#spivak

  • « Nous voulons exprimer ici notre solidarité avec les universitaires français », par #Angela_Davis, #Gayatri_Spivak, #Achille_Mbembe...

    Dans une tribune que nous publions en exclusivité, des intellectuels du monde entier, dont l’américaine Angela Davis, l’indienne Gayatri Spivak ou le camerounais Achille Mbembe, dénoncent les #attaques de Frédérique Vidal.

    Nous voulons ici exprimer notre solidarité avec les universitaires, activistes et d’autres producteurs de savoir, qui, en France sont visés par les déclarations faites en février 2021 par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Elle y dénonce « l’#islamo-gauchisme » et son effet de « #gangrène » sur la France, et appelle à une enquête au sein du CNRS et de l’université. Les travaux en question analysent et critiquent le #colonialisme et le #racisme, et soutiennent des projets décoloniaux, antiracistes et anti-islamophobes au sein de l’académie comme dans l’espace commun. Les déclarations de Vidal montrent l’embarras de l’État devant ces défis, et, partant, la volonté de les réprimer plutôt que de s’y intéresser.

    Les intentions de l’État apparaissent dans le langage utilisé. Le terme relativement nouveau d’« islamo-gauchisme » reflète une convergence beaucoup plus ancienne d’#idéologies de droite, coloniales et racistes opposées aux luttes anticoloniales, anti-islamophobes et antiracistes.

    Vidal affirme que la critique anticoloniale, décoloniale et postcoloniale, antiraciste, anti-islamophobie, l’#intersectionnalité, ainsi que les analyses féministes et queer décoloniales, sont des importations étrangères depuis les universités américaines.

    Une image blanchie de la République

    Elle ignore que la théorie décoloniale s’est développée à #Abya_Yala (Amérique latine), la théorie postcoloniale en #Inde, et que les femmes et les queers dans les luttes anticoloniales et antiracistes ont toujours pensé aux liens entre toutes ces #relations_de_pouvoir. Vidal oublie également que la théorie postcoloniale et décoloniale est redevable aux travaux antérieurs d’auteurs francophones racisés et du sud, tels que #Frantz_Fanon, #Aimé_Césaire et d’autres.

    Ce faux récit et ces actes de #répression retirent effectivement la France d’un débat mondial animé et urgent. Ils soumettent les universitaires racisé.e.s - déjà peu nombreux.ses et marginalisé.e.s - qui produisent des études critiques sur le colonialisme, l’#islamophobie, le #racisme_anti-noir, etc., ainsi que leurs allié.e.s, à des risques encore plus importants.

    L’attaque contre les universitaires et activistes progressistes et radicaux cherche à tout prix à préserver « l’#exceptionnalisme_français » et une image blanchie de la République lavée des vérités qui dérangent. Il s’agit notamment du fait que la #France reste une #puissance_coloniale (par exemple à la Réunion, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, aux Iles des Saintes, la Désirade, Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, etc.), et néocoloniale en termes de relations économiques, politiques et militaires avec les anciennes colonies.

    Cette #mentalité_coloniale se manifeste dans les structures de gouvernance de la France, en particulier vis-à-vis des citoyen.ne.s et des immigré.e.s racisé.e.s, comme en témoignent des mesures comme la dissolution du #CCIF (#Collectif_contre_l’islamophobie_en _France), et un ensemble de #lois telles que : la loi contre le port du voile ; les lois sur l’immigration ; la loi islamophobe contre le « #séparatisme » qui menace toutes les formes d’autonomie ; le projet de loi en cours d’adoption sur la « sécurité globale », qui légaliserait et institutionnaliserait la surveillance de masse, y compris au moyen de drones ; la loi interdisant de filmer les brutalités policières ; la loi (maintenant abrogée) qui exigeait que le #colonialisme ne soit enseigné que comme le décidait l’État ; lois antiterroristes abusives et discriminatoires ; et d’autres. Ces mesures visent à « intégrer » de force les populations suspectes dans des rôles de subordonnés au sein de la société française.

    Lois répressives et enquêtes internes

    C’est précisément la critique de cette #histoire_coloniale, de ce qui s’en perpétue, avec le racisme, et l’islamophobie, que l’État souhaite censurer et rendre invisible.

    Une partie de la gauche blanche, ainsi que des féministes qui ne font aucune analyse anticoloniale, anti-islamophobe et antiraciste, sont également des complices de l’#invisibilisation de l’#oppression_coloniale et du #racisme, en fournissant des #rationalisations_idéologiques au #racisme_structurel porté également par l’État. Cela aussi montre l’incohérence du terme « islamo-gauchisme ».

    La répression en France n’est pas isolée. Au Brésil, en Turquie, en Hongrie, en Pologne, aux États-Unis, en Inde et dans d’autres pays, nous assistons à la montée de la #répression_du_savoir, des études, et de mouvements sociaux critiques par des gouvernements néolibéraux, de droite et autoritaires.

