisation des mouvements purement axés sur les médias sociaux (Tufekci 2017 ; Gerbaudo 2012).

    Les manifestations contre les expulsions ont émergé directement des quartiers ouvriers à forte population latino-américaine. Il ne s’agissait pas d’activistes professionnels, mais de journaliers, de défenseurs communautaires et de leaders de quartier opérant à travers des réseaux interpersonnels localisés.

    Les participants provenant principalement de familles et amis confrontés à des menaces d’expulsion immédiates. Par exemple, dans des quartiers comme le sud-est de Los Angeles (Paramount, Compton, Bell) et l’est (Boyle Heights, East Los Angeles), les réseaux communautaires relayés par les réseaux sociaux ont alimenté des mobilisations spontanées : groupes de jeunes connectés via les écoles et réseaux multigénérationnels ancrés dans les églises. L’est de Los Angeles, avec sa longue tradition d’opposition (mouvement chicano, manifestations contre la proposition 187, campagne « Defend Boyle Heights »), a organisé des rassemblements à Mariachi Plaza, évoquant les luttes passées.

    Le caractère populaire de la résistance a assuré sa pérennité. Il ne s’agissait pas d’une solidarité lointaine, mais d’une mobilisation pour la survie de populations directement menacées. Les communautés latino-américaines de la classe ouvrière de Los Angeles étaient confrontées à des enjeux existentiels. Ne pas résister signifiait la séparation familiale, la ruine économique et la destruction du quartier (Dreby 2015 ; Golash-Boza 2015). Le retrait signifiait abandonner voisins et parents à la détention. Ces enjeux matériels et moraux importants ont soutenu la participation pendant des mois de répression militaire.

    Le problème du désengagement des militants dans l’espoir que d’autres resteront engagés pose souvent un défi à l’action collective. Cependant, cette question est devenue moins importante lorsque les conséquences de l’inaction étaient immédiates et concrètes (Olson 1965). La nature arbitraire de l’application de la loi a fait de la défense de la communauté l’intérêt premier de chaque résident, éliminant ainsi les incitations à tirer au flanc ou à s’exiler. Lorsque les cousins, collègues et voisins participaient, la non-participation devenait socialement coûteuse. Les réseaux locaux ont créé une responsabilité où le fait de ne pas participer constituait une trahison de la loyauté envers le quartier. Comme l’a écrit Gould à propos de la Commune de Paris de 1871, « le fait de ne pas participer à l’effort insurrectionnel était considéré comme une trahison de la loyauté envers le quartier et était sanctionné en conséquence » (Gould 1995 : 15).

    Plutôt que de défiler dans les centres du pouvoir ou d’occuper des espaces symboliques, les militants ont transformé les quartiers résidentiels en territoires défendus, en zones de souveraineté communautaire où les forces fédérales se heurtaient à une obstruction systématique. Ils possédaient ce que Gramsci appelait le « bon sens », ancré dans le sens commun de la communauté, et construisaient des conceptions anti-hégémoniques de la citoyenneté, de la légalité et de la souveraineté territoriale (Gramsci, 1971). Les identités oppositionnelles préétablies, forgées au cours de décennies de lutte, leur ont fourni les ressources idéologiques nécessaires pour résister aux incursions de l’État. Ils savaient comment activer l’infrastructure relationnelle en mobilisant des réseaux qui se recoupaient : liens de parenté, solidarité sur le lieu de travail, congrégations religieuses et associations culturelles.

    La coalition : 3syndicalisme, politique et #société_civile unis

    Ce qui distinguait la résistance de Los Angeles des manifestations habituelles en faveur des droits des immigrants, c’était l’ampleur et la profondeur du soutien apporté par la coalition. Le militantisme populaire issu de la base s’est allié au pouvoir institutionnel venu d’en haut, créant ainsi une alliance redoutable que les forces fédérales ne pouvaient pas facilement vaincre. Cette structure hybride, combinant des organisations de défense hiérarchiques et des réseaux de quartier horizontaux, a permis de surmonter les limites des modèles purement verticaux ou horizontaux.

