• Féminicides en Suisse : la #violence à huis clos

    Le nombre de #meurtres commis sur des femmes dans le contexte domestique a atteint un nouveau record en 2025. La Confédération et les cantons ont pris des mesures pour freiner cette violence et mieux protéger les victimes. Mais la Suisse en fait-elle assez ?

    Binningen (BL) : le 13 février 2024 vers midi, un homme de 41 ans frappe son épouse de 38 ans au visage et l’étrangle dans leur maison. Il découpe le cadavre pour le faire disparaître. Le couple, parent de deux enfants en bas âge, était sur le point de se séparer. Corcelles (NE) : dans la nuit du 20 août 2025, une femme de 47 ans et ses deux filles meurent poignardées chez elles. L’ex-mari, âgé de 52 ans, attire rapidement l’attention des enquêteurs. Grabs (SG) : le 26 avril 2026, une femme de 71 ans succombe dans sa villa. La police arrête son époux, âgé de 67 ans.

    Trois lieux, trois années, trois meurtres. Qui montrent à quel point le cadre domestique peut être dangereux pour des femmes de tout âge, même dans un pays aussi paisible que la Suisse. La violence exercée par les conjoints ou ex-conjoints commence peu à peu à interpeller la société et le monde politique, mais ces crimes ne sont plus des actes isolés depuis longtemps. En Suisse, une femme meurt toutes les deux à trois semaines en moyenne dans un contexte de violence domestique. En 2025, avec 25 femmes et filles tuées, un nouveau record a été atteint depuis qu’on a commencé, en 2009, à recenser ces meurtres séparément. En tout, 55 homicides ont été commis en Suisse l’an dernier.

    Le gouvernement s’inquiète

    La violence domestique n’épargne pas les hommes. Mais pour ce qui est des meurtres, le tableau est clair : plus de 90 % des victimes sont des femmes, les auteurs étant majoritairement des hommes. Le chiffre record de 2025 a inquiété le gouvernement. « Cela ne peut pas continuer ainsi », a déclaré la ministre de l’intérieur, Elisabeth Baume-Schneider. Le ministre de la justice, Beat Jans, a souligné qu’aucun autre délit ne fait autant de victimes que la violence contre les femmes. Au milieu de 2025 déjà, une commission de représentants de la Confédération, des cantons et des communes a arrêté des mesures urgentes. Les régions ont par exemple été invitées à collaborer pour offrir des places aux femmes dans les #refuges.

    Nora Markwalder, professeure de droit pénal à l’Université de Saint-Gall, ne constate aucune hausse durable du nombre de féminicides. Mais elle trouve tout de même cette « tendance stable » préoccupante. Tandis que les meurtres entre hommes, commis lors de sorties, de disputes ou dans le milieu criminel, ont fortement reculé en Suisse ces dernières décennies, le nombre de femmes tuées par leur conjoint est resté constant. « Cela interroge », note la criminologue.

    Pas un « drame familial »

    Le terme de « féminicide » fournit une piste de réflexion. Popularisé dans les années 1970 par la sociologue américaine Diana Russell, il renvoie à la dimension sociétale de ces crimes. D’après une définition de l’ONU de 2012, les féminicides sont les meurtres commis sur des femmes dans un contexte domestique. Des analyses montrent qu’ils sont souvent liés, chez leurs auteurs, à une volonté de #domination, un sentiment de #possession et des #stéréotypes de #genre. Les séparations sont des phases à haut risque. « Près de la moitié des meurtres sont commis pendant ou après la #séparation », explique Nora Markwalder.

    En Suisse, le féminicide n’est pas un terme juridique. Des groupes de défense des droits des femmes, des responsables politiques et le projet de recherche stopfemizid.ch l’utilisent depuis quelque temps pour mettre ces affaires en lumière. Les médias et les autorités l’emploient aussi de plus en plus. Pour Nora Markwalder, il décrit la réalité : « Il s’agit d’un meurtre, pas d’un drame familial ou d’un crime passionnel, comme on le désignait souvent auparavant pour minimiser sa gravité. »

    Nouveau numéro d’aide aux victimes

    La Suisse a longtemps estimé que ce qui se passait chez les gens ne concernait pas l’État. La violence domestique – viols, voies de fait et menaces – n’est un délit officiel que depuis 2004. Des politiciennes de tous bords se sont battues pour que des mesures soient prises contre la violence faite aux femmes. En ratifiant la Convention d’Istanbul en 2018, la Suisse s’est engagée à agir. Une « feuille de route » de la Confédération et des cantons a porté de premiers fruits : au printemps de 2026, une ligne nationale d’aide aux victimes a été mise en place, le 142. Les cantons ont renforcé leur gestion des menaces pour détecter précocement la violence. Car le féminicide est souvent le point final d’une spirale de violence, comme l’a montré une analyse de la Confédération.

    Désormais, la police s’adresse de manière ciblée aux auteurs de violences. Des cantons testent le bracelet électronique pour interdire les contacts. La Confédération a lancé une campagne de prévention afin de sensibiliser la population à la violence domestique. Des modifications législatives sont envisagées, notamment dans le droit régissant la détention d’armes. En 2025, une étude de l’Université de Saint-Gall a montré que les meurtres domestiques sont souvent commis au moyen d’armes à feu en Suisse, surtout si les auteurs sont âgés. Il faut savoir que les Suisses peuvent conserver leur arme militaire même après avoir été libérés de l’obligation de servir.

    Critiques et exigences

    Les défenseurs des droits des femmes et les partis de gauche reprochent à la Suisse de ne pas appliquer assez rigoureusement la Convention d’Istanbul, malgré les progrès accomplis. Les refuges pour les femmes manquent d’argent, et la protection des femmes varie fortement d’un canton à l’autre. À droite, l’UDC estime que la violence domestique est surtout un problème de migrants. Elle exige des peines plus lourdes et des expulsions systématiques.

    La Confédération et les cantons prévoient de déployer une nouvelle stratégie nationale contre la violence domestique et sexuelle en 2027 afin d’harmoniser les mesures et de tenir compte de la violence numérique. Le Parlement a en outre commandé une étude de faisabilité pour une tenue de statistiques sur les féminicides, y compris hors du contexte domestique.
    Un procès marquant

    Dans l’affaire de Binningen, le procès de première instance s’est tenu en mai 2026. Il a fait apparaître la dynamique destructrice de la violence domestique. La Cour pénale de Bâle-Campagne a condamné l’époux à la perpétuité pour assassinat et atteinte à la paix des morts, estimant que, mortifié par la perspective d’une séparation et mû par un besoin de contrôle, par la vengeance et la colère, ce dernier avait aussi tué sa femme pour dissimuler les faits de violence conjugale. Le président du tribunal a parlé d’un problème de société : « Il s’agit là d’un féminicide. » Des membres de la famille, des amis et des militantes ont rendu hommage à la victime en formant une chaîne humaine devant le tribunal.

    https://www.swisscommunity.org/fr/nouvelles-et-medias/revue-suisse/article/feminicides-en-suisse-la-violence-a-huis-clos
    #féminicides #genre #femmes #Suisse #violence_domestique #statistiques #chiffres

  • Immigration : pourquoi le débat est‑il si peu objectif ?

    Alors que les institutions et les chercheurs multiplient la publication de #données pour rétablir la vérité factuelle, pourquoi, en matière d’#immigration, le débat démocratique est-il si peu objectif ?

    Dès qu’il s’agit d’immigration, ce sont toujours les mêmes #clichés qui reviennent : les migrants refusent de s’intégrer ; ils volent les emplois des nationaux ; ils islamisent l’Europe et « grand-remplacent » ses habitants ; ils profitent de l’« Europe passoire » pour abuser de la protection sociale ; ils feraient mieux de rester chez eux et de développer leur pays – et ainsi de suite.

    Ces #préjugés sont aussi anciens que l’immigration. Au XIXᵉ siècle, Marx et Engels débattaient déjà des effets préjudiciables de l’immigration irlandaise sur la classe ouvrière anglaise et, malgré une réalité sensiblement plus nuancée, la crainte que le travailleur étranger ne pénalise le « natif » reste ancrée dans le débat public. En France, les #stéréotypes actuels sur les immigrés d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb ressemblent beaucoup à ceux que subissaient les Italiens ou les Polonais il y a un siècle.

    Aujourd’hui comme hier, ces #idées_reçues ont des conséquences bien réelles. Elles renforcent le #rejet des immigrés et empêchent de tirer profit de leur apport économique ou démographique. En biaisant le #débat_démocratique, elles alimentent une demande pour des politiques restrictives, mais inefficaces, car en #décalage avec la réalité qu’elles prétendent gouverner.

    À titre d’exemple, malgré la nouvelle loi française sur l’immigration de janvier 2024 (« loi Darmanin »), malgré le pacte européen sur la migration et l’asile de 2024, malgré plusieurs mesures prises par le gouvernement britannique, et malgré un nouvel accord franco-britannique en été 2025, les traversées de la Manche ont atteint le chiffre de 41 000 en 2025, au plus haut depuis 2022.

    Une multiplication des efforts

    La lutte contre ces préjugés est donc une priorité pour un vaste éventail d’acteurs. Au niveau des pouvoirs publics, c’est le cas de l’Union européenne, qui s’alarme des fake news, des théories conspirationnistes, et de leurs effets sur l’adhésion au projet européen. En France, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères s’est employé à combattre les rumeurs concernant, par exemple, son soutien au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées ou régulières (ou « Pacte de Marrakech »). En 2024, c’est le premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui invalidait les idées fausses (bulos) sur le sujet devant le Parlement.

    Au niveau international, le Forum d’examen des migrations internationales qui s’est tenu à l’ONU, en mai 2026, a été l’occasion pour le secrétaire général Antonio Guterres de dénoncer la désinformation sur l’immigration. Des agences comme le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) conduisent des programmes de lutte contre les stéréotypes qui affectent les migrants et les réfugiés. Une des stratégies de ces agences est de fournir des données sur le sujet, comme en atteste la création par l’OIM du Global Migration Data Analysis Centre en 2015. L’Union européenne a publié en 2025 un « Atlas of migration », partageant cet objectif de mettre à disposition les chiffres à même de combattre les fake news.

    Plusieurs ONG et associations de premier plan (parmi lesquelles Oxfam, le Syndicat de la magistrature, Emmaüs solidarité, Médecins du monde ou Médecins sans frontières) se sont réunies autour de la chercheuse en droit des étrangers Sophie-Anne Bisiaux pour publier, en 2025, En finir avec les idées fausses sur les migrations, un ouvrage qui réfute de façon systématique un vaste éventail de préjugés. Un inventaire récent a identifié plus de 200 publications visant le même objectif depuis 1990, dont 46 en français : pour les spécialistes de l’immigration, la lutte contre les idées reçues est donc un travail à plein temps.

    Une tâche sisyphéenne ?

    Pour vulgariser les résultats de la recherche scientifique, les chercheurs font pourtant face à des obstacles importants.

    La réfutation d’une idée reçue demande sensiblement plus de temps et d’énergie que sa production : c’est la « #loi_de_Brandolini », en vertu de laquelle ceux qui débitent des inepties ont toujours un temps d’avance sur ceux qui les corrigent.

    Un second obstacle tient à la posture de l’expert ou du chercheur. Déconstruire des préjugés peut s’avérer compliqué à mettre en œuvre lorsque les « sachants » sont soupçonnés de vouloir imposer leurs vues. À l’instar du « #grand_remplacement », nombre de préjugés anti-immigration et de théories conspirationnistes sont imprégnés d’une hostilité à l’égard des élites, accusées d’être déconnectées de la réalité, voire d’agir sciemment contre les intérêts du peuple.

    Les acteurs qui se positionnent contre les idées reçues se placent enfin dans une posture défensive, qui confère paradoxalement une visibilité accrue aux préjugés. On parle d’« #effet_Streisand » pour désigner ce mécanisme par lequel, en voulant combattre la diffusion d’une idée, on contribue à la placer au centre de l’attention, voire même à la légitimer.

    Limites et ambiguïtés des chiffres

    Une stratégie éprouvée pour réfuter les idées reçues est le recours aux données produites par les statistiques publiques.

    Les chiffres indiquent par exemple que, contrairement à une affirmation fréquente, il n’y a pas beaucoup de réfugiés en France. Entre 2014 et 2020, dans le contexte de la guerre en Syrie, la France a reçu 25 000 demandes d’asile en provenance de ce pays, contre 633 000 en Allemagne. Pareil avec la guerre en Ukraine en 2022, suite à laquelle la France a protégé environ 73 000 personnes, sur un total de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens en Europe, et là où l’Allemagne et la Pologne en ont chacun accueilli autour d’un million.

    Quelques incontestables que soient ces données, force est toutefois d’admettre qu’elles n’empêchent pas l’antienne habituelle selon laquelle la France serait excessivement laxiste ou généreuse. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, tenait en septembre 2025 les propos suivants :

    « Chaque année, 500 000 personnes entrent dans notre pays. Et sur ce demi-million, seulement 50 000 viennent pour travailler. La question est simple : que font les 450 000 autres, et surtout, qui paie ? »

    Il s’agit là d’une accumulation de #contre-vérités.

    En 2024, environ 343 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en France (et non 500 000), et le taux d’emploi parmi les immigrés s’élève à environ 63 % (et non 10 %). Mais il peu probable que l’auditoire se scandalise de ces inexactitudes : ce qui compte, c’est le récit qui lui est proposé ainsi que ses valeurs sous-jacentes, fondées sur la distinction entre « eux » et « nous » et sur les difficultés socioéconomiques vécues par une partie de la population française.

    Les chiffres entraînent en outre le débat sur un terrain parfois glissant. Imaginons que la situation s’inverse et que la France accueille plus de Syriens et d’Ukrainiens que l’Allemagne, serait-ce une catastrophe ?

    Les politiques migratoires ne se résument pas aux chiffres. Elles soulèvent des questions fondamentales en termes de #valeurs. Que le nombre de réfugiés en France soit de mille ou d’un million est alors secondaire. Ce qui compte, c’est l’importance accordée à certains principes, comme le droit d’asile, et le type de société que l’on souhaite : plus ou moins ouverte sur le monde, plus ou moins cosmopolite ou solidaire.

    Ce débat-là ne peut se passer des chiffres (ce n’est pas pareil d’accueillir un millier ou un million de réfugiés), mais les interrogations qu’il pose vont bien au-delà des querelles statistiques.

    Un débat polarisé

    Une dernière difficulté soulevée par la lutte contre les idées reçues est que la méthode peut s’inverser. C’est le cas avec un livre récent du directeur d’un think tank nommé « Observatoire de l’immigration et de la démographie », Nicolas Pouvreau-Monti, très commenté depuis sa parution dans les médias marqués à droite. Intitulé Immigration, mythes et réalités, il confronte les idées reçues à l’analyse, à ceci près que ce sont cette fois les « mythes » qui seraient favorables à l’immigration, tandis que l’analyse de la « réalité » inviterait à lutter encore davantage contre l’immigration.

    La démarche n’est pas très crédible.

    D’une part, et malgré une réalité souvent complexe, l’hostilité à l’égard de l’immigration est bien présente dans la société française et une trentaine de lois ont été adoptées depuis 1980, toutes plus restrictives les unes que les autres : il est donc incorrect de dire que les idées reçues dominantes en France sont excessivement bienveillantes à l’égard de l’immigration.

    D’autre part, la « réalité » décrite par ce livre ne fait pas l’objet d’une analyse scientifique rigoureuse, car l’objectif est moins de comprendre les dynamiques migratoires que d’élaborer un programme radical en vue des élections de 2027 en France, clairement aligné sur les positions de l’extrême droite.

    En janvier 2025, cet institut disait par exemple craindre l’afflux de 580 millions de réfugiés en France, ce qui multiplierait par cinq le nombre total de personnes déplacées dans le monde (117 millions selon le HCR), et par huit la population du pays… Mais un tel scénario suppose que non seulement l’ensemble des personnes affectées par les conflits quittent leur pays, mais aussi qu’elles décident toutes de venir en France. Ces deux conditions sont aussi irréalistes l’une que l’autre, et un tel pronostic ne vise donc qu’à électriser le débat et à appeler au démantèlement du droit d’asile.