    Mais partout où il y a de la répression, il y a également des formes de #résistance en réseau avec des chaînes mondiales de solidarité.

    La déclaration de Vidal et l’enquête envisagée sont apparues dans un contexte où, à la fois à l’université et dans les rues, s’est exprimée énergiquement la volonté de lutter contre l’#injustice_coloniale, raciale et économique. Par exemple, en France, les manifestations pour la défense d’#Adama_Traoré, et d’autres manifestations antiracistes dans le monde après le meurtre de George Floyd sont des formes courageuses d’#engagement qui ne peuvent qu’inquiéter Vidal et tous ceux qui l’encouragent et la soutiennent. Les lois répressives et les enquêtes n’arrêteront ni cette production de savoir, ni ces recherches, ni ces mouvements.

    En tant que chercheurs et activistes internationaux, nous nous engageons à être solidaires de nos homologues de France. Nous nous engageons à suivre attentivement la situation, à faire connaître les cas de répression à l’échelle mondiale, à inviter ceux qui sont confrontés à la répression et à la censure à s’exprimer dans nos pays, à co-rédiger des essais avec elles et eux et à les aider à traduire leur travail, à co-encadrer des étudiant.e.s et des jeunes collègues, et à s’engager dans d’autres formes de collaboration qu’elles et ils désirent.

    "1. Talal Asad, Professor of Anthropology Emeritus, Graduate Center, City University of New York""2. Paola Bacchetta, Professor, UC Berkeley""3. Homi K. Bhabha, Anne F. Rothenberg Professor of the Humanities, Harvard University""4. Angela Y Davis, Distinguished Professor Emerita, University of California, Santa Cruz""5. Gina Dent, Associate Professor, Feminist Studies, History of Consciousness, and Legal Studies. University of California, Santa Cruz""6. Roxane Dunbar Ortiz, Historian and Author""7. Nick Estes, Assistant Professor of American Studies, University of New Mexico""8. Miriam Grossi, Professor at Federal University of Santa Catarina – Brazil""9. Jin Haritaworn, Associate Professor, York University, Toronto""10. Azeezah Kanji, Legal academic and Journalist""11. Robin DG Kelley, Distinguished Professor and Gary B. Nash Endowed Chair in U.S. History, UCLA""12. Nelson Maldonado-Torres, Professor and Director, Rutgers Advanced Institute for Critical Caribbean Studies, Rutgers University""13. Achille Mbembe, University of the Witwatersrand, Johannesburg""14. Walter D Mignolo, William H. Wannamaker Distinguished Professor of Romance Studies and Professor of Literature, Duke University""15. Trinh T. Minh-ha, Professor of the Graduate School, Departments of Gender & Women’s Studies and of Rhetoric, UC Berkeley""16. Chandra Talpade Mohanty, Distinguished Professor of Women’s and Gender Studies & Dean’s Professor of the Humanities, Syracuse University""17. Cherrie Moraga, Poet, Playwright-Director, Educator, Activist""18. David Palumbo-Liu, Professor, Stanford University""19. Shailja Patel, Activist, Writer. US/Kenya""20. Vijay Prashad, Executive Director, Tricontinental : Institute for Social Research""21. Jasbir Puar, Professor, Rutgers University""22. Kamila Shamsie, Novelist and Professor of Creative Writing, University of Manchester""23. Gayatri Chakravorty Spivak, University Professor, Columbia University""24. Keeanga-Yamahtta Taylor, Assistant Professor & Charles H. Mcilwain University Preceptor, Princeton University""25. Amina Wadud, National Islamic University, Yogjakarta"

    Les autres signataires :
    https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSc46U844ETt0fBsq-6v9n1pcaVIx_U8LLMiU16VpMo5NwgU_w/viewform

    https://www.nouvelobs.com/idees/20210317.OBS41524/nous-voulons-exprimer-ici-notre-solidarite-avec-les-universitaires-franca

    #solidarité #solidarité_internationale #université #ESR #France #recherche #Spivak #Mbembe #Vidal #Frédérique_Vidal

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  • The Left Reflects on the Global Pandemic: Gayatri C. #Spivak

    As humanity faces the catastrophic COVID-19 pandemic, unprecedented in recent times, the Left internationally must address this crisis with both short and long term action, analysis and planning. We are active day by day, driven by the needs of our communities - this is already reshaping the way we do politics. We are building solidarity networks and launching campaigns to protect and work alongside the people that are hardest hit by the crisis. At the same time, we must think strategically and present alternatives for the future. There can be no going back to the vicious circle of austerity and poverty: we cannot allow the global reimposition of a failed system on the people. The radical left will pose alternatives to reinvent socialist politics for the 21st century: to build a new society that empowers and liberates us all.

    https://www.youtube.com/watch?v=EseEPBQoVLE

    #conférence #vidéo #Gayatri_Spivak #pandémie #épidémie #coronavirus #covid-19 #crise #gauche #solidarité #pauvreté #austérité #alternative #alternatives #le_monde_d'après

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  • Patrick Sultan, La scène littéraire postcoloniale , « L’Esprit des Lettres », Le Manuscrit, Paris, 2011.