    Le mouvement syndical a constitué l’épine dorsale de la coalition. La Fédération syndicale du comté de Los Angeles, qui représente plus de 800 000 travailleurs, a fait de la résistance à l’ICE une priorité absolue. Les syndicats de Los Angeles ont subi des réformes dans les années 1990, donnant la priorité à l’organisation des immigrants et adoptant des tactiques de mouvement social, créant ainsi un alignement durable entre les défenseurs des droits des travailleurs et ceux des immigrants. Le Service Employees International Union (SEIU), l’un des plus grands syndicats représentant les travailleurs des services à faible revenu du pays, dont l’un de ses principaux dirigeants a été arrêté pendant les manifestations, a réorienté sa capacité organisationnelle vers la défense des immigrants. La manifestation « No Kings » prévue initialement, qui devait rassembler des milliers de personnes pour s’opposer à l’administration Trump, s’est transformée en un rassemblement de 30 000 personnes en faveur de l’immigration.

    L’organisateur Kent Wong, ancien directeur du Centre du travail de l’UCLA et leader progressiste estimé, a déclaré que la ville et les communautés immigrées étaient assiégées, promettant de transformer les formations à la résistance parrainées par les syndicats en moyens d’affecter des bénévoles aux comités de défense communautaire et aux équipes d’intervention rapide. Les syndicats ont fourni ce que les réseaux locaux ne pouvaient pas offrir : du personnel professionnel, une expertise juridique, des relations avec les médias, des financements et une coordination multi-juridictionnelle.

    Des organisations professionnelles de défense des droits, notamment la Coalition for Humane Immigrant Rights of Los Angeles (CHIRLA), le National Day Laborer Organizing Network (NDLON) et l’American Civil Liberties Union (ACLU), se sont associées à des comités de défense auto-organisés dans le cadre d’accords de collaboration adaptés aux capacités de chaque partenaire. Les comités de défense ont fourni des réseaux sociaux territoriaux et une légitimité communautaire ; les organisations de défense ont fourni des ressources matérielles, juridiques et politiques. Cette structure hybride a préservé l’autonomie des organisations locales tout en renforçant leur capacité institutionnelle. Le NDLON a créé des comités dans le nord-est et le sud-est de Los Angeles, créant ainsi six points de défense dans les quartiers immigrés de Pasadena qui ont permis d’alerter rapidement des milliers de personnes et de faire pression sur les entreprises pour qu’elles refusent l’entrée à l’ICE sans mandat judiciaire.

    La coalition s’est élargie pour englober divers acteurs de la société civile. Le syndicat des locataires de Los Angeles s’est joint à la lutte, reconnaissant que l’application des lois sur l’immigration menaçait la stabilité du logement. Les Socialistes démocrates d’Amérique ont apporté de jeunes militants et une infrastructure organisationnelle. Les congrégations religieuses ont organisé des actions de solidarité, perpétuant une tradition de défense des immigrants fondée sur la foi. Des associations professionnelles représentant des avocats, des enseignants et des travailleurs de la santé ont publié des déclarations de soutien.

    Des groupes d’étudiants de toute la Californie du Sud ont fourni des effectifs pour les manifestations et l’énergie nécessaire à une mobilisation soutenue. Les dirigeants politiques ont fini par se rallier aux revendications populaires, poussés par la pression du mouvement plutôt que par conviction.

    La confrontation entre la maire Bass et la police des frontières à MacArthur Park a marqué l’entrée en scène de la classe politique dans la lutte pour la souveraineté. Dans son discours du 10 juillet lors de la formation à la résistance non violente organisée par la Fédération du comté, elle a déclaré : « Nous avons le pouvoir, dans cette salle, de renvoyer l’ICE là où elle doit être. Elle n’a pas sa place dans notre ville. Elle n’a pas sa place là où nos enfants jouent. »

    Les participants ont reconnu que l’attaque fédérale contre les immigrants était dirigée tout à la fois contre la souveraineté urbaine, la démocratie locale et le pouvoir institutionnel des villes progressistes. Pour le maire et d’autres, l’autorité du gouvernement fédéral, en tant que représentant du peuple souverain, était devenue illégitime par la mise en œuvre de sa politique. Elle n’avait pas sa place dans cette ville ni dans les lieux où nos familles avaient grandi et où nos enfants jouaient. La ville et ses habitants avaient les moyens et le droit de se révolter contre un gouvernement fédéral qui refusait d’écouter la voix des gouvernés.

    L’application des lois sur l’immigration est devenue le symbole d’un conflit territorial plus large : l’invasion fédérale contre l’autonomie locale. Défendre les immigrants signifiait défendre la ville elle-même. Cette prise de conscience a transformé ce qui aurait pu rester une question restreinte relative aux droits des immigrants en une lutte plus large pour l’avenir de la démocratie urbaine en Amérique.