    Cette lutte inversée contre les idées reçues n’en est pas moins symptomatique d’une forte #polarisation, qui voit chaque camp délégitimer la position de son adversaire en la traitant d’idée reçue – avec le risque de ne parler qu’à ses propres coreligionnaires, et au détriment de la qualité démocratique, mais aussi de la prospérité du pays et des droits des migrants et des réfugiés.

    https://theconversation.com/immigration-pourquoi-le-debat-est-il-si-peu-objectif-282212
    #objectivité #chiffres #statistiques #dissuasion #inefficacité #migrations
    ping @karine4 @reka

  • Orientation postbac : pourquoi les femmes choisissent moins les sciences que les hommes

    Si les filles sont beaucoup moins enclines que les garçons à se diriger vers des filières scientifiques, c’est bien entendu lié pour une part à la persistance des stéréotypes de genre. Mais d’autres facteurs entrent en compte lors des processus d’orientation scolaire. Explications à partir d’une enquête de la Chaire pour l’emploi et l’entrepreneuriat des femmes (Sciences Po).

    https://theconversation.com/orientation-postbac-pourquoi-les-femmes-choisissent-moins-les-scien

    –-> je signale ici non pas pour le thème qui est mis en avant, mais pour deux critiques majeures des choix éditoriaux du titre et de la photo :
    – le titre : il n’y a que les #sciences de la vie et de la terre (dites aussi, de manière erronée et caricaturale « #sciences_dures ») qui sont considérées comme une #science... les #sciences_économiques_et_sociles (#SHS) ne seraient donc pas science... sic...
    – la photo : les sciences de la vie et de la terre... c’est des #sciences_de_laboratoire...
    https://mastodon.online/@cdb_77/115455976937808788

    #stéréotypes #idées_reçues #ESR #recherche

  • Les cyclistes commettent beaucoup moins d’#infractions que les automobilistes

    Contrairement à une idée reçue, le #taux_d'infraction des cyclistes est très largement inférieur à celui des #automobilistes. C’est en tout cas le résultat d’une étude danoise basée sur de nombreuses observations du #comportement aux #intersections.

    A l’aide de données provenant de caméras placées dans les carrefours de nombreuses grandes villes du pays, l’autorité routière du Danemark a observé le comportement des cyclistes. Le constat : en #ville, ils commettent beaucoup moins d’#infractions_routières que les automobilistes. Sur un total de 28 579 passages d’intersection par des #cyclistes, le pourcentage d’infraction est inférieur à 5% lorsqu’il existe des infrastructures cyclables, 14% lorsqu’elles sont inexistantes. L’infraction la plus répandue à vélo est le déplacement sur le #trottoir.

    Parallèlement, les autorités routières danoises ont recensé un taux d’infraction de 66% chez les automobilistes en ville, principalement des #excès_de_vitesse. Les conclusions sont les mêmes que celles d’une étude parue l’année dernière, cette fois sur un échantillon de 80 000 passages d’intersections. A Londres, une étude conduite il y a quelques années par l’autorité des transports, concluait qu’environ 16% des cyclistes y commettent des infractions.

    Les infractions des cyclistes, moins nombreuses mais plus visibles que celles des automobilistes

    Le constat peut étonner. Les cyclistes ont souvent la réputation de prendre de nombreuses libertés avec le code de la route, notamment de griller des feux rouges. C’est surtout que les infractions commises par des cyclistes sont en général plus #visibles : griller un #feu_rouge ou rouler sur un trottoir se voit davantage que les infractions commises régulièrement par des automobilistes en ville : excès de vitesse, refus de priorité à un passage piéton, usage de klaxon en absence de danger immédiat, oubli de clignotant, dépassement d’un cycliste à moins d’un mètre. Ces infractions sont souvent trop peu visibles ou trop habituelles pour être remarquées. En outre, de nombreux feux rouges en villes sont équipés de panneaux autorisant les cyclistes à passer, souvent pour tourner à droite, ce qui peut donner l’illusion d’une infraction.

    On ne dispose malheureusement pas encore d’études de ce type en France. On sait cependant que les infractions commises par les automobilistes y sont nombreuses. Selon la plupart des tests effectués, en l’absence de ralentisseurs, d’embouteillages ou de radars, une majorité d’automobilistes français ne respecte pas les zones 30. Et les remontées de données de vitesse des véhicules en free floating des villes européennes montrent que selon les villes, la limite de 50 km/h en ville est franchie dans 35% à 75% des cas.

    L’influence des #pistes_cyclables

    Le nombre d’infractions commises par les cyclistes baisse drastiquement en présence de pistes cyclables. Au Danemark, le taux d’infraction est même trois fois moins élevé. Mais les #infrastructures_cyclables ont également un impact positif sur la #mortalité_routière urbaine en général.

    Des chercheurs de l’Université de Denver ont analysé les données d’accidentologie de 24 grandes villes américaines sur une période de treize ans en étudiant les variables sociologiques, démographiques et leurs infrastructures. Selon leurs conclusions, le facteur le plus influent dans la baisse du nombre de morts sur les routes est l’existence de pistes cyclables. Plus une ville comporte d’infrastructures cyclables, plus ses rues sont sûres pour la totalité de ses habitants (pas seulement pour les cyclistes).

    Selon l’étude, ce type d’#infrastructure dans les villes y réduit la mortalité routière de 44% en moyenne et le nombre d’accidents graves de 50%. A Portland, où de nombreuses pistes cyclables ont été installées, la mortalité a même été réduite de 75% entre 1990 et 2015. La ville de Davis en Californie, considérée par beaucoup comme la capitale du vélo aux Etats-Unis, est également celle où la proportion de morts sur la route par habitant est la plus faible du pays, dix fois inférieure à la moyenne nationale.

    En Europe également, selon une étude de l’OCDE, plus une ville est équipée de pistes cyclables, plus le risque d’un accident mortel est faible : https://www.itf-oecd.org/sites/default/files/docs/road-safety-european-cities-performance-indicators.pdf

    https://www.liberation.fr/planete/2019/07/04/les-cyclistes-commettent-beaucoup-moins-d-infractions-que-les-automobilis
    #vélos #voitures #idées-reçus #stéréotypes #mobilité #mobilité_douce #urbanisme #géographie_urbaine

    ping @reka

  • #Diella, première #ministre artificielle en #Albanie : le #piège de la #féminisation des #IA

    Pour la première fois dans l’histoire, une intelligence artificielle a fait en Albanie son entrée au sein d’un #gouvernement. Au-delà des questionnements sur la place des IA dans la #décision_publique, la nomination de Diella comme ministre chargée des #marchés_publics suscite des interrogations sur la féminisation quasi systématique des avatars IA. Cette pratique trompeuse qui entretient les #stéréotypes de #genre perpétue l’#objectification des femmes et facilite la #manipulation.

    Le gouvernement albanais vient de créer la surprise en nommant Diella, une intelligence artificielle (IA), au poste de ministre des marchés publics. Présentée comme un atout dans la lutte contre la #corruption, Diella serait chargée d’analyser les #appels_d’offres, repérer les #conflits_d’intérêts et garantir l’#impartialité des #décisions_publiques.

    Cette initiative inédite marque une étape historique. Pour la première fois, une IA entre officiellement dans un gouvernement, ici, sous les traits d’un #avatar_numérique féminin. Mais au-delà du coup médiatique, et des questionnements éthiques que peut soulever cette nomination – peut-on vraiment gouverner avec une IA ?, elle suscite des interrogations fondamentales sur la féminisation quasi systématique des agents IA.

    Pourquoi Diella est-elle une #femme artificielle ? Et quelles sont les implications de cette féminisation de l’IA ?

    Diella : un cas d’école problématique

    L’IA a déjà été utilisée comme outil de gouvernance. Certaines villes se servent, par exemple, des #algorithmes pour optimiser les #transports ou pour détecter la #fraude. Mais en nommant une IA au rang de ministre, l’Albanie franchit une étape symbolique majeure : plus qu’un outil, elle devient une #figure féminine publique, censée incarner des #valeurs de #transparence et de #justice.

    La #promesse est séduisante : même si une IA peut reproduire ou amplifier les #biais de ceux qui l’ont programmée, une machine ne peut, en théorie, ni accepter de pots-de-vin ni favoriser des proches. Elle paraît offrir une garantie d’impartialité dans un pays où les scandales de corruption entachent la vie politique. L’Albanie est, en effet, classée 80e sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption, selon Transparency International.

    Mais cette vision occulte un problème central : les conséquences éthiques de la féminisation de l’IA sont loin d’être anodines.

    Pourquoi les IA sont-elles presque toujours féminines ?

    Depuis #Siri (Apple), #Alexa (Amazon) #Cortana (Microsoft) ou encore #Sophia, le premier robot ayant obtenu la nationalité saoudienne en 2017, la plupart des assistants virtuels et robots intelligents ont été dotés d’une voix, d’un visage, d’un corps ou d’un prénom féminins. Ce n’est pas un hasard.

    Dans une première recherche sur la question, nous avons montré que nous percevons les bots féminins comme plus chaleureux, plus dignes de confiance, voire même plus humains que leurs équivalents masculins.

    Pourquoi ? Parce que les femmes sont, en moyenne, perçues comme plus chaleureuses et plus susceptibles d’éprouver des #émotions que les hommes… et ces qualités font défaut aux machines. La féminisation des objets en IA contribue donc à humaniser ces objets.

    Cette féminisation s’appuie sur des stéréotypes bien ancrés : la femme serait « naturellement » plus douce, attentive et empathique. En dotant leurs machines de ces attributs, les concepteurs compensent la froideur et l’artificialité des algorithmes et facilitent leur acceptation et leur adoption.

    Quand la féminisation devient #manipulation

    Mais cette pratique soulève des problèmes éthiques majeurs, que j’ai développés dans un article récent publié dans les pages du Journal of Business Ethics.

    Cet article compare les implications éthiques de l’usage d’attributs genrés et sexués féminins dans deux contextes. D’un côté, la #publicité, où l’on recourt depuis longtemps à des #représentations_féminines idéalisées pour séduire les consommateurs. De l’autre, les agents IA, qui reprennent aujourd’hui ces mêmes codes. Cette mise en parallèle permet de montrer que, dans les deux cas, la féminisation engendre trois dangers majeurs : #tromperie, #objectification, et #discrimination.

    - La tromperie et la manipulation

    Attribuer artificiellement des caractéristiques humaines et féminines à des machines exploite nos réactions inconscientes et automatiques aux traits néoténiques (caractéristiques juvéniles associées aux traits féminins comme les yeux ronds, des traits arrondis) qui évoquent inconsciemment l’innocence et, donc, l’honnêteté et la sincérité.

    Cette manipulation subtile pourrait faciliter l’acceptation de décisions algorithmiques potentiellement problématiques. Une IA féminisée fait croire qu’elle est plus humaine, plus empathique, plus « digne de confiance ». Or, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un programme informatique, sans émotions ni conscience – question qui commence à être discutée –, dont les décisions peuvent être biaisées voire instrumentalisées.

    – L’objectification littérale

    Contrairement à la publicité qui compare métaphoriquement les femmes à des objets, l’intelligence artificielle va plus loin : elle transforme littéralement la femme en objet programmable (une machine, un algorithme). Les IA féminines réduisent les attributs féminins à de simples outils de service : des machines obéissantes, disponibles en permanence. Cette mécanisation de la féminité reproduit et amplifie les logiques publicitaires d’objectification, mais avec une dimension inédite : l’interactivité.

    Résultat, des chercheurs relèvent la persistance de propos agressifs et à caractère sexuel dans les interactions avec ces assistantes, normalisant ainsi des comportements abusifs envers les « femmes-machines » qui risquent de se reporter sur les vraies femmes… In fine, l’humanisation et la féminisation de l’IA peut paradoxalement conduire à une déshumanisation accrue des femmes.

    - La perpétuation de stéréotypes

    À première vue, Diella pourrait apparaître comme une victoire symbolique : une femme – même virtuelle – accède à un poste de ministre. Dans un pays où la politique reste dominée par les hommes, et alors que la plupart des IA féminines sont des assistantes, certains y verront un signe d’égalité.

    Mais cette lecture naïve et optimiste occulte un paradoxe. Alors que les femmes réelles peinent à accéder aux plus hautes fonctions dans de nombreux gouvernements, c’est une femme artificielle qui incarne l’intégrité au pouvoir. Surnommée « la servante des marchés publics », c’est en réalité une femme sans pouvoir d’agir. On retrouve ici un vieux schéma : « l’Ève artificielle », façonnée pour correspondre à un idéal de docilité et de pureté. Une ministre parfaite, car obéissante et inaltérable… et qui ne remettra jamais en cause le système qui l’a créée.

    L’IA au féminin, sainte dévouée ou Ève manipulatrice

    La féminisation des IA repose en réalité sur deux tropes profondément enracinés dans notre imaginaire, qui réduisent l’identité féminine à l’archétype de la sainte dévouée ou de l’Ève manipulatrice.

    La #sainte_dévouée, c’est l’image de la femme pure, obéissante, entièrement tournée vers les autres. Dans le cas de Diella, elle se manifeste par une promesse de transparence et de loyauté absolue, une figure de vertu incorruptible au service de l’État et de son peuple.

    La représentation visuelle de Diella rappelle d’ailleurs fortement l’iconographie de la Vierge Marie : visage doux, regard baissé, attitude humble, et voile blanc. Ces codes esthétiques religieux associent cette IA à une figure de pureté et de dévouement absolu. Mais en faisant de l’IA une figure féminine idéalisée et docile, on alimente un sexisme bienveillant qui enferme les femmes réelles dans ces mêmes stéréotypes.

    L’Ève manipulatrice : dans la culture populaire, la confiance accordée à une IA féminisée se transforme en soupçon de tromperie ou de danger. Exemple emblématique : le film de science-fiction Ex Machina, dans lequel le héros est dupé par une IA dont il tombe amoureux.

    Si Diella venait à servir d’instrument politique pour justifier certaines décisions opaques, elle pourrait elle aussi être perçue sous ce prisme : non plus comme une garante de transparence, mais comme une figure de dissimulation.

    Ces deux représentations contradictoires – la vierge sacrificielle et la séductrice perfide – continuent de structurer nos perceptions des femmes et se projettent désormais sur des artefacts technologiques, alimentant une boucle qui influence à son tour la manière dont les femmes réelles sont perçues.

    Pour une IA non humanisée et non genrée

    Plutôt que d’humaniser et de genrer l’IA, assumons-la comme une nouvelle espèce technologique : ni homme ni femme, ni humaine ni divine, mais un outil distinct, pensé pour compléter nos capacités et non pour les imiter. Cela suppose de lui donner une apparence et une voix non humaines, afin d’éviter toute confusion, toute tromperie et toute manipulation.

    Le développement des IA devrait s’appuyer sur une transparence totale, en représentant l’IA pour ce qu’elle est vraiment, à savoir un algorithme.

    Enfin, les concepteurs devraient rendre publics la composition de leurs équipes, les publics visés, les choix de conception. Car, derrière l’apparente neutralité des algorithmes et de leur interface, il y a toujours des décisions humaines, culturelles et politiques.

    L’arrivée de Diella au gouvernement albanais doit ouvrir un débat de fond : comment voulons-nous représenter l’IA ? Alors que ces technologies occupent une place croissante dans nos vies, il est urgent de réfléchir à la façon dont leur représentation façonne nos démocraties et nos relations humaines.

    https://theconversation.com/diella-premiere-ministre-artificielle-en-albanie-le-piege-de-la-fem
    #AI #intelligence_artificielle

  • La féminisation « empêchée » des filières informatiques et numériques en écoles d’ingénieurs - Un découragement scolaire lié aux violences sexistes et sexuelles | Marion Flécher, Éducation & formations, 2025
    https://shs.cairn.info/revue-education-formations-2025-1-page-29

    Les chiffres témoignent en effet du caractère « transgressif » de cette orientation scolaire qui ne revêt pas le même sens pour les garçons et les filles. Alors que les premiers vont être principalement découragés par un membre du corps enseignant (75 % des hommes des filières numériques contre 59 % des femmes) sur des motifs liés à leur niveau scolaire (49 % des hommes ont répondu avoir entendu des arguments du type : « tu n’as pas le niveau, c’est trop difficile », contre 38 % des femmes), les #filles, qui ont de meilleurs résultats scolaires, vont être plus souvent découragées par leur entourage familial (36 % des femmes interrogées contre 20 % des hommes) à travers des arguments qui ont trait à l’hostilité potentielle du milieu (« ce n’est pas un métier de femmes » ; « le milieu où tu vas te retrouver sera hostile »).