    La scène littéraire #postcoloniale de Patrick Sultan répond enfin à ceux qui avaient l’intuition que les auteurs classés comme francophones, anglophones, ou lusophones, méritaient une approche critique renouvelée. Aucune consécration littéraire, ni aucun succès d’édition, ne pouvaient permettre d’éluder ce débat. Dans cet essai adapté de sa thèse de doctorat, Sultan propose un réexamen profond d’anciens cadres inappropriés pour l’approche des nouvelles littératures nées des décolonisations. Le projet de Sultan est remarquable par son ampleur, car il confronte la tradition comparatiste française aux postcolonial studies. Surtout, il appréhende les #postcolonial_studies comme l’occasion d’un renouvellement de la recherche universitaire. Sultan réalise une épistémologie ambitieuse par la mise en commun d’acquis méthodologiques issus de deux courants de la recherche littéraire. Il pose également les jalons d’un comparatisme dont la refondation dépend selon lui d’une mise en perspective mondialisée. Les postcolonial studies vues par Sultan doivent autant à #Said, à #Bhabha, et #Spivak qu’aux récents travaux de Jean-Marc Moura1, Judith Schlanger, Pascale Casanova et aux préoccupations de #Glissant, Chamoiseau, Ben Jelloun ou Kourouma.

    http://www.contretemps.eu/fr/lectures/recension-sc%C3%A8ne-litt%C3%A9raire-postcoloniale-patrick-sultan-sc%C3%

  • De l’essentialisme stratégique

    " Il est un concept de Gayatri #Spivak qui a suscité nombre de débats au sein des études postcoloniales aussi bien que chez les féministes. C’est celui d’essentialisme stratégique. La critique de l’essentialisme est omniprésente dans les pensées critiques contemporaines. Cette critique soutient que toutes les identités, qu’elles soient de genre, de classe ou ethniques, sont socialement construites, et par conséquent contingentes. Elles ne renvoient en d’autres termes à rien d’objectif ou de substantiel. Le concept d’essentialisme stratégique est dérivé de cette critique. Il s’accorde avec le fait qu’il n’existe pas d’essences dans le monde social. Il attire cependant l’attention sur le fait que, dans la vie quotidienne et dans les luttes sociales, les individus se réfèrent fréquemment à de telles essences, à tel point que celles-ci semblent difficiles à faire disparaître. Par exemple, la catégorie de « femme » mise en circulation par le féminisme classique a généré de l’exclusion, en ceci qu’elle a parfois conduit le mouvement féministe à se désolidariser d’autres secteurs opprimés. C’est l’objet de la critique que formule Judith Butler à son endroit. Cette catégorie a toutefois également permis aux femmes de se mobiliser en tant que femmes, c’est-à-dire de se sentir appartenir à un groupe dominé et d’œuvrer en faveur de son émancipation. Le concept d’essentialisme stratégique soutient que la fixation provisoire d’une essence dont on sait qu’elle est artificielle peut dans certains cas être stratégiquement utile. Autrement dit, l’anti-essentialisme ne peut être que théorique : s’il prend effet dans la pratique, il tend à paralyser l’action, car toute action suppose la formation de collectifs, et les collectifs tendent à « essentialiser » leurs identités. La notion d’essentialisme stratégique a été soumise à critique, et G. Spivak a elle-même pris ses distances par rapport à elle. Tout essentialisme, fût-il stratégique, implique une séparation entre ceux qui y sont inclus et ceux qui en sont exclus. Or, dans un contexte marqué par le thème du « choc des civilisations » et le (supposé) retour des communautarismes, ou en tout cas par la promotion de ces thèmes par les mouvements néoconservateurs, laisser entendre depuis la gauche que certaines formes d’essentialisme seraient légitimes est problématique. Pour autant, il faut reconnaître que G. Spivak a le mérite d’avoir posé un problème réel. La plupart des critiques contemporains de l’essentialisme (qu’ils relèvent du féminisme ou non), la question des conditions pratiques d’émergence de l’action collective est absente. Est en particulier absente la question de savoir comment agir collectivement sans se doter d’une identité collective minimale, reconnue par tous (partisans et adversaires) et constituant le socle programmatique et stratégique du groupe militant. De toute évidence, la notion d’essentialisme stratégique ne consistait pas pour G. Spivak à donner carte blanche à toutes les pulsions essentialistes imaginables. Même si elle ne le formule pas en ces termes, le problème n’est en définitive pas tant de savoir s’il faut ou non congédier les essences que d’opposer de bonnes essences à de mauvaises...."

    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=108#chapitre5

    #postcolonial_studies.
    #Essentialisme
    #Minorité
    #Lutte