    Nouvelles #stratégies_spatiales : la #défense_territoriale comme innovation politique

    La structure spatiale était hybride : un centre-ville regroupant des organisations militantes et syndicales, relié à des groupes dispersés et auto-organisés dans les bastions latino-américains du sud-est, du sud et de l’est de Los Angeles (Nicholls et Uitermark 2016 ; Pastor et al. 2013). Tandis que les quartiers périphériques servaient de lieux propices au maintien des réseaux d’autodéfense, les associations professionnelles d’immigrés et les syndicats alliés conservaient leurs sièges sociaux à proximité du centre-ville. C’est dans ces espaces qu’ils pouvaient collaborer entre eux et avec les dirigeants politiques de la ville afin de maintenir leur résistance face à l’attaque fédérale contre leurs pouvoirs souverains.

    Malgré le déploiement de forces plus importantes et plus intenses que lors des émeutes historiques de 1992, le spectacle de la violence d’État n’a pas réussi à disperser la résistance en instillant la peur parmi les militants locaux. Au contraire, l’ampleur de la violence a été perçue par la plupart comme une transgression morale de la part d’un État utilisant sa violence à des fins arbitraires et tyranniques. Tout en renforçant la motivation et la détermination à lutter, l’infrastructure hybride, composée d’organisations professionnelles liées à des réseaux de défense communautaire locaux et soudés, a fourni les moyens relationnels et organisationnels non seulement de poursuivre la lutte, mais aussi de l’intensifier dans la durée, malgré les risques croissants.

    Les communautés de Los Angeles ont affirmé leur souveraineté pratique sur leurs quartiers, non pas par des arguments juridiques, mais en rendant les opérations fédérales trop difficiles, trop visibles et trop coûteuses sur le plan politique pour pouvoir se poursuivre sans opposition. Cela représente un passage à la « guerre de position », avec la mise en place de positions défensives, d’institutions alternatives et de cadres culturels qui affirment un projet hégémonique concurrent à travers des structures parallèles, érodant progressivement la légitimité et la capacité de contrôle du gouvernement fédéral (Gramsci 1971).
    De la médiation à la résistance : la transformation des élites locales

    Lorsque les alliés issus de l’élite locale—élus et représentants syndicaux et associatifs—deviennent eux-mêmes des cibles, les coalitions s’intensifient plutôt que de se fragmenter.
    Lors des incursions fédérales passées, les élus et représentants locaux critiquaient les actions répressives tout en conservant leur statut de représentants légitimes. De cette position, ils pouvaient négocier des compromis qui satisfaisaient les exigences fédérales tout en atténuant les dommages infligés aux communautés. Reconnus comme médiateurs légitimes et respectés, leur capital symbolique était renforcé par l’accès aux réseaux fédéraux, et la souveraineté de l’État était consolidée par la voie de la négociation. Alors que les représentants des deux niveaux, fédéral et local, travaillaient de concert, ils renforçaient leur pouvoir politique par l’expulsion des communautés immigrées.

    L’administration Trump a brisé cette logique. En plaçant les élus municipaux dans la même catégorie que les menaces à l’autorité souveraine, l’administration a introduit un cadre à somme nulle : soit les représentants locaux se soumettaient à la souveraineté présidentielle, soit ils seraient catégorisés comme ennemis de l’État. Le dilemme était clair. La soumission coûterait aux élus locaux le consentement et la solidarité des résidents de Los Angeles et donc leur propre légitimité. La résistance les placerait du côté de l’ennemi, en faisant d’eux la cible d’assauts fédéraux incessants.
    Les élus locaux ont choisi la résistance, transformant fondamentalement leur relation avec l’autorité fédérale. Alors qu’ils avaient auparavant employé des stratégies d’initiés pour atténuer les impacts sur leurs électeurs, restaurant ainsi la souveraineté de l’État et leurs propres pouvoirs, ils se sont retrouvés privés de reconnaissance en tant que représentants légitimes. Ils étaient exclus des réseaux gouvernementaux d’élite et vulnérables aux attaques coercitives par le refus de financement, les accusations criminelles et la stigmatisation.