    Si les politiques éducatives échouent à créer plus de mixité, c’est donc peut-être parce qu’elles prennent peu en compte le fait que l’entourage familial veut protéger les filles de ce milieu masculin – et qu’il a de bonne raison de le faire. Car si le fait d’être « rares » peut constituer un avantage permettant à certaines femmes de tirer leur épingle du jeu (Collet & Mosconi, 2010 ; Lemarchant, 2017 ; Flécher, 2024), plusieurs travaux soulignent combien il peut être difficile, pour les femmes, de faire leur place dans un entre-soi masculin marqué par l’humour grivois et les blagues à caractère sexuel (Gallioz, 2007 ; Pruvost, 2007 ; Zolesio, 2009).

    [...]

    Conclusion
    Si les #femmes sont globalement sous-représentées dans les filières techniques et scientifiques, toutes les disciplines ne sont pas touchées de la même manière. Pourtant, ce n’est pas par manque de curiosité ou de goût pour la discipline que les femmes se dirigent moins souvent vers les filières les plus techniques et formelles comme la physique ou l’#informatique et le numérique. L’enquête révèle qu’il s’agit bien plutôt d’une affaire de découragements multiples : non seulement les femmes sont moins encouragées (par leur socialisation familiale, les enseignants et enseignantes ou par le manque de figures d’identification féminines) à s’orienter dans ces filières, mais elles y sont même explicitement découragées par leur entourage proche, notamment en ce que ces filières constitueraient un milieu hostile pour les femmes. Cet argument n’est pas complètement sans fondement puisque les situations de #sexisme et de harcèlement sexuel sont effectivement plus fréquentes que dans les autres filières et que les écoles communiquent peu sur les dispositifs de signalement qui existent pour reporter des situations problématiques et pour protéger les femmes des possibles répercussions. Les défis de la féminisation de ces filières sont donc à la fois antérieurs aux choix d’orientation, tant ils sont ancrés dans des #stéréotypes de genre fortement intériorisés, mais résident aussi dans le manque de prise en charge, par les institutions qui forment les femmes à ces disciplines, des violences sexistes et sexuelles [#vss] qui y sévissent et qui semblent continuer à en faire des environnements masculins défavorables aux femmes (Dupuy & Sarfati, 2024). Aussi peut-on raisonnablement supposer que tant que les écoles ne deviendront pas des endroits plus sûrs pour les filles, peu de choses évolueront.

  • Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests [2017]
    https://www.science.org/doi/10.1126/science.aah6524

    The results suggest that children’s ideas about brilliance exhibit rapid changes over the period from ages 5 to 7. At 5, boys and girls associated brilliance with their own gender to a similar extent (...). The high scores are consistent with the overwhelming in-group positivity previously observed in boys and (especially) girls across early and middle childhood. Despite this strong tendency to view one’s gender in a positive light, girls aged 6 and 7 were significantly less likely than boys to associate brilliance with their own gender (...). Thus, the “brilliance = males” stereotype may be familiar to, and endorsed by, children as young as 6. The stereotype associating females with being nice seems to follow a similar developmental trajectory.

    [...] In contrast with the drop in brilliance scores, there was no significant difference between younger and older girls in the likelihood of selecting other girls as having top grades (...). Older girls were actually more likely to select girls as having top grades than older boys were to select boys (...), consistent with the reality that girls get better grades in school than boys at this age. Nevertheless, there was no significant correlation between girls’ perceptions of school achievement and their perceptions of brilliance (...). Thus, girls’ ideas about who is brilliant are not rooted in their perceptions of who performs well in school. [However, other aspects of children’s experiences in school, such as teachers’ attitudes and biases, may still be implicated in the development of this stereotype.]

    #stéréotypes #filles

  • Politiques publiques : passer de l’#IA… à la #dénumérisation

    L’intelligence artificielle et son monde est en train de prendre la main sur les #politiques_publiques, au risque de nous laisser sans échappatoire, alerte Dan McQuillan.

    L’IA prédictive comme générative semble offrir une multitude d’avantages à l’élaboration des politiques publiques : de l’analyse de données complexes à l’optimisation des ressources. Elle semble à la fois être capable d’apporter une vision globale et d’identifier les leviers permettant de la modifier. Recourir à l’IA signifie mettre en place des politiques conduites par les données, ce qui permet d’assurer une forme d’#objectivité, notamment quant il s’agit de rationner le #service_public

    Mais, cette production de solutions politiques semble oublier que l’IA est incapable de résoudre les #problèmes_structurels. Elle propose des #solutions_performatives qui obscurcissent et amplifient les problèmes, explique l’iconoclaste #Dan_MacQuillan dans un article pour la Joseph Rowntree Foundation, une association britannique de lutte contre la pauvreté, qui a initié une réflexion sur l’usage de l’IA pour le #bien_public. Dan McQuillan est maître de conférence au département d’informatique de l’université Goldsmiths de Londres. Il est l’auteur de Resisting AI, an anti-fascist approach to artificial intelligence (Résister à l’IA, une approche anti-fasciste de l’intelligence artificielle, Bristol University Press, 2022, non traduit) dont nous avions déjà parlé.

    McQuillan rappelle que l’IA, par principe, consiste à produire des #corrélations réductrices plutôt que des analyses causales. « La complexité de l’IA introduit une #opacité fondamentale dans le lien entre les #données_d’entrée et les #résultats, rendant impossible de déterminer précisément pourquoi elle a généré un résultat particulier, empêchant ainsi toute voie de recours. Ce phénomène est aggravé dans les applications concrètes, où les résultats apparemment fiables de l’IA peuvent devenir auto-réalisateurs. Un #algorithme d’apprentissage automatique qualifiant une famille de « difficile » peut ainsi créer une #boucle_de_rétroaction entre les membres de la famille et les #services_sociaux. De cette manière, l’IA imite des phénomènes sociologiques bien connus, tels que les #stéréotypes et la #stigmatisation, mais à grande échelle ». Ses inférences au final renforcent les #stratifications_sociales de la société comme pour les rendre acceptables.

    Or, rappelle le chercheur, « une bonne politique doit impérativement être ancrée dans la réalité ». C’est pourtant bien ce lien que rompent les calculs de l’IA, à l’image des #hallucinations. Celles-ci proviennent du fait que l’IA repose sur l’#imitation_du_langage plutôt que sa #compréhension. Le même principe s’applique à toutes les #prédictions ou #classifications que produit l’IA. « Que l’IA soit appliquée directement pour prédire la #fraude aux #aides_sociales ou simplement utilisée par un décideur politique pour « dialoguer » avec une multitude de documents politiques, elle dégrade la #fiabilité des résultats ».

    Des données probantes suggèrent déjà que l’imbrication des #algorithmes dans les solutions politiques conduit à une appréciation arbitraire de l’#injustice et de la #cruauté. Les #scandales abondent, de #Robodebt en Australie à l’affaire des allocations familiales aux Pays-Bas, qui auraient tous pu être évités en écoutant la voix des personnes concernées. Mais l’IA introduit une #injustice_épistémique, où la capacité des individus à connaître leur propre situation est dévaluée par rapport aux abstractions algorithmiques. Si l’IA, comme la #bureaucratie, est présentée comme une forme généralisée et orientée vers un objectif de processus rationnel, elle engendre en réalité de l’#inconscience : l’incapacité à critiquer les instructions, le manque de #réflexion sur les conséquences et l’adhésion à la croyance que l’ordre est correctement appliqué. Pire encore, l’IA dite générative offre la capacité supplémentaire de simuler une large consultation, que ce soit par « l’interprétation » hallucinatoire d’un grand nombre de soumissions publiques ou par la simulation littérale d’un public virtuel et prétendument plus diversifié en remplaçant des personnes réelles par des avatars d’#IA_générative. Une technique, qui, si elle a l’avantage de réduire les coûts, est dénoncée par des chercheurs comme contraire aux valeurs mêmes de l’enquête et de la recherche, rappelait Scientific American. « L’approche technocratique mise en œuvre par l’IA est à l’opposé d’un mécanisme réactif aux aléas de l’#expérience_vécue », explique McQuillan. « L’IA n’est jamais responsable, car elle n’est pas responsable ». Si l’on considère les attributs de l’IA dans leur ensemble, son application à l’élaboration des politiques publiques ou comme outil politique aggravera l’#injustice_sociale, prédit le chercheur. L’apport de l’IA à l’ordre social ne consiste pas à générer des arrangements de pouvoir alternatifs, mais à mettre en place des mécanismes de classification, de #hiérarchisation et d’#exclusion.

    Chaque signalement par l’IA d’un risque de #fraude, d’un classement d’une personne dans une catégorie, mobilise une vision du monde qui privilégie des #représentations_abstraites à la complexité des relations vécues, et ce dans l’intérêt des institutions et non des individus. « Imprégnées des injustices criantes du #statu_quo, les solutions de l’IA tendent inexorablement vers la #nécropolitique, c’est-à-dire vers des formes de prise de décision qui modifient la répartition des chances de vie par des désignations de disponibilité relative. Détourner massivement les individus des parcours éducatifs ou des prestations sociales dont ils ont besoin pour survivre, par exemple, constitue un #filtre_algorithmique pour déterminer qui est bienvenu dans la société et qui ne l’est pas ».

    Le problème, c’est que la pression sur les décideurs politiques à adopter l’IA est immense, non seulement parce que ses #biais viennent confirmer les leurs, mais plus encore du fait des engagements commerciaux et des promesses économiques que représente le développement de ce secteur. Et McQuillan de regretter que cette orientation nous éloigne de l’enjeu éthique qui devrait être au cœur des politiques publiques. La politique s’intéresse de moins en moins aux injustices structurelles de la société. « Un monde où l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques reposent sur l’IA est aussi un monde qui confère un #pouvoir considérable à la petite poignée d’entreprises capables de disposer de ces ressources ». Par essence, « l’adoption de l’IA constitue un engagement en faveur de l’#extractivisme et d’un transfert de contrôle à un niveau qui supplante toute politique réelle ».

    En fait, explique McQuillan, adopter l’IA dans l’élaboration des politiques publiques revient à soumettre les politiques à des agendas corporatifs et idéologiques plus vastes (à savoir se soumettre à ceux qui ont déjà décidé que l’avenir de la civilisation réside dans l’intelligence artificielle générale (IAG), ceux qui ont décidé que la meilleure réponse à la crise structurelle est de la masquer sous le battage médiatique de l’IA, et ceux qui ont conclu que le meilleur moyen de maintenir les revenus en période de récession mondiale est de remplacer les travailleurs réels par des émulations d’IA de mauvaise qualité). L’impact net de l’IA dans l’élaboration des politiques la rendrait plus précaire et favoriserait l’externalisation et la #privatisation sous couvert d’une #technologie surmédiatisée. Il s’agit d’une forme de « #stratégie_du_choc », où le sentiment d’urgence généré par une technologie prétendument transformatrice du monde est utilisé comme une opportunité pour l’#emprise des entreprises et pour transformer les systèmes sociaux dans des directions ouvertement autoritaires, sans réflexion ni débat démocratique.

    Pour Dan McQuillan, plutôt que de se demander comment l’IA va imprégner l’élaboration des politiques, il faudrait se concentrer sur des politiques publiques qui favorisent la dénumérisation. C’est-à-dire favoriser une stratégie sociotechnique de réduction de la #dépendance à l’échelle computationnelle, de participation maximale des communautés concernées et de reconnaissance accrue du fait que le raisonnement computationnel ne saurait se substituer aux questions politiques exigeant un jugement réfléchi et perspicace. L’IA, en tant qu’appareil de calcul, de concepts et d’investissements, est l’apothéose de la « vue d’en haut », l’abstraction désincarnée du savoir privilégié qui empoisonne déjà nombre de formes d’élaboration des politiques. Pour McQuillan, un pivot vers la « #décomputation » est une façon de réaffirmer la valeur des #connaissances_situées et du contexte sur le seul passage à l’échelle. Contrairement aux prédictions et simulations de l’IA, notre réalité commune est complexe et intriquée, et la théorie ne permet pas de prédire l’avenir. Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas progresser vers des objectifs tels que la justice sociale et une transition juste, mais la dénumérisation suggère de les aborder de manière à la fois itérative et participative. Le véritable travail de restructuration réoriente l’attention des technologies toxiques vers le développement de techniques de #redistribution du #pouvoir_social, telles que les #conseils_populaires et les #assemblées_populaires. Bref, pour sortir de l’enfermement des politiques publiques de l’abstraction qu’impose l’IA, il faut prendre un virage contraire, suggère McQuillan. Un constat qui n’est pas si éloigné de celui que dresse le chercheur Arvind Narayanan quand il invite à limiter l’emprise du calcul sur le social, même s’il est exprimé ici d’une manière bien plus radicale.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/10/07/politiques-publiques-passer-de-lia-a-la-denumerisation
    #intelligence_artificielle #AI

  • Deuxième #rapport Le #sexisme dans la #publicité française
    (sorti en 2023, ici pour archivage)

    Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) publie le deuxième rapport de son Observatoire de la Publicité Sexiste intitulé Le sexisme dans la publicité française, 2022-2023. Ce rapport fait suite à une première version publiée en 2021 et montre que les mauvaises pratiques constatées à l’époque restent de mise, voire se renforcent. L’autorégulation publicitaire est un échec : la publicité française contribue à perpétuer les stéréotypes et les injonctions de genre les plus ridicules et les plus violentes.

    De mars 2022 à mars 2023, R.A.P. a mis en ligne un formulaire permettant aux citoyen·nes de dénoncer et documenter des #publicités_sexistes subies dans leur quotidien. En un an, sur 285 contributions provenant de toute la France, 87 % ciblent le genre féminin. L’analyse précise de ces contributions montre que les techniques et les mises en scène observées entre 2019 et 2020 restent utilisées par le secteur publicitaire. Les secteurs d’activité les plus représentés sont ceux de l’#habillement et de la #parfumerie (55 %) ainsi que l’#hygiène et la #beauté (18,5 %) qui constituent à eux seuls presque trois-quart des publicités jugées sexistes dans l’échantillon. Cette prédominance annonce déjà le rôle de l’esthétisme et de l’apparence dans le « #publisexisme ».

    L’ensemble des #stéréotypes et #injonctions_sexistes véhiculés par la publicité est majoritairement propagé par les #images, quoique des #slogans sexistes continuent d’être diffusés. Des #femmes_sexualisées, y sont représentées dans des postures de #séduction et/ou de #soumission. Elles y apparaissent en général comme mises à nues, fragmentées, infantilisées, érotisées, et réduites à être traités comme des objets plutôt que comme des sujets, Les #corps représentés répondent aux mêmes #normes_discriminantes (#minceur, #blanchité, #jeunesse, #épilation) et/ou irréalistes (par l’emploi de mannequins et le recours systématique à la #retouche_photographique) que précédemment. Quand, parfois, des corps moins normés sont représentés, c’est pour être soumis à de semblables traitements sexualisants. Les #hommes restent dans le rôle du sachant, fort et protecteur. Autres éléments, le modèle du #couple est systématiquement hétéronormé et le partage des tâches toujours aussi genré.

    Face à ces #abus persistants, le rapport conclut que les mesures censées réguler l’industrie publicitaire sont insuffisantes : mentions légales, chartes de bonne conduite et instances d’ « autorégulation » échouent à filtrer ou contrebalancer ces campagnes. C’est pourquoi R.A.P. préconise la création d’une autorité indépendante, dotée de réels pouvoir de régulation ; l’inscription de l’interdiction du sexisme publicitaire dans la loi ; l’#interdiction de la #représentation_des_corps (entiers ou morcelés, humains ou humanoïdes, réalistes ou caricaturés) en publicité. « Face à un publisexisme qui se perpétue et s’accommode de toutes les chartes ou comités d’éthique, il nous faut des lois. Si la publicité prétend nous transmettre des informations sur des produits, ce sont les produits qu’elle doit montrer », déclare Jeanne Guien, porte parole de R.A.P.

    https://antipub.org/rapport-sexisme-dans-la-publicite-francaise-2
    #France

  • La littérature jeunesse française et les #stéréotypes_de_genre : Gender by the Book, de Julie Fette
    https://album50.hypotheses.org/10342
    Sur #l'école_des_loisirs

    Dans cette deuxième phase de son livre, Julie Fette s’attaque à forte partie. En effet, comme elle est étrangère, elle se questionne (ce que nous ne faisons sans doute plus) sur l’étonnante suprématie des abonnements “Max” proposés aux élèves des écoles françaises. Comment expliquer cette présence massive et incontestée de l’École des loisirs dans les classes des écoles publiques et ce d’autant plus que les livres de ce même éditeur sont déjà surreprésentés dans les listes de titres conseillés par l’Éducation Nationale ?