    Dans cette lutte binaire pour la souveraineté de l’État, les représentants locaux sont passés à une résistance sans compromis. Ils se sont alignés avec les communautés immigrées de la classe ouvrière non seulement pour des raisons morales ou idéologiques, mais parce que le mouvement grandissant est devenu le seul moyen de défendre leurs propres positions et de retrouver leur légitimité au sein de l’ancien système de souveraineté partagée.

    Les lignes de bataille changent ainsi fondamentalement. Les luttes pour l’incorporation sélective des migrants acceptables reconnaissent le monopole classificatoire du gouvernement fédéral, tout en contestant son application. Les luttes qui émergent d’un déni global de reconnaissance aux alliés locaux remettent en question ce monopole lui-même. La question passe de « quels immigrants méritent l’inclusion ? » à « qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale ? » De « comment pouvons-nous inclure ceux qui le méritent vraiment ? » à « qu’est-ce qui fonde la légitimité politique lorsque l’État gouverne par la force arbitraire ? »

    Le déni global de l’administration Trump s’étendant des immigrants sans papiers aux élus, des églises sanctuaires aux gouvernements municipaux a par inadvertance créé les conditions d’une telle confrontation. En refusant la négociation et en positionnant toute opposition comme illégitime, l’application fédérale a éliminé les alternatives stratégiques, forçant un choix radical : se soumettre à des classifications jugées fondamentalement injustes, ou résister sur des bases remettant en question le monopole fédéral sur les classifications territoriales légitimes.

    Ce schéma apparaît désormais à Minneapolis, Chicago et New York. Le passage de Trump d’une souveraineté partagée à une souveraineté monopolisée a précipité un réalignement fondamental des alliances élitaires qui soutenaient autrefois tant la souveraineté de l’État que les compromis de classe sous-tendant la gouvernance libérale. La fracture des élites découle désormais non pas de désaccords politiques, mais de batailles autour de la souveraineté elle-même : quel niveau de gouvernement possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale et imposer les classifications de citoyenneté.

    Ces conflits sur la localisation et la nature du pouvoir souverain fracturent les coalitions de la classe dirigeante qui avaient auparavant stabilisé l’hégémonie de l’État. Alors que la souveraineté partagée s’effondre en luttes à somme nulle, les élites locales font face à un choix : se soumettre au monopole fédéral ou résister sur des bases qui remettent en question la légitimité de l’autorité centralisée. Cette bifurcation mine les fondements consensuels du pouvoir d’État. Alors que l’État fédéral perd sa capacité à gouverner par l’hégémonie—par le consentement fabriqué et le compromis négocié—la coercition directe devient le principal moyen d’imposer son autorité. Le passage d’une gouvernance par la construction d’alliances à une gouvernance par la force marque non pas la puissance de l’État, mais la désintégration des structures de légitimité qui avaient permis une domination stable.
    Conclusion : Au-delà de l’immigration, la question de la souveraineté
    L’effondrement de l’hégémonie de l’État fédéral découle de trois conditions qui ont convergé à Los Angeles et dans des villes similaires.

    Premièrement, de puissants réseaux de résistance locaux ont combiné organisations professionnelles bien dotées, élus solidaires et communautés immigrées denses de la classe ouvrière. Les syndicats, les organisations de défense et les groupes de la société civile ont fourni la capacité institutionnelle, l’expertise juridique et la coordination. Les élus locaux ont offert la légitimité politique et l’accès aux ressources municipales. Les réseaux d’immigrants de la classe ouvrière ont apporté l’infrastructure territoriale pour la défense communautaire : liens sociaux denses, connaissance locale et enjeux existentiels qui ont soutenu la mobilisation. L’intégration de ces trois composantes à travers des canaux de communication et des institutions coordonnées a permis une résistance à la fois large, profonde et durable.

    Deuxièmement, les normes localisées d’appartenance ont établi une économie morale alternative qui contestait les classifications fédérales. Les communautés définissaient la résidence légitime non pas par le statut juridique, mais par la résidence de longue durée, la contribution économique et l’intégration sociale. Cette économie morale a généré des normes concernant ce qui constituait une violence d’État légitime et ce qui constituait un abus tyrannique. La capacité de l’État à obtenir le consentement ou à faire face à son retrait dépendait fondamentalement du respect de ces normes définies par la communauté. Lorsque l’application fédérale a violé l’économie morale, elle a perdu sa légitimité indépendamment de son autorité légale.