    Julie Fette commence donc par faire un très complet historique de l’École des loisirs, que là encore je conseille à toutes celles et tous ceux qui débutent en #littérature_jeunesse et veulent en savoir plus sur cet éditeur à la position dominante (il faut aussi aller voir sur le site de la BM de Lyon). Les Éditions de l’École, crées en 1922, vendent directement aux écoles privées (catholiques). Raymond Fabry, qui a créé la maison, a en effet d’abord été employé d’une école catholique du sud-ouest. La loi de 1959, dit loi Debré, qui aligne les programmes de l’école privée sous contrat avec ceux de l’Éducation Nationale (en échange d’une prise en charge du salaire des enseignants du privé par l’État : le hold-up du siècle en fait !) rend la position de l’éditeur plus fragile. C’est à cette époque que la direction s’adjoint les service d’un jeune stagiaire suisse, Arthur Hubschmid, pour ses compétences techniques ; c’est lui qui va les mener sur la voie de ce qui deviendra “l’école des loisirs”, succursale qui finit par supplanter la maison mère. La Foire de Frankfurt de 1963, qui lui donne cette idée, est dominée par les éditeurs américains, qui à cette époque font plus de la moitié de leur chiffre avec des livres pour enfants, à une époque où la Bibliothèque du Congrès vient d’ouvrir son Centre de Littérature jeunesse. Or le démarchage direct des écoles a toujours été le cœur des éditions de l’école : ça va le rester pour l’École des loisirs.

    L’École des loisirs se lance à un moment-clé : en même temps que l’ouverture de la Joie par les Livres (1965), le lancement de Pomme d’Api par Bayard, etc. Le livre de Sophie Heywood consacré à Hachette, dont j’ai longuement rendu compte sur ce carnet de recherche, souligne lui aussi l’importance de cette époque charnière pour l’édition jeunesse. C’est une affaire de famille : le fondateur Raymond Fabry passera la main à son fils Jean Fabry et à son genre Jean Delas [en fait : son gendre Jean Fabre... oui le duo de direction c’était Jean Fabry et Jean Fabre, ndl], qui s’associent à leur tour à Jean Delas, petit-fils du fondateur ; aujourd’hui, son fils Louis Delas les a rejoints. Cette structure familiale les a tenus à l’écart des logiques purement industrielles capitalistiques et leur a permis de mener des politiques d’auteur de long terme. En 1981 ils ont l’idée des abonnements sur un modèle de l’éditeur japonais Kukuikan Shoten, alors que les autres “clubs de livres” ne marchent pas très bien en France. L’idée majeure de l’École des loisirs, d’est d’aller chercheur leurs lecteurs là où ils sont le plus et le plus souvent, l’école – alors qu’ils n’auront jamais le moindre agrément officiel de l’État ! Ils créent le premier réseau de 300 « animatrices » qui démarchent les écoles, initialement pour compenser le faible nombre de points de vente de livres pour enfants (c’est vraiment le tout début des librairies spécialisées jeunesse). Les livres constituant l’offre d’abonnement “Max” sont pris dans des nouveautés de plus de 9 mois, ou dans le « fonds ». Julie Fette, après d’autres, évoque la relative culture du secret sur le fonctionnement de ces abonnements et les bénéfices que l’École des loisirs en tire… on parle de 650 000 abonnements par an.

    Comme ce format de vente par abonnements directs boycotte complètement la « chaîne du livre » et crée un manque à gagner pour les libraires, les protestations ne manquent pas au fil du temps. Les éditeurs concurrents ont essayé d’autres formules : Julie Fette étudie ainsi la tentative « Le livreur d’histoires » montée conjointement par Gallimard, Flammarion, Casterman et Sarbacane, avec retrait en librairie, mais ça fait un flop. Voilà pour l’histoire des collections d’abonnements “Max”. Après cet historique, la chercheuse rend compte d’entretiens et d’enquêtes portant sur l’esprit de la maison et de ses publications. Là encore, c’est remarquable : rigoureux, et implacable.

    Le cœur de l’identité de l’École des loisirs est son attachement à l’universalisme. La maison prétend se vouer à la démocratisation de la littératie et de la culture, en ne publiant que des “livres de qualité” : en quelque sorte, elle fait œuvre de salut public. Cet « universalisme » interdit a priori de se poser des questions sur des catégories comme le genre et la race, supposées ne pas constituer de différences… Les albums de l’École des loisirs se veulent « populaires mais pas vulgaires » (ce qui, à mon avis, est une trace de subtil mépris de classe).

    Les critères de l’éditeur sont au nombre de 4 : une approche artisanale de la production ; une valorisation des auteurs canoniques ; une insistance sur la liberté de création des auteurs ; une mise en avant du plaisir de lire, au détriment de toute mission politique ou didactique. Dans les faits, les abonnement “Max” recourent beaucoup aux séries (internes à la maison), alors même que le discours des éditeurs voue les séries aux gémonies (il y aurait donc des bonnes et des mauvaises séries ?…). Le contenu des abonnements, même aujourd’hui, montre une profonde nostalgie pour des auteurs de la fin du XXe siècle (on peut s’étonner par exemple, nous dit la chercheuse, de la persistance de l’attachement aux Mellops de Tomi Ungerer, alors que cette œuvre de jeunesse pose pas mal de questions [de sexisme]). Les éditeurs rencontrés par Julie Fette refusent catégoriquement l’idée d’œuvres « de commande », car dans leur esprit cette formule est systématiquement associée à de “mauvais livres”.

    Or, malgré cette affirmation répétée d’un attachement aux « bons » livres, Julie Fette constate que les livres de ces abonnements véhiculent beaucoup de stéréotypes de genre. Par ailleurs, comme l’a montré une étude de Claude Combet, 123 auteurs de la maison ont publié plus de 10 livres à l’École des loisirs : est-ce que ce catalogue ne constituerait pas un “entre-soi” empêchant l’expression de voix plus diverses ?… Enfin, Julie Fette constate qu’aujourd’hui, l’École des loisirs développe encore davantage son entrisme au sein de l’Éducation Nationale, en multipliant les offres (formation, site, catalogue classés par cycle scolaire, mais pas seulement : le jour-même où je rédige ce billet, je reçois un offre “enseignants” de l’École des loisirs vantant son “Le Rallye lecture – Projet Pédagogique 2025-2026”), ce qui finit par contredire un peu les affirmations de livres « non éducatifs et non didactiques ». Ainsi, bien que brandissant le slogan de livres destinés à former les citoyens, ces livres n’attachent aucun intérêt à la représentation équitable des genres, ce qui pose question.

    Les éditeurs prétendent rejeter le « conformisme » ou le « consensus », qui serait forcément “mou” ; ils lui opposent la littérature « de qualité » – comme si l’égalité de représentation pouvait nuire à la qualité. L’universalisme est brandi comme un rempart contre toute forme de “propagande” : les éditeurs interrogés par Julie Fette lui ont affirmé préférer « universel » à « endoctriné ». Universel, sans doute, comme unifié, transcendant, atemporel…

    Sans naïveté, la chercheuse constate que la dimension pédagogique, déniée tout en étant constamment réaffirmée dans les faits, est un argument commercial évident de l’École des loisirs, de même que le mythe de “l’universalisme”, qui en dit long sur les attentes des enseignants et des familles.

    Ce ne serait finalement pas si embarrassant si les enseignants d’école primaire n’étaient pas notoirement sous-formés en littérature jeunesse. Faute d’une formation systématique et exigeante, les enseignants se rabattent sur les listes préconisées par Eduscol, le site de référence de l’Éducation Nationale, qui survalorise les productions de l’École des loisirs à l’intention d’enseignants qui disposent de peur de critères pour prendre de la hauteur – quand ce n’est pas à ce même éditeur que l’institution confie la formation desdits enseignants ! Pourtant, d’autres éditeurs, moins puissants commercialement, proposent des ouvrages dont le contenu serait manifestement plus conforme aux valeurs officiellement brandies par le Ministère.

    Julie Fette s’est penchée, justement, sur ces listes-elles-mêmes. Les couvertures, par exemple, ont été analysées par des chercheuses (Josette Costes et Virginie Houadec) : 44% des personnages masculins brandissent des objets et ont les jambes largement écartées, contre 28% des personnages féminins. 3 fois plus de personnages masculins occupent des positions dominantes. 80% des filles sont en position statique, contre 60% seulement pour les garçons. Etc. On ne les a pas crues quand elles ont présenté leur résultats ! Et on refuse à grands cris l’idée même d’instaurer des ‘quotas’. Il y a donc une profonde contradiction entre les valeurs promues officiellement, et la réticence à les mettre en pratique, voire à observer la réalité.

    En conclusion de ce chapitre, Julie Fette rappelle que l’École des loisirs, maison familiale, est aussi une maison dirigée par les hommes de la famille (plus Arthur Hubschmid) depuis 4 générations. Le chapitre se révèle assez ravageur pour le mythe éditorial de la littérature jeunesse française, mais c’est surtout dans le chapitre suivant, qui analyse le contenu d’une année entière d’abonnements “Max”, que les choses apparaissent dans toute leur crudité.

    Les albums des abonnements “Max” en 2019-2020

    Les brochures de promotion de l’abonnement insistent sur le « vivre ensemble », la notion tarte-à-la-crème de l’Éducation Nationale, que la chercheuse américaine glose ainsi avec drôlerie : « une expression française qui peut signifier n’importe quoi, depuis surmonter la jalousie pour un petit frère jusqu’à se battre pour les droits des réfugiés » (p.149) Or les livres des abonnements “Max” ne présentent aucune diversité raciale. Les abonnements Bébémax proposent une « annihilation symbolique » des personnages féminins. Dans Kilimax, on trouve deux fois plus de personnages masculins que féminins – et beaucoup plus de mâles dans les livres relevant de séries (14 sur 32). On y observe en outre pas mal de stéréotypes, du style “le mâle protège la femelle”. Les personnages adultes véhiculent aussi des stéréotypes : les femmes sont des mères seulement (5, contre 2 seulement pour les pères), tandis que les hommes sont souvent des « pères de passage ». Les rôles sociaux des adultes sont stéréotypés – exception pour Le Secret du rocher noir. Les garçons sont invités à ne pas être des poules mouillées (Billy cherche un trésor).

    Quant à eux, les personnages d’animaux reposent sur le fait que les lecteurs peuvent réaliser le « species jump », c’est-à-dire transposer ce qui arrive aux animaux à un univers d’humains, mais ces animaux sont souvent genrés, et on leur ajoute des caractéristiques (ex : les souris sont « petites »). Enfin Julie Fette montre à travers un exemple précis, Vive le sport, à quel point les stéréotypes sont rampants : en refusant catégoriquement toute forme d’écriture inclusive, le livre désigne systématiquement les personnages avec le terme « le joueur », alors qu’à de nombreuses reprises ou pourrait franchement dire « la joueuse »…

    Julie Fette conclut donc que les albums des abonnements Max récents charrient des représentations genrées profondément inéquitables, lourdement affectées par des stéréotypes archaïques… On n’est pas forcément étonnée de ce constat, mais on s’attendrait à ce qu’il soit fait à propos d’une maison d’édition dite “populaire”, ou “commerciale” – pas de “la” maison d’édition chérie des écoles et des bibliothèques, qui s’évertue à promouvoir la “liberté des auteurs”, la qualité et “l’universalisme” des valeurs. L’essai de Julie Fette, dérangeant, tire une partie de sa force de la position d’ extraterritorialité de son autrice. Parce qu’elle n’est liée d’aucune manière ni à l’Éducation Nationale et ses satellites, ni au monde des bibliothèques françaises, parce qu’elle ne vit pas en France et n’est pas empêtrée dans les réseaux de discours si familiers qu’ils finissent par sortir de nous sans qu’on y prête attention, elle parvient tout simplement à dire, comme dans le conte d’Andersen, que le roi est nu.

    #édition #livre

  • #Boîte_à_outils SansStéréotypes

    La Boîte à outils SansStéréotypes propose une sélection de #ressources pour déconstruire les stéréotypes et promouvoir les rapports égalitaires de la petite #enfance à l’#adolescence. Elle s’adresse aux personnes impliquées dans l’#éducation des enfants et des jeunes de 0 à 17 ans.

    Dans cette page :

    #Image_de_soi et #diversité_corporelle
    #Stéréotypes_sexuels et #identité_de_genre
    #Hypersexualisation
    - #Vie_affective et amoureuse
    - #Réussite_scolaire et #choix_professionnels
    - #Santé et #bien-être
    #Coparentalité
    #Sports et #activité_physique
    - Plateformes transversales

    https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/boite-outils

    #guide #genre #stéréotypes #jeunes

  • [Rafle nationale] Plus de 4 000 membres des forces de l’ordre mobilisées mercredi et jeudi pour mener des contrôles dans les gares et les bus à la recherche de « clandestins », annonce Bruno Retailleau
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/06/18/bruno-retailleau-annonce-le-deploiement-de-4-000-membres-des-forces-de-l-ord

    Celui qui est aussi le chef de file des Républicains a vanté dans ce document une « augmentation conséquente d’interceptions d’ESI [étrangers en situation irrégulière] ces dernières semaines (+ 28 %) » et une «  opération nationale de contrôle des flux », menée les 20 et 21 mai, ayant débouché sur plus de 750 interpellations .

    Mercredi, le ministre de l’intérieur a déclaré avoir « réintroduit de façon beaucoup plus serrée qu’avant » le contrôle aux frontières, avec une « force frontière » composée de policiers, de gendarmes, de douaniers et de militaires. « Ce que je veux dire, c’est que les clandestins ne sont pas les bienvenus en France, de la façon la plus ferme et la plus définitive », a-t-il insisté.

    ...

    #étrangers #police #racisme #xénophobie_d'État

    • Racisme : la tolérance des Français « résiste aux discours de haine », selon un rapport
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/06/18/racisme-la-tolerance-des-francais-resiste-aux-discours-de-haine-selon-un-rap

      « La classe politique au pouvoir ne semble pas avoir mesuré l’urgence d’agir et semble même s’être désengagée de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme », écrit Jean-Marie Burguburu, le président de la #CNCDH, en introduction. Pis, « les thèmes et la rhétorique de l’extrême droite ont été largement repris par d’autres formations politiques dans le débat public, alertent les auteurs du rapport. On a ainsi pu voir surgir des termes aussi clivants et discriminants que “décivilisation”, ou “ensauvagement” et exalter la perspective d’une “guerre culturelle” ».

      « L’exemple vient d’en haut »

      « Or, souligne Nonna Mayer, les fluctuations de l’ILT nous enseignent que l’exemple vient d’en haut. » Même s’ils sont en baisse depuis plusieurs décennies, les préjugés perdurent : 35 % des personnes interrogées continuent ainsi de penser que les juifs « ont un rapport particulier à l’argent », 45 % que l’islam menace l’identité de la France, la moitié que les Roms exploitent les enfants et près de 60 % que la plupart des immigrés viennent en France pour profiter de la protection sociale.

      https://archive.ph/NxGHu

      #stéréotypes #racisme_par_le_haut

    • Opération place nette étrangers de Bruno Retailleau : mobilisons-nous !
      https://www.gisti.org/spip.php?article7530

      A la veille de la journée mondiale des réfugié·es et dans un contexte international marqué notamment par les ordres du président Donald Trump de procéder à de véritables rafles de personnes migrantes sur tout le territoire états-unien, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a adressé le 12 juin dernier un ordre national aux préfets pour mettre en œuvre une « opération nationale de contrôle des flux » dans les gares, les trains et les bus, entre le mercredi 18 juin 8h et le jeudi 19 juin 20h, afin de lutter contre « l’immigration irrégulière et clandestine ».

      L’objectif de l’opération en cours, qui donne actuellement lieu au déploiement de 4.000 membres des forces de l’ordre sur tout le territoire national, est de procéder à des interpellations massives de personnes considérées comme « en situation irrégulière » (en ligne de mire : enfermements en CRA, reconduites à la frontière, poursuites judiciaires…).

      Cette opération repose sur la pratique, prévue par le code de procédure pénale, des contrôles d’identité administratifs, censés être aléatoires. Pour rappel, ceux-ci peuvent concerner n’importe quelle personne, quel que soit son comportement : nul besoin d’être soupçonné d’avoir commis une infraction, ce contrôle n’a pas à être justifié procéduralement par les policier·es.