    Troisièmement, et de manière décisive, les élites locales sont passées de partenaires dans une souveraineté partagée à adversaires dans une lutte à somme nulle sur l’autorité souveraine elle-même. Si seules les deux premières conditions avaient existé, la résistance aurait pu rester une question d’immigration localisée que les courtiers élites auraient pu gérer par la négociation. Mais lorsque l’administration Trump a ciblé les élus locaux comme ennemis de l’État, éliminant leur rôle de médiateurs et criminalisant leur défense des électeurs, elle a entièrement transformé le champ politique. Les partenaires élites sont devenus des insurgés élites. La lutte sur la politique d’immigration s’est intensifiée en confrontation sur qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale. La souveraineté partagée s’est effondrée en souveraineté monopolisée, forçant les représentants locaux à choisir entre soumission et résistance.

    Cette troisième condition s’est avérée transformatrice. Elle a empêché la défection des élites, bloqué les compromis négociés qui auraient restauré l’autorité fédérale, et recadré le conflit à « quels immigrants méritent l’inclusion » . La crise de légitimité s’est approfondie parce que l’État ne pouvait plus gouverner par l’hégémonie, mais seulement par la force, exposant la fragilité de la gouvernance libérale lorsque ses structures de médiation s’effondrent.

    Cette crise de légitimité se propage désormais aux villes partageant la même structure. New York, Minneapolis, Chicago et Portland présentent toutes les trois des conditions identifiées : réseaux de résistance robustes, économies morales alternatives d’appartenance, et élites locales transformées en adversaires de l’autorité fédérale. En revanche, dans les villes où ces conditions sont absentes, comme Houston, La Nouvelle-Orléans et Miami, aucune contestation similaire n’émerge. L’application fédérale y rencontre soit la conformité soit une résistance fragmentée et facilement réprimée.

    Il existe donc une géographie inégale de la résistance, déterminée non pas par la présence d’immigrants, mais par la convergence des conditions organisationnelle, idéologique-morale, et structurelles qui rendent possible la contestation soutenue de la souveraineté fédérale.

    La bataille de Los Angeles révèle une transformation historique. Ce qui commence comme une politique d’immigration devient une crise de #souveraineté et #hégémonie. Ce qui semble être un conflit sur les #frontières_nationales devient une lutte sur l’#autorité_territoriale. Ce qui apparaît comme une question de #légalité devient un affrontement sur la #légitimité.

    Le passage de la #gouvernance_consensuelle à la #domination_coercitive n’annonce pas la consolidation du pouvoir fédéral, mais sa crise. Et dans cette crise réside la possibilité d’imaginer et de construire des formes alternatives de souveraineté démocratique, enracinées non pas dans la violence d’État fédérale, mais dans le #pouvoir_populaire_territorialisé. Les villes américaines ne sont plus seulement des sites de #contestation, mais des sources alternatives d’autorité politique.

    https://laviedesidees.fr/Los-Angeles-contre-l-ICE
    #résistance #USA #anti-ICE #villes #urban_matter #citoyenneté_de_résidence #citoyenneté #territoire #citoyenneté #géographie_urbaine

    via @reka
    ping @karine4

  • Donc, ça commence par une bonne nouvelle.
    On a trouvé quoi faire du site industriel bien pollué abandonné par Tatal suite à la fin de la réserve de gaz : un gisement d’emplois !

    Et en plus, c’est stratégique, ce sont les #terres_rares, y en na pas que pour les Chinois, on est dans la #souveraineté et on attire les #investisseurs.

    Terres rares : la nouvelle usine confirmée à Lacq - La République des Pyrénées.fr
    https://www.larepubliquedespyrenees.fr/economie/industrie/terres-rares-nouvelle-usine-confirmee-a-lacq-27517913.php

    L’information a été officialisée ce mercredi soir. C’est une brique de plus dans la reconversion de Lacq, avec plus d’une centaine d’emplois prévus.

    C’était attendu depuis plusieurs semaines et ça ne surprendra donc pas ceux qui suivent ces dossiers industriels. Mais le groupe américain USA Rare earth, basé dans l’Oklahoma, a confirmé ce mercredi 21 janvier, son projet d’implanter, via sa filiale anglaise Less Common Metals acquise en 2025, une usine de production de métaux et d’alliages de terres rares sur le bassin de Lacq.

    Donc, allons voir chez les brillants développeurs du projet.

    Caremag, filiale de Carester, a sécurisé 216 millions d’euros de financement et lance la construction de son usine de recyclage et raffinage de terres rares sur le site IndusLacq (64)

    Y a plein de millions, ça va ruisseler grave.

    L’entreprise française Caremag SAS, filiale de Carester SAS, a sécurisé un financement de 216 millions d’euros pour sa future usine de recyclage et de raffinage de terres rares à Lacq (64), dont le démarrage est prévu fin 2026. Ce projet est rendu possible grâce à l’engagement à hauteur de 110 millions d’euros de partenaires japonais et au soutien de l’État Français pour un montant de 106 millions d’euros .

    Un investissement clé pour la chaîne de valeur des terres rares en Europe

    L’usine de Lacq recyclera 2000 tonnes d’aimants et raffinera 5000 tonnes de concentrés miniers après un démarrage prévu fin 2026. Cette unité industrielle deviendra le premier recycleur européen de terres rares et le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées avec 600 tonnes d’oxydes de Dysprosium et Terbium, soit environ 15 % de la production mondiale actuelle, et 800 tonnes d’oxydes de Néodyme et Praséodyme. Utilisées dans les aimants permanents pour les moteurs de véhicules électriques, les générateurs d’éoliennes et divers composants électroniques, les terres rares jouent un rôle clé dans la transition énergétique.

    Bon, déjà, c’est quand même l’art de sécuriser le pognon des autres, mais surtout notre pognon puis qu’on met au pot 100 millions sortis de nos impôts et pas de ceux de Bernard Arno.

    Et donc, voilà un investisseur américain qui ne va juste pas mettre de pognon dans la mariée. À ce compte-là, moi aussi, je peux faire investisseuse.

    Mais surtout, USA Rare Earth a son propre point de vue sur l’affaire… et c’est assez différent.

    USA Rare Earth Strengthens Value Chain with Support of the French Government
    https://www.usare.com/article?i=161411

    The French government has committed to address multiple aspects of LCM Europe’s capital and operating requirements. LCM Europe was approved for direct credits under the C3IV program of up to 45% of all eligible equipment and up to a total of €130m for real estate. The French government is also interested in providing support for hiring and training programs to bolster talent development and skills building at LCM Europe’s new facility.

    “The development of an integrated rare earth processing and metal-making platform in France enhances USAR’s integrated rare earth value chain, to the benefit of the United States and our allies,” said Barbara Humpton, Chief Executive Officer of USAR. “We are proud to establish Europe’s first metal-making platform, which will accelerate the realization of a secure, sustainable transatlantic rare earth value chain.”

    • Sud-Ouest le 17/03/2025

      Le mot « souveraineté » a tourné dans nombre de bouches, ce lundi 17 mars en Béarn, sur la plateforme de la chimie Induslacq, implantée sur les deux communes de Lacq et de Mont. Il est souvent prononcé avec inquiétude sur le chapitre du réarmement militaire du continent européen, où tout (ou presque) reste à faire. Cette fois-ci, c’est avec gourmandise et assurance qu’il s’est envolé sous le chapiteau surchauffé où avait lieu la pose symbolique de la première pierre de la future usine Caremag, enfant de l’industriel lyonnais Carester.

      C’est là, sur ce vaste quadrilatère de terre nue, face à la dentelle des Pyrénées enneigées, que doit se jouer une reconquête d’ici à deux ans. Celle de la séparation et du raffinage des terres rares, un savoir-faire français « unique au monde » pour Frédéric Carencotte, le président de Carester.

      https://www.sudouest.fr/economie/industrie/une-usine-de-terres-rares-dans-le-bearn-la-france-en-quete-de-souverainete-

      Donc au départ, nous avons Carester, start up lyonnaise qui « immobilise » 216 millions € (110 millions de la part d’investisseurs japonais plus 106 millions de l’état) pour mener à bien son projet Caremag (recyclage d’aimants et productions d’oxydes de terres rares)

      Et puis tu as un groupe américain de l’Oklahoma, USA Rare Earth qui se pointe non sans avoir quelques mois auparavant racheté LCM, entreprise du Royaume-Uni et spécialisée dans la métallisation des dites terres rares.