      Pour mener une traque aussi massive dont l’objectif est la « lutte contre l’immigration clandestine », les membres des forces de l’ordre choisiront-ils de façon réellement aléatoire, dans les gares, les trains, les bus, les personnes à contrôler ? Il est fort probable que le choix de la personne contrôlée se fasse sur des critères arbitraires et soi-disant « instinctifs » au premier rang desquels des stéréotypes de race et de classe, la tenue vestimentaire ou l’origine ethnique réelle ou supposée de la personne.

      La pratique des contrôles d’identité aléatoires est, dans les faits, souvent pleinement discriminatoire. Cette opération « place nette » qui ne dit pas son nom constitue un pas de plus, et non des moindres, sur le chemin nauséabond de la banalisation des contrôles aux faciès, voire de leur institutionnalisation assumée.

      Avec ce qui s’apparente ni plus ni moins à des rafles de personnes perçues comme étrangères, la dérive brune s’intensifie dans notre pays, à bas bruit, dans l’indifférence générale.

      Le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, le Collectif d’action judiciaire, le Gisti et d’autres organisations qui demandent de longue date la suppression de ces contrôles administratifs, ont introduit un recours devant le Conseil d’État en vue de suspendre cette instruction.

      #contrôles_d'identité_adminstratifs #recours #conseil_d'État #contrôles_aux_faciès_ #fascisation

  • Plan Filles et Maths : pour que les jeunes filles prennent toute leur place dans les métiers de l’ingénieur et du numérique
    https://www.education.gouv.fr/plan-filles-et-maths-pour-que-les-jeunes-filles-prennent-toute-leur-p
    Au programme :
    – formations des profs de la maternelle au bac sur les stéréotypes de genre en sciences ;
    – « objectifs ciblés » (à défaut de quotas) en nombre de filles/femmes sur le choix d’option maths en première et terminale, le nombre d’admises en prépa, les profs de maths en prépa et lycée ; expérimentation de classes à horaires renforcés « sciences » avec 50% de filles ;
    – rencontres avec des rôles modèles dès la 3e.

    Ce plan se base sur un rapport de l’IGF et l’IGÉSR :
    Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles
    https://www.education.gouv.fr/filles-et-mathematiques-lutter-contre-les-stereotypes-ouvrir-le-champ

    Il ne faudrait pas partir du principe que ce plan a pour objectif de lutter contre les inégalités hommes-femmes. Ce plan vise à amener des milliers de bonnes élèves dans les formations et les métiers des STEM (Sciences, Technology, Engineering and Mathematics), porteurs de croissance.

    certaines femmes non présentes dans les filières STEM, si elles avaient été formées aux sciences, auraient pu être des innovatrices et favoriser la croissance, de manière mesurable. […] La modélisation montre que l’effet sur la croissance de telles politiques favorisant l’accès des femmes les plus talentueuses aux métiers de l’innovation est très fort, à environ 10 Md€ par an dans un scénario médian.

    On manque de Xmille ingénieurs et de Ymille techniciens et c’est déjà blindé de garçons, donc il nous faut des filles. La lutte contre les inégalités présentée dans le plan est le moyen de récupérer Zmille filles pour alimenter la machine.

    C’est parce que les inégalités sont secondaires que le plan comme le rapport se focalisent sur le lycée général, les CPGE et les écoles d’ingénieur, les « femmes les plus talentueuses » et des classes « sciences » qui seront vraisemblablement des classes de très bon.nes élèves. Aucune importance, par exemple, que la voie professionnelle soit découpée en filières genrées ou que les garçons délaissent massivement certaines filières. Ce sont les filières d’élite traditionnelles qui intéressent, pour les renforcer.

    Pour faire bonne figure, la rhétorique du ministère est la suivante : ces formations mènent aux positions les plus valorisées ; or les filles y vont peu ; donc cela génère des inégalités entre femmes et hommes. Conséquence : il faut amener les filles dans ces filières pour résorber les inégalités.

    D’un point de vue général, les écarts de salaire s’expliquent aux trois quarts par des différences de diplôme et de caractéristiques de l’emploi occupé : les femmes et les hommes sont inégalement répartis dans les différents secteurs, avec une plus grande concentration des femmes dans des secteurs peu rémunérateurs, par exemple le secteur public ou le domaine des services à la personne.

    Si la lutte contre les inégalités était première, on remettrait justement en cause cette hiérarchisation des activités et on valoriserait des professions qui sont au moins aussi socialement utiles qu’informaticien, ingénieur et technicien (par exemple professeure des écoles ou aesh)… et dans lesquelles se trouvent les femmes. On valoriserait aussi du même coup leurs choix positifs plutôt que de leur reprocher continuellement de ne pas avoir fait les bons choix, les choix masculins.

    La persévérance des filles à éviter les filières STEM fait sourire.

    les travaux de la mission montrent que les écarts de niveau [par ailleurs jugés faibles par la mission, ndL] jouent un rôle secondaire pour expliquer les décisions d’orientation différentes des filles et des garçons. […] à niveau égal voire supérieur, les filles renoncent à s’orienter vers les STEM. Ainsi, en 2023, près de 11 000 filles ne s’orientaient pas dans des formations en STEM après le lycée général, alors qu’elles avaient été admises dans une de ces formations via Parcoursup et obtenaient une moyenne supérieure à 15/20 en spécialité mathématiques en terminale

    Comment mieux dire que ces filières ne leur plaisent pas ? On comprend assez bien... Et même plus : quand elles sont dedans, elles veulent partir.

    En outre, même lorsque les filles choisissent les filières de formation des domaines STEM, elles s’engagent moins que les hommes, par la suite, dans les carrières scientifiques : des études concordantes décrivent une fuite de cerveaux féminins hors des carrières académiques en mathématiques ou sciences physiques, ou des carrières d’ingénierie, essentiellement pour des motifs d’insatisfaction des femmes scientifiques vis-à-vis de leur rémunération et de leurs perspectives de promotion, et non pour des facteurs liés à la vie personnelle ou à la famille (grossesse, maternité).

    C’est qu’en plus d’avoir une utilité sociale globalement négative, ces formations sont des repères sexistes. Deux tiers des filles en école d’ingénieur ont subi ou été témoins de VSS sur leur campus, sans parler du « sexisme d’ambiance ». Le rapport insiste sur la nécessité de lutter contre ces violences – c’est absent du plan.

    Tout cela étant dit, lutter contre les stéréotypes de genre en sciences est une bonne chose, et je serai très heureux d’être formé 2h sur le sujet. On se souvient que Borne voulait qu’on réfléchisse à son orientation dès la maternelle. On voit maintenant ce qui sera attendu : cette sensibilisation aux biais de genre en sciences vise, en bout de chaîne, à aller faire travailler des femmes dans l’intelligence artificielle.

    Enfin, quand on parle d’orientation, on devrait avoir en tête un facteur essentiel : la classe sociale. Habituellement, la classe est utilisée pour expliquer les différences de performance dans les matières littéraires ; pour les sciences, c’est le genre. Or la classe joue à plein dans les orientations scientifiques : 5% des enfants d’ouvriers non qualifiés faisaient un bac S ; un enfant de 6e d’une classe sociale parmi le plus favorisées a 6 fois plus de chance de finir en terminale S qu’un camarade de classe populaire (seulement 1.1 fois plus qu’une fille du même milieu que lui). Ignorer ça permet de ne pas se poser la question de l’efficacité du système éducatif à lutter contre les inégalités.

    Pour les filles plus spécifiquement, il est amusant que le titre du rapport appelle à « ouvrir le champ des possibles », alors que ce qui les caractérise au contraire c’est que leur champ des possibles est plus vaste que celui des garçons, dont les orientations sont plus contraintes. Est-ce qu’on pourrait ouvrir le champ des possibles de l’action publique à l’égard des femmes et revaloriser le secteur public et les formations universitaires où elles sont présentes ?
    #filles #mathématiques #ingénieurs #inégalités #sexisme

    • Ça y est, c’est la guerre des disciplines scientifiques :
      « Les mathématiques semblent être le seul repère pour les sciences dans notre pays » | Tribune de David Boudeau, Président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/05/13/les-mathematiques-semblent-etre-le-seul-repere-pour-les-sciences-dans-notre-

      les sciences de la vie et de la Terre représentent des centaines de milliers d’emplois par an en France, avec une progression de 100 000 sur dix ans. C’est le premier pôle industriel de France avec l’agroalimentaire, qui émarge à 180 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est l’agro-industrie, la médecine, la santé animale, la biochimie (plus fort taux de progression en France avec 17 % par an !), les industries du luxe (cosmétique, parfumerie), les biomédicaments, l’environnement, les énergies renouvelables, les ressources, la gestion des risques, etc.

      Les sciences du vivant et de la Terre sont des sciences intégratrices des mathématiques et de la physique-chimie qu’il ne faut pas mettre en concurrence, au contraire : ces trois disciplines doivent travailler en synergie pour appréhender la complexité du fonctionnement de notre système Terre. Cette condition permettra également de réduire l’écart entre les garçons et les filles.

    • Les écarts filles-garçons en mathématiques à l’école élémentaire, un enjeu pour les équipes pédagogiques, Le Regard du CEE, n° 25.01 [janvier 2025]
      https://www.education.gouv.fr/conseil-d-evaluation-de-l-ecole-305080

      Lorsque l’on étudie les résultats des élèves de CE1 sur les trois années considérées [2021, 2022, 2023], on observe des écarts fluctuants dans 81 % des écoles, tantôt en faveur des garçons, tantôt en faveur des filles, tantôt peu significatifs. [...] Dans la suite, l’expression école « stable » signifie que les écarts sont de même nature pour les trois années considérées : systématiquement en faveur des garçons, systématiquement en faveur des filles ou systématiquement nuls ou quasiment nuls. L’expression école « fluctuante » désigne toutes les autres situations.

      [...]

      La majorité des écoles aux écarts « fluctuants » peut donc alternativement présenter un fort avantage en faveur des filles ou des garçons. Ce résultat montre la difficulté, pour les enseignants de ces écoles, de s’approprier le sujet des inégalités filles-garçons en mathématiques. Le diagnostic doit en effet être redéfini chaque année.

      [...] Parmi les 19 % d’écoles « stables » (...), près de 16 % – soit une large majorité – connaissent une situation systématiquement en faveur des garçons, 3 % en faveur des filles et moins de 1 % des écoles sont en situation d’égalité.

      [...] En se restreignant aux seules écoles où les écarts sont persistants en faveur des garçons, le constat est plus marqué encore : ces écoles ne représentent que 16 % de l’ensemble des écoles françaises, mais plus de la moitié des écarts entre filles et garçons observés au niveau national en résolution de problèmes. Il conviendrait d’étudier prioritairement la situation de ces écoles.

      [...] On trouve moins souvent les situations stables en faveur des garçons dans les écoles dont le public d’élèves est socialement défavorisé, en éducation prioritaire renforcée notamment. Le focus sur les différents secteurs et l’éducation prioritaire pour les écoles « stables » montre que la stabilité en faveur des garçons apparaît plus souvent dans les écoles les plus favorisées. C’est en effet dans le secteur privé sous contrat que l’on voit le plus souvent une stabilité en faveur des garçons et en REP+ le moins souvent. Il convient cependant de relativiser ce constat : les 80 % d’écoles en situation d’écarts « fluctuants » se retrouvent tout autant dans les secteurs public et privé sous contrat ainsi qu’en éducation prioritaire renforcée.

      Une étude qualitative complémentaire permettrait de rechercher les causes de la persistance des écarts, dans un sens ou dans l’autre. Par exemple on pourrait étudier plus précisément l’impact du milieu socioculturel des familles de l’école.

    • Dès le CP...

      « C’est la durée d’exposition à l’école qui est associée à une augmentation de ces écarts », insiste la chercheuse [Pauline Martinot]. A l’appui de cette thèse, le résultat d’une « expérience naturelle » involontaire : en 2020, en raison de la pandémie de Covid-19, les enfants ont fait l’école à la maison deux mois et demi de plus. Résultat, les auteurs ont observé « une diminution des écarts de genre. »

      Pour Stanislas Dehaene, « nous avions tous l’idée que les enfants accumulaient des biais sociétaux implicites avant leur entrée à l’école, ce qui expliquait ces écarts de genre en faveur des garçons. Mais notre étude montre que ces écarts naissent au moment où les maths deviennent un enjeu compétitif, et qu’ils sont enseignés de manière formelle à l’école. »

      Mathématiques : le décrochage des filles, dès quatre mois d’école, éclairé par une étude française sur plus de 2,6 millions d’écoliers de CP et CE1
      https://archive.ph/mDey4

      edit voir les critiques du travail de Martinot plus bas

      #école #éducation

    • L’article dans Nature fait état de 2 « variations mineures » au cours des années étudiées : (i) l’effet confinement mentionné ci-dessus ; (ii) le fait qu’à l’entrée en CP, l’écart de genre est nul en 2018 (voire même un chouïa favorable aux filles) mais non nul (et favorable aux garçons) à partir de 2019. Pour expliquer succinctement ce changement, le papier mentionne les recommandations pédagogiques à destination de la maternelle publiées en mai 2019 par Blanquer pour préparer aux évaluations CP de la rentrée 2019 (intitulées Un apprentissage fondamental à l’école maternelle : découvrir les nombres et leurs utilisations, on y trouve des formulations du type « En fin de grande section , les élèves doivent avoir appris à... »). D’après l’article, ces recommandations visent à introduire un enseignement des maths plus formel et tendraient à rapprocher la maternelle de l’élémentaire.

      C’est assez frappant que dans les différentes mentions de cette étude on dise des trucs du genre « les biais apparaissent après quelques mois d’école »... alors que tous ces enfants sortent de 3 ans d’école. Comme si on n’apprenait rien en maternelle et qu’il n’y avait rien d’intéressant à tirer de cette école qui semble ne pas produire de biais de genre en maths (d’ici qu’on y généralise des évaluations nationales).

    • Nous sommes en guerre pour les mathématiques.
      « Créons une réserve citoyenne des mathématiques, à l’image de la réserve opérationnelle de la défense » Tribune - Laura Chaubard, Directrice générale de l’Ecole polytechnique
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/06/24/creons-une-reserve-citoyenne-des-mathematiques-a-l-image-de-la-reserve-opera

      Plus profondément encore, notre démocratie a besoin de mathématiques. La République française s’est bâtie sur les Lumières, avec la science comme moteur de progrès et d’émancipation. Donner à tous les enfants le goût des mathématiques est, à ce titre, une exigence profondément républicaine.

    • Évaluations nationales au CP en mathematiques en France : biais et impacts sur le traitement des donnees issues du dispositif ÉvalAide
      https://shs.hal.science/halshs-05141109v1
      Critique par Mélanie Guenais des évaluations nationales de CP en maths qui montre qu’on ne peut pas se baser dessus pour établir le niveau de compétences en maths des garçons et des filles.

      Le dispositif introduit des biais induits par la présentation, les conditions de réalisation et les critères de mesures de réussite qui déforment ou sous-estiment les compétences acquises. Il occulte ou déforme la réalité de la pratique des mathématiques, qui nécessite temps de réflexion et coopération pour travailler le raisonnement, indispensable à la progression des élèves et leur autonomie, point faible signalé régulièrement dans les études internationales. La conception des contenus comme les modalités d’évaluation nécessiteraient donc d’être reprises de manière critique pour donner une mesure fidèle des compétences en mathématiques, si telle est leur destination. Par conséquent, assimiler ces scores de performances à des compétences en mathématiques est scientifiquement peu fondé.

      Nos observations permettent de montrer que le dispositif introduit de nombreux biais relevant d’aptitudes sociales ou psychologiques impactant les performances : mise en compétition individuelle, rythme contraint et vitesse, items inhabituels, QCM, tâches monotones et qui font peu de sens. Des différences de scores filles/garçons dans les évaluations nationales en France apparaissent dans toutes les classes à partir de 2018, date de la mise en place des tests (Eteve et al., 2025). Elles sont faibles, persistantes et nouvelles. Ces observations montrent la présence d’un avantage masculin cohérent avec les impacts de ces biais identifiés par la littérature (e.g. Stoevenbelt et al., 2023 ; Montolio et al., 2021). Interpréter des petites différences de score comme des compétences mathématiques qui seraient inégales entre filles et garçons dès quelques mois de scolarisation au CP est donc non pertinent.

      [...]

      D’une part, en focalisant sur de faibles différences de performances genrées, attribuées sans discernement aux compétences en mathématiques, on contribue à renforcer des idées reçues sur des moindres compétences supposées des filles en mathématiques. D’autre part, en imposant des modalités rigides de passation qui créent de l’inquiétude chez les enfants dès leur entrée à l’école et les sous-évaluent, on risque une dégradation de la relation aux savoirs en mathématiques, dont on donne une image dénaturée de la pratique.

    • « Plan ’’Filles et maths’’ : et les inégalités ? » | Marianne Blanchard, sociologue de l’éducation
      https://www.humanite.fr/en-debat/droit-des-femmes/plan-filles-et-maths-et-les-inegalites

      Ce plan propose plusieurs mesures centrées sur la lutte contre les #stéréotypes, avec la mise en place d’une charte. Or, s’il est vrai que les stéréotypes existent, la lecture gouvernementale est d’en faire la cause des inégalités entre femmes et hommes, et non leur conséquence. En outre, penser en termes de stéréotypes dépolitise la question, gommant les hiérarchies et les rapports de domination qui se jouent dans le système éducatif. Pour ne prendre qu’un exemple, le gouvernement n’a pas présenté de plan pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les écoles d’ingénieurs, pourtant dénoncées au cours de ces dernières années, ni envisagé que la culture viriliste de ces établissements pourrait avoir un lien.

      Les garçons sont d’ailleurs les grands absents de ce plan. À aucun moment il n’est question d’ouvrir leurs horizons et de susciter des vocations. Or, on pourrait aussi juger problématique l’orientation massive des garçons/hommes, particulièrement ceux des classes sociales les plus favorisées, vers certaines sciences, et le fait qu’ils soient sous-représentés dans les formations et métiers liés au soin.

      Car si, comme le rappelle le plan de façon préliminaire « les filles s’orientent vers les métiers les moins rémunérateurs », c’est parce qu’elles sont majoritaires dans les métiers de la santé, du social, de l’aide à la personne, de l’enseignement. Plutôt que d’y déplorer leur présence, on pourrait mieux valoriser ces métiers, et alors inciterait-on aussi les garçons à s’y orienter ?

    • Je suis tombé sur une présentation par Pauline Martinot des résultats de son article dans Nature (relayé par Le Monde au-dessus) sur les moins bons résultats des filles en maths dès la mi-CP.
      https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/grand-evenement/genre-et-sciences/emergence-ecarts-entre-filles-et-garcons-en-mathematiques-ecole-pr
      Quelques remarques puis j’arrêterai d’allonger ce fil.

      – Martinot est une thésarde de Stanislas Dehaene, elle est médecin de formation puis a été conseillère de François Braun au ministère de la santé sur la santé des jeunes. Elle porte auprès d’une large audience un diagnostic sur le système éducatif, sans avoir la moindre expérience en éducation. Ses slides d’ouverture et de conclusion sont décorées avec des images de cerveaux alors qu’elle ne parle ici jamais de cerveau (mais son directeur de thèse a écrit un livre qui s’appelle La bosse des maths).

      – Les données qu’elle utilise sont issues de ce que tout le monde connaît sous le nom d’ « évaluations nationales » (en début de CP (T1), mi-CP (T2), début de CE1 (T3)) et qui s’appelle en langage #CSEN le dispositif « evalaide » car il s’agit « d’évaluer pour aider ». Personne dans les écoles n’utilise ces évaluations pour aider qui que ce soit ; elles sont de fait utilisées par elle et le ministère pour juger des compétences des enfants, ce qui selon Mélanie Guenais n’a pas de sens en maths (voir plus haut – et plus généralement : il faudrait distinguer entre des évaluations diagnostiques à visée pédagogique et des évaluations bilans à visée de pilotage du système ; ici on mélange les deux, dans les faits et les discours).

      – En montrant ses résultats, la première chose qu’elle dit parce que c’est le plus frappant est que plus le niveau social de l’école baisse, plus les résultats baissent (privé > hors rep > rep > rep+)… sans s’attarder davantage sur le sujet. Or à côté de ces différences, les différences garçons-filles à même niveau social sont minuscules. (De même, si on se compare au pays qui a les meilleurs résultats en maths dans le monde, l’écart est 5 fois plus grand que l’écart garçons-filles chez nous (ça c’est dit dans le rapport igesr)). Ce que j’en tire personnellement comme conclusion est qu’on n’enseigne pas super bien les maths ; si on les enseignait mieux (de façon plus explicite, plus progressive, plus poussée, etc.) et qu’on avait des pratiques plus inclusives/égalitaires (genre laisser le temps aux enfants de réfléchir avant de prendre une réponse, s’habituer à chercher, chercher en groupe, montrer qu’on peut se tromper, que l’erreur est utile, etc.), on pourrait améliorer les résultats de tout le monde (donc d’un paquet de filles) et aussi, sans doute, combler l’écart garçons-filles. Je ne dis pas qu’il ne faudrait pas avoir des pratiques spécifiques pour contrer les biais de genre, mais le problème ne peut être résolu qu’en revoyant plein de choses dans l’école, non exclusivement liées aux filles.

      – En maths, elle montre que l’écart à l’avantage des garçons grandit entre T1 et T2, puis entre T2 et T3. Elle en conclut que plus de temps d’école donne lieu à plus d’inégalités de genre et que donc celles-ci viennent de l’école. En français par contre, les filles réussissent mieux et les résultats ne sont pas symétriques, mais elle conclut pareil en changeant de raison : quand les garçons gagnent des points par rapport aux filles en maths entre T2 et T3 ça veut dire que l’école augmente les inégalités ; en revanche quand les filles gagnent des points par rapport aux garçons en français entre T2 et T3 ça veut dire que les grandes vacances profitent aux filles. Elle peut alors à chaque coup incriminer l’école.

      – À la fin de sa présentation elle tient à remercier ses coauteurices et aussi les enfants et enseignants sans qui toutes ces données ne pourraient être collectées. Voilà à quoi on sert : fournir des données à un groupe de chercheurs pour faire des papiers dans Nature et des conférences au collège de France.

    • @lyco
      Merci pour toutes ces infos sur l’éducation et l’enseignement en général. En tant qu’ancien enseignant (instit’ puis prof des écoles), je trouve tes réflexions intéressantes.
      Concernant les évaluations que subissent les élèves tout au long de leur scolarité en primaire (maternelle+élémentaire), il y a beaucoup à dire en effet. Je rajouterai que, d’après des personnes ayant encore un pied dans le métier, les conditions de passation des épreuves ne sont pas toujours respectées. Pour certains exercices, des enseignants s’autorisent à allonger le temps de réponses, d’expliciter les consignes ou même de donner des exemples. Par empathie pour leurs élèves ou sur injonction de leur hiérarchie ? Va savoir ... Ce qui fait que les résultats sont complétement biaisés et j’en déduis que leur exploitation est foncièrement malhonnête vis à vis de notre métier.

  • "The Anti-Chinese Wall" Cartoon

    This 1882 cartoon shows stereotypical imagery of laborers, among whom are Irishmen, an African American, a Civil War veteran, Italian, Frenchman, and a Jew, building a wall against the Chinese.

    A cartoon showing laborers, among whom are Irishmen, an African American, a Civil War veteran, Italian, Frenchman, and a Jew, building a wall against the Chinese. Congressional mortar is used to mount blocks of prejudice, non-reciprocity, law against race, fear, etc. Across the sea, a ship flying the American flag enters China, as the Chinese knock down their own wall and permit trade of such goods as rice, tea, and silk.

    https://www.facinghistory.org/resource-library/anti-chinese-wall-cartoon
    #dessin #caricature #dessin_de_presse #anti-chinois #USA #Etats-Unis #migrations #immigrés #racisme #stéréotypes

  • Elisabeth Borne veut « forcer le destin » avec des #quotas de filles dans les #prépas scientifiques
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/education/elisabeth-borne-veut-forcer-le-destin-avec-des-quotas-de-filles-dans-les-pr

    Face au manque d’#ingénieurs et à la faible proportion de #filles dans les #filières #scientifiques, la ministre de l’Education Elisabeth Borne annonce un plan « Filles et maths » destiné à s’attaquer aux #stéréotypes de #genre.

    (le plan prévoit la promotion de l’écriture inclusive (...) (...) (je plaisante...))

    Conséquences du #bac_blanquer

    On en parlait déjà en 2022 :
    https://seenthis.net/messages/945854

    • C’est une stratégie éculée que l’on retrouve un peu partout. D’un côté intégrer en decorum les idées de l’opposition wokiste et de l’autre sabrer ce qui existe. Ici Promoteur_1er pompe quelques idées écolos avec 4 trottoirs-cyclables (défoncés) et le stationnement payant partout tout en augmentant les tarifs de bus/métro (la faute des écolos). Dans le même temps il poursuit sa chasse aux étrangers artistes musiciens et éructe dans son torchon de droite son soutien à une autoroute illégale qui pue la corruption.

  • #Charte_de_Marseille sur l’#information et les #migrations

    La Charte pour une couverture médiatique des migrations, dans le respect de la déontologie journalistique » dite “Charte de Marseille” a été présentée lors des Assises du Journalisme & Citoyenneté à Marseille, le 29 avril 2025.

    Cette #charte_déontologique veut guider les journalistes vers une couverture précise, complète et respectueuse des questions migratoires. Elle établit onze principes fondamentaux incluant le #respect de la #dignité, la lutte contre les #stéréotypes, la #responsabilité professionnelle, l’équilibre entre factuel et humain, la formation continue, la communication élargie et l’évaluation régulière des pratiques. Son objectif est de promouvoir un #journalisme_responsable qui contextualise les migrations et donne la parole aux personnes concernées.

    https://chartejournalismemigrations.fr

    #migrations #charte #déontologie #éthique #médias #journalisme #France

    voir aussi, en Italie, la #Carta_di_Roma :
    https://www.cartadiroma.org
    https://it.wikipedia.org/wiki/Carta_di_Roma

    et en Suisse, le projet le #Comptoir_des_médias :
    https://asile.ch/comptoir-des-medias

    ping @karine4

  • Le #masculin l’a-t-il toujours emporté sur le #féminin ?

    La #règle de #grammaire « le masculin l’emporte sur le féminin » ne date que du 17ème siècle. Difficile à croire, et pourtant. Avant cette époque, on utilisait les #accords_de_proximité et de majorité, et les noms de #métiers exercés par des femmes étaient tous féminisés. On parlait de poétesse ou encore de peintresse.

    La langue française avant le 17ème siècle

    Des documents datant du 13ème siècle, prouvent que des femmes travaillaient hors du foyer depuis longtemps et que leurs métiers étaient nommés au féminin. Cette découverte m’a beaucoup surprise, croyant que les femmes avaient toujours souffert de la domination masculine dans la #langue_française.

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le masculin ne l’a donc pas toujours emporté. Cela ne signifie pas pour autant que les femmes étaient traitées de manière égale aux hommes. Sous #Napoléon, les femmes étaient tenues de prendre le nom et le prénom de leur mari. Par exemple, on disait « madame Pierre Dufour ». Avec une telle appellation, on peut se demander, comment une femme existe-t-elle par et pour elle-même ?

    Comment s’est imposée la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » ?

    Au 17ème siècle et plus particulièrement en 1635, la langue française atteint un statut de prestige, notamment avec la création de la fameuse #Académie_française. À cette époque, c’est #Richelieu qui est chargé de mettre en place cette institution de #régulation de la langue. L’assemblée de l’Académie française, composée d’hommes nobles ayant servi le royaume, décide que le masculin doit l’emporter sur le féminin dans la langue, puisque l’homme est plus noble que la femme : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle » (Beauzée, Grammaire générale, 1767).

    À l’époque, il s’agit d’une #décision_politique visant à invisibiliser les femmes de pouvoir. Le refus de voir les femmes agir sur le même terrain qu’eux, les amène à masculiniser la langue et notamment les noms de métier : « Il faut dire cette femme est poète, est philosophe, est médecin, est auteur, est peintre ; et non poétesse, philosophesse, médecine, autrice, peintresse, etc. », écrit Andry de Boisregard (Réflexions sur l’usage présent de la langue françoise, 1689).

    C’est seulement plus tard qu’on tente d’expliquer cette règle, en disant que le masculin générique fait le neutre.

    Les conséquences néfastes de la masculinisation de la langue française

    Le problème réside dans le fait que, en n’incluant pas les femmes dans la langue, nous les rendons invisibles. Notre cerveau associe le masculin générique à des #représentations masculines. Son utilisation influence donc nos représentations mentales, et participe par conséquent à invisibiliser les femmes dans la langue et dans la société.

    Grammaticalement, cette règle est inutile et cause des dommages. « Cette règle incrustée dans la tête des enfants y installe un message politique sans doute tout aussi nocif que les #stéréotypes de sexe », écrit Eliane Viennot.

    Comment s’exprimaient les gens avant d’utiliser le #masculin_générique ?

    Avant l’utilisation du masculin générique soit du « masculin qui l’emporte », on féminisait les noms de métiers, et on adoptait l’accord de majorité et celui de proximité.

    L’accord de majorité se réfère à l’accord grammatical basé sur le genre qui était le plus représenté. Exemple d’accord de majorité : s’il y avait 10 femmes et 2 hommes dans un groupe, on pouvait aisément dire « Elles étaient présentes ».

    L’accord de proximité signifie que l’on accordait avec le substantif le plus proche. La règle d’accord en genre et en nombre avec le substantif le plus proche (règle de proximité), était utilisée par tout le monde jusqu’au 17ème siècle et restait en usage courant jusqu’à la Révolution. Exemple d’accord de proximité : « Le client et la cliente présente » ou encore « Les hommes et les femmes intelligentes ».

    Qui régule la langue aujourd’hui ?

    On peut se demander si en réadoptant ces accords ou en féminisant des noms de métiers, nous ne risquerions pas de faire des erreurs, d’autant plus que notre correcteur automatique nous reprend systématiquement. La question à se poser est donc la suivante : qui régule la langue ? Les dictionnaires ont-ils un rôle de régulation de la langue ? Est-ce l’Académie française ou alors, est-ce l’usage ? Eh bien, c’est l’usage qui régule la langue. Nous avons donc toutes et tous le pouvoir de faire évoluer la langue française, pour la rendre, ainsi que la société, plus juste et équitable.
    Conclusion

    Le langage inclusif n’est pas une nouvelle lubie féministe. Avant le 17ème siècle, il se pratiquait naturellement. Aujourd’hui, la langue inclusive se soucie de contourner la règle injuste du masculin qui l’emporte pour promouvoir la justice et d’égalité. Alors, pour celles et ceux pour qui le langage inclusif résonne, sachez qu’en l’utilisant, vous participez grandement à faire évoluer les mœurs.

    https://jeannesorin.com/le-masculin-lemporte-t-il-sur-le-feminin-depuis-toujours
    #français #langue #égalité #accord_de_majorité #accord_de_proximité #histoire #féminisation #masculinisation #invisibilisation #historicisation

  • #Intelligence_artificielle : les 7 choses qu’on ne vous dit pas

    Du 10 et 11 février, la France accueille le Sommet mondial sur l’Intelligence Artificielle. Au programme  : une vitrine sur l’avenir qui n’exposera pas les #dangers de l’IA. Bien que ces technologies offrent des avancées réelles - dans le domaine de la médecine par exemple - elle présente aussi des dangers sérieux pour les droits humains. Avec plusieurs organisations de la société civile, nous listons ici les faces cachées de l’IA qui ne seront pas présentées au sommet.

    En organisant à Paris le sommet mondial sur l’Intelligence artificielle (IA), Emmanuel Macron souhaite que «  la France ne passe pas à côté de cette révolution. » Sous couvert d’innovation, c’est la course à la productivité et au profit qui est en jeu. Au rythme foudroyant à laquelle l’IA se développe, les dirigeants ne semblent pas pressés de réfléchir aux enjeux humains, sociaux et environnementaux que posent ces nouvelles technologies. Pourtant, l’un des plus grands enjeux est là.

    Développer l’IA pour continuer d’obtenir des avancées majeures dans des domaines comme la médecine oui, mais développer l’IA en mettant en péril des droits : c’est non. Les droits humains et la justice environnementale doivent être placés au cœur de la régulation de l’intelligence artificielle.

    Et parce que les dangers de l’IA ne figureront pas au programme officiel du Sommet mondial, nous vous les rappelons ici.