      Sud-Ouest du 22/01/2026 : 22/01/2026 :

      USA Rare Earth est un « spécialiste de la métallisation des terres rares ». Le groupe américain a confirmé l’implantation d’une usine à Lacq (64). La préfecture des Pyrénées-Atlantiques a salué jeudi une « annonce majeure », représentant un investissement de plus de 110 millions d’euros (l’argent des Japonais nda) et environ 80 créations d’emplois directs.

      Et tout ça à moindre coût puisque

      USA Rare Earth précise bénéficier du soutien de l’État français par l’intermédiaire du crédit d’impôts C3IV, destiné aux entreprises qui développent des projets industriels dans plusieurs filières clés de la transition écologique.

      https://www.sudouest.fr/environnement/terres-rares-une-nouvelle-usine-de-110-millions-d-euros-dans-le-sud-ouest-v

      Euh ... Ne vous retournez pas les « transitionneurs·euses » écologiques. Je crois qu’on vient de perdre la « souveraineté » ...

      Rigolez pas trop tout de même parce que tout ça, c’est avec vos sous, hein !

    • Je crois qu’il y a une bonne « vassalité » et une mauvaise « vassalité », comme pour les chasseurs ...

      Mais (amha) dans ce genre de montage financier, il y en a fatalement, parmi les « décideurs », certains·es qui se servent au passage. Et là, tu peux toujours attendre que ça « ruisselle ».

      #corruption

    • Aaah, #blabla de #souveraineté, le nouveau mot politiquement correct de 2026, on va en vendre de la daube avec ça. Il permet d’esquiver extrême droite, fachos, frexit, autonomie, et de ne pas reconnaitre le oups on a créé une économie de dépendance totale aux USA, oups on a créé un écosytème totalement inféodé aux industriels.

  • Vers des #collectivités libres

    Les collectivités et administrations diverses sont-elles définitivement soumises aux desiderata de #Microsoft ? Une dynamique s’enclenche pour basculer vers le libre, avec à la clé une #souveraineté retrouvée, de substantielles économies et un #impact_écologique largement amoindri.

    Pour des collectivités ou des administrations, la facturation des mises à jour de sécurité de Windows peut avoir des conséquences économiques lourdes. Microsoft, en effet, n’y va pas avec le dos de la souris : la firme entend les faire payer 53 euros par poste la première année, tout en prévenant que le prix doublerait à chaque année supplémentaire. Étudions un cas au hasard : prenons une petite ville… disons en Isère… au pif, #Echirolles. Cette municipalité de 38 000 habitants, située au sud de Grenoble, s’appuie sur un parc d’environ 1 500 ordinateurs. Mettre à jour toutes ses machines lui coûterait environ 80 000 euros la première année – sans compter les bouzins trop anciens pour supporter #Windows_11 et qu’il faudrait donc renouveler. Les prix doublant année après année, elle aura déboursé plus d’un demi-million d’euros au bout de trois ans, uniquement pour ces mises à jour. Juste parce que des petits génies du service commercial de Microsoft ont eu l’idée de faire payer ce qui était gratuit jusque-là.

    Panique sur l’Hôtel de ville échirollois ? Au contraire, calme olympien ! « Nous ne paierons aucune mise à jour », nous certifie, voix paisible, presque amusée, le directeur de la stratégie et de la culture numériques de la commune, Nicolas Vivant. Avouons-le maintenant, nous n’avons pas du tout choisi Échirolles par hasard : c’est l’une des communes françaises les plus en pointe dans le passage à #Linux et au #logiciel_libre. Une transition démarrée en 2021 avec l’adoption, à l’unanimité du conseil municipal, du schéma directeur « Échirolles numérique libre », établissant une ligne directrice jusqu’aux prochaines municipales de 2026.