    1. L’IA perpétue le #racisme

    Pour fonctionner, l’IA s’appuie sur des #bases_de_données qui intègre les #préjugés et #biais des personnes qui l’ont créé. L’IA perpétue donc les #stéréotypes et accentue les #discriminations déjà existantes.

    ➡️Aux États-Unis, la police utilise une IA pour prédire la récidive criminelle. C’est le fait qu’une personne accusée va potentiellement commettre un nouveau un délit. Cette IA cible deux fois plus les accusés Noirs que les accusés Blancs.

    2. L’IA accentue le #sexisme

    L’intelligence artificielle s’impose comme un miroir de nos sociétés  : elle reflète, aussi, ses biais et accentue les #inégalités_de_genre. 

    ➡️En Autriche, des #algorithmes utilisés dans des outils d’accès à l’emploi ont écarté les femmes des secteurs informatique.

    3. L’IA permet la #cybercriminalité

    Les montages perçus les plus crédibles générés par IA sont un réel danger pour les femmes et les enfants.

    ➡️Les #deepfakes sont massivement utilisés dans le but de nuire aux femmes et de générer des contenus pédocriminels.

    4. L’IA impacte la planète

    ➡️D’ici 2027, l’IA générative nécessitera une alimentation en #électricité équivalente à celle de l’Argentine, cinq fois la France en superficie.

    Les pays du Sud sont les premiers impactés par les ravages écologiques de l’IA : les #data_center y pullulent, l’extraction de #minerais comme le #cobalt (utilisé pour la fabrication des #batteries) met en péril la santé des populations et entraîne la #pollution des eaux et des terres.

    Les émissions de CO2 des "géants de la Tech” ont augmenté de 30 à 50% en 2024 suite au développement fulgurant de l’intelligence artificielle.

    5. L’IA désinforme

    Beaucoup d’outils d’intelligence artificielle permettent et participent à la #désinformation  :

    ➡️Des «  #bots  », ces robots qui imitent l’activité humaine sur les réseaux sociaux pour manipuler l’information, en spammant du contenu, en renforçant la notoriété de comptes ou en diffusant de fausses informations.

    ➡️Montage photo généré par l’IA. Lors de la campagne américaine, Donald Trump a relayé une photo générée par IA montrant Kamala Harris de dos en leader communiste face à une foule de partisans. Une image vue 82 millions de fois.

    ➡️Les deepfakes, ces fausses vidéos de célébrité qui prolifèrent sur les réseaux sociaux, outil notamment utilisé lors de campagnes présidentielles pour attribuer de faux propos aux candidats en lice.

    À la vitesse laquelle se développe l’IA, il va devenir de plus en plus difficile de déceler le vrai du faux. 

    6. L’IA surveille

    Les systèmes d’IA sont aussi utilisés à des fins de #surveillance contre certaines populations. En témoigne les pratiques de la Chine, dotées d’outils dopées à l’IA pour surveiller la population ouïghoure. Et bien souvent, ces technologies sont développées par les pays occidentaux.

    ➡️L’IA est d’ailleurs déjà utilisée aux #frontières européennes à des fins de surveillance contre les personnes exilées. Parmi les outils  : des #détecteurs_de_mensonge et d’émotions sont utilisés pour contrôler les frontières. Baptisé #iBorderCtrl, le projet est financé par l’Union européenne et déjà testé dans 3 pays  : Hongrie, Grèce et Lettonie.

    7. L’IA peut tuer

    L’IA, c’est aussi ça  : des drones et autres armes sophistiquées capables de choisir leurs propres cibles et de les attaquer sans contrôle humain. Des robots-tueurs, décidant via leurs algorithmes de qui vit et de qui meurt, se développent et se vendent déjà sur le marché.

    ➡️À Gaza, l’armée israélienne a utilisé une IA appelée Lavender, censée cibler des terroristes mais qui ont provoqué la mort de milliers de civils gazaouis.

    https://www.amnesty.fr/actualites/intelligence-artificielle-les-sept-choses-qu-on-ne-vous-dit-pas

    #IA

    • TRIBUNE | « L’IA contre les droits humains, sociaux et environnementaux »

      Plus d’une vingtaine d’organisations réunies au sein de la coalition Hiatus, parmi lesquelles Attac, La Quadrature du Net et la Ligue des droits de l’homme, estiment, dans une tribune au « Monde » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/06/l-intelligence-artificielle-accelere-le-desastre-ecologique-renforce-les-inj), qu’il faut résister au déploiement massif de l’IA, au nom des droits humains, sociaux et environnementaux.

      Tout concourt à ériger le déploiement massif de l’intelligence artificielle (IA) en priorité politique. Prolongeant les discours qui ont accompagné l’informatisation depuis plus d’un demi-siècle, les promesses abondent pour conférer à l’IA des vertus révolutionnaires et imposer l’idée que, moyennant la prise en compte de certains risques, elle serait nécessairement vecteur de progrès. C’est donc l’ensemble de la société qui est sommée de s’adapter pour se mettre à la page de ce nouveau mot d’ordre industriel et technocratique.

      Partout dans les services publics, l’IA est ainsi conduite à proliférer au prix d’une dépendance technologique accrue. Partout dans les entreprises, les manageurs appellent à recourir à l’IA pour « optimiser » le travail. Partout dans les foyers, au nom de la commodité et d’une course insensée à la productivité, nous sommes poussés à l’adopter.

      Pourtant, sans préjuger de certaines applications spécifiques et de la possibilité qu’elles puissent effectivement répondre à l’intérêt général, comment ignorer que ces innovations ont été rendues possible par une formidable accumulation de données, de capitaux et de ressources sous l’égide des multinationales de la tech et du complexe militaro-industriel ? Que pour être menées à bien, elles requièrent, notamment, de multiplier la puissance des puces graphiques et des centres de données, avec une intensification de l’extraction de matières premières, de l’usage des ressources en eau et en énergie ?
      Des conséquences désastreuses

      Comment ne pas voir qu’en tant que paradigme industriel, l’IA a d’ores et déjà des conséquences désastreuses ? Qu’en pratique, elle se traduit par l’intensification de l’exploitation des travailleurs et travailleuses qui participent au développement et à la maintenance de ses infrastructures, notamment dans les pays du Sud global où elle prolonge des dynamiques néocoloniales ? Qu’en aval, elle est le plus souvent imposée sans réelle prise en compte de ses impacts délétères sur les droits humains et l’exacerbation des discriminations telles que celles fondées sur le genre, la classe ou la race ?

      Que de l’agriculture aux métiers artistiques en passant par bien d’autres secteurs professionnels, elle amplifie le processus de déqualification et de dépossession vis-à-vis de l’outil de travail, tout en renforçant le contrôle managérial ? Que dans l’action publique, elle agit en symbiose avec les politiques d’austérité qui sapent la justice socio-économique ? Que la délégation croissante de fonctions sociales cruciales à des systèmes d’IA, par exemple dans le domaine de la santé ou de l’éducation, risque d’avoir des conséquences anthropologiques, sanitaires et sociales majeures sur lesquelles nous n’avons aujourd’hui aucun recul ?

      Or, au lieu d’affronter ces problèmes, les politiques publiques menées aujourd’hui en France et en Europe semblent essentiellement conçues pour conforter la fuite en avant de l’intelligence artificielle. C’est notamment le cas de l’AI Act adopté par l’Union européenne et présenté comme une réglementation efficace, alors qu’il cherche en réalité à promouvoir un marché en plein essor. Pour justifier cet aveuglement et faire taire les critiques, c’est l’argument de la compétition géopolitique qui est le plus souvent mobilisé.
      Une maîtrise démocratique

      A longueur de rapports, l’IA apparaît ainsi comme le marchepied d’un nouveau cycle d’expansion capitaliste, et l’on propose d’inonder le secteur d’argent public pour permettre à l’Europe de se maintenir dans la course face aux États-Unis et à la Chine.

      Ces politiques sont absurdes, puisque tout laisse à penser que le retard de l’Europe dans ce domaine ne pourra pas être rattrapé, et que cette course est donc perdue d’avance.

      Surtout, elles sont dangereuses dans la mesure où, loin de constituer la technologie salvatrice souvent mise en avant, l’IA accélère au contraire le désastre écologique, renforce les injustices et aggrave la concentration des pouvoirs. Elle est de plus en plus ouvertement mise au service de projets autoritaires et impérialistes. Non seulement le paradigme actuel nous enferme dans une course technologique insoutenable, mais il nous empêche aussi d’inventer des politiques émancipatrices en phase avec les enjeux écologiques.

      La prolifération de l’IA a beau être présentée comme inéluctable, nous ne voulons pas nous résigner. Contre la stratégie du fait accompli, contre les multiples impensés qui imposent et légitiment son déploiement, nous exigeons une maîtrise démocratique de cette technologie et une limitation drastique de ses usages, afin de faire primer les droits humains, sociaux et environnementaux.
      Premiers signataires

      David Maenda Kithoko, président de Génération Lumière ; Julie Le Mazier, cosecrétaire nationale de l’union syndicale Solidaires ; Julien Lefèvre, membre de Scientifiques en rébellion ; Marc Chénais, directeur de L’Atelier paysan ; Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’homme ; Raquel Radaut, porte-parole de La Quadrature du Net ; Soizic Pénicaud, membre de Féministes contre le cyberharcèlement ; Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU ; Stéphen Kerckhove, directeur général d’Agir pour l’environnement ; Vincent Drezet, porte-parole d’Attac France.

      https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/l-ia-contre-les-droits-humains-sociaux-et-environnementaux

  • "Aucun indicateur ne donne raison à #François_Bayrou sur une prétendue submersion migratoire", selon le démographe #François_Héran

    Selon François Héran, professeur au Collège de France, démographe, spécialiste de l’immigration, les déclarations du Premier ministre français sur un « sentiment de #submersion_migratoire » sont infondées. La France, au regard des indicateurs démographiques, accueille sur son sol peu d’immigrés - comparée à d’autres pays européens.

    Le Premier ministre François Bayrou a soulevé l’indignation d’une partie de la classe politique en affirmant lundi soir que la France « approch[ait] » d’un « sentiment de submersion en matière d’immigration ». L’utilisation du mot « #submersion » - peu anodin - fait partie du vocable du Rassemblement national. Loin de se défendre de ce parallèle avec l’extrême droite, François Bayrou a réitéré ses propos le lendemain à l’Assemblée nationale en les restreignant toutefois à #Mayotte et à certains autres départements.

    Pour le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), Didier Leschi, le terme est impropre et maladroit. « Il n’y a pas de submersion migratoire, mais il y a des endroits où la concentration d’immigration pose des problèmes sociaux importants qu’il faut arriver à résoudre », a-t-il affirmé.

    Alors le terme est-il exagéré ?

    Selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), oui. En 2023, l’#Insee considérait que la population étrangère vivant en #France s’élevait à 5,6 millions de personnes, soit 8,2 % de la population totale, contre 6,5 % en 1975. Les étrangers représentent donc une large minorité. De plus, cette hausse n’a rien d’étonnant - elle se constate dans tous les pays développés.

    « L’immigration n’est pas incontrôlée »

    « L’immigration est perçue comme incontrôlée, comme un problème à résoudre, alors que c’est un phénomène démographique normal », expliquait déjà en septembre à InfoMigrants Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
    « La population mondiale augmente et donc il y a de plus en plus d’immigrés et les immigrés ont tendance à aller de plus en plus vers les pays de l’OCDE ».

    C’est aussi l’avis de François Héran, sociologue et démographe, professeur au Collège de France. « Aucun indicateur ne donne raison à François Bayrou sur une prétendue submersion migratoire », déclare-t-il à InfoMigrants. « Il y a une montée de l’immigration, oui, mais elle est modérée. C’est une poussée continue, pas exponentielle, une augmentation linéaire » qui a cours partout dans les pays développés de la planète.

    « En réalité, poursuit-il, l’immigration progresse au même rythme depuis des années, que ce soit sous les mandats de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande ou Emmanuel Macron. Rien ne sert de pointer du doigt le précédent président en dénonçant son bilan migratoire, cette augmentation n’a rien à voir avec les politiques françaises ».

    « Nous sommes dans le bas du tableau »

    Surtout, rappelle François Héran, la France accueille peu d’immigrés sur son sol au regard des autres pays européens. Selon une moyenne établie par l’OCDE, seul 1 % d’étrangers supplémentaires s’installent chaque année - pendant un an au moins - dans un pays riche (voir tableau ci-dessous).

    « La France est bien en dessous de cette moyenne : elle est à 0,5 %. Devant nous, il y a l’Allemagne à 0,6 %, la Suède à 0,8 %, l’Espagne à 1 %, la Belgique à 1,1 %, le Portugal à 1,2 %… Nous ne sommes pas en tête du tableau, mais plutôt dans les derniers ».

    Et de continuer en citant d’autres indicateurs. « Selon Eurostat aussi, la France n’est pas le pays le plus accueillant. Elle a une proportion de 13 % d’immigrés dans sa population totale [c’est à dire des étrangers, européens ou non, installés depuis au moins un an dans un autre pays que celui de leur naissance, ndlr] mais le Luxembourg est à un taux de 49 %, Malte de 23 %, l’Allemagne de 18 %… Là encore, nous ne sommes pas en tête du classement », ajoute François Héran.

    Même la référence à Mayotte du Premier ministre ne semble pas convaincre le démographe. « Oui, il y a une concentration forte d’immigrés dans certains territoires, comme à Mayotte, ou en Ile-de-France, ou dans certaines régions frontalières françaises. Mais si ces arrivées peuvent créer, je dirais, une émotion, elles ne correspondent pas à une submersion au regard des chiffres pris dans leur globalité ».

    À Mayotte, pour rappel, les autorités françaises exécutent de nombreuses expulsions vers les Comores voisines. En 2023, environ 24 000 reconduites à la frontière ont été effectuées, contre un peu plus de 25 000 l’année précédente, et 24 000 en 2021, selon les chiffres de la préfecture. Des chiffres plutôt stables et qui concernent aussi - dans une petite proportion - les Africains de la région des Grands lacs.

    Un sentiment « d’invasion » qui s’est installé dans les années 2000

    Reste que cette augmentation « continue » de l’immigration dans les pays riches donne du grain à moudre à certaines théories, notamment celle du « #grand_remplacement ». Cette théorie repose sur l’idée xénophobe que la population française serait peu à peu remplacée par une autre, en l’occurrence les populations africaines et les musulmans.

    Malgré la réalité des chiffres, les déclarations de François Bayrou résonnent comme une ouverture politique à l’extrême droite et elles dérangent une large partie de la classe politique à gauche. « Ce n’est pas avec un mot comme ça » que la « dynamique électorale du RN (...) sera cassée », a estimé sur LCI le politologue Jean-Yves Camus.

    La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet n’aurait, elle, « jamais tenu ces propos » qui la « gênent ». « On parle d’hommes et de femmes, de notre pays, la France qui, par son Histoire, par sa géographie, par sa culture, a toujours accueilli et s’est construite avec cette tradition ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/62526/aucun-indicateur-ne-donne-raison-a-francois-bayrou-sur-une-pretendue-s
    #migrations #statistiques #chiffres #fact-checking #idées_reçues #afflux #invasion #stéréotypes #mots #vocabulaire

    ping @karine4

    • La « submersion migratoire » ne correspond à aucune réalité scientifique

      Le premier ministre a évoqué, lundi 27 janvier sur LCI, le « sentiment de submersion » généré par l’immigration. Des propos qu’il a réitérés et assumés le lendemain, au sein de l’Assemblée nationale, indignant la gauche. Pourtant, les chiffres et les études sur le sujet démentent clairement cette idée. Entretien avec Tania Racho, spécialiste des questions relatives aux droits fondamentaux.

      Ce concept de submersion migratoire est-il fondé sur des données étayées par la recherche et des données institutionnelles sur les migrations ?

      Tania Racho : La réponse est non. En France, la population immigrée (les personnes nées à l’étranger et vivant en France) est de 10,7 %. Si on décompte parmi ces immigrés les personnes ayant la nationalité française, on arrive à 8,2 % des habitants sur le territoire national.

      Notons que, parmi ces 8,2 %, il y a à peu près 3,5 % d’Européens. Or souvent, derrière le mot étranger, on pense à des non-Européens qui ne représentent finalement que 6 % de la population française.
      Immigrés arrivés en France en 2022 selon leur continent de naissance

      La France est loin d’être le pays le plus accueillant en Europe pour les étrangers ou dans le monde d’ailleurs. En comparaison, c’est 15 % de la population américaine qui est immigrée, et 16 % en Suède.

      Derrière ces chiffres, il y a de nombreux statuts différents qui distinguent les étrangers. On parle souvent des primo-arrivants dans le discours politique. Or, ces arrivées sont relativement stables, avec à peu près 300 000 personnes par an. Parmi elles, un tiers sont des étudiants qui ont vocation à ne pas rester, un autre tiers correspond à l’immigration familiale. Le dernier tiers se décompose en immigration de travail et titres de séjour humanitaire délivrés pour les réfugiés.

      Il faut aussi prendre en compte le solde migratoire (ou accroissement migratoire) qui est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur un territoire (immigrants) et le nombre de personnes qui en sont sorties (émigrants). En 2023, le solde positif n’est que de 183 000 personnes.

      Est-ce que ces arrivées ont augmenté ?

      T.R : Les arrivées ont effectivement augmenté ces dix dernières années : en 2010 il y avait 8,5 % d’immigrés et en 2023 c’était 10,7 %. Par exemple, en 2010, on comptait 200 000 premiers titres de séjours délivrés, tandis qu’en 2023 c’est 300 000 : l’immigration a donc augmenté. Cela est lié à une dynamique globale : le phénomène de déplacement est plus important dans le monde, qu’il s’agisse d’une immigration organisée (étudiants, travailleurs, accords d’échanges entre pays) ou des déplacements forcés liés aux conflits. Lorsqu’une guerre éclate ou un conflit civil, les populations quittent leurs habitations le plus souvent pour un endroit proche, parfois dans le même pays.

      Lorsque le déplacement forcé implique de quitter son pays, il se traduit par une demande d’asile : il y en a eu 160 000 en 2023 en France. Le taux moyen de protection, c’est-à-dire la reconnaissance de statuts de réfugiés, se situe autour de 40 %. Les personnes concernées bénéficient alors d’un titre de séjour humanitaire, en tant que réfugiés. 60 000 personnes ont obtenu ce titre de séjour en 2023. En tout, il y a un peu plus de 500 000 réfugiés en France.

      Quid des personnes en situation irrégulière ?

      T.R : On ne connaît pas le chiffre exact correspondant à cette situation, mais une projection fondée sur les demandes d’aide médicale d’État (AME) nous permet d’évaluer leur nombre aux environ de 700 000 personnes. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’il n’y a eu que 30 000 régularisations de personnes en situation irrégulière en 2023 (comptées dans les premières délivrances de titres) dont un tiers par le travail et les deux tiers restants pour des situations familiales, ce qui est assez faible, en comparaison des 900 000 régularisations annoncées par l’Espagne par exemple.

      L’augmentation des arrivées justifie-t-elle le terme de « submersion » ?

      T.R : Encore une fois, non, avec 8,2 % d’étrangers en France et une augmentation des arrivées qui reste relative. D’ailleurs, le discours du premier ministre se situait selon lui au niveau du « ressenti » – il a parlé de « sentiment de submersion ».

      Mais ce sentiment ne correspond pas à la réalité, tout comme l’idée d’un « grand remplacement » ne repose sur aucune réalité. Ce concept vient de Renaud Camus, un penseur d’extrême droite qui a repris une étude des Nations unies des années 2000 indiquant que l’absence d’immigration poserait de grandes difficultés démographiques pour l’Europe et donc que l’immigration était nécessaire !

      Comment comprendre la persistance des discours politiques ou des sondages attestant de ce « sentiment » qu’il y a trop d’étrangers ?

      T.R : Ce qui est certain, c’est que les Français ont tendance à surestimer la population étrangère (23 % au lieu de 8,2 %), ce qui rejoint cette idée de sentiment de submersion mais qui n’est pas réel.

      Selon le démographe François Héran, cette mixité s’est effectivement renforcée depuis les années 1970. Il parle « d’infusion durable » avec un tiers des Français qui ont un parent ou un grand-parent immigré, ce qui laisse le temps de l’intégration. Il considère que « près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré, ce qui permet un brassage diffus et évite un certain nombre de conflits. »

      Mais la surmédiatisation de certaines situations de migration a un impact important sur l’opinion. Par exemple, les personnes qui arrivent en situation irrégulière aux frontières de l’Union européenne, peuvent donner le « sentiment » que des flots de migrants débarquent en Europe.

      Dix mille ersonnes à Lampedusa c’est impressionnant, mais c’est une goutte d’eau à l’échelle européenne. D’ailleurs, les arrivées en bateau sont en baisse en 2024 par rapport à 2023. Dans l’ensemble, les personnes qui arrivent illégalement en Europe n’étaient que 355 000 personnes en 2023. Cela ne représente que 0,07 % de la population européenne.

      Quelle est votre conclusion sur cette polémique déclenchée par François Bayrou, mais qui s’inscrit dans une série déjà longue ?

      T.R : C’est le signe inquiétant d’une distanciation des personnalités politiques avec la réalité chiffrée et celle des études, de la recherche.

      https://theconversation.com/la-submersion-migratoire-ne-correspond-a-aucune-realite-scientifiqu

    • Immigration : les chiffres qui réfutent « la submersion migratoire »

      Toutes les données chiffrées indiquent que la France ne fait aucunement face à une immigration démesurée. Bien au contraire, de nombreux pays, en Europe et dans le monde, accueillent bien plus d’étrangers que l’Hexagone.

      En évoquant, fin janvier, à la télévision puis devant les députés, un prétendu « sentiment de submersion » migratoire, le premier ministre, François Bayrou, s’appuie sur une réalité : la surestimation de la proportion d’étrangers en France, par la population.

      La dernière étude d’Eurostat à ce sujet indique une différence de 15 points entre le pourcentage réel du nombre d’immigrés en France et celui estimé par les Français. En moyenne, au sein de l’Union européenne, la population pense « accueillir » 3,4 fois plus d’étrangers qu’il y en a en réalité et, selon cette même étude, la principale cause de cette surestimation est le fait du discours médiatique et de la crainte entretenue des immigrés sur le marché du travail.
      Le fantasme d’une immigration démesurée

      Le premier ministre connaît ces chiffres. C’est donc sciemment qu’il choisit de mener une politique migratoire davantage basée sur un « sentiment » que sur des données chiffrées.

      En réalité, la France est loin d’être confrontée à une immigration démesurée et non maîtrisée. Les personnes nées à l’étranger et vivant en France représentent 10,7 % de la population. Si on soustrait de ce pourcentage de personnes immigrées celles qui ont la nationalité française, on parvient à un taux de 8,2 % des habitants sur le territoire national.

      Parmi eux, 3,5 % sont des Européens. Les étrangers non européens ne représentent finalement que 6 % de la population française. On est bien loin du « grand remplacement » prédit par les pseudo-prophètes d’extrême droite auxquels François Bayrou a décidé de donner du crédit.

      La France est, par ailleurs, loin d’être le pays le plus accueillant. Les personnes nées à l’étranger représentent 15 % de la population aux États-Unis et 16 % en Suède, soit le double de la France.
      Spéculations sur les immigrants en situation irrégulière

      Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, 326 954 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2023 par la France. Un chiffre stable par rapport aux années précédentes. Parmi ces « primo-arrivants », un tiers sont des étudiants qui, pour la plupart, repartiront après leurs études, 60 000 sont des réfugiés, accueillis dans un cadre humanitaire, et environ 40 000 sont issus d’une immigration de travail. Le dernier tiers correspond à de l’immigration familiale.

      Les prédicateurs xénophobes répondent généralement à ces réalités chiffrées par le fantasme d’un déferlement d’immigrés en situation irrégulière. En réalité, leur nombre exact n’est connu de personne. Mais, en s’appuyant sur l’enregistrement des demandes d’aide médicale d’État, on peut l’évaluer aux environ de 700 000 personnes.

      Un chiffre bien en dessous des 900 000 régularisations annoncées par l’Espagne quand la France, elle, n’en a, par ailleurs, effectué que 30 000 en 2023. Plus largement, les personnes arrivant illégalement en Europe n’étaient, selon l’agence Frontex, que 355 000 en 2023. C’est-à-dire 0,07 % du total de la population européenne. En clair, ceux qui parlent de « submersion migratoire » sont des menteurs.

      https://www.humanite.fr/societe/gouvernement-bayrou/immigration-les-chiffres-qui-refutent-la-submersion-migratoire

  • #Rapport : La #publicité automobile à l’assaut de notre #imaginaire

    Alors que le « Mondial de L’Auto » ouvre ses portes au public, l’association Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) publie un rapport inédit intitulé « Stop à la Pub Automobile – La voiture à l’assaut de notre imaginaire ». Il met en lumière les conséquences négatives de la publicité automobile. À travers une pression sans égale, elle perpétue en effet des #stéréotypes et une démesure automobile incompatibles avec la transition écologique. R.A.P. déplore l’#inefficacité de l’#autorégulation et propose des solutions pour mettre un terme à ces publicités et sortir de l’hégémonie de la voiture individuelle.

    Ce rapport pionnier sur les enjeux de la publicité automobile a montré que :

    – Les constructeurs et les gouvernements privilégient des véhicules plus lourds, plus puissants, plus nombreux et plus polluants, dont la seule solution présentée face aux problèmes sanitaires et environnementaux est l’innovation technologique, alors qu’il faudrait plutôt mettre en place des mesures de sobriété.

    – De septembre 2022 à septembre 2024, R.A.P. a analysé 137 publicités automobiles. L’association a pu en sortir un travail original montrant les différents ressorts publicitaires utilisés pour valoriser la voiture individuelle comme par exemple la #vitesse, l’#élitisme, le #futurisme, l’#individualisme, la #durabilité ou le #confort.

    – Le secteur automobile dépense environ 2,5 milliards de publicité dans les médias tous supports confondus. En termes de #pression_publicitaire, cela représente, en 2019, 28 pages de presse quotidienne, 8h45 de publicités télévisées par jour, toutes chaînes confondues (soit 4,5mn par chaîne) et 318 718 #affiches dans l’#espace_public.

    Face à ces excès, le rapport expose le fait que les mesures censées réguler l’#industrie_publicitaire sont insuffisantes : mentions légales, contrats-climat et instances d’« autorégulation » échouent à contrebalancer les influences normatives reliées à ces campagnes. R.A.P. a ainsi analysé les 56 contrats actuels (issus de la loi Climat et résilience) de l’industrie automobile. Résultat ? 80 % ont des indicateurs flous ou non chiffrés. Aucun ne s’engage à réaliser des mesures de sobriété telles que réduire le #poids ou la #vitesse des véhicules. À l’heure de la seule promotion de la #voiture_électrique, les interdictions limitées et sectorielles de publicités pour les énergies fossiles échouent elles aussi à réorienter le marché vers des véhicules plus légers et plus sobres. Pourtant, le nombre global de voitures individuelles doit baisser.

    R.A.P. préconise de s’orienter vers des #interdictions efficaces qui ont fait leurs preuves. Pour l’industrie automobile, il s’agit d’interdire toute #propagande et publicité en faveur de tout véhicule terrestre à moteur supérieur à 270 kilogrammes, à l’exception des véhicules dédiés aux services de transports en commun.

    Selon Camille Aboudaram, chargée de campagne Stop Pub Climaticide : « La publicité automobile est en roue libre. Au nom de l’impératif écologique et sanitaire, l’État doit maintenant interdire la publicité qui glorifie la voiture individuelle et ringardiser son usage. »

    https://antipub.org/rapport-stop-pub-automobile
    #voitures #publicité_automobile #transports #transport_automobile

  • La représentation des femmes à la télévision et à la radio - #Rapport sur l’exercice #2023

    Le rapport de l’Arcom met en perspective l’évolution de la représentation des femmes à la télévision et à la radio de 2016 à 2023 et révèle des progrès significatifs s’agissant de la présence des femmes en plateau mais des équilibres de temps de parole qui peinent à évoluer.

    L’#Autorité_de_régulation_de_la_communication_audiovisuelle_et_numérique (#Arcom) a pour mission d’assurer le respect des droits des femmes dans le domaine de la #communication_audiovisuelle.

    Le régulateur veille :

    - à une juste représentation des femmes et des hommes dans les programmes ;
    – à l’#image des femmes, notamment en luttant contre les #stéréotypes_de_genre, les #préjugés_sexistes et les #violences faites aux femmes.

    L’Arcom collabore activement avec les acteurs du secteur audiovisuel afin d’améliorer la représentation des femmes. Son action en la matière comporte deux dimensions :

    - une action de contrôle ;
    - une action d’incitation.

    https://www.arcom.fr/nos-ressources/etudes-et-donnees/etudes-bilans-et-rapports-de-larcom/la-representation-des-femmes-la-television-et-la-radio-rapport-sur-lexercice-2

    #genre #représentation #radio #télé #inégalités #femmes

  • Comment les politiques migratoires s’obstinent à penser à la mauvaise échelle

    Entre l’image médiatique et politique de l’État-nation comme une forteresse assiégée que les politiques migratoires viseraient à protéger, et une vieille tradition de « nationalisme méthodologique » chez les géographes, les projets migratoires ont tardé à être pensés depuis le sens qu’ils ont.

    Ce que l’on s’imagine

    Les politiques migratoires, telles qu’elles sont débattues au Parlement, à la faveur de nouvelles lois, ont un effet sur les dynamiques migratoires. Et aussi que la France sera davantage une destination privilégiée par les migrants si elle ne s’équipe pas de dispositifs plus répressifs.

    Toutefois, les spécialistes des migrations montrent au contraire que c’est une fausse évidence de croire qu’un gouvernement aurait la main pour freiner, voire endiguer, les flux migratoires. Ou encore que des politiques de frontières plus strictes, et des conditions d’accueil plus dures, ne font pas plus reculer les dynamiques migratoires qu’elles ne les dévient. Trente ans d’études migratoires, en géographie notamment, dévoilent plutôt qu’il n’y a pas d’incidence des lois et des démonstrations de force politiques, sur le projet des gens qui partent de chez eux. Ce n’est pas en réprimant davantage qu’on fera reculer les flux migratoires, et la géographie montre même que figer les migrants dans un accueil plus répressif, et un statut clandestin, a même plutôt tendance à les figer sur place, alors que dans la vraie vie, les dynamiques migratoires sont loin de s’en tenir à un pays, un objectif. Pour la géographe Camille Schmoll, si huit millions de femmes ukrainiennes ont rallié l’Europe de l’Ouest depuis le début de la guerre en Russie, ce n’est pas parce que la France leur offrirait de meilleures conditions de séjour, ou un idéal.

    Les études académiques sur les phénomènes migratoires identifient divers leviers derrière le projet migratoire. Ces leviers sont variés, de la nécessité économique, aux discriminations, en passant par des guerres ou des motifs religieux. En géographie, on appelle cela les « facteurs push ». Avec un point commun : aucun de ces « facteurs push » n’a trait à ce que proposerait un État-nation qui dès lors a tort de penser le phénomène depuis sa propre échelle, et ses manières de légiférer.

    Longtemps, les géographes aussi ont fait preuve de « nationalisme méthodologique », c’est-à-dire cette tendance à penser le phénomène à l’échelle nationale. Depuis que le tournant qui s’est opéré à mesure que les politiques des frontières se durcissaient, on prend plutôt en charge dans le champ scientifique l’échelle transnationale. C’est dans ce cadre-là qu’ont émergé les trajectoires individuelles comme une grille de lecture du phénomène. Mais aujourd’hui, pour la géographe Camille Schmoll, notamment en charge d’un cours sur la méthodologie des migrations, à l’EHESS, à Paris, il faut aller plus loin et mieux penser le sens que les uns et les autres donnent à leur projet migratoire dans un cadre relationnel et collectif. La chercheuse parle d’une « autonomie en tension » dans la mesure où il ne s’agit pas seulement d’une puissance d’agir qui s’affirmerait dans le fait de quitter son pays, mais plutôt d’une dynamique qu’elle décrit comme profondément relationnelle, qui fait la part belle à divers collectifs auxquels migrants et migrantes appartiennent selon d’où ils viennent, la route qu’ils auront empruntée, les hébergements et les stratégies qu’ils auront trouvés en chemin, et les communautés dont ils sont issus. C’est par exemple cet effet de la diaspora qu’il faut absolument avoir en tête pour penser plus justement ce qui peut pousser quelqu’un à risquer sa vie en traversant la Manche alors même qu’il est déjà arrivé en France.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/va-savoir/comment-les-politiques-migratoires-s-obstinent-a-penser-a-la-mauvaise-ec
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