    Logiciels libres et services publics

    Comme son nom l’indique, ce document acte notamment la volonté de s’orienter vers du logiciel libre. Moins, d’ailleurs, par souci économique que pour être en cohérence avec les #valeurs défendues par le conseil municipal de cette mairie historiquement communiste. « C’est sûr que si on veut être cohérents, il vaut mieux éviter de donner notre argent à une multinationale américaine », s’amuse Nicolas Vivant. Le document adopté observe : « Travail collaboratif au service de toutes et tous, transparence, une recherche de profit qui, quand elle existe, n’est que secondaire et orientée vers la réussite d’un projet commun… Les valeurs liées aux logiciels libres sont proches de celles du service public ». En outre, ces logiciels « sont et seront l’une des garanties de notre souveraineté numérique et d’une utilisation raisonnée des ressources informatiques ». Quatre ans plus tard, la manœuvre de Microsoft rend malgré elle hommage à la clairvoyance de ces élu·es… La volonté politique étant clairement établie, il restait à la traduire en actes. Basculer du jour au lendemain sur du libre, un particulier peut le faire, pas une collectivité. « On a commencé par travailler sur tout ce qui était invisible par les utilisateurs, par exemple tout ce qui est serveurs de fichiers, précise Nicolas Vivant. Que ces serveurs tournent avec Windows ou Linux, tout le monde s’en fout, pourvu que les fichiers soient accessibles et permettent de travailler en équipe. » La messagerie, l’intranet, la visioconférence… Toute l’infrastructure fonctionne désormais grâce à des logiciels libres.

    « J’ai une visibilité »

    Les choses deviennent un peu plus sensibles lorsqu’il s’agit de toucher aux ordinateurs des agents. Il y a souvent des peurs qu’il faut lever, un certain confort à utiliser des logiciels qu’on connaît déjà. Ce n’est pas pour rien que Microsoft biberonne la planète avec ses logiciels, allant jusqu’à les offrir à l’Éducation nationale ou à des organismes de formation. « On est sur une démarche de migration qui est lente, progressive, pragmatique », indique Nicolas Vivant, l’idée générale étant de basculer d’abord tous les logiciels sur du libre, afin qu’au final, le passage de Windows à Linux soit totalement indolore. Le changement du système d’exploitation est donc la dernière étape du processus. 6 % des postes ont déjà franchi la ligne, avec l’objectif de multiplier ce chiffre par trois dans les deux prochaines années.

    Le chemin vers la liberté est long, mais porte rapidement ses fruits : sur un budget informatique d’un million d’euros, l’utilisation massive de logiciels libres permet déjà à Échirolles d’économiser environ 350 000 euros par an ! « Et j’ai une visibilité sur le budget des années à venir, car je ne suis pas à la merci des décisions de Microsoft », ajoute Nicolas Vivant.
Pour Bertrand Maes, adjoint en charge du numérique à la mairie de Lyon, elle aussi engagée dans une migration vers le libre, ces économies ne doivent pas constituer une fin en soi. « Le temps de faire la bascule, on a décidé de ne pas lésiner sur l’accompagnement des agents. Car si le changement se fait mal, que les agents se sentent mal accompagnés, ça peut vite générer de la grogne et inciter les politiques suivants à revenir en arrière. »
    La roue de la croissance infinie…

    Dans cette municipalité dirigée par un maire EELV, « deux des grands axes que nous nous sommes fixés en matière de numérique sont la sobriété et la souveraineté. La façon de cocher ces deux cases, c’est d’aller vers du logiciel libre », exprime Bertrand Maes. Car le libre, et in fine Linux, permet aussi d’allonger considérablement la durée de vie des ordinateurs. Windows réclame en effet de plus en plus d’espace et de puissance, et finit par saturer la machine. Linux est nettement plus sobre. « Derrière Microsoft, il y a aussi les fournisseurs de processeurs, de cartes graphiques, les Intel, Invidia, etc, qui ont besoin d’énormes capacités d’investissements, donc de vendre beaucoup de puces et de processeurs. Ils poussent à faire des logiciels plus gourmands », et c’est la roue de la croissance infinie et de la catastrophe environnementale qui continue de tourner, observe Bertrand Maes.

    Cette roue qui mènera immanquablement à Windows 12, lequel sera certainement encore plus gourmand que son prédécesseur. L’arrivée de l’intelligence artificielle pourrait marquer un nouveau bond des capacités requises et donc rendre encore plus d’ordinateurs obsolètes… Selon l’élu lyonnais, on se trouve donc « à un moment où les choix des collectivités vont être particulièrement engageants. Par exemple au moment de renouveler du matériel : est-ce qu’il faut dès maintenant prévoir des ordinateurs très puissants qui pourront peut-être supporter Windows 12, ou rompre avec cette logique du toujours plus ? »

    https://lagedefaire-lejournal.fr/vers-des-collectivites-libres
    #collectivités_territoriales

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    ajouté à la Métaliste sur les institutions et municipalités qui claquent les portes à #Microsoft :
    https://seenthis.net/messages/1143366